Sougya : Ce daf achève l'exégèse des versets du Sinaï (Ex 24) ouverte en 4a, puis retourne à la sougya de l'isolement. Trois Tanaim expliquent pourquoi Moche fut appelé dans la nuée : Rabbi Natan y voit une épuration de son corps pour le rendre semblable aux anges, Rabbi Matya ben Charach une mise en crainte pour que la Torah soit reçue avec tremblement, Rabbi Elazar (et Rabbi Akiva) un simple honneur rendu à Moche.
La guemara ancre le débat 4a (Moche s'isola-t-il six jours ?) dans une controverse de calendrier — la Torah fut-elle donnée le 6 ou le 7 Sivan ? — et montre comment les deux lectures retombent sur la tradition des Tables brisées le 17 Tammuz. Elle résout ensuite une contradiction sur l'entrée de Moche dans la nuée (Dieu l'y saisit ; ou : un sentier y fut ménagé, par analogie avec la traversée de la mer), tire de Lev 1:1 deux règles de conduite (appeler avant de parler ; ne pas répéter une confidence sans autorisation), puis revient à la mahloket Rabbi Yo'hanan / Rabbi Hanina sur ce qui est indispensable (me'akev) dans les milouim.
'Et la nuée le couvrit' [se rapporte] au mont [et non à Moche]. 'Et Il appela Moche' — [alors que] Moche et tout Israël se tenaient [là] : le verset n'est venu que pour accorder un honneur à Moche. Rabbi Natan dit : le verset n'est venu que pour épurer la nourriture et la boisson qui étaient dans ses entrailles, afin de le rendre semblable aux anges du service.
La guemara achève la lecture d'Ex 24:16 commencée en 4a. Deux écoles s'opposent sur le sens de l'appel de Moche dans la nuée. Selon la première, la nuée couvrit le mont et non Moche, et l'appel ne fait que lui accorder un honneur devant tout Israël.
Rabbi Natan y voit au contraire une épuration (mireq) : durant six jours, la nourriture et la boisson des entrailles de Moche sont consumées, afin qu'il devienne comme les anges du service, qui ne mangent ni ne boivent. Rachi précise que cet isolement est propre à Moche et ne fonde aucune règle d'isolement pour quiconque entre ensuite dans le camp de la Chekhina.
Rabbi Matya ben Charach dit : le verset n'est venu que pour l'impressionner (le remplir de crainte), afin que la Torah soit donnée dans la crainte, le frémissement et la sueur, ainsi qu'il est dit (Ps 2:11) : 'Servez l'Éternel avec crainte, et réjouissez-vous avec tremblement'. Que signifie 'réjouissez-vous avec tremblement' ?
Rav Adda bar Matana dit au nom de Rav : au lieu même de la joie, là sera le tremblement.
Troisième lecture de l'appel : selon Rabbi Matya ben Charach, il vise à impressionner Moche pour que la Torah soit reçue dans la crainte révérentielle. Le verset des Psaumes joint deux affects apparemment contradictoires — la joie et le tremblement.
Rav résout la tension : loin de s'exclure, ils coïncident. Là où est la joie de la mitsva, là doit être le tremblement de la crainte du Ciel. L'étude et le service authentiques tiennent les deux ensemble.
Sur quoi Rabbi Yossi HaGelili et Rabbi Akiva divergent-ils ? Sur la controverse de ces [autres] Tanaim, car il a été enseigné (baraita) : le 6 du mois [de Sivan] la Torah fut donnée à Israël ; Rabbi Yossi dit : le 7 de ce [mois].
Pour celui qui dit 'le 6' : elle fut donnée le 6, et le 7 [Moche] monta (car il est écrit 'et Il appela Moche le septième jour'). Pour celui qui dit 'le 7' : elle fut donnée le 7, et le 7 il monta (car il est écrit 'et Il appela Moche le septième jour').
La guemara enracine le désaccord de 4a (R. Yossi HaGelili : Moche s'isola 6 jours au Sinaï ; R. Akiva : pas d'isolement) dans une controverse de calendrier : quel jour la Torah fut-elle donnée ?
Pour le premier Tana, c'est le 6 Sivan ; l'appel du 'septième jour' est alors postérieur au don. Pour Rabbi Yossi, c'est le 7 Sivan ; l'appel et le don coïncident. Le même verset (Ex 24:16, 'le septième jour') se lit donc de deux façons opposées.
Rabbi Yossi HaGelili tient comme le premier Tana, qui dit que la Torah fut donnée le 6 du mois ; dès lors, cet événement eut lieu après les Dix Paroles. 'Et la gloire de l'Éternel demeura sur le mont Sinaï et la nuée le couvrit six jours' — [couvrit] Moche ; 'et Il appela Moche le septième jour' — pour recevoir le reste de la Torah. Car s'il te venait à l'esprit que 'la gloire de l'Éternel demeura' [datait] de Roch Hodech, [et que] 'la nuée couvrit le mont, et Il appela Moche le septième jour' [visait] à recevoir les Dix Paroles — mais ils les ont déjà reçues le 6, et la nuée s'est déjà retirée du mont le 6 !
Rabbi Yossi HaGelili, tenant que la Torah fut donnée le 6, doit placer l'épisode de la nuée après les Dix Paroles : les six jours couvrent alors Moche (son isolement), et l'appel du septième jour le convoque pour recevoir le reste de la Torah.
La preuve par l'absurde : si l'on rapportait les six jours à Roch Hodech et l'appel à la réception des Dix Paroles, on tomberait sur une contradiction — les Dix Paroles ont déjà été données le 6, et la nuée s'est déjà retirée ce jour-là.
Et Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yossi, qui dit : le 7 du mois la Torah fut donnée à Israël. Soit, selon Rabbi Akiva : c'est ainsi que l'on retrouve que le 17 Tammuz les Tables furent brisées — vingt-quatre [jours] de Sivan et seize de Tammuz complètent les quarante jours qu'il fut sur le mont ; le 17 Tammuz il descendit, vint et brisa les Tables.
Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yossi (don le 7 Sivan), et son compte tombe juste sur la tradition des Tables brisées le 17 Tammuz : il monte le 7 Sivan, restent 24 jours de Sivan (du 7 au 30) plus 16 jours de Tammuz — total 40 jours — et il descend le 17 Tammuz.
Mais selon Rabbi Yossi HaGelili, qui dit : six [jours] d'isolement et quarante du mont — [alors] jusqu'au 23 Tammuz les Tables ne furent pas brisées ! Rabbi Yossi HaGelili peut te répondre : les quarante du mont [incluent] les six de l'isolement.
Objection contre Rabbi Yossi HaGelili : si l'on ajoute ses 6 jours d'isolement aux 40 jours du mont, la descente tomberait le 23 Tammuz, en contradiction avec la tradition du 17.
Réponse : les six jours d'isolement ne s'ajoutent pas aux quarante — ils y sont compris. Le compte retombe donc sur le 17 Tammuz, et la difficulté se dissout.
Le Maître a dit : 'et Il appela Moche' — Moche et tout Israël se tenaient [là]. Cela appuie Rabbi Elazar, car Rabbi Elazar a dit : 'et Il appela Moche' — Moche et tout Israël se tenaient [là], et le verset n'est venu que pour accorder un honneur à Moche.
La guemara revient à la baraita (segment 0) : la formule 'Moche et tout Israël se tenaient là' signifie que tout Israël entendit l'appel adressé à Moche. Cela appuie Rabbi Elazar, pour qui l'appel ne vise qu'à honorer Moche aux yeux du peuple.
On objecte : [il est écrit] 'la Voix pour lui', 'la Voix vers lui' — Moche entendait, et tout Israël n'entendait pas ! [Ce n'est] pas une difficulté : ceci [se rapporte] au Sinaï, cela à la Tente d'assignation.
Et si tu veux, dis [autrement] : ceci [se rapporte] à l'appel (keria), cela à la parole (dibbour).
Objection contre l'idée que tout Israël entendait : un verset (Nb 7:89) dit 'la Voix parlant vers lui' — donc Moche seul entendait. Deux résolutions :
1) Distinction de lieu : au Sinaï tous entendaient ; à la Tente d'assignation Moche seul. 2) Distinction d'acte : l'appel (keria) était entendu de tous, la parole (dibbour) qui suivait, de Moche seul.
Rabbi Zerika opposa des versets devant Rabbi Elazar — et certains disent que Rabbi Zerika dit : Rabbi Elazar opposa [des versets] : il est écrit 'et Moche ne put entrer dans la Tente d'assignation car la nuée reposait sur elle' (Ex 40:35), et il est écrit 'et Moche entra au sein de la nuée' (Ex 24:18) ! Cela enseigne que le Saint béni soit-Il saisit Moche et l'introduisit dans la nuée.
Rabbi Zerika soulève une contradiction : un verset dit que Moche ne put entrer là où reposait la nuée (Ex 40:35), un autre qu'il entra au sein de la nuée (Ex 24:18). Première résolution : Moche ne pouvait entrer par lui-même ; Dieu le saisit et l'introduisit.
L'école de Rabbi Yishmael a enseigné : il est dit ici 'au sein' (betoch) et il est dit là-bas 'au sein' — 'et les enfants d'Israël entrèrent au sein de la mer' (Ex 14:22). De même que là-bas [il y avait] un sentier, ainsi qu'il est écrit 'et les eaux étaient pour eux une muraille', de même ici [il y avait] un sentier [dans la nuée].
Seconde résolution, par gezera chava (analogie verbale) : le mot 'au sein' (betoch) figure ici (la nuée) et à la traversée de la mer, où il y avait un sentier sec entre deux murailles d'eau. De même, Moche n'a pas vraiment pénétré la nuée : il a emprunté un sentier ménagé en son sein. La contradiction tombe : entrer 'au sein' ne veut pas dire entrer dans l'épaisseur.
'Et Il appela Moche et [Il] parla' — pourquoi l'appel précède-t-il la parole ? La Torah a enseigné le derekh eretz : qu'un homme ne dise pas une chose à son prochain sans l'avoir d'abord appelé.
Cela appuie Rabbi Hanina, car Rabbi Hanina a dit : qu'un homme ne dise pas une chose à son prochain sans l'avoir d'abord appelé. 'Lemor' (pour dire) — Rabbi Rabba (Moussia bar berei de-Rabbi Massia au nom de Rabbi Moussia) a dit : d'où [sait-on] que celui à qui l'on dit une chose est tenu de ne pas la répéter (bal yomar) jusqu'à ce qu'on lui dise 'va, dis-la' ? Car il est dit : 'et l'Éternel lui parla depuis la Tente d'assignation lemor' [lu : lo emor, 'ne dis pas'].
Deux enseignements de conduite tirés de Lev 1:1. D'abord le derekh eretz : Dieu 'appelle' avant de 'parler' pour enseigner qu'on ne s'adresse pas à autrui sans l'avoir d'abord interpellé — ce qui appuie Rabbi Hanina.
Ensuite, la discrétion : le mot 'lemor' est lu 'lo emor' (ne dis pas). Une confidence reste sous interdiction de répétition (bal yomar) tant que son auteur n'a pas explicitement autorisé à la transmettre.
Il en ressort que tous deux tiennent [que], pour les milouim (l'investiture), tout ce qui y est écrit y est indispensable (me'akev). Car il a été énoncé : les milouim — Rabbi Yo'hanan et Rabbi Hanina [divergent] : l'un dit : tout ce qui y est écrit y est indispensable ; et l'autre dit : ce qui est indispensable pour les générations est indispensable en eux, [mais] ce qui n'est pas indispensable pour les générations n'est pas indispensable en eux.
La guemara quitte la digression du Sinaï et revient à la sougya : de l'échange 4a entre Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan, on infère que tous deux tiennent que dans les milouim tout ce qui est écrit est indispensable (me'akev).
Elle présente alors la controverse de fond : Rabbi Yo'hanan et Rabbi Hanina divergent — pour l'un, tout détail écrit est me'akev ; pour l'autre, seul l'est ce qui invalide aussi pour les générations.
Conclus que c'est Rabbi Yo'hanan qui a dit : tout ce qui y est écrit y est indispensable. [On le conclut] du fait que Rabbi Chimon ben Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : 'si [c'est] comme les milouim, où tout ce qui y est écrit est indispensable [alors il en va de même pour Yom Kippour]', et [Rabbi Yo'hanan] ne lui répondit rien.
Conclus[-le].
On peut trancher laquelle des deux positions est celle de Rabbi Yo'hanan : puisqu'à la question de Rech Lakich ('si les milouim rendent tout détail indispensable, il en va de même pour Yom Kippour') il n'a rien objecté, c'est qu'il concède — donc c'est lui qui tient que tout ce qui est écrit est me'akev.
Quelle est [la différence pratique] entre eux (nafka mina) ?
La guemara demande la nafka mina : sur quel cas concret la position de Rabbi Yo'hanan (tout est me'akev) et celle de Rabbi Hanina (seul ce qui vaut pour les générations) diffèrent-elles réellement ? La réponse suivra au début de 5a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).