Yoma 4a — d'où vient l'isolement du Cohen : des milouim (R. Yohanan) ou du Sinaï (Rech Lakich) ?

Yoma 4a

Sougya : Ce daf tranche la source scripturaire de l'isolement (perisha) de sept jours imposé au Cohen gadol avant Yom Kippour et au Cohen qui brûle la vache rousse. Rabbi Yo'hanan le déduit des milouim (l'investiture d'Aaron, Lev 8), Rech Lakich du Sinaï (les six jours de Moche dans la nuée, Ex 24:16).

Le nerf du débat est l'aspersion (haza'ah) des sept jours : de droit pour Rabbi Yo'hanan (elle existait déjà aux milouim, l'eau ayant pris la place du sang), simple ma'ala d'honneur pour Rech Lakich. La guemara apporte une baraita à l'appui de chacun (tania kevateh) : la darcha du mot féminin 'be-zot' pour Rabbi Yo'hanan, les six jours de Moche selon R.

Yossi HaGelili pour Rech Lakich, R. Akiva les situant au contraire avant les Dix Paroles.

Yoma 4a — d'où vient l'isolement (perisha) du Cohen avant le service ? Deux Amoraim, deux sources scripturaires, deux durées. Chacun a une baraita à l'appui. Rabbi Yo'hanan Rech Lakich Source : les MILOUIM (investiture)Lev 8 : Aaron isolé 7 j., service le 8e jour Source : le SINAÏEx 24:16 : la nuée couvre le mont 6 jours Durée déduite : 7 jours d'isolement Durée déduite : 6 jours (mera'ala 7) Aspersion (haza'ah) les 7 jours ?OUI : déjà aux milouim (aspergé Aaron 7 j.).Sang -> eau : R. Hiyya, nikhnesu mayim tahat dam. Aspersion à Sinaï ? NON.L'aspersion des 7 j. n'est qu'une ma'ala(usage d'honneur), non une exigence. Baraita à l'appui : darcha de 'bezot' Baraita à l'appui : R. Yossi HaGelili Le verdict du daf : TANIA KEVATEH pour les deux Une baraita enseigne comme R. Yo'hanan (isolement d'Aaron 7 j., 'bezot' -> milouim), une autre comme Rech Lakich (Moche 6 j. dans la nuée au Sinaï). La halakha retient 7 jours. Nafka mina (enjeu pratique de la mahloket) Pour R. Yo'hanan l'aspersion des 7 jours est de droit (déjà aux milouim) ; pour Rech Lakich elle n'est qu'une ma'ala rabbinique -> conséquences sur le statut de l'aspersion.
La mahloket centrale du daf : Rabbi Yohanan (source = milouim, 7 jours, aspersion de droit) contre Rech Lakich (source = Sinaï, 6 jours, aspersion = simple ma'ala). Les deux positions reçoivent chacune une baraita à l'appui (tania kevateh).
La darcha de 'BEZOT' (Lev 16:3) : un mot, deux enseignements 'Be-ZOT yavo Aharon el ha-kodech' : le féminin 'zot' est de trop -> chema mina tarti be-ZOT (féminin) 1. Le sens propre (le-goufeh) Aaron entre avec un taureau (par) en hatat et un bélier (ayil) en olah -> mais alors on dirait 'be-ZEH' ou 'be-ELLE' 2. Le surplus (féminin) 'zot' renvoie à la TORAH / PARACHA énoncée ailleurs = les milouim -> l'isolement (perisha) de 7 jours Pourquoi 'zot' et non 'zeh' / 'elle' ? Le taureau et le bélier cités ensuite sont masculins : 'zeh' (m. sing.) ou 'elle' (pluriel) suffiraient. Le féminin 'zot' vise donc autre chose : la 'parasha' / la 'torah' des milouim (mots féminins). Un seul mot porte donc les deux : l'offrande du jour ET l'isolement préalable.
La darcha de 'bezot' (Lev 16:3) : le féminin, superflu par rapport au taureau et au bélier masculins, enseigne deux choses à la fois — l'offrande du jour et l'isolement préalable des sept jours.
Les six jours de Moche : quand la nuée couvrit-elle le Sinaï ? Même verset (Ex 24:16), deux lectures des 'six jours' -> deux places dans le calendrier Roch Hodech Sivan Don de la Torah (7e jour) 40 jours sur le mont Rabbi Akiva Les 6 jours = de Roch Hodech jusqu'au don de la Torah (AVANT) Rabbi Yossi HaGelili Les 6 jours = APRÈS les Dix Paroles, début des 40 jours (perisha de Moche) L'appui pour Rech Lakich Selon R. Yossi HaGelili, Moche s'isole 6 jours dans la nuée avant d'être admis devant Dieu : c'est le modèle d'un isolement préalable au service, tiré du Sinaï et non des milouim.
Les 'six jours' d'Ex 24:16 selon R. Akiva (avant le don de la Torah, depuis Roch Hodech) et R. Yossi HaGelili (après les Dix Paroles) : cette dernière lecture fournit à Rech Lakich son modèle d'isolement tiré du Sinaï.
1
לְטֻומְאַת בֵּיתוֹ.

[On l'isole aussi] à cause de l'impureté de sa maison [c'est-à-dire de son épouse].

📜 Rachi (1)
לְטֻומְאַת בֵּיתוֹ שֶׁמָּא אִם יִזָּקֵק לְאִשְׁתּוֹ וְתִרְאֶה דָּם בִּשְׁעַת בִּיאָה וְנִמְצָא טָמֵא שִׁבְעַת יָמִים כְּמִשְׁפַּט בּוֹעֵל נִדָּה וְלֹא יָכוֹל לַעֲבֹוד בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים:
À cause de l'impureté de sa maison — de peur que, s'il s'unit à son épouse et qu'elle voie du sang au moment des rapports, il ne se trouve impur sept jours selon la loi du bo'el nidda (celui qui s'unit à une femme menstruée), et ne puisse plus officier à Yom Kippour.
💡 Explication

Ce segment clôture la liste des motifs de l'isolement (perisha) du Cohen gadol commencée en 3b. 'Sa maison' désigne pudiquement son épouse : on l'écarte d'elle pour éviter qu'il ne contracte une impureté de sept jours qui l'empêcherait d'officier à Yom Kippour.

2
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרֵישׁ לָקִישׁ: בִּשְׁלָמָא לְדִידִי דְּיָלֵיפְנָא מִמִּלּוּאִים, הַייְנוּ דְּתַנְיָא: זֶה וְזֶה מַזִּין עָלָיו כָּל שִׁבְעָה מִכָּל חַטָּאוֹת שֶׁהָיוּ שָׁם, דַּהֲוַאי נָמֵי הַזָּאָה בְּמִלּוּאִים. אֶלָּא לְדִידָךְ דְּיָלְפַתְּ מִסִּינַי, הַזָּאָה בְּסִינַי מִי הֲוַאי?

Rabbi Yo'hanan dit à Rech Lakich : Soit, selon moi qui déduis [l'isolement] des milouim (l'investiture), cela explique bien ce qu'enseigne la baraita : 'sur celui-ci comme sur celui-là [le Cohen de Yom Kippour et celui de la vache rousse] on asperge pendant les sept jours [l'eau mélangée] de toutes les hatatot (offrandes pour la faute) qui se trouvaient là' — car il y eut aussi une aspersion (haza'ah) aux milouim. Mais selon toi qui déduis [l'isolement] du Sinaï : y eut-il donc une aspersion au Sinaï ?

📜 Rachi (4)
זֶה וְזֶה כֹּהֵן דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְכֹהֵן דְּפָרָה:
Celui-ci comme celui-là — le Cohen de Yom Kippour et le Cohen [préposé à] la vache [rousse].
כָּל שִׁבְעָה יְמֵי דְּהַפְרָשָׁה:
Pendant les sept — [c'est-à-dire] les jours de l'isolement.
מִכָּל חַטָּאוֹת שֶׁהָיוּ שָׁם מִכָּל פָּרָה וּפָרָה הָיוּ נוֹתְנִין קְצָת לְמִשְׁמֶרֶת מִן הָאֵפֶר בַּחֵיל כָּךְ שָׁנִינוּ בְּמַסֶּכֶת פָּרָה (פ"ג מִשְׁנָה יא) וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי אֵפֶר פָּרָה שֶׁל מֹשֶׁה לֹא כָּלָה:
De toutes les hatatot qui se trouvaient là — de chaque vache [rousse brûlée], on prélevait un peu de cendre que l'on conservait dans le Hel (l'enceinte du parvis) ; ainsi l'avons-nous appris au traité Para (chap. 3, michna 11). Et moi, j'ai entendu [dire] que la cendre de la vache de Moche ne s'épuisa jamais.
דַּהֲוַאי נָמֵי הַזָּאָה בִּפְרִישָׁה דְּמִלּוּאִים כָּל ז' דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ח׳:ל״ג) וַיַּז עַל אַהֲרֹן וְגוֹ' וּכְתִיב שִׁבְעַת יָמִים יְמַלֵּא אֶת יָדָם כָּל ז' עָשָׂה לָהֶם כְּחֹוק יוֹם הָרִאשׁוֹן:
Car il y eut aussi une aspersion — lors de l'isolement des milouim, pendant les sept [jours], ainsi qu'il est écrit (Lev 8:30) 'et il aspergea sur Aaron etc.', et il est écrit (Lev 8:33) 'pendant sept jours il consacrera vos mains' : tous les sept jours il leur fit comme la loi du premier jour.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ouvre le débat. Sa thèse : l'isolement de sept jours se déduit des milouim (les sept jours d'investiture d'Aaron, Lev 8). Preuve : la baraita impose une aspersion (haza'ah, eau mêlée de cendres de vache rousse) chaque jour des sept — ce qui correspond à l'aspersion faite sur Aaron durant les milouim. Mais si, comme Rech Lakich, on déduisait l'isolement du Sinaï, d'où viendrait cette aspersion ? Il n'y eut aucune aspersion au Sinaï.

🖼️ Schéma
Yoma 4a — d'où vient l'isolement (perisha) du Cohen avant le service ? Deux Amoraim, deux sources scripturaires, deux durées. Chacun a une baraita à l'appui. Rabbi Yo'hanan Rech Lakich Source : les MILOUIM (investiture)Lev 8 : Aaron isolé 7 j., service le 8e jour Source : le SINAÏEx 24:16 : la nuée couvre le mont 6 jours Durée déduite : 7 jours d'isolement Durée déduite : 6 jours (mera'ala 7) Aspersion (haza'ah) les 7 jours ?OUI : déjà aux milouim (asperge Aaron 7 j.).Sang -> eau : R. Hiyya, nikhnesu mayim tahat dam. Aspersion à Sinaï ? NON.L'aspersion des 7 j. n'est qu'une ma'ala(usage d'honneur), non une exigence. Baraita à l'appui : darcha de 'bezot' Baraita à l'appui : R. Yossi HaGelili Le verdict du daf : TANIA KEVATEH pour les deux Une baraita enseigne comme R. Yo'hanan (isolement d'Aaron 7 j., 'bezot' -> milouim), une autre comme Rech Lakich (Moche 6 j. dans la nuée au Sinaï). La halakha retient 7 jours. Nafka mina (enjeu pratique de la mahloket) Pour R. Yo'hanan l'aspersion des 7 jours est de droit (déjà aux milouim) ; pour Rech Lakich elle n'est qu'une ma'ala rabbinique -> conséquences sur le statut de l'aspersion.
La mahloket entre Rabbi Yo'hanan (milouim) et Rech Lakich (Sinaï) : l'aspersion des sept jours est l'argument-clé de Rabbi Yo'hanan.
3
אֲמַר לֵיהּ: וּלְטַעְמִיךְ מִי נִיחָא? בַּמִּלּוּאִים דָּם, הָכָא מַיִם! הָא לָא קַשְׁיָא, דְּתָנֵי רַבִּי חַייָּא: נִכְנְסוּ מַיִם תַּחַת דָּם. אֶלָּא לְדִידָךְ, הַזָּאָה בְּסִינַי מִי הֲוַאי? אֲמַר לֵיהּ: מַעֲלָה בְּעָלְמָא.

[Rech Lakich] lui dit : Et selon ton propre raisonnement, cela va-t-il bien ? Aux milouim [l'aspersion se faisait avec du] sang, ici avec de l'eau !

[Rabbi Yo'hanan répond :] Cela n'est pas une difficulté, car Rabbi Hiyya a enseigné : l'eau est entrée à la place du sang. Mais [reste ma question :] selon toi, y eut-il une aspersion au Sinaï ?

[Rech Lakich] lui dit : [Ce n'est] qu'une ma'ala (un usage d'honneur, une stringence ajoutée).

📜 Rachi (3)
וּבַמִּלּוּאִים דָּם הַזֹּאת מִלּוּאִים שֶׁל דָּם כְּדִכְתִיב:
Et aux milouim [avec du] sang — l'aspersion des milouim se faisait avec du sang, comme il est écrit.
דְּתָנֵי ר' חַיָּיא כּוּ' לְקַמֵּיהּ בִּשְׁמַעְתִּין מַיְיתֵי לָהּ:
Car Rabbi Hiyya a enseigné etc. — [la guemara] l'apportera plus loin dans notre sujet.
מַעֲלָה בְּעָלְמָא בְּפָרָה כְּדַאֲמָרָן וביוה"כ לִכְבוֹד כְּנִיסַת מַחֲנֵה שְׁכִינָה:
[Ce n'est] qu'une ma'ala — pour la vache [rousse], comme nous l'avons dit, et pour Yom Kippour, en l'honneur de l'entrée dans le camp de la Chekhina.
🗂️ Tossefot (2)
נִכְנְסוּ מַיִם תַּחַת דָּם דְּלָאו לְגַמְרֵי דְּרָשָׁה גְּמוּרָה הִיא הָא דְּגָמְרִי מִמִּלּוּאִים אֶלָּא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא דְּעִיקַּר קְרָא דְּכַאֲשֶׁר עָשָׂה בַּיּוֹם הַזֶּה יֵשׁ לְפָרֵשׁ דִּבְיוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל ז' יְמֵי הַמִּלּוּאִים אָמַר לָהֶם כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בַּיּוֹם הַזֶּה צִוָּה ה' לַעֲשֹׂות כָּל ז' יְמֵי הַמִּלּוּאִים וְכֵן פרש"י פְּשׁוּטוֹ בְּפֵירוּשׁ חֻומָּשׁ וְכֵיוָן דְּאַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא אֵין לָחוּשׁ אִי אָמְרִינַן נִכְנְסוּ מַיִם תַּחַת דָּם:
Il est entré de l'eau à la place du sang — car ce que l'on déduit des milouim n'est pas une exégèse (derasha) pleine et entière, mais une simple asmakhta (appui scripturaire) ; en effet le sens premier du verset 'ka'acher assa ba-yom ha-ze' (comme il a fait ce jour-ci) peut s'expliquer ainsi : le premier des sept jours des milouim, [Moche] leur dit 'comme il a fait ce jour, l'Éternel a ordonné de faire' pendant les sept jours des milouim — et c'est ainsi que Rachi a expliqué le sens littéral dans son commentaire sur le Houmach. Et puisqu'il ne s'agit que d'une asmakhta, il n'y a pas lieu de s'inquiéter si nous disons qu'il est entré de l'eau à la place du sang.
הַזָּאָה בְּסִינַי מִי הֲוָה וא"ת וְהָא הֲוָה בְּסִינַי הַזָּאַת דָּם דַּכְתִּי' (שְׁמוֹת כ״ד:ח׳) וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת הַדָּם וַיִּזְרֹק עַל הָעָם וְיֵשׁ לוֹמַר אוֹתָהּ זְרִיקָה לֹא הָיְתָה בִּשְׁבִיל טָהֳרָה שֶׁהֲרֵי לֹא עַל מֹשֶׁה לְבַדּוֹ נִזְרַק אֶלָּא עַל כָּל הָעָם אֶלָּא דַּם הַבְּרִית הֲוָה דִּכְתִיב (שָׁם) הִנֵּה דַם הַבְּרִית אֲשֶׁר כָּרַת ה' עִמָּכֶם אִי נָמֵי ה"ק הַזָּאָה כָּל ז' בְּסִינַי מִי הֲוָה וְתֵימַהּ לִי דִּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (יוֹמָא דַּף ח.) אָמְרִינַן אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה מַזִּין עָלָיו כָּל ז' וּמַסִּיק דִּלְבַד מִשַּׁבָּת וְיֵשׁ לוֹמַר בַּמִּלּוּאִים הָוְיָא הַזָּאָה כָּל ז' אֲבָל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים בַּדּוֹרוֹת הָאַחֲרוֹנִים גָּזְרוּ עַל הַהַזָּאָה מִשּׁוּם שְׁבוּת וַאֲסָרוּהָ בְּשַׁבָּת וְתֵימַהּ לִי דִּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ רִאשׁוֹן שֶׁמָּא שְׁלִישִׁי שֵׁנִי שֶׁמָּא שְׁלִישִׁי וְכוּ' וּמְנָא לֵיהּ לַגְּמָרָא דְּטַעֲמָא דְּרַבִּי מֵאִיר מִשּׁוּם חֲשָׁשָׁא לֵימָא מִשּׁוּם דְּגָמַר מִמִּלּוּאִים דְּהָוְיָא הַזָּאָה כָּל ז' וְשֶׁמָּא רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא דְּקָאָמַר הָכִי לְקַמָּן סְבִירָא לֵיהּ כְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּלָא גָּמַר מִמִּלּוּאִים אֶלָּא מַעֲלָה בְּעָלְמָא מִשּׁוּם הַהִיא חֲשָׁשָׁא רִאשׁוֹן דִּילְמָא שְׁלִישִׁי וְכוּ' אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר אֲפִילּוּ מַאן דְּגָמַר מִמִּלּוּאִים סְבִירָא לֵיהּ דִּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא וא"כ אִי לָאו דְּאִיכָּא טַעְמָא קְצָת לָא הָווּ מַצְרְכִי רַבָּנָן הַזָּאָה לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ לְפָרוּשֵׁי טַעְמָא:
Y eut-il une aspersion au Sinaï — Et si tu demandes : mais il y eut bien au Sinaï une aspersion de sang, comme il est écrit (Ex 24:8) 'et Moche prit le sang et [l']aspergea sur le peuple' ! Et l'on peut répondre : cette aspersion-là n'avait pas pour but la pureté, car elle ne fut pas aspergée sur Moche seul mais sur tout le peuple ; il s'agissait du sang de l'alliance, comme il est écrit (ibid.) 'voici le sang de l'alliance que l'Éternel a conclue avec vous'. Ou bien, [la guemara] veut dire ceci : y eut-il au Sinaï une aspersion [durant] les sept [jours] ? Et cela m'étonne, car plus loin dans notre chapitre (Yoma 8a) nous disons 'sur celui-ci comme sur celui-là on asperge les sept [jours]', et [la guemara] conclut : excepté le chabbat. Et l'on peut dire : aux milouim il y avait une aspersion tous les sept jours, mais à Yom Kippour, dans les dernières générations, [les Sages] ont décrété au sujet de l'aspersion en raison du chevout (interdit rabbinique du chabbat) et l'ont prohibée le chabbat. Et cela m'étonne aussi, car plus loin [la guemara] explique [la raison par une crainte d'impureté] : le premier [jour on asperge] de peur que [ce ne soit déjà] le troisième [jour], le deuxième de peur que [ce ne soit] le troisième, etc. — d'où la guemara [sait-elle] que la raison de Rabbi Meir tient à cette crainte ? Qu'elle dise plutôt que c'est parce qu'il déduit des milouim, où il y avait aspersion tous les sept jours ! Et peut-être Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina, qui parle ainsi plus loin, tient-il comme Rech Lakich, qui ne déduit pas des milouim mais [y voit] une simple ma'ala [fondée] sur cette crainte : le premier [jour] de peur que [ce ne soit] le troisième, etc. Ou bien l'on peut dire : même celui qui déduit des milouim tient que le verset n'est qu'une asmakhta ; et s'il en est ainsi, s'il n'y avait pas une certaine raison [de fond], les Sages n'auraient pas exigé l'aspersion — c'est pourquoi il fallait en expliquer la raison.
💡 Explication

Rech Lakich retourne l'objection : même la thèse de Rabbi Yo'hanan boite, car aux milouim on aspergeait du sang, alors qu'ici c'est de l'eau (de vache rousse). Rabbi Yo'hanan pare grâce à Rabbi Hiyya : nikhnesu mayim tahat dam — l'eau a pris la place du sang, l'aspersion garde le même statut. Rech Lakich, lui, assume : au Sinaï il n'y eut pas d'aspersion, et celle des sept jours n'est qu'une ma'ala (usage rabbinique d'honneur), non une exigence de droit.

4
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ. תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: ״בְּזֹאת יָבֹא אַהֲרֹן אֶל הַקֹּדֶשׁ״, בְּמַה שֶׁאָמוּר בָּעִנְיָן, מַאי הִיא — בְּעִנְיָן דְּמִלּוּאִים. וּמֶה אָמוּר בְּעִנְיָן דְּמִלּוּאִים — אַהֲרֹן פֵּירַשׁ שִׁבְעָה וְשִׁמֵּשׁ יוֹם אֶחָד, וּמֹשֶׁה מָסַר לוֹ כָּל שִׁבְעָה כְּדֵי לְחַנְּכוֹ בָּעֲבוֹדָה.

Une baraita a été enseignée comme Rabbi Yo'hanan, et une baraita a été enseignée comme Rech Lakich. La baraita comme Rabbi Yo'hanan : 'Be-zot (avec ceci) Aaron entrera dans le sanctuaire' (Lev 16:3) — avec ce qui est énoncé dans la matière [ailleurs].

Quelle est-elle ? La matière des milouim.

Et qu'est-il énonce dans la matière des milouim ? Aaron s'isola sept [jours] et officia un jour, et Moche lui transmit [les règles] pendant les sept [jours] afin de l'initier au service.

📜 Rachi (5)
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּיָלֵיף מִמִּלּוּאִים:
Une baraita comme Rabbi Yo'hanan — qui déduit des milouim.
כְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּיָלֵיף מִסִּינַי:
Comme Rech Lakich — qui déduit du Sinaï.
בָּזֹאת קְרָא יַתִּירָא הוּא כְּדִלְקַמָּן לְמִדְרַשׁ בֵּיהּ וּדְרוֹשׁ בֵּיהּ הָכִי בְּזֹאת הַתּוֹרָה הָאֲמוּרָה בְּעִנְיָן בְּמָקוֹם אַחֵר יָבֹא אַהֲרֹן אֶל הַקֹּדֶשׁ:
Be-zot — c'est un terme superflu dans le verset, [destiné] à être exposé, comme plus loin ; expose-le ainsi : 'avec cette Torah énoncée dans la matière ailleurs, Aaron entrera dans le sanctuaire'.
מַאי הִיא בְּאֵיזֶה עִנְיָן:
Quelle est-elle — dans quelle matière.
וְשִׁימֵּשׁ יוֹם אֶחָד עֲבוֹדַת שְׁמִינִי הֻוטְּלָה עָלָיו שֶׁנֶּאֱמַר (וַיִּקְרָא ט׳:ז׳) קָרֵב אֶל הַמִּזְבֵּחַ:
Et officia un jour — le service du huitième [jour] lui fut confié, comme il est dit (Lev 9:7) 'approche-toi de l'autel'.
💡 Explication

La guemara produit une baraita à l'appui de chaque position (tania kevateh). Celle de Rabbi Yo'hanan lit le mot be-zot comme un renvoi à 'la matière' énoncée ailleurs — les milouim : de même qu'Aaron s'isola sept jours et n'officia qu'au huitième, Moche l'instruisant tout du long, de même le Cohen gadol avant Yom Kippour.

🖼️ Schéma
La darcha de 'BEZOT' (Lev 16:3) : un mot, deux enseignements 'Be-ZOT yavo Aharon el ha-kodech' : le féminin 'zot' est de trop -> chema mina tarti be-ZOT (féminin) 1. Le sens propre (le-goufeh) Aaron entre avec un taureau (par) en hatat et un bélier (ayil) en olah -> mais alors on dirait 'be-ZEH' ou 'be-ELLE' 2. Le surplus (féminin) 'zot' renvoie à la TORAH / PARACHA énoncée ailleurs = les milouim -> l'isolement (perisha) de 7 jours Pourquoi 'zot' et non 'zeh' / 'elle' ? Le taureau et le bélier cités ensuite sont masculins : 'zeh' (m. sing.) ou 'elle' (pluriel) suffiraient. Le féminin 'zot' vise donc autre chose : la 'parasha' / la 'torah' des milouim (mots féminins). Un seul mot porte donc les deux : l'offrande du jour ET l'isolement préalable.
La darcha de 'bezot' : le renvoi à la 'matière' des milouim, modèle de l'isolement de sept jours.
5
וְאַף לְדוֹרוֹת כֹּהֵן גָּדוֹל פּוֹרֵשׁ שִׁבְעָה וּמְשַׁמֵּשׁ יוֹם אֶחָד, וּשְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים מִתַּלְמִידָיו שֶׁל מֹשֶׁה — לְאַפּוֹקֵי צָדוֹקִין, מוֹסְרִין לוֹ כָּל שִׁבְעָה כְּדֵי לְחַנְּכוֹ בָּעֲבוֹדָה.

Et pour les générations aussi, le Cohen gadol s'isole sept [jours] et officie un jour ; et deux talmidei hakhamim (savants) parmi les disciples de Moche — à l'exclusion des Sadducéens — lui transmettent [les règles] pendant les sept [jours] afin de l'initier au service.

📜 Rachi (2)
לְאַפּוֹקֵי צָדוֹקִים שֶׁהָיוּ מְשַׁנִּין עֲבוֹדַת קְטֹורֶת יוה"כ כְּדִלְקַמָּן בְּהוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא דַּף נג.) שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין הַקְּטֹורֶת עַל הָאֵשׁ בַּחוּץ וְאַחַר כָּךְ מַכְנִיסִים:
À l'exclusion des Sadducéens — qui altéraient le service de l'encens de Yom Kippour, comme [expliqué] plus loin dans [le chapitre] 'Hotziou lo' (Yoma 53a) : ils posaient l'encens sur le feu à l'extérieur, puis le rentraient [dans le Saint des saints, contrairement à la halakha].
לְחַנְּכוֹ לְלַמְּדוֹ:
Pour l'initier — pour le former.
💡 Explication

La baraita étend le modèle des milouim à toutes les générations. Deux savants — des disciples de Moche, formule qui exclut les Sadducéens — instruisent le Cohen gadol durant les sept jours. Les Sadducéens sont exclus car ils falsifiaient le service de l'encens de Yom Kippour (cf. Yoma 53a).

6
מִכָּאן אָמְרוּ: שִׁבְעַת יָמִים קֹודֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים מַפְרִישִׁין כֹּהֵן גָּדוֹל מִבֵּיתוֹ לְלִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין. וּכְשֵׁם שֶׁמַּפְרִישִׁין כֹּהֵן גָּדוֹל, כָּךְ מַפְרִישִׁין כֹּהֵן הַשּׂוֹרֵף אֶת הַפָּרָה לַלִּשְׁכָּה שֶׁעַל פְּנֵי הַבִּירָה צָפוֹנָה מִזְרָחָה. וְאֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה מַזִּין עָלָיו כָּל שִׁבְעָה מִכָּל חַטָּאוֹת שֶׁהָיוּ שָׁם.

De là [les Sages] ont dit : sept jours avant Yom Kippour, on isole le Cohen gadol de sa maison vers la lichkat Parhedrin (la chambre des Parhedrin) ; et de même qu'on isole le Cohen gadol, ainsi isole-t-on le Cohen qui brûle la vache [rousse] vers la chambre qui est face à la Bira, au nord-est. Et sur celui-ci comme sur celui-là on asperge pendant les sept [jours l'eau mêlée] de toutes les hatatot qui se trouvaient là.

📜 Rachi (1)
וּכְשֵׁם שֶׁמַּפְרִישִׁים לֹא מִקְּרָא יָלֵיף לָהּ אֶלָּא מַעֲלָה בְּעָלְמָא:
Et de même qu'on isole — [ce parallèle] n'est pas déduit d'un verset, mais [n'est] qu'une ma'ala (usage d'honneur).
💡 Explication

La baraita cite la michna d'ouverture du traité (Yoma 2a) : l'isolement du Cohen gadol à la lichkat Parhedrin, en parallèle avec celui du Cohen qui brûle la vache rousse. Rachi note un point important : ce parallèle avec la vache rousse n'est pas tiré d'un verset, mais n'est qu'une ma'ala.

7
וְאִם תֹּאמַר: בַּמִּלּוּאִים דָּם, הָכָא מַיִם, אָמַרְתָּ: נִכְנְסוּ מַיִם תַּחַת דָּם. וְאוֹמֵר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בַּיּוֹם הַזֶּה צִוָּה ה׳ לַעֲשֹׂות לְכַפֵּר עֲלֵיכֶם״. ״לַעֲשׂוֹת״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה פָּרָה, ״לְכַפֵּר״ — אֵלּוּ מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים.

Et si tu dis : aux milouim [c'était avec du] sang, ici avec de l'eau — tu as [déjà répondu] : l'eau est entrée à la place du sang. Et [le verset] dit : 'comme il a fait ce jour-ci, l'Éternel a ordonné de faire, pour expier sur vous' (Lev 8:34). 'De faire' (la'assot) — ce sont les actes de la vache [rousse] ; 'pour expier' (lekhapper) — ce sont les actes de Yom Kippour.

📜 Rachi (1)
אָמַרְתָּ אֱמֹור מֵעַתָּה:
Tu as [répondu] — dis désormais [c'est-à-dire : conclus-en].
💡 Explication

La baraita anticipe l'objection sang/eau (déjà résolue par 'l'eau a pris la place du sang') puis apporte un second appui scripturaire : le verset des milouim (Lev 8:34) contient deux termes surnuméraires, la'assot (rapporté à la vache rousse) et lekhapper (rapporté à Yom Kippour), reliant ainsi les deux services aux milouim.

8
וְהַאי ״בָּזֹאת״ מִיבְּעֵי לֵיהּ לְגוּפֵיהּ, בְּפַר בֶּן בָּקָר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעֹולָה! אָמְרִי: אִי לְקָרְבָּן לְחוּדֵיהּ, לֵימָא קְרָא ״בָּזֶה״ אוֹ ״בְּאֵלֶּה״, מַאי ״בָּזֹאת״ — שָׁמְעַת מִינָּהּ תַּרְתֵּי.

Or ce [mot] 'be-zot', on en a besoin pour lui-même [pour son sens propre] : [Aaron entre] avec un taureau, fils de bovin, en hatat, et un bélier en olah (holocauste) ! [Les Sages] disent : si [le mot venait] pour l'offrande seule, que le verset dise 'be-zeh' (avec celui-ci, masc.) ou 'be-elle' (avec ceux-ci) ; que [signifie] 'be-zot' (féminin) ?

Apprends-en deux [choses].

📜 Rachi (2)
מַאי בָּזֹאת לְשׁוֹן נְקֵבָה פָּר וְאַיִל דִּכְתִיבִי בָּתְרֵיהּ לָאו נְקֵיבוֹת הֵן:
Que [signifie] 'be-zot' — [c'est] une forme féminine ; or le taureau et le bélier écrits après [lui] ne sont pas féminins.
שְׁמַע מִינָּה בְּעִנְיַן מִלּוּאִים וּפְרִישָׁה לְשׁוֹן נְקֵבָה:
Apprends-en — [que le féminin renvoie] à la matière des milouim et de l'isolement (mots féminins), [d'où deux enseignements].
💡 Explication

Objection : le mot be-zot est déjà nécessaire à son sens littéral (les offrandes qu'Aaron apporte). Réponse fondée sur la grammaire : le taureau et le bélier étant masculins, le verset aurait dû dire 'be-zeh' (masc. sing.) ou 'be-elle' (pluriel). Le féminin be-zot étant anormal, il enseigne une seconde chose — l'isolement (mots féminins 'parasha'/'torah') — en plus de l'offrande. Chema mina tarti : deux enseignements dans un seul mot.

🖼️ Schéma
La darcha de 'BEZOT' (Lev 16:3) : un mot, deux enseignements 'Be-ZOT yavo Aharon el ha-kodech' : le féminin 'zot' est de trop -> chema mina tarti be-ZOT (féminin) 1. Le sens propre (le-goufeh) Aaron entre avec un taureau (par) en hatat et un bélier (ayil) en olah -> mais alors on dirait 'be-ZEH' ou 'be-ELLE' 2. Le surplus (féminin) 'zot' renvoie à la TORAH / PARACHA énoncée ailleurs = les milouim -> l'isolement (perisha) de 7 jours Pourquoi 'zot' et non 'zeh' / 'elle' ? Le taureau et le bélier cités ensuite sont masculins : 'zeh' (m. sing.) ou 'elle' (pluriel) suffiraient. Le féminin 'zot' vise donc autre chose : la 'parasha' / la 'torah' des milouim (mots féminins). Un seul mot porte donc les deux : l'offrande du jour ET l'isolement préalable.
Le double enseignement de 'bezot' : le féminin superflu ajoute l'isolement à l'offrande.
9
מַאי ״וְאוֹמֵר״? וְכִי תֵּימָא: יוֹם הַכִּפּוּרִים קַמָּא הוּא דְּבָעֵי פְּרִישָׁה, כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּמִלּוּאִים אֲבָל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים דְּעָלְמָא לָא. אִי נָמֵי: כֹּהֵן גָּדוֹל קַמָּא הוּא דְּבָעֵי פְּרִישָׁה, אֲבָל כֹּהֵן גָּדוֹל בְּעָלְמָא לָא, תָּא שְׁמַע: ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה וְכוּ׳״.

Que [signifie] 'et [le verset] dit' [ce second verset apporte] ? Et si tu disais : c'est le premier Yom Kippour qui exige l'isolement, comme nous le trouvons aux milouim, mais un Yom Kippour ordinaire, non [il n'exigerait pas d'isolement] ; ou bien : c'est le premier Cohen gadol [Aaron] qui exige l'isolement, mais un Cohen gadol ordinaire, non — [alors] viens et entends : 'comme il a fait etc.' [qui étend la règle à toutes les générations].

📜 Rachi (1)
כֹּהֵן גָּדוֹל קַמָּא אַהֲרֹן לְבַדּוֹ כָּל יָמָיו אֲבָל דּוֹרוֹת הַבָּאִים לֹא תִּנְהֹוג שֶׁלֹּא נֶאֱמַר אֶלָּא אַהֲרֹן:
Le premier Cohen gadol — Aaron seul, tous ses jours ; mais les générations suivantes ne le pratiqueraient pas, puisque seul Aaron a été mentionné.
💡 Explication

Pourquoi la baraita ajoute-t-elle un second verset ('ve-omer') ? Pour écarter deux restrictions possibles : que l'isolement ne vaille que pour le premier Yom Kippour, ou que pour le premier Cohen gadol (Aaron). Le verset 'comme il a fait ce jour... l'Éternel a ordonné de faire' étend l'obligation à toutes les générations et à tout Cohen gadol.

10
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ: מֹשֶׁה עָלָה בֶּעָנָן, וְנִתְכַּסָּה בֶּעָנָן, וְנִתְקַדֵּשׁ בֶּעָנָן, כְּדֵי לְקַבֵּל תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל בִּקְדֻושָּׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּשְׁכֹּון כְּבוֹד ה׳ עַל הַר סִינַי״ — זֶה הָיָה מַעֲשֶׂה אַחַר עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת, שֶׁהָיוּ תְּחִלָּה לְאַרְבָּעִים יוֹם, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי.

Une baraita a été enseignée comme Rech Lakich : Moche monta dans la nuée, fut couvert par la nuée et fut sanctifié par la nuée, afin de recevoir la Torah pour Israël en sainteté, ainsi qu'il est dit : 'et la gloire de l'Éternel demeura sur le mont Sinaï [et la nuée le couvrit six jours]' (Ex 24:16) — cela fut un événement postérieur aux Dix Paroles (les Dix Commandements), [ces six jours] étant au commencement des quarante jours ; [tels sont] les mots de Rabbi Yossi HaGelili.

📜 Rachi (1)
זֶה מַעֲשֶׂה כו' כְּלוֹמַר אִי אַתָּה יָכוֹל לוֹמַר וַיְכַסֵּהוּ לָהָר וְלֹא לְמֹשֶׁה וְאֵלּוּ שִׁשָּׁה יָמִים הֵן שֶׁהָיוּ מֵרֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁבָּאוּ לְסִינַי עַד יוֹם מַתַּן תּוֹרָה וְאֵין כָּאן פְּרִישָׁה כְּלָל לְמֹשֶׁה שֶׁהֲרֵי אוֹתָן שִׁשָּׁה יָמִים עָלָה וְיָרַד בְּהַשְׁכָּמָה לְהַזְהִירָן עַל פְּרִישָׁתָן מִן הָאִשָּׁה וּמִצְוַת הַגְבָּלָה זֹאת לֹא תֹּאמַר לְפִי שֶׁזֶּה מַעֲשֶׂה הָיָה אַחַר עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת בִּתְחִילַּת אַרְבָּעִים יוֹם שֶׁנִּכְנַס לְמַחֲנֵה שְׁכִינָה לִהְיוֹת שָׁם עַם ה' לְקַבֵּל הַלּוּחוֹת וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ מֵהֵיכָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּאַחַר עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת הָיָה שִׁשָּׁה יָמִים הַלָּלוּ:
Cet événement etc. — c'est-à-dire : tu ne peux pas dire que 'et [la nuée] le couvrit' se rapporte au mont et non à Moche. Et ces six jours seraient [alors] les six jours qui allèrent de Roch Hodech, lorsqu'ils vinrent au Sinaï, jusqu'au jour du don de la Torah — et il n'y aurait là aucun isolement pour Moche, car durant ces six jours il montait et descendait au petit matin pour les avertir de se séparer des femmes et de la mitsva de hagbala (délimitation du mont). Cela, on ne peut le dire, parce que cet événement fut postérieur aux Dix Paroles, au début des quarante jours où [Moche] entra dans le camp de la Chekhina pour y être avec l'Éternel et recevoir les Tables. Et plus loin [la guemara] explique d'où il lui est évident que [ce fut] après les Dix Paroles [que se situent] ces six jours.
🗂️ Tossefot (1)
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי ס"ל כְּוָותֵיהּ תֵּימַהּ לִי וּכְרַבִּי יוֹחָנָן נָמֵי מִי לָא תַּנְיָא הָא ר"ע ס"ל כַּר' יוֹחָנָן דְּלָא יָלֵיף מִסִּינַי וי"ל כְּבָר אַיְּיתִי לְעֵיל תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן דַּעֲדִיפָא מִינָּהּ דְּמַתְנִיתִין סְתָמָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן וַהֲדַר קָאָמַר תַּנְיָא נָמֵי כְּוָותֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּאִיכָּא תַּנָּא דְּסָבַר כְּוָותֵיהּ אֲבָל תֵּימַהּ לִי מַאי קָא מַייְתֵי מֵהָא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ דִּילְמָא רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר לָךְ אֲנָא דְּאָמַר אֲפִילּוּ כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּעַד כָּאן לָא קָאָמַר ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אֶלָּא בְּסִינַי הָכִי הֲוָה אֲבָל לְדוֹרוֹת לָא גָּמְרִינַן מִינָּהּ לוֹמַר דְּתִסְגֵּי בִּפְרִישַׁת שִׁשָּׁה יָמִים כְּמוֹ בְּסִינַי כִּדְאָמַר רשב"ל אֶלָּא צָרִיךְ פְּרִישָׁה שִׁבְעָה יָמִים כְּמוֹ בַּמִּלּוּאִים וְי"ל כֵּיוָן דְּאַשְׁכְּחַן ר' אֶלְעָזָר דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה [מֹשֶׁה] וְכָל יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִים וְכוּ' וְהַיְינוּ כר"ע אַלְמָא כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּרֵישׁ לֵיהּ לִקְרָאֵי מִסְּתָמָא מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן רַבֵּיהּ אֲמָרָהּ וְאַף עַל גַּב דְּלָא אַמְרַהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַשְׁכְּחַן נָמֵי בס"פ הָאִשָּׁה רַבָּה (יְבָמוֹת דַּף צו:) כִּי הַאי גַוְונָא אֲזַל רַבִּי אֶלְעָזָר אֲמַר לִשְׁמַעְתֵּיהּ וְלָא אַמְרַהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אֶיקְפֹּד ר' יוֹחָנָן וְכוּ' עַד אַף ר"א תַּלְמִידְךָ יוֹשֵׁב וְדוֹרֵשׁ וְהַכֹּל יוֹדְעִים שֶׁתּוֹרָתְךָ הִיא אִם כֵּן רַבִּי יוֹחָנָן דָּרֵישׁ לְהוּ לִקְרָאֵי כר"ע:
Une baraita a été enseignée comme Rech Lakich — car Rabbi Yossi HaGelili tient comme lui. Cela m'est difficile : n'y a-t-il pas aussi une baraita comme Rabbi Yo'hanan ? Voici que Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yo'hanan, qui ne déduit pas du Sinaï ! Et l'on peut répondre : [la guemara] a déjà apporté plus haut 'une baraita comme Rabbi Yo'hanan', qui est plus forte, puisque la michna anonyme (setama) est comme Rabbi Yo'hanan ; puis elle ajoute 'il y a aussi une baraita comme Rech Lakich', c'est-à-dire qu'il existe un tana qui tient comme lui. Mais cela m'est [encore] difficile : que prouve-t-elle de cette baraita comme Rech Lakich ? Peut-être Rabbi Yo'hanan te dirait-il : moi je tiens même comme Rabbi Yossi HaGelili, car celui-ci n'a dit [six jours] qu'au Sinaï, mais pour les générations nous n'en déduisons pas qu'un isolement de six jours suffise comme au Sinaï — ainsi que le dit Rech Lakich — mais il faut au contraire un isolement de sept jours comme aux milouim. Et l'on peut répondre : puisque nous trouvons Rabbi Elazar qui dit ci-après 'va-yikra el Moche, [Moche] et tout Israël se tenant [là] etc.' — ce qui est comme Rabbi Akiva — il apparaît qu'il expose les versets comme Rabbi Akiva ; or il l'a vraisemblablement dit au nom de Rabbi Yo'hanan son maître. Et bien qu'il ne l'ait pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan, nous trouvons de même à la fin du chapitre Ha-icha Rabba (Yevamot 96b) un cas semblable : Rabbi Elazar alla énoncer son enseignement sans le dire au nom de Rabbi Yo'hanan, [et] Rabbi Yo'hanan se fâcha etc., jusqu'à 'même Rabbi Elazar ton disciple est assis et enseigne, et tous savent que la Torah est la tienne' — s'il en est ainsi, Rabbi Yo'hanan expose lui aussi les versets comme Rabbi Akiva.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מֹשֶׁה עָלָה בֶּעָנָן וְנִתְכַּסָּה בֶּעָנָן וְנִתְקַדֵּשׁ בֶּעָנָן. נִרְאֶה לִי בס"ד שְׁלֹשָׁה אֵלּוּ רְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת עָנָן שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ע לָהּ נ תְּכַסֶּה נ תִּקְדַּשׁ. וְיָדוּעַ כָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה יֵשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה הַדְרָגוֹת וְהֵם רֹאשׁ וְתוֹךְ וְסוֹף וְלָכֵן בֶּעָנָן זֶה עַצְמוֹ נַעֲשׂוּ לוֹ שְׁלֹשָׁה פְּעֻולּוֹת טוֹבוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם 'עָלָה נִתְכַּסָּה נִתְקַדֵּשׁ' וְהֻוצְרַךְ לִשְׁלֹשָׁה הַנִּזְכָּר כְּנֶגֶד נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] שֶׁבּוֹ גַּם הוּא כְּנֶגֶד בי"ע [בְּרִיאָה,יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] כִּי הַתּוֹרָה קִבְּלָה מִבְּרִיאָה וְזֶהוּ עָלָה בַּעֲשִׂיָּה וְנִתְכַּסָּה בִּיצִירָה וְנִתְקַדֵּשׁ בִּבְרִיאָה. וְנִרְאֶה לִי זָכָה לֶעָנָן הַקָּדוֹשׁ הַזֶּה בִּזְכוּת הָעֲנָוָה שֶׁלּוֹ דִּכְתִיב בֵּיהּ (בַּמִּדְבָּר יב, ג) 'וְהָאִישׁ מֹשֶׁה עָנָו מְאֹד מִכָּל הָאָדָם' וּכְתִיב עָנוּ בְּלֹא יוֹ"ד וְאִם תַּאֲרִיךְ אוֹת וָא"ו שֶׁל עָנוּ יִהְיֶה אוֹתִיּוֹת עָנָן .
Moche monta dans la nuée, fut couvert par la nuée, fut sanctifié par la nuée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces trois [actions] sont évoquées par les lettres du mot 'anan' (nuée), qui est l'acronyme de : Ayin = Alah (il monta), Noun = Nitkassa (il fut couvert), Noun = Nitkadech (il fut sanctifié). Et il est connu que toute chose relevant de la sainteté comporte trois divisions, qui sont trois degrés : le commencement (roch), le milieu (tokh) et la fin (sof) ; c'est pourquoi, dans cette même nuée, furent accomplies pour lui ces trois bonnes actions : 'alah, nitkassa, nitkadech'. Il eut besoin de ces trois-là en correspondance avec le NaRaN [nefech (âme vitale), roua'h (esprit), nechama (âme supérieure)] qui est en lui ; et aussi en correspondance avec BiYA [Beria (création), Yetsira (formation), Assiya (action)] — car la Torah relève de la kabbala depuis le monde de Beria : 'alah' dans Assiya, 'nitkassa' dans Yetsira, 'nitkadech' dans Beria. Et il me semble qu'il mérita cette nuée sainte par le mérite de son humilité (anava), comme il est écrit à son sujet (Nb 12:3) 'et l'homme Moche était très humble (anav), plus que tout homme' ; or 'anav' est écrit sans youd, et si tu prolonges le vav de 'anav' tu obtiens les lettres de 'anan' (nuée).
💡 Explication

La baraita à l'appui de Rech Lakich : au Sinaï, Moche s'isola dans la nuée six jours avant d'être admis à recevoir la Torah — modèle d'un isolement préalable au service divin. Selon Rabbi Yossi HaGelili, ces six jours se situent après les Dix Paroles, au début des quarante jours de Moche sur le mont : c'est bien une perisha personnelle de Moche.

🖼️ Schéma
Les six jours de Moche : quand la nuée couvrit-elle le Sinaï ? Même verset (Ex 24:16), deux lectures des 'six jours' -> deux places dans le calendrier Roch Hodech Sivan Don de la Torah (7e jour) 40 jours sur le mont Rabbi Akiva Les 6 jours = de Roch Hodech jusqu'au don de la Torah (AVANT) Rabbi Yossi HaGelili Les 6 jours = APRÈS les Dix Paroles, début des 40 jours (perisha de Moche) L'appui pour Rech Lakich Selon R. Yossi HaGelili, Moche s'isole 6 jours dans la nuée avant d'être admis devant Dieu : c'est le modèle d'un isolement préalable au service, tiré du Sinaï et non des milouim.
Les six jours de Moche selon R. Yossi HaGelili (après les Dix Paroles) : la source 'Sinaï' de Rech Lakich.
11
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״וַיִּשְׁכֹּון כְּבוֹד ה׳״ — מֵרֹאשׁ חֹודֶשׁ.

Rabbi Akiva dit : 'et la gloire de l'Éternel demeura [sur le mont Sinaï]' — [c'était] depuis Roch Hodech.

📜 Rachi (1)
ר"ע אוֹמֵר קֹודֶם עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת הָיָה וְשִׁשָּׁה יָמִים הַלָּלוּ הֵם שִׁשָּׁה יָמִים שֶׁמֵּרֹאשׁ חֹדֶשׁ עַד יוֹם מַתַּן תּוֹרָה וּבַשְּׁבִיעִי קִבְּלוּם וּמֹשֶׁה וְכָל יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִים לְקַבֵּל עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת כִּדְאָמְרִינַן (מַכּוֹת דַּף כד.) אָנֹכִי וְלֹא יִהְיֶה לְךָ מִפִּי הַגְּבוּרָה שְׁמַעְנוּם וְאַחַר כָּךְ עָלָה כְּדֵי לְקַבֵּל אֶת הַלּוּחוֹת וְלֹא הָיָה שָׁם פְּרִישָׁה כְּלָל:
Rabbi Akiva dit — [cela] fut avant les Dix Paroles, et ces six jours sont les six jours qui vont de Roch Hodech jusqu'au jour du don de la Torah ; le septième, [Israël] les reçut, et Moche et tout Israël se tenaient [là] pour recevoir les Dix Paroles, comme nous disons (Makkot 24a) : 'Anokhi' (Je suis) et 'Lo yihye lekha' (Tu n'auras pas), nous les avons entendus de la bouche de la Toute-Puissance ; et ensuite [Moche] monta pour recevoir les Tables — et il n'y eut là aucun isolement.
💡 Explication

Rabbi Akiva place les six jours avant les Dix Paroles : ils vont de Roch Hodech (Sivan) jusqu'au don de la Torah, le septième jour. Il n'y a donc, selon lui, aucun isolement de Moche à cet endroit — ce qui, note Rachi, revient à lire les versets comme Rabbi Yo'hanan (qui ne déduit pas l'isolement du Sinaï).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).