Sougya : Ce daf clôt l'enquête sur l'investiture des cohanim (milouim). Première question : un détail écrit seulement dans la section de la RÉALISATION (Lev 8), et non dans celle du COMMANDEMENT (Ex 29), invalide-t-il aussi l'inauguration s'il manque ?
Trois réponses : la guezera chava 'pétach'-'pétach' (Rav Nahman bar Yitzhak), 've-chmartem et michmeret Hachem' (Rav Mecharchia), et 'ki khen tzuvéiti' (Rav Achi). Une baraita distingue alors trois expressions du commandement (Lev 8-10) et leur enseignement, dont l'obligation de manger la mincha du huitième jour même en état d'aninout.
R. Yossi bar Hanina ajoute, par le vav de 've-zeh ha-davar' et une guezera chava 'zeh'-'zeh', les caleçons et le dixième d'épha ; R.
Yo'hanan au nom de Rachbi ajoute que même la lecture publique de la section (mikra paracha) est indispensable. Le daf s'achève sur l'ordre du revêtement : consensus sur la tunique et la mitre (Aharon d'abord), litige sur la ceinture (Aharon puis ses fils, ou tous simultanément), dont la résolution ouvre 6à.
[On vient d'établir (5à) que] ce qui est écrit dans ce contexte-ci [la section du commandement des milouim, dans Vé-atta Tetzave (Ex 29)] [invalide l'investiture s'il manque]. Mais ce qui N'est PAS écrit dans ce contexte-ci — [et ne figure que dans la section de la réalisation, Tzav et Aharon (Lev 8)] — d'où tirons-nous [qu'il invalide également] ?
La guemara poursuit la sougya des milouim (l'investiture des cohanim). En 5a on a établi qu'un détail écrit dans la section du commandement (tzavaa, Ex 29) est indispensable (me'akev) : s'il est omis, l'investiture est invalide. Reste une question : certains détails ne figurent QUE dans la section de la réalisation (asiya, Lev 8), pas dans le commandement. D'où sait-on qu'eux aussi invalident ?
Rav Nahman bar Yitzhak dit : on l'apprend par une guezera chava (analogie verbale) 'pétach' — 'pétach' [le mot 'entrée' (pétach ohel moed) figure dans les deux sections des milouim : dans le commandement (Ex 29:32) et dans la réalisation (Lev 8:31) ; ce qui est écrit dans les deux est donc indispensable]. Rav Mecharchia dit : ['ve-chmartem et michmeret Hachem' (Lev 8:35), écrit dans la réalisation elle-même,] indique l'invalidation (ikkouva) [nul besoin de guezera chava].
Rav Achi dit : 'ki khen tzuvéiti' ('car ainsi il m'a été ordonné', Lev 8:35) — [c'est de là qu'on tire] l'invalidation.
Trois réponses à la question du segment précédent :
Rav Nahman bar Yitzhak : une guezera chava sur le mot 'pétach' (entrée), qui apparaît à la fois dans le commandement et dans la réalisation, relie les deux sections — ce qui invalide dans l'une invalide dans l'autre.
Rav Mecharchia : pas besoin de l'analogie ; le verset de la réalisation lui-même, 'et vous garderez la garde de Hachem' (Lev 8:35), signifie 'observez TOUT ce qui est écrit' — donc l'omission invalide.
Rav Achi : c'est l'expression 'ki khen tzuvéiti' ('car ainsi il m'a été ordonné') qui porte l'invalidation.
Nos Maîtres ont enseigné : ['ki khen tzuvéiti' ('car ainsi il m'a été ordonné', Lev 8:35), 'ka'acher tzuvéiti' ('comme il m'a été ordonné', Lev 10:18), 'ka'acher tziva Hachem' ('comme Hachem l'a ordonné', Lev 10:15)]. 'Ki khen tzuvéiti' — [enseigne que] c'est en état d'aninout (deuil du premier jour) qu'on doit la manger [l'offrande]. 'Ka'acher tzuvéiti' — [Moche] le leur a dit au moment même de l'événement. 'Ka'acher tziva Hachem' — [et Moche précise :] ce n'est pas de moi-même que je le dis [mais sur ordre divin].
À propos de l'expression 'ki khen tzuvéiti', la guemara cite une baraita qui distingue trois formules proches, chacune enseignant une chose :
'Ki khen tzuvéiti' (Lev 8:35) : la mincha du huitième jour doit être mangée même en état d'aninout (le deuil du premier jour, après la mort de Nadav et Avihou) — d'ordinaire les kodachim sont interdits à l'onen.
'Ka'asher tzuvéiti' (Lev 10:18) : Moche le leur a dit au moment même de l'incident (à propos du bouc chatat que les fils d'Aharon avaient brûlé).
'Ka'asher tziva Hachem' (Lev 10:15) : Moche insiste — l'ordre vient de Hachem, non de sa propre initiative.
R. Yossi bar Hanina dit : les caleçons (mikhnasayim) ne sont pas écrits dans la section [des milouim] ; lorsque le verset dit 've-zeh ha-davar acher ta'aseh lahem le-kadech otam le-khahen li' ('et voici ce que tu leur feras pour les sanctifier afin qu'ils exercent Mon sacerdoce', Ex 29:1), [le vav 'et' vient] inclure les caleçons et le dixième d'épha (asirit ha-éifa).
À propos des éléments qui ne sont pas explicites dans la section, R. Yossi bar Hanina note que les caleçons (mikhnasayim) n'y figurent pas. Le vav initial de 've-zeh ha-davar' ('ET voici la chose') est un vav 'qui ajoute au sujet précédent' : il rattache le verset à ce qui précède (la confection des habits) et inclut ainsi les caleçons, ainsi que la asirit ha-éifa, le dixième d'épha que le cohen offre au jour de son investiture.
[La guemara demande :] soit, les caleçons — ils sont écrits dans le contexte des habits [voisin de notre section, on peut donc les inclure par le vav]. Mais le dixième d'épha, d'où le tirons-nous ?
[Réponse :] cela vient d'une [guezera chava] 'zeh' — 'zeh' : de 've-zeh korban Aharon ou-vanav acher yakrivou la-Hachem... asirit ha-éifa' ('voici l'offrande d'Aharon et de ses fils qu'ils offriront à Hachem... un dixième d'épha', Lev 6:13).
Objection : l'inclusion par le vav fonctionne pour les caleçons, car ils figurent dans le passage voisin sur les habits (Ex 28). Mais la asirit ha-éifa n'y figure nulle part à proximité — d'où la tirer ? Réponse : une guezera chava sur le mot 'zeh' (voici), commun à 've-ZEH ha-davar' (Ex 29:1) et 've-ZEH korban Aharon... asirit ha-éifa' (Lev 6:13). Le mot-crochet transfère l'obligation du dixième d'épha à l'investiture.
R. Yo'hanan dit au nom de R.
Chimon bar Yohai : d'où [sait-on] que même la lecture de la section (mikra paracha) est indispensable (me'akev) ? Le verset dit : 'Moche dit à l'assemblée : voici la chose que Hachem a ordonné de faire' (Lev 8:5) — [cela enseigne que] même la proclamation (dibbour) [de la section devant le peuple] est indispensable.
R. Yo'hanan, au nom de R. Chimon bar Yohai, ajoute un élément indispensable qui n'est pas un acte mais une parole : la lecture publique de la section des milouim. Le verset 'Moche dit à l'assemblée : voici la chose...' (Lev 8:5) montre que la proclamation (dibbour) de la section devant l'assemblée fait partie intégrante de l'investiture — l'omettre l'invalide.
Comment [Moche] les a-t-il revêtus [Aharon et ses fils, des habits sacerdotaux] ? [La guemara s'étonne :] 'Comment les a-t-il revêtus' ?!
Ce qui fut, fut (mai de-hava hava) — [quelle portée pratique cela a-t-il] ! Plutôt [la question serait] : comment les revêtira-t-il dans l'avenir (le-atid lavo) [à la résurrection des morts, quand le service sera rétabli] ?
[Rejet :] dans l'avenir aussi, lorsque viendront Aharon et ses fils, et Moche avec eux, [ils sauront eux-mêmes l'ordre] !
La guemara passe à l'ordre concret du revêtement. Première lecture : 'comment Moche les a-t-il revêtus ?' — mais on objecte : mai de-hava hava ('ce qui fut, fut'), l'ordre passé n'a pas de portée pratique. Deuxième lecture : 'comment les revêtira-t-il le-atid lavo (dans l'avenir), à la résurrection ?' — rejetée aussi : Aharon, ses fils et Moche reviendront eux-mêmes et connaîtront l'ordre. La vraie portée de la question sera précisée au segment suivant.
Plutôt : [la question est] comment les a-t-il revêtus, afin de comprendre (concilier) les versets (le-misbar kra'ei). À ce sujet divergent les fils de R.
Hiyya et R. Yo'hanan.
L'un dit : Aharon d'abord, puis ses fils ; et l'autre dit : Aharon et ses fils simultanément (bevat ahat).
La vraie raison de la question : le-misbar kra'ei — pour concilier des versets apparemment contradictoires sur l'ordre du revêtement. D'où une mahloket entre les fils de R. Hiyya et R. Yo'hanan : l'un tient que Moche revêtit Aharon d'abord, puis ses fils ; l'autre qu'il les revêtit simultanément (bevat ahat), sans changer l'ordre prescrit par les versets. Abaye précisera (segment 8) que le litige ne porte que sur la ceinture.
Abaye dit : pour la tunique (ketonet) et la mitre (mitznefet), tous s'accordent [que Moche revêtit] Aharon puis ses fils, car tant dans le commandement que dans la réalisation Aharon précède. Ils ne divergent qu'à propos de la ceinture (avnet).
Celui qui dit 'Aharon puis ses fils' [s'appuie sur] 'il le ceignit de la ceinture' (Lev 8:7), puis il est écrit 'il les ceignit de ceintures' (Lev 8:13). Et celui qui dit 'Aharon et ses fils simultanément' [s'appuie sur] 've-hagarta otam' ('et tu les ceindras', Ex 29:9).
Mais pour celui qui dit 'Aharon et ses fils simultanément' — n'est-il pas écrit 'il le ceignit de la ceinture' puis 'il les ceignit de ceintures' [ce qui indique Aharon d'abord] ?! [La guemara résout en 6a.]
Abaye circonscrit le litige. Pour la tunique et la mitre, aucun désaccord : Aharon d'abord, car commandement ET réalisation placent Aharon en tête. Le litige ne porte que sur la ceinture (avnet) :
• Position A ('Aharon puis ses fils') s'appuie sur les versets de la réalisation : 'il le ceignit' (Aharon, Lev 8:7), puis 'il les ceignit' (les fils, Lev 8:13).
• Position B ('simultanément') s'appuie sur le commandement : 've-hagarta otam' — 'tu les ceindras' ensemble (Ex 29:9).
Objection à B : les versets de la réalisation montrent bien Aharon d'abord ! La résolution ouvre le folio 6a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).