Yoma 42b -- l'abattage de la para adouma par un zar, et la lecture verset par verset de toute la parasha selon Oulla

Yoma 42b

Sougya : Le daf liquide d'abord la question laissée ouverte en 42a : ce que le hessah hadaat n'invalide pas, ce n'est ni le ramassage de la cendre ni le puisage de l'eau -- le verset le-michmeret le-mei nidda les couvre -- mais le jet du bois de cèdre, de l'hysope et de l'écarlate, qui ne relèvent pas du corps de la para. S'ouvre alors la reprise de la grande mahloket : l'abattage de la para par un zar est-il valide ?

Rabbi Ami dit kacher, Rabbi Yitshak Napaha dit passoul, et la tradition d'Oulla circule dans les deux sens. Rabbi Yehochoua bar Abba attaque en faveur de Rav à partir d'une longue baraita de ribbui-miut : le mot torah inclut cinq actes dans la double restriction femme-et-nuit, le mot zot en exclut trois, et le partage se décide par ressemblance à l'aspersion des eaux, seul cas où les deux invalidités sont explicites.

L'objection semble s'écrouler -- l'aspersion des eaux est invalide par une femme et valide par un zar --, mais Abaye la reconstruit : la femme n'est exclue de l'abattage que par le mot Elazar, et ce même mot exclut alors le zar. Oulla livre ensuite une clé de lecture de toute la paracha de la para -- mach'ma motsi mi-yad mach'ma ou-mach'ma mi-meila -- et l'applique deux fois au pronom otah : il retire Elazar le segan aux générations futures, ouvrant la mahloket kohen gadol contre kohen hedyot tranchée par la gezera chava houka-houka de Yom Kippour ; puis il interdit de faire sortir une autre bête avec la para, ou le tana kama -- identifié à Rabbi Chimon, qui interprète le taama di-kra -- et Rabbi se séparent sur le fondement de l'interdit.

Le daf s'interrompt en pleine phrase sur la nafka mina.

La baraita du ribbui-miut : qui entre dans la règle, qui en sort torah inclut -- zot exclut -- et c'est l'aspersion des eaux qui sert d'étalon POINT DE DÉPART : HAZAAT MEIMEHA l'aspersion des eaux de la para sur l'impur pas par une femme (ish tahor) -- seulement de jour (ba-yom ha-chelichi) INCLUS par le mot TORAH zot houkat ha-TORAH : une seule loi pour tout le service 1. chehita -- l'abattage de la para 2. kabbalat dama -- la réception de son sang 3. hazaat dama -- l'aspersion de son sang 4. sreifa -- sa combustion 5. hachlakhat etz erez, ezov, cheni tolaat le jet du cèdre, de l'hysope, de l'écarlate Critère : pour chacun le verset dit Elazar ou kohen donc invalides par une femme -- donc de jour seulement EXCLUS par le mot ZOT ZOT houkat ha-torah : tiens-t'en a ce qui est écrit ici 1. assifat afra -- le ramassage de sa cendre 2. miloui mayim -- le puisage de l'eau vive 3. kidouch -- verser l'eau sur la cendre aucun verset n'y exige ni Elazar ni kohen Critère : valides par une femme comme par un homme donc valides aussi bien de jour que de nuit Mah raita ? Pourquoi ce partage-là et pas un autre ? Parce que la seule chose qu'on connaisse déjà, c'est l'aspersion des eaux : femme exclue ET nuit exclue. On la prend pour modèle : ce qui lui ressemble sur la femme la suit sur le jour ; ce qui s'en écarte sort des deux.
Le partage opère par la baraita : cinq actes tirés vers la rigueur par le mot torah, trois relâchés par le mot zot, avec l'aspersion des eaux comme unique étalon.
Chehitat para be-zar : la mahloket, l'attaque, et la réponse d'Abaye La question laissée ouverte par Rav et Chmouel en 42a revient ici entre amoraim de la génération suivante RABBI AMI KECHERA le zar peut égorger la para ligne de Chmouel (42a) R. YITSHAK NAPAHA PESSOULA le zar invalide l'abattage ligne de Rav (42a) OULLA kechera -- ve-amri lah : pessoula la tradition elle-même hésite : deux versions de ce qu'il a dit R. Yehochoua bar Abba attaque -- la baraita du ribbui-miut appuie Rav (pessoula) Première lecture de l'attaque -- REJETÉE invalide par une femme, donc invalide par un zar Réfutation : hazaat meimeha le prouve invalide par une femme -- et pourtant valide par un zar ABAYE : la vraie attaque la question n'est pas le résultat, c'est la SOURCE D'où sait-on que la femme est exclue de la chehita ? du seul mot Elazar -- il n'y a aucune autre source
Les trois positions amoraiques sur l'abattage de la para par un zar, l'objection de R. Yehochoua bar Abba et le déplacement décisif opéré par Abaye : ce n'est pas le résultat qui prouve, c'est la source du mot.
Oulla : mach'ma motsi mi-yad mach'ma, ou-mach'ma mi-meila Une clé de lecture pour toute la paracha de la para : chaque verset dit quelque chose, mais pas toujours de la même façon MACH'MA MOTSI MI-YAD MACH'MA le sens d'un verset arrache celui du verset précédent ce que l'un invalidait, l'autre le valide -- et inversement la portée du premier est bornée par le second MACH'MA MI-MEILA le sens tient tout seul et reste à sa place il ne retranche rien à ce qui a été dit avant c'est l'ordre des versets qui dit lequel est lequel Première application : ve-netatem OTAH el Elazar ha-kohen (Nombres 19,3) OTAH -- elle : celle-là seulement à Elazar, le segan. Les para des générations suivantes, non. Le mot exclut le segan pour l'avenir. Reste à savoir par qui on le remplace. IKKA DE-AMREI : KOHEN GADOL gezera chava houka -- houka avec Yom Kippour là-bas tout le service est au kohen gadol ici aussi : la para revient au kohen gadol IKKA DE-AMREI : KOHEN HEDYOT rien à dériver : le verset n'a rien fixé pour l'avenir Rachi : n'ayant imposé ni segan ni kohen gadol, tout kohen est apte Deuxième application : ve-hotsi OTAH -- le même mot, une autre portée elle seule sort du camp : on ne fait pas sortir une autre bête avec elle
La clé de lecture d'Oulla et ses deux premières applications au mot otah : une fois pour exclure le segan des générations futures, une fois pour interdire de faire sortir une autre bête.
1
״לְמִשְׁמֶרֶת לְמֵי נִדָּה״ כְּתִיב. אֶלָּא לְמַעוֹטֵי הַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב וּשְׁנִי תוֹלָעַת, דְּלָאו גּוּפַהּ דְּפָרָה נִינְהוּ.

« En garde (le-michmeret), pour l'eau lustrale » est écrit. Il faut donc plutôt dire : c'est pour exclure le jet du bois de cèdre, de l'hysope et du fil d'écarlate, qui ne relèvent pas du corps de la para elle-même.

📜 Rachi (1)
לְמִשְׁמֶרֶת לְמֵי נִדָּה מַשְׁמַע דִּצְרִיכִי שִׁימּוּר עַד שֶׁיַּזֶּה מֵהֶן:
En garde, pour l'eau lustrale - cela implique qu'ils requièrent une garde (chimour) jusqu'au moment où l'on fera l'aspersion à partir d'eux.
🗂️ Tossefot (1)
לְמִשְׁמֶרֶת לְמֵי נִדָּה כְּתִיב תֵּימַהּ לִי א"כ מַאי אִיצְטְרִיךְ קְרָא בִּשְׁחִיטָה וּבִשְׂרֵיפָה וּבְהָכִי תַּיְתֵי חֲדָא מֻתַּרְתִּי וּתְלָת וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּאִין הָכִי נָמֵי דְּלָא צְרִיכִי אֶלָּא הָווּ לְהוּ שְׁנֵי כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד וְאֵין מְלַמְּדִין וְהָא דְּקָאָמַר לִמְעוּטֵי הַשְׁלָכָה מִשּׁוּם דָּג' כְּתוּבִים הַבָּאִין כְּאֶחָד וְאֵין מְלַמְּדִין חֲדָא דְּמַשְׁמַע דְּקָאָמַר אֶלָּא לְמַעוֹטֵי הַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז [דֻּומְיָא] דִּלְמִעוּטֵי אֲסִיפַת אֶפְרָהּ דְּמֵעִיקָּרָא דְּהַהוּא מִכֹּחַ יִתּוּר קָאָמַר וְלֹא מִכֹּחַ ב' כְּתוּבִים הַבָּאִין כְּאֶחָד כִּדְפָרֵישִׁית וְעוֹד אִי מִכֹּחַ ג' כְּתוּבִים קָא מְמַעֵט הַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז א"כ מַאי אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר טַעַם לַדָּבָר דְּלָאו גּוּפַהּ דְּפָרָה נִינְהוּ וי"ל דִּשְׁחִיטָה לָא אָתְיָא מְכֻולֵּהוּ דְּמַה לְכוּלְּהוּ שֶׁאֵינָן נוֹהֲגִין בְּחֻולִּין תֹּאמַר בִּשְׁחִיטָה דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא שֶׁנּוֹהֶגֶת בְּחֻולִּין וּלְהָכִי נֶאֱמַר דְּלָא מִיפְסָל הֶיסַּח הַדַּעַת כְּמוֹ בְּחֻולִּין וּשְׂרֵיפָה נָמֵי לָא אָתְיָא מְכֻולֵּהוּ דְּמַה לְכוּלְּהוּ דִּין הוּא שֶׁיִּפְסֹול בָּהֶן הֶיסַּח הַדַּעַת דַּחֲזוּ מִיָּד לְהַזָּאָה דְּמִיָּד בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה מְקַבֵּל הַדָּם כְּדֵי לְהַזּוֹת וְכֵן בַּאֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מֵימֶיהָ [וְקִידּוּשׁ] רְאוּיָן לְאַלְתַּר לְהַזָּאָה משא"כ בִּשְׂרֵיפָה וַאֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מֵימֶיהָ וְקִידּוּשׁ אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב בְּהוּ לְמִשְׁמֶרֶת דְּמִכּוּלְּהוּ לָא אָתוּ דְּמַה לְכֻולְּהוּ שֶׁפְּסוּלִים בְּאִשָּׁה וּבַלַּיְלָה וְאֵין לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב בְּכָל שְׁלָשְׁתָּן בַּאֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מַיִם וְקִידּוּשׁ [לִכְתֹּוב] בְּחַד מִינַּייְהוּ וְנִיְתּוֹ אִינָךְ מִינֵּיהּ די"ל דְּאֵיזֶה מֵהֶם שֶׁלֹּא הָיָה נִכְתַּב הָיִיתִי מְמַעֲטוֹ וְלֹא הָיִיתִי מְמַעֵט הַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז כְּדִמְמַעֲטִינַן הַשְׁתָּא כֵּיוָן דְּהָנֵי כְּשֵׁירִין בְּאִשָּׁה כִּבְאִישׁ וְהַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז פָּסוּל בְּאִשָּׁה:
« En garde, pour l'eau lustrale est écrit » - cela m'étonne : s'il en est ainsi, pourquoi un verset était-il nécessaire pour l'abattage et pour la combustion ? On aurait pu déduire l'un des deux ou trois autres. Et l'on ne peut pas dire : « en effet, ils ne sont pas nécessaires, mais ils forment deux textes venus pour une même chose (chenei ketouvim ha-baim ke-ehad), qui n'enseignent pas [par extension] ; et si la guemara dit que c'est pour exclure le jet [du cèdre], c'est parce que ce sont trois textes venus pour une même chose, qui n'enseignent pas ». Premier grief : la formulation « il faut plutôt dire : pour exclure le jet du bois de cèdre » est bâtie sur le modèle du « pour exclure le ramassage de sa cendre » proposé au départ -- or celui-là était tiré d'une redondance (yitour) et non de la règle des deux textes venus ensemble, comme je l'ai expliqué. Second grief : si c'était par la règle des trois textes venus ensemble qu'on excluait le jet du bois de cèdre, pourquoi la guemara aurait-elle eu besoin d'en donner en plus la raison, « parce qu'ils ne relèvent pas du corps de la para » ? Et l'on peut répondre : l'abattage ne se déduit pas des autres, car ce qu'ont en commun tous les autres, c'est de ne pas exister dans le profane (houlin) -- ce qu'on ne peut pas dire de l'abattage, qui n'est pas un service (lav avoda hi) et qui existe dans le profane ; on aurait donc pu dire qu'à son sujet le hessah hadaat n'invalide pas, comme dans le profane. La combustion non plus ne se déduit pas des autres, car ce qu'ont en commun tous les autres, c'est qu'il est logique que le hessah hadaat les invalide puisqu'ils sont immédiatement en vue de l'aspersion -- dès l'abattage on reçoit le sang pour asperger ; et de même le ramassage de la cendre, le puisage de l'eau et le kidouch sont aussitôt orientés vers l'aspersion -- ce qui n'est pas le cas de la combustion. Quant au ramassage de la cendre, au puisage de l'eau et au kidouch, il fallait écrire à leur sujet « le-michmeret », car ils ne se déduisent pas des autres : ce qu'ont en commun tous les autres, c'est d'être invalides par une femme et la nuit. Et l'on n'objectera pas : pourquoi fallait-il l'écrire pour les trois -- ramassage de la cendre, puisage de l'eau, kidouch -- alors qu'il aurait suffi de l'écrire pour l'un et de déduire les autres ? Car on peut répondre : celui des trois qui n'aurait pas été écrit, je l'aurais exclu, et je n'aurais pas exclu le jet du bois de cèdre comme nous l'excluons à présent -- puisque ces trois-là sont valides par une femme comme par un homme, alors que le jet du bois de cèdre est invalide par une femme.
💡 Explication

Fin de la sougya ouverte en 42a. On cherchait quel acte du rite de la para reste hors de la règle du hessah hadaat (la distraction, la perte d'attention, qui invalide). La suggestion était : le ramassage de la cendre et le puisage de l'eau. Elle tombe, parce qu'un verset explicite les couvre : le-michmeret le-mei nidda, « ce sera gardé pour l'eau lustrale » (Nb 19,9) -- ces étapes-là réclament donc bien une garde, une attention continue.

Reste alors un seul candidat : le jet du bois de cèdre, de l'hysope et de l'écarlate dans le bûcher. Sa raison est nette : ces trois matières ne sont pas gufa de-para, elles n'appartiennent pas au corps de la vache ; on les y ajoute. Ce qui n'est pas la para elle-même échappe à la sévérité du hessah hadaat.

2
אִיתְּמַר: שְׁחִיטַת פָּרָה בְּזָר, רַבִּי אַמִּי אָמַר: כְּשֵׁרָה, וְרַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא אָמַר: פְּסוּלָה. עֻולָּא אָמַר: כְּשֵׁרָה, וְאָמְרִי לָהּ: פְּסוּלָה.

Il a été dit : l'abattage de la para par un zar (un non-kohen) -- Rabbi Ami dit : il est kacher ; et Rabbi Yitshak Napaha dit : il est passoul. Oulla dit : il est kacher ; et certains rapportent qu'il a dit : il est passoul.

💡 Explication

Nouvelle sougya. La question laissée ouverte en 42a par Rav et Chmouel -- l'abattage de la para adouma par un zar, c'est-à-dire un non-kohen -- revient ici sous les noms de la génération suivante.

Noter le détail sur Oulla : la guemara ne tranche pas ce qu'il a dit. Ve-amri lah, « et certains rapportent », signale deux traditions concurrentes sur une seule bouche. C'est un aveu d'incertitude textuelle, pas une troisième opinion.

🖼️ Schéma
La question rouverte : chehitat para be-zar 42a : Rav / Chmouel 42b : R. Ami / R. Yitshak Napaha Oulla, à lui seul, dans les deux camps KACHER -- le zar peut égorger Rabbi Ami Oulla, première version Raison de fond : chehita lav avoda hi -- l'abattage n'est pas un service du kohen PASSOUL -- le zar invalide Rabbi Yitshak Napaha Oulla, seconde version Raison de fond : ve-chahat otah le-fanav -- c'est Elazar lui-même qui doit égorger
Le même partage qu'en 42a, rejoué une génération plus tard -- avec Oulla dont la tradition circule dans les deux sens.
3
מֵתִיב רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בַּר אַבָּא לְסַיּוֹעֵיהּ לְרַב: אֵין לִי אֶלָּא הַזָּאַת מֵימֶיהָ שֶׁאֵין כְּשֵׁרִין בָּאִשָּׁה כְּבָאִישׁ, וְאֵין כְּשֵׁרִין אֶלָּא בַּיּוֹם.

Rabbi Yehochoua bar Abba souleva une objection, pour appuyer Rav : je n'ai [pour source] que l'aspersion de ses eaux, dont on apprend qu'elle n'est pas valide par une femme comme elle l'est par un homme, et qu'elle n'est valide que de jour.

📜 Rachi (3)
לְסִיּוּעֶיהָ לְרַב דְּאָמַר פָּרָה שְׁחִיטָתָהּ בְּזָר פְּסוּלָה:
Pour appuyer Rav - qui dit que l'abattage de la para par un zar est passoul.
הַזֹּאת מֵימֶיהָ אֵין כְּשֵׁירָה בְּאִשָּׁה לְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָהּ:
L'aspersion de ses eaux n'est pas valide par une femme - la guemara l'expliquera plus loin.
וְאֵין כְּשֵׁירָה אֶלָּא בַּיּוֹם דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י״ט:י״ב) הוּא יִתְחַטָּא בוֹ בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי:
Et n'est valide que de jour - car il est écrit : « il se purifiera par elle le troisième jour » (Nombres 19,12).
💡 Explication

Début d'une baraita citée en objection. Le raisonnement part d'un seul acquis textuel : l'aspersion des eaux (hazaat meimeha) sur l'impur, dont le verset dit ich tahor, « un homme pur » (Nb 19,18) -- donc pas une femme -- et ba-yom ha-chelichi, « le troisième jour » (Nb 19,12) -- donc de jour seulement.

Ces deux invalidités vont servir de couple-étalon dans tout ce qui suit : la baraita va chercher jusqu'où les étendre aux autres actes du rite.

4
מִנַּייִן לְרַבּוֹת שְׁחִיטָתָהּ וְקַבָּלַת דָּמָהּ וְהַזָּאַת דָּמָהּ וּשְׂרֵיפָתָהּ וְהַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב וּשְׁנִי תוֹלָעַת — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תּוֹרָה״. יָכוֹל שֶׁאֲנִי מְרַבֶּה אַף אֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מַיִם וְקִידּוּשׁ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״זֹאת״.

D'où [sait-on] qu'il faut y inclure aussi son abattage, la réception de son sang, l'aspersion de son sang, sa combustion, et le jet du bois de cèdre, de l'hysope et du fil d'écarlate ? L'Écriture dit : « torah » [-- une seule loi pour tout son service].

On pourrait croire que j'y inclus même le ramassage de sa cendre, le puisage de l'eau et le kidouch : l'Écriture dit « zot » [-- ceci, et pas au-delà].

📜 Rachi (4)
מִנַּייִן לְרַבּוֹת שְׁחִיטָתָהּ וְקַבָּלַת דָּמָהּ וְהַזָּאַת דָּמָהּ וּשְׂרֵיפָתָהּ וְהַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב וּשְׁנִי תוֹלָעַת — דְּלָא יִהְיוּ כְּשֵׁרִין אֶלָּא בַּיּוֹם דְּאִילּוּ לְעִנְיַן בְּאִשָּׁה כִּבְאִישׁ אֵינוֹ אִצְטְרִיךְ לְרַבּוֹיֵי דְּכוּלְּהוּ כְּתִיב בְּהוּ אוֹ אֶלְעָזָר אוֹ כֹּהֵן:
D'où [sait-on] qu'il faut inclure son abattage, la réception de son sang, l'aspersion de son sang, sa combustion et le jet du bois de cèdre, de l'hysope et du fil d'écarlate - à savoir qu'ils ne soient valides que de jour. Car quant à l'aspect « une femme comme un homme », aucune inclusion n'était nécessaire, puisque pour chacun d'eux il est écrit soit Elazar, soit kohen.
וְהַזָּאַת דָּמָהּ אֶל נֹוכַח פְּנֵי אֹהֶל מוֹעֵד שֶׁבַע פְּעָמִים:
Et l'aspersion de son sang - « vers l'avant de la Tente d'assignation, sept fois » (Nombres 19,4).
ת"ל תּוֹרָה זֹאת חֻקַּת הַתּוֹרָה (שָׁם) תּוֹרָה אַחַת לְכָל עֲבוֹדָתָהּ:
L'Écriture dit : torah - « voici le décret de la torah » (ibid. 19,2) : une seule loi pour tout son service.
ת"ל זֹאת אֶת הַכָּתוּב כָּאן קַיֵּים וְאַל תּוֹסִיף:
L'Écriture dit : zot - maintiens ce qui est écrit ici, et n'ajoute rien.
💡 Explication

Le mécanisme est un ribbui-miut, une inclusion suivie d'une exclusion, tiré d'un seul verset : zot houkat ha-torah, « voici le décret de la loi » (Nb 19,2). Le mot torah élargit : une seule loi pour tout le service de la para. Le mot zot réduit : tiens-t'en a ce qui est écrit ici.

Rachi précise l'enjeu exact : ce que le mot torah vient inclure, c'est uniquement la restriction du jour. Pour ce qui est de la femme, aucune inclusion n'était nécessaire -- chacun de ces cinq actes à déjà son verset qui dit Elazar ou kohen, et cela exclut de soi une femme.

5
וּמֶה רָאִיתָ לְרַבּוֹת אֶת אֵלּוּ, וּלְהוֹצִיא אֶת אֵלּוּ? אַחַר שֶׁרִיבָּה הַכָּתוּב וּמִיעֵט, אָמַרְתָּ: הֲרֵי אָנוּ לְמֵדִין כֻּולָּן מֵהַזָּאַת מֵימֶיהָ, מָה הַזָּאַת מֵימֶיהָ אֵינָן כְּשֵׁרִין בָּאִשָּׁה כְּבָאִישׁ, וְאֵין כְּשֵׁרִין אֶלָּא בַּיּוֹם — אַף אֲנִי אָבִיא שְׁחִיטָתָהּ וְקַבָּלַת דָּמָהּ, וְהַזָּאַת דָּמָהּ וּשְׂרֵיפָתָהּ, וְהַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב וּשְׁנִי תוֹלָעַת

Et qu'as-tu vu pour inclure ceux-là et exclure ceux-ci ? Après que l'Écriture a inclus puis exclu, tu dis : voici, nous les apprenons tous de l'aspersion de ses eaux.

De même que l'aspersion de ses eaux n'est pas valide par une femme comme elle l'est par un homme, et n'est valide que de jour -- de même j'inclurai son abattage, la réception de son sang, l'aspersion de son sang, sa combustion, et le jet du bois de cèdre, de l'hysope et du fil d'écarlate,

📜 Rachi (3)
אַחַר שֶׁרִיבָּה הַכָּתוּב וּמִיעֵט וְלֹא פֵּירֵשׁ מַאי רִיבָּה וּמַאי מִיעֵט מֵעַתָּה לֹא מְסָרָן אֶלָּא לְהִתְבּוֹנֵן בָּהּ אֶת הָאֱמֶת וְאֶת הַיָּשָׁר:
Après que l'Écriture a inclus puis exclu - sans préciser ce qu'elle inclut ni ce qu'elle exclut. Dès lors, elle ne les a livrés que pour qu'on y discerne le vrai et le juste.
אָמְרַתְּ הֲרֵי אָנוּ לְמֵידִין כֻּולָּן מֵהַזָּאַת מֵימֶיהָ שֶׁפְּסוּל הַלַּיְלָה מְפֹורָשׁ בּוֹ:
Tu dis : voici, nous les apprenons tous de l'aspersion de ses eaux - car c'est là que l'invalidité de la nuit est explicite.
שֶׁאֵין כְּשֵׁרִים בְּאִשָּׁה כִּבְאִישׁ כְּדִלְקַמָּן וְלָקַח אֵזוֹב וְטָבַל בַּמַּיִם אִישׁ טָהוֹר וְגוֹ' (שָׁם):
Qui ne sont pas valides par une femme comme par un homme - comme [il est dit] plus loin : « un homme pur prendra de l'hysope et la trempera dans l'eau » etc. (Nombres 19,18).
🗂️ Tossefot (1)
אַף אֲנִי אָבִיא שְׁחִיטָה וְכוּ' עַד וְהַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא קָאָמַר מָה הַזָּאַת מֵימֶיהָ מְיֻוחֶדֶת דַּעֲבוֹדַת גּוּפָהּ דְּפָרָה נִינְהוּ אַף כֹּל דְּגוּפָהּ דְּפָרָה וּנְרַבֵּי אֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מֵימֶיהָ וְקִידּוּשׁ וּנְמַעֵט הַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב דְּלָאו גּוּפַהּ דְּפָרָה נִינְהוּ דה"נ אָמְרִינַן לְעֵיל גַּבֵּי הֶיסַּח הַדַּעַת וְי"ל דִּסְבָרָא הוּא לְרַבּוֹיֵי הַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב וּשְׁנִי תוֹלָעַת טְפֵי מֵאֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מֵימֶיהָ וְקִידּוּשׁ כֵּיוָן דְּהָנְהוּ כְּשֵׁירִים אַפֵּי' בְּאִשָּׁה וְהָנָךְ חֲשִׁיבֵי כֻּולֵּי הַאי דְּקָבָעֵי לְהוּ כֹּהֵן וּלְעֵיל נָמֵי גַּבֵּי הֶיסַּח הַדַּעַת אִי לָאו דִּפְסִיל קְרָא הֶיסַּח הַדַּעַת בְּהֶדְיָא בַּאֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מַיִם וְקִידּוּשׁ הֲוָה מוֹקְמִינַן בָּהֶן מִיעוּטָא וְלֹא בְּהַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז תֵּדַע דְּקָאָמַר לְעֵיל מֵעִיקָּרָא אִילֵּימָא לְמַעוֹטֵי אֲסִיפַת אֶפְרָהּ כו':
« De même j'inclurai l'abattage etc. » jusqu'à « et le jet du bois de cèdre » - cela m'étonne : pourquoi la baraita ne dit-elle pas plutôt : de même que l'aspersion de ses eaux a ceci de particulier qu'elle relève du service du corps de la para lui-même, de même tout ce qui relève du corps de la para -- et alors nous inclurions le ramassage de sa cendre, le puisage de son eau et le kidouch, et nous exclurions le jet du bois de cèdre et de l'hysope, qui ne relèvent pas du corps de la para ? C'est exactement ainsi que nous avons raisonné plus haut à propos du hessah hadaat ! Et l'on peut répondre : il est logique d'inclure le jet du bois de cèdre, de l'hysope et de l'écarlate plutôt que le ramassage de la cendre, le puisage de l'eau et le kidouch -- puisque ces derniers sont valides même par une femme, alors que les premiers ont une importance telle qu'ils exigent un kohen. Et plus haut aussi, à propos du hessah hadaat : si le verset n'avait pas invalidé explicitement le hessah hadaat dans le ramassage de la cendre, le puisage de l'eau et le kidouch, nous aurions logé l'exclusion en eux et non dans le jet du bois de cèdre. La preuve : la guemara disait plus haut, dans un premier temps, « si l'on dit : pour exclure le ramassage de sa cendre etc. ».
💡 Explication

Question classique du ribbui-miut : le verset partage, mais ne dit pas où passe la ligne. La réponse n'invoque aucun nouveau verset -- elle invoque la ressemblance. Le seul acte dont on connaisse déjà les deux invalidités (femme et nuit) est l'aspersion des eaux : il devient l'étalon.

Rachi rend la chose plus tranchante encore : le verset n'a pas précisé ce qu'il inclut ni ce qu'il exclut, il les a livrés pour qu'on y discerne « le vrai et le juste ». La derasha assume ici sa part de raisonnement humain.

🖼️ Schéma
Mah raita ? Le mécanisme du ribbui-miut, étape par étape 1. Le verset inclut (torah) puis exclut (zot) -- mais ne dit PAS quoi inclure ni quoi exclure 2. Rachi : lo messaran ella lehitbonen -- il ne les a livrés que pour qu'on y discerne le vrai et le juste 3. Le seul étalon disponible : hazaat meimeha, où les DEUX invalidités sont explicites (femme + nuit) 4a. Ce qui LUI RESSEMBLE sur la femme le suit sur le jour -- les cinq actes sont inclus 4b. Ce qui S'EN ÉCARTE sur la femme s'en écarte sur le jour -- les trois actes sortent Le critère n'est pas arbitraire : c'est la ressemblance à l'unique cas connu qui commande le partage
Le mah raita n'est pas une préférence : c'est une contrainte logique, faute d'un autre point d'appui que l'aspersion des eaux.
6
הוֹאִיל וְאֵין כְּשֵׁרִין בָּאִשָּׁה כְּבָאִישׁ — אֵין כְּשֵׁרִין אֶלָּא בַּיּוֹם. וּמוֹצִיא אֲנִי אֲסִיפַת אֶפְרָהּ וּמִילּוּי מַיִם וְקִידּוּשׁ, הוֹאִיל וּכְשֵׁרִין בָּאִשָּׁה כְּבָאִישׁ — כְּשֵׁרִין נָמֵי בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה.

puisqu'ils ne sont pas valides par une femme comme par un homme, ils ne sont valides que de jour. Et j'exclus le ramassage de sa cendre, le puisage de l'eau et le kidouch : puisqu'ils sont valides par une femme comme par un homme, ils sont valides aussi bien de jour que de nuit.

💡 Explication

La conclusion boucle le mécanisme : le critère femme / homme commande le critère jour / nuit. Les deux invalidités voyagent ensemble.

Sur les trois actes exclus, la logique est symétrique et non pas concessive : ce n'est pas qu'on les dispense, c'est qu'aucun verset n'y exige de kohen ni d'homme -- donc rien ne les rattache à l'étalon, donc ils restent valides de nuit.

7
וְהַאי מַאי תְּיוּבְתָּא? אִילֵּימָא מִדִּפְסוּלִין בָּאִשָּׁה פְּסוּלִין נָמֵי בְּזָר, הַזֹּאת מֵימֶיהָ תּוֹכִיחַ, שֶׁפְּסוּלִין בָּאִשָּׁה וּכְשֵׁרִין בְּזָר!

Mais en quoi cela constitue-t-il une objection ? Si l'on dit : du fait qu'ils sont invalides par une femme, ils seraient également invalides par un zar -- l'aspersion de ses eaux le réfute, elle qui est invalide par une femme et valide par un zar !

📜 Rachi (1)
וְהַאי מַאי תְּיוּבְתֵּיהּ לִשְׁמוּאֵל אִי נֵימָא מִדְּקָתָנֵי שְׁחִיטָה פְּסוּלָה בְּאִשָּׁה פְּסוּלָה נָמֵי בְּזָר:
Mais en quoi cela constitue-t-il une objection - contre Chmouel ? Si l'on dit : du fait que la baraita enseigne que l'abattage est invalide par une femme, il serait aussi invalide par un zar.
💡 Explication

La guemara demande sur quoi porte réellement l'objection. La lecture naïve serait : la baraita range l'abattage parmi les actes invalides par une femme, donc il est aussi invalide par un zar -- ce qui appuierait Rav.

Mais ce pont s'effondre aussitôt : l'aspersion des eaux est invalide par une femme et pourtant valide par un zar. Être exclu comme femme et être exclu comme non-kohen sont deux disqualifications distinctes, qui ne s'entraînent pas l'une l'autre.

🖼️ Schéma
Femme et zar ne sont pas la même exclusion Le contre-exemple qui casse l'inférence directe Acte du rite Par une FEMME Par un ZAR Hazaat meimeha l'aspersion des eaux INVALIDE VALIDE Chehita l'abattage de la para INVALIDE ? -- c'est la question La première ligne prouve qu'invalide-par-une-femme n'entraîne PAS invalide-par-un-zar L'objection de R. Yehochoua bar Abba doit donc reposer sur autre chose -- ce sera l'argument d'Abaye
Le contre-exemple de l'aspersion des eaux : les deux disqualifications sont indépendantes, l'une ne se déduit pas de l'autre.
8
אָמַר אַבַּיֵּי, הַיְינוּ תְּיוּבְתֵּיהּ: אִשָּׁה מַאי טַעְמָא? ״אֶלְעָזָר״ — וְלֹא אִשָּׁה, זָר נָמֵי: ״אֶלְעָזָר״ — וְלֹא זָר.

Abaye dit : voici en quoi consiste l'objection. Pour la femme, quelle en est la raison ?

« Elazar » -- et non une femme. Pour le zar aussi, donc : « Elazar » -- et non un zar.

📜 Rachi (2)
אִשָּׁה מַאי טַעְמָא מְנָא לֵיהּ דִּשְׁחִיטָה פְּסוּלָה בְּאִשָּׁה בִּשְׁלָמָא קַבָּלַת דָּמָהּ וְהַזָּאַת דָּמָהּ כְּתִיב וְלָקַח אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן מִדָּמָהּ הַיְינוּ קַבָּלָה וְהִזָּה אֶל נֹכַח פְּנֵי אֹהֶל מוֹעֵד הַיְינוּ הַזָּאָתָהּ וּשְׂרֵיפָה נַמֵּי לְעֵיל מִינָּהּ כְּתִיב כֹּהֵן וַהֲדַר וְשָׂרַף אֶת הַפָּרָה לְעֵינָיו דְּאֶלְעָזָר וְהַשְׁלָכַת עֵץ וְאֵזוֹב כֹּהֵן כְּתִיב אֶלָּא שְׁחִיטָה מֵהֵיכָא:
Pour la femme, quelle en est la raison - d'où tient-il que l'abattage est invalide par une femme ? Passe encore pour la réception de son sang et l'aspersion de son sang : il est écrit « Elazar le kohen prendra de son sang » -- c'est la réception ; « et il en aspergera vers l'avant de la Tente d'assignation » -- c'est son aspersion. Pour la combustion aussi, juste avant il est écrit kohen, puis « il brûlera la vache sous ses yeux », ceux d'Elazar. Et pour le jet du bois [de cèdre] et de l'hysope, il est écrit kohen. Mais l'abattage, d'où [le tirerait-on] ?
אֶלְעָזָר וְלֹא אִשָּׁה וְעַל כָּרְחֲךָ וְשָׁחַט אוֹתָהּ לְפָנָיו אַאֶלְעָזָר קָא דְּרֵישׁ לֵיהּ תַּנָּא כְּרַב דְּאִי שֶׁיְּהֵא אַחֵר שׁוֹחֵט וְאֶלְעָזָר רוֹאֶה כִּדְדָרֵישׁ שְׁמוּאֵל מֵהֵיכָא מְמַעֵט אִשָּׁה אֶלָּא מֵאֶלְעָזָר דְּרֵישׁ לֵיהּ תַּנָּא וְכִי הֵיכִי דִּמְמַעֵט אִשָּׁה מֵהָכָא מְמַעֲטִינַן נָמֵי זָר:
Elazar - et non une femme - nécessairement, le tana interprète « il l'égorgera devant lui » comme portant sur Elazar lui-même, à la manière de Rav. Car si le sens était qu'un autre égorge et qu'Elazar regarde, comme l'interprète Chmouel, d'où excluerait-il la femme ? Il faut donc que le tana le dérive du mot Elazar ; et de la même façon qu'on en exclut la femme, on en exclut aussi le zar.
💡 Explication

Abaye déplace l'objection du résultat vers la source. La question n'est plus : « invalide par une femme entraîne-t-il invalide par un zar ? » -- on vient de voir que non. La question est : d'où la baraita tire-t-elle que la femme est exclue de l'abattage ?

Rachi fait l'inventaire : pour la réception du sang, l'aspersion du sang, la combustion et le jet du cèdre, les versets nomment expressément Elazar ou un kohen. Pour l'abattage, rien -- sauf ve-chahat otah le-fanav, « il l'égorgera devant lui ». Il faut donc que le tana lise ce verset comme Rav : c'est Elazar lui-même qui égorge. Et si c'est bien du mot Elazar qu'on exclut la femme, le même mot exclut le zar. L'objection tient.

9
אָמַר עֻולָּא: כָּל הַפָּרָשָׁה כֻּולָּהּ, מַשְׁמָע מוֹצִיא מִיַּד מַשְׁמָע, וּמַשְׁמַע מִמֵּילָא.

Oulla dit : dans toute la paracha [de la para], il y a du « sens qui chasse le sens » (mach'ma motsi mi-yad mach'ma) et du « sens qui tient de lui-même » (mach'ma mi-meila).

📜 Rachi (2)
כָּל הַפָּרָשָׁה כֻּולָּהּ שֶׁל פָּרָה כְּמוֹ שֶׁעֲבוֹדוֹתֶיהָ סְדוּרוֹת זוֹ אַחַר זוֹ:
Toute la paracha - celle de la para, telle que ses services y sont ordonnés l'un après l'autre.
מַשְׁמָע מוֹצִיא מִיַּד מַשְׁמָע וּמַשְׁמָע מִמֵּילָא כְּשֶׁתְּדַקְדֵּק בָּהּ אֵינְךָ יָכוֹל לְהַשְׁווֹת שִׁיטַת הַפָּרָשָׁה בְּשָׁוֶה שֶׁיִּהְיוּ כָּל מִקְרְאוֹתֶיהָ שָׁוִים זֶה עִם זֶה אֶלָּא יֵשׁ בָּהֶן שֶׁמַּשְׁמַע מִקְרָא זֶה מוֹצִיא מִכְּלַל מַשְׁמַע מִקְרָא שֶׁלְּפָנָיו מַה שֶׁפָּסַל זֶה הִכְשִׁיר זֶה אוֹ מַה שֶׁהִכְשִׁיר זֶה פּוֹסֵל זֶה וְיֵשׁ בָּהּ מִקְרָאוֹת מַשְׁמָעוּת שֶׁמִּתְקַיְּימִין מִמֵּילָא מַשְׁמָעוּתוֹ שֶׁהַמַּשְׁמָע עוֹמֵד בִּמְקוֹמוֹ וְאֵינוֹ מוֹצִיא מִכְּלַל חֲבֵירוֹ וּלְפִי סִידּוּרָן יֵשׁ לְךָ לְהָבִין מַהוּ הַמּוֹצִיא מִכְּלַל חֲבֵירוֹ וּמִי מַשְׁמָע מִמֵּילָא וְעַכְשָׁיו דּוֹרֵשׁ וְהוֹלֵךְ אֶת כֻּולָּהּ:
Le sens qui chasse le sens, et le sens qui tient de lui-même - lorsque tu l'examines de près, tu ne peux pas mettre toute la paracha sur un même plan, comme si tous ses versets s'accordaient entre eux. Il y a en elle des versets dont le sens retranche au sens du verset qui précède : ce que l'un invalidait, l'autre le valide, ou ce que l'un validait, l'autre l'invalide. Et il y a en elle des versets dont le sens se maintient de lui-même : le sens reste à sa place et ne retranche rien à son voisin. Et c'est d'après leur ordre que tu dois comprendre lequel retranche à son voisin et lequel tient de lui-même. Et maintenant, [Oulla] entreprend d'exposer toute la paracha.
💡 Explication

Oulla énonce une clé de lecture pour l'ensemble de la section de la para (Nb 19). Deux régimes coexistent dans la même paracha : parfois un verset arrache au précédent une partie de sa portée -- ce que l'un invalidait, l'autre le valide, ou l'inverse ; parfois un sens tient tout seul et laisse intact ce qui a été dit avant.

Rachi insiste sur le point de méthode : on ne peut pas aligner tous les versets de la paracha sur un même plan. C'est l'ordre dans lequel les services y sont rangés qui indique lequel des deux régimes s'applique à chaque endroit. Tout ce qui suit dans le daf est la mise en œuvre de cette règle, verset après verset.

10
״וּנְתַתֶּם אֹותָהּ אֶל אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן״ — אוֹתָהּ לְאֶלְעָזָר, וְלֹא לְדוֹרוֹת לְאֶלְעָזָר. אִיכָּא דְאָמְרִי: לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן גָּדוֹל, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט.

« Et vous la donnerez à Elazar le kohen » (Nombres 19,3) -- elle, à Elazar, mais non pas les [para] des générations futures à un Elazar. Certains disent : pour les générations, [c'est] au kohen gadol ; et certains disent : pour les générations, [c'est] à un kohen ordinaire.

📜 Rachi (1)
לְאֶלְעָזָר שֶׁהוּא סְגָן:
À Elazar - qui était segan (adjoint du kohen gadol).
💡 Explication

Première application de la règle d'Oulla. Le pronom otah, « elle », restreint : c'est cette para-là, la première, qui fut confiée à Elazar -- lequel était alors segan, l'adjoint du kohen gadol, et non le kohen gadol lui-même. Pour les para des générations suivantes, le verset ne prescrit donc pas un segan.

Le mot exclut, mais ne remplace pas : d'où une mahloket sur ce qui prend la place. Kohen gadol, ou n'importe quel kohen hedyot ?

11
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט — שַׁפִּיר. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן גָּדוֹל, מְנָא לֵיהּ? גָּמַר ״חֻוקָּה״ ״חֻוקָּה״ מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים.

Passe encore pour celui qui dit : pour les générations, [c'est] à un kohen ordinaire -- cela va bien. Mais pour celui qui dit : pour les générations, [c'est] au kohen gadol, d'où le tient-il ?

Il l'apprend par une gezera chava « houka » -- « houka » avec Yom Kippour.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט שַׁפִּיר דְּכֵיוָן דְּלָא קָבַע לָהּ קְרָא בְּהֶדְיָא סְגָן אוֹ כֹּהֵן גָּדוֹל, כָּל כֹּהֲנִים כְּשֵׁרִין בָּהּ:
Passe encore pour celui qui dit : pour les générations, [c'est] à un kohen ordinaire -- cela va bien - puisque le verset ne lui a fixé explicitement ni un segan ni un kohen gadol, tous les kohanim y sont aptes.
💡 Explication

La position « kohen hedyot » ne demande aucune preuve : le verset ayant seulement retiré Elazar sans rien imposer, tout kohen redevient apte -- c'est la lecture de Rachi.

La position « kohen gadol », elle, doit produire une source. Elle l'obtient par une gezera chava (analogie fondée sur un mot commun) : houka est écrit pour la para (Nb 19,2) et houka est écrit pour Yom Kippour (Lv 16,34). Or à Yom Kippour, tout le service revient au kohen gadol ; il en va donc de même pour la para.

12
״וְהוֹצִיא אוֹתָהּ״ — שֶׁלֹּא יוֹצִיא אַחֶרֶת עִמָּהּ. כְּדִתְנַן: לֹא הָיְתָה פָּרָה רוֹצָה לָצֵאת — אֵין מוֹצִיאִין עִמָּהּ שְׁחוֹרָה, שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ שְׁחוֹרָה שָׁחֲטוּ. וְאֵין מוֹצִיאִין עִמָּהּ אֲדֻומָּה, שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ שְׁתַּיִם שָׁחֲטוּ. רַבִּי אוֹמֵר: לֹא מִן הַשֵּׁם הוּא זֶה, אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״אוֹתָהּ״, לְבַדָּהּ.

« Et il la fera sortir » (Nombres 19,3) -- qu'il n'en fasse pas sortir une autre avec elle. Comme nous l'avons appris [dans une michna] : si la para ne voulait pas sortir, on ne fait pas sortir avec elle une [vache] noire, afin qu'on ne dise pas : « c'est la noire qu'ils ont égorgée » ; et on ne fait pas sortir avec elle une [autre vache] rousse, afin qu'on ne dise pas : « ils en ont égorgé deux ».

Rabbi dit : ce n'est pas pour cette raison-là, mais parce qu'il est dit « elle » -- elle seule.

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ שְׁתַּיִם שָׁחֲטוּ וקי"ל שֶׁכָּל מְלָאכוֹת הַנַּעֲשׂוֹת עִמָּהּ פּוֹסְלוֹת אוֹתָהּ כְּדִתְנַן (פָּרָה פ"ד מִשְׁנָה ד') כָּל הָעוֹסֵק בַּפָּרָה מִתְּחִילָּה וְעַד סוֹף פּוֹסְלִין אוֹתָהּ בִּמְלָאכָה וּלְקַמָּן (יוֹמָא דַּף מג.) נָמֵי אָמְרִינַן וְשָׁחַט אוֹתָהּ שֶׁלֹּא יִשְׁחֹוט אַחֶרֶת עִמָּהּ:
Afin qu'on ne dise pas : ils en ont égorgé deux - et nous tenons pour établi que tous les travaux accomplis avec elle l'invalident, comme nous l'avons appris (Para 4,4) : « quiconque s'occupe de la para, du début jusqu'à la fin, l'invalide par un travail » ; et plus loin (Yoma 43a) nous disons de même : « il l'égorgera » -- qu'il n'en égorge pas une autre avec elle.
מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר אוֹתָהּ וְהוֹצִיא אוֹתָהּ:
Parce qu'il est dit : elle - [dans le verset] « et il la fera sortir ».
💡 Explication

Deuxième application du mot otah, cette fois dans « et il la fera sortir » : elle seule sort du camp. La michna de Para illustre : si la vache rechigne à marcher, on n'a pas le droit de lui adjoindre une compagne.

Le tana kama motive par la méprise du public -- et Rachi explique pourquoi la méprise est grave : tout travail (melakha) accompli avec la para pendant le rite l'invalide, de sorte que faire sortir une seconde bête pourrait passer pour un abattage supplémentaire. Rabbi refuse ce fondement : lo min ha-chem hou ze, ce n'est pas de là que cela vient -- c'est le mot otah qui l'interdit.

🖼️ Schéma
La para qui refuse de sortir : deux façons d'interdire la même chose Michna Para 3,7 -- on voudrait lui adjoindre une bête pour l'entraîner hors du camp Interdit dans les deux cas : une vache noire, ou une seconde vache rousse TANA KAMA -- le motif Noire : on dirait qu'ils ont égorgé la noire Rousse : on dirait qu'ils en ont égorgé deux Le danger réel : la melakha tout travail accompli avec la para l'invalide Rachi : Para 4,4 -- kol ha-ossek ba-para RABBI -- le mot Lo min ha-chem hou ze : ce n'est pas la raison C'est le verset lui-même qui interdit ve-hotsi OTAH -- levada elle, et elle seule : aucune autre bête avec elle peu importe qu'on risque ou non une méprise Même halakha, deux fondements -- donc une nafka mina la où ils se séparent un cas où la crainte de la méprise disparaît, mais où le mot otah continue de valoir
Le tana kama interdit par le risque de méprise ; Rabbi interdit par le mot du verset. La halakha coïncide -- pas les fondements.
13
וְתַנָּא קַמָּא: הָא כְתִיב ״אוֹתָהּ״? מַאן תְּנָא קַמָּא — רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא, דְּדָרֵישׁ טַעְמֵיהּ דִּקְרָא. מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵינַיְיהוּ,

Et le tana kama, n'est-il pas écrit « elle » ? Qui est le tana kama ?

C'est Rabbi Chimon, qui interprète le motif du verset (taama di-kra). Quelle est la différence [pratique] entre eux ?

Il y a entre eux

📜 Rachi (1)
דְּדָרֵישׁ טַעְמָא דִּקְרָא בְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף קטו.) אַלְמָנָה עֲשִׁירָה מְמַשְׁכְּנִין אוֹתָהּ עֲנִיָּה אֵין מְמַשְׁכְּנִין אוֹתָהּ מִפְּנֵי שֶׁאַתָּה צָרִיךְ לְהַחֲזִיר לָהּ וְאַתָּה מַשִּׂיאָהּ שֵׁם רַע בִּשְׁכֵינוֹתֶיהָ:
Qui interprète le motif du verset - dans Baba Metsia (115a) : une veuve riche, on prend son gage ; une veuve pauvre, on ne prend pas son gage -- parce que tu devrais le lui rendre [chaque soir], et [tes allées et venues] lui feraient une mauvaise réputation chez ses voisins.
💡 Explication

Objection : si le tana kama motive par la crainte de la méprise, que fait-il du mot otah, qui est bel et bien écrit ? Réponse : le tana kama est Rabbi Chimon, celui qui pratique le taama di-kra -- l'interprétation du motif du verset. Il ne renonce pas au mot ; il en dégage en plus la raison, et cette raison devient elle-même opérante.

D'où la question : mai beinaihou, qu'est-ce qui les sépare en pratique ? La différence apparaîtra dans un cas où le motif ne s'applique plus alors que le mot vaut toujours : Rabbi interdira, Rabbi Chimon permettra. Le daf se coupe littéralement au milieu de la phrase -- ikka beinaihou, « il y a entre eux » -- et la suite se lit en 43a.

🖼️ Schéma
Taama di-kra : lire la raison du verset, et en tirer des conséquences Le tana kama est Rabbi Chimon : il accepte le mot otah, mais il en dégage AUSSI le motif et ce motif, une fois dégagé, devient à son tour une règle qui délimite la portée de l'interdit Rachi renvoie à Baba Metsia 115a -- l'autre grand cas de taama di-kra chez R. Chimon une veuve riche : on peut prendre son gage ; une veuve pauvre : non, car il faudrait le lui rendre chaque soir et ces allées et venues chez elle finiraient par lui faire une mauvaise réputation dans le voisinage La nafka mina : un cas où le MOTIF ne s'applique plus mais où le MOT vaut encore Pour Rabbi (le mot seul) : interdit. Pour R. Chimon (le motif) : permis, faute de risque de méprise. Le daf s'interrompt ici, en pleine phrase -- ikka beinaihou : la réponse arrive en 43a
Le partage porte sur le statut du motif : simple explication chez Rabbi, règle opérante chez Rabbi Chimon. Le daf se coupe au moment où la guemara allait nommer le cas.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).