Yoma 45b -- où attendent les membres inachevés, et d'où viennent les braises de la menorah et de la mahta de Kippour

Yoma 45b

Sougya : Le amoud achève d'abord la baraita ouverte en 45a : les membres et les graisses que le feu n'a pas fini de consumer pendant la nuit restent sur l'autel, où attendent sur la rampe ou sur le sovev jusqu'à ce que la grande ma'arakha du matin soit dressée -- Tossefot précise pourquoi le yessod, lui, est exclu : l'offrande y serait invalidée par la linah. Rabbi Meir, qui possède déjà un tas pour ces restes, libère le verset et l'affecte aux pok'in : on remet les ikkoulei ola, on ne remet pas les ikkoulei ketoret.

La guemara achève alors la répartition des mentions de feu : le vav de ve-ha-ech donne le tas supplémentaire de Kippour, et ech tamid fixe la seconde ma'arakha, celle de la ketoret, sur l'autel extérieur. La seconde moitié du amoud déroule deux fois le même mécanisme : pour la menorah, puis pour la mahta de Yom Kippour, un hekech tire les braises vers l'autel extérieur, un ô kalekh le-derekh zo les tire vers l'autel voisin -- le plus proche, donc l'autel intérieur -- et il faut chaque fois un verset pour trancher : ech tamid pour la menorah, et pour la mahta ce raisonnement de topographie, quel autel n'est devant Hachem que par une partie de lui-même ?

Le amoud se termine en pleine tsrikhouta, sur la longue enquête de Tossefot au sujet de l'expression lifnei Hachem.

La question de tout le amoud : d'où prend-on les braises ? Trois feux diffèrent, une seule source. Vue en plan : l'ouest à gauche, le nord en haut, l'entrée à l'est. Kodech ha-Kodachim le Saint des saints parokhet Heikhal choulhan (nord) MENORAH (sud) mizbeah ha-penimi autel intérieur (ketoret) oulam petah -- l'ouverture azara -- le parvis MIZBÉAH HA-HITSÔN autel extérieur côté ouest = mi-lifnei Hachem kevesh (rampe, au sud) Les trois feux, et leur source unique : le sommet de l'autel EXTÉRIEUR 1. mahta de Kippour, vers le Saint des saints -- Lev 16,12 : me-al ha-mizbeah mi-lifnei Hachem 2. ketoret de chaque jour, sur l'autel intérieur -- 2e ma'arakha, ech tamid 3. allumage de la menorah -- ech tamid, le ner tamid
La géographie de la question : trois feux -- la mahta de Kippour, la ketoret quotidienne, la menorah -- et une seule source, le sommet de l'autel extérieur.
Le partage des versets : chaque mention de feu reçoit une charge Suite du comptage des ma'arakhot ouvert en 45a. Ce qui reste des versets de Lev 6, plus le verset de Kippour. Le verset Ce qu'il enseigne acher tokhal ha-ech et ha-ola al ha-mizbeah Lev 6,3 Les Sages : ce que le feu a déjà entamé et qui n'a pas fini de brûler, on le remet sur l'autel (segment 0). Rabbi Meir : ikkoulei ola oui, ikkoulei ketoret non -- il a déjà son 4e tas, il libère ce verset (segment 1). VÉ-ha-ech Lev 6,5 -- le vav et l'article La ma'arakha AJOUTÉE le jour de Kippour Même qui n'expose pas un vav seul expose un vav+ha (segment 2). ech TAMID toukad al ha-mizbeah lo tikhbe Lev 6,6 a) La 2e ma'arakha, celle de la ketoret : seulement sur l'autel EXTÉRIEUR (segment 3). b) Le feu dit tamid, c'est la menorah (ner tamid) : lui aussi seulement au sommet de l'autel extérieur (segment 6). ve-lakah mélo ha-mahta gahalei ech me-al ha-mizbeah mi-lifnei H' Lev 16,12 Les braises de la mahta de Kippour. Quel autel n'est devant Hachem que par une PARTIE de lui-même ? L'extérieur -- l'intérieur, lui, y est tout entier (segment 9). Les deux expressions sont nécessaires : tsrikhouta (segment 10).
Le partage des mentions de feu : ce que chaque expression du verset doit encore enseigner une fois les ma'arakhot comptées en 45a.
Deux fois le même mécanisme : din -- ô kalekh -- talmud lomar Quand deux hekechim se valent, le raisonnement se neutralise et il faut un verset pour trancher. ÉTAGE 1 -- le feu de la MENORAH (et, avec elle, celui de la mahta) DIN : ech dit pour la ketoret ~ ech dit pour la menorah Comme la-bas c'est depuis l'autel EXTÉRIEUR, ici aussi depuis l'autel extérieur. Ô KALEKH LE-DEREKH ZO : même paire de mots ech Comme la-bas on prend au PLUS PROCHE, ici aussi au plus proche -- donc l'autel INTÉRIEUR. TALMUD LOMAR : ech TAMID toukad AL HA-MIZBEAH lo tikhbe le feu tamid dont je t'ai parlé -- le ner tamid -- seulement au SOMMET de l'autel extérieur ÉTAGE 2 -- le feu de la MAHTA de Yom Kippour DIN : ech de la mahta ~ ech de la menorah Puisque la menorah vient d'être fixée à l'extérieur, la mahta aussi : autel EXTÉRIEUR. Ô KALEKH : ech de la ketoret ~ ech de la mahta Comme la-bas au plus proche, ici aussi au plus proche -- donc l'autel INTÉRIEUR. TALMUD LOMAR : gahalei ech ME-AL HA-MIZBEAH MI-LIFNEI HACHEM quel autel n'est devant Hachem que par une partie de lui-même ? l'autel EXTÉRIEUR
Le mécanisme répète deux fois : un din, un ô kalekh le-derekh zo qui le neutralise, puis un verset qui tranche.
1
שֶׁסּוֹדְרָן עַל גַּבֵּי מִזְבֵּחַ, וְאִם אֵין מַחֲזִיקָן, שֶׁסּוֹדְרָן עַל הַכֶּבֶשׁ אוֹ עַל גַּבֵּי סוֹבֵב, עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה מַעֲרָכָה גְּדוֹלָה, וְסוֹדְרָן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֲשֶׁר תֹּאכַל הָאֵשׁ אֶת הָעֹולָה עַל הַמִּזְבֵּחַ״.

... qu'on les dispose sur l'autel ; et si (l'autel) ne peut les contenir, qu'on les dispose sur la rampe (kevesh) ou sur le sovev (la corniche qui fait le tour de l'autel), jusqu'à ce que soit faite la grande ma'arakha (le lendemain matin) et qu'on les y dispose alors ? Le verset enseigne (talmud lomar) : « ce que le feu aura consumé de l'holocauste, sur l'autel » (Lev 6,3).

📜 Rachi (1)
אֲשֶׁר תֹּאכַל אֶת הָעֹולָה אִם אֵינוֹ עִנְיָן לִתְחִילָּתָהּ דְּהָא כְּתִיב הָעוֹלָה עַל מוֹקְדָה תְּנֵהוּ לְעִנְיַן סוֹפָהּ:
Ce que le feu aura consumé de l'holocauste -- si ce n'est pas le sujet pour son début, puisqu'il est déjà écrit « l'holocauste sur son brasier », applique-le à sa fin.
🗂️ Tossefot (1)
סוֹדְרָן עַל גַּבֵּי כֶּבֶשׂ אוֹ עַל גַּבֵּי סוֹבֵב אֲבָל עַל גַּבֵּי יְסוֹד לֹא דְּא"כ הָיָה נִפְסָל בְּלִינָה אִם יָרַד אֲבָל סוֹבֵב שֶׁהוּא מֵחֲצִי הַמִּזְבֵּחַ וּלְמַעְלָה הֲרֵי הוּא כְּמִזְבֵּחַ וְאֵין לִינָה מוֹעֶלֶת בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְכֵן כֶּבֶשׂ רִיבָ"א וְעוֹד אֶפְשָׁר דְּאִיסּוּר יֵשׁ לְהוֹרִידוֹ מִן הַמִּזְבֵּחַ אֲבָל כְּשֶׁסּוֹדְרָן עַל הַסּוֹבֵב וְהַכֶּבֶשׁ לָא מִיקְּרֵי יְרִידָה:
Il les dispose sur la rampe ou sur le sovev -- mais non sur le yessod (le socle) ; car s'il en était ainsi, (l'offrande) serait invalidée par la linah (le fait d'avoir passé la nuit hors de l'autel) dès lors qu'elle en est descendue. Le sovev, en revanche, qui se trouve à partir de la mi-hauteur de l'autel et au-dessus, est comme l'autel, et la linah n'a pas d'effet au sommet de l'autel ; et il en va de même de la rampe -- ainsi le Riva. On peut ajouter qu'il y a peut-être un interdit de le faire descendre de l'autel ; mais lorsqu'il les dispose sur le sovev et sur la rampe, cela n'est pas appelé une descente (yerida).
💡 Explication

Le amoud reprend en pleine baraita, commencée à la fin de 45a. La question était : les evarim ou-fedarim (les membres et les graisses de la veille) que le feu n'a pas fini de consumer pendant la nuit -- où vont-ils au petit matin, quand on démonte les tas pour en refaire de neufs ? Réponse : ils restent sur l'autel ; et si la place manque, sur la rampe ou sur la corniche, en attendant que la nouvelle ma'arakha guedola soit dressée.

La preuve tient à une lecture serrée du verset. Il est déjà écrit ailleurs « l'holocauste sur son brasier » pour le début de la combustion ; si « ce que le feu aura consumé de l'holocauste » n'a rien à enseigner sur le début, applique-le à la fin : ce que le feu a déjà entamé doit retourner sur l'autel jusqu'à consomption complète. C'est le procédé classique du im eino inyan, si ce n'est pas le sujet ici, que ce soit le sujet là.

🖼️ Schéma
Où peuvent attendre les membres et les graisses non consumés ? Coupe de l'autel extérieur, vue depuis l'ouest. La rampe monte du sud (à droite sur ce schéma). keren -- corne sommet : la ma'arakha guedola sovev -- la corniche, à mi-hauteur yessod -- le socle kevesh -- la rampe V V V X V Sommet, sovev, kevesh -- permis Le sovev est à partir de la mi-hauteur et au-dessus : il est comme l'autel. Et il n'y a pas là de yerida, de descente. X Le yessod -- interdit (Tossefot) Y descendre, c'est vraiment sortir de l'autel : l'offrande serait alors invalidée par la linah, la nuit passée dehors.
Les trois emplacements d'attente admis -- sommet, sovev, rampe -- et celui que Tossefot exclut : le yessod.
2
וְרַבִּי מֵאִיר: עִיכּוּלֵי עוֹלָה אַתָּה מַחֲזִיר, וְאִי אַתָּה מַחֲזִיר עִיכּוּלֵי קְטֹורֶת. דְּתָנֵי רַבִּי חֲנַנְיָא בַּר מִנְיוֹמֵי בִּדְבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: ״אֲשֶׁר תֹּאכַל הָאֵשׁ אֶת הָעֹולָה עַל הַמִּזְבֵּחַ״ — עִיכּוּלֵי עוֹלָה אַתָּה מַחֲזִיר, וְאִי אַתָּה מַחֲזִיר עִיכּוּלֵי קְטֹורֶת.

Et Rabbi Meir ? (Pour lui, ce verset enseigne :) les résidus consumés d'un holocauste, tu les remets ; mais les résidus consumés de l'encens, tu ne les remets pas.

Car Rabbi Hanania bar Minyomi a enseigné dans l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov : « ce que le feu aura consumé de l'holocauste, sur l'autel » -- les ikkoulei ola, tu les remets ; les ikkoulei ketoret, tu ne les remets pas.

📜 Rachi (1)
עִיכּוּלֵי עוֹלָה פּוֹקְעִין שֶׁפָּקְעוּ מֵעַל הָאֵשׁ וּקְרֵי בֵּיהּ אֲשֶׁר תֹּאכַל אֶת הָעֹולָה עַל הַמִּזְבֵּחַ:
Les ikkoulei ola -- les pok'in, (les fragments) qui ont sauté hors du feu ; et l'on y lit : « ce que le feu aura consumé de l'holocauste, sur l'autel ».
💡 Explication

Rabbi Meir ne peut pas utiliser ce verset comme les Sages : il possède déjà un quatrième tas réservé aux evarim ou-fedarim inachevés, donc la question « où attendent-ils ? » ne se pose pas chez lui. Le verset est libre pour autre chose.

Il l'affecte donc aux pok'in, les fragments qui sautent hors du feu : ceux d'un holocauste, on les rapporte sur l'autel ; ceux de la ketoret déjà entamée par le feu, non. La clé est dans les mots « de l'holocauste » : le retour vaut pour ce que le verset nomme, et seulement pour cela.

3
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת מוֹסִיפִין בּוֹ בַּיּוֹם אִית לְהוּ. מְנָא לְהוּ? נָפְקָא לְהוּ: מִ״וְהָאֵשׁ״. וַאֲפִילּוּ לְמַאן דְּלָא דָּרֵישׁ וָאו, וְאוֹ הָא דְּרֵישׁ.

En tout cas, tout le monde admet qu'on ajoute (une ma'arakha) ce jour-là (à Yom Kippour). D'où le tirent-ils ?

Ils le tirent de « et le feu » (ve-ha-ech). Et même celui qui n'expose pas un vav (seul), un vav suivi de l'article, cela, il l'expose.

💡 Explication

Point commun aux trois opinions de la michna (Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi, Rabbi Meir) : chacun ajoute un tas le jour de Kippour, pour les braises que le kohen gadol emporte dans le Saint des saints. Il faut bien une source commune.

Elle est dans un détail de grammaire : le verset ne dit pas « le feu » mais « et le feu ». Ce petit vav superflu, doublé d'un article, fait allusion à un feu de plus. La guemara précise la portée du procédé : il y a des tanaim qui refusent d'exposer un simple vav de liaison, mais aucun ne refuse d'exposer un vav ha, un vav plus l'article -- l'ajout y est trop marqué pour être du style.

4
״אֵשׁ תָּמִיד״ לְמַאי אֲתָא? מִבָּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: ״אֵשׁ תָּמִיד תּוּקַד עַל הַמִּזְבֵּחַ לֹא תִכְבֶּה״ — לִימֵּד עַל מַעֲרָכָה שְׁנִיָּה שֶׁל קְטֹורֶת שֶׁלֹּא תְּהֵא אֶלָּא עַל הַמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן.

Alors « un feu perpétuel » (ech tamid), a quoi vient-il (enseigner) ? Il est nécessaire pour ce qui a été enseigné (dans la baraita) : « un feu perpétuel brûlera sur l'autel, il ne s'éteindra pas » (Lev 6,6) -- cela enseigne, au sujet de la seconde ma'arakha, celle de la ketoret, qu'elle ne soit que sur l'autel extérieur.

📜 Rachi (2)
אֵשׁ תָּמִיד תּוּקַד לְמַאי אֲתָא כֵּיוָן דְּדָרַשְׁתָּ כָּל מוֹקְדוֹת דְּעִנְיָנָא:
Un feu perpétuel brûlera -- à quoi vient-il ? Puisque tu as déjà exposé toutes les (mentions de) brasier de ce passage.
שֶׁלֹּא תְּהֵא אֶלָּא עַל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן דְּהַאי קְרָא בְּמִזְבַּח הָעוֹלָה כְּתִיב:
Qu'elle ne soit que sur l'autel extérieur -- car ce verset est écrit à propos de l'autel de l'holocauste (l'autel extérieur).
💡 Explication

La guemara fait ses comptes : toutes les occurrences du mot môked (brasier) du passage ont déjà reçu une charge en 45a. Reste « ech tamid ». Que lui reste-t-il à dire ?

Réponse : il fixe le lieu de la seconde ma'arakha, celle dont on tire les braises du parfum quotidien. On aurait pu croire que ce tas, servant un encens offert sur l'autel intérieur, soit dressé là-haut sur l'autel intérieur. Le verset l'interdit : il parle de l'autel de l'holocauste, donc c'est sur l'autel extérieur que se dresse ce tas.

5
אֵשׁ מַחְתָּה וּמְנוֹרָה מִנַּייִן? וְדִין הוּא: נֶאֶמְרָה אֵשׁ בִּקְטֹורֶת, וְנֶאֶמְרָה אֵשׁ בְּמַחְתָּה וּמְנוֹרָה — מַה לְהַלָּן עַל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן, אַף כָּאן עַל הַמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן.

Le feu de la mahta (l'encensoir de Yom Kippour) et celui de la menorah, d'où (sait-on qu'on les prend la aussi de l'autel extérieur) ? C'est un raisonnement (din) : il est dit « feu » à propos de la ketoret, et il est dit « feu » à propos de la mahta et de la menorah -- de même que là-bas c'est sur l'autel extérieur, de même ici, sur l'autel extérieur.

📜 Rachi (2)
אֵשׁ מַחְתָּה וּמְנוֹרָה אֵשׁ דיוה"כ דְּלִפְנַי וְלִפְנִים וְאֵשׁ דִּמְנוֹרָה דְּהַדְלָקַת נֵרוֹת דְּכָל יוֹמָא מִנַּיִין שֶׁתְּהֵא נִיטֶּלֶת מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן:
Le feu de la mahta et de la menorah -- le feu de Yom Kippour, celui du Saint des saints, et le feu de la menorah, celui de l'allumage des lampes de chaque jour : d'où (sait-on) qu'il doit être pris de dessus l'autel extérieur ?
הָכִי גָּרְסִינַן נֶאֱמַר כָּאן אֵשׁ בִּקְטֹורֶת דִּכְתִיב יַקְטִירֶנָּה וְאֵין הַקְטָרָה בְּלֹא אֵשׁ:
Telle est notre leçon : il est dit ici « feu » à propos de la ketoret -- car il est écrit « il la fera fumer » (yaktirena), et il n'y a pas de haktara (combustion odorante) sans feu.
🗂️ Tossefot (1)
נֶאֶמְרָה אֵשׁ בִּקְטֹורֶת נ"ל דִּכְתִיב גַּבֵּי קֹרַח אַתָּה וְאַהֲרֹן אִישׁ מַחְתָּתוֹ וּתְנוּ בָהֵן אֵשׁ וְשִׂימוּ עֲלֵיהֶן קְטֹורֶת:
Il est dit « feu » à propos de la ketoret -- il me semble (que cela provient) de ce qui est écrit à propos de Korah : « toi et Aharon, chacun son encensoir ; mettez-y du feu et placez dessus de la ketoret ».
💡 Explication

Le verset vient de fixer la source des braises pour la ketoret quotidienne. Restent deux autres feux qui ne sont pas des offrandes de l'autel : les braises que le kohen gadol prend dans sa mahta pour entrer au Saint des saints à Kippour, et le feu qui sert à allumer la menorah chaque jour.

Première tentative : un raisonnement analogique. Le mot ech apparaît dans les trois cas ; on rapproche donc les trois. Là où le mot est déjà fixé -- la ketoret -- il désigne l'autel extérieur ; qu'il en aille de même partout. Le raisonnement paraît solide : il ne le restera pas un segment de plus.

6
אוֹ כַּלֵּךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: נֶאֶמְרָה אֵשׁ בִּקְטֹורֶת, וְנֶאֶמְרָה אֵשׁ בְּמַחְתָּה וּמְנוֹרָה — מַה לְהַלָּן בְּסָמוּךְ לוֹ, אַף מַחְתָּה וּמְנוֹרָה בְּסָמוּךְ לוֹ.

Ou bien va par ce chemin-ci (ô kalekh le-derekh zo) : il est dit « feu » à propos de la ketoret, et il est dit « feu » à propos de la mahta et de la menorah -- de même que là-bas (on prend le feu) de ce qui lui est le plus proche, de même la mahta et la menorah, de ce qui leur est le plus proche.

📜 Rachi (1)
מַה לְהַלָּן בְּסָמוּךְ לוֹ בַּמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן הַסָּמוּךְ לַפְּנִימִי שֶׁעָלָיו הַקְּטֹורֶת נִקְטָר אַף מַחְתָּה וּמְנוֹרָה נוֹטֵל מִן הַסָּמוּךְ לוֹ וְהוּא מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי הַסָּמוּךְ לַמְנוֹרָה וְלִפְנַי לִפְנִים:
De même que là-bas, de ce qui lui est le plus proche -- l'autel extérieur, qui est proche de l'autel intérieur sur lequel la ketoret est offerte ; de même, pour la mahta et la menorah, il prend de ce qui leur est le plus proche, à savoir l'autel intérieur, qui est proche de la menorah et du Saint des saints.
💡 Explication

La riposte classique : la même paire de mots peut servir à une conclusion opposée, selon le point de comparaison qu'on retient. Ce n'est pas « l'autel extérieur » qui est la leçon du cas connu, dit cette voix -- c'est la proximité. Si la ketoret prend son feu sur l'autel extérieur, c'est parce que celui-ci est l'autel voisin de l'autel intérieur où elle est offerte.

Alors la règle transposée change de sens : pour la menorah et pour la mahta, il faudrait prendre le feu chez leur voisin à elles -- l'autel intérieur, qui est dans le Heikhal à côté de la menorah et contre le rideau du Saint des saints. Deux hekechim égaux en force : le raisonnement se neutralise, il faudra un verset.

7
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֵשׁ תָּמִיד תּוּקַד עַל הַמִּזְבֵּחַ לֹא תִכְבֶּה״ — אֵשׁ תָּמִיד שֶׁאָמַרְתִּי לָךְ, לֹא תְּהֵא אֶלָּא בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן.

Le verset enseigne : « un feu perpétuel brûlera sur l'autel, il ne s'éteindra pas » -- le feu perpétuel dont je t'ai parlé ne sera qu'au sommet de l'autel extérieur.

📜 Rachi (1)
אֵשׁ תָּמִיד אֵשׁ שֶׁאָמַרְתִּי לְךָ בָּהּ תָּמִיד וְהוּא שֶׁל מְנוֹרָה שֶׁנֶּאֱמַר בָּה לְהַעֲלֹות נֵר תָּמִיד:
Un feu perpétuel -- le feu au sujet duquel je t'ai dit « perpétuel » : c'est celui de la menorah, dont il est dit « pour faire monter une lampe en permanence ».
🗂️ Tossefot (1)
תָּמִיד שֶׁאָמַרְתִּי לָךְ לֹא תְּהֵא אֶלָּא עַל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן תֵּימַהּ לִי א"כ נִיבְעֵי לָהּ מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ כִּי הֵיכִי דְּמַצְרְכִינַן מַעֲרָכָה לִקְטֹורֶת בִּפְנֵי עַצְמָהּ וא"כ נְפִישִׁי לְהוּ מַעֲרָכוֹת וי"ל כֵּיוָן דְּלֹא הָיָה צָרִיךְ לִיקַּח שׁוּם גֶּחָלִים לַמְנוֹרָה אֶלָּא לְהַדְלִיק הַפְּתִילוֹת בְּעָלְמָא לֹא מִסְתַּבֵּר שֶׁיַּעֲשׂוּ בִּשְׁבִיל זֶה מַעֲרָכָה וְלֹא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים וְעוֹד י"ל מִדִּכְתִיב תָּמִיד ש"מ שֶׁמַּדְלִיקִין אוֹתָהּ מֵאֵשׁ הַדּוֹלֶקֶת תָּמִיד וְהַיְינוּ מִמַּעֲרָכָה גְּדוֹלָה דְּאִי עָבְדִינַן לָהּ מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ מַאי אִיצְטְרִיךְ שֶׁתְּהֵא דּוֹלֶקֶת תָּמִיד:
Le (feu) perpétuel dont je t'ai parlé ne sera que sur l'autel extérieur -- cela m'étonne : s'il en est ainsi, il faudrait exiger pour elle (la menorah) une ma'arakha à part entière, comme nous exigeons une ma'arakha propre pour la ketoret ; et alors les ma'arakhot se multiplieraient. On peut répondre : puisqu'il n'était nul besoin de prendre la moindre braise pour la menorah, mais seulement d'allumer les mèches, il n'est pas raisonnable qu'on fasse un tas pour cela -- l'Écriture ne l'a confié qu'aux Sages. On peut répondre encore : de ce qu'il est écrit « perpétuel », on apprend qu'on l'allume au feu qui brûle en permanence, c'est-à-dire la grande ma'arakha ; car si nous lui faisions un tas à part, à quoi bon exiger qu'il brûle en permanence ?
💡 Explication

Le verset tranche par un jeu de mots repère : le mot tamid ne qualifie pas seulement ce feu-ci, il qualifie aussi la menorah, dont la Torah dit « pour faire monter une lampe en permanence » (ner tamid). Le feu tamid dont il est question doit donc se prendre « sur l'autel » -- celui de l'holocauste, l'extérieur -- et non chez le voisin.

Tossefot pose ici la bonne question de comptage : si la menorah a besoin d'un feu prescrit, pourquoi n'a-t-elle pas son propre tas, comme la ketoret ? Deux réponses : d'abord, on ne transporte aucune braise pour la menorah, on ne fait qu'allumer les mèches, cela ne justifie pas un tas ; ensuite et surtout, le mot tamid lui-même indique qu'on l'allume au feu qui brûle en permanence, c'est-à-dire la ma'arakha guedola -- un tas particulier n'aurait pas besoin d'être dit perpétuel.

🖼️ Schéma
Deux fois le même mécanisme : din -- ô kalekh -- talmud lomar Quand deux hekechim se valent, le raisonnement se neutralise et il faut un verset pour trancher. ÉTAGE 1 -- le feu de la MENORAH (et, avec elle, celui de la mahta) DIN : ech dit pour la ketoret ~ ech dit pour la menorah Comme la-bas c'est depuis l'autel EXTÉRIEUR, ici aussi depuis l'autel extérieur. Ô KALEKH LE-DEREKH ZO : même paire de mots ech Comme la-bas on prend au PLUS PROCHE, ici aussi au plus proche -- donc l'autel INTÉRIEUR. TALMUD LOMAR : ech TAMID toukad AL HA-MIZBEAH lo tikhbé le feu tamid dont je t'ai parlé -- le ner tamid -- seulement au SOMMET de l'autel extérieur ÉTAGE 2 -- le feu de la MAHTA de Yom Kippour DIN : ech de la mahta ~ ech de la menorah Puisque la menorah vient d'être fixée à l'extérieur, la mahta aussi : autel EXTÉRIEUR. Ô KALEKH : ech de la ketoret ~ ech de la mahta Comme la-bas au plus proche, ici aussi au plus proche -- donc l'autel INTÉRIEUR. TALMUD LOMAR : gahalei ech ME-AL HA-MIZBEAH MI-LIFNEI HACHEM quel autel n'est devant Hachem que par une partie de lui-même ? l'autel EXTÉRIEUR
Les deux étages du raisonnement. Ici s'achève le premier : le verset ech tamid fixe la menorah au sommet de l'autel extérieur.
8
לָמַדְנוּ אֵשׁ לַמְנוֹרָה, אֵשׁ לַמַּחְתָּה מִנַּייִן? וְדִין הוּא: נֶאֶמְרָה אֵשׁ בַּמַּחְתָּה, וְנֶאֶמְרָה אֵשׁ בִּמְנוֹרָה — מַה לְהַלָּן עַל גַּבֵּי מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן, אַף כָּאן עַל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן.

Nous avons donc appris (la source du) feu pour la menorah. Le feu pour la mahta, d'où ?

C'est un raisonnement : il est dit « feu » à propos de la mahta, et il est dit « feu » à propos de la menorah -- de même que là-bas c'est de dessus l'autel extérieur, de même ici, de dessus l'autel extérieur.

💡 Explication

Le premier étage est achevé, le second recommence à l'identique. La menorah vient d'être fixée par un verset ; elle devient à son tour le cas connu, et l'on rapproche d'elle la mahta de Kippour par le même mot ech.

9
אוֹ כַּלֵּךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: נֶאֶמְרָה אֵשׁ בִּקְטֹורֶת, וְנֶאֶמְרָה אֵשׁ בַּמַּחְתָּה — מַה לְהַלָּן בְּסָמוּךְ לוֹ, אַף כָּאן בְּסָמוּךְ לוֹ!

Ou bien va par ce chemin-ci : il est dit « feu » à propos de la ketoret, et il est dit « feu » à propos de la mahta -- de même que là-bas (on prend) de ce qui lui est le plus proche, de même ici, de ce qui lui est le plus proche !

📜 Rachi (1)
נֶאֱמַר אֵשׁ בִּקְטֹורֶת שֶׁל כָּל יוֹם:
Il est dit « feu » à propos de la ketoret -- celle de chaque jour.
💡 Explication

Même riposte qu'au premier étage, avec un autre partenaire de comparaison : plutôt que de rapprocher la mahta de la menorah, rapproche-la de la ketoret quotidienne, et retiens de ce cas non pas le lieu mais le principe de proximité. La mahta sert au Saint des saints : son voisin, c'est l'autel intérieur. Une seconde fois, les deux analogies s'annulent.

10
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְלָקַח מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ מִלִּפְנֵי ה׳״, אֵיזֶהוּ מִזְבֵּחַ שֶׁמִּקְצָתוֹ לִפְנֵי ה׳ וְאֵין כֻּולּוֹ לִפְנֵי ה׳ — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן.

Le verset enseigne : « il prendra une pleine mahta de braises ardentes de dessus l'autel, de devant Hachem » (Lev 16,12). Quel est l'autel dont une partie seulement est devant Hachem, et non la totalité ?

Dis : c'est l'autel extérieur.

📜 Rachi (2)
וְלָקַח מְלֹא הַמַּחְתָּה מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ (וַיִּקְרָא טז) וּמֵהֵיכָן מִלִּפְנֵי ה' מִצַּד מַעֲרָב:
Il prendra une pleine mahta ... de dessus l'autel -- (Lévitique 16.) Et d'où (précisément) ? « De devant Hachem » : du côté ouest.
הָכִי גָּרְסִינַן אֵיזֶהוּ מִזְבֵּחַ שֶׁמִּקְצָתוֹ לִפְנֵי ה' וְאֵין כֻּולּוֹ לִפְנֵי ה' הֱוֵי אוֹמֵר זֶה מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן אֵיזֶהוּ מִזְבֵּחַ שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק בּוֹ מַה מִמֶּנּוּ לִפְנֵי ה' שֶׁהֻוזְקַק הַכָּתוּב לוֹמַר מִלִּפְנֵי ה' הֱוֵי אוֹמֵר זֶה מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן דְּאִילּוּ פְּנִימִי כֻּולּוֹ לִפְנֵי ה':
Telle est notre leçon : quel est l'autel dont une partie seulement est devant Hachem et non la totalité ? Dis : c'est l'autel extérieur -- quel est l'autel où l'on peut distinguer ce qui, en lui, est devant Hachem, au point que l'Écriture ait dû dire « de devant Hachem » ? Dis : c'est l'autel extérieur ; car l'intérieur, lui, est tout entier devant Hachem.
🗂️ Tossefot (1)
הֱוֵי אוֹמֵר זֶה מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן וְאֵין לְהַקְשׁוֹת א"כ מַאי אִיצְטְרִיךְ קְרָא לִקְטֹורֶת דְּהֵיכָל שֶׁלּוֹקְחִין לָהּ גֶּחָלִים מִמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן נִגְמַר מִקְּטֹורֶת דְּלִפְנַי וְלִפְנִים די"ל דְּאִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּעוֹשִׂין לָהּ מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ דְּאִי הֲוָה גָּמְרִינַן מֵהָכָא הֵ"א ביוה"כ סַגִּי בַּחֲדָא מַעֲרָכָה לִקְטֹורֶת דְּהֵיכָל וּדְלִפְנַי וְלִפְנִים אִי נָמֵי מֵהָכָא לֹא מָצִינוּ לְמֵילַף דְּשָׁאנֵי קְטֹורֶת דְּכָל יוֹמָא כֵּיוָן דְּמַקְטִירִין אוֹתָהּ עַל מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי יַעֲשׂוּ לָהּ מַעֲרָכָה כְּמוֹ כֵן עַל מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי קמ"ל:
Dis : c'est l'autel extérieur -- et il ne faut pas objecter : s'il en est ainsi, à quoi bon un verset pour la ketoret du Heikhal, (pour enseigner) qu'on en prend les braises sur l'autel extérieur -- qu'on l'apprenne donc de la ketoret du Saint des saints ! Car on peut répondre qu'il était nécessaire de nous enseigner qu'on lui fait une ma'arakha à part entière ; en effet, si nous l'avions appris d'ici, j'aurais dit qu'à Yom Kippour un seul tas suffit pour la ketoret du Heikhal et pour celle du Saint des saints. On peut aussi dire que d'ici nous n'aurions pas pu l'apprendre, car la ketoret de chaque jour est différente : puisqu'on la fait fumer sur l'autel intérieur, on aurait pu penser qu'on lui fasse pareillement son tas sur l'autel intérieur -- c'est pourquoi le verset nous l'apprend.
💡 Explication

Le verset tranche par une remarque de topographie. Dire « de devant Hachem » n'a de sens que s'il faut distinguer, dans cet autel, une partie qui est devant Hachem d'une partie qui ne l'est pas. Or l'autel intérieur se tient tout entier dans le Heikhal : tout en lui est devant Hachem, la précision serait vide.

L'autel extérieur, lui, est dans le parvis : seule sa face ouest se trouve dans l'axe de l'ouverture du Heikhal. C'est de lui qu'il s'agit, et c'est de ce côté-là, précise Rachi, qu'on ratisse les braises.

🖼️ Schéma
Quel autel n'est devant Hachem que par une partie de lui-même ? Vue de dessus. L'ouest à gauche : seule la face ouest de l'autel extérieur regarde l'ouverture du Heikhal. Heikhal autel intérieur tout entier lifnei Hachem : rien à distinguer en lui petah autel EXTÉRIEUR vu de dessus côté OUEST nord sud est l'axe de l'ouverture Conclusion Un seul autel admet une distinction entre ce qui est devant Hachem et ce qui ne l'est pas : l'extérieur. Donc les braises de la mahta viennent de lui, du côté ouest.
Vue de dessus : l'autel intérieur est tout entier lifnei Hachem, l'extérieur ne l'est que par sa face ouest -- c'est donc de lui que parle le verset.
11
וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב: ״מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ״, וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב: ״מִלִּפְנֵי ה׳״, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ״, הֲוָה אֲמִינָא: מַאי ״מִזְבֵּחַ״ — מִזְבֵּחַ פְּנִימִי, כְּתַב רַחֲמָנָא: ״מִלִּפְנֵי ה׳״. וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא: ״מִלִּפְנֵי ה׳״, הֲוָה אָמֵינָא דַּוְקָא מִלִּפְנֵי ה׳,

Et il fallait écrire « de dessus l'autel », et il fallait (aussi) écrire « de devant Hachem ». Car si le Miséricordieux n'avait écrit que « de dessus l'autel », j'aurais dit : de quel autel s'agit-il ?

De l'autel intérieur -- c'est pourquoi le Miséricordieux a écrit « de devant Hachem ». Et si le Miséricordieux n'avait écrit que « de devant Hachem », j'aurais dit : précisément de devant Hachem,

📜 Rachi (1)
דַּוְקָא מִלִּפְנֵי ה' כְּנֶגֶד הַפֶּתַח מַמָּשׁ:
Précisément de devant Hachem -- exactement face à l'ouverture.
🗂️ Tossefot (1)
הֲוָה אָמֵינָא דַּוְקָא מִלִּפְנֵי ה' הִקְשָׁה רִ"י מַאי שְׁנָא דְּהָכָא אָמְרִינַן לִפְנֵי ה' כְּנֶגֶד הַפֶּתַח בְּמַעֲרָבָהּ וְכֵן בְּנֵר מַעֲרָבִי פֶּרֶק שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת דַּף צח.) וְגַבֵּי תְּנוּפָה פֶּרֶק כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מְנָחוֹת דַּף סא.) אָמְרִינַן לִפְנֵי ה' בַּמִּזְרָח וְגַבֵּי שְׁחִיטָה נָמֵי כְּתִיב לִפְנֵי ה' וְשָׁרֵינַן בְּכָל מָקוֹם בָּעֲזָרָה וְתֵירֵץ רִ"י דְּגַבֵּי שְׁחִיטַת קָדָשִׁים קַלִּים כְּתִיב לִפְנֵי ה' לִמְעוּטֵי בַּחוּץ אע"ג דְּנֶאֱכָלִין בְּכָל הָעִיר שְׁחִיטָתָן לִפְנֵי ה' בִּפְנִים בַּמִּזְרָח וְכֵן גַּבֵּי תְּנוּפָה אֲבָל בְּהָנֵי מִזְבֵּחַ וּמְנוֹרָה אִי לָא אָתֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן בַּמַּעֲרָב לִפְנֵי ה' לָמָּה לִי וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ יִצְחָק הַבָּחוּר מ"מ מַאי שְׁנָא דִּתְנוּפָה בַּמִּזְרָח וּשְׁחִיטָה בְּכָל מָקוֹם בָּעֲזָרָה וְתֵירֵץ דְּוַדַּאי לִפְנֵי ה' בַּמִּזְרָח כִּדְדָרְשִׁינַן בְּסִיפְרֵי בְּפָרָשַׁת נָשֹׂא גַּבֵּי תְּנוּפַת אֵיל נָזִיר לִפְנֵי ה' בַּמִּזְרָח בְּכָל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר לִפְנֵי ה' הֱוֵי אוֹמֵר בַּמִּזְרָח עַד שֶׁיִּפְרֹט לְךָ הַכָּתוּב וְגַבֵּי שְׁחִיטַת קָדָשִׁים קַלִּים לָא כְּתִיב לִפְנֵי ה' אֶלָּא בִּסְמִיכָה וְשֶׁמָּא סְמִיכָה הִיא בַּמִּזְרָח ואת"ל שֶׁאֵינָהּ בַּמִּזְרָח דִּילְמָא הַייְנוּ טַעְמָא דְּגָמְרִינַן מִקַּל וָחֹומֶר מִשְּׁחִיטָה אוֹ בְּהֶיקֵּישָׁא דִּוְסֶמָּךְ וְשָׁחַט וּשְׁחִיטָה הָוְיָא בְּכָל מָקוֹם כִּדְגָמְרִינַן בְּאֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נה.) מִקְּרָאֵי לְהַכְשִׁיר כָּל הָרוּחוֹת וְאֶפְשָׁר דַּאֲפִילּוּ סְמִיכַת עוֹלָה הִיא בְּכָל מָקוֹם בָּעֲזָרָה כֵּיוָן דִּשְׁיָרֵי מִצְוָה הִיא גָּמְרִינַן קַל וָחֹומֶר מִשְּׁחִיטַת שְׁלָמִים וּקְרָא דְּלִפְנֵי ה' דִּסְמִיכָה לְאַפּוֹקֵי חוּץ לָעֲזָרָה וכ"מ בת"כ דְּדָרֵישׁ לִפְנֵי ה' וְסָמַךְ דְּגַבֵּי עוֹלָה אע"פ שֶׁסָּמַךְ בַּחוּץ יַחְזֹור וְיִסְמֹוךְ בִּפְנִים וְהָא דִּכְתִיב וְשָׁחַט אֶת בֶּן הַבָּקָר לִפְנֵי ה' גַּבֵּי עוֹלָה לָא מָצֵי לְמֵימַר בַּמִּזְרָח דְּהָא פֵּרֵט לְךָ הַכָּתוּב צָפוֹן וְדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ בֶּן בָּקָר לִפְנֵי ה' וְלֹא שׁוֹחֵט לִפְנֵי ה' בְּפֶרֶק כָּל הַפְּסוּלִין (זְבָחִים דַּף לב:) וְלִפְנֵי ה' דִּכְתִיב בְּפַר כֹּהֵן מָשִׁיחַ וּבְפַר הֶעְלֵם דְּרֵישׁ בת"כ לִקְבֹּועַ לָהֶם צָפוֹן וְהַייְנוּ עַד שֶׁיִּפְרֹט לְךָ הַכָּתוּב וְהַאי דְּדָרְשִׁינַן לֵיהּ לַצָּפוֹן וְלֹא לַמִּזְרָח מִשּׁוּם דְּאַשְׁכְּחַן שְׁאָר קָדְשֵׁי קָדָשִׁים שֶׁטְּעוּנִין צָפוֹן ואע"ג דְּאָמַר בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף מח:) זֶה בָּנָה אָב שֶׁכָּל חַטָּאוֹת טְעוּנוֹת צָפוֹן נִרְאֶה לִי דְּשֶׁמָּא אִיצְטְרִיךְ מִשּׁוּם דִּכְתִיב בְּפַר כֹּהֵן מָשִׁיחַ כַּאֲשֶׁר יוּרַם מִשּׁוֹר זֶבַח הַשְּׁלָמִים וּלְהַקְטָרַת אֵימוּרִים לָא אִיצְטְרִיךְ לְמֵילַף מִשְּׁלָמִים שֶׁהֲרֵי הַכֹּל מְפֹורָשׁ בְּגוּפֵיהּ וסד"א דְּאִיצְטְרִיךְ לְאַקּוֹשֵׁיהּ לִשְׁלָמִים לְהַכְשִׁיר כָּל הָרוּחוֹת לִשְׁחִיטָתוֹ וּפַר הֶעְלֵם אִיתַּקַּשׁ לְפַר כֹּהֵן מָשִׁיחַ ואע"ג דְּדָבָר הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ אֵינוֹ חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ אֵין זֶה אֶלָּא גִּילּוּי מִילְּתָא לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ לְאַהְדְּרִינְהוּ לִכְלַל שְׁאָר חַטָּאוֹת לְהַטְעִינָן צָפוֹן [אִי נָמֵי] סד"א כֵּיוָן דְּמִצְוַת שְׂרֵיפָתָן חוּץ לְשָׁלֹשׁ מַחֲנוֹת לָא לִיבְּעוּ צָפוֹן קמ"ל לִפְנֵי ה' וְגַבֵּי נֵר מַעֲרָבִי לָא קָשֶׁה מִידִי שֶׁכְּשֶׁאַתָּה אוֹמֵר לִפְנֵי ה' בַּמִּזְרָח לָא אֲתָא לְאַפּוּקֵי אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד הֵיכָל וּכְתָלָיו אוֹ שֶׁלֹּא יַעֲמוֹד בַּמִּזְרָח וְיַהֲפֹוךְ פָּנָיו לְצַד צָפוֹן וְדָרוֹם וְגַבֵּי גֶּחָלִים לֹא שַׁייָּךְ לְמֵימַר הָכִי שֶׁהֲרֵי צְפוֹנוֹ וּדְרוֹמוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ הָיָה כָּל כָּךְ כְּנֶגֶד הֵיכָל וּכְתָלָיו כְּמוֹ מִזְרָחוֹ וְאִם כֵּן לִפְנֵי ה' לְאַפּוֹקֵי מַאי אִי לְאַפּוֹקֵי שֶׁלֹּא יַעֲמוֹד הַחוֹתֶה בַּמִּזְרָח וְיַהֲפֹוךְ פָּנָיו לַצָּפוֹן וְלַדָּרוֹם א"כ דְּאַגַּבְרָא קָאֵי הֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב לִפְנֵי ה' מִדִּכְתִיב מִלִּפְנֵי ה' שְׁמַע מִינָּה דְּאַגֶּחָלִים קָאֵי וְאִי גֶּחָלִים דְּמִזְרָחוֹ דְּמִזְבֵּחַ קָאָמַר אַמַּאי קָרֵי לָהּ לִפְנֵי ה' טְפֵי מִדִּצְפוֹנוֹ וּדְרוֹמוֹ אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה בַּמַּעֲרָב קָאָמַר וְהַייְנוּ כְּמוֹ פֵּרֵט הַכָּתוּב כִּדְאִיתָא בְּסִיפְרֵי וְכֵן בְּנֵרוֹת כֻּולָּם לִפְנֵי ה' בֵּין אָדָם בֵּין נֵרוֹת אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה נֵר מַעֲרָבִי קָאָמַר:
J'aurais dit : précisément de devant Hachem -- le Ri a demandé : quelle différence y a-t-il (entre les cas) ? Ici nous disons que « devant Hachem » signifie face à l'ouverture, du côté ouest, et de même à propos de la lampe occidentale, au chapitre Chetei ha-Le'hem (Menahot 98a) ; tandis qu'à propos de la tenoufa (le balancement), au chapitre Kol ha-Menahot Ba'ot Matsa (Menahot 61a), nous disons que « devant Hachem » signifie à l'est ; et à propos de la chehita aussi il est écrit « devant Hachem », et nous l'autorisons en tout lieu de la azara. Et le Ri a répondu : à propos de la chehita des kodachim kalim, « devant Hachem » est écrit pour exclure l'extérieur -- bien qu'ils soient consommés dans toute la ville, leur chehita est « devant Hachem », à l'intérieur, à l'est ; et de même à propos de la tenoufa. Mais dans nos cas -- l'autel et la menorah -- si (le verset) ne vient pas nous enseigner « à l'ouest », pourquoi aurais-je besoin de « devant Hachem » ? Et Rabbenou Yits'hak le Jeune a objecté : malgré tout, quelle différence y a-t-il, pour que la tenoufa soit à l'est et la chehita en tout lieu de la azara ? Et il a répondu : certainement « devant Hachem » signifie à l'est, comme nous l'exposons dans le Sifré, parachat Nasso, à propos de la tenoufa du bélier du nazir : « devant Hachem », à l'est -- partout où il est dit « devant Hachem », dis que c'est à l'est, jusqu'à ce que l'Écriture te précise (autre chose). Et à propos de la chehita des kodachim kalim, « devant Hachem » n'est écrit qu'à propos de la semikha (l'imposition des mains), et peut-être la semikha se fait-elle à l'est ; et si tu dis qu'elle ne se fait pas à l'est, peut-être la raison en est-elle que nous l'apprenons par kal va-homer de la chehita, ou par le hekech de « il posera la main et il égorgera » -- et la chehita se fait en tout lieu, comme nous l'apprenons dans Eizehou Mekoman (Zevahim 55a) à partir de versets, pour rendre valides tous les côtés. Et il est possible que même la semikha de l'holocauste se fasse en tout lieu de la azara : puisqu'elle est chirei mitsva (le résidu de la mitsva), nous l'apprenons par kal va-homer de la chehita des chelamim ; et le verset « devant Hachem » de la semikha vient exclure l'extérieur de la azara. Et cela ressort aussi du Torat Kohanim, qui expose « devant Hachem ... et il posera la main » à propos de l'holocauste : même s'il a posé les mains dehors, il doit recommencer et poser les mains à l'intérieur. Quant à ce qui est écrit « il égorgera le jeune taureau devant Hachem » à propos de l'holocauste, on ne peut pas dire que cela signifie à l'est, puisque l'Écriture t'a précisé le nord ; et nous en exposons : « le jeune taureau devant Hachem » -- et non « celui qui égorge devant Hachem », au chapitre Kol ha-Pessoulin (Zevahim 32b). Et le « devant Hachem » écrit à propos du taureau du kohen oint et du taureau du hé'elem (davar de la communauté), le Torat Kohanim l'expose pour leur fixer le nord -- et c'est cela, « jusqu'à ce que l'Écriture te précise ». Et si nous l'exposons pour le nord et non pour l'est, c'est parce que nous trouvons que les autres kodchei kodachim exigent le nord. Et bien qu'il soit dit au chapitre Eizehou Mekoman (Zevahim 48b) que « ceci a fait école » (zeh bana av), à savoir que toutes les hâta'ot exigent le nord, il me semble que (le verset) était peut-être nécessaire parce qu'il est écrit à propos du taureau du kohen oint « comme cela est prélevé du taureau du sacrifice de chelamim » : or pour la combustion des emourim il n'était pas nécessaire de l'apprendre des chelamim, puisque tout est explicite dans son propre passage ; j'aurais donc pu dire que ce hekech aux chelamim est nécessaire pour rendre valides tous les côtés pour sa chehita ; et le taureau du hé'elem est comparé (par hekech) au taureau du kohen oint ; et bien qu'une chose apprise par hekech ne puisse à son tour enseigner par hekech, ce n'est ici qu'un dévoilement de sens (guilouy milta) -- c'est pourquoi il était nécessaire de les ramener à la catégorie des autres hâta'ot pour leur imposer le nord. [Ou encore] j'aurais pu dire : puisque la mitsva de leur combustion se fait hors des trois camps, qu'ils n'exigent pas le nord -- c'est pourquoi le verset dit « devant Hachem ». Et à propos de la lampe occidentale, il n'y a aucune difficulté : car lorsque tu dis « devant Hachem, à l'est », cela ne vient exclure que le nord et le sud, qui ne sont pas face au Heikhal et à ses murs, ou bien (cela vient dire) qu'il ne se tienne pas à l'est en tournant son visage vers le nord ou le sud. Mais à propos des braises, on ne peut pas dire cela, car le nord et le sud de l'autel étaient tout autant face au Heikhal et à ses murs que son est ; et s'il en est ainsi, « devant Hachem » exclut quoi ? Si c'est pour exclure que celui qui ratisse ne se tienne à l'est en tournant son visage vers le nord et le sud -- alors, si cela portait sur l'homme, il aurait fallu écrire « devant Hachem » (sans le mem) ; du fait qu'il est écrit « DE devant Hachem », on en déduit que cela porte sur les braises. Et si l'on parlait des braises du côté est de l'autel, pourquoi l'appeler « devant Hachem » plutôt que son nord et son sud ? On en déduit donc qu'il s'agit de l'ouest -- et c'est bien là le cas où « l'Écriture a précisé », comme il est enseigné dans le Sifré. Et de même pour les lampes : toutes sont « devant Hachem », aussi bien l'homme que les lampes ; on en déduit donc qu'il parle de la lampe occidentale.
💡 Explication

La guemara vérifie que le verset ne dit rien de trop -- c'est la tsrikhouta, la démonstration que chacune des deux expressions est indispensable. Sans « de devant Hachem », on aurait lu « l'autel » comme l'autel intérieur, celui du parfum. Sans « de dessus l'autel », on aurait lu « de devant Hachem » de façon stricte : uniquement du point qui fait exactement face à l'ouverture.

Le amoud s'interrompt sur cette seconde branche, avant sa réponse : la suite est en 46a. Tossefot profite de cette dernière ligne pour ouvrir une longue enquête sur l'expression lifnei Hachem elle-même, qui signifie tantôt l'ouest, tantôt l'est, tantôt n'importe où dans la azara selon le contexte -- et cherche la règle qui commande ces variations.

🖼️ Schéma
Tsrikhouta : pourquoi les deux expressions sont nécessaires Lev 16,12 dit deux choses. On montre qu'aucune des deux ne suffirait seule. Si seulement me-al ha-mizbeah hava amina : de quel autel parle-t-on ? De l'autel INTÉRIEUR -- celui du parfum, le plus proche du Saint des saints. D'où la nécessité de : mi-lifnei Hachem Si seulement mi-lifnei Hachem hava amina : précisément de devant Hachem, c'est-à-dire du point exact qui fait face à l'ouverture, et de nulle part ailleurs. D'où la nécessité de : me-al ha-mizbeah Le amoud s'arrête au milieu de cette seconde branche. La réponse -- me-al ha-mizbeah, de n'importe quel endroit du sommet -- vient en 46a.
Les deux branches de la tsrikhouta ; la seconde reste ouverte, le amoud se termine en pleine phrase.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).