Yoma 40b -- Le sort et la parole : ce qui fixe vraiment le statut des deux boucs

Yoma 40b

Sougya : Le folio s'ouvre sur une machloket nouvelle : jusqu'à quand le bouc destiné à Azazel doit-il rester vivant ? Rabbi Yehouda arrête l'exigence à l'aspersion du sang de l'autre bouc, lisant « lekhaper » comme la kappara par le sang ; Rabbi Chimon la prolonge jusqu'à la confession, lisant « lekhaper alav » comme la kappara par la parole prononcée sur cette bête-là.

Puis la guemara revient à la question qui domine tout ce passage -- la hagrala, le tirage au sort, est-elle me'akevet, indispensable à la validité du service ? -- et lui oppose trois beraitot successives. La première, où les élèves de Rabbi Akiva demandent si l'on peut faire repasser à droite un sort monté dans la main gauche, et la deuxième, tirée du Sifra sur les mots « acher ala », sont l'une et l'autre neutralisées par Rava, qui les relit sans rien changer à leur lettre : on déplace le sort avec son bouc, et l'on parle de la durée pendant laquelle le sort doit demeurer posé.

La troisième résiste : « veassahou hatat » enseigne que le sort seul confère le statut de hatat, et que la désignation verbale ne le peut pas -- renversant la répartition qui vaut pour les kinim, où le sort ne fixe rien et la parole fixe tout. La beraita prend soin d'expliquer qu'un kal va-homer allait dans le sens contraire, et que seul le verset l'empêche.

Deux longues gloses de Tossefot accompagnent ce final : l'une teste la réversibilité de l'exclusivité en la comparant au « yigalenou » de l'esclave hébreu, l'autre demande comment on peut raisonner sur Kippour, régime sorti de la règle générale, et en tire une règle générale sur les limites du kal va-homer.

Jusqu'à quand le bouc pour Azazel doit-il rester vivant ? "Il sera placé vivant devant HaChem pour faire kappara sur lui" (Vayikra 16:10) -- s'il meurt avant cette borne, il faut un autre bouc. hagrala matan damim viddouy chilouah tirage au sort aspersion du sang du bouc pour HaChem confession sur le bouc (semikha + paroles) envoi au désert RABBI YEHOUDA la borne = le matan damim lekhaper = kappara par le SANG, comme dans "quand il aura achevé d'expier le sanctuaire" (16:20) RABBI CHIMON la borne = le viddouy devarim lekhaper alav = kappara par la PAROLE : c'est la confession prononcée sur ce bouc-là Nafka mina (conséquence pratique) Le bouc pour Azazel meurt APRÈS l'aspersion du sang mais AVANT la confession : Rabbi Yehouda : la borne est passée, pas besoin d'un autre bouc. Rabbi Chimon : il faut en amener un autre.
La machloket d'ouverture : jusqu'à quel acte du service le bouc pour Azazel doit-il rester en vie.
Trois "ta chema" contre la thèse : la hagrala est-elle me'akevet ? Deux fois Rava sauve la thèse en relisant la beraita. La troisième fois, personne ne répond : teyouvta. LA SOURCE LECTURE NAÏVE RELECTURE RÉSULTAT Rabbi Akiva et ses élèves "le sort est monté dans la gauche, peut-on le repasser à droite ?" -- ne donnez pas prise aux minim Seul obstacle : les minim. Donc en soi on POURRAIT changer -> le sort ne fixe pas -> pas me'akevet Rava : ils demandaient de déplacer le sort AVEC son bouc. Nul échange de statut. preuve annulée Sifra : "acher ala" si le verset n'avait dit que "sur lequel le sort", je dirais qu'il faut le poser dessus "plus besoin" = pas me'akev. Donc la hanacha ne bloque pas -- mais l'aliya, elle, bloque : hagrala me'akevet Rava : "plus besoin" = plus besoin qu'il RESTE posé jusqu'à la chehita. Rien sur l'ikouv. preuve annulée Sifra : "veassahou hatat" c'est le GORAL qui en fait un hatat, et non le CHEM (la désignation verbale) + le kal va-homer rejeté (schéma 3) Si le sort seul consacre et que la parole ne peut pas le remplacer, c'est bien qu'il est indispensable Aucune. Rava ne relit rien cette fois. La beraita dit frontalement que rien ne supplée le sort. teyouvta contre "lo me'akva"
Les trois beraitot opposées à la thèse, et le sort que la guemara leur réserve.
Goral contre Chem : qu'est-ce qui fixe le statut d'une bête ? Le kal va-homer paraissait imparable. Le verset "veassahou hatat" le brise. AILLEURS : les kinim paires d'oiseaux du zav, de la zava, de la youledet GORAL : ne consacre PAS même en écrivant "hatat" / "ola" sur deux billets CHEM : consacre "celle-ci ola, celle-là hatat" fixe dès l'achat (Yoma 41a) ICI : les deux boucs de Kippour un pour HaChem, un pour Azazel GORAL : consacre le sort qui monte de la kalpi fixe chaque bouc CHEM : ne consacre PAS nommer le bouc sans tirer au sort ne fait rien LE KAL VA-HOMER (hava amina) La où le sort ne consacre pas, la parole consacre (kinim). La où le sort consacre -- n'est-il pas logique que la parole consacre à fortiori ? "veassahou hatat" -- le SORT en fait un hatat, pas le NOM le verset coupe court : ici, la parole seule ne fixe rien Tossefot (2 gloses) : (1) pourquoi ne pas retourner le kal va-homer pour étendre le sort partout ? -- "veassahou" restreint aussi dans ce sens. (2) Kippour est "davar hadach" (régime neuf) : on n'en dérive que s'il n'y a rien à réfuter -- ici il y a de quoi réfuter.
Le coeur de la réfutation finale : la répartition inversée entre le sort et la désignation verbale.
1
״יָעֳמַד חַי לִפְנֵי ה׳ לְכַפֵּר עָלָיו״, עַד מָתַי יִהְיֶה זָקוּק לַעֲמֹוד חַי? עַד שְׁעַת מַתַּן דָּמוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ — דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: עַד שְׁעַת וִידּוּי דְּבָרִים.

« Il sera placé vivant devant HaChem pour faire kappara (expiation) sur lui » (Vayikra 16:10). Jusqu'à quand doit-il rester debout vivant ?

Jusqu'au moment de l'aspersion du sang de son compagnon [le bouc offert à HaChem] -- paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Chimon dit : jusqu'au moment du viddouy devarim (la confession verbale prononcée sur lui).

📜 Rachi (3)
יַעֲמֹד חַי עַל כָּרְחָךְ לְלַמְּדֵנוּ שֶׁאִם מֵת אַתָּה צָרִיךְ לְהָבִיא אַחֵר דְּאִי לָא לְמַאי אֲתָא אִם תֹּאמַר שֶׁלֹּא יְשַׁלְּחֶנּוּ עַד לְאַחַר מַתַּן דָּמִים לִיכְתֹּוב יַעֲמֹד לִפְנֵי ה' לְכַפֵּר עָלָיו חַי לָמָּה לִי אֶלָּא שֶׁאִם מֵת צָרִיךְ לְהָבִיא אַחֵר:
« Il sera placé vivant » -- force est de dire que [le mot « vivant »] vient nous enseigner que, s'il meurt, tu dois en amener un autre. Car sinon, à quoi viendrait-il ? Si tu dis qu'il vient enseigner qu'on ne l'envoie [au désert] qu'après l'aspersion du sang, que le verset écrive donc « il sera placé devant HaChem pour faire kappara sur lui » -- pourquoi « vivant » ? Il faut donc dire : que s'il meurt, il faut en amener un autre.
וְעַד מָתַי הִזְקִיקוֹ לִהְיוֹת חַי עַד שְׁעַת מַתַּן דָּמִים שֶׁל חֲבֵירוֹ דִּכְתִיב לְכַפֵּר עַד שֶׁיְּכַפֵּר בְּדָמוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ אֲבָל מִשְּׁעַת מַתַּן דָּמִים וְאֵילָךְ אע"פ שֶׁעֲדַייִן לֹא הִתְוַדָּה לְפִי סֵדֶר הַמִּקְרָאוֹת וְכַלָּה מְכַפֵּר וְגוֹ' (וַיִּקְרָא טז) וְסָמַךְ אַהֲרֹן וְגוֹ' אִם מֵת אֵין צָרִיךְ אַחֵר אַלְמָא וִידּוּי לָא מִיעַכַּב:
« Et jusqu'à quand l'a-t-on astreint à être vivant ? Jusqu'au moment de l'aspersion du sang de son compagnon » -- car il est écrit « lekhaper » (pour expier) : jusqu'à ce qu'il expie par le sang de son compagnon. Mais à partir du moment de l'aspersion du sang, même s'il n'a pas encore fait le viddouy -- car, selon l'ordre des versets, « quand il aura achevé d'expier [le sanctuaire]... » (Vayikra 16:20) vient avant « et Aharon appuiera [ses mains]... » (16:21) -- s'il meurt, on n'a pas besoin d'un autre. Il apparaît donc que le viddouy n'est pas bloquant.
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כּוּ' כִּדְפָרֵישׁ טַעְמָא לְקַמָּן וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי וְאַזֵּדוֹ לְטַעְמַיְיהוּ בְּהַגְרָלָה מִיעַכְּבָא וְלָא מִיעַכְּבָא וְאִי אֶפְשָׁר לְהַעֲמִידָהּ:
« Rabbi Chimon dit, etc. » -- comme sa raison est explicitée plus loin. Et moi j'ai entendu [une autre explication] : « et ils suivent chacun leur propre logique » quant à la hagrala, bloquante ou non bloquante -- mais il est impossible de la soutenir.
💡 Explication

Nouvelle beraita, nouvelle machloket, mais la question de fond reste celle du folio précédent : qu'est-ce qui est me'akev (bloquant) dans le service des deux boucs ? Ici l'objet est le bouc pour Azazel, dont le verset exige qu'il soit placé vivant devant HaChem. Rachi établit d'abord ce que ce mot « vivant » ajoute : non pas une règle de calendrier, mais une règle de remplacement -- si la bête meurt avant la borne, il faut un autre bouc.

Reste à fixer la borne. Rabbi Yehouda la place au matan damim, l'aspersion du sang du bouc pour HaChem ; Rabbi Chimon la repousse jusqu'au viddouy, la confession prononcée sur le bouc envoyé. L'ordre des versets de Vayikra 16 place l'aspersion avant la confession : la divergence porte donc sur un intervalle réel du service.

La troisième glose de Rachi est précieuse : il rapporte une lecture reçue selon laquelle cette machloket serait le prolongement du débat sur la hagrala -- et il la rejette explicitement (« il est impossible de la soutenir »). La beraita a sa propre logique, exposée au segment suivant.

🖼️ Schéma
Jusqu'à quand le bouc pour Azazel doit-il rester vivant ? "Il sera placé vivant devant HaChem pour faire kappara sur lui" (Vayikra 16:10) -- s'il meurt avant cette borne, il faut un autre bouc. hagrala matan damim viddouy chilouah tirage au sort aspersion du sang du bouc pour HaChem confession sur le bouc (semikha + paroles) envoi au désert RABBI YEHOUDA la borne = le matan damim lekhaper = kappara par le SANG, comme dans "quand il aura achevé d'expier le sanctuaire" (16:20) RABBI CHIMON la borne = le viddouy devarim lekhaper alav = kappara par la PAROLE : c'est la confession prononcée sur ce bouc-là Nafka mina (conséquence pratique) Le bouc pour Azazel meurt APRÈS l'aspersion du sang mais AVANT la confession : Rabbi Yehouda : la borne est passée, pas besoin d'un autre bouc. Rabbi Chimon : il faut en amener un autre.
Les deux bornes possibles, et l'intervalle où la machloket devient concrète.
2
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? כִּדְתַנְיָא: ״לְכַפֵּר״ — בְּכַפָּרַת דָּמִים הַכָּתוּב מְדַבֵּר, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְכִלָּה מִכַּפֵּר אֶת הַקֹּדֶשׁ״. מַה לְהַלָּן — בְּכַפָּרַת דָּמִים, אַף כָּאן — בְּכַפָּרַת דָּמִים, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Sur quoi divergent-ils ? Comme il a été enseigné dans une beraita : « lekhaper » (pour expier) -- le verset parle de la kappara par le sang ; et de même il est dit : « quand il aura achevé d'expier le sanctuaire » (Vayikra 16:20).

De même que là-bas il s'agit de la kappara par le sang, de même ici il s'agit de la kappara par le sang -- paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
וְכֵן הוּא אוֹמֵר וְכִלָּה מִכַּפֵּר אֶת הַקֹּודֶשׁ הוּא מַתַּן דָּמִים וְהִקְרִיב אֶת הַשָּׂעִיר הֶחָי עַד כָּאן צָרִיךְ לִהְיוֹת חַי:
« Et de même il est dit : quand il aura achevé d'expier le sanctuaire » -- c'est l'aspersion du sang ; [et le verset poursuit :] « et il présentera le bouc vivant » -- jusque-là il doit être vivant.
💡 Explication

La guemara donne la mécanique du désaccord : les deux Tanaim lisent le même mot, lekhaper, mais lui donnent deux référents. Rabbi Yehouda procède par gezera chava de vocabulaire : le même verbe « expier » apparaît au verset 20, où il désigne sans ambiguïté l'aspersion du sang dans le kodech. Le sens y est fixé ; on l'importe au verset 10.

Rachi ajoute la pièce qui verrouille l'argument : le verset 20 enchaîne immédiatement sur « il présentera le bouc vivant ». Le mot « vivant » réapparaît donc juste après la kappara par le sang -- signe que c'est bien jusque-là que l'exigence de vie court.

3
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: ״לְכַפֵּר עָלָיו״, בְּכַפָּרַת דְּבָרִים הַכָּתוּב מְדַבֵּר.

Rabbi Chimon dit : « pour faire kappara sur lui » -- le verset parle de la kappara par les paroles [la confession].

💡 Explication

Rabbi Chimon ne conteste pas que « lekhaper » puisse désigner le sang ailleurs ; il s'appuie sur les deux mots suivants : alav, « sur lui ». Une kappara faite sur ce bouc-là ne peut pas être l'aspersion du sang de l'autre bouc : la seule kappara qui s'exerce sur le bouc d'Azazel lui-même est le viddouy, la confession que le kohen gadol prononce les mains posées sur sa tête (Vayikra 16:21).

D'où la formule : « kappara par les devarim », par la parole, opposée terme à terme à la « kappara par les damim », par le sang, de Rabbi Yehouda.

4
תָּא שְׁמַע, שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבִּי עֲקִיבָא: עֲלֵה בִּשְׂמֹאל, מַהוּ שֶׁיַּחֲזֹור לְיָמִין? אָמַר לָהֶן: אַל תִּתְּנוּ מָקוֹם לַמִּינִין לִרְדּוֹת.

Viens et écoute [une preuve] : les élèves de Rabbi Akiva lui demandèrent : « [le sort pour HaChem] est monté dans la [main] gauche -- peut-on le faire repasser à droite ? » Il leur dit : « Ne donnez pas aux minim (les sectaires) l'occasion de vous dominer. »

📜 Rachi (2)
עָלָה בִּשְׂמֹאל גּוֹרָל שָׁם:
« Il est monté dans la gauche » -- le sort « pour HaChem ».
אַל תִּתְּנוּ מָקוֹם לַצְּדוֹקִים תַּלְמִידִים הַחוֹלְקִים עַל הַתּוֹרָה לִרְדּוֹת וְלִמְשׁוֹל בָּהֶן לְקַפֵּחַ אֶתְכֶם בִּדְבָרִים שֶׁיֹּאמְרוּ לְפִי רְצוֹנָם הֵם עוֹשִׂים הַכֹּל:
« Ne donnez pas prise aux tsedoukim » -- des disciples qui contestent la Torah ; « lirdot » : pour dominer et régner par ce biais, pour vous confondre en paroles, en disant que [les Sages] font tout à leur guise.
💡 Explication

Retour brutal à la question de la hagrala, avec un ta chema : une beraita où les élèves de Rabbi Akiva interrogent un incident de procédure. Le kohen gadol plonge les deux mains dans la kalpi et remonte un sort par main ; le bouc de droite reçoit le sort de la main droite. Si le sort « pour HaChem » sort dans la main gauche, la configuration est jugée moins favorable.

La réponse de Rabbi Akiva ne parle pas de din mais de politique : ne pas offrir aux minim l'occasion de dire que la halakha se plie aux préférences des Sages. Rachi, qui lit tsedoukim là où nos éditions ont minim, précise le mécanisme : ce qui est en jeu, c'est l'autorité de la Torah orale devant ceux qui la contestent.

5
טַעְמָא דְּאַל תִּתְּנוּ מָקוֹם לַמִּינִין לִרְדּוֹת, הָא לָאו הָכִי מַהְדְּרִינַן לֵיהּ, וְהָא אָמְרַתְּ הַגְרָלָה מְעַכְּבָא, וְכֵיוָן דִּקְבַעְתֵּיהּ שְׂמֹאל הֵיכִי מַהְדְּרִינַן לֵיהּ?

La raison [du refus] est « né donnez pas aux minim l'occasion de dominer » -- donc sans cela, on le ferait bien repasser ! Or n'as-tu pas dit que la hagrala est bloquante ?

Et dès lors que la [main] gauche l'a fixé, comment pourrait-on le faire repasser ?

📜 Rachi (1)
הָא לָאו הָכִי מַהְדְּרִינַן שֶׁל עֲזָאזֵל שֵׁם:
« Sinon on le ferait repasser » -- [et] celui d'Azazel [irait] là [c'est-à-dire à gauche].
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דִּקְבַעְתֵּיהּ שְׂמֹאל כּוּ' וְלָא בָּעֵי לְאוֹקְמָא ר"ע כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן כֵּיוָן דְּר' יְהוּדָה וְר' נְחֶמְיָה נָמֵי הָיוּ תַּלְמִידָיו כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף סב:):
« Dès lors que la gauche l'a fixé, etc. » -- et [la guemara] ne veut pas établir que Rabbi Akiva suit Rabbi Chimon, puisque Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemya étaient eux aussi ses élèves, comme il est rapporté au chapitre « HaBa al yevimto » (Yevamot 62b).
💡 Explication

La guemara exploite le dioukk : Rabbi Akiva n'a invoqué qu'un motif externe. S'il n'y avait pas les minim, le transfert serait donc licite. Mais si la hagrala est me'akevet, c'est le tirage lui-même qui a fixé les statuts : le bouc de gauche est désormais celui pour HaChem, et aucun geste ultérieur ne peut le déplacer. Rachi précise ce que le transfert impliquerait concrètement : le sort d'Azazel irait à gauche, donc les rôles s'inverseraient.

Tossefot ferme une sortie facile. On aurait pu dire que Rabbi Akiva parle selon Rabbi Chimon, pour qui la hagrala ne bloque pas -- mais Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemya étaient aussi ses élèves : rien ne permet de rattacher cette beraita à l'un plutôt qu'à l'autre. La difficulté reste donc entière, et il faudra la résoudre autrement.

🖼️ Schéma
Le sort pour HaChem est monté dans la main gauche : que fait-on ? LECTURE 1 (la question de la guemara) On rendrait le sort à la main droite SEUL, le bouc de droite devenant celui pour HaChem. => le statut change après coup donc le sort ne fixe rien : pas me'akevet -- contredit celui qui la dit bloquante LECTURE 2 (Rava) On déplace le sort ET son bouc ensemble, pour que le bouc de HaChem soit à droite. => aucun statut ne bouge simple question de placement : la beraita ne prouve donc plus rien Pourquoi Rabbi Akiva refuse-t-il quand même ? "Al titnou makom laminim lirdot" -- ne donnez pas aux minim l'occasion de dominer. Rachi : des disciples qui contestent la Torah ; s'ils vous voient déplacer un sort, ils diront que les Sages font tout à leur guise et vous confondront en paroles. Le motif est donc externe au din : c'est là ce qui rendait la beraita si utile à la guemara.
Les deux façons de comprendre la question des élèves -- et pourquoi l'une seulement fait problème.
6
אָמַר רָבָא, הָכִי קָאָמְרִי: עָלָה הַגּוֹרָל בִּשְׂמֹאל, מַהוּ שֶׁיַּחֲזִירוּ לוֹ וְלִשְׂעִירוֹ לְיָמִין. אָמַר לָהֶם: אַל תִּתְּנוּ מָקוֹם לַמִּינִין לִרְדּוֹת.

Rava dit : voici ce qu'ils demandaient : « le sort est monté dans la [main] gauche -- peut-on le faire passer, lui et son bouc, à droite ? » Il leur dit : « Ne donnez pas aux minim l'occasion de vous dominer. »

💡 Explication

Rava désamorce la preuve par une relecture minimale de la question. Les élèves ne demandaient pas d'échanger les statuts, mais de déplacer le sort avec son bouc vers la droite : le bouc pour HaChem se retrouverait à droite sans que rien de son statut n'ait bougé. C'est une question de placement, pas de désignation.

Ainsi lue, la beraita ne dit plus rien sur le caractère bloquant de la hagrala -- et la réponse de Rabbi Akiva garde tout son sens : même un simple déplacement, aux yeux d'un observateur hostile, ressemblerait à une halakha qu'on arrange.

7
תָּא שְׁמַע: אִילּוּ נֶאֱמַר: ״אֶת הַשָּׂעִיר אֲשֶׁר עָלָיו״, הָיִיתִי אוֹמֵר יַנִּיחֶנּוּ עָלָיו, — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עֲלֵה״, כֵּיוָן שֶׁעָלָה שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ.

Viens et écoute : si le verset avait dit seulement « le bouc sur lequel [est] le sort », j'aurais dit qu'il doit le poser sur lui ; c'est pourquoi le verset dit « est monté » -- dès lors qu'il est monté, il n'y a plus besoin.

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן שֶׁעָלָה מִתּוֹךְ קַלְפִּי וְיוֹדֵעַ אֵיזוֹ לְשֵׁם וְאֵיזוֹ לַעֲזָאזֵל שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ לִהְיוֹת מֻונָּח עָלָיו וַאֲפִילּוּ לְמִצְוָה אֲבָל עֲלִייָּה וְהַנָּחָה מִצְוָה (הִיא) מִיהָא אִיכָּא:
« Dès lors qu'il est monté » -- de la kalpi (l'urne), et qu'on sait lequel est pour HaChem et lequel pour Azazel, il n'est plus nécessaire qu'il demeure posé sur lui, même pas au titre de la mitsva ; mais l'aliya (la montée du sort) et la hanacha (la pose) sont bien, elles, une mitsva.
💡 Explication

Deuxième ta chema, tiré du Sifra, et cette fois dans le sens inverse : il viserait à prouver que la hagrala est bloquante. La beraita joue sur deux formulations du verset (Vayikra 16:9) : « le bouc sur lequel le sort » suggérerait une pose matérielle du billet sur la tête de la bête ; « sur lequel il est monté » déplace l'accent sur la montée hors de la kalpi.

Rachi tranche le sens de « plus besoin » : le sort n'a pas à demeurer posé. Il maintient toutefois que l'aliya et la hanacha restent l'une et l'autre une mitsva -- distinction que la guemara va immédiatement mettre à l'épreuve.

🖼️ Schéma
"Acher ala" : ce que le mot "monté" vient exclure ALIYA le sort monte de la kalpi on sait dès lors lequel est pour HaChem, lequel pour Azazel HANACHA on pose le sort sur la tête mitsva selon Rachi, mais pas bloquante MAINTIEN le sort reste-t-il dessus jusqu'à la chehita ? non : "shouv eino tsarikh" La guemara (seg. 7) : "shouv eino tsarikh" porte sur quoi ? Sur la mitsva ? Alors la hanacha ne serait même pas une mitsva -- impossible. Donc sur l'ikouv : la hanacha ne bloque pas, l'aliya si. Rava (seg. 8) déplace la cible "Shouv eino tsarikh" ne vise ni la mitsva ni l'ikouv : il vise la DURÉE. Une fois posé un instant, le sort peut être retiré. Plus de preuve.
Trois moments distincts que le mot "monté" permet de séparer : la montée, la pose, le maintien.
8
לְמַאי? אִילֵּימָא לְמִצְוָה, מִכְלָל דַּהֲנָחָה מִצְוָה נָמֵי לָא? אֶלָּא לָאו, לְעַכֵּב. וּשְׁמַע מִינָּהּ: הַגְרָלָה מְעַכְּבָא, הַנָּחָה — לָא מְעַכְּבָא!

À quel égard [« il n'y a plus besoin »] ? Si tu dis : au titre de la mitsva -- cela impliquerait que la hanacha (la pose) ne serait même pas une mitsva ?

Donc non : [c'est] au titre du caractère bloquant. Et apprends-en que la hagrala est bloquante, tandis que la hanacha ne l'est pas !

💡 Explication

La guemara serre le sens de la formule. Deux lectures possibles : « plus besoin » au titre de la mitsva, ou au titre de l'ikouv (le caractère bloquant). La première est écartée : la pose du sort fait partie du service décrit par la Torah, il est intenable qu'elle ne soit même pas une mitsva.

Reste donc la seconde : la beraita signale que la hanacha ne bloque pas. Mais si elle prend la peine de le dire, c'est qu'elle oppose la hanacha à l'aliya -- et la preuve recherchée est faite : la hagrala, elle, est me'akevet.

9
אָמַר רָבָא, הָכִי קָאָמַר: אִילּוּ נֶאֱמַר ״אֲשֶׁר עָלָיו״, הָיִיתִי אוֹמֵר יַנִּיחֶנּוּ עָלָיו עַד שְׁעַת שְׁחִיטָה, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֲשֶׁר עָלָה״, כֵּיוָן שֶׁעָלָה שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ.

Rava dit : voici ce que [la beraita] dit : si le verset avait dit « sur lequel [est le sort] », j'aurais dit qu'il doit le poser sur lui jusqu'au moment de la chehita (l'abattage) ; c'est pourquoi le verset dit « sur lequel il est monté » -- dès lors qu'il est monté, il n'y a plus besoin.

💡 Explication

Rava applique le même procédé qu'au segment 5 : il ne conteste pas la beraita, il change ce sur quoi porte le mot « besoin ». La question n'est ni la mitsva ni l'ikouv, mais la durée : fallait-il que le sort reste sur la tête du bouc jusqu'à la chehita ? Le mot « monté » répond que non -- une fois posé un instant, il peut être retiré.

Ainsi comprise, la beraita ne compare plus l'aliya à la hanacha et ne dit rien du caractère bloquant. Deuxième preuve neutralisée ; il n'en reste qu'une.

10
תָּא שְׁמַע: ״וְעָשָׂהוּ חַטָּאת״, הַגּוֹרָל עוֹשֵׂהוּ חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עֹושֵׂהוּ חַטָּאת.

Viens et écoute : « et il en fera un hatat (sacrifice expiatoire) » (Vayikra 16:9) -- c'est le goral (le sort) qui en fait un hatat, et ce n'est pas le chem (la désignation verbale) qui en fait un hatat.

📜 Rachi (1)
וְאֵין הַשֵּׁם אִם קָרָא לוֹ שֵׁם בְּלֹא גּוֹרָל:
« Et ce n'est pas le chem » -- [c'est-à-dire] s'il lui a donné ce nom sans tirage au sort.
🗂️ Tossefot (1)
וְעָשָׂהוּ חַטָּאת הַגּוֹרָל עֹושֵׂהוּ חַטָּאת וְכוּ' וא"ת נֶיהֱדַר וְנֵילַף בְּעָלְמָא מֵהָכָא שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַגּוֹרָל מק"ו וּמַה בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא קִדֵּשׁ הַשֵּׁם קִדֵּשׁ הַגּוֹרָל בְּמָקוֹם שֶׁקִּדֵּשׁ הַשֵּׁם א"ד שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַגּוֹרָל וי"ל דְּכִי הֵיכִי דְּדָרְשִׁינַן מִוְּעִשָּׂהוּ חַטָּאת הַגּוֹרָל עֹושֵׂהוּ חַטָּאת וְאֵין הַשֵּׁם עֹושֵׂהוּ חַטָּאת כָּל שֶׁכֵּן דְּנִדְרוֹשׁ וְעָשָׂהוּ חַטָּאת לָזֶה וְלֹא לְאַחֵר תֵּדַע דבפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף טו:) אָמְרִינַן גַּבֵּי עֶבֶד עִבְרִי הַנִּמְכָּר לְנָכְרִי שֶׁיְּהֵא. נִגְאָל בְּשֵׁשׁ מק"ו וּמַה מִי שֶׁאֵין נִגְאָל בְּאֵלֶּה פִּי' בִּקְרוֹבִים כְּגוֹן עֶבֶד עִבְרִי הַנִּמְכָּר לְיִשְׂרָאֵל נִגְאָל בְּשֵׁשׁ מִי שֶׁנִּגְאָל בְּאֵלֶּה אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּהֵא נִגְאָל בְּשֵׁשׁ וּמְשַׁנֵּי ת"ל בְּאֵלֶּה בְּאֵלֶּה הוּא נִגְאָל וְאֵינוֹ נִגְאָל בְּשֵׁשׁ וּפָרִיךְ וְאִי ס"ד יָלֵיף שָׂכִיר שָׂכִיר אַמַּאי אֵינוֹ נִגְאָל בְּאֵלֶּה נֵילַף שָׂכִיר שָׂכִיר וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי הָתָם דְּאָמַר קְרָא יִגְאָלֶנּוּ לָזֶה וְלֹא לְאַחֵר אַלְמָא אַף עַל גַּב דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּדָרְשִׁינַן מִיעוּטָא דְּיִגְאָלֵנוּ לָזֶה וְלֹא לְאַחֵר וּלְהָכֵי לָא יָלְפִינַן נִמְכָּר לְיִשְׂרָאֵל בק"ו מִנִּמְכָּר לְנָכְרִי אֲפִילּוּ הָכֵי הֲוָה יָלֵיף נִמְכָּר לְנָכְרִי לִיגָּאֵל בְּשֵׁשׁ בק"ו וְלָא קָא מְמַעֵט לֵיהּ מִיִּגְאָלְנוּ וּלְמִידְרַשׁ דּוֹדוֹ וּבֶן דּוֹדוֹ אוֹ מִשְּׁאָר בְּשָׂרוֹ יִגְאָלֶנּוּ וְלֹא בְּדָבָר אַחֵר אֲבָל תֵּימַהּ מַאי שְׁנָא דְּהָכָא מְמַעֲטִינַן תַּרְוַייְהוּ מִוְּעֶשְׁהוּ דְּהָכָא לֹא מְקַדֵּשׁ הַשֵּׁם וּבְעָלְמָא לֹא מְקַדֵּשׁ הַגּוֹרָל וְהָתָם לָא מְמַעֵט מִיְּגַאֲלָנוּ אֶלָּא דִּבְעָלְמָא לָא מְהַנֵּי גְּאֻולַּת קְרוֹבִים אֲבָל דְּהָכָא אֵינוֹ נִגְאָל בְּשֵׁשׁ יָלֵיף לָהּ מִקְּרָא אַחַרְיַנָא מִוְּאִם לֹא יִגְאַל בְּאֵלֶּה בְּאֵלֶּה הוּא נִגְאָל וְאֵינוֹ נִגְאָל בְּשֵׁשׁ וְשֶׁמָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּכֵיוָן דִּכְתִיב וְעָשָׂהוּ חַטָּאת וְכָתַב נָמֵי חֻוקָּה אֲתָא וְעָשָׂהוּ דִּכְתִיב בְּגוֹרָל לְגַלּוֹיֵי אַחֻוקָּה דְּקָאֵי נָמֵי אַהַגְרָלָה דאע"ג דִּלְרַבִּי יְהוּדָה חֻוקָּה לָא קַייְמָא אַהַגְרָלָה וְעָשָׂהוּ מְגַלֵּי לָן דְּחוּקָה נָמֵי קָאֵי אַהַגְרָלָה א"נ מִשּׁוּם דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא תְּרֵי זִימְנֵי אֲשֶׁר עָלָה אֲשֶׁר עָלָה וּבְהָא נָמֵי נִיחָא מַאי דק"ל דְּמַסִּיק תְּיוּבְתָּא לָמֶ"ד הַגְרָלָה לָא מְעַכְּבָא אֲבָל לְמ"ד מְעַכְּבָא נִיחָא וְאַמַּאי לְדִידֵיהּ נָמֵי תִּיקְשֵׁי דְּהָכָא יָלֵיף עִיכּוּבָא מִוְּעִשָּׂהוּ וְאִיהוּ יָלֵיף לֵיהּ לְעֵיל מִדִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא וּלְמַאי דְּפָרֵישִׁית נִיחָא דְּאִי לָאו וְעָשָׂהוּ דְּמַשְׁמַע מִיעוּטָא אע"ג דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא הֲוָה דָּרְשִׁינַן ק"ו לוֹמַר דְּהַגְרָלָה לָא מְעַכְּבָא כֵּיוָן דְּלָא תְּנָא בֵּיהּ קְרָא בִּלְשׁוֹן צִוּוּי לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ וְעָשָׂהוּ וְאִי לָא תְּנָא בֵּיהּ קְרָא לָא הֲוָה דָּרְשִׁינַן וְעָשָׂהוּ אֶלָּא לְמַעוּטֵי דְּלָא מְהַנֵּי הַגְרָלָה בְּעָלְמָא כִּי הַהוּא דְּיִגְאָלֵנוּ כִּדְפֵירֵשׁ' לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא מִיהוּ בְּלָאו הָכִי מָצֵי לְמֵימַר דְּלָא פָּרֵיךְ לָמֶ"ד מְעַכְּבָא דְּאִיכָּא לְמֵימַר טַעְמֵיהּ מֵהָכָא וְהָא דְּקָאָמַר טַעְמָא לְעֵיל מִשּׁוּם דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא אֵין זֶה מִדְּבָרָיו אֶלָּא בַּעַל הַגְּמָרָא קָא מְפָרֵשׁ לְטַעְמָא הָכִי לְמַאי דְּלָא יָדַע אַכַּתִּי בָּרַיְיתָא דִּוְעָשָׁהוּ וְכִי הַאי גַּווְנָא יֵשׁ בפ"ג דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף כֹּה.) גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דְרַב וּשְׁמוּאֵל בִּשְׁבוּעָה שֶׁזָּרַק פְּלוֹנִי צְרוֹר לַיָּם:
« Et il en fera un hatat : le sort en fait un hatat, etc. » -- Et si tu demandes : retournons [le raisonnement] et apprenons d'ici, pour les autres cas en général, que le sort consacre, par un kal va-homer (a fortiori) : si la où la désignation verbale ne consacre pas, le sort consacre, là où la désignation verbale consacre, n'est-il pas logique que le sort consacre ? On peut répondre : de même que nous dérivons de « et il en fera un hatat » que c'est le sort qui en fait un hatat et non la désignation verbale, à plus forte raison dérivons-nous « et il en fera un hatat » -- pour celui-ci et pas pour un autre [le sort n'opère qu'ici]. Sache-le, car au premier chapitre de Kidouchin (15b) nous disons, à propos de l'esclave hébreu vendu à un non-Juif, qu'il devrait être libéré au bout de six [ans] par un kal va-homer : si celui qui n'est pas racheté « par ceux-là » -- c'est-à-dire par les proches parents --, comme l'esclave hébreu vendu à un Juif, est néanmoins libéré au bout de six, celui qui est racheté « par ceux-là » n'est-il pas à plus forte raison libéré au bout de six ? Et [la guemara] répond : le verset dit « par ceux-là » -- c'est par ceux-là qu'il est racheté, et il n'est pas libéré au bout de six. Puis elle objecte : et si tu penses qu'on apprend par la gezera chava (analogie de termes) « sakhir »-« sakhir », pourquoi [l'esclave vendu à un Juif] ne serait-il pas racheté « par ceux-là » ? Apprenons-le par la gezera chava « sakhir »-« sakhir » ! Et elle répond : c'est différent là-bas, car le verset dit « yigalenou » (il le rachètera) -- celui-ci et pas un autre. Il ressort donc que, bien qu'il lui soit évident qu'on dérive la restriction de « yigalenou » -- celui-ci et pas un autre --, et que pour cette raison on n'apprend pas le [vendu] à un Juif par kal va-homer du [vendu] à un non-Juif, malgré tout on aurait appris que le vendu à un non-Juif est libéré au bout de six par kal va-homer, et on ne l'exclut pas par « yigalenou », [ce mot] servant seulement à dériver : « son oncle, ou le fils de son oncle, ou l'un de ses proches le rachètera » -- et pas par autre chose. Mais c'est étonnant : quelle différence y a-t-il ? Ici nous excluons les deux choses à partir de « veassahou » -- qu'ici la désignation verbale ne consacre pas, et qu'ailleurs le sort ne consacre pas ; tandis que là-bas on n'exclut par « yigalenou » qu'une seule chose, à savoir qu'ailleurs le rachat par les proches n'est pas opérant, mais que celui-là n'est pas libéré au bout de six, on l'apprend d'un autre verset : « et s'il n'est pas racheté par ceux-là » -- c'est par ceux-là qu'il est racheté, et il n'est pas libéré au bout de six. On peut peut-être répondre qu'ici c'est différent : puisqu'il est écrit « veassahou hatat » et qu'il est aussi écrit « houka » (statut), le mot « veassahou », écrit à propos du sort, vient révéler au sujet de la « houka » qu'elle porte aussi sur la hagrala. Car bien que, pour Rabbi Yehouda, la « houka » ne porte pas sur la hagrala, « veassahou » nous révèle qu'elle porte aussi sur elle. Ou bien [la raison est] que le verset l'a répété deux fois : « acher ala », « acher ala ». Et par là se résout aussi la difficulté que j'avais : [la guemara] conclut par une teyouvta (réfutation) contre celui qui dit que la hagrala n'est pas bloquante, alors que pour celui qui la dit bloquante tout irait bien. Or pourquoi ? Pour lui aussi cela devrait faire difficulté : ici on dérive le caractère bloquant de « veassahou », alors que lui le dérivait plus haut du fait que le verset l'a répété ! Selon mon explication, tout va bien : car sans « veassahou », qui implique une restriction, même si le verset l'avait répété, nous aurions dérivé le kal va-homer pour dire que la hagrala n'est pas bloquante, puisque le verset ne l'a pas répété sous forme d'ordre -- c'est pourquoi « veassahou » était nécessaire ; et si le verset ne l'avait pas répété, nous n'aurions dérivé « veassahou » que pour exclure que la hagrala soit opérante ailleurs, comme ce « yigalenou » que j'ai expliqué -- c'est pourquoi la répétition du verset était nécessaire. Cependant, même sans cela, on peut dire que [la guemara] n'objecte pas à celui qui la dit bloquante parce qu'on peut soutenir que sa raison vient précisément d'ici, et que ce qui a été dit plus haut -- que la raison tient à la répétition du verset -- n'est pas de ses propres paroles, mais que c'est l'auteur de la guemara qui expliquait ainsi la raison tant qu'il ne connaissait pas encore la beraita de « veassahou ». Il y a un cas semblable au chapitre 3 de Chevouot (25a), à propos de la divergence entre Rav et Chmouel sur le serment qu'un tel a jeté un caillou à la mer.
💡 Explication

Troisième et dernière preuve, et la plus forte. Le Sifra lit « veassahou hatat » -- « et il en fera un hatat » -- comme une exclusivité : seul le goral confère ce statut, et le chem, le simple fait de nommer la bête, ne le confère pas. Rachi précise le cas visé : le kohen a nommé le bouc sans avoir tiré les sorts.

Si aucune parole ne peut faire ce que fait le sort, alors le sort n'est pas une simple procédure d'organisation : il est l'acte constitutif du statut, donc me'akev. Cette fois Rava ne relit rien, et la guemara conclura par une teyouvta.

Tossefot, dans une glose très dense, pose la question symétrique : pourquoi ne pas retourner l'exclusivité pour étendre le pouvoir du sort partout ? Il répond que « veassahou » restreint dans les deux sens, compare longuement avec le « yigalenou » de l'esclave hébreu (Kidouchin 15b), puis s'en sert pour résoudre une difficulté de structure : d'où vient, au juste, l'ikouv pour celui qui tient la hagrala bloquante ?

🖼️ Schéma
Goral contre Chem : qu'est-ce qui fixe le statut d'une bête ? Le kal va-homer paraissait imparable. Le verset "veassahou hatat" le brise. AILLEURS : les kinim paires d'oiseaux du zav, de la zava, de la youledet GORAL : ne consacre PAS même en écrivant "hatat" / "ola" sur deux billets CHEM : consacre "celle-ci ola, celle-là hatat" fixe dès l'achat (Yoma 41a) ICI : les deux boucs de Kippour un pour HaChem, un pour Azazel GORAL : consacre le sort qui monte de la kalpi fixe chaque bouc CHEM : ne consacre PAS nommer le bouc sans tirer au sort ne fait rien LE KAL VA-HOMER (hava amina) Là où le sort ne consacre pas, la parole consacre (kinim). Là où le sort consacre -- n'est-il pas logique que la parole consacre à fortiori ? "veassahou hatat" -- le SORT en fait un hatat, pas le NOM le verset coupe court : ici, la parole seule ne fixe rien Tossefot (2 gloses) : (1) pourquoi ne pas retourner le kal va-homer pour étendre le sort partout ? -- "veassahou" restreint aussi dans ce sens. (2) Kippour est "davar hadach" (régime neuf) : on n'en dérive que s'il n'y a rien à réfuter -- ici il y a de quoi réfuter.
La répartition inversée entre goral et chem, et le kal va-homer que le verset vient briser.
11
שֶׁיָּכוֹל, וַהֲלֹא דִּין הוּא: וּמַה בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ הַגּוֹרָל — קִידֵּשׁ הַשֵּׁם, מָקוֹם שֶׁקִּידֵּשׁ הַגּוֹרָל, אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַשֵּׁם?

Car on aurait pu penser [le contraire] : n'est-ce pas une déduction logique ? Si la où le sort ne consacre pas, la désignation verbale consacre -- là où le sort consacre, n'est-il pas logique que la désignation verbale consacre ?

📜 Rachi (2)
בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ הַגּוֹרָל בִּשְׁאָר קָרְבָּנוֹת הַצְּרִיכִין פֵּירוּשׁ כְּגוֹן קִינֵּי זָבִין וְזָבוֹת וְיוֹלְדוֹת שֶׁאֶחָד מֵהֶן חַטָּאת וְאֶחָד מֵהֶן עוֹלָה שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ הַגּוֹרָל אִם כָּתַב עַל שְׁנֵי גּוֹרָלוֹת עַל אֶחָד חַטָּאת וְעַל א' עוֹלָה וּנְתָנָן עֲלֵיהֶם לֹא מָצִינוּ שֶׁהַגּוֹרָל קוֹבְעָם וְלֹא יָכוֹל לְשַׁנּוֹתָן:
« Là où le sort ne consacre pas » -- dans les autres sacrifices qui nécessitent une spécification, comme les kinim (paires d'oiseaux) des zavim, des zavot et des accouchées, dont l'un est hatat et l'autre ola : le sort n'y consacre pas. S'il a écrit sur deux billets, sur l'un « hatat » et sur l'autre « ola », et les a posés sur eux, nous ne trouvons pas que le sort les fixe au point qu'il ne puisse plus les intervertir.
קִידֵּשׁ הַשֵּׁם מֵאַחַר שֶׁקָּרָא לְזוֹ חַטָּאת וְלָזוֹ עוֹלָה אֵין הַכֹּהֵן רַשַּׁאי לְשַׁנּוֹתָן כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (יוֹמָא דַּף מא.) מִוּלְקָחָהּ שְׁתֵּי תֹורִים אוֹ שְׁנֵי בְּנֵי יוֹנָה אֶחָד לְעֹולָה וְאֶחָד לְחַטָּאת בִּשְׁעַת לְקִיחָה הֵן נִקְבָּעִין זוֹ לְעוֹלָה וְזוֹ לְחַטָּאת כָּאן שֶׁמָּצִינוּ שֶׁהַגּוֹרָל קוֹבְעָן אֵינוֹ דִּין שֶׁהַשֵּׁם קוֹבְעָן:
« La désignation verbale consacre » -- dès lors qu'il a appelé celle-ci hatat et celle-là ola, le kohen n'a plus le droit de les intervertir, comme nous le disons plus loin (Yoma 41a) à partir de « et elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes colombes, l'une pour ola et l'autre pour hatat » : c'est au moment de l'acquisition qu'elles sont fixées, celle-ci pour ola et celle-là pour hatat. Ici, où nous trouvons que le sort les fixe, n'est-il pas logique que la désignation verbale les fixe ?
🗂️ Tossefot (1)
מַה בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ הַגּוֹרָל כּוּ' הִקְשָׁה מוֹרִי הר"ר שְׁמוּאֵל בַּר מְנַחֵם זצ"ל הֵיכִי גָּמַר מֵהָכָא וְהָא יוֹם הַכִּפּוּרִים דָּבָר שֶׁהָיָה בִּכְלַל כָּל הַקָּרְבָּנוֹת שֶׁקִּידֵּשׁ בָּהֶם הַשֵּׁם וְיָצָא לִידּוֹן בְּדָבָר הֶחָדָשׁ בְּגוֹרָל אִי אַתָּה יָכוֹל לְהַחֲזִירוֹ לִכְלָלוֹ וּלְכֻולֵּי עָלְמָא אִיהוּ לָא גָּמַר מִכְּלָלֵיהּ בְּאֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים מט.) וְנִרְאֶה לִי דַּאֲפִילּוּ יָצָא לִידּוֹן בְּדָבָר הֶחָדָשׁ גָּמְרִי מֵהֲדָדֵי בְּקַל וָחֹומֶר אוֹ בְּמַה מָצִינוּ אִם אֵין לְהָשִׁיב אֲבָל אִם יֵשׁ לְהָשִׁיב לָא גָּמְרִינַן אֲבָל דָּבָר שֶׁהָיָה בַּכְּלָל וְיָצָא מִן הַכְּלָל לֹא לְלַמֵּד עַל עַצְמוֹ יָצָא כו' כְּמוֹ הַבְעָרָה וְכַיּוֹצֵא בָּהּ גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ אַפֵּי' אִם יֵשׁ לְהָשִׁיב אֵין מְשִׁיבִין כְּמוֹ עַל ג"ש וְהֶיקֵּשׁ שֶׁאֵין מְשִׁיבִין עֲלֵיהֶן תֵּדַע דִּבְפֶרֶק קַמָּא דִּיבָמוֹת (דַּף ז.) פָּרִיךְ מַאי אִיצְטְרִיךְ עָלֶיהָ לְמֵיסַר עֲרָיוֹת לְיַיבֵּם מֵהֵיכָא תֵּיתֵי דְּלִישְׁתְּרוֹ דְּאִיצְטְרִיךְ עָלֶיהָ לְמֵיסַר קָא ס"ד תַּיְתֵי מֵאֵשֶׁת אָח דַּהֲוָה לֵיהּ דָּבָר שֶׁהָיָה בַּכְּלָל וְיָצָא לְלַמֵּד וְכוּ' וּפָרִיךְ הָא לָא דָּמֵי אֶלָּא לְיָצָא לִידּוֹן בְּדָבָר הֶחָדָשׁ וְכוּ' עַד אֶלָּא סד"א תַּיְתֵי אֲחוֹת אִשָּׁה בְּמַה מָצִינוּ מֵאֵשֶׁת אָח וְהַשְׁתָּא כֵּיוָן דְּאָמַר כְּבָר דְּהָוֵה לֵיהּ דָּבָר הֶחָדָשׁ הֵיכִי הָדַר תּוּ קָאָמַר תַּיְתֵי מֵאֵשֶׁת אָח אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ מֵעִיקָּרָא הֲוָה ס"ד לְמֵימַר דְּנִיגְמַר מֵאֵשֶׁת אָח כְּמוֹ מִדָּבָר שֶׁהָיָה בִּכְלָל וְיָצָא לְלַמֵּד דַּאֲפִילּוּ אִיכָּא פִּירְכָא לָא פָּרְכִינַן וּפָרִיךְ וַהֲלֹא דָּבָר הֶחָדָשׁ הוּא וְאִם כֵּן אִי אִיכָּא לְמִיפְרַךְ לָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ וַהֲדַר קָאָמַר ואע"ג דְּדָבָר הֶחָדָשׁ הוּא נִיגְמַר מִינֵּיהּ בְּמַה מָצִינוּ דְּהָא לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ מִינֵּיהּ מִידִי וּלְהָכִי פָּרִיךְ מִי דָּמֵי הָתָם חַד אִיסּוּרָא הָכָא תְּרֵי אִיסּוּרֵי וְהַיְינוּ פִּירְכָא וְכֵיוָן דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ לָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ כֵּיוָן דְּדָבָר חָדָשׁ הוּא:
« Si la où le sort ne consacre pas, etc. » -- Mon maître Rabbi Chmouel bar Menahem, de mémoire bénie, a objecté : comment dérive-t-on d'ici ? Yom Kippour est pourtant « une chose qui était comprise dans une règle générale » -- l'ensemble des sacrifices où la désignation verbale consacre -- « et qui en est sortie pour être traitée par un régime nouveau (davar hadach) », à savoir le sort ; or, dans un tel cas, tu ne peux pas la ramener à sa règle générale, et de l'avis de tous elle ne tire rien de sa généralité, comme au chapitre « Eizehou mekoman » (Zevahim 49a). Il me semble que même une chose sortie pour être traitée par un régime nouveau, on peut dériver de l'une à l'autre par kal va-homer ou par « ma matsinou » (analogie de précédent) s'il n'y a rien à objecter ; mais s'il y a matière à objecter, on ne dérive pas. En revanche, une chose qui était dans une règle générale et en est sortie non pour enseigner sur elle seule [mais sur toute la généralité] -- comme la hav'ara (l'allumage du feu le chabbat) et ce qui lui ressemble --, on en dérive même s'il y a matière à objecter : on n'objecte pas, comme pour la gezera chava et le hekech (le rapprochement), sur lesquels on n'objecte pas. Sache-le, car au premier chapitre de Yevamot (7a) [la guemara] objecte : pourquoi le mot « aleha » était-il nécessaire pour interdire le yiboum (lévirat) avec les arayot (unions interdites) ? D'où aurait-on pu penser qu'elles soient permises, au point qu'il faille « aleha » pour l'interdire ? On aurait pu penser le dériver de « la femme du frère », qui est une chose qui était dans la généralité et en est sortie pour enseigner [sur toute la généralité], etc. Et elle objecte : cela ne ressemble qu'à « une chose sortie pour être traitée par un régime nouveau », etc., jusqu'à : mais on aurait pu penser dériver « la sœur de sa femme » par « ma matsinou » de « la femme du frère ». Or, puisqu'elle a déjà dit que c'est un régime nouveau, comment revient-elle ensuite dire qu'on le dérive de « la femme du frère » ? Force est donc de dire qu'au départ on pensait le dériver de « la femme du frère » comme d'une chose qui était dans la généralité et en est sortie pour enseigner -- c'est-à-dire que même s'il y a une objection, on n'objecte pas. Puis elle objecte : mais c'est un régime nouveau ! Et dès lors, s'il y a matière à objecter, on n'en dérive pas. Elle reprend alors : et bien que ce soit un régime nouveau, dérivons-en par « ma matsinou », puisqu'il n'y a rien à y objecter. C'est pourquoi elle objecte : est-ce comparable ? Là-bas il y a un seul interdit, ici deux interdits -- et voilà l'objection ; et dès lors qu'il y a matière à objecter, on n'en dérive pas, puisque c'est un régime nouveau.
💡 Explication

La beraita explique pourquoi un verset était nécessaire : sans lui, un kal va-homer imposait la conclusion inverse. Rachi fournit les deux termes de la comparaison. Le cas où le sort ne consacre pas, ce sont les kinim -- les paires d'oiseaux du zav, de la zava, de l'accouchée : y écrire « hatat » et « ola » sur deux billets ne fixe rien. Et pourtant, là, le chem fixe : nommer les oiseaux les détermine dès l'achat.

Le raisonnement s'impose alors : si la parole suffit là où le sort est impuissant, elle devrait à plus forte raison suffire ici, où le sort est tout-puissant. C'est précisément cette logique que « veassahou hatat » vient interrompre.

Tossefot rapporte l'objection de son maître Rabbi Chmouel bar Menahem : le service de Kippour est un davar hadach, un régime sorti de la règle générale -- comment en tirer ou lui appliquer un raisonnement ? La réponse construit une règle fine : d'un davar hadach on dérive par kal va-homer ou ma matsinou tant qu'il n'y a rien à objecter ; d'une chose sortie pour enseigner sur toute la généralité, on dérive même malgré une objection. Yevamot 7a est convoqué pour prouver cette distinction.

12
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂהוּ חַטָּאת״, הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת.

C'est pourquoi le verset dit : « et il en fera un hatat » -- c'est le sort qui fait le hatat, et ce n'est pas la désignation verbale qui fait le hatat.

💡 Explication

Conclusion de la beraita, qui reprend mot pour mot son ouverture : le verset coupe le kal va-homer. Le goral a ici un pouvoir que le chem n'a pas, et la logique ne peut pas étendre à Kippour ce qui vaut pour les kinim.

Pour la sougya, la portée est claire : si rien ne peut suppléer le tirage au sort, c'est que le tirage constitue le statut des boucs et non seulement leur répartition. La hagrala est donc me'akevet -- ce dont la suite du texte tirera la teyouvta contre l'opinion adverse.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).