Yoma 43a -- la parasha de la para lue mot à mot : Rav contre Chmouel, puis le chiasme femme-mineur à travers assifa, kidouch et aspersion

Yoma 43a

Sougya : Le daf se referme d'abord sur la nafka mina laissée en suspens en 42b : l'âne sorti avec la para, permis pour le tana kama qui ne redoute qu'une question de réputation, interdit pour Rabbi que le mot otah lie absolument. S'ouvre alors la grande lecture verset par verset de toute la paracha selon la clé d'Oulla -- machma motsi mi-yad machma ou-machma mi-meila --, où chaque mention du kohen se lit deux fois : pour Rav qui confie la chehita à Elazar, pour Chmouel qui la donne à un zar sous ses yeux.

Le mot lefanav devient chez l'un l'interdit du hessah hadaat, chez l'autre la description même de la scène ; Elazar ha-kohen à la kabbala devient chez Rav un miout après un miout qui inclut le kohen hedyot, chez Chmouel un simple retour du service à Elazar. Les deux mentions superflues du kohen au verset 7 enseignent les vêtements sacerdotaux et leur extension aux générations futures -- ce qui déclenche la question du kal va-homer et la réponse de principe : milta de-atya be-kal va-homer, tarach ve-katav lah kra.

La seconde moitié du daf change de terrain et suit les personnes plutôt que les kohanim : ich, tahor et ve-hiniah distribuent à l'assifa le zar, la femme et l'exclusion des trois incapables ; le kidouch reconduit cette liste pour les Sages, tandis que Rabbi Yehouda lit dans le pluriel ve-lakhou l'ajout du katan et dans ve-natan l'exclusion de la femme. Le même couple ich tahor revient à la trempée de l'hysope et force chacun à s'inverser -- d'où un chiasme parfait, aussitôt mis à l'épreuve par la michna de Para sur l'aspersion, qui donne raison aux Sages et laisse Rabbi Yehouda sous objection ouverte jusqu'à 43b.

La paracha de la para lue mot à mot : Rav contre Chmouel un seul désaccord de départ -- qui égorge ? -- et toute la suite des versets bascule Le mot du verset RAV la chehita se fait par Elazar CHMOUEL la chehita est valide par un zar ve-chahat OTAH et il l'égorgera, ELLE Accord total : qu'il n'en égorge pas une autre avec elle c'est le reste de la mahloket tana kama / Rabbi de 42b -- jusqu'à l'âne sorti avec elle LEFANAV devant lui pas de hessah hadaat qu'il ne détourne pas son attention un zar égorge, Elazar regarde lefanav = sous ses yeux, pas de sa main ve-lakach ELAZAR HA-KOHEN mi-dama réception du sang (kabbala) miout après miout le mot est de trop -- Elazar était déjà acquis donc il INCLUT : même un kohen hedyot le-ahadourei le-Elazar il faut RAMENER le service à Elazar, que le zar venait de lui prendre ve-lakach HA-KOHEN etz erez, ezov, cheni cèdre, hysope, écarlate machma mi-meila il n'extrait rien de neuf, mais reste utile : sans lui on dirait -- pas le corps de la para, pas de kohen machma motsi mi-yad machma le stade précédent exigeait Elazar ; ici kohen tout court = kohen hedyot suffit ve-chibes begadav HA-KOHEN et le kohen lavera ses vêtements BEKIHOUNO -- dans son état de kehouna, en habits sacerdotaux le mot kohen est superflu : il ne sert qu'à être accolé à begadav, ses vêtements et non en bigdei hol, vêtements profanes ve-tame HA-KOHEN ad ha-erev impur jusqu'au soir LE-DOROT -- la même exigence pour toutes les para des générations futures c'est ce mot-là qui va déclencher la question du kal va-homer au segment suivant Clé de lecture d'Oulla : machma motsi mi-yad machma ou-machma mi-meila -- un sens qui arrache un sens, ou un sens qui va de soi
Verset par verset : la même parasha de la para adouma, deux grilles de lecture. Tout dépend de savoir si la chehita se fait par Elazar (Rav) ou par un zar sous ses yeux (Chmouel).
Qui peut faire quoi : le chiasme femme / mineur trois services en chaîne -- et à la troisième étape, chacun des deux avis inverse exactement sa position ÉTAPE 1 -- ASSIFA : ramasser la cendre de la para ve-ASAF ICH TAHOR et efer ha-para VE-HINIAH (Nb 19,9) -- accord de tous, tiré du verset lui-même ich = zar KACHER tahor = femme KACHÈRE ve-hiniah = da'at requise : cheresh, choteh, katan PASSOUL RABBANAN (tana kama) RABBI YEHOUDA ÉTAPE 2 -- KIDOUCH : verser l'eau vive sur la cendre, dans un vase ve-LAKHOU la-tame -- pluriel qui renvoie à l'assifa mêmes personnes qu'à l'étape 1, ni plus ni moins FEMME : kachère MINEUR : passoul ce que j'ai invalidé à l'assifa, je l'invalide au kidouch pourquoi ve-LAKHOU et non ve-lakach ? le pluriel AJOUTE quelqu'un ; et ve-NATAN exclut la femme FEMME : passoule MINEUR : kacher et l'androginos avec elle -- safek icha, doute de femme ÉTAPE 3 -- TEVILAT EZOV puis HAZAA : tremper l'hysope dans l'eau et asperger L'INVERSION ve-lakach ezov... ICH TAHOR (Nb 19,18) ich = FEMME passoule tahor = MINEUR kacher le verset doit dire du neuf -- donc il retourne l'étape 2 machma motsi mi-yad machma, sinon le verset se serait tu le même verset, lu à l'envers ich = MINEUR passoul tahor = FEMME kachère même logique inverse : le verset doit dire du neuf il avait invalidé la femme au kidouch, il la rétablit ici Nafka mina immédiate : la michna de Para sur l'aspersion invalide la femme et valide le mineur -- elle colle à Rabbanan et attaque Rabbi Yehouda
Le chiasme femme / mineur à travers les trois services : assifa, kidouch, tevila-hazaa. Rabbanan et Rabbi Yehouda inversent exactement leurs positions à la troisième étape.
Pourquoi ve-LAKHOU au pluriel puis ve-NATAN au singulier ? Nb 19,17 -- les Sages lisent le mélange des nombres comme une double levée d'hypothèse SI la Torah avait écrit ve-lakach ... ve-natan singulier -- singulier hava amina : il faut UN SEUL homme qui prenne et qui verse lui-même SI la Torah avait écrit ve-lakhou ... ve-natnou pluriel -- pluriel hava amina : il faut DEUX hommes qui prennent et deux qui versent CE QU'ELLE À ÉCRIT ve-lakhou ... ve-natan pluriel -- singulier valide même si DEUX prennent et qu'UN SEUL verse LECTURE DES SAGES le pluriel ve-lakhou ne sert PAS à ajouter une personne il sert à dissocier le preneur du verseur Donc ve-lakhou renvoie bien aux gens de l'assifa : zar et femme oui cheresh, choteh, katan non LECTURE DE RABBI YEHOUDA si le verset voulait juste renvoyer à l'assifa, il aurait écrit ve-lakach, comme à l'assifa même Le pluriel AJOUTE : le katan, exclu là-bas, est ici validé Et ve-NATAN, masculin singulier, et non ve-natna : la femme -- et l'androginos -- sont exclus Le nœud logique Les deux camps voient le même fait étrange : un pluriel suivi d'un singulier. Rabbi Yehouda dit que le pluriel est un ajout de personnes. Les Sages disent que le pluriel n'est qu'un effet de style imposé par le singulier qui suit -- il n'ajoute personne, il sépare deux rôles.
Le mélange singulier-pluriel de ve-lakhou... ve-natan : levée de deux hava amina pour les Sages, source de deux derachot pour Rabbi Yehouda.
1
דְּאַפֵּיק חֲמוֹר בַּהֲדֵהּ.

[La différence pratique entre eux, c'est] le cas où l'on a fait sortir un âne avec elle.

📜 Rachi (1)
דְּאַפֵּיק חֲמוֹר בַּהֲדֵהּ דִּלְתַנָּא קַמָּא שָׁרִי דְּלֵיכָּא שֶׁמָּא יֹאמְרוּ לְרַבִּי אָסוּר דְּהָא אוֹתָהּ כְּתִיב:
Car pour le tana kama c'est permis, puisqu'il n'y a pas [de crainte] qu'on dise [que la seconde bête aussi a été faite para adouma] ; pour Rabbi c'est interdit, puisque le verset écrit otah, elle-seule.
💡 Explication

Fin de la phrase laissée en suspens à la toute dernière ligne de 42b. La michna interdit de faire sortir une autre bête avec la para adouma lorsqu'on la mène hors du camp. Le tana kama et Rabbi s'accordaient sur l'interdit, mais pas sur son fondement : pour le tana kama c'est une précaution de réputation -- chema yomrou, de peur qu'on ne dise que la seconde bête aussi a été faite para adouma ; pour Rabbi c'est le mot otah, « elle », du verset, qui l'exclut de plein droit.

La nafka mina tombe sur un cas où la crainte de réputation n'a aucune prise : un âne, bête impure, que personne ne prendra jamais pour une para adouma. Pour le tana kama : permis. Pour Rabbi : interdit quand même, car otah ne connaît pas d'exception.

2
״וְשָׁחַט אוֹתָהּ״ — שֶׁלֹּא יִשְׁחֹוט אַחֶרֶת עִמָּהּ. ״לְפָנָיו״, לְרַב — שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִמֶּנָּה, לִשְׁמוּאֵל — שֶׁיְּהֵא זָר שׁוֹחֵט וְאֶלְעָזָר רוֹאֶה.

« Et il l'égorgera » (ve-chahat otah) : qu'il n'en égorge pas une autre avec elle. « Devant lui » (lefanav) : pour Rav -- qu'il ne détourne pas son attention d'elle ; pour Chmouel -- qu'un zar égorge et qu'Elazar regarde.

💡 Explication

Ici s'ouvre le grand exercice du daf : relire toute la paracha de la para adouma, mot par mot, selon la clé de lecture d'Oulla énoncée à la fin de 42b -- machma motsi mi-yad machma ou-machma mi-meila : ou bien un mot arrache un sens à celui qui précède, ou bien il ne fait que confirmer ce qui allait de soi.

Le même mot lefanav, « devant lui », se lit de deux façons opposées. Pour Rav, qui tient que la chehita se fait par Elazar lui-même, « devant lui » ne peut pas désigner un autre opérateur : c'est donc une exigence d'attention -- interdiction du hessah hadaat, la distraction, qui invalide le service. Pour Chmouel, qui tient que la chehita est valide par un zar (un non-kohen), « devant lui » décrit précisément la scène : un tiers égorge, Elazar supervise. Tout le reste du daf découle de ce partage.

🖼️ Schéma
La paracha de la para lue mot à mot : Rav contre Chmouel un seul désaccord de départ -- qui égorge ? -- et toute la suite des versets bascule Le mot du verset RAV la chehita se fait par Elazar CHMOUEL la chehita est valide par un zar ve-chahat OTAH et il l'égorgera, ELLE Accord total : qu'il n'en égorge pas une autre avec elle c'est le reste de la mahloket tana kama / Rabbi de 42b -- jusqu'à l'âne sorti avec elle LEFANAV devant lui pas de hessah hadaat qu'il ne détourne pas son attention un zar égorge, Elazar regarde lefanav = sous ses yeux, pas de sa main ve-lakach ELAZAR HA-KOHEN mi-dama réception du sang (kabbala) miout après miout le mot est de trop -- Elazar était déjà acquis donc il INCLUT : même un kohen hedyot le-ahadourei le-Elazar il faut RAMENER le service à Elazar, que le zar venait de lui prendre ve-lakach HA-KOHEN etz erez, ezov, cheni cèdre, hysope, écarlate machma mi-meila il n'extrait rien de neuf, mais reste utile : sans lui on dirait -- pas le corps de la para, pas de kohen machma motsi mi-yad machma le stade précédent exigeait Elazar ; ici kohen tout court = kohen hedyot suffit ve-chibes begadav HA-KOHEN et le kohen lavera ses vêtements BEKIHOUNO -- dans son état de kehouna, en habits sacerdotaux le mot kohen est superflu : il ne sert qu'à être accolé à begadav, ses vêtements et non en bigdei hol, vêtements profanes ve-tame HA-KOHEN ad ha-erev impur jusqu'au soir LE-DOROT -- la même exigence pour toutes les para des générations futures c'est ce mot-là qui va déclencher la question du kal va-homer au segment suivant Clé de lecture d'Oulla : machma motsi mi-yad machma ou-machma mi-meila -- un sens qui arrache un sens, ou un sens qui va de soi
Le tableau complet des deux lectures, verset par verset : c'est la carte du daf entier.
3
״וְלָקַח אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן מִדָּמָהּ בְּאֶצְבָּעוֹ״, לִשְׁמוּאֵל — לְאַהְדּוֹרֵיהּ לְאֶלְעָזָר. לְרַב — הָוֵי מִיעוּט אַחַר מִיעוּט, וְאֵין מִיעוּט אַחַר מִיעוּט אֶלָּא לְרַבּוֹת, דַּאֲפִילּוּ כֹּהֵן הֶדְיוֹט.

« Et Elazar le kohen prendra de son sang avec son doigt » : pour Chmouel -- [c'est] pour ramener [le service] à Elazar. Pour Rav -- c'est une restriction après une restriction (miout achar miout), et une restriction après une restriction ne vient que pour inclure : à savoir que même un kohen hedyot [est valide].

📜 Rachi (3)
וְלָקַח אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן בְּקַבָּלַת דָּמָהּ:
Il s'agit de la kabbalat dama, la réception de son sang.
לִשְׁמוּאֵל דְּדָייֵק לְפָנָיו לוֹמַר שֶׁהַזָּר כָּשֵׁר לִשְׁחִיטָה אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב בְּקַבָּלַת דָּמָהּ אֶלְעָזָר לְאַהְדּוֹרַהּ לְאֶלְעָזָר דְּאִי כְּתַב וְלָקַח מִדָּמָהּ (וְהִזָּה בְּאֶצְבָּעוֹ) הֲוָה מַשְׁמַע דְּאַשּׁוֹחֵט קָאֵי:
Pour Chmouel -- qui déduit de lefanav que le zar est valide pour la chehita -- il fallait écrire Elazar à propos de la réception du sang, pour ramener [ce service] à Elazar ; car s'il avait écrit seulement « et il prendra de son sang (et il aspergera avec son doigt) », cela aurait laissé entendre que [le verset] se rapporte à celui qui égorge [donc au zar].
לָרַב נָמֵי דְּאָמַר שְׁחִיטָה בְּאֶלְעָזָר הִיא לָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב בְּקַבָּלָה אֶלְעָזָר וְכִי כְּתִיב הָוֵי מִיעוּט אַחַר מִיעוּט לְאֶלְעָזָר וְלֹא אַחֵר וְאֵין מִיעוּט אַחַר מִיעוּט כו':
Pour Rav -- qui dit lui aussi que la chehita se fait par Elazar -- il n'aurait pas fallu écrire Elazar à propos de la kabbala ; et puisque c'est écrit, c'est une restriction après une restriction -- « à Elazar et non à un autre » [deux fois] -- et une restriction après une restriction, etc. [ne vient que pour inclure].
🗂️ Tossefot (1)
לְרַב הָוֵי מִיעוּט אַחַר מִיעוּט וְאֵין מִיעוּט אַחַר מִיעוּט אֶלָּא לְרַבּוֹת עַל כָּרְחָךְ צ"ל לְרַבּוֹת כֹּהֵן הֶדְיוֹט שֶׁיְּהֵא כָּשֵׁר בְּקַבָּלָה וְהַזָּאָה אֲבָל בְּהוֹצָאָה וּשְׁחִיטָה דַּוְוקָא אֶלְעָזָר דְּהָא לְכוּלְּהוּ לִישָּׁנֵי אָמְרִינַן לְעֵיל אוֹתָהּ לְאֶלְעָזָר וְהָא דְּאָמַר ר' זֵירָא אָמַר רַב לְעֵיל שְׁחִיטַת פָּרָה בְּזָר פְּסוּלָה דְּמַשְׁמַע הָא בְּכֹהֵן כְּשֵׁירָה וְאַפֵּי' בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט יֵשׁ לוֹמַר דִּלְדוֹרוֹת קָאָמַר וּסְבִירָא לֵיהּ כְּהַהוּא לִישָּׁנָא דְּאוֹתָהּ לְאֶלְעָזָר הַכֹּהֵן הָא לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט:
Force est de dire que ce qui est inclus, c'est le kohen hedyot, valide pour la kabbala (réception du sang) et la hazaa (aspersion) ; mais pour la sortie [de la para hors du camp] et pour la chehita, il faut précisément Elazar, puisque selon toutes les versions nous avons dit plus haut que otah [renvoie] à Elazar. Et quant à ce que Rabbi Zera a dit au nom de Rav plus haut -- que la chehita de la para par un zar est passoul, ce qui implique qu'elle est valide par un kohen, même un kohen hedyot -- on peut dire qu'il parlait des générations futures (le-dorot), et qu'il tient de la version selon laquelle otah [renvoie] à Elazar le kohen [pour la première para], tandis que pour les générations futures c'est un kohen hedyot.
💡 Explication

Verset suivant (Nb 19,4) : la kabbalat dama, la réception du sang dans la main. Le verset renomme Elazar. Pourquoi ?

Pour Chmouel, la mention est indispensable : le mot lefanav venait justement de confier la chehita à un zar ; sans une nouvelle mention d'Elazar, on aurait cru que ce même zar continue avec la réception du sang. Le verset ramène le service à Elazar.

Pour Rav, en revanche, Elazar tenait déjà la chehita : la mention est superflue. Un mot restrictif redondant devient alors un principe herméneutique classique : ein miout achar miout ela le-rabot -- deux exclusions qui se recouvrent finissent par inclure. Ce qui est inclus ici, c'est le kohen hedyot, le kohen ordinaire, alors qu'on aurait pu croire le service réservé au segan.

🖼️ Schéma
Miout après miout : pourquoi une double restriction élargit le mécanisme selon Rav -- et lui seul, car pour Chmouel le second mot n'est pas de trop MIOUT 1 -- otah (v.3) la chehita : par Elazar et par nul autre acquis dès le verset précédent MIOUT 2 -- Elazar ha-kohen (v.4) la kabbala : par Elazar et par nul autre mot superflu : on le savait déjà ein miout achar miout ela le-rabot une restriction après une restriction ne vient que pour inclure Résultat : même un KOHEN HEDYOT est valide Tossefot précise : pour la kabbala et la hazaa seulement -- la sortie et la chehita restent à Elazar
Le mécanisme du miout achar miout selon Rav, et la limite que lui pose Tossefot.
4
״וְלָקַח הַכֹּהֵן עֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב וּשְׁנִי תוֹלָעַת״, לִשְׁמוּאֵל — דַּאֲפִילּוּ בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט. לְרַב — אִצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: כֵּיוָן דְּלָאו גּוּפַהּ דְּפָרָה נִינְהוּ, לָא לִיבְעֵי כֹּהֵן, קָא מַשְׁמָע לַן.

« Et le kohen prendra du bois de cèdre, de l'hysope et de l'écarlate » : pour Chmouel -- [cela enseigne] que même un kohen hedyot [convient]. Pour Rav -- c'était nécessaire : il aurait pu te venir à l'esprit de dire que, puisque ces objets ne relèvent pas du corps de la para elle-même, ils n'exigeraient pas de kohen du tout ; le verset nous l'apprend.

📜 Rachi (1)
וְלָקַח הַכֹּהֵן עֵץ אֶרֶז לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר קַבָּלָה וְהַזָּאָה בְּאֶלְעָזָר הֲוַאי כְּתִיב בָּהּ כֹּהֵן לְאַכְשׁוֹרֵי הַשְׁלָכַת עֵץ אֶרֶז בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט הָוֵי הַאי מַשְׁמָע מוֹצִיא מִיַּד מַשְׁמָע וְכֵן כָּל הָנֵי דְּאָמְרִינַן וּלְרַב דְּמַכְשַׁר קַבָּלָה בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט הָוֵי הַאי מַשְׁמַע מִמֵּילָא וְאֵינוֹ מוֹצִיא מִכְּלָל מִקְּרָא שֶׁלְּפָנָיו וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב בֵּיהּ כֹּהֵן דְּאִי כְּתַב וְלָקַח עֵץ אֶרֶז וְלָא כְּתִיב כֹּהֵן הֲוָה אֲמִינָא וְלָקַח כָּל מִי שֶׁיִּרְצֶה וְלָא הֲוָה מוֹקְמִינַן לֵיהּ אַכֹּהֵן דְּקַבָּלָה סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא הוֹאִיל וְלָאו גּוּפָהּ כו':
Pour Chmouel -- qui dit que la kabbala et la hazaa se faisaient par Elazar -- le mot kohen est écrit ici pour rendre valide le jet du bois de cèdre par un kohen hedyot : c'est un machma motsi mi-yad machma, un sens qui arrache un sens, et de même pour tous les cas que nous énonçons [selon lui]. Et pour Rav, qui déclare déjà valide la kabbala par un kohen hedyot, c'est un machma mi-meila, un sens qui va de soi, et cela n'extrait rien de la portée du verset précédent ; il fallait pourtant y écrire kohen, car s'il avait écrit « et il prendra du bois de cèdre » sans écrire kohen, j'aurais dit « et il prendra » -- qui que ce soit -- et nous ne l'aurions pas rapporté au kohen de la kabbala, car il me serait venu à l'esprit de dire : puisque ce n'est pas le corps [de la para], etc.
💡 Explication

Nb 19,6 : le jet du cèdre, de l'hysope et de l'écarlate dans le bûcher de la para. Le verset dit ha-kohen, sans nommer Elazar.

Pour Chmouel, le contraste est parlant : le stade précédent exigeait nommément Elazar, celui-ci se contente de « le kohen ». C'est un machma motsi mi-yad machma -- un sens qui arrache un sens : on descend du segan au kohen ordinaire.

Pour Rav, qui admettait déjà le kohen hedyot au stade précédent, ce mot n'arrache rien : c'est un machma mi-meila, un sens qui va de soi. Mais il n'est pas inutile pour autant. Sans lui, on aurait pu raisonner à l'inverse et retirer toute exigence sacerdotale, sous prétexte que le cèdre et l'hysope ne sont pas goufah de-para, le corps de la vache. Le verset ferme cette porte.

5
״וְכִבֶּס בְּגָדָיו הַכֹּהֵן״ — בְּכִיהוּנוֹ. ״וְטָמֵא הַכֹּהֵן עַד הָעָרֶב״ — כֹּהֵן בְּכִיהוּנוֹ לְדוֹרוֹת.

« Et le kohen lavera ses vêtements » -- [dans son état de kehouna] bekihouno. « Et le kohen sera impur jusqu'au soir » -- un kohen dans son état de kehouna, et cela pour les générations futures (le-dorot).

📜 Rachi (2)
הַכֹּהֵן בְּכִיהוּנוֹ הַאי כֹּהֵן קְרָא יַתִּירָא הוּא דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב אֶלָּא וְכִבֶּס בְּגָדָיו וְגוֹ' וַאֲנָא יָדַעְנָא דְּאַהָא דְּאַיְּירִי בֵּיהּ קָאֵי אֶלָּא לְמִסְמַךְ כֹּהֵן אַבְּגָדָיו כְּלוֹמַר שֶׁבְּבִגְדֵי כְּהֻונָּה נַעֲשֵׂית וְלֹא בְּבִגְדֵי חוֹל:
Ce mot kohen est un mot superflu dans le verset, car il n'aurait fallu écrire que « et il lavera ses vêtements, etc. », et je saurais déjà qu'il s'agit de celui dont il est question ici. [Il est écrit] plutôt pour accoler kohen à « ses vêtements », c'est-à-dire pour enseigner que [le service] se fait dans les vêtements de kehouna et non dans des vêtements profanes.
וְטָמֵא הַכֹּהֵן עַד הָעָרֶב לְלַמֵּד עַל פָּרָה הַנַּעֲשֵׂית לְדוֹרוֹת שֶׁצְּרִיכָה בִּגְדֵי כְּהֻונָּה:
Pour enseigner, à propos de la para faite dans les générations futures, qu'elle requiert les vêtements de kehouna.
💡 Explication

Nb 19,7 mentionne deux fois encore le kohen, dans deux clauses où sa fonction n'ajoute rien au sens : se laver et devenir impur ne sont pas des actes sacerdotaux. Ces deux mots superflus servent donc à autre chose.

Le premier, accolé à begadav (« ses vêtements »), enseigne bekihouno : le service se fait en bigdei kehouna, habits sacerdotaux, et non en bigdei hol, vêtements profanes. Le second étend cette exigence le-dorot, à toutes les para des générations futures -- et non seulement à celle de Moche au désert.

6
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט — שַׁפִּיר, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן גָּדוֹל, הַשְׁתָּא כֹּהֵן גָּדוֹל בָּעֵינַן, בְּכִיהוּנוֹ מִיבַּעְיָא?! אִין, מִילְּתָא דְּאָתְיָא בְּקַל וָחֹומֶר — טָרַח וְכָתַב לָהּ קְרָא.

Cela va bien pour celui qui dit que, pour les générations futures, [la para se fait] par un kohen hedyot -- fort bien. Mais pour celui qui dit que, pour les générations futures, [elle se fait] par un kohen gadol : maintenant que nous exigeons un kohen gadol, faut-il encore [un verset pour enseigner] bekihouno ?!

Oui : une chose qui se déduit déjà par un kal va-homer, le verset se donne la peine de l'écrire malgré tout.

📜 Rachi (1)
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר לְעֵיל לְדוֹרוֹת בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט וְלֹא גָּמַר חֻוקָּה מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב כֹּהֵן הָכָא לְלַמֵּד עַל שֶׁל דּוֹרוֹת שֶׁתַּעֲשֶׂה בְּבִגְדֵי כְּהֻונָּה:
[Celui qui a dit] plus haut que, pour les générations futures, [c'est] par un kohen hedyot, et qui n'apprend pas [la gezera chava] houka de Yom Kippour : il fallait écrire kohen ici pour enseigner, à propos de celle des générations futures, qu'elle se fasse dans les vêtements de kehouna.
💡 Explication

Rappel de la mahloket tranchée plus haut : la para des générations futures est-elle faite par un kohen hedyot, ou par un kohen gadol au titre de la gezera chava houka-houka empruntée à Yom Kippour ?

Si c'est un kohen hedyot, le verset de 19,7 est indispensable : rien n'imposait les habits sacerdotaux. Mais si c'est un kohen gadol, l'exigence des habits suit d'elle-même par kal va-homer -- et le verset devient superflu.

La réponse est un principe méthodologique de portée générale : milta de-atya be-kal va-homer, tarach ve-katav lah kra -- ce que le raisonnement à fortiori donnerait déjà, l'Écriture prend parfois la peine de l'écrire explicitement. Un verset n'est donc jamais disqualifié par le seul fait qu'il énonce un résultat déductible.

🖼️ Schéma
Un verset qui enseigne ce qu'un kal va-homer donnait déjà Avis A : le-dorot par un KOHEN HEDYOT on n'apprend pas la gezera chava houka-houka de Yom Kippour le mot kohen est indispensable : il enseigne les habits Avis B : le-dorot par un KOHEN GADOL on apprend houka-houka de Yom Kippour Objection : si l'on exige déjà un kohen gadol, a-t-on encore besoin d'apprendre bekihouno ?! Le kal va-homer implicite si un kohen gadol est requis pour le service, ses habits le sont à plus forte raison milta de-atya be-kal va-homer -- tarach ve-katav lah kra une chose déductible à fortiori, le verset se donne quand même la peine de l'écrire
Deux avis sur le kohen des générations futures, et la réponse de principe sur les versets qui doublent un kal va-homer.
7
״וְאָסַף אִישׁ טָהוֹר אֵת אֵפֶר הַפָּרָה וְהִנִּיחַ״. ״אִישׁ״ — לְהַכְשִׁיר אֶת הַזָּר, ״טָהוֹר״ — לְהַכְשִׁיר אֶת הָאִשָּׁה, ״וְהִנִּיחַ״ — מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ דַּעַת לְהַנִּיחַ, יָצְאוּ חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן שֶׁאֵין בָּהֶן דַּעַת לְהַנִּיחַ.

« Et un homme pur ramassera la cendre de la vache et la déposera. » « Un homme » (ich) -- pour rendre valide le zar. « Pur » (tahor) -- pour rendre valide la femme.

« Et il déposera » (ve-hiniah) -- celui qui a la daat de déposer ; en sont exclus le cheresh, le choteh et le katan, qui n'ont pas la daat de déposer.

📜 Rachi (2)
אִישׁ לְהַכְשִׁיר הַזָּר מִשּׁוּם דִּלְעֵיל מִינֵּיהּ אַייְרֵי בְּכֹהֵן כְּתִיב הָכָא אִישׁ לְהַכְשִׁיר אֶת הַזָּר דְּאִי כְּתַב וְאָסַף אֶת אֵפֶר הַפָּרָה הֲוָה אֲמִינָא כֹּהֵן דִּלְעֵיל מִינֵּיהּ אַייְרֵי בְּכֹהֵן כְּתַב הָכָא אִישׁ:
Parce que ce qui précède parle du kohen, il est écrit ici ich pour rendre valide le zar ; car s'il avait écrit « et il ramassera la cendre de la vache », j'aurais dit [qu'il s'agit d'] un kohen, puisque ce qui précède parle du kohen -- c'est pourquoi il a écrit ici ich.
לְהַכְשִׁיר אֶת הָאִשָּׁה דְּאִי לִמְעוּטֵי טָמֵא פְּשִׁיטָא דְּחַטָּאת קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא:
Car si [le mot tahor venait] exclure un impur, ce serait évident, puisque la Torah l'a appelée hatat.
💡 Explication

On change d'étape : la para a été brûlée, il faut maintenant ramasser sa cendre (l'assifa, Nb 19,9). Trois mots du verset produisent trois verdicts.

Ich, « un homme » : les versets précédents parlaient tous du kohen, on aurait continué sur cette lancée ; le mot rompt la chaîne et valide le zar. Tahor, « pur » : lu comme une exigence de pureté, le mot serait vide -- une hatat n'admet évidemment rien d'impur ; il vaut donc comme catégorie de personne, et valide la femme. Ve-hiniah, « et il déposera » : déposer est un acte qui suppose une intention, donc de la daat ; d'où l'exclusion du cheresh (sourd-muet), du choteh (dément) et du katan (mineur).

Ce trio -- zar oui, femme oui, incapables non -- devient l'étalon auquel tout le reste du daf va se mesurer.

🖼️ Schéma
Trois mots, trois verdicts : ve-asaf ICH TAHOR ... VE-HINIAH Nb 19,9 -- chaque mot du verset ouvre ou ferme une porte L'ASSIFA : ramasser la cendre ICH -- un homme sans lui on aurait lu kohen, puisque le verset précédent parle du kohen le ZAR est kacher TAHOR -- pur exclure un impur serait évident : la Torah l'a appelée hatat la FEMME est kachère VE-HINIAH -- et il déposera déposer suppose un acte intentionnel, donc de la daat CHERESH, CHOTEH, KATAN sont passoul
Les trois derachot du verset de l'assifa : deux portes ouvertes, une porte fermée.
8
תְּנַן הָתָם: הַכֹּל כְּשֵׁרִין לְקַדֵּשׁ, חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן. רַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן, וּפוֹסֵל בְּאִשָּׁה וּבְאַנְדְּרוֹגִינוֹס.

Nous avons appris là-bas [dans la michna] : tous sont valides pour le kidouch, sauf le cheresh, le choteh et le katan. Rabbi Yehouda déclare le katan valide, et invalide la femme et l'androginos.

📜 Rachi (1)
לְקַדֵּשׁ לָתֵת מַיִם עַל הָאֵפֶר בִּכְלִי חֶרֶס:
Mettre de l'eau sur la cendre, dans un vase de terre.
🗂️ Tossefot (1)
הַכֹּל כְּשֵׁרִין לְקַדֵּשׁ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י הַמַּיִם עַל הָאֵפֶר וּבְמַסֶּכֶת פָּרָה בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין הָאֵפֶר עַל הַמַּיִם וְהָא דִּכְתִיב וְלָקְחוּ לַטָּמֵא מֵעֲפַר שְׂרֵיפַת הַחַטָּאת וְנָתַן עָלָיו מַיִם חַיִּים אֶל כֶּלִי דְּמַשְׁמַע מַיִם עַל הָאֵפֶר [ב] יֵשׁ לְפָרֵשׁ וְנָתַן עָלָיו בִּשְׁבִילוֹ יִתֵּן מַיִם חַיִּים אֶל כֶּלִי וְאַדְּרַבָּה מַשְׁמַע שֶׁהַמַּיִם נוֹגְעִים בַּכְּלִי וְהָאֵפֶר נוֹתֵן עֲלֵיהֶם מִלְמַעְלָה:
Rachi a expliqué [qu'on met] l'eau sur la cendre. Or dans le traité Para, en plusieurs endroits, il ressort qu'on mettait la cendre sur l'eau. Quant à ce qui est écrit « et ils prendront pour l'impur de la cendre de la combustion de la hatat, et il mettra dessus de l'eau vive dans un vase » -- ce qui implique l'eau sur la cendre --, on peut expliquer « et il mettra dessus » au sens de « pour elle » : il mettra de l'eau vive dans un vase ; et cela implique plutôt que c'est l'eau qui touche le vase, la cendre étant déposée par-dessus.
💡 Explication

Avant d'exposer le verset suivant, la guemara pose sur la table la michna du traité Para qui concerne l'étape d'après : le kidouch, la sanctification des eaux -- réunir dans un vase l'eau vive et la cendre.

Le tana kama reprend exactement la liste de l'assifa : cheresh, choteh, katan exclus, donc zar et femme admis. Rabbi Yehouda déplace la ligne : il admet le katan et exclut la femme -- et avec elle l'androginos, dont le statut est un doute de femme. La guemara va chercher le verset qui porte chacune des deux positions.

9
מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן — דִּכְתִיב: ״וְלָקְחוּ לַטָּמֵא מֵעֲפַר שְׂרֵיפַת הַחַטָּאת״. הָנָךְ דִּפְסַלִי לָךְ בַּאֲסִיפָה — פָּסְלִי לָךְ בְּקִידּוּשׁ, וְהָנָךְ דְּאַכְשַׁרִי לָךְ בַּאֲסִיפָה — אַכְשְׁרִי לָךְ בְּקִידּוּשׁ.

Quel est le raisonnement des Sages ? Car il est écrit : « Et ils prendront pour l'impur de la cendre de la combustion de la hatat. » Ceux que je t'ai déclarés invalides pour l'assifa te sont invalides pour le kidouch ; et ceux que je t'ai déclarés valides pour l'assifa te sont valides pour le kidouch.

📜 Rachi (1)
וְלָקְחוּ לְטָמֵא בָּתַר וְאָסַף אִישׁ טָהוֹר כְּתִיב זוֹ הִיא עֲבוֹדָה שֶׁאַחַר אֲסִיפָה וּכְתִיב וְלָקְחוּ אֹותָם הַנֶּאֱמָרִים בַּאֲסִיפָה זָר וְאִשָּׁה וְלֹא חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן:
C'est écrit après « et un homme pur ramassera » : voilà le service qui suit l'assifa. Et il est écrit ve-lakhou, « et ils prendront » : ceux-là mêmes qui sont mentionnés à l'assifa -- le zar et la femme -- mais non le cheresh, le choteh et le katan.
💡 Explication

Le verset du kidouch (Nb 19,17) commence par ve-lakhou, « et ils prendront », au pluriel, sans nommer personne. Les Sages y voient un renvoi : le pluriel reprend les personnes du verset précédent, celui de l'assifa.

La conséquence est mécanique : la liste des aptitudes du kidouch calque celle de l'assifa. Zar et femme valides, cheresh-choteh-katan exclus. Aucun mouvement.

10
וְרַבִּי יְהוּדָה: אִם כֵּן לֵימָא קְרָא ״וְלָקַח״, מַאי ״וְלָקְחוּ״ — דַּאֲפִילּוּ קָטָן דִּפְסַלִי לָךְ הָתָם, הָכָא — כָּשֵׁר.

Et Rabbi Yehouda ? S'il en était ainsi, que le verset dise « et il prendra » !

Que vient donc [enseigner] « et ils prendront » ? Que même le katan, que je t'ai déclaré invalide là-bas, est ici valide.

📜 Rachi (1)
א"כ הוֹאִיל אַדִּלְעֵיל קָאֵי נֵימָא וְלָקַח דְּהָא גַּבֵּי אֲסִיפָה בִּלְשׁוֹן יָחִיד כַּתְבֵיהּ:
Puisque [tu dis que le verset] se rapporte à ce qui précède, qu'il dise ve-lakach [au singulier] ! Car à propos de l'assifa il l'a écrit au singulier.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי וְלָקְחוּ לְטָמֵא דַּאֲפִילּוּ קָטָן דִּפְסַלִי לָךְ הָתָם הָכָא כָּשֵׁר וְהָא דְּמַכְשִׁיר טְפֵי בְּקָטָן מִבְּחֵרֵשׁ וְשׁוֹטָה יֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּאָתֵי לִכְלַל דַּעַת:
Et si l'on demande pourquoi il déclare le katan valide plutôt que le cheresh et le choteh : on peut dire que c'est parce qu'il est appelé à atteindre le discernement (ateh li-khlal daat).
💡 Explication

Rabbi Yehouda accepte le principe du renvoi mais bute sur la forme. Si le verset ne voulait que reconduire la liste précédente, il aurait employé le même nombre que le verset de l'assifa, qui est au singulier : ve-lakach. Le passage au pluriel doit signifier une addition de personnes.

Qui ajouter ? Celui des trois exclus dont l'exclusion est la moins radicale : le katan. Tossefot précise le critère -- ateh li-khlal daat, il est destiné à acquérir le discernement, contrairement au cheresh et au choteh.

11
אִשָּׁה מְנָא לֵיהּ? ״וְנָתַן״, וְלֹא ״וְנָתְנָה״. וְרַבָּנָן: אִי כְּתַב רַחֲמָנָא: ״וְלָקַח ... וְנָתַן״, הֲוָה אֲמִינָא: עַד דְּשָׁקֵיל חַד וְיָהֵיב חַד, כְּתַב רַחֲמָנָא: ״וְלָקְחוּ״.

D'où tient-il [l'invalidité de] la femme ? De « et il mettra » (ve-natan), et non « et elle mettra » (ve-natna).

Et les Sages ? Si la Torah avait écrit « et il prendra... et il mettra », j'aurais dit : [ce n'est valide] que si un seul prend et qu'un seul met ; c'est pourquoi la Torah a écrit « et ils prendront ».

📜 Rachi (2)
אִשָּׁה מְנָא לֵיהּ וְכֵן אַנְדְּרוֹגִינוֹס מִשּׁוּם סְפֵק אִשָּׁה:
Et de même l'androginos, parce qu'il est un doute de femme (safek icha).
וְרַבָּנָן אָמְרִי לָךְ לְעוֹלָם אַדִּלְעֵיל קָאֵי וְהָא דְּלָא כְּתִיב וְלָקַח לְשׁוֹן יָחִיד דְּאִי כְּתִיב וְלָקַח וְנָתַן הָוֵי אָמֵינָא עַד דְּשָׁקֵיל חַד הָאֵפֶר וְהוּא עַצְמוֹ יִתְּנֵהוּ עַל הַמַּיִם כְּתִיב וְלָקְחוּ דַּאֲפִילּוּ שָׁקְלִי תְּרֵי:
Ils te diront : en vérité [le verset] se rapporte bien à ce qui précède ; et s'il n'a pas écrit ve-lakach au singulier, c'est que, s'il avait écrit « et il prendra et il mettra », j'aurais dit qu'il faut qu'un seul prenne la cendre et que lui-même la mette sur l'eau ; il a donc écrit ve-lakhou, pour enseigner que [c'est valide] même si deux prennent.
🗂️ Tossefot (2)
וְנָתַן וְלֹא נְתָנָהּ אע"ג דְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ בִּלְשׁוֹן זָכָר נֶאֶמְרָה וַאֲפִילּוּ הָכֵי לָא מְמַעֲטִינַן אִשָּׁה אֶלָּא הֵיכָא דִּכְתִיב אִישׁ בְּהֶדְיָא יֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָכָא מִדְּשַׁנִּי קְרָא בְּדִיבּוּרֵיהּ דִּכְתִיב וְלָקְחוּ לְשׁוֹן רַבִּים וַהֲדַר כְּתִיב וְנָתַן לְהָכִי דָּרְשִׁינַן וְלֹא וְנָתְנָה [וְע"ע תּוֹסְ' יְבָמוֹת עב: ד"ה וְנָתַן]:
Bien que toute la Torah soit énoncée au masculin, et que malgré cela nous n'excluions la femme que là où il est explicitement écrit ich, on peut dire qu'ici c'est différent : puisque le verset a changé son mode d'expression -- il a écrit ve-lakhou au pluriel puis ve-natan [au singulier] --, c'est pourquoi nous exposons « et non ve-natna ». [Voir encore Tossefot Yebamot 72b, s.v. ve-natan.]
עַד דְּשָׁקֵיל חַד וְיָהֵיב חַד פִּי' הַהוּא גּוּפֵיהּ דְּשָׁקִיל לֵיהּ מְעָרֵב לֵיהּ בְּמַיִם:
C'est-à-dire : celui-là même qui la prend, c'est lui qui la mélange à l'eau.
💡 Explication

Deuxième moitié de la position de Rabbi Yehouda : après avoir ajouté le katan par le pluriel, il retire la femme par le singulier masculin ve-natan. Rachi ajoute que l'androginos tombe avec elle, comme safek icha, doute de femme.

Les Sages doivent alors expliquer autrement ce va-et-vient entre pluriel et singulier -- et ils le font par une levée d'hypothèse, non par une derasha sur les personnes. Tout au singulier, on aurait exigé que le même homme prenne la cendre et la verse dans l'eau. Le pluriel ve-lakhou dissocie les deux rôles.

Tossefot soulève l'objection de fond : toute la Torah est rédigée au masculin, et l'on n'en conclut pas que les femmes sont exclues partout. La réponse tient au changement de registre à l'intérieur du même verset : c'est le contraste pluriel-puis-singulier, et non le masculin en soi, qui rend le mot expressif.

🖼️ Schéma
Pourquoi ve-LAKHOU au pluriel puis ve-NATAN au singulier ? Nb 19,17 -- les Sages lisent le mélange des nombres comme une double levée d'hypothèse SI la Torah avait écrit ve-lakach ... ve-natan singulier -- singulier hava amina : il faut UN SEUL homme qui prenne et qui verse lui-même SI la Torah avait écrit ve-lakhou ... ve-natnou pluriel -- pluriel hava amina : il faut DEUX hommes qui prennent et deux qui versent CE QU'ELLE À ÉCRIT ve-lakhou ... ve-natan pluriel -- singulier valide même si DEUX prennent et qu'UN SEUL verse LECTURE DES SAGES le pluriel ve-lakhou ne sert PAS à ajouter une personne il sert à dissocier le preneur du verseur Donc ve-lakhou renvoie bien aux gens de l'assifa : zar et femme oui cheresh, choteh, katan non LECTURE DE RABBI YEHOUDA si le verset voulait juste renvoyer à l'assifa, il aurait écrit ve-lakach, comme à l'assifa même Le pluriel AJOUTE : le katan, exclu là-bas, est ici valide Et ve-NATAN, masculin singulier, et non ve-natna : la femme -- et l'androginos -- sont exclus Le nœud logique Les deux camps voient le même fait étrange : un pluriel suivi d'un singulier. Rabbi Yehouda dit que le pluriel est un ajout de personnes. Les Sages disent que le pluriel n'est qu'un effet de style imposé par le singulier qui suit -- il n'ajoute personne, il sépare deux rôles.
Les deux lectures du mélange singulier-pluriel dans le verset du kidouch.
12
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״וְלָקְחוּ ... וְנָתְנוּ״, הֲוָה אֲמִינָא: עַד דְּשָׁקְלִי תְּרֵי וְיָהֲבִי תְּרֵי, כְּתַב רַחֲמָנָא: ״וְלָקְחוּ ... וְנָתַן״, דַּאֲפִילּוּ שָׁקְלִי תְּרֵי וְיָהֵיב חַד.

Et si la Torah avait écrit « et ils prendront... et ils mettront », j'aurais dit : [ce n'est valide] que si deux prennent et que deux mettent ; c'est pourquoi la Torah a écrit « et ils prendront... et il mettra » -- que même si deux prennent et qu'un seul met, [c'est valide].

💡 Explication

Symétrie de l'argument précédent. Le pluriel seul aurait basculé dans l'excès inverse : exiger deux personnes à chaque geste. Le verset joue donc des deux nombres pour n'imposer aucun nombre : le kidouch est valide qu'il soit accompli par un ou par plusieurs, ensemble ou séparément.

Pour les Sages, tout le contraste pluriel-singulier est ainsi absorbé par cette double levée d'hypothèse -- il ne reste plus rien pour en tirer une derasha sur les personnes, et la liste du kidouch reste celle de l'assifa.

13
״וְלָקַח אֵזוֹב וְטָבַל בַּמַּיִם אִישׁ טָהוֹר״, לְרַבָּנָן: אִישׁ וְלֹא אִשָּׁה. ״טָהוֹר״ — לְהַכְשִׁיר אֶת הַקָּטָן, וּלְרַבִּי יְהוּדָה: ״אִישׁ״ — וְלֹא קָטָן, ״טָהוֹר״ — לְהַכְשִׁיר אֶת הָאִשָּׁה.

« Et un homme pur prendra de l'hysope et la trempera dans l'eau. » Pour les Sages : ich -- et non une femme ; tahor -- pour rendre valide le katan. Et pour Rabbi Yehouda : ich -- et non un katan ; tahor -- pour rendre valide la femme.

📜 Rachi (4)
וְלָקַח אֵזוֹב דִּכְתִיב בְּהַזָּאַת מֵימֶיהָ וְהִיא עֲבוֹדָה שֶׁאַחַר הַקִּידּוּשׁ:
[Verset] écrit à propos de l'aspersion de ses eaux : c'est le service qui vient après le kidouch.
לְרַבָּנָן דְּאָמְרִי הַקִּידּוּשׁ נַעֲשֶׂה בְּאוֹתָן שֶׁל אֲסִיפָה וּבַאֲסִיפָה כְּתִיב אִישׁ טָהוֹר דְּהַייְנוּ זָר וְאִשָּׁה עַל כָּרְחָךְ אִישׁ טָהוֹר דְּהָכָא לָאו לְאַכְשׁוֹרֵי זָר וְאִשָּׁה וּלְמִיפְסַל קָטָן וְלֶהְוֵי מַשְׁמַע מִמֵּילָא דְּאִם כֵּן לִשְׁתּוֹק קְרָא מִינֵּיהּ וְנִכְתּוֹב וְלָקַח אֵזוֹב וְטָבַל בַּמַּיִם וְהִזָּה וַאֲנָא יָדַעְנָא דִּבְהָהוּא דִּלְעֵיל מִינָּהּ קָאֵי וְכִי כָּתְבִינָא לְמִדְרַשׁ אִישׁ וְלֹא אִשָּׁה עַל כָּרְחָךְ מַשְׁמַע זֶה מוֹצִיא מִיָּד מַשְׁמַע:
[Les Sages] qui disent que le kidouch se fait par les mêmes personnes que l'assifa, et qu'à l'assifa il est écrit ich tahor, c'est-à-dire le zar et la femme : force est de dire que le ich tahor écrit ici ne vient pas rendre valides le zar et la femme et invalider le katan -- ce qui serait un machma mi-meila, un sens qui va de soi --, car alors le verset aurait pu se taire et écrire « et il prendra de l'hysope, la trempera dans l'eau et aspergera », et j'aurais su qu'il se rapporte à ce qui précède. Puisqu'il l'a écrit, c'est pour qu'on expose ich et non une femme : force est de dire que c'est un machma motsi mi-yad machma, un sens qui arrache un sens.
טָהוֹר לְהַכְשִׁיר קָטָן דְּפַסְלֵיהּ בְּקִידּוּשׁ:
[Le katan] qu'il avait invalidé pour le kidouch.
וּלְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר אִשָּׁה פְּסוּלָה בְּקִידּוּשׁ וְקָטָן כָּשֵׁר אֲתָא הַאי לְמֵימְרָא אִיפְּכָא אִישׁ וְלֹא קָטָן טָהוֹר לְהַכְשִׁיר אִשָּׁה דע"כ לֵיכָּא לְמֵימַר דְּמַשְׁמַע מִמֵּילָא דְּאִם כֵּן לִישְׁתֹּוק מִינֵּיהּ:
Qui dit que la femme est invalide au kidouch et le katan valide : ce verset vient donc dire l'inverse -- ich et non un katan, tahor pour rendre valide la femme ; car force est de dire que ce n'est pas un machma mi-meila, sans quoi le verset s'en serait tu.
💡 Explication

Troisième étape (Nb 19,18) : tremper l'hysope dans les eaux du kidouch et asperger l'impur. Le verset y remet exactement les deux mêmes mots qu'à l'assifa -- ich tahor.

La règle d'Oulla impose alors un renversement pour les deux camps. Un verset ne peut pas se contenter de répéter ce qui allait de soi : s'il ne disait rien de neuf, il se serait tu. Chacun doit donc lire ces deux mots contre sa propre position à l'étape précédente. Les Sages, qui validaient la femme au kidouch, l'excluent ici par ich, et récupèrent le katan par tahor. Rabbi Yehouda, qui validait le katan et excluait la femme, fait exactement l'inverse.

D'où le chiasme parfait : les mêmes deux mots, les mêmes deux personnes, distribués en croix.

🖼️ Schéma
Qui peut faire quoi : le chiasme femme / mineur trois services en chaîne -- et à la troisième étape, chacun des deux avis inverse exactement sa position ÉTAPE 1 -- ASSIFA : ramasser la cendre de la para ve-ASAF ICH TAHOR et efer ha-para VE-HINIAH (Nb 19,9) -- accord de tous, tiré du verset lui-même ich = zar KACHER tahor = femme KACHÈRE ve-hiniah = da'at requise : cheresh, choteh, katan PASSOUL RABBANAN (tana kama) RABBI YEHOUDA ÉTAPE 2 -- KIDOUCH : verser l'eau vive sur la cendre, dans un vase ve-LAKHOU la-tame -- pluriel qui renvoie à l'assifa mêmes personnes qu'à l'étape 1, ni plus ni moins FEMME : kachère MINEUR : passoul ce que j'ai invalidé à l'assifa, je l'invalide au kidouch pourquoi ve-LAKHOU et non ve-lakach ? le pluriel AJOUTE quelqu'un ; et ve-NATAN exclut la femme FEMME : passoule MINEUR : kacher et l'androginos avec elle -- safek icha, doute de femme ÉTAPE 3 -- TEVILAT EZOV puis HAZAA : tremper l'hysope dans l'eau et asperger L'INVERSION ve-lakach ezov... ICH TAHOR (Nb 19,18) ich = FEMME passoule tahor = MINEUR kacher le verset doit dire du neuf -- donc il retourne l'étape 2 machma motsi mi-yad machma, sinon le verset se serait tu le même verset, lu à l'envers ich = MINEUR passoul tahor = FEMME kachère même logique inverse : le verset doit dire du neuf il avait invalidé la femme au kidouch, il la rétablit ici Nafka mina immédiate : la michna de Para sur l'aspersion invalide la femme et valide le mineur -- elle colle à Rabbanan et attaque Rabbi Yehouda
Le chiasme complet à travers les trois services -- et pourquoi chacun doit inverser sa position à la troisième étape.
14
מֵיתִיבִי: הַכֹּל כְּשֵׁרִין לְהַזּוֹת, חוּץ מִטֻּומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס וְאִשָּׁה. וְקָטָן (שֶׁיֵּשׁ) בּוֹ דַּעַת, אִשָּׁה מִסִּיעָתוֹ וּמִזֶּה.

On objecte : tous sont valides pour asperger, sauf le toumtoum, l'androginos et la femme. Et le katan qui a de la daat -- une femme l'assiste et il asperge.

🗂️ Tossefot (2)
הַכֹּל כְּשֵׁירִין לְהַזּוֹת חוּץ מִטֻּומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס כּוּ' תֵּימַהּ לִי דְּהָנֵי תְּרֵי מִשְׁנָיוֹת דְּהַכֹּל כְּשֵׁרִין לְקַדֵּשׁ וּלְהַזּוֹת מִיתְּנָן בְּמַסֶּכֶת פָּרָה (פ"ה מ"ד ובפי"ב מ"י) מ"ש דִּבְקִידּוּשׁ לָא קָתָנֵי טֻומְטוּם בַּהֲדֵי אִשָּׁה וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס כִּדְקָתָנֵי גַּבֵּי הַזָּאָה וי"ל דת"ק דְּרַבִּי יְהוּדָה נָמֵי פְּסִיל לֵיהּ לְטֻומְטוּם לְקַדֵּשׁ מִפְּנֵי שֶׁהוּא סְפֵק עָרֵל כִּדְאָמַר בְּפֶ' הֶעָרֵל (יְבָמוֹת עב:) טֻומְטוּם שֶׁקִּידֵּשׁ קִידּוּשׁוֹ פָּסוּל מִפְּנֵי שֶׁהוּא סְפֵק עָרֵל וְעָרֵל שֶׁקִּידֵּשׁ קִידּוּשׁוֹ פָּסוּל אַנְדְּרוֹגִינוֹס שֶׁקִּידֵּשׁ קִידּוּשׁוֹ כָּשֵׁר מִפְּנֵי שֶׁהוּא סָפֵק אִשָּׁה רַבִּי יְהוּדָה פּוֹסֵל בְּאִשָּׁה וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס ות"ק דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִיתִין הַיְינוּ ת"ק דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּבָרַייְתָא דְּפֶרֶק הֶעָרֵל (גַּם זֶה שָׁם) דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּר' עֲקִיבָא דִּמְרַבֵּי לְעָרֵל כִּי טָמֵא וְהָא דְּלָא קָתָנֵי ת"ק חוּץ מִטֻּומְטוּם יֵשׁ לוֹמַר אֵין לְמֵידִין מִן הַכְּלָלוֹת אֲפִילּוּ בְּמָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן חוּץ וּתְנָא חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן וְשִׁיֵּיר עָרֵל וְטָמֵא וְטֻומְטוּם וְהָא דְּלָא פָּרֵיךְ מִמַּתְנִיתִין לְמָאֵן דְּאָמַר עָרֵל שֶׁהִזָּה הַזָּאָתוֹ . כְּשֵׁירָה וּפָרִיךְ מִבָּרַייְתָא י"ל מִשּׁוּם דְּבַבָּרַייְתָא קָתָנֵי בְּהֶדְיָא דְּהַזָּאָתוֹ פְּסוּלָה לְהָכִי נִיחָא לֵיהּ לְמִיפְרַךְ מִינָּהּ:
Cela m'étonne : ces deux michnayot -- « tous sont valides pour le kidouch » et « tous sont valides pour asperger » -- sont enseignées dans le traité Para (chap. 5 michna 4, et chap. 12 michna 10). Pourquoi, pour le kidouch, n'enseigne-t-on pas le toumtoum à côté de la femme et de l'androginos, comme on l'enseigne pour l'aspersion ? On peut dire que le tana kama de Rabbi Yehouda invalide lui aussi le toumtoum pour le kidouch, parce qu'il est un doute d'incirconcis (safek arel), comme il est dit au chapitre ha-Arel (Yebamot 72b) : un toumtoum qui a fait le kidouch, son kidouch est passoul parce qu'il est un doute d'incirconcis ; un arel (incirconcis) qui a fait le kidouch, son kidouch est passoul ; un androginos qui a fait le kidouch, son kidouch est kacher, parce qu'il est un doute de femme ; Rabbi Yehouda invalide la femme et l'androginos. Et le tana kama de Rabbi Yehouda de notre michna est le tana kama de Rabbi Yehouda de la baraita du chapitre ha-Arel (là aussi), qui tient comme Rabbi Akiva, lequel inclut l'arel [dans l'invalidité] à l'égal du tame. Et quant au fait que le tana kama n'enseigne pas « sauf le toumtoum », on peut dire : on ne tire pas de déduction des règles générales, même là où il y est dit « sauf » ; il a enseigné « sauf le cheresh, le choteh et le katan » et a laissé de côté l'arel, le tame et le toumtoum. Et quant au fait que l'on n'objecte pas depuis notre michna contre celui qui dit qu'un arel qui a aspergé, son aspersion est kachère, mais que l'on objecte depuis une baraita -- on peut dire : c'est parce que la baraita enseigne explicitement que son aspersion est passoul, et il a donc préféré objecter de là.
אִשָּׁה מְסַעַדְתּוֹ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַסֶּכֶת פָּרָה בַּתּוֹסֶפְתָּא מְפָרֵשׁ כֵּיצַד מְסַעַדְתּוֹ אוֹחֶזֶת לוֹ הַמַּיִם אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת הַזָּאָה וְלָא מִבַּעְיָא בִּשְׁעַת טְבִילַת הָאֵזוֹב הַזָּאָה חֲשִׁיב טְפֵי רְבוּתָא מִטְּבִילַת הָאֵזוֹב מִשּׁוּם דִּקְרָא דְּמַכְשְׁרִי' מִינֵּיהּ קָטָן בִּטְבִילָה כָּתַב דִּכְתִיב וְטָבַל בַּמַּיִם אִישׁ טָהוֹר וְדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ טָהוֹר לְהַכְשִׁיר הַקָּטָן וְיָלְפִינַן הַזָּאָה מִטְּבִילָה דְּאִיתַּקַּשׁוּ לְהָדְדִי כִּדְאִיתָא בְּסוֹף פֶּרֶק ב' דִּמְגִילָּה (דַּף כ.) וּבְמַתְנִיתִין דְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּפָרָה (מִשְׁנָה י) מְסַיֵּים עֲלָהּ וְאִם אָחֲזָה בְּיָדוֹ אֲפִילּוּ בִשְׁעַת הַזָּייָה פָּסוּל ור"י מסימפונ"ט גִּימְגֵּם בָּזֶה דְּבַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע דְּהַזָּאָה הָוֵי רְבוּתָא טְפֵי לְהַכְשִׁיר וְאִם כֵּן בְּמַתְנִיתִין גַּבֵּי פָּסוּל הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי אַפֵּי' בִּשְׁעַת טְבִילָה וְנִרְאֶה לִי דְּלָא קַשְׁיָא דְּהָא דְּפָסְלִינַן הֵיכָא דְּהָאִשָּׁה אָחֲזָה בְּיָדוֹ הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּהָוֵי כְּאִילּוּ הָאִשָּׁה עָשְׂתָה אוֹתוֹ וְהָא וַדַּאי הָוֵי פָּשׁוּט טְפֵי לִפְסֹול אִשָּׁה בִּטְבִילָה מִבְּהַזָּאָה דִּקְרָא דִּמְמַעֲטִינַן מִינֵּיהּ אִשָּׁה בִּטְבִילָה כְּתִיב וּלְגַבֵּי הֶכְשֵׁר קָטָן הָוְיָא רְבוּתָא טְפֵי בְּהַזָּאָה מִשּׁוּם דִּקְרָא דְּמַכְשְׁרִינַן מִינֵּיהּ קָטָן בִּטְבִילָה כְּתִיב:
Au dernier chapitre du traité Para, la Tossefta explique en quoi consiste l'assistance : elle lui tient l'eau, même au moment de l'aspersion -- et pas seulement au moment de la trempée de l'hysope. L'aspersion constitue un plus grand hidouch que la trempée, parce que le verset dont nous tirons la validité du katan est écrit à propos de la trempée -- « et il trempera dans l'eau, un homme pur », dont nous exposons tahor pour rendre valide le katan -- et nous apprenons l'aspersion à partir de la trempée, car elles sont mises en parallèle (hekech), comme il est dit à la fin du deuxième chapitre de Meguila (20a). Or la michna du dernier chapitre de Para (michna 10) conclut : « et si elle a tenu sa main, même au moment de l'aspersion, c'est passoul ». Rabbenou Yits'hak de Simponet a hésité là-dessus : la Tossefta implique que l'aspersion est le plus grand hidouch pour la validation, et alors, dans la michna, à propos de l'invalidation, il aurait fallu enseigner « même au moment de la trempée ». Il me semble que ce n'est pas une difficulté : si nous invalidons lorsque la femme lui tient la main, c'est parce que c'est comme si la femme avait agi elle-même ; or il est certainement plus évident d'invalider la femme pour la trempée que pour l'aspersion, puisque le verset dont nous excluons la femme est écrit à propos de la trempée. Tandis que pour la validation du katan, c'est l'aspersion qui constitue le plus grand hidouch, puisque le verset dont nous tirons la validité du katan est écrit à propos de la trempée.
💡 Explication

La guemara oppose une michna du traité Para qui porte directement sur la hazaa, l'aspersion : la femme y est invalide, le katan pourvu de daat y est valide.

C'est exactement la lecture des Sages -- et exactement l'inverse de celle de Rabbi Yehouda, qui vient de valider la femme et d'exclure le katan à ce stade. L'objection vise donc Rabbi Yehouda, et le daf s'arrête là, laissant la réponse pour 43b.

Deux détails que Tossefot exploite longuement : la michna du kidouch ne mentionnait pas le toumtoum alors que celle-ci le fait -- signe que ces listes en « sauf » ne sont pas exhaustives, ein lemedin min ha-kelalot, on ne tire pas argument des règles générales ; et la formule « une femme l'assiste » (icha messaadeto) est bornée : elle peut lui tenir le récipient, mais si elle lui tient la main, c'est comme si elle avait aspergé elle-même, et c'est passoul.

🖼️ Schéma
La michna de Para sur l'aspersion : contre qui frappe-t-elle ? MICHNA (Para XII,10) -- tous sont valides pour asperger SAUF : toumtoum, androginos, FEMME ET : le MINEUR qui a de la daat -- une femme l'assiste et il asperge RABBANAN -- confortés à la tevila-hazaa ils lisent : ich = pas de femme, tahor = le mineur est kacher exactement ce que dit la michna RABBI YEHOUDA -- attaque il lisait l'inverse : ich = pas de mineur, tahor = la femme est kachère la michna dit le contraire sur les deux points Le daf s'arrête ici, sur l'objection ouverte -- la réponse se lit en 43b
L'objection finale du daf : la michna de Para colle mot pour mot aux Sages et contredit Rabbi Yehouda sur les deux points.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).