Sougya : Le amoud se partage en deux. Il achève d'abord la série des questions sur la pensée invalidante dans le service du ketoret : après la hafina, on interroge la hatiya, le ratissage des braises dans la mahta -- geste qui ne fait que rendre l'encensement possible.
Tout se ramène alors à une règle générale, makhchirei mitsva ke-mitsva damou, et la guemara conclut en teikou ; Tossefot en profite pour dissocier nettement deux invalidants qu'on confond volontiers, la lina qui atteint tout ce qui est sanctifié et la mahshava qui ne mord que sur une avoda, en s'appuyant sur la yetsika et la belila de la min'ha. S'ouvre ensuite une sougya de portée générale : la holakha, le convoiement du sang vers l'autel, est-elle valide de la main gauche ?
La kabbala et la zerika exigent la droite parce que le verset y écrit etseba et kehouna ; la holakha, elle, n'est jamais écrite en propre et ne tient son statut d'avoda que par ricochet. Rav Chechet tranche par notre michna : contraint à une havaa ahat, le Cohen Gadol porte la mahta de la droite et le kaf de la gauche.
La guemara objecte qu'une michna du tamid le montrerait déjà, avec la patte droite portée dans la main gauche -- et répond en distinguant les holakhot dont dépend l'expiation de celles dont elle ne dépend pas. Seul le kaf, indispensable à la kappara du jour, prouve vraiment ce que l'on veut.
S'il a formé une pensée [invalidante] pendant le ratissage des braises, quel est le statut ? Les préparatifs de la mitsva (makhchirei mitsva) sont-ils considérés comme la mitsva elle-même, ou non ?
Teikou.
Dernier maillon de la série ouverte à la page précédente. On y demandait si la hafina -- puiser l'encens à pleines mains -- est une avoda à part entière, comme la kemitsa de la min'ha, de sorte qu'une pensée invalidante formée à ce moment rende le ketoret passoul. Ici on recule d'un cran : et la hatiya, le ratissage des braises de l'autel extérieur dans la mahta ? Ce geste ne fait que rendre l'encensement possible ; il n'est pas l'encensement.
Tout tient donc à une règle générale : makhchirei mitsva ke-mitsva damou -- ce qui rend la mitsva réalisable a-t-il le statut de la mitsva ? Si oui, dit Rachi, de même que la pensée formée pendant la hafina invalide le ketoret, celle formée pendant le ratissage invalide les braises. Dans sa seconde version (lachon aher), Rachi déplace légèrement l'objet du doute : ce ne serait pas le ketoret mais les braises elles-mêmes qui deviendraient impropres à recevoir l'encens.
Rachi souligne au passage un acquis à ne pas confondre avec la question : que la lina (le fait d'avoir passé la nuit) invalide ces braises, on le sait déjà, puisque la michna précédente enseigne qu'un tevoul yom les invalide. Mais être atteint par la lina ne prouve pas qu'un geste soit un service. C'est exactement le point que Tossefot va marteler.
On demanda à Rav Chechet : la holakha (le convoiement du sang vers l'autel) faite de la main gauche, quel est le statut ? Rav Chechet leur dit : vous l'avez appris [dans notre michna] -- il prit la mahta (l'encensoir) de sa main droite et le kaf (la coupe d'encens) de sa main gauche.
Nouvelle sougya, et de portée bien plus large que le ketoret : elle vaut pour tout sacrifice. Le service du sang comporte quatre gestes ; deux d'entre eux, la kabbala (recueillir le sang) et la zerika (l'asperger), exigent sans discussion la main droite, car le verset y mentionne la kehouna et le doigt -- et Rachi rappelle la règle : partout où sont dits etseba et kehouna, il s'agit de la droite. Mais la holakha, le convoiement du sang de l'endroit de l'abattage jusqu'à l'autel, n'est nulle part écrite en propre. On ne sait qu'elle est un service que par ricochet : la Torah a désigné la kabbala par un verbe de transport (ve-hikrivou).
De là, dit Rachi, le doute : la holakha hérite bien du statut d'avoda, mais hérite-t-elle aussi de l'exigence de main ? Le mot kehouna n'a jamais été écrit à son sujet.
Rav Chechet répond par notre propre michna. Le Cohen Gadol entre au Saint des Saints en une seule fois (havaa ahat) ; il ne peut donc que porter la mahta d'une main et le kaf de l'autre. Or ce transport du kaf est bien une holakha -- et il se fait de la gauche. Tossefot ajoute la justification méthodologique décisive : il vaut mieux apprendre une holakha d'une autre holakha que de la kabbala, même si c'est de la kabbala que la holakha tient son statut de service.
Et résolvons-leur [la question] à partir de ce que nous avons appris dans la michna : la patte droite [du tamid est portée] dans la main gauche, le côté de la peau tourné vers l'extérieur !
Objection de la guemara : pourquoi aller chercher la preuve dans notre michna, alors qu'une michna du traité Tamid la donne plus directement ? Elle décrit le partage des membres du sacrifice quotidien entre les cohanim qui les montent à la rampe de l'autel : celui qui a obtenu la tête et la patte reçoit la tête dans sa droite et la patte droite dans sa gauche, en tournant vers l'extérieur le côté de la peau et vers lui-même la surface de coupe -- question de décence, précise Rachi.
La force de l'objection tient à ce que Rachi note d'un mot : cette michna parle du corps même de l'autel, c'est-à-dire d'un véritable acheminement vers l'autel, non d'un transport accessoire. Ce serait donc une holakha gauchère, valide, et attestée ailleurs que dans le cas singulier du Yom Kippour.
Si [la preuve venait] de là, j'aurais dit : cela ne vaut que pour une holakha qui n'empêche pas l'expiation ; mais une holakha qui empêche l'expiation -- non. [Rav Chechet] nous fait donc savoir [qu'elle est valide même alors].
Réponse : la michna du tamid ne suffit pas, parce que toutes les holakhot ne pèsent pas le même poids. Monter les membres à la rampe ne conditionne rien : l'expiation ne tient qu'au sang, rappelle Rachi, et un sacrifice dont les membres n'ont jamais été brûlés reste kacher, son propriétaire ayant déjà obtenu sa kappara. On pouvait donc soupçonner que la Torah y soit indulgente sur la main.
Le convoiement du sang, lui, est meakev kappara : sans lui, le sang n'atteint pas l'autel, il n'y a ni zerika ni expiation. J'aurais pu croire que la Torah y exige la droite, comme pour la kabbala. D'où la nécessité de la preuve de Rav Chechet : le kaf du ketoret est précisément une holakha dont dépend toute l'expiation du jour -- et il se porte de la main gauche.
Le kamachma lan final n'ajoute donc pas une information nouvelle : il justifie le choix de la source. C'est la valeur exacte de la preuve de Rav Chechet qui est établie ici.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).