Yoma 44a -- qui doit quitter le Temple, et jusqu'où : la baraita de Lévitique 16,17, la ketoret qui expie le lachon hara, et la thèse de Rabbi Elazar sur l'espace entre le Oulam et l'autel

Yoma 44a

Sougya : Le daf achève d'abord la baraita ouverte à la fin de 43b sur le verset « et aucun homme ne sera dans la Tente d'assignation ». Quatre segments de verset, quatre lois : ohel moed resserre l'interdit sur le sanctuaire et épargne la azara ; bakodesh l'étend à Chilo et au Temple de Jérusalem ; bevo-o lekhaper l'étend de l'encensement à l'application des sangs ; ad tseto en fait un interdit continu jusqu'à la sortie du kohen gadol.

La fin du verset donne enfin l'ordre de l'expiation -- lui, sa maison, les kohanim, tout Israël -- et c'est elle que Rava, Rabbi Yits'hak bar Avdimi et Rabbi Elazar font travailler à rebours : la seule expiation identique pour ces quatre cercles étant la ketoret, c'est bien de l'encensement que la baraita partait. De là, une incidente magnifique : la ketoret expie, et elle expie le lachon hara, car une chose faite en secret répare un acte fait en secret.

Le daf bascule alors sur sa vraie sougya. Rabbi Elazar soutient que la michna qui fait évacuer l'espace entre le Oulam et l'autel ne vise que l'encensement du Heikhal, jamais celui du Saint des Saints : le retrait se propage d'un cran, pas de deux.

Rav Ada bar Ahava lui oppose la baraita de Rabbi Yossi, et la guemara mène alors deux attaques et deux parades sans jamais corriger un mot du texte -- elle se contente de déplacer ce que signifie « hors du moment de l'encensement ». La phrase reste ouverte : la suite se lit en 44b.

Où faut-il se retirer, et à quel moment ? Le plan du Temple et la matrice du daf Le Temple se lit d'ouest (le plus saint, à gauche) vers l'est (la sortie, à droite) OUEST EST Saint des Saints lifnai velifnim ketoret de Yom Kippour HEIKHAL autel d'or, menora, table ketoret du matin et du soir OULAM vestibule entre le Oulam et l'autel 22 coudées à ciel ouvert AUTEL extérieur AZARA le reste du parvis Qui doit évacuer, moment par moment MOMENT DU SERVICE HEIKHAL ENTRE LE OULAM ET L'AUTEL AZARA Ketoret du Heikhal l'autel d'or, matin et soir, toute l'année ON SE RETIRE ON SE RETIRE on reste Ketoret du Saint des Saints le cœur du service de Yom Kippour ON SE RETIRE on reste (R. Elazar) on reste Application des sangs taureau et bouc, dedans et sur le parokhet ON SE RETIRE on reste on reste LA LOI QUI SORT DU TABLEAU Le Heikhal se vide des trois côtés ; l'espace entre le Oulam et l'autel ne se vide que pour la ketoret du Heikhal. Règle de fond : plus on est loin, moins on se retire -- et le retrait extérieur est de-rabbanan.
Le décor et la loi en une image : le Heikhal se vide dans les trois cas, l'espace entre le Oulam et l'autel dans un seul. Toute la sougya se joue sur la deuxième ligne.
Lévitique 16,17 démonte : cinq segments de verset, cinq lois La baraita ne commente pas le verset : elle le découpe et fait rendre à chaque morceau une règle distincte Et aucun homme ne sera dans la Tente d'assignation lorsqu'il entrera pour expier dans le sanctuaire, jusqu'à sa sortie -- et il expiera pour lui, pour sa maison et pour toute l'assemblée d'Israël. be-ohel moed dans la Tente d'assignation RESTREINT le lieu : c'est le Heikhal, et non toute la azara contre la hava amina ba-kodech dans le sanctuaire ÉTEND dans le temps : pas seulement le désert, mais Chilo et Jérusalem tout sanctuaire, toujours be-vo-o lekhaper lorsqu'il entrera pour expier ÉTEND l'acte : pas seulement la ketoret, aussi l'aspersion du sang l'expiation, c'est le sang ad tseto jusqu'à sa sortie ÉTEND la durée : pas seulement l'entrée, tant qu'il n'est pas ressorti un interdit continu ba-ado u-ve-ad pour lui, pour sa maison... DONNE l'ordre : lui, sa maison, les kohanim, puis tout Israël et identifie la ketoret LE RETOUR DU DERNIER MOT SUR LE PREMIER (segment 3) La fin du verset explique son début : la seule expiation identique pour tous les quatre, c'est la ketoret. Voilà pourquoi la baraita partait de l'encensement. LA MÉCANIQUE À RETENIR Un mot restreint (ohel moed), trois mots étendent (bakodesh, bevo-o lekhaper, ad tseto), le dernier fournit la clé de lecture. Tossefot demande justement pourquoi bakodesh est nécessaire, puisque michkan et mikdach portent déjà l'un le nom de l'autre.
Lévitique 16,17 tel que la baraita le démonte : un mot qui restreint, trois qui étendent, un dernier qui donne la clé.
La thèse de Rabbi Elazar mise à l'épreuve : quatre coups, une survie La sougya ne change jamais de texte -- elle change de découpage, et c'est ce découpage qui sauve la thèse LA THÈSE -- Rabbi Elazar (segment 5) Pour la ketoret du Saint des Saints, on évacue le Heikhal mais PAS l'espace entre le Oulam et l'autel. COUP 1 -- l'objection de Rav Ada bar Ahava (segments 6 à 8) La baraita de Rabbi Yossi conclut : de l'espace entre le Oulam et l'autel on se retire au moment de l'encensement. Quel encensement ? Si c'est celui du Saint des Saints, Rabbi Elazar est réfuté. PARADE 1 -- non : l'encensement DU HEIKHAL (segment 9, début) La baraita parle de l'encensement quotidien de l'autel d'or, celui qui est justement contigu à cet espace. COUP 2 -- alors la baraita a mal compté (segment 9, suite) Elle annonce UNE seule supériorité du Heikhal. Or, sur ta lecture, il y en a une autre : le Heikhal se vide pour ses deux encensements, l'espace extérieur pour un seul. PARADE 2 -- ha katani : c'est exactement ce qu'elle enseigne (segment 10) La supériorité unique que la baraita annonce EST celle que tu viens de nommer : hors du moment de l'encensement du Heikhal veut dire pendant celui du Saint des Saints. Bilan : rien n'est corrigé dans la baraita -- on déplace seulement ce que shelo bish'at haktara veut dire.
Le dialogue de la guemara : deux attaques, deux parades, aucun mot changé dans la baraita.
1
יָכוֹל אֲפִילּוּ בָּעֲזָרָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּאֹהֶל מוֹעֵד״. אֵין לִי אֶלָּא בְּאֹהֶל מוֹעֵד שֶׁבַּמִּדְבָּר, שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בַּקֹּודֶשׁ״.

On pourrait penser (que l'interdiction vaut) même dans la azara -- l'enseignement dit : « dans la Tente d'assignation ». Je n'ai (ainsi) que la Tente d'assignation qui était dans le désert ; Chilo et la Maison d'éternité, d'où (les tire-t-on) ?

L'enseignement dit : « dans le sanctuaire ».

📜 Rachi (1)
יָכוֹל אַף בְּכָל הָעֲזָרָה לֹא יְהֵא אָדָם עוֹמֵד כְּשֶׁהַכֹּהֵן מַקְטִיר קְטֹרֶת לִפְנַי וְלִפְנִים:
On pourrait penser (que cela vaut) même dans toute la azara - (à savoir) que nul ne devrait s'y tenir pendant que le kohen fait fumer la ketoret dans le Saint des Saints.
🗂️ Tossefot (1)
בְּשִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים מִנַּיִין וְכִי הַאי גַּווְנָא אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא דַּף נג.) גַּבֵּי מַעֲלֶה עָשָׁן וּבְפֶרֶק שְׁנֵי שְׂעִירֵי (לְקַמָּן יוֹמָא דַּף סז:) תַּנְיָא (. מִדְבָּר) הַמִּדְבָּרָה לְרַבּוֹת נֹוב וְגִבְעוֹן שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים וּבְפֶרֶק שֵׁנִי דְּסוֹטָה (דַּף טז. וְשָׁם) גַּבֵּי עֲפַר סוֹטָה וּמִן הֶעָפָר אֲשֶׁר יִהְיֶה בְּקַרְקַע הַמִּשְׁכָּן קָאָמַר שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים מִנַּיִין וְכוּ' ובפ"ב דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף טז:) דְּקָאָמַר מִכְּדֵי מִקְדָּשׁ אִיקְּרִי מִשְׁכָּן וּמִשְׁכָּן אִיקְּרִי מִקְדָּשׁ לֵימָא אוֹ אִידֵּי וְאִידֵּי מִשְׁכָּן אוֹ אִידֵּי וְאִידֵּי מִקְדָּשׁ אַלְמָא אע"ג דְּמִקְדָּשׁ אִיקְּרִי מִשְׁכָּן וּמִשְׁכָּן אִיקְּרִי מִקְדָּשׁ אִיצְטְרִיךְ תְּרֵי קְרָאֵי חַד לַמִּקְדָּשׁ וְחַד לַמִּשְׁכָּן וְלָא גְּמִירִי מְהֻדְּדֵי וְקָשֶׁה דִּבְפֶרֶק קַמָּא דְּחֻולִּין (דַּף כֹּד.) גַּבֵּי שְׁנַיִם שֶׁפּוֹסְלִים בַּלְּוִיִּם קָאָמַר יָכוֹל אַף בְּשִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים כֵּן ת"ל (. זֹאת) ובפ"ק דְּעֵירוּבִין (דַּף ב.) שְׁלָמִים שֶׁשְּׁחָטָן קֹודֶם פְּתִיחַת דַּלְתוֹת הַהֵיכָל פְּסוּלִין בַּמִּקְדָּשׁ מְנָא לַן אַשְׁכְּחַן מִקְדָּשׁ דְּאִיקְּרִי מִשְׁכָּן וי"ל בְּהַהִיא דְּעֵירוּבִין שֶׁמָּא אִיכָּא שׁוּם פָּסוּק לְהַשְׁווֹת מִקְדָּשׁ לַמִּשְׁכָּן לְהַהִיא מִילְּתָא וְכֵן בְּפֶ' קַמָּא דְּחֻולִּין וּבָתַר דְּמַעֲטִינַן שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים (מִזֹּאת) אָז נוֹקֵי אוֹתוֹ פָּסוּק לִדְרָשָׁא אַחֲרִיתִי וְרִיבָ"א גָּרַס בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּשְׁבוּעוֹת תְּרֵי קְרָאֵי לָמָּה לִי וְלִי נִרְאֶה אע"ג דְּמִקְדָּשׁ אִיקְּרִי מִשְׁכָּן כו' אֲפִי' הָכִי בְּהַהִיא דִּשְׁבוּעוֹת דְּאַיְירֵי לְעִנְיַן טֻומְאָה סד"א לְחַלֵּק בֵּינַייְהוּ כֵּיוָן דַּחֲלוּקִין הֵן לְעִנְיַן טֻומְאָה דְּאִי כְּתַב מִקְדָּשׁ הֵ"א דִּין הוּא דְּטָמֵא שֶׁנִּכְנַס לַמִּקְדָּשׁ חַיָּיב שֶׁהֲרֵי אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם וַאֲפִילּוּ בָּתַר דְּנָפֵיל מְחִיצָּה חַייָּבִין עַל הַמָּקוֹם מִשּׁוּם טֻומְאָה אֲבָל בַּמִּשְׁכָּן לְאַחַר שֶׁנָּסְעוּ מִשָּׁם וּפֵירְקוּהוּ וְהֶעֱמִידוּהוּ בְּמָקוֹם אַחֵר אֵין חַייָּבִין עַל מְקוֹמוֹ הָרִאשׁוֹן וְאִי כְּתַב מִשְׁכָּן הֵ"א דִּין הוּא שֶׁחַיָּיב עָלָיו לְפִי שֶׁנִּמְשַׁח בְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה וְאָסוּר לִיגַע בּוֹ בְּטֻומְאָה אֲפִילּוּ כְּשֶׁהוּא מְפֹורָק אֲבָל אַבְנֵי הֵיכָל שֶׁנָּשְׁרוּ מֻותָּר לִיגַע בָּהֶם בְּטֻומְאָה וּבְהָא נָמֵי מִיתָּרְצָא הָא דְּמַצְרְכִינַן קְרָא בְּפֶרֶק הָיָה מֵבִיא (סוֹטָה דַּף טז.) לְרַבּוֹת בֵּית עוֹלָמִים מִשּׁוּם דָּאֳפָקֶיהָ קְרָא בִּלְשׁוֹן טֻומְאָה דִּכְתִיב וְנִסְתְּרָה וְהִיא נִטְמָאָה וְכָל הִלְכוֹת סְפֵק טֻומְאָה גָּמְרִינַן מִסּוֹטָה לְהָכִי סד"א כֵּיוָן דְּמִקְדָּשׁ וּמִשְׁכָּן חֲלוּקִים לְעִנְיַן טֻומְאָה כִּדְפָרֵי' לְעִנְיַן טֻומְאַת סוֹטָה נָמֵי יְהֵא חִילּוּק בֵּינֵיהֶם וְתֵדַע דְּהַייְנוּ טַעְמָא דְּאִיסִי בֶּן יְהוּדָה דְּמַצְרִיךְ קְרָא לְרַבּוֹת שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים מִדִּפְלִיג עֲלֵיהּ הָתָם אִיסִי בֶּן מְנַחֵם וְאָמַר אֵינוֹ צָרִיךְ ק"ו הוּא וּמַה בְּטֻומְאוֹת קַלּוֹת לֹא חִילֵּק הַכָּתוּב בֵּין שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים טֻומְאַת אִשָּׁה חֲמוּרָה לֹא כ"ש פֵּירוּשׁ טֻומְאוֹת קַלּוֹת הַנִּכְנָס לַמִּשְׁכָּן וְלַמִּקְדָּשׁ בְּטֻומְאַת הַגּוּף חַיָּיב כָּרֵת אַתַּרְוַייְהוּ אע"ג דְּיֵשׁ חִילּוּק בֵּינֵיהֶן כִּדְפָרֵישִׁית אֲפִילּוּ הָכֵי הִשְׁוָה אוֹתָם לְעִנְיַן כָּרֵת הַנִּכְנָס לָהֶם וּמִשּׁוּם הַאי חִילּוּק אֵין נִרְאֶה לוֹ לְחַלֵּק וּמְדַבֵּר הַמִּדְבָּר סד"א דַּווְקָא בַּמִּשְׁכָּן כְּשֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר סִמּוּכִין לַמִּדְבָּר וּדְמַעֲלֶה עָשָׁן מִשּׁוּם דִּכְתִיב בְּהַהוּא קְרָא אַהֲרֹן וְהַאי קְרָא דִּשְׁמַעְתָּא סד"א מִשּׁוּם דִּכְתִיב אֹהֶל מוֹעֵד וְלָא אִיקְּרִי אֹהֶל מוֹעֵד אֶלָּא בַּמִּדְבָּר וּמִקְרָא יַתִּירָא הוּא דְּלָא הֲוָה צְרִיךְ לְמִיכְתַּב אֶלָּא וְכָל אָדָם לֹא יִהְיֶה בְּבָאוּ לְכַפֵּר בַּקֹּדֶשׁ וסד"א דַּאֲתָא לִמְעוּטֵי שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים וּבָתַר דְּמִרַבֵּינַן שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים אֹהֶל מוֹעֵד דְּכָתַב רַחֲמָנָא לִמְעוּטֵי עֲזָרוֹת אִיצְטְרִיךְ:
Chilo et la Maison d'éternité, d'où ? - Et c'est de cette même manière que l'on parle plus loin, au chapitre Hotsi'ou Lo (Yoma 53a) à propos du ma'ale achan (l'herbe qui fait monter la fumée droite) ; et au chapitre Chnei Se'irei (Yoma 67b), où l'on enseigne : « ha-midbara » -- pour inclure Nov, Guiv'on, Chilo et la Maison d'éternité ; et au deuxième chapitre de Sota (16a) à propos de la poussière de la sota, sur le verset « et de la poussière qui sera sur le sol du michkan », où l'on demande : Chilo et la Maison d'éternité, d'où ?, etc. ; et au deuxième chapitre de Chevouot (16b), où l'on dit : puisque le Mikdach est appelé michkan et que le michkan est appelé Mikdach, que (l'Écriture) dise donc soit les deux fois « michkan », soit les deux fois « Mikdach » -- il ressort donc que, bien que le Mikdach soit appelé michkan et le michkan Mikdach, il a fallu deux versets, l'un pour le Mikdach et l'autre pour le michkan, et qu'on ne les apprend pas l'un de l'autre. Et cela fait difficulté : car au premier chapitre de Houlin (24a), à propos des deux (années supplémentaires) qui rendent les Lévites inaptes, on dit : on pourrait penser qu'il en va de même à Chilo et à la Maison d'éternité -- l'enseignement dit « zot » (ce qui suppose qu'à défaut on les aurait étendus sans verset) ; et au premier chapitre de Erouvin (2a) : des chelamim que l'on a égorgés avant l'ouverture des portes du Heikhal sont invalides -- pour le Mikdach, d'où le savons-nous ? Nous avons trouvé que le Mikdach est appelé michkan (donc on apprend bien l'un de l'autre !). Et l'on peut répondre : dans le passage de Erouvin, il existe peut-être quelque verset qui égalise le Mikdach au michkan pour cette question-là ; et de même au premier chapitre de Houlin -- et une fois que nous avons exclu Chilo et la Maison d'éternité (par « zot »), nous employons alors ce verset-là pour une autre derasha. Et le Riva avait pour version, au deuxième chapitre de Chevouot : « pourquoi deux versets ? ». Et il me semble que, bien que le Mikdach soit appelé michkan, etc., malgré tout, dans ce passage de Chevouot qui traite de la toum'a (l'impureté), on aurait pu penser qu'il faut les distinguer, puisqu'ils diffèrent justement quant à la toum'a. Car si (l'Écriture) n'avait écrit que « Mikdach », j'aurais dit qu'il est logique que celui qui, impur, entre au Mikdach soit passible, puisque son interdit est un interdit permanent -- même après l'écroulement des murs on demeure passible pour ce lieu du fait de la toum'a ; tandis que pour le michkan, une fois qu'on a levé le camp, qu'on l'a démonté et remonté ailleurs, on n'est plus passible pour son emplacement premier. Et si (l'Écriture) n'avait écrit que « michkan », j'aurais dit qu'il est logique qu'on en soit passible parce qu'il a été oint de l'huile d'onction et qu'il est interdit d'y toucher en état d'impureté même lorsqu'il est démonté ; tandis que les pierres du Heikhal qui sont tombées, il est permis de les toucher en état d'impureté. Et par là se résout aussi ce qui, au chapitre Haya Mevi (Sota 16a), exige un verset pour inclure la Maison d'éternité : c'est parce que le verset l'a formulé en langage de toum'a, comme il est écrit « et elle s'est cachée et elle s'est rendue impure », et que toutes les règles du doute d'impureté, nous les apprenons de la sota ; c'est pourquoi on aurait pu penser que, puisque Mikdach et michkan diffèrent quant à la toum'a comme nous l'avons expliqué, il y aurait aussi une différence entre eux pour l'impureté de la sota. Et sache que telle est bien la raison d'Issi ben Yehouda, qui exige un verset pour inclure Chilo et la Maison d'éternité -- du fait qu'Issi ben Mena'hem le contredit la-bas et dit : ce n'est pas nécessaire, c'est un kal va-homer (un raisonnement à fortiori) -- si, pour des impuretés légères, l'Écriture n'a pas distingué entre Chilo et la Maison d'éternité, l'impureté de la femme, qui est grave, à plus forte raison ! Explication : « impuretés légères » -- celui qui entre au michkan ou au Mikdach en état d'impureté corporelle est passible de karet pour l'un comme pour l'autre, bien qu'il y ait entre eux une différence comme nous l'avons expliquée ; malgré cela l'Écriture les a égalisés quant au karet de celui qui y entre -- et c'est à cause de cette différence (même) qu'il ne lui semble pas juste de distinguer. Et (quant à) « mi-dbar », « ha-midbara » : on aurait pu penser (que la règle ne vaut) précisément que pour le michkan, lorsque Israël était au désert, proche du désert ; et pour le ma'ale achan, parce qu'il est écrit dans ce verset-là « Aharon » ; et pour notre verset ici, on aurait pu penser (qu'il se limite) parce qu'il y est écrit « ohel moed », et que rien n'est appelé « ohel moed » sinon au désert -- or c'est un mot superflu, car il n'aurait fallu écrire que « et aucun homme ne sera lorsqu'il entrera pour expier dans le sanctuaire » ; on aurait donc pu penser qu'il vient exclure Chilo et la Maison d'éternité. Et une fois que nous avons inclus Chilo et la Maison d'éternité, le « ohel moed » qu'a écrit la Torah devient nécessaire pour exclure les azarot.
💡 Explication

Le daf s'ouvre au milieu de la baraita commencée à la fin de 43b sur le verset Lévitique 16,17 : « Et aucun homme ne sera dans la Tente d'assignation lorsqu'il entrera pour expier dans le sanctuaire, jusqu'à sa sortie. » La baraita procède par un balancement classique : yakhol (on pourrait penser) pose une hypothèse trop large, talmud lomar (l'enseignement dit) la corrige par un mot du verset.

Premier mouvement, restrictif : on aurait pu évacuer toute la azara, le parvis entier ; les mots be-ohel moed resserrent l'interdit sur le sanctuaire proprement dit. Second mouvement, extensif : ohel moed désigne littéralement la Tente du désert -- le mot ba-kodech vient étendre la règle à Chilo et au beit olamim, la Maison d'éternité, c'est-à-dire le Temple de Jérusalem.

Tossefot ouvre ici une longue enquête comparative : partout dans le Chas on trouve ce même besoin d'un verset pour étendre du michkan au Mikdach, alors qu'ailleurs (Houlin 24a, Erouvin 2a) on se contente de dire que l'un porte le nom de l'autre. Sa réponse tient à la toum'a : michkan et Mikdach y sont réellement distincts, ce qui aurait pu justifier de les séparer aussi ailleurs.

🖼️ Schéma
Deux mots, deux mouvements contraires Le même verset resserre l'espace et élargit l'histoire be-ohel moed -- ON RESSERRE hava amina : personne dans toute la azara TOUTE LA AZARA se viderait le parvis entier, autel compris talmud lomar : be-ohel moed SEUL LE HEIKHAL se vide la azara reste peuplée Rachi : nul ne se tient là pendant que le kohen fait fumer la ketoret au-dedans ba-kodech -- ON ÉLARGIT hava amina : le désert seulement Michkan du désert Chilo Beit olamim -- la Maison d'éternité Tossefot : pourquoi ce verset, puisque le Mikdach est déjà appelé michkan ?
Le même verset joue dans les deux sens : ohel moed rétrécit l'espace, bakodesh élargit l'histoire.
2
אֵין לִי אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה, בִּשְׁעַת מַתַּן דָּמִים מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּבוֹאוֹ לְכַפֵּר״. אֵין לִי אֶלָּא בִּכְנִיסָתוֹ, בִּיצִיאָתוֹ מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עַד צֵאתוֹ״.

Je n'ai (ainsi) que le moment de l'encensement ; le moment de l'application des sangs, d'où (le tire-t-on) ? L'enseignement dit : « lorsqu'il entrera pour expier ».

Je n'ai (ainsi) que son entrée ; sa sortie, d'où ? L'enseignement dit : « jusqu'à sa sortie ».

💡 Explication

La baraita poursuit ses extensions, et cette fois sur l'axe du temps. Première extension : l'interdit ne vise pas seulement l'instant de la haktara (l'encensement), mais aussi le matan damim, l'application des sangs du taureau et du bouc à l'intérieur -- car c'est bevo-o lekhaper, « lorsqu'il entrera pour expier », et l'expiation proprement dite se fait par le sang.

Seconde extension : l'interdit ne s'éteint pas une fois le kohen gadol entré. Ad tseto, « jusqu'à sa sortie », en fait un interdit continu : tant que le kohen gadol n'est pas ressorti, le sanctuaire doit rester vide. Retiens le mot lekhaper : c'est le mot superflu dont Tossefot se servira au segment 8 pour expliquer pourquoi les Sages ont décrété plus sévèrement sur l'encens que sur le sang.

3
״וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וּבְעַד בֵּיתוֹ וּבְעַד כָּל קְהַל יִשְׂרָאֵל״, כַּפָּרָתוֹ קוֹדֶמֶת לְכַפָּרַת בֵּיתוֹ, כַּפָּרַת בֵּיתוֹ קוֹדֶמֶת לְכַפָּרַת אֶחָיו הַכֹּהֲנִים, וְכַפָּרַת אֶחָיו הַכֹּהֲנִים קוֹדֶמֶת לְכַפָּרַת כָּל קְהַל יִשְׂרָאֵל.

« Et il expiera pour lui, pour sa maison et pour toute l'assemblée d'Israël » (Lv 16,17) : son expiation précède celle de sa maison, l'expiation de sa maison précède celle de ses frères les kohanim, et l'expiation de ses frères les kohanim précède celle de toute l'assemblée d'Israël.

💡 Explication

Dernière clause de la baraita, qui quitte la question du retrait pour lire l'ordre inscrit dans la fin du verset. Quatre cercles concentriques : lui, sa maison (son épouse), ses frères les kohanim, puis toute l'assemblée d'Israël -- et l'ordre du verset est un ordre de priorité réelle, pas une simple énumération.

C'est le principe déjà rencontré en 43b à propos des deux viddouyim (confessions) : un coupable ne plaide pas pour un coupable. Le kohen gadol doit d'abord se rendre lui-même innocent avant de pouvoir expier pour son foyer, puis pour sa tribu, puis pour le peuple. Ce même membre de phrase va servir, au segment suivant, à une tout autre fin.

🖼️ Schéma
L'ordre de l'expiation : quatre cercles, du plus proche au plus lointain Un coupable ne plaide pas pour un coupable : le kohen gadol se purge d'abord 1. LUI ba-ado 2. sa maison 3. ses frères les kohanim 4. toute l'assemblée d'Israël sens de l'élargissement de l'expiation Cet ordre est la raison des deux viddouyim de 43b -- et c'est ce même membre de phrase qui, en 44a, identifiera la ketoret.
Les quatre cercles de l'expiation : on ne peut plaider pour le cercle suivant qu'une fois le sien acquitté.
4
אָמַר מַר: אֵין לִי אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה. מַאי מַשְׁמַע? אָמַר רָבָא, וְכֵן אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי, וְכֵן אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, אֲמַר קְרָא: ״וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וּבְעַד בֵּיתוֹ וּבְעַד כָּל קְהַל יִשְׂרָאֵל״, אֵיזֶהוּ כַּפָּרָה שֶׁשָּׁוָה לוֹ וּלְבֵיתוֹ וּלְאֶחָיו הַכֹּהֲנִים וּלְכָל קְהַל יִשְׂרָאֵל — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הַקְטָרַת הַקְּטֹורֶת.

Le Maître a dit : « Je n'ai (ainsi) que le moment de l'encensement. » D'où cela ressort-il ? Rava a dit -- et de même a dit Rabbi Yits'hak bar Avdimi, et de même a dit Rabbi Elazar : le verset dit « et il expiera pour lui, pour sa maison et pour toute l'assemblée d'Israël » ; quelle est l'expiation qui est identique pour lui, pour sa maison, pour ses frères les kohanim et pour toute l'assemblée d'Israël ?

Tu dois dire : c'est l'encensement de la ketoret.

📜 Rachi (2)
אֵין לִי אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרַת קְטֹורֶת לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי מַשְׁמַע:
Je n'ai que le moment de l'encensement de la ketoret - la guemara explique plus loin d'où cela ressort.
הֱוֵי אוֹמֵר זוֹ הַקְטָרַת קְטֹרֶת דְּאִילּוּ מַתַּן דָּמִים אֵין שָׁוֶה בְּכֻולָּם שֶׁהַפָּר מְכַפֵּר עָלָיו וְעַל הַכֹּהֲנִים וְהַשָּׂעִיר עַל יִשְׂרָאֵל:
Tu dois dire : c'est l'encensement de la ketoret - car l'application des sangs, elle, n'est pas identique pour tous : le taureau expie pour lui et pour les kohanim, et le bouc pour Israël.
💡 Explication

La guemara commence son travail sur la baraita et revient à son tout premier mot. La baraita disait : « je n'ai que le moment de l'encensement » -- mais d'où tenait-elle que le point de départ était l'encensement ? Le verset ne prononce jamais le mot ketoret. Mai machma ? : qu'est-ce qui, dans les mots, le laisse entendre ?

La réponse -- rapportée au nom de trois maîtres à la fois, signe qu'elle était tenue pour solide -- fait travailler la fin du verset sur son début. Puisque la conclusion parle d'une expiation qui vaut à la fois pour le kohen gadol, sa maison, les kohanim et tout Israël, il faut chercher l'unique service de Yom Kippour dont le bénéficiaire soit exactement ce quatuor. Ce n'est pas le sang : Rachi rappelle que le taureau expie pour le kohen gadol et ses frères kohanim, le bouc pour Israël -- chacun a sa part, aucun n'a le tout. Seule la ketoret couvre tout le monde à la fois.

🖼️ Schéma
Pourquoi la baraita parlait forcément de la ketoret Le verset exige une expiation identique pour les quatre. Une seule l'est. LE TAUREAU LE BOUC LA KETORET lui sa maison les kohanim tout Israël couvert couvert couvert non non non non couvert couvert couvert couvert couvert L'application des sangs se partage le public : pas identique colonne pleine LA DERASHA DE RAVA, DE R. YITSHAK BAR AVDIMI ET DE R. ELAZAR Le verset exige une expiation qui vaille également pour les quatre cercles. Le sang ne le fait pas : le taureau prend le kohen gadol et les kohanim, le bouc prend Israël. Seul l'encensement de la ketoret couvre la colonne entière -- donc le verset parlait de lui.
Trois services, trois couvertures : seule la colonne de la ketoret est pleine -- d'où la déduction.
5
וּקְטֹורֶת מְכַפֶּרֶת? אִין, דְּהָא תָּנֵי רַבִּי חֲנַנְיָא: לָמַדְנוּ לִקְטֹורֶת שֶׁמְּכַפֶּרֶת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּתֵּן אֶת הַקְּטֹורֶת וַיְכַפֵּר עַל הָעָם״, וְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: עַל מַה קְטֹורֶת מְכַפֶּרֶת — עַל לָשׁוֹן הָרַע. יָבֹא דָּבָר שֶׁבַּחֲשַׁאי, וִיכַפֵּר עַל מַעֲשֵׂה חֲשַׁאי.

Et la ketoret expie ? Oui, car Rabbi 'Hananya a enseigné : nous avons appris de la ketoret qu'elle expie, ainsi qu'il est dit « et il mit la ketoret et il expia pour le peuple » (Nb 17,12).

Et l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : pour quoi la ketoret expie-t-elle ? Pour le lachon hara (la médisance).

Que vienne une chose (accomplie) en secret et qu'elle expie un acte (accompli) en secret.

📜 Rachi (1)
עַל לָשׁוֹן הָרָע כִּי הַהִיא דְּקֹרַח לָשׁוֹן הָרַע הֲוָה דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י״ז:ו׳) אַתֶּם הֲמִיתֶּם אֶת עַם ה' וּסְתָם לָשׁוֹן הָרַע בַּחֲשַׁאי הוּא:
Pour le lachon hara - car l'affaire de Korah fut du lachon hara, comme il est écrit « c'est vous qui avez fait mourir le peuple de l'Éternel » (Nb 17,6) ; et le lachon hara, ordinairement, se dit en secret.
💡 Explication

Objection incidente, mais de fond : le vocabulaire de la kapara (expiation) appartient normalement aux korbanot, aux offrandes du sang. Un encens qui expie -- est-ce une catégorie réelle ? La guemara répond par un verset narratif : lors de la révolte de Korah, Aharon prend l'encens, court entre les vivants et les morts, et le fléau s'arrête. L'Écriture y écrit textuellement vayekhaper al ha-am.

L'école de Rabbi Yichmael précise la spécialité de cette expiation : le lachon hara. Le raisonnement est de mesure pour mesure, et il est parfait : la médisance est l'acte be-hashai par excellence -- on la murmure à l'écart, jamais devant celui qu'elle vise. Que l'expie donc le service le plus discret du Temple, celui qui se fait dans un sanctuaire évacué de toute présence humaine. Rachi ferme la boucle : l'affaire de Korah était bien du lachon hara, puisque l'accusation portée contre Moche et Aharon fut « c'est vous qui avez fait mourir le peuple de l'Éternel ».

🖼️ Schéma
Le secret répare le secret Le principe de mesure pour mesure applique à la ketoret LA FAUTE le lachon hara la médisance se dit à voix basse, à l'écart, jamais devant l'intéressé expie LE REMÈDE la ketoret l'encens brûlée à l'abri des regards, dans un sanctuaire évacué Que vienne une chose faite en secret et qu'elle expie un acte fait en secret -- école de Rabbi Yichmael Preuve de texte : lors de la révolte de Korah, Aharon prend l'encens et arrête le fléau (Nb 17,12) -- et Rachi rappelle que la faute était bien du lachon hara : c'est vous qui avez fait mourir le peuple de l'Éternel.
Mesure pour mesure : le service le plus secret répare la faute la plus secrète.
6
תְּנַן הָתָם: פּוֹרְשִׁין מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ בִּשְׁעַת הַקְטָרָה. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהֵיכָל, אֲבָל בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי לִפְנִים — מֵהֵיכָל פָּרְשִׁי, מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ לָא פָּרְשִׁי.

Nous avons appris là-bas (dans une michna) : on se retire de l'espace entre le Oulam et l'autel au moment de l'encensement. Rabbi Elazar a dit : on n'a enseigné cela qu'au moment de l'encensement du Heikhal ; mais au moment de l'encensement du Saint des Saints (lifnai ve-lifnim), c'est du Heikhal que l'on se retire -- de l'espace entre le Oulam et l'autel, on ne se retire pas.

📜 Rachi (3)
מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ מִכָּל אֲוִיר כ"ב אַמּוֹת שֶׁבֵּינֵיהֶם:
De l'espace entre le Oulam et l'autel - de tout l'espace de vingt-deux coudées qui les sépare.
ל"ש אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהֵיכָל דְּמִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי שַׁחֲרִית וְעַרְבִית שֶׁהֲרֵי סָמוּךְ לוֹ:
On n'a enseigné cela qu'au moment de l'encensement du Heikhal - (celui) de l'autel intérieur, matin et soir, puisque (cet espace) lui est contigu.
אֲבָל בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי וְלִפְנִים מֵהֵיכָל שֶׁהוּא סָמוּךְ לוֹ פָּרְשִׁי אֲבָל מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ שֶׁהוּא מְרֻוחָק לָא פָּרְשִׁי:
Mais au moment de l'encensement du Saint des Saints - du Heikhal, qui lui est contigu, on se retire ; mais de l'espace entre le Oulam et l'autel, qui en est éloigné, on ne se retire pas.
⚖️ Rosh (1)
(דַּף כֹּח.) וּכְשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד דְּהַייְנוּ מִשֶּׁהֵאִיר הַמִּזְרָח מוֹרִידִין כֹּהֵן גָּדוֹל לְבֵית הַטְּבִילָה (דַּף ל.) וּפָרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם (דַּף לא:) וּכְדֵי שֶׁיַּכִּיר שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם בְּבִגְדֵי בוּץ פֵּרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ. (דַּף ל.) וּטְבִילָה זוֹ הָיְתָה בִּמְקוֹם חוֹל שֶׁאֵינָהּ בָּאָה לְחוֹבַת הַיּוֹם שֶׁאַף בְּכָל בֹּקֶר צָרִיךְ כָּל אָדָם לִטְבֹּול הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה לַעֲבוֹדָה. פָּשַׁט בְּגָדָיו וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג. (דַּף לא:) הֵבִיאוּ לוֹ בִּגְדֵי זָהָב וְלָבַשׁ וְקִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו (דַּף מג:) מִקִּיתוֹן שֶׁל זָהָב וְלֹא הָיָה כָּאן קִידּוּשׁ בִּפְשִׁיטָה לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי חוֹל וְקַייְמָא לָן דִּתְרֵי קִדּוּשֵׁי חַד אַפְּשִׁיטָה וְחַד אַלְּבִישָׁה. (דַּף לא:) וְאִם הָיָה זָקֵן אוֹ אִיסְטְנִיס שֶׁהַקֹּור הָיָה מַזִּיק לוֹ מְחַמִּין לוֹ חַמִּין מֵעֶרֶב [יוה"כ] וּמְטִילִין לְתוֹךְ הַצּוֹנֵן (דַּף לד:) אוֹ הָיוּ מְחַמִּין חֲתִיכוֹת שֶׁל בַּרְזֶל מֵאֶתְמוֹל וְנוֹתְנִין אוֹתָן הַיּוֹם בְּמַיִם לְחַמְּמָן. אע"פ שֶׁהוּא מְצָרֵף וְאָסוּר מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ שֶׁהוּא גְּמַר מְלֶאכֶת הַבַּרְזֶל לְחָתְכוֹ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לְכָךְ אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת וְאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ. (דַּף לא:) וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת הַתָּמִיד וְקִבֵּל גַּם הוּא אֶת דָּמוֹ וְגוֹמֵר כָּל עֲבוֹדוֹת כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים בְּבִגְדֵי זָהָב עִם הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּהֵיכָל הֲטָבַת הַנֵּרוֹת וּמִנְחַת חָבִיתִין. (דַּף לד:) אח"כ בָּא לְבֵית הַפַּרְוָה וְהָיָה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ. וּפֵרְשׁוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם וְקָדַשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי קֹדֶשׁ. וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג וְלָבַשׁ בִּגְדֵי לָבָן שָׁוִין י"ח מָנֶה אוֹ יוֹתֵר אוֹ פָּחוֹת רַק שֶׁיִּהְיוּ טוֹבִים יוֹתֵר מֵאוֹתָם שֶׁלָּבַשׁ בָּעֶרֶב. וּבֵין שְׁנֵיהֶם יֵשׁ לָהֶם לִהְיוֹת שָׁוִים ל' מָנֶה וְאִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף בְּשֶׁל בֹּקֶר טְפֵי מי"ח מָנֶה וְלִגְרֹועַ בְּשֶׁל עָרֵב מי"ב מָנֶה אוֹ אִיפְּכָא הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ רַק שֶׁיִּהְיֶה שֶׁל הַבָּקָר טוֹבִים יוֹתֵר וְיִהְיֶה בֵּין שְׁנֵיהֶם ל' מָנֶה. וְאֵלּוּ יֵשׁ לוֹ מִשֶּׁל צִבּוּר אֲבָל אִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף מִשֶּׁלּוֹ יוֹסִיף כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה. [וְקִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו] (דַּף לה:) וּבָא לוֹ אֵצֶל פָּרוֹ וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן צְפוֹנִית מַעֲרָבִית שֶׁל הַמִּזְבֵּחַ בָּאֲוִיר שֶׁבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ כְּנֶגֶד הַמִּזְבֵּחַ מַמָּשׁ אֶלָּא מָשׁוּךְ לְצַד צָפוֹן. (דַּף לוֹ.) וְהָיוּ מֻוקָּמִים רֹאשׁ הַפָּר שֶׁבָּא רֹאשׁוֹ לְצַד דָּרוֹם וּפָנָיו לַמַּעֲרָב. וְלֹא הָיוּ מַעֲמִידִין אוֹתוֹ לְהֶדְיָא רֹאשׁוֹ לַמַּעֲרָב וַאֲחוֹרָיו לַמִּזְרָח שֶׁמָּא יְרַבֵּץ גְּלָלִים וְזֶה יִהְיֶה גְּנַאי לַמִּזְבֵּחַ. וְהַכֹּהֵן עוֹמֵד בַּמִּזְרָח וּפָנָיו לַמַּעֲרָב וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר אָנָא הַשֵּׁם חָטָאתִי עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי אֲנִי וּבֵיתִי (שָׁם:) כַּחֲכָמִים. וִידּוּי רִאשׁוֹנָה לֹא הָיָה מִתְוַדֶּה אֶלָּא עָלָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ. אָנָא הַשֵּׁם כַּפֶּר נָא לָעֲוֹנוֹת וְכוּ'. וּבִירֻושַּׁל' יֵשׁ בְּהַזְכָּרַת הַשֵּׁם שְׁנִיָּה בְּוִידּוּי הָיָה אוֹמֵר אָנָּא בְּשֵׁם בְּבֵי"ת: (דַּף לז.) וּבָא לוֹ לְמִזְרַח הָעֲזָרָה לְהַגְרִיל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא שֶׁיִּהְיֶה בָּעֲזָרָה. (דַּף לט.) וּסְגָן בִּימִינוֹ וְרֹאשׁ בֵּית אָב בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף סב.) וְשָׁם שְׁנֵי שְׂעִירִים שָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה וְהָיָה לְקִיחָתָם כְּאֶחָד וְכָל זֶה אֵינוֹ מְעַכֵּב שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה. (דַּף לט.) וְקַלְפִּי הָיָה שָׁם [שֶׁל עֵץ וּמַחֲזִיק ב' יָדַיִם] וּבָהּ שְׁנֵי גּוֹרָלוֹת הָאֶחָד חָקוּק בּוֹ לְשֵׁם וְהַשֵּׁנִי לַעֲזָאזֵל. וְהֵם כְּשֵׁרִים מִכָּל דָּבָר וְטוֹרֵף יָדָיו בַּקַּלְפִּי בְּעִנְיָן שֶׁלֹּא יוּכַל לְכַוֵּין אֵיזֶה שֶׁל שֵׁם וְאֵיזֶה שֶׁל עֲזָאזֵל. וְהֶעֱלָה בְּכָל יַד גּוֹרָל אֶחָד [לְשֵׁם שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים] אִם שֶׁל שֵׁם עָלָה בִּימִינוֹ הַסְּגָן אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת יְמִינְךָ. וְאִם בִּשְׂמֹאלוֹ עָלָה בֵּית אָב אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת שְׂמֹאלֶךָ. וּנְתָנָן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים וְאָמַר לָהּ' חַטָּאת וְאִם לֹא נָתַן הַגּוֹרָלוֹת עַל הַשְּׂעִירִים רַק שֶׁהֶעֱלָה וְיָדַע אֵיזֶהוּ עָלָה בִּימִינוֹ וְאֵיזוֹ בִּשְׂמֹאלוֹ לֹא עִיכֵּב. (דַּף מא:) קָשַׁר לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית [מִשְׁקַל שְׁתֵּי סְלָעִים] בְּרֹאשׁ שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְהֶעֱמִידוֹ בַּשַּׁעַר הַמִּזְרָחִי בְּמָקוֹם שֶׁמּוֹצִיאִין אוֹתוֹ לְשַׁלְּחוֹ וְלַנִּשְׁחָט הָיָה קוֹשֵׁר לָשׁוֹן אֶחָד בְּצַוָּארוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְעָרֵב לֹא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְלֹא בִּשְׁאָר שְׂעִירִים וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כְּתִיב אַף שָׂעִיר שֶׁל שֵׁם יַעֲמִידֶנּוּ כְּנֶגֶד בֵּית שְׁחִיטָתוֹ וְתֵימַהּ דִּבְהֶדְיָא בַּגְּמָרָא מַסִּיק דְּאַקְּשִׁירָה קָאֵי. וּבָא לוֹ אֵצֶל פַּר שְׁנִיָּה וְהִתְוַדָּה עָלָיו וְעַל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיָּבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב לְכָךְ הָיָה מִתְוַדֶּה תְּחִלָּה עָלָיו לְבַדּוֹ שֶׁיִּהְיֶה זַכַּאי. (דַּף מג:) שְׁחָטוֹ וְקִבֵּל דָּמוֹ בַּמִּזְרָק וּנְתָנוֹ לְמִי שֶׁהוּא מְמָרֵס שֶׁלֹּא יִקְרֹושׁ. וְהַמְמָרֵס הָיָה עוֹמֵד עַל הַשּׁוּרָה הָרְבִיעִית שֶׁל הָרִצְפָּה שֶׁל עֲזָרָה שֶׁמִּן הַהֵיכָל וְלַחוּץ. וְנָטַל מַחְתָּה מִזָּהָב אָדֹום שֶׁמַּחֲזֶקֶת שְׁלֹשָׁה קַבִּין וְהָיְתָה דַּקָּה הַרְבֵּה וְהָיָה לָהּ בֵּית יָד אָרֹוךְ שֶׁמַּגִּיעָהּ תַּחַת זְרוֹעוֹ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא זְרוֹעוֹ מְסַיַּיעְתּוֹ. וְהָיָה לָהּ נִישְׁתֹּוק ופרש"י טַבַּעַת שֶׁיִּשְׁמַע קוֹלוֹ בְּבוֹאוֹ. וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' נַרְתִּיק שֶׁהָיָה לָהּ כְּמוֹ נַרְתִּיק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּווֶה כְּשֶׁהִיא מִתְחַמֶּמֶת מִן הַגֶּחָלִים. וְעוֹלָה בְּאֶמְצָעוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְחוֹתֶה מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ שֶׁכָּלְתָה מֵעֲלֵיהֶן הַשַּׁלְהֶבֶת. וְיָרַד וְהִנִּיחָהּ עַל הָרִצְפָּה בָּעֲזָרָה. (דַּף מז.) וְהוֹצִיאוּ לוֹ מַחְתָּה מְלֵיאָה קְטֹרֶת שֶׁהֶחֱזִירוּ אוֹתָהּ עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לְמַכְתֶּשֶׁת וּשְׁחָקוּהָ הַדַּק כְּדֵי שֶׁתְּהֵא דַּקָּה מִן הַדַּקָּה וְחָפַן מִמֶּנָּה מְלֹא חָפְנָיו שֶׁל כֹּהֵן לְפִי שֶׁהָיוּ מַחֲזִיקִין חָפְנָיו (דַּף מח.) לֹא מְחוּקוֹת וְלֹא גְּדוּשׁוֹת אֶלָּא טְפוּפוֹת. וְהֵרִיקָה מִתּוֹךְ חָפְנָיו לְתוֹךְ כַּף אַחַת וְלָקַח הַמַּחְתָּה שֶׁהָיוּ בָּהּ הַגֶּחָלִים בִּימִינוֹ וְהַכַּף שֶׁל הַקְּטֹרֶת בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף נא:) וְהָלַךְ בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל הֵיכָל בֵּין מִזְבֵּחַ וְלַמְנוֹרָה עַד שֶׁהִגִּיעַ לִשְׁתֵּי הַפָּרֹוכֹת הַמַּבְדִּילוֹת בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים בִּמְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין שֶׁהָיְתָה בְּבַיִת רִאשׁוֹן. וְהַחִיצוֹנָה הָיְתָה פְּתוּחָה בַּדָּרוֹם וְהַפְּנִימִית בַּצָּפוֹן. אע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר שֶׁלֹּא הָיָה שָׁם אֶלָּא פָּרֹוכֶת אַחַת בְּהָא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה שֶׁאוֹמֵר שְׁתַּיִם הָיוּ דַּהֲוָה לֵיהּ מַחֲלֹוקֶת וְאַחַ"כּ סְתָם שֶׁלְּאַחַר הַמַּחֲלֹוקֶת שׁוֹנֶה (דַּף נב:) הַחִיצוֹנָה פְּרוּפָה מִן הַדָּרוֹם וְעוֹד דְּר' חֲנִינָא סָבַר כְּרַבִּי יְהוּדָה לְקַמָּן דְּאָמַר בְּצַד צָפוֹן הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא. וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה מֵאוֹתָהּ מִשְׁנָה (דַּף נח:) הִתְחִיל מְחַטֵּא וְיוֹרֵד מֵהֵיכָן הָיָה מַתְחִיל מִקֶּרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י דְּסָבַר דְּפִתְחָהּ בַּצָּפוֹן קָאֵי וַאֲפִילּוּ לְפֵירוּשׁ רָשׁ""י הַהִיא מִשְׁנָה אָתְיָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְר' עֲקִיבָא פְּלִיג עָלֶיהָ בַּבָּרַיְיתָא וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ. (דַּף נב:) וְהָיָה מְהַלֵּךְ בֵּינֵיהֶם עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַצָּפוֹן וְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁדּוֹחֵק בַּאֲצִילֵי יָדָיו שֶׁלֹּא יִשָּׂרֵף הַפָּרֹוכֶת. כְּשֶׁהִגִּיעַ לַצָּפוֹן הָפַךְ פָּנָיו לַדָּרוֹם כְּדֵי שֶׁתְּהֵא יְמִינוֹ לְצַד הָאָרוֹן וְהָלַךְ עַד שֶׁהִגִּיעַ כְּנֶגֶד הָאָרוֹן וְנָתַן הַמַּחְתָּה שֶׁל אֵשׁ בֵּין שְׁנֵי הַבַּדִּים. (דַּף נג:) וּלְאַחַר שֶׁנִּיטַּל הָאָרוֹן נִתְּנָה לְאֶבֶן שְׁתִיָּה שֶׁהָיְתָה שָׁם וְהָיְתָה גְּבוֹהָה מִן הָאָרֶץ שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת. וְחָפַן הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּכַּף לְתוֹךְ חָפְנָיו וְצָבַר הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים. (דַּף נג.) וְנִזְהָר שֶׁלֹּא יִתֵּן הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי הָאֵשׁ עַד שֶׁהִכְנִיסוֹ לִפְנַי וְלִפְנִים לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִים שֶׁאוֹמְרִים שֶׁנּוֹתֵן בַּהֵיכָל וְנִכְנַס בֶּעָנָן עֲשַׁן הַקְּטֹרֶת. (דַּף נב:) וְהָיָה מַתְחִיל לְצַד פָּנִים שֶׁהוּא חוּצָה לוֹ שֶׁאִם מַתְחִיל אֶצְלוֹ נִמְצָא הֶעָשָׁן עוֹלֶה מִיָּד וּזְרוֹעוֹ נִכְוֶוה. וְנִתְמַלֵּא הַבַּיִת עָשָׁן וְהִנִּיחַ שָׁם הַכַּף וְהַמַּחְתָּה וְיוֹצֵא דֶּרֶךְ כְּנִיסָתוֹ שֶׁהָיוּ פָּנָיו לָאָרוֹן. וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כָּתוּב טִמְטֵם עֵינָיו וְיָצָא וְאֵין זֶה בַּגְּמָרָא אַדְּרַבָּה מִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ. וְהָכִי אִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי עַד שֶׁלֹּא נִיטַּל הָאָרוֹן הָיָה נִכְנָס וְיוֹצֵא לְאוֹרוֹ שֶׁל אָרוֹן מִשֶּׁנִּיטַּל הָאָרוֹן הָיָה מְגַשֵּׁשׁ וְנִכְנָס מְגַשֵּׁשׁ וְיוֹצֵא. (שָׁם: נג:) וְהָיָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בַּהֵיכָל שֶׁתְּהֵא הַשָּׁנָה כְּתִקְנָהּ. וְלֹא הָיָה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ שֶׁלֹּא לְהַבְעִית אֶת הָעָם הַמְצַפִּים לְצֵאתוֹ. (דַּף נג:) וְנָטַל אֶת הַדָּם מִמִּי שֶׁהָיָה מְמָרֵס וְנִכְנַס לִפְנַי וְלִפְנִים וְעָמַד בֵּין הַבַּדִּים וְהִזָּה אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כְּנֶגֶד הַכַּפֹּורֶת. וְאֵין צָרִיךְ שֶׁיַּגִּיעַ בַּכַּפֹּורֶת אֶלָּא כְּמַצְלִיף. וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י כְּסִדְרָן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְהַתּוֹסָפוֹת מְפָרְשִׁין שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לְכַוֵּין שֶׁיִּהְיוּ כְּסִדְרָן אֶלָּא בְּאַחַת שֶׁל מַעְלָה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַעְלָה. וּבְשֶׁבַע שֶׁל מַטָּה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַעְלָה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַטָּה. וְכָךְ הָיָה מוֹנֶה. אַחַת. אַחַת וְאַחַת. אַחַת וּשְׁתַּיִם וְכוּ'. יָצָא וְהִנִּיחַ הַמִּזְרָק שֶׁל הַדָּם עַל הַכֵּן שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְשָׁחַט אֶת הַשָּׂעִיר וְעָשָׂה מִדָּמוֹ לִפְנִים כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְיָצָא וְהִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר עַל כֵּן שֵׁנִי שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְנָטַל דַּם הַפָּר מִן הָכֵן שֶׁהִנִּיחַ עָלָיו וְהִזָּה מִמֶּנּוּ כְּנֶגֶד כָּל הַפָּרֹוכֶת בְּמָקוֹם שֶׁמְּכַווֵּן כְּנֶגֶד הָאָרוֹן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בִּפְנִים וְאָח""כ מִדַּם הַשָּׂעִיר עַל הַפָּרֹוכֶת כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר. וְלֹא הָיוּ הַדָּמִים נוֹגְעִים בַּפָּרֹוכֶת. וְאָח""כ עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ הַמִּזְרָק שֶׁבּוֹ דַּם הַשָּׂעִיר וְחוֹזֵר וּמֵרִיק מִמִּזְרָק הַמָּלֵא לְתוֹךְ הָרֵיקָן כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְעֹורָב יָפֶה יָפֶה. (דַּף נח:) וְיוֹצֵא לְצַד מִזְרָח עַד שֶׁעָבַר מִזְבַּח הַזָּהָב כֻּולּוֹ. וְנָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת עַל אַרְבַּע קַרְנוֹתָיו וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית וְנָתַן כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּפִתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי וְנִמְצָא שֶׁפָּגַע בְּקֶרֶן דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית וְשָׁם לֹא הָיָה יָכוֹל לְהַתְחִיל שֶׁהָיָה צָרִיךְ שֶׁיֵּצֵא לַמִּזְרָח עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַמִּזְבֵּחַ לְכָךְ הָיָה נוֹתֵן תְּחִלָּה בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית מַעֲרָבִית צְפוֹנִית צְפוֹנִית מִזְרָחִית. וְלֹא הָיָה מַקִּיף הַמִּזְבֵּחַ בְּרַגְלָיו אֶלָּא עוֹמֵד הַכֹּל בְּמָקוֹם אֶחָד וּמַקִּיף בְּיָדוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי פְּלִיג בְּהָא בַּבָּרַיְיתָא. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ שֶׁאוֹמֵר שֶׁמַּקִּיף בְּיָדָיו. וְעוֹד דר' אֶלְעָזָר סָבַר כְּוָותֵיהּ. וּבַג' הַקְּרָנוֹת שֶׁאֵינָן לְפָנָיו הָיָה מַתְחִיל בְּאֶצְבָּעוֹ לִיתֵּן לְמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ כְּלַפֵּי מַעְלָה וּבְקֶרֶן שֶׁלְּפָנָיו מַתְחִיל מִלְמַעְלָה וּמוֹשֵׁךְ וְיוֹרֵד כְּלַפֵּי מַטָּה. שֶׁאִם הָיָה מַתְחִיל מִלְּמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ לְמַעְלָה הָיָה הַדָּם זָב וְיוֹרֵד עַל גַּב יָדוֹ. וּבְמָקוֹם שֶׁגָּמַר הַהַזָּאָה דְּהַיְינוּ בְּקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית הָיָה חוֹתֶה הַגֶּחָלִים שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ אֵילָךְ וְאֵילָךְ וּמִזֶּה עָלָיו שֶׁבַע פְּעָמִים וְהַנִּשְׁאָר לוֹ מִן הַדָּם יִשְׁפֹּוךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן. (דַּף מג: מד.) וְצָרִיךְ שֶׁלֹּא יִהְיֶה שׁוּם אָדָם בַּהֵיכָל כָּל זְמַן שֶׁעוֹבֵד אֵלּוּ הָעֲבוֹדוֹת. בֵּין שֶׁל הֵיכָל בֵּין שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים. אֲבָל מִבֵּין הָאוּלָם וְהַמִּזְבֵּחַ אֵין צְרִיכִין לִפְרוֹשׁ בִּשְׁעַת עֲבוֹדוֹת שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בְּשֶׁל הֵיכָל. (דַּף ס.) וְאִם שִׁינָּה בְּזֶה הַסֵּדֶר לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. וְאִם הִקְדִּים בַּהֵיכָל דַּם הַשָּׂעִיר לְדַם הַפָּר יַחְזֹור וְיַזֶּה מִדַּם הַשָּׂעִיר. הִלְכָּךְ אִם נִתְעָרֵב לוֹ מִזְרָק שֶׁל דַּם הַפָּר בְּשֶׁל שָׂעִיר יִתֵּן מִשְּׁנֵי הַמִּזְרָקוֹת שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים שֶׁאִם הָרִאשׁוֹן שֶׁל פָּר הָוֵי הָאַחֲרוֹן כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ. וְאִם הוּא שֶׁל שָׂעִיר הֲרֵי הוּא כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ וְיוֹצֵא בִּשְׁנַיִם הָאַחֲרוֹנִים. וְאִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַפָּר קֹודֶם שֶׁגָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים יָבִיא פַּר אַחֵר וּקְטֹרֶת אַחֶרֶת וְיַעֲשֶׂה כְּכָל הַסֵּדֶר הַכָּתוּב לְעֵיל. אֲבָל אִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַשָּׂעִיר קֹודֶם שֶׁנָּתַן מִמֶּנּוּ בִּפְנִים אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא אֶלָּא שָׂעִיר אַחֵר כֵּיוָן שֶׁכְּבָר עָשָׂה מַתְּנוֹת הַפָּר וְהַקְּטֹרֶת כְּהִלְכָתָם. וְאִם גָּמַר מַתָּנוֹת הַפְּנִימִית וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּהֵיכָל. וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּמִּזְבֵּחַ וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ וְנִשְׁפַּךְ. שִׁירַיִים לָא מְעַכְּבִי. וְכָל הַדִּין הַנּוֹהֵג בְּדָמוֹ שֶׁל שָׂעִיר אִם נִשְׁפַּךְ כָּךְ הוּא דִּינוֹ אִם יָמוּת חֲבֵירוֹ הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁבְּאֵיזֶה שָׁעָה שֶׁיָּמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִדְחֶה הַדָּם:
(f. 28a) Et lorsque vint le moment de l'abattage du tamid, c'est-à-dire dès que l'orient s'éclaira, on fait descendre le Cohen gadol vers le lieu d'immersion. (f. 30a) Et l'on étendit un drap de bouts (lin) entre lui et le peuple. (f. 31b) Et afin qu'il sache que le service du jour se fait en vêtements de bouts, on étendit un drap de bouts. (f. 30a) Cette immersion se faisait en lieu profane, car elle ne relève pas de l'obligation propre au jour : tous les matins déjà, quiconque entre dans la azara pour le service doit s'immerger. Il ôta ses vêtements, s'immergea, remonta et s'essuya. (f. 31b) On lui apporta les vêtements d'or, il les revêtit, et il sanctifia ses mains et ses pieds (f. 43b) avec un pichet d'or. Il n'y eut pas ici de kidouch au moment de se dévêtir, puisqu'il ôtait des vêtements profanes -- et nous tenons pour établi qu'il y a deux kidouchim, un pour le dévêtir et un pour le revêtir. (f. 31b) Et s'il était âgé, ou de constitution délicate (istenis) à qui le froid nuisait, on lui chauffait de l'eau la veille de Yom Kippour et on la versait dans l'eau froide ; (f. 34b) ou bien l'on chauffait des morceaux de fer la veille et on les mettait le jour même dans l'eau pour la réchauffer. Bien que cela trempe le métal (metsaref) et soit interdit au titre de make bepatich -- lequel est l'achèvement du travail du fer, sa mise en forme -- puisqu'il n'en a pas l'intention, ce n'est là qu'une chevout (interdit rabbinique), et il n'y a pas de chevout au Temple. (f. 31b) Ensuite il abattit le tamid, en recueillit lui aussi le sang, et accomplit tous les services dans l'ordre de tous les jours, en vêtements d'or, avec l'encens du Heikhal, l'entretien des lampes (hatavat hanérot) et la minhat havitin. (f. 34b) Ensuite il vint au Beit haParva, qui se trouvait en lieu saint. On étendit un drap de bouts entre lui et le peuple, et il sanctifia ses mains et ses pieds, puisqu'il ôtait des vêtements sacrés. Il s'immergea, remonta, s'essuya, et revêtit les vêtements blancs, valant dix-huit maneh, ou plus, ou moins -- pourvu qu'ils soient meilleurs que ceux qu'il revêtira le soir. Et l'ensemble des deux doit valoir trente maneh ; et s'il veut ajouter à ceux du matin au-delà de dix-huit maneh et retrancher à ceux du soir en deçà de douze, ou l'inverse, il en a le droit -- pourvu que ceux du matin soient les meilleurs et que le total des deux fasse trente maneh. Cela vaut de ce qui provient du public ; mais s'il veut ajouter de son propre bien, il ajoutera autant qu'il voudra. [Et il sanctifia ses mains et ses pieds.] (f. 35b) Et il vint auprès de son taureau, lequel se tenait à l'angle nord-ouest de l'autel, dans l'espace situé entre le Oulam et l'autel, exactement face à l'autel mais décale vers le nord. (f. 36a) Et l'on disposait la tête du taureau de sorte que sa tête vienne du côté sud et sa face vers l'ouest. On ne le plaçait pas tout droit, la tête à l'ouest et l'arrière à l'est, de peur qu'il ne dépose des excréments, ce qui serait une indignité envers l'autel. Et le cohen se tient à l'est, la face vers l'ouest, pose ses deux mains sur lui et confesse. Et voici ce qu'il disait : de grâce, ô Nom, j'ai fauté, j'ai commis l'iniquité, j'ai transgressé, moi et ma maison (ibid.) -- selon les Sages. Le premier viddouy ne portait que sur lui et les gens de sa maison : de grâce, ô Nom, expie donc les fautes, etc. Et dans le Yerouchalmi il est dit qu'à la seconde mention du Nom dans le viddouy, il disait ana beChem, avec un beit. (f. 37a) Et il vint à l'est de la azara pour tirer au sort, car il faut seulement que ce soit dans la azara. (f. 39a) Le segan à sa droite et le chef de la maison paternelle à sa gauche. (f. 62a) Et il y avait là deux boucs identiques d'aspect et de taille, dont l'acquisition se faisait d'un seul coup -- tout cela n'étant pas indispensable mais relevant seulement de la mitsva. (f. 39a) Et il y avait là une kalpi [de bois, contenant les deux mains], où se trouvaient deux sorts, l'un gravé laChem et l'autre laAzazel ; ils sont valides en toute matière. Il agite ses mains dans la kalpi de manière à ne pouvoir viser lequel est laChem et lequel laAzazel, et il remonta dans chaque main un sort [pour les deux boucs]. Si celui de Chem monta dans sa droite, le segan lui dit : lève ta droite ; et s'il monta dans sa gauche, le chef de la maison paternelle lui dit : lève ta gauche. Il les posa sur les deux boucs et dit : laChem, hatat. Et s'il n'a pas posé les sorts sur les boucs mais les a seulement remontés en sachant lequel monta dans sa droite et lequel dans sa gauche, cela n'empêche pas. (f. 41b) Il noua un fil d'écarlate [du poids de deux selaim] à la tête du bouc envoyé et le plaça à la porte orientale, à l'endroit d'où on le fait sortir pour l'envoyer ; et pour celui qui devait être abattu, il nouait un autre fil à son cou, afin qu'il ne se mélange ni au bouc envoyé ni aux autres boucs. Et dans [le piyout] Ata Konanta il est écrit que même le bouc de Chem, on le place face au lieu de son abattage -- ce qui est étonnant, car la guemara conclut explicitement que cela se rapporte au nouage. Et il vint auprès du second taureau et confessa sur lui et sur ses frères les cohanim ; car il faut que vienne l'innocent et qu'il expie pour le coupable -- c'est pourquoi il confessait d'abord sur lui seul, afin d'être innocent. (f. 43b) Il l'abattit, recueillit son sang dans un mizrak et le remit à celui qui le brassait (memares), afin qu'il ne se coagule pas. Et le memares se tenait sur la quatrième rangée du dallage de la azara, à compter du Heikhal vers l'extérieur. Et il prit un encensoir d'or rouge, contenant trois kabin, très fin, muni d'un long manche parvenant sous son bras afin que son bras le soutienne. Et il avait un nichtok : Rachi explique un anneau, dont on entendait le son à son arrivée ; et Rabbenou Hananel explique un étui qu'il avait, comme une gaine, pour qu'il ne se brûle pas lorsqu'il chauffe à cause des braises. Et il monte au milieu de l'autel, ratisse un plein encensoir de braises dont la flamme s'est éteinte, descend et le pose sur le dallage de la azara. (f. 47a) Et on lui sortit un encensoir plein d'encens que l'on avait remis la veille de Yom Kippour au mortier et pilé finement, afin qu'il soit le plus fin du fin ; et il en prit une pleine poignée, à la mesure de ses propres mains, (f. 48a) ni rasée ni comblée, mais bombée. Et il le versa de ses mains dans une cuiller (kaf), prit dans sa droite l'encensoir où étaient les braises et dans sa gauche la cuiller d'encens. (f. 51b) Et il alla par le sud du Heikhal, entre l'autel et la menora, jusqu'à parvenir aux deux parokhot qui séparent le Saint du Saint des Saints, à l'emplacement de la amma teraksin qui existait dans le premier Temple. Et l'extérieure était ouverte au sud et l'intérieure au nord. Bien que Rabbi Yossi tienne qu'il n'y avait là qu'une seule parokhet, la halakha suit ici Rabbi Yehouda qui dit qu'il y en avait deux, car c'est un cas de mahloket suivie d'une michna anonyme (setam) enseignée après la mahloket : (f. 52b) l'extérieure est repliée au sud. Et en outre Rabbi Hanina tient comme Rabbi Yehouda plus loin, lorsqu'il dit qu'il se tenait du côté nord et faisait les aspersions. Et l'on ne peut apporter de preuve de cette michna (f. 58b) : il commença à asperger et descendit -- d'où commençait-il ? De l'angle nord-est ; et Rachi explique qu'il tient que l'ouverture était au nord. Or même selon l'explication de Rachi, cette michna suit Rabbi Yossi HaGuelili, et Rabbi Akiva le contredit dans une beraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue. (f. 52b) Et il marchait entre elles jusqu'à parvenir au nord ; et il est dit dans le Yerouchalmi qu'il pousse avec ses coudes pour ne pas brûler la parokhet. Parvenu au nord, il tourna sa face vers le sud, afin que sa droite soit du côté de l'arche, et marcha jusqu'à se trouver face à l'arche, et déposa l'encensoir de feu entre les deux barres. (f. 53b) Et après que l'arche eut été cachée, il le posait sur la even chetiya qui se trouvait là, haute de trois doigts au-dessus du sol. Et il prit à pleines mains l'encens qui était dans la cuiller et amoncela l'encens sur les braises. (f. 53a) Et il veillait à ne pas mettre l'encens sur le feu avant de l'avoir introduit dans le lieu le plus intérieur, afin de réfuter la thèse des Tsedoukim, qui disent qu'il le met dans le Heikhal et entre dans la nuée de la fumée de l'encens. (f. 52b) Et il commençait du côté intérieur, qui est le plus éloigné de lui, car s'il commençait près de lui, la fumée monterait aussitôt et son bras se brûlerait. Et la maison se remplit de fumée ; il y déposa la cuiller et l'encensoir et sortit par le chemin de son entrée, la face tournée vers l'arche. Et dans Ata Konanta il est écrit qu'il ferma les yeux et sortit ; or cela ne figure pas dans la guemara -- au contraire, il ressort du Yerouchalmi que ce n'est pas nécessaire. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : tant que l'arche n'avait pas été cachée, il entrait et sortait à la lumière de l'arche ; une fois l'arche cachée, il entrait à tâtons et sortait à tâtons. (ibid. 53b) Et il faisait une courte prière dans le Heikhal, pour que l'année soit comme il convient. Et il ne prolongeait pas sa prière, afin de ne pas effrayer le peuple qui guettait sa sortie. (f. 53b) Et il prit le sang des mains de celui qui le brassait, entra dans le lieu le plus intérieur, se tint entre les barres et aspergea une fois vers le haut et sept fois vers le bas, face au kapporet. Et il n'est pas nécessaire qu'il atteigne le kapporet, mais [qu'il asperge] comme celui qui fouette (kematslif). Et Rachi explique : dans l'ordre, une en haut et sept en bas. Et les Tossefot expliquent qu'il n'avait pas besoin de viser à ce qu'elles soient dans l'ordre, mais que pour celle du haut il inclinait le dos de sa main vers le bas et aspergeait vers le haut, et pour les sept du bas il inclinait le dos de sa main vers le haut et aspergeait vers le bas. Et ainsi comptait-il : une ; une et une ; une et deux, etc. Il sortit et posa le mizrak du sang sur le support (ken) qui se trouvait dans le Heikhal. Et il abattit le bouc et fit de son sang à l'intérieur comme il avait fait du sang du taureau : une en haut et sept en bas. Et il sortit et posa le sang du bouc sur un second support qui se trouvait dans le Heikhal. Et il prit le sang du taureau sur le support où il l'avait posé, et en aspergea face à toute la parokhet, à l'endroit qui vise l'arche, une en haut et sept en bas, comme il avait fait à l'intérieur ; et ensuite du sang du bouc sur la parokhet, comme il avait fait du sang du taureau. Et les sangs ne touchaient pas la parokhet. Et ensuite il versa le sang du taureau dans le mizrak où était le sang du bouc, puis reversa du mizrak plein dans le vide, afin que le mélange soit parfaitement homogène. (f. 58b) Et il sort vers l'est jusqu'à avoir dépassé tout l'autel d'or, et donna quatre applications sur ses quatre cornes ; et il se tenait à l'angle sud-est et donnait, comme je l'ai expliqué plus haut, puisque l'ouverture est au sud -- de sorte qu'il rencontrait [d'abord] l'angle sud-ouest, mais il ne pouvait pas commencer la, car il devait sortir vers l'est jusqu'à dépasser l'autel ; c'est pourquoi il donnait d'abord à l'angle sud-est, [puis] sud-ouest, ouest-nord, nord-est. Et il ne faisait pas le tour de l'autel avec ses pieds, mais se tenait tout du long au même endroit et faisait le tour avec sa main -- paroles de Rabbi Akiva ; et Rabbi Yossi HaGuelili le contredit sur ce point dans une beraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue, qui dit qu'il fait le tour avec ses mains ; et en outre Rabbi Elazar tient comme lui. Et aux trois cornes qui ne sont pas devant lui, il commençait avec son doigt à donner par le bas et tirait vers le haut ; et à la corne qui est devant lui, il commence par le haut et tire en descendant vers le bas -- car s'il commençait par le bas en tirant vers le haut, le sang coulerait et descendrait sur le dos de sa main. Et à l'endroit où il acheva l'aspersion, c'est-à-dire à l'angle nord-est, il ratissait de part et d'autre les braises qui étaient sur l'autel et aspergeait dessus sept fois ; et ce qui lui restait du sang, il le versait sur le yessod (fondation) ouest de l'autel extérieur. (f. 43b, 44a) Et il faut que personne ne se trouve dans le Heikhal tant qu'il accomplit ces services, tant ceux du Heikhal que ceux du lieu le plus intérieur ; mais de l'espace entre le Oulam et l'autel, on n'a pas besoin de s'écarter lors des services du lieu le plus intérieur, mais seulement lors de ceux du Heikhal. (f. 60a) Et s'il a interverti cet ordre, il n'a rien fait. Et si, dans le Heikhal, il a fait précéder le sang du bouc à celui du taureau, il recommencera et aspergera du sang du bouc. Dès lors, si le mizrak du sang du taureau s'est mélangé à celui du bouc, il donnera des deux mizrakim trois fois : car si le premier est celui du taureau, le dernier est comme inexistant ; et s'il est celui du bouc, il est comme inexistant, et il s'acquitte par les deux derniers. Et si le sang du taureau s'est répandu avant qu'il n'ait achevé les applications de l'intérieur, il apportera un autre taureau et un autre encens, et fera tout l'ordre écrit plus haut. Mais si le sang du bouc s'est répandu avant qu'il n'en ait donné à l'intérieur, il n'a besoin d'apporter qu'un autre bouc, puisqu'il a déjà accompli comme il faut les applications du taureau et l'encens. Et s'il a achevé les applications intérieures et que l'un des sangs s'est répandu, il en apportera un autre et recommencera depuis le début dans le Heikhal. Et s'il a achevé les applications du Heikhal et que l'un des sangs s'est répandu, il en apportera un autre et recommencera depuis le début à l'autel ; et s'il a achevé les applications de l'autel et que [le sang] s'est répandu -- les restes (cheyarim) ne sont pas indispensables. Et toute la loi qui vaut pour le sang du bouc s'il s'est répandu, telle est sa loi si meurt son compagnon, celui qui est envoyé : car à quelque moment que meure le bouc envoyé, à ce moment-là le sang est écarté (nidhe).
💡 Explication

Nouvelle pièce au dossier, et c'est elle qui va porter tout le reste du daf. Une michna enseigne qu'on évacue bein ha-oulam ve-la-mizbeah, l'espace à ciel ouvert de vingt-deux coudées entre le vestibule et l'autel extérieur, au moment de l'encensement. Mais duquel des deux encensements parle-t-elle ?

Rabbi Elazar tranche : uniquement celui du Heikhal, l'encens quotidien de l'autel d'or, matin et soir. La raison, donnée par Rachi, est purement topographique : cet espace extérieur est contigu à l'autel d'or ; on est littéralement à la porte du service. En revanche, quand le service se fait au Saint des Saints, le retrait ne se propage que d'un cran : le Heikhal, qui y touche, se vide -- l'espace extérieur, trop éloigné, reste peuple.

La règle sous-jacente vaut la peine d'être formulée : le retrait rayonne d'un seul cran à partir du lieu du service. C'est cette règle simple que la baraita de Rabbi Yossi va sembler contredire.

🖼️ Schéma
La lecture de Rabbi Elazar : la michna ne parlait que d'un seul encensement On se retire de l'espace entre le Oulam et l'autel au moment de l'encensement -- lequel ? KETORET DU HEIKHAL autel d'or, matin et soir, tous les jours le Heikhal se vide l'espace entre le Oulam et l'autel se vide Rachi : parce que cet espace est CONTIGU à l'autel d'or -- on est tout près du service retrait sur deux niveaux KETORET DU SAINT DES SAINTS une fois l'an, à Yom Kippour le Heikhal se vide l'espace extérieur reste peuple Rachi : le Heikhal est contigu au Saint des Saints ; l'espace extérieur, lui, est ÉLOIGNE retrait sur un seul niveau La règle de Rabbi Elazar : le retrait se propage d'un cran à partir du lieu du service -- pas de deux.
La thèse de Rabbi Elazar en deux colonnes : le retrait se propage d'un cran, jamais de deux.
7
מֵתִיב רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה, וְאָמְרִי לָהּ כְּדֵי, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁפּוֹרְשִׁין מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ בִּשְׁעַת הַקְטָרָה, כָּךְ פּוֹרְשִׁין בִּשְׁעַת מַתַּן פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ וּפַר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִיבּוּר וּשְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה.

Rav Ada bar Ahava objecta -- et certains rapportent cela sans nom d'auteur (kedi) : Rabbi Yossi dit : de même qu'on se retire de l'espace entre le Oulam et l'autel au moment de l'encensement, de même on se retire au moment de l'application (du sang) du taureau du kohen oint, du taureau (apporté) pour une décision erronée de la communauté, et des boucs de l'idolâtrie.

📜 Rachi (2)
בִּשְׁעַת מַתַּן פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ הַבָּא עַל אַחַת מִכָּל הַמִּצְוֹת שֶׁטָּעָה בְּהוֹרָאַת עַצְמוֹ וְעָשָׂה וּמַתַּן דָּמוֹ עַל הַפָּרֹוכֶת וְעַל מִזְבַּח הַזָּהָב:
Au moment de l'application (du sang) du taureau du kohen oint - (le kohen gadol) qui l'apporte pour l'une quelconque des mitsvot sur laquelle il s'est trompé dans sa propre décision et a agi (en conséquence) ; et l'application de son sang se fait sur le parokhet et sur l'autel d'or.
וּשְׂעִירֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים צִיבּוּר שֶׁעָבְדוּ ע"ז בְּהוֹרָאַת בֵּית דִּין מְבִיאִים פַּר לְעוֹלָה וְשָׂעִיר לְחַטָּאת כְּדִכְתִיב בְּפָרָשַׁת שְׁלַח לְךָ אֲנָשִׁים (שָׁם טו) וְאוֹתוֹ שָׂעִיר מַתַּן דָּמוֹ עַל הַפָּרֹוכֶת וְאֵינוֹ נֶאֱכָל כִּדְיָלְפִינַן בְּסִיפְרָא וְסִיפְרֵי וּבְמַסֶּכֶת זְבָחִים (דַּף מז.):
Et les boucs de l'idolâtrie - une communauté qui a servi l'idolâtrie sur décision du beit din apporte un taureau en holocauste et un bouc en 'hatat, comme il est écrit dans la paracha Chela'h Lekha (Nb 15) ; et l'application du sang de ce bouc se fait sur le parokhet, et il n'est pas consommé, comme nous l'apprenons dans le Sifra, le Sifri et dans le traité Zeva'him (47a).
🗂️ Tossefot (1)
כָּךְ פּוֹרְשִׁין בִּשְׁעַת מַתַּן פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ ה"נ הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר בִּשְׁעַת מַתַּן פַּר וְשָׂעִיר שֶׁל יוה"כ בַּהֵיכָל אֶלָּא לָא פְסִיקָא לֵיהּ מִשּׁוּם דְּיֵשׁ מֵהֶן נָמֵי לִפְנַי לִפְנִים:
De même on se retire au moment de l'application (du sang) du taureau du kohen oint - il aurait pu dire ici aussi : au moment de l'application (du sang) du taureau et du bouc de Yom Kippour dans le Heikhal ; mais cela ne lui était pas net (lo pessika leh), parce qu'il y en a aussi (des aspersions) qui se font dans le Saint des Saints.
💡 Explication

L'attaque. Rav Ada bar Ahava produit une baraita de Rabbi Yossi qui aligne sur l'encensement trois autres services, tous des matan damim qui se font dans le Heikhal (sur le parokhet et sur l'autel d'or) : le par kohen machia'h (le taureau du kohen gadol qui a fauté sur sa propre décision), le par helem davar chel tsibbour (le taureau apporté quand le Sanhédrin s'est trompé et que la communauté a agi en conséquence), et les se'irei avoda zara (les boucs pour une idolâtrie collective commise sur décision du beit din).

Tossefot signale une élégance de rédaction : Rabbi Yossi aurait pu ajouter à sa liste le taureau et le bouc de Yom Kippour eux-mêmes, mais il ne l'a pas fait parce que la formule n'aurait pas été pessika, nette -- une partie de leurs aspersions se fait dans le Heikhal, une autre dans le Saint des Saints, et le cas aurait donc été mixte.

8
הָא מַה מַעֲלָה יֵשׁ בֵּין הַהֵיכָל לְבֵין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ? אֶלָּא, שֶׁבַּהֵיכָל פּוֹרְשִׁין בֵּין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה וּבֵין שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה, וּמִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ אֵין פּוֹרְשִׁין אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה.

Dès lors, quelle supériorité (ma'ala) y a-t-il entre le Heikhal et l'espace entre le Oulam et l'autel ? Sinon que, dans le Heikhal, on se retire aussi bien au moment de l'encensement qu'en dehors du moment de l'encensement, tandis que de l'espace entre le Oulam et l'autel on ne se retire qu'au moment de l'encensement.

📜 Rachi (3)
הָא מַה מַעֲלָה יֵשׁ כּוּ' הַאי הָא כְּמוֹ הֲרֵי כְּלוֹמַר מֵעַתָּה מַעֲלָה יֵשׁ בִּפְרִישָׁה בֵּין הֵיכָל לְבֵין אוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ:
Dès lors, quelle supériorité y a-t-il, etc. - ce « ha » a le sens de « harei » (voici) ; autrement dit : désormais, quelle supériorité y a-t-il, quant au retrait, entre le Heikhal et l'espace entre le Oulam et l'autel ?
בֵּין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה כּוּ' קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ בֵּין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי וְלִפְנִים בֵּין שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְלִפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בִּשְׁעַת מַתַּן דָּמִים דְּלִפְנַי וְלִפְנִים:
Aussi bien au moment de l'encensement, etc. - on comprend (à ce stade) : aussi bien au moment de l'encensement du Saint des Saints qu'en dehors du moment de l'encensement du Saint des Saints -- c'est-à-dire au moment de l'application des sangs du Saint des Saints.
וּמִבֵּין אוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ אֵין פּוֹרְשִׁין מִשּׁוּם לִפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה אֲבָל לֹא בִּשְׁעַת מַתַּן דָּמִים:
Et de l'espace entre le Oulam et l'autel on ne se retire pas - à cause (du service) du Saint des Saints, sinon au moment de l'encensement, mais non au moment de l'application des sangs.
🗂️ Tossefot (1)
מַה מַעֲלָה יֵשׁ בֵּין הֵיכָל וְכוּ' טוּבָא אִיכָּא דְּמִזְבַּח הַזָּהָב וּמְנוֹרָה וְשֻׁלְחָן וּמַתַּן דָּמִים בַּהֵיכָל מַה שֶׁאֵין כֵּן בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ אֶלָּא לְעִנְיַן פְּרִישָׁה קָאָמַר:
Quelle supériorité y a-t-il entre le Heikhal, etc. - il y en a beaucoup ! Car l'autel d'or, la menora, la table et l'application des sangs sont dans le Heikhal, ce qui n'est pas le cas de l'espace entre le Oulam et l'autel. Mais (la baraita) parle seulement quant à la question du retrait.
💡 Explication

La baraita se pose elle-même la question que son enseignement appelle : si l'espace extérieur s'évacue aussi pour les aspersions, que reste-t-il de propre au Heikhal ? Le mot ma'ala désigne ici un degré de sévérité supplémentaire, un cran de sainteté qui se traduit par une règle plus stricte.

Réponse de la baraita : dans le Heikhal on se retire bein bich'at haktara ou-vein chelo bich'at haktara -- pendant l'encensement et hors de l'encensement ; dehors, seulement pendant l'encensement. Tout va se jouer sur ces six mots. À ce stade, la guemara les entend comme Rachi le note : « hors encensement » = pendant l'application des sangs. La supériorité serait donc encens contre sang. Tossefot prévient d'ailleurs une objection évidente : matériellement, les supériorités du Heikhal sont innombrables (l'autel d'or, la menora, la table y sont) -- la baraita ne parle que de la perisha, du régime de retrait.

9
בִּשְׁעַת הַקְטָרָה מִיהָא פָּרְשִׁי. מַאי לַָאו, בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי לִפְנִים?

En tout cas, au moment de l'encensement, on se retire (bien). N'est-ce pas au moment de l'encensement du Saint des Saints ?

📜 Rachi (1)
מַאי לַָאו כּוּ' כִּדְפָרֵישִׁית:
N'est-ce pas, etc. - comme je l'ai expliqué.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי לָאו בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי וְלִפְנִים תֵּימַהּ לִי מ"ש דְּגָזְרוּ לִפְרֹושׁ מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי וְלִפְנִים וְלֹא בִּשְׁעַת הַזָּאָה וְהָא בֵּין הַקְטָרָה בֵּין הַזָּאָה מֵחַד קְרָא נָפְקָא לְעֵיל וי"ל בְּהַקְטָרָה דְּכָתַב בִּקְרָא בְּהֶדְיָא טְפֵי גָּזְרוּ בָּהּ רַבָּנָן וְלֹא בְּהַזָּאָה דְּמִיִּיתּוּרָא דְּלִכְפָר נָפְקָא:
N'est-ce pas au moment de l'encensement du Saint des Saints - cela m'étonne : quelle différence y a-t-il, pour qu'on ait décrété de se retirer de l'espace entre le Oulam et l'autel au moment de l'encensement du Saint des Saints et non au moment de l'aspersion, alors que l'encensement comme l'aspersion se déduisent tous deux d'un seul et même verset plus haut ? Et l'on peut répondre : pour l'encensement, qui est écrit explicitement dans le verset, les Sages ont décrété davantage ; mais non pour l'aspersion, qui se déduit du (mot) superflu « lekhaper ».
💡 Explication

Voici le fil de l'objection contre Rabbi Elazar, tiré en une phrase. Peu importe le détail des supériorités : la baraita affirme, au minimum, qu'au moment de l'encensement on évacue bien l'espace entre le Oulam et l'autel. Et de quel encensement s'agit-il, sinon de celui du Saint des Saints, dont toute la sougya parle depuis le début ? Si c'est le cas, Rabbi Elazar est réfuté frontalement.

Tossefot pose ici la vraie question de fond, celle qu'on ne voit pas en lisant vite : dans l'hypothèse où l'on évacue effectivement l'espace extérieur pour l'encensement du Saint des Saints, pourquoi ne pas l'évacuer aussi pour les aspersions qui s'y font ? Les deux, après tout, dérivent du même verset (segment 1). Sa réponse est un principe de graduation rabbinique : l'encensement est écrit explicitement dans le verset, l'aspersion ne s'en tire que du mot superflu lekhaper -- les Sages ont donc décrété plus sévèrement sur ce que le texte nomme que sur ce qu'il implique.

10
לֹא, בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהֵיכָל. אִי הָכִי, הָא ״מַה מַעֲלֶה״ וְתוּ לָא, הָא אִיכָּא הָא מַעֲלָה: דְּאִילּוּ מֵהֵיכָל פָּרְשִׁי בֵּין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דִידֵיהּ, בֵּין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי לִפְנִים, וְאִילּוּ מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ לָא פָּרְשִׁי אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהֵיכָל!

Non : au moment de l'encensement du Heikhal. Si (c'est) ainsi -- (comment dire) « quelle supériorité », et rien de plus ?

Mais il y a bien cette supériorité-ci : du Heikhal on se retire aussi bien au moment de son propre encensement qu'au moment de l'encensement du Saint des Saints, tandis que de l'espace entre le Oulam et l'autel on ne se retire qu'au moment de l'encensement du Heikhal !

📜 Rachi (2)
לָא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהֵיכָל קָאָמַר דְּפוֹרְשִׁים מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ וְהָכִי קָתָנֵי כְּשֵׁם שֶׁפּוֹרְשִׁים מִבֵּין הָאוּלָם בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהֵיכָל כָּךְ פּוֹרְשִׁין בִּשְׁעַת מַתַּן פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ דְּהָוֵי נָמֵי בַּהֵיכָל:
Non, au moment de l'encensement du Heikhal - c'est ce qu'il dit : que l'on se retire de l'espace entre le Oulam et l'autel ; et voici ce qui est enseigné : de même qu'on se retire de (l'espace entre) le Oulam (et l'autel) au moment de l'encensement du Heikhal, de même on se retire au moment de l'application (du sang) du taureau du kohen oint, qui a lieu lui aussi dans le Heikhal.
אִי הָכִי דִּכְשֵׁם שֶׁפּוֹרְשִׁין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה אַהֵיכָל קָאֵי וְלֹא אַדְּלִפְנַי וְלִפְנִים הָא מַה מַעֲלָה יֵשׁ בִּתְמִיהַּ וְכִי אֵין עוֹד מַעֲלָה אֶלָּא הָא דִּשְׁלָא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי לִפְנִים דְּקָתָנֵי שֶׁבַּהֵיכָל פּוֹרְשִׁין בֵּין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה בֵּין דְּהֵיכָל בֵּין לִפְנַי לִפְנִים בֵּין שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה אֶלָּא בִּשְׁעַת מַתַּן דָּמִים בֵּין דְּהֵיכָל בֵּין לִפְנַי וְלִפְנִים וּמִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ לֹא פָּרְשִׁינַן שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהִיא שְׁעַת מַתַּן דָּמִים דְּלִפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהֵיכָל דְּהָא אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת הַקְטָרָה יֵשׁ מַעֲלָה דְּאִילּוּ מֵהֵיכָל פָּרְשִׁי כו':
Si c'est ainsi - c'est-à-dire que le « de même qu'on se retire au moment de l'encensement » porte sur le Heikhal et non sur le Saint des Saints -- alors « quelle supériorité y a-t-il » ? -- c'est une question : n'y a-t-il donc pas d'autre supériorité que celle-ci, (à savoir) le « en dehors du moment de l'encensement du Saint des Saints » ? Car il est enseigné que, dans le Heikhal, on se retire aussi bien au moment de l'encensement -- celui du Heikhal comme celui du Saint des Saints -- qu'en dehors du moment de l'encensement, c'est-à-dire au moment de l'application des sangs, celle du Heikhal comme celle du Saint des Saints ; et que de l'espace entre le Oulam et l'autel on ne se retire pas en dehors du moment de l'encensement, qui est le moment de l'application des sangs du Saint des Saints, mais seulement au moment de l'encensement du Heikhal. Or il y a une supériorité même au moment de l'encensement : car du Heikhal on se retire, etc.
💡 Explication

La parade, puis la contre-attaque. La parade : la baraita ne visait pas l'encensement du Saint des Saints mais celui du Heikhal. Rachi rend la lecture entière : de même qu'on évacue l'espace extérieur pour l'encens quotidien du Heikhal, de même on l'évacue pour l'aspersion du taureau du kohen oint -- qui se fait, elle aussi, dans le Heikhal. Rien ici ne concerne le Saint des Saints, donc rien ne contredit Rabbi Elazar.

La contre-attaque, et elle est fine : sur cette lecture, la baraita a mal compté. Elle annonce une supériorité du Heikhal (encens contre sang), alors qu'il en existe une seconde, toute aussi réelle -- le Heikhal se vide pour ses deux encensements, le sien et celui du Saint des Saints, tandis que l'espace extérieur ne se vide que pour un seul. Or la baraita écrivait ela, « sinon que » : une seule et unique. Le compte ne tombe pas juste.

11
הָא קָתָנֵי: אֶלָּא שֶׁבַּהֵיכָל פּוֹרְשִׁין בֵּין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה וּבֵין שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה, וּמִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ אֵין פּוֹרְשִׁין

(Mais) voici bien ce qui est enseigné : « sinon que, dans le Heikhal, on se retire aussi bien au moment de l'encensement qu'en dehors du moment de l'encensement, tandis que de l'espace entre le Oulam et l'autel on ne se retire pas »

📜 Rachi (2)
הָא קָתָנֵי בְּנִיחוּתָא ה"נ קָאָמַר הַאי שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּקָאָמַר שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּהֵיכָל קָאָמַר אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה הִיא לִפְנַי לִפְנִים:
Voici bien ce qui est enseigné - (dit) en manière d'apaisement : c'est bien cela qu'il dit -- ce « en dehors du moment de l'encensement » qu'il énonce, il veut dire : en dehors du moment de l'encensement du Heikhal, alors qu'il s'agit bien du moment de l'encensement du Saint des Saints.
בֵּין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה [דְּהֵיכָל] וְהָא שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּקָתָנֵי תַּנָּא שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דִּידֵיהּ אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה דְּלִפְנַי וְלִפְנִים:
Aussi bien au moment de l'encensement - (celui) du Heikhal ; et ce « en dehors du moment de l'encensement » que le tana enseigne, (il veut dire) en dehors du moment de son propre encensement, mais bien au moment de l'encensement du Saint des Saints.
💡 Explication

La résolution, et elle est d'une économie remarquable : ha katani -- c'est précisément cela que la baraita enseigne. La supériorité unique qu'elle annonce n'est pas celle qu'on croyait ; c'est exactement celle qu'on vient de lui opposer.

Tout tient à un terme implicite. Quand la baraita dit chelo bich'at haktara, « hors du moment de l'encensement », il faut compléter : hors du moment de l'encensement du Heikhal -- ce qui désigne, non pas l'aspersion du sang comme on l'avait d'abord entendu, mais l'encensement du Saint des Saints. La supériorité du Heikhal est donc : il se vide pour les deux encensements, l'espace extérieur pour le sien seulement. Une seule supériorité, le compte tombe juste, et Rabbi Elazar tient debout.

Notez le geste : la guemara n'a rien corrigé -- ni la baraita, ni Rabbi Elazar. Elle a seulement changé le mot sous-entendu après haktara. C'est exactement le mouvement de 43b, où Rav Yehouda ne déplaçait pas le verset mais le point d'où l'on compte les rangées de dalles. La phrase s'interrompt ici : la suite -- ce dont on ne se retire pas, et la fin de la sougya -- se lit en 44b.

🖼️ Schéma
Six mots, deux lectures : le nœud de tout le daf shelo bish'at haktara -- en dehors du moment de l'encensement. En dehors DE QUEL encensement ? bein bish'at haktara u-vein shelo bish'at haktara LECTURE 1 -- la hava amina hors encensement = pendant le SANG La supériorité du Heikhal serait alors : il se vide aussi pour l'aspersion du sang, l'espace extérieur seulement pour l'encens. encens contre sang Problème : il resterait une SECONDE supériorité non comptée -- or la baraita n'en annonce qu'une. LECTURE 2 -- la conclusion hors encensement DU HEIKHAL = pendant celui du SAINT DES SAINTS La supériorité du Heikhal est alors : il se vide pour SES DEUX encensements, l'espace extérieur pour le sien seulement. encens proche contre encens lointain Une seule supériorité -- le compte de la baraita est juste, et Rabbi Elazar est sauvé. CE QUE LA GUEMARA VIENT DE FAIRE Elle n'a ni corrigé la baraita ni écarté Rabbi Elazar : elle a changé le terme implicite après le mot haktara. C'est le même geste qu'en 43b, où Rav Yehouda déplaçait non le verset mais le point d'où l'on compte les rangées.
Le pivot du daf : le même membre de phrase, deux termes implicites, deux supériorités différentes.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).