Yoma 47b -- la farine entre les doigts : un doute que nul ne tranchera, et la main comme seule mesure du geste

Yoma 47b

Sougya : Le amoud achève d'abord la beraita sur la kemitsa des offrandes frites, où le cohen doit racler le trop-plein du pouce et du petit doigt, et corrige la formule zo hi avoda kacha : c'est un service parmi les services difficiles, non le seul -- la melika et la hafina portent la même étiquette. S'ouvre ensuite la sougya du bein habeinayim : la farine qui s'insinue entre les doigts du cohen est-elle du kometz ou des cherayim ?

Rav Papa isole une bande intermédiaire, et Yehochoua ben Ouzaa tranche non pas le fond mais le statut du doute lui-même -- safek irréductible, dont Tossefot tire une nafka mina sur l'annulation dans un mélange. Reste à agir : Rabbi Hanina fixe l'ordre de combustion, le kometz d'abord, pour ne pas faire disparaître des cherayim entre kemitsa et haktara ; mais cet ordre-là se heurte à bal taktirou, puisque l'offrande a déjà donné sa part au feu.

Deux issues -- la condition lechem etsim de Rabbi Eliezer, et surtout la prévention de Rav Mari : qu'un cohen gras fasse la kemitsa, ses doigts charnus ne laissant aucun interstice ; solution retenue lekhathila même pour Rabbi Eliezer. Un siman introduit enfin la série de Rav Papa : d'abord le bein habeinayim de la hafina, où tout dépend de la portée du ve-lakah du verset et qui s'achève en teikou, puis les questions sur la forme même du geste.

Seule la manière ordinaire est certaine -- comme les gens saisissent une poignée, comme les gens remplissent leurs mains -- et chaque écart, du bout des doigts, de bas en haut, par le côté, ou main après main, reste sans réponse.

Bein habeinayim : la farine coincée entre les doigts du cohen Question de Rabbi Yehochoua ben Ouzaa. Rav Papa découpe la poignée en trois zones : deux évidentes, une seule litigieuse. Le cohen referme trois doigts sur la paume -- la farine s'insinue aussi ENTRE les doigts. Kometz ou cherayim ? DE GOUAI -- côté intérieur la farine tournée vers la paume, du côté de la main KOMETZ certain la tienne pas pour question : elle part à l'autel avec la poignée -> haktara BEINI BEINI -- entre-deux ni franchement dedans ni franchement dehors SAFEK -- doute hadar pachta : il tranche lui-même que c'est un doute irréductible -> toute la sougya part de la DE BARAI -- côté extérieur la farine tournée vers le dehors, hors de la prise CHERAYIM certains la tienne pas pour question : c'est du reste, mangé par les cohanim -> akhila Pourquoi ce doute est-il paralysant ? Les deux destinations sont exclusives ET obligatoires : ce qui est kometz DOIT brûler, ce qui est cherayim NE DOIT PAS brûler -- et sa disparition invalide la haktara du kometz. Impossible de laisser en suspens : cette poignée-là doit être traitée aujourd'hui. D'où la question de Rabbi Hanina : heikhi avid -- comment fait-il, concrètement ?
Les trois zones de la poignée selon Rav Papa : ce qui regarde vers la paume est du kometz, ce qui regarde vers l'extérieur est des cherayim, et seule la bande intermédiaire coincée entre les doigts reste un doute -- doute paralysant, parce que les deux destinations possibles sont à la fois exclusives et obligatoires.
Heikhi avid : le piège de l'ordre de combustion, et ses deux sorties Quel que soit l'ordre choisi, un interdit menace. La guemara ferme une porte, puis en ouvre deux autres. ORDRE A -- l'entre-deux D'ABORD je brûle le bein habeinayim, puis le kometz si c'étaient des cherayim, je viens de les faire disparaître entre kemitsa et haktara -> on ne fait plus fumer le kometz pour eux ORDRE B -- le kometz D'ABORD je brûle le kometz seul, puis le bein habeinayim mais si c'étaient des cherayim, l'offrande a déjà donné sa part au feu -- kol chemimenou la-ichim -> interdit de bal taktirou l'ordre B est le bon -- reste à neutraliser SON problème Deux réponses, l'une conditionnelle, l'autre préventive RÉPONSE 1 -- lechem etsim R. Yehouda fils de R. Chimon ben Pazi il pose une condition en brûlant : si ce sont des cherayim, que ce soit du simple BOIS appui : Rabbi Eliezer -- le-reah nihoah tu n'en fais pas monter, mais lechem etsim, oui limite : ne marche pas selon les Rabbanan RÉPONSE 2 -- de-kamtsei chemini Rav Mari ce sont des cohanim GRAS qui font la kemitsa : leurs doigts charnus se pressent l'un contre l'autre il n'y a plus d'entre-deux du tout le doute n'est pas résolu : il est empêché de naître retenu même pour R. Eliezer -- lekhathila Renversement final : hachta de-atit lehakhi même R. Eliezer, qui a une porte de sortie, préfère qu'on choisisse un cohen gras d'avance -- sa permission ne visait que le cas subi (mélange d'organes), non le doute qu'on pouvait éviter.
Le piège de l'ordre de combustion : brûler l'entre-deux en premier risque de faire disparaître des cherayim avant la haktara du kometz ; le brûler en second risque de tomber sous bal taktirou. La guemara garde le second ordre et le désamorce deux fois -- par la condition lechem etsim de Rabbi Eliezer, puis par la prévention de Rav Mari : confier la kemitsa à un cohen gras.
Les quatre questions de Rav Papa sur le GESTE -- et pourquoi il les pose deux fois Un seul point est acquis : ke-de-kamtsei / ke-de-hafnei inchei, comme font les gens. Tout écart est teikou. PECHITA LI -- ce qui est évident : la mesure de la Tora, c'est le geste ordinaire d'un homme kemitsa : le côté des doigts vers le bas -- hafina : la tranche de la paume vers le bas KEMITSA -- la poignée de la minha trois doigts rabattus sur la paume 1. be-rachei etsbe'otav -- du bout des doigts paume en bas, doigts plantés dans la farine 2. mi-lemata le-maala -- de bas en haut dos de la main en bas, il remonte vers la paume 3. min ha-tsedadin -- par les côtés la farine entre d'elle-même entre les doigts TEIKOU HAFINA -- les deux mains d'encens les deux paumes jointes, Yom Kippour 1. du bout des doigts même question -- mais le geste n'est pas le même 2. de bas en haut / 3. par le côté le dos de la main promène sur la ketoret 4. hafan be-zo ou-ve-zo -- une main puis l'autre puis il les rapproche : cas propre à la hafina TEIKOU Pourquoi reposer les mêmes questions pour la hafina ? -- réponse de Tossefot La guemara elle-même avait objete plus haut : heinou hakh, c'est la même chose ! Mais la norme de référence diffère : l'une se mesure sur ke-de-kamtsei inchei, l'autre sur ke-de-hafnei inchei. Même si tu tranches ce qui est écart pour la poignée, rien ne dit que c'est un écart pour les deux mains. L'objection heinou hakh ne vaut que pour ce qui se transporte par guezera chava, pas pour la forme du geste.
Les questions de Rav Papa sur la forme du geste : seule la manière ordinaire est certaine, les trois écarts restent teikou pour la kemitsa, et Rav Papa les repose pour la hafina en y ajoutant un quatrième cas -- remplir chaque main séparément puis les joindre.
1
וּבְמַחֲבַת וּבְמַרְחֶשֶׁת, מוֹחֵק בְּגוֹדְלוֹ מִלְמַעְלָה, וּבְאֶצְבָּעוֹ קְטַנָּה מִלְּמַטָּה. וְזוֹ הִיא עֲבוֹדָה קָשָׁה שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ. זוֹ הִיא וְתוּ לָא? וְהָא אִיכָּא מְלִיקָה, וְהָא אִיכָּא חֲפִינָה! אֶלָּא: זוֹ הִיא מֵעֲבוֹדוֹת קָשׁוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ.

Et pour la mahavat (offrande frite à la poêle) et la marhechet (offrande cuite dans un récipient profond), il efface avec son pouce ce qui déborde par-dessus, et avec son petit doigt ce qui déborde par-dessous. Et voilà le service difficile du Temple. -- Celui-là, et rien de plus ?

Mais il y a la melika (l'égorgement de l'oiseau par la nuque, à l'ongle), et il y a la hafina (la pleine prise d'encens à deux mains) ! -- Dis plutôt : c'est l'un des services difficiles du Temple.

📜 Rachi (4)
וּבְמַחֲבַת וּבְמַרְחֶשֶׁת שֶׁהוּא מִינֵי טִיגּוּן שֶׁהֵן אֲפוּיוֹת תְּחִילָּה וְחוֹזֵר וּפוֹתְתָן וְקָשֶׁה קְמִיצָתָן מִלִּהְיוֹת מְבֹורֶצֶת יוֹתֵר מִקְּמִיצַת מִנְחַת סֹולֶת שֶׁבֵּירוּצֶיהָ נוֹפְלִין מֵאֲלֵיהֶן צָרִיךְ לִהְיוֹת מוֹחֵק בְּגוֹדְלוֹ בֵּירוּצִין שֶׁל מַעְלָה וּבְאֶצְבָּעוֹ קְטַנָּה בֵּירוּצִין שֶׁל מַטָּה:
Ce sont des sortes de fritures : elles sont d'abord cuites, puis on les émiette de nouveau, et leur kemitsa est plus difficile à tenir sans débordement (mevoretset) que celle de l'offrande de fleur de farine, dont les débordements tombent d'eux-mêmes. Il lui faut donc effacer avec son pouce les débordements du dessus, et avec son petit doigt ceux du dessous.
וְהָאִיכָּא מְלִיקָה דְּתַנְיָא בָּהּ נָמֵי וְזוֹ הִיא עֲבוֹדָה קָשָׁה (בְּהַכֹּל שׁוֹחֲטִין):
Car il est enseigné à son sujet aussi : et voilà un service difficile (au chapitre Hakol chohatin).
וְהָא אִיכָּא חֲפִינָה שֶׁבִּפְנִים דְּתַנְיָא בָּהּ נָמֵי לְקַמָּן בְּפִירְקִין (יוֹמָא דַּף מט:) וְזוֹ הִיא עֲבוֹדָה קָשָׁה:
Celle qui se fait à l'intérieur du Saint des Saints, car il est enseigné à son sujet aussi, plus loin dans notre chapitre (Yoma 49b) : et voilà un service difficile.
הָכִי גָּרְסִינַן אֵימָא זוֹ הִיא עֲבוֹדָה מֵעֲבוֹדוֹת קָשָׁה שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ:
Voici notre leçon : dis plutôt -- c'est un service parmi les services difficiles du Temple.
🗂️ Tossefot (1)
וְזוֹ הִיא עֲבוֹדָה קָשָׁה שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ סְבִירָא לֵיהּ כְּמַאן דְּאָמַר בְּפֶרֶק אֵלּוּ מְנָחוֹת (מְנָחוֹת דַּף עה:) שֶׁהָיָה קוֹפֵל אֶחָד לִשְׁנַיִם וּשְׁנַיִם לְאַרְבָּעָה אֲבָל לְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּאָמַר פּוֹתְחָן עַד שֶׁמַּחֲזִירָן לְסָולְתָּן אֵינָהּ עֲבוֹדָה קָשֶׁה יוֹתֵר מִשְּׁאָר מְנָחוֹת:
Il tient comme celui qui dit au chapitre Elou menahot (Menahot 75b) qu'il pliait le gâteau en deux, et les deux en quatre ; mais selon le tana de l'école de Rabbi Yichmael, qui dit qu'on les émiette jusqu'à les ramener à l'état de farine, ce n'est pas un service plus difficile que celui des autres offrandes.
💡 Explication

Le amoud s'ouvre sur la fin de la beraita consacrée à la kemitsa, la prise d'une poignée de farine. Pour une offrande de simple fleur de farine, l'excès qui déborde de la poignée (berouts) tombe tout seul. Pour la mahavat et la marhechet, qui sont d'abord cuites puis émiettées, la matière colle : le cohen doit racler activement le trop-plein, du pouce pour le dessus et du petit doigt pour le dessous.

La guemara ne conteste pas la difficulté, elle conteste l'article défini : zo hi ve-tou lo -- celui-là, et aucun autre ? Deux autres services portent la même étiquette dans leurs propres beraitot : la melika (Houlin 21a) et la hafina de Yom Kippour, dont notre traité dira la même chose plus loin (49b). La correction est purement grammaticale et vaut pour les trois sources : lire me-avodot kachot, un service parmi les services difficiles.

2
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, בָּעֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן עֻוזָּאָה: בֵּין הַבֵּינַיִם שֶׁל מְלֹא קֻומְצוֹ, מַהוּ? אָמַר רַב פָּפָּא: דְּגַוַּאי לָא תִּיבְּעֵי לָךְ — דְּוַדַּאי קֹומֶץ הוּא. דְּבָרַאי לָא תִּיבְּעֵי לָךְ — דְּוַדַּאי שִׁירַיִם הוּא.

Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi Yehochoua ben Ouzaa a posé la question -- ce qui se trouve entre les doigts (bein habeinayim) lors de la pleine poignée (mélo koumtso), quel est son statut ? Rav Papa a dit : pour ce qui est du côté intérieur, ne pose pas la question -- c'est assurément du kometz.

Pour ce qui est du côté extérieur, ne pose pas la question -- ce sont assurément des cherayim.

📜 Rachi (1)
בֵּין הַבֵּינַיִם הַנִּכְנָס בֵּין הָאֶצְבָּעוֹת מַהוּ קֹומֶץ הֵן אוֹ שִׁירַיִים הֵן:
Ce qui s'introduit entre les doigts : est-ce du kometz ou des cherayim ?
💡 Explication

Nouvelle sougya. Le cohen ne prend pas la farine avec un ustensile : il rabat trois doigts sur sa paume. Une main n'est pas étanche -- de la farine s'insinue entre les doigts. Est-elle dans la poignée, donc kometz, destinée à brûler sur l'autel ? Ou est-elle hors de la poignée, donc cherayim, le reste que les cohanim mangent ?

Rav Papa refuse de traiter la zone comme un bloc : il la découpe. Ce qui regarde vers la paume (de-gavaei) est évidemment pris ; ce qui regarde vers le dehors (de-baraei) est évidemment laissé. La question ne subsiste que pour ce qui n'est ni l'un ni l'autre.

🖼️ Schéma
Bein habeinayim : la farine coincée entre les doigts du cohen Question de Rabbi Yehochoua ben Ouzaa. Rav Papa découpe la poignée en trois zones : deux évidentes, une seule litigieuse. Le cohen referme trois doigts sur la paume -- la farine s'insinue aussi ENTRE les doigts. Kometz ou cherayim ? DE GOUAI -- côté intérieur la farine tournée vers la paume, du côté de la main KOMETZ certain la tienne pas pour question : elle part à l'autel avec la poignée -> haktara BEINI BEINI -- entre-deux ni franchement dedans ni franchement dehors SAFEK -- doute hadar pachta : il tranche lui-même que c'est un doute irréductible -> toute la sougya part de la DE BARAI -- côté extérieur la farine tournée vers le dehors, hors de la prise CHERAYIM certains la tienne pas pour question : c'est du reste, mangé par les cohanim -> akhila Pourquoi ce doute est-il paralysant ? Les deux destinations sont exclusives ET obligatoires : ce qui est kometz DOIT brûler, ce qui est cherayim NE DOIT PAS brûler -- et sa disparition invalide la haktara du kometz. Impossible de laisser en suspens : cette poignée-là doit être traitée aujourd'hui. D'où la question de Rabbi Hanina : heikhi avid -- comment fait-il, concrètement ?
La découpe de Rav Papa : deux zones évidentes encadrent une bande intermédiaire qui, seule, fait problème.
3
כִּי תִּיבְּעֵי לָךְ דְּבֵינֵי בֵּינֵי מַאי. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲדַר פָּשְׁטָה יְהוֹשֻׁעַ [בֶּן] עוֹזַאָה: בֵּין הַבֵּינַיִם סָפֵק נִינְהוּ.

La question ne se pose que pour ce qui est exactement entre-deux (beini beini) : quel est son statut ? Rabbi Yo'hanan a dit : Yehochoua ben Ouzaa a ensuite tranché lui-même -- ce qui est entre les doigts est un safek (un doute).

🗂️ Tossefot (1)
הָדַר פָּשְׁטָה בֵּין הַבֵּינַיִים סָפֵק לָא יָדַעְנָא מַאי קָאָמַר הָדַר פָּשְׁטָה הָא מֵעִיקָּרָא נָמֵי כִּי הֲוָה מִיבְּעֵי לֵיהּ סָפֵק הוּא וְשֶׁמָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּמֵעִיקָּרָא מְסַפְּקָא וַהֲוָה סָלְקָא דַעְתָּךְ לְמִיפְשַׁט הַאי בִּכְלַל קֹומֶץ הוּא אוֹ בִּכְלַל שִׁירַייִם וַהֲדַר פָּשְׁטָה דְּסָפֵק הוּא וְאֵינוֹ בָּא לַחֲזֹור וְלִפְשׁוֹט הַבַּעְיָא אִי וַדַּאי קֹומֶץ אִי וַדַּאי שִׁירַייִם אֶלָּא בְּוַדַּאי סָפֵק הוּא וְאֵין אָדָם יָכוֹל לְעוֹלָם לַעֲמֹוד עָלָיו אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי דְּמֵעִיקָּרָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ אִי טִיבְלָא הָוֵי כִּדְמֵעִיקָּרָא אִי סָפֵק הָוֵי סָפֵק קֹומֶץ סָפֵק שִׁירַיִים אִי טִיבְלָא הָוֵי כְּמוֹ מַרְבֶּה בַּמַּעַשְׂרוֹת דְּאָמַר (קִדּוּשִׁין דַּף נא.) פֵּירוֹתָיו מְתֻוקָּנִין וּמְעֻשְּׂרוֹתָיו מְקֻולְקָלוֹת דְּכָל מַאי דְּשָׁקִיל טְפֵי מִדִּינֵיהּ וְאֵינוֹ נִרְאֶה בַּחוּץ בְּדַעְתֵּיהּ דְּכֹהֵן תַּלְיָא מִילְּתָא וְאֵין דַּעְתּוֹ שֶׁיְּהֵא קֹומֶץ אֶלָּא דְּגַוַּאי וּמַה שֶׁנִּשְׁאַר בַּכְּלִי וּמַאי דְּבִרְאִי לֶהֱווֹ שִׁירַיִים אֲבָל דְּבֵינֵי בֵּינֵי טִיבְלָא הָוֵי כִּדְמֵעִיקָּרָא קֹודֶם קְמִיצָה אוֹ דִּילְמָא פְּשִׁיטָא דְּטִיבְלָא לָא הָוֵי אֶלָּא סָפֵק אוֹ קֹומֶץ אוֹ שִׁירַייִם הֲדַר פְּשָׁטָהּ דְּסָפֵק הוּא וְנָפְקָא מִינָּהּ אִי טִיבְלָא הָוֵי אִם נִתְעָרֵב בְּחֻולִּין שֶׁבָּעֲזָרָה הַנֶּאֱכָל עִם הַמִּנְחָה כִּדְאָמַר בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כא:) יֹאכְלוּ שֶׁיֹּאכְלוּ עִמָּהּ חֻולִּין כְּדֵי שֶׁתְּהֵא נֶאֱכֶלֶת עַל הַשֹּׂובַע לָא בְּטִיל וְטָבַל בְּמַשֶּׁהוּ וְאִי סְפֵיקָא הָוֵי בְּטִיל:
Je ne sais pas ce que veut dire il a ensuite tranché : dès le départ déjà, lorsqu'il posait la question, c'était un doute ! On peut peut-être dire qu'au départ il hésitait et qu'on pouvait penser trancher que cela relève du kometz ou bien des cherayim, puis il a tranché que c'est un doute -- il ne vient donc pas trancher à nouveau si c'est assurément du kometz ou assurément des cherayim, mais affirmer que c'est assurément un doute et que nul ne pourra jamais en décider. Ou bien il me semble qu'au départ il demandait si cela reste tevel comme auparavant, ou si c'est un doute -- doute de kometz, doute de cherayim. Que ce soit tevel serait comparable à celui qui prélève trop de maasserot, dont on dit (Kidouchin 51a) : ses fruits sont en règle et ses dîmes sont gâtées ; car tout ce qu'il prend au-delà de son dû et qui n'apparaît pas au-dehors dépend de l'intention du cohen, et son intention n'est pas que ce soit du kometz sinon ce qui est du côté intérieur ; ce qui reste dans le récipient et ce qui est du côté extérieur seraient des cherayim, mais ce qui est exactement entre-deux resterait tevel comme avant la kemitsa. Ou bien, peut-être, il est évident que ce n'est pas du tevel mais seulement un doute : ou du kometz ou des cherayim -- et il a ensuite tranché que c'est un doute. La nafka mina : si c'était du tevel et que cela se mélangeait à du houlin de la azara qui se mange avec l'offrande -- comme il est dit dans Hakometz rabba (Menahot 21b) : ils mangeront, c'est-à-dire qu'ils mangent avec elle du houlin afin qu'elle soit mangée à satiété --, cela ne serait pas annulé, car le tevel interdit en quantité infime (be-machehou) ; tandis que si c'est un doute, cela est annulé.
💡 Explication

La résolution est inhabituelle : elle ne tranche pas le fond, elle tranche le statut du doute. Yehochoua ben Ouzaa ne dit pas que la bande intermédiaire est du kometz ni qu'elle est des cherayim -- il dit qu'elle est irréductiblement safek, et que personne n'en décidera.

Tossefot bute précisément là-dessus : hadar pachta, il a tranché -- mais tranché quoi ? C'était déjà un doute quand il posait la question. Deux lectures sont proposées. Soit la question portait sur l'espoir de trancher, et la réponse est qu'il faut y renoncer. Soit -- et c'est la lecture riche -- la question était de savoir si cette farine reste tevel, non prélevée, parce que l'intention du cohen ne l'a jamais visée ; auquel cas elle ne serait pas annulée dans un mélange, le tevel interdisant be-machehou. La réponse que c'est un simple safek la rend au contraire annulable.

4
הֵיכִי עֲבִיד? אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: מַקְטִיר קֹומֶץ לְחוֹדֵיהּ תְּחִלָּה, וַהֲדַר בֵּין הַבֵּינַיִם. דְּאִי אָמְרַתְּ בֵּין הַבֵּינַיִם בְּרֵישָׁא — דִּילְמָא שִׁירַיִם נִינְהוּ וְהָווּ לְהוּ שִׁירַיִם שֶׁחָסְרוּ בֵּין קְמִיצָה [לְהַקְטָרָה], וְאָמַר מַר: שִׁירַיִם שֶׁחָסְרוּ בֵּין קְמִיצָה לְהַקְטָרָה אֵין מַקְטִירִין עֲלֵיהֶן אֶת הַקּוֹמֶץ.

Comment fait-il donc ? Rabbi Hanina a dit : il fait fumer le kometz seul d'abord, et ensuite ce qui était entre les doigts.

Car si tu disais qu'il fait fumer d'abord ce qui était entre les doigts -- peut-être sont-ce des cherayim, et ils se trouveraient être des cherayim qui ont diminué entre la kemitsa et la haktara (la combustion) ; or le Maître a dit : des cherayim qui ont diminué entre la kemitsa et la haktara, on ne fait pas fumer le kometz à leur sujet.

📜 Rachi (3)
דְּאָמַר מַר בִּמְנָחוֹת בפ"ק (דַּף ט.):
Dans Menahot, au premier chapitre (9a).
שֶׁחָסְרוּ שֶׁנִּתְפַּזְּרוּ מֵהֶן:
Qu'il s'en est dispersé une partie.
אֵין מַקְטִירִין כו' דְּתַנְיָא (מְנָחוֹת דַּף ט.) מִן הַמִּנְחָה פְּרָט לְשֶׁחָסְרָה הִיא אוֹ שֶׁחָסֵר קֻומְצָהּ:
Car il est enseigné (Menahot 9a) : de l'offrande -- à l'exclusion de celle qui a diminué, ou dont le kometz a diminué.
🗂️ Tossefot (1)
וְאָמַר מָר שִׁירַייִם שֶׁחָסְרוּ בֵּין קְמִיצָה לְהַקְטָרָה אֵין מַקְטִירִין עֲלֵיהֶן אֶת הַקּוֹמֶץ וְאַפֵּי' רַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר פּ"ק דִמְנָחוֹת (דַּף ט.) מַקְטִיר קֹומֶץ עֲלֵיהֶן מוֹדֶה הוּא דְּאוֹתָם שִׁירַייִם אֲסוּרִים בַּאֲכִילָה כִּדְיָלֵיף הָתָם מִקְּרָא וְהָכִי קָאָמַר אֵין מַקְטִירִין עֲלֵיהֶן כְּלוֹמַר אֵין מַקְטִירִין בִּשְׁבִילָן אֶת הַקֹּומֶץ כְּדֵי לְהַתִּירָן בַּאֲכִילָה וּלְהָכִי שְׁנֵי בְּלִישָּׁנֵיהּ דְּהָתָם קָאָמַר אֵין מַקְטִירִין קֹומֶץ עֲלֵיהֶן דִּסְמִיךְ לְשׁוֹן הַקְטָרָה אֵצֶל הַקֹּומֶץ דְּעִיקַּר הַקְטָרָה דְּהָתָם בִּשְׁבִיל קֹומֶץ הִיא וְהָכָא יֵשׁ בְּרוֹב סְפָרִים אֵין מַקְטִירִין עֲלֵיהֶן כו' וּלְהָכִי קָאָמַר דְּלָא לַקְּטִיר בֵּין הַבֵּינַיִם בְּרֵישָׁא דא"כ מַפְסִיד לְהוּ לַשִּׁירַיִים מֵאֲכִילָה:
Même Rabbi Yo'hanan, qui dit au premier chapitre de Menahot (9a) qu'on fait fumer le kometz pour eux, reconnaît que ces cherayim-là sont interdits à la consommation, comme on le déduit là-bas d'un verset. Et voici le sens de on ne fait pas fumer pour eux : on ne fait pas fumer le kometz à cause d'eux, c'est-à-dire afin de les rendre permis à la consommation. C'est pourquoi la formulation change : la-bas il est dit on ne fait pas fumer le kometz pour eux, accolant le terme de haktara au kometz, car l'essentiel de la haktara y est pour le kometz ; ici, la plupart des livres portent on ne fait pas fumer pour eux, etc. Et c'est pour cela qu'il dit de ne pas faire fumer d'abord ce qui est entre les doigts : car alors il ferait perdre aux cherayim leur consommation.
💡 Explication

Heikhi avid : la question passe de la théorie à la pratique. Un doute qu'on ne peut pas trancher doit quand même être exécuté aujourd'hui, sur cet autel. Rabbi Hanina fixe donc un ordre.

Le raisonnement est négatif : il élimine l'ordre inverse. Faire brûler l'entre-deux en premier, c'est risquer de dissiper des cherayim avant que le kometz ne soit monté. Or une offrande dont les restes ont diminué dans cet intervalle n'est plus rachetable : le kometz ne se brûle plus pour eux, et les cherayim restent interdits à la consommation. Brûler le kometz d'abord met le principal à l'abri.

5
אִי הָכִי, הַשְׁתָּא נָמֵי אִיקְּרִי כָּאן: כֹּל שֶׁמִּמֶּנּוּ לָאִשִּׁים — הֲרֵי הוּא בְּבַל תַּקְטִירוּ.

S'il en est ainsi, maintenant aussi on devrait appliquer ici : tout ce dont une part a été donnée aux feux de l'autel tombe sous l'interdit de vous n'en ferez pas fumer.

📜 Rachi (1)
כֹּל שֶׁמִּמֶּנּוּ לָאִשִּׁים מֵאַחַר שֶׁנָּתַתָּ לָאֵשׁ כָּל מִשְׁפָּטוֹ הֲרֵי הַשִּׁירַייִם בְּבַל תַּקְטִירוּ דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ב) לֹא תַקְטִירוּ מִמֶּנּוּ אִשֶּׁה לַה' לֹא תַקְטִירוּ דָּבָר שֶׁנִּיתַּן מִמֶּנּוּ לָאֵשׁ:
Dès lors que tu as donné au feu tout ce qui lui revient de droit, les cherayim tombent sous vous n'en ferez pas fumer, ainsi qu'il est écrit (Lévitique 2) : vous n'en ferez pas fumer un sacrifice par le feu pour l'Éternel -- vous ne ferez pas fumer une chose dont une part a déjà été donnée au feu.
💡 Explication

L'ordre choisi par Rabbi Hanina n'est pas gratuit non plus : il crée son propre problème. Une fois le kometz monté, l'offrande a rempli son dû envers le feu -- et dès lors kol chemimenou la-ichim harei hou be-bal taktirou : tout ce qui reste d'elle devient interdit à l'autel. Brûler ensuite l'entre-deux, si ce sont des cherayim, c'est transgresser un interdit de la Tora (Lévitique 2,11).

Le doute n'est donc pas seulement embarrassant : il rend chacune des deux options fautive. C'est cette impasse que les deux réponses suivantes viennent lever.

🖼️ Schéma
Kol chemimenou la-ichim harei hou be-bal taktirou Une offrande qui a déjà donné sa part au feu ferme l'autel à tout son reste. Le kometz est monté l'offrande a rempli son dû : une part d'elle est allée au feu Tout le reste est verrouillé lo taktirou mimenou iche la-Chem Lévitique 2,11 -- interdit positif Conséquence pour notre doute : brûler l'entre-deux APRÈS le kometz c'est peut-être brûler des cherayim -- donc transgresser bal taktirou Sortie : ne pas le monter comme offrande, mais lechem etsim le bois de l'autel n'est pas un iche -- l'interdit ne le touche pas
Bal taktirou : dès qu'une part de l'offrande a été donnée au feu, tout le reste devient interdit à l'autel -- ce qui condamne aussi l'ordre retenu par Rabbi Hanina.
6
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי: דְּמַקְטֵיר לֵיהּ לְשׁוּם עֵצִים, כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״לְרֵיחַ נִיחוֹחַ״ אִי אַתָּה מַעֲלֶה, אֲבָל אַתָּה מַעֲלֶה לְשׁוּם עֵצִים.

Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi a dit : il le fait fumer au titre de bois, selon Rabbi Eliezer. Car il est enseigné : Rabbi Eliezer dit -- en parfum agréable (le-reah nihoah) tu n'en fais pas monter, mais tu en fais bien monter au titre de bois.

📜 Rachi (2)
דְּמַקְטֵיר לֵיהּ לְשׁוּם עֵצִים דְּמַתְנֶה וְאוֹמֵר אִי שִׁירַייִם נִינְהוּ הֲרֵי הֵן כִּשְׁאָר עֵצִים:
Car il pose une condition et dit : si ce sont des cherayim, qu'ils soient comme le reste du bois.
כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דִּפְלִיג בְּמַס' זְבָחִים (דַּף עז:) בְּאֵיבְרֵי חַטָּאת שֶׁהֵן שִׁירַיִים מֵאַחַר שֶׁהֻוקְטְרוּ אֵימוּרִים וְנִתְעָרְבוּ אֵיבְרֵי חַטָּאת בְּאֵיבְרֵי עוֹלָה שֶׁהֵן כָּלִיל ר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר יִתֵּן הַכֹּל לְמַעְלָה וְרוֹאֶה אֲנִי אֶת בְּשַׂר חַטָּאת לְמַעְלָה כְּאִילּוּ הֵן עֵצִים וְיָלֵיף טַעְמָא מֵהַאי קְרָא וְאֶל הַמִּזְבֵּחַ לֹא יַעֲלוּ וְגוֹ' בָּתְרֵיהּ דְּהַאי קְרָא לֹא תַקְטִירוּ מִמֶּנּוּ כְּתִיב:
Il est en désaccord, dans le traité Zevahim (77b), au sujet des membres d'un hatat, qui sont des restes une fois que les emourim ont été brûlés, et qui se sont mélangés à des membres d'une ola, laquelle est entièrement consumée. Rabbi Eliezer dit : qu'il monte le tout en haut, et je considère la chair du hatat qui est en haut comme si c'était du bois. Il en tire la raison de ce verset : et sur l'autel ils ne monteront pas, etc. -- car ce verset vient après celui de vous n'en ferez pas fumer.
💡 Explication

La sortie est une tenai, une condition mentale au moment de l'acte : si ce sont des cherayim, que ceci soit du simple bois de l'autel. L'interdit de bal taktirou ne vise que ce qu'on monte comme iche, comme sacrifice ; ce qui est monté comme combustible n'entre pas dans sa définition.

Cette manœuvre suppose la position de Rabbi Eliezer, qui l'a formulée ailleurs (Zevahim 77b) : quand des membres d'un hatat -- devenus restes une fois les emourim brûlés -- se mélangent à des membres d'une ola entièrement consumée, il fait tout monter et considère la chair du hatat comme du bois.

7
הָנִיחָא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, אֶלָּא לְרַבָּנַן מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אָמַר רַב מָרִי: דְּקָמְצִי שְׁמִינִי. הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָמֵי לְכַתְּחִילָּה דְּקָמְצִי שַׁמִּינֵי.

Cela va bien selon Rabbi Eliezer ; mais selon les Sages, que peut-on dire ? Rav Mari a dit : ce sont des cohanim gras qui font la kemitsa.

Maintenant que tu en es venu là, même selon Rabbi Eliezer, il faut à priori que ce soient des gras qui fassent la kemitsa.

📜 Rachi (2)
דְּקָמְצִי שְׁמִינִי כֹּהֲנִים שְׁמֵינִים שֶׁבְּשַׂר אֶצְבְּעוֹתֵיהֶן בּוֹלֵט וְדוֹחֵק זֶה לְתוֹךְ זֶה וְאֵין שָׁם בֵּין הַבֵּינַיִים:
Des cohanim gras, dont la chair des doigts fait saillie et se presse d'un doigt dans l'autre, si bien qu'il n'y a là aucun entre-deux.
לֵר' אֱלִיעֶזֶר נָמֵי לְכַתְּחִילָּה דְּקָמְצִי שַׁמִּינֵי שֶׁלֹּא הִתִּיר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְהַעֲלוֹת שִׁירַיִים לְשֵׁם עֵצִים אֶלָּא מִפְּנֵי תַּעֲרֹובֶת אִיבְרֵי עוֹלָה שֶׁלֹּא יֵצְאוּ לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה כִּדְקָאָמְרִי רַבָּנָן:
Car Rabbi Eliezer n'a permis de faire monter des cherayim au titre de bois qu'à cause du mélange avec les membres de la ola, pour qu'ils ne partent pas au lieu de crémation, comme le disent les Sages.
💡 Explication

La condition lechem etsim n'est disponible que pour Rabbi Eliezer ; les Rabbanan la rejettent, et le problème revient intact. Rav Mari change alors de registre : au lieu de résoudre le doute, il l'empêche de naître. Qu'on confie la kemitsa à un cohen gras -- la chair des doigts fait saillie, les doigts se pressent l'un contre l'autre, et il n'y a plus d'entre-deux du tout.

Le renversement final -- hachta de-atit lehakhi -- est significatif : même Rabbi Eliezer, qui dispose d'une porte de sortie, la préfère fermée. Rachi en donne la raison : sa permission ne concernait qu'une situation subie, un mélange de membres qu'il fallait bien traiter ; elle ne légitime pas qu'on entre volontairement dans un doute qu'on pouvait éviter.

🖼️ Schéma
Heikhi avid : le piège de l'ordre de combustion, et ses deux sorties Quel que soit l'ordre choisi, un interdit menace. La guemara ferme une porte, puis en ouvre deux autres. ORDRE A -- l'entre-deux D'ABORD je brûle le bein habeinayim, puis le kometz si c'étaient des cherayim, je viens de les faire disparaître entre kemitsa et haktara -> on ne fait plus fumer le kometz pour eux ORDRE B -- le kometz D'ABORD je brûle le kometz seul, puis le bein habeinayim mais si c'étaient des cherayim, l'offrande a déjà donné sa part au feu -- kol chemimenou la-ichim -> interdit de bal taktirou l'ordre B est le bon -- reste à neutraliser SON problème Deux réponses, l'une conditionnelle, l'autre préventive RÉPONSE 1 -- lechem etsim R. Yehouda fils de R. Chimon ben Pazi il pose une condition en brûlant : si ce sont des cherayim, que ce soit du simple BOIS appui : Rabbi Eliezer -- le-reah nihoah tu n'en fais pas monter, mais lechem etsim, oui limite : ne marche pas selon les Rabbanan RÉPONSE 2 -- de-kamtsei chemini Rav Mari ce sont des cohanim GRAS qui font la kemitsa : leurs doigts charnus se pressent l'un contre l'autre il n'y a plus d'entre-deux du tout le doute n'est pas résolu : il est empêché de naître retenu même pour R. Eliezer -- lekhathila Renversement final : hachta de-atit lehakhi même R. Eliezer, qui a une porte de sortie, préfère qu'on choisisse un cohen gras d'avance -- sa permission ne visait que le cas subi (mélange d'organes), non le doute qu'on pouvait éviter.
Les deux issues comparées : la condition de Rabbi Eliezer résout le doute après coup, la prévention de Rav Mari le supprime en amont -- et c'est celle-là qui l'emporte lekhathila.
8
(בֵּין הַבֵּינַייִם, פָּשַׁט, וּמָחַץ, וּפִזֵּר, וְחָשַׁב, בַּחֲפִינַת חֲבֵירוֹ — סִימָן). בָּעֵי רַב פָּפָּא: בֵּין הַבֵּינַיִם שֶׁל מְלֹא חָפְנָיו מַהוּ? מַאי קָא מִבַּעְיָא לֵיהּ? אִי גָּמַר ״מָלֵא״ ״מָלֵא״ מֵהָתָם — הַיְינוּ הָךְ!

(Bein habeinayim, pachat, oumahats, oufizer, vehichev, ba-hafinat, havero -- signe mnémotechnique.) Rav Papa a demandé : l'entre-deux des doigts dans le cas de ses pleines mains d'encens, quel est son statut ? -- Que demande-t-il donc ? S'il tire la guezera chava de mélo / mélo de là-bas, c'est exactement la même chose !

📜 Rachi (2)
אִי גָּמַר מְלֹא מְלֹא מַה קֹומֶץ בֵּירוּצוֹ אֵינוֹ נִקְטָר אַף חֲפִינָה בֵּירוּצֶיהָ פְּסוּלִין:
De même que le débordement du kometz n'est pas fait fumer, de même les débordements de la hafina sont invalides.
הַייְנוּ הָךְ דְּבָעֵינַן לְעֵיל מַהוּ שֶׁיַּעֲשֶׂה מִדָּה לַחֲפִינָה דְּהָנֵי תַּרְוַיְיהוּ חֲדָא טַעְמָא הוּא דְּבֵירוּצִין וּמִדָּה לַקֹּומֶץ מִקֻּומְצוֹ נָפְקָא לָן כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל בְּקֻומְצוֹ שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה מִדָּה לַקֹּומֶץ וְגַבֵּי בֵּירוּצִין נָמֵי תְּנֵינָא לְעֵיל יָכוֹל מְבֹורָץ ת"ל בְּקֻומְצוֹ וְאִי אֶיפְשַׁט לָן דְּמַייְתִינַן לַחֲפִינָה דְּרָשָׁה דִּבְקֻומְצוֹ בִּגְזֵירָה שָׁוָה כְּאִילּוּ כְּתִיב בְּחָפְנָיו תַּרְוַיְיהוּ מִיפַּשְׁטִי מִינָּהּ:
C'est la question posée plus haut : peut-on fabriquer une mesure pour la hafina ? Car ces deux points n'ont qu'une seule et même raison : les débordements, comme la mesure pour le kometz, se déduisent de be-koumtso, ainsi que nous l'avons dit plus haut -- be-koumtso : qu'il ne fabrique pas de mesure pour le kometz ; et pour les débordements aussi nous avons appris plus haut : on aurait pu croire même débordant, le verset dit be-koumtso. Or si nous tranchons que l'on transporte à la hafina la deracha de be-koumtso par guezera chava, comme s'il était écrit be-hofnav, les deux questions se trouvent tranchées du même coup.
💡 Explication

Un siman, une chaîne de mots-clés qui sert d'index aux questions à venir, marque l'ouverture d'une nouvelle série. Rav Papa transpose la question du bein habeinayim de la kemitsa à la hafina, la prise d'encens à deux mains de Yom Kippour.

La guemara objecte aussitôt : la question n'a pas d'espace propre. Le mot mélo figure des deux côtés -- mélo koumtso pour la poignée, mélo hofnav pour les mains --, ce qui autorise une guezera chava. Si on l'accepte, la réponse est transportée telle quelle depuis la kemitsa ; si on la refuse, sur quoi la question s'appuierait-elle ? Rachi précise l'enjeu : c'est le même verset be-koumtso qui exclut à la fois les débordements et la fabrication d'une mesure calibrée.

9
רַב פָּפָּא הָכִי בָּעֵי לֵיהּ: ״מְלֹא חָפְנָיו וְהֵבִיא״ בָּעֵינַן — וְהָא אִיכָּא, אוֹ דִּילְמָא: ״וְלָקַח״ ״וְהֵבִיא״ בָּעֵינַן — וְהָא לֵיכָּא? תֵּיקוּ.

Rav Papa posait ainsi sa question : exigeons-nous ses pleines mains... et il apportera -- et cela est bien réalisé ; ou peut-être exigeons-nous et il prendra... et il apportera -- et cela n'est pas réalisé ? Teikou (la question reste sans réponse).

📜 Rachi (2)
רַב פָּפָּא הָכִי בָּעֵי לְהָא בְּלֹא גְּזֵירָה שָׁוָה דִּמְלֹא מָלֵא אִיכָּא לְמִיבַּעְיָא לְהָא אִי נָמֵי לָא מַייְתֵי בְּחָפְנָיו לְגַבֵּי חֲפִינָה אֲבָל הַהִיא דִּלְעֵיל לַעֲשׂוֹת מִדָּה לַחֲפִינָה לֵיכָּא לְמִיבַּעְיָא אֶלָּא מִגְּזֵירָה שָׁוָה דְּמוֹלְקָחַ לָא שָׁמְעִינַן שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה מִדָּה לַקֹּומֶץ דִּלְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר שְׁמָהּ לְקִיחָה בְּמַסֶּכֶת סֻוכָּה (דַּף לז.):
Cette question-ci peut se poser sans la guezera chava de mélo / mélo, et même si l'on n'applique pas be-hofnav à la hafina. Mais celle de plus haut -- fabriquer une mesure pour la hafina -- ne peut se poser que par la guezera chava ; car de ou-lakah nous n'apprenons pas qu'il ne doit pas fabriquer de mesure pour le kometz, puisqu'une prise faite par l'intermédiaire d'un autre objet est bien appelée une prise (traité Souka 37a).
וְהָא לֵיכָּא שֶׁמֵּאֵילָיו נִכְנַס לְבֵין הַבֵּינַיִם וְהוּא לֹא נִתְכַּוֵּון:
Car cela est entre de soi-même entre les doigts, sans qu'il en ait eu l'intention.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא רַב פָּפָּא הָכִי קָא מִבַּעְיָא לֵיהּ מְלֹא חָפְנָיו אֲמַר רַחֲמָנָא פִּי' את"ל דְּגַבֵּי קֹומֶץ פָּסוּל מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְקָמַץ הַכֹּהֵן וְלֹא בֵּין הַבֵּינַיִם דְּלָאו כֹּהֵן קֹומֶץ אֶלָּא מִמֵּילָא עָייֵל לְהָתָם אֲבָל בַּחֲפִינָה לָא כְּתִיב וְלָקַח מְלֹא חָפְנָיו אֶלָּא מְלֹא חָפְנָיו דְּמַשְׁמַע אַפֵּי' בָּא מִמֵּילָא לְתוֹךְ חָפְנָיו דִּקְרָא וְלָקַח גַּבֵּי גֶּחָלִים כְּתִיב וְלָא אַקְּטֹרֶת אוֹ דִילְמָא וְלָקַח וְהֵבִיא כְּלוֹמַר וְלָקַח דְּרֵישֵׁיהּ דִּקְרָא קָאֵי נָמֵי אַקְּטֹרֶת כְּמוֹ אַגֶּחָלִים:
Explication : même si tu dis que pour le kometz c'est invalide parce qu'il est écrit et le cohen prendra une poignée -- et non l'entre-deux des doigts, ou ce n'est pas le cohen qui puise mais la farine qui y entre d'elle-même --, pour la hafina il n'est pas écrit et il prendra ses pleines mains, mais seulement ses pleines mains, ce qui suggère que même ce qui vient de soi-même dans ses mains convient, car le verset et il prendra est écrit à propos des braises et non de l'encens. Ou bien, peut-être, et il prendra... et il apportera : c'est-à-dire que le et il prendra du début du verset porte aussi sur l'encens, comme il porte sur les braises.
💡 Explication

La guemara dégage un espace propre à la question, indépendant de la guezera chava. Tout tient à la syntaxe du verset (Lévitique 16,12). Si la Tora n'exige que le résultat -- mélo hofnav ve-hevi, que ses mains soient pleines au moment où il entre --, l'encens venu de lui-même entre les doigts compte, puisque les mains sont effectivement pleines.

Mais si le ve-lakah du début du verset porte aussi sur l'encens, alors la prise et l'apport doivent avoir la même qualité : ce qui n'a pas été pris intentionnellement ne peut pas être apporté. Tossefot ajoute l'observation décisive : pour la kemitsa il est écrit ve-kamats ha-cohen, un acte du cohen ; pour la hafina le verbe de prise est écrit à propos des braises, pas de l'encens. La question reste ouverte : teikou.

10
אָמַר רַב פָּפָּא: פְּשִׁיטָא לִי מְלֹא קֻומְצוֹ כִּדְקָמְצִי אִינָשֵׁי. בָּעֵי רַב פָּפָּא: קָמַץ בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו, מַהוּ?

Rav Papa a dit : il m'est évident que sa pleine poignée se fait comme les gens font une poignée. Rav Papa a demandé : s'il a fait la kemitsa du bout des doigts, quel est le statut ?

📜 Rachi (2)
כִּדְקָמְצִי אִינָשֵׁי צִידּוֹ שֶׁל אֶצְבְּעוֹתָיו לְמַטָּה:
Le côté de ses doigts vers le bas.
בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו פַּס יָדוֹ לְמַטָּה וְתָחַב אֶצְבְּעוֹתָיו בַּסֹּלֶת וְקָמַץ קֹומֶץ שָׁלֵם עַד שֶׁמִּילֵּא כָּל אֹורֶךְ פַּס יָדוֹ:
La paume de sa main vers le bas ; il a enfoncé ses doigts dans la fleur de farine et a pris une poignée entière, jusqu'à remplir toute la longueur de sa paume.
🗂️ Tossefot (1)
קָמַץ בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו מַהוּ לָאו הַייְנוּ כְּמוֹ הַהוּא דִּלְעֵיל יָכוֹל אַפֵּי' בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו דְּהַהוּא דִּלְעֵיל הַייְנוּ שֶׁאֵין לוֹ סֹלֶת אֶלָּא בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וְהָכָא בָּעֵי לְמֵימַר שֶׁהִתְחִיל לִקְמֹוץ בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וְנוֹטֵל סֹלֶת כָּל כָּךְ עַד שֶׁחוֹפֶה אֶצְבְּעוֹתָיו עַל פַּס יָדוֹ:
Ce n'est pas la même chose que le cas de plus haut, on aurait pu croire même du bout des doigts. Car là-bas il s'agit du cas où il n'a de fleur de farine que sur le bout des doigts, tandis qu'ici il veut dire qu'il a commencé à puiser du bout des doigts et prend assez de farine pour finir par rabattre ses doigts sur la paume.
💡 Explication

Nouvelle série, sur la forme du geste et non plus sur son contenu. Rav Papa pose d'abord un acquis : ke-de-kamtsei inchei, comme les gens saisissent une poignée -- le côté des doigts tourné vers le bas, on descend dans la farine et on referme sur la paume. C'est la norme, et elle n'est pas discutée.

Puis vient l'écart : main retournée paume vers le bas, doigts plantés dans la farine, et il remplit ainsi toute la longueur de la paume. Tossefot prévient une confusion : il ne s'agit pas du cas déjà rencontré plus haut, où la farine ne se trouve que sur le bout des doigts et où la poignée est donc insuffisante. Ici la quantité est pleine ; seul le mouvement diffère.

🖼️ Schéma
Ke-de-kamtsei inchei : la position normale de la main NORME le côté des doigts vers le bas il descend et referme sur la paume ÉCART 1 -- bout des doigts paume vers le bas il plante les doigts puis rabat -- teikou ÉCART 2 -- de bas en haut dos de la main vers le bas il remonte la farine vers la paume -- teikou
La norme et deux de ses écarts : la position ordinaire de la main, puis la prise du bout des doigts et la prise de bas en haut -- toutes deux laissées en teikou.
11
מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה, מַהוּ? מִן הַצְּדָדִין, מַהוּ? תֵּיקוּ.

De bas en haut, quel est le statut ? Par les côtés, quel est le statut ?

Teikou.

📜 Rachi (1)
מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה שֶׁהָפַךְ גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וְהֶעֱלָה הַקֹּומֶץ בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו לְתוֹךְ פַּס יָדוֹ:
Il a retourné le dos de sa main vers le bas et a fait monter la poignée du bout des doigts vers sa paume.
🗂️ Tossefot (1)
מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה מַהוּ פרש"י שֶׁהִכְנִיס רָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו בַּסֹּלֶת וְגַב יָדוֹ כְּנֶגֶד הַקֶּמַח וְקָמַץ וְאֵין זֶה בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו דְּקָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ מֵעִיקָּרָא דְּהַהוּא הָוֵי פֵּירוּשׁ שֶׁקָּמַץ בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וּפַס יָדוֹ כְּנֶגֶד הַקֶּמַח:
Rachi explique qu'il a introduit le bout de ses doigts dans la fleur de farine, le dos de la main face à la farine, et a puisé ; et ce n'est pas le cas du bout des doigts qu'il demandait au départ, car celui-là se comprend comme une kemitsa du bout des doigts, la paume face à la farine.
💡 Explication

Deux écarts supplémentaires, également laissés sans réponse. Mi-lemata le-maala : le dos de la main tourné vers le bas, il fait remonter la farine du bout des doigts vers la paume. Min ha-tsedadin : il promène le dos de la main en la pressant, sans plonger les doigts, et la farine s'introduit d'elle-même dans la paume en passant entre les doigts.

Tossefot tient à distinguer ce cas du précédent, malgré la description de Rachi : dans la question du bout des doigts, la paume faisait face à la farine ; ici c'est le dos de la main. Le verdict est le même -- teikou -- mais les cas ne se confondent pas.

12
אָמַר רַב פָּפָּא: פְּשִׁיטָא לִי ״מְלֹא חָפְנָיו״ כִּדְחָפְנִי אִינָשֵׁי. בָּעֵי רַב פָּפָּא: חָפַן בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו, מַהוּ? מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה, מַהוּ? מִן הַצַּד, מַהוּ? חָפַן בְּזוֹ וּבָזוֹ וְקֵרְבָן זוֹ אֵצֶל זוֹ, מַהוּ? תֵּיקוּ.

Rav Papa a dit : il m'est évident que ses pleines mains se fait comme les gens remplissent leurs mains. Rav Papa a demandé : s'il a rempli ses mains du bout des doigts, quel est le statut ?

De bas en haut, quel est le statut ? Par le côté, quel est le statut ?

S'il a rempli celle-ci et celle-là, puis les a rapprochées l'une de l'autre, quel est le statut ? Teikou.

📜 Rachi (2)
כִּדְחָפְנִי אִינָשֵׁי חֻודָּהּ שֶׁל פַּס הַיָּד לְמַטָּה:
La tranche de la paume vers le bas.
מִן הַצַּד כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ הַקּוֹמְצִין גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וְלֹא תָּחַב אֶצְבְּעוֹתָיו בַּסֹּלֶת אֶלָּא מוֹלִיךְ עָל גַּב יָדוֹ בְּדֹוחַק וְהַסֹּלֶת נִכְנָס בְּפַס יָדוֹ דֶּרֶךְ אֶצְבְּעוֹתָיו:
C'est-à-dire pas à la manière de ceux qui puisent : le dos de sa main vers le bas, sans enfoncer ses doigts dans la fleur de farine, mais en promenant le dos de sa main en la pressant, si bien que la farine entre dans sa paume en passant entre ses doigts.
🗂️ Tossefot (1)
חָפַן בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו מַהוּ אֵין לְהַקְשׁוֹת כֵּיוָן דִּכְבָר אִיבַּעְיָא לַן גַּבֵּי קְמִיצָה מַאי הָדַר תּוּ מִבַּעְיָא לֵיהּ בַּחֲפִינָה הַייְנוּ הָךְ כִּדְפָרִיךְ לְעֵיל וְי"ל דִּפְשִׁיטָא גּוּף הַחֲפִינָה וְהַקְּמִיצָה אֵינָם שָׁווּ לְהָדְדִי דְּהַאי כִּדְקָמְצִי אִינָשֵׁי וְהַאי כִּדְחָפְנִי אִינָשֵׁי וּלְהָכִי הָדַר תּוּ מִיבַּעְיָא לֵיהּ אַפֵּי' את"ל דֶּרֶךְ קְמִיצָה בְּכָךְ אוֹ אֵין דֶּרֶךְ קְמִיצָה בְּכָךְ דֶּרֶךְ חֲפִינָה בְּכָךְ אוֹ לֹא:
Il ne faut pas objecter : puisque la question a déjà été posée au sujet de la kemitsa, pourquoi la reposer pour la hafina -- c'est la même chose, comme la guemara l'a objecté plus haut ! On peut répondre qu'il est évident que la hafina et la kemitsa ne sont pas identiques dans leur forme même : l'une se fait comme les gens font une poignée, l'autre comme les gens remplissent leurs mains. C'est pourquoi il repose la question : même si tu dis que telle est, ou n'est pas, la manière de la kemitsa, est-ce la manière de la hafina ou non ?
💡 Explication

Rav Papa reprend la série entière pour la hafina, avec le même acquis de départ -- ke-de-hafnei inchei, la tranche de la paume tournée vers le bas -- et les mêmes trois écarts, auxquels il ajoute un quatrième qui n'a pas d'équivalent dans la kemitsa : remplir chaque main séparément, puis les joindre.

Tossefot répond à l'objection prévisible, celle-là même que la guemara avait lancée plus haut (heinou hakh) : pourquoi reposer des questions déjà posées ? Parce que la norme de référence n'est pas la même. La kemitsa se mesure sur la manière ordinaire de saisir une poignée, la hafina sur la manière ordinaire de remplir ses deux mains. Trancher qu'un mouvement s'écarte de l'une ne dit rien de l'autre. Tout reste en teikou.

🖼️ Schéma
Les quatre questions de Rav Papa sur le GESTE -- et pourquoi il les pose deux fois Un seul point est acquis : ke-de-kamtsei / ke-de-hafnei inchei, comme font les gens. Tout écart est teikou. PECHITA LI -- ce qui est évident : la mesure de la Tora, c'est le geste ordinaire d'un homme kemitsa : le côté des doigts vers le bas -- hafina : la tranche de la paume vers le bas KEMITSA -- la poignée de la minha trois doigts rabattus sur la paume 1. be-rachei etsbe'otav -- du bout des doigts paume en bas, doigts plantés dans la farine 2. mi-lemata le-maala -- de bas en haut dos de la main en bas, il remonte vers la paume 3. min ha-tsedadin -- par les côtés la farine entre d'elle-même entre les doigts TEIKOU HAFINA -- les deux mains d'encens les deux paumes jointes, Yom Kippour 1. du bout des doigts même question -- mais le geste n'est pas le même 2. de bas en haut / 3. par le côté le dos de la main promené sur la ketoret 4. hafan be-zo ou-ve-zo -- une main puis l'autre puis il les rapproche : cas propre à la hafina TEIKOU Pourquoi reposer les mêmes questions pour la hafina ? -- réponse de Tossefot La guemara elle-même avait objete plus haut : heinou hakh, c'est la même chose ! Mais la norme de référence diffère : l'une se mesure sur ke-de-kamtsei inchei, l'autre sur ke-de-hafnei inchei. Même si tu tranches ce qui est écart pour la poignée, rien ne dit que c'est un écart pour les deux mains. L'objection heinou hakh ne vaut que pour ce qui se transporte par guezera chava, pas pour la forme du geste.
Le parallélisme des deux séries et sa justification : deux normes de référence distinctes, donc deux séries de questions -- avec un quatrième cas propre à la hafina.
13
בָּעֵי

Il demande...

💡 Explication

Le amoud s'interrompt au premier mot d'une nouvelle question, qui se poursuit au début de 48a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).