Yoma 39b -- les signes qui s'éteignent, le Temple qui porte au loin, et la hagrala qui cherche sa clause invalidante

Yoma 39b

Sougya : Le folio se lit en trois mouvements. Il achève d'abord la beraita des quarante ans de Chimon HaTsadik : le surnom de <i>hamtsan</i> reste au glouton jusqu'à sa mort, et deux versets établissent que le mot désigne bien un voleur ; puis vient le récit de sa propre annonce -- le vieillard vêtu de blanc qui, cette année-là, se présente en noir et n'accompagne plus le kohen gadol à la sortie du Saint des Saints.

Une beraita jumelle renverse alors la perspective : quarante ans avant la destruction, le sort ne monte plus dans la droite, le fil d'écarlate ne blanchit plus, la lampe occidentale ne brûle plus -- et les portes du Heikhal se mettent à s'ouvrir seules, jusqu'à ce que Rabban Yo'hanan ben Zakkai les fasse taire au nom d'une prophétie déjà publiée. Le mot Levanon de ce verset ouvre une longue digression sur les surnoms du Temple -- celui qui blanchit les fautes, la forêt qui bourgeonne, les arbres d'or de Chelomo qui nourrissaient la kehouna, se sont desséchés à l'entrée des nations et refleuriront -- puis la guemara revient à la michna pour compter les dix mentions du Nom explicite et mesurer jusqu'où porte le Temple : la voix jusqu'à Yeriho, le gond des portes à huit tehoumin, le parfum du ketoret sur les chèvres, les femmes et la mariée, et jusque dans les ruines de Chilo mille ans après.

Le folio se clôt sur une question de droit pur : la hagrala est-elle meakevet ? Deux versions rangent la même divergence entre Rabbi Yannai et Rabbi Yo'hanan dans deux grilles opposées -- l'une la loge chez Rabbi Nehemya et fait dépendre le ikouv du mot houka, l'autre la loge chez Rabbi Yehouda et le fait dépendre de la répétition de <i>acher ala</i> -- et une beraita, qui déclare le service valide sans tirage au sort, vient départager les deux lectures.

Les signes qui s'éteignent : trois états du même Temple 39a comptait cinq signes sous Chimon HaTsadik. 39b n'en reprend que trois -- et les met à zéro pendant quarante ans. Le signe visible le jour de Kippour 40 ans de Chimon HaTsadik constant, chaque année Après lui parfois oui, parfois non 40 ans avant le hurban plus jamais Le sort pour HaChem monte dans la main droite toujours parfois jamais Le fil d'écarlate lachon chel zehorit : il blanchit toujours parfois jamais La lampe occidentale ner maaravi : elle brûle toujours parfois jamais Les portes du Heikhal elles s'ouvrent d'elles-mêmes rien à signaler -- les portes restent des portes un signe en plus et non un signe en moins Le renversement de la quatrième ligne Les trois premiers signes sont des dons qui se retirent. Le quatrième est une annonce qui s'ajoute : le Temple ne cesse pas de parler, il se met à dire autre chose. Rabban Yo'hanan ben Zakkai le fait taire.
Les trois signes de la beraita, du règne de Chimon HaTsadik aux quarante dernières années -- et la quatrième ligne, celle qui s'ajoute au lieu de se retirer.
Jusqu'où porte le Temple : le son, l'odeur, la voix Axe indicatif, non à l'échelle. Rappel de mesure : 1 parsa = 4 mil ; 1 tehoum de Chabbat = 1 mil (2000 amot). Le Heikhal -- point zéro Le ketoret brûle sur l'autel d'or. Les portes tournent sur leurs gonds. Le kohen gadol prononce le Nom. Trois émissions : bruit, parfum, voix. 8 tehoumin de Chabbat Le grincement du gond des portes du Heikhal s'entend jusque-là. Tossefot : à cette distance on reconnaît un bruit de gonds. Les monts de Mikhmar Les chèvres du père de Rabbi Yossei ben Dolgai éternuent à l'odeur du ketoret. Un témoin qui parle de chez lui. Yeriho -- 10 parsaot La voix qui dit le Nom y parvient. Les chèvres éternuent. Les femmes n'ont pas à se parfumer. 40 mil : la portée maximale. 0 8 mil distance non précisée 40 mil Dans la ville même : la mariée La kalla de Yerouchalayim n'a pas besoin de se parer de parfums : l'air de la ville la parfume déjà. Tossefot : le parfum et la meila Profiter de l'odeur n'est pas un détournement -- mais on ne s'approche pas de l'azara pour mieux sentir. Chilo : la portée qui n'est plus une distance Un vieillard entre dans les ruines du Michkan de Chilo et y sent encore le ketoret -- plus de mille ans après. Rachi : c'est l'odeur du ketoret qui y fut fait du temps où le Michkan s'y tenait. Les trois premiers cas mesurent l'espace ; celui-ci mesure le temps. Ce qui a été offert une fois ne s'évapore pas.
Le Temple émet trois choses -- un bruit, un parfum, une voix -- et la guemara mesure jusqu'où chacune porte. Le dernier témoignage change d'axe : il mesure le temps.
La hagrala est-elle meakevet ? Les deux versions du débat Meakevet = son absence invalide. Le désaccord Rabbi Yannai / Rabbi Yo'hanan ne change pas de contenu : il change de case. 1. Aliya -- la montée du sort hors de la kalpi C'est elle qui sépare le bouc pour HaChem du bouc pour Azazel. Tout le débat porte sur cet acte-là. 2. Hanaha -- la pose du sort sur le bouc Jamais meakevet, personne n'en discute : le bouc est déjà fixé par le côté où le sort est monté. Version Rabbi Yehouda houka ne porte que sur ce qui se fait dedans Rabbi Nehemya houka porte sur tout ce qui se fait en habits blancs Première version segments 14 Accord de tous : pas meakevet La hagrala se fait dehors, donc houka ne la vise pas. Même Rabbi Yannai le concède. Case vide : rien à discuter ici. C'est ici que l'on diverge R. Yannai : meakevet -- houka telle quelle. R. Yo'hanan : houka ne rend indispensable qu'une avoda, et la hagrala n'est pas une avoda Preuve de Rachi : le segan peut la faire. Ika de-amri seconde version segments 15 à 17 C'est ici que l'on diverge R. Yo'hanan : pas meakevet -- houka ne la vise pas. R. Yannai : le verset a répété acher ala deux fois (Vayikra 16,9 et 16,10) -- la répétition suffit. Le ikouv ne vient plus de houka mais du surplus. Accord de tous : meakevet houka est écrit à leur sujet, sans distinction de dedans et de dehors. Case vide : rien à discuter ici. La beraita qui départage : mitsva lehagril, ve-im lo higril kacher Première version : aucune difficulté -- la beraita est de Rabbi Yehouda, pour qui personne ne rend la hagrala indispensable. Seconde version : la case Rabbi Yehouda est justement celle où l'on diverge -- la question reste ouverte au folio suivant.
La même divergence rangée dans deux grilles opposées : selon la version, la case vide et la case disputée échangent leur place. La beraita finale sert de test.
1
חֲמֵצָן״ עַד יוֹם מוֹתוֹ.

... <i>hamtsan</i> [le happeur], jusqu'au jour de sa mort.

📜 Rachi (1)
חֲמֵצָן גַּזְלָן:
Hamtsan -- un voleur (gazlan).
💡 Explication

Fin de phrase coupée par le passage d'un folio à l'autre. La beraita des quarante ans de Chimon HaTsadik s'achevait sur la pénurie qui suivit : un homme prit sa part et celle de son compagnon, et on lui donna un surnom -- hamtsan -- qui lui resta jusqu'au jour de sa mort.

Rachi tranche immédiatement le sens du mot : ce n'est pas un sobriquet pittoresque, c'est une qualification juridique. Hamtsan = gazlan, voleur. Le nom n'est pas resté par moquerie mais parce qu'il disait vrai.

2
אָמַר רַבָּה בַּר (בַּר) שִׁילָא, מַאי קְרָא: ״אֱ-לֹהַי פַּלְּטֵנִי מִיַּד רָשָׁע מִכַּף מְעַוֵּל וְחוֹמֵץ״. רָבָא אָמַר, מֵהָכָא: ״לִמְדוּ הֵיטֵב דִּרְשׁוּ מִשְׁפָּט אַשְּׁרוּ חָמוֹץ״. אַשְּׁרוּ חִמּוּץ — וְאַל תְּאַשְּׁרוּ חֹומֶץ.

Rabba bar (bar) Chila dit : quel est le verset [d'où l'on tire que <i>hamtsan</i> veut dire voleur] ? <i>Mon Dieu, délivre-moi de la main du méchant, de la paume de l'inique et du hometz</i> (Tehilim 71,4). Rava dit : d'ici -- <i>apprenez à bien faire, recherchez le droit, redressez le hamouts</i> (Yechayahou 1,17) : redressez le <i>hamouts</i> [celui qui a été spolié] -- et ne renforcez pas le <i>hometz</i> [le spoliateur].

📜 Rachi (2)
אַשְּׁרוּ חִמּוּץ הֶחֱזִיקוּ הַנִּגְזָל:
Redressez le hamouts -- soutenez celui qui a été volé (ha-nigzal).
וְלֹא חֹומֶץ לֹא שַׁייָּךְ הָכָא אֶלָּא [בְּסַנְהֶדְרִין] (דַּף לה.) שֶׁלָּמַדְנוּ מִכָּאן שֶׁנִּזְקָקִין לַתּוֹבֵעַ תְּחִילָּה:
Et non le hometz -- cela ne se rattache pas ici, mais [à Sanhédrin] (35a), où nous avons appris de ce verset que l'on s'occupe d'abord du demandeur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבָּה בַּר רַב שִׁילָא: מַאי קְרָא: (תְּהִלִּים עא, ד) "אֱלֹקַי פַּלְּטֵנִי מִיַּד רָשָׁע מִכַּף מְעַוֵּל וְחוֹמֵץ" רָבָא אָמַר, מֵהָכָא: (יְשַׁעְיָהוּ א, יז) "לִמְדוּ הֵיטֵב דִּרְשׁוּ מִשְׁפָּט אַשְּׁרוּ חָמוֹץ". קָשֶׁה אַמַּאי רַבָּה בַּר רַב שִׁילֹה לֹא הֵבִיא פָּסוּק זֶה שֶׁהוּא בַּנְּבִיאִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָאן יֵשׁ לְפָרֵשׁ 'חִמּוּץ' לְשׁוֹן אִיחוּר וְעִיכּוּב כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ 'הֶחֱמִיצוּ אֶת הַדִּין' שֶׁלֹּא תְּדוּנוּ מִיָּד אֶלָּא אַחַר עִיּוּן הַרְבֵּה אֲבָל הַאי קְרָא דְּ'מִכַּף מְעַוֵּל וְחֹומֶץ' מֻוכְרָח לְפָרְשׁוֹ עַל עִנְיַן חָמָס וְעֹושֶׁק, אוֹ פָּסוּק 'אַשְּׁרוּ חִמּוּץ' יֵשׁ לְפָרְשׁוֹ עַל בּוּשָׁה וּכְלִימָּה רוֹצֶה לוֹמַר הַנִּכְלָם מֵחֲבֵירוֹ תָּדִינוּ אֶת דִּינוֹ עַל בָּושְׁתּוֹ וּכְלִימָּתוֹ, וְהַייְנוּ כִּי פָּסוּק 'וְרָעָה זוֹלְלִים יַכְלִים אָבִיו' בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי כח, ז) תִּרְגֵּם הַתַּרְגּוּם וְהַמְחַבֵּר 'לִזְלִילֵי מֵחָמֵץ אֲבוֹי' וְלָכֵן הֵבִיא פָּסוּק 'מְעַוֵּל וְחֹומֶץ' דְּמֻוכְרָח לְפָרְשׁוֹ בְּעֹושֶׁק וְחָמָס, אַךְ רָבָא לֹא חָשׁ לְהָנָךְ פֵּירוּשִׁים וּבָחַר לְהָבִיא פָּסוּק זֶה שֶׁהוּא בַּנְּבִיאִים לוֹמַר גַּם בַּנְּבִיאִים אִיכָּא הַאי לִישָּׁנָא דְּחִימּוּץ שֶׁהוּא עִנְיַן עֹושֶׁק וְחָמָס.
Rabba bar Rav Chila : quel est le verset ? <i>Mon Dieu, délivre-moi de la main du méchant, de la paume de l'inique et du hometz</i> (Tehilim 71,4). Rava dit : d'ici -- <i>apprenez à bien faire, recherchez le droit, redressez le hamouts</i> (Yechayahou 1,17). Difficulté : pourquoi Rabba bar Rav Chila n'a-t-il pas apporté ce verset-là, qui est dans les Neviim ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ici on pourrait expliquer <i>hamouts</i> au sens de retard et d'ajournement, comme nos Maîtres de mémoire bénie ont dit <i>ils ont fait aigrir le jugement</i> (hehmitsou et ha-din) -- c'est-à-dire : ne jugez pas immédiatement, mais après un long examen. En revanche, le verset <i>de la paume de l'inique et du hometz</i> doit nécessairement s'expliquer au sens de violence et de spoliation. Ou encore, le verset <i>achrou hamouts</i> pourrait s'expliquer sur la honte et l'humiliation : celui qui est humilié par son prochain, jugez sa cause au sujet de sa honte et de son humiliation. Car le verset <i>et qui fréquente des gloutons fait honte à son père</i> (Michlei 28,7), le Targoum et le commentateur l'ont rendu par <i>li-zlilei mahmets avoui</i>. C'est pourquoi [Rabba bar Rav Chila] a apporté le verset <i>meavel ve-hometz</i>, qu'il faut forcément expliquer par spoliation et violence. Mais Rava ne s'est pas soucié de ces explications et a préféré apporter ce verset-ci, qui est dans les Neviim, pour dire que dans les Neviim aussi on trouve ce terme de <i>himouts</i> au sens de spoliation et de violence.
💡 Explication

Deux preuves pour un seul mot. La question est lexicale : sur quoi s'appuie-t-on pour dire que hamtsan désigne un voleur ? Rabba bar bar Chila répond par un verset des Ketouvim, où hometz figure dans une liste de malfaiteurs -- le contexte impose le sens.

Rava choisit un verset de Yechayahou et procède autrement : il lit le mot deux fois. Le verset dit achrou hamouts, et Rava en tire une consigne symétrique : soutenez le hamouts vocalisé ainsi -- le spolié -- et non le hometz vocalisé autrement -- le spoliateur. Une seule graphie, deux personnages opposés.

Rachi signale que cette dernière lecture n'appartient pas vraiment à notre sougya : sa place est dans Sanhédrin 35a, où elle sert à établir une règle de procédure -- on s'occupe d'abord du demandeur.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: אוֹתָהּ שָׁנָה שֶׁמֵּת בָּהּ שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק, אָמַר לָהֶם: בְּשָׁנָה זוֹ הוּא מֵת. אָמְרוּ לוֹ: מִנַּייִן אַתָּה יוֹדֵעַ? אָמַר לָהֶם: בְּכָל יוֹם הַכִּפּוּרִים הָיָה מִזְדַּמֵּן לִי זָקֵן אֶחָד לָבוּשׁ לְבָנִים וְעָטוּף לְבָנִים, נִכְנַס עִמִּי וְיָצָא עִמִּי, וְהַיּוֹם נִזְדַּמֵּן לִי זָקֵן אֶחָד לָבוּשׁ שְׁחוֹרִים וְעָטוּף שְׁחוֹרִים, נִכְנַס עִמִּי וְלֹא יָצָא עִמִּי. אַחַר הָרֶגֶל חָלָה שִׁבְעָה יָמִים וָמֵת.

Nos Maîtres ont enseigné : l'année où mourut Chimon HaTsadik, il leur dit : cette année-ci, il mourra [en parlant de lui-même]. Ils lui dirent : d'où le sais-tu ?

Il leur dit : chaque Yom Kippour, un vieillard vêtu de blanc et enveloppé de blanc se présentait à moi, entrait avec moi et sortait avec moi ; mais aujourd'hui s'est présenté à moi un vieillard vêtu de noir et enveloppé de noir : il est entré avec moi et n'est pas sorti avec moi. Après la fête [de Souccot], il fut malade sept jours et mourut.

🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּכָל יוֹם הַכִּפּוּרִים הָיָה מִזְדַּמֵּן לִי זָקֵן אֶחָד לָבוּשׁ לְבָנִים וְעָטוּף לְבָנִים, נִכְנָס עִמִּי וְיוֹצֵא עִמִּי וְכוּ'.. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י פָּרָשַׁת נֹחַ) שְׁתֵּי בְּחִינוֹת נְשָׁמָה יֵשׁ בָּאָדָם, הַתַּחְתּוֹנָה הִיא נִכְנֶסֶת בִּפְנִימִיּוּתוֹ וְהָעֶלְיוֹנָה נִשְׁאֶרֶת בִּבְחִינַת צֶלֶם מַקִּיף עַל רֹאשׁוֹ כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים לט, ז) 'אַךְ בְּצֶלֶם יִתְהַלֶּךְ אִישׁ' וְהַצַּדִּיקִים נִשְׁמָתָם הַתַּחְתּוֹנָה עוֹמֶדֶת תּוֹךְ גּוּפָם וְנִשְׁמָתָם הָעֶלְיוֹנָה עוֹמֶדֶת צֵל עַל רֹאשׁוֹ בְּסוֹד אוֹר מַקִּיף וּמִשָּׁם שׁוֹאֶפֶת לוֹ חַיִּים מִלְמַעְלָה תָּמִיד וּמְרִיקָה אֶל נִשְׁמָתוֹ אֲשֶׁר בְּתוֹכוֹ עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה כָּאן שֶׁזּוֹ הַנְּשָׁמָה הָעֶלְיוֹנָה שֶׁהִיא בִּבְחִינַת צֶלֶם מַקִּיף עַל רֹאשׁוֹ הָיְתָה מִצְטַיֶּירֶת לְעֵינָיו בִּדְמוּת זָקֵן אֶחָד לָבוּשׁ לְבָנִים וְעָטוּף לְבָנִים כְּדֶרֶךְ שֶׁגּוּפוֹ מְלֻובָּשׁ אוֹתָהּ שָׁעָה בְּאַרְבַּע בִּגְדֵי לָבָן, וְיָדוּעַ כִּי גַּם עַל הַצֶּלֶם הַהוּא יֵשׁ צֶלֶם אַחֵר גַּם כֵּן מְאוֹר מַקִּיף וְלָכֵן רָאָהוּ מְלֻובָּשׁ וּמְעֻוטָּף וְנִכְנַס וְיָצָא לִרְמֹוז לוֹ עַל חַיּוּתוֹ בְּאוֹתָהּ שָׁנָה כִּי בִּהְיוֹת הַצֶּלֶם הַהוּא עִמּוֹ הוּא חַי שֶׁמַּמְשִׁיךְ לוֹ חַיִּים וְכָאָמוּר לְעֵיל אַךְ אוֹתָהּ שָׁנָה שֶׁנִּפְטַר רָמְזוּ לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם עַל פְּטִירָתוֹ בִּשְׁתֵּי שִׁינּוּיִים הָאֶחָד שֶׁרָאָה דְּמוּת הַצֶּלֶם לְבוּשׁ שְׁחֹורִים וְהַשֵּׁנִי שֶׁנִּכְנַס עִמּוֹ וְלֹא יָצָא עִמּוֹ דְּהוֹרָה לוֹ עַל פְּרִידָתוֹ שֶׁעָתִיד לְהִפָּרֵד מִמֶּנּוּ בְּאוֹתָהּ שָׁנָה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ד, ו) 'וְנָסוּ הַצְּלָלִים' וְעַיֵּין בְּתוֹסָפוֹת יְשָׁנִים מַה שֶׁאָמַר מִיְּרוּשַׁלְמִי וְעַל דֶּרֶךְ שֶׁכָּתַבְתִּי לֹא קָשֶׁה קֻושְׁייַת הַיְּרוּשַׁלְמִי. וּמַה שֶׁנִּמְנְעוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים מִלְּבָרֵךְ בַּשֵּׁם אַחַר פְּטִירָתוֹ, לְהַרְאוֹת שֶׁהֵם אֵינָם כִּדְאִים אַחַר שֶׁנִּסְתַּלֵּק הָאֵשֶׁל הַגָּדוֹל מִתּוֹכָם. אוֹ אֶפְשָׁר כִּי מֵחֲמַת רֹוב צַעֲרָם עַל סִילּוּקוֹ אֵין שְׁרוּיִים בְּשִׂמְחָה וְהַזְכָּרַת שֵׁם הַמְפֹורָשׁ בִּבְרָכָה צָרִיךְ לִהְיוֹת בְּשִׂמְחָה וּלְפִי זֶה אֶפְשָׁר אַחַר שֶׁעָבְרוּ יְמֵי הַצַּעַר שֶׁנִּשְׁכַּח מִן הַלֵּב חָזְרוּ לְבָרֵךְ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ.
<i>Chaque Yom Kippour, un vieillard vêtu de blanc et enveloppé de blanc se présentait à moi, entrait avec moi et sortait avec moi, etc.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'il faut l'expliquer] d'après ce qu'a dit notre maître le Ari zal (Chaar maamarei Rachbi, parachat Noah) : il y a dans l'homme deux niveaux de <i>nechama</i> (âme). L'inférieur entre à l'intérieur de lui, et le supérieur demeure à l'état de <i>tselem</i> (image) entourant sa tête, comme il est dit <i>c'est bien dans une image que l'homme va et vient</i> (Tehilim 39,7). Chez les justes, leur âme inférieure se tient à l'intérieur de leur corps, et leur âme supérieure se tient comme une ombre au-dessus de leur tête, dans le secret (sod) de la lumière environnante ; de là elle puise pour eux la vie d'en haut en permanence et la déverse dans l'âme qui est en eux -- fin de citation, voir sur place. Et il apparaît ici que cette âme supérieure, qui est à l'état de <i>tselem</i> entourant sa tête, se représentait à ses yeux sous la forme d'un vieillard vêtu de blanc et enveloppé de blanc, à l'image de son propre corps revêtu à cette heure-là des quatre habits blancs. Et il est connu que ce <i>tselem</i> lui-même est entouré d'un autre <i>tselem</i>, également de lumière environnante -- c'est pourquoi il le voyait vêtu et enveloppé. Et il entrait et sortait pour lui signifier qu'il vivrait cette année-là : tant que ce <i>tselem</i> est avec lui, il vit, car il lui amène la vie, comme dit plus haut. Mais l'année où il devait quitter ce monde, on lui fit signe du Ciel de son décès par deux changements : d'abord il vit la figure du <i>tselem</i> vêtue de noir, ensuite elle entra avec lui et ne sortit pas avec lui -- ce qui lui indiquait la séparation à venir cette année-là, comme il est dit <i>et que les ombres s'enfuient</i> (Chir HaChirim 4,6). Vois les Tossefot Yechanim et ce qu'ils rapportent du Yerouchalmi : selon ce que j'ai écrit, la difficulté du Yerouchalmi ne se pose pas. Et quant au fait que ses frères les kohanim se soient abstenus de bénir avec le Nom après son décès : c'était pour montrer qu'ils n'en étaient pas dignes, une fois retiré d'entre eux le grand arbre. Ou peut-être est-ce parce que, dans l'excès de leur douleur à son départ, ils n'étaient pas dans la joie -- or la mention du Nom explicite dans la bénédiction doit se faire dans la joie. Selon cela, il est possible qu'une fois passés les jours de deuil, la peine s'étant effacée du cœur, ils soient revenus à bénir avec le Nom explicite.
💡 Explication

La beraita ne raconte pas une prophétie mais une lecture comparative. Chimon HaTsadik dispose d'un rituel répété à l'identique pendant des années ; il note cette année-là deux écarts seulement, et il en tire une conclusion datée.

Les deux écarts ne disent pas la même chose. Le noir annonce le deuil. Mais c'est le second qui est décisif : le vieillard entre avec lui et ne sort pas avec lui. Ce qui l'accompagnait dans le lieu le plus intérieur ne l'en ramène plus. La sortie du Saint des Saints était justement le moment où l'on savait le kohen gadol accepté.

La beraita clôt le récit par une chronologie précise -- après la fête, sept jours de maladie, la mort -- pour marquer que l'annonce s'est vérifiée, et dans le délai annoncé.

🖼️ Schéma
Le vieillard du Saint des Saints : deux variables, une seule annonce Chimon HaTsadik ne lit pas un présage vague : il compare un rituel répété à lui-même, terme à terme. Toutes les autres années Vêtu de blanc, enveloppé de blanc comme le kohen gadol dans ses quatre habits blancs Il entre avec lui et il sort avec lui Ben Yehoyada : le tselem, l'âme supérieure qui se tient en lumière autour de la tête. Cette année-là Vêtu de noir, enveloppé de noir premier écart : la couleur Il entre avec lui et il ne sort pas avec lui second écart : la séparation. Vé-nassou ha-tsélalim -- les ombres se sont enfuies. La suite est datée, pas symbolique Après la fête de Souccot il fut malade sept jours et mourut -- et ses frères les kohanim cessèrent de bénir avec le Nom explicite. Rachi : parce qu'ils n'en étaient plus dignes.
Deux années comparées terme à terme : seules la couleur et la sortie changent -- et c'est la sortie qui porte l'annonce.
4
וְנִמְנְעוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים מִלְּבָרֵךְ בַּשֵּׁם.

Et ses frères les kohanim s'abstinrent de bénir avec le Nom.

📜 Rachi (1)
מִלְּבָרֵךְ בְּשֵׁם מִלְּבָרֵךְ בִּרְכַּת כֹּהֲנִים אֶת הָעָם בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ שֶׁלֹּא הָיוּ כְּדַאי:
De bénir avec le Nom -- de bénir le peuple par la birkat kohanim avec le Nom explicite (chem hameforach), car ils n'en étaient pas dignes.
💡 Explication

Conséquence directe de la mort de Chimon HaTsadik. La birkat kohanim se disait au Temple avec le chem hameforach, le Nom explicite, tel qu'il s'écrit -- ce que l'on ne fait nulle part ailleurs.

Rachi donne le motif en trois mots : chelo hayou kedai, ils n'en étaient plus dignes. Ce n'est pas une interdiction qui tombe d'en haut, c'est un retrait volontaire. La génération se juge elle-même au-dessous de son propre usage.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבָּעִים שָׁנָה קֹודֶם חֻורְבַּן הַבַּיִת לֹא הָיָה גּוֹרָל עוֹלֶה בְּיָמִין, וְלֹא הָיָה לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית מַלְבִּין, וְלֹא הָיָה נֵר מַעֲרָבִי דּוֹלֵק.

Nos Maîtres ont enseigné : quarante ans avant la destruction du Temple, le sort ne montait plus dans la [main] droite, le fil d'écarlate (lachon chel zehorit) ne blanchissait plus, et la lampe occidentale (ner maaravi) ne brûlait plus.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַרְבָּעִים שָׁנָה שֶׁשִּׁמֵּשׁ שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק הָיָה גּוֹרָל עוֹלֶה בְּיָמִין. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהָיָה זֶה לְסִימָן טוֹב כִּי יָמִין עִם מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה עוֹלֶה מִסְפַּר קוֹל [יָמִין 110+ הוי"ה 26 = קוֹל 136] וּבְיוֹם הַכִּיפּוּרִים אֵין מָזוֹן גַּשְׁמִי אֶלָּא נִזּוֹנִין מִן הַקּוֹל שֶׁהוּא חֲמִשָּׁה קוֹלוֹת, וְלָכֵן אֵין הַשָּׂטָן שׁוֹלֵט בּוֹ בַּיּוֹם, וּבָזֶה יוּבַן (בְּרֵאשִׁית כז, כב) 'הַקֹּל קוֹל יַעֲקֹב וְהַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו' וְדָרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה סה, ב) כְּשֶׁהַקּוֹל קוֹל יַעֲקֹב אֵין הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו, וּפֵרַשְׁנוּ הַכַּוָּנָה כַּאֲשֶׁר ה' קַל הוּא קוֹל יַעֲקֹב שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֲמִשָּׁה קוֹלוֹת בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים אָז אוֹתוֹ הַיּוֹם אֵין הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו, כִּי הַשָּׂטָן שֶׁהוּא יְדֵי עֵשָׂו אֵינוֹ שׁוֹלֵט בּוֹ בַּיּוֹם, וְכָאן אָמַר כְּשֶׁעָלָה בְּיָמִין אוֹמֵר לוֹ הַסְּגָן הִגְבִּיהַּ יָדֶיךָ, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קיח, טז) יְמִין ה' כְּלוֹמַר כְּשֶׁעָלָה שֶׁל הַשֵּׁם בְּיָמִין אָז רוֹמֵמָה יָדָיו שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל וְזֶה מוֹרֶה כִּי יְמִין ה' עֹשָׂה חָיִל לְיִשְׂרָאֵל. גַּם אָמַר 'עָשָׂה חָיִל' שֶׁאוֹתוֹ הַיּוֹם מְהַפֵּךְ לָהֶם אוֹתִיּוֹת עָמָל לְאוֹתִיּוֹת חַיִל דְּבִזְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁהִיא ח' דַּרְגִין [שֶׁהֵם: כָּשֵׁר וּפָסוּל, חַיָּיב וְזַכַּאי, טָמֵא וְטָהוֹר, אָסוּר וּמֻותָּר] יִתְחַלֵּף עַיִ"ן דְּעָמָל בְּאוֹת ח' בְּאַלְפָא בֵּיתָא דאחה"ע [כָּל הָאוֹתִיּוֹת שֶׁהָאָדָם יְבַטֵּא בָּהֶם מוֹצָאֵיהֶם חָמֵשׁ הַמְּקוֹמוֹת מִתְחַלְּפוֹת זֶה בָּזֶה - אחה"ע מֵהַגָּרוֹן, גיכ"ק מֵהַחֵיךְ, דטלנ"ת מֵהַלָּשׁוֹן, זסשר"צ מֵהַשִּׁינַּייִם, בומ"פ מֵהַשְּׂפָתַיִם] , וּבִזְכוּת הַתְּשׁוּבָה שֶׁהִיא יִרְאָה הָרָמוּז בְּאוֹת יוּ"ד תִּתְחַלֵּף אוֹת מ' בְּאוֹת יוּ"ד בא"ת ב"ש [בְּ'אתב"ש' הָאוֹת א' מֻוחְלֶפֶת בְּאוֹת ת', הָאוֹת ב' מֻוחְלֶפֶת בָּאוֹת ש', וְכֵן הָלְאָה], וְיִהְיֶה צֵירוּף 'חַיִל' וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים ס, יד) 'בֶּאֱלֹקִים נַעֲשָׂה חָיִל' וּלְכָךְ אָמַר (בַּמִּדְבָּר כג, כא) 'וְלֹא רָאָה עָמָל בְּיִשְׂרָאֵל' שֶׁיִּתְחַלֵּף בְּצֵירוּף 'חַיִל'. וְהִנֵּה יָדוּעַ שֶׁשִּׁמְעוֹן הַצַּדִּיק הָיָה בְּחִינַת הַיְּסוֹד שֶׁהוּא סוֹד שֵׁשׁ, וּלְכָךְ נַעֲשָׂה בְּיָמָיו שִׁשָּׁה נִסִּים, וְהֵם חֲמִשָּׁה שְׁמֹנָה כָּאן וְעוֹד נֵס אֶחָד אָמַר בִּירוּשַׁלְמִי (יְרוּשַׁלְמִי יוֹמָא ו, ג) שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לַחֲצִי הָהָר עַד שֶׁנַּעֲשֶׂה אֵיבָרִים אֵיבָרִים הֲרֵי שִׁשָּׁה נִסִּים כְּנֶגֶד הַיְּסוֹד שֶׁהוּא סוֹד שִׁשָּׁה. וּמַה שֶׁאָמַר וְהָיָה לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית מַלְבִּין , נִרְאֶה לִי בס"ד 'לֹובֶן' [88] גֵּימַטְרְיָא 'נַחַל' [88] שֶׁהוּא שֵׁם קָדוֹשׁ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת (שְׁמוֹת לד, ז) ' נ צַר ח סד ל אֲלָפִים' נִמְצָא הַלֹּובֶן נוֹסָף עַל מִסְפַּר 'אָדֹום' [51] מִסְפַּר ל"ז [37] שֶׁהוּא מִלּוּי שֵׁם ס"ג שֶׁהוּא בַּבִּינָה הַמְּאִירָה בַּיּוֹם הַהוּא. וְהָיָה נֵר מַעֲרָבִי דּוֹלֵק זֶה לְסִימָן טוֹב כִּי ז' נֵרוֹת הֵם כְּנֶגֶד ז' צַדִּיקִים כּוֹרְתֵי בְּרִית, וְנֵר הַמַּעֲרָבִי כְּנֶגֶד מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְנִרְמָז בָּזֶה שֶׁזְּכוּתוֹ לֹא יִכְבֶּה בְּכָל דּוֹר וְדוֹר וּבוֹ מַתְחִיל וּבוֹ מְסַיֵּים כִּי הוּא הָיָה גּוֹאֵל הָרִאשׁוֹן וְכֵן יִהְיֶה אַחֲרוֹן שֶׁיִּתְלַבֵּשׁ בְּמָשִׁיחַ צְדָקֵינוּ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית מט, י) 'עַד כִּי יָבֹא שִׁילֹה' זֶה מֹשֶׁה [שִׁילֹה בְּגֵימַטְרְיָא מֹשֶׁה 345] וְהָיְתָה אֵשׁ שֶׁל מַעֲרָכָה מִתְגַּבֶּרֶת רֶמֶז לְסִימָן טוֹב עַל תִּגְבֹּורֶת הַתּוֹרָה שֶׁנִּמְשְׁלָה לְאֵשׁ, וּבִזְכוּת תִּגְבֹּורֶת הַתּוֹרָה יָבֹא מָשִׁיחַ שֶׁנִּקְרָא בַּר נָפְלִי (סַנְהֶדְרִין צו:) וּלְכָךְ נִרְמַז בְּמִלּוּי ' אֵשׁ ' שֶׁהוּא כִּינּוּי לַתּוֹרָה וְהַייְנוּ א ל " ף ש י " ן הַמִּילּוּי הוּא נָפְלִי רֶמֶז מִן הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת אֵשׁ יָבֹא עֵזֶר לְבַר נָפְלִי, גַּם עֵזֶר לִנְצוּצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁנָּפְלוּ וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת חֲמִשָּׁה נִסִּים שֶׁמָּנוּ כָּאן הֵם ' מִבָּנִים ' שֶׁהוּחַ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ' מ עֶרְכָּהּ ב רַכָּה נ ר י מִין מ לְבֵין' וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים לג, כד) 'בָּרוּךְ מִבָּנִים אֲשֶׁר' לְשׁוֹן אֹושֶׁר שֶׁיְּשֻׁובַּח כֹּהֵן גָּדוֹל בִּזְמַן שֶׁהוּא בָּרוּךְ מִבָּנִים שֶׁבָּזֶה יְהִי רִצּוּי אָחִיו וְנִרְמָז זֶה עַל שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק.
<i>Pendant les quarante années où Chimon HaTsadik officia, le sort montait dans la droite.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle c'était là un bon signe est que <i>yamin</i> (droite, 110) avec le nombre du Nom Havaya (26) donne le nombre de <i>kol</i> (voix, 136). Or à Yom Kippour il n'y a pas de nourriture matérielle : on est nourri par la voix, qui est les cinq voix. C'est pourquoi le Satan n'a pas prise ce jour-là. Par là se comprend <i>la voix est la voix de Yaakov et les mains sont les mains d'Essav</i> (Berechit 27,22), que nos Maîtres ont expliqué (Berechit Rabba 65,2) : lorsque la voix est la voix de Yaakov, les mains ne sont pas les mains d'Essav. Nous l'avons expliqué ainsi : lorsque <i>ha-kol</i> [lu ha-kel, le léger] est la voix de Yaakov, qui possède cinq voix à Yom Kippour, alors ce jour-là les mains ne sont pas les mains d'Essav, car le Satan, qui est les mains d'Essav, n'a pas prise ce jour-là. Et l'on dit ici que lorsque [le sort] montait dans la droite, le segan lui disait : lève ta main. C'est le sens de <i>la droite de HaChem</i> (Tehilim 118,16) : lorsque celui du Nom montait dans la droite, alors la main du kohen gadol était élevée, ce qui indique que la droite de HaChem a fait triompher Israël. Il est dit aussi <i>assa hayil</i> (elle a fait vaillance) : ce jour-là, les lettres d'<i>amal</i> (peine) se retournent pour eux en lettres de <i>hayil</i> (vaillance). Par le mérite de la Tora, qui compte huit degrés [à savoir : kacher et passoul, coupable et innocent, impur et pur, interdit et permis], le <i>ayin</i> d'<i>amal</i> se change en <i>het</i> selon l'alphabet des lettres a-h-h-a [les lettres qu'on prononce se répartissent en cinq lieux d'articulation et s'échangent entre elles : alef-het-hé-ayin par la gorge, guimel-yod-khaf-kouf par le palais, dalet-têt-lamed-noun-tav par la langue, zayin-samekh-chin-rech-tsadi par les dents, beit-vav-mem-pe par les lèvres]. Et par le mérite de la techouva, qui est la crainte, évoquée par la lettre <i>yod</i>, la lettre <i>mem</i> se change en <i>yod</i> selon at-bach [où le alef s'échange avec le tav, le beit avec le chin, et ainsi de suite]. On obtient ainsi la combinaison <i>hayil</i>. C'est ce que dit le verset <i>par Elokim nous ferons vaillance</i> (Tehilim 60,14), et c'est pourquoi il est dit <i>il n'a pas vu de peine (amal) en Israël</i> (Bamidbar 23,21) -- car elle se change en la combinaison <i>hayil</i>. Or il est connu que Chimon HaTsadik relevait du niveau du <i>yessod</i>, qui est le secret du six ; c'est pourquoi six miracles se produisirent de son temps : les cinq comptés ici, plus un autre rapporté par le Yerouchalmi (Yerouchalmi Yoma 6,3), a savoir que [le bouc envoyé] n'atteignait pas la moitié de la montagne qu'il était déjà démembré -- soit six miracles, face au <i>yessod</i> qui est le secret du six. Quant à ce qui est dit <i>et le fil d'écarlate blanchissait</i>, il me semble, avec l'aide du Ciel, que <i>loven</i> (blancheur, 88) a la même valeur que <i>nahal</i> (88), qui est un Nom saint formé des initiales de <i>notser 'hessed la-alafim</i> (Chemot 34,7). Il se trouve que la blancheur dépasse le nombre d'<i>adom</i> (rouge, 51) de trente-sept, qui est le remplissage du Nom de valeur 63, lequel est dans la <i>bina</i> qui illumine ce jour-là. <i>Et la lampe occidentale brûlait</i> : c'était un bon signe, car les sept lampes correspondent aux sept justes qui ont conclu alliance, et la lampe occidentale correspond à Moche notre maître, la paix sur lui. Il est sous-entendu par là que son mérite ne s'éteindra pas de génération en génération, et que c'est par lui que l'on commence et par lui que l'on achève : car il fut le premier rédempteur et il sera aussi le dernier, se revêtant dans le Machiah de notre justice, comme nos Maîtres l'ont dit sur le verset <i>jusqu'à ce que vienne Chilo</i> (Berechit 49,10) -- c'est Moche [Chilo a la même valeur que Moche, 345]. <i>Et le feu du bûcher se renforçait</i> : allusion à un bon signe quant au renforcement de la Tora, comparée au feu ; et c'est par le mérite du renforcement de la Tora que viendra le Machiah, appelé <i>bar nifli</i> (Sanhédrin 96b). C'est pourquoi cela est sous-entendu dans le remplissage du mot <i>ech</i> (feu), qui est un des noms de la Tora : alef s'écrit à-l-f et chin s'écrit ch-i-n, et le remplissage donne <i>nifli</i> -- allusion : de la Tora, qui est appelée feu, viendra le secours pour <i>bar nifli</i>, et aussi le secours pour les étincelles de sainteté qui sont tombées. Et les initiales des cinq miracles comptés ici forment <i>mi-banim</i>, initiales de <i>maaracha</i> (bûcher), <i>berakha</i> (bénédiction), <i>ner</i> (lampe), <i>yamin</i> (droite), <i>malbin</i> (blanchissant). C'est le sens du verset <i>béni entre les fils</i> (Devarim 33,24), au sens de bonheur : le kohen gadol est loué lorsqu'il est <i>baroukh mi-banim</i>, car par là il sera agréé de ses frères -- et cela fait allusion à Chimon HaTsadik.
💡 Explication

Nouvelle beraita, bâtie sur le même matériau que la précédente mais dans l'autre sens. Le folio 39a comptait cinq signes constants sous Chimon HaTsadik, puis intermittents après lui ; ici on reprend trois d'entre eux et on les met à zéro pendant les quarante dernières années.

Les trois retenus sont ceux que la foule pouvait constater à Kippour même : le sort qui monte dans la droite, le fil qui blanchit, la lampe qui reste allumée. Ce sont trois réponses visibles à la journée de l'expiation -- et ce sont elles qui cessent.

Le chiffre de quarante ans est celui qui sépare la mort de Rabban Yo'hanan ben Zakkai et l'année de la destruction : la beraita date donc l'entrée dans une période où le service continue exactement comme avant, sans plus recevoir de réponse.

🖼️ Schéma
Les signes qui s'éteignent : trois états du même Temple 39a comptait cinq signes sous Chimon HaTsadik. 39b n'en reprend que trois -- et les met à zéro pendant quarante ans. Le signe visible le jour de Kippour 40 ans de Chimon HaTsadik constant, chaque année Après lui parfois oui, parfois non 40 ans avant le hurban plus jamais Le sort pour HaChem monte dans la main droite toujours parfois jamais Le fil d'écarlate lachon chel zehorit : il blanchit toujours parfois jamais La lampe occidentale ner maaravi : elle brûle toujours parfois jamais Les portes du Heikhal elles s'ouvrent d'elles-mêmes rien à signaler -- les portes restent des portes un signe en plus et non un signe en moins Le renversement de la quatrième ligne Les trois premiers signes sont des dons qui se retirent. Le quatrième est une annonce qui s'ajoute : le Temple ne cesse pas de parler, il se met à dire autre chose. Rabban Yo'hanan ben Zakkai le fait taire.
Trois états du même Temple -- et la ligne du bas, où le signe ne se retire pas mais s'ajoute.
6
וְהָיוּ דַּלְתוֹת הַהֵיכָל נִפְתְּחוֹת מֵאֲלֵיהֶן, עַד שֶׁגָּעַר בָּהֶן רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי. אָמַר לוֹ: הֵיכַל הֵיכָל! מִפְּנֵי מָה אַתָּה מַבְעִית עַצְמְךָ? יוֹדֵעַ אֲנִי בְּךָ שֶׁסּוֹפְךָ עָתִיד לֵיחָרֵב, וּכְבָר נִתְנַבֵּא עָלֶיךָ זְכַרְיָה בֶּן עִדּוֹא: ״פְּתַח לְבָנוֹן דְּלָתֶיךָ וְתֹאכַל אֵשׁ בַּאֲרָזֶיךָ״,

Et les portes du Heikhal s'ouvraient d'elles-mêmes, jusqu'à ce que Rabban Yo'hanan ben Zakkai les tance. Il lui dit : Heikhal, Heikhal !

Pourquoi t'effraies-tu toi-même ? Je sais de toi que ta fin est d'être détruit, et déjà Zekharia ben Ido a prophétisé sur toi : <i>ouvre tes portes, Levanon, et que le feu dévore tes cèdres</i> (Zekharia 11,1),

📜 Rachi (2)
נִפְתָּחוֹת מֵאֲלֵיהֶן סִימָן לְאוֹיְבִים לָבֹא וְלִיכָּנֵס:
S'ouvraient d'elles-mêmes -- signe que les ennemis allaient venir et entrer.
וּכְבָר נִתְנַבֵּא עָלֶיךָ שֶׁהַפְּתִיחָה זוֹ הִיא סִימָן לַחֻורְבָּן:
Et déjà il a prophétisé sur toi -- que cette ouverture est un signe de la destruction.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָיוּ דַּלְתוֹת הַהֵיכָל נִפְתְּחוֹת מֵאֲלֵיהֶן. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ לָהֶם בָּזֶה מִן הַשָּׁמַיִם דְּהַחֻרְבָּן יִהְיֶה בַּעֲבוּר חֵטְא לָשׁוֹן הָרַע שֶׁהָיוּ מַפְטִירִין בְּשָׂפָה לְרֹועַ וְהַשָּׂפָה הִיא דֻּוגְמַת שְׁנֵי דְּלָתוֹת וּכְמוֹ שֶׁהַדְּלָתוֹת שֶׁל פִּיהֶם הָיוּ נִפְתָּחִים לְרָעָה כֵּן דַּלְתֵי הַהֵיכָל נִפְתָּחִים לְקַבֵּל פֻּרְעָנוּת הַשְּׂרֵיפָה. גַּם לָשׁוֹן הָרַע הוּא חֵטְא בְּדִיבּוּר וְיָדוּעַ שֶׁהַדִּיבּוּר הוּא בַּמַּלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת 'דֶּלֶת' לָכֵן פּוֹגֵם בַּדֶּלֶת דְּשֵׁם א ד נ"י וְנִשְׁאַר אֲנִי וְהַסִּימָן (יְחֶזְקֵאל א, א) 'וַאֲנִי בְּתוֹךְ הַגּוֹלָה' וְלָכֵן הָיוּ נִפְתָּחִין דַּלְתוֹת ה' הֵיכָל ' כִּי הֵיכָל גֵּימַטְרְיָא אֱדֹנ " י [65] .
<i>Et les portes du Heikhal s'ouvraient d'elles-mêmes.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on leur faisait signe par là, du Ciel, que la destruction viendrait à cause de la faute du <i>lachon hara</i> (médisance) : ils laissaient échapper de leurs lèvres le mal, et les lèvres sont à l'image de deux portes. De même que les portes de leur bouche s'ouvraient pour le mal, ainsi les portes du Heikhal s'ouvraient pour recevoir le châtiment de l'incendie. De plus, le <i>lachon hara</i> est une faute de parole, et il est connu que la parole est dans la <i>malkhout</i>, appelée <i>dalet</i> (porte) ; il porte donc atteinte au <i>dalet</i> du Nom A-d-n-y, et il reste <i>ani</i> (moi), dont le signe est <i>et moi au milieu de l'exil</i> (Ye'hezkel 1,1). C'est pourquoi s'ouvraient les portes du <i>Heikhal</i> -- car <i>Heikhal</i> a la même valeur que A-d-n-y (65).
💡 Explication

Quatrième signe -- mais qui ne fonctionne pas comme les trois autres. Ceux-là étaient des dons qui se retirent ; celui-ci est une annonce qui s'ajoute. Rachi explique le sens du présage : des portes qui s'ouvrent seules sont le signe que les ennemis vont venir et entrer.

La réaction de Rabban Yo'hanan ben Zakkai est frappante : il ne prie pas, il rabroue (gaar). Et son argument n'est pas que le présage est faux -- c'est qu'il est redondant. Je sais de toi que ta fin est d'être détruit : la nouvelle était déjà publiée par Zekharia. Le Temple ne révèle rien, il s'agite.

Le mot Levanon du verset cité va servir de charnière : c'est lui qui ouvre les deux derachot suivantes, et qui fait glisser le passage de la destruction annoncée vers tout autre chose.

7
אָמַר רַבִּי יִצְחָק בֶּן טַבְלַאי: לָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ לְבָנוֹן — שֶׁמַּלְבִּין עֲוֹנוֹתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל.

Rabbi Yits'hak ben Tavlaï dit : pourquoi [le Temple] est-il appelé Levanon ? Parce qu'il blanchit (malbin) les fautes d'Israël.

💡 Explication

Premier retournement du mot. Rabban Yo'hanan ben Zakkai vient de citer Levanon dans un verset d'incendie ; Rabbi Yits'hak ben Tavlaï rattache le même mot à la racine lavan, blanc, et en fait un nom de pardon.

La racine n'est pas choisie au hasard dans ce folio : c'est exactement celle du fil d'écarlate qui blanchit, cité deux segments plus haut comme signe de l'expiation acceptée. Le Temple porte donc dans son nom la fonction même que la beraita vient de déclarer éteinte.

8
אָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה: לָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ יַעַר, דִּכְתִיב: ״בֵּית יַעַר הַלְּבָנוֹן״, לוֹמַר לָךְ: מַה יַעַר מְלַבְלֵב — אַף בֵּית הַמִּקְדָּשׁ מְלַבְלֵב. דְּאָמַר רַב הוֹשַׁעְיָא: בְּשָׁעָה שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, נָטַע בּוֹ כָּל מִינֵי מְגָדִים שֶׁל זָהָב, וְהָיוּ מוֹצִיאִין פֵּירוֹת בִּזְמַנֵּיהֶן. וְכֵיוָן שֶׁהָרוּחַ מְנַשֶּׁבֶת בָּהֶן הָיוּ נוֹשְׁרִין פֵּירוֹתֵיהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יִרְעַשׁ כַּלְּבָנוֹן פִּרְיוֹ״, וּמֵהֶן הָיְתָה פַּרְנָסָה לַכְּהֻונָּה.

Rav Zoutra bar Toviya dit : pourquoi [le Temple] est-il appelé forêt (yaar), comme il est écrit <i>la maison de la forêt du Levanon</i> (Melakhim I 10,17) ? Pour t'enseigner : de même que la forêt bourgeonne (mélavlev), de même le Temple bourgeonne.

Car Rav Hochaya a dit : lorsque Chelomo bâtit le Temple, il y planta toutes sortes d'arbres à fruits savoureux (megadim) en or, et ils produisaient des fruits en leur saison. Et dès que le vent soufflait sur eux, leurs fruits tombaient, comme il est dit <i>que son fruit bruisse comme le Levanon</i> (Tehilim 72,16) ; et de là venait la subsistance (parnassa) de la kehouna.

🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּשָׁעָה שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, נָטַע בּוֹ כָּל מִינֵי מְגָדִים שֶׁל זָהָב. הִנֵּה אַף עַל פִּי שֶׁאֶפְשָׁר לִהְיוֹת דְּבָרִים אֵלּוּ כִּפְשׁוּטָן שֶׁזָּהָב מַמָּשׁ הָיוּ וּמוֹצִיאִין פֵּירוֹת בְּדֶרֶךְ נֵס דְּאֵין מַעְצוֹר לָהּ' מִכָּל מָקוֹם יוֹתֵר נִרְאֶה לְפָרֵשׁ לָאו זָהָב מַמָּשׁ הָיוּ אֶלָּא הֵם מִינֵי מְגָדִים וּמַרְאֵיהֶם הָיָה כְּמַרְאֵה הַזָּהָב, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (בָּבָא מְצִיעָא עח:) 'בָּטְלִי שֶׁל כֶּסֶף וּטְלִי שֶׁל זָהָב' דְּהַכַּוָּנָה הוּא עַל מַרְאֶה שֶׁלָּהֶם וְהַנֵּס שֶׁהָיָה בָּהֶם דְּהוּא נִטְעַם בְּלֹא הַשְׁקָאַת מַיִם וְגַם הֵם גְּדֵלִים וּמוֹצִיאִים פֵּירוֹת בְּלֹא הַשְׁקָאַת מַיִם דַּאֲפִילּוּ מֵי גְּשָׁמִים לֹא יַגִּיעוּ לָהֶם, יַעַן כִּי כָּל קַרְקַע שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ הָיָה מְרֻוצָּף בְּאַבְנֵי שַׁיִשׁ וְלֹא יִבָּלְעוּ הַמַּיִם בְּשָׁורְשֵׁי הָאִילָנוֹת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ הַמַּאֲמָר הַזֶּה דֶּרֶךְ רֶמֶז, בֵּית הַמִּקְדָּשׁ רֶמֶז לִבְחִינַת הַמַּלְכוּת וְנָטַע בּוֹ כָּל מִינֵי מְגָדִים שֶׁל זָהָב רֶמֶז לְאוֹרוֹת שֶׁלּוֹקַחַת הַמַּלְכוּת בְּסוֹד מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] שֶׁהֵם בְּחִינַת גְּבוּרוֹת, וְאֵלּוּ המ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] מוֹצִיאִין פֵּרוֹתֵיהֶן בִּזְמַנָּם רֶמֶז לְלֵידַת נְשָׁמוֹת חֲדָשׁוֹת, וּכְשֶׁהָרוּחַ שֶׁהוּא סוֹד תִּפְאֶרֶת מְנַשֵּׁב בָּהֶן נוֹשְׁרִים בְּסוֹד הַלֵּידָה שֶׁבָּאִים הַנְּשָׁמוֹת לָעוֹלָם הַזֶּה וְזֶהוּ נְשִׁירָתָן. וּכְשֶׁנִּכְנְסוּ הָאוֹיְבִים וְכוּ' רָמַז כָּאן לְסוֹד הַפָּסוּק (תְּהִלִּים צז, יא) 'אוֹר זֶרַע לַצַּדִּיק' זָרוּעַ מֵעִיקָּרָא וְלֹא עַתָּה מֵחָדָשׁ דַּעְתָּהּ הוּא סוֹד סְפִיחִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר בְּרֵיהּ דְּרַב סָפְרָא בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ וְעָתִיד הקב"ה לְהַחֲזִירָן כִּי יִזְרַע הַגִּינָּה מֵחָדָשׁ וְיָצְאוּ נְשָׁמוֹת חֲדָשׁוֹת לְעוֹלָם, וְהָבֵן.
<i>Lorsque Chelomo bâtit le Temple, il y planta toutes sortes d'arbres à fruits savoureux en or.</i> Bien qu'il soit possible de prendre ces propos au sens littéral -- qu'ils étaient vraiment d'or et qu'ils produisaient des fruits par miracle, car rien n'arrête HaChem -- il paraît toutefois préférable d'expliquer qu'ils n'étaient pas d'or véritable : c'étaient des espèces fruitières dont l'aspect était comme l'aspect de l'or. Ainsi qu'a écrit Rachi de mémoire bénie sur ce que dit la guemara (Baba Metsia 78b) <i>un agneau d'argent et un agneau d'or</i> -- l'intention porte sur leur apparence. Et le miracle qui s'y trouvait est qu'il les planta sans arrosage, et qu'ils poussaient et produisaient des fruits sans arrosage, l'eau de pluie même ne les atteignant pas, puisque tout le sol du Temple était pavé de dalles de marbre et que l'eau ne pénétrait pas jusqu'aux racines des arbres. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut expliquer ce propos par voie d'allusion (remez) : le Temple fait allusion au niveau de la <i>malkhout</i> ; <i>il y planta toutes sortes d'arbres à fruits savoureux en or</i> fait allusion aux lumières que la <i>malkhout</i> reçoit dans le secret des <i>mayin noukvin</i>, qui relèvent des <i>guevourot</i>. Et ces <i>mayin noukvin</i> <i>produisent leurs fruits en leur saison</i> : allusion à la naissance d'âmes nouvelles. Et lorsque le vent, qui est le secret du <i>tiferet</i>, souffle sur elles, elles tombent, dans le secret de l'enfantement -- les âmes venant en ce monde : telle est leur chute. Et <i>lorsque les ennemis entrèrent</i>, etc. : il y a là une allusion au secret du verset <i>une lumière est semée pour le juste</i> (Tehilim 97,11) -- semée dès l'origine et non à nouveau maintenant, car maintenant c'est le secret des repousses spontanées (sefihim). Et comme l'a dit le fils de Rav Safra dans le Zohar, le Saint béni soit-Il est destiné à les faire revenir, car Il ensemencera le jardin à nouveau et des âmes nouvelles sortiront au monde -- et comprends.
💡 Explication

Second surnom, seconde derasha. Le Temple est aussi appelé yaar, forêt, et Rav Zoutra bar Toviya en tire non pas une image de densité mais de croissance : la forêt bourgeonne, donc le Temple bourgeonne.

Rav Hochaya donne le fait qui soutient l'image : des arbres en or qui portaient de vrais fruits en leur saison. Le paradoxe est voulu -- le métal, matière morte par excellence, se met à suivre le calendrier agricole. Le miracle n'est pas décoratif : il est économique. Les fruits tombaient au vent et assuraient la parnassa des kohanim, qui n'ont ni champ ni héritage.

🖼️ Schéma
Levanon et yaar : le Temple sous ses deux surnoms Le verset de Zekharia appelle le Temple Levanon. Deux Amoraim en tirent deux racines différentes. Levanon -- de la racine lavan, blanc Rabbi Yits'hak ben Tavlaï : il blanchit (malbin) les fautes d'Israël. Le nom dit ce que le lieu fait Même racine que le fil d'écarlate qui blanchit. Yaar -- forêt Rav Zoutra bar Toviya : beit yaar ha-Levanon. Comme la forêt bourgeonne (mélavlev), le Temple bourgeonne. Les arbres d'or de Chelomo : le cycle complet 1. Plantation Chelomo bâtit et planté toutes sortes d'arbres à fruits savoureux -- en or. 2. Fructification Ils portaient des fruits en leur saison. Un métal qui suit le calendrier. 3. Récolte Le vent souffle, les fruits tombent. De là venait la parnassa des kohanim. 4. Dessèchement Les nations entrent dans le Heikhal : ou-férah Levanon oumlal. 5. Retour Le Saint béni soit-Il nous la rendra : paroah tifrah ve-taguel. Pourquoi cette digression au milieu des signes du hurban ? Rabban Yo'hanan ben Zakkai a cité Zekharia pour faire taire les portes : ta fin est de brûler. Le mot Levanon du verset devient alors une accroche, et la guemara le retourne : ce nom qui annonce l'incendie annonce d'abord le pardon, puis la floraison, puis le dessèchement -- et le dernier verset cité n'est pas celui de la ruine mais celui du retour. La séquence des trois versets fait passer le lecteur de la destruction annoncée à la restitution promise.
Les deux surnoms et le cycle complet des arbres d'or : de la plantation à la promesse de restitution.
9
וְכֵיוָן שֶׁנִּכְנְסוּ גּוֹיִם לַהֵיכָל יָבְשׁוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָפֶרַח לַבְנוּן אֻומְלַל״. וְעָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחְזִירָהּ לָנוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״פָּרֹוחַ תִּפְרַח וְתָגֵל אַף גִּילַת וְרַנֵּן כְּבוֹד הַלְּבָנוֹן נִתַּן לָהּ״.

Et dès que les nations entrèrent dans le Heikhal, [ces arbres] se desséchèrent, comme il est dit <i>et la fleur du Levanon se fane</i> (Nahoum 1,4). Et le Saint béni soit-Il est destiné à nous la rendre, comme il est dit <i>elle fleurira abondamment, elle exultera de joie et de chants, la gloire du Levanon lui a été donnée</i> (Yechayahou 35,2).

💡 Explication

Le cycle se ferme, puis se rouvre. Les arbres d'or ne sont pas pillés : ils se dessèchent. La formulation compte -- ce n'est pas un butin emporté, c'est une vie qui se retire au moment où le lieu cesse d'être inviolable.

La guemara ne s'arrête pas là. Elle cite un troisième verset où revient le même mot Levanon, et cette fois pour la restitution. La séquence complète des versets fait donc passer le lecteur de que le feu dévore tes cèdres à elle fleurira abondamment. Une digression ouverte sur l'annonce de la ruine se termine sur une promesse -- et c'est le même mot qui porte les deux.

10
נְתָנָן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים. תָּנוּ רַבָּנַן: עֶשֶׂר פְּעָמִים מַזְכִּיר כֹּהֵן גָּדוֹל אֶת הַשֵּׁם בּוֹ בַּיּוֹם: שְׁלֹשָׁה בְּוִידּוּי רִאשׁוֹן, וּשְׁלֹשָׁה בְּוִידּוּי שֵׁנִי, וּשְׁלֹשָׁה בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ, וְאֶחָד בַּגּוֹרָלוֹת.

<i>Il les posa sur les deux boucs</i> [reprise de la michna]. Nos Maîtres ont enseigné : dix fois le kohen gadol mentionne le Nom en ce jour : trois dans le premier vidouy (confession), trois dans le second vidouy, trois sur le bouc émissaire (saïr ha-michtaléah), et un dans les sorts (goralot).

📜 Rachi (2)
שְׁלֹשָׁה בְּוִידּוּי רִאשׁוֹן שֶׁל פַּר אָנָּא הַשֵּׁם חָטָאתִי אָנָּא הַשֵּׁם כַּפֵּר לִפְנֵי ה' תִּטְהָרוּ:
Trois dans le premier vidouy -- celui du taureau : ana HaChem hatati, ana HaChem kaper, [et] lifnei HaChem tit'harou.
וְאֶחָד בַּגּוֹרָלוֹת לָהּ' חַטָּאת:
Et un dans les sorts -- la-HaChem hatat (à HaChem, un sacrifice pour la faute).
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲשָׂרָה פְּעָמִים מַזְכִּיר כֹּהֵן גָּדוֹל אֶת הַשֵּׁם בּוֹ בַּיּוֹם. נִרְאֶה לִי בס"ד עֲשָׂרָה הֲוָיוֹת מִסְפַּר סָר [26×10=סָר 260] רֶמֶז שֶׁעַל יְדֵי יִתְקַיֵּים בְּיִשְׂרָאֵל 'וְסָר עֲוֹ‍נֵךְ וְחַטָּאתְךָ תְּכַפֵּר' (יְשַׁעְיָה ו, ז) . גַּם מַזְכִּיר עֲשָׂרָה פְּעָמִים כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה יָמִים שֶׁל תְּשׁוּבָה וּכְנֶגֶד עֲשָׂרָה עֲמָקִים שֶׁבְּסֵפֶר יְצִירָה שֶׁצָּרִיךְ לְכַוֵּין בָּהֶם בַּעֲשָׂרָה יָמִים אֵלּוּ אֲשֶׁר אוֹתוֹ הַיּוֹם הוּא הָאַחֲרוֹן שֶׁבָּהֶם. וְנִרְאֶה לִי שֶׁצָּרִיךְ לְהַטְרִיחַ עַצְמוֹ 'בּוֹ בַּיּוֹם' בַּהֲרָמַת קוֹלוֹ מִפְּנֵי שֶׁבּוֹ בַּיּוֹם אֵין אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אֶלָּא הַכֹּל נִיזּוֹנִין מִן הַקּוֹל שֶׁהוּא חֲמִשָּׁה קוֹלוֹת הַפְּנִימִיִּים כַּנּוֹדָע. וּמַה שֶׁאָמַר וּכְבָר אָמַר : ' אָנָא הַשֵּׁם ' וְנִשְׁמַע קוֹלוֹ בִּירִיחוֹ קָשֶׁה מַה שַׁייָּכוּת וְקֶשֶׁר יֵשׁ לְדָבָר זֶה עִם מַה שֶׁאָמַר שֶׁמַּזְכִּיר הַשֵּׁם בּוֹ בַּיּוֹם עֲשָׂרָה פְּעָמִים? וְנִרְאֶה לִי דְּבָא לָתֵת טַעַם בָּזֶה כֵּיוָן דְּמַזְכִּירוֹ עֲשָׂרָה פְּעָמִים בִּיגִיעָה רַבָּה לְכָךְ הָיָה נַעֲשֶׂה לוֹ נֵס שֶׁנִּשְׁמַע קוֹלוֹ בִּירִיחוֹ שֶׁהוּא רָחוֹק עֲשָׂרָה פַּרְסָאוֹת כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה פְּעָמִים הַנִּזְכָּר.
<i>Dix fois le kohen gadol mentionne le Nom en ce jour.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dix fois le Nom Havaya donne le nombre de <i>sar</i> [26 x 10 = 260, valeur de sar], allusion à ce que par là s'accomplira en Israël <i>ta faute s'est retirée (ve-sar) et ton péché sera expié</i> (Yechayahou 6,7). De plus, il le mentionne dix fois face aux dix jours de techouva, et face aux dix profondeurs du Sefer Yetsira, sur lesquelles il faut se concentrer durant ces dix jours -- dont ce jour-là est le dernier. Et il me semble qu'il doit se donner de la peine <i>ce jour-là</i> pour élever la voix, parce que ce jour-là il n'y a ni manger ni boire : tous sont nourris de la voix, qui est les cinq voix intérieures, comme on le sait. Et quant à ce qui est dit ensuite <i>et il est déjà arrivé qu'il dise ana HaChem et que sa voix soit entendue à Yeriho</i> -- difficulté : quel rapport cela a-t-il avec le fait qu'il mentionne le Nom dix fois ce jour-là ? Il me semble qu'il vient en donner la raison : puisqu'il le mentionne dix fois avec un grand effort, il lui fut fait un miracle, que sa voix soit entendue à Yeriho, distante de dix parsaot -- face aux dix mentions dont il est question.
💡 Explication

Retour à la michna après la longue digression. Le point de raccord est le moment où le kohen gadol pose le sort sur le bouc en disant la-HaChem hatat -- une mention du Nom. La guemara en profite pour dresser le compte complet de la journée.

La répartition est parlante : neuf mentions sur dix se trouvent dans des confessions, trois par confession, sur la formule que Rachi rappelle. La dixième est isolée : elle appartient à la hagrala, qui n'est pas une confession. Ce détail va peser plus loin dans le folio, quand on demandera si la hagrala est une avoda (un service) ou non.

🖼️ Schéma
Les dix mentions du Nom explicite le jour de Kippour La beraita compte : 3 + 3 + 3 + 1. Trois confessions à trois mentions, plus une seule au tirage au sort. Premier vidouy sur son taureau, pour lui et pour sa maison 1 2 3 Rachi : ana HaChem hatati / ana HaChem kaper / lifnei HaChem tit'harou Second vidouy sur le même taureau, pour ses frères les kohanim 4 5 6 même formule, autre bénéficiaire Sur le bouc émissaire le saïr ha-michtaléah, pour tout Israël 7 8 9 la troisième confession de la journée Aux sorts une seule fois : la-HaChem hatat 10 Rachi : en posant le sort Total : dix mentions du Nom explicite en une seule journée Neuf dans des confessions, une seule dans un acte qui n'est pas une confession -- la hagrala. Le dix qui répond au dix Une fois il dit le Nom et sa voix porta jusqu'à Yeriho -- dix parsaot. Le Ben Yehoyada relie les deux nombres : dix parsaot pour dix mentions, une parsa gagnée par mention arrachée au jeûne.
Le décompte de la beraita : 3 + 3 + 3 + 1, et la dixième mention qui n'appartient à aucune confession.
11
וּכְבָר אָמַר ״הַשֵּׁם״, וְנִשְׁמַע קוֹלוֹ בִּירִיחוֹ. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: מִירוּשָׁלַיִם לִירִיחוֹ עֲשָׂרָה פַּרְסָאוֹת.

Et il est déjà arrivé qu'il dise <i>HaChem</i> et que sa voix fût entendue à Yeriho. Rabba bar bar Hana dit : de Yerouchalayim à Yeriho, il y a dix parsaot.

📜 Rachi (1)
וּכְבָר אָמַר כְּלוֹמַר וּכְבָר הָיָה מַעֲשֶׂה שֶׁהָלַךְ קוֹלוֹ עַד יְרִיחוֹ:
Et il est déjà arrivé qu'il dise -- c'est-à-dire qu'il y eut un fait où sa voix porta jusqu'à Yeriho.
💡 Explication

La beraita ajoute un fait à son décompte : une fois, la voix qui prononçait le Nom porta jusqu'à Yeriho. Rachi précise le sens de la formule ve-khevar amar : il ne s'agit pas d'un usage mais d'un fait ponctuel qui eut lieu une fois.

Rabba bar bar Hana chiffre la distance : dix parsaot, soit quarante mil. La précision transforme l'anecdote en mesure. Elle ouvre la série qui suit, où la guemara va évaluer jusqu'où portent les autres émissions du Temple.

12
וָצִיר דַּלְתוֹת הַהֵיכָל נִשְׁמַע בִּשְׁמוֹנָה תְּחוּמֵי שַׁבָּת. עִזִּים שֶׁבִּירִיחוֹ הָיוּ מִתְעַטְּשׁוֹת מֵרֵיחַ הַקְּטֹורֶת. נָשִׁים שֶׁבִּירִיחוֹ אֵינָן צְרִיכוֹת לְהִתְבַּשֵּׂם מֵרֵיחַ קְטֹורֶת. כַּלָּה שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם אֵינָהּ צְרִיכָה לְהִתְקַשֵּׁט מֵרֵיחַ קְטֹורֶת.

Et le gond des portes du Heikhal s'entendait à huit tehoumin de Chabbat. Les chèvres de Yeriho éternuaient à cause de l'odeur du ketoret.

Les femmes de Yeriho n'avaient pas besoin de se parfumer, à cause de l'odeur du ketoret. La mariée de Yerouchalayim n'avait pas besoin de se parer [de parfums], à cause de l'odeur du ketoret.

📜 Rachi (1)
כַּלָּה דַּרְכָּהּ לְהִתְקַשֵּׁט בִּבְשָׂמִים:
La mariée -- son usage est de se parer de parfums.
🗂️ Tossefot (2)
וְצִיר דַּלְתוֹת הַהֵיכָל הָיָה נִשְׁמַע בִּשְׁמוֹנָה תְּחוּמֵי שַׁבָּת תֵּימַהּ דִּבְמַסֶּכֶת תָּמִיד פ"ג (מִשְׁנָה ח) תְּנַן מִירִיחוֹ הָיוּ שׁוֹמְעִין קוֹל שַׁעַר גָּדוֹל שֶׁנִּפְתַּח וּמוּכָח הָתָם דְּהוּא שַׁעַר הֵיכָל וְיֵשׁ לוֹמַר דְּצִירֵי דְּלָתוֹת לֹא הָיוּ נִשְׁמָעִין אֶלָּא ח' תְּחוּמֵי שַׁבָּת אֲבָל הַשַּׁעַר עַצְמוֹ נִשְׁמָע בִּירִיחוֹ אִי נָמֵי מִתּוֹךְ ח' תְּחוּמֵי שַׁבָּת הָיוּ מַרְגִּישִׁין קוֹל צִירֵי הַדְּלָתוֹת שֶׁכָּל אָדָם יָכוֹל לְהַרְגִּישׁ שֶׁהוּא קוֹל צִירִים וּמִיּרִיחוֹ הָיוּ שׁוֹמְעִין קוֹל הֲבָרָה בְּעָלְמָא אֲבָל מִי שֶׁלֹּא הָיָה יוֹדֵעַ לֹא הָיָה מַרְגִּישׁ מַה קוֹל הָיָה זֶה וְכֵן פֵּירַשְׁתִּי ספ"ק (דַּף כ. ד"ה וְהָיָה) גַּבֵּי גְּבִינֵי כָּרוֹז:
Étonnant : au traité Tamid, chapitre 3 (michna 8), nous avons appris que depuis Yeriho on entendait le bruit de la grande porte qui s'ouvrait, et il y est prouvé qu'il s'agit de la porte du Heikhal. On peut dire que les gonds des portes ne s'entendaient qu'à huit tehoumin de Chabbat, tandis que la porte elle-même s'entendait jusqu'à Yeriho. Ou encore : à l'intérieur des huit tehoumin de Chabbat on percevait le son des gonds des portes, chacun pouvant reconnaître qu'il s'agissait d'un bruit de gonds ; tandis que depuis Yeriho on entendait un simple écho, et celui qui ne savait pas ne percevait pas de quel bruit il s'agissait. Ainsi ai-je expliqué à la fin du premier chapitre (20a, s.v. ve-haya) à propos de Guévini le héraut.
כַּלָּה שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם לֹא הָיְתָה צְרִיכָה לְהִתְבַּשֵּׂם מֵרֵיחַ הַקְּטֹרֶת תֵּימַהּ דְּאָמַר פֶּרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כו.) קוֹל וּמַרְאֶה וָרֵיחַ אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם מְעִילָה וְדִיֵּיק מְעִילָה הוּא דְּלֵיכָּא הָא אִיסּוּרָא אִיכָּא מַאי לָאו לְאוֹתָן הָעוֹמְדִין בִּפְנִים דְּלָא אֶיפְשָׁר וְקָא מִיכַּווַּן וְאַבַּיֵּי לְאוֹתָם שֶׁבַּחוּץ א"כ לְאַבַּיֵּי הָיוּ עוֹשִׂין אִיסּוּר בְּכָל יוֹם וְיֵשׁ לוֹמַר אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא שֶׁלֹּא יִקְרְבוּ עַצְמָן לָעֲזָרָה כְּדֵי לְהָרִיחַ יוֹתֵר:
Étonnant : il est dit au chapitre Kol chaa (Pessahim 26a) que le son, la vue et l'odeur ne sont pas soumis à la meila (détournement d'un bien consacré) ; et l'on en déduit précisément : il n'y a pas de meila, mais il y a bien un interdit. De quoi s'agit-il ? N'est-ce pas de ceux qui se tiennent à l'intérieur, pour qui c'est inévitable (lo efchar) et qui en ont l'intention ? Et Abaye [dit] : de ceux qui sont dehors. S'il en est ainsi, selon Abaye ils commettaient un interdit chaque jour ! On peut dire : ce n'est interdit que de s'approcher de l'azara afin de mieux sentir.
💡 Explication

Quatre mesures qui prolongent celle de Yeriho. Le gond des portes -- pas les portes elles-mêmes -- s'entend à huit tehoumin de Chabbat, soit huit mil. Les Tossefot s'arrêtent précisément là, car Tamid enseigne qu'on entendait la grande porte depuis Yeriho, quarante mil plus loin. Leur réponse distingue soit l'objet (le gond contre la porte), soit la qualité de la perception : de près on identifie un bruit de gonds, de loin on entend un écho sans savoir de quoi.

Les trois cas suivants portent sur le ketoret, et vont du plus rustique au plus intime : des chèvres qui éternuent, des femmes qui n'ont plus besoin de parfum, une mariée qui n'a plus besoin de se parer. Rachi note l'usage qui rend le dernier cas parlant -- la mariée se pare de parfums ; la ville lui en fournit déjà.

Les Tossefot posent alors la question halakhique inévitable : profiter de l'odeur d'un objet consacré, n'est-ce pas en détourner l'usage ? Ils répondent qu'il n'y a pas de meila sur l'odeur, et que l'interdit ne porte que sur le fait de s'approcher exprès de l'azara pour mieux sentir.

🖼️ Schéma
Jusqu'où porte le Temple : le son, l'odeur, la voix Axe indicatif, non à l'échelle. Rappel de mesure : 1 parsa = 4 mil ; 1 tehoum de Chabbat = 1 mil (2000 amot). Le Heikhal -- point zéro Le ketoret brûle sur l'autel d'or. Les portes tournent sur leurs gonds. Le kohen gadol prononce le Nom. Trois émissions : bruit, parfum, voix. 8 tehoumin de Chabbat Le grincement du gond des portes du Heikhal s'entend jusque-là. Tossefot : à cette distance on reconnaît un bruit de gonds. Les monts de Mikhmar Les chèvres du père de Rabbi Yossei ben Dolgai éternuent à l'odeur du ketoret. Un témoin qui parle de chez lui. Yeriho -- 10 parsaot La voix qui dit le Nom y parvient. Les chèvres éternuent. Les femmes n'ont pas à se parfumer. 40 mil : la portée maximale. 0 8 mil distance non précisée 40 mil Dans la ville même : la mariée La kalla de Yerouchalayim n'a pas besoin de se parer de parfums : l'air de la ville la parfume déjà. Tossefot : le parfum et la meila Profiter de l'odeur n'est pas un détournement -- mais on ne s'approche pas de l'azara pour mieux sentir. Chilo : la portée qui n'est plus une distance Un vieillard entre dans les ruines du Michkan de Chilo et y sent encore le ketoret -- plus de mille ans après. Rachi : c'est l'odeur du ketoret qui y fut fait du temps où le Michkan s'y tenait. Les trois premiers cas mesurent l'espace ; celui-ci mesure le temps. Ce qui a été offert une fois ne s'évapore pas.
Ce que le Temple émet et jusqu'où cela porte : le bruit, le parfum, la voix -- et, à Chilo, la durée.
13
אָמַר רַבִּי (יוֹסֵי בֶּן) דּוֹלְגַאי: עִזִּים הָיוּ לְאַבָּא בְּהָרֵי (מִכְמָר), וְהָיוּ מִתְעַטְּשׁוֹת מֵרֵיחַ הַקְּטֹורֶת. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: סָח לִי זָקֵן אֶחָד, פַּעַם אַחַת הָלַכְתִּי לְשִׁילֹה, וְהֵרַחְתִּי רֵיחַ קְטֹורֶת מִבֵּין כְּותָלֶיהָ.

Rabbi (Yossei ben) Dolgai dit : mon père avait des chèvres dans les monts de (Mikhmar), et elles éternuaient à cause de l'odeur du ketoret. Rabbi Hiya bar Avin dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Korha : un vieillard m'a raconté : une fois je suis allé à Chilo, et j'ai senti l'odeur du ketoret d'entre ses murs.

📜 Rachi (2)
בְּהָרֵי מִכְמָר שֵׁם הַמָּחוֹז:
Dans les monts de Mikhmar -- nom de la région.
וְהֵרַחְתִּי רֵיחַ קְטֹרֶת מִקְּטֹורֶת שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ בְּעוֹד הַמִּשְׁכָּן בְּשִׁילֹה:
Et j'ai senti l'odeur du ketoret -- du ketoret qui y fut fait du temps où le Michkan était à Chilo.
💡 Explication

Deux témoignages de nature différente. Le premier est un témoin direct : Rabbi Yossei ben Dolgai parle du troupeau de son propre père, et Rachi précise que Mikhmar est un nom de région. L'anecdote générale de Yeriho reçoit ainsi une confirmation domestique.

Le second change d'axe. Le vieillard n'est pas allé loin dans l'espace mais loin dans le temps : il entre dans les ruines du Michkan de Chilo, abandonné depuis plus de mille ans, et l'odeur du ketoret y tient encore. Rachi le dit sans détour : c'est l'odeur du ketoret qui y fut fait du temps où le Michkan s'y trouvait. Ce qui a été offert une fois ne s'évapore pas.

14
אָמַר רַבִּי יַנַּאי: עֲלִייַּת גּוֹרָל מִתּוֹךְ קַלְפִּי — מְעַכֶּבֶת, הַנָּחָה — אֵינָהּ מְעַכֶּבֶת. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אַף עֲלִיָּיה אֵינָהּ מְעַכֶּבֶת.

Rabbi Yannai dit : la montée du sort hors de la kalpi est meakevet [indispensable : son absence invalide] ; la pose [du sort sur le bouc] n'est pas meakevet. Et Rabbi Yo'hanan dit : même la montée n'est pas meakevet.

📜 Rachi (3)
עֲלִייַּת גּוֹרָל מִתּוֹךְ קַלְפִּי מְעַכֶּבֶת עֲבוֹדָה שֶׁאֵין הַשְּׂעִירִים מִתְפָּרְשִׁין זֶה לְשֵׁם וְזֶה לַעֲזָאזֵל אֶלָּא ע"פ הַגּוֹרָל לְפִיכָךְ צָרִיךְ לִרְאוֹת אֵיזֶה עָלָה בְּיָמִין וִיהֵא שָׂעִיר שֶׁל יָמִין נִקְבַּע בּוֹ וְאֵי זֶה עָלָה בִּשְׂמֹאל וִיהֵא שָׂעִיר שֶׁל שְׂמֹאל נִקְבַּע בּוֹ:
La montée du sort hors de la kalpi est meakevet -- [car c'est] un service : les boucs ne se distinguent l'un pour HaChem et l'autre pour Azazel que par le sort. Il faut donc voir lequel est monté dans la droite, et le bouc de droite se trouve fixé par lui ; et lequel est monté dans la gauche, et le bouc de gauche se trouve fixé par lui.
אֲבָל הַנָּחָה שֶׁל גּוֹרָל עַל הַשָּׂעִיר אֵינָהּ מְעַכְּבָא אֲפִילּוּ לֹא הִנִּיחוֹ עָלָיו שֶׁהֲרֵי הֻוקְבַּע שֶׁל יָמִין בְּגוֹרָל שֶׁעָלָה בְּיָמִין וְכֵן שְׂעִיר הַשְּׂמֹאל לְגוֹרַל שְׂמֹאל:
Mais la pose -- du sort sur le bouc n'est pas meakevet : même s'il ne l'a pas posée sur lui, celui de droite se trouve déjà fixé par le sort monté dans la droite, et de même le bouc de gauche par le sort de gauche.
אַף עֲלִייָּה אֵינָהּ מְעַכֶּבֶת וְאִם יִקְרָא הַכֹּהֵן שֵׁם חַטָּאת עַל הָאַחַת וְשֵׁם עֲזָאזֵל עַל חֲבֵירוֹ הֻוקְבְּעוּ בְּלֹא הַגְרָלָה שֶׁאֵין הַגְרָלָה מְעַכֶּבֶת אֶלָּא שֶׁחִיסֵּר מִצְוָה:
Même la montée n'est pas meakevet -- et si le kohen appelle sur l'un le nom de hatat et sur l'autre le nom d'Azazel, ils sont fixés sans hagrala, car la hagrala n'est pas meakevet ; simplement il a omis une mitsva.
💡 Explication

Nouveau sujet, purement halakhique. La hagrala comporte deux actes : la aliya -- le sort monte de la kalpi dans la main -- et la hanaha -- on pose le sort sur la tête du bouc. La question est de savoir lequel est meakev : sans lequel le service est invalide.

Rachi explique la logique de Rabbi Yannai : rien d'autre ne distingue les deux boucs. Ce qui les sépare, c'est de quel côté le sort est monté -- droite ou gauche. Dès lors, la aliya fixe l'identité de chaque bouc, et la pose ne fait que rendre visible une désignation déjà acquise : elle n'est donc pas indispensable.

Rabbi Yo'hanan va plus loin : même la aliya n'est pas indispensable. Si le kohen appelle simplement l'un hatat et l'autre Azazel, les boucs sont fixés. Il a seulement, dit Rachi, omis une mitsva -- ce qui n'est pas rien, mais n'invalide pas.

15
אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: דְּבָרִים הַנַּעֲשִׂין בְּבִגְדֵי לָבָן מִבַּחוּץ לָא מְעַכְּבָא — כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּלָא מְעַכְּבָא. כִּי פְּלִיגִי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי נְחֶמְיָה, מַאן דְּאָמַר מְעַכְּבָא — כְּרַבִּי נְחֶמְיָה. וּמַאן דְּאָמַר לָא מְעַכְּבָא — הָנֵי מִילֵּי עֲבוֹדָה, הַגְרָלָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא.

Selon Rabbi Yehouda, qui dit que les choses accomplies en habits blancs à l'extérieur ne sont pas meakevot -- tous s'accordent qu'elle n'est pas meakevet. La divergence porte selon Rabbi Nehemya : celui qui dit qu'elle est meakevet [suit] Rabbi Nehemya ; et celui qui dit qu'elle n'est pas meakevet [répond] : cela ne vaut que pour une avoda (un service), or la hagrala n'est pas une avoda.

📜 Rachi (4)
אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה כוּ' בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (לְקַמָּן יוֹמָא דַּף ס.) פְּלִיגִי ר' יְהוּדָה וְר' נְחֶמְיָה אִם שִׁינָּה בְּסֵדֶר עֲבוֹדוֹת לְהַקְדִּים אֶת הַמְאֻוחָר וְאָמַר ר' נְחֶמְיָה כָּל סֵדֶר הָעֲבוֹדוֹת שֶׁנַּעֲשׂוֹת בְּבִגְדֵי לָבָן בֵּין בִּפְנִים כְּגוֹן לִפְנַי לִפְנִים בֵּין מִבַּחוּץ כְּגוֹן בַּהֵיכָל אוֹ בָּעֲזָרָה מְעַכֵּב דְּחוּקָה דִּכְתִיבָא בְּעִנְיָנָא דְּאַחֲרֵי מוֹת עֲלַיְיהוּ כְּתִיבָא וְר' יְהוּדָה אוֹמֵר לָא כְּתִיבָא חֻוקָּה אֶלָּא בִּדְבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן מִבִּפְנִים הִלְכָּךְ הַגְרָלָה שֶׁהִיא אֵינָהּ נַעֲשֵׂית מִבִּפְנִים אֶלָּא מִבַּחוּץ לְר' יְהוּדָה דְּאָמַר אַדְּבָרִים שֶׁנַּעֲשִׂים מִבַּחוּץ לָא כְּתִיבָא חֻוקָּה:
Selon Rabbi Yehouda, etc. -- au chapitre Hotsiou lo (plus loin, Yoma 60a), Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemya divergent sur le cas où l'on a modifié l'ordre des services en avançant ce qui devait venir après. Rabbi Nehemya dit : tout l'ordre des services accomplis en habits blancs -- que ce soit à l'intérieur, comme dans le Saint des Saints, ou à l'extérieur, comme dans le Heikhal ou dans l'azara -- est meakev, car le mot houka écrit dans la section d'Aharei Mot est écrit à leur sujet. Et Rabbi Yehouda dit : houka n'est écrit que sur les choses accomplies en habits blancs à l'intérieur. Dès lors, la hagrala, qui ne se fait pas à l'intérieur mais à l'extérieur, [n'est pas meakevet] selon Rabbi Yehouda qui dit que houka n'est pas écrit sur les choses faites à l'extérieur.
דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי דַּאֲפִילּוּ ר' יַנַּאי מוֹדֶה דִּלְר' יְהוּדָה לָא מְעַכְּבָא דְּהָא לָא כְּתִיב בְּהוּ עִיכּוּבָא:
Tous s'accordent -- car même Rabbi Yannai admet que selon Rabbi Yehouda elle n'est pas meakevet, puisqu'il n'y est pas écrit de ikouv (clause invalidante).
כִּי פְּלִיגִי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי נְחֶמְיָה דְּאָמַר חֻוקָּה אָכַל דְּבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן כְּתִיבָא וְזוֹ בְּבִגְדֵי לָבָן הִיא כְּדִכְתִיב בְּעִנְיָנָא:
La divergence porte selon Rabbi Nehemya -- qui dit que houka est écrit sur toutes les choses accomplies en habits blancs, et celle-ci se fait en habits blancs, comme il est écrit dans la section.
הָנֵי מִילֵּי דִּכְתִיב חֻוקָּה לְעִיכּוּבָא בַּעֲבוֹדָה הוּא דַּאֲתָא לְעִיכּוּבָא (עַד כָּאן לֹא אָמַר ר' נְחֶמְיָה דִּכְתִיב חֻוקָּה בַּעֲבוֹדָה לְעִכּוּבָא כְּגוֹן חֲתִיּוֹת גֶּחָלִים מִן הַמִּזְבֵּחַ וּשְׁחִיטַת פָּר דַּעֲבוֹדוֹת נִינְהוּ וּפְסוּלוֹת בְּכֹהֵן אַחֵר אֲבָל הַגְרָלָה דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא שֶׁכְּשֵׁרָה בַּסְּגָן לְמָאֵן דְּאָמַר לְעֵיל הַסְּגָן וכ"ג מַכְנִיסִין יְדֵיהֶן שֶׁל יָמִין בַּקַּלְפִּי אֵימָא הָכָא מוֹדֶה ר' נְחֶמְיָה דְּלָא מְעַכְּבָא):
Cela ne vaut que -- là où houka est écrit pour rendre indispensable, c'est pour une avoda qu'il vient rendre indispensable. (Rabbi Nehemya n'a dit que houka est écrit pour rendre indispensable que dans une avoda -- par exemple prendre les braises de l'autel ou l'égorgement du taureau, qui sont des services et sont invalides s'ils sont faits par un autre kohen ; mais la hagrala, qui n'est pas une avoda puisqu'elle est valide par le segan, selon celui qui a dit plus haut que le segan et le kohen gadol introduisent leurs mains droites dans la kalpi -- dis qu'ici Rabbi Nehemya admet qu'elle n'est pas meakevet.)
💡 Explication

La guemara ne tranche pas le débat : elle le localise. Tout repose sur un mot de la Tora, houka (statut), écrit dans la section d'Aharei Mot. En règle générale, houka signale qu'un détail est indispensable. Reste à savoir sur quoi il porte.

Rachi renvoie à la mahloket de Yoma 60a. Rabbi Nehemya : houka porte sur tout ce qui se fait en habits blancs, dedans comme dehors. Rabbi Yehouda : houka ne porte que sur ce qui se fait dedans. Or la hagrala se fait dehors -- donc selon Rabbi Yehouda, aucune des deux opinions ne peut la rendre indispensable. La case est vide.

Le désaccord se loge donc entièrement dans la case Rabbi Nehemya. Et l'argument de celui qui allège est technique : houka ne rend indispensable qu'une avoda. Rachi donne le critère de preuve : la hagrala peut être faite par le segan, alors qu'une avoda du jour est invalide si un autre que le kohen gadol l'accomplit. Donc ce n'est pas une avoda.

🖼️ Schéma
La hagrala est-elle meakevet ? Les deux versions du débat Meakevet = son absence invalide. Le désaccord Rabbi Yannai / Rabbi Yo'hanan ne change pas de contenu : il change de case. 1. Aliya -- la montée du sort hors de la kalpi C'est elle qui sépare le bouc pour HaChem du bouc pour Azazel. Tout le débat porte sur cet acte-là. 2. Hanaha -- la pose du sort sur le bouc Jamais meakevet, personne n'en discute : le bouc est déjà fixé par le côté où le sort est monté. Version Rabbi Yehouda houka ne porte que sur ce qui se fait dedans Rabbi Nehemya houka porte sur tout ce qui se fait en habits blancs Première version segments 14 Accord de tous : pas meakevet La hagrala se fait dehors, donc houka ne la vise pas. Même Rabbi Yannai le concède. Case vide : rien à discuter ici. C'est ici que l'on diverge R. Yannai : meakevet -- houka telle quelle. R. Yo'hanan : houka ne rend indispensable qu'une avoda, et la hagrala n'est pas une avoda Preuve de Rachi : le segan peut la faire. Ika de-amri seconde version segments 15 à 17 C'est ici que l'on diverge R. Yo'hanan : pas meakevet -- houka ne la vise pas. R. Yannai : le verset a répété acher ala deux fois (Vayikra 16,9 et 16,10) -- la répétition suffit. Le ikouv ne vient plus de houka mais du surplus. Accord de tous : meakevet houka est écrit à leur sujet, sans distinction de dedans et de dehors. Case vide : rien à discuter ici. La beraita qui départage : mitsva lehagril, ve-im lo higril kacher Première version : aucune difficulté -- la beraita est de Rabbi Yehouda, pour qui personne ne rend la hagrala indispensable. Seconde version : la case Rabbi Yehouda est justement celle où l'on diverge -- la question reste ouverte au folio suivant.
La grille des deux versions : où se trouve la case vide, où se trouve la case disputée -- et ce que la beraita finale vient tester.
16
אִיכָּא דְאָמְרִי,

Certains disent [une autre version] :

💡 Explication

Ika de-amri : la guemara garde les mêmes noms, les mêmes opinions et le même mot de la Tora, et redistribue les cases. Ce qui était consensuel devient disputé, et inversement.

17
אַלִּיבָּא דְּרַבִּי נְחֶמְיָה דְּאָמַר מְעַכְּבָא — כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּמְעַכְּבָא,

Selon Rabbi Nehemya, qui dit qu'elle est meakevet -- tous s'accordent qu'elle est meakevet ;

📜 Rachi (1)
כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּמְעַכְּבָא דְּקָאָמַר חֻוקָּה עֲלַייְהוּ כְּתִיב:
Tous s'accordent qu'elle est meakevet -- puisqu'il dit que houka est écrit à leur sujet.
💡 Explication

Le miroir exact du segment 14. Ici, c'est la case Rabbi Nehemya qui est vide : houka porte sur tout ce qui se fait en habits blancs, sans distinguer dedans et dehors, et Rachi le rappelle en quelques mots -- houka est écrit à leur sujet. Personne ne cherche à en exempter la hagrala par l'argument de l'avoda.

18
כִּי פְּלִיגִי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה. מַאן דְּאָמַר לָא מְעַכְּבָא — כְּרַבִּי יְהוּדָה, וּמַאן דְּאָמַר מְעַכְּבָא — שָׁאנֵי הָכָא דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא: ״אֲשֶׁר עָלָה״, ״אֲשֶׁר עָלָה״, תְּרֵי זִימְנֵי.

La divergence porte selon Rabbi Yehouda. Celui qui dit qu'elle n'est pas meakevet [suit] Rabbi Yehouda ; et celui qui dit qu'elle est meakevet [répond] : ici c'est différent, car le verset a répété <i>acher ala</i> [sur lequel est monté], <i>acher ala</i>, deux fois.

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי הָכָא דִּתְנָא בֵּהּ קְרָא אַף עַל גַּב דְּחוּקָה לָאו עֲלָהּ קַייְמָא לְעַכֵּב מְעַכְּבָא שֶׁהֲרֵי שָׁנָה עָלָיו הַכָּתוּב לְעַכֵּב וּמִקְרָא יְתֵירָה נָפְקָא לָהּ עִיכּוּבָא:
Ici c'est différent, car le verset l'a répété -- bien que houka ne porte pas sur elle pour la rendre indispensable, elle est néanmoins meakevet, car l'Écriture l'a répété pour rendre indispensable, et c'est du verset surabondant que se déduit le ikouv.
🗂️ Tossefot (1)
דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא אֲשֶׁר עָלָה כו' וּמַאן דְּאָמַר לֹא מְעַכֶּבֶת סְבִירָא לֵיהּ כֵּיוָן דְּלָא כְּתַב צִוּוּי אע"ג דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא לָא מְעַכְּבָא מִידִי דַּהֲוָה אַבְּלִילָה דִּתְנַן (מְנָחוֹת דַּף יח:) אִם לֹא בָּלַל כָּשֵׁר אע"ג דְּכַמָּה זִימְנִין כְּתִיב בַּלַּיְלָה בַּלַּיְלָה אֶלָּא כֵּיוָן דְּלָא כְּתִיב בִּלְשׁוֹן צִוּוּי לָא מְעַכְּבָא וּלְמַאן דְּאָמַר מְעַכְּבָא לָא דָּמֵי לִבְלִילָה דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּאַהֲנֵי חֻוקָּה קְצָת כֵּיוָן דְּמֵחֻוקָּה גָּמְרִינַן לְעִיכּוּבָא לִשְׁאָר מִילֵּי שֶׁבַּפָּרָשָׁה גָּמְרִינַן נָמֵי מִינָּהּ לְהַגְרָלָה כֵּיוָן דִּתְנָא בֵּהּ קְרָא כָּל דְּהוּ:
Et celui qui dit qu'elle n'est pas meakevet estime que, puisque [le verset] n'est pas écrit sous forme d'ordre (tsivouy), même si l'Écriture l'a répété cela ne rend pas indispensable -- comme pour la belila (le mélange à l'huile de la minha), dont nous avons appris (Menahot 18b) que s'il n'a pas mélangé [l'offrande] est valide, bien qu'il soit écrit plusieurs fois <i>belila, belila</i> : puisque ce n'est pas écrit sous forme d'ordre, ce n'est pas meakev. Et selon celui qui dit qu'elle est meakevet, ce n'est pas comparable à la belila, car ici c'est différent : la houka a tout de même un effet partiel -- puisque c'est de houka que nous apprenons le ikouv pour les autres choses de la section, nous en apprenons aussi pour la hagrala, dès lors que l'Écriture l'a répété si peu que ce soit.
💡 Explication

Dans cette version, celui qui rend la hagrala indispensable doit le faire sans houka, puisqu'on raisonne selon Rabbi Yehouda. Il change donc de source : la Tora répète l'expression acher ala (Vayikra 16,9 puis 16,10), et une répétition de l'Écriture vaut clause invalidante. Rachi le formule nettement : le ikouv se déduit d'un verset surabondant, pas de houka.

Les Tossefot mesurent la force de l'argument avec un contre-exemple. La belila (le mélange à l'huile de l'offrande) est écrite plusieurs fois, et pourtant Menahot 18b enseigne que si l'on n'a pas mélangé, l'offrande reste valide. Leur critère : ce qui manque, c'est un tsivouy, une formulation impérative -- une simple répétition ne suffit pas.

Comment celui qui rend la hagrala indispensable répond-il ? En disant qu'ici houka agit partiellement : puisque le mot rend indispensables les autres détails de la section, il suffit que la hagrala soit répétée, si peu que ce soit, pour être entraînée avec elles. La répétition ne crée pas le ikouv toute seule -- elle raccroche la hagrala à un ikouv qui existe déjà.

19
מֵיתִיבִי: מִצְוָה לְהַגְרִיל, וְאִם לֹא הִגְרִיל כָּשֵׁר.

On objecte : c'est une mitsva de tirer au sort (lehagril), et s'il n'a pas tiré au sort, [le service] est valide (kacher).

💡 Explication

Une beraita entre dans le débat, et elle est parfaitement claire : la hagrala est une mitsva, mais son absence n'invalide pas. En d'autres termes, elle n'est pas meakevet.

C'est exactement la formulation que Rachi prêtait plus haut à Rabbi Yo'hanan -- il a seulement omis une mitsva. La beraita devient donc un test : chacune des deux versions doit expliquer de qui elle est.

20
בִּשְׁלָמָא לְהָךְ לִישָּׁנָא דְּאָמְרַתְּ אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּלָא מְעַכְּבָא, הָא מַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה הִיא.

Soit, selon cette première version où tu disais : selon Rabbi Yehouda tous s'accordent qu'elle n'est pas meakevet -- de qui est cette [beraita] ? Elle est de Rabbi Yehouda.

💡 Explication

La première version passe le test sans effort. Puisque, selon elle, personne ne rend la hagrala indispensable dans le système de Rabbi Yehouda, la beraita s'attribue simplement à Rabbi Yehouda -- et elle convient à Rabbi Yannai comme à Rabbi Yo'hanan.

Le mot bichlama (soit, admettons) annonce toujours la moitié facile d'une objection : ce qui suit va être la moitié difficile. Selon la seconde version, la case Rabbi Yehouda est justement celle où l'on diverge, et l'on ne peut plus attribuer la beraita si aisément. Le folio s'arrête ici ; la suite se lit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).