Sougya : Le daf s'ouvre sur le mnémonique PAZAR KASHAV : six égards par lesquels Chemini Atseret est une fête à part entière (regel bifnei atsmo), distincte de Souccot — mais qui lui reste rattaché pour la 'haguiga (tachloumin). La guemara revient ensuite à la source de l'isolement (perisha) de sept jours du Kohen Gadol avant Yom Kippour, tirée des milouim.
Elle objecte : pourquoi ne pas exiger aussi une perisha avant Chavouot, puis avant Roch ha-Chana, tous deux précédés de jours ordinaires ? R.
Abba, puis R. Abbahou, écartent ces cas par la structure des offrandes (un seul taureau et un seul bélier ; offrande des biens propres du Kohen Gadol).
PAZAR KASHAV. [Acronyme des six égards par lesquels Chemini Atseret est une fête à part entière : Payis (tirage au sort), Zman (Chehe'heyanou), Regel (fête), Korban (offrande), Chir (cantique), Berakha (bénédiction).]
Le mnémonique PAZAR KASHAV (פז״ר קש״ב) énumère six domaines dans lesquels Chemini Atseret ne prolonge pas Souccot mais constitue un regel bifnei atsmo (une fête autonome) :
Payis (tirage au sort neuf des kohanim) ; Zman (on récite Chehe'heyanou) ; Regel (fête propre, sans souka) ; Korban (1 taureau, 1 bélier, 7 agneaux, hors du compte décroissant de Souccot) ; Chir (cantique propre des Leviim) ; Berakha (bénédiction propre).
Mais quant à la compensation (tachloumin), c'est bien la compensation du premier [jour] — car nous avons appris [dans la michna] : celui qui n'a pas offert la 'haguiga le premier jour de la fête peut la rattraper tout au long de la fête entière, jusqu'au dernier jour de fête [de Souccot].
En dépit des six distinctions du PAZAR KASHAV, il subsiste un domaine où Chemini Atseret reste rattaché à Souccot : le tachloumin (rattrapage) de l'offrande de 'haguiga. Celui qui n'a pas apporté sa 'haguiga le premier jour peut la rattraper jusqu'à Chemini Atseret inclus, qui joue alors le rôle de dernier jour de fête de Souccot.
C'est cette dépendance qui montre que, pour la 'haguiga, Chemini Atseret lui est subordonné (tafel) et non autonome.
Et dis [plutôt] Atseret (Chavouot), qui est [aussi] un isolement de sept jours pour un seul jour ! Rabbi Abba dit : on déduit 'un taureau et un bélier' [de Yom Kippour] de 'un taureau et un bélier' [des milouim], à l'exclusion de Chavouot, où ce sont deux béliers.
La guemara revient à la source de la perisha (isolement) de sept jours du Kohen Gadol avant Yom Kippour, tirée des milouim (les sept jours d'investiture d'Aharon). Elle objecte : pourquoi la limiter à Yom Kippour ? Chavouot aussi est une fête d'un seul jour précédée de jours ordinaires — il faudrait donc exiger la même perisha avant Chavouot !
Rabbi Abba répond : la déduction (des milouim) porte précisément sur le cas d'un taureau et un bélier. Or Yom Kippour comporte un taureau et un bélier ; Chavouot, en revanche, comporte deux béliers, ce qui l'exclut de l'analogie.
Cela convient à celui qui dit qu'à Yom Kippour c'est un seul bélier ; mais selon celui qui dit que ce sont deux béliers, que peut-on dire ? Comme il est enseigné : Rabbi [Yehouda ha-Nassi] dit : c'est un seul bélier — celui mentionné ici [Lévitique 16] est celui mentionné dans le 'Houmach ha-Pekoudim (Nombres).
Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon dit : ce sont deux béliers, l'un mentionné ici et l'autre mentionné dans le 'Houmach ha-Pekoudim.
La réponse de R. Abba supposait que Yom Kippour ne comporte qu'un seul bélier. Mais c'est une mahloket (controverse) de tanaim :
Rabbi (Yehouda ha-Nassi) : un unique bélier — celui du verset de Vayikra 16 (A'harei Mot) et celui de Bamidbar 29 (Pin'has) sont une seule et même offrande. Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon : deux béliers distincts. Si l'on suit ce dernier, Yom Kippour ne ressemble plus à milouim (un seul bélier), et la réponse de R. Abba s'effondre.
Même si tu dis [que la halakha suit] Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon [deux béliers] : là-bas [à Yom Kippour], l'un [est] pour l'obligation du jour et l'autre pour les moussafim ; à l'exclusion de Chavouot, où les deux sont [pour] l'obligation du jour.
Même selon l'avis des deux béliers à Yom Kippour, l'analogie avec milouim tient, car les deux béliers y ont des fonctions distinctes : l'un pour l'obligation du jour (chovat ha-yom, verset de A'harei Mot), l'autre pour les moussafim (verset de Pin'has). Cette structure correspond à celle des milouim.
À Chavouot, en revanche, les deux béliers relèvent tous deux de l'obligation du jour (offrande liée aux deux pains) — structure différente. Chavouot demeure donc exclu de l'analogie.
Et dis [plutôt] Roch ha-Chana, qui est [aussi] un isolement de sept jours pour un seul jour ! Rabbi Abbahou dit : on déduit 'son taureau et son bélier' (de ses biens propres) de 'son taureau et son bélier' (de ses biens propres), à l'exclusion de Chavouot et de Roch ha-Chana, qui sont [des offrandes] communautaires.
Cela convient à celui qui dit que 'prends pour toi (kach lekha)' signifie 'de tes biens'...
Nouvelle objection : pourquoi ne pas exiger la perisha avant Roch ha-Chana aussi, précédé de jours ordinaires et comportant lui aussi un taureau et un bélier ?
Rabbi Abbahou répond en affinant le critère : on déduit des milouim que le taureau et le bélier proviennent des biens propres du Kohen Gadol (comme Aharon à l'investiture : 'prends pour toi'). À Yom Kippour aussi, ils sont de ses biens propres. Cela exclut Chavouot et Roch ha-Chana, dont les offrandes sont communautaires (tsibbour).
Mais cette réponse ne vaut que si 'kach lekha' (prends pour toi) implique 'de tes biens' — point que la guemara va discuter (suite en 3b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).