Sougya : Le amoud achève d'abord la beraita sur la kemitsa des offrandes frites, où le cohen doit racler le trop-plein du pouce et du petit doigt, et corrige la formule zo hi avoda kacha : c'est un service parmi les services difficiles, non le seul -- la melika et la hafina portent la même étiquette. S'ouvre ensuite la sougya du bein habeinayim : la farine qui s'insinue entre les doigts du cohen est-elle du kometz ou des cherayim ?
Rav Papa isole une bande intermédiaire, et Yehochoua ben Ouzaa tranche non pas le fond mais le statut du doute lui-même -- safek irréductible, dont Tossefot tire une nafka mina sur l'annulation dans un mélange. Reste à agir : Rabbi Hanina fixe l'ordre de combustion, le kometz d'abord, pour ne pas faire disparaître des cherayim entre kemitsa et haktara ; mais cet ordre-là se heurte à bal taktirou, puisque l'offrande a déjà donné sa part au feu.
Deux issues -- la condition lechem etsim de Rabbi Eliezer, et surtout la prévention de Rav Mari : qu'un cohen gras fasse la kemitsa, ses doigts charnus ne laissant aucun interstice ; solution retenue lekhathila même pour Rabbi Eliezer. Un siman introduit enfin la série de Rav Papa : d'abord le bein habeinayim de la hafina, où tout dépend de la portée du ve-lakah du verset et qui s'achève en teikou, puis les questions sur la forme même du geste.
Seule la manière ordinaire est certaine -- comme les gens saisissent une poignée, comme les gens remplissent leurs mains -- et chaque écart, du bout des doigts, de bas en haut, par le côté, ou main après main, reste sans réponse.
Et pour la mahavat (offrande frite à la poêle) et la marhechet (offrande cuite dans un récipient profond), il efface avec son pouce ce qui déborde par-dessus, et avec son petit doigt ce qui déborde par-dessous. Et voilà le service difficile du Temple. -- Celui-là, et rien de plus ?
Mais il y a la melika (l'égorgement de l'oiseau par la nuque, à l'ongle), et il y a la hafina (la pleine prise d'encens à deux mains) ! -- Dis plutôt : c'est l'un des services difficiles du Temple.
Le amoud s'ouvre sur la fin de la beraita consacrée à la kemitsa, la prise d'une poignée de farine. Pour une offrande de simple fleur de farine, l'excès qui déborde de la poignée (berouts) tombe tout seul. Pour la mahavat et la marhechet, qui sont d'abord cuites puis émiettées, la matière colle : le cohen doit racler activement le trop-plein, du pouce pour le dessus et du petit doigt pour le dessous.
La guemara ne conteste pas la difficulté, elle conteste l'article défini : zo hi ve-tou lo -- celui-là, et aucun autre ? Deux autres services portent la même étiquette dans leurs propres beraitot : la melika (Houlin 21a) et la hafina de Yom Kippour, dont notre traité dira la même chose plus loin (49b). La correction est purement grammaticale et vaut pour les trois sources : lire me-avodot kachot, un service parmi les services difficiles.
Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi Yehochoua ben Ouzaa a posé la question -- ce qui se trouve entre les doigts (bein habeinayim) lors de la pleine poignée (mélo koumtso), quel est son statut ? Rav Papa a dit : pour ce qui est du côté intérieur, ne pose pas la question -- c'est assurément du kometz.
Pour ce qui est du côté extérieur, ne pose pas la question -- ce sont assurément des cherayim.
Nouvelle sougya. Le cohen ne prend pas la farine avec un ustensile : il rabat trois doigts sur sa paume. Une main n'est pas étanche -- de la farine s'insinue entre les doigts. Est-elle dans la poignée, donc kometz, destinée à brûler sur l'autel ? Ou est-elle hors de la poignée, donc cherayim, le reste que les cohanim mangent ?
Rav Papa refuse de traiter la zone comme un bloc : il la découpe. Ce qui regarde vers la paume (de-gavaei) est évidemment pris ; ce qui regarde vers le dehors (de-baraei) est évidemment laissé. La question ne subsiste que pour ce qui n'est ni l'un ni l'autre.
La question ne se pose que pour ce qui est exactement entre-deux (beini beini) : quel est son statut ? Rabbi Yo'hanan a dit : Yehochoua ben Ouzaa a ensuite tranché lui-même -- ce qui est entre les doigts est un safek (un doute).
La résolution est inhabituelle : elle ne tranche pas le fond, elle tranche le statut du doute. Yehochoua ben Ouzaa ne dit pas que la bande intermédiaire est du kometz ni qu'elle est des cherayim -- il dit qu'elle est irréductiblement safek, et que personne n'en décidera.
Tossefot bute précisément là-dessus : hadar pachta, il a tranché -- mais tranché quoi ? C'était déjà un doute quand il posait la question. Deux lectures sont proposées. Soit la question portait sur l'espoir de trancher, et la réponse est qu'il faut y renoncer. Soit -- et c'est la lecture riche -- la question était de savoir si cette farine reste tevel, non prélevée, parce que l'intention du cohen ne l'a jamais visée ; auquel cas elle ne serait pas annulée dans un mélange, le tevel interdisant be-machehou. La réponse que c'est un simple safek la rend au contraire annulable.
Comment fait-il donc ? Rabbi Hanina a dit : il fait fumer le kometz seul d'abord, et ensuite ce qui était entre les doigts.
Car si tu disais qu'il fait fumer d'abord ce qui était entre les doigts -- peut-être sont-ce des cherayim, et ils se trouveraient être des cherayim qui ont diminué entre la kemitsa et la haktara (la combustion) ; or le Maître a dit : des cherayim qui ont diminué entre la kemitsa et la haktara, on ne fait pas fumer le kometz à leur sujet.
Heikhi avid : la question passe de la théorie à la pratique. Un doute qu'on ne peut pas trancher doit quand même être exécuté aujourd'hui, sur cet autel. Rabbi Hanina fixe donc un ordre.
Le raisonnement est négatif : il élimine l'ordre inverse. Faire brûler l'entre-deux en premier, c'est risquer de dissiper des cherayim avant que le kometz ne soit monté. Or une offrande dont les restes ont diminué dans cet intervalle n'est plus rachetable : le kometz ne se brûle plus pour eux, et les cherayim restent interdits à la consommation. Brûler le kometz d'abord met le principal à l'abri.
S'il en est ainsi, maintenant aussi on devrait appliquer ici : tout ce dont une part a été donnée aux feux de l'autel tombe sous l'interdit de vous n'en ferez pas fumer.
L'ordre choisi par Rabbi Hanina n'est pas gratuit non plus : il crée son propre problème. Une fois le kometz monté, l'offrande a rempli son dû envers le feu -- et dès lors kol chemimenou la-ichim harei hou be-bal taktirou : tout ce qui reste d'elle devient interdit à l'autel. Brûler ensuite l'entre-deux, si ce sont des cherayim, c'est transgresser un interdit de la Tora (Lévitique 2,11).
Le doute n'est donc pas seulement embarrassant : il rend chacune des deux options fautive. C'est cette impasse que les deux réponses suivantes viennent lever.
Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi a dit : il le fait fumer au titre de bois, selon Rabbi Eliezer. Car il est enseigné : Rabbi Eliezer dit -- en parfum agréable (le-reah nihoah) tu n'en fais pas monter, mais tu en fais bien monter au titre de bois.
La sortie est une tenai, une condition mentale au moment de l'acte : si ce sont des cherayim, que ceci soit du simple bois de l'autel. L'interdit de bal taktirou ne vise que ce qu'on monte comme iche, comme sacrifice ; ce qui est monté comme combustible n'entre pas dans sa définition.
Cette manœuvre suppose la position de Rabbi Eliezer, qui l'a formulée ailleurs (Zevahim 77b) : quand des membres d'un hatat -- devenus restes une fois les emourim brûlés -- se mélangent à des membres d'une ola entièrement consumée, il fait tout monter et considère la chair du hatat comme du bois.
Cela va bien selon Rabbi Eliezer ; mais selon les Sages, que peut-on dire ? Rav Mari a dit : ce sont des cohanim gras qui font la kemitsa.
Maintenant que tu en es venu là, même selon Rabbi Eliezer, il faut à priori que ce soient des gras qui fassent la kemitsa.
La condition lechem etsim n'est disponible que pour Rabbi Eliezer ; les Rabbanan la rejettent, et le problème revient intact. Rav Mari change alors de registre : au lieu de résoudre le doute, il l'empêche de naître. Qu'on confie la kemitsa à un cohen gras -- la chair des doigts fait saillie, les doigts se pressent l'un contre l'autre, et il n'y a plus d'entre-deux du tout.
Le renversement final -- hachta de-atit lehakhi -- est significatif : même Rabbi Eliezer, qui dispose d'une porte de sortie, la préfère fermée. Rachi en donne la raison : sa permission ne concernait qu'une situation subie, un mélange de membres qu'il fallait bien traiter ; elle ne légitime pas qu'on entre volontairement dans un doute qu'on pouvait éviter.
(Bein habeinayim, pachat, oumahats, oufizer, vehichev, ba-hafinat, havero -- signe mnémotechnique.) Rav Papa a demandé : l'entre-deux des doigts dans le cas de ses pleines mains d'encens, quel est son statut ? -- Que demande-t-il donc ? S'il tire la guezera chava de mélo / mélo de là-bas, c'est exactement la même chose !
Un siman, une chaîne de mots-clés qui sert d'index aux questions à venir, marque l'ouverture d'une nouvelle série. Rav Papa transpose la question du bein habeinayim de la kemitsa à la hafina, la prise d'encens à deux mains de Yom Kippour.
La guemara objecte aussitôt : la question n'a pas d'espace propre. Le mot mélo figure des deux côtés -- mélo koumtso pour la poignée, mélo hofnav pour les mains --, ce qui autorise une guezera chava. Si on l'accepte, la réponse est transportée telle quelle depuis la kemitsa ; si on la refuse, sur quoi la question s'appuierait-elle ? Rachi précise l'enjeu : c'est le même verset be-koumtso qui exclut à la fois les débordements et la fabrication d'une mesure calibrée.
Rav Papa posait ainsi sa question : exigeons-nous ses pleines mains... et il apportera -- et cela est bien réalisé ; ou peut-être exigeons-nous et il prendra... et il apportera -- et cela n'est pas réalisé ? Teikou (la question reste sans réponse).
La guemara dégage un espace propre à la question, indépendant de la guezera chava. Tout tient à la syntaxe du verset (Lévitique 16,12). Si la Tora n'exige que le résultat -- mélo hofnav ve-hevi, que ses mains soient pleines au moment où il entre --, l'encens venu de lui-même entre les doigts compte, puisque les mains sont effectivement pleines.
Mais si le ve-lakah du début du verset porte aussi sur l'encens, alors la prise et l'apport doivent avoir la même qualité : ce qui n'a pas été pris intentionnellement ne peut pas être apporté. Tossefot ajoute l'observation décisive : pour la kemitsa il est écrit ve-kamats ha-cohen, un acte du cohen ; pour la hafina le verbe de prise est écrit à propos des braises, pas de l'encens. La question reste ouverte : teikou.
Rav Papa a dit : il m'est évident que sa pleine poignée se fait comme les gens font une poignée. Rav Papa a demandé : s'il a fait la kemitsa du bout des doigts, quel est le statut ?
Nouvelle série, sur la forme du geste et non plus sur son contenu. Rav Papa pose d'abord un acquis : ke-de-kamtsei inchei, comme les gens saisissent une poignée -- le côté des doigts tourné vers le bas, on descend dans la farine et on referme sur la paume. C'est la norme, et elle n'est pas discutée.
Puis vient l'écart : main retournée paume vers le bas, doigts plantés dans la farine, et il remplit ainsi toute la longueur de la paume. Tossefot prévient une confusion : il ne s'agit pas du cas déjà rencontré plus haut, où la farine ne se trouve que sur le bout des doigts et où la poignée est donc insuffisante. Ici la quantité est pleine ; seul le mouvement diffère.
De bas en haut, quel est le statut ? Par les côtés, quel est le statut ?
Teikou.
Deux écarts supplémentaires, également laissés sans réponse. Mi-lemata le-maala : le dos de la main tourné vers le bas, il fait remonter la farine du bout des doigts vers la paume. Min ha-tsedadin : il promène le dos de la main en la pressant, sans plonger les doigts, et la farine s'introduit d'elle-même dans la paume en passant entre les doigts.
Tossefot tient à distinguer ce cas du précédent, malgré la description de Rachi : dans la question du bout des doigts, la paume faisait face à la farine ; ici c'est le dos de la main. Le verdict est le même -- teikou -- mais les cas ne se confondent pas.
Rav Papa a dit : il m'est évident que ses pleines mains se fait comme les gens remplissent leurs mains. Rav Papa a demandé : s'il a rempli ses mains du bout des doigts, quel est le statut ?
De bas en haut, quel est le statut ? Par le côté, quel est le statut ?
S'il a rempli celle-ci et celle-là, puis les a rapprochées l'une de l'autre, quel est le statut ? Teikou.
Rav Papa reprend la série entière pour la hafina, avec le même acquis de départ -- ke-de-hafnei inchei, la tranche de la paume tournée vers le bas -- et les mêmes trois écarts, auxquels il ajoute un quatrième qui n'a pas d'équivalent dans la kemitsa : remplir chaque main séparément, puis les joindre.
Tossefot répond à l'objection prévisible, celle-là même que la guemara avait lancée plus haut (heinou hakh) : pourquoi reposer des questions déjà posées ? Parce que la norme de référence n'est pas la même. La kemitsa se mesure sur la manière ordinaire de saisir une poignée, la hafina sur la manière ordinaire de remplir ses deux mains. Trancher qu'un mouvement s'écarte de l'une ne dit rien de l'autre. Tout reste en teikou.
Il demande...
Le amoud s'interrompt au premier mot d'une nouvelle question, qui se poursuit au début de 48a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).