Sougya : Ce daf s'ouvre sur la fin de la discussion des ceintures (avnet) : selon qu'on habille Aaron et ses fils simultanément ou l'un après l'autre, le même verset enseigne soit que la ceinture du Cohen Gadol diffère de celle du cohen ordinaire (kilayim contre boutz), soit qu'elles sont identiques. La guemara revient ensuite à la Michna : pourquoi éloigne-t-on le Cohen Gadol non seulement de sa maison mais de sa femme durant les sept jours précédant Yom Kippour ?
R. Yehuda ben Betera répond : par crainte qu'elle ne se révèle safek nidda après des relations, ce qui ferait de lui un bo'el nidda impur sept jours et l'exclurait du service.
Rav Hisda montre que ce risque tient même selon les Rabbanan (dans un 'chad achar'). Le cœur du daf est alors la question : le bo'el nidda s'immerge-t-il de jour, comme un tamei met (R.
Zeira), ou de nuit, comme une nidda (Rav Chimi de Nehardea) ? Deux baraitot sont opposées à la seconde thèse puis rejetées, avant que la guemara ne poursuive en 6b.
Il pourrait te dire : ce [verset] — l'avnet (ceinture) du Cohen Gadol n'est pas l'avnet du cohen ordinaire (hedyot). [Le verset du commandement vise bien un habillage simultané ; si l'Écriture a distingué les ceintures dans le récit de leur confection, c'est pour enseigner qu'elles ne sont pas de même étoffe.]
Suite de la mahloket ouverte en 5b : Moché a-t-il habillé Aaron puis ses fils, ou tous simultanément (bat achat) ? Le tenant du simultané répond ici à une objection tirée d'un verset qui semblait imposer une séquence.
Sa parade : ce verset ne parle pas d'ordre mais d'étoffe. La ceinture du Cohen Gadol est de kilayim (chatnez : chech = lin + tekhelet = laine, Ex 39:29) ; celle du cohen ordinaire, non précisée, est de simple lin (boutz). Le verset enseigne donc que les deux ceintures diffèrent — pas qu'on les a ceintes l'une après l'autre.
Et pour celui qui dit : Aaron d'abord, puis ses fils — n'est-il pas écrit 'et tu les ceindras d'une ceinture' (ve-hagarta OTAM avnet, au pluriel, donc ensemble) ! Il pourrait te dire : ce [verset] nous enseigne [ceci] — l'avnet du Cohen Gadol est identique à l'avnet du cohen ordinaire.
Symétrique du segment précédent. Le tenant de la séquence (Aaron puis ses fils) doit expliquer le 'otam' (pluriel) qui semble imposer le simultané.
Sa parade : ce pluriel n'enseigne pas l'ordre mais l'identité d'étoffe — les deux ceintures sont de kilayim. La séquence, elle, se lit dans les versets 'oto' (singulier, Aaron) / 'otam' (pluriel, les fils) du segment suivant.
'Et il le ceignit d'une ceinture' (Aaron, singulier) [et] 'et il les ceignit' (les fils, pluriel) — pourquoi les deux me sont-ils nécessaires ? Apprends-en : Aaron d'abord, puis ses fils.
Et un [habillage] véritablement simultané (bat achat), le trouve-t-on [seulement] ? [Non.] Ce n'est pas nécessaire [de comprendre ainsi] : il s'agit de ce qu'il l'a fait passer en premier (de-akdim) [non pas simultané à la lettre, mais Aaron d'abord dans un même ordre continu].
Clôture de la séquence sur les ceintures. Le double verset (singulier pour Aaron, pluriel pour les fils) prouve la séquence : Aaron d'abord.
Objection : un vrai simultané est-il seulement concevable — Moché seul ceignant cinq hommes d'un coup ? Réponse : de-akdim. 'Simultané' ne veut pas dire à la lettre, mais un seul mouvement continu : on revêt Aaron de tous ses habits sans le ceindre, on habille les fils, puis on prend les ceintures et on ceint Aaron le premier, puis ses fils — sans intercaler d'autre vêtement.
'On séquestre le Cohen Gadol [dans la chambre des Parhedrin]' etc. Pourquoi le séquestre-t-on ?
Pourquoi le séquestre-t-on ?! [La raison a déjà été donnée,] comme nous l'avons dit : soit selon R.
Yo'hanan selon son opinion [qui le tire des milouim], soit selon Reich Lakich selon son opinion [qui le tire du Sinaï] !
Après une longue digression, la guemara revient à la Michna : on éloigne le Cohen Gadol chez les Parhedrin sept jours avant Yom Kippour. La question 'pourquoi ?' semble absurde, puisque la source de la séquestration a déjà été établie (R. Yo'hanan : des milouim ; Reich Lakich : du Sinaï). Que demande donc la guemara ? Réponse au segment suivant : la vraie question porte sur l'éloignement de sa femme.
Voici ce qu'[il] veut dire : de sa maison (mi-beto), pourquoi s'est-il retiré ? [Pourquoi sa femme ne le rejoint-elle pas ?] Il a été enseigné (tania) : Rabbi Yehuda ben Betera dit : de crainte que sa femme ne se trouve dans un doute de nidda (safek nidda) et qu'il n'ait des relations avec elle.
La question reformulée : on a expliqué pourquoi il faut un lieu à part ; mais pourquoi sa femme ne peut-elle l'y accompagner ? Le Cohen Gadol est éloigné non seulement de son domicile, mais de sa femme.
Réponse (baraita) de R. Yehuda ben Betera : par crainte qu'elle ne se révèle safek nidda et qu'il n'ait des relations avec elle — ce qui l'impurifierait à l'approche de Yom Kippour.
Est-ce à dire que nous traitons de mécréants (reshaim) [qui iraient sciemment vers une safek nidda] ?! Plutôt : de crainte qu'il n'ait des relations avec sa femme, et qu'ensuite elle ne se trouve safek nidda.
Correction du libellé. La formulation précédente ('de crainte qu'il n'ait des relations avec une safek nidda') supposait un homme prêt à fauter sciemment — impensable pour un Cohen Gadol.
La vraie crainte : il a des relations avec sa femme alors qu'elle est pure à sa connaissance, puis du sang est découvert après coup, et l'on ne peut plus savoir s'il était déjà présent pendant les relations. C'est un doute rétroactif, non une faute.
Les Sages l'ont énoncé devant Rav Hisda : selon qui [ce raisonnement] ? Selon Rabbi Akiva, qui dit : une nidda rend impur celui qui a des relations avec elle (bo'ala) [rétroactivement].
Car si [c'était] selon les Sages (Rabbanan) — n'ont-ils pas dit : une [safek] nidda ne rend pas impur celui qui a des relations avec elle !
La crainte du segment 5 n'a de sens que si le sang trouvé après coup impurifie rétroactivement le mari. Or c'est justement l'avis de R. Akiva (mishna Nidda 14a) : la femme qui voit du sang rend impur son bo'el sur les vingt-quatre heures précédentes (me'et le'et).
Les Rabbanan, eux, limitent ce rétroactif aux taharot (aliments purs) et n'impurifient pas le bo'el. Donc, disent les Sages, notre Michna ne suivrait que R. Akiva.
Rav Hisda leur dit : même si tu dis [que c'est] selon les Rabbanan — les Rabbanan ne divergent d'avec Rabbi Akiva que dans le cas d'un 'après après [le délai]' (achar achar : bien plus tard, après qu'elle ait eu le temps de descendre du lit et de se laver), mais dans un 'simple après' (chad achar) ils lui concèdent [qu'il est impur].
Rav Hisda sauve la Michna même selon les Rabbanan. Il découpe le temps après les relations en trois (voir schéma) : otiyom (immédiat, impureté certaine) ; chad achar (un simple après, avant qu'elle descende et se lave) ; achar achar (bien plus tard).
Les Rabbanan ne s'opposent à R. Akiva que pour le achar achar. Dans le chad achar, ils concèdent que le bo'el est impur. Or le scénario redouté tombe précisément dans ce chad achar — donc le risque est réel même selon eux, et la séquestration se justifie.
Rabbi Zeira dit : apprends-en qu'un bo'el nidda (celui qui a eu des relations avec une nidda) n'est pas comme une nidda [pour le moment de l'immersion], et il s'immerge de jour [le septième jour].
R. Zeira tire de la Michna ('sept jours') une conclusion sur la tevila. Une nidda ne peut s'immerger que la nuit suivant son septième jour. Un bo'el nidda, lui, s'immerge le septième jour, de jour.
C'est ce qui rend sept jours suffisants : s'il a fauté le jour même de la séquestration, on applique miktzat ha-yom ke-kulo, il s'immerge la veille de Yom Kippour (7e jour) de jour, attend le coucher du soleil, et sert au Temple le lendemain.
Car si tu disais qu'un bo'el nidda est comme une nidda, quand s'immergerait-il ? De nuit [la nuit de Yom Kippour].
Le lendemain, comment ferait-il le service (avoda) ? Or il faut [d'abord] le coucher du soleil (ha'arev ha-chemech) !
Plutôt, ne faut-il pas en conclure qu'un bo'el nidda n'est pas comme une nidda ?
Démonstration à l'absurde. Si le bo'el nidda était comme une nidda, il s'immergerait la nuit (nuit de Yom Kippour). Mais alors, le jour même, il ne pourrait servir : toute immersion requiert d'attendre le coucher du soleil suivant (ha'arev ha-chemech) avant de retrouver la pureté complète, et ce coucher tomberait après l'office.
Donc, force est de conclure : le bo'el nidda n'est pas comme une nidda ; il s'immerge de jour (le 7e = veille de Yom Kippour), et au coucher du soleil il peut servir.
Rav Chimi de Nehardea dit : même si tu dis qu'un bo'el nidda est comme une nidda [on peut expliquer la Michna] : on le séquestre une heure avant le coucher du soleil [le huitième jour avant Yom Kippour, un peu avant le début de la période de sept jours].
Rav Chimi conteste la déduction de R. Zeira. On peut très bien tenir que le bo'el nidda est comme une nidda (immersion de nuit) et sauver la Michna : on le séquestre une heure avant le coucher du soleil, c'est-à-dire le 8e jour, juste avant l'ouverture des sept jours pleins.
Ce léger surplus (moins d'un jour) n'est pas compté comme un huitième jour : la Michna peut donc dire 'sept' tout en laissant sept jours entiers à courir jusqu'à Yom Kippour.
On objecte (meitivi) : tous ceux qui sont astreints à des immersions, leur immersion est de jour ; la nidda et la yoledet (accouchée), leur immersion est de nuit. [Donc] une nidda, oui [de nuit] ; un bo'el nidda, non [donc de jour — ce qui réfute Rav Chimi] !
Objection contre Rav Chimi (qui admet que le bo'el nidda s'immerge de nuit). Une baraita énonce la règle : tous les astreints à l'immersion le font de jour ; seules la nidda et la yoledet font exception (de nuit).
Par inférence : la nidda, oui ; le bo'el nidda, non — il s'immerge donc de jour, contre Rav Chimi.
'Nidda' [dans cette baraita inclut aussi] tout ce qui vient d'un ribbuy (extension exégétique) [donc également le bo'el nidda : lui aussi s'immerge de nuit].
Rejet de l'objection. Le mot 'nidda' de la baraita n'est pas restrictif : il englobe tout ce qui dérive d'elle par ribbuy — y compris le bo'el nidda, qui assume son statut. Lui aussi s'immerge donc de nuit, ce qui préserve la thèse de Rav Chimi.
On objecte : un ba'al keri (impur par émission séminale) est comme celui qui a touché un sheretz (reptile impur) ; un bo'el nidda est comme un tamei met (impur par un cadavre). N'est-ce pas au sujet de l'immersion [le tamei met s'immerge de jour, le septième jour — donc le bo'el nidda aussi, ce qui réfute Rav Chimi] ?
Non : au sujet de leur impureté [sa durée].
Seconde objection contre Rav Chimi. Une baraita compare : ba'al keri = contact d'un sheretz ; bo'el nidda = tamei met. Si la comparaison porte sur l'immersion, alors, comme le tamei met s'immerge de jour (7e jour), le bo'el nidda aussi — contre Rav Chimi.
Rejet : la comparaison porte sur la durée de l'impureté, non sur l'immersion. Ba'al keri = un jour (comme le sheretz) ; bo'el nidda = sept jours (comme le tamei met).
Leur impureté ?! Cela est écrit explicitement à leur sujet !
Celui-ci [le tamei met], une impureté de sept jours est écrite à son sujet, et celui-là [le bo'el nidda], une impureté de sept jours est écrite à son sujet ['et son état de nidda sera sur lui, et il sera impur sept jours' (Lev 15:24)] [— on ne dérive pas un explicite d'un explicite ; la guemara poursuit en 6b].
La guemara conteste le rejet du segment 13 : à quoi bon une baraita pour enseigner la durée de l'impureté, puisqu'elle est écrite explicitement dans la Tora ? Le tamei met à sa durée de sept jours écrite ; le bo'el nidda aussi ('et son état de nidda sera sur lui, et il sera impur sept jours', Lev 15:24). On ne dérive pas un verset explicite d'un autre verset explicite.
La discussion se poursuit en 6b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).