Yoma 44b -- les ma'alot du Temple sont-elles de'orayta ? (deux déductions rejetées) ; puis la mahta du grand prêtre : argent et or, comptes de kavim, manche, niachtik, et les sept ors

Yoma 44b

Sougya : Le daf achève d'abord la baraita du retrait (perisha) : le Heikhal a deux motifs d'évacuation, l'espace bein ha-oulam ve-la-mizbeach un seul -- Rava répond que cela ne fait qu'un seul et même « nom de retrait ». Il justifie ensuite l'extension du retrait aux trois autres sacrifices intérieurs, par une gezera chava sur le mot kappara.

S'ouvre alors la question de fond : les degrés de sainteté du Temple (les ma'alot de la michna de Kelim) sont-ils de la Torah ? Rav Aha bar Ahava le déduit du fait que le décret s'arrête exactement à l'espace bein ha-oulam ; la guemara rejette : ce qui fixe la limite, c'est que l'autel extérieur rende la séparation visible.

Rava tente une seconde déduction -- le Oulam partagerait la sainteté du Heikhal, faute de quoi on aurait un décret protégeant un décret -- et elle est rejetée de même : Oulam et bein ha-oulam ne forment qu'une seule kedoucha, donc un seul décret. La seconde moitié du daf commente la michna sur la mahta, l'encensoir à braises : six différences entre le rite quotidien et celui de Kippour, commandées par deux principes -- la Torah ménage les biens d'Israël, et l'on ménage la faiblesse du grand prêtre à jeun.

Suivent l'arithmétique des kav renversés (Rav Hisda et Rav Achi harmonisent deux baraitot contradictoires), l'énigme du niachtik (anneau sonore selon Rachi, étui de cuir selon le Yerouchalmi), et l'ouverture de la liste des sept ors, interrompue en pleine phrase.

De quelle zone se retire-t-on, et pour quel service ? Coupe du Temple d'ouest (à gauche) vers l'est (à droite). Le retrait (perisha) vient de Lev 16,17 : "aucun homme ne sera dans la Tente d'assignation". Kodech ha-kodachim lifnai ve-lifnim HEIKHAL le sanctuaire (ohel moed du verset) OULAM le vestibule Entre le Oulam et l'autel bein ha-oulam ve-la-mizbeach AUTEL extérieur reste de la azara 1. Service DANS LE HEIKHAL (encens quotidien, sangs du hatat intérieur) on se retire on se retire on se retire on reste 2. Service DANS LE SAINT DES SAINTS (encens de Kippour, sangs de Kippour) on se retire on reste on reste on reste Objection : voilà une différence de plus entre le Heikhal et l'espace bein ha-oulam -- pourquoi la baraita ne l'a-t-elle pas comptée ? Le Heikhal a DEUX motifs de retrait (lignes 1 et 2), l'espace bein ha-oulam n'en a qu'UN (ligne 1). Rava : "chem perisha ahat hi" -- un seul et même NOM de retrait. Les deux motifs ne font qu'un seul degré (ma'ala) : on n'en compte qu'un.
Les zones du Temple et la portée du retrait. La difficulté du daf : le Heikhal a deux motifs de retrait, l'espace bein ha-oulam un seul. Rava répond que cela ne fait qu'un seul degré.
Deux déductions (chema mina) sur le statut du retrait -- et pourquoi la guemara les rejette Rav Aha bar Ahava Sa thèse Les ma'alot (les degrés de sainteté du Temple, michna Kelim 1) sont DE'ORAYTA -- halakha le-Moche mi-Sinaï. Son argument Si c'était un simple décret rabbinique "de peur qu'on n'entre par mégarde dans le Heikhal", pourquoi s'arrêter à l'espace bein ha-oulam ? Toute la azara devrait être évacuée. Le rejet Le décret peut rester rabbinique : ce qui compte, c'est que la limite soit VISIBLE. Bein ha-oulam : rien ne sépare du Heikhal -> lo minkera milta : on peut entrer sans y penser. Azara : l'autel extérieur fait écran -> minkera milta : la limite se remarque, pas de décret. Rava Sa thèse La sainteté du Oulam et celle du Heikhal ne font QU'UNE. Le Oulam est donc interdit par la Torah même. Son argument Si c'étaient deux saintetés, le Oulam ne serait interdit que par décret (pour protéger le Heikhal), et bein ha-oulam serait un décret protégeant ce décret : "gezera li-gzera" -- on n'en édicte pas. Le rejet Il n'y a jamais eu deux étages de décret. Oulam + bein ha-oulam = UNE seule kedoucha. Le décret protège le Heikhal en interdisant le Oulam ; l'espace bein ha-oulam est entraîné dans le même décret, non dans un second. Heikhal et Oulam, eux, sont DEUX kedouchot.
Les deux tentatives de déduction (Rav Aha bar Ahava, Rava) et les deux rejets de la guemara. Le daf se clôt sans trancher : le retrait bein ha-oulam reste rabbinique, et Heikhal et Oulam restent deux saintetés.
La mahta (l'encensoir à braises) : chaque jour / le jour de Kippour Six différences enseignées par la michna et la baraita. Deux logiques les commandent : épargner l'argent public, ménager le grand prêtre à jeun. CHAQUE JOUR argent manche court paroi épaisse -> lourde | pas de niachtik YOM KIPPOUR or manche long niachtik paroi mince -> légère chaque jour Yom Kippour pourquoi on ramasse à l'argent on ramasse à l'or la Torah ménage les biens d'Israël 2 ustensiles (on transvase) 1 seul ustensile faiblesse du Cohen gadol lourde légère faiblesse du Cohen gadol paroi épaisse paroi mince c'est ce qui la rend légère manche court manche long le bras lui vient en aide (appui) pas de niachtik un niachtik Ben ha-Segan Qu'est-ce que le niachtik ? Rachi : un anneau qui cliquette ("on entendra son bruit", Ex 28,35). Yerouchalmi et Riva : un étui de cuir cloué au manche, pour ne pas se brûler.
La mahta du grand prêtre : les six différences entre le rite quotidien et celui de Kippour, et leur raison.
1
אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְטָרָה.

-- si ce n'est au moment de l'encensement (haktara).

2
וְהָא אִיכָּא הָא מַעֲלָה, דְּאִילּוּ מֵהֵיכָל פָּרְשִׁי בֵּין בִּקְדֻושָּׁה דִידֵיהּ, בֵּין בִּקְדֻושָּׁה דְּלִפְנַי וְלִפְנִים, וְאִילּוּ מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ לָא פָּרְשִׁי אֶלָּא בִּקְדֻושָּׁה דְהֵיכָל! אָמַר רָבָא: שֵׁם פְּרִישָׁה אַחַת הִיא.

Mais il y a encore ce degré (ma'ala) : du Heikhal on se retire aussi bien pour sa propre sanctification (kedoucha didei -- l'application des sangs à l'intérieur du Heikhal) que pour la sanctification de lifnai ve-lifnim (le Saint des saints), alors que de l'espace entre le Oulam et l'autel on ne se retire que pour la sanctification du Heikhal ! Rava dit : c'est un seul et même nom de retrait (chem perisha ahat hi).

📜 Rachi (2)
בִּקְדֻושָּׁה מַתַּן דָּמִים:
Pour la sanctification -- (il s'agit de) l'application des sangs (matan damim).
שֵׁם פְּרִישָׁה אַחַת כֻּולָּהּ חֲדָא מַעֲלָה הִיא דְּמֵהֵיכָל פָּרְשִׁי [מִשּׁוּם] לִפְנַי וְלִפְנִים בֵּין בִּשְׁבִיל הַקְטָרָה וּבֵין בִּשְׁבִיל מַתַּן דָּמִים וּמִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ לֹא [פָּרְשִׁי] בִּשְׁבִיל לִפְנַי לִפְנִים כְּלָל וְכֵיוָן דְּאַשְׁמוֹעִינַן דְּמִשּׁוּם הַקְטָרָה דְלִפְנַי וְלִפְנִים לָא פָּרְשִׁי לָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן מִשּׁוּם מַתַּן דָּמִים:
Un seul nom de retrait -- tout cela ne forme qu'un seul degré (ma'ala). Car du Heikhal on se retire à cause de lifnai ve-lifnim, tant pour l'encensement que pour l'application des sangs ; alors que de l'espace entre le Oulam et l'autel on ne se retire pas du tout à cause de lifnai ve-lifnim. Et dès lors que la baraita nous a appris qu'à cause de l'encensement de lifnai ve-lifnim on ne s'en retire pas, il n'était plus nécessaire de nous l'apprendre à propos de l'application des sangs.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאִילּוּ מֵהֵיכָל פָּרְשִׁי בֵּין בִּקְדֻושָּׁה דִידֵיהּ הָכִי פֵּירוּשָׁא לְדִידָךְ לָא הֲוָה לֵיהּ לְמִתְנֵי הַאי לִישָּׁנָא דְּבֵין בִּשְׁעַת הַקְטָרָה וְכוּ' אֶלָּא הָכִי אִיבְּעִי לֵיהּ לְמִתְנֵי שֶׁבַּהֵיכָל פּוֹרְשִׁין בֵּין בִּקְדֻושָּׁה דִידֵיהּ בֵּין קְדֻושָּׁה דְּלִפְנַי וְלִפְנִים דְּמַשְׁמַע בֵּין דִּקְטֹרֶת בֵּין דְּמַתַּן דָּמִים וּבֵין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ אֵין פְּרִישָׁה אֶלָּא בִּקְדֻושָּׁה דְּהֵיכָל דִּקְטֹרֶת וּדְמַתַּן דָּמִים וְאַמַּאי נָקְטָה הַקְּטֹרֶת דְּמַשְׁמַע הַקְּטֹרֶת וְתוּ לָא בִּשְׁלָמָא לְדִידִי דְּאָמְרִי דְּפוֹרְשִׁין בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ אַף בִּשְׁעַת הַקְטָרָה לִפְנַי וְלִפְנִים וְלֹא בְּמַתַּן דָּמִים דְּלִפְנַי וְלִפְנִים נִיחָא הָא דִּנְקַט הַקְטָרָה וּמְשַׁנֵּי שֵׁם פְּרִישָׁה אַחַת הִיא וּתְנָא הַקְטָרָה מִשּׁוּם דְּעִיקַּר קְרָא אַייְרֵי בָּהּ וה"ה בְּמַתַּן דָּמִים:
Alors que du Heikhal on se retire tant pour sa propre sanctification -- voici comment il faut l'entendre. Selon toi, la baraita n'aurait pas dû employer la formule « aussi bien au moment de l'encensement, etc. », mais enseigner ainsi : dans le Heikhal on se retire tant pour sa propre sanctification que pour celle de lifnai ve-lifnim -- ce qui inclut aussi bien l'encens que l'application des sangs -- tandis qu'entre le Oulam et l'autel il n'y a de retrait que pour la sanctification du Heikhal, celle de l'encens comme celle des sangs. Pourquoi donc la baraita a-t-elle retenu « l'encensement », ce qui laisse entendre l'encensement et rien d'autre ? Certes, selon moi qui dis que l'on se retire de l'espace entre le Oulam et l'autel même au moment de l'encensement de lifnai ve-lifnim, mais non pour l'application des sangs de lifnai ve-lifnim, il est compréhensible qu'elle ait retenu l'encensement. Et (la guemara) répond : c'est un seul nom de retrait, et si la baraita a mentionné l'encensement, c'est parce que c'est de lui que traite principalement le verset -- et il en va de même (ve-hou ha-din) pour l'application des sangs.
💡 Explication

La baraita comparait le Heikhal et l'espace bein ha-oulam ve-la-mizbeach et n'y comptait qu'une seule différence. Objection : il y en a une seconde, et elle est de taille. Du Heikhal on sort pour deux raisons distinctes -- quand on officie dans le Heikhal (kedoucha didei) et quand on officie au-delà, dans le Saint des saints. De l'espace bein ha-oulam, on ne sort que pour la première.

Réponse de Rava : chem perisha ahat hi -- littéralement « c'est un seul nom de retrait ». Les deux motifs relèvent d'un unique degré de sainteté, on ne les compte donc pas deux fois. Rachi ajoute la raison d'économie : si la baraita nous a déjà appris qu'on ne se retire pas de cet espace pour l'encens du Saint des saints, il était inutile de le répéter pour les sangs.

🖼️ Schéma
De quelle zone se retire-t-on, et pour quel service ? Coupe du Temple d'ouest (à gauche) vers l'est (à droite). Le retrait (perisha) vient de Lev 16,17 : "aucun homme ne sera dans la Tente d'assignation". Kodech ha-kodachim lifnai ve-lifnim HEIKHAL le sanctuaire (ohel moed du verset) OULAM le vestibule Entre le Oulam et l'autel bein ha-oulam ve-la-mizbeach AUTEL extérieur reste de la azara 1. Service DANS LE HEIKHAL (encens quotidien, sangs du hatat intérieur) on se retire on se retire on se retire on reste 2. Service DANS LE SAINT DES SAINTS (encens de Kippour, sangs de Kippour) on se retire on reste on reste on reste Objection : voilà une différence de plus entre le Heikhal et l'espace bein ha-oulam -- pourquoi la baraita ne l'a-t-elle pas comptée ? Le Heikhal a DEUX motifs de retrait (lignes 1 et 2), l'espace bein ha-oulam n'en a qu'UN (ligne 1). Rava : "chem perisha ahat hi" -- un seul et même NOM de retrait. Les deux motifs ne font qu'un seul degré (ma'ala) : on n'en compte qu'un.
Les deux motifs de retrait, zone par zone. Le Heikhal en a deux, l'espace bein ha-oulam un seul : c'est l'objection, et Rava y répond en n'y voyant qu'un seul degré.
3
אָמַר מַר: כָּךְ פּוֹרְשִׁין בִּשְׁעַת מַתַּן פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ, וּפַר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר, וּשְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה. מְנָא לַן? אָמַר רַבִּי פְּדָת: אָתְיָא ״כַּפָּרָה״ ״כַּפָּרָה״ מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים.

Le Maître a dit : de même on se retire au moment de l'application (du sang) du taureau du Cohen machiah (le prêtre oint), du taureau pour une faute involontaire de la communauté (par hé'elem davar chel tsibbour) et des boucs de l'idolâtrie (se'irei avoda zara). D'où le tenons-nous ?

Rabbi Pedat dit : cela se tire d'une gezera chava (analogie de termes) entre « kappara » (expiation) et « kappara » dit à propos de Yom Kippour.

🗂️ Tossefot (1)
אָתְיָא כַּפָּרָה כַּפָּרָה מיוה"כ תֵּימַהּ לִי בִּשְׁלָמָא שְׂעִירֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים כְּתִיב בָּהֶן כַּפָּרָה בְּפָרָשַׁת שָׁלַח אֲבָל פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ דְּלָא כְּתַב בֵּיהּ כַּפָּרָה אע"ג דְּאִיתַּקַּשׁ לְפַר הֶעֱלֵם דָּבָר מִנָּלַן לְמָאֵן דְּאָמַר בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נ.) דְּדָבָר הַלָּמֵד בג"ש אֵין חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ וְהָא פַּר הֶעְלֵם גּוּפֵיהּ בִּגְזֵירָה שָׁוָה דְּכַפָּרָה כַּפָּרָה גָּמַר וְיֵשׁ לוֹמַר לְמָאֵן דְּאָמַר בִּזְבָחִים פֶּרֶק בֵּית שַׁמַּאי (זְבָחִים דַּף מ:) לַפָּר זֶה פַּר הֶעְלֵם ואע"ג דִּקְרָא בְּדִידֵיהּ אַייְרֵי אִיצְטְרִיךְ לְמֶיהֱוֵי מַאי דְּאָתְיָא לֵיהּ מֵהֶיקֵּשָׁא כְּמַאן דְּכָתַב בְּגוּפֵיהּ לְדִידֵיהּ נִיחָא הָכָא דְּאִיכָּא לְמֵימַר כִּי הֵיכִי דְּאָמְרִינַן דְּאַהֲנֵי לַפָּר זֶה פַּר הֶעְלֵם לְמַאי דְּיָלְפִינַן לֵיהּ בְּהֶיקֵּשָׁא מִפַּר כֹּהֵן מָשׁוּחַ לְמֶיהֱוֵי כְּמַאן דְּכָתַב בְּגוּפֵיהּ הָכִי נָמֵי אַהֲנֵי לְהַאי מִילְּתָא דְּהָכָא דְּגָמְרִינַן מיוה"כ לְמֶיהֱוֵי כְּמַאן דְּכָתַב בְּגוּפֵיהּ וּלְמַאן דְּאָמַר לַפָּר זֶה פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים יֵשׁ לוֹמַר דִּלְדִידֵיהּ לָא קַשְׁיָא דְּהָא כֵּיוָן דְּדָרֵישׁ וְעָשָׂה לַפָּר זֶה פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים כַּאֲשֶׁר עָשָׂה לְפַר זֶה פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ הֲרֵי אִיתַּקַּשׁוּ פַּר יוה"כ וּפַר כֹּהֵן מָשִׁיחַ לְהָדְדִי וְגָמַר מִפַּר יוה"כ לִפְרִישָׁה דְּאַף עַל גַּב דִּשְׂעִירֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים דְּיָלְפִינַן לְהוּ הָתָם מִדְּכָתַב הַחַטָּאת בְּפַר הֶעְלֵם וְדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ שְׂעִירֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לָא חֲשִׁיב לְהוּ הָתָם כְּאִילּוּ הֻוקְּשׁוּ לְפַר כֹּהֵן מָשִׁיחַ אֶלָּא לְפַר הֶעְלֵם דְּכָתַב בֵּיהּ קְרָא שָׁאנֵי הָתָם דְּהַחַטָּאת ייִתּוּרָא בְּעָלְמָא הוּא וְאֵין בְּמַשְׁמָעוּתוֹ שֶׁיְּהֵא מֻוקָּשׁ לְפַר כֹּהֵן מָשִׁיחַ אֲבָל פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ וּפַר יוֹם הַכִּפּוּרִים בְּהִילּוּךְ לִישָּׁנָא דִּקְרָא מַשְׁמַע שֶׁהֻוקְשׁוּ זֶה לָזֶה וְעָשָׂה לְפַר זֶה דְּהַייְנוּ פַּר כֹּהֵן כַּאֲשֶׁר עָשָׂה לְפַר יוֹם הַכִּפּוּרִים וְכֵן פֵּירֵשׁ שָׁם ריצב"א אַמִּילְּתָא אַחֲרִיתִי:
Cela se tire (par gezera chava) kappara-kappara de Yom Kippour -- cela me fait difficulté. Passe encore pour les boucs de l'idolâtrie, à propos desquels le terme kappara est écrit dans la parachat Chelah. Mais le taureau du Cohen machiah, où le mot kappara n'est pas écrit -- bien qu'il soit mis en analogie (hekech) avec le taureau du hé'elem davar -- d'où (le tirer) selon celui qui soutient au chapitre Eizehou Mekoman (Zevahim 50a) qu'une chose apprise par gezera chava ne revient pas enseigner par hekech ? Or le taureau du hé'elem davar lui-même n'est appris que par la gezera chava kappara-kappara ! On peut répondre : selon celui qui dit dans Zevahim, chapitre Beit Chamai (40b), que « à ce taureau » désigne le taureau du hé'elem davar -- et bien que le verset traite de lui, il a fallu que ce qu'il tire du hekech soit tenu comme s'il était écrit à son propre sujet -- selon lui, ce qui est dit ici se comprend : on peut dire que de même que l'on dit que cela a servi (ahani) au taureau du hé'elem davar, pour que ce qu'il tire par hekech du taureau du prêtre oint soit tenu comme écrit à son propre sujet, de même cela sert ici pour ce que nous tirons de Yom Kippour, afin que ce soit tenu comme écrit à son propre sujet. Et selon celui qui dit que « à ce taureau » désigne le taureau de Yom Kippour, on peut dire que pour lui la difficulté ne se pose pas : puisqu'il expose « et il fera à ce taureau » -- c'est-à-dire le taureau de Yom Kippour -- « comme il a fait à ce taureau », c'est-à-dire le taureau du Cohen machiah, voilà que le taureau de Yom Kippour et celui du Cohen machiah sont mis en analogie l'un avec l'autre, et il tire du taureau de Yom Kippour (la loi du) retrait. Et bien que les boucs de l'idolâtrie, que l'on y tire de ce que le verset écrit « ha-hatat » à propos du taureau du hé'elem davar -- d'où nous exposons (l'inclusion des) boucs de l'idolâtrie -- ne soient pas tenus là-bas comme mis en analogie avec le taureau du Cohen machiah, mais avec le taureau du hé'elem davar dont le verset traite : là-bas c'est différent, car « ha-hatat » n'est qu'un surplus de langage (yittoura) et son sens n'implique pas qu'il soit mis en analogie avec le taureau du Cohen machiah. Mais le taureau du Cohen machiah et le taureau de Yom Kippour, dans le fil même du langage du verset, apparaissent mis en analogie l'un avec l'autre : « et il fera à ce taureau » -- c'est-à-dire le taureau du prêtre (oint) -- « comme il a fait au taureau de Yom Kippour ». C'est ainsi que le Ritsba a lui aussi expliqué là, à propos d'un autre sujet.
💡 Explication

La guemara revient sur une clause de la baraita : le retrait ne vaut pas que pour Kippour ; il vaut aussi pour les trois autres sacrifices dont le sang est applique à l'intérieur du Heikhal (le taureau du grand prêtre qui a fauté, le taureau de la communauté égarée par une décision erronée, les boucs offerts pour une idolâtrie collective).

D'où vient cette extension ? D'une gezera chava : chacun de ces sacrifices est désigné par le mot kappara, comme le service de Yom Kippour d'où le verset tire la loi du retrait. Le mot commun transporte la loi d'un cas à l'autre. Tossefot soulève la difficulté technique : le taureau du Cohen machiah, lui, ne porte pas le mot kappara -- il ne l'obtient que par un hekech (analogie de contexte), et une loi tirée par gezera chava ne se retransmet pas par hekech.

4
אָמַר רַב אַחָא בַּר אַהֲבָה, שְׁמַע מִינָּה: מַעֲלוֹת דְּאוֹרָייְתָא, וְהָכִי גְּמִירִי לְהוּ.

Rav Aha bar Ahava dit : apprends-en que les degrés (ma'alot) sont d'ordre toranique (de'orayta), et que c'est ainsi qu'ils ont été reçus par tradition.

📜 Rachi (1)
מַעֲלוֹת דְּאוֹרָיְיתָא מַעֲלוֹת שֶׁמָּנוּ חֲכָמִים בַּמִּשְׁנָה בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים בפ"ק (מִשְׁנָה ח) דְּקָאָמַר הָתָם הַר הַבַּיִת מְקֻודָּשׁ מִירוּשָׁלַיִם וְהַחֵיל מֵהַר הַבַּיִת וְעֶזְרַת נָשִׁים מִן הַחֵיל וְעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל מִשֶּׁל נָשִׁים וְשֶׁל כֹּהֲנִים מִשֶּׁל יִשְׂרָאֵל וּבֵין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ מִן הָעֲזָרָה וְהַהֵיכָל מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ דְּאוֹרָיְיתָא נִינְהוּ הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי וְהָכִי גְּמִירִי לְהוּ הִלְכָּךְ לְעִנְיַן פְּרִישָׁה נָמֵי דִּקְרָא לָא אִיצְטְרִיךְ פְּרִישָׁה אֶלָּא מֵהֵיכָל כְּדִכְתִיב וְכָל אָדָם לֹא יִהְיֶה בְּאֹהֶל מוֹעֵד וְאָתוּ רַבָּנָן וּגְזוּר בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ דִּילְמָא מִיקְּרֵי וְעָייֵל לַהֵיכָל וְלֹא נִמְשְׁכָה שְׁאָר עֲזָרָה לְאוֹתָהּ גְּזֵירָה שֶׁהֲרֵי בֵּין אוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ קְדֻושָּׁה אַחַת הִיא וּשְׁאָר כָּל הָעֲזָרָה קְדֻושָּׁה אַחַת וּבֵין הָאוּלָם לַמִּזְבֵּחַ גּוּפָהּ גְּזֵירָה וְהָוְיָא לָהּ שְׁאָר עֲזָרָה גְּזֵירָה לִגְזֵירָה וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ מַעֲלוֹת דְּקָתָנֵי הָתָם דְּרַבָּנָן נִינְהוּ אֲבָל מִדְּאוֹרַיְיתָּא בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ וְכָל הָעֲזָרָה חֲדָא קְדֻושָּׁה הִיא מ"ש כו':
Les ma'alot sont de'orayta -- les degrés que les Sages ont énumérés dans la michna, au traité Kelim, premier chapitre (michna 8), où il est dit : le mont du Temple est plus saint que Jérusalem ; le heil, que le mont du Temple ; le parvis des femmes, que le heil ; le parvis d'Israël, que celui des femmes ; celui des prêtres, que celui d'Israël ; l'espace entre le Oulam et l'autel, que la azara ; et le Heikhal, que l'espace entre le Oulam et l'autel. Ces degrés sont de la Torah, halakha le-Moche mi-Sinaï, et c'est ainsi qu'ils ont été reçus. Dès lors, pour ce qui est du retrait aussi : le verset n'a imposé le retrait que du Heikhal, comme il est écrit « et aucun homme ne sera dans la Tente d'assignation » ; puis les Sages sont venus décréter (le retrait de) l'espace entre le Oulam et l'autel, de peur que l'on n'y soit appelé à entrer par mégarde dans le Heikhal. Et le reste de la azara n'a pas été entraîné dans ce décret, car l'espace entre le Oulam et l'autel forme une sainteté unique, et tout le reste de la azara une autre sainteté ; l'espace entre le Oulam et l'autel étant lui-même un décret, (étendre à la azara) serait un décret pour protéger un décret. Mais si tu venais à penser que les degrés enseignés là-bas sont rabbiniques, et que selon la Torah l'espace entre le Oulam et l'autel et toute la azara ne forment qu'une seule sainteté -- en quoi (cet espace) serait-il différent, etc. ?
💡 Explication

Nouvelle sougya, greffée sur la précédente. La michna de Kelim (chap. 1) énumère une échelle de lieux de sainteté croissante, du mont du Temple jusqu'au Saint des saints. Question de fond : cette échelle est-elle de'orayta (de la Torah, transmise comme halakha le-Moche mi-Sinaï) ou une construction rabbinique ?

Rav Aha bar Ahava tranche pour de'orayta, et sa preuve vient de notre baraita. Rachi explique le raisonnement : le verset n'impose de sortir que du Heikhal ; le retrait de l'espace bein ha-oulam ve-la-mizbeach, lui, est un décret des Sages, de peur qu'on ne franchisse la porte. Mais alors pourquoi ce décret s'arrête-t-il exactement la ? Parce que cet espace forme un palier de sainteté distinct du reste de la azara -- et ce découpage doit donc préexister au décret, c'est-à-dire venir de la Torah.

🖼️ Schéma
L'échelle des ma'alot citée par Rachi (michna Kelim 1) Chaque palier est "plus saint" que celui qui le précède. Rav Aha bar Ahava : cette échelle est de'orayta. Jérusalem Har ha-Bayit (le mont du Temple) Heil (l'enceinte intérieure) Ezrat nachim (parvis des femmes) Ezrat Israël Ezrat kohanim (la azara) Bein ha-oulam ve-la-mizbeach -- c'est le palier en débat Heikhal Kodech ha-kodachim sainteté croissante
L'échelle des ma'alot que Rachi cite depuis la michna de Kelim. Tout l'enjeu du daf porte sur un seul barreau : bein ha-oulam ve-la-mizbeach est-il un palier à part de la azara ?
5
דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּרַבָּנַן, מַאי שְׁנָא בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ? דִּילְמָא מִיקְּרוּ וְעָייְלִי — מִכֻּולַּהּ עֲזָרָה נָמֵי נִפְרְשׁוּ, דִּילְמָא מִיקְּרוּ וְעָיְילִי!

Car si tu venais à penser qu'ils sont d'institution rabbinique, en quoi l'espace entre le Oulam et l'autel serait-il différent ? (Diras-tu :) de peur que l'on n'y entre par mégarde ?

Alors que l'on se retire aussi de toute la azara -- de peur que l'on n'y entre par mégarde !

📜 Rachi (1)
מִכֻּולָּהּ עֲזָרָה נָמֵי [נִפְרְשׁוּ] מִשּׁוּם הָא גְּזֵירָה גּוּפָהּ דְּהָא כֻּולָּהּ חֲדָא גְּזֵירָה:
Que l'on se retire aussi de toute la azara -- en raison de ce décret lui-même, puisque tout cela ne forme qu'un seul et même décret.
💡 Explication

Le détail de l'argument. Si le retrait de l'espace bein ha-oulam n'est qu'une précaution rabbinique contre une entrée accidentelle dans le Heikhal, la même précaution devrait valoir depuis n'importe quel point de la azara -- on peut y entrer par mégarde de partout. Rachi prévient l'objection : ce ne serait pas un « décret pour protéger un décret », puisque tout cela ne constituerait qu'un seul et même décret, étendu plus loin.

6
בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ, כֵּיוָן דְּלָא מַפְסֵיק מִידֵּי — לָא מִינַּכְרָא מִילְּתָא. עֲזָרָה, כֵּיוָן דְּאִיכָּא מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן דְּמַפְסֵיק — מִינַּכְרָא מִילְּתָא.

(Réponse :) entre le Oulam et l'autel, puisque rien ne fait séparation, la chose ne se remarque pas ; la azara, puisqu'il y a l'autel extérieur qui fait séparation, la chose se remarque.

💡 Explication

La guemara rejette la preuve. Le décret peut fort bien rester rabbinique : ce qui en fixe la limite n'est pas un palier de sainteté, c'est un fait visible. Entre le Oulam et l'autel, rien ne s'interpose entre le prêtre et l'entrée du Heikhal : lo minkera milta, la frontière ne se remarque pas, donc le risque est réel. Depuis la azara, en revanche, la masse de l'autel extérieur barre le passage et rend la séparation évidente : minkera milta, on n'entre pas sans s'en apercevoir, et le décret n'a plus lieu d'être.

Conséquence : la question de départ reste ouverte. Rien ne prouve que les ma'alot soient de'orayta.

7
אָמַר רָבָא, שְׁמַע מִינָּה: קְדֻושַּׁת אוּלָם וְהֵיכָל חֲדָא מִילְּתָא הִיא. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת נִינְהוּ, אוּלָם גּוּפֵיהּ גְּזֵירָה, וְנֵיקוּם וְנִגְזוֹר גְּזֵירָה לִגְזֵירָה?!

Rava dit : apprends-en que la sainteté du Oulam et celle du Heikhal ne forment qu'une seule et même chose. Car si tu venais à penser qu'il s'agit de deux saintetés, le Oulam lui-même ne serait qu'un décret -- et irions-nous édicter un décret pour protéger un décret ?!

📜 Rachi (2)
ש"מ מִדְּגָזַר בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ פְּרִישָׁה:
Apprends-en -- du fait qu'il a décrété un retrait pour l'espace entre le Oulam et l'autel.
קְדֻושַּׁת הֵיכָל וְאוּלָם חֲדָא הִיא וְאוּלָם נָמֵי אֹהֶל מוֹעֵד מִקְּרֵי וַעֲבִיד הַרְחָקָה לִפְרֹושׁ מִבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ פְּרִישָׁה לְכָל הָעֲזָרָה דִּילְמָא עָייֵל לָאוּלָם וְקָא עָבַר אֶלָּא יִהְיֶה בְּאֹהֶל מוֹעֵד:
La sainteté du Heikhal et du Oulam ne font qu'une -- le Oulam aussi est appelé « Tente d'assignation » (ohel moed). On a donc posé un éloignement : se retirer de l'espace entre le Oulam et l'autel -- retrait (qui, autrement, devrait valoir) pour toute la azara, de peur que l'on n'entre dans le Oulam et que l'on ne transgresse « et aucun homme ne sera dans la Tente d'assignation ».
💡 Explication

Seconde tentative de déduction, celle de Rava, bâtie sur le principe classique : ein gozerin gezera li-gzera, on n'édicte pas un décret pour protéger un autre décret. Le raisonnement suppose deux étages : si le Oulam n'était interdit que par décret (pour protéger le Heikhal), alors interdire l'espace devant le Oulam serait un second étage -- inadmissible. Donc le Oulam doit être interdit par la Torah elle-même, c'est-à-dire partager la sainteté du Heikhal.

Rachi précise la mécanique : le Oulam serait lui aussi englobé dans l'expression ohel moed du verset, ce qui rend son interdiction toranique et fait du seul espace bein ha-oulam le décret.

🖼️ Schéma
Deux déductions (chema mina) sur le statut du retrait -- et pourquoi la guemara les rejette Rav Aha bar Ahava Sa thèse Les ma'alot (les degrés de sainteté du Temple, michna Kelim 1) sont DE'ORAYTA -- halakha le-Moche mi-Sinaï. Son argument Si c'était un simple décret rabbinique "de peur qu'on n'entre par mégarde dans le Heikhal", pourquoi s'arrêter à l'espace bein ha-oulam ? Toute la azara devrait être évacuée. Le rejet Le décret peut rester rabbinique : ce qui compte, c'est que la limite soit VISIBLE. Bein ha-oulam : rien ne sépare du Heikhal -> lo minkera milta : on peut entrer sans y penser. Azara : l'autel extérieur fait écran -> minkera milta : la limite se remarque, pas de décret. Rava Sa thèse La sainteté du Oulam et celle du Heikhal ne font QU'UNE. Le Oulam est donc interdit par la Torah même. Son argument Si c'étaient deux saintetés, le Oulam ne serait interdit que par décret (pour protéger le Heikhal), et bein ha-oulam serait un décret protégeant ce décret : "gezera li-gzera" -- on n'en édicte pas. Le rejet Il n'y a jamais eu deux étages de décret. Oulam + bein ha-oulam = UNE seule kedoucha. Le décret protège le Heikhal en interdisant le Oulam ; l'espace bein ha-oulam est entraîné dans le même décret, non dans un second. Heikhal et Oulam, eux, sont DEUX kedouchot.
Les deux déductions du daf, côté à côté, avec leur rejet respectif. Aucune ne tient : le daf se clôt sans que le statut des ma'alot ni celui du Oulam soit tranché.
8
לֹא, אוּלָם וּבֵין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ חֲדָא קְדֻושָּׁה הִיא, הֵיכָל וְאוּלָם שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת.

Non : le Oulam et l'espace entre le Oulam et l'autel forment une seule sainteté ; le Heikhal et le Oulam, deux saintetés.

📜 Rachi (1)
אוּלָם וּבֵין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ חֲדָא הִיא וְכִי גְּזוּר אוּלָם אַטּוּ הֵיכָל אִימְּשִׁיךְ הָאֲוִיר דְּבֵין הָאוּלָם בְּהַהִיא גְּזֵירָה:
Le Oulam et l'espace entre le Oulam et l'autel ne font qu'un -- et lorsqu'ils ont décrété (le retrait du) Oulam à cause du Heikhal, l'espace (l'air) situé entre le Oulam (et l'autel) s'est trouvé entraîné dans ce même décret.
💡 Explication

Rejet de la seconde déduction. Il n'y a jamais eu deux étages de décret. Les Sages ont édicté un décret -- interdire le Oulam à cause du Heikhal -- et comme le Oulam et l'espace situé devant lui partagent la même sainteté, cet espace se trouve entraîné dans le même décret, automatiquement, sans qu'on ait besoin d'en formuler un second. Rachi : « l'air de bein ha-oulam a été entraîné dans ce décret ». Le Heikhal et le Oulam, eux, restent bel et bien deux saintetés distinctes.

9
בְּכָל יוֹם הָיָה חוֹתֶה בְּשֶׁל כֶּסֶף וְכוּ׳. מַאי טַעְמָא? הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל.

« Chaque jour, il ramassait (les braises) avec (un encensoir) d'argent, etc. » Quelle en est la raison ? La Torah ménage les biens d'Israël (ha-Torah hassa al mamonan chel Israël).

📜 Rachi (1)
חָסָה עַל מָמוֹנָן וַאֲנַן נָמֵי חַסִּינַן וַחֲתִייַּת גֶּחָלִים שׁוֹחֶקֶת אֶת הַכְּלִי וּמְחַסַּרְתּוֹ:
Ménage les biens -- et nous aussi nous les ménageons. Or le ramassage des braises use l'ustensile et l'amoindrit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּלָא אִתְּמַר הָכִי אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁנִּפְסַד וְנִפְחַת כְּגוֹן הַךְ דְּמַחְתָּה דִּלְקַמָּן (דַּף מד:) , וְכָאן מָה הֶפְסֵד וּפְחַת יֵשׁ לָזֶה אֲפִילּוּ אַחַר כַּמָּה שָׁנִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקַייְמָא לָן בַּגְּמָרָא דִּזְבָחִים (זְבָחִים פח.) כְּלֵי קֹודֶשׁ שֶׁנִּקְּבוּ אוֹ נִסְדְּקוּ אֵין סוֹתְמִין אוֹתָם אֶלָּא מַתִּיכִין אוֹתָם וְעוֹשִׂים אוֹתָם חֲדָשִׁים, וְכֵן פָּסַק הָרַמְבַּ"ם (בְּפֶרֶק א' מֵהִלְכוֹת כְּלֵי הַמִּקְדָּשׁ) יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן חָסוּ לְבִלְתִּי עֲשׂוֹת מִזָּהָב מִפְּנֵי הַהֶפְסֵד שֶׁאִם יְנַקֵּב אוֹ יִפָּגֵם מְעַט עַל יְדֵי אֵיזֶה סִיבָּה צָרִיךְ לְהַתִּיכוֹ וְלַעֲשׂוֹתוֹ מֵחָדָשׁ וְיִהְיֶה בָּזֶה הֶפְסֵד הֵן מִצַּד הַהַתָּכָה הֵן מִצַּד הָעֵסֶק וְהַמְּלָאכָה הַחֲדָשָׁה שֶׁלּוֹ. וּמַה שֶׁאָמַר כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיכַּוֵּין וְלִישְׁקוֹל הִקְשׁוּ תּוֹסֶפֶת יְשָׁנִים אִם כֵּן לֹא עָשָׂה מִצְוַת הַגְרָלָה! וְתֵירוּצָם דֹּוחַק, יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחְשְׁדוּ אוֹתוֹ יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּתְכַּוֵּון וְשֶׁקֶל וְאָז לֹא תִּהְיֶה שִׂמְחָתָם שְׁלֵימָה כְּשֶׁרוֹאִין שֶׁעָלָה בְּיָמִין.
« La Torah ménage les biens d'Israël. » Il y a lieu d'objecter : on ne dit cela qu'à propos d'une chose qui s'abîme et se détériore, comme ici pour la mahta (plus bas, 44b) ; mais ici, quelle perte et quelle usure y aurait-il, même au bout de plusieurs années ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous tenons de la guemara de Zevahim (88a) que des ustensiles sacrés percés ou fissurés, on ne les rebouche pas : on les refond et on en fait de neufs -- ainsi a tranché le Rambam (Hilkhot Klei ha-Mikdach, chap. 1), vois-y. C'est pourquoi on a ménagé (les biens) en ne le faisant pas d'or, à cause de la perte : car s'il venait à être percé ou légèrement ébréché pour une raison quelconque, il faudrait le refondre et le refaire à neuf, et il y aurait là une perte, tant du fait de la fonte que du fait du travail et de la façon nouvelle. Et quant à ce qui est dit « afin qu'il ne vise pas et ne prenne pas (délibérément le bon lot) », les Tossefot Yechanim ont objecté : s'il en est ainsi, il n'a pas accompli la mitsva du tirage au sort (hagrala) ! Leur réponse est forcée, vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : afin qu'Israël ne le soupçonne pas d'avoir visé et pris (délibérément), auquel cas leur joie ne serait pas entière lorsqu'ils voient (le lot) monter dans la main droite.
💡 Explication

La guemara passe au commentaire de la michna, qui décrivait la mahta -- l'encensoir à braises avec lequel on prend le feu de l'autel extérieur pour l'apporter à l'encens. Chaque jour, le prêtre ramasse avec un ustensile d'argent et transvase dans un ustensile d'or.

Pourquoi ne pas ramasser directement avec l'or ? Parce que ha-Torah hassa al mamonan chel Israël : la Torah ménage les biens du public. Rachi donne le mécanisme concret -- racler les braises use le métal et l'amoindrit ; autant user l'argent que l'or. Le principe est général et revient partout dans le Talmud.

10
וְהַיּוֹם חוֹתֶה בְּשֶׁל זָהָב וּבָהּ הָיָה מַכְנִיס. מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דְּכֹהֵן גָּדוֹל.

« Et ce jour-là, il ramasse avec (un encensoir) d'or, et c'est avec lui qu'il entrait. » Quelle en est la raison ? À cause de la faiblesse du Cohen gadol.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם חֻולְשָׁא שֶׁטּוֹרֵחַ הוּא לְעָרוֹת מִכְּלִי אֶל כְּלִי:
À cause de la faiblesse -- car transvaser d'un ustensile dans un autre représente une peine.
💡 Explication

Le jour de Kippour, la règle d'économie s'efface devant une autre considération. Le grand prêtre accomplit seul tout le service, à jeun : on lui épargne le transvasement d'un ustensile à l'autre. Un seul encensoir, celui d'or, sert donc au ramassage et à l'entrée dans le Saint des saints. C'est la première des six différences que le daf va détailler.

11
בְּכָל יוֹם בְּשֶׁל אַרְבַּעַת קַבִּין וְכוּ׳. תְּנָא: נִתְפַּזְּרוּ לוֹ קַב גֶּחָלִים, מְכַבְּדָן לָאַמָּה.

« Chaque jour, avec (un encensoir) de quatre kav, etc. » On a enseigné (michna Tamid) : un kav de braises se dispersait, il les balayait vers l'ama (le canal).

📜 Rachi (1)
קַב גֶּחָלִים כְּשֶׁמְּעָרֶה שֶׁל אַרְבַּעַת קַבִּין לְתוֹךְ שֶׁל שְׁלֹשָׁה מִתְפַּזֵּר לוֹ קַב גֶּחָלִים הוּא מְכַבְּדוֹ לְתוֹךְ אַמָּה סִילוֹן שֶׁל עֲזָרָה הַיּוֹצֵאת לְנַחַל קִדְרוֹן:
Un kav de braises -- lorsqu'il transvase (l'encensoir) de quatre kav dans celui de trois, un kav de braises se disperse ; il le balaie dans l'ama, le conduit de la azara qui débouche dans le torrent du Cédron.
💡 Explication

Arithmétique du transvasement : on ramasse dans un ustensile de 4 kav et l'on verse dans un ustensile de 3 kav. Le kav excédentaire tombe à terre. La michna de Tamid précise le sort de ces braises tombées : elles ne sont pas ramassées, on les balaie dans l'ama, le canal d'évacuation qui traverse la azara et se déverse dans le torrent du Cédron.

12
תָּנֵי חֲדָא: קַב, וְתַנְיָא אִידָךְ: קַבַּייִם. בִּשְׁלָמָא הָךְ דְּתָנֵי קַב — רַבָּנַן. אֶלָּא הָךְ דְּתָנֵי קַבַּיִים, מַנִּי? לָא רַבָּנַן וְלָא רַבִּי יוֹסֵי!

Une baraita enseigne : un kav ; une autre enseigne : deux kav (kavayim). Passe encore celle qui enseigne « un kav » : c'est (l'avis des) Sages.

Mais celle qui enseigne « deux kav », de qui est-elle ? Ni des Sages, ni de Rabbi Yossi !

📜 Rachi (1)
וְלֹא רַבִּי יוֹסֵי דְּאִי ר' יוֹסֵי שְׁלֹשָׁה מִתְפַּזְּרִין:
Ni de Rabbi Yossi -- car si c'était Rabbi Yossi, ce sont trois (kav) qui se dispersent.
💡 Explication

Contradiction entre deux baraitot sur la quantité renversée. Le compte des Sages (4 kav vers 3) donne 1 kav : la première baraita est donc la leur. Mais 2 kav ne correspondent à aucun avis connu -- Rabbi Yossi, qui fait ramasser dans une se'a (6 kav) pour verser dans 3 kav, devrait en perdre 3. La suite du daf propose deux solutions : un troisième tana (Rav Hisda) ou une lecture nouvelle des unités de mesure (Rav Achi).

13
אָמַר רַב חִסְדָּא: רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה הִיא, דְּתַנְיָא: רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: בְּשֶׁל קַבַּיִים הָיָה מַכְנִיס.

Rav Hisda dit : c'est (l'avis de) Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, comme on l'a enseigné : Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : c'est avec (un encensoir) de deux kav qu'il entrait.

📜 Rachi (1)
בְּשֶׁל קֻבִּיִּין הָיָה מַכְנִיס וְחוֹתֶה בְּשֶׁל ד' קַבִּין כְּרַבָּנָן שֶׁאָמְרוּ בְּשֶׁל ד' קַבִּין הָיָה חוֹתֶה:
Avec (celui) de deux kav il entrait -- et il ramasse avec celui de quatre kav, comme les Sages qui ont dit qu'il ramassait avec celui de quatre kav.
💡 Explication

Première solution : un troisième avis. Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka retient le ramassage des Sages (4 kav) mais réduit l'ustensile d'arrivée à 2 kav. Différence : 2 kav. La baraita orpheline retrouve ainsi son auteur.

14
רַב אַשִּׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי, וְהָכִי קָאָמַר: בְּכָל יוֹם הָיָה חוֹתֶה בְּשֶׁל סְאָה מִדְבָּרִית, וּמְעָרֶה לְתוֹךְ שְׁלֹשֶׁת קַבִּין יְרוּשַׁלְמִיּוֹת.

Rav Achi dit : tu peux même dire (que c'est) Rabbi Yossi, et voici ce qu'il dit : chaque jour il ramassait avec (un encensoir) d'une se'a du désert (midbarit), et il transvasait dans (un encensoir) de trois kav de Jérusalem.

📜 Rachi (1)
סְאָה מִדְבָּרִית שֵׁשֶׁת קַבִּין מִדְבָּרִיּוֹת וּכְשֶׁבָּאוּ לִירוּשָׁלַיִם הוֹסִיפוּ שְׁתוּת עַל הַמִּדּוֹת וְנַעֲשׂוֹת שֵׁשֶׁת קַבִּין מִדְבָּרִיּוֹת חָמֵשׁ יְרוּשַׁלְמִיּוֹת וּכְשֶׁחוֹתֶה בְּשֶׁל סְאָה מִדְבָּרִית מְעָרָה לְתוֹךְ שְׁלֹשֶׁת קַבִּין יְרוּשַׁלְמִיּוֹת נִתְפַּזְּרוּ לוֹ קֻבִּיִּין יְרוּשַׁלְמִיּוֹת:
Une se'a du désert -- six kav du désert. Lorsqu'ils vinrent à Jérusalem, ils ajoutèrent un sixième aux mesures, de sorte que six kav du désert deviennent cinq kav de Jérusalem. Et lorsqu'il ramasse avec (l'encensoir) d'une se'a du désert et transvase dans celui de trois kav de Jérusalem, ce sont deux kav de Jérusalem qui se dispersent.
💡 Explication

Seconde solution, plus élégante : pas de troisième tana, mais deux systèmes de mesures. Les mesures dites du désert (celles de la Torah) ont été majorées d'un sixième lorsqu'on est arrivé à Jérusalem. Une se'a du désert = 6 kav du désert = 5 kav de Jérusalem. Si l'on verse cette se'a dans un ustensile de 3 kav de Jérusalem, il reste exactement 2 kav. Rabbi Yossi devient donc l'auteur de la seconde baraita, sans rien changer à son avis.

🖼️ Schéma
Combien de braises se dispersent ? Les quatre comptes On ramasse dans un grand encensoir, on transvase dans un plus petit : la différence se répand à terre et part à l'ama (le canal). avis on ramasse on transvase dans disperse baraita Les Sages (rabanan) le tana anonyme de la michna 4 kav 3 kav 1 kav "un kav" Rabbi Yossi une se'a = 6 kav 1 se'a = 6 kav 3 kav 3 kav aucune R. Yichmael fils de R. Yo'hanan ben Beroka réponse de Rav Hisda : il ramasse comme les Sages, mais entre avec 2 kav 4 kav 2 kav 2 kav "deux kav" Rav Achi : c'est encore Rabbi Yossi la se'a est celle du DÉSERT ; le petit encensoir se compte en kav de JÉRUSALEM Jérusalem a ajouté un sixième aux mesures : 6 kav du désert = 5 kav de Jérusalem 1 se'a du désert = 5 kav de Jérusalem 3 kav de Jérusalem 2 kav "deux kav"
Les quatre comptes possibles et la baraita à laquelle chacun correspond. Rav Hisda résout par un nouvel auteur, Rav Achi par un changement d'unité.
15
בְּכָל יוֹם הָיְתָה כְּבֵידָה, וְהַיּוֹם קַלָּה. תַּנָּא, בְּכָל יוֹם הָיְתָה גִּלְדָּהּ עָבֶה, וְהַיּוֹם רַךְ. בְּכָל יוֹם הָיְתָה קְצָרָה, וְהַיּוֹם אֲרֻוכָּה. מַאי טַעְמָא — כְּדֵי שֶׁתְּהֵא זְרוֹעוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל מְסַיַּיעְתּוֹ.

« Chaque jour elle était lourde, et ce jour-là légère. » On a enseigné : chaque jour sa paroi (gueld) était épaisse, et ce jour-là mince ; chaque jour elle était courte, et ce jour-là longue. Quelle en est la raison ?

Afin que le bras du Cohen gadol lui vienne en aide.

📜 Rachi (2)
הָיָה גִּלְדָּהּ עָבָה דָּופְנָהּ עָבָה לְכָךְ הָיְתָה כְּבֵדָה:
Sa croûte était épaisse -- sa paroi était épaisse, c'est pourquoi elle était lourde.
רַךְ דַּק:
Mince (rakh) -- fine.
💡 Explication

Trois différences de plus, toutes commandées par le même souci : soulager le grand prêtre. La paroi plus mince explique le poids moindre -- ce n'est donc pas une quatrième différence mais la cause de la troisième. Le manche allongé permet d'appuyer l'encensoir contre l'avant-bras au lieu de le porter à bout de bras : « que son bras lui vienne en aide ».

🖼️ Schéma
La mahta (l'encensoir à braises) : chaque jour / le jour de Kippour Six différences enseignées par la michna et la baraita. Deux logiques les commandent : épargner l'argent public, ménager le grand prêtre à jeun. CHAQUE JOUR argent manche court paroi épaisse -> lourde | pas de niachtik YOM KIPPOUR or manche long niachtik paroi mince -> légère chaque jour Yom Kippour pourquoi on ramasse à l'argent on ramasse à l'or la Torah ménage les biens d'Israël 2 ustensiles (on transvase) 1 seul ustensile faiblesse du Cohen gadol lourde légère faiblesse du Cohen gadol paroi épaisse paroi mince c'est ce qui la rend légère manche court manche long le bras lui vient en aide (appui) pas de niachtik un niachtik Ben ha-Segan Qu'est-ce que le niachtik ? Rachi : un anneau qui cliquette ("on entendra son bruit", Ex 28,35). Yerouchalmi et Riva : un étui de cuir cloué au manche, pour ne pas se brûler.
Récapitulatif des six différences entre la mahta de chaque jour et celle de Kippour, avec la raison de chacune.
16
תַּנָּא, בְּכָל יוֹם לֹא הָיָה לָהּ נִיאַשְׁתִּיק, וְהַיּוֹם הָיָה לָהּ נִיאַשְׁתִּיק. דִּבְרֵי בֶּן הַסְּגָן.

On a enseigné : chaque jour elle n'avait pas de niachtik, et ce jour-là elle avait un niachtik. Ce sont les paroles de Ben ha-Segan (le fils de l'adjoint du grand prêtre).

📜 Rachi (1)
נִיאַשְׁתִּיק טַבַּעַת בְּרֹאשָׁהּ שֶׁמְּקַשְׁקֵשׁ וּמַשְׁמִיעַ קוֹל מִשּׁוּם וְנִשְׁמַע קוֹלוֹ בְּבוֹאוֹ וְגוֹ' (שְׁמוֹת כ״ח:ל״ה):
Niachtik -- un anneau à son extrémité, qui cliquette et fait entendre un son, en raison de « et l'on entendra son bruit lorsqu'il entrera, etc. » (Ex 28,35).
🗂️ Tossefot (1)
בְּכָל יוֹם לֹא הָיָה נִיאַשְׁתִּיק פרש"י טַבַּעַת לְהַשְׁמִיעַ קוֹל כְּדִכְתִיב וְנִשְׁמַע קוֹלוֹ בְּבוֹאוֹ אֶל הַקֹּודֶשׁ וּבַיְּרוּשַׁלְמִי גָּרְסִינַן נַרְתֵּק שֶׁלֹּא יִכָּווֶה וְנִרְאֶה לְרִיבָ"א כְּעֵין נַרְתֵּק שֶׁל עוֹר הָיָה עָשׂוּי סָבִיב יָדָהּ שֶׁל מַחְתָּה לֶאֱחֹוז בָּהּ שֶׁלֹּא יִכָּווֶה מִשּׁוּם דְּכָל כְּלִי מַתָּכוֹת חַם מִקְצָתוֹ חַם כֻּולּוֹ וּלְפִיכָךְ הָיָה צָרִיךְ הַיּוֹם נַרְתֵּק יוֹתֵר מִבִּשְׁאָר יָמִים לְפִי שֶׁהָיוּ הַגֶּחָלִים שׁוֹהִים בַּמַּחְתָּה זְמַן מְרֻובֶּה עַד שֶׁהָיְתָה חַמָּה הַרְבֵּה וְשׁוּב מוֹצִיא אוֹתָהּ שֶׁהִיא אַחַת מֵהָעֲבוֹדוֹת הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה וּפָרִיךְ בַּיְּרוּשַׁלְמִי וְאֵינוֹ חוֹלֵץ וּמְשַׁנֵּי קוֹבְעוֹ בְּמַסְמֵר כְּלוֹמַר עַל יְדֵי מַסְמְרִין הָיָה נִקְבַּע אוֹתוֹ נַרְתֵּק לְבֵית יָד שֶׁיְּהֵא בָּטֵל וִיחַשֵּׁב כְּגוּף הַמַּחְתָּה:
Chaque jour elle n'avait pas de niachtik -- Rachi a expliqué : un anneau destiné à faire entendre un son, comme il est écrit « et l'on entendra son bruit lorsqu'il entrera dans le sanctuaire ». Mais dans le Talmud de Jérusalem la leçon est nartek (un étui), afin qu'il ne se brûle pas. Et il paraissait au Riva qu'il s'agissait d'une sorte d'étui de cuir fait autour du manche de la mahta, pour la saisir sans se brûler -- car pour tout ustensile de métal, si une partie est chaude, le tout est chaud. C'est pourquoi il fallait ce jour-là un étui plus que les autres jours, parce que les braises demeuraient longtemps dans l'encensoir, jusqu'à ce qu'il devienne très chaud, et qu'il l'en ressort ensuite -- car la sortie de la cuiller et de l'encensoir est l'un des services (du jour). Et le Talmud de Jérusalem objecte : ne le retire-t-il pas (l'étui n'est-il donc pas une pièce séparée) ? Et il répond : il le fixe au clou -- c'est-à-dire que cet étui était fixé au manche par des clous, de sorte qu'il devienne annexe et soit tenu pour le corps même de la mahta.
💡 Explication

Sixième différence, et le mot niachtik est obscur -- d'où deux lectures. Rachi : un anneau fixé à l'extrémité du manche, qui cliquette et fait entendre un son, en écho au verset sur les clochettes du grand prêtre, « on entendra son bruit lorsqu'il entrera » (Ex 28,35).

Tossefot, suivant le Talmud de Jérusalem, lit nartek : un étui de cuir entourant le manche pour ne pas se brûler -- car dans un ustensile de métal, « si une partie est chaude, le tout est chaud », et ce jour-là les braises séjournent longtemps dans l'encensoir. Le Yerouchalmi objecte que cet étui ferait pièce rapportée ; réponse : il est cloué au manche, donc annexé et compté comme le corps même de l'ustensile.

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בְּכָל יוֹם הָיָה זְהָבָהּ יָרֹוק. אָמַר רַב חִסְדָּא: שִׁבְעָה זְהָבִים הֵן: זָהָב, וְזָהָב טוֹב, וְזָהָב אוֹפִיר, וְזָהָב מוּפָז, וְזָהָב שָׁחוּט, וְזָהָב סָגוּר, וְזָהָב פַּרְוָיִם. זָהָב וְזָהָב טוֹב, דִּכְתִיב: ״וּזֲהַב הָאָרֶץ הַהִוא טוֹב״. זָהָב אוֹפִיר — דְּאָתֵי מֵאוֹפִיר. זָהָב מוּפָז —

« Chaque jour son or était verdâtre (yarok). » Rav Hisda dit : il y a sept (sortes d')or : l'or ; l'or bon (tov) ; l'or d'Ofir ; l'or moufaz ; l'or chahout ; l'or sagour ; l'or parvayim. « L'or » et « l'or bon » -- ainsi qu'il est écrit : « et l'or de ce pays-là est bon » (Gn 2,12).

L'or d'Ofir -- parce qu'il vient d'Ofir. L'or moufaz --

📜 Rachi (1)
וּזֲהַב הָאָרֶץ הַהִוא טוֹב מִכְּלָל דְּאִיכָּא זָהָב סְתָמָא:
« Et l'or de ce pays-là est bon » -- d'où il ressort qu'il existe (aussi) un or sans qualificatif.
🗂️ Tossefot (1)
זָהָב טוֹב מְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי כְּשֶׁצּוֹרְפִים אוֹתוֹ אֵינוֹ נֶחְסַר כְּלוּם זָהָב מוּפָז עַל שֵׁם מְקוֹמוֹ:
L'or bon -- le Talmud de Jérusalem explique : lorsqu'on l'affine, il ne perd rien (de sa masse). L'or moufaz -- (nommé) d'après son lieu (d'origine).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא: שִׁבְעָה זְהָבִים הֵם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהֵם שִׁבְעָה מִינִים כִּי הַזָּהָב הוּא סוֹד הַגְּבוּרוֹת וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁהַגְּבוּרוֹת הֵם חֲמִשָּׁה וְיֵשׁ בָּהֶם בְּחִינַת הִתְפַּשְּׁטוּת וּבְחִינַת כְּלָלוּת דְּהַיְינוּ כִּי הָהּ׳ גְּבוּרוֹת מִתְפַּשְּׁטִים בחג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] וְנֶצַח וְהוֹד בְּסוֹד הִתְפַּשְּׁטוּת וּבִיסוֹד הוּא כְּלָלוּת כָּל הָהּ׳ גְּבוּרוֹת וּבְמַלְכוּת כְּלָלוּת דִּכְלָלוּת. נִמְצָא סוֹד הַהִתְפַּשְּׁטוּת הוּא בַּחֲמִשָּׁה וְסוֹד הַכְלָלוֹת הוּא בִּשְׁתֵּי סְפִירוֹת יְסוֹד וּמַלְכוּת וְזֶה נִרְמַז בְּאוֹתִיּוֹת זָהָב שֶׁהוּא אוֹת ז ' קָאֵי עַל הַהִתְפַּשְּׁטוּת וְהַכְלָלוֹת שֶׁהוּא בְּשִׁבְעָה סְפִירוֹת וְאוֹת הַ ' כְּנֶגֶד הִתְפַּשְּׁטוּת לְבַדָּהּ וְאוֹת ב ' כְּנֶגֶד הַהִתְכַּלְּלוּת לְבַדָּהּ וְלָכֵן שִׁבְעָה זְהָבִים הֵם כְּנֶגֶד ז' סְפִירוֹת שֶׁל הִתְפַּשְּׁטוּת וְהִתְכַּלְּלוּת.
« Rav Hisda dit : il y a sept ors. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle ils sont sept espèces tient à ce que l'or est le sod (secret) des guevourot (les rigueurs). Et l'on sait ce qu'a dit notre maître le Ari za'l : les guevourot sont cinq, et il y a en elles un aspect d'expansion (hitpachtout) et un aspect d'inclusion globale (kelalout). C'est-à-dire que les cinq guevourot se déploient dans HaGaT ('hessed, guevoura, tiferet), netsa'h et hod, selon le sod de l'expansion ; dans yessod se trouve l'inclusion de l'ensemble des cinq guevourot ; et dans malkhout, l'inclusion de l'inclusion. Il se trouve ainsi que le sod de l'expansion est dans cinq (sefirot) et le sod de l'inclusion dans deux sefirot, yessod et malkhout. Cela est suggéré dans les lettres du mot zahav (or) : la lettre zayin (= 7) renvoie à l'expansion et à l'inclusion prises ensemble, qui sont dans sept sefirot ; la lettre hé (= 5) correspond à l'expansion seule ; et la lettre bet (= 2) correspond à l'inclusion seule. C'est pourquoi il y a sept ors, correspondant aux sept sefirot de l'expansion et de l'inclusion.
💡 Explication

La michna opposait l'or verdâtre des autres jours à l'or rouge de Kippour : la guemara en profite pour ouvrir une petite encyclopédie. Rav Hisda dénombre sept appellations de l'or dans l'Écriture et entreprend de les expliquer une à une.

Trois seulement sont traitées ici. « L'or » simple existe puisque le verset a besoin de préciser ailleurs « bon » (Rachi). L'or bon, selon le Yerouchalmi cité par Tossefot, ne perd rien de sa masse à l'affinage. L'or d'Ofir tire son nom de sa provenance. Le daf s'interrompt sur « l'or moufaz -- » : la réponse ouvre le daf suivant.

🖼️ Schéma
Les sept ors de Rav Hisda Trois sont expliqués ici ; l'explication des quatre autres commence à la dernière ligne du daf et se poursuit en 45a. 1. zahav -- l'or (simple) Il existe forcément un or "sans qualificatif", puisque le verset précise ailleurs "bon" (Rachi) 2. zahav tov -- l'or bon "et l'or de ce pays-là est bon" (Gn 2,12). Yerouchalmi : à l'affinage il ne perd rien de sa masse. 3. zahav Ofir Nommé d'après sa provenance : il vient du pays d'Ofir (I Rois 10,11). 4 à 7 : le daf s'arrête au milieu de la phrase -- la suite en 45a 4. moufaz Tossefot : d'après son lieu 5. chahout I Rois 10,17 6. sagour I Rois 10,21 7. parvayim II Chr 3,6 Ben Yehoyada (sod) : pourquoi SEPT ? L'or est le secret des guevourot. Cinq guevourot s'étendent (hitpachtout), deux les rassemblent (yessod, malkhout). Les lettres de zahav le disent : z = 7, h = 5, b = 2.
Les sept ors de Rav Hisda. Le daf n'en explique que trois et s'arrête au milieu du quatrième ; la suite est en 45a.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).