Yoma 41a -- quand une désignation se fixe-t-elle ? La règle de Rav Hisda sur les kinin (à la prise ou à l'accomplissement, jamais entre les deux), éprouvée par le kal va-homer de ve-assahou hatat puis par le cas du metame mikdash devenu riche.

Yoma 41a

Sougya : Le daf clôt d'abord la sougya précédente : puisqu'un enseignement anonyme du Sifra est de Rabbi Yehouda, et qu'il y est dit que le sort seul fait le hatat, le tirage au sort des boucs de Kippour est bien indispensable -- réfutation définitive de l'avis contraire. S'ouvre alors une sougya nouvelle, appelée par le même thème : à quel instant une désignation prend-elle effet ?

Rav Hisda pose que les kinin -- ces paires d'oiseaux dont l'un est hatat et l'autre ola -- ne se départagent qu'à deux moments : la lekiha (prise par le propriétaire) ou l'assiya (acte du kohen) ; Rav Chimi bar Achi le fonde sur les verbes des versets de l'accouchée et du zav. Deux baraitot semblent contredire cette règle.

La première, sur le kal va-homer de ve-assahou hatat, supposait qu'une parole prononcée à l'heure du tirage aurait pu consacrer : Rava la relit en logeant chaque parole dans l'une des deux fenêtres, et la difficulté tombe. La seconde vient du metame mikdash pauvre qui met de l'argent de côté, s'enrichit, puis nomme ses deux tas : l'argent dit ola se trouve verrouillé, donc une parole a bien fixé.

Rav Chechet répond en montrant, grâce à l'avis de Rabbi Hocha'ya (le riche ne s'acquitte pas avec l'offrande du pauvre), que la baraita est de toute façon mal ordonnée et qu'il a parlé des la mise de côté -- laquelle équivaut à la lekiha. Le daf s'achève en pointant l'avis inverse, celui de Rabbi Yochiya, qui prive Rav Chechet de son levier : la suite est en 41b.

La règle de Rav Hisda : un ken ne se départage qu'à deux instants Ken = paire d'oiseaux dont l'un doit être hatat (expiatoire) et l'autre ola (holocauste). Qui est lequel ? temps 1. LEKIHA prise / achat par le propriétaire (consécration initiale) FENÊTRE OUVERTE ENTRE LES DEUX une parole ne fixe RIEN -- le kohen peut encore changer 2. ASSIYA acte sacrificiel du kohen (melika sur l'oiseau) FENÊTRE OUVERTE ve-lakeha Lev 12,8 (accouchée) : elle prendra... un pour ola, un pour hatat ve-assa Lev 15,15 (zav) : le kohen fera l'un hatat, l'autre ola Rav Chimi bar Achi : les deux versets ne connaissent que ces deux verbes -- prendre et faire. Donc : ou bien la désignation est faite à la prise, ou bien elle attend l'acte du kohen. Rien au milieu. Tout le daf teste cette règle contre deux baraitot où une parole semble fixer hors de ces fenêtres.
La règle de Rav Hisda : la désignation d'un ken ne peut se fixer qu'à la prise (lekiha) ou à l'acte du kohen (assiya) -- jamais entre les deux.
Le kal va-homer de la baraita : deux lectures possibles La baraita raisonne du ken (sans tirage) vers les deux boucs de Kippour (avec tirage). Mais que compare-t-elle au juste ? Lecture naïve (la question) Kal (le cas léger) : le ken Le tirage au sort n'y consacre pas... ...et pourtant la PAROLE (chem) y consacre. (sans précision de moment) v Homer (le cas lourd) : les boucs de Kippour Le tirage y consacre -- à plus forte raison la parole devrait y consacrer ! (sous-entendu : à l'instant du tirage) PROBLÈME pour Rav Hisda L'instant du tirage n'est ni la lekiha (les boucs sont déjà acquis) ni l'assiya (rien n'est encore fait). Or la baraita admet qu'une parole y fixerait : c'est une troisième fenêtre. Contradiction. Relecture de Rava (la réponse) Kal : le ken Le tirage n'y consacre pas, MÊME s'il tombe à la lekiha ou à l'assiya -- et la parole, elle, y consacre À LA LEKIHA OU À L'ASSIYA. v Homer : les boucs de Kippour Le tirage y consacre bien qu'il tombe HORS des deux fenêtres -- à plus forte raison la parole devrait y consacrer À LA LEKIHA OU À L'ASSIYA. Rav Hisda est sauf La parole dont parle la baraita se tient toujours dans l'une des deux fenêtres. Le tirage, lui, est l'exception : c'est justement sa force -- il fixe là où aucune parole ne le pourrait. Dans les deux lectures, la conclusion est la même : le verset ve-assahou hatat coupe court. Le goral (tirage) fait le hatat ; le chem (la parole) ne fait pas le hatat -- pour les boucs de Kippour, la parole ne prend jamais la place du sort.
Le kal va-homer de la baraita sur ve-assahou hatat : la lecture naïve contredit Rav Hisda, la relecture de Rava le sauve en logeant chaque parole dans l'une des deux fenêtres.
Le metame mikdash devenu riche : le sacrifice à échelle mobile (korban olé ve-yored) Celui qui entre au Temple en état d'impureté apporte un sacrifice dont la nature dépend de sa fortune. PAUVRE (dalout) un KEN : deux oiseaux l'un hatat, l'autre ola valeur faible -- il met de l'argent de côté RICHE (achirout) une BÊTE : hatat animale seule PAS d'ola du tout valeur élevée -- il devra compléter Le cas de la baraita, dans l'ordre 1. Il est pauvre il met de côté des maot (pièces) pour son ken 2. Il s'enrichit il doit désormais une hatat animale 3. Puis il partage ceci pour ma hatat, cela pour mon ola 4. Règle énoncée il complète depuis les maot de la hatat Maot dites hatat : ON PEUT ajouter La hatat reste une hatat, seul le support change (oiseau -> bête). On complète de sa poche. Maot dites ola : ON NE PEUT PAS Le nom ola s'est fixé sur elles ; on ne les détourne plus vers l'achat d'une hatat. Ce blocage prouve qu'une simple parole a FIXÉ -- hors lekiha, hors assiya. Objection à Rav Hisda. R. Elazar au nom de R. Hocha'ya Riche qui apporte le sacrifice du pauvre : LO YATSA (il ne s'acquitte pas, même après coup) Réponse de Rav Chechet : la baraita est mal ordonnée. Il avait déjà parlé quand il était pauvre = à la hafracha. Rav Hisda tient. R. Haga au nom de R. Yochiya Riche qui apporte le sacrifice du pauvre : YATSA (il s'acquitte après coup) Alors la baraita se lit telle quelle : il a parlé riche... ...et cela a fixé. L'objection contre Rav Hisda revient -- suite en 41b.
Le metame mikdash devenu riche : la séquence du cas, le blocage des maot dites ola, et la mahloket Hocha'ya / Yochiya qui commande toute la solution.
1
סְתָם סִיפְרָא מַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה, וְקָא תָּנֵי: הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת. אַלְמָא הַגְרָלָה מְעַכְּבָא, תְּיוּבְתָּא דְּמַאן דְּאָמַר הַגְרָלָה לָא מְעַכְּבָא. תְּיוּבְתָּא.

Un enseignement anonyme du Sifra, de qui est-il ? De Rabbi Yehouda.

Or il enseigne : « c'est le sort (goral) qui fait le hatat, et ce n'est pas la parole (chem) qui fait le hatat. » Il apparaît donc que, pour lui, le tirage au sort (hagrala) est indispensable (me'akev). C'est une réfutation de celui qui a dit que le tirage au sort n'est pas indispensable.

Réfutation établie.

📜 Rachi (1)
סְתָם סִיפְרָא תּוֹרַת כֹּהֲנִים רַבִּי יְהוּדָה הִיא הָכִי קָאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף פּוֹ.) וְהָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים הִיא דְּהָא קְרָא בְּסֵפֶר וַיִּקְרָא כְּתִיב:
Un enseignement anonyme du Sifra - la Torat Kohanim, c'est Rabbi Yehouda. Ainsi est-il dit dans Sanhédrin (86a). Et cette baraita relève bien de la Torat Kohanim, puisque le verset dont elle traite est écrit dans le livre du Lévitique.
🗂️ Tossefot (1)
סְתָם סִיפְרָא מַנִּי רַבִּי יְהוּדָה תֵּימַהּ לר"י בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (ד' יד.) דְּפָרִיךְ וְכָל הֵיכָא דִּכְתִיב חֻוקָּה לָא דָּרְשִׁינַן קַל וָחֹומֶר וְהָא גַּבֵּי יוה"כ וְכוּ' עַד וְטַעֲמָא דִּכְתִיב וְעָשָׂהוּ חַטָּאת הָא לָאו הָכִי דָּרְשִׁינַן קַל וָחֹומֶר וְהַשְׁתָּא מַאי פָּרֵיךְ וְהָא סְתַם סִיפְרָא רַבִּי יְהוּדָה וּלְדִידֵיהּ חֻוקָּה לָא קַייְמָא אַהַגְרָלָה וְתֵירֵץ רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן מִקּוּצִי דְּפָרִיךְ מִדְּאִיצְטְרִיךְ זֹאת וְאַחַת לְקַמָּן בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא דַּף ס:) לִמְעוּטֵי דְּלָא קַיְימָא חֻוקָּה אַדְּבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן בַּחוּץ ש"מ דְּדָרְשִׁינַן ק"ו אַפֵּי' הֵיכָא דִּכְתִיב חֻוקָּה דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי לִשְׁתּוֹק מִינֵּיהּ מַאי אֲמַרְתְּ אִי לֹא כְּתַב זֹאת וְאַחַת הֲוָה אֲמִינָא דְּחוּקָה קַיְימָא אָכַל מִילֵּי א"כ כֵּיוָן דַּהֲוָה קַייְמָא נָמֵי אַהַגְרָלָה א"כ לִשְׁתּוֹק מִוְּעַשָּׁהוּ אֶלָּא ע"כ אִי לֹא כְּתַב וְעָשָׂהוּ הֵ"א אע"ג דְּחוּקָה הֲוָה קַיְימָא אָכַל מִילֵּי הַגְרָלָה מִיהָא לָא מְעַכְּבָא מק"ו אַלְמָא אע"ג דִּכְתִיב חֻוקָּה דָּרְשִׁינַן ק"ו אֲבָל קָשֶׁה עַל תֵּירוּץ זֶה דַּאֲפִילּוּ כִּי קַיְימָא חֻוקָּה אָכַל מִילֵּי וְלָא הֲוָה דָּרְשִׁינַן קַל וָחֹומֶר הֵיכָא דְּכָתַב חֻוקָּה לָא סַגִּי דְּלָא כְּתַב וְעָשָׂהוּ לִמְעוּטֵי בְּעָלְמָא שֶׁלֹּא יְקַדֵּשׁ הַגּוֹרָל כִּדְפֵי' לְעֵיל וְעוֹד אֲפִילּוּ קַיְימָא חֻוקָּה אָכַל מִילֵּי אִיצְטְרִיךְ וְעָשָׂהוּ לְגוֹרַל דְּהַגְרָלָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא וְיָכֵילְנָא לְשַׁנּוֹיֵי דְּלָאו דַּוְוקָא נְקַט הָתָם חֻוקָּה דְּעִיכּוּבָא אַחַרְיַנָא אִיתָא דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא תְּרֵי זִימְנֵי דְּהָוֵי כְּמוֹ חֻוקָּה וְהָכִי פָּרִיךְ וְכָל הֵיכָא דְּכָתַב עִיכּוּבָא לָא דָּרְשִׁינַן ק"ו וְהָא גַּבֵּי יוה"כ דִּכְתִיב גּוֹרָל וּכְתִיב חֻוקָּה דְּמַשְׁמַע עִיכּוּבָא לְרַבִּי נְחֶמְיָה וּלְרַבִּי יְהוּדָה אִיכָּא עִיכּוּבָא אַחַרְיַנָא דִּתְנָא בֵּיהּ קְרָא וְטַעְמָא דְּכָתַב רַחֲמָנָא וְעָשָׂהוּ הָא לָאו הָכִי הֲוָה דָּרְשִׁינַן קַל וָחֹומֶר אע"פ שֶׁהָיָה רָאוּי לִדְרוֹשׁ אֲשֶׁר עָלָה אֲשֶׁר עָלָה לְעִיכּוּבָא אַף עַל גַּב דְּלָא כְּתַב בִּלְשׁוֹן צִוּוּי וְנִרְאֶה כְּמוֹ סִיפּוּר דְּבָרִים בְּעָלְמָא מִכָּל מָקוֹם כֵּיוָן דִּכְתִיב חֻוקָּה הָיָה סְבָרָא לוֹמַר דִּמְעַכְּבָא מִכֹּחַ חֻוקָּה וּמִכֹּחַ תְּרֵי אֲשֶׁר עָלָה אֶלָּא דַּאֲתָא קַל וָחֹומֶר וְעָקַר לֵיהּ מֵהַאי סְבָרָא וְאוֹקְמִינַן חֻוקָּה לִשְׁאָר מִילֵּי וַאֲשֶׁר עָלָה וַאֲשֶׁר עָלָה אָמְרִינַן סִיפּוּר דְּבָרִים בְּעָלְמָא הוּא הָכָא נָמֵי גַּבֵּי יְבָמָה דִּכְתִיב כָּכָה לְעִיכּוּבָא נֵימָא קַל וָחֹומֶר דְּתֵצֵא בְּגֵט וְעִיכּוּבָא דִּכְּכָה לִשְׁאָר מִילֵּי:
Un enseignement anonyme du Sifra, de qui est-il ? De Rabbi Yehouda - difficulté du Ri : au premier chapitre de Kiddouchin (14a), la guemara objecte : « et partout où il est écrit houka (statut), on ne tire pas de kal va-homer ? Or, à propos de Yom Kippour... » -- jusqu'à : « et la raison en est qu'il est écrit ve-assahou hatat ; sans cela, on aurait tiré un kal va-homer. » Or quelle est la difficulté ? Un enseignement anonyme du Sifra est de Rabbi Yehouda, et pour lui la houka ne porte pas sur le tirage au sort ! Rabbenou Chimchon de Coucy a répondu : la question part de ce que les mots zot et ahat ont été nécessaires plus loin, au chapitre Hotsiou Lo (Yoma 60b), pour exclure -- pour enseigner que la houka ne porte pas sur les rites accomplis en vêtements blancs à l'extérieur. On en déduit que l'on tire un kal va-homer même là où houka est écrit ; car si tu ne dis pas ainsi, que l'Écriture se taise sur ce point. Que répondrais-tu -- que sans zot et ahat j'aurais cru que la houka porte sur tout ? Mais alors, puisqu'elle porterait aussi sur le tirage au sort, que l'Écriture se taise sur ve-assahou ! Force est donc de dire : si ve-assahou n'avait pas été écrit, j'aurais dit que même si la houka porte sur tout, le tirage au sort, lui du moins, n'est pas indispensable -- en vertu d'un kal va-homer. Preuve que même là où houka est écrit, on tire un kal va-homer. Mais cette réponse fait difficulté : même si la houka portait sur tout et qu'on ne tirait pas de kal va-homer là où houka est écrit, il ne suffirait pas que ve-assahou ne soit pas écrit -- il faudrait encore l'écrire pour exclure de façon générale que le sort ne consacre pas, comme expliqué plus haut. En outre, même si la houka porte sur tout, ve-assahou reste nécessaire pour le sort, puisque le tirage au sort n'est pas une avoda (un service sacrificiel proprement dit). Et je pourrais répondre que là-bas (dans Kiddouchin) le terme houka n'est pas pris au sens strict : il existe une autre marque d'indispensabilité, à savoir que l'Écriture répète la chose deux fois, ce qui équivaut à une houka. Et voici comment il faut lire l'objection : « et partout où une marque d'indispensabilité est écrite, on ne tire pas de kal va-homer ? Or à propos de Yom Kippour, où il est écrit goral et où il est écrit houka -- ce qui implique l'indispensabilité selon Rabbi Nehemia, et selon Rabbi Yehouda il y a une autre indispensabilité, la répétition par l'Écriture -- et la raison en est que le Miséricordieux a écrit ve-assahou ; sans cela on aurait tiré un kal va-homer. » Et bien qu'il eût été légitime d'exposer les deux acher ala (« celui sur lequel est monté [le sort] », répété) comme marque d'indispensabilité -- même s'ils ne sont pas écrits à l'impératif et paraissent un simple récit --, néanmoins, puisque houka est écrit, il y avait lieu de dire que la chose est indispensable en vertu de la houka et en vertu des deux acher ala ; mais le kal va-homer est venu déraciner ce raisonnement, si bien que nous rapportons la houka aux autres rites, et que les deux acher ala, nous les tenons pour un simple récit. Ici de même, à propos de la yevama où il est écrit kakha (« ainsi ») comme marque d'indispensabilité : disons un kal va-homer selon lequel elle sortirait par un guet, et l'indispensabilité de kakha porterait sur les autres détails.
💡 Explication

Clôture de la sougya précédente. La guemara cherchait à savoir si, selon Rabbi Yehouda, le tirage au sort des deux boucs de Kippour est me'akev (indispensable, sans quoi le service est invalide) ou seulement une mitsva de première intention. Elle s'appuie sur une règle d'attribution classique : stam Sifra = Rabbi Yehouda, c'est-à-dire que toute baraita anonyme du Sifra (Torat Kohanim, le midrach halakhique sur le Lévitique) exprime l'avis de Rabbi Yehouda.

Puisque cette baraita anonyme affirme que seul le goral fait le hatat -- et non le chem, la désignation verbale --, Rabbi Yehouda tient bien le tirage pour indispensable. Celui qui soutenait l'inverse est réfuté : tiyouvta, réfutation définitive et non simple difficulté.

2
אָמַר רַב חִסְדָּא: אֵין הַקִּינִּין מִתְפָּרְשׁוֹת אֶלָּא אוֹ בִּלְקִיחַת בְּעָלִים, אוֹ בַּעֲשִׂיַּית כֹּהֵן.

Rav Hisda a dit : les kinin (paires d'oiseaux) ne se départagent qu'à la prise par les propriétaires (lekiha), ou à l'accomplissement par le kohen (assiya).

📜 Rachi (1)
אֵין הַקִּינִּין מִתְפָּרְשׁוֹת אֵיזוֹ לְעוֹלָה וְאֵיזוֹ לְחַטָּאת אֶלָּא אוֹ בִּלְקִיחַת בְּעָלִים כו' אִם כְּשֶׁקְּנָאָן אָמַר זֶה אֲנִי לוֹקֵחַ לְעוֹלָה וְאֶת זֶה לְחַטָּאת שׁוּב אֵין הַכֹּהֵן יָכוֹל לְשַׁנּוֹתָן בַּעֲשִׂיָּיתָן וְאִם שִׁינָּה פָּסוּל וְאִם כְּשֶׁקְּנָאָן לֹא פֵּירֵשׁ אַף עַל פִּי שֶׁקָּרָא לָהֶם שֵׁם [לְאַחַר מִיכֵּן] אֵין שֵׁם חָל עֲלֵיהֶם וְיָכוֹל הַכֹּהֵן לְשַׁנּוֹתָן:
Les kinin ne se départagent pas - lequel pour l'ola et lequel pour le hatat, si ce n'est à la prise par les propriétaires, etc. S'il a dit au moment de les acheter : « celui-ci, je le prends pour l'ola et celui-là pour le hatat », le kohen ne peut plus les intervertir au moment de l'accomplissement ; et s'il les a intervertis, c'est invalide. Et si, au moment de les acheter, il n'a pas spécifié, alors même qu'il leur ait donné un nom par la suite, ce nom ne prend pas sur eux, et le kohen peut les intervertir.
💡 Explication

Nouvelle sougya, appelée par le thème précédent : quand une désignation se fixe-t-elle ? Un ken (pluriel kinin) est une paire d'oiseaux apportée par certains obligeants -- l'accouchée, le zav, le metsora, le pauvre -- dont l'un doit être offert en hatat (expiatoire) et l'autre en ola (holocauste). Les deux oiseaux sont identiques : rien ne dit lequel est lequel.

Rav Hisda pose que cette répartition ne peut se cristalliser qu'à deux instants précis : la lekiha, moment où le propriétaire acquiert et consacre les oiseaux, ou la assiya, moment où le kohen accomplit le rite sur l'oiseau. Conséquence pratique : si le propriétaire a spécifié à l'achat, le kohen ne peut plus intervertir -- s'il le fait, l'offrande est passoul (invalide). Mais s'il n'a rien spécifié à l'achat, une déclaration ultérieure ne produit aucun effet : le kohen reste libre.

3
אָמַר רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי: מַאי טַעְמָא דְּרַב חִסְדָּא, דִּכְתִיב: ״וּלְקָחָהּ״ ״וְעָשָׂה״. אוֹ בִּלְקִיחָה, אוֹ בַּעֲשִׂיָּיה.

Rav Chimi bar Achi a dit : quelle est la raison de Rav Hisda ? Parce qu'il est écrit « et elle prendra » (ve-lakeha) et « et il fera » (ve-assa) : ou bien à la prise, ou bien à l'accomplissement.

📜 Rachi (1)
וּלְקָחָהּ וְעָשָׂה בְּיוֹלֶדֶת כְּתִיב וְלָקְחָה שְׁתֵּי תֹורִים אוֹ שְׁנֵי בְּנֵי יוֹנָה אֶחָד לְעֹולָה וְאֶחָד לְחַטָּאת וְכֵן בִּמְצוֹרָע וְגַבֵּי זָב וְעָשָׂה הַכֹּהֵן אֶחָד חַטָּאת וְאֶחָד עוֹלָה אַלְמָא אוֹ בִּשְׁעַת לְקִיחָה נִקְבָּעִין אוֹ בִּשְׁעַת עֲשִׂיָּיתָן אֲבָל בֵּינֵי בֵּינֵי לֹא:
Et elle prendra, et il fera - à propos de l'accouchée il est écrit : « et elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l'un pour l'ola et l'autre pour le hatat » ; et de même chez le metsora. Et à propos du zav : « et le kohen fera l'un hatat et l'autre ola ». Il apparaît donc qu'ils se fixent soit au moment de la prise, soit au moment de l'accomplissement -- mais dans l'entre-deux (beini beini), non.
💡 Explication

La source scripturaire de la règle. Deux versets traitent des kinin en nommant leur répartition, et chacun l'attache à un verbe différent :

-- Chez l'accouchée (Lev 12,8) : « et elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l'un en ola et l'autre en hatat » -- la répartition est accrochée à la prise, acte du propriétaire.
-- Chez le zav (Lev 15,15) et le metsora : « et le kohen les fera, l'un hatat et l'autre ola » -- la répartition est accrochée à l'accomplissement, acte du kohen.

La Torah ne connaît donc que ces deux moments porteurs. Tout ce qui se dit dans l'intervalle -- beini beini, « entre-deux » selon le mot de Rachi -- est sans portée juridique.

4
מֵיתִיבִי: ״וְעָשָׂהוּ חַטָּאת״, הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת.

On objecte : « et il le fera hatat » (ve-assahou hatat) -- c'est le sort qui fait le hatat, et ce n'est pas la parole qui fait le hatat.

💡 Explication

Première objection contre Rav Hisda, tirée de la baraita du Sifra déjà citée au début du daf. Le verset Lev 16,9 dit d'Aharon qu'il offrira le bouc échu au sort pour le Nom « ve-assahou hatat », « et il le fera hatat ». La baraita en tire une exclusion : seul le goral fait le hatat, pas le chem.

Retenons la structure : une exclusion suppose que, sans elle, on aurait cru le contraire. Les segments suivants exposent le raisonnement qu'il a fallu écarter.

5
שֶׁיָּכוֹל, וַהֲלֹא דִּין הוּא: וּמַה בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ הַגּוֹרָל — קִידֵּשׁ הַשֵּׁם, מָקוֹם שֶׁקִּידֵּשׁ הַגּוֹרָל, אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַשֵּׁם?!

Car j'aurais pu croire -- et n'était-ce pas logique ? -- : si la où le sort ne consacre pas, la parole consacre pourtant, là où le sort consacre, n'est-il pas logique que la parole consacre ?

💡 Explication

Le kal va-homer (raisonnement à fortiori) que le verset doit venir briser. Il compare deux domaines :

-- Le cas léger : les kinin. Le tirage au sort n'y a aucun pouvoir consécratoire ; et pourtant, la parole, elle, y consacre.
-- Le cas lourd : les deux boucs de Kippour. Le tirage au sort y consacre bel et bien. À plus forte raison la parole devrait-elle y consacrer !

La logique est celle-ci : la où l'instrument faible (le sort) est efficace, l'instrument fort (la parole) devrait l'être à fortiori. Le verset ve-assahou hatat vient nier cette évidence.

6
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂהוּ חַטָּאת״, הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת.

L'Écriture dit donc : « et il le fera hatat » -- c'est le sort qui fait le hatat, et ce n'est pas la parole qui fait le hatat.

💡 Explication

Conclusion de la baraita : le verset barre le kal va-homer. Pour les boucs de Kippour, le goral jouit d'un monopole. C'est un cas rare où l'Écriture préfère un procédé matériel et aléatoire à la volonté déclarée de l'officiant.

7
וְהָא הָכָא, דְּלָאו שְׁעַת לְקִיחָה וְלָאו שְׁעַת עֲשִׂיָּיה הִיא, וְקָתָנֵי דְּקָבַע!

Or ici, ce n'est ni le moment de la prise ni le moment de l'accomplissement -- et pourtant il enseigne que cela fixerait !

📜 Rachi (1)
וְהָא הָכָא כוּ' מִדְּקָתָנֵי כָּאן שֶׁקִּידֵּשׁ הַגּוֹרָל אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַשֵּׁם וְקָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּקִידּוּשׁ הַשֵּׁם בִּשְׁעַת קִידּוּשׁ גּוֹרָל קָאָמַר שֶׁאֵינוֹ לֹא שְׁעַת לְקִיחָה וְלֹא שְׁעַת עֲשִׂייָּה הָכִי גָּרְסִינַן וְהָא הָכָא דְּלָאו שְׁעַת לְקִיחָה וְלָאו שְׁעַת עֲשִׂיָּיה הִיא וְקָתָנֵי דְּקָבַע:
Or ici, etc. - du fait qu'il enseigne « là où le sort consacre, n'est-il pas logique que la parole consacre », et l'on avait cru que la consécration par la parole dont il parle se ferait au moment où l'on consacre par le sort, lequel n'est ni le moment de la prise ni le moment de l'accomplissement. Voici la version du texte : « Or ici, ce n'est ni le moment de la prise ni le moment de l'accomplissement -- et pourtant il enseigne que cela fixerait ! »
💡 Explication

Voici l'objection proprement dite contre Rav Hisda. Elle ne porte pas sur la conclusion de la baraita, mais sur le kal va-homer qu'elle a dû réfuter.

Ce kal va-homer supposait qu'une parole prononcée à l'instant du tirage au sort aurait pu consacrer. Or cet instant n'est ni la lekiha -- les boucs sont déjà acquis depuis longtemps -- ni l'assiya -- aucun rite n'a encore commencé. Si le kal va-homer était même seulement pensable, c'est qu'une parole peut fixer en dehors des deux fenêtres de Rav Hisda. Sa règle serait donc fausse.

8
אָמַר רָבָא, הָכִי קָאָמַר: מַה בִּמְקוֹם שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ הַגּוֹרָל וַאֲפִילּוּ בִּשְׁעַת לְקִיחָה, וַאֲפִילּוּ בִּשְׁעַת עֲשִׂיָּיה — קִידֵּשׁ הַשֵּׁם בִּשְׁעַת לְקִיחָה וּבִשְׁעַת עֲשִׂיָּיה, מְקוֹם שֶׁקִּידֵּשׁ הַגּוֹרָל שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת לְקִיחָה וְשֶׁלֹּא בִּשְׁעַת עֲשִׂייָּה, אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַשֵּׁם בִּשְׁעַת לְקִיחָה וּבִשְׁעַת עֲשִׂיָּיה?

Rava a dit : voici ce que la baraita veut dire. Si la où le sort ne consacre pas -- même au moment de la prise, même au moment de l'accomplissement -- la parole, elle, consacre au moment de la prise et au moment de l'accomplissement, alors la où le sort consacre bien qu'il ne soit ni au moment de la prise ni au moment de l'accomplissement, n'est-il pas logique que la parole consacre au moment de la prise et au moment de l'accomplissement ?

💡 Explication

Réponse de Rava : le kal va-homer n'a jamais parlé d'une parole prononcée à l'instant du tirage. Il faut y ajouter partout la mention des deux fenêtres, et le raisonnement se renverse élégamment.

Relu ainsi, le contraste est double. Chez les kinin : le sort est impuissant même s'il tombe dans une bonne fenêtre, tandis que la parole y est efficace. Chez les boucs : le sort est puissant alors même qu'il tombe hors des fenêtres -- à plus forte raison la parole devrait-elle l'être dans les fenêtres.

La force du kal va-homer est donc intacte, mais son objet a changé : la parole dont il est question reste toujours logée dans la lekiha ou l'assiya. Rav Hisda n'est plus contredit.

🖼️ Schéma
Le glissement opéré par Rava : ce que l'on compare vraiment LE SORT (goral) LA PAROLE (chem) KININ inefficace MÊME dans les deux fenêtres (le sort n'a aucun pouvoir ici) efficace DANS les deux fenêtres (lekiha ou assiya) BOUCS efficace HORS des deux fenêtres (force propre du goral) devrait être efficace DANS les fenêtres... ...mais ve-assahou hatat le refuse Nulle part la parole n'agit hors des deux fenêtres : la règle de Rav Hisda traverse le tableau intacte. Ce qui est exceptionnel, c'est le sort -- seul instrument capable de fixer au milieu de nulle part.
La relecture de Rava : les quatre cases du raisonnement, une fois chaque parole ramenée dans sa fenêtre.
9
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂהוּ חַטָּאת״, הַגּוֹרָל עוֹשֶׂה חַטָּאת, וְאֵין הַשֵּׁם עוֹשֶׂה חַטָּאת.

L'Écriture dit donc : « et il le fera hatat » -- c'est le sort qui fait le hatat, et ce n'est pas la parole qui fait le hatat.

💡 Explication

Reprise de la conclusion de la baraita, cette fois selon la lecture de Rava. Le verset garde le même office : il retire à la parole tout pouvoir sur les boucs de Kippour, y compris quand elle est prononcée au bon moment. La première objection contre Rav Hisda est écartée.

10
תָּא שְׁמַע: מְטַמֵּא מִקְדָּשׁ עָנִי, וְהִפְרִישׁ מָעוֹת לְקִינּוֹ וְהֶעֱשִׁיר, וְאַחַר כָּךְ אָמַר: אֵלּוּ לְחַטָּאתוֹ, וְאֵלּוּ לְעוֹלָתוֹ —

Viens et écoute : un metame mikdash (celui qui a rendu le Temple impur) pauvre, qui a mis de côté de l'argent (maot) pour son ken, puis s'est enrichi, et a dit ensuite : « ceci pour mon hatat, et cela pour mon ola » --

📜 Rachi (3)
מְטַמֵּא מִקְדָּשׁ הַנִּכְנָס לַמִּקְדָּשׁ טָמֵא וְהוּא בְּקָרְבָּן עוֹלֶה וְיוֹרֵד עֲשִׁירוּת וְדַלּוּת וּדְלִי דַּלּוּת הָאֲמוּרָה אֵצֶל שְׁבוּעַת בִּטּוּי וּשְׁבוּעַת קוֹל אֵלֶּה וְהָתָם נָמֵי כְּתִיב (וַיִּקְרָא ה׳:א׳) אוֹ נֶפֶשׁ כִּי תִּגַּע וְגוֹ' וְאוֹקְמִינַן לָהּ בִּשְׁבוּעוֹת (דַּף ז.) בְּטֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו שֶׁאַחַר שֶׁנִּטְמָא נִכְנַס לַמִּקְדָּשׁ אוֹ אָכַל קָדָשִׁים:
Métamé mikdash - celui qui entre au Temple en état d'impureté. Il relève du sacrifice qui monte et descend (olé ve-yored) : richesse, pauvreté et extrême pauvreté, tel qu'il est énoncé à propos du serment d'expression et du serment de témoignage. Et là aussi il est écrit « ou une personne qui touche... » (Lev 5,1 et suiv.), que nous avons établi dans Chevouot (7a) comme portant sur l'impureté du Temple et de ses offrandes -- à savoir celui qui, après avoir contracté l'impureté, est entré au Temple ou a mangé des offrandes consacrées.
וְהֶעֱשִׁיר וְצָרִיךְ לְהָבִיא בַּעֲשִׁירוּת:
Et il s'est enrichi - il doit alors apporter selon le régime de richesse.
וְאַחַר כָּךְ חוֹלֵק הַמָּעוֹת וּפֵירֵשׁ וְאָמַר אֵלּוּ לְחַטָּאתוֹ וְאֵלּוּ לְעוֹלָתוֹ אע"ג שֶׁאֵין קָרְבַּן עָנִי עַכְשָׁיו עָלָיו חוֹבָה אֶלָּא קָרְבַּן עָשִׁיר וְאֵין בְּקָרְבַּן עָשִׁיר [עוֹלָה אֶלָּא] חַטַּאת בְּהֵמָה כְּשֶׁבָּא לב"ד יֹאמְרוּ לוֹ ב"ד קָרְבַּן עָשִׁיר תָּבִיא:
Et ensuite - il partage l'argent, précise et dit : « ceci pour mon hatat et cela pour mon ola » -- et cela bien que le sacrifice du pauvre ne soit plus à présent son obligation, mais celui du riche ; or le sacrifice du riche ne comporte pas d'ola, seulement une hatat animale, si bien que lorsqu'il viendra devant le tribunal, celui-ci lui dira : « c'est le sacrifice du riche que tu dois apporter ».
🗂️ Tossefot (1)
מְטַמֵּא מִקְדָּשׁ וְכוּ' הָא דְּלָא נְקַט שְׁמִיעַת קוֹל דִּכְתִיב בְּרֵישָׁא יֵשׁ לוֹמַר מִילְּתָא דִּשְׁכִיחָא טְפֵי נְקַט:
Métamé mikdash, etc. - pourquoi la baraita n'a-t-elle pas pris le cas du serment de témoignage (chemi'at kol), qui est écrit en premier dans le verset ? On peut dire qu'elle a choisi le cas le plus fréquent.
💡 Explication

Seconde objection, tirée du régime du korban olé ve-yored, le « sacrifice qui monte et descend » : son coût s'ajuste à la fortune de celui qui l'apporte. Le metame mikdash -- celui qui est entré au Temple, ou a mangé des offrandes, en état d'impureté, par inadvertance -- en relève.

Trois étages : le riche apporte une hatat animale ; le pauvre, un ken (un oiseau en hatat, un en ola) ; le très pauvre, une offrande de farine. Le cas exposé ici enchaîne : il est pauvre, il met de l'argent de côté pour son ken, puis il s'enrichit -- il doit désormais une bête --, et c'est seulement ensuite qu'il partage son argent en deux tas nommés. Ce mot « ensuite » (ve-ahar kakh) porte toute l'objection.

11
מוֹסִיף וּמֵבִיא חוֹבָתוֹ מִדְּמֵי חַטָּאתוֹ, וְאֵין מוֹסִיף וּמֵבִיא חוֹבָתוֹ מִדְּמֵי עוֹלָתוֹ.

-- il ajoute et apporte son obligation à partir de l'argent de son hatat, mais il n'ajoute pas et n'apporte pas son obligation à partir de l'argent de son ola.

📜 Rachi (2)
מוֹסִיף מִבֵּיתוֹ עַד דְּמֵי בְּהֵמָה וּמֵבִיא חוֹבָתוֹ בְּהֵמָה מִדָּמִים שֶׁקָּרָא לָהֶם שֵׁם חַטָּאת:
Il ajoute - depuis sa maison, jusqu'au prix d'une bête, et apporte son obligation -- une bête -- à partir de l'argent auquel il a donné le nom de hatat.
וְאֵין מוֹסִיף וּמֵבִיא חַטַּאת בְּהֵמָה מִדְּמֵי עוֹלָתוֹ שֶׁאֵין יָכוֹל לְשַׁנּוֹתָן לְמָעוֹת שֶׁהִפְרִישָׁן שֶׁקָּרָא לָהֶן שֵׁם עוֹלָה לִיקַּח מֵהֶן חַטָּאת:
Et il n'ajoute pas et n'apporte pas - une hatat animale à partir de l'argent de son ola, car il ne peut pas convertir cet argent qu'il a mis de côté et auquel il a donné le nom d'ola, pour en acheter un hatat.
💡 Explication

La règle énoncée par la baraita, et le nœud de l'objection. L'homme est désormais riche : il doit une hatat animale, plus chère que l'oiseau prévu.

-- Sur le tas nommé hatat : il complète de sa poche jusqu'au prix d'une bête et achète sa hatat. Le nom hatat reste le même, seul le support change (oiseau devenu bête).
-- Sur le tas nommé ola : impossible. Ces pièces portent le nom ola ; on ne les détourne pas pour acheter une hatat.

C'est précisément ce blocage qui fait problème : il prouve que la parole a fixé un statut sur cet argent. Or elle a été prononcée après la mise de côté et après l'enrichissement -- ni lekiha, ni assiya.

🖼️ Schéma
Les deux tas de maot : l'un se laisse compléter, l'autre est verrouillé Tas dit HATAT prix d'un oiseau -- insuffisant + il ajoute de sa poche -> achète la HATAT animale même nom, autre support : rien n'est détourné Tas dit OLA le riche ne doit plus AUCUNE ola X on ne complète pas -> ne peut PAS servir à la hatat le nom ola s'est fixé et bloque l'argent Ce verrou est la preuve gênante : une simple parole a FIXÉ un statut -- hors lekiha, hors assiya. Si Rav Hisda avait raison, ces pièces seraient restées libres et auraient pu servir à la hatat.
Pourquoi la baraita gêne Rav Hisda : le tas dit ola est verrouillé, donc la parole a bien fixé quelque chose hors des deux fenêtres.
12
וְהָא הָכָא, דְּלָאו שְׁעַת לְקִיחָה וְלָאו שְׁעַת עֲשִׂיָּיה הִיא, וְקָתָנֵי דְּקָבַע!

Or ici, ce n'est ni le moment de la prise ni le moment de l'accomplissement -- et pourtant il enseigne que cela fixe !

📜 Rachi (2)
וְהָא הָכָא דִּלְאַחַר שֶׁהִפְרִישָׁן פֵּירֵשׁ וְאֵין זוֹ לָא לְקִיחָה וְלָא עֲשִׂיָּיה:
Or ici - puisque c'est après les avoir mis de côté qu'il a précisé, et ce n'est ni une prise ni un accomplissement.
וְקָתָנֵי דְּקָבַע עֲלֵיהֶם הַשֵּׁם וְאֵין רַשַּׁאי לְשַׁנּוֹתָן:
Et il enseigne que cela fixe - le nom prend sur eux et il n'a plus le droit de les convertir.
💡 Explication

Formulation de l'objection, dans les mêmes termes que précédemment (segment 6). La hafracha (mise de côté de l'argent) est passée ; l'homme s'est enrichi ; et c'est seulement après qu'il nomme ses deux tas. Aucun des deux moments porteurs de Rav Hisda n'est en jeu. Pourtant la baraita traite ce nommage comme irrévocable.

13
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: וְתִסְבְּרָא? וְהָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי הוֹשַׁעְיָא: מְטַמֵּא מִקְדָּשׁ עָשִׁיר וְהֵבִיא קָרְבַּן עָנִי — לֹא יָצָא, וְכֵיוָן דְּלֹא יָצָא הֵיכִי קָבַע?

Rav Chechet a dit : mais peux-tu vraiment comprendre ainsi ? Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Hocha'ya : un metame mikdash riche qui a apporté le sacrifice du pauvre ne s'est pas acquitté (lo yatsa) ?

Et puisqu'il ne s'acquitte pas, comment cela pourrait-il fixer ?

📜 Rachi (1)
וְתִסְבְּרָא הַךְ מְתָרַצְתָּא הִיא וְהָאָמַר ר"א וְכוּ'. וְכֵיוָן דְּאֵין קָרְבַּן עָנִי רָאוּי לוֹ אֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד הֵיכִי קָבַע לֵיהּ שֵׁם עוֹלָה עֲלַיְיהוּ מִשֶּׁהֶעֱשִׁיר הֲרֵי אֵינוֹ מְחֻויָּב עוֹלָה:
Mais peux-tu comprendre ainsi - cette baraita est-elle vraiment bien ordonnée ? Or Rabbi Elazar a dit, etc. Et puisque le sacrifice du pauvre ne lui convient pas, même après coup, comment pourrait-il fixer sur cet argent le nom d'ola, dès lors qu'il s'est enrichi ? Il n'est plus tenu d'aucune ola.
💡 Explication

Rav Chechet ne répond pas encore : il commence par montrer que la baraita, telle qu'elle est ordonnée, est inintelligible pour tout le monde -- pas seulement pour Rav Hisda.

Son levier est l'enseignement de Rabbi Hocha'ya : un riche qui apporte l'offrande du pauvre lo yatsa, il ne s'acquitte pas, même après coup (bediavad). Or, dans le cas de la baraita, l'homme parle alors qu'il est déjà riche. À cet instant, le ken ne peut plus rien pour lui : l'ola qu'il nomme n'est plus une obligation, et l'argent ne peut se lier à un sacrifice qui ne le libérerait pas. Une parole qui désigne une offrande inapte ne fixe rien. La baraita, lue dans cet ordre, ne tient donc pas debout d'elle-même.

14
אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר — שֶׁכְּבָר אָמַר מֵעֲנִיּוּתוֹ, הָכָא נָמֵי — שֶׁכְּבָר אָמַר מִשְּׁעַת הַפְרָשָׁה.

Plutôt, que peux-tu bien dire ? Qu'il avait déjà parlé du temps de sa pauvreté.

Ici aussi : qu'il avait déjà parlé des le moment de la mise de côté.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר עַל כָּרְחָךְ מִיבַּעְיָא לְשַׁבּוּשָׁא וּלְמֵימַר דְּהַאי וְאַחַ"כּ דְּקָתָנֵי שִׁיבּוּשׁ הוּא אֶלָּא הָכִי מִיבַּעְיָא לֵיהּ לְמִיתְנֵי וְאָמַר אֵלּוּ לְחַטָּאת וְאֵלּוּ לְעוֹלָה וְאַחַ"כּ הֶעֱשִׁיר דְּבִשְׁעַת שֶׁקְּבָעָן הֲוָה קָרְבָּן חֲזִי לֵיהּ וְכֵיוָן דְּעַל כָּרְחֲךָ מְשַׁבַּשְׁתָּא הִיא לְרַב חִסְדָּא נָמֵי הָכִי תִּרְצֶה שֶׁכְּבָר אָמַר מִשְּׁעַת הַפְרָשָׁה וְתָנֵי הָכָא מְטַמֵּא מִקְדָּשׁ עָנִי שֶׁהִפְרִישׁ מָעוֹת לְקִינּוֹ וְאָמַר בִּשְׁעַת הַפְרָשָׁה אֵלּוּ לְחַטָּאת וְאֵלּוּ לְעוֹלָה וְאַחַ"כּ הֶעֱשִׁיר מוֹסִיף וּמֵבִיא דְּהַפְרָשָׁה בְּמָעוֹת כִּשְׁעַת לְקִיחַת הָעוֹפוֹת:
Plutôt, que peux-tu bien dire - force est de dire que la baraita est corrompue, et que ce « et ensuite » qu'elle enseigne est une erreur ; il faudrait plutôt enseigner : « et il a dit : ceci pour le hatat et cela pour l'ola, et ensuite il s'est enrichi » -- car au moment où il les a fixés, le sacrifice lui convenait. Et puisque, de toute façon, la baraita est corrompue, pour Rav Hisda aussi corrige-la ainsi : « il avait déjà parlé des le moment de la mise de côté ». Et l'on enseignera ici : un metame mikdash pauvre qui a mis de côté de l'argent pour son ken et a dit, au moment de la mise de côté, « ceci pour le hatat et cela pour l'ola », puis s'est enrichi -- il ajoute et apporte. Car la mise de côté de l'argent équivaut au moment de la prise des oiseaux.
💡 Explication

La solution de Rav Chechet, en deux temps.

Premier temps -- forcément, quelle que soit l'école, il faut corriger l'ordre de la baraita : le mot « ensuite » (ve-ahar kakh) est une erreur de transmission. Il faut lire : il a mis de côté et a dit « ceci pour le hatat, cela pour l'ola », puis il s'est enrichi. Ainsi, au moment où il a parlé, il était pauvre et le sacrifice lui convenait.

Second temps -- une fois cette correction admise pour tous, elle sert aussi Rav Hisda : sa parole se situe à l'instant de la hafracha, la mise de côté de l'argent. Or, comme le note Rachi, mettre de l'argent de côté pour un ken équivaut à la lekiha des oiseaux : c'est le geste par lequel le propriétaire prend et consacre. Nous sommes donc bien dans la première fenêtre. La seconde objection tombe.

15
וּלְרַבִּי חַגָּא אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה, דְּאָמַר יָצָא,

Mais selon Rabbi Haga au nom de Rabbi Yochiya, qui a dit qu'il s'est acquitté (yatsa) --

📜 Rachi (1)
וּלְרַבִּי חַגָּא דְּאָמַר מְטַמֵּא מִקְדָּשׁ עָשִׁיר וְהֵבִיא קָרְבַּן עָנִי יָצָא וּמִשּׁוּם הָא לֹא מִשְׁתַּבֵּשׁ וּמְתָרַצְתָּא הִיא וְכֵיוָן דְּחָזֵי לֵיהּ הַאי קָרְבָּן בְּדִיעֲבַד מָצֵי לְמִיתְנֵי דְּקָבַע:
Mais selon Rabbi Haga - qui a dit qu'un metame mikdash riche ayant apporté le sacrifice du pauvre s'est acquitté -- pour ce motif la baraita n'est pas corrompue et elle est bien ordonnée ; et puisque ce sacrifice lui convient après coup, il peut enseigner que cela fixe.
🗂️ Tossefot (1)
וּלְרַבִּי חַגָּא אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה דְּאָמַר יָצָא מַאי אִיכָּא לְמֵימַר וְכוּלֵּי עָלְמָא אִית לְהוּ דְּרַב חִסְדָּא דְּאֵין הַקִּינִּין מִתְפָּרְשׁוֹת וְכוּ':
Mais selon Rabbi Haga au nom de Rabbi Yochiya, qui a dit qu'il s'est acquitté, que peut-on dire ? - car tout le monde admet l'enseignement de Rav Hisda, selon lequel les kinin ne se départagent pas, etc.
💡 Explication

Ouverture d'un dernier mouvement, qui se poursuit en 41b. Toute la réponse de Rav Chechet reposait sur l'avis de Rabbi Hocha'ya : puisque le riche ne s'acquitte pas avec l'offrande du pauvre, la baraita était forcément mal ordonnée.

Mais il existe l'avis opposé -- Rabbi Haga au nom de Rabbi Yochiya : le riche qui apporte l'offrande du pauvre yatsa, il s'acquitte après coup. Selon lui, plus rien n'oblige à corriger le texte : la baraita se lit telle quelle, l'homme a bien parlé une fois riche, et sa parole a bien fixé. L'objection contre Rav Hisda ressuscite intacte.

Tossefot souligne l'enjeu : tout le monde admet la règle de Rav Hisda ; la question n'est pas de savoir si elle est vraie, mais comment la concilier avec cette baraita selon la seconde opinion.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).