Yoma 3b — 'Mishelo' : le taureau du Cohen Gadol et la perisha de six jours

Yoma 3b

Sougya : Ce folio poursuit deux débats. D'abord, d'où vient que certaines offrandes (le taureau de Yom Kippour, les offrandes des milou'im) sont apportées des biens propres (mishelo) de celui qui les offre et non de la communauté : le Talmud aligne les avis de Rabbi Yochiya, Rabbi Yonatan et Abba Hanan sur la lecture des expressions 'kah lekha' et 'asei lekha'.

Ensuite, plusieurs Amoraim (Rav Achi, Ravina) cherchent ce qui distingue Yom Kippour de Roch Hachana et Chavouot dans la dérivation depuis les milou'im. La seconde moitié porte sur la perisha (mise à l'écart) : écarter le kohen sept jours avant Yom Kippour et avant la vache rousse.

Rabbi Yo'hanan la déduit des milou'im, Rech Lakich du Sinaï (ze bana av : six jours pour quiconque pénètre le camp de la Chekhina) ; reste à expliquer l'écart entre six et sept jours.

D'où vient l'offrande ? Trois lectures des mots 'lekha' (pour toi) Rabbi Yochiya Rabbi Yonatan Abba Hanan (R. Elazar) kah lekha = du tien asei lekha = du tien veyikhou eilekha = de la communauté le 'lekha' est pris au sens propre kah lekha = communauté veyikhou eilekha = comm. alors 'kah lekha' ? kivyakhol : Je préfère le tien au leur 'fais-toi une arche' vs 'ils feront une arche' selon le mérite : du tien = Israël fait la volonté divine communauté = sinon Enjeu commun : le taureau (par) de Yom Kippour vient des biens PROPRES du Cohen Gadol (mishelo), non de la caisse publique.
Les trois lectures du mot 'lekha' : d'où vient l'offrande, du particulier ou de la communauté.
Pourquoi dériver Yom Kippour des milou'im, mais pas Roch Hachana ni Chavouot ? Réponse 1 — Les versets eux-mêmes (peroush be-hedia) 'kah lekha' aux milou'im et 'paro acher lo' à Kippour disent explicitement : mishelo (de ses biens). Réponse 2 — Rav Achi : la structure des offrandes Kippour = par (hatat) + ayil (ola), comme les milou'im. Roch Hachana et Chavouot : les deux sont des olot -> exclus. Réponse 3 — Ravina : le service réservé au Cohen Gadol Kippour = avoda du Cohen Gadol, comme Aharon aux milou'im. Les autres jours : tout kohen officie -> exclus. Réponse 4 — Ravina (ika de-amri) : le service inaugural dans le lieu Kippour = 1er service dans le lieu (le Saint des Saints) ; milou'im = 1er service au lieu (l'autel). '1er par le Cohen Gadol' seul reviendrait à la réponse 3 -> on précise 'dans le lieu'. Chaque réponse resserre le heqech (comparaison) pour n'atteindre que Yom Kippour : plus le trait commun avec les milou'im est spécifique, plus les autres jours tombent d'eux-mêmes.
Les quatre façons de restreindre le heqech pour n'atteindre que Yom Kippour.
La perisha : écarter le kohen avant Yom Kippour (et avant la vache rousse) Combien de cas la Tora enseigne-t-elle ? Rabbi Yo'hanan : UN cas 'la-asot le-khaper' = Yom Kippour. La para : simple mesure rabbinique. R. Yehochoua b. Levi : DEUX 'la-asot' = la para (vache rousse) ; 'le-khaper' = Yom Kippour. D'où vient le principe même de la perisha ? R. Yo'hanan : des milou'im Objection de Rech Lakich : alors tout détail écrit serait indispensable (me'akev) — or la michna dit 'matkinin'. Rech Lakich : du Sinaï 'la nuée couvrit six jours, Il appela le 7e jour' -> ze bana av : quiconque entre au camp de la Chekhina : 6 jours. Mais la michna enseigne SEPT jours, pas six... La michna suit Rabbi Yehouda ben Betera, qui craint l'impureté de la maison du kohen (suite : Yoma 4a).
Le débat sur la perisha : combien de cas, quelle source, et l'écart six / sept jours.
1
״עֲשֵׂה לְךָ״ — מִשֶּׁלְּךָ, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מִשֶּׁל צִבּוּר, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

'Fais pour toi' (asei lekha) — de tes biens propres. Mais selon celui qui dit [que 'asei lekha' signifie] des biens de la communauté, qu'y a-t-il à répondre [pour distinguer Yom Kippour des autres jours] ?

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לְמ"ד מִשֶּׁל צִיבּוּר תֵּימַהּ לִי נְהִי דְּמִשֶּׁל צִיבּוּר מ"מ הוּא קָרְבָּן שֶׁלּוֹ וּמִתְכַּפֵּר בּוֹ מֵעֲוֹן הָעֵגֶל כִּדְאִיתָא בת"כ כְּדִכְתִיב וַעֲשֵׂה אֶת חַטָּאתְךָ וְאֶת עֹולָתֶךָ וְכַפֵּר בַּעַדְךָ וַעֲשֵׂה אֶת קָרְבַּן הָעָם וְכַפֵּר בַּעֲדָם וְאִם כֵּן לֵימָא דָּנִין פַּר חַטָּאת שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא מִתְכַּפֵּר בּוֹ מִפַּר חַטָּאת שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא מִתְכַּפֵּר בּוֹ וְדָנִין אַיִל שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא סוֹמֵךְ עָלָיו מֵאֵיל שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא סוֹמֵךְ עָלָיו כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק שֵׁנִי דְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף כ.) וַיַּקְרֵב אֶת הָעֹולָה וַיַּעֲשֶׂהָ כַּמִּשְׁפָּט לִימֵּד עַל עוֹלַת חוֹבָה שֶׁטְּעוּנָה סְמִיכָה כַּמִּשְׁפָּט עוֹלַת נְדָבָה י"ל דְּאִין הָכִי נָמֵי דַּהֲוָה מָלֵי לְשַׁנּוֹיֵי הָכִי אֶלָּא הָאֱמֶת מְתָרֵץ לוֹ דְּכֻולֵּי עָלְמָא מוֹדוּ הָכָא דְּמִשֶּׁלּוֹ הוּא מֵבִיא כִּדְקָא מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
'Mais selon celui qui dit [que c'est] des biens de la communauté' — cela m'étonne : même si c'est des biens de la communauté, cela reste malgré tout SON offrande (korban), et il expie par elle la faute du Veau [d'or], comme il figure dans le Torat Kohanim, ainsi qu'il est écrit 'fais ton hatat et ton ola et expie pour toi... et fais l'offrande du peuple et expie pour eux'. Si donc [c'est son offrande], qu'on dise : on déduit son taureau-hatat par lequel il expie du taureau-hatat [des milou'im] par lequel il expie, et on déduit son bélier sur lequel il pose les mains (somekh) de son bélier sur lequel il pose les mains — comme il est dit au chapitre 2 de Betsa (20a) : 'il approcha l'ola et fit selon la règle (ka-michpat)' enseigne que l'ola d'obligation requiert la semikha (imposition des mains) comme la règle de l'ola volontaire. On peut répondre : en effet, il aurait pu résoudre ainsi ; mais la vérité [que la guemara] lui répond, c'est que tout le monde s'accorde ici à dire qu'il apporte de ses biens propres, comme [la guemara] l'explique en poursuivant.
💡 Explication

Le folio précédent a établi que le taureau du Cohen Gadol à Yom Kippour vient de ses biens propres (mishelo). Ici la guemara presse une opinion : si l'on lit même 'asei lekha' (fais pour toi) comme désignant des biens communautaires, on perd le critère qui isolait Yom Kippour. D'où la question : ma ika le-meimar — que reste-t-il à dire ?

2
דְּתַנְיָא: ״קַח לְךָ״ — מִשֶּׁלְּךָ, וּ״עֲשֵׂה לְךָ״ — מִשֶּׁלְּךָ, ״וְיִקְּחוּ אֵלֶיךָ״ — מִשֶּׁל צִבּוּר, דִּבְרֵי רַבִּי יֹאשִׁיָּה. רַבִּי יוֹנָתָן אוֹמֵר: בֵּין ״קַח לְךָ״, בֵּין ״וְיִקְּחוּ אֵלֶיךָ״ — מִשֶּׁל צִבּוּר, וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״קַח לְךָ״ — כִּבְיָכֹול מִשֶּׁלְּךָ אֲנִי רוֹצֶה יוֹתֵר מִשֶּׁלָּהֶם.

Car on a enseigné (baraita) : 'Prends pour toi' (kah lekha) — de tes biens ; 'Fais pour toi' (asei lekha) — de tes biens ; 'Qu'ils prennent vers toi' (veyikhou eilekha) — des biens de la communauté ; [ce sont] les paroles de Rabbi Yochiya. Rabbi Yonatan dit : aussi bien 'kah lekha' que 'veyikhou eilekha' — des biens de la communauté ; et que vient enseigner 'kah lekha' ?

Kivyakhol (pour ainsi dire) : c'est des tiens que Je veux [l'offrande] plus que des leurs.

📜 Rachi (2)
וַעֲשֵׂה לְךָ כְּמוֹ עֲשֵׂה לְךָ שְׁתֵּי חֲצוֹצְרֹות כֶּסֶף:
'Ve-asei lekha' — comme 'fais-toi deux trompettes d'argent'.
כִּבְיָכוֹל אֲנִי שָׁמַעְתִּי אִם הָיָה צִיבּוּר יָכוֹל לְהִתְכַּפֵּר בְּשֶׁל יָחִיד הָיִיתִי רוֹצֶה וַאֲנִי אוֹמֵר לְפִי שֶׁדָּבָר קָשֶׁה הוּא לוֹמַר שהקב"ה קֵץ בְּיִשְׂרָאֵל אוֹמֵר כִּבְיָכוֹל כְּלוֹמַר עַל כָּרְחֵינוּ יֹאמַר כֵּן כְּאִילּוּ (אִי) אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן וְכֵן כָּל כִּבְיָכוֹל שבהש"ס:
'Kivyakhol' — j'ai entendu [cette explication] : si la communauté pouvait être expiée par [les biens] d'un particulier, Je [le] voudrais. Et je dis : parce qu'il est dur de dire que le Saint, béni soit-Il, est dégoûté (katz) d'Israël, on dit 'kivyakhol', c'est-à-dire : c'est malgré nous qu'on le formule ainsi, comme s'il était possible de dire une telle chose. Et de même pour tout 'kivyakhol' du Chas (Talmud).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּבְיָכוֹל, מִשֶּׁלְּךָ אֲנִי רוֹצֶה וְאֵינִי רוֹצֶה מִשֶּׁלָּהֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר וַיַּקְהֵל (זֹהַר חֵלֶק ב' ריט.) 'קַח לְךָ סַמִּים' (שְׁמוֹת ל, לד) לַהֲנָאָתְךָ וּלְתוֹעַלְתְּךָ דְּכַד אִתְּתָא אִתְדַּכְּאָת הֲנָאָתָהּ דְּבַעְלָהּ אִיהוּ יְעֻויַּן שָׁם. וְהַייְנוּ כִּי זֶה הִיא תִּיקּוּן הַמַּלְכוּת הַנִּקְרֵאת מַטְרוֹנִיתָא וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה נִקְרָא בַּעְלָהּ דְּמַטְרוֹנִיתָא וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן. וְלָכֵן אָמַר לוֹ מִשֶּׁלְּךָ אֲנִי רוֹצֶה מִפְּנֵי שְׂאוֹר הַמַּלְכוּת הַנִּקְרָא מַטְרוֹנִיתָא נִיחָא לֵיהּ בְּשֶׁלְּךָ יוֹתֵר. וְלָכֵן אָמַר כִּבְיָכוֹל כִּי בִּדְבָרִים אֵלּוּ צְרִיכִין אָנוּ לוֹמַר שֶׁמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הוּא בַּעְלָהּ דְּמַטְרוֹנִיתָא וְנִיחָא לָהּ בְּשֶׁלּוֹ כְּדֶרֶךְ אִשָּׁה דְּעָלְמָא דְּנִיחָא לָהּ לִיקַּח דְּמֵי תַּכְשִׁיטִין וְתִיקּוּן שֶׁלָּהּ מִבַּעְלָהּ דַּוְקָא. וּבֶאֱמֶת אֵין דְּבָרִים אֵלּוּ כִּפְשׁוּטָן אֶלָּא הֵם בְּדֶרֶךְ מָשָׁל וּלְכָךְ אָמַר לְשׁוֹן 'כִּבְיָכוֹל' מִפְּנֵי כִּי מִפְּשׁוּטָן נִרְאֶה דְּבָרִים שֶׁנּוֹגְעִים בִּכְבוֹד שֶׁל מַעְלָה לְהַשְׁווֹת עִנְיָינִים הָרוּחָנִיִּים לְעִנְיְינֵי בְּנֵי אָדָם.
'Kivyakhol, c'est des tiens que Je veux et non des leurs.' Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel (be-siata di-chmaya), d'après ce qu'on a dit dans le Zohar Vayakhel (II, 219a) [sur] 'prends pour toi des aromates' (Ex 30:34) — pour ton plaisir et ton profit, car lorsque la femme se purifie, c'est le plaisir de son époux ; vois là-bas. C'est-à-dire que ceci est le tikoun (réparation) de la Malkhout, appelée Matronita ; et Moche notre maître, la paix sur lui, est appelé l'époux de la Matronita (baalah de-matronita) ; et il en va de même ici. C'est pourquoi Il lui dit 'c'est des tiens que Je veux', parce que la lumière de la Malkhout, appelée Matronita, se plaît davantage aux tiens. Et il dit 'kivyakhol' car, dans ces propos, nous devons dire que Moche notre maître est l'époux de la Matronita et qu'elle se plaît aux siens, à la manière d'une femme d'ici-bas qui préfère recevoir de son époux précisément le prix de ses parures et de sa toilette. Et en vérité ces propos ne sont pas à prendre au sens littéral, mais par voie de mashal (parabole) ; et c'est pourquoi il emploie le terme 'kivyakhol', parce que, dans leur sens littéral, ils paraissent toucher à la gloire d'En-Haut, en assimilant les réalités spirituelles (rouhaniyim) aux affaires des hommes.
💡 Explication

La baraita oppose deux Tanaim sur la portée du suffixe 'lekha' (pour toi). Pour Rabbi Yochiya, 'kah/asei lekha' = biens du particulier, 'veyikhou eilekha' = communauté. Pour Rabbi Yonatan, tout vient de la communauté ; et 'kah lekha' n'enseigne pas la source des fonds mais une préférence divine : Dieu préférerait, si c'était possible, l'offrande du particulier.

Le terme kivyakhol ('pour ainsi dire') signale une formulation qu'on emploie faute de mieux, sans la prendre au pied de la lettre (voir Rachi).

3
אַבָּא חָנָן אָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר, כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וְעָשִׂיתָ לְּךָ אֲרוֹן עֵץ״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וְעָשׂוּ אֲרוֹן עֲצֵי שִׁטִּים״, הָא כֵיצַד? כָּאן בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם, כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם!

Abba Hanan a dit au nom de Rabbi Elazar : un verset dit 'Fais-toi une arche de bois' (ve-asita lekha aron etz — de tes biens), et un autre verset dit 'Ils feront une arche en bois d'acacia' (ve-asou aron atzei chittim — de la communauté). Comment [concilier] ?

Ici (de tes biens) — au temps où Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent ; là (de la communauté) — au temps où ils n'accomplissent pas la volonté de l'Omniprésent.

📜 Rachi (1)
בִּזְמַן שֶׁהֵן עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם נִקְרֵאת הָעֲבוֹדָה עַל שְׁמָם:
'Au temps où ils accomplissent la volonté de l'Omniprésent' — le service (avoda) est appelé de leur nom.
💡 Explication

Troisième voix : Abba Hanan résout la contradiction entre deux versets sur l'arche (l'un 'fais-toi', l'autre 'ils feront') non par la source des fonds mais par le mérite. Quand Israël fait la volonté divine, l'œuvre est attribuée au peuple ; sinon, elle est mise au compte de Moche seul. Selon cette lecture, il n'y a plus de différence entre les offrandes de Yom Kippour et les autres.

4
עַד כָּאן לָא פְּלִיגִי אֶלָּא בְּקִיחוֹת דְּעָלְמָא וַעֲשִׂיּוֹת דְּעָלְמָא. קִיחוֹת דְּעָלְמָא — ״קַח לְךָ סַמִּים״. עֲשִׂיּוֹת דְּעָלְמָא — ״עֲשֵׂה לְךָ שְׁתֵּי חֲצוֹצְרֹות כֶּסֶף״. אֲבָל הָנָךְ פָּרוֹשֵׁי קָא מְפָרֵשׁ דְּמִשֶּׁלְּךָ הוּא. בַּמִּלּוּאִים מִכְּדֵי כְּתִיב: ״וְאֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל תְּדַבֵּר לֵאמֹר קְחוּ שְׂעִיר עִזִּים לְחַטָּאת״. ״וַיֹּאמֶר אֶל אַהֲרֹן קַח לְךָ עֵגֶל בֶּן בָּקָר לְחַטָּאת״ לָמָּה לִי? שְׁמַע מִינָּה: ״קַח לָךְ״ — מִשֶּׁלְּךָ הוּא.

Jusqu'ici ils ne divergent qu'au sujet des 'prises' en général (kihot de-alma) et des 'fabrications' en général (asiot de-alma). Prises en général : 'Prends pour toi des aromates' (kah lekha samim).

Fabrications en général : 'Fais-toi deux trompettes d'argent' (asei lekha chetei hatzotzrot kessef). Mais ces cas-ci [milou'im et Yom Kippour], les versets [eux-mêmes] interprètent que c'est de tes biens.

Pour les milou'im (investiture) : or il est écrit 'Et aux enfants d'Israël tu parleras en disant : prenez un bouc en chèvre pour le hatat' (khou seir izim le-hatat) [donc de la communauté] ; alors 'Il dit à Aharon : prends pour toi (kah lekha) un veau, fils de bovin, pour le hatat' — pourquoi [ce changement] ? Apprends-en : 'kah lekha' — c'est de tes biens propres.

📜 Rachi (2)
קַח לְךָ לָמָּה לִי דְּשָׁנֵי קְרָא בְּדִיבּוּרֵיהּ מִמַּה שֶׁהִתְחִיל לְדַבֵּר:
'Kah lekha, pourquoi [me le faut-il] ?' — parce que le verset a changé sa formulation par rapport à ce qu'il avait commencé à dire.
עַד כָּאן לָא פְלִיגִי תֵּירוּצָא הוּא:
'Jusqu'ici ils ne divergent pas' — c'est une résolution (terutza).
💡 Explication

La guemara recadre le désaccord : Yochiya et Yonatan ne divergeaient que sur les 'kah/asei' généraux (aromates, trompettes). Mais pour l'investiture (milou'im) et pour Yom Kippour, le texte lui-même impose 'mishelo'.

Preuve pour les milou'im : le verset ordonne au peuple 'prenez un bouc' (communautaire), puis change de formule pour Aharon — 'prends pour toi un veau'. Ce changement de langage n'est pas gratuit : il enseigne que le veau d'Aharon vient de ses biens propres.

5
בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִכְּדֵי כְּתִיב: ״בְּזֹאת יָבֹא אַהֲרֹן אֶל הַקֹּדֶשׁ בְּפַר בֶּן בָּקָר לְחַטָּאת וְגוֹ׳ ... וּמֵאֵת עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל יִקַּח שְׁנֵי שְׂעִירֵי עִזִּים לְחַטָּאת״. ״וְהִקְרִיב אֶת פַּר הַחַטָּאת אֲשֶׁר לוֹ״ לָמָּה לִי? שְׁמַע מִינָּה: הַאי ״לוֹ״ — מִשֶּׁלּוֹ הוּא.

Pour Yom Kippour : or il est écrit 'Par ceci Aharon entrera dans le sanctuaire : avec un taureau, fils de bovin, pour le hatat... et de la communauté des enfants d'Israël il prendra deux boucs pour le hatat' [donc les boucs sont de la communauté] ; alors 'Il offrira le taureau du hatat qui est à lui (acher lo)' — pourquoi [le préciser] ? Apprends-en : ce 'lo' (à lui) — c'est de ses biens propres.

💡 Explication

Même démonstration pour Yom Kippour. Le verset distingue nettement : les boucs viennent 'de la communauté des enfants d'Israël', tandis que le taureau est celui 'qui est à lui' (acher lo). Ce 'lo' souligne, superflu si tout venait du même fonds, enseigne que le taureau du Cohen Gadol est de ses biens propres (mishelo).

6
רַב אַשִּׁי אָמַר: דָּנִין פַּר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעוֹלָה מִפַּר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעוֹלָה, לְאַפּוֹקֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה וַעֲצֶרֶת — דְּתַרְוַיְיהוּ עוֹלוֹת נִינְהוּ.

Rav Achi a dit [une autre raison distinguant Yom Kippour de Roch Hachana et Atzeret] : on déduit [le] taureau-pour-hatat et [le] bélier-pour-ola [de Yom Kippour] de [ceux des] taureau-pour-hatat et bélier-pour-ola [des milou'im] ; à l'exclusion de Roch Hachana et Atzeret (Chavouot), où tous deux [les offrandes du jour] sont des olot (holocaustes).

📜 Rachi (1)
דָּנִין פַּר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעוֹלָה ביוה"כ יֵשׁ פַּר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעוֹלָה בְּקָרְבַּן יָחִיד דְּכֹהֵן גָּדוֹל בְּזֹאת יָבֹא אַהֲרֹן וְגוֹ' וְדִשְׁמִינִי לַמִּילּוּאִים נָמֵי עֵגֶל לְחַטָּאת וְאַיִל לְעוֹלָה:
'On déduit taureau-pour-hatat et bélier-pour-ola' — à Yom Kippour il y a un taureau pour hatat et un bélier pour ola dans l'offrande individuelle du Cohen Gadol ('par ceci Aharon entrera...'), et au huitième jour des milou'im [il y a] pareillement un veau pour hatat et un bélier pour ola.
🗂️ Tossefot (1)
לְאַפּוֹקֵי עֲצֶרֶת ור"ה דְּתַרְוַיְיהוּ עוֹלוֹת נִינְהוּ לָא יָדַעְנָא אַמַּאי לָא קָאָמַר הָכִי לְעֵיל בְּשִׁינּוּיָא דְּר' אַבָּהוּ לְאַפּוֹקֵי עֲצֶרֶת וְרֹאשׁ הַשָּׁנָה דְּצִבּוּר נִינְהוּ אוֹ לֵימָא לְאַפּוֹקֵי כּוּלְּהוּ קֻושְׁייָתָא כִּדְקָאָמַר רָבִינָא בְּסָמוּךְ וְשֶׁמָּא לְר' אַבָּהוּ לֹא הִקְשׁוּ לוֹ אֶלָּא מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּעֲצֶרֶת הֲוָה נִיחָא לְהוּ כִּדְשַׁנִּינַן לְעֵיל וּלְרַב אַשִּׁי הִקְשׁוּ לוֹ בְּבַת אַחַת מֵעֲצֶרֶת וּמֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְתֵירֵץ תֵּירוּץ אֶחָד עַל שְׁנֵיהֶם וּלְרָבִינָא הִקְשׁוּ לוֹ בְּבַת אַחַת כּוּלְּהוּ קֻושְׁייָתָא דִּלְעֵיל וְתֵירֵץ בְּתֵירוּץ אֶחָד:
'À l'exclusion de Atzeret et Roch Hachana, où tous deux sont des olot' — je ne sais pourquoi il ne dit pas ainsi plus haut, dans la réponse de Rabbi Abbahou, 'a l'exclusion de Atzeret et Roch Hachana qui sont [des offrandes] de la communauté', ou bien 'à l'exclusion de toutes les objections' comme le dit Ravina plus loin. Peut-être qu'à Rabbi Abbahou on n'objecta que depuis Roch Hachana, car Atzeret leur convenait [déjà], comme nous l'avons résolu plus haut ; à Rav Achi on objecta d'un coup depuis Atzeret et Roch Hachana, et il donna une seule réponse pour les deux ; et à Ravina on objecta d'un coup toutes les objections précédentes, et il répondit d'une seule réponse.
💡 Explication

Rav Achi resserre le heqech (comparaison) par la structure des offrandes. Yom Kippour, comme les milou'im, comporte un par en hatat (taureau pour le sacrifice expiatoire) et un ayil en ola (bélier pour l'holocauste). Roch Hachana et Chavouot n'ont que des olot des deux côtés ; leur structure ne correspond pas, ils sont donc exclus de la dérivation.

7
רָבִינָא אָמַר: דָּנִין עֲבוֹדָה בְּכֹהֵן גָּדוֹל מֵעֲבוֹדָה בְּכֹהֵן גָּדוֹל, לְאַפּוֹקֵי כּוּלְּהוּ קֻושְׁייָתִין — דְּלָאו עֲבוֹדָה בְּכֹהֵן גָּדוֹל נִינְהוּ.

Ravina a dit : on déduit un service [accompli] par le Cohen Gadol [Yom Kippour] d'un service [accompli] par le Cohen Gadol [les milou'im, faits par Aharon] ; à l'exclusion de toutes les objections — car [ces autres jours] ne sont pas un service [réservé] au Cohen Gadol [tout kohen peut les faire].

📜 Rachi (1)
עֲבוֹדָה בְּכֹהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מֵעֲבוֹדָה בכ"ג בַּמִּלּוּאִים דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ט׳:ח׳) וַיִּקְרַב אַהֲרֹן אֶל הַמִּזְבֵּחַ:
'Service par le Cohen Gadol' — [on déduit celui] de Yom Kippour d'un service par le Cohen Gadol lors des milou'im, ainsi qu'il est écrit (Lv 9:8) 'Aharon s'approcha de l'autel'.
💡 Explication

Ravina (première version) resserre le heqech par l'officiant : la comparaison ne vaut qu'entre services réservés au Cohen Gadol. Yom Kippour l'est ; les milou'im l'étaient (Aharon officiait). Roch Hachana, Chavouot et les autres peuvent être accomplis par tout kohen ; ils tombent donc tous d'un coup (kouhou kouchyata).

8
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רָבִינָא: דָּנִין עֲבוֹדָה תְּחִלָּה מֵעֲבוֹדָה תְּחִלָּה, לְאַפּוֹקֵי הָנֵי — דְּלָאו תְּחִלָּה נִינְהוּ. מַאי תְּחִלָּה? אִילֵּימָא תְּחִלָּה בְּכֹהֵן גָּדוֹל — הַיְינוּ קַמַּייְתָא. אֶלָּא, עֲבוֹדָה תְּחִלָּה בַּמָּקוֹם מֵעֲבוֹדָה תְּחִלָּה בַּמָּקוֹם.

Et certains rapportent : Ravina a dit : on déduit un service inaugural (avoda tehila) d'un service inaugural ; à l'exclusion de ceux-ci qui ne sont pas inauguraux. Qu'est-ce que 'tehila' (inaugural) ?

Si l'on dit 'inaugural [en tant que fait] par le Cohen Gadol' — c'est [identique à] la première version. Plutôt : service inaugural dans le lieu (ba-makom) [déduit] d'un service inaugural dans le lieu.

📜 Rachi (2)
אִילֵּימָא תְּחִלָּה בְּכֹהֵן גָּדוֹל דָּנִין יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁהִיא עֲבוֹדָה רִאשׁוֹנָה שֶׁהוּטְלָה בְּכֹהֵן גָּדוֹל בְּקָרְבְּנוֹת צִבּוּר ביוה"כ הָרִאשׁוֹן מֵעֲבוֹדַת שְׁמִינִי לַמִּלּוּאִים שֶׁהִיא עֲבוֹדָה רִאשׁוֹנָה שֶׁנַּעֲשֵׂית עַל יְדֵי כֹּהֵן גָּדוֹל מֵעוֹלָם:
'Si l'on dit inaugural [en tant que fait] par le Cohen Gadol' — on déduit Yom Kippour, qui est le premier service confié au Cohen Gadol dans les offrandes de la communauté lors du premier Yom Kippour, du service du huitième jour des milou'im, qui est le premier service jamais accompli par un Cohen Gadol.
תְּחִלָּה בַּמָּקוֹם יוֹם הַכִּיפּוּרִים יֵשׁ לוֹ עֲבוֹדָה לִפְנַי לִפְנִים שֶׁבְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים הָרִאשׁוֹן הָיְתָה תְּחִלָּה בְּמָקוֹם שֶׁקֹּודֶם לָכֵן לֹא נִכְנַס אָדָם שָׁם לַעֲבוֹדָה וְיוֹם שְׁמִינִי לַמִּלּוּאִים הָיְתָה עֲבוֹדָה תְּחִלָּה בַּמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן וְאִם בִּשְׁבִיל שֶׁשִּׁימֵּשׁ מֹשֶׁה כָּל שִׁבְעַת יְמֵי הַמִּלּוּאִים אֵין קְרוּיָה עֲבוֹדָה אֵצֶל עֲבוֹדַת כֹּהֲנִים שֶׁהוּא בִּלְבוּשׁ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה וְשֶׁל מֹשֶׁה בְּחָלוּק לָבָן שֶׁלֹּא הֻוכְשַׁר אֶלָּא לְשָׁעָה:
'Inaugural dans le lieu' — Yom Kippour comporte un service 'lifnei ve-lifnim' (dans le Saint des Saints) : lors du premier Yom Kippour ce fut inaugural quant au lieu, car auparavant nul n'y était entré pour un service ; et le huitième jour des milou'im fut un service inaugural à l'autel extérieur. Et si [tu objectes] que Moche officia durant les sept jours des milou'im — [son service] n'est pas appelé 'avoda' au regard du service des kohanim, lequel se fait en habits de prêtrise, tandis que celui de Moche [se faisait] en tunique blanche (halouk lavan) qui ne fut apte que pour l'heure.
💡 Explication

Seconde version de Ravina : le trait commun est le caractère inaugural (tehila) du service. La guemara affine : si 'inaugural' signifiait 'premier fait par le Cohen Gadol', ce serait la version précédente (segment 6), sans apport. Il faut donc lire tehila ba-makom — inaugural quant au lieu : le premier Yom Kippour ouvrit le service dans le Saint des Saints, comme le huitième jour des milou'im ouvrit le service à l'autel.

🖼️ Schéma
'Techila' : de quel 'premier' service parle-t-on ? Lecture rejetée : 1er par le Cohen Gadol = première fois qu'un Cohen Gadol accomplit ce service. Mais c'est déjà la réponse 3 (avoda be-kohen gadol) : rien de neuf. Lecture retenue : 1er dans le LIEU Kippour : 1er service jamais accompli dans le Saint des Saints (lifnei ve-lifnim). Milou'im : 1er service à l'autel extérieur. Le service de Moche (7 jours, tunique blanche) ne compte pas comme avoda.
Les deux lectures de 'tehila' : par le Cohen Gadol (rejetée) ou dans le lieu (retenue).
9
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: רַבִּי יוֹחָנָן מַתְנֵי חֲדָא, [רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי] מַתְנֵי תַּרְתֵּי. רַבִּי יוֹחָנָן מַתְנֵי חֲדָא: ״לַעֲשׂוֹת לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים. [וִיהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי] מַתְנֵי תַּרְתֵּי: ״לַעֲשׂוֹת״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה פָּרָה, ״לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים.

Quand Rav Dimi vint [d'Erets Israël], il dit : Rabbi Yo'hanan enseigne une [seule déduction] ; [Rabbi Yehochoua ben Levi] en enseigne deux. Rabbi Yo'hanan enseigne une : 'pour faire, pour expier' (la-asot le-khaper) — ce sont les actes de Yom Kippour.

[Et Yehochoua ben Levi] en enseigne deux : 'la-asot' (pour faire) — ce sont les actes de la para (vache rousse) ; 'le-khaper' (pour expier) — ce sont les actes de Yom Kippour.

📜 Rachi (1)
ר' יוֹחָנָן מַתְנֵי חֲדָא לָא דָּרֵישׁ מֵהַאי קְרָא דְּכַאֲשֶׁר עָשָׂה בַּיּוֹם הַזֶּה אֶלָּא חֲדָא פְּרִישָׁה:
'Rabbi Yo'hanan enseigne une' — il n'expose pas depuis ce verset 'comme il a été fait en ce jour', mais [enseigne] une seule perisha.
💡 Explication

Nouveau thème : la perisha (mise à l'écart du kohen les jours précédant le service), déduite elle aussi des milou'im. Rav Dimi rapporte deux enseignements. Pour Rabbi Yo'hanan, un seul cas requiert la perisha d'après ce verset : Yom Kippour ('la-asot le-khaper' lu d'un bloc). Pour Rabbi Yehochoua ben Levi, deux cas : la vache rousse (la-asot) et Yom Kippour (le-khaper).

10
רַבִּי יוֹחָנָן מַתְנֵי חֲדָא? וְהָא אֲנַן תְּנַן: שִׁבְעַת יָמִים קֹודֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים, וְשִׁבְעַת יָמִים קֹודֶם שְׂרֵיפַת הַפָּרָה! מַעֲלָה בְּעָלְמָא.

Rabbi Yo'hanan enseigne une [seule] ? Mais nous avons appris (michna) : sept jours avant Yom Kippour [on écarte le Cohen Gadol], et sept jours avant la combustion de la para [on écarte le kohen] !

[Donc deux perishot.] — [Réponse :] [pour la para] ce n'est qu'une simple mesure [rabbinique] (ma'ala be-alma) [et non une dérivation de la Tora].

📜 Rachi (1)
מַעֲלָה בְּעָלְמָא מִפְּנֵי הַקַּל שֶׁהֵקֵילּוּ בָּהּ לְטַמֵּא מִדַּעַת הַכֹּהֵן הַשּׂוֹרְפָהּ עָשׂוּ בָּהּ מַעֲלוֹת רַבּוֹת:
'Une simple mesure' — parce qu'ils ont été indulgents à son égard, [au point] de rendre impur à dessein le kohen qui la brûle, ils ont institué à son sujet de nombreuses mesures (ma'alot).
💡 Explication

Objection : les michnayot prescrivent la perisha dans les deux cas (Yom Kippour ET vache rousse) — donc Rabbi Yo'hanan devrait admettre deux cas.

Réponse : la perisha de la para n'est pas une exigence de la Tora mais une ma'ala be-alma, une mesure de rigueur rabbinique. Comme on avait été indulgent sur la para (validant le kohen tevoul yom, immergé le jour même), les Sages ont ajouté des mesures de solennité. Seul Yom Kippour a une source scripturaire.

11
וְהָא אָמַר רַבִּי מִנְיוֹמֵי בַּר חִלְקִיָּה אָמַר רַבִּי מַחְסֵיָא בַּר אִידִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בַּיּוֹם הַזֶּה צִוָּה ה׳ לַעֲשֹׂות לְכַפֵּר עֲלֵיכֶם״, ״לַעֲשׂוֹת״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה פָּרָה, ״לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים! הַהוּא דְּרַבֵּיהּ. דְּכִי אֲתָא רָבִין, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״לַעֲשׂוֹת״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה פָּרָה, ״לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים.

Mais Rabbi Minyomi bar Hilkiya n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Mahseya bar Idi au nom de Rabbi Yo'hanan : 'comme il a été fait en ce jour, l'Éternel a ordonné de faire pour expier sur vous' (Lv 8:34) — 'la-asot' (pour faire), ce sont les actes de la para ; 'le-khaper' (pour expier), ce sont les actes de Yom Kippour ! [Donc Rabbi Yo'hanan enseigne bien deux.] — [Réponse :] cela [relève de l'avis] de son maître.

Car quand Ravin vint, il dit que Rabbi Yo'hanan avait dit au nom de Rabbi Yichmael : 'la-asot' — les actes de la para ; 'le-khaper' — les actes de Yom Kippour.

🗂️ Tossefot (1)
דְּרַבֵּיהּ הוּא דְּכִי אֲתָא רָבִין כּוּ' הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר אָמוֹרָאֵי נִינְהוּ וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְטוּבָא אִיכָּא בְּהַשַּׁ"ס דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי אֲתָא לְאִיפְּלוֹגֵי אַאָמוֹרָא שֶׁלְּפָנָיו אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאַשְׁכַּח בְּהֶדְיָא דְּר' יוֹחָנָן מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יִשְׁמָעֵאל אָמַר הָכִי לְהָכִי מְשַׁנֵּי הָכִי וא"ת וְר' יוֹחָנָן הֵיכִי פְּלִיג עַל ר' יִשְׁמָעֵאל שֶׁהוּא תַּנָּא וְי"ל מִשּׁוּם דְּאַשְׁכַּח בָּרַיְיתָא לְקַמָּן (יוֹמָא דַּף ד.) דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ ול"ג בַּבָּרַייְתָא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן לַעֲשׂוֹת זֶה מַעֲשֵׂה פָּרָה אֶלָּא ה"ג לַעֲשׂוֹת לְכַפֵּר זֶה מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ פרש"י שָׁפֵי' (שָׁם) וּכְשֵׁם שֶׁמַּפְרִישִׁין לָאו מִקְּרָא יָלֵיף לָהּ אֶלָּא מַעֲלָה בְּעָלְמָא אִי נָמֵי י"ל מִדְּקָאָמַר ר' יוֹחָנָן מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יִשְׁמָעֵאל הָכִי מִכְּלָל דְּרַבָּנָן פְּלִיגִי עָלֶיהָ וְאִיהוּ דְּאָמַר כְּרַבָּנָן:
'[C'est l'avis] de son maître, car quand Ravin vint, etc.' — il aurait pu dire 'ce sont des Amoraim [en désaccord] selon [l'avis de] Rabbi Yo'hanan', et il y a beaucoup [de cas] dans le Talmud où 'quand Rav Dimi vint' il vient contredire l'Amora qui le précède ; mais parce qu'il a trouvé explicitement que Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yichmael, a dit ainsi, c'est pourquoi il résout de la sorte. Et si tu demandes : comment Rabbi Yo'hanan peut-il diverger d'avec Rabbi Yichmael, qui est un Tana ? On peut répondre : parce qu'il a trouvé plus loin (Yoma 4a) une baraita enseignée comme lui — et l'on ne lit pas dans cette baraita 'qui enseigne comme Rabbi Yo'hanan : la-asot, c'est l'acte de la para', mais on lit ainsi : 'la-asot le-khaper, c'est l'acte de Yom Kippour' ; et c'est ce qui ressort aussi de l'explication de Rachi qui commente [là-bas] 'et de même qu'on écarte' — non qu'il le déduise d'un verset, mais [c'est] une simple mesure (ma'ala be-alma). Ou bien on peut répondre : du fait que Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Yichmael cela, il s'ensuit que les Sages (Rabbanan) divergent de lui, et lui [Rabbi Yo'hanan] dit comme les Rabbanan.
💡 Explication

Contradiction : une autre chaîne de transmission fait dire à Rabbi Yo'hanan lui-même les deux cas (para + Kippour). La guemara résout : cette version rapporte l'avis de son maître, Rabbi Yichmael. Quand Ravin vint, il précisa que Rabbi Yo'hanan disait cela au nom de Rabbi Yichmael — donc en citant son maître, non en son nom propre. Rabbi Yo'hanan lui-même n'enseigne qu'un cas.

12
אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: מֵהֵיכָא קָא יָלְפַתְּ לַהּ — מִמִּלּוּאִים, אִי מַה מִלּוּאִים כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן, אַף הָכָא נָמֵי — כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן.

Rech Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : d'où le déduis-tu [le principe de la perisha] ? — Des milou'im. [Si oui,] de même que pour les milou'im tout ce qui y est écrit est indispensable (me'akev), de même ici aussi tout ce qui [y] est écrit serait indispensable [et son omission invaliderait le service de Yom Kippour].

📜 Rachi (2)
מֵהֵיכָא יַלֶּפֶת לָהּ לְהַךְ פְּרִישָׁה:
'D'où le déduis-tu' — cette perisha[-ci].
אִי מַה מִלּוּאִים כָּל הַכָּתוּב מְעַכֵּב בָּהֶן כִּדְיָלְפִינַן לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין (יוֹמָא דַּף ה.):
'De même que pour les milou'im tout ce qui est écrit est indispensable' — comme nous le déduisons plus loin dans notre sujet (Yoma 5a).
💡 Explication

Rech Lakich attaque la source de Rabbi Yo'hanan. Si la perisha se déduit des milou'im, il faut assumer toute la logique des milou'im : là où chaque détail écrit est indispensable (me'akev), son omission invalide le rite. Donc, transposé à Yom Kippour, l'omission de la perisha devrait invalider le service — conséquence que la suite va contester.

13
וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי, וְהִתְנָן: ״וּמַתְקִינִין לוֹ כֹּהֵן אַחֵר״, וְלָא קָתָנֵי ״מַפְרִישִׁין״! וְכִי תֵּימָא: מַאי ״מַתְקִינִין״ — ״מַפְרִישִׁין״, לִיתְנֵי אוֹ אִידֵּי וְאִידֵּי ״מַתְקִינִין״, אוֹ אִידִי וְאִידִי ״מַפְרִישִׁין״.

Et si tu dis 'en effet, il en est ainsi' — mais n'avons-nous pas appris (michna) : 'et on lui prépare (matkinin) un autre kohen', sans enseigner 'on l'écarte' (mafrichin) [ce qui montre que la perisha n'est pas indispensable] ! Et si tu dis : que signifie 'matkinin' ? — 'mafrichin' (on l'écarte).

[Alors] que la michna enseigne soit pour l'un et l'autre 'matkinin', soit pour l'un et l'autre 'mafrichin'.

📜 Rachi (1)
וְלָא קָתָנֵי מַפְרִישִׁין וְאִם יֶאֱרַע פְּסוּל בְּכֹהֵן גָּדוֹל יְשַׁמֵּשׁ זֶה בְּלֹא פְּרִישָׁה:
'Sans enseigner mafrichin (on l'écarte)' — [ce qui implique que] si une invalidité survient au Cohen Gadol, celui-ci [le kohen de rechange] officie sans avoir été écarté [donc la perisha n'est pas indispensable].
💡 Explication

Réfutation par la michna. Elle dit qu'on prépare (matkinin) un kohen de rechange, sans dire qu'on l'écarte (mafrichin). Or si un empêchement frappe le Cohen Gadol, ce remplaçant officie sans avoir été écarté : la perisha n'est donc pas indispensable (contre Rech Lakich).

Et l'échappatoire 'matkinin veut dire mafrichin' ne tient pas : la michna aurait alors employé le même verbe pour le Cohen Gadol et pour son remplaçant, ce qu'elle ne fait pas.

14
אֲמַר לֵיהּ: אֶלָּא מָר מֵהֵיכָא יָלֵיף לַהּ? אָמַר: מִסִּינַי, דִּכְתִיב: ״וַיִּשְׁכֹּון כְּבוֹד ה׳ עַל הַר סִינַי וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן שֵׁשֶׁת יָמִים וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי״, מִכְּדֵי כְּתִיב: ״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי״, מַאי ״שֵׁשֶׁת יָמִים״? זֶה בָּנָה אָב: שֶׁכָּל הַנִּכְנָס בְּמַחֲנֵה שְׁכִינָה, טָעוּן פְּרִישַׁת שִׁשָּׁה.

[Rabbi Yo'hanan] lui dit : mais toi, Maître, d'où le déduis-tu ? Il dit : du Sinaï, car il est écrit 'La gloire de l'Éternel demeura sur le mont Sinaï, et la nuée le couvrit (va-yekhassehou) six jours, et Il appela Moche le septième jour' (Ex 24:16).

Or, puisqu'il est écrit 'Il appela Moche le septième jour', que vient [enseigner] 'six jours' ? Cela établit un paradigme (ze bana av) : quiconque entre dans le camp de la Chekhina requiert une perisha (mise à l'écart) de six [jours].

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מָר מֵהֵיכָא יָלֵיף אֲמַר לֵיהּ מִסִּינַי שֶׁמָּצִינוּ שֶׁפֵּירֵשׁ מֹשֶׁה קֹודֶם כְּנִיסָתוֹ לְמַחֲנֵה הַשְּׁכִינָה:
'Mais toi, Maître, d'où le déduis-tu ? Il lui dit : du Sinaï' — car nous trouvons que Moche s'écarta (se mit à l'écart) avant d'entrer dans le camp de la Chekhina.
וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן לְמֹשֶׁה:
'Et la nuée le couvrit' — [couvrit] Moche.
🗂️ Tossefot (1)
זֶה בָּנָה אָב כָּל הַנִּכְנָס לְמַחֲנֵה שְׁכִינָה כּוּ' תֵּימַהּ לִי בִּשְׁלָמָא מִמִּלּוּאִים גָּמַר שַׁפִּיר אַף לְדוֹרוֹת מִדְּכָתַב בְּהֶדְיָא כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בַּיּוֹם הַזֶּה צִוָּה ה' לַעֲשֹׂות לְכַפֵּר אֶלָּא מִסִּינַי הֵיכִי גָּמַר וּמִדִּנְקַט זֶה בָּנָה אָב מַשְׁמַע מִיִּתּוּרָא דִּקְרָא נָפֵיק כְּמוֹ זֶה בָּנָה אָב שֶׁכָּל חַטָּאוֹת קוֹדְמוֹת לְעוֹלוֹת דְּמִיִּתּוּרָא נָפֵיק כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק כָּל הַתָּדִיר (זְבָחִים דַּף צ.) וְהָכָא מַאי יִתּוּרָא אִיכָּא וְנִרְאֶה דְּהָכָא נָמֵי לָא הֲוָה צְרִיךְ לְמִיכְתַּב אֶלָּא וַיַּעַל מֹשֶׁה אֶל הָהָר וַיְכַס הֶעָנָן אֶת הָהָר וַיִּקְרָא ה' לְמֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מִתּוֹךְ הֶעָנָן מַאי אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן שֵׁשֶׁת יָמִים אֶלָּא אִצְטְרִיךְ לְדוֹרוֹת:
'Ze bana av : quiconque entre dans le camp de la Chekhina, etc.' — cela m'étonne : passe encore, des milou'im il déduit bien [le principe] même pour les générations [futures], puisqu'il est écrit explicitement 'comme il a été fait en ce jour, l'Éternel a ordonné de faire pour expier' ; mais du Sinaï, comment le déduit-il [pour les générations] ? Et puisqu'il emploie 'ze bana av', cela implique que [le principe] ressort d'une surabondance du verset (yitoura), comme 'ze bana av : tous les hatat précèdent les olot', qui ressort d'une surabondance, ainsi qu'il figure au chapitre Kol ha-tadir (Zevahim 90a) ; or ici, quelle surabondance y a-t-il ? Il semble qu'ici aussi il n'aurait fallu écrire que 'Moche monta sur la montagne, la nuée couvrit la montagne, et l'Éternel appela Moche le septième jour du milieu de la nuée' — pourquoi fallait-il écrire 'la nuée le couvrit six jours' ? [C'est] plutôt qu'il est nécessaire pour les générations.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan renvoie la question à Rech Lakich, qui déduit la perisha non des milou'im mais du Sinaï. Le verset date déjà l'appel divin du septième jour ; la mention des 'six jours' de nuée est alors superflue au sens littéral. Ce surplus fonde un ze bana av (paradigme généralisant) : quiconque pénètre le camp de la Chekhina doit se mettre à l'écart six jours. Cette source n'entraîne pas le problème du 'tout est me'akev', puisqu'elle ne repose pas sur les milou'im.

🖼️ Schéma
Le Sinaï : six jours de nuée, l'appel le septième (ze bana av) Jour 1nuée Jour 2nuée Jour 3nuée Jour 4nuée Jour 5nuée Jour 6nuée Jour 7'Il appelaMoche' L'appel est déjà daté du 7e jour : les 'six jours' sont donc superflus au sens littéral. Paradigme : quiconque entre dans le camp de la Chekhina se met à l'écart six jours. Tossefot : ce surplus vaut aussi pour les générations futures, pas seulement pour Moche.
Six jours de nuée, l'appel le septième : le surplus fonde le paradigme des six jours de perisha.
15
וְהָא אֲנַן שִׁבְעָה תְּנַן! מַתְנִיתִין רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא הִיא, דְּחָיֵישׁ

Mais nous avons appris sept [jours] (michna) ! — La michna est [celle de] Rabbi Yehouda ben Betera, qui se soucie [de l'impureté de sa maison...]

📜 Rachi (1)
ר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא לְקַמָּן בְּפִרְקִין (יוֹמָא דַּף ו.):
'Rabbi Yehouda ben Betera' — [voir] plus loin dans notre chapitre (Yoma 6a).
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא הִיא דְּחָיֵישׁ לְטֻומְאַת בֵּיתוֹ תֵּימַהּ לִי לריב"ב נָמֵי תִּיסְגֵּי בְּשִׁשָּׁה יָמִים גַּבֵּי פָּרָה כֵּיוָן דִּטְבוּל יוֹם כָּשֵׁר בַּפָּרָה לִיטַבְּלֵיהּ בְּצַפְרָא בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי וְיִשְׂרֹוף בּוֹ בַּיּוֹם הַפָּרָה דְּהָא מַסְּקִינַן לְקַמָּן (יוֹמָא דַּף ו.) דְּבוֹעֵל נִדָּה טְבִילָתוֹ בַּיּוֹם וּלְמַאן דס"ד לְקַמָּן דִּטְבִילָה בְּלֵילְיָא הָא קָאָמַר דְּמַפְרִישִׁין לֵיהּ שָׁעָה אַחַת סָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה וְאִם כֵּן מָצֵי טְבִיל בְּלֵיל ז' וְיִשְׂרֹוף הַפָּרָה לְמָחָר וי"ל לְמַאי דִּפְרִי' לְעֵיל (יוֹמָא דַּף ב. ד"ה לְהוֹצִיא) דְּהָא דִּטְבוּל יוֹם כָּשֵׁר בַּפָּרָה הנ"מ טְבוּל יוֹם דְּטֻומְאָה דְּרַבָּנָן אֲבָל טְבוּל יוֹם דְּבוֹעֵל נִדָּה שֶׁהוּא דְּאוֹרָיְיתָא אָסְרִי רַבָּנָן אע"ג דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא שָׁרֵי אֲפִילּוּ טְבוּל יוֹם בְּטֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא מִכָּל מָקוֹם רַבָּנָן גָּזְרוּ בָּהֶן לְפִי זֶה נִיחָא וְעוֹד אִיכָּא תַּנָּא בְּפֶרֶק (הֶעָרֵל) (יְבָמוֹת דַּף עַד:) דִּסְבִירָא לֵיהּ דַּאֲפִילּוּ מַדְאוֹרַיי' לֹא הֻותַּר בִּטְבוּל יוֹם אֶלָּא דְּטָמֵא מֵת דְּכָתַב בְּהַהִיא פָּרָשָׁה וּטְבוּל יוֹם דְּשֶׁרֶץ דְּאָתֵי בק"ו מִטַּמֵּא מֵת א"כ לְדִידֵיהּ בּוֹעֵל נִדָּה לָא אָתֵי בְּקַל וָחֹומֶר דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לְטַמֵּא מֵת שֶׁאֵינוֹ מְטַמֵּא מִשְׁכָּב הַתַּחְתּוֹן כְּעֶלְיוֹן כְּבוֹעֵל נִדָּה וְשֶׁמָּא ריב"ב כְּוָותֵיהּ סְבִירָא לֵיהּ:
'C'est [la michna de] Rabbi Yehouda ben Betera, qui se soucie de l'impureté de sa maison' — cela m'étonne : pour Ribab (Rabbi Yehouda ben Betera) aussi, six jours devraient suffire pour la para, puisqu'un tevoul yom est apte [au service] de la para ; qu'il trempe au matin du septième jour et brûle la para ce jour-là — car nous concluons plus loin (Yoma 6a) que [pour] un bo'el nidda (celui qui a eu commerce avec une nidda) l'immersion se fait de jour ; et selon celui qui suppose plus loin que l'immersion se fait de nuit, on dit [pourtant] qu'on l'écarte un court instant avant le coucher du soleil, et [alors] il peut tremper la nuit du septième et brûler la para le lendemain. On peut répondre : selon ce que nous avons expliqué plus haut (Yoma 2a, s.v. le-hotzi), le fait qu'un tevoul yom soit apte à la para ne vaut que pour un tevoul yom [issu] d'une impureté rabbinique ; mais un tevoul yom [issu du cas] du bo'el nidda, qui est [une impureté] de la Tora, les Sages l'ont interdit — bien que, selon la Tora, même un tevoul yom [issu] d'une impureté biblique soit permis ; quoi qu'il en soit, les Sages ont décrété à leur sujet. Selon cela, tout s'explique. De plus, il y a un Tana au chapitre [ha-Arel] (Yevamot 74b) qui estime que, même selon la Tora, seul est permis [pour la para] le tevoul yom [issu] d'un tame met (impur par contact d'un mort), car [c'est de lui] qu'il est écrit dans ce passage, et le tevoul yom [issu] d'un cherets (reptile impur), qui vient à fortiori (kal va-homer) du tame met ; si donc, pour lui, le bo'el nidda ne vient pas par kal va-homer — car on peut réfuter : qu'y a-t-il [de commun] avec le tame met, qui ne rend pas la couche inférieure [impure] comme la supérieure, à la différence du bo'el nidda ? — peut-être Ribab tient-il comme lui.
💡 Explication

Dernière objection du folio : le Sinaï fonde six jours, mais la michna prescrit sept jours de perisha avant Yom Kippour. Réponse : la michna suit Rabbi Yehouda ben Betera, qui ajoute un jour par crainte de l'impureté de la maison du kohen (tumat beito). La suite de l'explication se poursuit au folio suivant (Yoma 4a).

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).