Yoma 51a -- Un sacrifice, pas une catégorie : le crible des candidats et la mahloket sur le Pessah sheni

Yoma 51a

Sougya : L'amoud s'ouvre sur la fin d'une démonstration : la baraita qui compare les rigueurs du zevah et celles de la temoura ne peut pas parler des sacrifices en général, car le bekhor et le maasser behema partagent les deux rigueurs qu'elle présentait comme propres à la temoura. Elle vise donc un sacrifice unique -- et la guemara explique pourquoi la dissymétrie est légitime : la catégorie temoura, elle, est parfaitement homogène.

Vient alors le crible des candidats. Rav Chechet, qui identifie ce zevah au bélier d'Aharon, est mis au défi : pourquoi pas le Pessa'h, seul sacrifice que la Torah appelle expressément zevah ?

Réponse : on n'égorge pas le Pessa'h pour un individu, c'est une offrande d'associés, qui ne fait donc pas de temoura. Pourquoi pas alors le Pessa'h sheni, véritablement individuel ?

Parce qu'il ne repousse pas la toum'a -- du moins selon un avis. Cette incise ouvre la seconde moitié du folio.

Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, demande à Rava ce qui distingue le Pessa'h, appelé offrande de particulier, de la haguiga, appelée offrande de la communauté ; le critère de la knoufya (le rassemblement du peuple) ne tient que grâce au Pessa'h sheni, qui ne se fait pas en assemblée. Mais cet aveu se retourne aussitôt : si c'est le Pessa'h sheni qui fonde le caractère individuel de la catégorie, c'est de lui que le tana dit qu'il repousse Chabbat et toum'a.

Rava l'accorde, et la guemara produit la mahloket : pour le tana kama, le Pessa'h sheni repousse le Chabbat mais non la toum'a, car il serait absurde que l'institution née de l'impureté s'accomplisse dans l'impureté ; pour Rabbi Yehouda, "selon toute la loi du Pessa'h" l'inclut, et le second Pessa'h est une chance offerte, non une pureté exigée : lo zakha, yaassénou be-toum'a. Une immense glose des Tossefot cartographie les sources -- hekech de ke-khôl houkat contre guezera chava de be-moado -- et conclut qu'il faut les deux.

Pourquoi la baraita généralise la temoura mais pas le zevah Une catégorie ne peut être citée en bloc que si tous ses membres se comportent pareil sur les points énoncés. La baraita : rigueur dans le zevah que n'a pas la temoura -- rigueur dans la temoura que n'a pas le zevah Côté temoura elle dit SHEM temoura (la catégorie). Côté sacrifice, dit-elle SHEM zevah ? La guemara prouve que non. SHEM temoura -- catégorie utilisable Toutes les temourot sans exception : - jamais offrande de la communauté - ne repoussent ni Chabbat ni toum'a - ne font pas elles-mêmes de temoura - valent sur bête à défaut permanent - ne sortent jamais au profane (hol) Aucun contre-exemple => le tana peut parler de la catégorie entière. SHEM zevah -- catégorie inutilisable Deux sacrifices cassent la généralisation : Bekhor saint des la matrice, tam ou baal moum, sans rachat possible Maasser behema lo yevaker bein tov la-ra, vaut sur bête à défaut, lo yigael : pas de rachat Eux aussi valent sur un baal moum kavoua et ne sortent pas au hol pour tonte et travail. La rigueur de la temoura ne serait plus exclusive Conclusion : shem zevah lo katani Le tana ne vise pas la catégorie sacrifice, mais UN sacrifice précis -- celui dont la sougya cherche justement l'identité depuis le folio précédent.
L'asymétrie de la baraita expliquée : la catégorie temoura est homogène, la catégorie zevah ne l'est pas -- le bekhor et le maasser suffisent à la briser.
Quel est le zevah unique de la baraita ? Le crible des candidats Il doit réunir trois traits : offrande de particulier, repousse le Chabbat, repousse la toum'a -- et faire temoura. Cahier des charges du zevah cherché yahid + dohé Chabbat + dohé toum'a + osse temoura Par de Kippour Lecture initiale de la guemara (folio 50b). Ce serait la preuve que le taureau fait temoura. Contesté par Rav Chechet (hors de notre amoud) Ayil d'Aharon Le bélier du Cohen Gadol : une ola, donc pas de temourat hatat qui meurt. Position de Rav Chechet. RETENU par Rav Chechet La guemara teste alors sa cohérence Pessa'h rishon Il repousse Chabbat et toum'a -- candidat idéal. ÉCARTE Ein shohatin ha-Pessa'h al ha-yahid : jamais sans association => pas de temoura Pessa'h sheni Lui vient bien à titre individuel. ÉCARTE Repousse-t-il la toum'a ? Un avis dit que non. L'objection des Tossefot : et le motar Pessa'h ? Un Pessa'h non offert en son temps devient motar Pessa'h et fait alors temoura, même pour celui qui exige une association. Réponse : le motar Pessa'h vaut lui aussi sur une bête à défaut permanent et ne sort pas au hol -- la rigueur propre à la temoura disparaîtrait donc, et la baraita n'aurait plus rien à opposer. Ce qui reste de l'amoud Le crible ne laisse debout que le bélier d'Aharon pour Rav Chechet. Mais le détour par le Pessa'h sheni ouvre une seconde sougya, autonome : ce Pessa'h sheni repousse-t-il le Chabbat ? la toum'a ? C'est elle qui occupe toute la seconde moitié du folio.
Le crible des candidats au titre de zevah unique : par de Kippour, bélier d'Aharon, Pessah rishon, Pessah sheni -- et l'objection des Tossefot sur le motar Pessah.
Le Pessa'h sheni repousse-t-il la toum'a ? Les deux avis partent du même verset -- ke-khôl houkat ha-Pessa'h yaassou oto -- et le lisent en sens contraire. Acquis commun : le Pessa'h sheni repousse le Chabbat Le désaccord porte uniquement sur la toum'a (impureté de mort). Tana kama Repousse le Chabbat, PAS la toum'a Son argument C'est la toum'a elle-même qui t'a écarté du premier Pessa'h -- et tu viendrais accomplir le second en état de toum'a ? Sa lecture du verset (Tossefot) Comme le premier Pessa'h : il ne repousse la toum'a que pour la majorité de la communauté, jamais pour une minorité. Le sheni est un cas de minorité. Rabbi Yehouda Repousse aussi la toum'a Son argument La Torah a tourné autour de lui pour qu'il l'accomplisse en pureté ; s'il n'y est pas parvenu, qu'il le fasse en toum'a. Sa lecture du verset (Tossefot) Comme le premier Pessa'h qui n'est jamais annule purement et simplement : le sheni non plus ne doit pas tomber, même si l'homme est encore impur. Nafka mina immédiate dans notre sougya Le tana de la baraita de Temoura range le Pessa'h parmi les offrandes qui repoussent Chabbat ET toum'a, tout en l'appelant korban yahid à cause du Pessa'h sheni. Il doit donc suivre Rabbi Yehouda : sans quoi sa propre formulation se contredirait.
La mahloket du tana kama et de Rabbi Yehouda sur le Pessah sheni, avec la nafka mina qui réengage la baraita de Temoura.
1
בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר, דְּחֻלִּין עַל בַּעַל מוּם קָבוּעַ, וְאֵין יוֹצְאִין לְחֻולִּין לִיגָּזֵז וְלֵיעָבֵד. אֶלָּא שֵׁם זֶבַח לָא קָתָנֵי.

[Mais il y a] le bekhor (premier-né) et le maasser behema (dîme du bétail), dont la sainteté prend effet même sur une bête atteinte d'un défaut permanent (baal moum kavoua), et qui ne sortent pas au profane (hol) pour être tondus et mis au travail ! Il faut donc dire que [le tana] n'enseigne pas la catégorie zevah [en général, mais un sacrifice déterminé].

📜 Rachi (2)
בְּכוֹר קְדֻושָּׁתוֹ מֵרֶחֶם בֵּין תָּם בֵּין בַּעַל מוּם וְאֵין לוֹ שׁוּם פִּדְיוֹן דִּכְתִיב בֵּיהּ (בַּמִּדְבָּר י״ח:י״ז) אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר לֹא תִּפָּדֶה וּבְמַעְשַׂר בְּהֵמָה נָמֵי כְּתִיב (וַיִּקְרָא כ״ז:ל״ג) לֹא יְבַקֵּר בֵּין טוֹב לָרַע אַלְמָא חָל עַל בַּעַל מוּם וּפִדְיוֹן אֵין לוֹ דִּכְתִיב (שָׁם) לֹא יִגְאַל:
Sa sainteté existe dès la matrice, qu'il soit sans défaut (tam) ou porteur d'un défaut (baal moum), et il n'a aucun rachat, car il est écrit à son sujet : "mais le premier-né du bœuf... tu ne le rachèteras pas" (Bamidbar 18:17). Et au sujet du maasser behema il est écrit également : "il ne distinguera pas entre le bon et le mauvais" (Vayikra 27:33) -- signe que [la sainteté] prend effet même sur une bête à défaut ; et il n'a pas de rachat, car il est écrit (ibid.) : "il ne sera pas racheté".
אֶלָּא שֵׁם זֶבַח לָא קָתָנֵי אֶלָּא בְּחַד זִבְחָא נְקַט לְמִילְּתֵיהּ וְקָאָמַר חֹומֶר בּוֹ מַה שֶּׁאֵין בְּשֵׁם תְּמוּרָה וָחֹומֶר בְּשֵׁם תְּמוּרָה שֶׁאֵין בְּאוֹתוֹ זֶבַח שֶׁאָנוּ עֲסוּקֵין כָּאן:
Il prend au contraire un sacrifice déterminé pour formuler son enseignement, et il dit : rigueur en lui, qui n'existe pas dans la catégorie temoura ; et rigueur dans la catégorie temoura, qui n'existe pas dans ce sacrifice-là dont nous nous occupons ici.
💡 Explication

La baraita citée au folio précédent opposait deux séries de rigueurs : ce que le zevah (sacrifice) a de plus que la temoura (substitution), et ce que la temoura a de plus que le zevah. Du côté de la temoura, elle énonçait deux rigueurs : la temoura prend effet même sur une bête à défaut permanent, et elle ne redescend jamais au statut profane pour qu'on puisse la tondre ou la faire travailler.

Objection : si le mot zevah désignait la catégorie des sacrifices, ces deux rigueurs ne seraient pas propres à la temoura. Le bekhor et le maasser behema les partagent exactement. La généralisation est donc impossible ; il faut lire la baraita comme parlant d'un sacrifice bien précis, celui-là même que la sougya cherche à identifier.

2
וּמַאי שְׁנָא? תְּמוּרָה — שֵׁם תְּמוּרָה אַחַת הִיא. זֶבַח — אִיכָּא בְּכוֹר וְאִיכָּא מַעֲשֵׂר.

Et qu'y a-t-il de différent [entre les deux moitiés de la baraita, pour que l'une parle par catégorie et l'autre par cas particulier] ? La temoura : la catégorie temoura est une [homogène].

Le zevah : il y a le bekhor et il y a le maasser [dont les lois diffèrent].

📜 Rachi (2)
מַאי שְׁנָא דְּלִינְקֹוט תַּנָּא מִילְּתֵיהּ בִּתְרֵי גַּוְונֵי:
[Pourquoi faut-il] que le tana formule son enseignement de deux manières [différentes] ?
שֵׁם תְּמוּרָה אַחַת הִיא כָּל הַתְּמוּרוֹת שָׁווֹת בְּכָל הָנָךְ דְּקָתָנֵי הָכָא בְּצִיבּוּר וּבִדְחִייַּת שַׁבָּת וּבַעֲשִׂיַּית תְּמוּרָה וּבְגִיזָּה וּבַעֲבוֹדָה אֲבָל זֶבַח לָא מָצֵי לְמִיתְנֵי שֵׁם דְּהָא קָתָנֵי גִּיזָּה וַעֲבוֹדָה דְּלָא מָצֵי לְמֵימַר מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּשֵׁם זֶבַח דְּהָא אִיכָּא בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר:
Toutes les temourot sont égales sur tous les points enseignés ici : à l'égard de la communauté, du fait de repousser le Chabbat, de faire une temoura, de la tonte et du travail. Mais pour le zevah, il ne pouvait pas enseigner la catégorie, puisqu'il a enseigné la tonte et le travail, dont il ne pouvait pas dire "ce qui n'est pas le cas dans la catégorie zevah" -- car il y a le bekhor et le maasser.
💡 Explication

La guemara ne se contente pas de la conclusion : elle demande pourquoi le tana s'exprime de deux façons dans une seule et même phrase -- une fois par catégorie (shem temoura), une fois par cas d'espèce. La réponse est un principe de méthode : on ne peut citer une catégorie en bloc que si tous ses membres se comportent identiquement sur les points énoncés.

Or c'est le cas des temourot : quelle que soit l'offrande substituée, aucune temoura n'est offrande de la communauté, aucune ne repousse le Chabbat, aucune ne fait à son tour de temoura, toutes valent sur une bête à défaut et aucune ne ressort au profane. Les sacrifices, eux, sont un ensemble hétérogène, et deux membres suffisent à briser la généralité.

3
וּלְרַב שֵׁשֶׁת, אַדְּמוֹקֵים לַהּ בְּאֵילוֹ שֶׁל אַהֲרֹן, לוֹקְמֵהּ בְּפֶסַח, דְּדוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וְאֶת הַטֻּומְאָה וְעוֹשֶׂה תְּמוּרָה, דְּקָרְבָּן יָחִיד הוּא? קָסָבַר: אֵין שׁוֹחֲטִין הַפֶּסַח עַל הַיָּחִיד.

Et selon Rav Chechet : plutôt que d'établir [la baraita] au sujet du bélier d'Aharon, qu'il l'établisse au sujet du Pessa'h, qui repousse le Chabbat et la toum'a et fait temoura, puisqu'il est une offrande de particulier (korban yahid) ! [Réponse :] il tient que l'on n'égorge pas le Pessa'h pour un seul individu.

📜 Rachi (1)
קָסָבַר אֵין שׁוֹחֲטִין פֶּסַח עַל הַיָּחִיד כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר הָכִי בְּמַסֶּכֶת פְּסָחִים (דַּף צֵא.) וְיָלֵיף לָהּ מִלֹּא תוּכַל לִזְבֹּוחַ אֶת הַפָּסַח בְּאַחַד וְכֵיוָן דְּאֵינוֹ בָּא בְּלֹא שֻׁותָּפוּת אֵין עוֹשֶׂה תְּמוּרָה:
Comme Rabbi Yehouda qui dit ainsi au traité Pessahim (91a), et qui le tire du verset "tu ne pourras pas égorger le Pessa'h pour un seul". Et puisqu'il ne vient jamais sans association (chutafout), il ne fait pas de temoura.
🗂️ Tossefot (1)
נוֹקְמָהּ בְּפֶסַח נִרְאֶה מִשּׁוּם דְּחַטָּאת וְאִילּוּ שֶׁל אַהֲרֹן לָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנִינְהוּ בִּלְשׁוֹן זֶבַח סְתָמָא דְּלָא אַשְׁכְּחַן דְּאִיקְרֵי זֶבַח אֲבָל פֶּסַח כְּתִיב זֶבַח פֶּסַח הוּא תֵּימַהּ לִי לוֹקְמֵהּ בְּפֶסַח רִאשׁוֹן וְנֵימָא דְּהָכִי קָאָמַר חֹומֶר בְּזֶבַח שֶׁיֵּשׁ זֶבַח אֶחָד דְּשַׁיָּיךְ בֵּיהּ כָּל הָנֵי מִילֵּי דְּקָא חֲשִׁיב דִּנְהִיג בְּיָחִיד כִּבְצִיבּוּר וְדוֹחֶה שַׁבָּת וְטֻומְאָה וְעוֹשֶׂה תְּמוּרָה אִם לֹא קָרַב בִּזְמַנּוֹ דַּהֲוָה לֵיהּ מוֹתַר פֶּסַח וּמְמִירִין בּוֹ אֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר דְּאֵין שׁוֹחֲטִין הַפֶּסַח עַל הַיָּחִיד אִם מָשְׁכוּ בְּעָלָיו אֶת יְדֵיהֶם וְלֹא נִשְׁאַר עָלָיו אֶלָּא אֶחָד עוֹשֶׂה תְּמוּרָה כִּדְאָמְרִי' בְּפֶרֶק מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צו:) דְּפֶסַח בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה עוֹשֶׂה תְּמוּרָה מַה שֶּׁאֵין כֵּן בְּשׁוּם תְּמוּרָה חֹומֶר בִּתְמוּרָה שֶׁכֵּן חָלָה עַל בַּעַל מוּם קָבוּעַ וְאֵינוֹ יוֹצֵא לְחֻולִּין לִיגָּזֵז וְלֵיעָבֵד מַה שֶּׁאֵין כֵּן בְּזֶבַח פֶּסַח שֶׁאָמַרְנוּ וי"ל דְּמֻותָּר פֶּסַח נָמֵי חָל עַל בַּעַל מוּם קָבוּעַ דְּאִם הִפְרִישׁ פֶּסַח וְהוּמַם וְעָבַר עָלָיו הַפֶּסַח הָוֵי מוֹתַר פֶּסַח וְאֵין יוֹצֵא לְחֻולִּין לִיגָּזֵז וְלֵיעָבֵד כֵּיוָן דְּקָדַם הִקְדִּישׁוֹ דְּפֶסַח לְמוּמוֹ:
Il semble [que la guemara n'y avait pas pensé plus tôt] parce que le hatat et le bélier d'Aharon n'auraient pas dû être désignés par le terme zevah tout court, car nous ne trouvons pas qu'ils soient appelés zevah ; alors qu'au sujet du Pessa'h il est écrit "c'est un zevah Pessa'h". Une difficulté se pose à moi : qu'on l'établisse donc au sujet du premier Pessa'h, en disant que le sens est le suivant. Rigueur dans le zevah : il existe un sacrifice auquel s'appliquent toutes les caractéristiques énumérées -- il se pratique pour un individu comme pour la communauté, il repousse le Chabbat et la toum'a, et il fait temoura s'il n'a pas été offert en son temps, devenant alors motar Pessa'h (résidu du Pessa'h), sur lequel on peut substituer même selon celui qui dit qu'on n'égorge pas le Pessa'h pour un seul : si ses propriétaires se sont retirés et qu'il n'en reste qu'un, il fait temoura, comme nous le disons au chapitre Mi che-haya tame (Pessahim 96b), à savoir qu'un Pessa'h [offert] pendant le reste des jours de l'année fait temoura -- ce qui n'est le cas d'aucune temoura. Rigueur dans la temoura : elle prend effet sur une bête à défaut permanent et ne sort pas au profane pour être tondue et mise au travail -- ce qui n'est pas le cas du zevah Pessa'h dont nous avons parlé. Et l'on peut répondre que le motar Pessa'h, lui aussi, prend effet sur une bête à défaut permanent : car si l'on a mis à part un Pessa'h, qu'il s'est trouvé atteint d'un défaut et que la fête de Pessa'h est passée, il devient motar Pessa'h et ne sort pas au profane pour être tondu et mis au travail, puisque sa consécration comme Pessa'h a précédé son défaut.
💡 Explication

Rav Chechet avait refusé d'identifier le zevah de la baraita au taureau de Kippour et lui avait substitué le bélier d'Aharon. La guemara le prend au mot : si l'on cherche un sacrifice de particulier qui repousse à la fois le Chabbat et la toum'a et qui fasse temoura, le Pessa'h est un bien meilleur candidat, et il est le seul à être appelé expressément zevah dans la Torah (zevah Pessa'h hou).

La réponse tient à une règle de Pessahim : ein shohatin ha-Pessa'h al ha-yahid -- on n'égorge pas l'agneau pascal pour une seule personne, il faut un groupe inscrit. Le Pessa'h est donc structurellement une offrande d'associés (chutafin), et une offrande d'associés ne fait pas de temoura : seul un particulier peut substituer.

4
וְנוֹקְמֶיהָ בְּפֶסַח שֵׁנִי! מִי דָּחֵי טֻומְאָה?

Et qu'il l'établisse au sujet du Pessa'h sheni (second Pessa'h) [qui, lui, se fait à titre individuel] ! [Mais] repousse-t-il la toum'a ?

📜 Rachi (1)
מִי דָּחֵי טֻומְאָה אִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּלָא דָחֵי:
Il y a un avis, plus bas dans notre sougya, selon lequel il ne la repousse pas.
💡 Explication

Le Pessa'h sheni, du 14 Iyar, est offert par celui qui était impur ou en voyage lointain au 14 Nissan. Il échappe donc à l'objection précédente : on peut parfaitement l'égorger pour une personne seule, et il devrait alors faire temoura.

La guemara le disqualifie d'un mot : la baraita exigeait un sacrifice repoussant et le Chabbat et la toum'a. Or il existe un avis -- discuté quelques lignes plus bas -- selon lequel le Pessa'h sheni ne repousse pas la toum'a. Cette remarque, qui ne sert d'abord qu'à écarter un candidat, va ouvrir la seconde sougya du folio.

5
אֲמַר לֵיהּ רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ לְרָבָא: וְתַנָּא, מַאי שְׁנָא פֶּסַח דְּקָרֵי לֵיהּ קָרְבַּן יָחִיד, וּמַאי שְׁנָא חֲגִיגָה דְּקָרֵי לַהּ קָרְבַּן צִיבּוּר? אִי מִשּׁוּם דְּאָתֵי בְּכִנּוּפְיָא — פֶּסַח נָמֵי אָתֵי בְּכִנּוּפְיָא? אִיכָּא פֶּסַח שֵׁנִי דְּלָא אָתֵי בְּכִנּוּפְיָא.

Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, dit à Rava : et le tana [de la baraita citée plus haut] -- qu'y a-t-il de différent dans le Pessa'h, qu'il appelle offrande de particulier, et qu'y a-t-il de différent dans la haguiga, qu'il appelle offrande de la communauté ? Si c'est parce qu'elle vient bi-knoufya (dans un rassemblement de tout le peuple), le Pessa'h aussi vient bi-knoufya !

[Réponse :] il y a le Pessa'h sheni, qui ne vient pas bi-knoufya.

📜 Rachi (2)
וְתַנָּא מַאי שְׁנָא חֲגִיגָה וְכוּ' הַהוּא תַּנָּא דִּתְמוּרָה דְּגַבֵּי רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יַעֲקֹב דְּאַיְּיתִי לְעֵיל:
Il s'agit de ce tana [de la baraita] de Temoura, celle de Rabbi Meir et Rabbi Yaakov, que l'on a citée plus haut.
בְּכִנּוּפְיָא בָּרְגָלִים:
Lors des fêtes de pèlerinage (regalim).
💡 Explication

Nouvelle question, sur la baraita de Temoura où s'opposaient Rabbi Meir et Rabbi Yaakov. Ce tana appelait le Pessa'h korban yahid et la haguiga (l'offrande de fête que l'on mange avec le Pessa'h) korban tsibbour. Rav Houna cherche le critère de ce partage.

L'hypothèse examinée est la knoufya : le fait que l'offrande soit apportée par le peuple assemblé. Mais le Pessa'h du 14 Nissan aussi est apporté par tout Israël réuni. Rava sauve le critère en invoquant le Pessa'h sheni : cette branche-là de la catégorie Pessa'h ne se fait jamais en assemblée, ce qui suffit à empêcher de ranger le Pessa'h parmi les offrandes du tsibbour.

🖼️ Schéma
Pourquoi la haguiga est tsibbour et le Pessa'h yahid Le critère proposé est la knoufya : l'offrande vient-elle dans un rassemblement de tout le peuple ? Haguiga Elle ne se fait qu'aux fêtes de pèlerinage, quand tout Israël monte ensemble. Jamais un individu isolé à une autre date. Appelée korban tsibbour Pessa'h Le premier Pessa'h vient lui aussi dans le rassemblement du 14 Nissan -- l'objection de Rav Houna part de là. Pourtant appelé korban yahid Réponse de Rava : il y a le Pessa'h sheni Le second Pessa'h se fait au 14 Iyar, par ceux-là seuls qui ont manqué le premier. Il ne vient donc pas bi-knoufya : la catégorie Pessa'h garde bien un versant individuel. Le piège que cette réponse ouvre Si c'est le Pessa'h sheni qui rend la catégorie individuelle, c'est bien de lui que le tana parle quand il dit que le Pessa'h repousse Chabbat et toum'a -- d'où la question du segment suivant.
Le critère de la knoufya et la faille par laquelle Rava le sauve -- au prix d'un aveu qui sera aussitôt exploité.
6
אֲמַר לֵיהּ: אִם כֵּן יְהֵא דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וְאֶת הַטֻּומְאָה! אֲמַר לֵיהּ: אִין, כְּמַאן דְּאָמַר דָּחֵי, דְּתַנְיָא: פֶּסַח שֵׁנִי דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת, וְאֵינוֹ דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה. מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא — אָמַר לָךְ: מִפְּנֵי טֻומְאָה דְּחִיתוֹ וְיֵעָשֶׂה בְּטֻומְאָה?!

Il lui dit : s'il en est ainsi, [le Pessa'h sheni] devrait repousser le Chabbat et la toum'a ! Il lui répondit : oui -- [ce tana s'exprime] comme celui qui dit qu'il [la] repousse.

Car il a été enseigné (dans une baraita) : le Pessa'h sheni repousse le Chabbat, mais il ne repousse pas la toum'a. Rabbi Yehouda dit : il repousse même la toum'a.

Quel est le raisonnement du tana kama ? Il te dira : c'est à cause de la toum'a que tu as été écarté [du premier Pessa'h] -- et tu l'accomplirais en état de toum'a ?!

🗂️ Tossefot (1)
דּוֹחֶה הַשַּׁבָּת וְאֵין דּוֹחֶה הַטֻּומְאָה נ"ל דְּבֵין רַבִּי יְהוּדָה וּבֵין רַבָּנָן גָּמְרִי מִכְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח וּבְהָא סְבָרָא פְּלִיגִי דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר כְּכָל חֻקַּת פֶּסַח רִאשׁוֹן אֵין דּוֹחֶה טֻומְאָה אֶלָּא בְּרוֹב צִיבּוּר אֲבָל בְּמִיעוּט צִיבּוּר נִדְחֶה מִפְּנֵי הַטֻּומְאָה אַף פֶּסַח שֵׁנִי וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר ה"ק מַה פֶּסַח רִאשׁוֹן אֵין בָּטֵל לְגַמְרֵי אַף וְכוּ' אֲבָל מִבְּמוֹעֲדוֹ בְּמוֹעֲדוֹ בִּגְזֵירָה שָׁוָה לָא גָּמְרִינַן חֲדָא דְּלָמָּה לִי ג"ש הָא אָתְיָא שַׁפִּיר מִכְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח וְעוֹד אִי מִגְּזֵירָה שָׁוָה מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא דְּלָא דָחֵי טֻומְאָה נִיגְמַר מִגְּזֵירָה שָׁוָה דְּדָחֵי שַׁבָּת וְטֻומְאָה וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּאַדְּרַבָּה גָּמְרִינַן מִפֶּסַח רִאשׁוֹן מַה פֶּסַח רִאשׁוֹן לָא דָּחֵי טֻומְאָה בִּיחִידִים אַף פֶּסַח שֵׁנִי דְּאִם כֵּן מִנָּלַן דְּפֶסַח דָּחֵי שַׁבָּת אֲפִילּוּ כְּשֶׁהוּא בָּא בְּיָחִיד כְּגוֹן שֶׁרֹוב צִיבּוּר זָבִין וּמִיעוּטָן עוֹשִׂין אֶת הָרִאשׁוֹן בְּשַׁבָּת מִנָּלַן הָא מִתָּמִיד לֵיכָּא לְמִיגְמַר אֶלָּא כְּשֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין פֶּסַח דֻּומְיָא דְּתָמִיד דְּהָוֵי קָרְבָּן שֶׁל כָּל יִשְׂרָאֵל וְנֵימָא דַּיּוֹ לַבָּא מִן הַדִּין לִהְיוֹת כַּנִּדּוֹן מַה לְהַלָּן כָּל יִשְׂרָאֵל אַף כָּאן כָּל יִשְׂרָאֵל דַּוְוקָא אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ כֵּיוָן דְּגָמְרִינַן בג"ש הָכִי גָּמְרִינַן מַה לְהַלָּן בְּמוֹעֲדוֹ אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת וְאֵינוֹ בָּטֵל בִּשְׁבִיל שֶׁהוּא שַׁבָּת אַף בְּפֶסַח לֹא יִתְבַּטֵּל בְּשַׁבָּת וְאִם הָיוּ כָּל יִשְׂרָאֵל זָבִין אוֹ בְּדֶרֶךְ רְחוֹקָה חוּץ מֵאָדָם אֶחָד אוֹ שְׁנַיִם וְחָל ע"פ בְּשַׁבָּת אִי אָמְרַתְּ לָא דָּחֵי שַׁבָּת בְּיָחִיד הֲרֵי הוּא בָּטֵל לְגַמְרֵי הָכִי נָמֵי נֵימָא גַּבֵּי פֶּסַח שֵׁנִי שֶׁלֹּא יִתְבַּטֵּל מִפְּנֵי הַטֻּומְאָה כְּמוֹ פֶּסַח רִאשׁוֹן שֶׁאֵין בָּטֵל לְגַמְרֵי בִּשְׁבִיל טֻומְאַת מֵת וְלֵיכָּא לְמֵימַר דת"ק סְבִירָא לֵיהּ דִּבְמוֹעֲדוֹ קָאֵי אַפֶּסַח רִאשׁוֹן כְּרַבִּי נָתָן בְּפֶרֶק מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צג.) וא"כ בְּפֶסַח שֵׁנִי לֹא כְּתַב בְּמוֹעֲדוֹ וְגָמַר מִכְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח אֲבָל ר' יְהוּדָה גָּמַר שַׁפִּיר מִבְּמוֹעֲדוֹ דְּסָבַר דְּאַפֶּסַח שֵׁנִי קָאֵי דְּהָא בִּשְׁמַעְתָּא קָאָמַר וְרַבִּי יְהוּדָה אָמַר לָךְ אָמַר קְרָא כְּכָל חֻקַּת אַלְמָא מִכְּכָל חֻקַּת נָפְקִי לֵיהּ נָמֵי לְר' יְהוּדָה עַל כֵּן נִרְאֶה לִי דְּכִי קָרְבַּן ה' לֹא הִקְרִיב בְּמֹועֲדוֹ (בַּמִּדְבָּר ט) לֹא מִיסְתַּבֵּר כְּלָל לִדְרוֹשׁ אוֹתוֹ לִגְזֵירָה שָׁוָה אַלִּיבָּא דְּשׁוּם תַּנָּא דְּלָא דָּמֵי לְאִינָךְ שֶׁנִּכְתְּבוּ בִּלְשׁוֹן צִוּוּי תִּשְׁמְרוּ לְהַקְרִיב לִי בְּמוֹעֲדוֹ (שָׁם כח) וְיַעֲשׂוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת הַפָּסַח בְּמוֹעֲדוֹ (שָׁם ט) אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה' בְּמוֹעֲדֵיכֶם (שָׁם כט) וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶת מֹועֲדֵי ה' אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל (וַיִּקְרָא כג) לַעֲשׂוֹת הַמּוֹעֲדוֹת אֲבָל הַאי קְרָא כָּתַב כִּי קָרְבַּן ה' לֹא הִקְרִיב בְּמֹועֲדוֹ אֲבָל מִכְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח גָּמְרִינַן שַׁפִּיר וּבִסְבָרָא פְּלִיגִי כִּדְפֵי' וא"ת וְהָא פֶּסַח רִאשׁוֹן לָא נָפְקָא לָן דְּדָחֵי שַׁבָּת אֶלָּא מִגְּזֵירָה שָׁוָה מִתָּמִיד וְהֵיכִי גָּמַר פֶּסַח שֵׁנִי מִינֵּיהּ בְּהֶיקֵּישָׁא הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר דָּבָר הַלָּמֵד בִּגְזֵירָה שָׁוָה חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אֵינוֹ חוֹזֵר וּמְלַמֵּד מַאי אִיכָּא לְמֵימַר וְיֵשׁ לוֹמַר דִּסְבִירָא לֵיהּ הֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר לָא הָוֵי הֶיקֵּשׁ כֵּיוָן דְּמִכְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח גָּמְרִינַן דְּבָרִים שֶׁכְּתוּבִים בְּפֶסַח רִאשׁוֹן גּוּפֵיהּ גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ נָמֵי מִידִי דְּגָמְרִינַן בָּהּ בִּגְזֵירָה שָׁוָה אֲבָל קָשֶׁה לְמָאֵן דְּאָמַר בס"פ אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נז.) הֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר הָוֵי הֶיקֵּשׁ וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּאִיהוּ סְבִירָא לֵיהּ דְּדָבָר הַלָּמֵד בִּגְזֵירָה שָׁוָה חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ דא"כ מַאי טַעְמָא פְּלִיגִי בַּהּ אָמוֹרָאֵי בְּפָ' אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נ.) תִּיפְשֹׁוט דְּחוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ מֻדַּר' יִשְׁמָעֵאל דְּאִית לֵיהּ הֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר הָוֵי הֶיקֵּשׁ וּצְרִיכִין אָנוּ לוֹמַר לְדִידֵיהּ דְּדָבָר הַלָּמֵד בִּגְזֵירָה שָׁוָה חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ וְדֹוחַק הוּא לוֹמַר דִּלֵּר' יִשְׁמָעֵאל פֶּסַח שֵׁנִי אֵינוֹ דּוֹחֶה לֹא שַׁבָּת וְלֹא טֻומְאָה דא"כ הָווּ לְהוּ שָׁלֹשׁ מַחֲלוֹקוֹת בַּדָּבָר וְי"ל כֵּיוָן דִּכְתִיב כְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח יַעֲשׂוּ אֹותוֹ צְרִיכִים אָנוּ לִלְמֹוד כְּמוֹ כֵן מִמֶּנּוּ דָּבָר שֶׁלָּמַדְנוּ בּוֹ בִּגְזֵירָה שָׁוָה שֶׁאִם לֹא כֵן אִינָךְ מְקַייֵּם כְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח וְכִי הַאי גַּוְונָא מְשַׁנֵּי לְקַמָּן בְּפִירְקָא (יוֹמָא דַּף נז.) חוּץ מִבִּפְנִים בְּחַד זִימְנָא גָּמַר כְּלוֹמַר כֵּיוָן דִּכְתִיב וְכֵן יַעֲשֶׂה לְאֹהֶל מוֹעֵד צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת בְּאֹהֶל מוֹעֵד בְּפַר כָּל מַה שֶּׁעָשָׂה לִפְנַי וְלִפְנִים וְכֵן בְּשָׂעִיר וַאֲפִילּוּ דָּבָר שֶׁלָּמְדוּ בְּהֶיקֵּשׁ דְּאִם לֹא כֵן לָא קָרֵינַן בֵּיהּ וְכֵן יַעֲשֶׂה אֲבָל יֵשׁ פֵּירוּשׁ בִּפְסָחִים שֶׁמֻּוגָּהּ בָּהֶם דִּבְמוֹעֲדוֹ גָּמְרִי בִּגְזֵירָה שָׁוָה וְכֵן נִמְצָא בְּסִפְרֵי כִּי קָרְבַּן ה' לֹא הִקְרִיב בְּמֹועֲדוֹ בָּא הַכָּתוּב וְלִימֵּד עַל פֶּסַח שֵׁנִי שֶׁדּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת אוֹ יִדְחֶה אֶת הַטֻּומְאָה אָמַרְתָּ כָּל עַצְמוֹ אֵינוֹ בָּא אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַטֻּומְאָה וּסְתָמָא כְּרַבָּנָן וְצָרִיךְ אֲנִי לְייַשֵּׁב מֵהָא שֶׁהִקְשֵׁיתִי לְעֵיל דְּוַדַּאי פֶּסַח גָּמַר שַׁפִּיר מִתָּמִיד דַּאֲפִילּוּ יָחִיד עֲבִיד בְּשַׁבָּת דְּהָא תָּמִיד כָּל שָׁעָה יָבֹא בְּשַׁבָּת אַף פֶּסַח כָּל שָׁעָה יָבֹא בְּשַׁבָּת וַאֲפִילּוּ יָחִיד ואע"ג דְּתָמִיד לָא אָתוּ בְּיָחִיד בְּשַׁבָּת הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּלָא מַשְׁכַּחַת לֵיהּ בְּיָחִיד כְּלָל אֲבָל פֶּסַח שֶׁהוּא בָּא בְּיָחִיד יֵשׁ לְךָ לִלְמֹוד הֵימֶנּוּ דְּנַיְתֵי בְּשַׁבָּת בֵּין בְּיָחִיד בֵּין בְּצִיבּוּר אֲבָל בְּטֻומְאָה כֵּיוָן דְּפֶסַח רִאשׁוֹן גּוּפֵיהּ זִימְנִין דְּלָא דָחֵי טֻומְאָה כְּגוֹן בְּמִיעוּט צִיבּוּר דְּעָבְדִי בְּטָהֳרָה וְלָא עָבְדִי בְּטֻומְאָה הָכִי נָמֵי פֶּסַח שֵׁנִי וא"ת לָמָּה לִי גְּזֵירָה שָׁוָה הָא אָתְיָא מִכְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח יֵשׁ לוֹמַר דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּמִימְּעִיט מִכְּעֵין הַפְּרָט דְּמִצְוַת וּמְרוֹרִים מָה הַפְּרָט מְפֹורָשׁ מִצְוַת עֲשֵׂה דְּלָא דָחֵי לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כָּרֵת אַף כֹּל לִמְעוּטֵי שֶׁלֹּא יִדָּחֶה שַׁבָּת שֶׁהוּא לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כָּרֵת מִיהוּ לֵר' נָתָן דְּאָמַר בְּמוֹעֲדוֹ אַפֶּסַח רִאשׁוֹן קָאֵי צָרִיךְ לוֹמַר דְּפֶסַח שֵׁנִי דְּדָחֵי שַׁבָּת נָפְקָא לֵיהּ מִכְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּשְׁמַעְתִּין דְּנָפְקָא לֵיהּ נָמֵי מֵהָתָם וְאֶפְשָׁר דְּרַבָּנָן דְּרַבִּי יְהוּדָה נָמֵי סְבִירָא לְהוּ הָכִי כְּרַבִּי נָתָן וְלֹא כְּתַב בְּמוֹעֲדוֹ אַפֶּסַח שֵׁנִי וְנָפְקָא לְהוּ מִכְּכָל חֻקַּת אוֹ סְבִירָא לְהוּ כַּר' חֲנַנְיָא בֶּן עֲקַבְיָא וְרַבִּי דְּדָרְשִׁי בְּמוֹעֲדוֹ בְּפֶסַח שֵׁנִי וְנָפְקָא לְהוּ מִבְּמוֹעֲדוֹ כִּדְאִיתָא בְּסִיפְרֵי מִיהוּ קָשֶׁה לִי דִּבְסִפְרֵי קָאָמַר מֵעִיקָּרָא כִּי קָרְבַּן ה' לֹא הִקְרִיב בְּמֹועֲדוֹ עַל פֶּסַח רִאשׁוֹן עָנוּשׁ כָּרֵת אַתָּה אוֹמֵר עַל פֶּסַח רִאשׁוֹן אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא עַל פֶּסַח שֵׁנִי אֲמַרְתְּ אֵיזֶהוּ מוֹעֲדוֹ זֶה רִאשׁוֹן וּבָתַר הָכִי קָאָמַר דִּבְמוֹעֲדוֹ בְּפֶסַח שֵׁנִי כָּתַב וְשֶׁמָּא הַיְינוּ דְּקָאָמַר דָּבָר אַחֵר בָּא הַכָּתוּב וְלִימֵּד עַל פֶּסַח שֵׁנִי שֶׁדּוֹחֶה הַשַּׁבָּת וּדְרָשָׁא קַמַּיְיתָא לְמָאֵן דְּאָמַר דְּאַפֶּסַח רִאשׁוֹן קָאֵי וְדָבָר אַחֵר דְּקָאָמַר לְמָאֵן דְּאָמַר דְּאַפֶּסַח שֵׁנִי קָאֵי מִיהוּ קָשֶׁה דְּא"כ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בָּא הַכָּתוּב וְלִימֵּד עַל פֶּסַח שֵׁנִי לְעִנְיַן כָּרֵת דְּאַיְירֵי בֵּיהּ מֵעִיקָּרָא מַאי טַעְמָא שַׁבְקֵיהּ לְכָרֵת וּנְקַט מִילְּתָא אַחֲרִיתִי כֵּיוָן דִּלְמַאן דְּאָמַר דְּאַשֵּׁנִי קָא אַייְרֵי וְהָא אִינְהוּ פְּלִיגִי לְעִנְיַן כָּרֵת בְּפֶרֶק מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צג.) וְעוֹד אֵינִי סָבוּר שֶׁיֵּשׁ כִּי הַאי גַוְונָא בְּשׁוּם מָקוֹם בַּבָּרַייְתָא אַחַת שֶׁדּוֹרֵשׁ שְׁתֵּי דְּרָשׁוֹת בִּסְתָם שֶׁסּוֹתְרִין זוֹ אֶת זוֹ וּבִתְרֵי תַּנָּאֵי בְּהַרְבֵּה מְקוֹמוֹת יֵשׁ דָּבָר אַחֵר אַחַר דָּבָר אַחֵר דְּמִקְּרָא אֶחָד יוֹצֵא לְכַמָּה טְעָמִים אֲבָל כִּי הַאי גַוְונָא לָא אַשְׁכְּחַן וְנִרְאֶה לִי דְּהַהִיא דְּרָשָׁא דְּסִפְרֵי כְּרַבִּי אָתְיָא וה"פ אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא עַל פֶּסַח שֵׁנִי כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא יִתְחַיֵּיב כָּרֵת אַרִאשׁוֹן לְחוּדֵיהּ אֶלָּא אַפֶּסַח שֵׁנִי מִשּׁוּם דִּקְרָא בְּפָרָשַׁת פֶּסַח שֵׁנִי כְּתִיב וְנֵימָא דְּאַפֶּסַח שֵׁנִי חַיָּיב כָּרֵת אֲפִילּוּ הֵיכָא דְּשָׁגַג בָּרִאשׁוֹן וְהֵזִיד בַּשֵּׁנִי וְלֹא אַרִאשׁוֹן אֲפִילּוּ הֵזִיד בָּרִאשׁוֹן וְשָׁגַג בַּשֵּׁנִי אָמַרְתָּ אֵיזֶהוּ בְּמוֹעֲדוֹ זֶה רִאשׁוֹן כְּלוֹמַר אֵינוֹ סְבָרָא כְּלָל לוֹמַר דְּאַשֵּׁנִי קָאֵי וְלֹא אַרִאשׁוֹן דְּעִיקַּר בְּמוֹעֲדוֹ בָּרִאשׁוֹן כְּתִיב וְיַעֲשׂוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת הַפָּסַח בְּמוֹעֲדוֹ וא"כ קָאֵי נָמֵי אַרִאשׁוֹן וְאִי לֹא כְּתַב חֶטְאוֹ יִשָּׂא הֲוָה אֲמִינָא אַרִאשׁוֹן לְחוּדֵיהּ קָאֵי הַשְׁתָּא דִּכְתִיב חֶטְאוֹ יִשָּׂא דָּרֵישׁ לֵיהּ נַמֵּי בְּפֶסַח שֵׁנִי כִּדְאִיתָא בְּפֶ' מִי שֶׁהָיָה טָמֵא וְגַלִּי לָן חֶטְאוֹ יִשָּׂא דִּבְמוֹעֲדוֹ אַתַּרְוַיְיהוּ קָאֵי וְאִי לָא כְּתִיב בְּמוֹעֲדוֹ הֲוָה אֲמִינָא דְּכָרֵת אַפֶּסַח שֵׁנִי לְחוּדֵיהּ קָאֵי וְהַשְׁתָּא קָאָמַר שַׁפִּיר דָּבָר אַחֵר בְּמוֹעֲדוֹ אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּפֶסַח שֵׁנִי דּוֹחֶה שַׁבָּת עוֹד נִרְאֶה לְקַיֵּים הַכֹּל דְּהָא דְּדָחֵי שַׁבָּת נָפְקָא לָן מִכְּכָל חֻוקַּת וּמִבְּמוֹעֲדוֹ דְּאִי מִכְּכָל חֻוקַּת אִיכָּא לְמֵימַר כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל וְאִי מִבְּמוֹעֲדוֹ אִיכָּא לְמֵימַר כִּדְפַר' לְעֵיל לְהָכִי צְרִיכִי תַּרְוַיְיהוּ וּבָא זֶה וְלִימֵּד עַל זֶה וּבָא זֶה וְלִימֵּד עַל זֶה מִיהוּ לְרַבִּי נָתָן מִכְּכָל חֻוקַּת לְחוּדֵיהּ נָפְקָא:
Il me semble que Rabbi Yehouda comme les Sages tirent tous deux [leur position] de "ke-khôl houkat ha-Pessa'h" (selon toute la loi du Pessa'h), et que leur désaccord porte sur le raisonnement suivant. Le tana kama tient : "selon toute la loi du premier Pessa'h" -- lequel ne repousse la toum'a que pour la majorité de la communauté, alors que pour une minorité il est écarté devant la toum'a ; il en va donc de même du Pessa'h sheni. Et Rabbi Yehouda tient que le sens est : de même que le premier Pessa'h n'est jamais annulé purement et simplement, de même etc. En revanche, du [rapprochement] be-moado / be-moado par guezera chava, nous ne tirons rien. Premièrement, à quoi bon une guezera chava, puisque cela se déduit déjà très bien de "ke-khôl houkat ha-Pessa'h" ? Ensuite, si c'était par guezera chava, quel serait le raisonnement du tana kama pour dire qu'il ne repousse pas la toum'a ? Qu'il déduise de la guezera chava qu'il repousse le Chabbat et la toum'a ! Et l'on ne peut pas dire qu'au contraire nous déduisons du premier Pessa'h : de même que le premier Pessa'h ne repousse pas la toum'a pour des individus, de même le Pessa'h sheni. Car s'il en était ainsi, d'où saurions-nous que le Pessa'h repousse le Chabbat même lorsqu'il vient à titre individuel, par exemple si la majorité de la communauté est atteinte de zivout et que la minorité accomplit le premier [Pessa'h] un Chabbat ? D'où le saurions-nous ? Du tamid, on ne pourrait le déduire que dans le cas où tout Israël accomplit le Pessa'h, à l'image du tamid qui est une offrande de tout Israël ; et l'on dirait "dayo la-ba min ha-din lihyot ka-nidon" (il suffit à ce qui est déduit d'être comme ce dont il est déduit) : de même que là-bas il s'agit de tout Israël, de même ici, tout Israël exclusivement. Il faut donc forcément dire que, puisque nous déduisons par guezera chava, voici ce que nous déduisons : de même que là-bas "en son temps" vaut même un Chabbat et n'est pas annulé du fait que c'est Chabbat, de même pour le Pessa'h il ne sera pas annulé un Chabbat. Et si tout Israël était atteint de zivout ou en voyage lointain, sauf un ou deux hommes, et que la veille de Pessa'h tombait un Chabbat -- si tu dis qu'il ne repousse pas le Chabbat pour un individu, le voilà annulé purement et simplement. De la même façon, disons à propos du Pessa'h sheni qu'il ne doit pas être annulé à cause de la toum'a, tout comme le premier Pessa'h n'est pas annulé purement et simplement à cause de la toum'a de mort. Et l'on ne peut pas dire que le tana kama tient que "be-moado" se rapporte au premier Pessa'h, comme Rabbi Natan au chapitre Mi che-haya tame (Pessahim 93a), de sorte que "be-moado" ne serait pas écrit à propos du Pessa'h sheni et qu'il déduirait de "ke-khôl houkat ha-Pessa'h" -- tandis que Rabbi Yehouda déduirait très bien de "be-moado", tenant qu'il se rapporte au Pessa'h sheni. Car dans notre sougya il est dit : "et Rabbi Yehouda te dira : le verset dit ke-khôl houkat" -- preuve que pour Rabbi Yehouda aussi cela sort de "ke-khôl houkat". C'est pourquoi il me semble que le verset "car il n'a pas présenté l'offrande de l'Éternel en son temps" (Bamidbar 9) ne se prête nullement, selon aucun tana, a être exposé en guezera chava : il ne ressemble pas aux autres [emplois de be-moado], qui sont écrits à l'impératif -- "vous veillerez à me l'offrir en son temps" (ibid. 28), "les enfants d'Israël feront le Pessa'h en son temps" (ibid. 9), "voilà ce que vous ferez à l'Éternel en vos temps fixés" (ibid. 29), "et Moche dit les temps fixés de l'Éternel aux enfants d'Israël" (Vayikra 23) pour accomplir les fêtes -- alors que notre verset écrit : "car il n'a pas présenté l'offrande de l'Éternel en son temps". De "ke-khôl houkat ha-Pessa'h", en revanche, nous déduisons parfaitement, et le désaccord porte sur le raisonnement, comme je l'ai expliqué. Et si tu objectes : mais du premier Pessa'h, nous ne savons qu'il repousse le Chabbat que par une guezera chava tirée du tamid -- comment le Pessa'h sheni pourrait-il en déduire par un hekech (rapprochement) ? Cela va bien pour celui qui dit qu'une chose apprise par guezera chava peut à son tour enseigner par hekech ; mais pour celui qui dit qu'elle ne peut pas reenseigner, que répondre ? On peut dire qu'il tient que "lui-même et autre chose" ne constitue pas un hekech : puisque, de "ke-khôl houkat ha-Pessa'h", nous déduisons les règles écrites dans le premier Pessa'h lui-même, nous en déduisons aussi ce que nous y avons appris par guezera chava. Mais cela fait difficulté pour celui qui dit, à la fin du chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 57a), que "lui-même et autre chose" constitue bien un hekech. Et l'on ne peut pas dire que celui-là tient qu'une chose apprise par guezera chava peut reenseigner par hekech : car s'il en était ainsi, pourquoi les Amoraim en disputent-ils au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 50a) ? Que l'on tranche qu'elle reenseigne par hekech, à partir de Rabbi Yichmael qui tient que "lui-même et autre chose" constitue un hekech -- et il nous faudrait alors dire, selon lui, qu'une chose apprise par guezera chava reenseigne par hekech. Et il est forcé de dire que, pour Rabbi Yichmael, le Pessa'h sheni ne repousse ni le Chabbat ni la toum'a, car il y aurait alors trois positions dans la question. On peut répondre : puisqu'il est écrit "selon toute la loi du Pessa'h ils le feront", nous devons également en déduire ce que nous y avons appris par guezera chava, faute de quoi tu n'accomplis pas "selon TOUTE la loi du Pessa'h". Et c'est de cette manière que l'on répond plus loin dans notre chapitre (Yoma 57a) : "le dehors depuis le dedans, il l'a appris en une seule fois" -- c'est-à-dire que, puisqu'il est écrit "et ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation", il faut accomplir dans la tente d'assignation avec le taureau tout ce qu'il a accompli dans le Saint des Saints, et de même avec le bouc, y compris une chose apprise par hekech ; faute de quoi nous ne lisons pas en lui "et ainsi fera-t-il". Toutefois, il existe un commentaire sur Pessahim, corrigé en ce sens, selon lequel c'est bien de "be-moado" qu'ils déduisent, par guezera chava. Et on trouve de même dans le Sifri : "car il n'a pas présenté l'offrande de l'Éternel en son temps" -- le verset vient enseigner au sujet du Pessa'h sheni qu'il repousse le Chabbat. Ou bien repoussera-t-il la toum'a ? Tu dis : son existence même ne tient qu'à la toum'a. Et cet enseignement anonyme suit les Sages. Il me faut alors résoudre la difficulté que j'ai soulevée plus haut. Assurément, le Pessa'h se déduit fort bien du tamid, y compris qu'un individu l'accomplisse un Chabbat : puisque le tamid vient en toute occasion, Chabbat compris, de même le Pessa'h viendra en toute occasion, Chabbat compris, et même par un individu. Et bien que le tamid ne vienne jamais d'un individu un Chabbat, c'est uniquement parce qu'on ne le trouve jamais du fait d'un individu ; mais le Pessa'h, qui peut venir d'un individu, tu dois en déduire qu'il vient un Chabbat, aussi bien par un individu que par la communauté. En revanche, pour la toum'a, puisque le premier Pessa'h lui-même parfois ne la repousse pas -- par exemple pour une minorité de la communauté, qui l'accomplit en pureté et non en toum'a -- il en va de même du Pessa'h sheni. Et si tu objectes : à quoi bon la guezera chava, puisque cela vient déjà de "ke-khôl houkat ha-Pessa'h" ? On peut dire qu'il tient que cela se trouve exclu par le principe du "ke-ein ha-perat" (à l'image du détail énoncé) de "matsot et merorim" : de même que le détail explicite est un commandement positif qui ne repousse pas un interdit passible de karet, de même pour tout le reste -- ce qui exclut qu'il repousse le Chabbat, lequel est un interdit passible de karet. Cependant, selon Rabbi Natan, qui dit que "be-moado" se rapporte au premier Pessa'h, il faut dire que le fait que le Pessa'h sheni repousse le Chabbat lui vient de "ke-khôl houkat ha-Pessa'h", comme pour Rabbi Yehouda dans notre sougya, chez qui cela vient également de là. Et il est possible que les Sages qui s'opposent à Rabbi Yehouda tiennent eux aussi comme Rabbi Natan, que "be-moado" n'est pas écrit à propos du Pessa'h sheni, et qu'ils le tirent de "ke-khôl houkat" ; ou bien qu'ils tiennent comme Rabbi Hananya ben Akavya et comme Rabbi, qui exposent "be-moado" à propos du Pessa'h sheni, et qu'ils le tirent de "be-moado", comme il figure dans le Sifri. Toutefois, une difficulté me demeure : dans le Sifri, il est dit d'abord que "car il n'a pas présenté l'offrande de l'Éternel en son temps" vise le premier Pessa'h, pour lequel il est puni de karet -- "tu dis : le premier Pessa'h ; ou bien n'est-ce pas plutôt le Pessa'h sheni ? Tu dis : quel est son temps fixé ? C'est le premier" -- et ensuite il est dit que "be-moado" est écrit à propos du Pessa'h sheni. Peut-être est-ce là le sens du "davar aher" (autre explication) : le verset vient enseigner au sujet du Pessa'h sheni qu'il repousse le Chabbat -- la première exégèse étant selon celui qui dit qu'il se rapporte au premier Pessa'h, et le "davar aher" selon celui qui dit qu'il se rapporte au Pessa'h sheni. Mais cela fait difficulté : s'il en était ainsi, il aurait dû dire "le verset vient enseigner au sujet du Pessa'h sheni en matière de karet", sujet dont il traitait au départ. Pourquoi abandonner le karet et prendre une tout autre question, alors même que, selon celui qui dit que le verset traite du second, ils divergent précisément sur le karet au chapitre Mi che-haya tame (Pessahim 93a) ? De plus, je ne crois pas qu'il existe nulle part un cas semblable, dans une seule baraita, où l'on expose deux exégèses anonymes qui se contredisent l'une l'autre. Avec deux tannaim, on trouve en de nombreux endroits un "davar aher" après un "davar aher", car un même verset donne lieu à plusieurs sens ; mais un cas comme celui-ci, nous ne le trouvons pas. Il me semble donc que cette exégèse du Sifri suit Rabbi, et voici son explication. "Ou bien n'est-ce pas plutôt le Pessa'h sheni ?" -- c'est-à-dire : qu'il ne soit pas passible de karet pour le premier seul, mais pour le Pessa'h sheni, puisque le verset est écrit dans la section du Pessa'h sheni ; et disons qu'il est passible de karet pour le Pessa'h sheni même dans le cas où il a agi par inadvertance (chogueg) pour le premier et délibérément (mezid) pour le second, et non pour le premier même s'il a agi délibérément pour le premier et par inadvertance pour le second. "Tu dis : quel est le be-moado ? C'est le premier" -- c'est-à-dire qu'il n'est nullement raisonnable de dire qu'il se rapporte au second et non au premier, car le be-moado principal est écrit à propos du premier : "les enfants d'Israël feront le Pessa'h en son temps" ; il se rapporte donc aussi au premier. Et si "il portera sa faute" n'avait pas été écrit, j'aurais dit qu'il se rapporte au premier seulement ; maintenant qu'il est écrit "il portera sa faute", on l'expose aussi pour le Pessa'h sheni, comme il figure au chapitre Mi che-haya tame, et "il portera sa faute" nous révèle que "be-moado" se rapporte aux deux. Et si "be-moado" n'avait pas été écrit, j'aurais dit que le karet se rapporte au Pessa'h sheni seulement. Dès lors, il est parfaitement dit : "autre explication" -- "be-moado" était nécessaire pour enseigner que le Pessa'h sheni repousse le Chabbat. Il me semble encore, pour tout maintenir, que le fait qu'il repousse le Chabbat nous vient à la fois de "ke-khôl houkat" et de "be-moado" : car de "ke-khôl houkat" seul on pourrait objecter comme je l'ai expliqué plus haut, et de "be-moado" seul on pourrait objecter comme expliqué plus haut ; les deux sont donc nécessaires, celui-ci venant enseigner sur celui-là et celui-là sur celui-ci. Toutefois, selon Rabbi Natan, cela sort de "ke-khôl houkat" à lui seul.
💡 Explication

Rav Houna retourne la réponse de Rava. Si c'est le Pessa'h sheni qui donne à la catégorie Pessa'h son caractère individuel, alors c'est bien de lui que le tana parle lorsqu'il énumère les offrandes qui repoussent le Chabbat et la toum'a. Le Pessa'h sheni devrait donc repousser les deux.

Rava l'accorde : oui, ce tana suit l'avis selon lequel le Pessa'h sheni repousse aussi la toum'a. La guemara produit alors la baraita de la mahloket, et interroge le premier avis. Son argument est d'une élégance frappante : le Pessa'h sheni n'existe que parce que la toum'a a empêché le premier ; il serait absurde que l'institution créée par l'impureté s'accomplisse à son tour dans l'impureté.

🖼️ Schéma
D'où vient que le Pessa'h sheni repousse le Chabbat ? Les deux routes des Tossefot Toute la longue glose se joue sur le choix entre un hekech et une guezera chava. Route 1 : ke-khôl houkat ha-Pessa'h Un hekech : le sheni se fait selon toute la loi du premier Pessa'h. Avantage Les deux avis peuvent en sortir : il suffit de discuter ce que veut dire comme le premier. Difficulté Le Chabbat du premier Pessa'h vient lui-même d'une guezera chava avec le tamid : peut-on réenseigner par hekech ce qu'on a appris ainsi ? Route 2 : guezera chava be-moado Le be-moado du tamid enseigne au Pessa'h que son temps ne cède pas devant le Chabbat. Avantage C'est la version du Sifri, et de commentaires de Pessahim corrigés en ce sens. Difficulté Le verset ki korban Hachem lo hikriv be-moado n'est pas un ordre, contrairement aux autres be-moado : mauvais matériau pour une g. chava. Le dernier mot des Tossefot : les deux sont nécessaires Chacune prise seule laisse une échappatoire : ke-khôl houkat pourrait n'inclure que ce qui est écrit expressément dans le premier Pessa'h, et be-moado pourrait n'enseigner que le cas de tout Israël. Les deux sources se soutiennent donc mutuellement -- ba ze ve-limed al ze. Sauf pour Rabbi Natan, chez qui ke-khôl houkat suffit à lui seul.
La carte des sources derrière la mahloket, telle que la déploient les Tossefot : hekech ke-khôl houkat, guezera chava be-moado, et la solution qui garde les deux.
7
וְרַבִּי יְהוּדָה אָמַר לָךְ, אֲמַר קְרָא: ״כְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח יַעֲשׂוּ אֹותוֹ״, וַאֲפִילּוּ בְּטֻומְאָה. הַתּוֹרָה הֶחְזִירָה עָלָיו לַעֲשׂוֹתוֹ בְּטָהֳרָה, לֹא זָכָה — יַעֲשֶׂנּוּ בְּטֻומְאָה.

Et Rabbi Yehouda te dira : le verset dit "selon toute la loi du Pessa'h ils le feront" (ke-khôl houkat ha-Pessa'h yaassou oto, Bamidbar 9:12) -- et même en état de toum'a. [Quant à l'argument du tana kama :] la Torah a tourné autour de lui pour qu'il l'accomplisse en pureté ; s'il n'y est pas parvenu (lo zakha), qu'il l'accomplisse en état de toum'a.

💡 Explication

Rabbi Yehouda répond sur les deux plans. Sur le texte : "selon toute la loi du Pessa'h" est un hekech complet entre les deux Pessa'h, et le premier repousse la toum'a ; le second aussi, donc.

Sur le raisonnement : l'argument du tana kama supposait que l'institution du Pessa'h sheni vise à garantir une exécution en pureté. Rabbi Yehouda renverse la perspective. La Torah a cherché à offrir à cet homme une chance de pureté -- c'est la faveur que constitue le second Pessa'h. Mais cette faveur n'est pas une condition : si l'homme n'a pas mérité (lo zakha) de la saisir en étant redevenu pur, l'obligation demeure et s'accomplit malgré l'impureté. Le second Pessa'h est un droit accordé, pas une pureté exigée.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).