Yoma 45a -- fin des sept ors, les différences de la michna (encens, rampe, kiton d'or) et la grande mahloket sur le nombre de ma'arakhot

Yoma 45a

Sougya : Le daf achève la liste des sept ors ouverte en 44b -- chahout, sagour, parvayim -- avant que Rav Achi n'y remette de l'ordre : il n'y a que cinq variétés, chacune en deux qualités, et l'or rouge de la mahta de Kippour prouve l'existence du parvayim. La guemara commente ensuite, en série, quatre différences de la michna : l'encens broyé daka min ha-daka, la montée au milieu de la rampe et non par son bord est, le kiddouch yadayim ve-raglayim au kiton d'or -- les deux dernières pour un seul motif, l'honneur du kohen gadol.

La seconde moitié du amoud est occupée par une mahloket de comptage : combien de ma'arakhot, de tas de bois, brûlent sur l'autel ? Rabbi Yehouda dit deux, Rabbi Yossi trois (il ajoute le kiyoum ha-ech), Rabbi Meir quatre (il ajoute les evarim ou-fedarim inachevés) -- et chacun un de plus à Kippour, pour les braises du Saint des saints.

Notre michna suit Rabbi Meir. La guemara distribue alors les mentions du feu dans les versets : ce que l'un affecte à un tas, l'autre doit l'affecter ailleurs, d'où le détour par la hatsatat alita -- où allume-t-on le petit bois, et un zar pourrait-il le faire au soufflet depuis le sol ?

Les quatre différences de la michna commentées dans ce amoud La michna oppose le rite de chaque jour à celui de Yom Kippour. La guemara demande à chaque fois : ma taama, quelle en est la raison ? Objet Chaque jour Yom Kippour 1. Mouture de la ketoret Ex 30,36 : et tu en broieras fin daka -- broyée fin daka min ha-daka plus fin que fin (Lev 16,12 : daka) 2. Montée sur la rampe kevesh, au sud de l'autel côté EST de la rampe tout tour se fait vers la droite au MILIEU, montée et descente raison : kevodo chel kohen gadol 3. Sanctification mains-pieds kiddouch yadayim ve-raglayim au kiyor (la vasque) au kiton d'or raison : kevodo chel kohen gadol 4. Ma'arakhot sur l'autel les tas de bois disposés quatre cinq notre michna suit donc Rabbi Meir
Les quatre différences de la michna que la guemara commente dans ce amoud : la mouture de l'encens, la montée sur la rampe, la sanctification des mains et des pieds, et le nombre de ma'arakhot.
Combien de ma'arakhot sur l'autel ? La carte des trois avis Une ma'arakha est un tas de bois disposé et allumé sur l'autel extérieur. Chaque tana compte différemment, et chacun doit trouver un verset pour chaque tas. Rabbi Yehouda 2 chaque jour / 3 à Kippour Rabbi Yossi 3 chaque jour / 4 à Kippour Rabbi Meir 4 chaque jour / 5 à Kippour -- c'est notre michna 1. Ma'arakha guedola le grand tas : olot et emourim 1. Ma'arakha guedola le grand tas : olot et emourim 1. Ma'arakha guedola le grand tas : olot et emourim 2. Ma'arakha chenia braises pour la ketoret quotidienne 2. Ma'arakha chenia braises pour la ketoret quotidienne 2. Ma'arakha chenia braises pour la ketoret quotidienne -- il n'en compte pas -- 3. Kiyoum ha-ech réserve de bois pour raviver le feu 3. Kiyoum ha-ech réserve de bois pour raviver le feu -- il n'en compte pas -- -- il n'en compte pas -- 4. Evarim ou-fedarim membres et graisses restés de la veille + 1 à Yom Kippour seulement : la ma'arakha ajoutée ce jour-là on y prend les braises de la ketoret de lifnai ve-lifnim (le Saint des saints). Les trois tanaim s'accordent sur cet ajout : c'est le +1 de la michna. D'où chacun tire-t-il ses tas ? Lev 6,2 : ha-ola al mokda -- grande Lev 6,2 : ve-ech ha-mizbeah -- ketoret Lev 6,5 (ve-ha-ech) : sert ailleurs -- hatsatat alita au sommet de l'autel le vav de ve-ech : il ne l'expose pas Lev 6,2 : ha-ola al mokda -- grande Lev 6,2 : ve-ech ha-mizbeah -- ketoret Lev 6,5 (ve-ha-ech) : kiyoum ha-ech alita : depuis Lev 1,7, comme R. Chimon le vav de ve-ech : il ne l'expose pas Lev 6,2 : ha-ola al mokda -- grande Lev 6,2 : ve-ech ha-mizbeah -- ketoret Lev 6,5 (ve-ha-ech) : kiyoum ha-ech le VAV de ve-ech : evarim ou-fedarim lui seul expose le vav
La mahloket centrale du daf : combien de tas de bois sur l'autel ? Rabbi Yehouda 2, Rabbi Yossi 3, Rabbi Meir 4 -- plus un à Kippour pour la ketoret du Saint des saints. Notre michna suit Rabbi Meir.
Quatre mentions du feu, quatre enseignements à distribuer Chaque tana a le même stock de versets et un nombre de tas différent : ce qui reste libre chez l'un doit servir à autre chose chez l'autre. Lev 6,2 : hi ha-ola al mokda c'est la ola sur son foyer, sur l'autel, toute la nuit Ma'arakha guedola -- le grand tas accepté par tous les trois Lev 6,2 : ve-ech ha-mizbeah et le feu de l'autel y sera maintenu allumé Ma'arakha chenia -- celle de la ketoret accepté par tous les trois ; le VAV en plus : R. Meir Lev 6,5 : ve-ha-ech al ha-mizbeah et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé -- troisième mention du feu c'est ici que les avis se séparent R. Yossi (et R. Meir) : kiyoum ha-ech un tas de plus, pour entretenir le feu R. Yehouda : hatsatat alita on allume les brindilles AU SOMMET de l'autel Lev 1,7 : ve-natnou bnei Aharon ha-kohen ech al ha-mizbeah les fils d'Aharon le cohen mettront du feu sur l'autel R. Yehouda : alita par un cohen apte, revêtu des habits du service R. Chimon (donc R. Yossi) : alita au sommet de l'autel -- pas besoin d'un verset pour le cohen Nafka mina du débat R. Yehouda / R. Chimon : un zar pourrait-il rester au sol et attiser au soufflet ? R. Yehouda dit qu'il fallait un verset pour l'exclure.
Le même stock de versets, des comptes différents : ce qu'un tana affecte à un tas, l'autre doit l'affecter à autre chose -- d'où le détour par l'allumage des brindilles (hatsatat alita).
1
שֶׁדּוֹמֶה לְפָז. זָהָב שָׁחוּט — שֶׁנִּטְוָה כְּחוּט. זָהָב סָגוּר — בְּשָׁעָה שֶׁנִּפְתָּח כָּל הַחֲנוּיוֹת נִסְגָּרוֹת. זָהָב פַּרְוָיִם — שֶׁדּוֹמֶה לְדַם הַפָּרִים.

-- parce qu'il ressemble au paz (l'or fin). L'or chahout (filé) -- parce qu'on le file comme un fil.

L'or sagour (fermé) -- à l'heure où (sa boutique) s'ouvre, toutes les (autres) boutiques se ferment. L'or parvayim -- parce qu'il ressemble au sang des taureaux (parim).

📜 Rachi (3)
שֶׁדּוֹמֶה לְפָז מַצְהִיב כְּמַרְגָּלִית:
Parce qu'il ressemble au paz -- il brille d'un éclat jaune comme une perle (margalit).
שֶׁנִּטְווָה כְּחוּט מִפְּנֵי שֶׁהוּא רַךְ:
Parce qu'on le file comme un fil -- parce qu'il est mou (donc malléable).
כָּל הַחֲנוּיוֹת נִסְגָּרוֹת שֶׁאֵין מֶכֶר לְזָהָב אַחֵר מִפְּנֵי זֶה:
Toutes les boutiques se ferment -- car aucun autre or ne trouve plus preneur à cause de celui-ci.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la fin de la liste des sept ors de Rav Hisda, commencée à la fin de 44b. Chaque nom biblique de l'or reçoit une étymologie : le moufaz brille comme le paz ; le chahout est si malléable qu'on peut le filer (chenitve ke-hout, d'où son nom) ; le sagour est si recherché que toutes les autres boutiques d'orfèvrerie ferment dès qu'on en met en vente ; le parvayim est rouge comme le sang des taureaux (parim).

Cette liste n'est pas ornementale : la michna a enseigné que la mahta (l'encensoir) de Yom Kippour était d'un or particulier, ce qui a ouvert la discussion sur les variétés d'or.

🖼️ Schéma
Les sept ors -- et pourquoi Rav Achi n'en compte que cinq Rav Hisda comptait sept ors ; notre passage achève d'expliquer les quatre derniers noms, puis Rav Achi corrige le compte. zahav l'or simple zahav tov le bon or Ofir / moufaz moufaz : brille comme le paz chahout si mou qu'on le filé comme un fil sagour dès qu'il s'en vend, les autres ferment parvayim rouge comme le sang des parim deux noms selon Rav Hisda cinq variétés nommées Rav Achi : hamicha hen -- il n'y en a que CINQ zahav et zahav tov ne sont pas deux catégories : ce sont deux qualités présentes DANS chacune des cinq. Chaque variété x 2 qualités ex. or d'Ofir : un or ordinaire (avec scories) et un bon or (sans scories) -- idem pour les cinq Preuve (tania nami hakhi) : la mahta de Kippour chaque jour son or était verdâtre ; ce jour-là, rouge -- c'est le parvayim, couleur du sang des taureaux
Les sept ors de Rav Hisda, leurs étymologies, et la correction de Rav Achi : cinq variétés, chacune en deux qualités.
2
רַב אַשִּׁי אָמַר: חֲמִשָּׁה הֵן, וְכָל חַד וְחַד אִית בֵּיהּ זָהָב וְזָהָב טוֹב. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: בְּכָל יוֹם הָיָה זְהָבָהּ יָרֹוק, וְהַיּוֹם אָדֹום — וְהַייְנוּ זְהַב פַּרְוַיִם שֶׁדּוֹמֶה לְדַם הַפָּרִים.

Rav Achi dit : il y en a cinq, et chacun d'eux comporte (une qualité) « or » et (une qualité) « bon or ». On a enseigné de même (dans une baraita) : chaque jour son or était verdâtre, et ce jour-là rouge -- et c'est l'or parvayim, qui ressemble au sang des taureaux.

📜 Rachi (1)
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי דְּעַל שֵׁם שֶׁדּוֹמֶה לְדַם הַפָּרִים נִקְרָא זָהָב פַּרְוָיִם בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (ב ג):
On a enseigné de même -- (à savoir) que c'est parce qu'il ressemble au sang des taureaux qu'il est appelé zahav parvayim dans Divrei ha-Yamim (II Chroniques 3,6).
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַב אָשֵׁי אָמַר : חֲמִשָּׁה הֵן , וְכָל חַד וְחַד אִית בֵּיהּ " זָהָב " ו " זָהָב טוֹב ". פֵּירוּשׁ זָהָב סְתָם הוּא הַמָּצוּי בְּיַד כָּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סִיגִים וְ'זָהָב טוֹב' הוּא שֶׁאֵין בּוֹ סִיגִים וּשְׁתַּיִם אֵלּוּ נִמְצָאִים בְּכָל אוֹתָם הַחֲמִשָּׁה דֶּרֶךְ מָשָׁל זָהָב אוֹפִיר יֵשׁ בּוֹ זָהָב סְתָם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סִיגִים וְזָהָב טוֹב שֶׁאֵין בּוֹ סִיגִים וְכֵן בְּכוּלְּהוּ.
« Rav Achi dit : il y en a cinq, et chacun d'eux comporte or et bon or. » Explication : l'or simple (zahav stam) est celui que l'on trouve chez tout un chacun et qui contient des scories (sigim) ; le « bon or » (zahav tov) est celui qui n'a pas de scories. Et ces deux-là se rencontrent dans chacune des cinq variétés : par exemple l'or d'Ofir comporte un or simple, qui a des scories, et un bon or, sans scories -- et ainsi pour toutes.
בְּכָל יוֹם הָיָה זְהָבָהּ יָרֹוק, וְהַיּוֹם אָדָם וְהַיְנוּ: "זָהָב פַּרְוָיִם". מַקְשִׁים לָמָּה בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים יִהְיֶה דּוֹמֶה לְדַם פָּרִים וַהֲלֹא זָהָב סָגוּר הוּא יָקָר יוֹתֵר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי זֶה הַיּוֹם נִקְרָא יוֹם הַכִּפּוּרִים וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַפָּסוּק (וַיִּקְרָא כג, כז) 'אַךְ בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי הַזֶּה יוֹם הַכִּפֻּרִים הוּא מִקְרָא קֹדֶשׁ יִהְיֶה לָכֶם' וְנִקְרָא כִּפּוּרִים מָלֵא בְּוָא"ו, וְאִם תָּסִיר כ"ו מִן כ פ ו רִים יִשָּׁאֵר פָּרִים , וְהוּא כִּי אוֹתִיּוֹת פָּרִים מוֹרִים עַל הַדִּין כִּי מנצפ"ך הוּא פ"ר דִּינִים וְהֵם כְּפוּלִים הֲרֵי הֵם פָּרִים לְשׁוֹן רַבִּים, וְיִתְמַתְּקוּ עַל יְדֵי הָעֲבוֹדָה שֶׁעוֹשִׂים אוֹתוֹ הַיּוֹם לְשֵׁם ה' וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (וַיִּקְרָא טז, ל) 'כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר אֶתְכֶם מִכֹּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי ה' תִּטְהָרוּ' כְּלוֹמַר כָּל עֲבֹודַתְכֶם תִּהְיֶה בִּקְדֻושַּׁת הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁהִיא לִפְנֵי ה' גַּם תְּכֻונּוּ לְשֵׁם ה' וְאָז תִּטְהָרוּ שֶׁתֻּושְׁלַם כַּפָּרָה שֶׁלָּכֶם בְּמִיתּוּק הַדִּינִים שֶׁיִּתְחַבְּרוּ אוֹתִיּוֹת כ"ו שֶׁהֵם מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה עִם אוֹתִיּוֹת 'פָּרִים' שְׁמוּרִים עַל הַדִּינִין וּבָזֶה יִהְיֶה אֶצְלְכֶם צֵירוּף 'כִּפּוּרִים' לְטַהֵר אֶתְכֶם. וְלָכֵן עוֹשִׂים הַזָּהָב שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם דּוֹמֶה לְדַם הַפָּרִים לְהוֹרוֹת שֶׁצְּרִיכִין הַיּוֹם הַזֶּה לְהַשְׁלִים וּלְתַקֵּן אוֹתִיּוֹת 'פָּרִים' לַעֲשׂוֹתָם 'כִּפּוּרִים' עַל יְדֵי הַכַּוָּנָה שֶׁתִּהְיֶה לְשֵׁם ה' שֶׁהוּא מִסְפַּר כ"ו. אוֹ יוּבַן בס"ד הַטַּעַם שֶׁעוֹשִׂין אֶת הַמַּחְתָּה מִזָּהָב הַדּוֹמֶה לְדַם הַפָּרִים לִרְמֹוז לוֹ שֶׁצָּרִיךְ אַחַר הַקְטָרַת הַקְּטֹורֶת בִּפְנִים לְהַזּוֹת גַּם כֵּן בִּפְנִים מִדַּם הַפָּר תְּחִילָּה שֶׁאִם שִׁינָּה וְהִזָּה מִדַּם הַשָּׂעִיר תְּחִילָּה עֲבוֹדָתוֹ פְּסוּלָה.
« Chaque jour son or était verdâtre, et ce jour-là rouge, et c'est l'or parvayim. » On demande : pourquoi, le jour de Kippour, (l'or) ressemblerait-il au sang des taureaux, alors que l'or sagour est plus précieux ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que ce jour est appelé Yom ha-Kippourim, comme le dit le verset (Lev 23,27) : « Or, le dixième jour de ce septième mois, c'est le jour des Kippourim, il y aura pour vous une convocation sainte » -- et kippourim y est écrit plein, avec un vav. Or si tu retires kaf-vav (26) de כ פ ו רים, il reste parim (taureaux). Car les lettres de parim désignent la rigueur (din) : les lettres finales mantsepakh valent pe-rech (280) dinim, et ils sont doubles -- d'où parim, au pluriel. Ces rigueurs sont adoucies par le service (avoda) accompli ce jour-là pour le Nom de Hachem, comme il est dit (Lev 16,30) : « Car en ce jour on fera expiation sur vous pour vous purifier ; de toutes vos fautes, devant Hachem vous serez purs » -- c'est-à-dire : que tout votre service soit accompli dans la sainteté de la pensée (ma'hchava), qui est « devant Hachem », et que vous dirigiez votre intention vers le Nom de Hachem ; alors « vous serez purs », votre expiation sera complète par l'adoucissement des rigueurs, lorsque les lettres kaf-vav -- valeur numérique du Nom Havaya (26) -- se joindront aux lettres parim qui désignent les rigueurs : vous obtiendrez ainsi la combinaison kippourim, « pour vous purifier ». C'est pourquoi on fait l'or de ce jour-là semblable au sang des taureaux : pour enseigner qu'en ce jour il faut parachever et réparer les lettres parim afin d'en faire kippourim, par l'intention dirigée vers le Nom de Hachem, qui vaut kaf-vav. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle on fait la mahta d'un or semblable au sang des taureaux : c'est pour lui rappeler qu'après avoir fait fumer l'encens à l'intérieur, il doit aussi asperger à l'intérieur, et d'abord du sang du taureau -- car s'il a interverti et aspergé d'abord du sang du bouc, son service est passoul (invalide).
💡 Explication

Rav Achi réduit la liste : il n'y a pas sept catégories mais cinq. « Or » et « bon or » ne sont pas deux sortes à part ; ce sont deux qualités (avec ou sans scories) qui se retrouvent à l'intérieur de chacune des cinq variétés nommées.

La preuve (tania nami hakhi) porte sur le dernier nom de la liste : une baraita atteste que l'encensoir de Kippour était rouge alors qu'il était verdâtre le reste de l'année -- c'est bien que le parvayim est une variété réelle et distincte, nommée d'après la couleur du sang des taureaux.

3
בְּכָל יוֹם מַקְרִיב פְּרָס שַׁחֲרִית וְכוּ׳. בְּכָל יוֹם הָיְתָה דַּקָּה, וְהַיּוֹם דַּקָּה מִן הַדַּקָּה. תָּנוּ רַבָּנַן: ״דַּקָּה״ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״וְשָׁחַקְתָּ מִמֶּנָּה הַדַּק״! אֶלָּא, לְהָבִיא דַּקָּה מִן הַדַּקָּה.

« Chaque jour il offre un peras (une demi-mane d'encens) le matin, etc. » Chaque jour (l'encens) était broyé fin (daka), et ce jour-là plus fin que fin (daka min ha-daka). Nos maîtres ont enseigné : que vient enseigner (le mot) « daka » (fin) ?

N'a-t-il pas déjà été dit : « et tu en broieras finement » ! Mais (c'est) pour inclure le plus fin que fin.

📜 Rachi (1)
וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר בְּשֶׁל כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה וְשָׁחַקְתָּ מִמֶּנָּה הַדַּק:
N'a-t-il pas déjà été dit -- à propos de (l'encens) de tous les jours de l'année : « et tu en broieras finement » (Ex 30,36).
💡 Explication

La guemara passe au commentaire de la michna. Le principe de la dracha est ici l'économie du texte : puisque Ex 30,36 exige déjà de broyer l'encens finement pour toute l'année, l'adjectif daka répète à propos de Kippour (Lev 16,12) serait superflu -- il doit donc enseigner un degré supplémentaire.

D'où : daka min ha-daka, plus fin que fin. Le même encens est repassé au pilon la veille de Kippour pour atteindre cette finesse supérieure.

4
בְּכָל יוֹם כֹּהֲנִים עוֹלִין בְּמִזְרָחוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ. דְּאָמַר מָר: כָּל פִּינּוֹת שֶׁאַתָּה פּוֹנֶה לֹא יְהוּ אֶלָּא דֶּרֶךְ יָמִין לַמִּזְרָח.

« Chaque jour, les cohanim montent du côté est de la rampe (kevesh). » Car le Maître a dit : tous les tours que tu tournes ne seront que par la droite, c'est-à-dire vers l'est.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא דֶּרֶךְ יָמִין שֶׁהוּא לַמִּזְרָח שֶׁהֲרֵי הַכֶּבֶשׂ בַּדָּרוֹם לְכָךְ עוֹלֶה בְּמִזְרָחוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ שֶׁסָּמוּךְ לִיפָּנוֹת לְיָמִין:
Seulement par la droite -- qui est vers l'est ; car la rampe est au sud, c'est pourquoi (le cohen) monte du côté est de la rampe, qui est le plus proche (de l'endroit où il devra) tourner vers la droite.
💡 Explication

La rampe est adossée au sud de l'autel ; un cohen qui la gravit à donc l'est à sa droite. Le principe général kol pinot che-ata pone lo yehou ela derekh yamin (tout tour se fait par la droite) impose de contourner l'autel en partant vers l'est.

Monter par le bord est de la rampe, c'est arriver en haut déjà du bon côté : le virage à droite se fait sans traverser la plateforme.

🖼️ Schéma
Par où monte-t-on sur la rampe ? Vue de dessus La rampe (kevesh) est au SUD de l'autel. Le nord est en haut du schéma, l'est à droite. N S O E Mizbeah ha-hitson l'autel extérieur, avec ses ma'arakhot Kevesh (la rampe) chaque jour : côté EST de la rampe on arrive au plus près du virage à droite Yom Kippour : au MILIEU, à la montée comme à la descente honneur du kohen gadol arrivé en haut, il tourne à DROITE, c'est-à-dire vers l'est et contourne l'autel dans le sens inverse des aiguilles Règle générale : kol pinot che-ata pone lo yehou ela derekh yamin -- tous les tours que tu tournes, seulement par la droite.
Vue de dessus : la rampe au sud, la montée par le bord est chaque jour, par le milieu à Kippour, et le virage obligatoire vers la droite.
5
וְהַיּוֹם (עוֹלִין) בָּאֶמְצַע (וְיוֹרְדִין) בָּאֶמְצַע. מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ דְּכֹהֵן גָּדוֹל.

« Et ce jour-là (ils montent) au milieu et (descendent) au milieu. » Quelle en est la raison ? À cause de l'honneur du kohen gadol.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ לְהַרְאוֹת חֲשִׁיבוּתוֹ שֶׁהוּא כְּבֶן בַּיִת וּמַקִּיף לְצֹורֶךְ וְשֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ:
À cause de son honneur -- pour montrer son importance : il est comme le maître de maison (ben bayit), et il fait le tour (de l'autel) qu'il en ait besoin ou non.
💡 Explication

Le grand prêtre ne longe pas le bord : il emprunte l'axe de la rampe, à la montée comme à la descente. La raison n'est pas rituelle mais protocolaire -- kevodo chel kohen gadol.

Rachi précise la nuance : marcher au centre et faire le tour de l'autel qu'on en ait besoin ou non, c'est se comporter en ben bayit, en maître de maison chez soi. Le rite met en scène le statut du kohen gadol dans le Temple ce jour-là.

6
בְּכָל יוֹם כֹּהֵן [גָּדוֹל] מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו מִן הַכִּיּוֹר וְכוּ׳. מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל.

« Chaque jour, le kohen [gadol] sanctifie ses mains et ses pieds à partir du kiyor (la vasque), etc. » Quelle en est la raison ? À cause de l'honneur du kohen gadol.

💡 Explication

Même réponse, deuxième application : à Kippour, le grand prêtre puise l'eau du kiddouch yadayim ve-raglayim dans un kiton d'or et non dans le kiyor commun. La guemara traite ces différences en série parce qu'elles relèvent d'un unique principe : l'honneur du kohen gadol.

7
בְּכָל יוֹם הָיוּ שָׁם אַרְבַּע מַעֲרָכוֹת. תָּנוּ רַבָּנַן: בְּכָל יוֹם הָיוּ שְׁתַּיִם מַעֲרָכוֹת, וְהַיּוֹם שָׁלֹשׁ. אַחַת מַעֲרָכָה גְּדוֹלָה, וְאַחַת מַעֲרָכָה שְׁנִיָּה שֶׁל קְטֹורֶת, וְאַחַת שֶׁמּוֹסִיפִין בּוֹ בַּיּוֹם, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

« Chaque jour il y avait là quatre ma'arakhot (dispositions de bois). » Nos maîtres ont enseigné : chaque jour il y avait deux ma'arakhot, et ce jour-là trois : l'une, la grande ma'arakha ; l'une, la seconde ma'arakha, celle de la ketoret ; et l'une, celle qu'on ajoute en ce jour -- paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
שֶׁמּוֹסִיפִין לִבּוֹ בַּיּוֹם לִיטֹּול מִמֶּנָּה גֶּחָלִים לִקְטֹורֶת שֶׁל לִפְנַי וְלִפְנִים אֲבָל קְטֹורֶת שֶׁל מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי הֲרֵי הוּא כִּקְטֹורֶת שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה:
Qu'on ajoute en ce jour -- pour y prendre les braises destinées à la ketoret de lifnai ve-lifnim (le Saint des saints) ; mais la ketoret de l'autel intérieur, elle, est comme la ketoret de toute l'année.
💡 Explication

Nouvelle section de la michna, et immédiatement une difficulté : la michna annonce quatre ma'arakhot par jour, mais la baraita en donne trois comptes différents. Une ma'arakha est un tas de bois disposé et allumé sur l'autel extérieur, chacun ayant sa fonction propre.

Rabbi Yehouda est le plus économe : deux tas ordinaires (le grand tas pour les sacrifices, le second pour les braises de la ketoret quotidienne), plus un le jour de Kippour. Rachi précise à quoi sert cet ajout : on y prend les braises de la ketoret de lifnai ve-lifnim, celle que le kohen gadol fait fumer dans le Saint des saints.

8
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּכָל יוֹם שָׁלֹשׁ, וְהַיּוֹם אַרְבַּע. אַחַת שֶׁל מַעֲרָכָה גְּדוֹלָה, וְאַחַת מַעֲרָכָה שְׁנִיָּה שֶׁל קְטֹורֶת, וְאַחַת שֶׁל קִיּוּם הָאֵשׁ, וְאַחַת שֶׁמּוֹסִיפִין בּוֹ בַּיּוֹם.

Rabbi Yossi dit : chaque jour trois, et ce jour-là quatre : l'une, celle de la grande ma'arakha ; l'une, la seconde ma'arakha, celle de la ketoret ; l'une, celle du maintien du feu (kiyoum ha-ech) ; et l'une, celle qu'on ajoute en ce jour.

📜 Rachi (1)
שֶׁל קִיּוּם הָאֵשׁ שֶׁאִם אֵין אֵשׁ שֶׁל מַעֲרָכָה גְּדוֹלָה מִתְגַּבֵּר מוֹסִיפִין עָלָיו מִזֶּה:
Celle du maintien du feu -- car si le feu de la grande ma'arakha ne prend pas assez de force, on y ajoute (du bois) pris de celle-ci.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר בְּכָל יוֹם ג' וְהַיּוֹם ד' תֵּימַהּ בְּפֶרֶק שֵׁנִי דְּתָמִיד (דַּף כט.) תְּנַן בֵּירְרוּ מִשָּׁם עֲצֵי תְאֵנָה וְכוּ' וּמוּקֵי לְהַהִיא מַתְנִיתִין כְּר' יוֹסֵי בְּפֶרֶק קָדְשֵׁי קָדָשִׁים בְּמַסֶּכֶת זְבָחִים (דַּף נח.) וְהֵיכִי מִתּוֹקְמָא כְּרַבִּי יוֹסֵי וְהָא קָתָנֵי סֵיפָא וְהִצִּיתוּ שְׁתֵּי מַעֲרָכוֹת יָרְדוּ וּבָאוּ לְלִשְׁכַּת הַגָּזִית וּלְרַבִּי יוֹסֵי הָא קָאָמַר בְּכָל יוֹם הָיוּ שָׁם שָׁלֹשׁ וְדֹוחַק הוּא לוֹמַר סָבַר לֵיהּ כְּוָותֵיהּ בַּחֲדָא וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא וי"ל דְּאַכַּתִּי הֲוַאי חֲדָא לְקִיּוּם הָאֵשׁ וְלָא קָא חָשֵׁיב אֶלָּא הָנָךְ תַּרְתֵּי דְּדָמְייָן לַהֲדָדֵי וּמַצִּיתִין אוֹתָן בְּיַחַד וּמֵחַד קְרָא מַפִּיק לְהוּ וְהִקְשָׁה רַבִּי אֶלְחָנָן בַּמִּזְבֵּחַ הַנְּחֹשֶׁת שֶׁלֹּא הָיָה מְקוֹם מַעֲרָכָה אֶלָּא אַמָּה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק קָדְשֵׁי קָדָשִׁים (זְבָחִים דַּף סב:) וְאָמְרִינַן נָמֵי הָתָם גִּיזְרִין שֶׁעָשָׂה מֹשֶׁה אָרְכָּן וְרָחְבָּן אַמָּה א"כ כָּל הָנֵי מַעֲרָכוֹת הֵיכָא הֲווּ קָיְימִי וְצָרִיךְ לוֹמַר בְּאַמָּה שֶׁל הִילּוּךְ רַגְלֵי הַכֹּהֲנִים וְהָיוּ מְסַבְּבִין הַמַּעֲרָכָה גְּדוֹלָה עַד הָנֵי מַעֲרָכוֹת:
« Rabbi Yossi dit : chaque jour trois, et ce jour-là quatre » -- c'est étonnant. Au deuxième chapitre de Tamid (29a), la michna enseigne : « ils trièrent là des bois de figuier, etc. », et au chapitre Kodchei Kodachim de Zevahim (58a) on établit cette michna selon Rabbi Yossi. Or comment peut-on l'établir selon Rabbi Yossi ? Sa fin enseigne : « ils allumèrent les DEUX ma'arakhot, descendirent et vinrent à la Lichkat ha-Gazit » -- alors que Rabbi Yossi dit bien que chaque jour il y en avait trois ! Et il serait forcé de dire qu'il partage son avis sur un point et diverge de lui sur un autre. On peut répondre : il y avait bien encore un (tas) pour le maintien du feu, mais (la michna) ne compte que ces deux-là, qui se ressemblent, qu'on allume ensemble et qu'on tire d'un seul et même verset. Rabbi Elhanan a objecté : sur l'autel de cuivre (celui de Moche), l'emplacement de la ma'arakha n'était que d'une ama (coudée), comme il est dit au chapitre Kodchei Kodachim (Zevahim 62b) ; et l'on y dit également que les bûches que fit Moche avaient une ama de long et une ama de large. S'il en est ainsi, où toutes ces ma'arakhot tenaient-elles ? Il faut dire : sur l'ama réservée au passage des pieds des cohanim ; et ils contournaient la grande ma'arakha (en marchant) jusqu'à ces ma'arakhot.
💡 Explication

Rabbi Yossi ajoute un troisième tas permanent : le kiyoum ha-ech, une réserve de bois destinée à nourrir le grand tas si sa flamme faiblit. Le total passe donc à trois en semaine et quatre à Kippour.

9
רַבִּי (מֵאִיר) אוֹמֵר: בְּכָל יוֹם אַרְבַּע, וְהַיּוֹם חָמֵשׁ. אַחַת שֶׁל מַעֲרָכָה גְּדוֹלָה, וְאַחַת שֶׁל מַעֲרָכָה שְׁנִיָּה שֶׁל קְטֹורֶת, וְאַחַת שֶׁל קִיּוּם הָאֵשׁ, וְאַחַת לְאֵיבָרִים וּפְדָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ מִבָּעֶרֶב, וְאַחַת שֶׁמּוֹסִיפִין בּוֹ בַּיּוֹם.

Rabbi (Meir) dit : chaque jour quatre, et ce jour-là cinq : l'une, celle de la grande ma'arakha ; l'une, celle de la seconde ma'arakha, celle de la ketoret ; l'une, celle du maintien du feu ; l'une, pour les membres et les graisses (evarim ou-fedarim) qui n'ont pas été consumés depuis la veille au soir ; et l'une, celle qu'on ajoute en ce jour.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ שֶׁלֹּא נִיתְּנוּ עַל מַעֲרָכָה אוֹ נִיתְּנוּ וְלֹא הִסְפִּיקוּ לְהִתְעַכֵּל:
Qui n'ont pas été consumés -- (soit) qu'ils n'aient pas été placés sur la ma'arakha, (soit) qu'ils y aient été placés mais n'aient pas eu le temps d'être consumés.
💡 Explication

Rabbi Meir ajoute un quatrième tas permanent, réservé aux evarim ou-fedarim -- les membres et les graisses des sacrifices de la veille dont la combustion n'a pas été achevée. C'est son compte qui donne quatre et cinq : notre michna suit donc Rabbi Meir.

Rachi définit le cas : soit ces morceaux n'ont jamais été placés sur le tas, soit ils y ont été placés mais n'ont pas eu le temps de brûler entièrement.

🖼️ Schéma
Combien de ma'arakhot sur l'autel ? La carte des trois avis Une ma'arakha est un tas de bois disposé et allumé sur l'autel extérieur. Chaque tana compte différemment, et chacun doit trouver un verset pour chaque tas. Rabbi Yehouda 2 chaque jour / 3 à Kippour Rabbi Yossi 3 chaque jour / 4 à Kippour Rabbi Meir 4 chaque jour / 5 à Kippour -- c'est notre michna 1. Ma'arakha guedola le grand tas : olot et emourim 1. Ma'arakha guedola le grand tas : olot et emourim 1. Ma'arakha guedola le grand tas : olot et emourim 2. Ma'arakha chenia braises pour la ketoret quotidienne 2. Ma'arakha chenia braises pour la ketoret quotidienne 2. Ma'arakha chenia braises pour la ketoret quotidienne -- il n'en compte pas -- 3. Kiyoum ha-ech réserve de bois pour raviver le feu 3. Kiyoum ha-ech réserve de bois pour raviver le feu -- il n'en compte pas -- -- il n'en compte pas -- 4. Evarim ou-fedarim membres et graisses restés de la veille + 1 à Yom Kippour seulement : la ma'arakha ajoutée ce jour-là on y prend les braises de la ketoret de lifnai ve-lifnim (le Saint des saints). Les trois tanaim s'accordent sur cet ajout : c'est le +1 de la michna. D'où chacun tire-t-il ses tas ? Lev 6,2 : ha-ola al mokda -- grande Lev 6,2 : ve-ech ha-mizbeah -- ketoret Lev 6,5 (ve-ha-ech) : sert ailleurs -- hatsatat alita au sommet de l'autel le vav de ve-ech : il ne l'expose pas Lev 6,2 : ha-ola al mokda -- grande Lev 6,2 : ve-ech ha-mizbeah -- ketoret Lev 6,5 (ve-ha-ech) : kiyoum ha-ech alita : depuis Lev 1,7, comme R. Chimon le vav de ve-ech : il ne l'expose pas Lev 6,2 : ha-ola al mokda -- grande Lev 6,2 : ve-ech ha-mizbeah -- ketoret Lev 6,5 (ve-ha-ech) : kiyoum ha-ech le VAV de ve-ech : evarim ou-fedarim lui seul expose le vav
Les trois comptes côte à côte, tas par tas, avec la source scripturaire de chacun. La michna, avec ses quatre et cinq, est celle de Rabbi Meir.
10
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת תַּרְתֵּי אִית לְהוּ, מִנָּלַן? אֲמַר קְרָא: ״הִיא הָעֹולָה עַל מוֹקְדָה עַל הַמִּזְבֵּחַ כָּל הַלַּיְלָה״ — זוֹ מַעֲרָכָה גְּדוֹלָה. ״וְאֵשׁ הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ״ — זוֹ מַעֲרָכָה שְׁנִיָּה שֶׁל קְטֹורֶת. וְרַבִּי יוֹסֵי, קִיּוּם הָאֵשׁ מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ: מִ״וְהָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ״.

En tout état de cause, tous s'accordent au moins sur deux (ma'arakhot) : d'où le savons-nous ? Le verset dit : « c'est la ola sur son foyer, sur l'autel, toute la nuit » (Lev 6,2) -- c'est la grande ma'arakha ; « et le feu de l'autel y sera maintenu allumé » (ibid.) -- c'est la seconde ma'arakha, celle de la ketoret.

Et Rabbi Yossi, d'où tire-t-il le maintien du feu ? Il le tire de « et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé » (Lev 6,5).

💡 Explication

La guemara change de registre : après avoir énoncé les avis, elle cherche la source de chaque tas. Le raisonnement est arithmétique -- il faut autant de mentions du feu dans le texte que de tas dans le compte.

Deux tas font consensus, tirés des deux moitiés d'un même verset (Lev 6,2). Rabbi Yossi, qui en veut trois, mobilise la troisième mention du feu (Lev 6,5) pour son kiyoum ha-ech. Question implicite pour la suite : si Rabbi Yehouda n'a que deux tas, à quoi lui sert ce troisième verset ?

🖼️ Schéma
Quatre mentions du feu, quatre enseignements à distribuer Chaque tana a le même stock de versets et un nombre de tas différent : ce qui reste libre chez l'un doit servir à autre chose chez l'autre. Lev 6,2 : hi ha-ola al mokda c'est la ola sur son foyer, sur l'autel, toute la nuit Ma'arakha guedola -- le grand tas accepté par tous les trois Lev 6,2 : ve-ech ha-mizbeah et le feu de l'autel y sera maintenu allumé Ma'arakha chenia -- celle de la ketoret accepté par tous les trois ; le VAV en plus : R. Meir Lev 6,5 : ve-ha-ech al ha-mizbeah et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé -- troisième mention du feu c'est ici que les avis se séparent R. Yossi (et R. Meir) : kiyoum ha-ech un tas de plus, pour entretenir le feu R. Yehouda : hatsatat alita on allume les brindilles AU SOMMET de l'autel Lev 1,7 : ve-natnou bnei Aharon ha-kohen ech al ha-mizbeah les fils d'Aharon le cohen mettront du feu sur l'autel R. Yehouda : alita par un cohen apte, revêtu des habits du service R. Chimon (donc R. Yossi) : alita au sommet de l'autel -- pas besoin d'un verset pour le cohen Nafka mina du débat R. Yehouda / R. Chimon : un zar pourrait-il rester au sol et attiser au soufflet ? R. Yehouda dit qu'il fallait un verset pour l'exclure.
Le stock de versets et sa distribution : chaque tana affecte les mentions du feu différemment, et ce qui reste libre chez l'un sert ailleurs chez l'autre.
11
וְרַבִּי יְהוּדָה: הַהוּא, לְהַצָּתַת אֲלִיתָא הוּא דַּאֲתָא. דְּתַנְיָא, הָיָה רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִנַּיִין לְהַצָּתַת אֲלִיתָא שֶׁלֹּא תְּהֵא אֶלָּא בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ״. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִנַּייִן שֶׁעוֹשֶׂה מַעֲרָכָה לְקִיּוּם הָאֵשׁ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ״.

Et Rabbi Yehouda ? Ce (verset) vient pour l'allumage des alita (les brindilles).

Comme on l'a enseigné : Rabbi Yehouda disait : d'où (sait-on) que l'allumage des brindilles ne doit se faire qu'au sommet de l'autel ? Le verset dit : « et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé ».

Rabbi Yossi dit : d'où (sait-on) qu'on fait une ma'arakha pour le maintien du feu ? Le verset dit : « et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé ».

📜 Rachi (2)
לְהַצָּתַת הָאֲלִיתָא לְהַצִּית בָּהֶן אוֹר מַעֲרָכָה גְּדוֹלָה:
Pour l'allumage des alita -- pour allumer par elles le feu de la grande ma'arakha.
אֲלִיתָא קֵיסָמִים דַּקִּים:
Alita -- de fins copeaux de bois.
💡 Explication

Réponse : le troisième verset n'est pas inemployé chez Rabbi Yehouda -- il enseigne la hatsatat alita, l'allumage du petit bois. Les alita sont, selon Rachi, de fins copeaux avec lesquels on met le feu au grand tas.

L'enjeu pratique : allume-t-on ces copeaux en bas, sur le dallage, pour les monter ensuite enflammés, ou doit-on les allumer en haut de l'autel ? Le verset, qui parle d'un feu sur l'autel, tranche pour la seconde solution. La baraita met ainsi les deux drachot en vis-à-vis : même verset, deux emplois exclusifs l'un de l'autre.

12
וְרַבִּי יוֹסֵי, הַצָּתַת אֲלִיתָא מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מֵהֵיכָא דְּנָפְקָא לֵיהּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן. דְּתַנְיָא: ״וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ״ — לִימֵּד עַל הַצָּתַת אֲלִיתָא שֶׁלֹּא תְּהֵא אֶלָּא בְּכֹהֵן כָּשֵׁר וּבִכְלִי שָׁרֵת, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. אָמַר לוֹ רַבִּי שִׁמְעוֹן: וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ שֶׁזָּר קָרֵב לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ? אֶלָּא, לִימֵּד עַל הַצָּתַת אֲלִיתָא שֶׁלֹּא תְּהֵא אֶלָּא בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ.

Et Rabbi Yossi, d'où tire-t-il l'allumage des alita ? Il le tire de là où Rabbi Chimon le tire.

Comme on l'a enseigné : « Et les fils d'Aharon le cohen mettront du feu sur l'autel » (Lev 1,7) -- cela enseigne sur l'allumage des alita qu'il ne doit se faire que par un cohen apte (kacher) et avec les keli charet (revêtu des habits du service) : paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Chimon lui dit : t'imaginerais-tu qu'un zar (non-cohen) s'approche de l'autel ?

Mais (le verset) enseigne sur l'allumage des alita qu'il ne doit se faire qu'au sommet de l'autel.

📜 Rachi (4)
וְרַבִּי יוֹסֵי הַצָּתַת אֲלִיתָא מְנָא לֵיהּ שֶׁתְּהֵא בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְלֹא יַצִּית עַל הָרִצְפָּה וְיַעֲלֵם כְּשֶׁהֵן דּוֹלְקִין עַל הַמִּזְבֵּחַ:
Et Rabbi Yossi, d'où tire-t-il l'allumage des alita -- (à savoir) qu'il doit se faire au sommet de l'autel, et qu'on ne les allume pas sur le dallage pour les monter ensuite sur l'autel déjà enflammées.
וּבִכְלִי שָׁרֵת בַּלְּבוּשׁ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה:
Et avec les keli charet -- (c'est-à-dire) revêtu des habits de kehouna.
וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ מֵאַחַר שֶׁאַתָּה לָמֵד מִן הָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ שֶׁיְּהֵא בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ כְּלוּם הֻוצְרַכְנוּ לְמִקְרָא זֶה לְהַטְעִינָהּ כֹּהֵן וְכִי תַּעֲלֶה עַל לֵב שֶׁזָּר קָרֵב לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ וַהֲלֹא נֶאֱמַר (בַּמִּדְבָּר י״ח:ג׳) אַךְ אֶל כְּלֵי הַקֹּדֶשׁ וְאֶל הַמִּזְבֵּחַ לֹא יִקְרָבוּ:
T'imaginerais-tu -- dès lors que tu apprends de « et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé » que (l'allumage) doit se faire au sommet de l'autel, avions-nous encore besoin de ce verset-ci pour exiger un cohen ? T'imaginerais-tu vraiment qu'un zar s'approche de l'autel ? N'a-t-il pas été dit (Nb 18,3) : « seulement, des ustensiles sacrés et de l'autel ils n'approcheront pas » ?
אֶלָּא לִימֵּד עַל הַצָּתַת הָאֲלִיתָא שֶׁלֹּא תְּהֵא אֶלָּא עַל רֹאשׁ הַמִּזְבֵּחַ וְאִידָךְ קְרָא לְקִיּוּם הָאֵשׁ אֲתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי וּכְהֻונָּה דִּכְתִיב בְּהַאי קְרָא לְגוּפָא אִיצְטְרִיךְ לָהּ שֶׁנְּתִינַת אֵשׁ צְרִיכָה כֹּהֵן וְלֹא יִטְּלֶנָּה זָר וְיִזְרְקֶנָּה לַמִּזְבֵּחַ:
Mais il enseigne sur l'allumage des alita qu'il ne doit se faire qu'au sommet de l'autel -- et l'autre verset vient pour le maintien du feu, comme Rabbi Yossi. Quant à la mention de la kehouna écrite dans ce verset-ci, elle est nécessaire pour elle-même : le dépôt du feu requiert un cohen, et un zar ne doit pas le prendre et le jeter sur l'autel.
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ שֶׁזָּר קָרֵב אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ הִקְשָׁה רַשִׁ"י לְדִידֵיהּ נַמֵּי תִּקְשֵׁי דְּמוּקִי קְרָא לְהַצָּתַת אֲלִיתָא הַכֹּהֵן לָמָּה לִי וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ שֶׁזָּר קָרֵב כּוּ' וְתֵירֵץ דְּאִיצְטְרִיךְ מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן לְעֵיל בְּסוֹף פֶּרֶק קַמָּא (יוֹמָא דַּף כא:) וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ אע"פ שֶׁהָאֵשׁ יוֹרֶדֶת מִן הַשָּׁמַיִם מִצְוָה לְהָבִיא מִן הַהֶדְיוֹט וסד"א שֶׁיְּהֵא כָּשֵׁר בְּזָר וְאֶפְשָׁר דְּקָאֵי אַאַרְעָא וְזָרֵיק אֵשׁ שֶׁל הֶדְיוֹט לְמַעְלָה וְקַשְׁיָא לָן א"כ מְנָא לֵיהּ דַּאֲתָא קְרָא לְהַצָּתַת אֲלִיתָא דִּילְמָא כּוּלֵּיהּ קְרָא לִנְתִינַת אֵשׁ דְּהֶדְיוֹט וְי"ל דְּא"כ לִכְתּוֹב קְרָא וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ וְעָרְכוּ עֵצִים עַל הָאֵשׁ וַאֲנָא יָדַעְנָא דִּנְתִינַת הָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ הֲוָה מִדִּכְתִיב וְעָרְכוּ עֵצִים עַל הָאֵשׁ דְּמַעֲרָכָה בְּרֹאשׁ הַמִּזְבֵּחַ הִיא עַל הַמִּזְבֵּחַ לָמָּה לִי אֶלָּא לְמִידְרַשׁ אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ לְהַצָּתַת אֲלִיתָא שֶׁמַּבְעִירִין אוֹתָהּ עַל הַמִּזְבֵּחַ וְתֵימַהּ לִי וְהָא ר"ש לֵית לֵיהּ סְבָרָא דְּאֶפְשָׁר דְּקָאֵי אַאַרְעָא וַעֲבִיד בְּמַפּוּחָא א"כ לָא הֲוָה צָרִיךְ הַכֹּהֵן לִנְתִינַת אֵשׁ דְּהֶדְיוֹט דְּלֵיכָּא לְמֵימַר כְּמוֹ שפרש"י דְּאֶפְשָׁר דְּקָאֵי אַאַרְעָא וּזְרִיק דְּהָא ר"ש לֵית לֵיהּ הַאי סְבָרָא וי"ל דִּבְאֵשׁ דְּהֶדְיוֹט שַׁפִּיר אִית לֵיהּ דְּאֶפְשָׁר דְּקָאֵי אַאַרְעָא וּזְרִיק לָהּ כֵּיוָן דְּשֶׁל הֶדְיוֹט הִיא אֲבָל הַצָּתַת אֲלִיתָא שֶׁהַבְעָרָתָהּ עַל הַמִּזְבֵּחַ לָאו אוֹרַח אַרְעָא לְמִיעְבַּד בְּמַפּוּחָא בְּרִחוּק וְקָשֶׁה לִי לְר' יְהוּדָה וְהָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ לְהַצָּתַת אֲלִיתָא שֶׁהַבְעָרָתָהּ עַל הַמִּזְבֵּחַ לָמָּה לִי תִּיפּוֹק לֵיהּ מוֹנָתֵנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ דְּהָא רַבִּי יְהוּדָה גָּמַר מֵהָתָם הַצָּתַת אֲלִיתָא שֶׁתְּהֵא בְּכֹהֵן כָּשֵׁר וּכְלֵי שָׁרֵת וְי"ל אִי לֹא כְּתַב וְהָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ לֹא הֲוָה דָּרְשִׁינַן מוֹנָתֵנוּ אֶלָּא נְתִינַת הָאֵשׁ דְּהֶדְיוֹט עַל הַמִּזְבֵּחַ וְשֶׁתְּהֵא בְּכֹהֵן כָּשֵׁר וּכְלֵי שָׁרֵת אֲבָל הַצָּתַת אֲלִיתָא לָא דָּרְשִׁינַן אֲבָל הַשְׁתָּא דְּנָפְקָא מִוְּהָאָשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ הַצָּתַת אֲלִיתָא שֶׁתְּהֵא בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ גָּמְרִינַן שַׁפִּיר מוֹנָתֵנוּ הַצָּתַת אֲלִיתָא וּנְתִינַת אֵשׁ דְּהֶדְיוֹט שֶׁלֹּא יְהוּ אֶלָּא בְּכֹהֵן כָּשֵׁר וּכְלֵי שָׁרֵת דְּמִסְּתָמָא בְּנֵי אַהֲרֹן דְּנָפְקָא לָן מִינֵּיהּ כֹּהֵן כָּשֵׁר וּכְלֵי שָׁרֵת קָאֵי אָכַל מִצְוֹת שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ:
« Et t'imaginerais-tu qu'un zar s'approche de l'autel » -- Rachi a soulevé la difficulté : selon lui (Rabbi Chimon) aussi la question se pose. Puisqu'il rapporte le verset à l'allumage des alita, pourquoi « le cohen » y est-il écrit ? T'imaginerais-tu qu'un zar s'approche, etc. ? Et il a répondu que c'était nécessaire, parce que nous avons exposé plus haut, à la fin du premier chapitre (Yoma 21b), le verset « et les fils d'Aharon le cohen mettront du feu sur l'autel » : bien que le feu descende du ciel, c'est une mitsva d'en apporter du feu profane (min ha-hediot) -- et j'aurais pu penser que cela est valable même par un zar, qui pourrait se tenir au sol et lancer le feu profane vers le haut. Nous objectons : s'il en est ainsi, d'où sait-il que le verset vient pour l'allumage des alita ? Peut-être le verset tout entier porte-t-il sur le dépôt du feu profane ! On peut répondre : s'il en était ainsi, le verset aurait dû écrire « et les fils d'Aharon le cohen mettront du feu, et disposeront du bois sur le feu », et j'aurais su de moi-même que le dépôt du feu se fait sur l'autel, puisqu'il est écrit « et ils disposeront du bois sur le feu » et que la ma'arakha est au sommet de l'autel. Alors pourquoi « sur l'autel » ? Seulement pour exposer « du feu sur l'autel » à propos de l'allumage des alita, qu'on enflamme sur l'autel. Et cela m'étonne : Rabbi Chimon ne retient pas le raisonnement selon lequel (un zar) pourrait se tenir au sol et opérer avec un soufflet ! S'il en est ainsi, il n'aurait pas eu besoin du « cohen » pour le dépôt du feu profane, car on ne peut pas dire comme Rachi qu'il pourrait se tenir au sol et le lancer, puisque Rabbi Chimon ne retient pas ce raisonnement. On peut répondre : s'agissant du feu profane, il admet bien qu'on pourrait se tenir au sol et le lancer, puisque c'est un feu profane ; mais l'allumage des alita, dont l'embrasement se fait sur l'autel, il n'est pas d'usage de le faire au soufflet, à distance. Et une difficulté se pose à moi selon Rabbi Yehouda : pourquoi lui faut-il « et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé » pour l'allumage des alita, dont l'embrasement se fait sur l'autel ? Qu'il le tire de « et les fils d'Aharon mettront du feu sur l'autel », puisque Rabbi Yehouda apprend de là que l'allumage des alita doit se faire par un cohen apte et avec les keli charet ! On peut répondre : si « et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé » n'avait pas été écrit, nous n'aurions exposé de « et ils mettront » que le dépôt du feu profane sur l'autel, et qu'il doit se faire par un cohen apte et avec les keli charet, mais nous n'y aurions pas exposé l'allumage des alita. Maintenant, en revanche, que l'on tire de « et le feu sur l'autel » que l'allumage des alita se fait au sommet de l'autel, nous apprenons bien de « et ils mettront » que l'allumage des alita comme le dépôt du feu profane ne se font que par un cohen apte et avec les keli charet : car vraisemblablement « les fils d'Aharon », d'où nous tirons le cohen apte et les keli charet, se rapporte à toutes les mitsvot accomplies sur l'autel.
💡 Explication

Rabbi Yossi a déjà dépensé Lev 6,5 pour son kiyoum ha-ech : il lui faut donc une autre source pour l'allumage en haut de l'autel. Il la trouve là où Rabbi Chimon la trouve, dans Lev 1,7.

Le débat entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon porte sur ce que ce verset enseigne. Pour Rabbi Yehouda : que l'opération exige un cohen kacher revêtu des habits de kehouna. Rabbi Chimon objecte que c'est évident -- Nb 18,3 interdit déjà au zar d'approcher de l'autel -- et que le verset doit donc enseigner autre chose : le lieu, le sommet de l'autel.

Rachi (glose 4) explique le système de Rabbi Chimon jusqu'au bout : le mot « cohen » du verset n'est pas superflu pour autant, il sert au dépôt du feu lui-même (un zar ne peut pas le lancer sur l'autel depuis le sol) ; et Lev 6,5 reste disponible pour le kiyoum ha-ech, comme Rabbi Yossi.

13
וְרַבִּי יְהוּדָה? אִי מֵהָתָם, הֲוָה אֲמִינָא: קָאֵי אַאַרְעָא וְעָבֵיד בְּמַפּוּחָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et Rabbi Yehouda ? Si (on l'apprenait) de là, j'aurais pu dire : il se tient au sol et opère avec un soufflet (mapouah) -- (le verset) nous enseigne donc (qu'il faut un cohen).

📜 Rachi (2)
וְרַבִּי יְהוּדָה אָמַר לָךְ:
Et Rabbi Yehouda -- te dira.
אִי מֵהָתָם מֵהָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ כו' אע"ג דְּשָׁמְעִינַן מִינָּהּ שֶׁהַצָּתָה בְּרֹאשׁ הַמִּזְבֵּחַ לָא שָׁמְעִינַן דִּפְסוּלָה בְּזָר הֲוָה אֲמִינָא קָאֵי זָר אַאַרְעָא וַעֲבִיד בְּמַפּוּחָא:
Si de là -- de « et le feu sur l'autel, etc. » : bien que nous en apprenions que l'allumage se fait au sommet de l'autel, nous n'en apprenons pas qu'il est passoul (invalide) s'il est fait par un zar. J'aurais pu dire : le zar se tient au sol et opère avec un soufflet.
💡 Explication

Rabbi Yehouda répond à l'objection de Rabbi Chimon. Certes, un zar ne peut pas approcher de l'autel -- mais il pourrait rester au sol, hors de la zone interdite, et attiser les copeaux d'en bas au mapouah, le soufflet. Le verset n'est donc pas superflu : il exclut aussi cette hypothèse à distance.

C'est la nafka mina réelle du débat : jusqu'où porte l'interdit du zar quand il n'y a pas de contact physique avec l'autel.

14
וְרַבִּי מֵאִיר, אֵיבָרִים וּפְדָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ מִבָּעֶרֶב, מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ: מִ״וְאֵשׁ״. וְרַבָּנָן — וְאוֹ לָא דָּרְשִׁי.

Et Rabbi Meir, les membres et les graisses qui n'ont pas été consumés depuis la veille au soir, d'où (tire-t-il leur ma'arakha) ? Il le tire de « ET le feu » (ve-ech).

Et les Sages : ils n'exposent pas le vav.

📜 Rachi (2)
מְנָא לֵיהּ דְּבָעֵי מַעֲרָכָה:
D'où (le tire-t-il) -- (à savoir) qu'il faille (pour eux) une ma'arakha.
נָפְקָא לֵיהּ מִוְּאִשׁ וָא"ו דְּרֵישׁ:
Il le tire de « et le feu » -- il expose (dorech) le vav.
💡 Explication

Reste le quatrième tas de Rabbi Meir. Sa source est le plus mince des indices : le vav de ve-ech ha-mizbeah (Lev 6,2). Un vav en apparence purement conjonctif devient, chez lui, l'indication d'un tas supplémentaire.

Les Sages -- ici Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi -- ne dorchent pas le vav : ils ne tirent aucune halakha d'une simple lettre de liaison. C'est une divergence de méthode exégétique, pas de fait.

15
וְרַבָּנָן, אֵיבָרִים וּפְדָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ מִבָּעֶרֶב מַאי עָבֵיד לְהוּ? מַהְדַּר לְהוּ לְמַעֲרָכָה גְּדוֹלָה. דְּתַנְיָא: מִנַּיִין לְאֵיבָרִים וּפְדָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ מִבָּעֶרֶב

Et les Sages, que font-ils des membres et des graisses qui n'ont pas été consumés depuis la veille au soir ? Il les remet sur la grande ma'arakha.

Comme on l'a enseigné : d'où (sait-on) que les membres et les graisses qui n'ont pas été consumés depuis la veille au soir

💡 Explication

Dernière conséquence : puisque les Sages n'ont pas de tas dédié, il faut bien que ces restes aillent quelque part. Réponse : mahazir lahen la-ma'arakha guedola -- on les remet sur le grand tas, où leur combustion s'achèvera.

Le amoud s'interrompt en pleine citation de la baraita qui doit fournir le verset : la suite est en 45b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).