Yoma 42a -- les poids des trois languettes, puis la grande question de la para adouma : un non-kohen peut-il l'égorger ?

Yoma 42a

Sougya : Le daf achève d'abord la sougya des languettes d'écarlate ouverte en 41b : Ravin rapporte les trois poids -- dix zouz pour la para, deux sela'im pour le bouc émissaire, un chekel pour le metsora --, et Rachi en donne la logique (le koved pour l'une, la halouka pour l'autre, ni l'un ni l'autre pour la troisième). Rabbi Yo'hanan y loge une mahloket de Rabbi Chimon ben Halafta et des Sages sur la languette de la para, avec pour signe la michna « celui qui donne beaucoup comme celui qui donne peu » ; Rabbi Yirmeya de Difti la déplace sur le bouc émissaire, avec pour signe la mort de Ravia bar Kissi survenue ce jour-là.

S'ouvre alors la grande sougya du daf : Rabbi Yitzhak a reçu une distinction entre deux abattages -- celui de la para rousse et celui du taureau du kohen gadol -- dont l'un est invalide par un zar, sans savoir lequel. Rav et Chmouel occupent chacun une branche ; la guemara identifie Rav par son commentaire sur Rabbi Zera (« Elazar et houka »), puis éprouve les deux positions par la symétrie des versets, la règle chehita lav avoda hi, le statut de kodchei bedek habayit de la para -- c'est sa moindre sainteté qui la rend plus sévère --, et le kal va-homer écarté par les mar'ot nega'im.

Le mot le-fanav est ensuite partagé : autorisation du zar pour Chmouel, exigence de hessah hadaat pour Rav, qui garde le-einav pour la combustion. Une tsricha montre que les deux versets étaient nécessaires, et le daf s'interrompt sur la question qu'elle ouvre : « pour exclure quoi ? » -- le ramassage de la cendre et le puisage de l'eau du kidouch, dont le sort se décidera en 42b.

Les trois languettes d'écarlate : quel poids, et pourquoi ce poids Rabbi Yonatan rapporté par Ravin -- 1 sela = 4 zouz, 1 chekel = 2 zouz PARA ADOUMA la vache rousse (Nombres 19) 10 zouz Rachi : de-ba'ya koved il faut du poids -- la languette doit tomber dans le bûcher SEIR HAMICHTALEAH le bouc émissaire (Lévitique 16) 2 sela'im = 8 zouz Rachi : de-ba'ya halouka il faut pouvoir la partager rocher / cornes -- et cela suffit METSORA purification du lépreux (Lev 14) 1 chekel = 2 zouz Rachi : lo ha ve-lo ha ni poids ni partage -- le minimum lui suffit Sur laquelle porte la mahloket de Rabbi Chimon ben Halafta et des Sages ? RABBI YO'HANAN : sur la PARA l'un dit 10 zouz -- l'autre dit 1 chekel le maximum contre le minimum, jamais l'intermédiaire Signe : ehad hamarbe ve-ehad hamamit celui qui donne beaucoup, celui qui donne peu (Menahot 110a) R. YIRMEYA DE DIFTI : sur le SEIR ce n'est pas la languette de la para qui est en cause correction adressée à Ravina Signe : Ravia bar Kissi mort ce jour-là il expie comme le bouc émissaire -- la mort des justes expie
Les trois languettes d'écarlate : leurs poids selon Rabbi Yonatan, la raison de chacun selon Rachi, et les deux lectures concurrentes de la mahloket de Rabbi Chimon ben Halafta et des Sages.
Un zar peut-il égorger ? La para rousse et le taureau du kohen gadol zar = non-kohen. Rabbi Yitzhak savait qu'une des deux chehitot est invalide par un zar, sans savoir laquelle. PARA ADOUMA PARO -- taureau du KG RAV identifié par la parole de R. Zera : chehitat para be-zar pessoula et Rav commente : Elazar et houka sont enseignés à son sujet PASSOUL par un zar Elazar (Nb 19,3) + houka (Nb 19,2) houka = ikouva : rien ne se remplace et l'on ne peut dire lav avoda : kodchei bedek habayit, actes indistincts KACHER par un zar Aharon + houka sont pourtant écrits mais chehita lav avoda hi : la houka ne porte pas sur l'égorgement -- il n'est pas un service du Temple CHMOUEL position symétrique : c'est le taureau qui exige le kohen, et la para qui se passe de lui KACHER par un zar ve-chahat otah le-fanav (Nb 19,3) devant lui : un zar égorge et Elazar regarde PASSOUL par un zar Aharon (Lev 16,11) + houka (Lev 16,34) et même les autres kohanim n'y sont pas admis : il faut le KG L'objection écartée : le kal va-homer Si le taureau, sainteté de corps et vraie offrande, est valide par un zar -- la para, simple bien du Temple, ne devrait-elle pas l'être à plus forte raison ? Rav Chicha fils de Rav Idi : non. Les mar'ot nega'im ne sont pas un service et exigent pourtant un kohen. Kehouna et avoda ne coïncident pas.
La controverse de Rav et de Chmouel : quelle chehita un zar peut-il faire ? Chaque case porte le verset invoqué, la difficulté, et la réponse -- avec l'objection du kal va-homer écartée par les mar'ot nega'im.
Deux mots du verset, deux économies : le-fanav et le-einav Hessah hadaat = détournement de l'attention. Dans le rite de la para, il invalide -- mais où exactement ? le-fanav -- devant lui Nombres 19,3 : il l'égorgera devant lui le-einav -- sous ses yeux Nombres 19,5 : il brûlera la para sous ses yeux RAV Elazar égorge lui-même. le-fanav = qu'il ne détourne pas son attention de sa garde. un verset pour la chehita CHMOUEL le-fanav est déjà consommé : il autorise le zar à égorger. Le hessah hadaat vient de le-einav. un seul verset, pour la serifa Pour Rav, les deux versets sont nécessaires (tsricha) -- et cette double écriture exclut quelque chose CHEHITA importance propre : tehilat avoda c'est le début du service SERIFA importance propre : c'est alors que la para devient apte -- sa cendre
Le partage des deux versets : ce que le-fanav enseigne pour Rav et pour Chmouel, d'où vient le hessah hadaat chez chacun, et pourquoi Rav a besoin des deux.
1
שֶׁל פָּרָה — מִשְׁקַל עֲשָׂרָה זוּז, וְשֶׁל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ — מִשְׁקַל שְׁנֵי סְלָעִים, וְשֶׁל מְצֹורָע — מִשְׁקַל שֶׁקֶל.

[Celle] de la para (la vache rousse) : du poids de dix zouz ; celle du bouc émissaire (sa'ir hamichtaleah) : du poids de deux sela'im ; et celle du metsora (le lépreux en voie de purification) : du poids d'un chekel.

📜 Rachi (3)
שֶׁל פָּרָה מִשְׁקַל עָשָׂר זוּז דְּבָעֲיָא כֹּובֶד:
Celle de la para, du poids de dix zouz - parce qu'elle exige le koved (le poids).
שֶׁל שָׂעִיר דְּבָעֲיָא חֲלֻוקָּה מִשְׁקַל שְׁנֵי סְלָעִים וְדַיָּיהּ בְּכָךְ:
Celle du bouc - parce qu'elle exige la halouka (le partage) : le poids de deux sela'im, et cela lui suffit.
שֶׁל מְצֹורָע דְּלָא הָא וְלָא הָא סַגִּי לֵיהּ בְּשֶׁקֶל:
Celle du metsora - qui n'exige ni ceci ni cela : un chekel lui suffit.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur l'appariement annoncé à la fin de 41b : Ravin rapporte au nom de Rabbi Yonatan les trois poids des trois languettes d'écarlate (lechonot chel zehorit). Rachi donne la logique de l'échelle : chaque poids répond à une exigence propre.

La languette de la para doit peser lourd -- koved -- parce qu'on la jette dans le bûcher de la vache : trop légère, elle serait emportée ou consumée en l'air. Celle du bouc émissaire n'a pas besoin de poids mais de halouka, d'être partageable : une part est attachée au rocher, l'autre entre les cornes de la bête. Celle du metsora ne demande ni l'un ni l'autre : le minimum, un chekel (deux zouz), lui suffit.

Rappel des équivalences : un sela vaut quatre zouz, un chekel en vaut deux. L'échelle va donc de dix zouz à huit zouz puis à deux zouz.

2
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן חֲלַפְתָּא וְרַבָּנַן בְּפָרָה, חַד אָמַר: מִשְׁקַל עֲשָׂרָה, וְחַד אָמַר: מִשְׁקַל שֶׁקֶל. וְסִימָנָיךְ: ״אֶחָד הַמַּרְבֶּה וְאֶחָד הַמַּמְעִיט״.

Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi Chimon ben Halafta et les Sages sont en désaccord là-dessus au sujet de la para. L'un dit : du poids de dix [zouz] ; et l'autre dit : du poids d'un chekel.

Et ton signe [mnémotechnique] : « celui qui donne beaucoup comme celui qui donne peu ».

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִינַן פְּלִיגִי בָּהּ ר"ש בֶּן חֲלַפְתָּא וְרַבָּנַן בְּפָרָה:
Voici la leçon qu'il faut retenir (hakhi garsinan) : Rabbi Chimon ben Halafta et les Sages sont en désaccord là-dessus au sujet de la para.
וְסִימָן שֶׁלֹּא תִּטְעֶה לוֹמַר שֶׁאֶחָד הָיָה אוֹמֵר מִשְׁקַל שְׁנֵי סְלָעִים מִשְׁנָה זוֹ תְּהֵא לְךָ סִימָן שֶׁשָּׁנִינוּ (מְנָחוֹת דַּף קי.) אֶחָד הַמַּרְבֶּה וְאֶחָד הַמַּמְעִיט וּבִלְבַד שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם בְּסִימָן זֶה תִּזְכֹּור לוֹמַר שֶׁהָאֶחָד נָתַן בָּהּ שִׁיעוּר הַמַּרְבֶּה מִכֻּולָּן וְהָאֶחָד נָתַן בָּהּ שִׁיעוּר וְקָא מְמַעֵט מִכֻּולָּן אֲבָל שִׁיעוּר בֵּינוֹנִי לֹא הֻוזְכַּר כָּאן:
Et un signe - pour que tu ne te trompes pas en disant que l'un d'eux énonçait le poids de deux sela'im. Que cette michna te serve de signe : nous avons appris (Menahot 110a) « celui qui donne beaucoup comme celui qui donne peu, pourvu qu'il oriente son cœur vers le Ciel ». Par ce signe tu te souviendras que l'un a fixé pour elle la plus grande des mesures et que l'autre lui a donné la mesure la plus petite de toutes -- mais qu'aucune mesure intermédiaire n'est mentionnée ici.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan enregistre une controverse sur la seule languette de la para : dix zouz pour l'un, un chekel -- deux zouz -- pour l'autre. Ce qui frappe, c'est qu'aucun des deux ne propose la valeur intermédiaire, les deux sela'im (huit zouz) du bouc émissaire.

D'où le siman, le signe destiné à protéger la mémoire de l'étudiant. Rachi l'explicite : pour ne pas te tromper en prêtant à l'un des deux la mesure moyenne, souviens-toi de la michna de Menahot 110a -- ehad hamarbe ve-ehad hamamit, « celui qui donne beaucoup comme celui qui donne peu, pourvu qu'il oriente son cœur vers le Ciel ». Le couple maximum / minimum, sans milieu, est exactement la forme de la mahloket.

3
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה מִדִּיפְתִּי לְרָבִינָא: לָא בְּפָרָה פְּלִיגִי, אֶלָּא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ פְּלִיגִי. וְהָהוּא יוֹמָא נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַבְיָא בַּר קִיסִי, וְאַנַּחוּ בָּהּ סִימָנָא: רַבְיָא [בַּר] קִיסִי מְכַפֵּר כְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ.

Rabbi Yirmeya de Difti dit à Ravina : ce n'est pas au sujet de la para qu'ils sont en désaccord, mais au sujet du bouc émissaire. Et ce jour-là même mourut Ravia bar Kissi, et l'on en fit un signe : Ravia bar Kissi expie comme le bouc émissaire.

📜 Rachi (3)
לֹא בְּפָרָה פְּלִיגִי בְּלָשׁוֹן שֶׁל פָּרָה:
Ce n'est pas au sujet de la para qu'ils divergent - c'est-à-dire au sujet de la languette de la para.
וְהַהוּא יוֹמָא דְּאִיפְּלִיגִי בָּהּ נֹחַ רַבְיָא בַּר קִיסִּי. שֵׁם חָכָם:
Et ce jour-là - où ils divergèrent là-dessus, Ravia bar Kissi s'éteignit. C'est le nom d'un Sage.
מְכַפֵּר מִיתַת צַדִּיקִים מְכַפֶּרֶת כִּדְאָמַר בְּעָלְמָא (מוֹעֵד קָטָן דַּף כֹּח.) לָמָּה נִסְמְכָה מִיתַת אַהֲרֹן לְבִגְדֵי כְהֻונָּה לוֹמַר לָךְ מַה בִּגְדֵי כְהֻונָּה מְכַפְּרִין אַף מִיתַת צַדִּיקִים מְכַפֶּרֶת:
Expie - la mort des justes expie, comme il est dit ailleurs (Moed Katan 28a) : pourquoi la mort d'Aharon est-elle juxtaposée aux vêtements de la kehouna ? Pour t'enseigner que de même que les vêtements de la kehouna expient, de même la mort des justes expie.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya de Difti corrige la transmission de Rabbi Yo'hanan : la mahloket ne porte pas sur la languette de la para mais sur celle du bouc émissaire. Rachi précise que le désaccord porte, dans les deux versions, sur le lachon, la languette elle-même, pas sur le rite.

La guemara joint alors à cette version un second siman, cette fois biographique. Le jour même où la correction fut énoncée, le Sage Ravia bar Kissi mourut ; on retint la formule « Ravia bar Kissi expie comme le bouc émissaire », qui accroche à la fois le nom du Sage et l'objet de la controverse. Rachi rappelle le principe sous-jacent : mitat tsadikim mekhaperet, la mort des justes expie -- de même que les vêtements de la kehouna expient, comme l'enseigne Moed Katan 28a à partir de la juxtaposition de la mort d'Aharon et des vêtements sacerdotaux.

4
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: שְׁתֵּי שְׁחִיטוֹת שָׁמַעְתִּי, אַחַת שֶׁל פָּרָה, וְאַחַת שֶׁל פָּרוֹ. אַחַת כְּשֵׁרָה בְּזָר, וְאַחַת פְּסוּלָה בְּזָר, וְלָא יָדַעְנָא הֵי מִינַּייְהוּ.

Rabbi Yitzhak a dit : j'ai entendu [une tradition sur] deux abattages (chehitot), l'un celui de la para et l'autre celui de son taureau [le taureau du kohen gadol] : l'un est kacher fait par un zar (un non-kohen) et l'autre est passoul (invalide) fait par un zar -- mais je ne sais pas lequel des deux.

📜 Rachi (1)
שֶׁל פָּרוֹ פַּר כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁל יוה"כ:
De son taureau - le taureau du kohen gadol de Yom Kippour.
💡 Explication

Nouvelle sougya, bâtie sur la même figure littéraire que celle de la fin de 41b : un Sage a reçu une distinction mais en a perdu l'attribution. Rabbi Yitzhak sait de source sûre que les deux abattages ne se valent pas devant un zar -- un non-kohen -- mais il ne sait plus lequel des deux est invalide.

Les deux bêtes sont d'un statut très différent. La para adouma (Nombres 19) n'est pas offerte sur l'autel : elle est égorgée et brûlée hors de la Ville, sur le mont des Oliviers. Le par kohen gadol (Lévitique 16), précise Rachi, est le taureau expiatoire que le grand prêtre offre pour lui-même à Yom Kippour : une offrande de plein droit, au cœur du sanctuaire. L'intuition première voudrait que ce soit le taureau, plus saint, qui exige un kohen -- la guemara va montrer que rien n'est si simple.

🖼️ Schéma
La tradition mutilée de Rabbi Yitzhak J'ai entendu : deux chehitot -- l'une kachère par un zar, l'autre passoule par un zar PARA ADOUMA hors de la Ville, sur le mont des Oliviers jamais offerte sur l'autel verset : ve-natatem otah el Elazar PAR KOHEN GADOL taureau expiatoire de Yom Kippour offrande de plein droit, dans le Temple verset : ve-chahat et par hahatat acher lo laquelle est passoule ? ve-lo yadana hei minaihou -- l'attribution est perdue
La forme de la tradition reçue par Rabbi Yitzhak : la distinction est sûre, son sens ne l'est plus. Rav et Chmouel vont chacun la remplir dans un sens opposé.
5
אִיתְּמַר: שְׁחִיטַת פָּרָה וּפָרוֹ, רַב וּשְׁמוּאֵל. חַד אָמַר: פָּרָה פְּסוּלָה, פָּרוֹ כְּשֵׁרָה. וְחַד אָמַר: פָּרוֹ פְּסוּלָה, פָּרָה כְּשֵׁרָה.

Il fut énoncé : au sujet de l'abattage de la para et de son taureau, Rav et Chmouel [divergent]. L'un dit : la para est invalide et son taureau valide ; et l'autre dit : son taureau est invalide et la para valide.

💡 Explication

La guemara produit une controverse amoraique qui épouse exactement la forme du doute de Rabbi Yitzhak : deux positions symétriques, chacune remplissant la case laissée vide. Mais le rapporteur n'attribue pas les opinions -- had amar... ve-had amar : « l'un dit... et l'autre dit... ». Le doute s'est déplacé du contenu vers les noms.

La suite immédiate du daf va lever cette seconde indétermination par une tistayem : une inférence qui identifie l'auteur d'une position anonyme à partir d'une autre parole, celle-là clairement attribuée.

6
תִּסְתַּייֵּם דְּרַב הוּא דְּאָמַר פָּרָה פְּסוּלָה, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: שְׁחִיטַת פָּרָה בְּזָר פְּסוּלָה, וְאָמַר רַב עֲלָהּ: ״אֶלְעָזָר״ וְ״חֻוקָּה״ שָׁנִינוּ בָּהּ.

Concluons (tistayem) que c'est Rav qui dit que la para est invalide -- car Rabbi Zera a dit : l'abattage de la para par un zar est invalide, et Rav a dit à ce propos : « Elazar » et « houka » sont enseignés à son sujet.

📜 Rachi (1)
אֶלְעָזָר וְחֻוקָּה אֶלְעָזָר כְּתִיב בָּהּ וּנְתַתֶּם אֹותָהּ אֶל אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן וְגוֹ' (בַּמִּדְבָּר י״ט:ג׳) וּכְתִיב (שָׁם) זֹאת חֻקַּת הַתּוֹרָה וְכָל הֵיכָא דַּכְתִּי' חֻוקָּה עִיכּוּבָא הוּא:
« Elazar » et « houka » - « Elazar » est écrit à son sujet : « vous la remettrez à Elazar le kohen etc. » (Nombres 19,3) ; et il est écrit (ibid.) « telle est la houka -- le décret -- de la Torah ». Or partout où il est écrit « houka », il y a ikouva (l'exigence est indispensable et son omission invalide).
💡 Explication

La tistayem fonctionne ainsi : on connaît par ailleurs une parole où Rav commente explicitement l'énoncé de Rabbi Zera « l'abattage de la para par un zar est invalide ». Puisque Rav fournit la raison de cette invalidité, c'est bien lui qui la soutient -- donc c'est lui, dans la controverse anonyme, qui tient « la para invalide, son taureau valide ». Chmouel occupe l'autre position.

La raison donnée par Rav est un couple. D'une part le mot Elazar : « vous la remettrez à Elazar le kohen » (Nombres 19,3) -- le rite est confié à un kohen. D'autre part le mot houka : « telle est la houka de la Torah » (Nombres 19,2). Rachi rappelle la règle générale : partout où la Torah écrit houka, il y a ikouva -- l'exigence est indispensable, et son omission invalide l'acte au lieu de le laisser simplement imparfait. Elazar seul donnerait une préférence ; Elazar avec houka donne une condition.

7
וְרַב, מַאי שְׁנָא פָּרָה — דִּכְתִיב ״אֶלְעָזָר״ וּ״חֻוקָּה״, פָּרוֹ נָמֵי — הָא כְתִיב ״אַהֲרֹן״ וְ״חֻוקָּה״!

Et selon Rav : en quoi la para est-elle différente, parce qu'il y est écrit « Elazar » et « houka » ? Mais son taureau aussi -- n'y est-il pas écrit « Aharon » et « houka » !

📜 Rachi (1)
אַהֲרֹן וְחֻוקָּה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ט״ז:ו׳) וְהִקְרִיב אַהֲרֹן אֶת פַּר הַחַטָּאת אֲשֶׁר לוֹ וְכִפֶּר וְגוֹ' וְשָׁחַט אֶת פַּר הַחַטָּאת אֲשֶׁר לוֹ וְגוֹ' וּכְתִיב בְּאַחֲרֵי מוֹת בְּעִנְיָנָא (שָׁם) וְהָיְתָה זֹּאת לָכֶם לְחֻקַּת עוֹלָם לְכַפֵּר עַל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל:
« Aharon » et « houka » - car il est écrit (Lévitique 16,6) « Aharon offrira le taureau du hatat qui est le sien et il expiera etc. », « il égorgera le taureau du hatat qui est le sien etc. » ; et il est écrit dans [la parachat] Aharei Mot, dans ce même sujet (ibid.) : « ce sera pour vous un décret perpétuel d'expier pour les enfants d'Israël ».
💡 Explication

L'objection est purement formelle et d'autant plus forte : le couple invoqué par Rav pour invalider l'abattage de la para se retrouve mot pour mot du côté du taureau. Rachi relève les deux versets. Pour « Aharon » : « Aharon offrira le taureau du hatat qui est le sien... il égorgera le taureau du hatat qui est le sien » (Lévitique 16,6 et 11) -- le nom du kohen gadol est accroché à l'acte d'égorger lui-même. Pour « houka » : « ce sera pour vous un décret perpétuel (houkat olam) d'expier pour les enfants d'Israël » (Lévitique 16,34), qui clôture précisément ce même sujet.

Si le raisonnement de Rav vaut, il devrait valoir des deux côtés -- et Rav, qui déclare le taureau valide par un zar, se contredirait.

8
שְׁחִיטָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא. אִי הָכִי פָּרָה נָמֵי! שָׁאנֵי פָּרָה, דְּקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִיא.

[Réponse :] l'abattage n'est pas un service (chehita lav avoda hi). Si c'est ainsi, la para aussi [devrait être valide] !

La para est différente, car elle relève des kodchei bedek habayit (les biens consacrés à l'entretien du Temple).

📜 Rachi (2)
שְׁחִיטָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא וְלָא קַיְימָא חֻוקָּה אַשְּׁחִיטָה:
L'abattage n'est pas un service - et la houka ne porte donc pas sur l'abattage.
שָׁאנֵי פָּרָה דְּקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִיא כְּלוֹמַר אֵין בָּהּ קְדֻושַּׁת הַמִּזְבֵּחַ אֶלָּא קְדֻושַּׁת דָּמִים בְּעָלְמָא שֶׁהֲרֵי שְׁחִיטָתָהּ בְּהַר הַמִּשְׁחָה הִלְכָּךְ אֵין צַד עֲבוֹדוֹת נֶחֱלָקוֹת בָּהּ וְכָל הָעֲבוֹדוֹת שָׁווֹת בָּהּ:
La para est différente, car elle relève des kodchei bedek habayit - c'est-à-dire qu'elle n'a pas la sainteté de l'autel mais une simple sainteté de valeur (kedouchat damim), puisque son abattage a lieu sur le mont des Oliviers. Dès lors il n'y a pas en elle de catégories d'actes qui se distingueraient les unes des autres : tous les actes y sont sur un même plan.
🗂️ Tossefot (2)
שְׁחִיטָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא בְּכָל דֻּוכְתָּא פרש"י מִשּׁוּם דִּכְשֵׁירָה בְּזָר וְתֵימַהּ הוּא דבפ"ק דִּזְבָחִים (דַּף יד:) פָּרֵיךְ וַהֲרֵי שְׁחִיטָה דא"א לְבַטְּלָהּ וּכְשֵׁירָה בְּזָר וּמְשַׁנֵּי שְׁחִיטָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא וְהַשְׁתָּא מַה תְּשׁוּבָה הִיא זוֹ שֶׁהֲרֵי הִקְשָׁה שֶׁהָיָה לָהּ לִיפָּסֵל בְּזָר כֵּיוָן דא"א לְבַטְּלָהּ וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ יַעֲקֹב מאורליינ"ש דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא דְּנוֹהֶגֶת אַפֵּי' בְּחֻולִּין וְקָשֶׁה א"כ מַאי פָּרֵיךְ עֲלָהּ הָתָם וְהָאָמַר רַב שְׁחִיטַת פָּרָה בְּזָר פְּסוּלָה בִּשְׁלָמָא לפרש"י פָּרֵיךְ שַׁפִּיר אֲבָל לְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ יַעֲקֹב מַאי פָּרֵיךְ נְהִי דִּשְׁחִיטַת פָּרָה פְּסוּלָה בְּזָר מ"מ לָאו עֲבוֹדָה הִיא כֵּיוָן דְּנוֹהֶגֶת נָמֵי בְּחֻולִּין וְהָיָה נִרְאֶה לְייַשֵּׁב פרש"י כֵּן וּלְפָרֵשׁ שְׁחִיטָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא כֵּיוָן דְּהֻוכְשְׁרוּ בָּהּ כָּל הַפְּסוּלִין וְאַפֵּי' נָשִׁים וַעֲבָדִים וּטְמֵאִים מִסְּתָמָא לָא חֲשִׁיבָא עֲבוֹדָה לִפְנֵי הַמָּקוֹם מֵאֵיזֶה טַעַם שֶׁיְּהֵא אוֹ מִשּׁוּם דְּנוֹהֶגֶת נָמֵי בְּחֻולִּין אוֹ מִשּׁוּם טַעְמָא אַחַרְיַנָא וַהֲדַר פָּרִיךְ מְנָא לָךְ דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא מִדְּהֻוכְשְׁרוּ בָּהּ כָּל הַפְּסוּלִין וַהֲלֹא יֵשׁ שְׁחִיטָה שֶׁהִיא פְּסוּלָה בְּזָר כְּגוֹן שְׁחִיטַת פָּרָה וְרַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן מְפָרֵשׁ לָאו עֲבוֹדָה דְּגַבֵּי קַבָּלָה בָּעֵינַן שֶׁהַמְקַבֵּל יַעֲמוֹד בִּפְנִים וּבִשְׁחִיטָה אִם עָמַד וְהוֹשִׁיט יָדוֹ לִפְנִים וְשָׁחַט כָּשֵׁר כִּדְדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק כָּל הַפְּסוּלִין (זְבָחִים דַּף לב:) בֶּן הַבָּקָר לִפְנֵי ה' וְהוּא בְּעַצְמוֹ הִקְשָׁה לְשִׁמְעוֹן הַתֵּימְנִי דִּפְלִיג הָתָם וְאָמַר שֶׁיְּהוּ יָדָיו שֶׁל שׁוֹחֵט לִפְנִים מִן הַנִּשְׁחָט מַאי אִיכָּא לְמֵימַר מִיהוּ מָצֵי לְמֵימַר דְּאַפֵּי' לְשִׁמְעוֹן הַתֵּימְנִי שְׁחִיטָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא שֶׁהֲרֵי בְּקָדְשֵׁי קָדָשִׁים צָרִיךְ שֶׁיַּעֲמֹוד הַמְקַבֵּל בַּצָּפוֹן כִּדְדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף מח.) מִוְּלֶקַח לוֹ יִקַּח וּבְשׁוֹחֵט לָא בָּעֵינַן שֶׁיַּעֲמֹוד הַשּׁוֹחֵט בַּצָּפוֹן וְכִי פָּרֵיךְ בְּפ"ק דִּזְבָחִים (דַּף יד:) ובפ"ק דִּמְנָחוֹת (דַּף ו:) וְהָאָמַר רַב שְׁחִיטַת פָּרָה בְּזָר פְּסוּלָה וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי פָּרָה דְּקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִיא תֵּימַהּ לִיפְרֹךְ מִפָּרוֹ שֶׁל אַהֲרֹן לְמָאֵן דְּאָמַר פְּסוּלָה בְּזָר וְלָא הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי הָכִי וְאָמַר לִי מוֹרִי הָרַב ר' שְׁמוּאֵל בַּר שְׁלֹמֹה בְּשֵׁם הָר' יוֹסֵף קלצון זצ"ל דְּמֵהָתָם לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ דְּהָתָם לָאו מִשּׁוּם דַּעֲבוֹדָה הִיא דְּהָא פְּסוּלָה אַפֵּי' בִּשְׁאָר הַכֹּהֲנִים אֶלָּא בכ"ג לְחוּדֵיהּ אֶלָּא גַּלִּי רַחֲמָנָא דְּבָעֵינַן בְּעָלִים מִידֵּי דַּהֲוָה אַסְּמִיכָה דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא דְּבָעֵינַן בְּעָלִים:
L'abattage n'est pas un service - partout Rachi explique [qu'on le sait] parce qu'il est valide par un zar. Et c'est étonnant, car au premier chapitre de Zevahim (14b) la guemara objecte : mais voici l'abattage, qui ne peut être supprimé (i efchar levatela) et qui est pourtant valide par un zar ! Et elle répond : l'abattage n'est pas un service. Or quelle réponse est-ce là, puisque l'objection portait justement sur le fait qu'il aurait dû être invalidé par un zar dès lors qu'il ne peut être supprimé ? Rabbenou Yaakov d'Orléans a expliqué : il n'est pas un service parce qu'il a cours même sur des bêtes profanes (houlin). Mais cela fait difficulté : s'il en est ainsi, que demande donc la guemara là-bas, « mais Rav n'a-t-il pas dit que l'abattage de la para par un zar est invalidé ? » ? Selon Rachi l'objection se comprend bien ; mais selon Rabbenou Yaakov, que demande-t-elle ? Même si l'abattage de la para est invalidé par un zar, il reste malgré tout non-service, puisqu'il a cours aussi sur les houlin. Il paraissait possible de sauver l'explication de Rachi ainsi : « l'abattage n'est pas un service » parce que tous les inaptes y ont été déclarés aptes -- même les femmes, les esclaves et les impurs ; il est donc vraisemblable qu'il n'est pas tenu pour un service devant le Lieu, pour quelque raison que ce soit -- ou parce qu'il a cours aussi sur les houlin, ou pour une autre raison. Et la guemara demande alors : d'où sais-tu qu'il n'est pas un service ? Du fait que tous les inaptes y sont aptes ? Mais il existe pourtant un abattage invalidé par un zar, celui de la para ! Et Rabbenou Chimchon explique : il n'est pas un service, car pour la réception du sang (kabala) il faut que celui qui reçoit se tienne à l'intérieur, tandis que pour l'abattage, s'il s'est tenu dehors et a tendu la main à l'intérieur pour abattre, c'est valide, comme on l'expose au chapitre Kol haPessoulin (Zevahim 32b) à partir de « le taureau devant l'Éternel ». Mais lui-même a objecté : selon Chimon haTimni, qui diverge là-bas et dit que les mains de l'abatteur doivent être à l'intérieur, plus loin que la bête abattue, que dire ? On peut cependant répondre que même pour Chimon haTimni l'abattage n'est pas un service, car pour les kodchei kodachim celui qui reçoit le sang doit se tenir au nord, comme on l'expose au chapitre Eizehou Mekoman (Zevahim 48a) à partir de « il prendra pour lui », alors que pour l'abattage on n'exige pas que l'abatteur se tienne au nord. Et lorsque la guemara demande au premier chapitre de Zevahim (14b) et au premier chapitre de Menahot (6b) « mais Rav n'a-t-il pas dit que l'abattage de la para par un zar est invalidé ? » et répond « la para est différente, car elle relève des kodchei bedek habayit » -- il y a lieu de s'étonner : qu'elle objecte donc plutôt du taureau d'Aharon, selon celui qui le déclare invalide par un zar, car alors on n'aurait pas pu répondre ainsi ! Mon maître Rabbi Chmouel bar Chelomo m'a dit au nom de Rabbi Yossef Kaltson, que son souvenir soit une bénédiction, que de là on ne peut pas objecter : là-bas ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un service [qu'un kohen est requis] -- la preuve, il est invalidé même fait par les autres kohanim, et seul le kohen gadol convient -- mais la Torah a révélé qu'il faut le propriétaire lui-même (les be'alim), comme pour la semikha, qui n'est pas un service et exige pourtant les be'alim.
שָׁאנֵי פָּרָה דְּקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִיא וְהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן בְּפ"ק דִּזְבָחִים (דַּף יד:) ובפ"ק דִּמְנָחוֹת (דַּף ו:) ובפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יא:) וְקָשֶׁה מִכָּאן לפרש"י שֶׁפֵּירֵשׁ בְּרֵישׁ פ' אֵין מַעֲמִידִין (ע"ז דַּף כג: וְשָׁם) גַּבֵּי ש"מ פָּרָה קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ הִיא דְּאִי קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִיא מִי מִיפַּסְלָא בִּרְבִיעָה אֶלָּא מֵעַתָּה תִּיפָּסֵל בְּיוֹצֵא דֹּופֶן אַלְּמָה תַּנְיָא וּפְסוּלָה בְּיוֹצֵא דֹּופֶן ור"ש מַכְשִׁיר אֶלָּא שָׁאנֵי פָּרָה הוֹאִיל וְהַמּוּם פּוֹסֵל בָּהּ דְּבַר עֶרְוָה וַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים פּוֹסֵל בָּהּ ופרש"י דִּלְרַבָּנָן קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ הִיא וּלְהָכִי מִיפַּסְלָא בִּרְבִיעָה וּבְיוֹצֵא דֹּופֶן ולר"ש קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִיא וּלְהָכִי לָא מִיפַּסְלָא בְּיוֹצֵא דֹּופֶן וְהַאי דְּמוֹדֶה ר"ש דְּמִיפַּסְלָא בִּרְבִיעָה מִשּׁוּם דְּכֵיוָן דְּהַמּוּם פּוֹסֵל בָּהּ דְּבַר עֶרְוָה וַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים פּוֹסְלִין בָּהּ וְקָשֶׁה לְפִי' דא"כ כָּל סְתָמֵי דְּהַשַּׁ"ס בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי דְּקָאָמַר פָּרָה קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הִיא כר"ש וְלֹא כְּרַבָּנָן וְשָׁם מְפֹורָשׁ וּבְפֶרֶק קַמָּא דְּחֻולִּין (דַּף יא. ד"ה חַטָּאת) בִּשְׁמַעְתָּא דִּמְנָא הָא מִילְּתָא דְּאָזְלִי בָּתַר רֻובָּא הֶאֱרַכְתִּי:
La para est différente, car elle relève des kodchei bedek habayit - et c'est bien ce que l'on dit aussi au premier chapitre de Zevahim (14b), au premier chapitre de Menahot (6b) et au premier chapitre de Chevouot (11b). Or il y a là une difficulté contre l'explication de Rachi, qui explique au début du chapitre Ein Ma'amidin (Avoda Zara 23b, et là-bas) sur « conclus-en que la para relève des kodchei mizbeah » : car si elle relevait des kodchei bedek habayit, serait-elle invalidée par la revi'a (le fait d'avoir été saillie) ? [Et la guemara y objecte :] si c'est ainsi, qu'elle soit donc invalidée par le yotse dofen (l'animal né par césarienne) ! Pourquoi alors a-t-on enseigné « elle est invalide par yotse dofen, et Rabbi Chimon la déclare valide » ? Mais [répond-elle] la para est différente : puisque le mum (le défaut corporel) l'invalide, la débauche et l'idolâtrie l'invalident aussi. Et Rachi explique que pour les Sages elle relève des kodchei mizbeah -- et c'est pourquoi elle est invalidée par la revi'a et par le yotse dofen --, tandis que pour Rabbi Chimon elle relève des kodchei bedek habayit et n'est donc pas invalidée par le yotse dofen ; et si Rabbi Chimon concède qu'elle est invalidée par la revi'a, c'est parce que, dès lors que le mum l'invalide, la débauche et l'idolâtrie l'invalident. Or cette explication fait difficulté : s'il en était ainsi, toutes les affirmations anonymes du Talmud, en plusieurs endroits, qui disent « la para relève des kodchei bedek habayit », suivraient Rabbi Chimon et non les Sages. C'est expliqué là-bas ; et au premier chapitre de Houlin (11a, s.v. hatat), dans la sougya « d'où tient-on que l'on suit la majorité ? », je me suis étendu là-dessus.
💡 Explication

Réponse en deux temps. D'abord la règle générale : la chehita n'est pas comptée parmi les avodot, les services sacrificiels réservés aux kohanim -- elle est valide même faite par un non-kohen, une femme, un esclave, un impur. Or le mot houka ne verrouille que ce qui est service : comme dit Rachi, « la houka ne porte pas sur l'abattage ». Le taureau est donc valide malgré Aharon et houka.

Mais alors la para devrait l'être aussi, par le même argument. D'où la distinction : la para relève des kodchei bedek habayit. Rachi explique la portée de cette qualification : elle n'a pas de sainteté d'autel mais une simple kedouchat damim (sainteté de valeur) -- la preuve, son abattage a lieu sur le mont des Oliviers et non au Temple. Dès lors on ne peut pas y distinguer des catégories d'actes : il n'y a pas, en elle, de partage entre ce qui serait avoda et ce qui ne le serait pas. Tous ses actes sont sur un même plan, et la houka les frappe tous, l'abattage compris.

Tossefot consacre à ce passage une longue discussion : d'où sait-on que la chehita n'est pas une avoda ? De ce qu'elle est valide par un zar (Rachi) -- mais l'argument tourne en rond ; de ce qu'elle a cours même sur des bêtes profanes (Rabbenou Yaakov d'Orléans) ; ou de la position du corps, puisque le receveur du sang doit se tenir à l'intérieur et au nord alors que l'abatteur n'y est pas tenu (Rabbenou Chimchon).

🖼️ Schéma
Pourquoi houka n'invalide pas partout : la chaîne de l'argument Règle : houka = ikouva -- l'exigence est indispensable mais elle ne verrouille que ce qui est une avoda chehita lav avoda hi -- l'abattage n'est pas un service PARO -- le taureau sainteté d'autel : les actes s'y distinguent certains sont avoda, d'autres non la chehita tombe hors du verrou KACHER par un zar PARA -- la vache rousse kodchei bedek habayit : kedouchat damim égorgée hors du Temple, sur le mont aucun partage entre les actes -- tous égaux PASSOUL par un zar
Le paradoxe assumé par Rav : c'est la moindre sainteté de la para qui la rend plus sévère. Faute de hiérarchie interne entre ses actes, la houka les verrouille tous.
9
וְלָאו כָּל דְּכֵן הוּא? אָמַר רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: מִידֵּי דְּהָוֵה אַמַּרְאוֹת נְגָעִים, דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא וּבָעֲיָא כְּהֻונָּה.

Mais n'est-ce pas un à fortiori (kal va-homer) ? Rav Chicha fils de Rav Idi dit : il en va comme des apparences des nega'im (les plaies de tsara'at), qui ne sont pas un service et exigent pourtant la kehouna.

📜 Rachi (2)
וְלֹא כֵּן דְּכֵן הוּא בִּתְמִיהַּ אַשְּׁחִיטַת פָּרוֹ דִּקְדֻושַּׁת הַגּוּף הִיא לָא כְּתִיבָא חֻוקָּה וְאַשְּׁחִיטַת פָּרָה כְּתִיבָה חֻוקָּה וּמִיפַּסְלָא בְּזָר:
« Et n'est-ce pas un à fortiori ? » - sur un ton d'étonnement : sur l'abattage de son taureau, qui possède une sainteté de corps (kedouchat haguf), la houka ne serait pas écrite, tandis que sur l'abattage de la para elle serait écrite et l'invaliderait par un zar ?!
אַמַּרְאוֹת נְגָעִים דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא י״ג:ב׳) (כְּנֶגַע נִרְאֶה) וְהוּבָא אֶל אַהֲרֹן הַכֹּהֵן:
Comme les apparences des nega'im - car il est écrit (Lévitique 13,2) « [comme une plaie apparaît] on l'amènera à Aharon le kohen ».
💡 Explication

Objection de bon sens contre la distinction précédente. Rachi la formule sur le ton de l'étonnement : le taureau du kohen gadol possède une kedouchat haguf, une sainteté de corps, il est une offrande véritable -- et pourtant la houka n'y verrouillerait pas l'abattage. La para, simple bien consacré à l'entretien du Temple, y serait au contraire verrouillée et invalidée par un zar ? La hiérarchie des saintetés se trouve inversée.

Rav Chicha fils de Rav Idi refuse le à fortiori en produisant un contre-exemple qui brise le lien supposé entre avoda et kehouna : les mar'ot nega'im, l'examen des plaies de tsara'at. Déclarer une plaie pure ou impure n'est en rien un service sacrificiel -- et pourtant le verset exige un kohen : « on l'amènera à Aharon le kohen » (Lévitique 13,2). Preuve qu'un acte peut requérir la kehouna sans être une avoda : le kal va-homer ne tient pas.

10
וְלִשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר פָּרוֹ פְּסוּלָה, מַאי שְׁנָא פָּרוֹ — דִּכְתִיב: ״אַהֲרֹן״ וְ״חֻוקָּה״, פָּרָה נָמֵי — הָא כְתִיב: ״אֶלְעָזָר״ וּ״חֻוקָּה״? שָׁאנֵי הָתָם, דִּכְתִיב: ״וְשָׁחַט אוֹתָהּ לְפָנָיו״, שֶׁיְּהֵא זָר שׁוֹחֵט וְאֶלְעָזָר רוֹאֶה.

Et selon Chmouel, qui dit que son taureau est invalide : en quoi son taureau est-il différent, parce qu'il y est écrit « Aharon » et « houka » ? Mais la para aussi -- n'y est-il pas écrit « Elazar » et « houka » ?

Là-bas c'est différent, car il est écrit « il l'égorgera devant lui » (Nombres 19,3) : qu'un zar égorge et qu'Elazar regarde.

📜 Rachi (1)
וְשָׁחַט אוֹתָהּ לְפָנָיו מִדִּכְתִיב לְפָנָיו מִכְּלָל דְּהַשְּׁחִיטָה לָאו אַאֶלְעָזָר קָאֵי אֶלָּא וְשָׁחַט אוֹתָהּ אַחֵר לִפְנֵי אֶלְעָזָר:
« Il l'égorgera devant lui » - du fait qu'il est écrit « devant lui », il ressort que l'abattage ne se rapporte pas à Elazar, mais qu'un autre l'égorgera devant Elazar.
💡 Explication

La guemara instruit maintenant l'autre branche, symétriquement. Chmouel doit expliquer pourquoi le couple « Aharon + houka » invalide l'abattage du taureau alors que le couple « Elazar + houka », de même forme, n'invalide pas celui de la para.

La réponse tient à un mot du verset : ve-chahat otah lefanav, « il l'égorgera devant lui ». Rachi dégage l'inférence : si l'égorgement se faisait par Elazar lui-même, la précision « devant lui » n'aurait aucun sens. C'est donc qu'un autre égorge, et qu'Elazar se tient devant lui à regarder. Le verset qui nomme Elazar est aussi celui qui l'écarte de l'acte : il le fait passer de l'acteur au témoin.

11
וְרַב: שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִמֶּנָּה. וּשְׁמוּאֵל, שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ: מִ״וְשָׂרַף אֶת הַפָּרָה לְעֵינָיו״.

Et Rav ? [Il lit « devant lui » :] qu'il ne détourne pas son attention d'elle.

Et Chmouel, d'où tire-t-il qu'il ne doit pas détourner son attention ? Il le tire de « il brûlera la para sous ses yeux » (Nombres 19,5).

📜 Rachi (1)
וְרַב לְעוֹלָם אֶלְעָזָר שְׁחָטָהּ וּמַאי לְפָנָיו שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִשְּׁמִירָתָהּ:
Et Rav - en vérité c'est Elazar qui l'a égorgée ; et que signifie alors « devant lui » ? Qu'il ne détourne pas son attention de sa garde.
💡 Explication

La guemara redistribue le même mot entre les deux maîtres. Pour Rav, Elazar égorge bel et bien lui-même, et « devant lui » n'exclut personne : il enseigne une exigence d'attention. Rachi précise l'objet de cette attention : qu'il ne détourne pas sa pensée de la chemira, de la garde de la vache. C'est le principe du hessah hadaat -- le détournement de l'attention -- qui invalide le rite de la para, comme il invalide d'autres domaines de pureté.

Mais alors Chmouel, qui a déjà dépensé « devant lui » pour autoriser le zar, d'où tire-t-il le hessah hadaat ? D'un second mot du même passage : le-einav, « il brûlera la para sous ses yeux » (Nombres 19,5). Chacun a donc son verset -- mais Chmouel n'en a qu'un, tandis que Rav en a deux disponibles.

12
וְרַב: חַד בִּשְׁחִיטָה וְחַד בִּשְׂרֵיפָה.

Et Rav : l'un [des deux versets vaut] pour l'abattage et l'autre pour la combustion.

💡 Explication

Réponse brève mais décisive : chez Rav, les deux mots ne font pas doublon. Le-fanav, écrit à propos de l'égorgement, impose l'attention pendant la chehita ; le-einav, écrit à propos du bûcher, l'impose pendant la serifa (la combustion). Le hessah hadaat est ainsi ancré à deux moments distincts du rite -- et le segment suivant va montrer qu'aucun des deux versets n'aurait pu se déduire de l'autre.

13
וּצְרִיכָא, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא בִּשְׁחִיטָה — מִשּׁוּם דִּתְחִילַּת עֲבוֹדָה הִיא, אֲבָל שְׂרֵיפָה — אֵימָא לָא, צְרִיכָא. וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא בִּשְׂרֵיפָה — מִשּׁוּם דְּהַשְׁתָּא הוּא דְּמִתַּכְשְׁרָא פָּרָה, אֲבָל שְׁחִיטָה — אֵימָא לָא, צְרִיכָא.

Et les deux sont nécessaires (tsricha) : car si la Torah ne l'avait écrit qu'à propos de l'abattage, [j'aurais dit que c'est] parce qu'il est le début du service, mais pour la combustion j'aurais dit que non -- il fallait donc [l'écrire]. Et si la Torah ne l'avait écrit qu'à propos de la combustion, [j'aurais dit que c'est] parce que c'est alors que la para devient apte, mais pour l'abattage j'aurais dit que non -- il fallait donc [l'écrire].

📜 Rachi (1)
דְּהַשְׁתָּא הוּא דְּמִתַּכְשְׁרָא פָּרָה שֶׁהֲרֵי כָּל עַצְמָהּ אֵינָהּ עֲשׂוּיָה אֶלָּא לְאֶפְרָהּ:
C'est alors que la para devient apte - car toute son existence n'est ordonnée qu'à sa cendre.
💡 Explication

Structure classique de la tsricha : on montre qu'aucun des deux versets ne se déduit de l'autre, parce que chacun porte une particularité que l'autre n'a pas.

L'abattage a pour lui d'être la tehilat avoda, le commencement du service : on pourrait croire que la rigueur de l'attention ne s'attache qu'à l'ouverture du rite. La combustion a pour elle un autre titre : c'est à ce moment que la para devient réellement apte. Rachi le formule d'un mot -- toute son existence n'est ordonnée qu'à sa cendre : la vache n'a pas d'autre finalité que de produire l'efer, cette cendre qui, mélangée à l'eau, purifiera. Le moment où elle brûle est donc le moment où elle atteint son but.

Deux titres à la rigueur, incomparables entre eux : il fallait donc deux versets.

🖼️ Schéma
La tsricha : pourquoi aucun des deux versets ne suffit SI SEULE LA CHEHITA j'aurais dit : c'est parce qu'elle est tehilat avoda, le début du service et la serifa ? j'aurais dit : non SI SEULE LA SERIFA j'aurais dit : c'est parce que c'est alors que la para devient apte -- sa cendre et la chehita ? j'aurais dit : non tsricha -- il fallait les deux versets Conséquence : puisque deux actes seulement sont visés, il y en a d'autres qui ne le sont pas -- le-ma'ôte mai ?
Les deux branches de la tsricha : chaque acte porte un titre de rigueur que l'autre n'a pas, si bien qu'aucun ne se déduit de l'autre.
14
לִמְעוּטֵי מַאי? אִילֵּימָא לְמַעוֹטֵי אֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מַיִם לְקִידּוּשׁ,

Pour exclure quoi ? Si l'on dit : pour exclure le ramassage de sa cendre et le puisage de l'eau en vue du kidouch,

📜 Rachi (4)
לִמְעוּטֵי מַאי דְּלָא פְּסִיל בָּהּ הֶיסַּח הַדַּעַת בְּמַעֲשֵׂה פָּרָה:
Pour exclure quoi - c'est-à-dire : quel est, dans le rite de la para, l'acte où le hessah hadaat n'invalide pas ?
אֲסִיפַת אֶפְרָהּ וְאָסַף אִישׁ טָהוֹר וְגוֹ' (בַּמִּדְבָּר י״ט:ט׳):
Le ramassage de sa cendre - « un homme pur ramassera etc. » (Nombres 19,9).
וּמִילּוּי מַיִם לָתֵת לְתוֹךְ אֵפֶר לְהַזּוֹת:
Et le puisage de l'eau - pour la verser sur la cendre afin de faire l'aspersion.
לְקִידּוּשׁ הִיא נְתִינַת מַיִם עַל הָאֵפֶר וּמְעָרְבָן יַחַד:
En vue du kidouch - c'est le fait de verser l'eau sur la cendre et de les mélanger ensemble.
🗂️ Tossefot (1)
לְמַעוֹטֵי מַאי אִילֵּימָא לְמַעוֹטֵי אֲסִיפַת אֶפְרָהּ כּוּ' תֵּימַהּ לִי מַאי קָאָמַר לִמְעוּטֵי מַאי וְכִי חוֹבָה הוּא שֶׁיֵּשׁ לִי לְמַעֵט וְלֵיכָּא לְמֵימַר מִשּׁוּם דְּהָוֵי שְׁחִיטָה וּשְׂרֵיפָה שְׁנֵי כְּתוּבִים הַבָּאִים כְּאֶחָד וְאֵין מְלַמְּדִין דְּאַדְּרַבָּה אֵינָן בָּאִין כְּאֶחָד דְּהָא מִיצְרָךְ צְרִיכִי וְנִרְאֶה דע"כ הֶיסַּח הַדַּעַת לָא פְּסִיל בְּכוּלְּהוּ דְּאִי פְּסִיל בְּכוּלְּהוּ מַאי אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב בִּשְׁחִיטָה וּבִשְׂרֵיפָה דְּלָא אָתוּ מְהֻדְּדֵי לִיכְתְּבֵיהּ גַּבֵּי אֲסִיפַת אֶפְרָהּ אוֹ מִילּוּי מֵימֶיהָ אוֹ בְּאַחַת מִן הַשְּׁאָר שֶׁאֵינָן תְּחִילַּת עֲבוֹדָה וְלֹא עֲבוֹדָה דְּהַשְׁתָּא הוּא דְּמִתְכַּשְּׁרָהּ פָּרָה וְנִיְתּוֹ כֻּולְּהוּ וְנִיגְמַר מִינָּהּ לְמַאי הִילְכְתָא כַּתְבֵיהּ בָּתַרְתִּי שֶׁיֵּשׁ בְּכָל חֲדָא מִילְּתָא דַּחֲשִׁיבוּתָא אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה לִמְעוּטֵי עֲבוֹדָה שֶׁאֵין לָהּ שׁוּם חֲשִׁיבוּתָא דְּלָא פָּסַל בָּהּ הֶיסַּח הַדַּעַת וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר לִמְעוּטֵי מַאי:
« Pour exclure quoi ? Si l'on dit : pour exclure le ramassage de sa cendre etc. » - cela m'étonne : que veut dire « pour exclure quoi » ? Est-ce une obligation qu'il y ait quelque chose à exclure ? Et l'on ne peut pas dire que ce serait parce que l'abattage et la combustion seraient « deux textes venus pour une même chose » (chenei ketouvim haba'im ke-ehad), qui n'enseignent pas [par extension] -- car au contraire ils ne viennent pas pour une même chose, puisque la guemara vient d'établir que les deux sont nécessaires. Il apparaît plutôt que nécessairement le hessah hadaat n'invalide pas dans tous les actes : car s'il invalidait dans tous, pourquoi aurait-il fallu l'écrire à la fois pour l'abattage et pour la combustion, qui ne se déduisent pas l'un de l'autre ? Qu'on l'écrive donc pour le ramassage de sa cendre, ou pour le puisage de son eau, ou pour l'un des autres actes qui ne sont ni « le début du service » ni « le moment où la para devient apte » -- et tous se déduiraient de là ! À quoi bon l'écrire deux fois, chaque fois sur un acte qui possède une importance particulière ? Il faut donc en conclure que c'est pour exclure un acte dépourvu de toute importance, où le hessah hadaat n'invalide pas. Et c'est justement ce que demande la guemara : « pour exclure quoi ? »
💡 Explication

Puisque le hessah hadaat est écrit deux fois, pour deux actes précis, c'est qu'il ne vaut pas partout : la guemara demande donc ce que cette limitation exclut. Rachi reformule la question : quel est, dans le rite de la para, l'acte où le détournement de l'attention n'invalide pas ?

Première hypothèse, aussitôt avancée : les deux actes qui suivent la combustion. Le ramassage de la cendre -- « un homme pur ramassera la cendre de la vache » (Nombres 19,9) -- et le puisage de l'eau destinée au kidouch. Rachi définit ce dernier terme : le kidouch est le fait de verser l'eau vive sur la cendre et de les mélanger ensemble, l'opération qui produit les me hatat, les eaux lustrales de l'aspersion. Le daf s'interrompt sur cette proposition ; sa réfutation se lira en 42b.

Tossefot s'étonne d'abord de la question elle-même -- rien n'oblige à ce qu'il y ait quelque chose à exclure -- puis la justifie : si le hessah hadaat invalidait tous les actes sans exception, il aurait suffi de l'écrire une seule fois, à propos d'un acte quelconque et sans titre particulier, et tous s'en seraient déduits. Que la Torah l'ait écrit deux fois, chaque fois pour un acte remarquable, prouve qu'un acte dépourvu de tout titre reste hors de la règle.

🖼️ Schéma
Les étapes du rite de la para : où le hessah hadaat invalide-t-il ? CHEHITA le-fanav (19,3) invalidé -- écrit SERIFA le-einav (19,5) invalidé -- écrit ASSIFAT EFER ramassage de la cendre exclu ? MILOUI MAYIM puisage pour le kidouch exclu ? Kidouch = verser l'eau vive sur la cendre et mélanger -- on obtient les me hatat, les eaux de l'aspersion Rachi : c'est la nettinat mayim al ha-efer, l'opération qui rend la cendre agissante Tossefot : s'il invalidait partout, un seul verset sur un acte quelconque aurait suffi et tout s'en déduirait Deux écritures, chacune sur un acte remarquable : donc un acte sans titre particulier reste hors de la règle
La chaîne du rite et la question ouverte : les deux actes verrouillés par un verset, et les deux candidats à l'exclusion sur lesquels le daf s'interrompt.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).