Yoma 47a -- la main comme mesure : pourquoi une kaf pour l'encens de Kippour, et jusqu'où la poignée du cohen fait-elle loi

Yoma 47a

Sougya : Le amoud s'ouvre sur la michna de la ketoret du Saint des Saints : on sort la kaf et la mahta, le cohen gadol puise l'encens à pleines mains, le grand selon sa grandeur et le petit selon sa petitesse, puis prend la mahta de la droite et la kaf de la gauche. La guemara pose aussitôt la question de fond : le verset ne connaît que mélo hafnav, ses pleines mains -- d'où vient alors cette kaf ?

La réponse est négative : deux entrées sont exclues par hava'a ahat, porter la mahta en équilibre obligerait à la saisir avec les dents, ce qu'on n'oserait pas devant un roi de chair et de sang ; il ne reste que le précédent des nessi'im, kaf ahat mêle'à ketoret. Vient ensuite le renversement des mains -- yatsiva be-ar'a ve-giyora bi-chmei chemaya --, résolu par le poids puis par la chaleur.

Le nom de Rabbi Yichmael ben Kimhit, cité comme cas de mains hors normes, ouvre une longue digression aggadique : ses quatre kav, les trois lectures du mot zarad, les deux remplacements en plein Yom Kippour, et enfin Kimhit et ses sept fils cohanim gedolim, dont la pudeur est saluée puis relativisée par les Sages. Le amoud revient alors à la halakha avec la question centrale : peut-on fabriquer une mida, un ustensile calibré sur la main, pour la hafina comme on l'interdit pour le kometz ?

La preuve tirée de ve-kakh hayta midata échoue, la phrase supportant trois lectures inconciliables. Il s'achève sur la définition du geste lui-même : ni poignée débordante ni pincée du bout des doigts, mais trois doigts rabattus sur la paume, comme prend un homme ordinaire.

Pourquoi une kaf à Yom Kippour ? Une solution imposée par élimination Le verset ne connaît que les mains du cohen. La kaf n'entre qu'après l'échec de toutes les autres façons de faire. Lévitique 16,12 : mélo hafnav ketoret ... ve-hevi ses pleines mains d'encens -- et il apportera. Le verset parle des MAINS, pas d'un ustensile. alors pourquoi la michna fait-elle intervenir une kaf ? PISTE 1 -- entrer deux fois il entre porter la mahta de braises, il ressort, il rentre avec l'encens REJETÉE hava'a ahat amar Rahmana : le verset n'ordonne qu'UNE entrée, pas deux PISTE 2 -- tout porter d'un coup l'encens dans les deux mains, la mahta posée par-dessus REJETÉE arrive au Saint des Saints, il devrait saisir la mahta AVEC LES DENTS pour la déposer Devant un roi de chair et de sang on n'agit pas ainsi -- devant le Roi des rois des rois, à plus forte raison. CONCLUSION : lo efchar -- il n'y a pas d'autre façon de faire et puisque c'est impossible, on agit comme on l'a déjà trouvé dans la Tora : chez les nessi'im -- kaf ahat mêle'à ketoret (Nombres 7,14) une coupe pleine d'encens : le précédent qui autorise l'ustensile intermédiaire
La kaf de Yom Kippour n'est pas un choix mais un reste : le verset exige les mains, une seule entrée et le respect dû à la Présence éliminent tour à tour les autres solutions, et le précédent des nessi'im légitime l'ustensile.
Yatsiva be-ar'a ve-giyora bi-chmei chemaya : pourquoi l'accessoire est-il dans la main d'honneur ? L'indigène est à terre et l'étranger dans les cieux -- le monde à l'envers : la mitsva, c'est l'encens ; les braises ne sont que son support. MAIN DROITE -- la mahta braises ardentes ratissées sur l'autel rang : simple accessoire zo merouba -- elle est plus lourde zo hama -- elle est brûlante deux raisons de la confier à la main forte MAIN GAUCHE -- la kaf l'encens : le cœur du service du jour rang : l'ikkar de la mitsva zo mou'ata -- elle pèse peu zo tsonenet -- elle est froide la gauche suffit à la porter sans risque Objection anticipée : et le cohen gadol aux mains énormes, dont la kaf tient trois ou quatre kav ? Même là, dit la guemara, on ne change rien : chez la plupart des cohanim gedolim les braises pèsent plus que l'encens, et surtout la mahta reste brûlante quand la kaf reste froide. Le critère de la chaleur suffit à lui seul (Rachi). Le Ben Yehoyada, autre plan de lecture Aucun service n'est valide de la main gauche, toute l'année. À Yom Kippour seul, où le kategor (l'accusateur) devient sanegor (défenseur), un service se fait de la gauche : c'est précisément la kaf de l'encens qu'il y tient.
Droite et gauche renversées : la mahta, simple accessoire, occupe la main d'honneur -- deux raisons pratiques (poids, chaleur) et une lecture du Ben Yehoyada sur le kategor devenu sanegor.
La main est-elle la mesure, ou peut-on fabriquer un vase à sa taille ? Une règle acquise pour la minha ; une question ouverte pour l'encens de Kippour. KOMETZ -- la minha (acquis) Lévitique 6,8 : ve-herim mimenou BE-KOMTSO de SA POIGNÉE -- avec sa main à lui chelo ya'ase mida la-kometz interdit de fabriquer un ustensile calibré à la contenance de sa poignée et d'y mesurer la main elle-même EST l'instrument de mesure HAFINA -- l'encens de Kippour (?) Lévitique 16,12 : MÉLO HAFNAV ketoret ses mains PLEINES -- pas be-hafnav Côté A -- permis : le mot be- manque ; seul le VOLUME est exigé. Un vase à sa taille : on lit encore mélo hafnav. Côté B -- interdit : gezera chava mélo / mélo depuis mélo koumtso. La preuve tentée : la michna dit VE-KAKH HAYTA MIDATA -- et telle était sa mesure Cette phrase avoue-t-elle qu'on calibre bien un ustensile sur la main du cohen ? Trois lectures s'affrontent. LECTURE 1 s'il veut fabriquer une mesure, il le peut -- résoudrait la question : mida permise mais la guemara ne la retient pas de façon décisive LECTURE 2 et de même il revenait puiser à pleines mains à l'intérieur (lifnim) -- impliquerait hofen ve-hozer ve-hofen (question tranchée en 49a) LECTURE 3 chelo yehsar ve-chelo yotir ni en deçà ni au-delà : la mesure exacte des mains -- ne dit rien du vase ni du second puisement la sougya reste ouverte
La question de fond du amoud : la main est-elle l'instrument de mesure ou seulement l'étalon d'un volume ? Acquis pour le kometz, ouvert pour la hafina, et la phrase ve-kakh hayta midata refuse de trancher.
1
הוֹצִיאוּ לוֹ אֶת הַכַּף וְאֶת הַמַּחְתָּה, חָפַן מְלֹא חָפְנָיו וְנָתַן לְתוֹךְ הַכַּף. הַגָּדוֹל לְפִי גָּדְלוֹ, וְהַקָּטָן לְפִי קָטְנוֹ. וְכָךְ הָיְתָה מִדָּתָהּ. נָטַל אֶת הַמַּחְתָּה בִּימִינוֹ וְאֶת הַכַּף בִּשְׂמֹאלוֹ.

MICHNA. On lui sortit la kaf (coupe) et la mahta (encensoir).

Il puisa à pleines mains et versa dans la kaf : le grand selon sa grandeur, le petit selon sa petitesse -- et telle était sa mesure. Il prit la mahta de sa main droite et la kaf de sa main gauche.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הוֹצִיאוּ לוֹ מִלִּשְׁכַּת הַכֵּלִים:
Depuis la lichkat ha-kelim, la chambre des ustensiles.
וְכָךְ הָיְתָה מִדָּתָהּ מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
La guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' הוֹצִיאוּ לוֹ. הַשְׁתָּא לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם אֵין עוֹשִׂין כֵּן תֵּימַהּ לִי וְהָאָמַר לְקַמָּן (יוֹמָא דַּף מט:) נוֹטֵל הַבָּזֵךְ בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וְיֵשׁ אוֹמְרִים בְּשִׁינָּיו וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי הַשְׁתָּא לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם אֵין עוֹשִׂין כֵּן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם אֵינוֹ אֶלָּא מוֹשֵׁךְ הַבָּזֵךְ אֶצְלוֹ וְהַבָּזֵךְ אֵינוֹ מֻונָּח בָּאֲוִיר אֶלָּא עַל יָדוֹ הוּא מֻונָּח וּמוֹשְׁכוֹ אֶצְלוֹ בְּשִׁינָּיו כְּדֵי לַחְפֹּון פַּעַם אַחֶרֶת אֲבָל לִימְשֹׁוךְ לַמַּחְתָּה בְּשִׁינָּיו וְלַאֲחוֹתָהּ אַאַרְעָא לָאו אוֹרַח אַרְעָא אֲבָל תֵּימַהּ לִי לַעֲבֵיד לַמַּחְתָּה בֵּית יָד אָרֹוךְ דִּבְלָאו הָכִי אָמְרִינַן לְעֵיל דִּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים יָדָהּ אֲרֻוכָּה וְיַעֲשֶׂה לָהּ בֵּית יָד אֲרֻוכָּה שֶׁתַּגִּיעַ עַד בֵּית הַשֶּׁחִי וְיִתְפֹּושׂ אוֹתָהּ בְּבֵית הַשֶּׁחִי וְרֹאשׁ הַמַּחְתָּה תְּהֵא מֻונַּחַת עַל יָדָיו אוֹ עַל זְרוֹעוֹ הַשְּׂמָאלִי וְכִי מָטֵי לִפְנִים יְשַׁלְשֵׁל יָדָיו עַד הָרִצְפָּה וְיִשְׁמֹוט יָדָיו בְּנַחַת מִתַּחַת הַמַּחְתָּה וְיוֹשִׁיב הַמַּחְתָּה עַל הָרִצְפָּה וְי"ל כֵּיוָן דְּבָעֵינַן מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יְפַזֵּר מֵהֶן קְצָת אִי הֲוָה עֲבִיד הָכִי אִי נָמֵי י"ל לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם אֵין עוֹשִׂין כֵּן כו':
Cela m'étonne : n'est-il pas dit plus loin (Yoma 49b) qu'il prend le bazakh du bout de ses doigts, et certains disent avec ses dents ? Comment peut-il agir ainsi, alors que l'on vient de dire que devant un roi de chair et de sang on n'agit pas ainsi ! On peut répondre que là-bas il ne fait que tirer le bazakh vers lui : le bazakh n'est pas suspendu en l'air, il repose sur sa main, et il le tire vers lui avec ses dents afin de puiser une seconde fois ; mais tirer la mahta avec les dents et la déposer à terre, ce n'est pas une façon de faire. Voici cependant ce qui m'étonne : que l'on fasse donc à la mahta un long manche ! De toute manière nous avons dit plus haut qu'à Yom Kippour son manche est long ; qu'on lui fasse alors un manche assez long pour atteindre l'aisselle : il la tiendrait sous l'aisselle, la tête de la mahta reposant sur ses mains ou sur son avant-bras gauche, et lorsqu'il arrive à l'intérieur il abaisserait les bras jusqu'au sol, retirerait doucement ses mains de dessous la mahta et la poserait sur le dallage. On peut répondre : puisqu'il faut une mahta pleine de braises de feu, il serait impossible qu'il n'en disperse pas un peu s'il agissait ainsi. Ou bien encore on peut dire : devant un roi de chair et de sang on n'agit pas ainsi, etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נָטַל אֶת הַמַּחְתָּה בִּימִינוֹ וְאֶת הַכַּף בִּשְׂמֹאלוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד אֵין עֲבוֹדָה כְּשֵׁרָה בִּשְׂמֹאל בְּכָל יְמוֹת הַשָּׁנָה וְרַק בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁהַקָּטֵיגוֹר נַעֲשָׂה סָנֵיגוֹר לָכֵן עוֹשֶׂה עֲבוֹדָה בִּשְׂמֹאל שֶׁנּוֹטֵל הַכַּף שֶׁבּוֹ הַקְּטֹורֶת בִּשְׂמֹאלוֹ.
"Il prit la mahta de sa droite et la kaf de sa gauche." Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel : aucun service n'est valide de la main gauche, tous les jours de l'année. C'est uniquement à Yom Kippour, où le kategor (l'accusateur) devient sanegor (défenseur), qu'un service se fait de la main gauche -- puisqu'il prend de la gauche la kaf où se trouve l'encens.
⚖️ Rosh (1)
(דַּף כֹּח.) וּכְשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד דְּהַייְנוּ מִשֶּׁהֵאִיר הַמִּזְרָח מוֹרִידִין כֹּהֵן גָּדוֹל לְבֵית הַטְּבִילָה (דַּף ל.) וּפָרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם (דַּף לא:) וּכְדֵי שֶׁיַּכִּיר שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם בְּבִגְדֵי בוּץ פֵּרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ. (דַּף ל.) וּטְבִילָה זוֹ הָיְתָה בִּמְקוֹם חוֹל שֶׁאֵינָהּ בָּאָה לְחוֹבַת הַיּוֹם שֶׁאַף בְּכָל בֹּקֶר צָרִיךְ כָּל אָדָם לִטְבֹּול הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה לַעֲבוֹדָה. פָּשַׁט בְּגָדָיו וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג. (דַּף לא:) הֵבִיאוּ לוֹ בִּגְדֵי זָהָב וְלָבַשׁ וְקִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו (דַּף מג:) מִקִּיתוֹן שֶׁל זָהָב וְלֹא הָיָה כָּאן קִידּוּשׁ בִּפְשִׁיטָה לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי חוֹל וְקַייְמָא לָן דִּתְרֵי קִדּוּשֵׁי חַד אַפְּשִׁיטָה וְחַד אַלְּבִישָׁה. (דַּף לא:) וְאִם הָיָה זָקֵן אוֹ אִיסְטְנִיס שֶׁהַקֹּור הָיָה מַזִּיק לוֹ מְחַמִּין לוֹ חַמִּין מֵעֶרֶב [יוה"כ] וּמְטִילִין לְתוֹךְ הַצּוֹנֵן (דַּף לד:) אוֹ הָיוּ מְחַמִּין חֲתִיכוֹת שֶׁל בַּרְזֶל מֵאֶתְמוֹל וְנוֹתְנִין אוֹתָן הַיּוֹם בְּמַיִם לְחַמְּמָן. אע"פ שֶׁהוּא מְצָרֵף וְאָסוּר מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ שֶׁהוּא גְּמַר מְלֶאכֶת הַבַּרְזֶל לְחָתְכוֹ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לְכָךְ אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת וְאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ. (דַּף לא:) וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת הַתָּמִיד וְקִבֵּל גַּם הוּא אֶת דָּמוֹ וְגוֹמֵר כָּל עֲבוֹדוֹת כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים בְּבִגְדֵי זָהָב עִם הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּהֵיכָל הֲטָבַת הַנֵּרוֹת וּמִנְחַת חָבִיתִין. (דַּף לד:) אח"כ בָּא לְבֵית הַפַּרְוָה וְהָיָה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ. וּפֵרְשׁוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם וְקָדַשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי קֹדֶשׁ. וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג וְלָבַשׁ בִּגְדֵי לָבָן שָׁוִין י"ח מָנֶה אוֹ יוֹתֵר אוֹ פָּחוֹת רַק שֶׁיִּהְיוּ טוֹבִים יוֹתֵר מֵאוֹתָם שֶׁלָּבַשׁ בָּעֶרֶב. וּבֵין שְׁנֵיהֶם יֵשׁ לָהֶם לִהְיוֹת שָׁוִים ל' מָנֶה וְאִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף בְּשֶׁל בֹּקֶר טְפֵי מי"ח מָנֶה וְלִגְרֹועַ בְּשֶׁל עָרֵב מי"ב מָנֶה אוֹ אִיפְּכָא הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ רַק שֶׁיִּהְיֶה שֶׁל הַבָּקָר טוֹבִים יוֹתֵר וְיִהְיֶה בֵּין שְׁנֵיהֶם ל' מָנֶה. וְאֵלּוּ יֵשׁ לוֹ מִשֶּׁל צִבּוּר אֲבָל אִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף מִשֶּׁלּוֹ יוֹסִיף כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה. [וְקִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו] (דַּף לה:) וּבָא לוֹ אֵצֶל פָּרוֹ וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן צְפוֹנִית מַעֲרָבִית שֶׁל הַמִּזְבֵּחַ בָּאֲוִיר שֶׁבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ כְּנֶגֶד הַמִּזְבֵּחַ מַמָּשׁ אֶלָּא מָשׁוּךְ לְצַד צָפוֹן. (דַּף לוֹ.) וְהָיוּ מֻוקָּמִים רֹאשׁ הַפָּר שֶׁבָּא רֹאשׁוֹ לְצַד דָּרוֹם וּפָנָיו לַמַּעֲרָב. וְלֹא הָיוּ מַעֲמִידִין אוֹתוֹ לְהֶדְיָא רֹאשׁוֹ לַמַּעֲרָב וַאֲחוֹרָיו לַמִּזְרָח שֶׁמָּא יְרַבֵּץ גְּלָלִים וְזֶה יִהְיֶה גְּנַאי לַמִּזְבֵּחַ. וְהַכֹּהֵן עוֹמֵד בַּמִּזְרָח וּפָנָיו לַמַּעֲרָב וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר אָנָא הַשֵּׁם חָטָאתִי עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי אֲנִי וּבֵיתִי (שָׁם:) כַּחֲכָמִים. וִידּוּי רִאשׁוֹנָה לֹא הָיָה מִתְוַדֶּה אֶלָּא עָלָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ. אָנָא הַשֵּׁם כַּפֶּר נָא לָעֲוֹנוֹת וְכוּ'. וּבִירֻושַּׁל' יֵשׁ בְּהַזְכָּרַת הַשֵּׁם שְׁנִיָּה בְּוִידּוּי הָיָה אוֹמֵר אָנָּא בְּשֵׁם בְּבֵי"ת: (דַּף לז.) וּבָא לוֹ לְמִזְרַח הָעֲזָרָה לְהַגְרִיל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא שֶׁיִּהְיֶה בָּעֲזָרָה. (דַּף לט.) וּסְגָן בִּימִינוֹ וְרֹאשׁ בֵּית אָב בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף סב.) וְשָׁם שְׁנֵי שְׂעִירִים שָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה וְהָיָה לְקִיחָתָם כְּאֶחָד וְכָל זֶה אֵינוֹ מְעַכֵּב שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה. (דַּף לט.) וְקַלְפִּי הָיָה שָׁם [שֶׁל עֵץ וּמַחֲזִיק ב' יָדַיִם] וּבָהּ שְׁנֵי גּוֹרָלוֹת הָאֶחָד חָקוּק בּוֹ לְשֵׁם וְהַשֵּׁנִי לַעֲזָאזֵל. וְהֵם כְּשֵׁרִים מִכָּל דָּבָר וְטוֹרֵף יָדָיו בַּקַּלְפִּי בְּעִנְיָן שֶׁלֹּא יוּכַל לְכַוֵּין אֵיזֶה שֶׁל שֵׁם וְאֵיזֶה שֶׁל עֲזָאזֵל. וְהֶעֱלָה בְּכָל יַד גּוֹרָל אֶחָד [לְשֵׁם שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים] אִם שֶׁל שֵׁם עָלָה בִּימִינוֹ הַסְּגָן אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת יְמִינְךָ. וְאִם בִּשְׂמֹאלוֹ עָלָה בֵּית אָב אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת שְׂמֹאלֶךָ. וּנְתָנָן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים וְאָמַר לָהּ' חַטָּאת וְאִם לֹא נָתַן הַגּוֹרָלוֹת עַל הַשְּׂעִירִים רַק שֶׁהֶעֱלָה וְיָדַע אֵיזֶהוּ עָלָה בִּימִינוֹ וְאֵיזוֹ בִּשְׂמֹאלוֹ לֹא עִיכֵּב. (דַּף מא:) קָשַׁר לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית [מִשְׁקַל שְׁתֵּי סְלָעִים] בְּרֹאשׁ שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְהֶעֱמִידוֹ בַּשַּׁעַר הַמִּזְרָחִי בְּמָקוֹם שֶׁמּוֹצִיאִין אוֹתוֹ לְשַׁלְּחוֹ וְלַנִּשְׁחָט הָיָה קוֹשֵׁר לָשׁוֹן אֶחָד בְּצַוָּארוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְעָרֵב לֹא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְלֹא בִּשְׁאָר שְׂעִירִים וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כְּתִיב אַף שָׂעִיר שֶׁל שֵׁם יַעֲמִידֶנּוּ כְּנֶגֶד בֵּית שְׁחִיטָתוֹ וְתֵימַהּ דִּבְהֶדְיָא בַּגְּמָרָא מַסִּיק דְּאַקְּשִׁירָה קָאֵי. וּבָא לוֹ אֵצֶל פַּר שְׁנִיָּה וְהִתְוַדָּה עָלָיו וְעַל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיָּבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב לְכָךְ הָיָה מִתְוַדֶּה תְּחִלָּה עָלָיו לְבַדּוֹ שֶׁיִּהְיֶה זַכַּאי. (דַּף מג:) שְׁחָטוֹ וְקִבֵּל דָּמוֹ בַּמִּזְרָק וּנְתָנוֹ לְמִי שֶׁהוּא מְמָרֵס שֶׁלֹּא יִקְרֹושׁ. וְהַמְמָרֵס הָיָה עוֹמֵד עַל הַשּׁוּרָה הָרְבִיעִית שֶׁל הָרִצְפָּה שֶׁל עֲזָרָה שֶׁמִּן הַהֵיכָל וְלַחוּץ. וְנָטַל מַחְתָּה מִזָּהָב אָדֹום שֶׁמַּחֲזֶקֶת שְׁלֹשָׁה קַבִּין וְהָיְתָה דַּקָּה הַרְבֵּה וְהָיָה לָהּ בֵּית יָד אָרֹוךְ שֶׁמַּגִּיעָהּ תַּחַת זְרוֹעוֹ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא זְרוֹעוֹ מְסַיַּיעְתּוֹ. וְהָיָה לָהּ נִישְׁתֹּוק ופרש"י טַבַּעַת שֶׁיִּשְׁמַע קוֹלוֹ בְּבוֹאוֹ. וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' נַרְתִּיק שֶׁהָיָה לָהּ כְּמוֹ נַרְתִּיק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּווֶה כְּשֶׁהִיא מִתְחַמֶּמֶת מִן הַגֶּחָלִים. וְעוֹלָה בְּאֶמְצָעוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְחוֹתֶה מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ שֶׁכָּלְתָה מֵעֲלֵיהֶן הַשַּׁלְהֶבֶת. וְיָרַד וְהִנִּיחָהּ עַל הָרִצְפָּה בָּעֲזָרָה. (דַּף מז.) וְהוֹצִיאוּ לוֹ מַחְתָּה מְלֵיאָה קְטֹרֶת שֶׁהֶחֱזִירוּ אוֹתָהּ עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לְמַכְתֶּשֶׁת וּשְׁחָקוּהָ הַדַּק כְּדֵי שֶׁתְּהֵא דַּקָּה מִן הַדַּקָּה וְחָפַן מִמֶּנָּה מְלֹא חָפְנָיו שֶׁל כֹּהֵן לְפִי שֶׁהָיוּ מַחֲזִיקִין חָפְנָיו (דַּף מח.) לֹא מְחוּקוֹת וְלֹא גְּדוּשׁוֹת אֶלָּא טְפוּפוֹת. וְהֵרִיקָה מִתּוֹךְ חָפְנָיו לְתוֹךְ כַּף אַחַת וְלָקַח הַמַּחְתָּה שֶׁהָיוּ בָּהּ הַגֶּחָלִים בִּימִינוֹ וְהַכַּף שֶׁל הַקְּטֹרֶת בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף נא:) וְהָלַךְ בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל הֵיכָל בֵּין מִזְבֵּחַ וְלַמְנוֹרָה עַד שֶׁהִגִּיעַ לִשְׁתֵּי הַפָּרֹוכֹת הַמַּבְדִּילוֹת בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים בִּמְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין שֶׁהָיְתָה בְּבַיִת רִאשׁוֹן. וְהַחִיצוֹנָה הָיְתָה פְּתוּחָה בַּדָּרוֹם וְהַפְּנִימִית בַּצָּפוֹן. אע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר שֶׁלֹּא הָיָה שָׁם אֶלָּא פָּרֹוכֶת אַחַת בְּהָא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה שֶׁאוֹמֵר שְׁתַּיִם הָיוּ דַּהֲוָה לֵיהּ מַחֲלֹוקֶת וְאַחַ"כּ סְתָם שֶׁלְּאַחַר הַמַּחֲלֹוקֶת שׁוֹנֶה (דַּף נב:) הַחִיצוֹנָה פְּרוּפָה מִן הַדָּרוֹם וְעוֹד דְּר' חֲנִינָא סָבַר כְּרַבִּי יְהוּדָה לְקַמָּן דְּאָמַר בְּצַד צָפוֹן הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא. וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה מֵאוֹתָהּ מִשְׁנָה (דַּף נח:) הִתְחִיל מְחַטֵּא וְיוֹרֵד מֵהֵיכָן הָיָה מַתְחִיל מִקֶּרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י דְּסָבַר דְּפִתְחָהּ בַּצָּפוֹן קָאֵי וַאֲפִילּוּ לְפֵירוּשׁ רָשׁ""י הַהִיא מִשְׁנָה אָתְיָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְר' עֲקִיבָא פְּלִיג עָלֶיהָ בַּבָּרַיְיתָא וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ. (דַּף נב:) וְהָיָה מְהַלֵּךְ בֵּינֵיהֶם עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַצָּפוֹן וְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁדּוֹחֵק בַּאֲצִילֵי יָדָיו שֶׁלֹּא יִשָּׂרֵף הַפָּרֹוכֶת. כְּשֶׁהִגִּיעַ לַצָּפוֹן הָפַךְ פָּנָיו לַדָּרוֹם כְּדֵי שֶׁתְּהֵא יְמִינוֹ לְצַד הָאָרוֹן וְהָלַךְ עַד שֶׁהִגִּיעַ כְּנֶגֶד הָאָרוֹן וְנָתַן הַמַּחְתָּה שֶׁל אֵשׁ בֵּין שְׁנֵי הַבַּדִּים. (דַּף נג:) וּלְאַחַר שֶׁנִּיטַּל הָאָרוֹן נִתְּנָה לְאֶבֶן שְׁתִיָּה שֶׁהָיְתָה שָׁם וְהָיְתָה גְּבוֹהָה מִן הָאָרֶץ שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת. וְחָפַן הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּכַּף לְתוֹךְ חָפְנָיו וְצָבַר הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים. (דַּף נג.) וְנִזְהָר שֶׁלֹּא יִתֵּן הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי הָאֵשׁ עַד שֶׁהִכְנִיסוֹ לִפְנַי וְלִפְנִים לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִים שֶׁאוֹמְרִים שֶׁנּוֹתֵן בַּהֵיכָל וְנִכְנַס בֶּעָנָן עֲשַׁן הַקְּטֹרֶת. (דַּף נב:) וְהָיָה מַתְחִיל לְצַד פָּנִים שֶׁהוּא חוּצָה לוֹ שֶׁאִם מַתְחִיל אֶצְלוֹ נִמְצָא הֶעָשָׁן עוֹלֶה מִיָּד וּזְרוֹעוֹ נִכְוֶוה. וְנִתְמַלֵּא הַבַּיִת עָשָׁן וְהִנִּיחַ שָׁם הַכַּף וְהַמַּחְתָּה וְיוֹצֵא דֶּרֶךְ כְּנִיסָתוֹ שֶׁהָיוּ פָּנָיו לָאָרוֹן. וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כָּתוּב טִמְטֵם עֵינָיו וְיָצָא וְאֵין זֶה בַּגְּמָרָא אַדְּרַבָּה מִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ. וְהָכִי אִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי עַד שֶׁלֹּא נִיטַּל הָאָרוֹן הָיָה נִכְנָס וְיוֹצֵא לְאוֹרוֹ שֶׁל אָרוֹן מִשֶּׁנִּיטַּל הָאָרוֹן הָיָה מְגַשֵּׁשׁ וְנִכְנָס מְגַשֵּׁשׁ וְיוֹצֵא. (שָׁם: נג:) וְהָיָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בַּהֵיכָל שֶׁתְּהֵא הַשָּׁנָה כְּתִקְנָהּ. וְלֹא הָיָה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ שֶׁלֹּא לְהַבְעִית אֶת הָעָם הַמְצַפִּים לְצֵאתוֹ. (דַּף נג:) וְנָטַל אֶת הַדָּם מִמִּי שֶׁהָיָה מְמָרֵס וְנִכְנַס לִפְנַי וְלִפְנִים וְעָמַד בֵּין הַבַּדִּים וְהִזָּה אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כְּנֶגֶד הַכַּפֹּורֶת. וְאֵין צָרִיךְ שֶׁיַּגִּיעַ בַּכַּפֹּורֶת אֶלָּא כְּמַצְלִיף. וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י כְּסִדְרָן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְהַתּוֹסָפוֹת מְפָרְשִׁין שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לְכַוֵּין שֶׁיִּהְיוּ כְּסִדְרָן אֶלָּא בְּאַחַת שֶׁל מַעְלָה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַעְלָה. וּבְשֶׁבַע שֶׁל מַטָּה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַעְלָה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַטָּה. וְכָךְ הָיָה מוֹנֶה. אַחַת. אַחַת וְאַחַת. אַחַת וּשְׁתַּיִם וְכוּ'. יָצָא וְהִנִּיחַ הַמִּזְרָק שֶׁל הַדָּם עַל הַכֵּן שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְשָׁחַט אֶת הַשָּׂעִיר וְעָשָׂה מִדָּמוֹ לִפְנִים כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְיָצָא וְהִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר עַל כֵּן שֵׁנִי שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְנָטַל דַּם הַפָּר מִן הָכֵן שֶׁהִנִּיחַ עָלָיו וְהִזָּה מִמֶּנּוּ כְּנֶגֶד כָּל הַפָּרֹוכֶת בְּמָקוֹם שֶׁמְּכַווֵּן כְּנֶגֶד הָאָרוֹן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בִּפְנִים וְאָח""כ מִדַּם הַשָּׂעִיר עַל הַפָּרֹוכֶת כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר. וְלֹא הָיוּ הַדָּמִים נוֹגְעִים בַּפָּרֹוכֶת. וְאָח""כ עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ הַמִּזְרָק שֶׁבּוֹ דַּם הַשָּׂעִיר וְחוֹזֵר וּמֵרִיק מִמִּזְרָק הַמָּלֵא לְתוֹךְ הָרֵיקָן כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְעֹורָב יָפֶה יָפֶה. (דַּף נח:) וְיוֹצֵא לְצַד מִזְרָח עַד שֶׁעָבַר מִזְבַּח הַזָּהָב כֻּולּוֹ. וְנָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת עַל אַרְבַּע קַרְנוֹתָיו וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית וְנָתַן כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּפִתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי וְנִמְצָא שֶׁפָּגַע בְּקֶרֶן דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית וְשָׁם לֹא הָיָה יָכוֹל לְהַתְחִיל שֶׁהָיָה צָרִיךְ שֶׁיֵּצֵא לַמִּזְרָח עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַמִּזְבֵּחַ לְכָךְ הָיָה נוֹתֵן תְּחִלָּה בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית מַעֲרָבִית צְפוֹנִית צְפוֹנִית מִזְרָחִית. וְלֹא הָיָה מַקִּיף הַמִּזְבֵּחַ בְּרַגְלָיו אֶלָּא עוֹמֵד הַכֹּל בְּמָקוֹם אֶחָד וּמַקִּיף בְּיָדוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי פְּלִיג בְּהָא בַּבָּרַיְיתָא. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ שֶׁאוֹמֵר שֶׁמַּקִּיף בְּיָדָיו. וְעוֹד דר' אֶלְעָזָר סָבַר כְּוָותֵיהּ. וּבַג' הַקְּרָנוֹת שֶׁאֵינָן לְפָנָיו הָיָה מַתְחִיל בְּאֶצְבָּעוֹ לִיתֵּן לְמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ כְּלַפֵּי מַעְלָה וּבְקֶרֶן שֶׁלְּפָנָיו מַתְחִיל מִלְמַעְלָה וּמוֹשֵׁךְ וְיוֹרֵד כְּלַפֵּי מַטָּה. שֶׁאִם הָיָה מַתְחִיל מִלְּמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ לְמַעְלָה הָיָה הַדָּם זָב וְיוֹרֵד עַל גַּב יָדוֹ. וּבְמָקוֹם שֶׁגָּמַר הַהַזָּאָה דְּהַיְינוּ בְּקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית הָיָה חוֹתֶה הַגֶּחָלִים שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ אֵילָךְ וְאֵילָךְ וּמִזֶּה עָלָיו שֶׁבַע פְּעָמִים וְהַנִּשְׁאָר לוֹ מִן הַדָּם יִשְׁפֹּוךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן. (דַּף מג: מד.) וְצָרִיךְ שֶׁלֹּא יִהְיֶה שׁוּם אָדָם בַּהֵיכָל כָּל זְמַן שֶׁעוֹבֵד אֵלּוּ הָעֲבוֹדוֹת. בֵּין שֶׁל הֵיכָל בֵּין שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים. אֲבָל מִבֵּין הָאוּלָם וְהַמִּזְבֵּחַ אֵין צְרִיכִין לִפְרוֹשׁ בִּשְׁעַת עֲבוֹדוֹת שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בְּשֶׁל הֵיכָל. (דַּף ס.) וְאִם שִׁינָּה בְּזֶה הַסֵּדֶר לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. וְאִם הִקְדִּים בַּהֵיכָל דַּם הַשָּׂעִיר לְדַם הַפָּר יַחְזֹור וְיַזֶּה מִדַּם הַשָּׂעִיר. הִלְכָּךְ אִם נִתְעָרֵב לוֹ מִזְרָק שֶׁל דַּם הַפָּר בְּשֶׁל שָׂעִיר יִתֵּן מִשְּׁנֵי הַמִּזְרָקוֹת שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים שֶׁאִם הָרִאשׁוֹן שֶׁל פָּר הָוֵי הָאַחֲרוֹן כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ. וְאִם הוּא שֶׁל שָׂעִיר הֲרֵי הוּא כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ וְיוֹצֵא בִּשְׁנַיִם הָאַחֲרוֹנִים. וְאִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַפָּר קֹודֶם שֶׁגָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים יָבִיא פַּר אַחֵר וּקְטֹרֶת אַחֶרֶת וְיַעֲשֶׂה כְּכָל הַסֵּדֶר הַכָּתוּב לְעֵיל. אֲבָל אִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַשָּׂעִיר קֹודֶם שֶׁנָּתַן מִמֶּנּוּ בִּפְנִים אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא אֶלָּא שָׂעִיר אַחֵר כֵּיוָן שֶׁכְּבָר עָשָׂה מַתְּנוֹת הַפָּר וְהַקְּטֹרֶת כְּהִלְכָתָם. וְאִם גָּמַר מַתָּנוֹת הַפְּנִימִית וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּהֵיכָל. וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּמִּזְבֵּחַ וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ וְנִשְׁפַּךְ. שִׁירַיִים לָא מְעַכְּבִי. וְכָל הַדִּין הַנּוֹהֵג בְּדָמוֹ שֶׁל שָׂעִיר אִם נִשְׁפַּךְ כָּךְ הוּא דִּינוֹ אִם יָמוּת חֲבֵירוֹ הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁבְּאֵיזֶה שָׁעָה שֶׁיָּמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִדְחֶה הַדָּם:
(f. 28a) Lorsque arrive le moment de l'abattage du tamid, c'est-à-dire dès que l'orient s'éclaire, on fait descendre le cohen gadol vers le beit ha-tevila (le lieu d'immersion). (f. 30a) On étendit un sadin chel boutz (drap de lin) entre lui et le peuple. (f. 31b) Et afin qu'il sache que le service du jour se fait en vêtements de lin, on étendit précisément un drap de lin. (f. 30a) Cette immersion-là se faisait en mekom hol (lieu profane), car elle ne relève pas de l'obligation propre du jour : chaque matin déjà, quiconque entre dans la azara pour le service doit s'immerger. Il ôta ses vêtements, s'immergea, remonta et s'essuya. (f. 31b) On lui apporta les vêtements d'or, il les revêtit et sanctifia ses mains et ses pieds (f. 43b) à partir d'un kiton chel zahav (aiguière d'or). Il n'y eut pas ici de sanctification au moment de se dévêtir, puisqu'il n'avait ôté que des vêtements profanes -- alors que nous tenons pour établi qu'il y a deux sanctifications, l'une pour le dévêtir et l'autre pour le vêtir. (f. 31b) Et s'il était âgé, ou istenis (de constitution délicate) et que le froid lui nuisait, on lui chauffait de l'eau la veille de Yom Kippour et on la versait dans l'eau froide ; (f. 34b) ou bien l'on chauffait la veille des morceaux de fer que l'on plongeait le jour même dans l'eau pour la réchauffer. Bien qu'il y ait là tsirouf (trempe du métal), interdit au titre de make ba-patich -- l'achèvement du travail du fer que l'on découpe --, dès lors qu'il n'a pas cette intention ce n'est plus qu'un chevout (interdit rabbinique), et il n'y a pas de chevout au Mikdach. (f. 31b) Ensuite il égorgea le tamid, en recueillit lui aussi le sang, et accomplit tous les services selon l'ordre de tous les jours, en vêtements d'or : l'encens du Hekhal, la hatavat ha-nerot (entretien des lampes) et la minhat havitin. (f. 34b) Ensuite il vint à Beit ha-Parva, qui se trouvait en lieu saint. On étendit un drap de lin entre lui et le peuple ; il sanctifia ses mains et ses pieds, puisqu'il avait ôté des vêtements de sainteté. Il s'immergea, remonta, s'essuya, et revêtit les vêtements blancs valant dix-huit mane -- ou davantage, ou moins, pourvu seulement qu'ils soient meilleurs que ceux qu'il revêtira le soir. À eux deux, ils doivent valoir trente mane ; et s'il veut ajouter à ceux du matin au-delà de dix-huit mane et retrancher à ceux du soir en dessous de douze, ou l'inverse, il en a le droit -- pourvu que ceux du matin soient les meilleurs et que les deux ensemble fassent trente mane. Cela vaut pour ce qu'il reçoit du public ; mais s'il veut ajouter du sien, il ajoutera autant qu'il le voudra. [Et il sanctifia ses mains et ses pieds.] (f. 35b) Il vint auprès de son taureau (paro), qui se tenait à l'angle nord-ouest de l'autel, dans l'espace situé entre le Oulam et l'autel, exactement face à l'autel mais tiré vers le nord. (f. 36a) On plaçait la tête du taureau tournée vers le sud et sa face vers l'ouest. On ne le disposait pas franchement tête à l'ouest et arrière vers l'est, de peur qu'il ne laisse tomber ses excréments, ce qui serait un affront pour l'autel. Le cohen se tient à l'est, le visage vers l'ouest, pose ses deux mains sur lui (semikha) et confesse. Voici ce qu'il disait : De grâce, ha-Chem, j'ai fauté, j'ai commis l'iniquité, je me suis révolté, moi et ma maison (ibid.) -- comme le disent les Sages. La première confession ne portait que sur lui-même et les gens de sa maison : De grâce, ha-Chem, pardonne donc les fautes, etc. Et dans le Yerouchalmi il est dit qu'à la seconde mention du Nom, dans la confession, il disait ana be-chem, avec un beit. (f. 37a) Il vint à l'est de la azara pour procéder à la hagrala (le tirage au sort) : il suffit en effet qu'il se tienne dans la azara. (f. 39a) Le segan à sa droite et le roch beit av (chef de la maison paternelle) à sa gauche. (f. 62a) Il y avait là deux boucs semblables d'aspect et de taille, et leur acquisition se faisait d'un seul coup -- tout cela cependant n'est pas indispensable (eino me'akev), ce n'est que la manière idéale d'accomplir la mitsva. (f. 39a) Il y avait là une kalpi [de bois, contenant les deux mains] et dedans deux goralot (sorts), l'un gravé la-Chem et l'autre la-Azazel ; ils sont valides en quelque matière que ce soit. Il brasse ses mains dans la kalpi de façon à ne pouvoir viser lequel est celui de ha-Chem et lequel celui d'Azazel, puis fait monter un sort dans chaque main [pour les deux boucs]. Si celui de ha-Chem est monté dans sa main droite, le segan lui dit : lève ta droite ; s'il est monté dans sa gauche, le roch beit av lui dit : lève ta gauche. Il les posa sur les deux boucs et dit : à ha-Chem, hatat. Et s'il n'a pas posé les sorts sur les boucs mais s'est contenté de les faire monter en sachant lequel est monté à droite et lequel a gauche, cela n'invalide pas. (f. 41b) Il noua un lachon chel zehorit (fil d'écarlate) [du poids de deux sela] à la tête du bouc émissaire et le plaça à la porte orientale, là où on le fait sortir pour l'envoyer ; et pour celui qui devait être égorgé il nouait un fil au cou, afin qu'il ne se mélange ni au bouc émissaire ni aux autres boucs. Dans le piyout Ata konanta il est écrit que le bouc de ha-Chem lui aussi, on le place face au lieu de son abattage -- ce qui étonne, car la guemara conclut expressément que cela porte sur le nouage. Il vint auprès du second taureau et confessa sur lui pour lui-même et pour ses frères les cohanim, car il faut que vienne un innocent pour expier sur le coupable : c'est pourquoi il confessait d'abord sur lui seul, afin d'être innocent. (f. 43b) Il l'égorgea, en recueillit le sang dans un mizrak et le remit à quelqu'un qui le remuait (memares) pour qu'il ne se coagule pas. Le remueur se tenait sur la quatrième rangée des dalles de la azara, à compter du Hekhal vers l'extérieur. Il prit une mahta d'or rouge contenant trois kav, très fine, munie d'un long manche parvenant sous son bras afin que le bras l'aide à la porter ; elle avait un nichtok -- Rachi explique : un anneau dont on entend le son à son arrivée ; Rabbenou Hananel explique : un étui, afin qu'il ne se brûle pas lorsqu'elle s'échauffe au contact des braises. Il monte au milieu de l'autel, ratisse une pleine mahta de braises dont la flamme s'est éteinte, descend et la dépose sur les dalles de la azara. (f. 47a) On lui sortit une mahta pleine d'encens que l'on avait remis la veille de Yom Kippour au mortier et broyé menu, afin qu'il soit daka min ha-daka (fin entre les fins) ; il en puisa une pleine hafina, selon la contenance de ses mains, (f. 48a) ni rasés ni combles, mais tefoufot (bombées). Il vida le contenu de ses mains dans une kaf, prit de la droite la mahta où étaient les braises et de la gauche la kaf de l'encens. (f. 51b) Il alla par le sud du Hekhal, entre l'autel et la menorah, jusqu'à atteindre les deux parokhot qui séparent le Kodech du Kodech ha-Kodachim, à l'emplacement du mur amah traksin qui existait dans le premier Temple. L'extérieure était ouverte au sud et l'intérieure au nord. Bien que Rabbi Yossi soutienne qu'il n'y avait là qu'une seule parokhet, la halakha suit ici Rabbi Yehouda qui dit qu'il y en avait deux, car c'est un cas de mahloket suivie d'un stam, la michna anonyme étant enseignée après la controverse. (f. 52b) L'extérieure était repliée (peroufa) du côté sud. En outre, Rabbi Hanina tient plus loin comme Rabbi Yehouda, lorsqu'il dit qu'il se tenait du côté nord et aspergeait. Et l'on ne peut tirer preuve de cette michna (f. 58b) -- il commençait à asperger en descendant ; par où commençait-il ? par l'angle nord-est --, que Rachi explique comme tenant que l'ouverture était au nord : même selon Rachi, cette michna suit Rabbi Yossi ha-Guelili, alors que Rabbi Akiva le conteste dans une baraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue. (f. 52b) Il marchait entre les deux parokhot jusqu'à parvenir au nord ; et il est dit dans le Yerouchalmi qu'il s'appuie de ses coudes pour que la parokhet ne brûle pas. Arrivé au nord, il tourna son visage vers le sud, afin que sa droite soit du côté de l'arche, marcha jusqu'à se trouver face à l'arche, et déposa la mahta du feu entre les deux badim (barres de l'arche). (f. 53b) Après que l'arche eut été cachée, il la posait sur la even chetiya qui se trouvait là, haute de trois doigts au-dessus du sol. Il puisa dans ses mains l'encens qui était dans la kaf et l'amoncela sur les braises. (f. 53a) Il prenait garde de ne pas poser l'encens sur le feu avant de l'avoir introduit lifnai ve-lifnim, pour contredire les Sadducéens qui disent qu'il le pose dans le Hekhal et entre déjà dans le nuage de fumée. (f. 52b) Il commençait par le côté intérieur, celui qui est loin de lui, car s'il commençait près de lui la fumée monterait aussitôt et lui brûlerait le bras. La Maison s'emplit de fumée ; il laisse la la kaf et la mahta et sort par où il est entré, le visage tourné vers l'arche. Dans Ata konanta il est écrit qu'il fermait les yeux et sortait, mais cela ne figure pas dans la guemara ; au contraire, le Yerouchalmi laisse entendre que ce n'est pas nécessaire. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : tant que l'arche n'avait pas été cachée, il entrait et sortait à sa lumière ; depuis qu'elle a été cachée, il entrait à tâtons et sortait à tâtons. (ibid. 53b) Il priait une courte prière dans le Hekhal, pour que l'année soit comme il faut ; et il ne prolongeait pas sa prière, afin de ne pas effrayer le peuple qui attendait sa sortie. (f. 53b) Il prit le sang des mains de celui qui le remuait, entra lifnai ve-lifnim, se tint entre les badim et aspergea une fois vers le haut et sept fois vers le bas, face au kaporet. Il n'est pas nécessaire que le sang atteigne le kaporet : c'est ke-matslif (comme des coups de fouet). Rachi explique que c'est dans l'ordre : une en haut puis sept en bas. Les Tossafot expliquent qu'il n'avait pas à viser un ordre, mais que pour celle d'en haut il incline le dos de sa main vers le bas et asperge vers le haut, et que pour les sept d'en bas il incline le dos de sa main vers le haut et asperge vers le bas. Et il comptait ainsi : une ; une et une ; une et deux, etc. Il sortit et posa le mizrak du sang sur le ken (support) qui était dans le Hekhal. Il égorgea le bouc et fit de son sang à l'intérieur comme il avait fait du sang du taureau : une en haut et sept en bas. Il sortit et posa le sang du bouc sur un second support qui était dans le Hekhal. Il prit le sang du taureau sur le support où il l'avait posé et en aspergea face à toute la parokhet, à l'endroit qui vise l'arche, une en haut et sept en bas, comme il avait fait à l'intérieur ; puis il fit de même du sang du bouc sur la parokhet, comme il avait fait du sang du taureau. Et les sangs ne touchaient pas la parokhet. Ensuite il versa le sang du taureau dans le mizrak où se trouvait le sang du bouc, puis reversa du mizrak plein dans le mizrak vide, afin que le mélange soit parfaitement homogène. (f. 58b) Il sort vers l'est jusqu'à dépasser entièrement l'autel d'or, et donne quatre matanot sur ses quatre cornes. Il se tenait à l'angle sud-est et donnait comme je l'ai expliqué plus haut, puisque l'ouverture est au sud : il rencontre donc d'abord l'angle sud-ouest, mais il ne pouvait commencer par là, devant sortir vers l'est jusqu'à dépasser l'autel ; c'est pourquoi il donnait d'abord à l'angle sud-est, puis sud-ouest, puis ouest-nord, puis nord-est. Il ne faisait pas le tour de l'autel avec ses pieds, mais se tenait tout du long au même endroit et faisait le tour avec sa main -- paroles de Rabbi Akiva ; Rabbi Yossi ha-Guelili le conteste dans une baraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue, lui qui dit qu'il fait le tour avec ses mains ; de plus Rabbi Elazar tient comme lui. Aux trois cornes qui ne sont pas devant lui, il commençait avec son doigt par le bas et tirait vers le haut ; à la corne qui est devant lui, il commence par le haut et tire en descendant vers le bas -- car s'il commençait par le bas en tirant vers le haut, le sang coulerait sur le dos de sa main. À l'endroit où il achève l'aspersion, c'est-à-dire à l'angle nord-est, il ratissait de part et d'autre les braises qui sont sur l'autel et aspergeait dessus sept fois ; et ce qui lui restait du sang, il le versait sur le yesod ma'aravi (fondement occidental) de l'autel extérieur. (f. 43b, 44a) Il faut que personne ne se trouve dans le Hekhal tant qu'il accomplit ces services -- tant ceux du Hekhal que ceux de lifnai ve-lifnim. Mais l'espace entre le Oulam et l'autel, on n'a pas à s'en écarter lors des services de lifnai ve-lifnim, seulement lors de ceux du Hekhal. (f. 60a) Et s'il a changé cet ordre, il n'a rien fait. S'il a fait passer dans le Hekhal le sang du bouc avant celui du taureau, il revient et asperge du sang du bouc. Dès lors, si le mizrak du sang du taureau s'est mélangé à celui du bouc, il donnera trois fois à partir des deux mizrakim : si le premier est celui du taureau, le dernier est comme inexistant ; et s'il est celui du bouc, il est lui-même comme inexistant, et il s'acquitte par les deux derniers. Si le sang du taureau s'est répandu avant qu'il n'ait achevé les matanot de l'intérieur, il apporte un autre taureau et un autre encens, et refait tout l'ordre écrit plus haut ; mais si le sang du bouc s'est répandu avant qu'il n'en ait donné à l'intérieur, il n'a besoin d'apporter qu'un autre bouc, puisqu'il a déjà accompli selon la halakha les matanot du taureau et l'encens. S'il a achevé les matanot intérieures et que l'un des sangs s'est répandu, il en apporte un autre et recommence depuis le début dans le Hekhal. S'il a achevé les matanot du Hekhal et que l'un des sangs s'est répandu, il en apporte un autre et recommence depuis le début à l'autel. Et s'il a achevé les matanot de l'autel et que le sang s'est répandu : les chirayim (résidus) ne sont pas indispensables. Et toute la loi qui vaut pour le sang du bouc s'il s'est répandu vaut aussi si son compagnon, le bouc émissaire, vient à mourir : à quelque moment que meure le bouc émissaire, à ce moment-là le sang est écarté (nidhe).
💡 Explication

La michna reprend le fil du service de Yom Kippour au moment de la ketoret (l'encens) portée dans le Saint des Saints. Deux ustensiles arrivent en même temps : la mahta, l'encensoir qui porte les braises déjà ratissées sur l'autel, et la kaf, la coupe qui recevra l'encens.

Le geste central est la hafina : le cohen gadol plonge ses deux mains jointes dans l'encens et les remplit. Rien n'est calibré d'avance -- la mesure, c'est sa main à lui. D'où la formule de la michna : ha-gadol lefi godlo ve-ha-katan lefi katno, le grand selon sa grandeur et le petit selon sa petitesse. La phrase suivante, ve-kakh hayta midata (et telle était sa mesure), restera l'énigme de tout le amoud : de quoi est-elle la mesure ?

Enfin la répartition des mains : la mahta à droite, la kaf à gauche. La guemara s'en étonnera, puisque l'encens est l'essentiel du service et les braises son simple support.

2
גְּמ׳ מַחְתָּה? תְּנָא לֵיהּ: נָטַל אֶת הַמַּחְתָּה וְעָלָה לְרֹאשׁ הַמִּזְבֵּחַ וְחוֹתֶה וְיוֹרֵד! הָתָם מַחְתָּה דְּגֶחָלִים, וְהָכָא מַחְתָּה דִּקְטֹורֶת, דְּתַנְיָא: הוֹצִיאוּ לוֹ כַּף רֵיקָן מִלִּשְׁכַּת הַכֵּלִים, וּמַחְתָּה גְּדוּשָׁה שֶׁל קְטוֹרֶת מִלִּשְׁכַּת בֵּית אַבְטִינָס.

GUEMARA. "La mahta" ?

Mais on l'a déjà enseigné : "Il prit la mahta, monta au sommet de l'autel, ratissa les braises et descendit" ! -- Là-bas il s'agit de la mahta des braises, et ici de la mahta de l'encens ; comme il a été enseigné : on lui sortit une kaf vide de la lichkat ha-kelim (chambre des ustensiles), et une mahta comble d'encens de la lichka de Beit Avtinas.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַחְתָּה דִּקְטֹורֶת לַחְפֹּון מִתּוֹכָהּ:
Pour y puiser à pleines mains.
💡 Explication

Première difficulté, toute technique : la michna a déjà parlé plus haut de la mahta, quand le cohen gadol monte ratisser les braises. Pourquoi la mentionner de nouveau ?

Réponse : le mot recouvre deux objets distincts. La première est la mahta des braises, prise au sommet de l'autel ; la seconde est une mahta d'encens, sortie comble de la lichkat Beit Avtinas -- la chambre de la famille qui détenait le secret de la ketoret. Cette seconde mahta n'est qu'un récipient de transit : elle sert seulement de réserve où le cohen puise ses pleines mains pour les vider dans la kaf.

🖼️ Schéma
Deux mahtot différentes, deux moments différents La michna n'a pas répété la même chose : le mot mahta ne désigne pas ici le même objet. MAHTA DES BRAISES michna antérieure (Yoma 43b) il prend la mahta, monte au sommet de l'autel, ratisse les braises, descend provenance : le sommet de l'autel contenu : gehalim -- braises dont la flamme s'est déjà éteinte c'est elle qui entrera dans sa main droite MAHTA DE L'ENCENS notre michna (47a) gedoucha chel ketoret -- comble d'encens, seulement pour y puiser provenance : lichkat Beit Avtinas (la famille qui préparait l'encens) à côté d'elle : la kaf VIDE, sortie de la lichkat ha-kelim il puise de l'une pour remplir l'autre La mahta d'encens n'est qu'un récipient de transit : elle ne franchit jamais la parokhet -- seule la kaf y va.
Deux mahtot, deux provenances, deux fonctions : celle des braises vient de l'autel et entrera dans la main droite ; celle de l'encens vient de Beit Avtinas et ne sert qu'à remplir la kaf.
3
חָפַן מְלֹא חָפְנָיו וְנוֹתֵן לְתוֹךְ הַכַּף. הַגָּדוֹל — לְפִי גָּדְלוֹ, וְהַקָּטָן — לְפִי קָטְנוֹ. וְכָךְ הָיְתָה מִדָּתָהּ. כַּף בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים לָמָּה לִי? ״מְלֹא חָפְנָיו וְהֵבִיא״ אֲמַר רַחֲמָנָא!

"Il puisa à pleines mains et versa dans la kaf ; le grand selon sa grandeur, le petit selon sa petitesse, et telle était sa mesure." -- Pourquoi une kaf, à Yom Kippour ? C'est "ses pleines mains, et il apportera" qu'a dit le Miséricordieux !

💡 Explication

Ici s'ouvre la vraie question du amoud. Le verset (Lévitique 16,12) dit : mélo hafnav ketoret ... ve-hevi -- ses pleines mains d'encens, et il apportera. Le sujet grammatical de l'apport, ce sont les mains du cohen, non un ustensile.

Or la michna introduit une kaf, une coupe intermédiaire. Ce n'est pas un détail de confort : c'est un objet que le verset ne connaît pas, glissé au cœur du service le plus solennel de l'année. La guemara demande donc de quel droit il est là.

4
מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר, דְּהֵיכִי נַעֲבִיד? נְעַיֵּיל וַהֲדַר נְעַייֵּל — הֲבָאָה אַחַת אָמַר רַחֲמָנָא, וְלֹא שְׁתֵּי הַבָּאוֹת.

Parce que ce n'est pas possible. Comment faire, en effet ?

Qu'il entre puis entre encore ? -- Une seule entrée (hava'a ahat) a dit le Miséricordieux, et non deux entrées.

📜 Rachi (2)
לְעַיֵּיל מַחְתָּה וַהֲדַר נְעַיֵּיל קְטֹורֶת בְּחָפְנָיו:
Qu'il fasse entrer la mahta, puis qu'il fasse entrer l'encens dans ses mains.
הֲבָאָה אַחַת אָמַר רַחֲמָנָא בַּגֶּחָלִים וּבִקְטֹורֶת וְלֹא שְׁתֵּי הַבָּאוֹת דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ט״ז:י״ב) וְלָקַח הַכֹּהֵן מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ וּמְלֹא חָפְנָיו וְגוֹ' וְהֵבִיא מִבֵּית לַפָּרֹוכֶת:
Pour les braises et pour l'encens, et non deux apports ; car il est écrit (Lévitique 16,12) : "Le cohen prendra une pleine mahta de braises de feu de dessus l'autel, devant ha-Chem, et ses deux mains pleines d'encens... et il apportera en deçà de la parokhet."
💡 Explication

La réponse ne justifie pas la kaf par une raison positive mais par une impasse : lo efchar, il n'y a pas moyen de faire autrement. La guemara va donc passer en revue les solutions concurrentes et les éliminer une à une.

Première solution examinée : deux voyages. Il entre déposer la mahta de braises, ressort, et revient avec l'encens dans ses mains nues. Elle tombe sur le verset lui-même : les braises et l'encens y sont commandés dans une seule et même hava'a -- un seul acte d'apport. Deux entrées séparées ne sont plus le service que la Tora a décrit.

5
נִשְׁקְלַיהּ לִקְטֹורֶת בְּחָופְנָיו וְנַחֲתַיהּ [לְמַחְתָּה] עֲלָהּ וְלִיעוֹל. כִּי מָטֵי הָתָם הֵיכִי לַעֲבֵיד? נִשְׁקְלַיהּ בְּשִׁינֵּיהּ וְנַחֲתַיהּ לְמַחְתָּה? הַשְׁתָּא לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם אֵין עוֹשִׂין כֵּן, לִפְנֵי מֶלֶךְ מַלְכֵי הַמְּלָכִים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Qu'il prenne donc l'encens dans ses mains, pose la mahta par-dessus, et entre. -- Mais lorsqu'il arrive là-bas, comment fera-t-il ? Qu'il la saisisse avec ses dents et l'abaisse ?

Or, devant un roi de chair et de sang on n'agit pas ainsi ; devant le Roi des rois des rois, le Saint béni soit-Il, à combien plus forte raison.

💡 Explication

Deuxième solution : tout porter d'un coup, sans ustensile supplémentaire. L'encens dans les deux mains jointes, et la mahta de braises posée en équilibre par-dessus. Une seule hava'a, le verset est satisfait.

L'objection ne vient pas d'un verset mais de la scène elle-même : arrivé dans le Saint des Saints, ses deux mains sont prises. Pour déposer la mahta au sol il n'aurait que ses dents. La guemara écarte cela par un argument de kavod (honneur) : ce qu'on n'oserait pas devant un roi de chair et de sang, on ne le fait pas devant le Roi des rois. Ce n'est pas un interdit formel -- c'est une convenance qui a ici force de loi, et Tossefot en tirera une longue discussion sur ce que l'on tolère pourtant ailleurs, avec le bazakh.

6
הִלְכָּךְ — לֹא אֶפְשָׁר, וְכֵיוָן דְּלָא אֶפְשָׁר — עָבְדִינַן כִּדְאַשְׁכְּחַן בַּנְּשִׂיאִים.

Donc ce n'est pas possible ; et puisque ce n'est pas possible, on agit comme nous l'avons trouvé chez les nessi'im.

📜 Rachi (1)
כִּדְאַשְׁכְּחַן בַּנְּשִׂיאִים כַּף אַחַת מְלֵאָה קְטֹרֶת:
"Une kaf pleine d'encens" (Nombres 7,14).
💡 Explication

Conclusion de l'élimination : aucune voie ne reste ouverte, il faut donc un ustensile. Mais lequel, et sur quelle autorité ? La guemara ne l'invente pas : elle prend le modèle déjà donné par la Tora chez les nessi'im, les princes des tribus lors de l'inauguration du Michkan, dont l'offrande comprenait kaf ahat mêle'à ketoret -- une coupe pleine d'encens (Nombres 7,14).

Le raisonnement est caractéristique : lorsqu'une contrainte oblige à sortir de la lettre du verset, on ne fait pas n'importe quoi -- on emprunte la forme que l'Écriture a elle-même employée ailleurs pour le même produit.

7
נָטַל אֶת הַמַּחְתָּה בְּיָמִין וְאֶת הַכַּף בִּשְׂמֹאל. יַצִּיבָא בְּאַרְעָא וְגִיּוֹרָא בִּשְׁמֵי שְׁמַיָּא!

"Il prit la mahta de la droite et la kaf de la gauche." -- L'indigène est à terre et l'étranger dans les cieux des cieux !

💡 Explication

Nouvelle question, sur la répartition des mains. La guemara l'exprime par un dicton populaire araméen : yatsiva be-ar'a ve-giyora bi-chmei chemaya -- l'habitant du pays est assis par terre pendant que l'étranger trône dans les cieux. Autrement dit : le monde à l'envers.

Car dans ce service, l'encens est l'ikkar, l'essentiel ; les braises ne sont là que pour le faire fumer. La main droite, main d'honneur, devrait donc porter la kaf. Or c'est l'accessoire qui l'occupe.

8
זוֹ מְרֻובָּה, וְזוֹ מוּעֶטֶת. וַאֲפִילּוּ בִּזְמַן שֶׁשְּׁנֵיהֶן שָׁוִין, וּכְמַעֲשֶׂה דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן קִמְחִית, זוֹ — חַמָּה, וְזוֹ — צוֹנֶנֶת.

Celle-ci est abondante et celle-là est légère. Et même lorsque les deux sont égales -- comme dans le cas de Rabbi Yichmael ben Kimhit --, celle-ci est brûlante et celle-là est froide.

📜 Rachi (3)
מְרֻובֶּה וּכְבֵידָה לִיקַּח צְרִיכָה יָמִין:
Elle est abondante, et lourde à porter : elle requiert la main droite.
אַפֵּי' בִּזְמַן שֶׁשְּׁנֵיהֶם שָׁוִין כֹּהֵן שֶׁחָפְנָיו גְּדוֹלִים וְחוֹפֵן שְׁלֹשֶׁת קַבִּין אֲפִילּוּ הָכֵי כֵּיוָן דִּבְרֹוב כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים גֶּחָלִים מְרֻובִּים מֵחָפְנָיו נוֹטֵל כַּף בִּשְׂמֹאל:
Un cohen dont les mains sont grandes et qui puise trois kav : même dans ce cas, puisque chez la plupart des cohanim gedolim les braises sont plus abondantes que ses pleines mains, il prend la kaf de la main gauche.
קִימְחִית שֵׁם אִמּוֹ:
C'est le nom de sa mère.
💡 Explication

Deux réponses emboîtées, toutes deux pratiques. D'abord le poids : la mahta chargée de braises est plus lourde que la coupe d'encens, et le fardeau revient à la main forte.

La guemara anticipe aussitôt l'objection : et s'il s'agit d'un cohen aux mains exceptionnelles, dont la kaf contient trois ou quatre kav -- comme Rabbi Yichmael ben Kimhit --, au point que les deux charges s'égalent ? Alors reste la chaleur : la mahta brûle, la kaf non. Ce second critère se suffit à lui-même et vaut dans tous les cas. Rachi ajoute que l'on ne modifie de toute façon pas l'usage pour un cas exceptionnel : chez la plupart des cohanim gedolim, les braises l'emportent en poids.

9
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן קִמְחִית שֶׁהָיָה חוֹפֵן אַרְבַּעַת קַבִּין בִּמְלוֹא חָפְנָיו, וְאוֹמֵר: כָּל הַנָּשִׁים [זֶרֶד] זָרְדוּ, וְזֶרֶד אִימָּא עָלָה לַגָּג. אִיכָּא דְאָמְרִי: בְּעַרְסָן, וְכִדְרַבָּה בַּר יוֹנָתָן. דְּאָמַר רַבָּה בַּר יוֹנָתָן אָמַר רַבִּי יְחִיאֵל: עֵרְסָן יָפֶה לְחוֹלֶה.

On a dit de Rabbi Yichmael ben Kimhit qu'il puisait quatre kav dans ses pleines mains, et qu'il disait : toutes les femmes ont fait leur tri (zarad), et le tri de ma mère est monté jusqu'au toit. Certains disent : il parlait de l'ersan (gruau de blé), conformément à Rabba bar Yonatan ; car Rabba bar Yonatan a dit au nom de Rabbi Yehiel : l'ersan est bon pour le malade.

📜 Rachi (2)
עָלָה לַגַּג גָּבַר עַל כֻּולָּן:
Il l'a emporté sur toutes.
אִיכָּא דְאָמְרִי הַאי זֶרֶד בְּעַרְסָן קָאָמַר וְיָפֶה הוּא לְחוֹלֶה וּסְתָם נָשִׁים מְעֻובָּרוֹת חוֹלוֹת וְאוֹכְלוֹת זָרִיד וְעַרְסָן שֶׁהֵן מִינֵי מַאֲכָל חִיטִּין כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת (בְּרָכוֹת (דַּף לז.)) חֶילְקָא חִיטֵּי דְּמִיתַּבְרִי בַּאֲסִיתָּא לִתְרֵי תְּרֵי טְרָגִיס לִתְלָת תְּלָת זָרִיד לְאַרְבַּע אַרְבַּע עַרְסָן לְחָמֵשׁ חָמֵשׁ וְהָכִי קָאָמַר כָּל הַנָּשִׁים מְעֻובָּרוֹת תִּקְּנוּ לָהֶם זָרִיד וְעַרְסָן לְהַבְרוֹת אוֹתָן וְהָעֻובָּרִים וְאוֹתָן שֶׁל אַמִּי גֶּבֶר עַל כֻּולָּן:
Ce zarad-là, il l'entend de l'ersan, qui est bon pour le malade ; or les femmes enceintes sont d'ordinaire souffrantes et mangent du zerid et de l'ersan, qui sont des préparations de blé, comme nous le disons au traité Berakhot (37a) : hilka, du blé brisé au mortier en deux ; targuis, en trois ; zerid, en quatre ; ersan, en cinq. Et voici ce qu'il dit : toutes les femmes enceintes se sont préparé zerid et ersan pour se fortifier elles-mêmes et fortifier leurs foetus, et celui de ma mère l'a emporté sur tous.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן קִמְחִית , שֶׁהָיָה חוֹפֵן אַרְבַּעַת קַבִּין בִּמְלוֹא חָפְנָיו. פֵּירֵשׁ מָהַרְשָׁ"א זֶה הוּא רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן פִּאָבִי הַנִּזְכָּר לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף ט.) בְּכֹהֲנִים שֶׁשִּׁמְּשׁוּ בְּבַיִת שֵׁנִי אַךְ לְעֵיל קָרְאוּ אוֹתוֹ עַל שֵׁם אָבִיו וְכָאן עַל שֵׁם אִמּוֹ מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְאַסּוֹקֵי מִלְּתָא דְּאִמּוֹ זָכְתָה לְכָךְ לְשִׁבְעָה בָּנִים כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְדִבְרֵי מָהַרְשָׁ"א זַ"ל כִּי תְּחִילָּה כַּאֲשֶׁר מִינּוּ אוֹתוֹ קָרְאוּ אוֹתוֹ עַל שֵׁם אָבִיו כַּנָּהוּג דַּעֲדַייִן לֹא יָדְעוּ זְכוּת אִמּוֹ שֶׁגָּרַם לוֹ גְּדוֹלָה זוֹ אַךְ אַחַר שֶׁחָקְרוּ וְדָרְשׁוּ מֵאִמּוֹ עַל בָּנֶיהָ יָדְעוּ שֶׁזְּכוּת אִמּוֹ גָּרַם לְכָךְ הָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ תָּמִיד עַל שֵׁם אִמּוֹ.
"On a dit de Rabbi Yichmael ben Kimhit qu'il puisait quatre kav dans ses pleines mains." Le Maharcha a expliqué qu'il s'agit du Rabbi Yichmael ben Fabi mentionné plus haut, au premier chapitre (f. 9a), parmi les cohanim qui ont servi durant le second Temple ; simplement, plus haut on l'a appelé du nom de son père, et ici du nom de sa mère, parce que l'on veut faire ressortir que sa mère mérita par elle-même d'avoir sept fils cohanim gedolim -- vois là-bas. Et il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, une raison aux paroles du Maharcha : au début, lorsqu'on le nomma, on l'appela du nom de son père selon l'usage, car on ne connaissait pas encore le mérite de sa mère qui lui avait valu cette grandeur ; mais après que l'on eut enquête et interrogé sa mère au sujet de ses fils, et que l'on sut que c'est le mérite de la mère qui l'avait causé, on l'appela désormais toujours du nom de sa mère.
💡 Explication

Le nom de ben Kimhit, cité en passant comme cas-limite de grandes mains, ouvre une longue digression aggadique qui occupera le reste de la page.

Sa formule est énigmatique : toutes les femmes ont trié, et le tri de ma mère est monté jusqu'au toit. Première lecture : c'est de lui-même qu'il parle -- il a grandi plus haut que tous. Seconde lecture : zarad et ersan désignent des préparations de blé concassées à des degrés divers ; les femmes enceintes en consommaient pour se fortifier, et sa mère avait choisi la meilleure. La stature du fils est déjà lue comme le fruit d'un choix de la mère -- c'est le fil qui mènera jusqu'à Kimhit elle-même.

10
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי בְּשִׁכְבַת זֶרַע, וְכִדְרַבִּי אָבָהוּ. דְּרַבִּי אָבָהוּ רָמֵי, כְּתִיב: ״וַתַּזְרֵנִי [חַיִל] לַמִּלְחָמָה״, וּכְתִיב: ״הַמְאַזְּרֵנִי חָיִל״? אָמַר דָּוִד לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! זְרִיתַנִי וְזֵרַזְתַּנִי.

Et certains disent : il parlait de la goutte séminale, conformément à Rabbi Abbahou. Car Rabbi Abbahou opposait deux versets : il est écrit "Tu m'as ceint de force pour la guerre" (II Samuel 22,40), et il est écrit "Celui qui me ceint de force" (Psaumes 18,33) ! -- David dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, Tu m'as trié et Tu m'as fortifié.

📜 Rachi (3)
אִיכָּא דְאָמְרִי בְּשִׁכְבַת זֶרַע קָאָמַר שֶׁאֵין יְצִירַת הַוָּולָד מִכָּל הַטִּיפָּה אֶלָּא מִן הַבֵּירוּר שֶׁבָּהּ זֶרֶד לְשׁוֹן חֲבִילֵי זְרָדִים טודי"ל כְּלוֹמַר בֵּירוּר טִיפָּה שֶׁקָּלְטָה אִמִּי הַזֶּרֶד גָּדֵל וְעָלָה לַגַּג:
Il veut dire que la formation de l'enfant ne se fait pas de toute la goutte, mais de la part choisie qui s'y trouve. Zarad est du même langage que "fagots de zeradim" (branchages) -- todi"l en langue vernaculaire --, c'est-à-dire : la part décantée de la goutte que ma mère a reçue, ce zarad-là a grandi et est monté jusqu'au toit.
וַתַּזְרֵנִי לְשׁוֹן זֹורֶה אֶת גֹּורֶן הַשְּׂעֹורִים (רוּת ג) מְבָרֵר אֶת הַטִּיפָּה:
Du langage de "il vanne l'aire d'orge" (Ruth 3) : il épure la goutte.
וְזֵירַזְתַּנִי הִזַּרְתַּנִי מִן הַבֵּירוּר שֶׁבָּהּ:
Tu m'as formé de la part la plus pure qui s'y trouvait.
💡 Explication

Troisième lecture du mot zarad, la plus intérieure. Le tri ne porte plus sur la nourriture de la mère mais sur l'origine même de l'enfant : selon Rachi, la formation du foetus ne se fait pas de toute la goutte, mais de sa part la plus fine, la plus décantée.

Rabbi Abbahou l'appuie sur une variante entre deux versets parallèles de David, va-tazreni et ha-me'azreni. Il y entend deux verbes : zeritani, Tu m'as vanné comme on vanne l'aire, en séparant le grain de la balle, et zeraztani, Tu m'as rendu vigoureux. La force de l'homme est lue comme le résultat d'un tri qui l'a précédé.

11
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן קִמְחִית: פַּעַם אַחַת סִיפֵּר דְּבָרִים עִם עֲרָבִי אֶחָד בַּשּׁוּק, וְנִתְּזָה צִינּוֹרָא מִפִּיו עַל בְּגָדָיו. וְנִכְנַס יְשֵׁבָב אָחִיו וְשִׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו. וְרָאֲתָה אִמָּן שְׁנֵי כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים בְּיוֹם אֶחָד.

On a dit de Rabbi Yichmael ben Kimhit : une fois, il s'entretenait au marché avec un Arabe, et une gouttelette de salive jaillit de la bouche de celui-ci sur ses vêtements. Son frère Yechevav entra et servit à sa place, et leur mère vit deux cohanim gedolim en un seul jour.

📜 Rachi (2)
פַּעַם אַחַת יוה"כ הָיָה:
C'était Yom Kippour.
צִינּוֹרָא רוֹק:
De la salive.
💡 Explication

Rachi précise le détail qui fait tout : c'était Yom Kippour. La salive d'un non-Juif rend impur au titre du zav par décret rabbinique -- assez pour interdire au cohen gadol de poursuivre le service du jour le plus important de l'année.

Un frère le remplace immédiatement. Le récit ne s'attarde pas sur l'incident mais sur la phrase finale : leur mère vit deux cohanim gedolim en un seul jour. C'est déjà Kimhit qui est le vrai sujet du récit.

12
וְשׁוּב אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן קִמְחִית: פַּעַם אַחַת יָצָא וְסִיפֵּר עִם הֶגְמוֹן אֶחָד בַּשּׁוּק, וְנִתְּזָה צִינּוֹרָא מִפִּיו עַל בְּגָדָיו. וְנִכְנַס יוֹסֵף (עִם) אָחִיו וְשִׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו, וְרָאֲתָה אִמָּן שְׁנֵי כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים בְּיוֹם אֶחָד.

Et l'on a dit encore de Rabbi Yichmael ben Kimhit : une fois, il sortit et s'entretint au marché avec un hegmon (officier), et une gouttelette de salive jaillit de sa bouche sur ses vêtements. Son frère Yossef entra et servit à sa place, et leur mère vit deux cohanim gedolim en un seul jour.

💡 Explication

Le même récit, redoublé : autre interlocuteur, autre frère, même issue. La répétition n'est pas une maladresse -- elle prépare la baraita suivante en montrant que la maison de Kimhit disposait de plusieurs fils tous aptes à la grande prêtrise, prêts à prendre le relais sur l'instant.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: שִׁבְעָה בָּנִים הָיוּ לָהּ לְקִמְחִית, וְכֻולָּן שִׁמְּשׁוּ בִּכְהֻונָּה גְּדוֹלָה. אָמְרוּ לָהּ חֲכָמִים: מֶה עָשִׂית שֶׁזָּכִית לְכָךְ? אָמְרָה לָהֶם: מִיָּמַי לֹא רָאוּ קוֹרוֹת בֵּיתִי קַלְעֵי שְׂעָרִי. אָמְרוּ לָהּ: הַרְבֵּה עָשׂוּ כֵּן וְלֹא הוֹעִילוּ.

Nos maîtres ont enseigné : Kimhit avait sept fils, et tous ont servi dans la grande prêtrise. Les Sages lui dirent : qu'as-tu fait pour mériter cela ?

Elle leur dit : de mes jours, les poutres de ma maison n'ont pas vu les tresses de mes cheveux. Ils lui dirent : beaucoup ont fait ainsi, et cela ne leur a servi de rien.

📜 Rachi (1)
לֹא רָאוּ קוֹרוֹת בֵּיתִי כו' רָאִיתִי בְּהַשַּׁ"ס יְרוּשַׁלְמִי כָּל כְּבוּדָּה בַת מֶלֶךְ פְּנִימָה מִמִּשְׁבְּצוֹת זָהָב לְבוּשָׁהּ אִשָּׁה צְנוּעָה רְאוּיָה לָצֵאת מִמֶּנָּה כֹּהֵן גָּדוֹל הַלְּבוּשׁ מִשְׁבְּצוֹת זָהָב:
J'ai vu dans le Talmud Yerouchalmi : "Toute la gloire de la fille du roi est au-dedans, son vêtement est de tissures d'or" (Psaumes 45,14) -- une femme pudique mérite qu'il sorte d'elle un cohen gadol vêtu de michbetsot zahav (tissures d'or).
🪔 Ben Yehoyada (3)
מֶה עָשִׂיתָ , שֶׁזָּכִיתָ לְכָךְ?. דִּקְדֵּק מָהַרְשָׁ"א לָמָּה תָּלוּ בִּזְכוּתָהּ וְלֹא בִּזְכוּת אִישָׁהּ? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהֵם יָדְעוּ הַאי דְּרָשָׁה דְּאִשָּׁה צְנוּעָה רְאוּיָה לָצֵאת מִמֶּנָּה כֹּהֵן גָּדוֹל הַלְּבוּשׁ מִמִּשְׁבְּצוֹת זָהָב שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים מה, יד) 'כָּל כְּבוּדָּה בַת מֶלֶךְ פְּנִימָה מִמִּשְׁבְּצוֹת זָהָב לְבוּשָׁה' אַךְ הֵם הָיוּ תְּמֵהִין דְּהַצְּנִיעוּת תַּסְפִּיק לִזְכּוֹת לְכֹהֵן גָּדוֹל אֶחָד וְהִיא זָכְתָה לְשִׁבְעָה 'מֶה עָשִׂיתָ' חֲסִידוּת יְתֵירָה בִּצְנִיעוּת 'שֶׁזָּכִיתָ לְכָךְ?' וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּלָא תָּלוּ הַדָּבָר בְּבַעְלָהּ מִפְּנֵי שֶׁבַּעְלָהּ כֹּהֵן וְאַמַּאי אַהֲנֵי זְכוּתוֹ לַעֲשׂוֹת שִׁבְעָה בָּנָיו כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים וְהוּא לֹא זָכָה לְעַצְמוֹ שֶׁיִּהְיֶה כֹּהֵן גָּדוֹל אֶלָּא וַדַּאי זְכוּת הָאֵם גָּרַם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אֶפְשָׁר כָּל הַשִּׁבְעָה בָּנִים לֹא הָיוּ כֹּהֵן גָּדוֹל בְּחַיֵּי אֲבִיהֶן וְאִם הָיָה בִּזְכוּתוֹ הָיָה זוֹכֶה לִרְאוֹת וְלִשְׂמֹוחַ בִּגְדֻולַּת בָּנָיו שֶׁבָּאָה לָהֶם בִּזְכוּתוֹ וְלָכֵן אָמַר 'וְרָאֲתָה אִמָּן שְׁנֵי בָּנֶיהָ כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים בְּיוֹם אֶחָד' וְלֹא אָמַר שֶׁרָאָה אֲבִיהֶן וְהַיְינוּ מִשּׁוּם דַּאֲבִיהֶם נִפְטַר קֹודֶם. וּמֵהֵרְשׁ " א תֵּירֵץ דְּאֶפְשָׁר דְּאֵלּוּ הַשִּׁבְעָה בָּנִים לֹא הָיוּ לָהּ מֵאִישׁ אֶחָד עַייֵּן שָׁם וַאֲנָא עַבְדָּא נִרְאֶה לִי מְצִיאוּת אַחֶרֶת דְּאֶפְשָׁר בַּעְלָהּ הָיָה לוֹ בָּנִים מֵאִשָּׁה אַחֶרֶת וְלֹא זָכוּ אֶלָּא בָּנֶיהָ שֶׁל קִמְחִית.
"Qu'as-tu fait pour mériter cela ?" Le Maharcha a examiné de près pourquoi on rattache la chose à son mérite à elle et non au mérite de son mari -- vois là-bas. Et il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, qu'ils connaissaient la deracha selon laquelle une femme pudique mérite qu'il sorte d'elle un cohen gadol vêtu de tissures d'or, ainsi qu'il est dit (Psaumes 45,14) : "Toute la gloire de la fille du roi est au-dedans, son vêtement est de tissures d'or" ; mais ils s'étonnaient que la pudeur, qui suffit à mériter un seul cohen gadol, lui en ait valu sept -- "qu'as-tu fait" de piété supplémentaire dans la pudeur "pour mériter cela ?". Il m'apparaît en outre, avec l'aide du Ciel, que s'ils n'ont pas rattaché la chose à son mari, c'est parce que son mari était cohen : pourquoi son mérite à lui aurait-il fait de ses sept fils des cohanim gedolim alors que lui-même n'a pas mérité de le devenir ? C'est donc bien le mérite de la mère qui l'a causé. Et il m'apparaît encore, avec l'aide du Ciel, qu'il est possible que les sept fils n'aient pas été cohanim gedolim du vivant de leur père ; car si c'eût été par son mérite à lui, il aurait mérité de voir la grandeur de ses fils et de s'en réjouir. C'est pourquoi il est dit "et leur mère vit deux de ses fils cohanim gedolim en un seul jour" et non que leur père le vit -- parce que leur père était mort auparavant. Le Maharcha a répondu qu'il est possible que ces sept fils n'aient pas été d'un seul homme -- vois là-bas ; et moi, le serviteur, il m'apparaît une autre possibilité : peut-être son mari avait-il des fils d'une autre femme, et seuls les fils de Kimhit méritèrent.
אָמְרָה לָהֶם : מִיָּמַי לֹא רָאוּ קוֹרוֹת בֵּיתִי קַלְעֵי שְׂעָרִי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה תַּלְיָא הָא בְּהָא? וְעוֹד לָמָּה אָמְרָה 'קַלְעֵי שַׁעֲרֵי' וְלֹא אָמְרָה שַׁעֲרֵי בִּסְתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרָכוֹת סא.) בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ב, כב) 'וַיִּבֶן ה' אֱלֹקִים אֶת הַצֵּלָע' מְלַמֵּד שֶׁקָּלְעָה הקב"ה לְחַוָּה וֶהֱבִיאָהּ לָאָדָם, וְהִקְשִׁינוּ [בֶּן יְהוֹיָדָע בְּרָכוֹת דַּף סא.] לָמָּה הֻוצְרַךְ לִבְרֹא אוֹתָהּ שְׁלֵימָה בִּקְלִיעַת הַשַּׁעַר גַּם כֵּן, יִבְרָאֶנָּה בְּשַׁעַר סָתוּר וְיִתֵּן בָּהּ דַּעַת אַחַר כָּךְ לְקָלְעוּ בְּיָדָהּ כְּדֵי שֶׁתִּתְייַפֶּה בְּכָךְ? וְתֵרַצְתִּי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁשַּׂעֲרוֹת הָרֹאשׁ הֵם בְּחִינַת הַדִּין וְלָכֵן הַזָּכָר שֶׁהוּא שָׁרְשׁוֹ בְּחֶסֶד צָרִיךְ לְהַעֲבִיר שְׂעָרוֹת רֹאשׁוֹ לִהְיוֹתָם דִּינִין תַּקִּיפִין וְרַק מְשַׁיֵּיר הַפֵּיאוֹת מִפְּנֵי דְּהַדִּינִין הֵם צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ וְהֵם מִכְּלַל קִיּוּם הָעוֹלָם שֶׁהָעוֹלָם צָרִיךְ לָהֶם וְלָכֵן אֵין רָאוּי לְהַעֲבִירָם כֻּולָּם, אֲבָל הָאִשָּׁה שֶׁשָּׁורְשָׁהּ בִּגְבוּרָה וְכָל אֲחִיזַת הַדִּינִין וְשָׁורְשָׁם בָּהּ אֵינָהּ מְגַלַּחַת שְׂעָרוֹת רֹאשָׁהּ שֶׁצָּרִיךְ לְהַשְׁאִיר בָּהּ שֹׁורֶשׁ הַדִּינִין וְכַנִּזְכָּר כָּל זֶה בְּשַׁעַר הַמִּצְוֹת עַייֵּן שָׁם. וְעַל פִּי זֶה אָמַרְתִּי טַעַם נָכוֹן בס"ד דְּרָאוּי שֶׁלֹּא יִהְיֶה שְׂעַר הָאִשָּׁה סָתוּר אֶלָּא קָלוּעַ תָּמִיד כִּי קְלִיעַת הַשֵּׂעָר מוֹרֶה עַל עֲקֵידַת הַדִּינִין שֶׁלֹּא יִתְפַּשְּׁטוּ בְּסוֹד 'וַיַּעֲקֹד אֶת יִצְחָק בְּנוֹ' וְלָכֵן הָאִשָּׁה עוֹשֶׂה פֹּועַל דִּמְיוֹנִי בִּקְלִיעַת שְׂעָרָהּ לַעֲקֹוד הַדִּינִין. וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם מַה שֶׁבָּרָא הקב"ה אֶת חַוָּה בִּקְלִיעַת שֵׂעָר וְלֹא בְּרָאָהּ שְׂעָרָהּ סָתוּר כִּי עַל יְדֵי שֶׁבְּרָאָהּ בִּקְלִיעַת שֵׂעָר נֶעְקְדוּ הַדִּינִין בָּזֶה בְּכֹחַ בְּרִיאָה שֶׁבָּרָא הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ וְלָכֵן אִשָּׁה הַמִּתְאַבֶּלֶת סוֹתֶרֶת שְׂעָרָהּ לְהוֹרוֹת עַל הִתְפַּשְּׁטוּת הַדִּינִין בַּר מִינָן. נִמְצָא הַשֵּׂעָר מוֹרֶה עַל הַדִּינִין תַּקִּיפִין וּלְכָךְ אֵין רָאוּי לְגַלּוֹתוֹ בְּאִשָּׁה וּקְלִיעַת שֵׂעָר מוֹרֶה עַל עֲקֵידַת הַדִּינִין וְקִמְחִית מִלְּבַד שֶׁהָיְתָה נִזְהֶרֶת שֶׁלֹּא יִתְגַּלֶּה שְׂעָרָהּ בִּהְיוֹתוֹ סָתוּר עוֹד נִזְהֶרֶת שֶׁאֲפִילּוּ בְּעוֹד שֶׁשְּׂעָרָהּ קָלוּעַ שֶׁמּוֹרֶה עַל עֲקֵידַת הַדִּינִין לֹא הָיְתָה מְגַלָּה אֲפִילּוּ לִפְנֵי קוֹרוֹת בֵּיתָהּ שֶׁהָיְתָה מִנְחַת מִטְפַּחַת עַל רֹאשָׁהּ כְּשֶׁהָיְתָה סוֹרֶקֶת שְׂעָרָהּ וּכְשֶׁהָיְתָה קוֹשֶׁרֶת כִּסּוּי רֹאשָׁהּ וּמְאֹד נִזְהֶרֶת שֶׁלֹּא יִתְרָאוּ כּוֹחוֹת הַדִּינִין חוּצָה, לְכָךְ זָכְתָה שֶׁכָּל שִׁבְעָה בָּנֶיהָ יִהְיוּ כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים שֶׁהֵם אֲחוּזִים בַּחֲסָדִים גְּדוֹלִים יוֹתֵר מִכֹּהֵן הֶדְיוֹט. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהַצְּנִיעוּת מְסֻוגֶּלֶת לְכֹהֵן גָּדוֹל מִפְּנֵי כִּי יִתְרוֹן וּמַעֲלָה שֶׁיֵּשׁ לְכֹהֵן גָּדוֹל עַל שְׁאָר הַכֹּהֲנִים הוּא הַכְּנִיסָה שֶׁנִּכְנַס לְבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים בְּיוֹם כִּפּוּר שֶׁהוּא מָקוֹם צָנוּעַ שֶׁאֵין נִכְנָס אָדָם שָׁם לָכֵן בִּזְכוּת הַצְּנִיעוּת תִּזְכֶּה לְבֶן כֹּהֵן גָּדוֹל אֲשֶׁר מְשַׁמֵּשׁ בְּמָקוֹם צָנוּעַ מְאֹד.
"Elle leur dit : de mes jours, les poutres de ma maison n'ont pas vu les tresses de mes cheveux." Il y a lieu de demander : quel rapport y a-t-il entre les deux choses ? Et en outre, pourquoi a-t-elle dit "les tresses de mes cheveux" et non simplement "mes cheveux" ? Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit (Berakhot 61a) sur le verset (Genèse 2,22) "Et ha-Chem Elokim bâtit la côte" : cela enseigne que le Saint béni soit-Il tressa les cheveux de Hava et l'amena à Adam. Et nous avons objecté [Ben Yehoyada sur Berakhot 61a] : pourquoi fallait-il la créer achevée, avec les cheveux déjà tressés ? Qu'Il la crée les cheveux dénoués et lui donne ensuite l'intelligence de les tresser de sa propre main, afin qu'elle s'en embellisse ! Et j'ai répondu, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit notre maître le Ari zal : les cheveux de la tête relèvent de l'aspect du din (rigueur). C'est pourquoi le mâle, dont la racine est dans le 'hessed, doit ôter les cheveux de sa tête, qui sont des dinim puissants, et ne laisse que les pe'ot -- car les dinim sont un besoin d'en haut et font partie de ce qui fait tenir le monde, qui en a besoin ; il ne convient donc pas de les ôter tous. Mais la femme, dont la racine est dans la guevoura et en qui se tient toute la prise des dinim et leur racine, ne rase pas les cheveux de sa tête, car la racine des dinim doit y demeurer -- tout cela est mentionné dans le Cha'ar ha-Mitsvot, vois-y. Et sur cette base j'ai dit une raison juste, avec l'aide du Ciel : il convient que les cheveux de la femme ne soient pas dénoués mais toujours tressés, car la tresse indique la ligature des dinim, qui les empêche de se répandre, dans le sod de "il ligota Its'hak son fils" ; la femme accomplit donc par sa tresse un acte figuratif de ligature des dinim. On comprend par là pourquoi le Saint béni soit-Il a créé Hava les cheveux tressés et non dénoués : parce que, par cette création même, les dinim s'y sont trouvés ligotés par la force du Nom béni. Et c'est pourquoi la femme en deuil dénoue ses cheveux, pour indiquer la propagation des dinim, qu'Il nous en préserve. Il ressort donc que le cheveu indique les dinim puissants -- d'où qu'il ne convient pas de le dévoiler chez la femme --, et que la tresse indique la ligature des dinim. Or Kimhit, outre qu'elle prenait garde à ne pas dévoiler ses cheveux lorsqu'ils étaient dénoués, prenait encore garde à ne pas les dévoiler même tressés -- alors même que la tresse indique la ligature des dinim -- pas même devant les poutres de sa maison : elle posait un fichu sur sa tête lorsqu'elle se peignait et lorsqu'elle nouait son couvre-chef, veillant extrêmement à ce que les forces du din ne paraissent pas au-dehors. C'est pourquoi elle mérita que ses sept fils soient tous cohanim gedolim, eux qui sont tenus dans des hassadim plus grands que ceux d'un cohen ordinaire. Et il m'apparaît encore, avec l'aide du Ciel, une raison pour laquelle la pudeur est propice à la grande prêtrise : ce qui fait la supériorité du cohen gadol sur les autres cohanim, c'est l'entrée qu'il fait dans le Saint des Saints à Yom Kippour, lieu retiré où nul homme n'entre ; par le mérite de la pudeur, elle mérite donc un fils cohen gadol qui officie dans le lieu le plus retiré qui soit.
אָמְרוּ לָהּ : הַרְבֵּה נָשִׁים עָשׂוּ כֵּן וְלֹא הוֹעִילוּ. פֵּירוּשׁ עָשׂוּ צְנִיעוּת בִּשְׁבִיל לְהַרְוִיחַ דָּבָר יָקָר זֶה שֶׁהַצְּנִיעוּת מְסֻוגֶּלֶת לִכְהֻונָּה גְּדוֹלָה וּלְכָךְ לֹא הוֹעִילוּ. וּבָזֶה יוּבַן מַה שֶׁאָמְרוּ בִּירוּשַׁלְמִי (יְרוּשַׁלְמִי יוֹמָא דַּף ה.)‬ אָמְרִין כָּל קָמַחְיָא קֶמַח וְקִמְחָא דְּקִמְחִית סֹולֶת [=אָמְרוּ‪ :‬כָּל הַקְּמָחִים‪-‬קֶמַח‪,‬‬וְהַקֶּמַח שֶׁל קִמְחִית‪-‬סֹולֶת] עַייֵּן שָׁם. וְהַכַּוָּנָה כִּי הַסֹּולֶת אֵין בָּהּ סֻובִּין אֲבָל הַקֶּמַח מְעֹורָב בּוֹ סֻובִּין לָכֵן כָּל מַחֲשָׁבוֹת שֶׁל שְׁאָר נָשִׁים בָּזֶה הֵם קֶמַח שֶׁמְּעֹורָב בּוֹ סֻובִּין דְּכַוָּנָתָם בִּצְנִיעוּת בִּשְׁבִיל לְהַרְוִיחַ כְּהֻונָּה גְּדוֹלָה לִבְנֵיהֶם אֲבָל קִמְחָא דְּקִמְחִית סֹולֶת שֶׁאֵין בָּהּ פָּנֶיהָ.
"Ils lui dirent : beaucoup de femmes ont fait ainsi, et cela ne leur a servi de rien." Cela veut dire qu'elles ont pratiqué la pudeur précisément pour gagner cette chose précieuse -- puisque la pudeur est propice à la grande prêtrise --, et c'est pourquoi cela ne leur a servi de rien. On comprend par là ce qui est dit dans le Yerouchalmi (Yerouchalmi Yoma f. 5a) : ils disaient, toutes les farines sont de la farine, et la farine de Kimhit est de la solet [fleur de farine] -- vois-y. L'intention est celle-ci : la solet ne contient pas de son, tandis que la farine à du son mêlé. Ainsi les pensées des autres femmes en cette matière sont de la farine où du son est mêlé, car leur intention dans la pudeur était de gagner la grande prêtrise pour leurs fils ; mais la farine de Kimhit est de la solet, sans aucune arrière-pensée.
💡 Explication

Le sommet du récit. Sept fils, tous cohanim gedolim -- une invraisemblance statistique que les Sages viennent interroger comme on interroge un témoin.

La réponse de Kimhit tient en une image : jamais les poutres de sa propre maison n'ont vu ses cheveux tressés. La tsniout (pudeur) poussée jusque dans l'intimité où personne ne regarde. Rachi rattache cela au verset des Psaumes lu par le Yerouchalmi : kol kevouda bat melekh penima -- la gloire de la fille du roi est au-dedans, et son vêtement est de michbetsot zahav, les mêmes tissures d'or que porte le cohen gadol.

La réplique des Sages est le vrai enseignement : beaucoup ont fait de même sans rien obtenir. Le mérite n'est pas un mécanisme ; il ne se commande pas.

14
תָּנוּ רַבָּנַן: בְּקֻומְצוֹ, שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה מִדָּה לַקֹּומֶץ. אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ שֶׁיַּעֲשֶׂה מִדָּה לַחֲפִינָה?

Nos maîtres ont enseigné : "be-koumtso" (de sa poignée) -- qu'il ne fabrique pas de mesure pour le kometz. On leur posa la question : qu'en est-il de fabriquer une mesure pour la hafina ?

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן תָּנוּ רַבָּנַן בְּקֻומְצוֹ שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה מִדָּה לַקֹּומֶץ וְהֵרִים מִמֶּנּוּ בְּקֻומְצוֹ וְלֹא שֶׁיַּעֲשֶׂה כְּלִי לְמִידַּת קֻומְצוֹ וְיִמְדֹּוד בּוֹ קֹומֶץ מִן הַמִּנְחָה:
Telle est notre leçon : nos maîtres ont enseigné, "be-koumtso" -- qu'il ne fabrique pas de mesure pour le kometz. "Il prélèvera de là sa poignée" -- et non pas qu'il fabrique un ustensile à la mesure de sa poignée et qu'il mesure avec lui le kometz de la minha.
💡 Explication

Retour à la halakha, et à la question de fond. Pour la minha (l'offrande de farine), le verset dit ve-herim mimenou be-koumtso -- il prélèvera de sa poignée. Le mot be-, avec, indique l'instrument : c'est la main elle-même qui doit prélever. D'où la règle : chelo ya'ase mida la-kometz, on ne fabrique pas un ustensile calibré à la contenance de la poignée du cohen pour y mesurer.

La question posée est le transfert de cette règle à la hafina, le puisement à deux mains de l'encens de Kippour. Est-ce le même régime ?

15
הָתָם הוּא דִּכְתִיב ״בְּקֻומְצוֹ״: אֲבָל הָכָא דְּלָא כְּתִיב ״בְּחָפְנָיו״, אֶלָּא: ״מְלֹא חָפְנָיו קְטֹורֶת סַמִּים דַּקָּה״, לֹא. אוֹ דִּילְמָא יָלֵיף ״מָלֵא״ ״מָלֵא״ מִקֻּומְצוֹ?

Est-ce là-bas seulement, où il est écrit "be-koumtso", tandis qu'ici, où il n'est pas écrit "be-hafnav" mais "ses pleines mains d'encens aromatique broyé fin", non ? Ou bien apprend-on peut-être "mélo" de "mélo", depuis "koumtso" ?

📜 Rachi (2)
אֲבָל הָכָא לָא כְּתִיב בְּחָפְנָיו וְאִם עָשָׂה מִדָּה מַחֲזֶקֶת חֲפִינָתוֹ מְלֹא חָפְנָיו וְהֵבִיא קָרֵינַן בֵּיהּ:
Et s'il a fabriqué une mesure contenant sa hafina, nous lisons encore à son sujet "ses pleines mains, et il apportera".
יָלֵיף מָלֵא דִּכְתִיב קְרָא אַחֲרִינָא וְקָמַץ מִשָּׁם מְלֹא קֻומְצוֹ (וַיִּקְרָא ב) מַה לְהַלָּן בְּקֻומְצוֹ יִקְמֹוץ וְלֹא בְּמִדָּה אַף כָּאן בְּחָפְנָיו:
Car un autre verset dit : "Il y prendra sa pleine poignée" (Lévitique 2) -- de même que là-bas il doit prendre avec sa poignée et non par une mesure, de même ici avec ses pleines mains.
💡 Explication

La question se joue sur une lettre. Pour la minha, la Tora écrit be-koumtso : le beit instrumental désigne la main comme moyen du prélèvement. Pour l'encens, elle écrit mélo hafnav -- ses mains pleines --, sans beit : la main n'y serait plus l'instrument, seulement l'étalon d'un volume. Si tel est le cas, un vase calibré à cette contenance ferait aussi bien l'affaire.

Le second terme de l'alternative est une gezera chava (analogie verbale) : le mot mélo figure dans les deux versets -- mélo koumtso pour la minha, mélo hafnav pour l'encens. Par ce mot commun, la rigueur de l'un passerait à l'autre, et la main resterait obligatoire ici aussi. La guemara ne tranchera pas.

16
תָּא שְׁמַע: ״וְכָךְ הָיְתָה מִדָּתָהּ״, מַאי לַָאו, שֶׁאִם רָצָה לַעֲשׂוֹת מִדָּה אַחֶרֶת עוֹשֶׂה? לֹא, הָכִי קָאָמַר: וְכָךְ הָיָה חוֹזֵר וְחוֹפְנָהּ לִפְנִים.

Viens et entends : "et telle était sa mesure" -- n'est-ce pas dire que s'il voulait fabriquer une autre mesure, il le peut ? -- Non ; voici ce qu'il dit : et de même il revenait puiser à pleines mains à l'intérieur.

📜 Rachi (2)
מַאי לַָאו וְכָךְ הָיְתָה מִדָּתָהּ דְּקָתָנֵי הָכִי קָאָמַר אִם בָּא לַעֲשׂוֹת מִדָּה לַחֲפִינָה כֵּן יַעֲשֶׂה הַגָּדוֹל לְפִי גָּדְלוֹ וְהַקָּטָן לְפִי קָטְנוֹ:
"Et telle était sa mesure", enseigne la michna, voudrait dire ceci : s'il vient à fabriquer une mesure pour la hafina, qu'il la fasse ainsi -- le grand selon sa grandeur et le petit selon sa petitesse.
לֹא הָכִי קָאָמַר וְכָךְ הָיָה חוֹזֵר וְחוֹפְנָהּ לִפְנִים מְעָרֶה אוֹתָהּ לְתוֹךְ חָפְנָיו מִן הַכַּף וְנוֹתְנָהּ עַל הַגֶּחָלִים שֶׁבַּמַּחְתָּה:
Il la verse de la kaf dans ses mains et la dépose sur les braises qui sont dans la mahta.
🗂️ Tossefot (1)
וְכָךְ הָיְתָה מִדָּתָהּ מַאי לָאו שֶׁאִם רָצָה לַעֲשׂוֹת מִדָּה עוֹשֶׂה כו' תֵּימַהּ אַמַּאי לָא קָאָמַר כָּךְ הָיָה מִדָּתָהּ שֶׁל הַכַּף כְּשִׁיעוּר חָפְנָיו שֶׁל כָּל כֹּהֵן גָּדוֹל הַגָּדוֹל לְפִי גָּדְלוֹ וְהַקָּטָן לְפִי קָטְנוֹ הָיוּ עוֹשִׂין כָּל שָׁעָה כַּף אַחַת כְּפִי אוֹתוֹ שִׁיעוּר יֵשׁ לוֹמַר דְּלָמָּה הָיָה לָהֶם לַעֲשׂוֹת כֵּן אַדְּרַבָּה טְפֵי נִיחָא אִם הַכַּף הָיְתָה גְּדוֹלָה יוֹתֵר דְּאִי שָׁוֶה לִמְלֹא חָפְנָיו הָיְתָה אִם כֵּן כְּשֶׁמְּעָרֶה מֵחָפְנָיו לְתוֹכָהּ אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִתְפַּזֵּר וְיִפּוֹל לָאָרֶץ מְעַט:
Cela étonne : pourquoi ne dit-on pas que telle était la mesure de la kaf, à la contenance des pleines mains de chaque cohen gadol -- le grand selon sa grandeur, le petit selon sa petitesse --, et que l'on fabriquait chaque fois une kaf à cette mesure-là ? On peut répondre : pourquoi l'auraient-ils fait ? Au contraire, il est préférable que la kaf soit plus grande ; car si elle était exactement de la contenance de ses pleines mains, alors, en y versant le contenu de ses mains, il serait impossible qu'un peu ne se disperse et ne tombe à terre.
💡 Explication

La guemara tente de résoudre la question par notre michna. Si celle-ci dit que la kaf était calibrée sur les mains du cohen -- le grand selon sa grandeur --, c'est bien qu'un ustensile ajusté à la main est admis. La mida serait donc permise pour la hafina.

La réponse déplace entièrement le sens de la phrase : ve-kakh ne dit pas la mesure de la kaf, mais la manière du geste -- et de même, une fois entré dans le Saint des Saints, il puisait à nouveau à pleines mains l'encens contenu dans la kaf, pour le répandre sur les braises. Selon Rachi : il vide la kaf dans ses mains, puis dépose sur la mahta.

17
שָׁמְעַת מִינָּהּ: חוֹפֵן וְחוֹזֵר וְחוֹפֵן!

Tu peux donc en déduire : il puise, puis il revient puiser !

📜 Rachi (1)
שְׁמַעִית מִינָּהּ כּוּ' וּלְקַמָּן (יוֹמָא דַּף מט.) בָּעֵינַן לָהּ:
Nous poserons la question plus loin (Yoma 49a).
💡 Explication

La réponse précédente a un coût. Si ve-kakh hayta midata décrit un second puisement à l'intérieur du Saint des Saints, elle tranche du même coup une question débattue plus loin (Yoma 49a) : hofen ve-hozer ve-hofen -- le cohen gadol puise-t-il une seconde fois ? La michna deviendrait une preuve sur un point qu'elle n'avait pas vocation à trancher.

18
דִּילְמָא: שֶׁאִם רָצָה לַעֲשׂוֹת מִדָּה — עוֹשֶׂה. אִי נָמֵי: שֶׁלֹּא יְחַסֵּר וְשֶׁלֹּא יוֹתִיר.

Peut-être veut-elle dire que s'il voulait fabriquer une mesure, il le peut. Ou bien encore : qu'il n'y ait ni manque ni excès.

📜 Rachi (2)
דִּילְמָא שֶׁאִם רָצָה כו' כְּלוֹמַר לָא הָא וְלָא הָא תִּפְשׁוֹט מִינָּהּ דְּדָחֵינַן לָךְ לְהָכָא וּלְהָכָא:
C'est-à-dire : ni l'un ni l'autre tu ne peux trancher d'ici, car nous te repoussons dans les deux sens.
אִי נָמֵי הָכִי קָאָמַר כָּךְ הָיְתָה מִדָּתָהּ מְלֹא חָפְנָיו מְצֻומְצָמִין:
Voici ce qu'elle dit : telle était sa mesure -- ses pleines mains prises au plus juste.
💡 Explication

La guemara se dérobe des deux côtés. Rachi le formule sans détour : ni ceci ni cela tu ne peux en déduire, car nous te repoussons dans les deux sens. La phrase de la michna admet trop de lectures pour prouver quoi que ce soit.

La troisième lecture est la plus modeste et la plus élégante : chelo yehsar ve-chelo yotir -- la michna dirait simplement que la quantité doit être celle des mains exactement, ni en deçà ni au-delà. Elle ne parle alors ni d'ustensile calibré ni de second puisement. La question de 13-14 reste ouverte.

🖼️ Schéma
La main est-elle la mesure, ou peut-on fabriquer un vase à sa taille ? Une règle acquise pour la minha ; une question ouverte pour l'encens de Kippour. KOMETZ -- la minha (acquis) Lévitique 6,8 : ve-herim mimenou BE-KOMTSO de SA POIGNÉE -- avec sa main à lui chelo ya'ase mida la-kometz interdit de fabriquer un ustensile calibré à la contenance de sa poignée et d'y mesurer la main elle-même EST l'instrument de mesure HAFINA -- l'encens de Kippour (?) Lévitique 16,12 : MÉLO HAFNAV ketoret ses mains PLEINES -- pas be-hafnav Côté A -- permis : le mot be- manque ; seul le VOLUME est exigé. Un vase à sa taille : on lit encore mélo hafnav. Côté B -- interdit : gezera chava mélo / mélo depuis mélo koumtso. La preuve tentée : la michna dit VE-KAKH HAYTA MIDATA -- et telle était sa mesure Cette phrase avoue-t-elle qu'on calibre bien un ustensile sur la main du cohen ? Trois lectures s'affrontent. LECTURE 1 s'il veut fabriquer une mesure, il le peut -- résoudrait la question : mida permise mais la guemara ne la retient pas de façon décisive LECTURE 2 et de même il revenait puiser à pleines mains à l'intérieur (lifnim) -- impliquerait hofen ve-hozer ve-hofen (question tranchée en 49a) LECTURE 3 chelo yehsar ve-chelo yotir ni en deçà ni au-delà : la mesure exacte des mains -- ne dit rien du vase ni du second puisement la sougya reste ouverte
Les trois lectures possibles de ve-kakh hayta midata, et pourquoi aucune ne peut servir de preuve : la sougya sur la mida pour la hafina demeure sans réponse.
19
תָּנוּ רַבָּנַן: ״מְלֹא קֻומְצוֹ״. יָכוֹל מְבֹורָץ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּקֻומְצוֹ״. אִי בְּקֻומְצוֹ, יָכוֹל אֲפִילּוּ בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מָלֵא קֻומְצוֹ״, כִּדְקָמְצִי אִינָשֵׁי. הָא כֵיצַד — חוֹפֶה שְׁלֹשׁ אֶצְבְּעוֹתָיו עַל פִּיסַּת יָדוֹ וְקוֹמֵץ.

Nos maîtres ont enseigné : "mélo koumtso" (sa pleine poignée) -- on aurait pu croire qu'elle déborde ; c'est pourquoi le verset dit "be-koumtso". Si "be-koumtso", on aurait pu croire même du bout des doigts ; c'est pourquoi le verset dit "mélo koumtso" -- comme les gens prennent une poignée.

Comment donc ? Il replie ses trois doigts sur la paume de sa main et prend la poignée.

📜 Rachi (2)
מְבֹורָץ מְבַצְבְּצִין מִכָּל צַד וְיוֹצֵא:
Qui déborde de tous côtés et s'échappe.
אִי בְּקֻומְצוֹ דְּדָייְקִינַן יָכוֹל בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו יִקְמֹוץ מְעַט וְכָל כַּמָּה דִּמְחֻוסַּר טְפֵי מְעַלֵּי ת"ל מָלֵא:
De ce que nous déduisons de "be-koumtso", on aurait pu croire qu'il puise un peu du bout des doigts, et que moins il y en a, mieux cela vaut ; c'est pourquoi le verset dit "mélo" (plein).
💡 Explication

Le amoud se referme sur le geste lui-même, défini par deux bornes tirées de deux formes du même mot. Mélo koumtso, pleine poignée, pourrait laisser croire qu'il faut une poignée mevoratz, débordante de tous côtés ; be-koumtso corrige : la mesure est celle que la main contient réellement.

Mais pris seul, be-koumtso laisserait croire l'inverse -- qu'une pincée du bout des doigts suffit, et même que moins il y en a, mieux cela vaut, comme le note Rachi. C'est mélo qui l'en empêche : ke-de-kamtsei inchei, comme les gens saisissent, d'une main entière.

La conclusion est purement descriptive : il rabat ses trois doigts du milieu sur la pissat yado, la paume, et referme. Aucun chiffre n'est donné -- c'est précisément ce qui permet que le grand ait sa mesure et le petit la sienne.

🖼️ Schéma
Le geste exact de la kemitsa : entre le trop et le trop peu Deux mots du verset se corrigent l'un l'autre -- mélo koumtso borne par le bas, be-koumtso borne par le haut. TROP -- mevoratz la farine déborde de partout et s'échappe des doigts écarté par : be-koumtso TROP PEU -- du bout des doigts on pince une pincée minuscule, et moins il y en a, mieux ce serait (la logique de l'économie -- Rachi) écarté par : mélo koumtso JUSTE -- ke-de-kamtsei inchei il rabat ses TROIS doigts sur la paume (pissat yado) et referme : c'est la poignée comme les gens saisissent Le verset ne donne pas une quantité chiffrée mais un GESTE : la main ordinaire d'un homme ordinaire, ni forcée ni retenue. C'est ce qui rend possible que le grand ait sa mesure et le petit la sienne, sans qu'aucun ustensile n'intervienne.
Le geste de la kemitsa encadré par deux exclusions : ni débordant (mevoratz), ni pris du bout des doigts -- trois doigts rabattus sur la paume, comme prend un homme ordinaire.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).