Yoma 46a -- le tas des membres inachevés : jusqu'où le service du tamid repousse-t-il le Chabbat et la toum'a ?

Yoma 46a

Sougya : Le amoud ferme d'abord la tsrikhouta de 45b sur l'emplacement d'où l'on prend les braises de la mahta, avec une précision de Tossefot : l'élargissement n'est admis qu'après coup, à priori il faut prendre face à l'ouverture. Puis s'ouvre la sougya centrale : Rabbi Meir, rapporté par bar Kappara, dresse un tas à part pour les membres d'un holocauste que le feu de la nuit n'a pas fini de consumer -- et même le Chabbat.

La guemara objecte deux fois que la michna l'enseigne déjà ; Rabbi Avin sauve la nouveauté par les membres invalidés, Rav Aha bar Yaakov par un Kippour tombant en pleine semaine, mais Rava balaie cette dernière réponse d'une formule célèbre -- qui est celui-là qui ne prend pas soin de sa farine ? -- et la guemara reste sur un kachya. Restent deux conditions fermes : le feu doit avoir pris sur les membres, faute de quoi ils ne sont pas encore le pain de l'autel.

La fin du amoud analyse la phrase de Rav Houna, son début repousse et sa fin ne repousse pas : Rav Hisda y lit que la fin repousse le Chabbat mais non la toum'a, Rabba exactement l'inverse. Abaye montre alors que le même mot be-mo'ado sert de preuve aux deux et ne peut départager, et Rabba commence sa réponse -- sa fin est comme son début -- que le amoud laisse en suspens.

Le sommet de l'autel extérieur selon Rabbi Meir : quatre tas, cinq à Kippour Tout le amoud tourne autour du QUATRIÈME -- celui des membres que le feu n'a pas fini de consumer. sommet du mizbeah ha-hitson 1. ma'arakha guedola le grand tas : les korbanot du jour tamid, moussafim... 2. ma'arakha chenia les braises de la ketoret quotidienne 3. ech tamid le feu perpétuel : il ne s'éteint jamais 4. LE TAS DES EVARIM CHE-NITOTRU les membres restés de la nuit qui n'ont pas fini de brûler c'est LUI le sujet de bar Kappara 5. à Yom Kippour seulement les braises de la mahta La question de la guemara : si la michna enseigne déjà ce quatrième tas, qu'apporte bar Kappara ? Réponse 1 -- Rabbi Avin le tas vaut aussi pour les membres PESSOULIN (invalidés) ceux qui, montés, ne redescendent pas Réponse 2 -- Rav Aha bar Yaakov le tas vaut à Kippour même au milieu de la semaine pas seulement au lendemain du Chabbat Rava balaie la réponse 2 la michna dit déjà BEKHOL YOM, en TOUT jour -- donc partout la guemara conclut : KACHYA
Le quatrième tas de Rabbi Meir, celui des membres inachevés : c'est autour de lui que tourne tout le amoud.
Des membres sont restés sur l'autel au matin : leur fait-on un tas à part ? Deux critères se croisent : le feu a-t-il pris ? les membres sont-ils valides ? -- et deux versions de la réponse. evarim che-nitotru membres non consumés Le feu a-t-il déjà pris sur eux ? NON pas de tas à part ils ne sont pas encore le pain de l'autel OUI -- michla bahen ha-our dès cet instant : lahmo chel mizbeah Et s'ils sont valides (kecherin) ? Lichna kama -- Rabbi Avin la nouveauté porte sur les PESSOULIN pour eux : seulement si le feu a pris Tossefot : les kecherin ne sont pas exclus, il n'était simplement pas utile de les citer Ikka de-amri -- l'autre version valides et invalides : même règle le seul critère est : le feu a-t-il pris ? le couple kacher / passoul disparaît, il ne reste qu'un seul test
Les deux critères -- le feu a-t-il pris, les membres sont-ils valides -- et les deux versions de la réponse.
Rav Houna : son début repousse, sa fin ne repousse pas -- mais ne repousse pas QUOI ? Une phrase de quatre mots, deux lectures opposées, et deux obstacles qui se ressemblent : le Chabbat et la toum'a. TAMID : tehilato doheh, sofo eino doheh le début du service repousse ; la fin, non RAV HISDA la fin REPOUSSE le Chabbat mais ne repousse PAS la toum'a 1er Rachi : début = chehita + zerika, fin = la combustion des graisses 2e Rachi (retenu par le Ri) : début = les graisses du jour, fin = les membres restés RABBA la fin REPOUSSE la toum'a mais ne repousse PAS le Chabbat conséquence : les membres restés de la veille du Chabbat n'ont pas de tas le Chabbat donc BEKHOL YOM de la michna veut dire : tous les jours SAUF le Chabbat La question d'Abaye : elle frappe les DEUX, et par le même mot Un seul verset sert de levier des deux côtés : BE-MO'ADO, en son temps (Nb 28,2) -- coûte que coûte. À Rabba : si be-mo'ado force la toum'a, pourquoi ne forcerait-il pas le Chabbat ? À Rav Hisda : si be-mo'ado force le Chabbat, pourquoi ne forcerait-il pas la toum'a ?
Rav Hisda contre Rabba sur la phrase de Rav Houna, et la question symétrique d'Abaye tirée de be-mo'ado.
1
אֲבָל מֵהַאי גִּיסָא וּמֵהַאי גִּיסָא אֵימָא לָא, צְרִיכָא.

... mais de ce côté-ci et de ce côté-là (de l'autel, hors de l'axe de l'ouverture du Heikhal), j'aurais dit que non -- c'est pourquoi il était nécessaire (d'écrire les deux expressions).

📜 Rachi (1)
אֲבָל מֵהַאי גִּיסָא דְּפֶתַח לֹא ואע"ג דְּצַד מַעֲרָבִי הוּא:
Mais de ce côté-ci -- de l'ouverture, non ; et cela bien qu'il s'agisse (déjà) du côté occidental.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל דְּהַאי גִּיסָא וּדְהַאי גִּיסָא אֵימָא לָא צְרִיכָא נְהִי דְּמַסִּיק הָכָא דְּאַפֵּי' דְּהַאי גִּיסָא וּדְהַאי גִּיסָא כָּשֵׁר הָנֵי מִילֵּי דִּיעֲבַד אֲבָל לְכַתְּחִילָּה בָּעֵינַן כְּנֶגֶד הַפֶּתַח כִּדְמַשְׁמַע בִּזְבָחִים רֵישׁ פֶּרֶק קָדְשֵׁי קָדָשִׁים (זְבָחִים דַּף נח.) וא"ת מַאי אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמֵימַר דְּלָא מְעַכֵּב אִי שְׁקִיל לְהוּ שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד הַפֶּתַח מֵהֵיכָא תֵּיתֵי עִיכּוּבָא וַהֲלֹא לֹא. שָׁנָה עָלָיו הַכָּתוּב לְעַכֵּב וְאִי מִדִּכְתִיב חֻוקָּה לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר (לְקַמָּן יוֹמָא דַּף ס.) לָא קָאֵי חֻוקָּה אֶלָּא אַדְּבָרִים שֶׁנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן בִּפְנִים לָמָּה לִי קְרָא וְי"ל כֵּיוָן דְּהָוֵי צֹורֶךְ פְּנִים כִּפְנִים דָּמֵי מִידִי דַּהֲוָה אַקְּטֹורֶת שֶׁחֲפָנָהּ קֹודֶם שְׁחִיטַת הַפָּר דְּלֹא עָשָׂה וְלֹא כְּלוּם אֲפִי' לְר' יְהוּדָה דְּצֹורֶךְ פְּנִים כִּפְנִים דָּמֵי:
Bien que la guemara conclue ici que même de ce côté-ci et de ce côté-là c'est valable, cela ne vaut que be-diavad (après coup) ; mais le-khathila (à priori), il faut (prendre les braises) face à l'ouverture, comme cela ressort de Zevahim, au début du chapitre Kodchei Kodachim (58a). Et si tu demandes : pourquoi faut-il un verset pour dire que cela n'invalide pas s'il les a prises hors de l'axe de l'ouverture -- d'où serait venue l'invalidation ? L'Écriture n'a pas répété la chose pour la rendre indispensable (chana alav ha-katouv le-akev) ! Et si (l'on voulait l'invalider) du fait qu'il est écrit « houka » (statut immuable) -- selon Rabbi Yehouda qui dit (plus loin, Yoma 60a) que le « houka » ne porte que sur les services accomplis en vêtements blancs à l'intérieur, pourquoi un verset ? On peut répondre : puisque (prendre les braises) est un besoin du service intérieur (tsorekh penim), c'est tenu pour l'intérieur lui-même -- comme dans le cas de la ketoret dont il a rempli ses mains avant l'abattage du taureau, ou il n'a rien fait du tout, et cela même selon Rabbi Yehouda : car ce qui est nécessaire à l'intérieur est comme l'intérieur.
💡 Explication

Le amoud s'ouvre sur la dernière ligne de la tsrikhouta commencée en 45b : pourquoi la Tora a-t-elle besoin de deux expressions pour situer les braises que le kohen gadol prend dans sa mahta le jour de Kippour ? Réponse : sans les deux, on aurait restreint la prise au seul point de l'autel situé exactement en face de l'ouverture. Les deux expressions élargissent : même prises plus au nord ou plus au sud le long du côté occidental, les braises conviennent.

Tossefot pose aussitôt la limite : cet élargissement vaut be-diavad, après coup. À priori, le-khathila, on prend bien les braises face à l'ouverture.

2
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא, אוֹמֵר הָיָה רַבִּי מֵאִיר: אֶיבְרֵי עוֹלָה שֶׁנִּתְוַתְּרוּ — עוֹשֶׂה לָהֶן מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְסוֹדְרָן, וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת.

Rabbi Eleazar a dit au nom de bar Kappara : Rabbi Meir disait -- les membres d'un holocauste qui sont restés (sur l'autel sans avoir été consumés), on fait pour eux un tas (ma'arakha) à part et on les y dispose ; et cela même le Chabbat.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן אוֹמֵר הָיָה ר"מ אִיבְרֵי עוֹלָה שֶׁנִּיתְוַתְּרוּ כו' וְלָא גָּרְסִינַן עוֹלַת חוֹל דְּאִי גָּרְסִי' לֵיהּ מַאי תְּנֵינָא דְּקָא פָּרֵיךְ לֵיהּ הָא אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן שַׁבָּת וְאִם תֹּאמַר הָכִי פָּרֵיךְ לֵיהּ בְּכָל יוֹם תְּנַן וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת דְּהָא הֲדַר פָּרֵיךְ לֵיהּ תּוּ אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת פִּירְכָא אַחֲרִיתִי:
Telle est la version : « Rabbi Meir disait : les membres d'un holocauste qui sont restés, etc. » -- et l'on ne lit pas « holocauste d'un jour ordinaire (olat hol) » ; car si on lisait ainsi, quelle force aurait l'objection « nous l'avons déjà appris » ? Il viendrait justement nous enseigner le cas du Chabbat ! Et si tu dis que l'objection porte précisément sur cela -- « en tout jour, avons-nous appris dans la michna, ce qui inclut le Chabbat » -- (ce n'est pas possible), car la guemara revient ensuite objecter séparément sur « et même le Chabbat », qui est une objection distincte.
💡 Explication

Nouvelle sougya, et elle occupe tout le reste du amoud. Au petit matin on démonte les tas de la veille pour en dresser de neufs. Que faire des evarim, les membres de l'holocauste que le feu de la nuit n'a pas fini de consumer ? Rabbi Meir, selon bar Kappara, leur dresse un tas à part, distinct de la grande ma'arakha du jour.

Le dernier mot est le plus lourd : et même le Chabbat. Or dresser un feu le Chabbat est un travail interdit ; il faut donc que le service du Temple le repousse. C'est ce mot qui portera toute la fin du amoud, jusqu'à la mahloket de Rav Hisda et Rabba.

🖼️ Schéma
Le sommet de l'autel extérieur selon Rabbi Meir : quatre tas, cinq à Kippour Tout le amoud tourne autour du QUATRIÈME -- celui des membres que le feu n'a pas fini de consumer. sommet du mizbeah ha-hitson 1. ma'arakha guedola le grand tas : les korbanot du jour tamid, moussafim... 2. ma'arakha chenia les braises de la ketoret quotidienne 3. ech tamid le feu perpétuel : il ne s'éteint jamais 4. LE TAS DES EVARIM CHE-NITOTRU les membres restés de la nuit qui n'ont pas fini de brûler c'est LUI le sujet de bar Kappara 5. à Yom Kippour seulement les braises de la mahta La question de la guemara : si la michna enseigne déjà ce quatrième tas, qu'apporte bar Kappara ? Réponse 1 -- Rabbi Avin le tas vaut aussi pour les membres PESSOULIN (invalidés) ceux qui, montés, ne redescendent pas Réponse 2 -- Rav Aha bar Yaakov le tas vaut à Kippour même au milieu de la semaine pas seulement au lendemain du Chabbat Rava balaie la réponse 2 la michna dit déjà BEKHOL YOM, en TOUT jour -- donc partout la guemara conclut : KACHYA
Où se place, au sommet de l'autel, le tas dont parle bar Kappara.
3
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא: בְּכָל יוֹם הָיוּ שָׁם אַרְבַּע מַעֲרָכוֹת. אָמַר רַבִּי אָבִין: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִפְסוּלִין.

Que vient-il nous apprendre ? Nous l'avons déjà appris (dans la michna) : « en tout jour il y avait là quatre tas ».

Rabbi Avin a dit : cela n'était nécessaire que pour les (membres) invalidés.

📜 Rachi (2)
מַאי קמ"ל דְּקָאָמַר עוֹשֶׂה לָהֶן מַעֲרָכָה בְּחוֹל תְּנֵינָא בְּכָל יוֹם הָיוּ שָׁם ד' מַעֲרָכוֹת וַחֲדָא מִינַּייְהוּ לְאֵיבָרִים שֶׁנִּיתְוַתְּרוּ:
Que vient-il nous apprendre ? -- en disant qu'on leur fait un tas les jours ordinaires : nous l'avons déjà appris, « en tout jour il y avait là quatre tas », et l'un d'eux est justement pour les membres restés.
לִפְסוּלִין הָנָךְ דְּאִם עָלוּ לֹא יֵרְדוּ:
Pour les invalidés -- ceux dont (la règle est que) s'ils sont montés (sur l'autel), ils n'en redescendent pas.
💡 Explication

Objection classique : tanina, nous l'avons déjà appris. La michna de Rabbi Meir énonce quatre tas quotidiens, dont le quatrième est précisément celui des membres inachevés. Bar Kappara n'ajoute donc rien.

Réponse de Rabbi Avin : la nouveauté porte sur les pessoulin, les membres d'une offrande invalidée. Rachi précise de quelle catégorie il s'agit : ceux dont la règle est im alou lo yeredou, une fois montés sur l'autel ils n'en redescendent pas -- l'invalidité les frappait à priori, mais elle ne les chasse plus une fois qu'ils sont là. Bar Kappara enseigne que même ceux-là méritent un tas à eux.

4
וְדַוְקָא שֶׁמָּשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר, אֲבָל לֹא מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר — לֹא.

Et cela précisément lorsque le feu a déjà pris sur eux ; mais si le feu n'a pas pris sur eux -- non.

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר דְּמֵהַהִיא שַׁעְתָּא נַעֲשׂוּ לַחְמוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ:
Que le feu a pris sur eux -- car dès cet instant, ils sont devenus le pain de l'autel.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל לֹא מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר לֹא לָאו דַּווְקָא פְּסוּלִין הוּא הַדִּין אַפֵּי' כְּשֵׁרִין אִי לֹא מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר לֹא דְּקָאָמַר עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּשַׁבָּת וּמַקְשִׁים וְהָאָמַר בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף כ.) בְּכָל מוֹשְׁבוֹתֵיכֶם לְמִישְׁרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים הוּא דַּאֲתָא וְעַל כָּרְחֲךָ הַייְנוּ אֵיבָרִים וּפְדָרִים דְּחוֹל דְּאִי שֶׁל שַׁבָּת מֵעוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ נָפְקָא וְתֵירֵץ הָרַב רַבִּי יוֹסֵף פור"ת זצ"ל דִּלְמִישְׁרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים הַייְנוּ שֶׁל שַׁבָּת דְּאִי מֵעוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ הַהִיא מַייְרֵי בִּשְׁחִיטָה וּזְרִיקָה וְלָא נְהִירָא לר"י דְּא"כ הֵיכִי גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ בְּפֶרֶק אֵלּוּ קְשָׁרִים (שַׁבָּת דַּף קיד.) דְּחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין ביו"ט אוֹ ביוה"כ וְאִי קָרָא בִּשְׁחִיטָה וּזְרִיקָה אַייְרֵי אַטּוּ קָרְבַּן שַׁבָּת נִשְׁחָט בי"ט וביוה"כ אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ אַהַקְטָרַת תָּמִיד דְּשַׁבָּת דָּרְשִׁינַן גּוּפֵיהּ מִקְּרָא כִּדְדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף סו.) עוֹלַת שַׁבָּת עַל עֹולַת הַתָּמִיד מִכְּלָל דְּתָמִיד דָּחֵי שַׁבָּת וּמִסְּתָמָא בְּכָל קָרְבְּנוֹתָיו קָאָמַר וּמִיִּתּוּרָא דִּבְשַׁבַּתּוֹ דָּרְשִׁינַן חֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין ביו"ט אוֹ ביוה"כ לְמָר כִּדְאִית לֵיהּ וּלְמָר כִּדְאִית לֵיהּ אֶלָּא נִרְאֶה לְרִיבָ"א ולר"י דְּהָא דְּאָמַר וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּשַׁבָּת הַיְינוּ בְּלֹא מָשְׁלָה בָּהֶן אוּר וְהַהוּא דִּלְמִישְׁרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים הוּא דַּאֲתָא בְּמָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר וא"כ הָא דְּקָאָמַר הָכָא לְלִישָּׁנָא קַמָּא דַּווְקָא מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר וְדַווְקָא פְּסוּלִין אֲבָל כְּשֵׁרִין לֹא לָא בָּעֵי לְמֵימַר אֲבָל כְּשֵׁרִין אֲפִילּוּ לֹא מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר אֶלָּא ה"ק אֲבָל כְּשֵׁרִין לָא אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּשָׁרֵי הֵיכָא דְּמָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר וּמִיהוּ אַפֵּי' לְלִישָּׁנָא קַמָּא לָא שָׁרֵי אֲפִילּוּ בִּכְשֵׁרִים אֶלָּא בְּמָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר דַּוְוקָא וּמִיהוּ יָכוְלֵנִי לְיַישֵּׁב שֶׁלֹּא יִקְשֶׁה לְפֵירוּשׁ הָרַב פּוֹרָת דְּוַדַּאי אִי לָא הֲוָה כְּתַב קְרָא דְּלָא תְּבַעֲרוּ לְמִישְׁרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים מִקְּרָא דְּעוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ לָא הֲוָה דָּרְשִׁינַן אֶלָּא שְׁחִיטָה וּזְרִיקָה דִּמְעַכְּבִי אֲבָל הַקְטָרָה לֹא כֵּיוָן דִּיכוֹלִין לְהַמְתִּין עַד הַלַּיְלָה וְהָא דִּכְתִיב עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ הֲוָה דָרְשִׁינַן לֵיהּ הָכִי אִם נֶאֶנְסוּ וְלֹא שָׁחֲטוּ תָּמִיד שֶׁל שַׁבָּת וְשָׁחֲטוּ אוֹתוֹ ביוה"כ וּלְמַר ביו"ט הֵיכָא דְּחָל יוה"כ אוֹ יו"ט אַחַר הַשַּׁבָּת אֲבָל בָּתַר דְּנָפְקָא לָן מִלֹּא תְּבַעֲרוּ לְמִישְׁרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים בְּתָמִיד שֶׁל שַׁבָּת מֵהַשְׁתָּא מוֹקְמִינָא קְרָא דְּעוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ אַף לְאֵיבָרִים וּפְדָרִים לוֹמַר דְּחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין ביוה"כ אוֹ ביו"ט לְמָר כִּדְאִית לֵיהּ וּלְמָר כִּדְאִית לֵיהּ וְצָרִיךְ לוֹמַר לְפִי' כְּמוֹ כֵן דְּמוֹדֶה הוּא דְּאַפֵּי' דְּחוֹל שָׁרִי בְּשַׁבָּת הֵיכָא דְּמָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר כִּדְמַשְׁמַע בִּשְׁמַעְתִּין לכ"ע וּלְכָל הַפֵּי' נ"ל דֹּוחַק שֶׁאָנוּ צְרִיכִין לְפָרֵשׁ לְלִישָּׁנָא קַמָּא דְּהָכָא דְּקָאָמַר לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִפְסוּלִין דִּפְסוּלִין דִּנְקַט לָאו דַּוְוקָא וה"ה כְּשֵׁרִין אֶלָּא דְּבִכְשֵׁרִין לָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן וְנִרְאֶה לִי דְּהָא דְּאָמַר וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּשַׁבָּת וְלֹא עוֹלַת חוֹל ביו"ט הַיְינוּ בְּלֵיל שַׁבָּת אוֹ בְּלֵיל יו"ט דְּלָא נִיתְּנוּ שַׁבָּת וְיו"ט לִדְחוֹת בְּהַהִיא שַׁעְתָּא אֵצֶל שׁוּם קָרְבָּן וְהָא דְּאָמַר לְמִישְׁרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים הוּא דַּאֲתָא אִיכָּא לְאוֹקְמֵי קְרָא לִדְמִיסְתַּבֵּר דְּהַייְנוּ סָמוּךְ לַבֹּקֶר כִּי מְסַדֵּר מַעֲרָכָה דְּיוֹמֵיהּ וְכֵיוָן דִּבְלָאו הָכִי מַבְעִיר אֵשׁ הַמַּעֲרָכָה לְצֹורֶךְ תְּמִידִין דְּיוֹמָא אָמְרִינַן דִּקְרָא דְּלָא תְּבַעֲרוּ אֲתָא לְמִישְׁרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים דְּחוֹל שֶׁנִּיתְוַתְּרוּ וְאַפֵּי' לֹא מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר כְּשֵׁרִין לְלִישָּׁנָא קַמָּא דְּהָכָא וּפָסוּל בְּמָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר וּלְאִיכָּא דְּאָמְרִי אֶחָד כְּשֵׁירָה וְאֶחָד פְּסוּלָה דַּווְקָא מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר וְהָא דְּאָמַר חֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין ביוה"כ וביו"ט הַיְינוּ אֲפִילּוּ בִּתְחִילַּת הַלַּיְלָה מַעֲלָן וּמַקְטִירָן מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּעוֹלַת חוֹל ביוה"כ וביו"ט:
Ce n'est pas seulement pour les invalidés : il en va de même pour les valides -- si le feu n'a pas pris sur eux, non ; car il est dit « l'holocauste du Chabbat en son Chabbat » (Nb 28,10), et non l'holocauste d'un jour ordinaire le Chabbat. Et l'on objecte : n'est-il pas dit au premier chapitre de Chabbat (20a) que « dans toutes vos demeures » (Ex 35,3) vient permettre (de brûler) les membres et les graisses ? Et force est de dire qu'il s'agit des membres et des graisses d'un jour ordinaire, car s'il s'agissait de ceux du Chabbat, cela se déduit déjà de « l'holocauste du Chabbat en son Chabbat ». Rav Yossef de Porat, de mémoire bénie, a répondu que « permettre les membres et les graisses » vise bien ceux du Chabbat ; car « l'holocauste du Chabbat en son Chabbat » parle de la chehita et de la zerika (l'aspersion du sang), non de la combustion. Mais cela ne paraît pas juste au Ri : car s'il en était ainsi, comment en déduirait-on, au chapitre Elou Kecharim (Chabbat 114a), que les graisses du Chabbat sont offertes un jour de fête ou à Yom Kippour ? Si le verset parlait de la chehita et de la zerika -- le sacrifice du Chabbat serait-il donc abattu un jour de fête ou à Kippour ? Force est donc de dire que c'est de la combustion du tamid du Chabbat lui-même qu'on l'expose, comme on l'expose au chapitre Elou Devarim (Pessahim 66a) : « l'holocauste du Chabbat, en plus de l'holocauste perpétuel » -- d'où l'on déduit que le tamid repousse le Chabbat ; et vraisemblablement, cela vaut pour tous ses services. Et c'est du surplus du mot « en son Chabbat » qu'on expose que les graisses du Chabbat sont offertes un jour de fête ou à Kippour, chacun selon son opinion. Il paraît donc au Riva et au Ri que ce qui est dit -- « et non l'holocauste d'un jour ordinaire le Chabbat » -- vise le cas où le feu n'a pas pris sur eux ; tandis que le verset qui « vient permettre les membres et les graisses » vise le cas où le feu a pris sur eux. S'il en est ainsi, ce qui est dit ici selon la première version -- précisément lorsque le feu a pris, et précisément pour les invalidés, mais pour les valides non -- ne veut pas dire que pour les valides ce serait permis même si le feu n'a pas pris ; cela veut dire : pour les valides, il n'était pas nécessaire de l'énoncer, puisqu'il va de soi que c'est permis là où le feu a pris. Ainsi, même selon la première version, ce n'est permis, même pour les valides, que lorsque le feu a pris sur eux précisément. Je puis toutefois défendre l'explication de Rav Porat, de sorte qu'elle ne souffre pas d'objection : assurément, si le verset « vous n'allumerez pas de feu » n'était pas venu permettre les membres et les graisses, on n'aurait exposé du verset « l'holocauste du Chabbat en son Chabbat » que la chehita et la zerika, qui sont indispensables, mais non la combustion, puisqu'on peut attendre la nuit. Et ce qui est écrit « l'holocauste du Chabbat en son Chabbat », on l'aurait exposé ainsi : s'ils ont été empêchés par force majeure et n'ont pas abattu le tamid du Chabbat, ils l'abattent à Yom Kippour -- et selon l'autre, un jour de fête -- lorsque Kippour ou le jour de fête tombe après le Chabbat. Mais une fois qu'on déduit de « vous n'allumerez pas » la permission des membres et des graisses du tamid du Chabbat, dès lors on applique le verset « l'holocauste du Chabbat en son Chabbat » aussi aux membres et aux graisses, pour dire que les graisses du Chabbat sont offertes à Kippour ou un jour de fête, chacun selon son opinion. Et il faut dire, selon cette explication également, qu'il concède que même (les membres) d'un jour ordinaire sont permis le Chabbat là où le feu a pris sur eux, comme il ressort de notre sougya de l'avis de tous. Mais selon toutes ces explications, il me paraît forcé de devoir dire que, dans la première version d'ici -- « cela n'était nécessaire que pour les invalidés » -- le mot « invalidés » n'est pas à prendre au sens strict, et qu'il en va de même des valides, sauf qu'à leur sujet il n'était pas nécessaire de l'enseigner. Il me semble donc que ce qui est dit -- « et non l'holocauste d'un jour ordinaire le Chabbat », « et non l'holocauste d'un jour ordinaire un jour de fête » -- vise la nuit du Chabbat ou la nuit du jour de fête : à cette heure-là, le Chabbat et le jour de fête n'ont été donnés à être repoussés pour aucun sacrifice. Et ce qui est dit -- le verset vient permettre les membres et les graisses -- on peut l'appliquer au cas le plus plausible, c'est-à-dire vers le matin, au moment où l'on dresse le tas du jour. Et puisque de toute façon il allume alors le feu du tas pour les besoins des tamidim du jour, nous disons que le verset « vous n'allumerez pas » vient permettre les membres et les graisses d'un jour ordinaire qui sont restés -- et cela même si le feu n'a pas pris sur eux, pour les valides, selon la première version d'ici ; et pour les invalidés, seulement lorsque le feu a pris sur eux. Et selon la version « ikka de-amri » -- aussi bien les valides que les invalidés -- uniquement lorsque le feu a pris sur eux. Et ce qui est dit, que les graisses du Chabbat sont offertes à Kippour et un jour de fête, signifie que même dès le début de la nuit on les fait monter et on les brûle -- ce qui n'est pas le cas de l'holocauste d'un jour ordinaire à Kippour ou un jour de fête.
💡 Explication

Une condition s'ajoute, et elle est physique autant que juridique : michla bahen ha-our, le feu a mordu sur eux. Rachi donne la raison en cinq mots : dès cet instant, ils sont devenus lahmo chel mizbeah, le pain de l'autel. La combustion entamée crée un lien que rien ne doit interrompre. Non entamés, ce ne sont que des morceaux de viande posés là, sans titre à un feu supplémentaire.

La longue Tossefot qui suit se bat avec une contradiction : d'un côté « l'holocauste du Chabbat en son Chabbat » -- et non celui d'un jour ordinaire le Chabbat ; de l'autre, le verset « dans toutes vos demeures » que Chabbat 20a lit comme une permission de brûler membres et graisses. La solution du Riva et du Ri partage le terrain : l'interdit vise le cas où le feu n'a pas pris, la permission le cas où il a pris.

🖼️ Schéma
Des membres sont restés sur l'autel au matin : leur fait-on un tas à part ? Deux critères se croisent : le feu a-t-il pris ? les membres sont-ils valides ? -- et deux versions de la réponse. evarim che-nitotru membres non consumés Le feu a-t-il déjà pris sur eux ? NON pas de tas à part ils ne sont pas encore le pain de l'autel OUI -- michla bahen ha-our dès cet instant : lahmo chel mizbeah Et s'ils sont valides (kecherin) ? Lichna kama -- Rabbi Avin la nouveauté porte sur les PESSOULIN pour eux : seulement si le feu a pris Tossefot : les kecherin ne sont pas exclus, il n'était simplement pas utile de les citer Ikka de-amri -- l'autre version valides et invalides : même règle le seul critère est : le feu a-t-il pris ? le couple kacher / passoul disparaît, il ne reste qu'un seul test
Le premier critère -- le feu a-t-il pris ? -- puis le second, valides ou invalides.
5
אִיכָּא דְאָמְרִי: אֶחָד כְּשֵׁירִין וְאֶחָד פְּסוּלִין, אִי מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר — אִין, וְאִי לָא — לֹא.

Il y a ceux qui disent : aussi bien les (membres) valides que les invalidés -- si le feu a pris sur eux, oui ; et sinon, non.

💡 Explication

La seconde version, ikka de-amri, supprime le critère de validité et n'en garde qu'un seul : le feu a-t-il pris ? Valides ou invalidés, la règle est identique.

La différence avec la première version est plus mince qu'il n'y paraît, et Tossefot vient de l'expliquer : dans la première version aussi, les membres valides exigent que le feu ait pris. Ce que la seconde version refuse, c'est la formulation qui laissait croire à une règle plus douce pour les valides.

6
וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת — תְּנֵינָא: וְהַיּוֹם חָמֵשׁ!

« Et même le Chabbat » -- nous l'avons déjà appris (dans la michna) : « et aujourd'hui, cinq » !

📜 Rachi (1)
תְּנֵינָא הַיּוֹם חָמֵשׁ וַהֲרֵי יוה"כ כְּשַׁבָּת וְקָתָנֵי דְּאֶיבְרֵי תָּמִיד שֶׁל עֶרֶב יוה"כ עוֹשֶׂה לָהֶן מַעֲרָכָה ביוה"כ:
Nous l'avons appris : « aujourd'hui, cinq » -- or Yom Kippour est comme le Chabbat, et la michna enseigne que pour les membres du tamid de la veille de Kippour, on leur fait un tas le jour de Kippour.
💡 Explication

Deuxième objection de tanina, portant cette fois sur le dernier mot de bar Kappara. La michna de Rabbi Meir compte quatre tas les jours ordinaires et cinq le jour de Kippour. Or Yom Kippour a la sévérité du Chabbat pour tout ce qui est melakha. Si la michna admet qu'on y dresse un tas pour les membres du tamid de la veille, elle a déjà dit que ce service repousse le Chabbat.

7
אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּחָל יוֹם הַכִּפּוּרִים לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת, דְּחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵבִין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, אֲבָל בְּאֶמְצַע שַׁבָּת — לֹא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Rav Aha bar Yaakov a dit : c'était nécessaire. Il aurait pu te venir à l'esprit de dire que cela ne vaut que là où Yom Kippour tombe au lendemain du Chabbat, puisque les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour ; mais au milieu de la semaine, non.

Il nous l'enseigne donc.

💡 Explication

Rav Aha bar Yaakov sauve la nouveauté de bar Kappara par une distinction de calendrier. Il existe une règle déjà connue : helvei Chabbat kerevin be-Yom ha-Kippourim, les graisses du Chabbat peuvent être brûlées le jour de Kippour qui suit. Si la michna ne visait que ce cas, elle n'apprendrait rien sur un Kippour tombant en pleine semaine.

Noter l'expression be-emtsa chabata : ici, chabata désigne la semaine, non le septième jour -- au milieu de la semaine.

🖼️ Schéma
Les deux positions de Yom Kippour dans la semaine Ce que Rav Aha bar Yaakov croit devoir enseigner -- et que Rava juge déjà dit par la michna. CAS 1 -- Kippour tombe au lendemain du Chabbat CHABBAT tamid du soir : membres restés YOM KIPPOUR on leur fait un tas à part déjà connu : les graisses du Chabbat sont offertes à Kippour CAS 2 -- Kippour tombe au milieu de la semaine JOUR ORDINAIRE tamid du soir : membres restés YOM KIPPOUR un tas à part quand même ? hava amina : non -- rien ne relie ce jour ordinaire à Kippour bar Kappara : si, dans tous les cas Rava : inutile -- la michna a dit BEKHOL YOM, en tout jour ; les deux cas y sont déjà. KACHYA.
Les deux configurations de Kippour, et ce que chacune est censée enseigner.
8
אָמַר רָבָא: מַאן הַאי דְּלָא חָיֵישׁ לְקִמְחֵיהּ? הָא ״בְּכָל יוֹם״ תְּנַן! קַשְׁיָא.

Rava a dit : quel est celui-là qui ne prend pas soin de sa farine ? Nous avons pourtant appris « en tout jour » !

Cela reste difficile.

📜 Rachi (1)
בְּכָל יוֹם הָיוּ אַרְבַּע מַעֲרָכוֹת תְּנַן וַאֲפִילּוּ שַׁבָּת בַּמַּשְׁמָע:
En tout jour -- « il y avait quatre tas », avons-nous appris dans la michna ; et le Chabbat aussi est compris dans ce terme.
💡 Explication

Rava balaie la réponse précédente par une image de meunier : man haï de-lo hayech le-kimheih, qui est celui-là qui ne surveille pas sa farine -- c'est-à-dire qui parle sans peser ses mots. La michna dit bekhol yom, en TOUT jour ; l'expression est générale et couvre déjà les deux positions de Kippour dans la semaine. La distinction de Rav Aha bar Yaakov n'apporte donc rien.

La guemara ne trouve pas d'issue et conclut par kachya -- difficile. C'est un aveu d'échec mesuré : plus faible que teyouvta (réfutation), il laisse la nouveauté de bar Kappara sans justification trouvée, sans pour autant l'écarter.

9
וּפְלִיגָא דְּרַב הוּנָא, דְּאָמַר: תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה, סוֹפוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה.

Et cela est en désaccord avec Rav Houna, qui a dit : son début repousse, sa fin ne repousse pas.

📜 Rachi (3)
וּפְלִיגָא דְּרַב הוּנָא אֲדַבֵּר קֻפְרָא וְאַדְּרַבָּא דְּאָמַר בְּכָל יוֹם דְּמַתְנִיתִין דַּווְקָא הוּא וְאַפֵּי' בְּשַׁבָּת דְּרַב הוּנָא סָבַר בְּכָל יוֹם לְבַר מִשַּׁבָּת:
Et cela est en désaccord avec Rav Houna -- avec bar Kappara et avec Rava, qui disent que le « en tout jour » de la michna est à prendre au sens strict, y compris le Chabbat ; car Rav Houna tient que « en tout jour » signifie : sauf le Chabbat.
תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה תָּמִיד שֶׁל שַׁבָּת נִשְׁחָט בְּשַׁבָּת וְקָרֵב בְּשַׁבָּת:
Son début repousse -- le tamid du Chabbat est abattu le Chabbat et offert le Chabbat.
סוֹפוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה תָּמִיד שֶׁל עֶרֶב שַׁבָּת אֵין אֲבָרָיו נִקְטָרִין מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ אֶלָּא מַעֲלָן מִבְּעוֹד יוֹם:
Sa fin ne repousse pas -- le tamid de la veille du Chabbat : ses membres ne sont pas brûlés une fois la nuit tombée ; on les fait monter (sur l'autel) tant qu'il fait encore jour.
💡 Explication

La guemara tire la conséquence : bar Kappara et Rava tiennent tous deux que le tas des membres restés se dresse même le Chabbat. Rav Houna, lui, distingue le début du service du tamid de sa fin -- et refuse à la fin le pouvoir de repousser.

Rachi donne d'emblée sa lecture : le tamid du Chabbat est abattu et offert le Chabbat, c'est le début qui repousse ; mais les membres du tamid de la veille du Chabbat doivent être montés sur l'autel tant qu'il fait encore jour, car une fois la nuit tombée, leur combustion ne repousse plus rien. Pour Rav Houna, bekhol yom voulait donc dire : tous les jours sauf le Chabbat.

10
גּוּפָא. אָמַר רַב הוּנָא: תָּמִיד, תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה, סוֹפוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה.

Revenons à la chose elle-même. Rav Houna a dit : le tamid -- son début repousse, sa fin ne repousse pas.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן גּוּפָא אָמַר רַב הוּנָא כו':
Telle est la version : « Revenons à la chose elle-même. Rav Houna a dit, etc. »
💡 Explication

Goufa : la guemara vient de citer Rav Houna en passant, pour marquer un désaccord ; elle revient maintenant à sa déclaration pour elle-même et va l'analyser. C'est un procédé d'édition fréquent -- une phrase invoquée comme argument devient à son tour l'objet d'étude.

Le point d'interrogation est laissé ouvert par la formulation elle-même : Rav Houna dit eino doheh, il ne repousse pas -- sans dire ce qu'il ne repousse pas.

11
מַאי אֵינוֹ דּוֹחֶה? רַב חִסְדָּא אָמַר: דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת, וְאֵינוֹ דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה. (וְרָבָא) אָמַר: דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה, וְאֵינוֹ דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת.

Que signifie « ne repousse pas » ? Rav Hisda a dit : (sa fin) repousse le Chabbat, mais ne repousse pas la toum'a (l'impureté rituelle).

Et Rabba a dit : elle repousse la toum'a, mais ne repousse pas le Chabbat.

📜 Rachi (1)
מַאי אֵינוֹ דּוֹחֶה אֵינוֹ דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה הֶקְטֵר חֲלָבִים וְאֵימוּרִין אֶלָּא זְרִיקַת דָּמוֹ בִּלְבַד לִישָּׁנָא אַחְרִינָא תְּחִילָּתוֹ הֶקְטֵר חֲלָבִים סוֹפוֹ אֵיבָרִים שֶׁנִּיתְוַתְּרוּ מִבְּעֶרֶב וְזֶה שָׁמַעְתִּי וְהָרִאשׁוֹן נִרְאֶה בְּעֵינַי:
Que signifie « ne repousse pas » ? -- la combustion des graisses et des emourim ne repousse pas la toum'a ; seule l'aspersion de son sang (la repousse). Autre version : « son début » désigne la combustion des graisses, « sa fin » les membres restés depuis la veille au soir -- celle-là, je l'ai entendue, mais la première me paraît la bonne.
🗂️ Tossefot (1)
תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה וְסוֹפוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה רַב חִסְדָּא אָמַר דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת כו' פרש"י תְּחִילָּתוֹ תָּמִיד שְׁחִיטָה וּזְרִיקָה דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה סוֹפוֹ דְּהַייְנוּ הַקְטָרָתוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה הַטֻּומְאָה אֲבָל שַׁבָּת דּוֹחֶה אֲפִילּוּ סוֹפוֹ וְרַבָּה אָמַר תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה תָּמִיד שֶׁל שַׁבָּת שְׁחִיטָה וּזְרִיקָה דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת וְקָרֵב בְּשַׁבָּת סוֹפוֹ תָּמִיד שֶׁל עֶרֶב שַׁבָּת אֵינוֹ דּוֹחֶה דְּאֵין אֵיבָרִים נִקְטָרִים מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ אֶלָּא מַעֲלָן מִבְּעוֹד יוֹם וְזֶה הַפֵּי' תּוֹפֵשׂ עִיקָּר וְהִקְשָׁה ר"י דְּהִתְנָן בְּפֶרֶק כֵּיצַד צוֹלִין (פְּסָחִים דַּף עו:) חֲמִשָּׁה דְּבָרִים בָּאִין בְּטֻומְאָה וְעַל כָּרְחֲךָ אֲפִילּוּ הַקְטָרַת אֵימוּרִים קָאָמַר מִדְּקָאָמַר וְאֵינָן נֶאֱכָלִין בְּטֻומְאָה מִכְּלָל דְּכָל הַשְּׁאָר בָּא בְּטֻומְאָה שְׁחִיטָה וּזְרִיקָה וְהַקְטָרָה וְעוֹד דְּהָקָתָנֵי בַּהֲדַיְיהוּ עֹומֶר דְּהַייְנוּ הַקְטָרָה וּלְעֵיל נָמֵי בפ"ק (דַּף ו.) אָמְרִינַן הָיָה מַקְרִיב מִנְחַת פָּרִים וְאֵילִים וּכְבָשִׂים וְנִטְמֵאת בְּיָדוֹ וְכוּ' עַד אוֹמְרִים לוֹ הֱוֵי פִּקֵּחַ וּשְׁתֹוק אַלְמָא הַקְטָרָה הִיא בְּטֻומְאָה מִיהוּ י"ל דְּלָא קָשֶׁה דְּהַקְטָרַת קֹומֶץ דְּמִנְחָה בִּמְקוֹם זְרִיקַת דָּם דְּזֶבַח וְכִי הֵיכִי דִּזְרִיקָה דּוֹחָה טֻומְאָה הָכִי נָמֵי הַקְטָרַת קֹומֶץ כִּדְאָמַר בִּזְבָחִים בפ"ק (דַּף יג:) מַקְטִיר נָמֵי הַיְינוּ זוֹרֵק וּמֵאַיִן נֶאֱכָלִין בְּטֻומְאָה נִיחָא דְּיֵשׁ לוֹמַר דִּנְקַט לִישָּׁנָא דְּשַׁייָּךְ בְּכוּלְּהוּ דְּכוּלְּהוּ אֵין נֶאֱכָלִין בְּטֻומְאָה אֲבָל לְעִנְיַן הַקְטָרָה יֵשׁ מֵהֶן שֶׁנִּקְטֶרֶת בְּטֻומְאָה כְּגוֹן מִנְחַת הָעֹומֶר וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּרַב חִסְדָּא מְפָרֵשׁ לְמִילְּתָא הַכֹּל בְּתָמִיד דְּכָל יוֹמָא וְיוֹמָא תְּחִילָּתוֹ שְׁחִיטָה וּזְרִיקָה דּוֹחֶה הַטֻּומְאָה סוֹפוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה טֻומְאָה דְּהַייְנוּ הַקְטָרָה וְלָא מַיְירֵי בְּאֵיבָרִים שֶׁנִּיתְוַתְּרוּ וְרַבָּה מְפָרֵשׁ תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה שַׁבָּת תָּמִיד דְּשַׁבָּת סוֹפוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה אֵיבָרִים שֶׁנִּיתְוַתְּרוּ וְעוֹד מַאי קָאָמַר תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה שַׁבָּת שְׁחִיטָה וּזְרִיקָה אַפֵּי' סוֹפוֹ נָמֵי דָּחֵי שַׁבָּת הַקְטָרָה דְּתָמִיד דְּשַׁבָּת וְעוֹד דִּלְרַבָּה דִּתְחִילָּתוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת הַייְנוּ אֲפִילּוּ סוֹפוֹ הַקְטָרָתוֹ וּלְרַב חִסְדָּא תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה טֻומְאָה הַיְינוּ דַּווְקָא שְׁחִיטָה וּזְרִיקָה וְלֵיכָּא לְמֵימַר דִּלְרַבָּה נָמֵי תָּמִיד דְּשַׁבָּת תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה שַׁבָּת שְׁחִיטָה וּזְרִיקָה סוֹפוֹ הַקְטָרָתוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה דְּהָאָמַר בְּפֶרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף סח:) בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה חֲבִיבָה מִצְוָה בִּשְׁעָתָהּ שֶׁהֲרֵי הֶקְטֵר חֲלָבִים וְאֵימוּרִים כְּשֵׁרִים כָּל הַלַּיְלָה וְאֵין מַמְתִּין לָהֶם עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ וְעוֹד מַאי קָאָמַר רַבָּה שַׁבָּת תְּחִילָּתוֹ לָאו בַּר מִידְּחֵי שַׁבָּת הוּא סוֹפוֹ נָמֵי לָא דָּחֵי וְאִי סוֹפוֹ אֵין דָּחֵי דְּקָאָמַר אֲפִילּוּ בְּתָמִיד דְּשַׁבָּת מַאי קָאָמַר דְּלָאו בַּר מִידְּחֵי שַׁבָּת הוּא הָא בַּר מִידְּחֵי שַׁבָּת הוּא עַל כֵּן נִרְאֶה לר"י פֵּירוּשׁ שֵׁנִי שפירש"י תְּחִילָּתוֹ וְסוֹפוֹ הַכֹּל עַל הֶקְטֵר חֲלָבָיו קָאֵי וְקָאָמַר רַב חִסְדָּא הֶקְטֵר חֲלָבָיו שֶׁלֹּא נִיתְוַתְּרוּ דּוֹחִין טֻומְאָה סוֹפוֹ אֵיבָרִים שֶׁנִּיתְוַתְּרוּ אֵינָן דּוֹחִין הַטֻּומְאָה לַעֲשׂוֹת לָהֶם מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָן וּלְהַקְטִיר בְּטֻומְאָה אֶלָּא מַקְטִירָן בְּטֻומְאָה עַל הַמַּעֲרָכָה גְּדוֹלָה דְּכֵיוָן דִּטְמֵאִים הֵן אֵינָן דּוֹחִין . הַטֻּומְאָה דְּלָא חֲשִׁיב כְּתָמִיד דְּיוֹמֵיהּ וְדוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת כִּדְגָמְרִינַן (שַׁבָּת כ.) מִבְּכָל מוֹשְׁבוֹתֵיכֶם וְעוֹשִׂין לָהֶם מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָן כֵּיוָן דִּכְשֵׁירִים הֵן וְרַבָּה ס"ל תְּחִילָּתוֹ דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת אֵיבָרִים דְּתָמִיד דְּיוֹמֵיהּ סוֹפוֹ אֵיבָרִים שֶׁנִּיתְוַתְּרוּ אֵינָן דּוֹחִין שַׁבָּת לַעֲשׂוֹת מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָן אֲפִילּוּ אִם הֵן טְהוֹרִין אֲבָל דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה אִם נִיתְוַתְּרוּ בְּחֹול עוֹשִׂין לָהֶם מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָן וּמַקְטִירָן בְּטֻומְאָה וְהַייְנוּ פְּלוּגְתָּא דִּלְעֵיל קָאָמַר אֲפִילּוּ פְּסוּלִין עוֹשִׂין לָהֶם מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָן וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת וְהַייְנוּ פְּלוּגְתָּא דְרַב הוּנָא בֵּין לְרַבָּה בֵּין לְרַב חִסְדָּא וְרַבָּה דְּאָמַר סוֹפוֹ אֵינוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת לֵית לֵיהּ פִּירְכָא דְּרַבָּה דְּאָמַר בְּכָל יוֹם תְּנַן אֶלָּא סְבִירָא לֵיהּ לְבַר מִשַּׁבָּת וּמַה שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י הָרִאשׁוֹן עִיקָּר נִרְאֶה כִּי הֻוקְשָׁה לוֹ עַל פֵּירוּשׁ שֵׁנִי דְּקָאָמַר תְּחִילָּתוֹ דְּעִיקַּר כַּפָּרָה וְאִי אַאֵיבָרִים קָאָמַר הָנֵי לָאו עִיקַּר כַּפָּרָה נִינְהוּ וּמִיהוּ לֹא קָשֶׁה דִּבְהַקְטָרָה נָמֵי אִיכָּא כַּפָּרָה וְעִיקַּר כַּפָּרָה קָרֵי לְתָמִיד דְּיוֹמֵיהּ וּגְדוֹלָה מִזּוֹ אָמְרִינַן לְעֵיל בפ"ב (יוֹמָא דַּף כז.) אִיצְטְרִיךְ ס"ד אָמֵינָא כֵּיוָן דַּעֲבוֹדָה דְּלָא מְעַכְּבָא כַּפָּרָה הִיא כוּ' אֲבָל הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ דִּמְעַכְּבָא כַּפָּרָה בָּעֵי כְּהֻונָּה אַלְמָא אֲפִילּוּ הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ קָרֵי עִיקַּר כַּפָּרָה לְגַבֵּי נְתִינַת אֵשׁ דְּהֶדְיוֹט אַף עַל גַּב דְּעִיקַּר כַּפָּרָה בְּדָם הִיא כָּל שֶׁכֵּן בְּהַקְטָרָה דְּיוֹמֵיהּ נִיחָא דְּקָרֵי לֵיהּ עִיקַּר כַּפָּרָה לְגַבֵּי אֵיבָרִים דְּנִיתְוַתְּרוּ:
Rachi a expliqué : « son début » -- la chehita et la zerika du tamid -- repousse la toum'a ; « sa fin », c'est-à-dire sa combustion, ne repousse pas la toum'a ; mais le Chabbat, elle le repousse même dans sa fin. Et Rabba dit : « son début repousse » -- le tamid du Chabbat, dont la chehita et la zerika repoussent le Chabbat, et il est offert le Chabbat ; « sa fin » -- le tamid de la veille du Chabbat -- ne repousse pas, car les membres ne sont pas brûlés une fois la nuit tombée, mais on les fait monter tant qu'il fait jour ; et c'est cette explication-là qui est tenue pour principale. Le Ri a objecté : nous avons appris au chapitre Keitsad Tsolin (Pessahim 76b) que « cinq choses sont offertes en état d'impureté » -- et force est de dire que cela inclut même la combustion des emourim, puisqu'il est ajouté « et elles ne sont pas consommées en état d'impureté », d'où l'on déduit que tout le reste est accompli en état d'impureté : chehita, zerika et combustion. De plus, la michna énumère avec elles le omer, qui est précisément une combustion. Et plus haut aussi, au premier chapitre (Yoma 6a), nous disons : « il offrait l'oblation des taureaux, des béliers et des agneaux, et elle est devenue impure entre ses mains, etc. » jusqu'à « on lui dit : sois avisé et tais-toi » -- ce qui montre que la combustion se fait en état d'impureté. On peut toutefois répondre que ce n'est pas une difficulté : la combustion de la poignée (kometz) d'une oblation tient lieu de l'aspersion du sang d'un sacrifice animal, et de même que la zerika repousse la toum'a, de même la combustion du kometz -- comme il est dit dans Zevahim, premier chapitre (13b) : « celui qui fait brûler, c'est aussi celui qui asperge ». Et quant à « elles ne sont pas consommées en état d'impureté », cela se résout : on peut dire que la michna a employé une formule valable pour toutes, car aucune n'est consommée en état d'impureté ; mais pour ce qui est de la combustion, il en est parmi elles qui sont brûlées en état d'impureté, comme l'oblation du omer. Reste toutefois une difficulté : Rav Hisda expliquerait toute la formule à propos du tamid de chaque jour -- son début, chehita et zerika, repousse la toum'a ; sa fin, la combustion, ne la repousse pas -- et il ne parlerait pas des membres restés ; tandis que Rabba expliquerait « son début repousse le Chabbat » du tamid du Chabbat, et « sa fin ne repousse pas » des membres restés. En outre, que voudrait dire « son début repousse le Chabbat », à savoir la chehita et la zerika ? Même sa fin repousse le Chabbat -- la combustion du tamid du Chabbat ! En outre : selon Rabba, « son début repousse le Chabbat » inclurait même sa fin, sa combustion, tandis que selon Rav Hisda « son début repousse la toum'a » désignerait uniquement la chehita et la zerika (le même mot aurait donc deux sens). Et l'on ne peut pas dire que pour Rabba aussi, s'agissant du tamid du Chabbat, « son début » -- chehita et zerika -- repousse le Chabbat tandis que « sa fin », sa combustion, ne le repousse pas : car il est dit au chapitre Elou Devarim (Pessahim 68b) : « Viens et vois combien une mitsva est chère en son temps -- car la combustion des graisses et des emourim est valable toute la nuit, et pourtant on n'attend pas pour eux la tombée de la nuit. » En outre, que voudrait dire Rabba (plus loin) : « le Chabbat -- son début n'est pas de nature à repousser le Chabbat, sa fin non plus ne le repousse pas » ? Or si sa fin repousse bel et bien, comme il le dit, même s'agissant du tamid du Chabbat, que signifie « il n'est pas de nature à repousser le Chabbat » -- puisqu'il l'est ! C'est pourquoi il paraît au Ri que c'est la seconde explication donnée par Rachi qui est juste : « son début » et « sa fin » portent tous deux sur la combustion de ses graisses. Rav Hisda dit alors : la combustion de ses graisses qui ne sont pas restées (au-delà de leur temps) repousse la toum'a ; « sa fin », les membres restés, ne repousse pas la toum'a -- c'est-à-dire qu'on ne leur fait pas un tas à part pour les brûler en état d'impureté, mais on les brûle en état d'impureté sur la grande ma'arakha ; car étant impurs, ils ne repoussent pas la toum'a, n'étant pas tenus pour le tamid du jour même. En revanche, cela repousse le Chabbat, comme on le déduit (Chabbat 20a) de « dans toutes vos demeures », et on leur fait un tas à part puisqu'ils sont valides. Rabba, lui, tient : « son début repousse le Chabbat » -- les membres du tamid du jour même ; « sa fin » -- les membres restés -- ne repousse pas le Chabbat, en ce sens qu'on ne leur fait pas un tas à part, même s'ils sont purs ; mais elle repousse la toum'a : s'ils sont restés un jour ordinaire, on leur fait un tas à part et on les brûle en état d'impureté. Et c'est là le désaccord avec ce qui précède, où l'on a dit que même pour les invalidés on fait un tas à part, et même le Chabbat -- c'est en cela que Rav Houna est en désaccord, aussi bien selon Rabba que selon Rav Hisda. Et Rabba, qui dit que sa fin ne repousse pas le Chabbat, n'accepte pas l'objection de Rava -- « nous avons appris : en tout jour » -- mais tient que cela signifie : sauf le Chabbat. Quant à ce qu'écrit Rachi, que la première explication est la principale, il semble que ce qui le gênait dans la seconde, c'est qu'on dit « son début », qui est l'essentiel de l'expiation ; or s'il s'agissait des membres, ceux-ci ne sont pas l'essentiel de l'expiation. Mais ce n'est pas une difficulté, car dans la combustion aussi il y a expiation, et « l'essentiel de l'expiation » désigne (ici) le tamid du jour même. Et plus fort encore : nous disons plus haut, au deuxième chapitre (Yoma 27a) : « c'était nécessaire -- il aurait pu te venir à l'esprit que, puisque c'est un service qui n'empêche pas l'expiation, etc. ; mais l'écorchement et le découpage, qui empêchent l'expiation, requièrent la kehouna » -- ce qui montre que même l'écorchement et le découpage sont appelés « essentiel de l'expiation » par rapport au fait de porter le feu (sur l'autel), valable par un non-prêtre, et bien que l'essentiel de l'expiation réside dans le sang. À plus forte raison pour la combustion du jour même : il est compréhensible qu'on l'appelle « essentiel de l'expiation » par rapport aux membres qui sont restés.
💡 Explication

Voici la mahloket centrale du amoud. Deux obstacles peuvent s'opposer au service : le Chabbat et la toum'a. La phrase de Rav Houna ne dit pas lequel des deux la fin du service ne parvient pas à repousser -- et les deux amoraim choisissent des réponses exactement inverses.

Rachi donne deux explications successives de ce que sont ce début et cette fin. Selon la première -- celle qu'il préfère -- début = chehita et zerika, fin = la combustion des graisses. Selon la seconde, qu'il dit avoir entendue, début = la combustion des graisses du jour même, fin = les membres restés de la veille. Tossefot renverse ce classement : le Ri, après une longue série d'objections, tient la seconde explication pour la bonne -- car elle seule fait porter les deux amoraim sur le même sujet, celui de notre sougya.

Le texte imprimé porte ici ve-Rava, mais la suite du dialogue avec Abaye et toute la discussion de Tossefot lisent Rabba.

🖼️ Schéma
Rav Houna : son début repousse, sa fin ne repousse pas -- mais ne repousse pas QUOI ? Une phrase de quatre mots, deux lectures opposées, et deux obstacles qui se ressemblent : le Chabbat et la toum'a. TAMID : tehilato doheh, sofo eino doheh le début du service repousse ; la fin, non RAV HISDA la fin REPOUSSE le Chabbat mais ne repousse PAS la toum'a 1er Rachi : début = chehita + zerika, fin = la combustion des graisses 2e Rachi (retenu par le Ri) : début = les graisses du jour, fin = les membres restés RABBA la fin REPOUSSE la toum'a mais ne repousse PAS le Chabbat conséquence : les membres restés de la veille du Chabbat n'ont pas de tas le Chabbat donc BEKHOL YOM de la michna veut dire : tous les jours SAUF le Chabbat La question d'Abaye : elle frappe les DEUX, et par le même mot Un seul verset sert de levier des deux côtés : BE-MO'ADO, en son temps (Nb 28,2) -- coûte que coûte. À Rabba : si be-mo'ado force la toum'a, pourquoi ne forcerait-il pas le Chabbat ? À Rav Hisda : si be-mo'ado force le Chabbat, pourquoi ne forcerait-il pas la toum'a ?
Les deux lectures inverses de la phrase de Rav Houna, et la question qu'Abaye leur pose à toutes deux.
12
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי (לְרָבָא): לְדִידָךְ קַשְׁיָא, וּלְרַב חִסְדָּא קַשְׁיָא. לְדִידָךְ קַשְׁיָא: מַאי שְׁנָא טֻומְאָה, דִּכְתִיב ״בְּמוֹעֲדוֹ״ — וַאֲפִילּוּ בְּטֻומְאָה, שַׁבָּת נָמֵי — ״בְּמוֹעֲדוֹ״, וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת!

Abaye lui dit (à Rabba) : cela fait difficulté selon toi, et cela fait difficulté selon Rav Hisda. Selon toi, c'est difficile : en quoi la toum'a est-elle différente ?

Parce qu'il est écrit « en son temps » (be-mo'ado) -- donc même en état d'impureté. Mais alors le Chabbat aussi : « en son temps » -- et donc même le Chabbat !

💡 Explication

Abaye ne prend parti pour aucun des deux : il montre que le même levier sert des deux côtés, et ne peut donc départager. Ce levier est le mot be-mo'ado, « en son temps », dit du tamid (Nb 28,2). La tradition en tire que le tamid s'offre coûte que coûte, y compris contre un obstacle -- mais le verset ne nomme aucun obstacle en particulier.

Contre Rabba : tu utilises be-mo'ado pour forcer la toum'a ; qu'est-ce qui empêche le même mot de forcer aussi le Chabbat ?

13
וּלְרַב חִסְדָּא קַשְׁיָא: מַאי שְׁנָא שַׁבָּת, דִּכְתִיב ״בְּמוֹעֲדוֹ״ — אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת, טֻומְאָה נָמֵי — ״בְּמוֹעֲדוֹ״, וַאֲפִילּוּ בְּטֻומְאָה?

Et selon Rav Hisda, c'est difficile : en quoi le Chabbat est-il différent ? Parce qu'il est écrit « en son temps » -- donc même le Chabbat.

Mais alors la toum'a aussi : « en son temps » -- et donc même en état d'impureté ?

💡 Explication

La moitié symétrique de l'objection, mot pour mot renversée. C'est une figure de style talmudique bien réglée : quand un argument est parfaitement réversible, il ne démontre rien. Chacun des deux amoraim a besoin que be-mo'ado soit assez fort pour son obstacle et trop faible pour l'autre -- et aucun des deux n'a encore dit pourquoi.

14
אֲמַר לֵיהּ: לָא לְדִידִי קַשְׁיָא, וְלָא לְרַב חִסְדָּא קַשְׁיָא. לְדִידִי לָא קַשְׁיָא: סוֹפוֹ כִּתְחִילָּתוֹ,

Il lui répondit : cela ne fait difficulté ni selon moi, ni selon Rav Hisda. Selon moi ce n'est pas difficile : sa fin est comme son début, ...

💡 Explication

Rabba répond pour les deux positions à la fois, et le amoud s'arrête en pleine phrase : sofo ke-tehilato, sa fin est comme son début. Le principe posé est que le régime de la fin se calque sur celui du début ; la suite -- en 46b -- appliquera cette règle et fournira séparément la réponse pour Rav Hisda.

Retenir la structure : Rav Houna pose une phrase ambiguë, deux amoraim la lisent en sens inverse, Abaye montre que leur preuve commune est réversible, et Rabba répond en changeant de niveau -- ce n'est pas be-mo'ado qui tranche, c'est le lien entre le début et la fin d'un même service.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).