Sougya : Ce folio poursuit deux débats. D'abord, d'où vient que certaines offrandes (le taureau de Yom Kippour, les offrandes des milou'im) sont apportées des biens propres (mishelo) de celui qui les offre et non de la communauté : le Talmud aligne les avis de Rabbi Yochiya, Rabbi Yonatan et Abba Hanan sur la lecture des expressions 'kah lekha' et 'asei lekha'.
Ensuite, plusieurs Amoraim (Rav Achi, Ravina) cherchent ce qui distingue Yom Kippour de Roch Hachana et Chavouot dans la dérivation depuis les milou'im. La seconde moitié porte sur la perisha (mise à l'écart) : écarter le kohen sept jours avant Yom Kippour et avant la vache rousse.
Rabbi Yo'hanan la déduit des milou'im, Rech Lakich du Sinaï (ze bana av : six jours pour quiconque pénètre le camp de la Chekhina) ; reste à expliquer l'écart entre six et sept jours.
'Fais pour toi' (asei lekha) — de tes biens propres. Mais selon celui qui dit [que 'asei lekha' signifie] des biens de la communauté, qu'y a-t-il à répondre [pour distinguer Yom Kippour des autres jours] ?
Le folio précédent a établi que le taureau du Cohen Gadol à Yom Kippour vient de ses biens propres (mishelo). Ici la guemara presse une opinion : si l'on lit même 'asei lekha' (fais pour toi) comme désignant des biens communautaires, on perd le critère qui isolait Yom Kippour. D'où la question : ma ika le-meimar — que reste-t-il à dire ?
Car on a enseigné (baraita) : 'Prends pour toi' (kah lekha) — de tes biens ; 'Fais pour toi' (asei lekha) — de tes biens ; 'Qu'ils prennent vers toi' (veyikhou eilekha) — des biens de la communauté ; [ce sont] les paroles de Rabbi Yochiya. Rabbi Yonatan dit : aussi bien 'kah lekha' que 'veyikhou eilekha' — des biens de la communauté ; et que vient enseigner 'kah lekha' ?
Kivyakhol (pour ainsi dire) : c'est des tiens que Je veux [l'offrande] plus que des leurs.
La baraita oppose deux Tanaim sur la portée du suffixe 'lekha' (pour toi). Pour Rabbi Yochiya, 'kah/asei lekha' = biens du particulier, 'veyikhou eilekha' = communauté. Pour Rabbi Yonatan, tout vient de la communauté ; et 'kah lekha' n'enseigne pas la source des fonds mais une préférence divine : Dieu préférerait, si c'était possible, l'offrande du particulier.
Le terme kivyakhol ('pour ainsi dire') signale une formulation qu'on emploie faute de mieux, sans la prendre au pied de la lettre (voir Rachi).
Abba Hanan a dit au nom de Rabbi Elazar : un verset dit 'Fais-toi une arche de bois' (ve-asita lekha aron etz — de tes biens), et un autre verset dit 'Ils feront une arche en bois d'acacia' (ve-asou aron atzei chittim — de la communauté). Comment [concilier] ?
Ici (de tes biens) — au temps où Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent ; là (de la communauté) — au temps où ils n'accomplissent pas la volonté de l'Omniprésent.
Troisième voix : Abba Hanan résout la contradiction entre deux versets sur l'arche (l'un 'fais-toi', l'autre 'ils feront') non par la source des fonds mais par le mérite. Quand Israël fait la volonté divine, l'œuvre est attribuée au peuple ; sinon, elle est mise au compte de Moche seul. Selon cette lecture, il n'y a plus de différence entre les offrandes de Yom Kippour et les autres.
Jusqu'ici ils ne divergent qu'au sujet des 'prises' en général (kihot de-alma) et des 'fabrications' en général (asiot de-alma). Prises en général : 'Prends pour toi des aromates' (kah lekha samim).
Fabrications en général : 'Fais-toi deux trompettes d'argent' (asei lekha chetei hatzotzrot kessef). Mais ces cas-ci [milou'im et Yom Kippour], les versets [eux-mêmes] interprètent que c'est de tes biens.
Pour les milou'im (investiture) : or il est écrit 'Et aux enfants d'Israël tu parleras en disant : prenez un bouc en chèvre pour le hatat' (khou seir izim le-hatat) [donc de la communauté] ; alors 'Il dit à Aharon : prends pour toi (kah lekha) un veau, fils de bovin, pour le hatat' — pourquoi [ce changement] ? Apprends-en : 'kah lekha' — c'est de tes biens propres.
La guemara recadre le désaccord : Yochiya et Yonatan ne divergeaient que sur les 'kah/asei' généraux (aromates, trompettes). Mais pour l'investiture (milou'im) et pour Yom Kippour, le texte lui-même impose 'mishelo'.
Preuve pour les milou'im : le verset ordonne au peuple 'prenez un bouc' (communautaire), puis change de formule pour Aharon — 'prends pour toi un veau'. Ce changement de langage n'est pas gratuit : il enseigne que le veau d'Aharon vient de ses biens propres.
Pour Yom Kippour : or il est écrit 'Par ceci Aharon entrera dans le sanctuaire : avec un taureau, fils de bovin, pour le hatat... et de la communauté des enfants d'Israël il prendra deux boucs pour le hatat' [donc les boucs sont de la communauté] ; alors 'Il offrira le taureau du hatat qui est à lui (acher lo)' — pourquoi [le préciser] ? Apprends-en : ce 'lo' (à lui) — c'est de ses biens propres.
Même démonstration pour Yom Kippour. Le verset distingue nettement : les boucs viennent 'de la communauté des enfants d'Israël', tandis que le taureau est celui 'qui est à lui' (acher lo). Ce 'lo' souligne, superflu si tout venait du même fonds, enseigne que le taureau du Cohen Gadol est de ses biens propres (mishelo).
Rav Achi a dit [une autre raison distinguant Yom Kippour de Roch Hachana et Atzeret] : on déduit [le] taureau-pour-hatat et [le] bélier-pour-ola [de Yom Kippour] de [ceux des] taureau-pour-hatat et bélier-pour-ola [des milou'im] ; à l'exclusion de Roch Hachana et Atzeret (Chavouot), où tous deux [les offrandes du jour] sont des olot (holocaustes).
Rav Achi resserre le heqech (comparaison) par la structure des offrandes. Yom Kippour, comme les milou'im, comporte un par en hatat (taureau pour le sacrifice expiatoire) et un ayil en ola (bélier pour l'holocauste). Roch Hachana et Chavouot n'ont que des olot des deux côtés ; leur structure ne correspond pas, ils sont donc exclus de la dérivation.
Ravina a dit : on déduit un service [accompli] par le Cohen Gadol [Yom Kippour] d'un service [accompli] par le Cohen Gadol [les milou'im, faits par Aharon] ; à l'exclusion de toutes les objections — car [ces autres jours] ne sont pas un service [réservé] au Cohen Gadol [tout kohen peut les faire].
Ravina (première version) resserre le heqech par l'officiant : la comparaison ne vaut qu'entre services réservés au Cohen Gadol. Yom Kippour l'est ; les milou'im l'étaient (Aharon officiait). Roch Hachana, Chavouot et les autres peuvent être accomplis par tout kohen ; ils tombent donc tous d'un coup (kouhou kouchyata).
Et certains rapportent : Ravina a dit : on déduit un service inaugural (avoda tehila) d'un service inaugural ; à l'exclusion de ceux-ci qui ne sont pas inauguraux. Qu'est-ce que 'tehila' (inaugural) ?
Si l'on dit 'inaugural [en tant que fait] par le Cohen Gadol' — c'est [identique à] la première version. Plutôt : service inaugural dans le lieu (ba-makom) [déduit] d'un service inaugural dans le lieu.
Seconde version de Ravina : le trait commun est le caractère inaugural (tehila) du service. La guemara affine : si 'inaugural' signifiait 'premier fait par le Cohen Gadol', ce serait la version précédente (segment 6), sans apport. Il faut donc lire tehila ba-makom — inaugural quant au lieu : le premier Yom Kippour ouvrit le service dans le Saint des Saints, comme le huitième jour des milou'im ouvrit le service à l'autel.
Quand Rav Dimi vint [d'Erets Israël], il dit : Rabbi Yo'hanan enseigne une [seule déduction] ; [Rabbi Yehochoua ben Levi] en enseigne deux. Rabbi Yo'hanan enseigne une : 'pour faire, pour expier' (la-asot le-khaper) — ce sont les actes de Yom Kippour.
[Et Yehochoua ben Levi] en enseigne deux : 'la-asot' (pour faire) — ce sont les actes de la para (vache rousse) ; 'le-khaper' (pour expier) — ce sont les actes de Yom Kippour.
Nouveau thème : la perisha (mise à l'écart du kohen les jours précédant le service), déduite elle aussi des milou'im. Rav Dimi rapporte deux enseignements. Pour Rabbi Yo'hanan, un seul cas requiert la perisha d'après ce verset : Yom Kippour ('la-asot le-khaper' lu d'un bloc). Pour Rabbi Yehochoua ben Levi, deux cas : la vache rousse (la-asot) et Yom Kippour (le-khaper).
Rabbi Yo'hanan enseigne une [seule] ? Mais nous avons appris (michna) : sept jours avant Yom Kippour [on écarte le Cohen Gadol], et sept jours avant la combustion de la para [on écarte le kohen] !
[Donc deux perishot.] — [Réponse :] [pour la para] ce n'est qu'une simple mesure [rabbinique] (ma'ala be-alma) [et non une dérivation de la Tora].
Objection : les michnayot prescrivent la perisha dans les deux cas (Yom Kippour ET vache rousse) — donc Rabbi Yo'hanan devrait admettre deux cas.
Réponse : la perisha de la para n'est pas une exigence de la Tora mais une ma'ala be-alma, une mesure de rigueur rabbinique. Comme on avait été indulgent sur la para (validant le kohen tevoul yom, immergé le jour même), les Sages ont ajouté des mesures de solennité. Seul Yom Kippour a une source scripturaire.
Mais Rabbi Minyomi bar Hilkiya n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Mahseya bar Idi au nom de Rabbi Yo'hanan : 'comme il a été fait en ce jour, l'Éternel a ordonné de faire pour expier sur vous' (Lv 8:34) — 'la-asot' (pour faire), ce sont les actes de la para ; 'le-khaper' (pour expier), ce sont les actes de Yom Kippour ! [Donc Rabbi Yo'hanan enseigne bien deux.] — [Réponse :] cela [relève de l'avis] de son maître.
Car quand Ravin vint, il dit que Rabbi Yo'hanan avait dit au nom de Rabbi Yichmael : 'la-asot' — les actes de la para ; 'le-khaper' — les actes de Yom Kippour.
Contradiction : une autre chaîne de transmission fait dire à Rabbi Yo'hanan lui-même les deux cas (para + Kippour). La guemara résout : cette version rapporte l'avis de son maître, Rabbi Yichmael. Quand Ravin vint, il précisa que Rabbi Yo'hanan disait cela au nom de Rabbi Yichmael — donc en citant son maître, non en son nom propre. Rabbi Yo'hanan lui-même n'enseigne qu'un cas.
Rech Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : d'où le déduis-tu [le principe de la perisha] ? — Des milou'im. [Si oui,] de même que pour les milou'im tout ce qui y est écrit est indispensable (me'akev), de même ici aussi tout ce qui [y] est écrit serait indispensable [et son omission invaliderait le service de Yom Kippour].
Rech Lakich attaque la source de Rabbi Yo'hanan. Si la perisha se déduit des milou'im, il faut assumer toute la logique des milou'im : là où chaque détail écrit est indispensable (me'akev), son omission invalide le rite. Donc, transposé à Yom Kippour, l'omission de la perisha devrait invalider le service — conséquence que la suite va contester.
Et si tu dis 'en effet, il en est ainsi' — mais n'avons-nous pas appris (michna) : 'et on lui prépare (matkinin) un autre kohen', sans enseigner 'on l'écarte' (mafrichin) [ce qui montre que la perisha n'est pas indispensable] ! Et si tu dis : que signifie 'matkinin' ? — 'mafrichin' (on l'écarte).
[Alors] que la michna enseigne soit pour l'un et l'autre 'matkinin', soit pour l'un et l'autre 'mafrichin'.
Réfutation par la michna. Elle dit qu'on prépare (matkinin) un kohen de rechange, sans dire qu'on l'écarte (mafrichin). Or si un empêchement frappe le Cohen Gadol, ce remplaçant officie sans avoir été écarté : la perisha n'est donc pas indispensable (contre Rech Lakich).
Et l'échappatoire 'matkinin veut dire mafrichin' ne tient pas : la michna aurait alors employé le même verbe pour le Cohen Gadol et pour son remplaçant, ce qu'elle ne fait pas.
[Rabbi Yo'hanan] lui dit : mais toi, Maître, d'où le déduis-tu ? Il dit : du Sinaï, car il est écrit 'La gloire de l'Éternel demeura sur le mont Sinaï, et la nuée le couvrit (va-yekhassehou) six jours, et Il appela Moche le septième jour' (Ex 24:16).
Or, puisqu'il est écrit 'Il appela Moche le septième jour', que vient [enseigner] 'six jours' ? Cela établit un paradigme (ze bana av) : quiconque entre dans le camp de la Chekhina requiert une perisha (mise à l'écart) de six [jours].
Rabbi Yo'hanan renvoie la question à Rech Lakich, qui déduit la perisha non des milou'im mais du Sinaï. Le verset date déjà l'appel divin du septième jour ; la mention des 'six jours' de nuée est alors superflue au sens littéral. Ce surplus fonde un ze bana av (paradigme généralisant) : quiconque pénètre le camp de la Chekhina doit se mettre à l'écart six jours. Cette source n'entraîne pas le problème du 'tout est me'akev', puisqu'elle ne repose pas sur les milou'im.
Mais nous avons appris sept [jours] (michna) ! — La michna est [celle de] Rabbi Yehouda ben Betera, qui se soucie [de l'impureté de sa maison...]
Dernière objection du folio : le Sinaï fonde six jours, mais la michna prescrit sept jours de perisha avant Yom Kippour. Réponse : la michna suit Rabbi Yehouda ben Betera, qui ajoute un jour par crainte de l'impureté de la maison du kohen (tumat beito). La suite de l'explication se poursuit au folio suivant (Yoma 4a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).