Yoma 48a -- la main du Cohen Gadol : récipient de service ou simple conduit ?

Yoma 48a

Sougya : Le amoud poursuit la série de questions de Rav Papa sur les gestes de prélèvement. Deux premières portent sur le récipient : le kometz collé contre la paroi, ou contre le culot d'un kli retourné, satisfait-il seulement l'exigence d'être tokh kli, ou faut-il en plus une hanaha ke-tikkuno, un dépôt fait selon les règles ?

Double teikou. Une troisième est résolue par une beraita : les pleines mains du Cohen Gadol ne sont ni rasées ni combles, mais tefoufot -- affleurantes.

La guemara ouvre alors un détour décisif sur la kabbalat ha-dam : le sang tombé au sol avant d'avoir été reçu dans un kli est perdu, celui qui tombe d'un kli déjà rempli ne l'est pas ; la source en est ve-lakah mi-dam ha-par, lu par gor'in ou-mossifin ve-dorchin comme dam me-ha-par yekablenu, et restreint au dam ha-nefech. Ce modèle arme la question centrale du daf : si le ketoret échappe aux mains du Cohen Gadol, sa main est-elle le cou de la bête ou un kli charet ?

Teikou. Reste enfin à savoir si une ma'hchava peut invalider la hafina : guezera chava mélo / mélo avec la kemitsa, appuyée par Rav Chimi bar Achi sur la beraita de Rabbi Akiva et la chaîne tevoul yom, puis lina, puis ma'hchava -- chaîne dont Tossefot vérifie longuement que chaque maillon tient bien de-oraita.

Le fil de 48a : cinq questions, trois teikou La série de Rav Papa se poursuit. Chaque question demande si un geste approximatif reste le geste que la Tora a prescrit. 1-2. Le kometz collé à la paroi du kli, ou au dessous du kli retourné Suffit-il d'être tokh kli (dans le récipient), ou faut-il une hanaha ke-tikkuno (un dépôt fait selon les règles) ? Rav Papa, puis Mar bar Rav Achi. Aucune preuve d'un côté ni de l'autre. TEIKOU deux fois 3. Mélo hofnav : mains rasées ou mains combles ? Une beraita tranche : ni mehoukot, ni gedouchot, mais tefoufot -- pleines à ras bord sans déborder. RÉSOLU tefoufot 4-6. Détour : la kabbalat ha-dam doit se faire du cou de la bête au récipient Sang tombé au sol puis recueilli : passoul. Tombé du kli au sol : kacher. Source : ve-lakah mi-dam ha-par. Dam ha-nefech seulement. Et lecture par gor'in ou-mossifin ve-dorchin : dam me-ha-par yekablenu. DRACHA le modèle 7. Le ketoret s'échappe des mains du Cohen Gadol Sa main est-elle comme le cou de la bête -- un simple conduit, et ce qui en tombe est perdu ? Ou comme un kli charet -- un récipient, et ce qui en tombe reste valable ? TEIKOU cœur du daf 8-10. Une ma'hchava peut-elle invalider la hafina ? Guezera chava mélo / mélo avec la minha : là où la kemitsa se laisse invalider par la pensée, la hafina aussi ? Rav Chimi bar Achi apporte Rabbi Akiva : le tevoul yom invalide le tout. De là, une chaîne : tevoul yom -> lina -> ma'hchava. TA CHEMA chaîne d'inférence
Vue d'ensemble de 48a : la série de questions de Rav Papa, avec le statut de chacune.
Où le kometz doit-il se poser ? Le fond, la paroi, le dessous Le kometz exige matan kli : il est prélevé d'un premier récipient et sanctifié dans un second (Menahot 26a). Encore faut-il l'y déposer. Cas ordinaire : les choulayim la poignée repose sur le fond tokh kli : oui hanaha ke-tikkuno : oui KACHER, sans débat Collé à la dofen (paroi) question de Rav Papa tokh kli : oui, c'est bien dedans hanaha ke-tikkuno : non, rien n'est posé TEIKOU Kli retourné, sur l'arayta question de Mar bar Rav Achi le creux du culot fait office de cavité mais est-ce encore le tokh du kli ? TEIKOU Tossefot : cette seconde question manque dans la plupart des manuscrits ici, mais figure dans tous à Menahot 11a.
Les trois positions du kometz dans le récipient : le fond ne fait pas question, la paroi et le culot retourné restent en teikou.
La main du Cohen Gadol : conduit ou récipient ? La question de Rav Papa n'a de sens que parce que la guemara vient d'établir le modèle du sang. Tout se joue sur l'analogie choisie. Le modèle : ce qui n'a jamais été recueilli dans un kli est perdu ; ce qui est tombé d'un kli déjà rempli ne l'est pas. Le cou de la bête n'est pas un récipient : le sang qui le quitte sans entrer dans un kli n'a jamais acquis de statut. Côté 1 : la main = tsavar behema un simple lieu de passage. Le ketoret n'est pas encore recueilli, il est seulement tenu. hofnayim ce qui échappe tombe hors de tout statut PASSOUL Côté 2 : la main = kli charet la hafina est déjà une prise en récipient. Le ketoret y a acquis son statut. hofnayim = kli tombé d'un kli déjà rempli : on le ramasse KACHER Teikou -- et Tossefot ajoute une limite Même si la main était un kli charet, on ne ferait pas tomber l'encens à terre volontairement pour se libérer les mains. Ce que l'on ne fait pas devant un roi de chair et de sang, on ne le fait pas devant le Roi des rois des rois.
Le coeur du daf : selon l'analogie retenue, la main du Cohen Gadol conserve ou détruit le statut du ketoret qui lui échappe.
1
רַב פָּפָּא: דַּבְּקֵיהּ לְקֹומֶץ בְּדֻופְנֵיהּ דְּמָנָא, מַאי? תּוֹךְ כְּלִי בָּעֵינַן — וְהָא אִיכָּא, אוֹ דִּילְמָא: הַנָּחָה בְּתוֹכוֹ כְּתִקְנוֹ בָּעֵינַן — וְהָא לֵיכָּא. תֵּיקוּ.

Rav Papa (demanda) : s'il a collé le kometz (la poignée de farine prélevée sur la minha) contre la paroi (dofen) du récipient, quelle est la loi ? Exigeons-nous seulement qu'il soit tokh kli, à l'intérieur du récipient -- et c'est bien le cas ici ; ou peut-être exigeons-nous une hanaha, un dépôt à l'intérieur fait selon les règles -- et cela n'est pas le cas ici ?

Teikou (la question reste sans réponse).

📜 Rachi (1)
דַּבְּקֵיהּ לְקֹומֶץ בְּדֻופְנֵיהּ דְּמָנָא קיי"ל בְּמַסֶּכֶת מְנָחוֹת (דַּף כו.) שֶׁהַקֹּומֶץ טָעוּן מַתַּן כְּלִי וְקוֹמֵץ מִתּוֹךְ כְּלִי זֶה וּמְקַדְּשׁוֹ לְתוֹךְ כְּלִי אַחֵר וְאִם לֹא נְתָנוֹ בְּשׁוּלָיו וּנְתָנוֹ בְּדוֹפְנָיו וְדִבְּקוֹ מַהוּ:
Nous tenons pour établi, dans le traité Menahot (26a), que le kometz requiert matan kli (d'être placé dans un récipient de service) : le cohen prélève la poignée depuis ce récipient-ci et la sanctifie dans un autre récipient. Et s'il ne l'a pas posée sur le fond (choulayim) du récipient mais l'a mise contre sa paroi en l'y collant -- quelle est la loi ?
🗂️ Tossefot (1)
בָּעֵי רַב פָּפָּא דַּבְּקֵיהּ לְקֹומֶץ בְּדֻופְנֵיהּ דְּמָנָא וְכוּ' בָּתַר הָכִי גָּרַס בָּעֵי מָר בַּר רַב אָשֵׁי אַפְכֵיהּ לְמָנָא וְדַבְּקֵיהּ לְקֹומֶץ בְּאַרְעִיתֵיהּ דְּמָנָא מַאי הַנָּחָה בְּתוֹכוֹ בָּעֵינַן וְהָא אִיכָּא אוֹ דִּילְמָא כְּתִיקּוּנוֹ בָּעֵינַן וְהָא לֵיכָּא תֵּיקוּ וּבְרוֹב סְפָרִים לֵיתָא לְבַעְיָא דְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי אֲבָל בְּפֶרֶק קַמָּא דִּמְנָחוֹת (דַּף יא.) אִיתָא בְּכָל הַסְּפָרִים וְכֵיוָן דְּמַיְיתֵי לְכֻולָּהּ מִילְּתָא דְּהָתָם הָכָא אַגַּב גְּרָרָא נִרְאֶה דְּגָרְסִינַן נָמֵי לְבַעְיָא דְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי וְתֵימַהּ לִי דִּבְפֶרֶק הַמִּזְבֵּחַ מְקַדֵּשׁ (זְבָחִים דַּף פח.) אָמַר שְׁמוּאֵל כְּלֵי שָׁרֵת אֵין מְקַדֵּשׁ אֶלָּא בִּפְנִים ופר"ח לִמְעוּטֵי חָקַק מוֹשָׁבוֹ מִבַּחוּץ וְשֶׁמָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּהוּא הָיָה מְפָרֵשׁ כָּאן שֶׁהִיפֵּךְ הַכְּלִי כִּי כִּיתּוּנָא וְנַעֲשָׂה תּוֹכוֹ בָּרוֹ וּבָרוֹ תּוֹכוֹ שַׁפִּיר מְקַדֵּשׁ וְרַשִׁ"י פִּי' שָׁם אֶלָּא בִּפְנִים בָּעֲזָרָה וְקָשֶׁה דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּקוֹדֶשׁ כְּדִתְנַן הָתָם:
Après cela, notre version porte : Mar bar Rav Achi demanda : s'il a retourné le récipient et collé le kometz contre son dessous, quelle est la loi ? Exigeons-nous un dépôt à l'intérieur -- et c'est le cas ; où peut-être exigeons-nous un dépôt selon les règles -- et ce n'est pas le cas ? Teikou. Or dans la plupart des livres la question de Mar bar Rav Achi ne figure pas ; mais au premier chapitre de Menahot (11a) elle figure dans tous les livres, et puisque la guemara rapporte ici, incidemment, toute la série qui se trouve là-bas, il semble que l'on doive lire ici aussi la question de Mar bar Rav Achi. Et cela m'étonne : au chapitre Ha-mizbeah mekadech (Zevahim 88a), Chemouel dit qu'un kli charet ne sanctifie que be-fenim (à l'intérieur), et Rabbenou Hananel a expliqué que c'est pour exclure un récipient dont on a creusé le siège par l'extérieur. On peut peut-être dire qu'il expliquait notre passage ainsi : il a retourné le récipient comme on retourne une tunique, de sorte que son intérieur est devenu son extérieur et son extérieur son intérieur -- et alors il sanctifie valablement. Rachi, lui, a expliqué là-bas que be-fenim veut dire dans la azara (le parvis) ; c'est difficile, car il aurait alors fallu dire ba-kodech, comme l'enseigne la michna là-bas.
💡 Explication

Le kometz prélevé sur une minha ne peut pas monter tel quel à l'autel : il doit d'abord être sanctifié par le kli charet, le récipient de service. Rachi rappelle la règle de Menahot 26a : le cohen prend la poignée depuis un premier récipient et la dépose dans un second, qui la sanctifie. Le geste comporte donc deux exigences que Rav Papa dissocie ici pour la première fois.

D'un côté tokh kli : la matière doit se trouver dans l'espace intérieur du récipient. De l'autre hanaha ke-tikkuno : il faut un véritable dépôt, une pose. Coller la farine contre la paroi verticale satisfait la première exigence et met la seconde en défaut -- rien n'est posé, tout est adhéré. Aucune preuve ne départage : teikou.

🖼️ Schéma
Où le kometz doit-il se poser ? Le fond, la paroi, le dessous Le kometz exige matan kli : il est prélevé d'un premier récipient et sanctifié dans un second (Menahot 26a). Encore faut-il l'y déposer. Cas ordinaire : les choulayim la poignée repose sur le fond tokh kli : oui hanaha ke-tikkuno : oui KACHER, sans débat Collé à la dofen (paroi) question de Rav Papa tokh kli : oui, c'est bien dedans hanaha ke-tikkuno : non, rien n'est posé TEIKOU Kli retourné, sur l'arayta question de Mar bar Rav Achi le creux du culot fait office de cavité mais est-ce encore le tokh du kli ? TEIKOU Tossefot : cette seconde question manque dans la plupart des manuscrits ici, mais figure dans tous à Menahot 11a.
Les deux questions de 48a sur la place du kometz, comparées au cas ordinaire.
2
בָּעֵי מָר בַּר רַב אָשֵׁי: אַפְכֵיהּ לְמָנָא וְדַבְּקֵיהּ לְקֹומֶץ בְּאַרְעִיתֵיהּ דְמָנָא, מַהוּ? הַנָּחָה בְּתוֹכוֹ בָּעֵינַן — וְהָא אִיכָּא, אוֹ דִּילְמָא הַנָּחָה כְּתִקְנוֹ בָּעִינַן — וְלֵיכָּא? תֵּיקוּ.

Mar bar Rav Achi demanda : s'il a retourné le récipient et collé le kometz contre l'arayta du récipient (la face externe du fond, devenue creux tourné vers le haut), quelle est la loi ? Exigeons-nous un dépôt à l'intérieur -- et c'est bien le cas ; où peut-être exigeons-nous un dépôt fait selon les règles -- et cela n'est pas le cas ?

Teikou.

💡 Explication

Mar bar Rav Achi durcit encore le cas. Cette fois le récipient est retourné : ce qui servait de socle se retrouve en haut, et le petit creux du culot forme une cavité où la poignée peut effectivement se poser. Le dépôt, cette fois, ressemble à un vrai dépôt.

Mais ce creux est-il encore le tokh, l'intérieur du kli ? Un récipient a une orientation : son intérieur n'est pas une simple concavité, c'est la face que sa destination lui assigne. Tossefot, au segment précédent, rapporte la difficulté tirée de Zevahim 88a -- un kli charet ne sanctifie que par son dedans -- et propose que le récipient retourné échange ses faces comme un vêtement mis à l'envers. Teikou là aussi.

3
בָּעֵי רַב פָּפָּא: מְלֹא חָפְנָיו שֶׁאָמְרוּ — מְחוּקוֹת, אוֹ גְּדוּשׁוֹת? אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְרַב אָשֵׁי, תָּא שְׁמַע: מְלֹא חָפְנָיו שֶׁאָמְרוּ — לֹא מְחוּקוֹת, וְלֹא גְּדוּשׁוֹת, אֶלָּא טְפוּפוֹת.

Rav Papa demanda : le mélo hofnav (les pleines mains) dont ils ont parlé -- des mains rasées (mehoukot) ou des mains combles (gedouchot) ? Rabbi Abba dit à Rav Achi : viens et écoute (une beraita) : le mélo hofnav dont ils ont parlé, ni rasé ni comblé, mais tefoufot (plein à ras bord, la matière affleurant légèrement sans déborder).

📜 Rachi (1)
טְפוּפוֹת לְשׁוֹן דָּבָר צָף בְּגֹובַהּ מְעַט כְּמוֹ עַל דְּאַטַּפְתְּ אַטְּפוּךְ (אָבוֹת פ"ב מִשְׁנָה ו):
C'est un terme qui désigne une chose qui flotte, légèrement en relief, comme dans al de-atift atifoukh -- parce que tu as fait flotter, on t'a fait flotter (Avot 2,6).
⚖️ Rosh (1)
(דַּף כֹּח.) וּכְשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד דְּהַייְנוּ מִשֶּׁהֵאִיר הַמִּזְרָח מוֹרִידִין כֹּהֵן גָּדוֹל לְבֵית הַטְּבִילָה (דַּף ל.) וּפָרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם (דַּף לא:) וּכְדֵי שֶׁיַּכִּיר שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם בְּבִגְדֵי בוּץ פֵּרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ. (דַּף ל.) וּטְבִילָה זוֹ הָיְתָה בִּמְקוֹם חוֹל שֶׁאֵינָהּ בָּאָה לְחוֹבַת הַיּוֹם שֶׁאַף בְּכָל בֹּקֶר צָרִיךְ כָּל אָדָם לִטְבֹּול הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה לַעֲבוֹדָה. פָּשַׁט בְּגָדָיו וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג. (דַּף לא:) הֵבִיאוּ לוֹ בִּגְדֵי זָהָב וְלָבַשׁ וְקִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו (דַּף מג:) מִקִּיתוֹן שֶׁל זָהָב וְלֹא הָיָה כָּאן קִידּוּשׁ בִּפְשִׁיטָה לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי חוֹל וְקַייְמָא לָן דִּתְרֵי קִדּוּשֵׁי חַד אַפְּשִׁיטָה וְחַד אַלְּבִישָׁה. (דַּף לא:) וְאִם הָיָה זָקֵן אוֹ אִיסְטְנִיס שֶׁהַקֹּור הָיָה מַזִּיק לוֹ מְחַמִּין לוֹ חַמִּין מֵעֶרֶב [יוה"כ] וּמְטִילִין לְתוֹךְ הַצּוֹנֵן (דַּף לד:) אוֹ הָיוּ מְחַמִּין חֲתִיכוֹת שֶׁל בַּרְזֶל מֵאֶתְמוֹל וְנוֹתְנִין אוֹתָן הַיּוֹם בְּמַיִם לְחַמְּמָן. אע"פ שֶׁהוּא מְצָרֵף וְאָסוּר מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ שֶׁהוּא גְּמַר מְלֶאכֶת הַבַּרְזֶל לְחָתְכוֹ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לְכָךְ אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת וְאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ. (דַּף לא:) וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת הַתָּמִיד וְקִבֵּל גַּם הוּא אֶת דָּמוֹ וְגוֹמֵר כָּל עֲבוֹדוֹת כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים בְּבִגְדֵי זָהָב עִם הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּהֵיכָל הֲטָבַת הַנֵּרוֹת וּמִנְחַת חָבִיתִין. (דַּף לד:) אח"כ בָּא לְבֵית הַפַּרְוָה וְהָיָה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ. וּפֵרְשׁוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם וְקָדַשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי קֹדֶשׁ. וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג וְלָבַשׁ בִּגְדֵי לָבָן שָׁוִין י"ח מָנֶה אוֹ יוֹתֵר אוֹ פָּחוֹת רַק שֶׁיִּהְיוּ טוֹבִים יוֹתֵר מֵאוֹתָם שֶׁלָּבַשׁ בָּעֶרֶב. וּבֵין שְׁנֵיהֶם יֵשׁ לָהֶם לִהְיוֹת שָׁוִים ל' מָנֶה וְאִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף בְּשֶׁל בֹּקֶר טְפֵי מי"ח מָנֶה וְלִגְרֹועַ בְּשֶׁל עָרֵב מי"ב מָנֶה אוֹ אִיפְּכָא הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ רַק שֶׁיִּהְיֶה שֶׁל הַבָּקָר טוֹבִים יוֹתֵר וְיִהְיֶה בֵּין שְׁנֵיהֶם ל' מָנֶה. וְאֵלּוּ יֵשׁ לוֹ מִשֶּׁל צִבּוּר אֲבָל אִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף מִשֶּׁלּוֹ יוֹסִיף כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה. [וְקִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו] (דַּף לה:) וּבָא לוֹ אֵצֶל פָּרוֹ וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן צְפוֹנִית מַעֲרָבִית שֶׁל הַמִּזְבֵּחַ בָּאֲוִיר שֶׁבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ כְּנֶגֶד הַמִּזְבֵּחַ מַמָּשׁ אֶלָּא מָשׁוּךְ לְצַד צָפוֹן. (דַּף לוֹ.) וְהָיוּ מֻוקָּמִים רֹאשׁ הַפָּר שֶׁבָּא רֹאשׁוֹ לְצַד דָּרוֹם וּפָנָיו לַמַּעֲרָב. וְלֹא הָיוּ מַעֲמִידִין אוֹתוֹ לְהֶדְיָא רֹאשׁוֹ לַמַּעֲרָב וַאֲחוֹרָיו לַמִּזְרָח שֶׁמָּא יְרַבֵּץ גְּלָלִים וְזֶה יִהְיֶה גְּנַאי לַמִּזְבֵּחַ. וְהַכֹּהֵן עוֹמֵד בַּמִּזְרָח וּפָנָיו לַמַּעֲרָב וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר אָנָא הַשֵּׁם חָטָאתִי עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי אֲנִי וּבֵיתִי (שָׁם:) כַּחֲכָמִים. וִידּוּי רִאשׁוֹנָה לֹא הָיָה מִתְוַדֶּה אֶלָּא עָלָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ. אָנָא הַשֵּׁם כַּפֶּר נָא לָעֲוֹנוֹת וְכוּ'. וּבִירֻושַּׁל' יֵשׁ בְּהַזְכָּרַת הַשֵּׁם שְׁנִיָּה בְּוִידּוּי הָיָה אוֹמֵר אָנָּא בְּשֵׁם בְּבֵי"ת: (דַּף לז.) וּבָא לוֹ לְמִזְרַח הָעֲזָרָה לְהַגְרִיל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא שֶׁיִּהְיֶה בָּעֲזָרָה. (דַּף לט.) וּסְגָן בִּימִינוֹ וְרֹאשׁ בֵּית אָב בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף סב.) וְשָׁם שְׁנֵי שְׂעִירִים שָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה וְהָיָה לְקִיחָתָם כְּאֶחָד וְכָל זֶה אֵינוֹ מְעַכֵּב שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה. (דַּף לט.) וְקַלְפִּי הָיָה שָׁם [שֶׁל עֵץ וּמַחֲזִיק ב' יָדַיִם] וּבָהּ שְׁנֵי גּוֹרָלוֹת הָאֶחָד חָקוּק בּוֹ לְשֵׁם וְהַשֵּׁנִי לַעֲזָאזֵל. וְהֵם כְּשֵׁרִים מִכָּל דָּבָר וְטוֹרֵף יָדָיו בַּקַּלְפִּי בְּעִנְיָן שֶׁלֹּא יוּכַל לְכַוֵּין אֵיזֶה שֶׁל שֵׁם וְאֵיזֶה שֶׁל עֲזָאזֵל. וְהֶעֱלָה בְּכָל יַד גּוֹרָל אֶחָד [לְשֵׁם שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים] אִם שֶׁל שֵׁם עָלָה בִּימִינוֹ הַסְּגָן אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת יְמִינְךָ. וְאִם בִּשְׂמֹאלוֹ עָלָה בֵּית אָב אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת שְׂמֹאלֶךָ. וּנְתָנָן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים וְאָמַר לָהּ' חַטָּאת וְאִם לֹא נָתַן הַגּוֹרָלוֹת עַל הַשְּׂעִירִים רַק שֶׁהֶעֱלָה וְיָדַע אֵיזֶהוּ עָלָה בִּימִינוֹ וְאֵיזוֹ בִּשְׂמֹאלוֹ לֹא עִיכֵּב. (דַּף מא:) קָשַׁר לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית [מִשְׁקַל שְׁתֵּי סְלָעִים] בְּרֹאשׁ שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְהֶעֱמִידוֹ בַּשַּׁעַר הַמִּזְרָחִי בְּמָקוֹם שֶׁמּוֹצִיאִין אוֹתוֹ לְשַׁלְּחוֹ וְלַנִּשְׁחָט הָיָה קוֹשֵׁר לָשׁוֹן אֶחָד בְּצַוָּארוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְעָרֵב לֹא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְלֹא בִּשְׁאָר שְׂעִירִים וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כְּתִיב אַף שָׂעִיר שֶׁל שֵׁם יַעֲמִידֶנּוּ כְּנֶגֶד בֵּית שְׁחִיטָתוֹ וְתֵימַהּ דִּבְהֶדְיָא בַּגְּמָרָא מַסִּיק דְּאַקְּשִׁירָה קָאֵי. וּבָא לוֹ אֵצֶל פַּר שְׁנִיָּה וְהִתְוַדָּה עָלָיו וְעַל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיָּבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב לְכָךְ הָיָה מִתְוַדֶּה תְּחִלָּה עָלָיו לְבַדּוֹ שֶׁיִּהְיֶה זַכַּאי. (דַּף מג:) שְׁחָטוֹ וְקִבֵּל דָּמוֹ בַּמִּזְרָק וּנְתָנוֹ לְמִי שֶׁהוּא מְמָרֵס שֶׁלֹּא יִקְרֹושׁ. וְהַמְמָרֵס הָיָה עוֹמֵד עַל הַשּׁוּרָה הָרְבִיעִית שֶׁל הָרִצְפָּה שֶׁל עֲזָרָה שֶׁמִּן הַהֵיכָל וְלַחוּץ. וְנָטַל מַחְתָּה מִזָּהָב אָדֹום שֶׁמַּחֲזֶקֶת שְׁלֹשָׁה קַבִּין וְהָיְתָה דַּקָּה הַרְבֵּה וְהָיָה לָהּ בֵּית יָד אָרֹוךְ שֶׁמַּגִּיעָהּ תַּחַת זְרוֹעוֹ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא זְרוֹעוֹ מְסַיַּיעְתּוֹ. וְהָיָה לָהּ נִישְׁתֹּוק ופרש"י טַבַּעַת שֶׁיִּשְׁמַע קוֹלוֹ בְּבוֹאוֹ. וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' נַרְתִּיק שֶׁהָיָה לָהּ כְּמוֹ נַרְתִּיק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּווֶה כְּשֶׁהִיא מִתְחַמֶּמֶת מִן הַגֶּחָלִים. וְעוֹלָה בְּאֶמְצָעוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְחוֹתֶה מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ שֶׁכָּלְתָה מֵעֲלֵיהֶן הַשַּׁלְהֶבֶת. וְיָרַד וְהִנִּיחָהּ עַל הָרִצְפָּה בָּעֲזָרָה. (דַּף מז.) וְהוֹצִיאוּ לוֹ מַחְתָּה מְלֵיאָה קְטֹרֶת שֶׁהֶחֱזִירוּ אוֹתָהּ עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לְמַכְתֶּשֶׁת וּשְׁחָקוּהָ הַדַּק כְּדֵי שֶׁתְּהֵא דַּקָּה מִן הַדַּקָּה וְחָפַן מִמֶּנָּה מְלֹא חָפְנָיו שֶׁל כֹּהֵן לְפִי שֶׁהָיוּ מַחֲזִיקִין חָפְנָיו (דַּף מח.) לֹא מְחוּקוֹת וְלֹא גְּדוּשׁוֹת אֶלָּא טְפוּפוֹת. וְהֵרִיקָה מִתּוֹךְ חָפְנָיו לְתוֹךְ כַּף אַחַת וְלָקַח הַמַּחְתָּה שֶׁהָיוּ בָּהּ הַגֶּחָלִים בִּימִינוֹ וְהַכַּף שֶׁל הַקְּטֹרֶת בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף נא:) וְהָלַךְ בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל הֵיכָל בֵּין מִזְבֵּחַ וְלַמְנוֹרָה עַד שֶׁהִגִּיעַ לִשְׁתֵּי הַפָּרֹוכֹת הַמַּבְדִּילוֹת בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים בִּמְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין שֶׁהָיְתָה בְּבַיִת רִאשׁוֹן. וְהַחִיצוֹנָה הָיְתָה פְּתוּחָה בַּדָּרוֹם וְהַפְּנִימִית בַּצָּפוֹן. אע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר שֶׁלֹּא הָיָה שָׁם אֶלָּא פָּרֹוכֶת אַחַת בְּהָא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה שֶׁאוֹמֵר שְׁתַּיִם הָיוּ דַּהֲוָה לֵיהּ מַחֲלֹוקֶת וְאַחַ"כּ סְתָם שֶׁלְּאַחַר הַמַּחֲלֹוקֶת שׁוֹנֶה (דַּף נב:) הַחִיצוֹנָה פְּרוּפָה מִן הַדָּרוֹם וְעוֹד דְּר' חֲנִינָא סָבַר כְּרַבִּי יְהוּדָה לְקַמָּן דְּאָמַר בְּצַד צָפוֹן הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא. וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה מֵאוֹתָהּ מִשְׁנָה (דַּף נח:) הִתְחִיל מְחַטֵּא וְיוֹרֵד מֵהֵיכָן הָיָה מַתְחִיל מִקֶּרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י דְּסָבַר דְּפִתְחָהּ בַּצָּפוֹן קָאֵי וַאֲפִילּוּ לְפֵירוּשׁ רָשׁ""י הַהִיא מִשְׁנָה אָתְיָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְר' עֲקִיבָא פְּלִיג עָלֶיהָ בַּבָּרַיְיתָא וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ. (דַּף נב:) וְהָיָה מְהַלֵּךְ בֵּינֵיהֶם עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַצָּפוֹן וְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁדּוֹחֵק בַּאֲצִילֵי יָדָיו שֶׁלֹּא יִשָּׂרֵף הַפָּרֹוכֶת. כְּשֶׁהִגִּיעַ לַצָּפוֹן הָפַךְ פָּנָיו לַדָּרוֹם כְּדֵי שֶׁתְּהֵא יְמִינוֹ לְצַד הָאָרוֹן וְהָלַךְ עַד שֶׁהִגִּיעַ כְּנֶגֶד הָאָרוֹן וְנָתַן הַמַּחְתָּה שֶׁל אֵשׁ בֵּין שְׁנֵי הַבַּדִּים. (דַּף נג:) וּלְאַחַר שֶׁנִּיטַּל הָאָרוֹן נִתְּנָה לְאֶבֶן שְׁתִיָּה שֶׁהָיְתָה שָׁם וְהָיְתָה גְּבוֹהָה מִן הָאָרֶץ שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת. וְחָפַן הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּכַּף לְתוֹךְ חָפְנָיו וְצָבַר הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים. (דַּף נג.) וְנִזְהָר שֶׁלֹּא יִתֵּן הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי הָאֵשׁ עַד שֶׁהִכְנִיסוֹ לִפְנַי וְלִפְנִים לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִים שֶׁאוֹמְרִים שֶׁנּוֹתֵן בַּהֵיכָל וְנִכְנַס בֶּעָנָן עֲשַׁן הַקְּטֹרֶת. (דַּף נב:) וְהָיָה מַתְחִיל לְצַד פָּנִים שֶׁהוּא חוּצָה לוֹ שֶׁאִם מַתְחִיל אֶצְלוֹ נִמְצָא הֶעָשָׁן עוֹלֶה מִיָּד וּזְרוֹעוֹ נִכְוֶוה. וְנִתְמַלֵּא הַבַּיִת עָשָׁן וְהִנִּיחַ שָׁם הַכַּף וְהַמַּחְתָּה וְיוֹצֵא דֶּרֶךְ כְּנִיסָתוֹ שֶׁהָיוּ פָּנָיו לָאָרוֹן. וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כָּתוּב טִמְטֵם עֵינָיו וְיָצָא וְאֵין זֶה בַּגְּמָרָא אַדְּרַבָּה מִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ. וְהָכִי אִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי עַד שֶׁלֹּא נִיטַּל הָאָרוֹן הָיָה נִכְנָס וְיוֹצֵא לְאוֹרוֹ שֶׁל אָרוֹן מִשֶּׁנִּיטַּל הָאָרוֹן הָיָה מְגַשֵּׁשׁ וְנִכְנָס מְגַשֵּׁשׁ וְיוֹצֵא. (שָׁם: נג:) וְהָיָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בַּהֵיכָל שֶׁתְּהֵא הַשָּׁנָה כְּתִקְנָהּ. וְלֹא הָיָה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ שֶׁלֹּא לְהַבְעִית אֶת הָעָם הַמְצַפִּים לְצֵאתוֹ. (דַּף נג:) וְנָטַל אֶת הַדָּם מִמִּי שֶׁהָיָה מְמָרֵס וְנִכְנַס לִפְנַי וְלִפְנִים וְעָמַד בֵּין הַבַּדִּים וְהִזָּה אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כְּנֶגֶד הַכַּפֹּורֶת. וְאֵין צָרִיךְ שֶׁיַּגִּיעַ בַּכַּפֹּורֶת אֶלָּא כְּמַצְלִיף. וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י כְּסִדְרָן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְהַתּוֹסָפוֹת מְפָרְשִׁין שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לְכַוֵּין שֶׁיִּהְיוּ כְּסִדְרָן אֶלָּא בְּאַחַת שֶׁל מַעְלָה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַעְלָה. וּבְשֶׁבַע שֶׁל מַטָּה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַעְלָה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַטָּה. וְכָךְ הָיָה מוֹנֶה. אַחַת. אַחַת וְאַחַת. אַחַת וּשְׁתַּיִם וְכוּ'. יָצָא וְהִנִּיחַ הַמִּזְרָק שֶׁל הַדָּם עַל הַכֵּן שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְשָׁחַט אֶת הַשָּׂעִיר וְעָשָׂה מִדָּמוֹ לִפְנִים כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְיָצָא וְהִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר עַל כֵּן שֵׁנִי שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְנָטַל דַּם הַפָּר מִן הָכֵן שֶׁהִנִּיחַ עָלָיו וְהִזָּה מִמֶּנּוּ כְּנֶגֶד כָּל הַפָּרֹוכֶת בְּמָקוֹם שֶׁמְּכַווֵּן כְּנֶגֶד הָאָרוֹן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בִּפְנִים וְאָח""כ מִדַּם הַשָּׂעִיר עַל הַפָּרֹוכֶת כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר. וְלֹא הָיוּ הַדָּמִים נוֹגְעִים בַּפָּרֹוכֶת. וְאָח""כ עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ הַמִּזְרָק שֶׁבּוֹ דַּם הַשָּׂעִיר וְחוֹזֵר וּמֵרִיק מִמִּזְרָק הַמָּלֵא לְתוֹךְ הָרֵיקָן כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְעֹורָב יָפֶה יָפֶה. (דַּף נח:) וְיוֹצֵא לְצַד מִזְרָח עַד שֶׁעָבַר מִזְבַּח הַזָּהָב כֻּולּוֹ. וְנָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת עַל אַרְבַּע קַרְנוֹתָיו וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית וְנָתַן כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּפִתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי וְנִמְצָא שֶׁפָּגַע בְּקֶרֶן דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית וְשָׁם לֹא הָיָה יָכוֹל לְהַתְחִיל שֶׁהָיָה צָרִיךְ שֶׁיֵּצֵא לַמִּזְרָח עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַמִּזְבֵּחַ לְכָךְ הָיָה נוֹתֵן תְּחִלָּה בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית מַעֲרָבִית צְפוֹנִית צְפוֹנִית מִזְרָחִית. וְלֹא הָיָה מַקִּיף הַמִּזְבֵּחַ בְּרַגְלָיו אֶלָּא עוֹמֵד הַכֹּל בְּמָקוֹם אֶחָד וּמַקִּיף בְּיָדוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי פְּלִיג בְּהָא בַּבָּרַיְיתָא. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ שֶׁאוֹמֵר שֶׁמַּקִּיף בְּיָדָיו. וְעוֹד דר' אֶלְעָזָר סָבַר כְּוָותֵיהּ. וּבַג' הַקְּרָנוֹת שֶׁאֵינָן לְפָנָיו הָיָה מַתְחִיל בְּאֶצְבָּעוֹ לִיתֵּן לְמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ כְּלַפֵּי מַעְלָה וּבְקֶרֶן שֶׁלְּפָנָיו מַתְחִיל מִלְמַעְלָה וּמוֹשֵׁךְ וְיוֹרֵד כְּלַפֵּי מַטָּה. שֶׁאִם הָיָה מַתְחִיל מִלְּמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ לְמַעְלָה הָיָה הַדָּם זָב וְיוֹרֵד עַל גַּב יָדוֹ. וּבְמָקוֹם שֶׁגָּמַר הַהַזָּאָה דְּהַיְינוּ בְּקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית הָיָה חוֹתֶה הַגֶּחָלִים שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ אֵילָךְ וְאֵילָךְ וּמִזֶּה עָלָיו שֶׁבַע פְּעָמִים וְהַנִּשְׁאָר לוֹ מִן הַדָּם יִשְׁפֹּוךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן. (דַּף מג: מד.) וְצָרִיךְ שֶׁלֹּא יִהְיֶה שׁוּם אָדָם בַּהֵיכָל כָּל זְמַן שֶׁעוֹבֵד אֵלּוּ הָעֲבוֹדוֹת. בֵּין שֶׁל הֵיכָל בֵּין שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים. אֲבָל מִבֵּין הָאוּלָם וְהַמִּזְבֵּחַ אֵין צְרִיכִין לִפְרוֹשׁ בִּשְׁעַת עֲבוֹדוֹת שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בְּשֶׁל הֵיכָל. (דַּף ס.) וְאִם שִׁינָּה בְּזֶה הַסֵּדֶר לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. וְאִם הִקְדִּים בַּהֵיכָל דַּם הַשָּׂעִיר לְדַם הַפָּר יַחְזֹור וְיַזֶּה מִדַּם הַשָּׂעִיר. הִלְכָּךְ אִם נִתְעָרֵב לוֹ מִזְרָק שֶׁל דַּם הַפָּר בְּשֶׁל שָׂעִיר יִתֵּן מִשְּׁנֵי הַמִּזְרָקוֹת שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים שֶׁאִם הָרִאשׁוֹן שֶׁל פָּר הָוֵי הָאַחֲרוֹן כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ. וְאִם הוּא שֶׁל שָׂעִיר הֲרֵי הוּא כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ וְיוֹצֵא בִּשְׁנַיִם הָאַחֲרוֹנִים. וְאִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַפָּר קֹודֶם שֶׁגָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים יָבִיא פַּר אַחֵר וּקְטֹרֶת אַחֶרֶת וְיַעֲשֶׂה כְּכָל הַסֵּדֶר הַכָּתוּב לְעֵיל. אֲבָל אִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַשָּׂעִיר קֹודֶם שֶׁנָּתַן מִמֶּנּוּ בִּפְנִים אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא אֶלָּא שָׂעִיר אַחֵר כֵּיוָן שֶׁכְּבָר עָשָׂה מַתְּנוֹת הַפָּר וְהַקְּטֹרֶת כְּהִלְכָתָם. וְאִם גָּמַר מַתָּנוֹת הַפְּנִימִית וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּהֵיכָל. וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּמִּזְבֵּחַ וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ וְנִשְׁפַּךְ. שִׁירַיִים לָא מְעַכְּבִי. וְכָל הַדִּין הַנּוֹהֵג בְּדָמוֹ שֶׁל שָׂעִיר אִם נִשְׁפַּךְ כָּךְ הוּא דִּינוֹ אִם יָמוּת חֲבֵירוֹ הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁבְּאֵיזֶה שָׁעָה שֶׁיָּמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִדְחֶה הַדָּם:
(28a) Lorsque arrive le moment de l'abattage du tamid, c'est-à-dire dès que l'orient s'éclaire, on fait descendre le Cohen Gadol à la maison d'immersion. (30a) On étend entre lui et le peuple un drap de lin (boutz) ; (31b) et c'est pour qu'il sache que le service du jour se fait en habits de lin que l'on a étendu un drap de lin. (30a) Cette immersion-là se faisait en un lieu profane, car elle ne relève pas de l'obligation propre du jour : chaque matin déjà, quiconque entre dans la azara pour le service doit s'immerger. Il ôta ses vêtements, s'immergea, remonta et s'essuya. (31b) On lui apporta les habits d'or, il les revêtit et sanctifia ses mains et ses pieds (43b) à partir d'une aiguière d'or ; et il n'y eut pas ici de sanctification au moment de se dévêtir, puisqu'il avait ôté des vêtements profanes, alors que nous tenons pour établi qu'il y a deux sanctifications, l'une au dévêtissement et l'autre au revêtement. (31b) Et s'il était âgé, ou de constitution délicate (istenis) à qui le froid nuit, on lui chauffait de l'eau la veille de Yom Kippour et on la versait dans l'eau froide ; (34b) ou bien l'on chauffait la veille des morceaux de fer que l'on mettait le jour même dans l'eau pour la réchauffer. Et bien que cela trempe le métal (tsirouf), ce qui est interdit au titre de make be-patich -- car tremper le fer est l'achèvement de son ouvrage --, puisqu'il n'en a pas l'intention ce n'est qu'un chevout (un interdit rabbinique), et il n'y a pas de chevout au Temple. (31b) Ensuite il abattit le tamid, en recueillit lui aussi le sang, et accomplit tous les services dans l'ordre de chaque jour, en habits d'or, avec l'encens du Heikhal, l'entretien des lampes (hatavat ha-nerot) et la minha des havitin. (34b) Ensuite il vint à la maison de la Parva, qui se trouvait en lieu saint. On étendit un drap de lin entre lui et le peuple, et il sanctifia ses mains et ses pieds parce qu'il ôtait des vêtements sacrés. Il s'immergea, remonta, s'essuya, et revêtit des habits blancs valant dix-huit manes, ou plus, ou moins, pourvu qu'ils fussent meilleurs que ceux qu'il revêtirait le soir ; et les deux ensemble doivent valoir trente manes. S'il veut ajouter à ceux du matin au-delà de dix-huit manes et retrancher à ceux du soir en deçà de douze manes, ou l'inverse, il en a le droit, pourvu que ceux du matin soient les meilleurs et que les deux ensemble fassent trente manes. Cela vaut pour ce qui lui vient du public ; mais s'il veut ajouter de son propre bien, il ajoutera autant qu'il voudra. [Et il sanctifia ses mains et ses pieds.] (35b) Il vint auprès de son taureau, qui se tenait à l'angle nord-ouest de l'autel, dans l'espace libre entre le Oulam et l'autel, exactement face à l'autel mais tiré vers le nord. (36a) On disposait la tête du taureau de sorte qu'elle fut tournée vers le sud et sa face vers l'ouest ; on ne le plaçait pas directement la tête à l'ouest et l'arrière à l'est, de peur qu'il ne laisse tomber des excréments, ce qui serait un affront pour l'autel. Le cohen se tenait à l'est, la face vers l'ouest, posait ses deux mains sur lui (semikha) et confessait. Et voici ce qu'il disait : de grâce, ha-Chem, j'ai fauté, j'ai commis l'iniquité, je me suis révolté, moi et ma maison (ibid.) -- selon les Sages. Lors de la première confession il ne confessait que pour lui et les gens de sa maison : de grâce, ha-Chem, pardonne donc les fautes... Et il est dit dans le Yerouchalmi que, lors de la seconde mention du Nom dans la confession, il disait ana be-chem, avec un beit. (37a) Il vint à l'est de la azara pour tirer au sort, car il suffit que ce soit dans la azara. (39a) Le segan à sa droite et le chef de la maison paternelle à sa gauche. (62a) Là se trouvaient deux boucs semblables d'aspect et de taille, et leur acquisition se faisait en une seule fois -- tout cela n'étant pas indispensable (meakev) mais seulement une mitsva. (39a) Il y avait là une kalfi [de bois, contenant deux mains] et dedans deux sorts, l'un gravé pour ha-Chem et l'autre pour Azazel ; ils sont valides en toute matière. Il brassait ses mains dans la kalfi de façon à ne pouvoir viser lequel était pour ha-Chem et lequel pour Azazel, et il remontait un sort dans chaque main [pour les deux boucs]. Si celui de ha-Chem montait dans sa droite, le segan lui disait : lève ta droite ; s'il montait dans sa gauche, le chef de la maison paternelle lui disait : lève ta gauche. Il les posait sur les deux boucs et disait : à ha-Chem, un hatat. Et s'il n'a pas posé les sorts sur les boucs mais les a seulement tirés, et qu'il sait lequel est monté dans sa droite et lequel dans sa gauche, cela n'empêche pas. (41b) Il attacha un fil d'écarlate [du poids de deux selaim] à la tête du bouc envoyé et le plaça à la porte orientale, à l'endroit d'où on le fait sortir pour l'envoyer ; et à celui qui devait être abattu, il attachait un autre fil au cou, afin qu'il ne se confonde ni avec le bouc envoyé ni avec les autres boucs. Dans le seder Ata konanta il est écrit que le bouc de ha-Chem aussi, on le place face au lieu de son abattage -- ce qui étonne, car la guemara conclut explicitement que (l'enseignement) porte sur l'attache du fil. Il vint auprès de son taureau une seconde fois et confessa sur lui, pour lui et pour ses frères les cohanim ; car il faut qu'un innocent vienne expier pour le coupable, c'est pourquoi il confessait d'abord pour lui seul, afin d'être innocent. (43b) Il l'abattit, en recueillit le sang dans un mizrak (bassin) et le remit à quelqu'un qui le remuait (memares) pour qu'il ne se coagule pas. Celui qui remuait se tenait sur la quatrième rangée du dallage de la azara, du Heikhal vers l'extérieur. Il prit un encensoir d'or rouge contenant trois kabin, très mince, muni d'un long manche qui parvenait sous son bras afin que son bras l'aide à le porter. Il avait un nichtok : Rachi a expliqué un anneau, pour que l'on entende son bruit à son arrivée ; Rabbenou Hananel a expliqué un étui, comme une gaine, afin qu'il ne se brûle pas lorsqu'il s'échauffe au contact des braises. Il montait au milieu de l'autel et raclait un plein encensoir de braises dont la flamme s'était éteinte. Il descendait et le posait sur le dallage de la azara. (47a) On lui sortit un encensoir plein de ketoret, que l'on avait remis la veille de Yom Kippour au mortier et broyé fin, afin qu'il fut fin parmi le fin ; il y prit ses pleines mains, selon la contenance de ses mains, (48a) ni rasées ni combles, mais tefoufot. Il vida ce qui était dans ses mains dans une kaf (coupe), prit dans sa droite l'encensoir où étaient les braises et dans sa gauche la coupe du ketoret. (51b) Il alla par le sud du Heikhal, entre l'autel et la menora, jusqu'à atteindre les deux parokhot qui séparent le Saint du Saint des saints, à l'emplacement du mur amma teraksin qui existait dans le premier Temple. L'extérieure était ouverte au sud et l'intérieure au nord. Bien que Rabbi Yossi tienne qu'il n'y avait là qu'un seul rideau, la halakha suit ici Rabbi Yehouda, qui dit qu'il y en avait deux, car c'est une mahloket suivie d'un énoncé anonyme (stam), et l'anonyme postérieur à la controverse fait autorité ; (52b) l'extérieure était relevée du côté sud. De plus, Rabbi Hanina tient comme Rabbi Yehouda plus loin, lui qui dit qu'il se tenait au nord et aspergeait. Et l'on ne peut tirer preuve de cette michna (58b) : il commençait à asperger en descendant -- d'où commençait-il ? de l'angle nord-est --, que Rachi a expliquée comme tenant que l'ouverture était au nord ; car même selon l'explication de Rachi, cette michna suit Rabbi Yossi ha-Guelili, tandis que Rabbi Akiva le contredit dans une beraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue. (52b) Il marchait entre les deux rideaux jusqu'à atteindre le nord ; et il est dit dans le Yerouchalmi qu'il les écarte de ses coudes afin que le rideau ne brûle pas. Arrivé au nord, il tournait sa face vers le sud, de sorte que sa droite fût du côté de l'Arche, et marchait jusqu'à se trouver face à l'Arche ; il posait l'encensoir de feu entre les deux barres (badim). (53b) Et après que l'Arche eut été cachée, il le posait sur la even chetiya qui était là, haute de trois doigts au-dessus du sol. Il prit alors dans ses mains le ketoret qui était dans la coupe et l'amoncela sur les braises. (53a) Il prenait garde de ne pas poser le ketoret sur le feu avant de l'avoir introduit dans le lifnai ve-lifnim, pour réfuter les Tsedoukim qui disent qu'il le pose dans le Heikhal et entre dans le nuage de la fumée du ketoret. (52b) Il commençait du côté intérieur, celui qui est le plus éloigné de lui, car s'il commençait près de lui, la fumée monterait aussitôt et son bras serait brûlé. La maison s'emplit de fumée ; il y laissait la coupe et l'encensoir, et sortait par où il était entré, la face tournée vers l'Arche. Dans Ata konanta il est écrit qu'il fermait les yeux et sortait ; cela ne figure pas dans la guemara -- au contraire, il ressort du Yerouchalmi que ce n'est pas nécessaire. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : tant que l'Arche n'avait pas été cachée, il entrait et sortait à la lumière de l'Arche ; une fois l'Arche cachée, il entrait à tâtons et sortait à tâtons. (ibid. 53b) Il faisait dans le Heikhal une courte prière, pour que l'année fût selon l'ordre voulu ; et il ne prolongeait pas sa prière, afin de ne pas effrayer le peuple qui attendait sa sortie. (53b) Il prit le sang des mains de celui qui le remuait, entra dans le lifnai ve-lifnim, se tint entre les barres et aspergea une fois vers le haut et sept fois vers le bas, face au kapporet. Il n'est pas nécessaire que le sang atteigne le kapporet, mais (qu'il asperge) comme celui qui fouette. Rachi a expliqué : dans l'ordre, une fois vers le haut et sept vers le bas. Et Tossefot expliquent qu'il n'avait pas besoin de viser qu'elles fussent dans cet ordre, mais que pour celle d'en haut il inclinait le dos de sa main vers le bas et aspergeait vers le haut, et pour les sept d'en bas il inclinait le dos de sa main vers le haut et aspergeait vers le bas. Et il comptait ainsi : une ; une et une ; une et deux, etc. Il sortait et posait le mizrak du sang sur le support (ken) qui était dans le Heikhal. Il abattait le bouc et faisait de son sang, à l'intérieur, comme il avait fait du sang du taureau : une fois vers le haut et sept vers le bas. Il sortait et posait le sang du bouc sur un second support qui était dans le Heikhal. Il prenait le sang du taureau sur le support où il l'avait posé et en aspergeait face à tout le rideau, à l'endroit qui fait face à l'Arche, une fois vers le haut et sept vers le bas, comme il avait fait à l'intérieur ; puis du sang du bouc sur le rideau, comme il avait fait du sang du taureau. Et les sangs ne touchaient pas le rideau. Ensuite il versait le sang du taureau dans le mizrak où était le sang du bouc, puis reversait du bassin plein dans le bassin vide, afin que le mélange fût parfaitement homogène. (58b) Il sortait vers l'est jusqu'à avoir dépassé tout l'autel d'or, et donnait quatre applications sur ses quatre cornes. Il se tenait à l'angle sud-est et donnait comme je l'ai expliqué plus haut, puisque l'ouverture est au sud : il rencontrait donc d'abord l'angle sud-ouest, mais il ne pouvait commencer la, car il lui fallait sortir vers l'est jusqu'à dépasser l'autel ; c'est pourquoi il donnait d'abord à l'angle sud-est, puis sud-ouest, puis nord-ouest, puis nord-est. Et il ne faisait pas le tour de l'autel avec ses pieds, mais se tenait tout entier à une seule place et faisait le tour avec sa main -- paroles de Rabbi Akiva ; Rabbi Yossi ha-Guelili le conteste dans une beraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue, lui qui dit qu'il fait le tour avec ses mains ; de plus, Rabbi Elazar tient comme lui. Aux trois cornes qui n'étaient pas devant lui, il commençait de son doigt à donner par le bas et tirait vers le haut ; à la corne qui était devant lui, il commençait par le haut et tirait vers le bas -- car s'il commençait par le bas en tirant vers le haut, le sang coulerait sur le dos de sa main. Et à l'endroit où il achevait l'aspersion, c'est-à-dire à l'angle nord-est, il écartait d'un côté et de l'autre les braises qui étaient sur l'autel et aspergeait dessus sept fois ; et ce qui lui restait du sang, il le versait sur le yessod occidental de l'autel extérieur. (43b, 44a) Il faut que personne ne se trouve dans le Heikhal tout le temps où il accomplit ces services, tant ceux du Heikhal que ceux du lifnai ve-lifnim ; mais de l'espace entre le Oulam et l'autel, on n'a pas besoin de s'écarter lors des services du lifnai ve-lifnim, mais seulement lors de ceux du Heikhal. (60a) Et s'il a modifié cet ordre, il n'a rien fait. S'il a, dans le Heikhal, devancé le sang du bouc au sang du taureau, il doit recommencer et asperger du sang du bouc. C'est pourquoi, si le mizrak du sang du taureau s'est mélangé à celui du bouc, il donnera des deux bassins trois fois : car si le premier était celui du taureau, le dernier est comme inexistant, et s'il était celui du bouc, celui-là est comme inexistant, et il s'acquitte par les deux derniers. Si le sang du taureau s'est répandu avant qu'il n'ait achevé les applications de l'intérieur, il apportera un autre taureau et un autre ketoret et refera tout l'ordre écrit plus haut. Mais si le sang du bouc s'est répandu avant qu'il n'en ait donné à l'intérieur, il n'a besoin d'apporter qu'un autre bouc, puisqu'il a déjà fait les applications du taureau et le ketoret selon leur loi. S'il a achevé les applications intérieures et que l'un des sangs s'est répandu, il en apportera un autre et recommencera depuis le début dans le Heikhal. S'il a achevé les applications du Heikhal et que l'un des sangs s'est répandu, il en apportera un autre et recommencera depuis le début à l'autel. Et s'il a achevé les applications de l'autel et que le sang s'est répandu -- les chirayim (les restes) n'empêchent pas. Et toute la loi qui vaut pour le sang du bouc s'il s'est répandu vaut de même si son compagnon, le bouc envoyé, vient à mourir : car à l'heure où meurt le bouc envoyé, à cette heure-là le sang est écarté (nidhe).
💡 Explication

La question porte sur la mesure du ketoret que le Cohen Gadol emporte au Saint des saints. Deux bornes se présentent : mehoukot, quand on a passé quelque chose au ras des doigts pour égaliser et retirer le surplus, et gedouchot, quand la matière est amoncelée en tas au-dessus du niveau de la main.

La beraita écarte les deux et impose tefoufot. Rachi rattache le mot à la racine de ce qui flotte, se tient légèrement en relief : la poudre affleure, bombe à peine, et rien ne tombe. C'est la mesure exacte -- ce qui rend d'autant plus vive la question du segment 7, où ce qui tombe malgré tout de ces mains-là met en jeu tout le service.

🖼️ Schéma
Mélo hofnav : les trois remplissages possibles Rav Papa demande le niveau exact. La beraita écarte les deux extrêmes et impose l'entre-deux. MEHOUKOT -- rasées on a passé la main pour égaliser et retirer le surplus : trop peu écarte TEFOUFOT -- affleurantes légèrement bombé, la matière affleure sans rien laisser tomber LA MESURE GEDOUCHOT -- combles amoncelé en tas : le surplus déborde et se perd : trop écarte Rachi : tefoufot vient d'une racine qui dit la chose qui flotte, un peu en relief -- comme dans al de-atift atifoukh (Avot 2,6).
Les trois remplissages possibles des pleines mains, et le seul que la beraita retient.
4
תְּנַן הָתָם: נִשְׁפַּךְ הַדָּם עַל הָרִצְפָּה וַאֲסָפוֹ פָּסוּל. מִן הַכְּלִי עַל הָרִצְפָּה וַאֲסָפוֹ — כָּשֵׁר.

Nous avons appris là-bas (Zevahim 32a) : si le sang s'est répandu sur le dallage (sans avoir été reçu dans un récipient) et qu'on l'a recueilli -- passoul (invalide). (S'il s'est répandu) du récipient sur le dallage et qu'on l'a recueilli -- kacher (valide).

📜 Rachi (2)
נִשְׁפַּךְ הַדָּם עַל הָרִצְפָּה וְלֹא נִתְקַבֵּל בִּכְלִי:
C'est-à-dire qu'il n'a pas été recueilli dans un récipient.
מִן הַכְּלִי כּוּ' מִשְׁנָה הִיא לְעַצְמָהּ בְּפֶרֶק אַחֵר (דַּף לב.) וְאֵינָן זוֹ בְּצַד זוֹ וּשְׁתֵּיהֶן בְּמַסֶּכֶת זְבָחִים:
C'est une michna à part entière, dans un autre chapitre (Zevahim 32a) ; les deux enseignements ne sont pas côté à côté, et tous deux se trouvent dans le traité Zevahim.
💡 Explication

La guemara ouvre ici un détour qui va fournir le modèle de raisonnement pour la question centrale du daf. La michna de Zevahim distingue deux accidents qui se ressemblent -- du sang par terre, ramassé -- et les traite à l'opposé.

Le partage tient à un seul point : la kabbalat ha-dam, la réception du sang dans le récipient, a-t-elle déjà eu lieu valablement ? Si oui, le sang a acquis son statut et le conserve, même après avoir touché le sol. Si non, rien n'a jamais commencé, et le ramasser n'invente pas rétroactivement une kabbala.

🖼️ Schéma
Trois trajets du sang, deux issues Michna de Zevahim 32a. Tout dépend de savoir si la kabbala (la réception dans le kli) a déjà eu lieu valablement. Cou -> kli, directement cou la kabbala est faite comme il faut KACHER Cou -> sol, puis recueilli cou ritspa (le dallage) le sang n'a jamais été reçu dans un kli : rien à rattraper PASSOUL Kli -> sol, puis recueilli la kabbala avait déjà eu lieu : le statut est acquis, il demeure KACHER
Trois trajets du sang : ce qui distingue le passoul du kacher est de savoir si la kabbala a déjà eu lieu.
5
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְלָקַח מִדַּם הַפָּר״, מִדַּם הַנֶּפֶשׁ, וְלֹא מִדַּם הָעוֹר, וְלֹא מִדַּם הַתַּמְצִית.

D'où ces choses (sont-elles tirées) ? Nos maîtres ont enseigné : et le cohen oint prendra du sang du taureau (Vayikra 4,5) -- du sang de la nefech (le sang du jet, celui par lequel l'âme sort), et non du sang de la peau, ni du dam ha-tamtsit (le sang qui suinté encore une fois le jet achevé).

📜 Rachi (2)
מְנָא הָנֵי מִילֵּי דְּבָעֵינַן שֶׁיֵּרֵד מִצַּוַּאר בְּהֵמָה לַכְּלִי:
Que nous exigeons que le sang descende du cou de la bête dans le récipient.
מִדַּם הַנֶּפֶשׁ דַּם קִילּוּחַ שֶׁהַנֶּפֶשׁ יוֹצְאָהּ בּוֹ:
Le sang du jet (kilouah), celui avec lequel l'âme sort.
💡 Explication

La beraita lit le mot dam du verset comme une désignation restrictive : tout ce qui coule du cou n'est pas le sang du service. Le dam ha-or, qui perle quand la lame entame le cuir avant le jet vital, et le dam ha-tamtsit, qui s'égoutte après, sont écartés.

Rachi précise l'enjeu de la question mana hanei mili : ce que la guemara cherche à fonder, c'est l'exigence que le sang descende du cou de la bête directement dans le récipient. Cette phrase est la matrice de tout ce qui suit : elle installe le cou comme un lieu qui ne retient rien.

🖼️ Schéma
Quel sang ? Les trois moments de la chehita Ve-lakah mi-dam ha-par : un seul de ces trois sangs sert au service. Les deux autres sont écartés par la beraita. temps DAM HA-OR le sang de la peau, qui perle quand la lame entame le cuir, avant le jet vital ÉCARTE DAM HA-NEFECH le sang du kilouah, le jet par lequel l'âme de la bête sort (Rachi) LE SANG DU SERVICE DAM HA-TAMTSIT le sang d'égouttement, ce qui suinté encore une fois le jet achevé ÉCARTE Rachi sur mana hanei mili : ce que l'on cherche à fonder, c'est que le sang descende du cou de la bête dans le récipient.
Les trois sangs de la chehita le long du geste : un seul sert au service.
6
״מִדַּם הַפָּר״, דָּם מֵהַפָּר יְקַבְּלֶנּוּ, דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ ״מִדַּם הַפָּר״ — ״מִדָּם״, וַאֲפִילּוּ מִקְצָת דָּם, וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה: הַמְקַבֵּל, צָרִיךְ שֶׁיְּקַבֵּל אֶת כָּל דָּמוֹ שֶׁל פַּר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאֵת כָּל דַּם הַפָּר יִשְׁפֹּוךְ אֶל יְסוֹד מִזְבַּח״.

Mi-dam ha-par (du sang du taureau) -- (lis :) dam me-ha-par, le sang, depuis le taureau, il le recueillera. Car s'il te venait à l'esprit que mi-dam ha-par se lit mi-dam, c'est-à-dire même une partie du sang (suffirait) -- or Rav Yehouda n'a-t-il pas dit : celui qui recueille doit recueillir tout le sang du taureau, ainsi qu'il est dit : et tout le sang du taureau il le versera au yessod de l'autel (Vayikra 4,7) ?

💡 Explication

Le mem initial de mi-dam peut se lire de deux façons : partitif (une partie du sang) ou d'origine (à partir du sang). La lecture partitive rendrait valable une kabbala incomplète.

Elle se heurte à l'enseignement de Rav Yehouda, tiré de ve-et kol dam ha-par : puisque le cohen doit verser tout le sang au yessod, il faut bien qu'il l'ait tout recueilli. La lecture partitive est donc exclue -- ce qui oblige à chercher pour le mem une autre place dans le verset.

7
אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה: מַאי ״מִדַּם הַפָּר״ — דָּם מֵהַפָּר יְקַבְּלֶנּוּ. וְקָסָבַר: גּוֹרְעִין וּמוֹסִיפִין וְדוֹרְשִׁין.

Plutôt, apprends-en que le sens de mi-dam ha-par est : dam me-ha-par yekablenu, le sang, depuis le taureau, il le recueillera. Et ce tana tient que l'on retranche (une lettre), on l'ajoute (à un autre mot) et l'on interprète (gor'in ou-mossifin ve-dorchin).

📜 Rachi (1)
גּוֹרְעִין אוֹת מִתֵּיבָה זוֹ וּמוֹסִיפִין עַל תֵּיבָה זוֹ וְדוֹרְשִׁין:
On retranche une lettre à ce mot-ci, on l'ajoute à ce mot-là, et l'on interprète ainsi le verset.
🗂️ Tossefot (1)
גּוֹרְעִין וּמוֹסִיפִין וְדוֹרְשִׁין לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיפְרַךְ סַכִּינָא חָרִיפָא דְּמַפְסְקָא לִקְרָאֵי כִּדְפָרִיךְ בְּפֶ' יֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב דַּף קיא:) דְּהָתָם [נָמֵי] נָסֵיב וָי"ו דִּוְנַחֲלָתוֹ וְלָמֶ"ד דְּלִשְׁאֵרוֹ וְעוֹשֶׂה תֵּיבָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ. בפ"ב דִּזְבָחִים (דַּף כֹּה.) גָּרַס אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הַשּׁוֹחֵט צָרִיךְ שֶׁיַּגְבִּיהַּ סַכִּין לְמַעְלָה שֶׁנֶּאֱמַר וְלָקַח מִדַּם הַפָּר וְלֹא מִדַּם הַפָּר וְדָבָר אַחֵר וְתֵימַהּ מִדְּמַעֲטִינַן דַּם הַסַּכִּין כָּל שֶׁכֵּן שֶׁעַל הָרִצְפָּה וי"ל דִּילְמָא דַּם הַסַּכִּין גָּרַע טְפֵי שֶׁנִּתְקַבֵּל בִּפְסוּל כִּדְאָמְרִינַן בְּמִנְחָה לֹא בָּלַל כָּשֵׁר וְאִם בְּלָלָהּ חוּץ לְחוֹמַת הָעֲזָרָה אִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר פְּסוּלָה בפ"ק דִּמְנָחוֹת (דַּף ט.) אִי נָמֵי אִי לָאו טַעְמָא דְּגוֹרְעִין וּמוֹסִיפִין וְדוֹרְשִׁין הֵ"א דְּמִדַּם הַפָּר וְדָבָר אַחֵר אֲתָא לְמַעוּטֵי שֶׁעַל הָרִצְפָּה אֲבָל דְּסַכִּין שַׁפִּיר דָּמֵי הָא דְּלָא מִיבַּעְיָא לָן הָכָא אֵין לִי אֶלָּא קָדְשֵׁי קָדָשִׁים קָדָשִׁים קַלִּים מִנַּיִין כִּדְקָא מִיבַּעְיָא בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף כֹּה:) גַּבֵּי הַצּוֹרֵם אֹוזֶן הַפָּר וְאַחַר כָּךְ קִיבֵּל דָּמוֹ פָּסוּל שֶׁנֶּאֱמַר הַפָּר שֶׁהָיָה כְּבָר דְּכֵיוָן דְּגַלִּי בְּחַד מִינַּייְהוּ דה"ה קָדָשִׁים קַלִּים הָכִי נָמֵי בְּאִידָךְ:
On ne peut pas objecter ici : voilà un couteau bien affilé, qui découpe les versets ! -- comme on l'objecte au chapitre Yech nohalin (Bava Batra 111b) ; car là-bas aussi on prend le vav de ve-nahalato et le lamed de li-che'ero pour en faire un mot autonome. Au deuxième chapitre de Zevahim (25a), la version porte : Rav Yehouda dit au nom de Chemouel : celui qui abat doit tenir le couteau bien haut, ainsi qu'il est dit ve-lakah mi-dam ha-par -- et non du sang du taureau mélangé à autre chose. Et cela m'étonne : si l'on exclut déjà le sang resté sur le couteau, à plus forte raison celui qui est sur le sol ! On peut répondre : peut-être le sang du couteau est-il plus grave, car il a été recueilli d'une manière invalide -- comme nous disons à propos de la minha : s'il ne l'a pas mélangée elle reste kachère, mais s'il l'a mélangée hors du mur de la azara, il y a un avis pour la déclarer passoul (Menahot 9a). Ou encore : sans le principe de gor'in ou-mossifin ve-dorchin, j'aurais dit que du sang du taureau et non du sang du taureau plus autre chose vient exclure celui du sol, tandis que celui du couteau serait valable. Quant à savoir pourquoi l'on ne demande pas ici : je n'ai là que les kodachim kodachim, d'où tirer les kodachim kalim ? -- comme on le demande au deuxième chapitre de Zevahim (25b) à propos de celui qui a fendu l'oreille du taureau puis en a recueilli le sang, qui est passoul car il est dit ha-par, celui qui était déjà entier -- la réponse est que, dès lors que l'Écriture l'a révélé dans l'un de ces cas, qu'il en va de même pour les kodachim kalim, il en va de même dans l'autre.
💡 Explication

La solution consiste à déplacer le mem : on le retire de mi-dam et on le colle à ha-par. Le verset se lit alors dam me-ha-par : le sang, il le recueillera depuis le taureau -- c'est-à-dire directement du cou dans le récipient, sans étape intermédiaire.

Gor'in ou-mossifin ve-dorchin est un procédé exégétique reconnu mais fort : il redécoupe les mots du verset. Tossefot le défend en montrant qu'il est employé ailleurs sans que l'on objecte le reproche du couteau bien affilé qui découpe les versets, et en tire une conséquence supplémentaire : sans ce procédé, on aurait exclu le sang tombé au sol tout en validant celui resté sur le couteau.

🖼️ Schéma
Gor'in ou-mossifin ve-dorchin : déplacer une lettre pour lire le verset Le mem de mi-dam ne peut pas vouloir dire une partie du sang. On le retranche d'un mot et on l'ajoute à l'autre. Lecture naïve מדם הפר mi-dam ha-par = d'une partie du sang du taureau -- une fraction suffirait IMPOSSIBLE Lecture par déplacement דם מהפר dam me-ha-par yekablenu : le sang, depuis le taureau, il le recueillera RETENU mem Ce qui force la manœuvre Rav Yehouda : celui qui recueille doit recueillir tout le sang du taureau, car il est dit ve-et kol dam ha-par yichpokh el yessod ha-mizbeah -- il versera TOUT le sang au yessod. Une lecture partitive contredirait ce verset : donc le mem dit l'origine, non la quantité.
Le déplacement du mem, et la contrainte de Rav Yehouda qui l'impose.
8
בָּעֵי רַב פָּפָּא: נִתְפַּזֵּר הַקְּטֹורֶת מִמְּלוֹא חָפְנָיו, מַהוּ? יָדוֹ כְּצַוַּאר בְּהֵמָה דָּמֵי — וּפְסוּלָה, אוֹ דִּילְמָא כִּכְלִי שָׁרֵת דָּמֵי — וְלֹא פְּסוּלָה? תֵּיקוּ.

Rav Papa demanda : si le ketoret s'est dispersé hors de ses pleines mains, quelle est la loi ? Sa main est-elle comparable au cou de la bête -- et alors (le ketoret) est passoul ; ou peut-être est-elle comparable à un kli charet (un ustensile de service) -- et alors il n'est pas passoul ?

Teikou.

🗂️ Tossefot (1)
אוֹ דִּילְמָא כִּכְלִי שָׁרֵת דָּמֵי וְלָא פְּסוּלָה תֵּימַהּ לִי תִּיפְשֹׁוט מִדְּקָא מַייְתֵי לֵיהּ לִפְנַי וְלִפְנִים בַּכַּף וְלָא מַייְתֵי לֵיהּ בְּחָפְנָיו וְאָמַר לְעֵיל מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר וְאִי יָדָיו כִּכְלִי שָׁרֵת דָּמוּ נְעַיֵּיל בְּחָפְנָיו וְנַנְחָהּ לַמַּחְתָּה עִילָּוֵיהּ וְכִי מָטֵי הָתָם יְרַפֶּה קְצָת יָדָיו זוֹ מִזּוֹ וְיַנִּיחַ לַקְּטֹורֶת לִיפֹּול עַל הָרִצְפָּה וְהַמַּחְתָּה תִּשָּׁאֵר עֲדַיִין בְּיָדָיו וְלִישְׁקְלָה לַמַּחְתָּה וְלוֹתְבֵהּ אַאַרְעָא וַהֲדַר יַגְבִּיהַּ הַקְּטֹורֶת מִן הַקַּרְקַע וְיִתְּנֶנָּה עַל הַגֶּחָלִים כֵּיוָן דְּיָדָיו כִּכְלִי שָׁרֵת דָּמוּ וצ"ל אֲפִילּוּ את"ל דְּיָדָיו כִּכְלִי שָׁרֵת דָּמוּ וְלָא מִיפְּסִיל אִי נָפְלָה אַאַרְעָא וַאֲסָפָהּ מִכָּל מָקוֹם לָאו אוֹרַח אַרְעָא לַעֲשׂוֹת כֵּן לְכַתְּחִילָּה בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה הַשְׁתָּא לִפְנֵי מֶלֶךְ ב"ו אֵין עוֹשִׂין כֵּן לִפְנֵי מֶלֶךְ מַלְכֵי הַמְּלָכִים הקב"ה עאכ"ו:
Cela m'étonne : que l'on tranche donc la question à partir du fait que l'on porte le ketoret dans le Saint des saints au moyen de la kaf et non dans ses mains, ce dont on a dit plus haut que c'est parce que ce n'est pas possible autrement. Or si ses mains étaient comme un kli charet, qu'il entre donc avec ses pleines mains, qu'il pose la mahta (l'encensoir) par-dessus, et une fois arrivé là-bas qu'il écarte un peu ses mains l'une de l'autre en laissant le ketoret tomber sur le dallage, l'encensoir demeurant dans ses mains ; qu'il prenne alors l'encensoir et le pose à terre, puis qu'il relève le ketoret du sol et le mette sur les braises -- puisque ses mains sont comme un kli charet ! Il faut répondre : même si tu dis que ses mains sont comme un kli charet et que le ketoret ne devient pas passoul s'il tombe à terre et qu'on le ramasse, en tout état de cause ce n'est pas une manière convenable d'agir ainsi de prime abord (lekhathila), chaque année. Si devant un roi de chair et de sang on n'agit pas ainsi, à plus forte raison devant le Roi des rois des rois, le Saint béni soit-Il.
💡 Explication

Voici pourquoi la guemara avait besoin du détour sur le sang. Le Cohen Gadol tient le ketoret à pleines mains, sans récipient ; s'il en tombe, faut-il traiter ses mains comme le cou de la bête, un simple lieu de passage où rien n'est encore acquis -- et alors ce qui échappe est perdu, comme le sang tombé au sol avant toute kabbala ?

Ou bien la hafina est-elle déjà une prise en récipient, la main du Cohen Gadol faisant office de kli charet -- et alors le ketoret a déjà son statut, comme le sang tombé d'un bassin déjà rempli ? Teikou. Tossefot ajoute une limite pratique : même en supposant la main équivalente à un kli, on ne se libérerait pas les mains en laissant tomber l'encens à terre -- ce que l'on ne fait pas devant un roi de chair et de sang, on ne le fait pas devant le Roi des rois des rois.

9
בָּעֵי רַב פָּפָּא: חִישֵּׁב בַּחֲפִינַת קְטֹורֶת, מַהוּ? מִי אָמְרִינַן יָלֵיף ״מָלֵא״ ״מָלֵא״ מִמִּנְחָה, מֶה הָתָם מַהְנְיָא בַּהּ מַחְשָׁבָה, הָכָא נָמֵי מַהְנְיָא בַּהּ מַחְשָׁבָה, אוֹ לָא?

Rav Papa demanda : s'il a eu une (mauvaise) pensée pendant la hafinat ketoret (la prise de l'encens à pleines mains), quelle est la loi ? Disons-nous que l'on apprend mélo de mélo depuis la minha (par guezera chava) : de même que là-bas la ma'hchava (l'intention) y est opérante pour invalider, de même ici la ma'hchava y est opérante ?

Ou bien non ?

📜 Rachi (3)
חִישֵּׁב בַּחֲפִינַת קְטֹורֶת עַל מְנָת לְהַקְטִירָהּ לְמָחָר:
Il a eu l'intention de le faire fumer le lendemain.
מִי יָלֵיף מְלֹא מְלֹא מִמִּנְחָה מֶה הָתָם מַהְנְיָא מַחֲשָׁבָה בִּקְמִיצָתָהּ דְּנָפְקָא לָן בִּמְנָחוֹת (דַּף פג.) מִזֹּאת הַתּוֹרָה לְעוֹלָה וְלַמִּנְחָה וְגוֹ' הֻוקְּשׁוּ לִשְׁלָמִים מַה שְׁלָמִים מְפַגְּלִין וּמִתְפַּגְּלִין אַף מִנְחָה וְכוּ':
De même que là-bas la ma'hchava est opérante lors de la kemitsa -- ce que nous tirons dans Menahot (83a) de zot ha-Tora la-ola ve-la-minha etc. : elles ont été rapprochées des chelamim ; de même que les chelamim rendent piggoul et deviennent piggoul, de même la minha, etc.
וְהָכָא נָמֵי מְהַנְּיָא מַחֲשָׁבָה בַּחֲפִינָתָהּ אוֹ לָא וְהָכָא לֵיכָּא לְאַקְשׁוּיֵי הַיְינוּ הָךְ כִּדְאַקְשִׁי לְעֵיל דְּהָנְהוּ תַּרְוַיְיהוּ בַּעְיֵי הָווּ לְהוּ בְּחַד טַעְמָא לְאֵיתוֹיֵי הַבָּא בְּחָפְנָיו כִּדְהָתָם בְּקֻומְצוֹ אֲבָל הַךְ מִילְּתָא אַחֲרִיתִי הִיא וְאִי נָמֵי לָא דָּרְשִׁי גְּזֵירָה שָׁוָה לְעִנְיַן בְּקֻומְצוֹ דִּילְמָא דָּרְשִׁי לָהּ לְעִנְיַן מַחֲשָׁבָה:
-- dans sa hafina, ou non. Et ici on ne peut pas objecter que c'est la même question, comme on l'a objecté plus haut, car ces deux questions-là relevaient d'un seul et même motif : inclure celui qui prend à pleines mains comme la-bas celui qui prend une poignée. Mais ceci est une autre affaire : même si l'on ne fait pas la guezera chava quant à be-koumtso, peut-être la fait-on quant à la ma'hchava.
🗂️ Tossefot (1)
מִי יָלֵיף מָלֵא מָלֵא מֵהָתָם פירש"י וּמִנְחָה מִתְפַּגֶּלֶת בִּקְמִיצָה דְּיָלְפָא בְּהֶיקֵּשָׁא מִזֹּאת הַתּוֹרָה לְעוֹלָה וּלְמִנְחָה וְגוֹ' דְּהֻוקְשָׁה לִשְׁלָמִים שֶׁמְּפַגְּלִין וּמִתְפַּגְּלִין וְתֵימַהּ לִי וְהָאָמְרִינַן בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף מט:) דְּדָבָר הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ אֵינוֹ חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בג"ש בְּקָדָשִׁים ונ"ל לְפָרֵשׁ דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּשַׁיָּיךְ בָּהּ פִּיגּוּל בַּהֲלִיכָתָהּ וּבְהַקְטָרָתָהּ לָמֶ"ד בְּמִנְחָה הַקְטָרָה מְפַגֶּלֶת הַקְטָרָה בְּפֶרֶק הַקֹּומֶץ זוּטָא (מְנָחוֹת דַּף יז.) כֵּיוָן דְּכָל הָנֵי עֲבוֹדוֹת דָּמוּ לְגַמְרֵי לַעֲבוֹדַת הַמִּנְחָה ואע"ג דְּלָא אִיתַּקַּשׁ לִשְׁלָמִים הָא כְּתַב בָּתַר קְרָא דִּוְזָאֵת הַתּוֹרָה בְּיוֹם צַווֹּתוֹ אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לְהַקְרִיב אֶת קָרְבְּנֵיהֶם (וַיִּקְרָא ז) וְדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ זֶה בְּכוֹר מַעֲשֵׂר וּפֶסַח וְכָל מִידֵּי דְּשַׁיָּיךְ בֵּיהּ הַקְרָבָה וְהַקְטָרָה עַד שֶׁאֲנִי מְרַבֶּה לֹוג שֶׁמֶן שֶׁל מְצֹורָע דְּמוּכָח בְּפֶרֶק הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כֹּח.) דְּבָעֵינַן לִשְׁמוֹ וְשָׁאַל הָרַב רַבִּי יוֹם טוֹב הַקָּדוֹשׁ אֶת ריצב"א מִנָּלַן וְהֵשִׁיב לוֹ מִבְּיוֹם צַוּוֹתוֹ לְהַקְרִיב אֶת קָרְבְּנֵיהֶם נָפְקָא דְּאִיהוּ נָמֵי אִיקְּרִי קָרְבָּן כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא יד) וְהִקְרִיב אֹותוֹ לְאָשָׁם וְאֶת לֹוג הַשָּׁמֶן וְדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק בֵּית שַׁמַּאי (זְבָחִים דַּף מד:) כָּל קָרְבָּנָם (בַּמִּדְבָּר יח) לְרַבּוֹת לֹוג שֶׁמֶן שֶׁל מְצֹורָע כ"ש קְטֹורֶת דְּאִיהִי גּוּפָהּ קְרֵיבָה לָאִשִּׁים וְכָתַב בָּהּ לְשׁוֹן הַקְטָרָה וְלָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ הָכָא אֶלָּא אִי חֲשִׁיבָא חֲפִינָה עֲבוֹדָה כְּמוֹ קְמִיצָה דְּבִקְמִיצָה פְּשִׁיטָא לָן דְּהִיא עֲבוֹדָה וּמְפַגְּלִין בָּהּ כְּמוֹ שְׁחִיטָה בְּזֶבַח שֶׁהַשְּׁחִיטָה הִיא מְפָרֶשֶׁת חֵלֶק גָּבוֹהַּ הַדָּם מֵחֵלֶק הֶדְיוֹט כָּךְ קְמִיצָה מְפָרֶשֶׁת הַקֹּומֶץ מִן הַמּוֹתָר אֲבָל בַּחֲפִינָה לֹא שַׁייָּךְ לְמֵימַר הָכִי דַּאֲפִילּוּ מַה שֶׁנִּשְׁאַר בַּמַּחְתָּה הוּא חֵלֶק גָּבוֹהַּ וּבְפַעַם אַחֶרֶת מַקְרִיב אוֹתָהּ אֲבָל מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי גָּמַר מְלֹא מְלֹא וַחֲשִׁיבָא כְּמוֹ קְמִיצָה אוֹ לֹא וּפְשִׁיט רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי מִדְּפָסְלָה בָּהּ לִינָה פָּסְלָה בָּהּ מַחֲשָׁבָה כְּכָל עֲבוֹדָה שֶׁהִזְקִיק לָהּ הַכָּתוּב וְאִם כֵּן בַּחֲפִינָה נָמֵי פָּסְלָה בָּהּ מַחֲשָׁבָה:
Rachi a expliqué : et la minha devient piggoul par la kemitsa, ce qui se tire par hekech du verset zot ha-Tora la-ola ve-la-minha etc., qui la rapproche des chelamim, lesquels rendent piggoul et deviennent piggoul. Et cela m'étonne : n'avons-nous pas dit au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 49b) qu'une chose apprise par hekech ne peut à son tour enseigner par guezera chava dans les kodachim ? Il me semble donc expliquer ainsi : il lui est évident que le piggoul s'applique au ketoret lors de son transport et de sa haktara, selon l'avis qui tient que dans la minha la haktara rend piggoul la haktara, au chapitre Ha-kometz zouta (Menahot 17a), puisque tous ces services-là ressemblent en tout point au service de la minha ; et bien qu'il n'ait pas été rapproché des chelamim, il est écrit après le verset ve-zot ha-Tora : be-yom tsavoto et benei Israël le-hakriv et korbeneihem (Vayikra 7), d'où nous dérivons : cela inclut le bekhor, le maasser et le pessa'h, et tout ce à quoi s'appliquent hakrava et haktara -- au point que j'inclus même le log d'huile du metsora, dont il est prouvé au chapitre Ha-kometz rabba (Menahot 28a) qu'il requiert lichmo. Le Rav Rabbi Yom Tov le saint a demandé à Ritsba d'où nous le savons, et il lui a répondu : cela se tire de be-yom tsavoto... le-hakriv et korbeneihem, car lui aussi est appelé korban, comme il est écrit (Vayikra 14) : et il l'approchera pour l'acham, ainsi que le log d'huile ; et nous dérivons au chapitre Beit Chammai (Zevahim 44b) de kol korbanam (Bamidbar 18) que cela inclut le log d'huile du metsora -- à plus forte raison le ketoret, qui lui-même est offert aux feux de l'autel et pour lequel l'Écriture emploie le terme de haktara. Sa question ici ne porte donc que sur ceci : la hafina est-elle une avoda comme la kemitsa ? Car pour la kemitsa il nous est évident que c'est une avoda et que l'on y rend piggoul, comme la chehita dans un zevah : de même que la chehita sépare la part d'En-Haut, le sang, de la part profane, de même la kemitsa sépare le kometz du reste. Mais pour la hafina on ne peut pas dire cela, car même ce qui demeure dans l'encensoir est part d'En-Haut, et il l'offrira une autre fois. Il lui est donc douteux : apprend-on mélo de mélo, et la hafina est-elle considérée comme la kemitsa, ou non ? Et Rav Chimi bar Achi tranche : puisque la lina l'invalide, la ma'hchava l'invalide aussi, comme pour tout service que l'Écriture a rendu obligatoire ; et s'il en est ainsi, dans la hafina aussi la ma'hchava l'invalide.
💡 Explication

La ma'hchava dont il s'agit est l'intention disqualifiante -- typiquement, dit Rachi, penser brûler l'encens le lendemain. Une telle pensée n'invalide pas n'importe quel geste : elle ne mord que sur une avoda, un véritable service.

Le mot mélo (plein) figure de part et d'autre : mélo koumtso pour la minha, mélo hofnav pour le ketoret. Cela suffit-il à une guezera chava ? Tossefot montre pourquoi la comparaison résiste : la kemitsa sépare la part d'En-Haut du reste, comme la chehita sépare le sang de la chair, tandis que la hafina ne sépare rien -- ce qui demeure dans l'encensoir est lui aussi part d'En-Haut, offert une autre fois. Rachi prévient au passage l'objection que ce serait la même question que plus haut : là, on discutait la forme du geste ; ici, son statut.

🖼️ Schéma
Guezera chava mélo / mélo : la hafina est-elle une avoda comme la kemitsa ? La ma'hchava n'invalide qu'un véritable service. Tossefot montre pourquoi la comparaison ne va pas de soi. KEMITSA (minha) Le geste : le cohen prend une poignée de farine. Ce qui reste : les chirayim, mangés par les cohanim. Le geste SÉPARE la part d'En-Haut de la part humaine, comme la chehita sépare le sang de la chair. AVODA certaine la ma'hchava y opère (piggoul) HAFINA (ketoret de Yom Kippour) Le geste : le Cohen Gadol prend ses pleines mains. Ce qui reste dans la mahta est AUSSI part d'En-Haut : on l'offrira une autre fois. Le geste ne sépare donc rien du tout. AVODA ? -- c'est toute la question la ma'hchava y opère-t-elle ? Le pont : le mot mélo, employé des deux côtés, autorise-t-il une guezera chava ? Rachi note qu'on ne peut pas dire ici que c'est la même question que plus haut : là, il s'agissait de la forme du geste ; ici, de son statut.
Pourquoi la guezera chava mélo / mélo n'est pas évidente : la kemitsa sépare, la hafina non.
10
אֲמַר לֵיהּ רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי לְרַב פָּפָּא: תָּא שְׁמַע: הוֹסִיף רַבִּי עֲקִיבָא (הַקֹּומֶץ) וְהַקְּטֹורֶת, וְהַלְּבוֹנָה, וְהַגֶּחָלִים, שֶׁאִם נָגַע טְבוּל יוֹם בְּמִקְצָתָן — פָּסַל אֶת כֻּולָּן.

Rav Chimi bar Achi dit à Rav Papa : viens et écoute : Rabbi Akiva ajouta (le kometz), le ketoret, la levona et les braises -- car si un tevoul yom (celui qui s'est immergé le jour même et attend le coucher du soleil) en a touché une partie, il a rendu passoul le tout.

📜 Rachi (1)
פּוֹסֵל אֶת כֻּולָּם שֶׁזּוֹ הִיא מֵאַחַת עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת שֶׁנֶּאֶמְרוּ בְּחֹומֶר בַּקֹּדֶשׁ (חֲגִיגָה דַּף כ:) שֶׁהַכְּלִי מְצָרֵף כָּל מַה שֶּׁבְּתוֹכוֹ לִהְיוֹת כְּאִלּוּ נָגַע בְּכֻולּוֹ:
Car cela relève des onze rigueurs (maalot) énoncées dans Homer ba-kodech (Haguiga 20b) : le récipient réunit tout ce qu'il contient, de sorte que c'est comme s'il avait touché l'ensemble.
💡 Explication

Rav Chimi bar Achi apporte une beraita qui n'a l'air de parler que de pureté. Rabbi Akiva étend à quatre matières -- kometz, ketoret, levona, braises -- la règle du tseirouf : le récipient réunit son contenu en un seul bloc, si bien que toucher une parcelle revient à tout toucher.

Rachi rattache cela aux onze rigueurs énumérées dans Homer ba-kodech (Haguiga 20b). Ces matières ne sont pourtant pas des blocs : ce sont des poudres et des grains séparés. Que le contact partiel les disqualifie toutes suppose donc que le kli leur a conféré une sainteté réelle -- et c'est précisément ce que le segment suivant va exploiter.

11
קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ: מִדְּפָסֵל טְבוּל יוֹם — פָּסְלָה נָמֵי לִינָה. וּמִדְּלִינָה פָּסְלָה — פָּסְלָה נָמֵי מַחֲשָׁבָה.

Il te vient à l'esprit (ka salka daatakh) : puisque le tevoul yom le rend passoul, la lina (le fait de laisser passer la nuit) le rend passoul elle aussi ; et puisque la lina le rend passoul, la ma'hchava le rend passoul elle aussi.

📜 Rachi (1)
קס"ד מִדִּפְסִיל טְבוּל יוֹם אַלְמָא קִידְּשָׁה הַכְּלִי קְדֻושַּׁת הַגּוּף פָּסְלָה נָמֵי לִינָה וְכֵיוָן דְּפָסְלָה לִינָה פָּסְלָה נָמֵי מַחֲשֶׁבֶת לִינָה כְּשֶׁחִישֵּׁב לְהַקְטִירָהּ לְמָחָר וְקַשְׁיָא לִי דְּשַׁבְקֵיהּ לְמַתְנִיתִין דִּמְעִילָה (דַּף י.) דִּתְנַן בָּהּ בְּהֶדְיָא הַקֹּומֶץ וְהַקְּטֹורֶת וּמִנְחַת כֹּהֲנִים מוֹעֲלִין בָּהֶן מִשֶּׁהֻוקְדְּשׁוּ קָדְשׁוּ בִּכְלִי הֻוכְשְׁרוּ לִיפָּסֵל בִּטְבוּל יוֹם וּבִמְחֻוסַּר כִּפּוּרִים וּבְלִינָה וְהָכָא דָּחֵיק לְאֵיתוֹיֵי בְּקָא ס"ד מִטְּבוּל יוֹם:
-- donc le récipient lui a conféré une kedouchat ha-gouf ; alors la lina l'invalide aussi, et puisque la lina l'invalide, la pensée de lina l'invalide aussi, lorsqu'il a eu l'intention de le faire fumer le lendemain. Et cela m'est difficile : pourquoi laisser de côté la michna de Meila (10a), qui enseigne explicitement : le kometz, le ketoret et la minha des cohanim -- on est passible de meila à leur égard des qu'ils ont été consacrés ; sanctifiés dans un récipient, ils sont devenus susceptibles d'être invalidés par le tevoul yom, par le mehoussar kippourim et par la lina -- alors qu'ici la guemara se donne du mal pour le tirer d'un ka salka daatakh à partir du tevoul yom ?
🗂️ Tossefot (1)
מִדִּפְסִיל בָּהּ טְבוּל יוֹם פָּסְלָה בָּהּ לִינָה תֵּימַהּ הָאָמַר בפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יא:) נְתָנָהּ לַמַּכְתֶּשֶׁת נִפְסֶלֶת בִּטְבוּל יוֹם וַאֲפִילּוּ הָכֵי לֹא פָּסְלָה בָּהּ לִינָה שֶׁהֲרֵי הָיוּ מַשְׁהִין אוֹתָהּ כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ י"ל הַהוּא פְּסוּלָה דִּפְסִיל בָּהּ טְבוּל יוֹם אֵינוֹ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וּלְהָכִי לָא פָּסְלָה בָּהּ לִינָה אֲבָל הַאי דְּהָכָא מִדְּאוֹרַיְיתָּא כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ הִקְשָׁה רַשִׁ"י אַמַּאי מַייְתֵי מִדִּיּוּקָא מִדִּפְסִיל בָּהּ טְבוּל יוֹם פָּסַל בָּהּ לִינָה לַייְתֵי מִמַּתְנִיתִין דפ"ב דִּמְעִילָה (דַּף י.) דְּקָתָנֵי בְּהֶדְיָא הַקֹּומֶץ וְהַלְּבוֹנָה וְהַקְטָרַת מִנְחַת כֹּהֲנִים וּמִנְחַת כֹּהֵן מָשׁוּחַ וּמִנְחַת נְסָכִים מוֹעֲלִין בָּהֶן מִשֶּׁהֻוקְדְּשׁוּ קָדְשׁוּ בִּכְלִי הֻוכְשְׁרוּ לִיפָּסֵל בִּטְבוּל יוֹם וּבִמְחֻוסַּר כִּפּוּרִים וּבְלִינָה וְלֹא תֵּירֵץ וְרִיבָ"א תֵּירֵץ דְּהַהִיא דְּהָתָם אִיכָּא לְמֵימַר דְּאַיְּירִי בִּקְטֹורֶת דְּכָל הַשָּׁנָה דַּחֲשִׁיבָא קִידּוּשׁ כְּלִי דִּידֵהּ לְאִיפְּסוֹלֵי בִּטְבוּל יוֹם וּבִמְחֻוסַּר כִּפּוּרִים וּבְלִינָה מִדְּקָתָנֵי קִדְּשָׁן בִּכְלִי אַלְמָא דְּאַיְּירִי בְּהַהִיא שֶׁהִיא צְרִיכָה כְּלִי כְּדֵי לְקַדְּשָׁהּ קִידּוּשׁ גָּמוּר אֲבָל קְטֹרֶת דיוה"כ דְּלָא חֲשִׁיבָא קִידּוּשׁ כְּלִי דִּידֵהּ דְּמִן הַדִּין הֲוָה לָן לְמֵימַר שֶׁלֹּא תְּהֵא בִּכְלִי אֶלָּא נְעַיֵּיל בְּחָפְנָיו אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר כִּדְאָמַר לְעֵיל אֵימָא דְּלָא תִּיפָּסֵל בְּלִינָה בִּקְדֻושַּׁת כְּלִי דִּידֵהּ דִּבְהָהִיא וַדַּאי לָא אַייְרֵי הָתָם מִדְּקָתָנֵי קִדְּשׁוּ בִּכְלִי דְּמַשְׁמַע שֶׁנּוֹתְנִין אוֹתָהּ בִּכְלִי כְּדֵי לְקַדְּשָׁהּ בִּכְלִי וְהַהִיא דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אֵינָהּ כֵּן דְּאַדְּרַבָּה טְפֵי הֲוָה עָדִיף בְּלֹא כְּלִי אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר אֲבָל מֵהָכָא מַיְיתֵי רְאָיָה שַׁפִּיר דְּמִדְּקָתָנֵי קְטֹורֶת סְתָמָא בְּכָל מִינֵי קְטֹורֶת אַייְרֵי אִי נָמֵי אוֹמֵר רִ"י דְּמֵהַהִיא לֵיכָּא לְמֵידַק מִדְּפָסְלָה בָּהּ לִינָה פָּסְלָה בָּהּ מַחֲשָׁבָה דְּדִילְמָא לִינָה לָא פָּסְלָה בָּהּ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן ואע"ג דְּקָתָנֵי סֵיפָא וְחַיָּיב עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם נוֹתָר וְטָמֵא הַייְנוּ נָמֵי מִדְּרַבָּנָן כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק אָמְרוּ לוֹ (כְּרִיתוֹת דַּף יב:) אָכַל אֳוכָלִים טְמֵאִים וְשָׁתָה מַשְׁקִין טְמֵאִין וְנִכְנַס לַמִּקְדָּשׁ חַיָּיב אע"פ דִּפְסוּל גְּוִייָּה הָוֵי מִדְּרַבָּנָן כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף פ:) וּלְהָכֵי לָא הָוֵי מַחְמְרִינַן כֻּולֵּי הַאי דִּלְיִטְמָא אֲפִילּוּ עַל יְדֵי צֵירוּף אֲבָל הָכָא דָּייֵק שַׁפִּיר מִדְּפָסֵל בָּהּ טְבוּל יוֹם דְּאוֹרָייְתָא פָּסַל בָּהּ לִינָה וְהַמַּחֲשָׁבָה נָמֵי דְּאוֹרָיְיתָא וְהִקְשָׁה ריצב"א וְהָא אַשְׁכְּחַן צֵירוּף כְּלִי בְּמִילְּתָא דְּרַבָּנָן דְּקָתָנֵי רֵישָׁא בְּמַס' עִדִּיּוֹת (פֶּרֶק ח מ"א) הֵעִיד ר"ש בֶּן בְּתֵירָא עַל אֵפֶר חַטָּאת שֶׁנָּגַע טָמֵא בְמִקְצָתוֹ טִימֵּא אֶת כֻּולּוֹ אע"ג דְּאֵפֶר חַטָּאת אֵין לוֹ טֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא וְאִי מִשּׁוּם חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ הָא לָא שַׁייְכָא בָּהּ כְּשֶׁנַּעֲשֵׂית אֵפֶר כִּדְמַשְׁמַע ס"פ הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף נא:) גַּבֵּי וְעַל הַפָּרָה שֶׁלֹּא יְהוּ מוֹעֲלִין בְּאֶפְרָהּ מִיהוּ יָכֵילְנָא לְשַׁנּוֹיֵי דִּנְהִי דִּבְטָמֵא גָּזְרוּ רַבָּנָן בִּטְבוּל יוֹם דִּקְלִישָׁה טֻומְאָתוֹ לָא הָוֵי גָּזְרִי' וְאַדְּרַבָּה יֵשׁ רְאָיָה מִשָּׁם מִדְּקָתָנֵי בְּרֵישָׁא גַּבֵּי אֵפֶר חַטָּאת טָמֵא וּבְסֵיפָא קָתָנֵי טְבוּל יוֹם וְרַבֵּינוּ יִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם מְפָרֵשׁ דְּהָכָא דִּיֵּיק מִדִּפְסִיל בֵּיהּ טְבוּל יוֹם ע"י צֵירוּף ש"מ דְּצָרִיךְ לַכְּלִי הוּא דְּאִי לֹא צָרִיךְ לַכְּלִי לֹא הָיָה כְּלִי מְצָרְפוֹ כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּחֲגִיגָה (דַּף כֹּד.) ואע"ג דְּאָמַר הָתָם דְּהָוֵי דְּרַבָּנָן וּכְגוֹן שֶׁצְּבָרוֹ עַל גַּבֵּי קָטָבֻלְיָיא וּדְאוֹרָיְיתָא יֵשׁ לוֹ תּוֹךְ דַּוְוקָא וְאָתוּ רַבָּנָן וּגְזוּר אֲפִי' אֵין לוֹ תּוֹךְ הַייְנוּ דְּעָשׂוּ דְּאֵין לוֹ תּוֹךְ כְּיֵשׁ לוֹ תּוֹךְ אֲבָל לֹא עָשׂוּ אֵין לוֹ תּוֹךְ יוֹתֵר חָשׁוּב מִיֵּשׁ לוֹ תּוֹךְ וּלְעוֹלָם צָרִיךְ לִכְלִי בָּעֵינַן וְכֵיוָן דְּצָרִיךְ לַכְּלִי פָּסְלָה בֵּיהּ לִינָה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף נא.) עַל מַחֲבַת בְּשֶׁמֶן מְלַמֵּד שֶׁטְּעוּנָה כְּלִי וְאִי אֲפִיָּה לָהּ מֵאֶתְמוֹל אִיפַּסְלָא לָהּ בְּלִינָה וְכֵיוָן דְּפָסְלָה בָּהּ דְּאוֹרָיְיתָא פָּסְלָה בָּהּ מַחֲשָׁבָה וּלְהָכֵי לָא מַייְתֵי מֵהַהִיא דִּמְעִילָה אע"ג דְּקָתָנֵי קָדְשׁוּ בִּכְלִי הֲוָה אֲמִינָא מִדְּרַבָּנָן ואע"ג דִּכְתִיב כַּף אַחַת לָא הֲוָה יָלְפִינַן דּוֹרוֹת מִשָּׁעָה אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּלָא כָּתַב בִּלְשׁוֹן צִיוּוּי הֵ"א דְּאֵינָהּ טְעוּנָה כְּלִי וּמִיהוּ (קָשֶׁה) לְמַאי דְּאוֹכְחַן מִמַּתְנִיתִין דְּמַסֶּכֶת עִדִּיּוֹת דִּטְעוּנָה כְּלִי מֵהָתָם יָלְפִינַן מִדִּכְתִיב כַּף אַחַת ול"נ דְּלָא הֲוָה מָצֵי לְאֵיתוֹיֵי מִמַּתְנִיתִין דִּמְעִילָה דְּהָוֵי אָמַר הָא דְּקָתָנֵי קָדְשׁוּ בִּכְלִי הֻוכְשְׁרוּ לִיפָּסֵל בִּטְבוּל יוֹם וּבִמְחֻוסַּר כִּפּוּרִים וּבְלִינָה לָא קָאֵי אַקְּטֹורֶת אֶלָּא אַשְּׁאָרָא וּלְהָא מִילְּתָא לְחוּדָהּ הוּא קָתָנֵי הָתָם קְטֹורֶת לְעִנְיַן דְּמוֹעֲלִין בָּהּ מִשֶּׁהֻוקְדְּשָׁה וְתֵדַע דְּלָא קָאֵי אַקְּטֹורֶת דְּקָתָנֵי קָדְשׁוּ בִּכְלִי הֻוכְשְׁרוּ לִיפָּסֵל בִּטְבוּל יוֹם. וּקְטֹורֶת נִפְסֶלֶת בִּטְבוּל יוֹם מִיָּד שֶׁנְּתָנָהּ בְּמַכְתֶּשֶׁת כִּדְאָמַר בפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (ד' יא.) וּמִיהוּ הָא לָאו רְאָיָה הִיא דְּשָׁאנֵי הָתָם דִּנְהִי דִּקְטֹורֶת מִיפַּסְלָא מֵעִיקָּרָא מִשֶּׁנִּתְּנָה לְמַכְתֶּשֶׁת מ"מ נְקַט קָדְשׁוּ בִּכְלִי הֻוכְשְׁרוּ כו' דְּאַפֵּי' בִּקְטֹורֶת שַׁייָּךְ הַאי לִישָּׁנָא דְּבִקְדֻושַּׁת כְּלִי דְּמַכְתֶּשֶׁת מִיפַּסְלָא בִּטְבוּל יוֹם וּבִמְחֻוסַּר כִּפּוּרִים וּבִקְדֻושַּׁת כְּלִי דְּמַחְתָּה מִיפַּסְלָא בְּלִינָה מִיהוּ בְּלֹא זֶה אִיכָּא טוּבָא בְּהַשַּׁ"ס דְּקָאָמַר אַשְּׁאָרָא הֵיכָא דְּלָא מָצֵי קָאֵי אָכַל מַאי דְּקָתָנֵי וְהָא דְּפָרִיךְ בפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (גַּם זֶה שָׁם) אֶלָּא מַאי קְדֻושַּׁת הַגּוּף הִיא תִּיפָּסֵל בְּלִינָה אַלְּמָה תְּנַן הַקּוֹמֶץ וְהַלְּבוֹנָה וְהַקְּטֹורֶת כו' קָדְשׁוּ בִּכְלִי אִין לֹא קָדְשׁוּ לָא מִמַּה נַפְשָׁךְ דִּיֵּיק שַׁפִּיר אִי אַקְּטֹורֶת נָמֵי קָאֵי אִם כֵּן מַשְׁמַע לֹא קָדְשׁוּ בִּכְלִי לָא מִיפַּסְלִי בְּלִינָה וְאִי לָא קָאֵי אַקְּטֹורֶת דְּבִקְטֹורֶת אֲפִילּוּ קָדְשׁוּ בִּכְלִי לָא מִיפַּסְלָא בְּלִינָה אַף לְאַחַר שֶׁקָּדְשׁוּ בִּכְלִי כָּל שֶׁכֵּן דְּקָשֶׁה טְפֵי אַמַּאי לָא מִיפַּסְלָא בְּלִינָה כְּדִמְפָרֵשׁ הָכָא בְּקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ וּלְמַאי דְּדָיְיקִינַן הָכָא דְּמִיפַּסְלָא בְּלִינָה בְּהַהִיא דְּהוֹסִיף ר"ע אָז נֵימָא נָמֵי דְּהַהִיא דִּמְעִילָה נָמֵי קַיְימָא אַקְּטֹורֶת קָדְשׁוּ בִּכְלִי הֻוכְשְׁרוּ לִיפָּסֵל בְּלִינָה מִיהוּ לְעִנְיַן טְבוּל יוֹם לָאו דַּוְוקָא קָדְשׁוּ בִּכְלִי דַּאֲפִילּוּ מֵעִיקָּרָא נָמֵי מִשֶּׁנְּתָנָהּ לַמַּכְתֶּשֶׁת נִפְסֶלֶת בִּטְבוּל יוֹם וְהָא דִּנְקַט קָדְשׁוּ בִּכְלִי וְלָא נְקַט אֲפִילּוּ קֹודֶם קִידּוּשׁ כְּלִי מִשּׁוּם הָנָךְ דְּמִיתְנַן בַּהֲדַהּ דְּלָא מִיפַּסְלִי קֹודֶם קִידּוּשׁ כְּלִי:
Cela étonne : n'a-t-on pas dit au premier chapitre de Chevouot (11b) que, dès qu'on l'a mis au mortier, le ketoret devient invalide par le tevoul yom -- et pourtant la lina ne l'invalide pas, puisqu'on le conservait toute l'année durant ? On peut répondre : cette invalidation-là par le tevoul yom n'est que de-rabbanan, c'est pourquoi la lina ne l'invalide pas ; tandis que celle d'ici est de-oraita, comme je vais l'expliquer. Rachi a soulevé la difficulté : pourquoi déduire par inférence -- puisque le tevoul yom l'invalide, la lina l'invalide -- alors qu'on pourrait le tirer de la michna du deuxième chapitre de Meila (10a), qui enseigne explicitement : le kometz, la levona, le ketoret, la minha des cohanim, la minha du cohen oint et la minha des nessakhim -- on est passible de meila à leur égard des qu'ils ont été consacrés ; sanctifiés dans un récipient, ils sont devenus susceptibles d'être invalidés par le tevoul yom, par le mehoussar kippourim et par la lina ? Et il n'a pas répondu. Riva a répondu : celle de là-bas, on peut dire qu'elle traite du ketoret de toute l'année, dont la sanctification par le récipient est jugée suffisante pour l'invalider par le tevoul yom, le mehoussar kippourim et la lina, puisqu'elle enseigne sanctifiés dans un récipient -- signe qu'elle traite de ce qui a besoin d'un récipient pour être sanctifié d'une sanctification complète. Mais le ketoret de Yom Kippour, dont la sanctification par le récipient n'est pas jugée déterminante -- car en droit strict il faudrait dire qu'il ne soit pas dans un récipient du tout, mais que le Cohen Gadol entre à pleines mains, et si l'on utilise un récipient c'est seulement parce que ce n'est pas possible autrement, comme il a été dit plus haut --, on pourrait dire qu'il n'est pas invalide par la lina du fait de cette sanctification par le récipient. Car de celui-là, assurément, la michna de là-bas ne traite pas, puisqu'elle enseigne sanctifiés dans un récipient, ce qui implique qu'on les met dans un récipient afin de les sanctifier par lui ; or celui de Yom Kippour n'est pas ainsi, puisque au contraire il vaudrait mieux sans récipient, et si l'on en met un c'est faute de pouvoir faire autrement. Mais d'ici on tire une preuve valable : puisque la beraita enseigne ketoret sans préciser, elle traite de toutes les sortes de ketoret. Ou encore, Ri dit : de celle-là on ne peut pas inférer que, puisque la lina l'invalide, la ma'hchava l'invalide, car peut-être la lina ne l'invalide-t-elle que de-rabbanan. Et bien que la sefa enseigne : et l'on est passible à leur sujet au titre de notar et de tame, cela aussi n'est que de-rabbanan, comme l'enseigne le chapitre Amrou lo (Keritot 12b) : celui qui a mangé des aliments impurs ou bu des boissons impures puis est entré au Temple est passible, bien que l'invalidation du corps ne soit que de-rabbanan, comme il est dit au dernier chapitre de Yoma (80b). C'est pourquoi on n'irait pas jusqu'à une telle rigueur, de le rendre impur même par tseirouf. Mais ici l'inférence est bonne : puisque le tevoul yom l'invalide de-oraita, la lina l'invalide, et la ma'hchava aussi de-oraita. Ritsba a objecté : mais nous trouvons le tseirouf du récipient dans une affaire de-rabbanan, car la recha enseigne dans le traité Edouyot (8,1) : Rabbi Chimon ben Betera a témoigné au sujet de la cendre de hatat que, si un impur en a touché une partie, il a rendu impur le tout -- bien que la cendre de hatat n'ait pas d'impureté de-oraita. Et si c'est au titre du hibbat ha-kodech, cela ne s'y applique plus une fois qu'elle est devenue cendre, comme il ressort de la fin du chapitre Ha-tekhelet (Menahot 51b) à propos de : et sur la vache, que l'on ne soit pas passible de meila pour sa cendre. Toutefois je puis répondre : quand bien même les Sages auraient décrété pour un impur, pour un tevoul yom, dont l'impureté est atténuée, ils n'auraient pas décrété. Bien au contraire, il y a de là une preuve : puisque la recha, à propos de la cendre de hatat, enseigne impur, tandis que la sefa enseigne tevoul yom. Et Rabbenou Yits'hak ben Avraham explique que l'inférence ici porte sur autre chose : puisque le tevoul yom l'invalide par tseirouf, apprends-en qu'il requiert un récipient ; car s'il n'en requérait pas, le récipient ne le réunirait pas, comme il est dit au dernier chapitre de Haguiga (24a). Et bien qu'il y soit dit que le tseirouf est de-rabbanan -- par exemple lorsqu'on a amoncelé la matière sur une natte (katavlia) -- tandis que de-oraita il faut précisément un récipient ayant un tokh (une cavité intérieure), et que les Sages sont venus décréter même pour ce qui n'a pas de tokh : cela veut dire qu'ils ont assimilé ce qui n'a pas de tokh à ce qui en a un, mais ils n'ont pas rendu ce qui n'a pas de tokh plus important que ce qui en a un ; et en tout état de cause, il faut que la matière requière un récipient. Et puisqu'elle requiert un récipient, la lina l'invalide, comme il est dit au chapitre Ha-tekhelet (Menahot 51a) : sur une poêle, dans l'huile -- cela enseigne qu'elle requiert un récipient ; et s'il l'a cuite la veille, elle est devenue invalide par la lina. Et puisqu'elle l'invalide de-oraita, la ma'hchava l'invalide. C'est pourquoi on ne l'apporte pas de la michna de Meila : bien qu'elle enseigne sanctifiés dans un récipient, j'aurais pu dire que c'est de-rabbanan. Et bien qu'il soit écrit kaf ahat (une coupe), nous n'aurions pas tiré la loi des générations d'un fait ponctuel ; ou encore, du fait que ce n'est pas écrit sous forme d'ordre, j'aurais dit qu'il ne requiert pas de récipient. Toutefois c'est difficile : d'après ce que nous avons prouvé de la michna du traité Edouyot, qu'il requiert un récipient -- c'est de là que nous le tirons, puisqu'il est écrit kaf ahat. Et il me semble qu'on ne pouvait pas l'apporter de la michna de Meila, car on aurait pu dire que ce qu'elle enseigne -- sanctifiés dans un récipient, ils sont devenus susceptibles d'être invalidés par le tevoul yom, le mehoussar kippourim et la lina -- ne porte pas sur le ketoret mais sur le reste, et que si elle mentionne là le ketoret, c'est pour cette seule question : que l'on est passible de meila à son égard des qu'il a été consacré. Et sache que cela ne porte pas sur le ketoret : elle enseigne sanctifiés dans un récipient, ils sont devenus susceptibles d'être invalidés par le tevoul yom -- or le ketoret devient invalide par le tevoul yom dès l'instant où on l'a mis au mortier, comme il est dit au premier chapitre de Chevouot (11a). Toutefois ce n'est pas une preuve, car là-bas c'est différent : même si le ketoret devient invalide dès le départ, dès sa mise au mortier, la michna emploie néanmoins la formule sanctifiés dans un récipient, ils sont devenus etc., parce que cette formule s'applique aussi au ketoret : par la sanctification du récipient qu'est le mortier il devient invalide par le tevoul yom et le mehoussar kippourim, et par la sanctification du récipient qu'est l'encensoir il devient invalide par la lina. Du reste, même sans cela, il y a nombre de passages dans le Talmud où l'on dit que l'énoncé porte sur le reste, là où il ne peut pas porter sur tout ce qui est enseigné. Quant à l'objection du premier chapitre de Chevouot (ibid.) : mais alors, si c'est une kedouchat ha-gouf, qu'elle soit invalidée par la lina ! Pourquoi donc avons-nous appris : le kometz, la levona et le ketoret etc. -- sanctifiés dans un récipient, oui ; non sanctifiés, non ? -- l'inférence y est bonne de toute façon (mi-ma nafchakh). Si cela porte aussi sur le ketoret, il en ressort que, non sanctifiés dans un récipient, ils ne sont pas invalidés par la lina ; et si cela ne porte pas sur le ketoret -- car pour le ketoret, même sanctifié dans un récipient il n'est pas invalide par la lina, même après qu'il a été sanctifié dans un récipient --, à plus forte raison la difficulté est-elle plus grande : pourquoi n'est-il pas invalide par la lina, comme on l'explique ici dans le ka salka daatakh ? Et d'après ce que nous inférons ici, à savoir qu'il est invalide par la lina, à partir de l'enseignement Rabbi Akiva ajouta, nous dirons alors que la michna de Meila porte elle aussi sur le ketoret : sanctifiés dans un récipient, ils sont devenus susceptibles d'être invalidés par la lina. Toutefois, quant au tevoul yom, sanctifiés dans un récipient n'est pas à prendre au pied de la lettre, car déjà auparavant, dès sa mise au mortier, il devient invalide par le tevoul yom ; et si elle a dit sanctifiés dans un récipient et non même avant la sanctification par le récipient, c'est à cause des autres offrandes enseignées avec lui, qui ne deviennent pas invalides avant la sanctification par le récipient.
💡 Explication

Voici la chaîne en trois maillons. Si le tevoul yom invalide par tseirouf, c'est que le kli a donné à la matière une kedouchat ha-gouf, une sainteté du corps même. Ce qui a une telle sainteté se laisse invalider par la lina, la nuit passée. Et ce que la lina invalide, la pensée de le brûler le lendemain l'invalide également.

Rachi trouve le détour étrange : la michna de Meila 10a énonce déjà tout cela en toutes lettres ; pourquoi passer par une inférence ? Il laisse la difficulté ouverte. Tossefot y consacre une longue discussion et fournit la clef : la chaîne ne vaut que si chaque maillon est de-oraita. Or à Chevouot 11b, le ketoret mis au mortier est invalide par le tevoul yom sans être invalide par la lina -- signe que ce pessoul-là n'est que de-rabbanan. Seule la beraita de Rabbi Akiva fournit un premier maillon assez solide.

🖼️ Schéma
La chaîne d'inférence du ka salka daatakh De la beraita de Rabbi Akiva à la réponse de Rav Papa, trois maillons -- dont Tossefot vérifie la solidité. 1. TEVOUL YOM R. Akiva : s'il en touche une partie, il invalide tout le kli fait tseirouf 2. LINA si le kli lui donne une kedouchat ha-gouf, alors la nuit passée l'invalide 3. MA'HCHAVA ce que la lina invalide, la pensée de le brûler demain l'invalide aussi La question de Rachi Pourquoi passer par une inférence, alors que la michna de Meila 10a énonce déjà en toutes lettres : sanctifiés dans un récipient, ils deviennent susceptibles d'être invalidés par le tevoul yom, le mehoussar kippourim et la lina ? Rachi laisse la difficulté ouverte. La réponse de Tossefot La chaîne ne tient que si chaque maillon est de-oraita. Or à Chevouot 11b, le ketoret mis au mortier est invalide par le tevoul yom sans que la lina l'invalide : ce pessoul-là n'est que de-rabbanan. Ici, celui de R. Akiva est de-oraita. D'où l'on cite R. Akiva plutôt que Meila.
Les trois maillons du ka salka daatakh, avec la question de Rachi et la réponse de Tossefot.
12
בָּעֵי רַב פָּפָּא:

Rav Papa demanda :

💡 Explication

Le amoud s'interrompt sur l'ouverture d'une nouvelle question de Rav Papa, dont l'énoncé se poursuit au début de 48b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).