Yoma 4b — l'appel de Moche dans la nuée : épurer, impressionner ou honorer ; et le calendrier du don de la Torah

Yoma 4b

Sougya : Ce daf achève l'exégèse des versets du Sinaï (Ex 24) ouverte en 4a, puis retourne à la sougya de l'isolement. Trois Tanaim expliquent pourquoi Moche fut appelé dans la nuée : Rabbi Natan y voit une épuration de son corps pour le rendre semblable aux anges, Rabbi Matya ben Charach une mise en crainte pour que la Torah soit reçue avec tremblement, Rabbi Elazar (et Rabbi Akiva) un simple honneur rendu à Moche.

La guemara ancre le débat 4a (Moche s'isola-t-il six jours ?) dans une controverse de calendrier — la Torah fut-elle donnée le 6 ou le 7 Sivan ? — et montre comment les deux lectures retombent sur la tradition des Tables brisées le 17 Tammuz. Elle résout ensuite une contradiction sur l'entrée de Moche dans la nuée (Dieu l'y saisit ; ou : un sentier y fut ménagé, par analogie avec la traversée de la mer), tire de Lev 1:1 deux règles de conduite (appeler avant de parler ; ne pas répéter une confidence sans autorisation), puis revient à la mahloket Rabbi Yo'hanan / Rabbi Hanina sur ce qui est indispensable (me'akev) dans les milouim.

La Torah : 6 ou 7 Sivan ? Et le compte jusqu'au 17 Tammuz Deux lectures des '6 jours' d'Ex 24:16, un seul point d'arrivée : les Tables brisées le 17 Tammuz R. Akiva (comme R. Yossi) : Torah donnée le 7 Sivan Les '6 jours' vont de Roch Hodech au don : PAS d'isolement de Moche. Il monte le 7. 24 j. de Sivan (7 -> 30) + 16 j. de Tammuz (1 -> 16) = 40 jours sur le mont Le 17 Tammuz il descend et brise les Tables. 17 Tammuz OK R. Yossi HaGelili (comme T"K) : Torah donnée le 6 Sivan Les '6 jours' sont un isolement de Moche APRÈS les Dix Paroles, avant de recevoir le reste. 6 j. d'isolement + 40 j. sur le mont => 23 Tammuz ?! Réponse : les 40 jours du mont INCLUENT les 6 jours d'isolement. Le compte retombe alors sur le 17 Tammuz, conforme à la tradition. La difficulté tombe.
Le coeur arithmétique du daf : 6 ou 7 Sivan, et comment les deux lectures retombent sur le 17 Tammuz (Tables brisées).
Pourquoi 'et Il appela Moche' (Ex 24:16) ? Trois lectures Un même appel dans la nuée, trois raisons d'être selon les Tanaim Rabbi Natan Rabbi Matya ben Charach R. Elazar / R. Akiva Épurer (mireq) La nourriture et la boisson de ses entrailles sont consumées en 6 jours. Il devient comme les anges du service : ni faim ni soif. isolement propre à Moche, non transposable à autrui Impressionner (leayem) Le mettre dans la crainte pour que la Torah soit donnée dans l'aura : crainte, frémissement, tremblement, sueur. Ps 2:11 servez dans la crainte, réjouissez-vous en tremblant Honorer (haloq kavod) L'appel ne vise qu'à accorder un honneur à Moche devant tout Israël qui se tenait là. Pas d'isolement déduit du Sinaï ici. appuie R. Elazar (seg. 6) ; halakha comme R. Akiva
Les trois raisons de l'appel de Moche dans la nuée : épurer (R. Natan), impressionner (R. Matya), honorer (R. Elazar / R. Akiva).
Retour à la sougya : les milouim (investiture) sont-ils 'me'akev' ? La concession de R. Yo'hanan à Rech Lakich révèle que tous deux tiennent : tout ce qui est écrit est indispensable Rabbi Yo'hanan Rabbi Hanina Tout ce qui est ÉCRIT dans les milouim y est indispensable (me'akev). même un détail sans portée pour les générations futures invalide s'il manque Seul ce qui est me'akev POUR LES GENERATIONS l'est aussi aux milouim. un détail propre aux milouim, sans portée pour l'avenir, n'invalide pas Tisstayem : c'est R. Yo'hanan qui dit 'tout ce qui est écrit est me'akev' car à la question de Rech Lakich (si Yom Kippour = milouim) il n'a rien répondu : il a concédé. Reste la question du daf : mai beinaihu ? Quelle est la nafka mina entre les deux positions ?
Le retour à la sougya des milouim : R. Yohanan vs R. Hanina sur ce qui est indispensable (me'akev).
1
״וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן״, לָהָר. ״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה״ — [מֹשֶׁה] וְכָל יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִין, וְלֹא בָּא הַכָּתוּב אֶלָּא לַחְלֹק כָּבוֹד לְמֹשֶׁה. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: לֹא בָּא הַכָּתוּב אֶלָּא לְמָרֵק אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה שֶׁבְּמֵעָיו, לְשׁוּמוֹ כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת.

'Et la nuée le couvrit' [se rapporte] au mont [et non à Moche]. 'Et Il appela Moche' — [alors que] Moche et tout Israël se tenaient [là] : le verset n'est venu que pour accorder un honneur à Moche. Rabbi Natan dit : le verset n'est venu que pour épurer la nourriture et la boisson qui étaient dans ses entrailles, afin de le rendre semblable aux anges du service.

📜 Rachi (3)
וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן לָהָר וְלֹא לְמֹשֶׁה שֶׁהֲרֵי כָּל אוֹתָן שֵׁשֶׁת יָמִים עָלָה וְיָרַד בְּהַשְׁכָּמָה לוֹמַר לָהֶם אַתֶּם רְאִיתֶם אֲשֶׁר עָשִׂיתִי לְמִצְרָיִם (שְׁמוֹת י״ט:ח׳) וַיָּשֶׁב מֹשֶׁה אֶת דִּבְרֵי הָעָם אֶל ה' וּלְמָחָר נֶאֱמַר לוֹ לֵךְ אֶל הָעָם וְקִדַּשְׁתָּם וּלְמָחָר לֵךְ רֵד הָעֵד בָּעָם:
'Et la nuée le couvrit' [se rapporte] au mont — et non à Moche, car durant tous ces six jours [Moche] montait et descendait dès le petit matin pour dire [au peuple] : 'vous avez vu ce que j'ai fait à l'Égypte' (Ex 19:4), 'et Moche rapporta les paroles du peuple à l'Éternel' (Ex 19:8) ; le lendemain il lui fut dit 'va vers le peuple et sanctifie-les', et le lendemain 'descends, avertis le peuple' — [il n'y eut donc pas d'isolement de Moche ces jours-là].
וְלֹא בָּא הַכָּתוּב לוֹמַר וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה לְבַדּוֹ אֶלָּא לַחֲלֹק לוֹ כָּבוֹד:
'Le verset n'est venu' dire 'et Il appela Moche' seul que pour lui accorder un honneur.
לְמָרֵק אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה ר' נָתָן סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דִּפְרִישָׁה לְמֹשֶׁה הֲוַאי אַךְ לֹא לִלְמֹוד מִכָּאן לִשְׁאָר הַנִּכְנָסִין לְמַחֲנֵה שְׁכִינָה פְּרִישָׁה שֶׁלֹּא הָיְתָה פְּרִישָׁה זוֹ אֶלָּא שֶׁבְּשִׁשָּׁה יָמִים הַלָּלוּ נִתְמָרְקָה אֲכִילָה שֶׁבַּמֵּעַיִים לִהְיוֹת כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אֲבָל בְּעָלְמָא לָא בָּעֵינַן מֵירוּק:
'Pour épurer la nourriture et la boisson' — Rabbi Natan tient comme Rabbi Yossi HaGelili : il y eut bien un isolement (perisha) pour Moche ; mais on n'en apprend pas un isolement pour les autres qui entrent dans le camp de la Chekhina, car cet isolement-ci n'était rien d'autre que ceci : en ces six jours, la nourriture des entrailles fut épurée, pour qu'il devienne comme les anges du service ; mais en général on n'exige pas d'épurement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: לֹא בָּא הַכָּתוּב אֶלָּא לְמָרֵק אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה שֶׁבְּמֵעָיו, כְּדֵי לְשׁוּמוֹ כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'קָאֵי עַל פְּרִישָׁה זוֹ שֶׁל שֵׁשֶׁת יָמִים' וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָאֵי רַבִּי נָתָן עַל פָּסוּק (שְׁמוֹת כֹּד, טז) 'וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה' שֶׁפֵּירֵשׁ רַבִּי עֲקִיבָא שֶׁבָּא לַחֲלֹק כָּבוֹד לְמֹשֶׁה אַךְ רַבִּי נָתָן אָמַר שֶׁהֻוצְרְכָה קְרִיאָה זוֹ שֶׁקְּרָאוֹ כְּדֵי לְמָרֵק אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה שֶׁבְּמֵעָיו כִּי מִכֹּחַ דִּיבּוּרוֹ שֶׁל הקב"ה בָּא בְּקִרְבּוֹ כֹּחַ רוּחָנִי שֶׁנִּכְנַס לְתוֹךְ גּוּפוֹ וּמֵירֵק הָאֲכִילָה שֶׁבְּמֵעָיו כְּדֶרֶךְ הָאֵשׁ הַיּוֹרֶדֶת מִלְמַעְלָה וְאוֹכֶלֶת הַקָּרְבָּנוֹת וְכַאֲשֶׁר הָיָה בָּאֵשׁ שֶׁיָּרְדָה בִּתְפִילַּת אֵלִיָּהוּ הַנָּבִיא זָכוּר לַטּוֹב, וּבָזֶה הַמֵּירוּק נִזְדַּכֵּךְ וְנַעֲשֶׂה כְּמוֹ מַלְאָךְ שֶׁמִּתְקַייֵּם בְּלֹא אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה לָכֵן תִּמְצָא תּוֹךְ אוֹתִיּוֹת 'מֹשֶׁה' בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה מִ" ם ש י " ן הַ" א מִסְפַּר מַלְאָכִי [101]. וּמַה שֶׁאָמַר 'כְּדֵי לְאַיֵּם עָלָיו כְּדֵי שֶׁתְּהֵא תּוֹרָה נְתוּנָה בְּאֵימָה בְּיִרְאָה בְּרָעַד בִּרְתֵת וּבְזִיעַ' נָקֵיט חֲמִשָּׁה כְּנֶגֶד חֲמִשָּׁה תִּיקּוּנִים שֶׁצְּרִיכִים לִהְיוֹת שְׁלֵמִים בְּכָל מִצְוָה וּבְכָל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה שֶׁהֵם מַעֲשֶׂה וְדִיבּוּר כַּוָּנָה וּמַחְשָׁבָה וּרְעוּתָא דְּלִיבָּא שֶׁהֵם כְּנֶגֶד נרנח"י [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה, חַיָּה, יְחִידָה] והקב"ה עָשָׂה לוֹ הֲכָנָה בַּחֲמִשָּׁה אֵלֶּה עַל יְדֵי קְרִיאָתוֹ שֶׁקָּרָא אוֹתוֹ וְאַף עַל גַּב דְּבַכָּתוּב לֹא נִזְכַּר אֶלָּא (תְּהִלִּים ב, יא) 'יִרְאָה וּרְעָדָה' הִנֵּה הָאִימָּה נִכְלְלָה בְּיִרְאָה דְּעִנְיָן אֶחָד הֵם וּרְתֵת וָזִיעַ נִכְלְלוּ 'בִּרְעָדָה' דְּעִנְיָן אֶחָד הֵם וּקְרוֹבִים זֶה לָזֶה.
Rabbi Natan dit : le verset n'est venu que pour épurer la nourriture et la boisson de ses entrailles, afin de le rendre semblable aux anges du service. Rachi explique que [cela] porte sur cet isolement des six jours. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Natan se rapporte au verset (Ex 24:16) 'et Il appela Moche', que Rabbi Akiva explique comme venant accorder un honneur à Moche ; mais Rabbi Natan dit que cet appel fut nécessaire pour épurer la nourriture et la boisson de ses entrailles : car par la force de la parole du Saint béni soit-Il une force spirituelle vint en lui, entra dans son corps et épura la nourriture de ses entrailles — à la manière du feu qui descend d'en haut et consume les offrandes, comme le feu qui descendit à la prière du prophète Élie de mémoire bénie. Par cet épurement il fut affiné et devint comme un ange qui subsiste sans manger ni boire ; c'est pourquoi tu trouves que les lettres de 'Moche' (משה) dans leur graphie pleine (mem-mem, chin-youd-noun, hé-alef) égalent la valeur de 'malakh' (ange) [101]. Et ce qu'on énonce : 'pour l'impressionner, afin que la Torah soit donnée dans la crainte, le tremblement, le frémissement, le frisson et la sueur' — on en prend cinq, correspondant aux cinq rectifications qui doivent être parfaites en chaque mitsva et chaque chose sainte : l'acte, la parole, l'intention (kavana), la pensée (mahshava) et le désir du cœur (reouta de-liba), lesquels correspondent à NaRaNHaY (nefech, roua'h, nechama, haya, ye'hida) ; et le Saint béni soit-Il lui fit une préparation en ces cinq par l'appel qu'Il lui adressa. Et bien que le verset ne mentionne que (Ps 2:11) 'crainte et tremblement', l'impression (eima) est incluse dans la crainte car c'est une même notion, et le frémissement et la sueur sont inclus dans le 'tremblement', car c'est une même notion et ils sont proches l'un de l'autre.
💡 Explication

La guemara achève la lecture d'Ex 24:16 commencée en 4a. Deux écoles s'opposent sur le sens de l'appel de Moche dans la nuée. Selon la première, la nuée couvrit le mont et non Moche, et l'appel ne fait que lui accorder un honneur devant tout Israël.

Rabbi Natan y voit au contraire une épuration (mireq) : durant six jours, la nourriture et la boisson des entrailles de Moche sont consumées, afin qu'il devienne comme les anges du service, qui ne mangent ni ne boivent. Rachi précise que cet isolement est propre à Moche et ne fonde aucune règle d'isolement pour quiconque entre ensuite dans le camp de la Chekhina.

2
רַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ אוֹמֵר: לֹא בָּא הַכָּתוּב אֶלָּא לְאַיֵּים עָלָיו, כְּדֵי שֶׁתְּהֵא תּוֹרָה נִיתֶּנֶת בְּאֵימָה, בִּרְתֵת וּבְזִיעַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עִבְדוּ אֶת ה׳ בְּיִרְאָה וְגִילוּ בִּרְעָדָה״. מַאי ״וְגִילוּ בִּרְעָדָה״? אָמַר רַב אַדָּא בַּר מַתְנָה אָמַר רַב: בִּמְקוֹם גִּילָה שָׁם תְּהֵא רְעָדָה.

Rabbi Matya ben Charach dit : le verset n'est venu que pour l'impressionner (le remplir de crainte), afin que la Torah soit donnée dans la crainte, le frémissement et la sueur, ainsi qu'il est dit (Ps 2:11) : 'Servez l'Éternel avec crainte, et réjouissez-vous avec tremblement'. Que signifie 'réjouissez-vous avec tremblement' ?

Rav Adda bar Matana dit au nom de Rav : au lieu même de la joie, là sera le tremblement.

📜 Rachi (2)
לְאַייֵּם עָלָיו הוּא נָמֵי סָבַר לָהּ כְּר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי דִּפְרִישָׁה לְמֹשֶׁה וּלְהַבְדִּילוֹ מִבְּנֵי אָדָם שֶׁתָּחוּל עָלָיו אֵימָה בִּהְיוֹתוֹ לְבַדּוֹ יָבִין וְיָשִׂים לְבָבוֹ לִיכָּנֵס לְמַחֲנֵה שְׁכִינָה בְּאֵימָה:
'Pour l'impressionner' — lui aussi (R. Matya) tient comme Rabbi Yossi HaGelili : il y eut un isolement pour Moche, [destiné] à le séparer des hommes afin que la crainte s'empare de lui ; étant seul, il comprendra et disposera son cœur à entrer dans le camp de la Chekhina avec crainte.
בִּמְקוֹם גִּילָּה מַתַּן תּוֹרָה שֶׁל לוּחוֹת דִּכְתִיב (תְּהִילִּים י״ט:ט׳) פִּקּוּדֵי ה' יְשָׁרִים מְשַׂמְּחֵי לֵב:
'Au lieu de la joie' — [c'est] le don de la Torah des Tables, dont il est écrit (Ps 19:9) 'les préceptes de l'Éternel sont droits, réjouissant le cœur'.
🗂️ Tossefot (1)
בִּמְקוֹם גִּילָּה כְּדִכְתִיב עֹוז וְחֶדְוָה בִּמְקוֹמוֹ (דִּבְרֵי הַיָּמִים א ט״ז:כ״ז):
'Au lieu de la joie' — comme il est écrit (1 Chr 16:27) 'force et allégresse sont en Son lieu' [joie et crainte habitent le même lieu].
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּמְקוֹם גִּילָה שָׁם תְּהֵא רְעָדָה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'גִּילָּה' קָאֵי עַל הַתּוֹרָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנִּקְרֵאת גִּילָה דְּאָמְרוּ בַּבָּרַייְתָא דְּאָבוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ו, ו) הַתּוֹרָה נִקְנֵית במ"ח מַעֲלוֹת וְלָכֵן נִקְרֵאת גִּילָה [48] מִסְפַּר מ"ח. וְהִנֵּה אִיתָא בִּפְסָחִים (פְּסָחִים קיז.) כִּי הֲוָה רָבָא בָּעֵי לְמִפְתַּח בִּשְׁמַעְתְּתָא אֲמַר בְּרֵישָׁא מִילֵּי דִּבְדִיחוּתָא וּבָדְחִי רַבָּנָן וַהֲדַר יָתְבִי בְּאֵימְתָא וּפָתַח בִּשְׁמַעְתְּתָא עַיֵּין שָׁם. לָזֶה אָמַר בִּמְקוֹם גִּילָה שָׁם תְּהֵא רְעָדָה.
'Au lieu de la joie, là sera le tremblement.' Rachi explique que 'gila' (joie) se rapporte à la Torah. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si [la Torah] est appelée 'gila', c'est parce que la baraita des Avot (Avot 6:6) enseigne que la Torah s'acquiert par 48 qualités (maalot) ; c'est pourquoi elle est appelée 'gila', dont la valeur numérique est 48. Or il est rapporté dans Pessahim (117a) que lorsque Rava voulait ouvrir son enseignement, il disait d'abord un mot d'humour et les Sages se réjouissaient, puis ils s'asseyaient avec crainte et il ouvrait l'enseignement. C'est en ce sens qu'on dit : au lieu de la joie, là sera le tremblement.
💡 Explication

Troisième lecture de l'appel : selon Rabbi Matya ben Charach, il vise à impressionner Moche pour que la Torah soit reçue dans la crainte révérentielle. Le verset des Psaumes joint deux affects apparemment contradictoires — la joie et le tremblement.

Rav résout la tension : loin de s'exclure, ils coïncident. Là où est la joie de la mitsva, là doit être le tremblement de la crainte du Ciel. L'étude et le service authentiques tiennent les deux ensemble.

3
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְרַבִּי עֲקִיבָא? בִּפְלֻוגְתָּא דְּהָנֵי תַּנָּאֵי, דְּתַנְיָא: בְּשִׁשָּׁה בַּחֹודֶשׁ נִיתְּנָה תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה בּוֹ. מַאן דְּאָמַר בְּשִׁשָּׁה: בְּשִׁשָּׁה נִיתְּנָה, וּבְשִׁבְעָה עָלָה (דִּכְתִיב: ״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי״). מַאן דְּאָמַר בְּשִׁבְעָה: בְּשִׁבְעָה נִיתְּנָה, וּבְשִׁבְעָה עָלָה, [דִּכְתִיב: ״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי״].

Sur quoi Rabbi Yossi HaGelili et Rabbi Akiva divergent-ils ? Sur la controverse de ces [autres] Tanaim, car il a été enseigné (baraita) : le 6 du mois [de Sivan] la Torah fut donnée à Israël ; Rabbi Yossi dit : le 7 de ce [mois].

Pour celui qui dit 'le 6' : elle fut donnée le 6, et le 7 [Moche] monta (car il est écrit 'et Il appela Moche le septième jour'). Pour celui qui dit 'le 7' : elle fut donnée le 7, et le 7 il monta (car il est écrit 'et Il appela Moche le septième jour').

📜 Rachi (4)
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי מָה רְאָייָה מְבִיאִין לְדִבְרֵיהֶן:
'Sur quoi divergent-ils' — quelle preuve apportent-ils à l'appui de leurs positions.
נִיתְּנָה תּוֹרָה עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת וּמִקְּרָאֵי יָלְפִי טַעְמַייְהוּ תַּנָּא קַמָּא וְרַבִּי יוֹסֵי בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת פֶּרֶק רַבִּי עֲקִיבָא:
'La Torah fut donnée' — [c'est-à-dire] les Dix Paroles ; le premier Tana et Rabbi Yossi tirent leurs raisons de versets, [exposés] au traité Chabbat, chapitre 'Rabbi Akiva'.
מ"ד בְּשִׁשָּׁה כו' כְּדֵי נָסְבָא הָכָא וּפֵירוּשׁ הָיָה בַּסְּפָרִים כִּי הֵיכִי דְּלָא תִּיקְשֵׁי לָךְ לְקַמָּן הֵיאַךְ שָׁלְמוּ אַרְבָּעִים בי"ז בְּתַמּוּז שֶׁנִּשְׁתַּבְּרוּ הַלּוּחוֹת:
'Celui qui dit le sixième, etc.' — cela est rapporté ici sans nécessité directe (kedi nassba) ; il y avait dans les livres une explication [tendant] à ce que ne te soit pas difficile plus loin la question : comment les quarante jours se sont-ils achevés le 17 Tammuz, jour où les Tables furent brisées.
בְּשִׁבְעָה עָלָה לְקַבֵּל הַלּוּחוֹת וְשָׁהָה מ' יוֹם:
'Le septième il monta' — pour recevoir les Tables, et il demeura quarante jours.
💡 Explication

La guemara enracine le désaccord de 4a (R. Yossi HaGelili : Moche s'isola 6 jours au Sinaï ; R. Akiva : pas d'isolement) dans une controverse de calendrier : quel jour la Torah fut-elle donnée ?

Pour le premier Tana, c'est le 6 Sivan ; l'appel du 'septième jour' est alors postérieur au don. Pour Rabbi Yossi, c'est le 7 Sivan ; l'appel et le don coïncident. Le même verset (Ex 24:16, 'le septième jour') se lit donc de deux façons opposées.

🖼️ Schéma
La Torah : 6 ou 7 Sivan ? Et le compte jusqu'au 17 Tammuz Deux lectures des '6 jours' d'Ex 24:16, un seul point d'arrivée : les Tables brisées le 17 Tammuz R. Akiva (comme R. Yossi) : Torah donnée le 7 Sivan Les '6 jours' vont de Roch Hodech au don : PAS d'isolement de Moche. Il monte le 7. 24 j. de Sivan (7 -> 30) + 16 j. de Tammuz (1 -> 16) = 40 jours sur le mont Le 17 Tammuz il descend et brise les Tables. 17 Tammuz OK R. Yossi HaGelili (comme T"K) : Torah donnée le 6 Sivan Les '6 jours' sont un isolement de Moche APRÈS les Dix Paroles, avant de recevoir le reste. 6 j. d'isolement + 40 j. sur le mont => 23 Tammuz ?! Réponse : les 40 jours du mont INCLUENT les 6 jours d'isolement. Le compte retombe alors sur le 17 Tammuz, conforme à la tradition. La difficulté tombe.
Les deux dates du don de la Torah et leur retombée commune sur le 17 Tammuz.
4
רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי סָבַר לַהּ כְּתַנָּא קַמָּא, דְּאָמַר בְּשִׁשָּׁה בַּחֹודֶשׁ נִיתְּנָה תּוֹרָה, הִלְכָּךְ זֶה הָיָה מַעֲשֶׂה אַחַר עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת. ״וַיִּשְׁכֹּון כְּבוֹד ה׳ עַל הַר סִינַי וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן שֵׁשֶׁת יָמִים״ — לְמֹשֶׁה, ״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי״ — לְקַבּוֹלֵי שְׁאָר תּוֹרָה. דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ ״וַיִּשְׁכֹּון כְּבוֹד ה׳״ מֵרֹאשׁ חֹודֶשׁ, ״וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן לָהָר וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי״ לְקַבּוֹלֵי עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת, הָא קַבִּילוּ לְהוּ מִשִּׁשָּׁה, וְהָא אִסְתַּלַּק עָנָן מִשִּׁשָּׁה!

Rabbi Yossi HaGelili tient comme le premier Tana, qui dit que la Torah fut donnée le 6 du mois ; dès lors, cet événement eut lieu après les Dix Paroles. 'Et la gloire de l'Éternel demeura sur le mont Sinaï et la nuée le couvrit six jours' — [couvrit] Moche ; 'et Il appela Moche le septième jour' — pour recevoir le reste de la Torah. Car s'il te venait à l'esprit que 'la gloire de l'Éternel demeura' [datait] de Roch Hodech, [et que] 'la nuée couvrit le mont, et Il appela Moche le septième jour' [visait] à recevoir les Dix Paroles — mais ils les ont déjà reçues le 6, et la nuée s'est déjà retirée du mont le 6 !

📜 Rachi (1)
ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי סָבַר לַהּ כְּתַנָּא קַמָּא הִלְכָּךְ עַל כָּרְחָךְ שִׁשָּׁה יָמִים וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי עַל כָּרְחָךְ אַחַר עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת הָיוּ וּפֵירֵשׁ מֹשֶׁה שִׁשָּׁה יָמִים וּבַשְּׁבִיעִי נִכְנַס לְקַבֵּל הַלּוּחוֹת:
'Rabbi Yossi HaGelili tient comme le premier Tana' — dès lors, force est que les six jours et le septième jour aient été après les Dix Paroles : Moche s'isola six jours, et le septième il entra pour recevoir les Tables.
💡 Explication

Rabbi Yossi HaGelili, tenant que la Torah fut donnée le 6, doit placer l'épisode de la nuée après les Dix Paroles : les six jours couvrent alors Moche (son isolement), et l'appel du septième jour le convoque pour recevoir le reste de la Torah.

La preuve par l'absurde : si l'on rapportait les six jours à Roch Hodech et l'appel à la réception des Dix Paroles, on tomberait sur une contradiction — les Dix Paroles ont déjà été données le 6, et la nuée s'est déjà retirée ce jour-là.

5
וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, דְּאָמַר: בְּשִׁבְעָה בַּחֹדֶשׁ נִיתְּנָה תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל. בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי עֲקִיבָא, הַייְנוּ דְּמַשְׁכַּחַתְּ לַהּ בְּשִׁבְעָה עָשָׂר בְּתַמּוּז נִשְׁתַּבְּרוּ הַלּוּחוֹת: עֶשְׂרִין וְאַרְבָּעָה דְּסִיוָן, וְשִׁיתְסַר דְּתַמּוּז, מָלוּ לְהוּ אַרְבְּעִין יוֹמִין דַּהֲוָה בָּהָר, וּבְשִׁבְסַר בְּתַמּוּז נְחֵית וַאֲתָא וְתַבְרִינְהוּ לְלוּחוֹת.

Et Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yossi, qui dit : le 7 du mois la Torah fut donnée à Israël. Soit, selon Rabbi Akiva : c'est ainsi que l'on retrouve que le 17 Tammuz les Tables furent brisées — vingt-quatre [jours] de Sivan et seize de Tammuz complètent les quarante jours qu'il fut sur le mont ; le 17 Tammuz il descendit, vint et brisa les Tables.

📜 Rachi (2)
ור"ע סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי הִלְכָּךְ שְׁבִיעִי זֶה ז' לַחֹודֶשׁ הָיָה:
'Et Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yossi' — dès lors, ce 'septième' était le 7 du mois [de Sivan].
בִּשְׁלָמָא לר"ע דְּאָמַר לָא הָוֵי פְּרִישָׁה הָתָם מ' יוֹם הוּא וְלֹא יוֹתֵר וְשָׁלְמוּ בי"ז בְּתַמּוּז כ"ד בְּסִיוָן שֶׁהֲרֵי ו' יָמִים עָבְרוּ מִמֶּנּוּ וּבַשְּׁבִיעִי עָלָה וְכַמָּה שֶׁנִּכְנַס בְּתוֹךְ הַשְּׁבִיעִי כְּשֶׁעָלָה נִתְעַכֵּב לֵירֵד בְּתוֹךְ י"ז בְּתַמּוּז שֶׁהוּא מ' שְׁלֵימִין:
'Soit, pour Rabbi Akiva' — qui dit qu'il n'y eut pas d'isolement là : ce sont quarante jours et pas davantage, et ils s'achevèrent le 17 Tammuz. [En effet] 24 jours de Sivan — car six jours en étaient déjà passés et c'est le septième qu'il monta — et autant qu'il était entré dans ce septième jour en montant, autant il tarda à descendre jusque dans le 17 Tammuz, qui complète les quarante [jours].
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר לַהּ כְּר' יוֹסֵי בְּלָאו הָכִי צָרִיךְ לִסְבֹּור כְּר' יוֹסֵי כֵּיוָן דס"ל בְּשַׁבָּת פֶּרֶק אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פו.) חָמֵשׁ עוֹנוֹת וּמוּכָח הָתָם דְּעַל כָּרְחֲךָ סָבַר כְּר' יוֹסֵי:
'Et Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yossi' — de toute façon il doit tenir comme Rabbi Yossi, puisqu'il soutient dans Chabbat, chapitre 'Amar Rabbi Akiva' (86a), [qu'il y eut] cinq 'onot' (périodes de séparation), et l'on y prouve que nécessairement il tient comme Rabbi Yossi.
💡 Explication

Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yossi (don le 7 Sivan), et son compte tombe juste sur la tradition des Tables brisées le 17 Tammuz : il monte le 7 Sivan, restent 24 jours de Sivan (du 7 au 30) plus 16 jours de Tammuz — total 40 jours — et il descend le 17 Tammuz.

🖼️ Schéma
La Torah : 6 ou 7 Sivan ? Et le compte jusqu'au 17 Tammuz Deux lectures des '6 jours' d'Ex 24:16, un seul point d'arrivée : les Tables brisées le 17 Tammuz R. Akiva (comme R. Yossi) : Torah donnée le 7 Sivan Les '6 jours' vont de Roch Hodech au don : PAS d'isolement de Moche. Il monte le 7. 24 j. de Sivan (7 -> 30) + 16 j. de Tammuz (1 -> 16) = 40 jours sur le mont Le 17 Tammuz il descend et brise les Tables. 17 Tammuz OK R. Yossi HaGelili (comme T"K) : Torah donnée le 6 Sivan Les '6 jours' sont un isolement de Moche APRÈS les Dix Paroles, avant de recevoir le reste. 6 j. d'isolement + 40 j. sur le mont => 23 Tammuz ?! Réponse : les 40 jours du mont INCLUENT les 6 jours d'isolement. Le compte retombe alors sur le 17 Tammuz, conforme à la tradition. La difficulté tombe.
Le compte de R. Akiva : 24 (Sivan) + 16 (Tammuz) = 40 jours, descente le 17 Tammuz.
6
אֶלָּא לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, דְּאָמַר: שִׁשָּׁה דִפְרִישָׁה וְאַרְבְּעִין דְּהַר, עַד עֶשְׂרִין וּתְלָת בְּתַמּוּז לָא אִתַּבּוּר לוּחוֹת! אָמַר לְךָ רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי: אַרְבְּעִין דְּהַר בַּהֲדֵי שִׁשָּׁה דִפְרִישָׁה.

Mais selon Rabbi Yossi HaGelili, qui dit : six [jours] d'isolement et quarante du mont — [alors] jusqu'au 23 Tammuz les Tables ne furent pas brisées ! Rabbi Yossi HaGelili peut te répondre : les quarante du mont [incluent] les six de l'isolement.

💡 Explication

Objection contre Rabbi Yossi HaGelili : si l'on ajoute ses 6 jours d'isolement aux 40 jours du mont, la descente tomberait le 23 Tammuz, en contradiction avec la tradition du 17.

Réponse : les six jours d'isolement ne s'ajoutent pas aux quarante — ils y sont compris. Le compte retombe donc sur le 17 Tammuz, et la difficulté se dissout.

7
אָמַר מַר: ״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה״ — מֹשֶׁה וְכָל יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִין, מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי אֶלְעָזָר. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: ״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה״ — מֹשֶׁה וְכָל יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִין, וְלֹא בָּא הַכָּתוּב אֶלָּא לַחְלֹק לוֹ כָּבוֹד לְמֹשֶׁה.

Le Maître a dit : 'et Il appela Moche' — Moche et tout Israël se tenaient [là]. Cela appuie Rabbi Elazar, car Rabbi Elazar a dit : 'et Il appela Moche' — Moche et tout Israël se tenaient [là], et le verset n'est venu que pour accorder un honneur à Moche.

🗂️ Tossefot (1)
מְסַייַּע לֵיהּ לְרַבִּי אֶלְעָזָר לָא יָדַעְנָא מַה שַׁיָּיךְ לְמֵימַר מְסַיַּיע לֵיהּ בְּמִילְּתָא דִּפְלִיגִי תַּנָּאֵי וְאַדְּרַבָּה כּוּלְּהוּ תַּנָּאֵי דְּלָא כְּוָותֵיהּ ר' יוֹסִי הַגְּלִילִי ר' נָתָן וְרַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ לְבַד מֵרַבִּי עֲקִיבָא לְחוּדֵיהּ וְשֶׁמָּא מִשּׁוּם דַּהֲלָכָה כְּר' עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ קָאָמַר מְסַיַּיע לֵיהּ:
'Cela appuie Rabbi Elazar' — je ne sais pas ce qu'il convient de dire 'cela l'appuie' dans une matière où des Tanaim divergent ; au contraire, tous les Tanaim s'opposent à lui — Rabbi Yossi HaGelili, Rabbi Natan et Rabbi Matya ben Charach — à l'exception du seul Rabbi Akiva. Peut-être, parce que la halakha est comme Rabbi Akiva contre son collègue, dit-on 'cela l'appuie'.
💡 Explication

La guemara revient à la baraita (segment 0) : la formule 'Moche et tout Israël se tenaient là' signifie que tout Israël entendit l'appel adressé à Moche. Cela appuie Rabbi Elazar, pour qui l'appel ne vise qu'à honorer Moche aux yeux du peuple.

8
מֵיתִיבִי: ״קוֹל לוֹ״, ״קוֹל אֵלָיו״ — מֹשֶׁה שָׁמַע וְכָל יִשְׂרָאֵל לֹא שָׁמְעוּ! לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּסִינַי, הָא — בְּאֹהֶל מוֹעֵד. וְאִי בָּעֵית אֵימָא, לָא קַשְׁיָא: הָא — בִּקְרִיאָה, הָא — בְּדִבּוּר.

On objecte : [il est écrit] 'la Voix pour lui', 'la Voix vers lui' — Moche entendait, et tout Israël n'entendait pas ! [Ce n'est] pas une difficulté : ceci [se rapporte] au Sinaï, cela à la Tente d'assignation.

Et si tu veux, dis [autrement] : ceci [se rapporte] à l'appel (keria), cela à la parole (dibbour).

📜 Rachi (1)
קוֹל לוֹ קוֹל אֵלָיו וַיִּשְׁמַע אֶת הַקּוֹל מִדַּבֵּר אֵלָיו (בַּמִּדְבָּר ז׳:פ״ט) לוֹ הָיָה יָכוֹל לוֹמַר וְכָתַב מְדַבֵּר אֵלָיו לְלַמֶּדְךָ שֶׁאֵלָיו לְבַדּוֹ הָיָה נִמְשָׁךְ הַקּוֹל בְּאֹהֶל מוֹעֵד מִשֶּׁהוּקַם הַמִּשְׁכָּן וּנְדַבֵּר עִמּוֹ מֵעַל הַכַּפֹּורֶת לֹא הָיָה הַקּוֹל נִשְׁמָע לְיִשְׂרָאֵל דְּהַאי קְרָא דִּוְיִשְׁמַע אֶת הַקּוֹל בְּאֹהֶל מוֹעֵד כְּתִיב רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא וּבְבֹא מֹשֶׁה אֶל אֹהֶל מוֹעֵד וְגוֹ':
'kol lo, kol elav' — [le verset dit] (Nb 7:89) 'et il entendait la Voix qui lui parlait (medaber elav)' ; il aurait pu écrire 'lo' [forme neutre], mais il a écrit 'elav' pour t'enseigner que c'est vers lui seul que la Voix se dirigeait dans la Tente d'assignation. Depuis que le Michkan fut érigé et qu'Il parlait avec lui du haut du kaporet, la Voix n'était pas entendue d'Israël ; car ce verset 'et il entendait la Voix' est écrit à propos de la Tente d'assignation — le début du verset étant 'et lorsque Moche entrait dans la Tente d'assignation, etc.'
🗂️ Tossefot (1)
מֹשֶׁה שָׁמַע יִשְׂרָאֵל לֹא שָׁמְעוּ לָא מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי דְּהַהִיא אָתְיָא דְּלָא כְּר"ע אֶלָּא כְּתַנָּאֵי דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ לְעֵיל דְּאַדְּרָשָׁה דִּקְרָא דְּקוֹל לוֹ קוֹל אֵלָיו מִסְּתָמָא לֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג:
'Moche entendait, Israël n'entendait pas' — on ne peut pas répondre que ce [enseignement] suit non pas Rabbi Akiva mais les Tanaim qui divergent de lui plus haut, car sur la deracha du verset 'kol lo / kol elav' il n'y a vraisemblablement personne qui diverge.
💡 Explication

Objection contre l'idée que tout Israël entendait : un verset (Nb 7:89) dit 'la Voix parlant vers lui' — donc Moche seul entendait. Deux résolutions :

1) Distinction de lieu : au Sinaï tous entendaient ; à la Tente d'assignation Moche seul. 2) Distinction d'acte : l'appel (keria) était entendu de tous, la parole (dibbour) qui suivait, de Moche seul.

9
רַבִּי זְרִיקָא רָמֵי קְרָאֵי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר, וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַבִּי זְרִיקָא: רַבִּי אֶלְעָזָר רָמֵי, כְּתִיב: ״וְלֹא יָכוֹל מֹשֶׁה לָבֹא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד כִּי שָׁכַן עָלָיו הֶעָנָן״, וּכְתִיב: ״וַיָּבֹא מֹשֶׁה בְּתוֹךְ הֶעָנָן״! מְלַמֵּד שֶׁתְּפָסוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה וֶהֱבִיאוֹ בֶּעָנָן.

Rabbi Zerika opposa des versets devant Rabbi Elazar — et certains disent que Rabbi Zerika dit : Rabbi Elazar opposa [des versets] : il est écrit 'et Moche ne put entrer dans la Tente d'assignation car la nuée reposait sur elle' (Ex 40:35), et il est écrit 'et Moche entra au sein de la nuée' (Ex 24:18) ! Cela enseigne que le Saint béni soit-Il saisit Moche et l'introduisit dans la nuée.

🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי זְרִיקָא רָמֵי קְרָאֵי וְכוּ'. בַּזֹּוהַר וַיִּקְרָא (זֹהַר חֵלֶק ג' ב:) הִקְשָׁה קֻושְׁיָא זוֹ וּמְתָרֵץ תְּרֵי עַנְנֵי הָווּ חַד דְּעָאל בֵּיהּ מֹשֶׁה וְחַד דִּשְׁאָרֵי עַל מַשְׁכְּנָא, וְכָתַב בַּמִּקְדָּשׁ מֶלֶךְ שָׁם דְּעָנָן שֶׁנִּכְנַס בּוֹ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בָּהָר, הָיָה מִצַּד הַמַּלְכוּת וְעָנָן שֶׁהָיָה בַּמִּשְׁכָּן, הָיָה מִצַּד הַבִּינָה עַייֵּן שָׁם, נִמְצָא עָנָן שֶׁנִּכְנַס בּוֹ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הָיָה תַּחְתּוֹן מִן הַמַּלְכוּת שֶׁהִיא עֵקֶב וְסוֹף דְּכָל דַּרְגִין. וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּמִלּוּי אוֹתִיּוֹת עָנָן יֵשׁ מִסְפַּר עֵקֶב [ע י ״ ן נ ו ״ ן נ ו ״ ן = עֵקֶב 172] וְהוּא מְסַפֵּר בֶּעָנָן וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת כֹּד, יח) 'וַיָּבֹא מֹשֶׁה בְּתוֹךְ הֶעָנָן' רוֹצֶה לוֹמַר בֶּעָנָן שֶׁל הַמַּלְכוּת שֶׁהוּא עֵקֶב הָרָמוּז בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת עָנָן וְלֹא נִכְנַס בֶּעָנָן הָעֶלְיוֹן שֶׁהוּא מִצַּד הַבִּינָה. וּמַה שֶׁאָמַר מְלַמֵּד שֶׁתְּפָסוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה וֶהֱבִיאוֹ בֶּעָנָן נִרְאֶה לִי דְּיָלֵיף זֶה מִפָּסוּק הַקּוֹדֵם דִּכְתִיב 'וּמַרְאֵה כְּבוֹד ה' כְּאֵשׁ אֹכֶלֶת בְּרֹאשׁ הָהָר לְעֵינֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיָּבֹא מֹשֶׁה בְּתוֹךְ הֶעָנָן' כְּלוֹמַר נֶאֱחַז בְּכֹחַ אוֹתוֹ מַרְאֵה כְּבוֹד ה' וּבָא בְּתוֹךְ הֶעָנָן. וְנִרְמָז גַּם כֵּן שְׁמוֹ שֶׁל הקב"ה בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת הֶעָנָן כָּזֶה הַ" ה ע י "ן נ וְ "ן נ ו "ן רֹאשׁ הַמִּלּוּי עוֹלֶה כ"ז [27] כְּמִנְיַן שֵׁם הֲוָיָ"ה עַם הַכּוֹלֵל רוֹצֶה לוֹמַר בָּא בְּכֹחַ שְׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ הָרָמוּז 'בְּתוֹךְ הֶעָנָן'. וּמַה שֶׁאָמַר מַה לְהַלָּן 'שְׁבִיל' אַף כָּאן 'שְׁבִיל' נִרְאֶה לִי עָנָן בְּמִילּוֹאוֹ [עַיִ"ן נוּ"ן נוּ"ן] עוֹלֶה מִסְפַּר ' שְׁבִיל ' [342] .
Rabbi Zerika opposa des versets, etc. Dans le Zohar (Vayikra, III, 7a) cette question est posée et résolue [ainsi] : il y avait deux nuées, l'une dans laquelle Moche entra, l'autre qui reposait sur le Michkan. Le Mikdach Melekh y écrit que la nuée où entra notre maître Moche — la paix sur lui — sur le mont était du côté de Malkhout, et la nuée qui était sur le Michkan du côté de Bina ; il s'ensuit que la nuée où entra Moche était inférieure, du côté de Malkhout, qui est le 'talon' (akev) et la fin de tous les degrés. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans la graphie pleine des lettres de 'anan' (nuée) se trouve le nombre de 'akev' [ayin-youd-noun, noun-vav-noun, noun-vav-noun = 172], qui est aussi la valeur de 'be-anan' (dans la nuée) ; c'est le sens de (Ex 24:18) 'et Moche entra au sein de la nuée', c'est-à-dire dans la nuée de Malkhout, le 'akev' allude au sein des lettres de 'anan', et il n'entra pas dans la nuée supérieure, du côté de Bina. Et ce qu'on énonce : 'cela enseigne que le Saint béni soit-Il saisit Moche et l'introduisit dans la nuée' — il me semble qu'on le déduit du verset précédent, où il est écrit 'et l'apparence de la gloire de l'Éternel était comme un feu dévorant au sommet du mont aux yeux des enfants d'Israël, et Moche entra au sein de la nuée' : c'est-à-dire qu'il fut saisi par la force de cette apparence de la gloire de l'Éternel et entra au sein de la nuée. Le Nom du Saint béni soit-Il est également allude au sein des lettres de 'ha-anan' : les têtes des lettres de sa graphie pleine totalisent 27, comme la valeur du Nom Havaya avec le kolel (l'unité ajoutée) — c'est-à-dire qu'il entra par la force de Son Nom béni, allude 'au sein de la nuée'. Et ce qu'on énonce : 'de même que là-bas [il y avait] un sentier, de même ici un sentier' — il me semble que 'anan' en graphie pleine égale la valeur de 'chevil' (sentier) [342].
💡 Explication

Rabbi Zerika soulève une contradiction : un verset dit que Moche ne put entrer là où reposait la nuée (Ex 40:35), un autre qu'il entra au sein de la nuée (Ex 24:18). Première résolution : Moche ne pouvait entrer par lui-même ; Dieu le saisit et l'introduisit.

🖼️ Schéma
La contradiction sur l'entrée de Moche dans la nuée R. Zerika oppose deux versets ; l'école de R. Yishmael les concilie par une gezera chava Ex 40:35 Moche NE PUT entrer dans la Tente car la nuée reposait sur elle Ex 24:18 Moche ENTRA au sein (betoch) de la nuée vs Réponse 1 : le Saint béni soit-Il saisit Moche et l'introduisit dans la nuée Réponse 2 (R. Yishmael) : gezera chava 'betoch' / 'betoch' Israël entra 'au sein de la mer' (Ex 14:22) : les eaux étaient une muraille -> il y avait un SENTIER (chevil) dans la mer de même un SENTIER dans la nuée : Moche n'y pénétra pas vraiment
La contradiction des deux versets et ses deux résolutions (segments 8-9).
10
דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל תְּנָא: נֶאֱמַר כָּאן ״בְּתוֹךְ״, וְנֶאֱמַר לְהַלָּן ״בְּתוֹךְ״ — ״וְיָבוֹאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל בְּתוֹךְ הַיָּם״. מַה לְהַלָּן שְׁבִיל, דִּכְתִיב: ״וְהַמַּיִם לָהֶם חוֹמָה״, אַף כָּאן שְׁבִיל.

L'école de Rabbi Yishmael a enseigné : il est dit ici 'au sein' (betoch) et il est dit là-bas 'au sein' — 'et les enfants d'Israël entrèrent au sein de la mer' (Ex 14:22). De même que là-bas [il y avait] un sentier, ainsi qu'il est écrit 'et les eaux étaient pour eux une muraille', de même ici [il y avait] un sentier [dans la nuée].

💡 Explication

Seconde résolution, par gezera chava (analogie verbale) : le mot 'au sein' (betoch) figure ici (la nuée) et à la traversée de la mer, où il y avait un sentier sec entre deux murailles d'eau. De même, Moche n'a pas vraiment pénétré la nuée : il a emprunté un sentier ménagé en son sein. La contradiction tombe : entrer 'au sein' ne veut pas dire entrer dans l'épaisseur.

11
״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה וַיְדַבֵּר״, לָמָּה הִקְדִּים קְרִיאָה לְדִיבּוּר? לִימְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ, שֶׁלֹּא יֹאמַר אָדָם דָּבָר לַחֲבֵירוֹ אֶלָּא אִם כֵּן קוֹרֵהוּ. מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי חֲנִינָא. דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לֹא יֹאמַר אָדָם דָּבָר לַחֲבֵירוֹ אֶלָּא אִם כֵּן קוֹרֵהוּ. ״לֵאמֹר״, אָמַר רַבִּי (מֻוסְיָא בַּר בְּרֵיהּ דְּרַבִּי מַסְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי מֻוסְיָא) רַבָּה: מִנַּייִן לָאוֹמֵר דָּבָר לַחֲבֵירוֹ שֶׁהוּא בְּבַל יֹאמַר עַד שֶׁיֹּאמַר לוֹ: לֵךְ אֱמֹור — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְדַבֵּר ה׳ אֵלָיו מֵאֹהֶל מוֹעֵד לֵאמֹר״.

'Et Il appela Moche et [Il] parla' — pourquoi l'appel précède-t-il la parole ? La Torah a enseigné le derekh eretz : qu'un homme ne dise pas une chose à son prochain sans l'avoir d'abord appelé.

Cela appuie Rabbi Hanina, car Rabbi Hanina a dit : qu'un homme ne dise pas une chose à son prochain sans l'avoir d'abord appelé. 'Lemor' (pour dire) — Rabbi Rabba (Moussia bar berei de-Rabbi Massia au nom de Rabbi Moussia) a dit : d'où [sait-on] que celui à qui l'on dit une chose est tenu de ne pas la répéter (bal yomar) jusqu'à ce qu'on lui dise 'va, dis-la' ? Car il est dit : 'et l'Éternel lui parla depuis la Tente d'assignation lemor' [lu : lo emor, 'ne dis pas'].

📜 Rachi (1)
שֶׁהוּא בְּבַל יֹאמַר כוּ' תַּלְמוּד לוֹמַר לֵאמֹר לֹא אֱמֹור הַדְּבָרִים אֶלָּא אִם כֵּן נוֹתֵן לוֹ רְשׁוּת:
'Qu'il est en 'bal yomar' (interdit de dire), etc.' — [le verset] enseigne 'lemor' [lu] 'lo emor' : ne dis pas ces paroles, sauf s'il t'en donne l'autorisation.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה הִקְדִּים קְרִיאָה לְדִבּוּר. פֵּירוּשׁ כֵּיוָן דִּלְשׁוֹן דִּבּוּר הוּא בַּהֲרָמַת קוֹל וְלָאו בִּלְחִישׁוּ, לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהַקְדִּים לוֹ קְרִיאָה וַהֲלֹא כֵּיוָן דְּדִבְרֵי הַנְּבוּאָה בָּאִים לוֹ בַּהֲרָמַת קוֹל הוּא נוֹתֵן דַּעְתּוֹ אֶל הַדְּבָרִים מֵאֵילָיו וְלָא אִצְטְרִיךְ לְקָרְאוֹ בִּשְׁמוֹ תְּחִילָּה כְּדֵי שֶׁיָּשִׂים לִבּוֹ וְדַעְתּוֹ אֶל דִּבְרֵי הַנְּבוּאָה? וּמְשַׁנֵּי אִין הָכִי נָמֵי לָא אִצְטְרִיךְ לָזֶה אֶלָּא עָשָׂה כֵּן לְלַמֵּד דֶּרֶךְ אֶרֶץ , שֶׁלֹּא יֹאמַר אָדָם דָּבָר לַחֲבֵרוֹ, אֶלָּא אִם כֵּן קוֹרְאוֹ אַף עַל פִּי שֶׁמְּדַבֵּר עִמּוֹ בַּהֲרָמַת קוֹל.
'Pourquoi a-t-Il fait précéder l'appel de la parole ?' Explication : puisque le terme 'dibbour' (parole) implique une voix élevée et non un murmure, pourquoi fallut-il faire précéder l'appel ? N'est-ce pas que, les paroles de la prophétie lui venant à voix élevée, [Moche] y prête attention de lui-même, sans qu'il soit besoin de l'appeler d'abord par son nom pour qu'il dispose son cœur et son attention aux paroles de la prophétie ? Et l'on répond : en effet, ce n'était pas nécessaire pour cela ; [Dieu] agit ainsi pour enseigner le derekh eretz — qu'un homme ne dise pas une chose à son prochain sans l'avoir d'abord appelé, même s'il lui parle à voix élevée.
💡 Explication

Deux enseignements de conduite tirés de Lev 1:1. D'abord le derekh eretz : Dieu 'appelle' avant de 'parler' pour enseigner qu'on ne s'adresse pas à autrui sans l'avoir d'abord interpellé — ce qui appuie Rabbi Hanina.

Ensuite, la discrétion : le mot 'lemor' est lu 'lo emor' (ne dis pas). Une confidence reste sous interdiction de répétition (bal yomar) tant que son auteur n'a pas explicitement autorisé à la transmettre.

12
מִכְּלָל דְּתַרְוַוייְהוּ סְבִירָא לְהוּ מִלּוּאִים כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן. דְּאִיתְּמַר: מִלּוּאִים, רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי חֲנִינָא, חַד אָמַר: כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן, וְחַד אָמַר: דָּבָר הַמְעַכֵּב לְדוֹרוֹת — מְעַכֵּב בָּהֶן, שֶׁאֵין מְעַכֵּב לְדוֹרוֹת — אֵין מְעַכֵּב בָּהֶן.

Il en ressort que tous deux tiennent [que], pour les milouim (l'investiture), tout ce qui y est écrit y est indispensable (me'akev). Car il a été énoncé : les milouim — Rabbi Yo'hanan et Rabbi Hanina [divergent] : l'un dit : tout ce qui y est écrit y est indispensable ; et l'autre dit : ce qui est indispensable pour les générations est indispensable en eux, [mais] ce qui n'est pas indispensable pour les générations n'est pas indispensable en eux.

📜 Rachi (1)
מִכְּלָל דְּתַרְוַיְיהוּ וְכוּ' מַהְדַּר לְעֵיל מִדְּאָמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לֵר' יוֹחָנָן אִי מַה מִלּוּאִים כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן וְכוּ' וְאוֹדִי לֵיהּ מִכְּלָל דְּתַרְוַיְיהוּ כו':
'Il en ressort que tous deux, etc.' — [la guemara] revient à ce qui précède : du fait que Rech Lakich dit à Rabbi Yo'hanan 'si [c'est] comme les milouim, [où] tout ce qui y est écrit [est indispensable], etc.', et que [Rabbi Yo'hanan] le lui a concédé, il en ressort que tous deux [le tiennent].
💡 Explication

La guemara quitte la digression du Sinaï et revient à la sougya : de l'échange 4a entre Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan, on infère que tous deux tiennent que dans les milouim tout ce qui est écrit est indispensable (me'akev).

Elle présente alors la controverse de fond : Rabbi Yo'hanan et Rabbi Hanina divergent — pour l'un, tout détail écrit est me'akev ; pour l'autre, seul l'est ce qui invalide aussi pour les générations.

🖼️ Schéma
Retour à la sougya : les milouim (investiture) sont-ils 'me'akev' ? La concession de R. Yo'hanan à Rech Lakich révèle que tous deux tiennent : tout ce qui est écrit est indispensable Rabbi Yo'hanan Rabbi Hanina Tout ce qui est ÉCRIT dans les milouim y est indispensable (me'akev). même un détail sans portée pour les générations futures invalide s'il manque Seul ce qui est me'akev POUR LES GENERATIONS l'est aussi aux milouim. un détail propre aux milouim, sans portée pour l'avenir, n'invalide pas Tisstayem : c'est R. Yo'hanan qui dit 'tout ce qui est écrit est me'akev' car à la question de Rech Lakich (si Yom Kippour = milouim) il n'a rien répondu : il a concédé. Reste la question du daf : mai beinaihu ? Quelle est la nafka mina entre les deux positions ?
R. Yo'hanan vs R. Hanina : l'étendue du 'me'akev' dans les milouim.
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תִּסְתַּייֵּם דְּרַבִּי יוֹחָנָן הוּא דְּאָמַר כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן. מִדְּקָאָמַר לֵיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: אִי מַה מִלּוּאִים כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן, וְלָא קָא מַהְדַּר לֵיהּ וְלָא מִידֵּי. תִּסְתַּיֵּים.

Conclus que c'est Rabbi Yo'hanan qui a dit : tout ce qui y est écrit y est indispensable. [On le conclut] du fait que Rabbi Chimon ben Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : 'si [c'est] comme les milouim, où tout ce qui y est écrit est indispensable [alors il en va de même pour Yom Kippour]', et [Rabbi Yo'hanan] ne lui répondit rien.

Conclus[-le].

📜 Rachi (1)
וְתִסְתַּיֵּים פְּלֻוגְתָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי חֲנִינָא דִּפְלִיגִי בְּהָא מִילְּתָא בְּעָלְמָא תִּסְתַּייֵּם מֵהָכָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן הוּא דְּאָמַר כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכְּבָא בָּהֶן:
'Et l'on peut conclure' — la controverse entre Rabbi Yo'hanan et Rabbi Hanina, qui divergent sur cette question en général, se conclut d'ici : c'est Rabbi Yo'hanan qui dit que tout ce qui est écrit dans [les milouim] y est indispensable (me'akev).
💡 Explication

On peut trancher laquelle des deux positions est celle de Rabbi Yo'hanan : puisqu'à la question de Rech Lakich ('si les milouim rendent tout détail indispensable, il en va de même pour Yom Kippour') il n'a rien objecté, c'est qu'il concède — donc c'est lui qui tient que tout ce qui est écrit est me'akev.

14
מַאי בֵינַיְיהוּ?

Quelle est [la différence pratique] entre eux (nafka mina) ?

💡 Explication

La guemara demande la nafka mina : sur quel cas concret la position de Rabbi Yo'hanan (tout est me'akev) et celle de Rabbi Hanina (seul ce qui vaut pour les générations) diffèrent-elles réellement ? La réponse suivra au début de 5a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).