Yoma 49b -- Le geste de la hafina intérieure, puis : le Cohen Gadol a égorgé son taureau et il est mort -- son sang est-il encore "le taureau" ?

Yoma 49b

Sougya : L'amoud s'ouvre sur la description technique de la seconde hafina : comment, les deux mains prises, le Cohen Gadol fait-il passer l'encens du bazakh dans ses paumes jointes ? Il en saisit le bord du bout des doigts -- ou, dit un second avis, entre ses dents -- le remonte au pouce jusqu'entre ses coudes, le retourne, puis entasse l'encens sur les braises pour que la fumée tarde, ou le disperse pour qu'elle vienne vite.

La guemara corrige l'expression "l'avoda difficile du Temple" en "l'une des plus difficiles" -- car la melika et la kemitsa le sont aussi -- et Tossefot précise que le critère n'est pas l'adresse requise mais le tsaar, la pénibilité physique. Elle empoche au passage la conclusion restée ouverte : hofen ve-hozer ve-hofen, il y a bien deux puisées.

S'ouvre alors la grande question de l'amoud : le Cohen Gadol a égorgé son taureau puis est mort -- son suppléant entre-t-il dans le Saint des Saints avec ce sang, ou doit-il recommencer ? Rabbi Hanina et Rabbi Ami lisent "be-far" strictement, et non avec le sang d'un taureau ; Rech Lakich et Rabbi Yitshak y incluent le sang.

Deux preuves sont alors tentées -- l'inscription au groupe du Pessa'h qui se ferme à l'égorgement, et la bête égorgée écartée du rachat du premier-né d'ânesse -- et toutes deux sont neutralisées de la même façon : chaque texte a son limoud propre, mi-hyot mi-sse pour le Pessa'h, la gezera chava sse-sse pour le peter hamor. L'amoud se clôt sur la mise au point de cette gezera chava, bornée par le ribbouy de "tifde tifde" -- et la question de départ reste sans preuve.

Ketsad hou osse -- le geste de la seconde hafina, à l'intérieur du Saint des Saints Comment faire passer l'encens du bazakh (la cuillère) dans les paumes jointes, sans une main libre et sans rien renverser. Point de départ -- les deux mains sont prises Main droite : la mahta (encensoir de braises). Main gauche : le bazakh (cuillère d'encens). Il pose d'abord la mahta à terre. 1. La prise Il saisit le bord du bazakh du bout des doigts. Yech omrim : avec les dents. Le manche pointe vers ses bras. 2. La remontée Avec ses deux pouces il tire le manche vers son corps, peu à peu, jusqu'à bein atsilei yadav : entre ses coudes. 3. Le retournement Il la fait basculer de côté et l'encens tombe dans ses paumes jointes (le-tokh hofnav). 4. Il verse l'encens sur les braises de la mahta Reste une dernière décision : la forme du dépôt. Tana kama : tsovrah -- il l'entasse L'encens est amoncelé en tas compact. Peu de surface au contact des braises. Fumée LENTE à monter kedei she-yehe achana chohe lavo Il peut sortir avant que la fumée l'enveloppe. Yech omrim : mefazerah -- il la disperse L'encens est étalé sur toute la braise. Surface de contact maximale. Fumée RAPIDE à monter kedei she-yehe achana memaheret lavo La nuée se forme aussitôt, comme l'exige le verset.
La chorégraphie de la seconde hafina : les deux mains sont occupées, il n'y a aucune main libre pour transvaser. D'où la prise du bazakh du bout des doigts -- ou entre les dents -- et la remontée au pouce jusqu'entre les coudes. Le dernier geste, entasser ou disperser, décide de la vitesse de la fumée.
Chahat ou-met : il a égorgé le taureau puis il est mort Le Cohen Gadol suppléant entre-t-il dans le Saint des Saints avec le sang déjà recueilli, ou doit-il tout recommencer ? Le verset unique : Vayikra 16:3 "Be-zot yavo Aharon el ha-kodech : BE-FAR ben bakar" -- avec un taureau. Lecture stricte be-far -- ve-lo be-damo chel par avec un taureau, et non avec le sang d'un taureau Rabbi Hanina Rabbi Ami Le sang n'est pas "le taureau". Le suppléant doit égorger un nouveau taureau à lui. Lecture large be-far -- va-afilou be-damo chel par avec un taureau, et même avec le sang d'un taureau Rech Lakich Rabbi Yitshak Le sang porte encore le nom du taureau. Le suppléant entre avec le sang existant. Nafka mina -- l'enjeu pratique Un taureau déjà égorgé et un sang déjà recueilli : les jeter, ou les employer ? Question de fond : après la chehita, le sang est-il encore "le taureau" -- ou un simple dérivé ? C'est cette question de nom qui va commander les deux objections de la suite de l'amoud.
La question centrale de l'amoud : le Cohen Gadol égorge son taureau puis meurt. Quatre Amoraim, deux lectures du même mot be-far, un enjeu unique -- le sang porte-t-il encore le nom de l'animal ?
Deux tentatives de preuve -- deux neutralisations par un limoud propre Le même schéma joue deux fois : on produit un texte où l'animal égorgé n'est plus l'animal ; on répond que ce texte a sa source à lui. THÈSE À TESTER : après l'égorgement, le sang / l'animal porte-t-il encore son nom ? Objection 1 -- Rabbi Ami à Rabbi Yitshak Nafha Pessa'h : "on s'inscrit et on se retire du groupe JUSQU'À CE QU'ON ÉGORGE". Si le sang était encore "l'agneau", il aurait fallu dire : jusqu'à l'aspersion du sang. Réponse : chani hatam Chemot 12:4 : mi-hyot mi-sse -- lu me-hayouta de-sse : tant que l'agneau VIT. Objection 2 -- Mar Zoutra Peter hamor : on ne rachète ni avec un veau, ni avec un animal ÉGORGE... mais avec un sse. Donc un animal égorgé n'est plus un sse : la chehita fait perdre le nom. Réponse : chani hatam Gezera chava sse -- sse depuis le Pessa'h. Le peter hamor hérite de la règle du Pessa'h. Bilan : les deux textes sont des exceptions locales Aucun ne dit ce que vaut le nom d'un animal égorgé EN GENERAL. La question reste ouverte. Prolongement : la gezera chava du peter hamor n'est pas totale Si sse=sse valait entièrement, il faudrait un mâle, sans défaut, d'un an -- comme le Pessa'h. Mais "tifde tifde" ribba : on inclut au-delà. Et si "tifde tifde" incluait tout, "sse" ne servirait plus à rien. Les deux se limitent l'un l'autre.
Les deux essais de preuve (Pessah, peter hamor) et leur neutralisation symétrique. Dans les deux cas, un limoud propre au sujet explique le résultat sans rien dire du principe général.
1
כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה? אוֹחֵז אֶת הַבָּזֵךְ בְּרֹאשׁ אֶצְבְּעוֹתָיו, וְיֵשׁ אוֹמְרִים בְּשִׁינָּיו, וּמַעֲלֶה בְּגוּדָלוֹ עַד שֶׁמַּגַּעַת לְבֵין אַצִּילֵי יָדָיו, וְחוֹזֵר וּמַחְזִירָהּ לְתוֹךְ חָפְנָיו, וְצוֹבְרָהּ, כְּדֵי שֶׁיְּהֵא עֲשָׁנָהּ שׁוֹהֶה לָבוֹא. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: מַפְזֵרָה, כְּדֵי שֶׁיְּהֵא עֲשָׁנָהּ מְמַהֶרֶת לָבוֹא.

Comment procède-t-il ? Il saisit le bazakh (la cuillère d'encens) du bout de ses doigts -- et il y en a qui disent : avec ses dents -- et il le fait monter avec son pouce jusqu'à ce qu'il parvienne entre les atsilei yadav (ses coudes), puis il le retourne et en fait retomber [l'encens] dans ses hofnav (ses deux paumes jointes), et il l'entasse (tsovrah), afin que sa fumée tarde à venir.

Et il y en a qui disent : il le disperse (mefazerah), afin que sa fumée vienne vite.

📜 Rachi (1)
כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה חֲפִינָה שְׁנִיָּה שֶׁבִּפְנִים מִן הַבָּזֵךְ לְתוֹךְ חָפְנָיו אוֹחֵז אֶת רֹאשׁ הַבָּזֵךְ בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו לְאַחַר שֶׁהִנִּיחַ אֶת הַמַּחְתָּה בָּאָרֶץ וְיָדָהּ שֶׁל בָּזֵךְ כְּלַפֵּי בֵּין זְרוֹעוֹתָיו וּמַעֲלֶה בִּשְׁנֵי גּוֹדְלָיו וּמוֹשֵׁךְ אֶת יָדָהּ בְּגוֹדְלָיו לְצַד גּוּפוֹ מְעַט מְעַט עַד שֶׁמַּגִּיעַ רֹאשׁ יָדָהּ לְבֵין אֲצִילֵי יָדָיו וְרֹאשׁ הַבָּזֵךְ מַגִּיעַ לְגֹובַהּ פַּס יָדוֹ וְחוֹזֵר וּמַחֲזִירָהּ דֶּרֶךְ צִדָּהּ לְתוֹךְ חָפְנָיו וְצוֹבְרָהּ עַל הַגֶּחָלִים:
Comment procède-t-il -- [il s'agit de] la seconde hafina, celle qui se fait à l'intérieur, du bazakh vers ses paumes jointes. Il tient le bord du bazakh du bout de ses doigts, après avoir posé la mahta (l'encensoir) à terre, le manche du bazakh tourné vers l'espace entre ses bras ; il le fait monter avec ses deux pouces et tire le manche avec ses pouces vers son corps, peu à peu, jusqu'à ce que le bout du manche parvienne entre ses coudes et que le bord du bazakh arrive à la hauteur du plat de sa main ; puis il le retourne par le côté dans ses paumes jointes, et il l'entasse sur les braises.
💡 Explication

La difficulté est purement mécanique. Le Cohen Gadol est entré dans le Saint des Saints les deux mains prises : la mahta (l'encensoir de braises) dans la droite, le bazakh (la cuillère d'encens) dans la gauche. Une fois la mahta posée à terre, il lui faut faire passer l'encens de la cuillère dans ses paumes jointes -- et il n'a plus aucune main libre pour transvaser. D'où ce geste d'équilibriste : la prise du bord du bazakh du bout des doigts (ou, selon le yech omrim, entre les dents), puis la remontée lente du manche avec les pouces jusqu'à bein atsilei yadav, entre les coudes, où le retournement devient possible.

Le dernier geste n'est pas technique mais halakhique. Tsovrah (entasser) réduit la surface au contact des braises : la fumée monte lentement. Mefazerah (disperser) la multiplie : la nuée se forme aussitôt. Derrière ces deux gestes, deux lectures du verset "et la nuée d'encens couvrira le kaporet" (Vayikra 16:13) -- et, en filigrane, la vieille controverse avec les Tsedoukim sur le moment où l'encens doit fumer.

2
וְזוֹ הִיא עֲבוֹדָה קָשָׁה שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ. זוֹ הִיא וְתוּ לָא? וְהָא אִיכָּא מְלִיקָה! וְהָא אִיכָּא קְמִיצָה! אֶלָּא: זוֹ הִיא עֲבוֹדָה קָשָׁה מֵעֲבוֹדוֹת קָשׁוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ. שְׁמַע מִינָּה: חוֹפֵן וְחוֹזֵר וְחוֹפֵן. שְׁמַע מִינָּה.

Et c'est là l'avoda (le service) la plus difficile du Temple. -- C'est celle-là, et pas davantage ? Mais il y a la melika (la décollation de l'oiseau à l'ongle) !

Et il y a la kemitsa (la prise d'une poignée de l'offrande de farine) ! -- Il faut plutôt dire : c'est là l'une des avodot difficiles du Temple. -- Apprends-en donc [ce qui suit] : il puise, puis il puise à nouveau (hofen ve-hozer ve-hofen). -- Apprends-en effectivement.

🗂️ Tossefot (1)
וְהָאִיכָּא קְמִיצָה וּמַה שֶׁמַּקְשֶׁה ר"י דִּבְפֶ' קַמָּא דִּמְנָחוֹת (דַּף יא.) אָמְרִינַן גַּבֵּי מִנְחַת מַאֲפֵה וּמַחֲבַת וּמַרְחֶשֶׁת זוֹ הִיא עֲבוֹדָה קָשָׁה שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ וּבְפֶרֶק כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מְנָחוֹת דַּף נד.) אָמְרִינַן אֵין לְךָ שֶׁקָּשֶׁה לִקְמִיצָה יוֹתֵר מִמִּנְחַת חוֹטֵא נִרְאֶה לִי דְּהָנָךְ ג' דְּקָא חֲשִׁיב הָכָא עֲבוֹדוֹת קָשׁוֹת הֵם לַכֹּהֵן לַעֲשׂוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן צַעַר מְלִיקָה לִמְלֹוק בְּצִפָּורְנוֹ לַחְתֹּוךְ הַמַּפְרֶקֶת וְכֵן קְמִיצָה דְּמִנְחַת מַאֲפֶה שֶׁיֵּשׁ לוֹ צַעַר לַכֹּהֵן לִמְחֹוק בְּגוֹדְלוֹ מִלְמַעְלָה וּבְאֶצְבַּע קְטַנָּה מִלְּמַטָּה וּלְהַשְׁווֹת דָּבָר קָשֶׁה וְכֵן בַּחֲפִינָה כְּדִמְפָרֵשׁ שֶׁנּוֹטֵל הַבָּזֵךְ בְּשִׁינָּיו וְעוֹד מְפָרֵשׁ לְקַמָּן שֶׁהָיָה צָרִיךְ לִיזָּהֵר מְאֹד שֶׁלֹּא יִכָּוֶה מֵחֹום הַגֶּחָלִים אֲבָל גַּבֵּי מִנְחַת חוֹטֵא לָא קָאָמַר אֵין לְךָ עֲבוֹדָה קָשֶׁה יוֹתֵר מִמִּנְחַת חוֹטֵא אֶלָּא קָשֶׁה לִקְמִיצָה קָאָמַר לְפִי שֶׁאֵין מְגֻובֶּלֶת אֵין יָכוֹל לְהַשְׁווֹת בִּשְׁעַת קְמִיצָה אֲבָל צַעַר אֵין לוֹ:
Mais il y a la kemitsa -- Ce que le Ri objecte : au premier chapitre de Menahot (11a) on dit, à propos de la minhat maafe, de la mahavat et de la marheshet, "c'est là l'avoda difficile du Temple" ; et au chapitre Kol ha-menahot baot matsa (Menahot 54a) on dit "tu n'as rien de plus difficile pour la kemitsa que la minhat hôte". Il me semble [que la réponse est celle-ci] : les trois [services] énumérés ici sont des avodot difficiles pour le cohen à exécuter, en ce qu'elles comportent une souffrance (tsaar). La melika : trancher la mafreket (la nuque) avec son ongle. De même la kemitsa de la minhat maafe, ou le cohen souffre de devoir effacer [l'excédent] avec son pouce par-dessus et avec le petit doigt par-dessous, et d'araser -- chose pénible. De même la hafina, comme il est expliqué [ici] qu'il prend le bazakh avec ses dents, et comme il est encore expliqué plus loin qu'il devait faire très attention à ne pas se brûler à la chaleur des braises. Mais à propos de la minhat hôte, on n'a pas dit "tu n'as pas d'avoda plus difficile que la minhat hôte" : on a dit qu'elle est difficile pour la kemitsa, parce que, n'étant pas pétrie [à l'huile], on ne peut pas araser au moment de la kemitsa -- mais il n'y a là aucune souffrance.
💡 Explication

Deux mouvements dans ce segment. D'abord une correction de style : la michna dit "l'avoda difficile du Temple" avec l'article, mais deux autres services au moins sont aussi éprouvants. On relit donc l'expression comme un superlatif relatif : l'une des plus difficiles.

Ensuite, et c'est l'essentiel, la guemara empoche une conclusion sur une question restée en suspens en 49a : le Cohen Gadol repuise-t-il l'encens une seconde fois à l'intérieur ? Puisque notre baraita décrit un transvasement du bazakh vers les paumes une fois dans le Saint des Saints, c'est bien qu'il y a hofen ve-hozer ve-hofen -- une première hafina au dehors, une seconde au dedans.

🖼️ Schéma
Les avodot dites "difficiles" -- et la distinction de Tossefot Difficile ne veut pas dire délicat à réussir : cela veut dire pénible, douloureux pour le cohen. Melika L'oiseau décapité à l'ONGLE du pouce, par la nuque. Sans couteau : il faut trancher la mafreket avec l'ongle seul. tsaar : oui Kemitsa (minhat maafe) Trois doigts pliés dans la paume, puis on efface l'excédent : pouce par-dessus, auriculaire par-dessous, jusqu'à araser. tsaar : oui Hafina Il prend le bazakh avec les DENTS, mains pleines. Et il doit se garder tout du long de la brûlure des braises. tsaar : oui Voilà pourquoi ces trois-là seules sont "avodot kachot" et pourquoi la guemara peut dire : l'une des plus dures, non la plus dure. Le cas écarté : minhat hôte (Menahot 54a) Non mélangée à l'huile, elle est "kacha li-kmitsa" : difficile à araser proprement. Mais aucun tsaar pour le cohen -- ce n'est donc pas une avoda kacha.
Selon Tossefot, "avoda kacha" ne désigne pas la difficulté d'exécution mais le tsaar, la pénibilité physique pour le cohen. C'est ce critère qui réunit melika, kemitsa et hafina -- et qui exclut la minhat hôte, seulement malaisée à araser.
3
אִיבַּעְיָא לְהוּ: שָׁחַט וּמֵת, מֶה הוּא שֶׁיִּכָּנֵס אַחֵר בְּדָמוֹ? מִי אָמְרִינַן: ״בַּפָּר״ — וַאֲפִילּוּ בְּדָמוֹ שֶׁל פַּר, אוֹ דִּילְמָא: ״בְּפַר״ — וְלֹא בְּדָמוֹ שֶׁל פַּר.

On leur posa la question suivante : il a égorgé [le taureau] puis il est mort -- qu'en est-il, un autre peut-il entrer avec son sang ? Disons-nous : "avec un taureau" (be-far) -- et donc même avec le sang d'un taureau ; ou bien peut-être : "avec un taureau" -- et non avec le sang d'un taureau ?

💡 Explication

Nouvelle sougya. Le Cohen Gadol a égorgé son taureau expiatoire, le sang est recueilli, et il meurt avant d'entrer dans le Saint des Saints. Son suppléant -- le cohen mechouah she-avar ou un autre désigné -- doit-il repartir de zéro ?

Tout tient à la lecture d'un mot du verset : be-zot yavo Aharon el ha-kodech, be-far ben bakar (Vayikra 16:3). Le be- est-il permissif (il faut qu'il entre au titre d'un taureau -- le sang suffit, car il porte encore le nom de l'animal) ou restrictif (il faut son taureau -- et le sang n'est plus le taureau) ? Derrière le point technique, une question générale : après la chehita, une bête garde-t-elle son nom ?

4
רַבִּי חֲנִינָא אוֹמֵר: ״בַּפָּר״ — וְלֹא בְּדָמוֹ שֶׁל פַּר, וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: ״בְּפַר״ — וַאֲפִילּוּ בְּדָמוֹ שֶׁל פַּר. רַבִּי אַמִּי אָמַר: ״בַּפָּר״ — וְלֹא בְּדָמוֹ שֶׁל פַּר, רַבִּי יִצְחָק אָמַר: ״בְּפַר״ — וַאֲפִילּוּ בְּדָמוֹ שֶׁל פַּר.

Rabbi Hanina dit : "avec un taureau" -- et non avec le sang d'un taureau. Et Rech Lakich dit : "avec un taureau" -- et même avec le sang d'un taureau.

Rabbi Ami dit : "avec un taureau" -- et non avec le sang d'un taureau ; Rabbi Yitshak dit : "avec un taureau" -- et même avec le sang d'un taureau.

💡 Explication

La guemara aligne deux paires d'Amoraim, une de la génération ancienne (Rabbi Hanina contre Rech Lakich), une de la suivante (Rabbi Ami contre Rabbi Yitshak). Le dédoublement n'est pas une redite : il montre que la controverse a traversé les générations sans se résoudre, et il prépare la scène du segment suivant, où Rabbi Ami va précisément attaquer Rabbi Yitshak Nafha.

5
אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי אַמֵּי לְרַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא: נִמְנִין וּמוֹשְׁכִין יְדֵיהֶן מִמֶּנּוּ עַד שֶׁיִּשָּׁחֵט, וְאִם אִיתָא — ״עַד שֶׁיִּזְרֹוק״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

Rabbi Ami objecta à Rabbi Yitshak Nafha : "on s'inscrit [dans le groupe du Pessa'h] et on en retire sa main jusqu'à ce qu'on l'égorge". Or si c'était exact [que le sang porte encore le nom de l'animal], il aurait fallu dire : "jusqu'à ce qu'on asperge le sang" !

📜 Rachi (2)
נִימְנִין עַל הַפֶּסַח מִי שֶׁרוֹצֶה לִימָּנוֹת וּמוֹשֵׁךְ יָדָיו מִמֶּנּוּ מִי שֶׁרוֹצֶה לִימָּשֵׁךְ עַד שֶׁיִּשָּׁחֵט:
On s'inscrit -- sur le Pessa'h, celui qui veut s'inscrire ; et on en retire sa main, celui qui veut se retirer, jusqu'à ce qu'on l'égorge.
וְאִם אִיתָא דִּלְאַחַר שְׁחִיטָה נָמֵי קָרֵינַן בֵּיהּ עַל הַשֶּׂה עַד שֶׁיִּזָּרֵק מִיבַּעְיָא לֵיהּ:
Or si c'était exact -- [c'est-à-dire] qu'après la chehita aussi nous lisons dans [ce cas] "sur l'agneau" : il aurait fallu dire "jusqu'à ce qu'on asperge".
💡 Explication

La michna de Pessahim règle l'inscription à une havoura, le groupe qui se partage un agneau pascal : on peut y entrer ou en sortir tant que la bête n'a pas été égorgée. Le mot clé est le verset "vous compterez pour l'agneau" (Chemot 12:4) : le rattachement se fait sur l'agneau.

L'argument de Rabbi Ami est un raisonnement à fortiori sur le vocabulaire : si, après la chehita, le sang était encore appelé "l'agneau", la fenêtre d'inscription aurait dû rester ouverte jusqu'à la zerika (l'aspersion du sang), dernier moment où l'agneau est encore là. Qu'elle se ferme à l'égorgement prouverait que la mort met fin au nom.

6
שֵׁנִי הָתָם, דִּכְתִיב: ״מִהְיוֹת מֹשֶׁה״ — מֵחַיּוּתָהּ דְּשֶׂה.

Il est différent, là-bas, puisqu'il est écrit : "mi-hyot mi-sse" -- [lu] : me-hayouta de-sse (à partir de la vie de l'agneau).

📜 Rachi (2)
וְאִם יְמַעֵט הַבַּיִת אִם בָּעוּ מְנוּיִין לְהִימָּעֵט וְלִמְשֹׁוךְ אֶת יְדֵיהֶם:
Et si la maisonnée est trop peu nombreuse -- si les inscrits veulent se réduire et retirer leur main.
מִהְיוֹת מֹשֶׁה בְּעוֹד שֶׁהֲוָוייָתוֹ קַייֶּמֶת יִתְמַעֲטוּ וְלֹא מִשֶּׁיִּשָּׁחֵט:
Mi-hyot mi-sse -- tant que son existence [vivante] subsiste ils peuvent se réduire, et non à partir du moment où on l'a égorgé.
💡 Explication

Réponse : la fermeture de la fenêtre à la chehita n'est pas une conséquence du nom de l'animal, mais une gezerat ha-katouv propre au Pessa'h. Le verset dit : ve-im yimat ha-bayit mi-hyot mi-sse (Chemot 12:4), "et si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau". Le mot mi-hyot est relu comme venant de la racine haï, vivre : me-hayouta de-sse, "tant que dure la vie de l'agneau".

Le texte de Pessa'h pose donc une limite temporelle explicite. Il ne dit rien du principe général -- et donc rien contre Rabbi Yitshak.

7
מֵתִיב מַר זוּטְרָא: וְאֵין פּוֹדִין — לֹא בְּעֵגֶל וְלֹא בְּחַיָּה וְלֹא בִּשְׁחוּטָה וְלֹא בִּטְרֵיפָה וְלֹא בְּכִלְאַיִם וְלֹא בְּכוֹי, אֶלָּא בְּשֶׂה. שָׁאנֵי הָתָם, דְּיָלֵיף ״שֶׂה״ ״שֶׂה״ מִפֶּסַח.

Mar Zoutra objecta : "et on ne rachète [le premier-né d'ânesse] ni avec un veau, ni avec un animal sauvage (haya), ni avec une bête égorgée, ni avec une terefa, ni avec un kilayim (produit d'un croisement), ni avec un koy -- mais avec un sse (agneau ou chevreau)". -- Il est différent, là-bas, car [ce tana] apprend [par une gezera chava] "sse" -- "sse" depuis le Pessa'h.

📜 Rachi (5)
אֵין פּוֹדִין פֶּטֶר חֲמוֹר:
On ne rachète pas -- [il s'agit du] peter hamor (le premier-né d'ânesse).
לֹא בְּעֵגֶל וְלֹא בְּחַיָּה דְּשֶׂה כְּתִיב:
Ni avec un veau ni avec un animal sauvage -- car il est écrit "sse".
וְלֹא בְּשֶׂה שְׁחוּטָה:
Ni -- avec un sse égorgé.
וְלֹא בְּכִלְאַיִם דְּעֵז וְרָחֵל ואע"ג דְּמִשְּׁנֵי צְדָדָיו הוּא שֶׂה:
Ni avec un kilayim -- [issu] d'un bouc et d'une brebis, et bien que par ses deux côtés ce soit un sse.
וְלֹא בְּכוֹי דְּתַיִשׁ וּצְבָיֵי' קָתָנֵי מִיהַת וְלֹא בִּשְׁחוּטָה אַלְמָא שְׁחוּטָה לָאו שֶׂה הוּא:
Ni avec un koy -- [issu] d'un bouc et d'une biche. En tout cas, il enseigne "ni avec une bête égorgée" : c'est donc qu'une bête égorgée n'est pas un sse.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁאנֵי הָתָם דְּיָלֵיף שֶׂה שֶׂה מִפֶּסַח מִכָּאן יֵשׁ לְדַקְדֵּק דְּהָא דְּקָאָמַר רָבָא בִּמְרֻובָּה (בּ"ק דַּף עז:) זֶה בָּנָה אָב כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר שֶׂה אֵינוֹ אֶלָּא לְהוֹצִיא אֶת הַכִּלְאַיִם הַיְינוּ שֶׂה [דְּפֶסַח] כִּדְאָמְרִינַן הָכָא דְּיָלְפִינַן מִינֵּיהּ שֶׂה דְּפָטַר חֲמוֹר וּבִמְרֻובָּה מַסְּקִינַן דְּבִנְיַן אָב דְּרָבָא לְפֶטֶר חֲמוֹר אִיצְטְרִיךְ וּכְדִתְנַן אֵין פּוֹדִין לֹא בְּעֵגֶל וְכוּ' וְלֹא כְּמוֹ שפירש"י בְּפֶרֶק אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ (חֻולִּין דַּף עח:) דְּבִנְיַן אָב דְּרָבָא מִשֵּׂה כְשָׂבִים וְשֵׂה עִזִּים עַד שֶׁיְּהֵא אָבִיו וְאִמּוֹ שְׁנֵיהֶם כְּשָׂבִים אוֹ שְׁנֵיהֶם עִזִּים וְעוֹד קָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ מֵהַהִיא דִּמְרֻובָּה גּוּפָהּ דְּפָרִיךְ הָתָם וּלְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּמַתִּיר בְּכִלְאַיִם מִפְּנֵי שֶׁהוּא שֶׂה בִּנְיַן אָב דְּרָבָא לְמַאי אֲתָא וּמְשַׁנֵּי לְטָמֵא שֶׁנּוֹלַד מִן הַטָּהוֹר וְעִיבּוּרוֹ מִן הַטָּמֵא וּדְלָא כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּאִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מִשֵּׂה כְשָׂבִים וְשֵׂה עִזִּים נָפְקָא שְׁמַע מִינָּה דְּבִנְיַן אָב דְּרָבָא לָא הָוֵי מִשֵּׂה כְשָׂבִים וְשֵׂה עִזִּים עַל כֵּן נִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁתִּי דְּמֹשֶׁה דְּפֶסַח נָפְקָא אֲבָל תֵּימַהּ דְּרָבָא קָרֵי לֵיהּ בִּנְיַן אָב וּבֶן בַּג בַּג פּ"ק דִבְכוֹרוֹת (דַּף יב.) קָרֵי לֵיהּ גְּזֵירָה שָׁוָה דְּקָאָמַר נֶאֱמַר כָּאן שֶׂה וְנֶאֱמַר לְהַלָּן שֶׂה מַה לְּהַלָּן פְּרָט לְכָל הַשֵּׁמוֹת הַלָּלוּ וְכוּ' וְעוֹד מַאי שְׁנָא דִּנְקַט רָבָא לְהוֹצִיא כִּלְאַיִם טְפֵי מִטְּרֵיפָה וּשְׁחוּטָה וְעוֹד דִּבְאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ דִּכְתִיב בֵּיהּ שֶׂה לְמַעֵט טְרֵיפָה כְּמוֹ שֶׁהָיִינוּ מְמַעֲטִי' כִּלְאַיִם אִי לָאו דִּכְתִיב אוֹ שֶׂה לְרַבּוֹת הַכִּלְאַיִם כִּדְאִיתָא בְּפֶ' אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וּבִמְרֻובָּה אַלְּמָה תְּנַן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בִּטְרֵיפָה וַאֲפִילּוּ ר"ש לֹא פָּטַר בִּטְרֵיפָה אֶלָּא מִשּׁוּם דִּשְׁחִיטָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לֹא שְׁמָהּ שְׁחִיטָה אֲבָל מִמַּשְׁמָעוּת שֶׂה לֹא פָּטַר לֹא בְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וְלֹא בְּתַשְׁלוּמֵי ד' וָהּ' וְכֵן רַבִּי יוֹחָנָן אַמַּאי מְחַיֵּיב בַּד' וָהּ' מוֹכֵר אֶת הַטְּרֵיפָה וְעוֹד רַבִּי אֶלְעָזָר דְּמַתִּיר בְּכִלְאַיִם לִפְדּוֹת וּמוּקִי בִּנְיַן אָב דְּרָבָא לְטָמֵא שֶׁנּוֹלַד מִן הַטָּהוֹר מְנָא לֵיהּ דְּאֵין פּוֹדִין בִּשְׁחוּטָה וּטְרֵיפָה וְעוֹד כִּי פָּרֵיךְ בִּמְרֻובָּה לְרַבִּי אֶלְעָזָר בִּנְיַן אָב דְּרָבָא ל"ל לֵימָא דְּאִיצְטְרִיךְ לִמְעוּטֵי שְׁחוּטָה וּטְרֵיפָה וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּהָנֵי בְּלֹא בִּנְיַן אָב נָפְקָא מִמַּשְׁמָעוּתָא דְּשֶׂה דְּהָנֵי לָאו שֶׂה נִינְהוּ דְּהָאָמַר בִּשְׁמַעְתָּא דְּפַר שָׁחוּט נָמֵי מִיקְּרֵי פַּר וי"ל דְּבִנְיַן אָב דְּרָבָא וּגְזֵירָה שָׁוָה לָאו חֲדָא מִלְּתָא הִיא אֶלָּא דְּתַרְוַייְהוּ נָפְקִי מִפֶּסַח דִּכְתִיב שֶׂה תָמִים זָכָר בֶּן שָׁנָה יִהְיֶה לָכֶם מִן הַכְּבָשִׂים וּמִן הָעִזִּים תִּקָּחוּ וְהַשְׁתָּא בִּנְיַן אָב דְּרָבָא נָפֵיק מִיִּתּוּרָא דְּמִן הַכְּבָשִׂים וּמִן הָעִזִּים דְּמַשְׁמַע עַד שֶׁיְּהֵא אָבִיו כֶּבֶשׂ וְאִמּוֹ כִּבְשָׂה דְּמִגְּזֵירָה שָׁוָה לָא הֲוָה מִסְתַּבֵּר לִמְעוּטֵי כִּלְאַיִם דַּהֲוָה שָׁרֵינַן לָהּ כְּרַבִּי אֶלְעָזָר אִי לָאו מִשּׁוּם בִּנְיַן אָב מִפְּנֵי שֶׁהוּא שֶׂה וַהֲוָה מִרַבֵּינַן לֵיהּ מִתִּפְדָּה תִּפָּדֶה רִיבָּה ואע"ג דִּטְרֵיפָה וּשְׁחוּטָה מִיקְּרוּ שֶׂה וְלָא מִרַבֵּינַן לְהוּ כִּלְאַיִם מִסְתַּבֵּר לְהוּ לְרַבּוֹיֵי אֲבָל מִבִּנְיַן אֲבָל דְּמִן הַכְּבָשִׂים מְמַעֵיט שַׁפִּיר דִּלְגוּפֵיהּ דְּפֶסַח לָא אִיצְטְרִיךְ דְּמִשְּׁאָר קָדָשִׁים נָפְקָא דִּמְמַעֲטִינַן בְּהוּ כִּלְאַיִם מִשּׁוֹר אוֹ כֶשֶׂב אוֹ עֵז ואע"ג דְּהַאי קְרָא דְּמִן הַכְּבָשִׂים בְּמִצְרַיִם נֶאֱמַר וַעֲדַיִין לֹא נֶאֶמְרוּ קָדָשִׁים מ"מ בָּתַר דְּנִכְתְּבוּ קָדָשִׁים לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב לְהַאי קְרָא אֶלָּא זֶה בָּנָה אָב שֶׁכָּתַב שֶׂה וְכָתַב אֶצְלוֹ מִן הַכְּבָשִׂים כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר שֶׂה אֵינוֹ אֶלָּא לְהוֹצִיא הַכִּלְאַיִם וְאִם תֹּאמַר תָּמִים דִּכְתִיב בְּהַאי קְרָא לָמָּה לִי תַּיְתֵי מִשְּׁאָר קָדָשִׁים נִרְאֶה לִי דְּאִיצְטְרִיךְ לְכִדְדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף כֹּה:) הַצּוֹרֵם אֹוזֶן הַפָּר וְאַחַר כָּךְ קִיבֵּל דָּמוֹ פָּסוּל שֶׁנֶּאֱמַר וְלָקַח מִדַּם הַפָּר הַפָּר שֶׁהָיָה כְּבָר אֵין לִי אֶלָּא קָדְשֵׁי קָדָשִׁים קָדָשִׁים קַלִּים מִנַּייִן דִּכְתִיב זָכָר תָּמִים בֶּן שָׁנָה יִהְיֶה לָכֶם שֶׁיְּהוּ כָּל הֲוָייוֹתָיו תָּם וּבֶן שָׁנָה וְאַף עַל גַּב דְּפָרִיךְ עֲלָהּ מִכָּל הַזְּבָחִים שֶׁנִּשְׁתַּייֵּר בָּהֶם כְּזַיִת חֵלֶב זוֹרֵק הַדָּם אַלְמָא לָא בָּעֵינַן שָׁלֵם בִּשְׁעַת זְרִיקָה וּמְשַׁנֵּי תַּרְגְּמָא אֶבֶן שָׁנָה נְהִי דְּכָל הֲוָיוֹתָיו לָא בָּעֵינַן שֶׁיְּהֵא תָּם קַבָּלָה מִיהוּ גָּמַר מִינֵּיהּ דְּיִלְמַד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ כֵּיוָן דְּגַלִּי לָן בְּפַר דְּבָעֵינַן שֶׁיְּהֵא תָּם בִּשְׁעַת קַבָּלָה וְהַשְׁתָּא נִיחָא לְרַבִּי אֶלְעָזָר אע"ג דְּשָׁרֵי בְּכִלְאַיִם וְלָא מוּקֵי בִּנְיַן אָב לְפֶטֶר חֲמוֹר אָסַר בְּאַחֲרֵינִי מִגְּזֵירָה שָׁוָה וְהָא דְּקָאָמַר הָתָם נֶאֱמַר כָּאן שֶׂה וְנֶאֱמַר לְהַלָּן שֶׂה מַה לְּהַלָּן פְּרָט לְכָל הַשֵּׁמוֹת הַלָּלוּ לָאו דַּוְוקָא דְּכִלְאַיִם לֹא מִגְּזֵירָה שָׁוָה נָפְקָא אֶלָּא מִבִּנְיַן אָב אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לִכְלֹול כֻּולָּם יַחַד דְּהָא עֵגֶל וְחַיָּה נָמֵי לָא נָפְקִי מִגְּזֵירָה שָׁוָה אֶלָּא מִמַּשְׁמָעוּת דְּשֶׂה וְנִיחָא נָמֵי הָא דְּאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בִּטְרֵיפָה וְכֵן תַּשְׁלוּמֵי ד' וָהּ' דְּבִנְיַן אָב לָא הָוֵי אֶלָּא מִכִּלְאַיִם וא"ת מִכָּל מָקוֹם לַיְּתֵי בִּגְזֵירָה שָׁוָה דְּשֶׂה שֶׂה כִּדְיָלְפִינַן פִּדְיוֹן פֶּטֶר חֲמוֹר יֵשׁ לוֹמַר דְּשֶׂה דִּידְהוּ לֹא מֻופְנֶה לִגְזֵירָה שָׁוָה וְתֵימַהּ דְּקָא דִּיֵּיק בִּמְרֻובָּה בִּנְיַן אָב דְּרָבָא לָמָּה לִי אִי לְקָדָשִׁים בְּהֶדְיָא כְּתַב בְּהוּ וּמַשְׁמַע דְּאִי לָא הֲוָה כְּתַב בְּהוּ בְּהֶדְיָא אֶלָּא יָלְפִינַן בִּנְיַן אָב דְּרָבָא הֲוָה נִיחָא לֵיהּ וְאַמַּאי הָא אִי לָא כְּתַב בְּקָדָשִׁים אָז לֹא הָיָה מְיֻותָּר מִן הַכְּבָשִׂים וּמִן הָעִזִּים דַּהֲוָה צָרִיךְ לִמְעוּטֵי כִּלְאַיִם בְּגוּפֵיהּ וְאוֹמֵר ר' יִצְחָק דְּדֶרֶךְ הַגְּמָרָא לְהַקְשׁוֹת כֵּן לְפִי מַה שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ רָבָא בְּבִנְיַן אָב שֶׁלּוֹ וה"ק אִי לְקָדָשִׁים וְתֵימַהּ דְּמִן הַכְּבָשִׂים וּמִן הָעִזִּים מְיֻותָּר בְּלֹא מֵילַף מִקָּדָשִׁים אֶלָּא מִקְּרָא אַחֲרֵינִי אֲפִילּוּ אִי אָמְרִינַן הָכִי לָא נִיחָא דְּהָא בְּהֶדְיָא כָּתַב בְּהוּ וְכִי הַאי גַּוְונָא אִיכָּא בִּכְתֻובּוֹת בְּפֶרֶק נַעֲרָה (כְּתֻובּוֹת דַּף מו:) וּבְרֵישׁ מַסֶּכֶת קִידּוּשִׁין (דַּף ג:) גַּבֵּי כֶּסֶף קִידּוּשֶׁיהָ מִנָּלַן דְּאָבוּהָ הֲוָה אִי מִבֹּושֶׁת וּפְגָם וְאַף עַל גַּב דְּבֹושֶׁת וּפְגָם גּוּפַייְהוּ לָא קי"ל בִּכְתֻובּוֹת בְּפֶרֶק אֵלּוּ נְעָרוֹת (כְּתֻובּוֹת דַּף מ: וְשָׁם) דְּאָבוּהָ הָווּ אֶלָּא מִקִּדּוּשִׁין דְּאִי בָּעֵי מָסַר לַהּ לִמְנֻוָּול וּמֻוכֵּה שְׁחִין אֶלָּא לְרַווְחָא קָאָמַר גְּמָרָא אֲפִילּוּ את"ל דְּבֹושֶׁת וּפְגָם מִקְּרָא אַחַרְיַנָא נָפְקָא לָא מָצֵי לְמֵילַף כֶּסֶף קִידּוּשֶׁיהָ מֵהָתָם דְּמַה לְהָנָךְ שֶׁכֵּן אַבֹּוהַּ שַׁייָּךְ בְּגַוַּוייְהוּ מִיהוּ יֵשׁ פֵּירוּשִׁים הַרְבֵּה לְשָׁם וְאֵין לְהַאֲרִיךְ כָּאן בָּזֶה וְלָא יָדַעְנָא מַאי קָשֶׁה מֵהַהִיא דִּמְרֻובֶּה דַּאֲפִילּוּ אִי לָא מְייַתַּר מִן הַכְּבָשִׂים אֶלָּא מִשּׁוּם דְּגָמְרִינַן מִקָּדָשִׁים נִיחָא הָא דְּקָאָמַר אִי לְקָדָשִׁים אִי לָא הֲוָה כְּתַב בְּהֶדְיָא בְּהוּ הֲוָה אָמְרִינַן נְהִי דְּאִיצְטְרִיךְ מִן הַכְּבָשִׂים לְגוּפֵיהּ קָדָשִׁים גָּמְרִינַן שַׁפִּיר מֵהָכָא דְּקָדָשִׁים מִקָּדָשִׁים גָּמְרִינַן בְּהֶיקֵּשָׁא דִּוְזֹאת הַתּוֹרָה לְעוֹלָה וְגוֹ' וא"ת מַאי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ בפ"ק דִּבְכוֹרוֹת (דַּף יב.) לְרַבָּנָן דְּאָסְרִי בְּכִלְאַיִם מַהוּ לִפְדּוֹת בְּנִדְמֶה וְהָא כִּלְאַיִם לָא מְמַעֲטִינַן מִגְּזֵירָה שָׁוָה אֶלָּא מִבִּנְיַן אָב וְאִם כֵּן נִדְמֶה מֵהֵיכָא תֵּיתֵי וְי"ל כֵּיוָן דְּכִלְאַיִם הֲוָה מִיסְתַּבֵּר לְרַבּוֹיֵי מִתַּפְּדָה תִּפָּדֶה וַאֲתָא בִּנְיַן אָב לִמְעוּטֵי מֵהַשְׁתָּא נְמַעֵט נָמֵי נִדְמֶה מִגְּזֵירָה שָׁוָה וְנֵימָא דג"ש דַּוְוקָא וְלָא נְרַבְּייֵהּ מִתַּפְּדָה תִּפָּדֶה:
Il est différent, là-bas, car il apprend "sse" -- "sse" depuis le Pessa'h -- De là on peut déduire que ce que dit Rava au chapitre Merouba (Bava Kama 77b), "ceci a établi un principe général (binyan av) : partout où il est dit sse, c'est uniquement pour exclure le kilayim", vise le sse [du Pessa'h], comme nous le disons ici, où nous en tirons le sse du peter hamor. Et dans Merouba nous concluons que le binyan av de Rava était nécessaire pour le peter hamor, conformément à la michna "on ne rachète ni avec un veau, etc." -- et non comme l'a expliqué Rachi au chapitre Oto ve-et beno (Houlin 78b), pour qui le binyan av de Rava viendrait de "sse kesavim ve-sse izim", exigeant que son père et sa mère soient tous deux des moutons ou tous deux des chèvres. Son explication se heurte encore à ce passage même de Merouba, où l'on objecte : "et selon Rabbi Elazar, qui autorise le kilayim parce que c'est un sse, à quoi sert le binyan av de Rava ?" -- et l'on répond : à [exclure] un animal impur né d'une [mère] pure dont la gestation vient d'un [père] impur, et cela n'est pas selon Rabbi Yehochoua ; car si c'était Rabbi Yehochoua, cela se déduirait déjà de "sse kesavim ve-sse izim". Apprends-en que le binyan av de Rava ne vient pas de "sse kesavim ve-sse izim". C'est pourquoi il faut s'en tenir à ce que j'ai expliqué : il se déduit du sse du Pessa'h. Mais il est étonnant que Rava appelle cela un binyan av alors que Ben Bag Bag, au premier chapitre de Bekhorot (12a), l'appelle une gezera chava, disant : "il est dit ici sse et il est dit là-bas sse : de même que là-bas [le mot] exclut tous ces noms, etc.". Étonnant encore : pourquoi Rava a-t-il pris le kilayim plutôt que la terefa et la bête égorgée ? Étonnant encore : dans [l'interdit d'] oto ve-et beno, où le mot sse est écrit, on devrait exclure la terefa comme on excluait le kilayim -- n'était qu'il est écrit "o sse" pour inclure le kilayim, comme cela figure au chapitre Oto ve-et beno et dans Merouba. Pourquoi donc la michna enseigne-t-elle qu'oto ve-et beno s'applique à une terefa ? Et même Rabbi Chimon ne l'a exempté, dans le cas de la terefa, qu'au motif qu'une chehita inapte n'est pas appelée chehita -- mais du sens du mot sse il n'a exempté ni pour oto ve-et beno ni pour les paiements du quadruple et du quintuple. De même Rabbi Yo'hanan : pourquoi rend-il redevable du quadruple et du quintuple celui qui vend une bête terefa ? Étonnant encore : Rabbi Elazar, qui autorise le rachat avec un kilayim et qui rapporte le binyan av de Rava à l'animal impur né d'un pur, d'où tient-il qu'on ne rachète ni avec une bête égorgée ni avec une terefa ? Et encore : lorsqu'on objecte dans Merouba, selon Rabbi Elazar, "à quoi bon le binyan av de Rava ?", que l'on dise qu'il est nécessaire pour exclure la bête égorgée et la terefa ! Et l'on ne peut pas dire que celles-là se déduiraient sans binyan av, du sens ordinaire du mot sse, comme n'étant pas des sse -- car il est bien dit dans notre sougya qu'un taureau égorgé est encore appelé un "par". On peut répondre que le binyan av de Rava et la gezera chava ne sont pas une seule et même chose, mais que tous deux se tirent du Pessa'h, où il est écrit : "un sse sans défaut, mâle, âgé d'un an sera pour vous ; des moutons ou des chèvres vous prendrez" (Chemot 12:5). Dès lors, le binyan av de Rava vient du surplus de "des moutons ou des chèvres", qui implique que son père soit un bélier et sa mère une brebis. Car de la gezera chava seule il n'aurait pas été plausible d'exclure le kilayim : nous l'aurions autorisé comme Rabbi Elazar -- n'était le binyan av -- parce que c'est un sse, et nous l'aurions inclus à partir de "tifde tifde". Et bien que la terefa et la bête égorgée soient elles aussi appelées sse sans que nous les incluions, le kilayim leur a paru, à eux, plausible à inclure. Mais par le binyan av de "des moutons", il l'exclut à bon droit : car ce mot n'est pas nécessaire pour le Pessa'h lui-même, puisqu'on le déduit des autres offrandes, où nous excluons le kilayim à partir de "un bœuf, ou un mouton, ou une chèvre" (Vayikra 22:27). Et bien que ce verset "des moutons" ait été dit en Égypte, alors que les lois des offrandes n'avaient pas encore été énoncées, il reste qu'une fois les offrandes écrites, ce verset n'avait plus besoin d'être écrit -- sinon comme un principe général : puisqu'il a écrit sse et a écrit à côté "des moutons", partout où il est dit sse c'est uniquement pour exclure le kilayim. Et si tu dis : le mot "tamim" (sans défaut) écrit dans ce verset, à quoi bon ? Qu'il se déduise des autres offrandes ! Il me semble qu'il est nécessaire pour ce que nous exposons au deuxième chapitre de Zevahim (25b) : celui qui fend l'oreille du taureau puis en recueille le sang -- c'est passoul (invalide), car il est dit "et il prendra du sang du taureau" : le taureau qui était déjà [entier]. Je n'ai là que les kodchei kodachim ; d'où [le sais-je pour] les kodachim kalim ? De ce qu'il est écrit "mâle, sans défaut, âgé d'un an sera pour vous" : que dans tous ses états il soit sans défaut et âgé d'un an. Et bien que l'on y objecte à partir de "tous les sacrifices dans lesquels il est resté un kazayit de graisse, on asperge le sang" -- ce qui prouve qu'on n'exige pas qu'il soit intact au moment de l'aspersion -- et que l'on réponde "interprète-le à propos de l'âge d'un an" : soit, nous n'exigeons pas que tous ses états soient sans défaut, la kabbala (le recueil du sang) s'en déduit cependant, selon la règle que l'obscur s'apprend du clair, puisqu'il nous a été révélé à propos du taureau que nous exigeons qu'il soit sans défaut au moment du recueil. Et voilà qui s'accorde bien avec Rabbi Elazar : bien qu'il autorise le kilayim et ne rapporte pas le binyan av au peter hamor, il interdit les autres [cas] par la gezera chava. Et ce qui est dit là-bas, "il est dit ici sse et il est dit là-bas sse : de même que là-bas [le mot] exclut tous ces noms", n'est pas à prendre au pied de la lettre, car le kilayim ne vient pas de la gezera chava mais du binyan av ; simplement, il lui a convenu de les englober tous ensemble, puisque le veau et l'animal sauvage non plus ne viennent pas de la gezera chava mais du sens ordinaire du mot sse. Et voilà qui explique aussi qu'oto ve-et beno s'applique à une terefa, de même que les paiements du quadruple et du quintuple, puisque le binyan av ne porte que sur le kilayim. Et si tu dis : malgré tout, que cela vienne par la gezera chava sse -- sse, comme nous en tirons le rachat du peter hamor ! On peut répondre que leur "sse" à eux n'est pas moufne (disponible) pour une gezera chava. Étonnant enfin qu'on infère dans Merouba "à quoi bon le binyan av de Rava ? Si c'est pour les offrandes, il y est écrit explicitement" -- ce qui laisse entendre que s'il n'y avait pas été écrit explicitement, mais que nous l'apprenions du binyan av de Rava, cela lui aurait convenu. Or pourquoi ? Car s'il n'avait pas été écrit à propos des offrandes, alors "des moutons ou des chèvres" ne serait pas superflu, puisqu'il faudrait exclure le kilayim dans le Pessa'h lui-même. Rabbenou Yits'hak dit que c'est la manière de la guemara d'objecter ainsi d'après ce que Rava n'a pas précisé dans son binyan av, et voici le sens : "si c'est pour les offrandes...". Et l'on pourrait s'étonner que "des moutons ou des chèvres" soit superflu sans qu'on l'apprenne des offrandes, mais d'un autre verset : même si nous disions ainsi, cela ne conviendrait pas, puisqu'il y est écrit explicitement. Un cas semblable se trouve dans Ketoubot, au chapitre Naara (46b) et au début du traité Kidouchin (3b), à propos de "l'argent de ses kidouchin, d'où savons-nous qu'il revient à son père ? Si c'est de la bochet (la honte) et du pegam (la dépréciation)..." -- et bien que la bochet et le pegam eux-mêmes, nous ne les établissons pas, dans Ketoubot au chapitre Elou naarot (40b), comme revenant au père [par un verset], mais à partir des kidouchin, puisque s'il le veut il peut la livrer à un homme repoussant ou couvert d'ulcères. C'est simplement que la guemara parle largement (le-revaha) : même si tu dis que la bochet et le pegam se déduisent d'un autre verset, on ne pourrait pas en tirer l'argent de ses kidouchin, car ceux-là sont différents, le père y étant partie prenante. Il y a là-dessus bien des explications, et il n'y a pas lieu de s'y étendre ici. Et je ne sais pas ce qui fait difficulté dans ce passage de Merouba : même si "des moutons" n'est superflu que parce que nous l'apprenons des offrandes, ce qu'il dit -- "si c'est pour les offrandes" -- se comprend bien : si cela n'y avait pas été écrit explicitement, nous dirions -- soit, "des moutons" est nécessaire pour lui-même, mais les offrandes, nous les apprenons bien d'ici, puisque les offrandes s'apprennent des offrandes par le hekech de "et voici la loi de la ola, etc." (Vayikra 7:37). Et si tu dis : que demandait-on donc au premier chapitre de Bekhorot (12a), selon les Sages qui interdisent le kilayim, "qu'en est-il de racheter avec un nidme (une bête ressemblant à une autre espèce) ?" -- puisque le kilayim, nous ne l'excluons pas par la gezera chava mais par le binyan av, d'où donc viendrait le nidme ? On peut répondre : puisque le kilayim, il aurait été plausible de l'inclure à partir de "tifde tifde", et que le binyan av est venu l'exclure -- dès lors, excluons aussi le nidme par la gezera chava, et disons que la gezera chava est à prendre strictement, sans l'inclure à partir de "tifde tifde".
💡 Explication

Seconde tentative, même structure. La michna de Bekhorot énumère ce qui ne peut pas servir au rachat du peter hamor, le premier-né d'ânesse, et y range la bête égorgée. Preuve, semble-t-il, qu'un animal égorgé n'est plus "un sse" -- donc que la chehita fait perdre le nom.

La réponse est encore un chani hatam : ce tana n'invoque pas le sens ordinaire du mot, il applique une gezera chava (analogie verbale) entre le "sse" du rachat (Chemot 13:13) et le "sse" du Pessa'h (Chemot 12:4-5). Le peter hamor hérite des restrictions du Pessa'h, où la bête doit évidemment être vivante. Rien ne se déduit du vocabulaire lui-même -- et de fait, rappelle Tossefot plus loin, notre sougya admet qu'un taureau égorgé est encore appelé un "par".

🖼️ Schéma
Avec quoi rachète-t-on un peter hamor (premier-né d'ânesse) ? Chemot 13:13 : "tout premier-né d'ânesse, tu le rachèteras par un SSE". Reste à savoir ce qu'est un sse. Le candidat proposé au rachat PASSOUL -- ce n'est pas un sse - egel (veau) : c'est du gros bétail - haya (animal sauvage) : pas du menu bétail - chehouta (déjà égorgé) - terefa (atteinte mortellement) - kilayim (croisé bouc x brebis) - koy (bouc x biche : statut indécis) Source : gezera chava sse -- sse depuis le Pessa'h, plus le binyan av de "min ha-kesavim ou-min ha-izim". KACHER -- c'est un sse Un agneau ou un chevreau VIVANT, de race pure, entier. Ce qui n'est PAS exigé ici mâle -- sans défaut -- âgé d'un an (exigé pour le Pessa'h, pas pour le rachat) Source du relâchement : "tifde tifde" ribba -- le redoublement du verbe élargit. L'équilibre : si "tifde tifde" incluait TOUT, le mot "sse" serait sans emploi. Les deux derachot se bornent mutuellement -- c'est la réponse finale de l'amoud.
Le rachat du premier-né d'ânesse : la liste des exclusions et sa source. La bête égorgée est écartée, mais par la gezera chava du Pessa'h -- non parce que le mot sse aurait perdu son sens.
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אִי מַה לְהַלָּן זָכָר תָּם וּבֶן שָׁנָה, אַף כָּאן זָכָר תָּם וּבֶן שָׁנָה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תִּפָּדֶה״ ״תִּפָּדֶה״ רִיבָּה.

Si [la gezera chava vaut pleinement] : de même que là-bas [pour le Pessa'h il faut] un mâle, sans défaut et âgé d'un an, de même ici [pour le rachat] un mâle, sans défaut et âgé d'un an ? -- Le verset dit : "tifde" [...] "tifde" -- il a inclus.

💡 Explication

Contre-épreuve de la réponse précédente. Si le "sse" du peter hamor se lit vraiment par l'analogie du Pessa'h, l'analogie devrait être complète : mâle, tamim (sans défaut), d'un an. Or la halakha n'exige rien de tout cela pour le rachat.

La réponse tient au redoublement du verbe dans Chemot 13:13 : ve-khôl peter hamor tifde ve-sse... ve-im lo tifde va-arafto. Un mot répété est, dans la lecture midrachique, un ribbouy : il élargit. Le redoublement neutralise donc la part de la gezera chava qui portait sur les qualités de la bête.

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אִי ״תִּפָּדֶה״ ״תִּפָּדֶה״ רִיבָּה, אֲפִילּוּ כּוּלְּהוּ נַמֵּי! אִם כֵּן, ״שֶׂה״ מַאי אַהֲנֵי לֵיהּ?

Si "tifde" "tifde" a inclus, alors même tous [les autres animaux] devraient l'être ! -- S'il en était ainsi, à quoi bon [le mot] "sse" ?

💡 Explication

La guemara pousse le ribbouy jusqu'à l'absurde : si le redoublement inclut, pourquoi pas le veau, l'animal sauvage, la bête égorgée et tout le reste ? La réponse est un argument d'économie du texte -- chi ken, sse mai ahani leh : un mot de la Tora ne peut pas être sans emploi. Il faut donc que "sse" barre quelque chose.

On aboutit à un équilibre : la gezera chava exclut ce qui n'est pas un sse (espèce, intégrité vitale), le ribbouy dispense des exigences accessoires du Pessa'h (mâle, tamim, un an). Et pour notre question de départ, le bilan est nul : ce texte est gouverne par ses propres derachot, il ne dit rien sur le statut du taureau égorgé de Kippour. La question du chahat ou-met reste sans preuve.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).