Yoma 5a — cinq nafka minot entre R. Yohanan et R. Hanina sur les milouim (kol ha-katuv me'akev)

Yoma 5a

Sougya : Ce daf prolonge la mahloket de 4b : aux offrandes d'investiture (milouim), tout détail écrit invalide-t-il l'inauguration s'il est omis (R. Yo'hanan, 'kol ha-katuv bahen me'akev'), ou bien seul ce qui invalide pour les générations (ledorot) invalide-t-il aussi ici (R.

Hanina) ? Cinq Amoraim proposent chacun un détail-test qui les départage : la semikha (Rav Yossef), la tenufa (Rav Nahman bar Yitzhak), l'isolement de sept jours (Rav Pappa), enfin le ribbuy et la mechiha de sept jours (Ravina).

Pour chaque détail, la guemara prouve d'abord qu'il n'invalide pas ledorot — souvent par la darcha 'X n'expie pas, ein kappara ela be-dam, donc X n'est qu'un chirei mitsva' — avant de le laisser en litige aux milouim. Le daf s'achève en cherchant le fondement (ta'ama) de R.

Yo'hanan : le mot 'kakha' (Ex 29:35), terme d'invalidation.

Yoma 5a — cinq nafka minot entre R. Yo'hanan et R. Hanina Mahloket de 4b : aux milouim (investiture), tout détail écrit invalide-t-il s'il est omis, même s'il n'invalide pas pour les générations ? R. Yo'hanan : kol ha-katuv me'akev R. Hanina : seul ce qui invalide LEDOROT invalide (chaque détail ci-dessous N'invalide PAS pour les générations -> ne l'invalide pas ici) Rav Yossef : la SEMIKHA (imposition des mains sur la victime) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : 've-samakh... ve-nirtsa' (Lev 1:4). La semikha n'expie pas (ein kappara ela be-dam) -> elle n'est qu'un 'chirei mitsva' : omise, l'offrande expie quand même. Rav Nahman b. Yitzhak : la TENUFA (balancement de l'offrande) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : 'le-tenufa le-khapper' (Lev 14:21). Même darcha : la tenufa n'expie pas -> 'chirei mitsva', omise, l'offrande expie quand même. Rav Pappa : PERICHAT CHIVA (isolement 7 jours) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : la Michna dit 'matkinin' (on désigne un remplaçant) et non 'mafrichin' (on l'isole) -> l'isolement n'est pas indispensable au service. Ravina : RIBBUY 7 + MECHIHA 7 (revêtir les 8 habits 7 j. + onction 7 j.) Preuve ledorot : 'asher yimach... va-acher yemalle' (Lev 16:32) -> mi-kol makom : 7/7, 7/1 ou 1/7 jours, la nomination est valide. Donc 7 jours pleins ne sont pas indispensables ledorot. Structure commune : chaque détail est prouvé non-indispensable LEDOROT, puis reste en litige aux MILOUIM La nafka mina n'existe que là où le détail est écrit aux milouim ET n'invalide pas pour les générations. Clôture du daf : ta'ama de R. Yo'hanan R. Yitzhak bar Bisna : 've-assita... KAKHA' (Ex 29:35) — le mot 'kakha' (ainsi) est une expression d'invalidation (ikkouva).
Vue d'ensemble : les cinq nafka minot du daf. Chaque détail (semikha, tenufa, isolement 7 j., ribbuy 7 j., mechiha 7 j.) n'invalide pas pour les générations, mais divise R. Yohanan et R. Hanina quant aux milouim.
Le raisonnement type : pourquoi semikha et tenufa n'invalident pas ledorot Applique deux fois à l'identique : sur 've-samakh...ve-nirtsa' (semikha) et sur 'le-tenufa le-khapper' (tenufa) Le verset lie le rite (semikha / tenufa) à l'expiation (nirtsa / le-khapper) Lecture naïve : sans ce rite, pas d'expiation -> il invaliderait Objection : le rite expie-t-il vraiment ? 'Ein kappara ela be-dam' — il n'y a d'expiation que par le SANG (Lev 17:11) Alors que vient enseigner le verset ? Le rite est un 'chirei mitsva' (accessoire) : l'omettre est un manque, non une invalidation 'ke-ilou lo kipper — ve-kipper' : comme s'il n'avait pas expié... et pourtant il a expié Rachi/Zevahim 6a : kipper LA-GAVRA (l'homme est acquitté, l'essentiel étant le sang) ; lo kipper 'min ha-mouvhar' (il n'a pas accompli la mitsva de la manière optimale). -> Ledorot : n'invalide PAS.
Le raisonnement type qui prouve, pour semikha et tenufa, qu'ils n'invalident pas ledorot : un rite lié à l'expiation, mais 'ein kappara ela be-dam', donc simple 'chirei mitzva'.
1
אָמַר רַב יוֹסֵף: סְמִיכָה אִיכָּא בֵינַייְהוּ. לְמַאן דְּאָמַר כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן — סְמִיכָה מְעַכְּבָא, לְמַאן דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מְעַכֵּב לְדוֹרוֹת אֵין מְעַכֵּב בָּהֶן — סְמִיכָה לָא מְעַכְּבָא.

Rav Yossef dit : la semikha (imposition des mains sur la tête de la victime) est la différence pratique (nafka mina) entre eux [entre R. Yo'hanan et R.

Hanina, sur les milouim]. Pour celui qui dit que tout ce qui est écrit à leur sujet les invalide [si on l'omet] — la semikha invalide ; pour celui qui dit qu'une chose qui n'invalide pas pour les générations n'invalide pas ici — la semikha n'invalide pas.

📜 Rachi (1)
דָּבָר שֶׁאֵין מְעַכֵּב בָּהֶן לְדוֹרוֹת לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ לָהּ:
Une chose qui n'invalide pas pour les générations — plus loin il l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
סְמִיכָה אִיכָּא בֵינַיְיהוּ תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא קָאָמַר נָמֵי שִׁירַיִם מְעַכְּבָא אִיכָּא בֵינַייְהוּ דִּלְמַאן דְּאָמַר כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב מְעַכְּבִי דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ח׳:ט״ו) וְאֶת הַדָּם יָצַק אֶל יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ וּבְחַטָּאת כְּתִיב (שְׁמוֹת כ״ט:י״ב) וְאֶת כָּל הַדָּם תִּשְׁפֹּוךְ אֶל יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ וּלְמַאן דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מְעַכֵּב לְדוֹרוֹת אֵין מְעַכֵּב לָא מְעַכְּבִי וי"ל דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא שִׁירַיִם לָא מְעַכְּבִי בְּהוּ דַּאֲפִילּוּ ד' מַתָּנוֹת שֶׁבְּחַטָּאת לָא מְעַכְּבִי בָּהּ אֶלָּא אַחַת מֵהֶן דִּכְתִיב (שָׁם) וְנָתַתָּה עַל קַרְנֹות הַמִּזְבֵּחַ קַרְנֹת כְּתִיב וְקֶרֶן אַחַת מְעַכְּבָא בָּהּ וְתוּ לָא וַאֲפִילּוּ לָמֶ"ד יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא שִׁירַיִם לָא מְעַכְּבִי בָּהּ מִדִּכְתִיב בְּחַטָּאת וְאֶת כָּל הַדָּם תִּשְׁפֹּוךְ וְלָא כְּתִיב וְשָׁפַכְתָּ כָּל הַדָּם אֶל יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ כְּדִכְתִיב בִּתְחִילַּת הַמַּתָּנוֹת וְנָתַתָּ עַל קַרְנֹת א"כ נִיתְקַן הַכָּתוּב וַעֲשָׂאָן שְׁיָרֵי מִצְוָה לוֹמַר שֶׁאֵין מְעַכְּבָא וְהָכִי אָמְרִינַן פֶּרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים נב.) גַּבֵּי פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ וְאֵת כָּל הַדָּם יִשְׁפֹּוךְ אֶל יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ נִתְּקוֹ הַכָּתוּב וַעֲשָׂאוֹ שְׁיָרֵי מִצְוָה ופירש"י מִדְּשִׁינָּה בְּחִילּוּק לְשׁוֹנוֹ דְּבִתְחִילַּת מַתָּנוֹת כְּתִיב וְהִזָּה וְנָתַן וְהָכָא כָּתַב יִשָּׁפֵךְ וְלֹא כָּתַב וְשָׁפַךְ וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דִּפְלִיג הָתָם וְאִית לֵיהּ דְּשִׁירַיִם הַפְּנִימִיִּים מְעַכְּבִי הַיְינוּ מִדִּכְתִיב ביוה"כ (וַיִּקְרָא ט״ז:כ׳) וְכַלָּה מְכַפֵּר וְדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ אִם כִּלָּה כִּפֵּר וְאִם לֹא כִּלָּה לֹא כִּפֵּר וְגָמְרִי פְּנִימִיִּים. . מְהֻדְּדֵי הָתָם בְּפֶרֶק ב"ש (זְבָחִים מ.) אֲבָל בְּשִׁירַיִם הַחִיצוֹנִים לֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג מִיהוּ בִּירוּשַׁלְמִי קָאָמַר סְמִיכָה וּשְׁיָרֵי הַדָּם שֶׁאֵין מְעַכֵּב לְדוֹרוֹת אֵין מְעַכֶּבֶת כָּאן וּמַשְׁמַע דִּפְלִיגִי נָמֵי בְּשִׁירַיִם אֲבָל תֵּימַהּ לִי לֵימָא הַקְטָרַת אֵימוּרִים דִּכְתִיב בְּהַהוּא עִנְיָנָא וְאֵינָן מְעַכְּבִין לְדוֹרוֹת אִיכָּא בֵינַייְהוּ וי"ל דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא לָא מְעַכְּבִי דְּהָא דְּאֵינָן מְעַכְּבִין לְדוֹרוֹת הַיְינוּ מִשּׁוּם דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ז׳:ל״א) וְהָיָה הֶחָזֶה לְאַהֲרֹן וּלְבָנָיו וְדָרְשִׁינַן בר"פ תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים נט:) יָכוֹל נִטְמְאוּ אֵימוּרִים אוֹ שֶׁאָבְדוּ לֹא יִהְיוּ כֹּהֲנִים זַכָּאִין בְּחָזֶה וָשׁוֹק תַּלְמוּד לוֹמַר וְהָיָה הֶחָזֶה לְאַהֲרֹן וּלְבָנָיו מ"מ וְגַבֵּי מִלּוּאִים נָמֵי כְּתִיב גַּבֵּי חָזֶה וְהָיָה לְאַהֲרֹן וּלְבָנָיו וְנִדְרוֹשׁ מֵהָתָם וְהָיָה לְאַהֲרֹן וּלְבָנָיו מִכָּל מָקוֹם:
La semikha est la nafka mina — Il m'est difficile [de comprendre] pourquoi il ne dit pas également que les résidus [du sang, chirayim] seraient une nafka mina : car pour celui qui dit que tout ce qui est écrit à leur sujet invalide, ils invalideraient — puisqu'il est écrit (Lev 8:15, aux milouim) 'et il versa le sang au fondement de l'autel', et à propos du hatat il est écrit (Ex 29:12) 'et tout le sang tu verseras au fondement de l'autel' ; et pour celui qui dit qu'une chose n'invalidant pas pour les générations n'invalide pas [ici], ils n'invalideraient pas. Et l'on peut dire (ve-yech lomar) que pour tous les avis les chirayim n'invalident pas ici — car même les quatre applications (matanot) du hatat n'invalident pas : une seule d'entre elles [suffit], comme il est écrit (ibid.) 'et tu donneras sur les cornes (karnot) de l'autel' — 'karnot' est écrit [défectif, se lisant] 'keren', [donc] une seule corne invalide, et pas davantage. Et même pour celui qui tient 'yech em la-mikra' (on suit la vocalisation), les chirayim n'invalident pas : du fait qu'à propos du hatat il est écrit 'et tout le sang tu verseras' et non 'et tu verseras tout le sang au fondement de l'autel' comme au début des applications où il est écrit 'et tu donneras sur les cornes' — l'Écriture a donc détaché [ce reste] et en a fait un 'chirei mitsva', pour dire qu'il n'invalide pas. Et ainsi disons-nous au chapitre Eizehou Mekoman (Zevahim 52a) à propos du taureau du Cohen oint : 'et tout le sang il versera au fondement de l'autel' — l'Écriture l'a détaché et en a fait un 'chirei mitsva' ; et Rachi explique : du fait qu'elle a changé sa formulation, car au début des applications il est écrit 've-hizza' et 've-natan', tandis qu'ici elle a écrit 'yichpokh' et non 've-chafakh'. Et même celui qui la-bas conteste et tient que les résidus intérieurs (penimiim) invalident, c'est du fait qu'à propos de Yom Kippour il est écrit (Lev 16:20) 've-khilla mi-kapper' et l'on en tire 'si achevé, expie ; si non achevé, n'expie pas' — et l'on apprend les [résidus] intérieurs l'un de l'autre au chapitre Beit Chammai (Zevahim 40a) ; mais sur les résidus extérieurs (hitzonim) nul ne conteste. Toutefois, dans le Yerouchalmi il est dit : 'la semikha et les résidus du sang, qui n'invalident pas pour les générations, n'invalident pas ici' — ce qui implique qu'on diverge aussi sur les chirayim. Mais il m'est difficile : qu'il dise donc que le brûlage des emourim (parties grasses), écrit dans ce même contexte et n'invalidant pas pour les générations, serait une nafka mina ! Et l'on peut dire que pour tous ils n'invalident pas ici : car s'ils n'invalident pas pour les générations, c'est parce qu'il est écrit (Lev 7:31) 'et la poitrine sera pour Aaron et ses fils', et l'on tire au début du chapitre Tamid Nichhat (Pessahim 59b) : 'j'aurais pu penser que si les emourim ont été rendus impurs ou perdus, les cohanim n'auraient pas droit à la poitrine et à la cuisse — le verset dit : et la poitrine sera pour Aaron et ses fils, en tout cas (mi-kol makom)' ; et aux milouim aussi il est écrit à propos de la poitrine 'et elle sera pour Aaron et ses fils', et nous en tirerions [pareillement] 'et elle sera pour Aaron et ses fils, en tout cas'.
💡 Explication

Le daf poursuit la mahloket de 4b entre R. Yo'hanan ('kol ha-katuv bahen me'akev' — tout détail écrit à propos des offrandes d'investiture invalide s'il est omis) et R. Hanina (seul ce qui invalide pour les générations, ledorot, invalide aussi aux milouim). Cinq Amoraim vont proposer chacun un détail concret qui les départage.

Rav Yossef : la semikha. Elle n'invalide pas ledorot (segments suivants) ; elle est donc le point litigieux — invalidante aux milouim pour R. Yo'hanan, non pour R. Hanina.

🖼️ Schéma
Yoma 5a — cinq nafka minot entre R. Yo'hanan et R. Hanina Mahloket de 4b : aux milouim (investiture), tout détail écrit invalide-t-il s'il est omis, même s'il n'invalide pas pour les générations ? R. Yo'hanan : kol ha-katuv me'akev R. Hanina : seul ce qui invalide LEDOROT invalide (chaque détail ci-dessous N'invalide PAS pour les générations -> ne l'invalide pas ici) Rav Yossef : la SEMIKHA (imposition des mains sur la victime) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : 've-samakh... ve-nirtsa' (Lev 1:4). La semikha n'expie pas (ein kappara ela be-dam) -> elle n'est qu'un 'chirei mitsva' : omise, l'offrande expie quand même. Rav Nahman b. Yitzhak : la TENUFA (balancement de l'offrande) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : 'le-tenufa le-khapper' (Lev 14:21). Même darcha : la tenufa n'expie pas -> 'chirei mitsva', omise, l'offrande expie quand même. Rav Pappa : PERICHAT CHIVA (isolement 7 jours) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : la Michna dit 'matkinin' (on désigne un remplaçant) et non 'mafrichin' (on l'isole) -> l'isolement n'est pas indispensable au service. Ravina : RIBBUY 7 + MECHIHA 7 (revêtir les 8 habits 7 j. + onction 7 j.) Preuve ledorot : 'asher yimach... va-acher yemalle' (Lev 16:32) -> mi-kol makom : 7/7, 7/1 ou 1/7 jours, la nomination est valide. Donc 7 jours pleins ne sont pas indispensables ledorot. Structure commune : chaque détail est prouvé non-indispensable LEDOROT, puis reste en litige aux MILOUIM La nafka mina n'existe que là où le détail est écrit aux milouim ET n'invalide pas pour les générations. Clôture du daf : ta'ama de R. Yo'hanan R. Yitzhak bar Bisna : 've-assita... KAKHA' (Ex 29:35) — le mot 'kakha' (ainsi) est une expression d'invalidation (ikkouva).
Les cinq détails qui départagent R. Yo'hanan et R. Hanina. Rav Yossef ouvre la série avec la semikha.
2
וּלְדוֹרוֹת מְנָא לַן דְּלָא מְעַכְּבָא? דְּתַנְיָא: ״וְסָמַךְ״ ״וְנִרְצָה״. וְכִי סְמִיכָה מְכַפֶּרֶת? וַהֲלֹא אֵין כַּפָּרָה אֶלָּא בְּדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי הַדָּם הוּא בַּנֶּפֶשׁ יְכַפֵּר״!

Et pour les générations, d'où savons-nous que [l'omission de la semikha] n'invalide pas ? D'une baraita : le verset dit 've-samakh' (il posera sa main sur la tête de l'holocauste) [puis] 've-nirtsa lo le-khapper' (et il sera agréé pour lui, pour expier).

Or la semikha expie-t-elle ? Mais il n'y a d'expiation que par le sang, ainsi qu'il est dit : 'car c'est le sang qui expie par l'âme' (Lev 17:11) !

💡 Explication

Preuve que la semikha n'invalide pas ledorot. Le verset (Lev 1:4) semble lier la semikha à l'agrément (nirtsa) et à l'expiation — comme si, sans elle, l'offrande n'expiait pas. La guemara objecte : l'expiation ne vient que du sang (Lev 17:11), pas de la semikha. Le verset doit donc enseigner autre chose (segment suivant).

3
וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״וְסָמַךְ״ ״וְנִרְצָה״? שֶׁאִם עֲשָׂאָהּ לִסְמִיכָה שְׁיָרֵי מִצְוָה — מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ לֹא כִּפֵּר, וְכִפֶּר!

Alors que vient enseigner '[il posera la main]... et il sera agréé' ? Que si l'on a traité la semikha comme un résidu de mitsva (chirei mitsva, un accessoire négligeable) [et qu'on l'a omise] — l'Écriture le lui compte comme s'il n'avait pas expié ; et pourtant il a expié !

[Donc la semikha n'invalide pas ledorot ; et selon R. Yo'hanan elle invalide néanmoins aux milouim.]

📜 Rachi (3)
שְׁיָרֵי מִצְוָה כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא חָשׁ לַחְשֹׁוב אוֹתָהּ מִצְוָה וְלֹא סָמַךְ:
Chirei mitsva — c'est-à-dire qu'il n'a pas pris soin de tenir compte de cette mitsva et n'a pas fait la semikha.
כְּאִילּוּ לֹא כִּיפֵּר מִן הַמֻּובְחָר:
Comme s'il n'avait pas expié — [pas expié] de la manière optimale (min ha-mouvhar).
וְכִיפֵּר (דְּאֵין כַּפָּרָה אֶלָּא בְּדָם) כִּדְאָמְרִינַן בִּזְבָחִים (דַּף ו.) כִּיפֵּר לְגַבְרָא דְּעִיקַּר כַּפָּרָה בְּדָם אֲבָל לֹא כִּיפֵּר נָמֵי (שֶׁלֹּא קִייֵּם) מִצְוַת קוֹנוֹ מִן הַמֻּובְחָר:
Et il a expié — (car il n'y a d'expiation que par le sang) comme nous disons dans Zevahim (6a) : il a expié pour l'homme (kipper la-gavra), car l'essentiel de l'expiation est dans le sang ; mais il n'a pas non plus [pleinement] accompli la mitsva de son Maître de la manière optimale.
💡 Explication

Réponse : le verset n'enseigne pas que la semikha est indispensable, mais qu'elle est un chirei mitsva (partie accessoire du rite). Qui l'omet a un manque — 'comme s'il n'avait pas expié' — mais l'offrande expie tout de même (ki, 've-kipper'). Autrement dit : l'omission diminue la qualité de la mitsva, elle ne l'invalide pas. La semikha n'invalide donc pas pour les générations.

🖼️ Schéma
Le raisonnement type : pourquoi semikha et tenufa n'invalident pas ledorot Applique deux fois à l'identique : sur 've-samakh...ve-nirtsa' (semikha) et sur 'le-tenufa le-khapper' (tenufa) Le verset lie le rite (semikha / tenufa) à l'expiation (nirtsa / le-khapper) Lecture naïve : sans ce rite, pas d'expiation -> il invaliderait Objection : le rite expie-t-il vraiment ? 'Ein kappara ela be-dam' — il n'y a d'expiation que par le SANG (Lev 17:11) Alors que vient enseigner le verset ? Le rite est un 'chirei mitsva' (accessoire) : l'omettre est un manque, non une invalidation 'ke-ilou lo kipper — ve-kipper' : comme s'il n'avait pas expié... et pourtant il a expié Rachi/Zevahim 6a : kipper LA-GAVRA (l'homme est acquitté, l'essentiel étant le sang) ; lo kipper 'min ha-mouvhar' (il n'a pas accompli la mitsva de la manière optimale). -> Ledorot : n'invalide PAS.
Le même raisonnement 'X n'expie pas -> chirei mitsva' vaudra ensuite pour la tenufa (seg. 4).
4
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: תְּנוּפָה אִיכָּא בֵינַייְהוּ. לְמַאן דְּאָמַר כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן — מְעַכְּבָא. וּלְמַאן דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מְעַכֵּב לְדוֹרוֹת אֵין מְעַכֵּב בָּהֶן — לָא מְעַכְּבָא.

Rav Nahman bar Yitzhak dit : la tenufa (balancement de l'offrande) est la différence pratique entre eux. Pour celui qui dit que tout ce qui est écrit à leur sujet les invalide — [la tenufa] invalide ; et pour celui qui dit qu'une chose qui n'invalide pas pour les générations n'invalide pas ici — elle n'invalide pas.

💡 Explication

Deuxième proposition. Rav Nahman bar Yitzhak refuse la semikha comme nafka mina (peut-être estime-t-il qu'elle invalide même ledorot, ou pour une autre raison) et propose la tenufa, avec exactement la même structure de débat.

5
וּלְדוֹרוֹת מְנָא לַן דְּלָא מְעַכְּבָא? דְּתַנְיָא: ״לִתְנוּפָה לְכַפֵּר״. וְכִי תְּנוּפָה מְכַפֶּרֶת? וַהֲלֹא אֵין כַּפָּרָה אֶלָּא בְּדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי הַדָּם הוּא בַּנֶּפֶשׁ יְכַפֵּר״! וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״לִתְנוּפָה לְכַפֵּר״? שֶׁאִם עֲשָׂאָהּ לִתְנוּפָה שְׁיָרֵי מִצְוָה — מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ לֹא כִּפֵּר, וְכִפֶּר.

Et pour les générations, d'où savons-nous qu'elle n'invalide pas ? D'une baraita : le verset dit 'le-tenufa le-khapper' (pour être balance, pour expier — Lev 14:21).

Or la tenufa expie-t-elle ? Mais il n'y a d'expiation que par le sang, ainsi qu'il est dit : 'car c'est le sang qui expie par l'âme' (Lev 17:11) !

Et que vient donc enseigner 'le-tenufa le-khapper' ? Que si l'on a traité la tenufa comme un résidu de mitsva [et qu'on l'a omise] — l'Écriture le lui compte comme s'il n'avait pas expié ; et pourtant il a expié pour lui.

💡 Explication

Même démonstration que pour la semikha, mot pour mot, appliquée au verset du metzora (Lev 14:21) : la tenufa n'expie pas (seul le sang expie), elle n'est qu'un chirei mitsva, son omission ne l'invalide pas ledorot. Reste donc, comme la semikha, une nafka mina possible aux milouim.

6
רַב פָּפָּא אָמַר: פְּרִישַׁת שִׁבְעָה אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. לְמַאן דְּאָמַר כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן — מְעַכְּבָא. לְמַאן דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מְעַכֵּב לְדוֹרוֹת אֵינוֹ מְעַכֵּב בָּהֶן — לָא מְעַכְּבָא.

Rav Pappa dit : l'isolement de sept jours (perichat chiva) est la différence pratique entre eux. Pour celui qui dit que tout ce qui est écrit à leur sujet les invalide — [l'isolement] invalide ; pour celui qui dit qu'une chose qui n'invalide pas pour les générations n'invalide pas ici — il n'invalide pas.

💡 Explication

Troisième proposition. Rav Pappa retient l'isolement (perisha) de sept jours imposé au Cohen avant le service — sujet même du début de Yoma. Prouve non-indispensable ledorot au segment suivant.

7
וּלְדוֹרוֹת מְנָא לַן דְּלָא מְעַכְּבָא? מִדְּקָא תָּנֵי ״מַתְקִינִין״, וְלָא קָתָנֵי ״מַפְרִישִׁין״.

Et pour les générations, d'où savons-nous qu'il n'invalide pas ? De ce que [la Michna] enseigne 'on prépare (matkinin)' [un autre cohen en remplacement] et n'enseigne pas 'on isole (mafrichin)' [ce remplaçant].

📜 Rachi (1)
וְלָא קָתָנֵי מַפְרִישִׁין ואע"פ שֶׁלֹּא הֻופְרַשׁ אִם יֶאֱרַע פְּסוּל בָּרִאשׁוֹן יַעֲבֹוד זֶה הַשֵּׁנִי שְׁמַע מִינָּה פְּרִישָׁה לָא מְעַכְּבָא (בָּהּ) עֲבוֹדָה:
Et n'enseigne pas 'on isole' — et bien qu'il n'ait pas été isolé, si un empêchement (passoul) survient au premier [cohen], ce second officiera ; apprends-en que l'isolement n'invalide pas le service.
💡 Explication

Preuve tirée de la formulation de la Michna d'ouverture (Yoma 2a) : on désigne/prépare (matkinin) un cohen de réserve, sans dire qu'on l'isole (mafrichin) sept jours. Or ce remplaçant pourrait officier à Yom Kippour sans avoir été isolé — signe que l'isolement n'invalide pas le service pour les générations.

8
רָבִינָא אָמַר: רִיבּוּי שִׁבְעָה וּמְשִׁיחָה שִׁבְעָה, אִיכָּא בֵינַייְהוּ. לְמַאן דְּאָמַר כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב בָּהֶן — מְעַכְּבָא. לְמַאן דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מְעַכֵּב לְדוֹרוֹת אֵין מְעַכֵּב בָּהֶן — לָא מְעַכְּבָא.

Ravina dit : le ribbuy de sept [jours] (revêtir les habits multiples du grand prêtre) et la mechiha de sept [jours] (l'onction) sont la différence pratique entre eux. Pour celui qui dit que tout ce qui est écrit à leur sujet les invalide — cela invalide ; pour celui qui dit qu'une chose qui n'invalide pas pour les générations n'invalide pas ici — cela n'invalide pas.

📜 Rachi (3)
רִיבּוּי שִׁבְעָה שֶׁיְּשַׁמֵּשׁ כ"ג שִׁבְעָה יָמִים רְצוּפִים כְּשֶׁמְּמַנִּין אוֹתוֹ בִּכְהֻונָּה גְּדוֹלָה וְיִלְבַּשׁ שְׁמוֹנָה בְּגָדִים בִּשְׁעַת עֲבוֹדָה וְרִיבּוּי לְשׁוֹן מְרַבֶּה מְרֻובֵּה בְּגָדִים שֶׁהוּא מְשַׁמֵּשׁ בִּשְׁמוֹנָה וְהַהֶדְיוֹט בְּאַרְבָּעָה:
Ribbuy de sept — qu'il serve comme Cohen gadol sept jours consécutifs lorsqu'on le nomme au grand pontificat, et qu'il revête les huit habits durant le service ; 'ribbuy' est un terme d'abondance : celui qui sert avec huit [habits] est le [grand prêtre] aux habits multiples, tandis que le simple cohen [sert] avec quatre.
מְשִׁיחַת שִׁבְעָה [שֶׁיִּתְּנוּ שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה עַל רֹאשׁוֹ וּבֵין רִיסֵּי עֵינָיו ז' יָמִים] רְצוּפֵין:
Onction de sept — [qu'on verse l'huile d'onction sur sa tête et entre les cils de ses yeux] sept jours consécutifs.
כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן ז' יָמִים יְמַלֵּא וְגוֹ' (וַיִּקְרָא ח׳:ל״ג) וְכָל מִילּוּי יָדַיִם הָאָמוּר שָׁם לְבִישַׁת בְּגָדִים הוּא שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת כ״ט:כ״ט) וּבִגְדֵי הַקֹּודֶשׁ אֲשֶׁר לְאַהֲרֹן יִהְיוּ לְבָנָיו אַחֲרָיו לְמָשְׁחָה בָהֶם וְגוֹ' וּמְשִׁיחָה נָמֵי כָּל שִׁבְעָה מִדְּאִיתַּקַּשׁ מְשִׁיחָה לְרִיבּוּי:
Tout ce qui est écrit à leur sujet — 'sept jours... tu rempliras [leurs mains]' (Lev 8:33) ; et tout 'remplissage des mains' mentionné là désigne le revêtement des habits, car il est dit (Ex 29:29) 'et les habits sacrés d'Aaron seront à ses fils après lui, pour être oints en eux...' ; et l'onction aussi [dure] tous les sept [jours], du fait qu'elle est mise en parallèle (hekech) avec le ribbuy.
💡 Explication

Quatrième proposition, double. Lors de l'investiture d'un nouveau Cohen gadol, on le revêt des huit habits pendant sept jours (ribbuy — de ribbuy begadim, l'abondance des habits : huit pour le CG, quatre pour le simple cohen) et on l'oint sept jours (mechiha). Ravina en fait la nafka mina.

🖼️ Schéma
Ribbuy (habits) et mechiha (onction) : quelles combinaisons investissent le Cohen gadol ? 'Chivat yamim yilbachem' (Ex 29:30) ne couvre que le cas 7/7. Les autres viennent de 'asher yimach... va-acher yemalle' -> mi-kol makom. Revêtu 7 j. + oint 7 j. valide (verset explicite Ex 29:30) Revêtu 7 j. + oint 1 j. valide (mi-kol makom) Revêtu 1 j. + oint 7 j. valide (mi-kol makom) 'asher yimach OTO va-acher yemalle et yado' -> 'mi-kol makom' : la nomination tient dans les trois cas. Distinguer deux plans : l'INVALIDATION (me'akev) vs l'exigence initiale (lekhat'hila) Le verset exclut l'invalidation. Mais 7 jours restent requis lekhat'hila, pour la mitsva. Mechiha 7 j. lekhat'hila, d'où ? (seg. 10-11) Hekech (parallèle) 'la-mochha bahem u-le-malle' (Ex 29:29) : mechiha assimilée au ribbuy -> 7 jours comme lui.
Ribbuy et mechiha : combinaisons de jours (7/7, 7/1, 1/7) et distinction invalidation vs exigence initiale.
9
וּלְדוֹרוֹת מְנָא לַן דְּלָא מְעַכְּבָא? דְּתַנְיָא: ״וְכִפֶּר הַכֹּהֵן אֲשֶׁר יִמְשַׁח אֹותוֹ וַאֲשֶׁר יְמַלֵּא אֶת יָדוֹ לְכַהֵן תַּחַת אָבִיו״, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר?

Et pour les générations, d'où savons-nous que cela n'invalide pas ? D'une baraita : 'et le prêtre qui aura été oint et qui aura été consacré pour servir à la place de son père' (Lev 16:32) — que vient enseigner [ce verset] ?

📜 Rachi (2)
וְכִפֶּר הַכֹּהֵן אֲשֶׁר יִמְשַׁח אֹותוֹ גַּבֵּי יוה"כ בְּאַחֲרֵי מוֹת כְּתִיב:
Et le prêtre qui aura été oint — [écrit] à propos de Yom Kippour, dans la section Aharei Mot.
מַה תַּלְמוּד לוֹמַר אִם לְלַמֵּד שֶׁתִּהְיֶה עֲבוֹדָה בכ"ג וַהֲלֹא כָּל הַפָּרָשָׁה בְּאַהֲרֹן נֶאֶמְרָה בְּזֹאת יָבֹא אַהֲרֹן וְנָתַן אַהֲרֹן וְהִקְרִיב אַהֲרֹן וּבָא אַהֲרֹן (וַיִּקְרָא ט״ז:ג׳):
Que vient enseigner — si c'est pour enseigner que le service se fait par le Cohen gadol, mais toute la section est dite à propos d'Aaron : 'be-zot yavo Aharon', 've-natan Aharon', 've-hikriv Aharon', 'ou-va Aharon' (Lev 16:3) [donc ce n'est pas ce que le verset ajoute].
💡 Explication

Preuve que ribbuy et mechiha de sept jours n'invalident pas ledorot. La baraita interroge le verset de Yom Kippour (Lev 16:32) : s'il vient seulement dire que le service se fait par le Cohen gadol, c'est déjà connu, car toute la section parle d'Aaron. Il doit donc enseigner autre chose (segment suivant).

10
לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׁבְעַת יָמִים יִלְבָּשָׁם הַכֹּהֵן תַּחְתָּיו מִבָּנָיו״, אֵין לִי אֶלָּא נִתְרַבָּה שִׁבְעָה וְנִמְשַׁח שִׁבְעָה. נִתְרַבָּה שִׁבְעָה וְנִמְשַׁח יוֹם אֶחָד, נִתְרַבָּה יוֹם אֶחָד וְנִמְשַׁח שִׁבְעָה מִנַּיִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֲשֶׁר יִמְשַׁח אֹותוֹ וַאֲשֶׁר יְמַלֵּא אֶת יָדוֹ״ — מִכָּל מָקוֹם.

Puisqu'il est dit : 'sept jours les revêtira le prêtre [qui vient] à sa place, d'entre ses fils' (Ex 29:30), je n'ai [comme cas] que celui qui a été revêtu sept [jours] et oint sept [jours]. Celui qui a été revêtu sept et oint un jour, celui qui a été revêtu un jour et oint sept — d'où [sait-on qu'il est investi] ?

Le verset dit : 'qui aura été oint et qui aura été consacré' — en tout cas (mi-kol makom).

📜 Rachi (3)
לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּפָרָשַׁת וְאַתָּה תְּצַוֶּה שִׁבְעַת יָמִים יִלְבָּשָׁם הַכֹּהֵן תַּחְתָּיו מִבָּנָיו הָעוֹמֵד תַּחַת אַהֲרֹן בִּכְהֻונָּה גְּדוֹלָה אֲשֶׁר יָבֹא בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אֶל אֹהֶל מוֹעֵד לְשָׁרֵת בַּקֹּדֶשׁ:
Puisqu'il est dit — dans la section Ve-atta Tetzave : 'sept jours les revêtira le prêtre [qui vient] à sa place, d'entre ses fils', celui qui tient la place d'Aaron dans le grand pontificat, qui entrera le jour de Kippour dans la tente d'assignation pour servir dans le sanctuaire.
אֵין לִי אֶלָּא שֶׁיְּהֵא כָּשֵׁר לָבֹא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אֶלָּא מִי שֶׁנִּתְרַבָּה שִׁבְעָה וְנִמְשַׁח שִׁבְעָה כְּשֶׁנִּתְמַנָּה וּלְקַמֵּיהּ בָּעֵי מְשִׁיחָה שִׁבְעָה הֵיכָא כְּתִיבָא:
Je n'ai [comme cas] que — [le cas de celui qui est] apte à entrer dans la tente d'assignation le jour de Kippour, à savoir celui qui a été revêtu sept et oint sept lors de sa nomination ; et plus loin [la guemara] demande : la mechiha de sept [jours], où est-elle écrite ?
אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת לָא גָּרְסִינַן:
'Même un instant' ne se lit pas [ce n'est pas la version exacte].
💡 Explication

La baraita répond : le verset explicite (Ex 29:30) ne couvre que le cas 7 jours revêtu + 7 jours oint. Les cas mixtes (7/1 et 1/7) sont valides par 'asher yimach... va-acher yemalle' — mi-kol makom (en tout cas). Donc sept jours pleins ne sont pas indispensables ledorot : la nomination tient même incomplète. C'est la preuve cherchée.

🖼️ Schéma
Ribbuy (habits) et mechiha (onction) : quelles combinaisons investissent le Cohen gadol ? 'Chivat yamim yilbachem' (Ex 29:30) ne couvre que le cas 7/7. Les autres viennent de 'asher yimach... va-acher yemalle' -> mi-kol makom. Revêtu 7 j. + oint 7 j. valide (verset explicite Ex 29:30) Revêtu 7 j. + oint 1 j. valide (mi-kol makom) Revêtu 1 j. + oint 7 j. valide (mi-kol makom) 'asher yimach OTO va-acher yemalle et yado' -> 'mi-kol makom' : la nomination tient dans les trois cas. Distinguer deux plans : l'INVALIDATION (me'akev) vs l'exigence initiale (lekhat'hila) Le verset exclut l'invalidation. Mais 7 jours restent requis lekhat'hila, pour la mitsva. Mechiha 7 j. lekhat'hila, d'où ? (seg. 10-11) Hekech (parallèle) 'la-mochha bahem u-le-malle' (Ex 29:29) : mechiha assimilée au ribbuy -> 7 jours comme lui.
Les trois combinaisons valides et la source 'mi-kol makom' ; puis la question de la mechiha 7 j. lekhat'hila.
11
אַשְׁכְּחַן רִיבּוּי שִׁבְעָה לְכַתְּחִלָּה, מְשִׁיחָה שִׁבְעָה לְכַתְּחִלָּה מְנָא לַן?

Nous avons trouvé [la source du] ribbuy de sept [jours] lekhat'hila (a priori, comme exigence initiale) ; la mechiha de sept [jours] lekhat'hila, d'où la tirons-nous ?

💡 Explication

Précision. La baraita a établi le ribbuy sept jours comme exigence initiale (lekhat'hila), même s'il n'invalide pas ledorot. Mais la mechiha sept jours lekhat'hila — sur quel verset s'appuie-t-elle ? Deux réponses au segment suivant.

12
אִיבָּעֵית אֵימָא מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמַעוֹטַהּ. וְאִיבָּעֵית אֵימָא דְּאָמַר קְרָא: ״וּבִגְדֵי הַקֹּדֶשׁ אֲשֶׁר לְאַהֲרֹן יִהְיוּ לְבָנָיו אַחֲרָיו לְמָשְׁחָה בָהֶם וּלְמַלֵּא בָם אֶת יָדָם״, אִיתַּקַּשׁ מְשִׁיחָה לְרִיבּוּי: מָה רִיבּוּי שִׁבְעָה, אַף מְשִׁיחָה שִׁבְעָה.

Si tu veux, dis : [on le tire] de ce que le verset a été nécessaire pour l'exclure (le-ma'ôte) [c'est-à-dire pour exclure l'invalidation, ce qui suppose que les deux, ribbuy et mechiha, valent sept jours]. Et si tu veux, dis : de ce que le verset dit 'et les habits sacrés d'Aaron seront à ses fils après lui, pour être oints en eux et pour remplir en eux leurs mains' (Ex 29:29) — la mechiha est mise en parallèle (hekech) avec le ribbuy : de même que le ribbuy est de sept [jours], de même la mechiha est de sept [jours].

🗂️ Tossefot (1)
אִיתַּקַּשׁ מְשִׁיחָה לְרִיבּוּי תֵּימַהּ לִי לְשִׁינּוּיָא קַמָּא דִּמְשַׁנֵּי דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמִעוּטָהּ וְלֵית לֵיהּ הַאי סְבָרָא דְּאִיתַּקַּשׁ מְשִׁיחָה לְרִיבּוּי הֵיכִי מִיפָּרְשָׁא בָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי אֵין לִי אֶלָּא שֶׁנִּמְשַׁח ז' וְהָא כָּל כַּמָּה דְּלָא מַייְתֵי קְרָא דַּאֲשֶׁר יִמְשַׁח אוֹתוֹ לָא יָדְעִינַן מְשִׁיחָה ז' אֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה וְיֵשׁ לוֹמַר מִסְּבָרָא הֲוָה קי"ל מְשִׁיחָה ז' מִדְּאַשְׁכְּחַן הָתָם מְשִׁיחָה וְרִיבּוּי וְגַלִּי בְּחַד מִינַּייְהוּ שִׁבְעָה הוּא הַדִּין בְּאִידָךְ וְיִלְמַד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ אֲבָל בָּתַר דְּמִיעֵט קְרָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ לְהַשַּׁ"ס מְשִׁיחַת שִׁבְעָה לְכַתְּחִילָּה מְנָא לַן אֵימָא רִיבּוּי דִּכְתִיב בְּהֶדְיָא הָוֵי שִׁבְעָה לְכַתְּחִילָּה אֲבָל מְשִׁיחָה נֵימָא כֵּיוָן דְּאִימְּעִיט אִימַּעוּט לְגַמְרֵי מִשִּׁבְעָה וְלָא נִיבְעֵי מְשִׁיחָה אֶלָּא פַּעַם אַחַת וּמְשַׁנֵּי מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לִמְעוּטֵי אַלְמָא סְבָרָא הוּא לְהַשְׁווֹת מְשִׁיחָה לְרִיבּוּי וְאִם כֵּן אע"ג דְּאִמְּעִיטוּ תַּרְוַיְיהוּ מֵעִיכּוּבָא מ"מ לְמִצְוָה בָּעֵי כָּל ז':
La mechiha est mise en parallèle (hekech) avec le ribbuy — Il m'est difficile : selon la première réponse (chinouya kama) qui répond que le verset est nécessaire pour l'exclure (le-ma'ôte) et qui n'admet pas ce raisonnement du hekech de la mechiha au ribbuy, comment expliquer la baraita qui enseigne 'je n'ai [comme cas] que celui qui a été oint sept [jours]' ? Car tant qu'on n'a pas apporté le verset 'acher yimach oto', on ne sait pas [que] la mechiha [est de] sept [jours], même lekhat'hila ! Et l'on peut dire : par raisonnement (mi-sevara) nous tenions déjà que la mechiha est de sept, du fait qu'on trouve là [ensemble] la mechiha et le ribbuy et que l'Écriture a révélé sur l'un d'eux 'sept' — il en va de même pour l'autre, et 'le point obscur s'apprend du point explicite' (yilmad satum min ha-meforach). Mais après que le verset a exclu [l'invalidation], le Talmud se demande : la mechiha [de] sept lekhat'hila, d'où la tirons-nous ? Peut-être le ribbuy, écrit explicitement, est [de] sept lekhat'hila, mais la mechiha — disons que, puisqu'elle a été exclue [de l'invalidation], elle est exclue complètement des sept, et l'on n'exigerait la mechiha qu'une seule fois ? Et il répond : du fait que le verset est nécessaire pour exclure, c'est donc un raisonnement d'égaliser la mechiha au ribbuy ; et ainsi, bien que tous deux aient été exclus de l'invalidation (me-'ikkouva), néanmoins pour la mitsva il faut tous les sept [jours].
💡 Explication

Deux voies pour fonder la mechiha sept jours lekhat'hila :

1. Le-ma'ôte : si l'Écriture a dû un verset spécial pour exclure l'invalidation, c'est qu'elle présupposait mechiha et ribbuy égaux — donc sept jours pour les deux.

2. Hekech : le verset (Ex 29:29) accole 'oints' et 'remplir les mains' (= revêtir les habits) ; ce parallèle transfère à la mechiha ce qui vaut pour le ribbuy — sept jours.

13
מַאי טַעְמָא דְּמַאן דְּאָמַר כָּל הַכָּתוּב בָּהֶן מְעַכֵּב? אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר בִּיסְנָא, אֲמַר קְרָא: ״וְעָשִׂיתָ לְאַהֲרֹן וּלְבָנָיו כָּכָה״. ״כָּכָה״ עִיכּוּבָא הוּא. תִּינַח כָּל

Quelle est la raison de celui qui dit que tout ce qui est écrit à leur sujet invalide ? R.

Yitzhak bar Bisna dit : le verset dit 'et tu feras à Aaron et à ses fils ainsi (kakha)' (Ex 29:35). 'Kakha' [signifie] invalidation (ikkouva) [tout doit être fait exactement ainsi]. Cela va bien pour tout [ce qui...] [la guemara poursuit en 5b].

💡 Explication

Après avoir cerné les nafka minot, la guemara cherche le fondement de chaque position. Pour R. Yo'hanan (kol ha-katuv me'akev), R. Yitzhak bar Bisna invoque 've-assita le-Aharon... KAKHA' (Ex 29:35) : le mot kakha ('ainsi', 'de cette manière-là exactement') est un terme d'invalidation — tout ce qui est écrit doit être exécuté à la lettre, faute de quoi l'investiture est invalide. La guemara commencera ensuite à nuancer ('tinah kol...') et continue en 5b.

🖼️ Schéma
Yoma 5a — cinq nafka minot entre R. Yo'hanan et R. Hanina Mahloket de 4b : aux milouim (investiture), tout détail écrit invalide-t-il s'il est omis, même s'il n'invalide pas pour les générations ? R. Yo'hanan : kol ha-katuv me'akev R. Hanina : seul ce qui invalide LEDOROT invalide (chaque détail ci-dessous N'invalide PAS pour les générations -> ne l'invalide pas ici) Rav Yossef : la SEMIKHA (imposition des mains sur la victime) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : 've-samakh... ve-nirtsa' (Lev 1:4). La semikha n'expie pas (ein kappara ela be-dam) -> elle n'est qu'un 'chirei mitsva' : omise, l'offrande expie quand même. Rav Nahman b. Yitzhak : la TENUFA (balancement de l'offrande) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : 'le-tenufa le-khapper' (Lev 14:21). Même darcha : la tenufa n'expie pas -> 'chirei mitsva', omise, l'offrande expie quand même. Rav Pappa : PERICHAT CHIVA (isolement 7 jours) R. Yo'hanan : invalide | R. Hanina : non Preuve ledorot : la Michna dit 'matkinin' (on désigne un remplaçant) et non 'mafrichin' (on l'isole) -> l'isolement n'est pas indispensable au service. Ravina : RIBBUY 7 + MECHIHA 7 (revêtir les 8 habits 7 j. + onction 7 j.) Preuve ledorot : 'asher yimach... va-acher yemalle' (Lev 16:32) -> mi-kol makom : 7/7, 7/1 ou 1/7 jours, la nomination est valide. Donc 7 jours pleins ne sont pas indispensables ledorot. Structure commune : chaque détail est prouvé non-indispensable LEDOROT, puis reste en litige aux MILOUIM La nafka mina n'existe que là où le détail est écrit aux milouim ET n'invalide pas pour les générations. Clôture du daf : ta'ama de R. Yo'hanan R. Yitzhak bar Bisna : 've-assita... KAKHA' (Ex 29:35) — le mot 'kakha' (ainsi) est une expression d'invalidation (ikkouva).
Clôture : le ta'ama de R. Yo'hanan repose sur 'kakha' (Ex 29:35), terme d'invalidation.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).