Yoma 51b -- Le taureau qui n'appartient qu'à lui, et la traversée du Hekhal entre les deux rideaux

Yoma 51b

Sougya : L'amoud s'ouvre sur une tentative de raccourci. Pour trancher la question de Rabbi Elazar -- le Cohen Gadol peut-il faire temoura sur son taureau de Yom Kippour ? -- il suffirait, semble-t-il, de lire acher lo : le taureau vient de son bien propre, donc les autres Cohanim n'y possèdent rien.

Une baraita déploie la derasha en trois paliers : ni de la communauté, ni de ses frères les Cohanim, et la répétition du mot rend la condition me'akev, invalidante même bediavad. Mais la guemara retourne aussitôt la preuve par un ou-le-taamekh : cette même baraita dit que les Cohanim obtiennent l'expiation -- or on n'expie pas là où l'on ne possède rien.

La réponse forge une catégorie singulière, le bei gaza de-Aharon : le Rahamana a rendu ce trésor hefker à l'égard des Cohanim, quant à cette expiation seulement. Et du même coup la preuve s'effondre.

Vient alors la michna, qui suit le Cohen Gadol traversant le Hekhal jusqu'aux deux rideaux séparés d'une coudée ; Rabbi Yossé objecte que le verset ne connaît qu'un seul rideau. La guemara lui donne raison sur le texte, mais restreint sa portée au Michkan : le Second Temple, privé de l'ama traksin -- ce mur d'une coudée qu'on ne pouvait ni bâtir à cent coudées de haut ni épaissir, le plan étant fixé par écrit -- à hérité d'une bande de sol au statut douteux, et l'a enfermée entre deux parokhot.

La fin du folio dessine enfin trois trajets à travers le Hekhal, selon que l'ouverture est située au nord ou au sud ; l'avis de Rabbi Meir, coincé entre les deux, ne s'explique qu'en invoquant les dix tables de Chelomo qui bouchent le passage contre le mur nord -- ou, autre réponse, le simple respect dû au lieu.

De quel bien vient le taureau du Cohen Gadol ? La derasha de acher lo Enjeu de fond : si les Cohanim ne possèdent rien dans ce taureau, le Cohen Gadol en est seul maître -- il peut donc faire temoura. acher lo -- qui est à LUI (Vayikra 16,6 et 16,11) Écrit trois fois : deux versets, trois occurrences (Rachi) Du bien de la communauté Exclu par le premier acher lo : la communauté n'obtient pas l'expiation par ce taureau. PASSOUL Du bien de ses frères Cohanim On aurait pu l'admettre : eux obtiennent l'expiation par lui -- le verset répète : acher lo. PASSOUL De son propre bien mi-shelo hou mevi : l'animal doit lui appartenir à lui, et à personne d'autre. KACHER Troisième acher lo : shana alav le-akev L'Écriture a répété la condition : ce n'est pas seulement lekhathila -- bediavad aussi, c'est passoul. Conclusion visée : les Cohanim ne possèdent rien -- donc temoura possible Ce serait la réponse à la question de Rabbi Elazar, sans passer par le raisonnement du folio précédent. ve-litaamekh ! Si les Cohanim n'ont acquis aucune part -- comment le taureau leur fait-il expiation ? L'expiation suppose une part. La derasha se retourne contre celui qui l'invoquait. Réponse : shani bei gaza de-Aharon -- le trésor d'Aharon est différent Le Rahamana l'a rendu hefker à l'égard des Cohanim : ils y ont part sans que ce soit leur bien. La preuve tombe.
La derasha de asher lo : trois exclusions successives, la conclusion visée -- et le ve-litaamekh qui la retourne.
L'ama traksin : pourquoi deux rideaux dans le Second Temple ? Coupe est-ouest du Hekhal. À gauche l'ouest (Kodech ha-Kodachim), à droite l'est (entrée). 1. Premier Temple -- un mur de pierre d'une coudée Kodech ha-Kodachim 20 amot 1 ama Hekhal -- le Kodech 40 amot Le mur séparateur -- appelé ama traksin -- tranche la question : la sainteté s'arrête à la pierre. 2. Second Temple -- plus de mur (Rachi) Le bâtiment monte à cent amot ; un mur épais d'une seule coudée ne peut pas tenir à cette hauteur. Et l'épaissir est impossible : hakol bikhtav mi-yad Hachem alai hiskil -- le plan est fixé par écrit. 3. D'où le doute -- et la solution des Rabbanan Kodech ha-Kodachim ? la coudée douteuse Hekhal -- le Kodech parokhet intérieure parokhet extérieure Rabbanan -- deux parokhot Elles enserrent la coudée litigieuse. Quelle que soit l'issue du doute, la frontière réelle est couverte. Entre elles : un espace d'une ama (michna). Rabbi Yossé -- une seule parokhet ve-hivdila ha-parokhet lakhem bein ha-kodech ou-vein kodech ha-kodachim : LA parokhet, au singulier. Le verset ne connaît qu'un rideau.
L'ama traksin, du Premier au Second Temple : d'un mur de pierre à un doute de sainteté, et de ce doute à deux rideaux.
Par où traverse-t-il le Hekhal ? Trois avis, trois couloirs Plan vu de dessus. Ouest à gauche, est à droite, nord en haut, sud en bas. NORD SUD OUEST K. ha-K. EST entrée Choulhan (table) au nord (Chemot 26,35) Menora au sud Mizbéah ha-zahav au milieu, tiré vers l'est yech omrim : entre la table et le mur Rabbi Meir : entre la table et l'autel Rabbi Yehouda : entre l'autel et la menora Rabbi Yehouda Couloir sud. Deux parokhot : l'extérieure est ouverte au SUD, l'intérieure au nord. Il longe le sud, puis chemine entre les rideaux. Rabbi Meir Couloir nord intermédiaire. Position gênante : il ne colle ni au tracé de R. Yehouda ni à celui de R. Yossé. Yech omrim = Rabbi Yossé (Rav Hisda). Une seule parokhet, agrafée au NORD : l'entrée est au nord, donc il va tout droit le long du mur nord. La question de la guemara sur Rabbi Meir -- et sa réponse Si l'entrée est au sud, qu'il entre par le sud comme R. Yehouda ; si elle est au nord, qu'il longe le mur comme R. Yossé. Réponse : il tient bien comme R. Yossé -- mais les dix tables de Chelomo, rangées nord-sud, bouchent le passage contre le mur.
Les trois couloirs de traversée du Hekhal, et pourquoi l'avis de Rabbi Meir demande une explication.
1
וְתִיפּוֹק לִי דְּ״אֲשֶׁר לוֹ״ אֲמַר רַחֲמָנָא — מִשֶּׁלּוֹ הוּא מֵבִיא.

Et que je le déduise donc de ce que le Miséricordieux a dit "acher lo" (qui est à lui) -- c'est de son propre bien qu'il l'apporte.

📜 Rachi (1)
וְתִיפּוֹק לִי בָּעֲיָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר דִּלְעֵיל דְּפַר יוה"כ דְּהַכֹּהֲנִים בְּקֻופְיָא הוּא דְּמִתְכַּפְּרִי בֵּיהּ דְּהָא אֲשֶׁר לוֹ כְּתַב בֵּיהּ תְּלָתָא זִימְנֵי לִמְעוּטֵי צִיבּוּר וְאֶחָיו הַכֹּהֲנִים דְּלָא מִדִּידְהוּ אָתֵי תְּלָתָא אֲשֶׁר לוֹ כְּתִיבִי בֵּיהּ בִּתְרֵי קְרָאֵי וְהִקְרִיב אַהֲרֹן וְגוֹ' וְהִקְרִיב תִּנְיָינָא וְשָׁחַט אֶת פַּר הַחַטָּאת אֲשֶׁר לוֹ:
La question de Rabbi Elazar ci-dessus, à savoir que pour le taureau de Yom Kippour les Cohanim n'obtiennent l'expiation qu'en flottement (be-koufya, de façon incidente et non comme copropriétaires) : car "acher lo" y est écrit trois fois, pour exclure la communauté et ses frères les Cohanim -- ce n'est pas de leur bien qu'il vient. Trois "acher lo" y sont écrits dans deux versets : "Et Aharon offrira, etc." ; "et il offrira" une seconde fois ; "et il égorgera le taureau du hattat qui est à lui".
🗂️ Tossefot (1)
תִּיפּוֹק לִי דַּאֲשֶׁר לוֹ אָמַר רַחֲמָנָא מִשֶּׁלּוֹ הוּא מֵבִיא דְּתַנְיָא כּוּ' תֵּימַהּ לִי מַאי אִיצְטְרִיךְ לַאֲתוּיֵי בָּרַייְתָא לוֹמַר דְּדָרְשִׁינַן הָכִי מִשֶּׁלּוֹ הוּא מֵבִיא כָּל שֶׁכֵּן אִי לָא דָּרְשִׁינַן הָכִי לָא הֲוָה דָּרְשִׁינַן אֲשֶׁר לוֹ שֶׁהוּא מִתְכַּפֵּר לוֹ דְּתִקְשֵׁי לָךְ טְפֵי וְעוֹד דִּבְכָל הַסְּפָרִים יְשָׁנִים גָּרְסִינַן בְּסָמוּךְ שָׁאנֵי בֵּי גַזָּא דְּאַהֲרֹן ול"ג אֶלָּא אֶלָּא שֶׁרַשִׁ"י גָּרַס אֶלָּא וְנִרְאֶה לִי דְּהָכִי פֵּירוּשׁוֹ תִּיפּוֹק לִי דַּאֲשֶׁר לוֹ אָמַר רַחֲמָנָא דְּמַשְׁמַע שֶׁהוּא מִתְכַּפֵּר בּוֹ וּמַשְׁמַע אֲבָל אַחֲרֵינִי לָא מְכַפְּרִי וּמְשַׁנֵּי הַאי אֲשֶׁר לוֹ דָּרְשִׁינַן מִשֶּׁלּוֹ הוּא מֵבִיא אֲבָל לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ דְּאִינְהוּ נַמֵּי מְכַפְּרִי מִקִּיבְעָא כִּדְתַנְיָא וְכוּ' וַהֲדַר פָּרִיךְ וּלְטַעְמִיךְ הָא דְּמַיְיתִי מִבָּרַייְתָא דְּלָא דָּרְשִׁינַן לֵיהּ לְהַאי אֲשֶׁר לוֹ לוֹמַר שֶׁהוּא לְבַדּוֹ מִתְכַּפֵּר בּוֹ אֶלָּא לוֹמַר מִשֶּׁלּוֹ הוּא מֵבִיא וּמִבָּרַיְיתָא מַשְׁמַע דְּאֶחָיו מִתְכַּפְּרִין בּוֹ מַה תֵּירַצְתָּ לִי בָּזֶה וְהָא הָא בְּהָא תַּלְיָא כֵּיוָן דְּמוֹדֵית לִי דְּמִשֶּׁלּוֹ הוּא מֵבִיא א"כ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים לָא מְכַפְּרִי בֵּיהּ דְּאִי לָאו דְּקָנוּ לֵיהּ בְּגַוֵּיהּ הֵיכִי מְכַפְּרִי בֵּיהּ וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי בֵּי גַּזָּא וְכוּ':
Cela m'étonne : à quoi bon citer la baraita pour établir qu'on expose ainsi le verset, "c'est de son propre bien qu'il l'apporte" ? À plus forte raison : si on ne l'exposait pas ainsi, on n'exposerait pas davantage "acher lo" au sens de "c'est lui qui obtient l'expiation par lui" -- la difficulté serait alors plus forte encore. De plus, dans tous les anciens livres on lit plus loin "shani bei gaza de-Aharon" sans le mot "ela" (mais plutôt) ; seul Rachi lit "ela". Il me semble donc que le sens est celui-ci. "Que je le déduise de ce que le Miséricordieux a dit acher lo" -- ce qui implique que c'est lui qui obtient l'expiation par ce taureau, et implique donc que les autres, eux, n'y obtiennent pas l'expiation. La guemara répond : ce "acher lo"-là, nous l'exposons au sens de "c'est de son propre bien qu'il l'apporte" ; mais en vérité je puis te dire qu'eux aussi obtiennent l'expiation à titre fixe (mi-kiva, et non de façon flottante), comme l'enseigne la baraita, etc. Puis la guemara objecte : "et selon ton raisonnement" -- ce que tu apportes de la baraita, à savoir qu'on n'expose pas ce "acher lo" pour dire que lui seul y obtient l'expiation mais pour dire qu'il l'apporte de son bien, alors que de la baraita il ressort bien que ses frères y obtiennent l'expiation -- que m'as-tu répondu par là ? Les deux choses sont liées : puisque tu m'accordes qu'il l'apporte de son propre bien, ses frères les Cohanim ne peuvent pas y obtenir l'expiation, car s'ils n'y avaient pas acquis de part, comment y obtiendraient-ils l'expiation ? Et la guemara répond : "le trésor d'Aharon est différent", etc.
💡 Explication

On est encore dans la question de Rabbi Elazar, ouverte au folio précédent : le Cohen Gadol peut-il faire temoura (substituer une autre bête) sur le taureau de Yom Kippour ? Toute la difficulté tient à la propriété : la temoura ne vaut que si l'animal appartient à un seul homme. Or ce taureau expie aussi pour les autres Cohanim -- ont-ils donc une part dedans ?

La guemara propose ici un raccourci : pas besoin des raisonnements du folio précédent, le verset le dit tout seul. La Torah écrit acher lo, "qui est à lui" -- l'animal doit venir de son bien propre. Donc les Cohanim n'y possèdent rien, donc la temoura fonctionne. Reste à voir si ce raccourci tient : la suite va montrer que non.

2
דְּתַנְיָא: ״אֲשֶׁר לוֹ״ — מִשֶּׁלּוֹ הוּא מֵבִיא, וְלֹא מִשֶּׁל צִיבּוּר. יָכוֹל לֹא יָבִיא מִשֶּׁל צִיבּוּר — שֶׁאֵין הַצִּיבּוּר מִתְכַּפְּרִין בּוֹ, אֲבָל יָבִיא מִשֶּׁל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים — שֶׁהֲרֵי אֶחָיו הַכֹּהֲנִים מִתְכַּפְּרִים בּוֹ, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֲשֶׁר לוֹ״.

Comme il est enseigné : "acher lo" -- c'est de son propre bien qu'il l'apporte, et non du bien de la communauté. On aurait pu penser : qu'il ne l'apporte pas du bien de la communauté, puisque la communauté n'obtient pas l'expiation par lui, mais qu'il l'apporte du bien de ses frères les Cohanim, puisque ses frères les Cohanim, eux, obtiennent bien l'expiation par lui -- le texte dit donc : "acher lo".

💡 Explication

La baraita procède par paliers, technique classique du midrach halakha : elle pose une première exclusion, puis fabrique elle-même l'objection qui resterait, puis la ferme.

Premier palier : le taureau ne vient pas de la caisse publique. La raison est évidente et la baraita la nomme -- la communauté n'expie pas par lui, elle n'a donc aucun titre à le financer. Second palier : et les autres Cohanim ? Eux expient bel et bien par ce taureau ; le raisonnement qui excluait la communauté ne les atteint pas. Il faut donc une seconde occurrence du mot pour les écarter aussi. Retenons ce détail : la baraita vient d'affirmer en passant que les Cohanim obtiennent l'expiation. C'est exactement ce que la guemara va lui opposer.

3
יָכוֹל לֹא יָבִיא, וְאִם הֵבִיא כָּשֵׁר — תַּלְמוּד לוֹמַר שׁוּב: ״אֲשֶׁר לוֹ״ — שָׁנָה הַכָּתוּב עָלָיו לְעַכֵּב.

On aurait pu penser : qu'il ne l'apporte pas (ainsi à priori), mais que s'il l'a apporté, (l'offrande) est kachère -- le texte redit encore : "acher lo" -- l'Écriture a répété la condition à son sujet pour la rendre indispensable (le-akev).

💡 Explication

Troisième palier, et changement de registre. Jusqu'ici on savait seulement qu'il ne faut pas prendre le taureau chez les autres Cohanim. Mais une règle énoncée une fois n'est, d'ordinaire, qu'une mitsva : si on l'a transgressée, le service reste valide bediavad.

C'est la fonction de la troisième occurrence : shana alav ha-katouv le-akev, l'Écriture a redit la chose pour la rendre me'akev, c'est-à-dire condition de validité. Un taureau qui n'appartient pas en propre au Cohen Gadol est passoul, et le service de Yom Kippour n'a pas eu lieu. Voilà pourquoi Rachi comptait soigneusement trois occurrences : deux derachot d'exclusion, et une pour le le-akev.

🖼️ Schéma
Une répétition qui change de registre : de la règle à la condition Sans la répétition On aurait dit : simple règle de conduite. Lekhathila : qu'il ne le prenne pas de ses frères. Bediavad : ce serait kacher. Avec la répétition shana alav ha-katouv le-akev : l'Écriture a redit la chose pour la rendre indispensable. Bediavad : PASSOUL. Règle générale de derasha Un détail énoncé une fois est en principe une mitsva, non une condition de validité. Redit une seconde fois sans besoin, il devient me'akev : sans lui, le service ne vaut pas. Ici : trois occurrences de acher lo -- deux derachot et un le-akev.
Le mécanisme du le-akev : ce qu'ajoute une répétition apparemment superflue.
4
וְלִיטַעֲמֵיךְ, אֶחָיו הַכֹּהֲנִים אִי לָאו דְּקָנוּ בְּגַוֵּיהּ הֵיכִי מְכַפַּר לְהוּ? אֶלָּא שָׁאנֵי בֵּי גַּזָּא דְּאַהֲרֹן דְּאַפְקְרֵיהּ רַחֲמָנָא גַּבֵּי אֶחָיו הַכֹּהֲנִים. הָכָא [גַּבֵּי תְּמוּרָה] נָמֵי: שָׁאנֵי בֵּי גַּזָּא דְּאַהֲרֹן דְּאַפְקְרֵיהּ רַחֲמָנָא גַּבֵּי אֶחָיו הַכֹּהֲנִים.

Et selon ton raisonnement (ou-le-taamekh) : ses frères les Cohanim, s'ils n'y avaient pas acquis de part, comment leur ferait-il expiation ? Non -- le trésor (bei gaza) d'Aharon est différent : le Miséricordieux l'a rendu sans maître (hefker) à l'égard de ses frères les Cohanim.

Ici aussi [pour la temoura] : le trésor d'Aharon est différent, car le Miséricordieux l'a rendu hefker à l'égard de ses frères les Cohanim.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא שָׁאנֵי בֵּי גַזָּא וְכוּ' גָּרְסִינַן:
"Ela shani bei gaza, etc." : telle est notre leçon (girsa).
אַפְּקוּרֶיהָ אַפִּקֶרְיָה לְגַבֵּי הַךְ כַּפָּרָה:
Il l'a bel et bien rendu hefker -- quant à cette expiation-là (et non pour tout usage).
💡 Explication

Le ou-le-taamekh est l'arme la plus économique de la guemara : elle ne conteste pas la source citée, elle montre qu'elle prouve trop, ou l'inverse de ce qu'on voulait. Ici : tu m'apportes une baraita pour prouver que les Cohanim ne possèdent rien -- mais cette même baraita affirme qu'ils obtiennent l'expiation. Or on n'expie pas par un sacrifice où l'on n'a aucune part. Ta source se contredit donc elle-même.

La résolution est une notion juridique remarquable : bei gaza de-Aharon, le trésor d'Aharon. La Torah a placé ce bien dans un statut intermédiaire -- il reste sa propriété pour l'apporter (mi-shelo hou mevi), mais le Rahamana l'a rendu hefker, sans maître, quant à cette expiation-là (c'est la précision de Rachi). Les Cohanim bénéficient donc de l'expiation sans être propriétaires.

Et c'est précisément ce qui ruine la preuve. Puisque le acher lo se concilie avec une participation des Cohanim, il ne tranche plus la question de la temoura. On revient au point de départ : la question de Rabbi Elazar reste ouverte.

5
מַתְנִי׳ הָיָה מְהַלֵּךְ בַּהֵיכָל עַד שֶׁמַּגִּיעַ לְבֵין שְׁתֵּי הַפָּרֹוכֹת הַמַּבְדִּילוֹת בֵּין הַקֹּדֶשׁ וּבֵין קֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים, וּבֵינֵיהֶן אַמָּה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא הָיְתָה שָׁם אֶלָּא פָּרֹוכֶת אַחַת בִּלְבַד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִבְדִּילָה הַפָּרֹוכֶת לָכֶם בֵּין הַקֹּדֶשׁ וּבֵין קֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים״.

MICHNA. Il marchait dans le Hekhal jusqu'à parvenir entre les deux rideaux (parokhot) qui séparent le Kodech du Kodech ha-Kodachim, et entre elles il y avait une coudée (ama).

Rabbi Yossé dit : il n'y avait là qu'un seul rideau, ainsi qu'il est dit : "et le rideau séparera pour vous entre le Kodech et le Kodech ha-Kodachim".

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מְהַלֵּךְ בַּהֵיכָל נִכְנָס וּמְהַלֵּךְ לְתוֹכוֹ לַמַּעֲרָב:
Il entre et marche à l'intérieur, vers l'ouest.
שְׁתֵּי הַפָּרֹוכֶת פְּרוּפוֹת מִן הַצָּפוֹן לַדָּרוֹם אַחַת חִיצוֹנָה וְאַחַת פְּנִימִית:
Agrafées (peroufot) du nord au sud, l'une extérieure et l'autre intérieure.
וּבֵינֵיהֶן אֲוִיר אַמָּה:
Un espace vide (avir) d'une coudée.
⚖️ Rosh (1)
(דַּף כֹּח.) וּכְשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד דְּהַייְנוּ מִשֶּׁהֵאִיר הַמִּזְרָח מוֹרִידִין כֹּהֵן גָּדוֹל לְבֵית הַטְּבִילָה (דַּף ל.) וּפָרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם (דַּף לא:) וּכְדֵי שֶׁיַּכִּיר שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם בְּבִגְדֵי בוּץ פֵּרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ. (דַּף ל.) וּטְבִילָה זוֹ הָיְתָה בִּמְקוֹם חוֹל שֶׁאֵינָהּ בָּאָה לְחוֹבַת הַיּוֹם שֶׁאַף בְּכָל בֹּקֶר צָרִיךְ כָּל אָדָם לִטְבֹּול הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה לַעֲבוֹדָה. פָּשַׁט בְּגָדָיו וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג. (דַּף לא:) הֵבִיאוּ לוֹ בִּגְדֵי זָהָב וְלָבַשׁ וְקִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו (דַּף מג:) מִקִּיתוֹן שֶׁל זָהָב וְלֹא הָיָה כָּאן קִידּוּשׁ בִּפְשִׁיטָה לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי חוֹל וְקַייְמָא לָן דִּתְרֵי קִדּוּשֵׁי חַד אַפְּשִׁיטָה וְחַד אַלְּבִישָׁה. (דַּף לא:) וְאִם הָיָה זָקֵן אוֹ אִיסְטְנִיס שֶׁהַקֹּור הָיָה מַזִּיק לוֹ מְחַמִּין לוֹ חַמִּין מֵעֶרֶב [יוה"כ] וּמְטִילִין לְתוֹךְ הַצּוֹנֵן (דַּף לד:) אוֹ הָיוּ מְחַמִּין חֲתִיכוֹת שֶׁל בַּרְזֶל מֵאֶתְמוֹל וְנוֹתְנִין אוֹתָן הַיּוֹם בְּמַיִם לְחַמְּמָן. אע"פ שֶׁהוּא מְצָרֵף וְאָסוּר מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ שֶׁהוּא גְּמַר מְלֶאכֶת הַבַּרְזֶל לְחָתְכוֹ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לְכָךְ אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת וְאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ. (דַּף לא:) וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת הַתָּמִיד וְקִבֵּל גַּם הוּא אֶת דָּמוֹ וְגוֹמֵר כָּל עֲבוֹדוֹת כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים בְּבִגְדֵי זָהָב עִם הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּהֵיכָל הֲטָבַת הַנֵּרוֹת וּמִנְחַת חָבִיתִין. (דַּף לד:) אח"כ בָּא לְבֵית הַפַּרְוָה וְהָיָה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ. וּפֵרְשׁוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם וְקָדַשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי קֹדֶשׁ. וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג וְלָבַשׁ בִּגְדֵי לָבָן שָׁוִין י"ח מָנֶה אוֹ יוֹתֵר אוֹ פָּחוֹת רַק שֶׁיִּהְיוּ טוֹבִים יוֹתֵר מֵאוֹתָם שֶׁלָּבַשׁ בָּעֶרֶב. וּבֵין שְׁנֵיהֶם יֵשׁ לָהֶם לִהְיוֹת שָׁוִים ל' מָנֶה וְאִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף בְּשֶׁל בֹּקֶר טְפֵי מי"ח מָנֶה וְלִגְרֹועַ בְּשֶׁל עָרֵב מי"ב מָנֶה אוֹ אִיפְּכָא הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ רַק שֶׁיִּהְיֶה שֶׁל הַבָּקָר טוֹבִים יוֹתֵר וְיִהְיֶה בֵּין שְׁנֵיהֶם ל' מָנֶה. וְאֵלּוּ יֵשׁ לוֹ מִשֶּׁל צִבּוּר אֲבָל אִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף מִשֶּׁלּוֹ יוֹסִיף כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה. [וְקִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו] (דַּף לה:) וּבָא לוֹ אֵצֶל פָּרוֹ וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן צְפוֹנִית מַעֲרָבִית שֶׁל הַמִּזְבֵּחַ בָּאֲוִיר שֶׁבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ כְּנֶגֶד הַמִּזְבֵּחַ מַמָּשׁ אֶלָּא מָשׁוּךְ לְצַד צָפוֹן. (דַּף לוֹ.) וְהָיוּ מֻוקָּמִים רֹאשׁ הַפָּר שֶׁבָּא רֹאשׁוֹ לְצַד דָּרוֹם וּפָנָיו לַמַּעֲרָב. וְלֹא הָיוּ מַעֲמִידִין אוֹתוֹ לְהֶדְיָא רֹאשׁוֹ לַמַּעֲרָב וַאֲחוֹרָיו לַמִּזְרָח שֶׁמָּא יְרַבֵּץ גְּלָלִים וְזֶה יִהְיֶה גְּנַאי לַמִּזְבֵּחַ. וְהַכֹּהֵן עוֹמֵד בַּמִּזְרָח וּפָנָיו לַמַּעֲרָב וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר אָנָא הַשֵּׁם חָטָאתִי עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי אֲנִי וּבֵיתִי (שָׁם:) כַּחֲכָמִים. וִידּוּי רִאשׁוֹנָה לֹא הָיָה מִתְוַדֶּה אֶלָּא עָלָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ. אָנָא הַשֵּׁם כַּפֶּר נָא לָעֲוֹנוֹת וְכוּ'. וּבִירֻושַּׁל' יֵשׁ בְּהַזְכָּרַת הַשֵּׁם שְׁנִיָּה בְּוִידּוּי הָיָה אוֹמֵר אָנָּא בְּשֵׁם בְּבֵי"ת: (דַּף לז.) וּבָא לוֹ לְמִזְרַח הָעֲזָרָה לְהַגְרִיל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא שֶׁיִּהְיֶה בָּעֲזָרָה. (דַּף לט.) וּסְגָן בִּימִינוֹ וְרֹאשׁ בֵּית אָב בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף סב.) וְשָׁם שְׁנֵי שְׂעִירִים שָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה וְהָיָה לְקִיחָתָם כְּאֶחָד וְכָל זֶה אֵינוֹ מְעַכֵּב שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה. (דַּף לט.) וְקַלְפִּי הָיָה שָׁם [שֶׁל עֵץ וּמַחֲזִיק ב' יָדַיִם] וּבָהּ שְׁנֵי גּוֹרָלוֹת הָאֶחָד חָקוּק בּוֹ לְשֵׁם וְהַשֵּׁנִי לַעֲזָאזֵל. וְהֵם כְּשֵׁרִים מִכָּל דָּבָר וְטוֹרֵף יָדָיו בַּקַּלְפִּי בְּעִנְיָן שֶׁלֹּא יוּכַל לְכַוֵּין אֵיזֶה שֶׁל שֵׁם וְאֵיזֶה שֶׁל עֲזָאזֵל. וְהֶעֱלָה בְּכָל יַד גּוֹרָל אֶחָד [לְשֵׁם שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים] אִם שֶׁל שֵׁם עָלָה בִּימִינוֹ הַסְּגָן אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת יְמִינְךָ. וְאִם בִּשְׂמֹאלוֹ עָלָה בֵּית אָב אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת שְׂמֹאלֶךָ. וּנְתָנָן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים וְאָמַר לָהּ' חַטָּאת וְאִם לֹא נָתַן הַגּוֹרָלוֹת עַל הַשְּׂעִירִים רַק שֶׁהֶעֱלָה וְיָדַע אֵיזֶהוּ עָלָה בִּימִינוֹ וְאֵיזוֹ בִּשְׂמֹאלוֹ לֹא עִיכֵּב. (דַּף מא:) קָשַׁר לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית [מִשְׁקַל שְׁתֵּי סְלָעִים] בְּרֹאשׁ שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְהֶעֱמִידוֹ בַּשַּׁעַר הַמִּזְרָחִי בְּמָקוֹם שֶׁמּוֹצִיאִין אוֹתוֹ לְשַׁלְּחוֹ וְלַנִּשְׁחָט הָיָה קוֹשֵׁר לָשׁוֹן אֶחָד בְּצַוָּארוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְעָרֵב לֹא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְלֹא בִּשְׁאָר שְׂעִירִים וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כְּתִיב אַף שָׂעִיר שֶׁל שֵׁם יַעֲמִידֶנּוּ כְּנֶגֶד בֵּית שְׁחִיטָתוֹ וְתֵימַהּ דִּבְהֶדְיָא בַּגְּמָרָא מַסִּיק דְּאַקְּשִׁירָה קָאֵי. וּבָא לוֹ אֵצֶל פַּר שְׁנִיָּה וְהִתְוַדָּה עָלָיו וְעַל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיָּבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב לְכָךְ הָיָה מִתְוַדֶּה תְּחִלָּה עָלָיו לְבַדּוֹ שֶׁיִּהְיֶה זַכַּאי. (דַּף מג:) שְׁחָטוֹ וְקִבֵּל דָּמוֹ בַּמִּזְרָק וּנְתָנוֹ לְמִי שֶׁהוּא מְמָרֵס שֶׁלֹּא יִקְרֹושׁ. וְהַמְמָרֵס הָיָה עוֹמֵד עַל הַשּׁוּרָה הָרְבִיעִית שֶׁל הָרִצְפָּה שֶׁל עֲזָרָה שֶׁמִּן הַהֵיכָל וְלַחוּץ. וְנָטַל מַחְתָּה מִזָּהָב אָדֹום שֶׁמַּחֲזֶקֶת שְׁלֹשָׁה קַבִּין וְהָיְתָה דַּקָּה הַרְבֵּה וְהָיָה לָהּ בֵּית יָד אָרֹוךְ שֶׁמַּגִּיעָהּ תַּחַת זְרוֹעוֹ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא זְרוֹעוֹ מְסַיַּיעְתּוֹ. וְהָיָה לָהּ נִישְׁתֹּוק ופרש"י טַבַּעַת שֶׁיִּשְׁמַע קוֹלוֹ בְּבוֹאוֹ. וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' נַרְתִּיק שֶׁהָיָה לָהּ כְּמוֹ נַרְתִּיק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּווֶה כְּשֶׁהִיא מִתְחַמֶּמֶת מִן הַגֶּחָלִים. וְעוֹלָה בְּאֶמְצָעוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְחוֹתֶה מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ שֶׁכָּלְתָה מֵעֲלֵיהֶן הַשַּׁלְהֶבֶת. וְיָרַד וְהִנִּיחָהּ עַל הָרִצְפָּה בָּעֲזָרָה. (דַּף מז.) וְהוֹצִיאוּ לוֹ מַחְתָּה מְלֵיאָה קְטֹרֶת שֶׁהֶחֱזִירוּ אוֹתָהּ עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לְמַכְתֶּשֶׁת וּשְׁחָקוּהָ הַדַּק כְּדֵי שֶׁתְּהֵא דַּקָּה מִן הַדַּקָּה וְחָפַן מִמֶּנָּה מְלֹא חָפְנָיו שֶׁל כֹּהֵן לְפִי שֶׁהָיוּ מַחֲזִיקִין חָפְנָיו (דַּף מח.) לֹא מְחוּקוֹת וְלֹא גְּדוּשׁוֹת אֶלָּא טְפוּפוֹת. וְהֵרִיקָה מִתּוֹךְ חָפְנָיו לְתוֹךְ כַּף אַחַת וְלָקַח הַמַּחְתָּה שֶׁהָיוּ בָּהּ הַגֶּחָלִים בִּימִינוֹ וְהַכַּף שֶׁל הַקְּטֹרֶת בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף נא:) וְהָלַךְ בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל הֵיכָל בֵּין מִזְבֵּחַ וְלַמְנוֹרָה עַד שֶׁהִגִּיעַ לִשְׁתֵּי הַפָּרֹוכֹת הַמַּבְדִּילוֹת בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים בִּמְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין שֶׁהָיְתָה בְּבַיִת רִאשׁוֹן. וְהַחִיצוֹנָה הָיְתָה פְּתוּחָה בַּדָּרוֹם וְהַפְּנִימִית בַּצָּפוֹן. אע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר שֶׁלֹּא הָיָה שָׁם אֶלָּא פָּרֹוכֶת אַחַת בְּהָא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה שֶׁאוֹמֵר שְׁתַּיִם הָיוּ דַּהֲוָה לֵיהּ מַחֲלֹוקֶת וְאַחַ"כּ סְתָם שֶׁלְּאַחַר הַמַּחֲלֹוקֶת שׁוֹנֶה (דַּף נב:) הַחִיצוֹנָה פְּרוּפָה מִן הַדָּרוֹם וְעוֹד דְּר' חֲנִינָא סָבַר כְּרַבִּי יְהוּדָה לְקַמָּן דְּאָמַר בְּצַד צָפוֹן הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא. וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה מֵאוֹתָהּ מִשְׁנָה (דַּף נח:) הִתְחִיל מְחַטֵּא וְיוֹרֵד מֵהֵיכָן הָיָה מַתְחִיל מִקֶּרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י דְּסָבַר דְּפִתְחָהּ בַּצָּפוֹן קָאֵי וַאֲפִילּוּ לְפֵירוּשׁ רָשׁ""י הַהִיא מִשְׁנָה אָתְיָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְר' עֲקִיבָא פְּלִיג עָלֶיהָ בַּבָּרַיְיתָא וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ. (דַּף נב:) וְהָיָה מְהַלֵּךְ בֵּינֵיהֶם עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַצָּפוֹן וְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁדּוֹחֵק בַּאֲצִילֵי יָדָיו שֶׁלֹּא יִשָּׂרֵף הַפָּרֹוכֶת. כְּשֶׁהִגִּיעַ לַצָּפוֹן הָפַךְ פָּנָיו לַדָּרוֹם כְּדֵי שֶׁתְּהֵא יְמִינוֹ לְצַד הָאָרוֹן וְהָלַךְ עַד שֶׁהִגִּיעַ כְּנֶגֶד הָאָרוֹן וְנָתַן הַמַּחְתָּה שֶׁל אֵשׁ בֵּין שְׁנֵי הַבַּדִּים. (דַּף נג:) וּלְאַחַר שֶׁנִּיטַּל הָאָרוֹן נִתְּנָה לְאֶבֶן שְׁתִיָּה שֶׁהָיְתָה שָׁם וְהָיְתָה גְּבוֹהָה מִן הָאָרֶץ שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת. וְחָפַן הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּכַּף לְתוֹךְ חָפְנָיו וְצָבַר הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים. (דַּף נג.) וְנִזְהָר שֶׁלֹּא יִתֵּן הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי הָאֵשׁ עַד שֶׁהִכְנִיסוֹ לִפְנַי וְלִפְנִים לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִים שֶׁאוֹמְרִים שֶׁנּוֹתֵן בַּהֵיכָל וְנִכְנַס בֶּעָנָן עֲשַׁן הַקְּטֹרֶת. (דַּף נב:) וְהָיָה מַתְחִיל לְצַד פָּנִים שֶׁהוּא חוּצָה לוֹ שֶׁאִם מַתְחִיל אֶצְלוֹ נִמְצָא הֶעָשָׁן עוֹלֶה מִיָּד וּזְרוֹעוֹ נִכְוֶוה. וְנִתְמַלֵּא הַבַּיִת עָשָׁן וְהִנִּיחַ שָׁם הַכַּף וְהַמַּחְתָּה וְיוֹצֵא דֶּרֶךְ כְּנִיסָתוֹ שֶׁהָיוּ פָּנָיו לָאָרוֹן. וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כָּתוּב טִמְטֵם עֵינָיו וְיָצָא וְאֵין זֶה בַּגְּמָרָא אַדְּרַבָּה מִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ. וְהָכִי אִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי עַד שֶׁלֹּא נִיטַּל הָאָרוֹן הָיָה נִכְנָס וְיוֹצֵא לְאוֹרוֹ שֶׁל אָרוֹן מִשֶּׁנִּיטַּל הָאָרוֹן הָיָה מְגַשֵּׁשׁ וְנִכְנָס מְגַשֵּׁשׁ וְיוֹצֵא. (שָׁם: נג:) וְהָיָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בַּהֵיכָל שֶׁתְּהֵא הַשָּׁנָה כְּתִקְנָהּ. וְלֹא הָיָה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ שֶׁלֹּא לְהַבְעִית אֶת הָעָם הַמְצַפִּים לְצֵאתוֹ. (דַּף נג:) וְנָטַל אֶת הַדָּם מִמִּי שֶׁהָיָה מְמָרֵס וְנִכְנַס לִפְנַי וְלִפְנִים וְעָמַד בֵּין הַבַּדִּים וְהִזָּה אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כְּנֶגֶד הַכַּפֹּורֶת. וְאֵין צָרִיךְ שֶׁיַּגִּיעַ בַּכַּפֹּורֶת אֶלָּא כְּמַצְלִיף. וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י כְּסִדְרָן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְהַתּוֹסָפוֹת מְפָרְשִׁין שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לְכַוֵּין שֶׁיִּהְיוּ כְּסִדְרָן אֶלָּא בְּאַחַת שֶׁל מַעְלָה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַעְלָה. וּבְשֶׁבַע שֶׁל מַטָּה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַעְלָה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַטָּה. וְכָךְ הָיָה מוֹנֶה. אַחַת. אַחַת וְאַחַת. אַחַת וּשְׁתַּיִם וְכוּ'. יָצָא וְהִנִּיחַ הַמִּזְרָק שֶׁל הַדָּם עַל הַכֵּן שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְשָׁחַט אֶת הַשָּׂעִיר וְעָשָׂה מִדָּמוֹ לִפְנִים כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְיָצָא וְהִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר עַל כֵּן שֵׁנִי שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְנָטַל דַּם הַפָּר מִן הָכֵן שֶׁהִנִּיחַ עָלָיו וְהִזָּה מִמֶּנּוּ כְּנֶגֶד כָּל הַפָּרֹוכֶת בְּמָקוֹם שֶׁמְּכַווֵּן כְּנֶגֶד הָאָרוֹן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בִּפְנִים וְאָח""כ מִדַּם הַשָּׂעִיר עַל הַפָּרֹוכֶת כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר. וְלֹא הָיוּ הַדָּמִים נוֹגְעִים בַּפָּרֹוכֶת. וְאָח""כ עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ הַמִּזְרָק שֶׁבּוֹ דַּם הַשָּׂעִיר וְחוֹזֵר וּמֵרִיק מִמִּזְרָק הַמָּלֵא לְתוֹךְ הָרֵיקָן כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְעֹורָב יָפֶה יָפֶה. (דַּף נח:) וְיוֹצֵא לְצַד מִזְרָח עַד שֶׁעָבַר מִזְבַּח הַזָּהָב כֻּולּוֹ. וְנָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת עַל אַרְבַּע קַרְנוֹתָיו וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית וְנָתַן כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּפִתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי וְנִמְצָא שֶׁפָּגַע בְּקֶרֶן דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית וְשָׁם לֹא הָיָה יָכוֹל לְהַתְחִיל שֶׁהָיָה צָרִיךְ שֶׁיֵּצֵא לַמִּזְרָח עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַמִּזְבֵּחַ לְכָךְ הָיָה נוֹתֵן תְּחִלָּה בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית מַעֲרָבִית צְפוֹנִית צְפוֹנִית מִזְרָחִית. וְלֹא הָיָה מַקִּיף הַמִּזְבֵּחַ בְּרַגְלָיו אֶלָּא עוֹמֵד הַכֹּל בְּמָקוֹם אֶחָד וּמַקִּיף בְּיָדוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי פְּלִיג בְּהָא בַּבָּרַיְיתָא. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ שֶׁאוֹמֵר שֶׁמַּקִּיף בְּיָדָיו. וְעוֹד דר' אֶלְעָזָר סָבַר כְּוָותֵיהּ. וּבַג' הַקְּרָנוֹת שֶׁאֵינָן לְפָנָיו הָיָה מַתְחִיל בְּאֶצְבָּעוֹ לִיתֵּן לְמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ כְּלַפֵּי מַעְלָה וּבְקֶרֶן שֶׁלְּפָנָיו מַתְחִיל מִלְמַעְלָה וּמוֹשֵׁךְ וְיוֹרֵד כְּלַפֵּי מַטָּה. שֶׁאִם הָיָה מַתְחִיל מִלְּמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ לְמַעְלָה הָיָה הַדָּם זָב וְיוֹרֵד עַל גַּב יָדוֹ. וּבְמָקוֹם שֶׁגָּמַר הַהַזָּאָה דְּהַיְינוּ בְּקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית הָיָה חוֹתֶה הַגֶּחָלִים שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ אֵילָךְ וְאֵילָךְ וּמִזֶּה עָלָיו שֶׁבַע פְּעָמִים וְהַנִּשְׁאָר לוֹ מִן הַדָּם יִשְׁפֹּוךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן. (דַּף מג: מד.) וְצָרִיךְ שֶׁלֹּא יִהְיֶה שׁוּם אָדָם בַּהֵיכָל כָּל זְמַן שֶׁעוֹבֵד אֵלּוּ הָעֲבוֹדוֹת. בֵּין שֶׁל הֵיכָל בֵּין שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים. אֲבָל מִבֵּין הָאוּלָם וְהַמִּזְבֵּחַ אֵין צְרִיכִין לִפְרוֹשׁ בִּשְׁעַת עֲבוֹדוֹת שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בְּשֶׁל הֵיכָל. (דַּף ס.) וְאִם שִׁינָּה בְּזֶה הַסֵּדֶר לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. וְאִם הִקְדִּים בַּהֵיכָל דַּם הַשָּׂעִיר לְדַם הַפָּר יַחְזֹור וְיַזֶּה מִדַּם הַשָּׂעִיר. הִלְכָּךְ אִם נִתְעָרֵב לוֹ מִזְרָק שֶׁל דַּם הַפָּר בְּשֶׁל שָׂעִיר יִתֵּן מִשְּׁנֵי הַמִּזְרָקוֹת שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים שֶׁאִם הָרִאשׁוֹן שֶׁל פָּר הָוֵי הָאַחֲרוֹן כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ. וְאִם הוּא שֶׁל שָׂעִיר הֲרֵי הוּא כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ וְיוֹצֵא בִּשְׁנַיִם הָאַחֲרוֹנִים. וְאִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַפָּר קֹודֶם שֶׁגָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים יָבִיא פַּר אַחֵר וּקְטֹרֶת אַחֶרֶת וְיַעֲשֶׂה כְּכָל הַסֵּדֶר הַכָּתוּב לְעֵיל. אֲבָל אִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַשָּׂעִיר קֹודֶם שֶׁנָּתַן מִמֶּנּוּ בִּפְנִים אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא אֶלָּא שָׂעִיר אַחֵר כֵּיוָן שֶׁכְּבָר עָשָׂה מַתְּנוֹת הַפָּר וְהַקְּטֹרֶת כְּהִלְכָתָם. וְאִם גָּמַר מַתָּנוֹת הַפְּנִימִית וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּהֵיכָל. וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּמִּזְבֵּחַ וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ וְנִשְׁפַּךְ. שִׁירַיִים לָא מְעַכְּבִי. וְכָל הַדִּין הַנּוֹהֵג בְּדָמוֹ שֶׁל שָׂעִיר אִם נִשְׁפַּךְ כָּךְ הוּא דִּינוֹ אִם יָמוּת חֲבֵירוֹ הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁבְּאֵיזֶה שָׁעָה שֶׁיָּמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִדְחֶה הַדָּם:
(28a) Quand arrivait le temps de l'abattage du tamid, c'est-à-dire dès que l'orient s'éclairait, on faisait descendre le Cohen Gadol à la maison d'immersion. (30a) On étendait un drap de lin entre lui et le peuple ; (31b) et afin qu'il sache que le service du jour se fait en vêtements de lin (boutz), c'est un drap de lin que l'on étendait. (30a) Cette immersion-là se faisait en lieu profane (hol), car elle ne relève pas de l'obligation du jour : chaque matin déjà, quiconque entre dans la Azara pour le service doit s'immerger. Il ôtait ses vêtements, s'immergeait, remontait et s'essuyait. (31b) On lui apportait les vêtements d'or, il les revêtait et sanctifiait ses mains et ses pieds (43b) à partir d'une aiguière d'or ; et il n'y avait pas ici de kidouch lors du déshabillage, puisqu'il ôtait des vêtements profanes -- or nous tenons pour établi qu'il y a deux kidouchim, un pour le déshabillage et un pour l'habillage. (31b) S'il était âgé ou de complexion délicate (istenis), le froid lui étant nuisible, on lui chauffait de l'eau la veille de Yom Kippour et on la versait dans l'eau froide ; (34b) ou bien l'on chauffait la veille des morceaux de fer que l'on plongeait le jour même dans l'eau pour la réchauffer. Et bien qu'il y ait la trempe du métal (tsirouf), interdite au titre de makeh be-patich -- le parachèvement du travail du fer une fois coupé --, puisqu'il n'en a pas l'intention ce n'est qu'un chevout (interdit rabbinique), et il n'y a pas de chevout au Temple. (31b) Ensuite il abattait le tamid, en recueillait lui aussi le sang, et accomplissait tous les services selon l'ordre de tous les jours, en vêtements d'or, avec l'encens du Hekhal, l'apprêts des lampes et la minhat havitin. (34b) Puis il venait à la maison de la Parva, qui se trouvait en lieu saint. On étendait un drap de lin entre lui et le peuple ; il sanctifiait ses mains et ses pieds parce qu'il ôtait des vêtements de sainteté ; il s'immergeait, remontait, s'essuyait, et revêtait les vêtements blancs valant dix-huit manés, ou plus, ou moins -- pourvu qu'ils soient meilleurs que ceux qu'il revêtira le soir ; et à eux deux ils doivent valoir trente manés. S'il veut ajouter à ceux du matin au-delà de dix-huit manés et retrancher à ceux du soir en dessous de douze, ou l'inverse, il en a le droit -- pourvu que ceux du matin soient les meilleurs et que les deux ensemble fassent trente manés. Cela vaut pour ce qu'il prend du bien de la communauté ; mais s'il veut ajouter de son propre bien, il ajoute autant qu'il veut. [Et il sanctifiait ses mains et ses pieds.] (35b) Il venait alors auprès de son taureau, qui se tenait à l'angle nord-ouest de l'autel, dans l'espace entre le Oulam et l'autel, exactement face à l'autel mais tiré vers le nord. (36a) On plaçait la tête du taureau tournée vers le sud et sa face vers l'ouest. On ne le dressait pas directement tête à l'ouest et arrière à l'est, de peur qu'il ne laisse tomber des excréments, ce qui serait un déshonneur pour l'autel. Le Cohen se tenait à l'est, la face vers l'ouest, posait ses deux mains sur lui (semikha) et confessait. Voici ce qu'il disait : "De grâce, Hachem, j'ai fauté, j'ai commis l'iniquité, j'ai transgressé, moi et ma maison" (ibid.) -- selon les Sages. Lors de la première confession il ne confessait que pour lui-même et les gens de sa maison : "De grâce, Hachem, pardonne donc les fautes", etc. Et dans le Yerouchalmi il est dit qu'à la seconde mention du Nom dans la confession il disait "ana be-chem", avec un beit. (37a) Il venait à l'est de la Azara pour tirer au sort -- il suffit qu'il soit dans la Azara. (39a) Le Segan à sa droite et le chef de la maison paternelle à sa gauche. (62a) Là se trouvaient deux boucs semblables d'aspect et de taille, pris ensemble ; tout cela n'est pas indispensable (eino me'akev), ce n'est que le meilleur accomplissement (le-mitsva). (39a) Il y avait là une kalpi [de bois, de la contenance de deux mains] où se trouvaient deux sorts (goralot), l'un gravé "la-Chem" et l'autre "la-Azazel" ; ils sont valides en toute matière. Il brassait ses mains dans la kalpi de façon à ne pas pouvoir viser lequel est la-Chem et lequel la-Azazel, et remontait un sort dans chaque main [pour les deux boucs]. Si celui là-Chem montait dans sa droite, le Segan lui dit : Lève ta droite ; s'il montait dans sa gauche, le chef de la maison paternelle lui dit : Lève ta gauche. Il les posait sur les deux boucs et disait : "la-Chem hattat". Et s'il n'a pas posé les sorts sur les boucs mais les a seulement remontés en sachant lequel est monté dans sa droite et lequel dans sa gauche, cela n'invalide pas. (41b) Il liait un fil d'écarlate [du poids de deux sela'im] à la tête du bouc envoyé (mechtaleah) et le plaçait à la porte orientale, à l'endroit d'où on le fait sortir pour l'envoyer ; et pour celui qui doit être abattu il liait un fil à son cou, afin qu'il ne se confonde ni avec le bouc envoyé ni avec les autres boucs. Dans le Seder "Ata Konanta" il est écrit que même le bouc la-Chem, on le place face à l'endroit de son abattage -- ce qui étonne, car la guemara conclut explicitement que cela porte sur la ligature. Il venait ensuite auprès de son taureau une seconde fois et confessait sur lui pour lui-même et pour ses frères les Cohanim : il faut en effet que vienne un innocent pour expier sur le coupable, c'est pourquoi il confessait d'abord pour lui seul, afin d'être innocent. (43b) Il l'abattait, recueillait son sang dans un mizrak et le donnait à celui qui le remue (memares) pour qu'il ne coagule pas. Le memares se tenait sur la quatrième rangée du dallage de la Azara, à partir du Hekhal vers l'extérieur. Il prenait une pelle à encens (mahta) d'or rouge contenant trois kabin, très fine, munie d'un long manche parvenant sous son bras afin que le bras la soutienne. Elle avait un nichtok : Rachi explique un anneau, pour qu'on entende son bruit à son entrée ; Rabbenou Hananel explique un étui, comme une gaine, afin qu'il ne se brûle pas quand elle chauffe au contact des braises. Il montait au milieu de l'autel, y raclait pleine pelletée de braises dont la flamme s'était éteinte, descendait et la posait sur le dallage de la Azara. (47a) On lui sortait une mahta pleine d'encens -- celui qu'on avait remis la veille de Yom Kippour au mortier et pilé menu pour qu'il soit "le plus fin des fins" -- et il en prenait plein ses deux mains jointes (hofnav), selon la contenance de ses mains ; (48a) ni rases ni combles, mais tefoufot (arrondies). Il vidait le contenu de ses mains dans une coupe (kaf), prenait la mahta contenant les braises dans la droite et la kaf d'encens dans la gauche. (51b) Il marchait au sud du Hekhal, entre l'autel et la menora, jusqu'à parvenir aux deux rideaux qui séparent le Kodech du Kodech ha-Kodachim, à l'emplacement de l'ama traksin qui existait dans le Premier Temple. Le rideau extérieur était ouvert au sud, l'intérieur au nord. Bien que Rabbi Yossé tienne qu'il n'y avait là qu'un seul rideau, la halakha suit ici Rabbi Yehouda qui dit qu'il y en avait deux, car c'est un cas de "controverse suivie d'un énoncé anonyme" (mahloket ve-ahar kakh setam) -- (52b) la michna anonyme "l'extérieure agrafée au sud" vient après la controverse. En outre, Rabbi Hanina tient comme Rabbi Yehouda plus loin, lui qui dit qu'il se tenait du côté nord pour asperger. Et l'on ne peut tirer preuve de cette michna (58b) : "il commençait à asperger et descendait -- d'où commençait-il ? de l'angle nord-est", que Rachi explique comme tenant que l'entrée se trouve au nord ; car même selon l'explication de Rachi, cette michna suit Rabbi Yossé le Galiléen, tandis que Rabbi Akiva le contredit dans une baraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue. (52b) Il marchait entre elles jusqu'à parvenir au nord ; et il est dit dans le Yerouchalmi qu'il écartait le rideau des coudes pour qu'il ne brûle pas. Parvenu au nord, il tournait sa face vers le sud afin que sa droite soit du côté de l'Arche, marchait jusqu'à se trouver face à l'Arche, et posait la mahta de feu entre les deux barres (badim). (53b) Et après que l'Arche eut été retirée, il la posait sur la Even Chetiya qui se trouvait là, haute de trois doigts au-dessus du sol. Il transvasait l'encens de la kaf dans ses mains jointes et l'amoncelait sur les braises. (53a) Il prenait garde de ne pas mettre l'encens sur le feu avant de l'avoir introduit dans le lieu très saint, pour réfuter les Sadducéens qui disent qu'il le pose dans le Hekhal et entre dans le nuage de fumée de l'encens. (52b) Il commençait du côté intérieur, qui est le plus éloigné de lui, car s'il commençait près de lui, la fumée monterait aussitôt et son bras serait brûlé. La maison s'emplissait de fumée ; il y laissait la kaf et la mahta, et sortait par où il était entré, la face tournée vers l'Arche. Dans le Seder "Ata Konanta" il est écrit qu'il fermait les yeux et sortait, mais cela ne figure pas dans la guemara ; au contraire, il ressort du Yerouchalmi que ce n'est pas nécessaire. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : tant que l'Arche n'avait pas été retirée, il entrait et sortait à sa lumière ; une fois l'Arche retirée, il entrait à tâtons et sortait à tâtons. (ibid. 53b) Il faisait une courte prière dans le Hekhal, pour que l'année soit comme il faut. Il ne prolongeait pas sa prière, afin de ne pas effrayer le peuple qui attendait sa sortie. (53b) Il prenait le sang des mains de celui qui le remuait, entrait dans le lieu très saint, se tenait entre les barres et aspergeait une fois vers le haut et sept fois vers le bas, face au Kaporet. Il n'est pas nécessaire que le sang atteigne le Kaporet, mais qu'il asperge ke-matslif (du geste de celui qui fouette). Rachi explique : dans l'ordre, une en haut puis sept en bas. Les Tossefot expliquent qu'il n'avait pas à veiller à l'ordre, mais que pour celle d'en haut il tournait le dos de sa main vers le bas et aspergeait vers le haut, et pour les sept d'en bas il tournait le dos de sa main vers le haut et aspergeait vers le bas. Et il comptait ainsi : une ; une et une ; une et deux ; etc. Il sortait et posait le mizrak de sang sur le support (ken) qui se trouvait dans le Hekhal. Il abattait le bouc et faisait de son sang à l'intérieur comme il avait fait du sang du taureau : une en haut et sept en bas. Il sortait et posait le sang du bouc sur un second support qui se trouvait dans le Hekhal. Il prenait le sang du taureau sur le support où il l'avait posé et en aspergeait face à tout le rideau, à l'endroit visé face à l'Arche, une en haut et sept en bas, comme il avait fait à l'intérieur ; puis du sang du bouc sur le rideau comme il avait fait du sang du taureau. Et les sangs ne touchaient pas le rideau. Ensuite il versait le sang du taureau dans le mizrak contenant le sang du bouc, puis reversait du mizrak plein dans le vide, afin que le mélange soit parfaitement fait. (58b) Il sortait vers l'est jusqu'à avoir dépassé tout l'autel d'or, et donnait quatre applications sur ses quatre cornes ; il se tenait à l'angle sud-est et donnait comme je l'ai expliqué plus haut, l'entrée étant au sud : il rencontrait donc d'abord l'angle sud-ouest, mais il ne pouvait pas commencer la, car il lui fallait sortir vers l'est jusqu'à dépasser l'autel ; c'est pourquoi il donnait d'abord à l'angle sud-est, puis sud-ouest, puis nord-ouest, puis nord-est. Et il ne faisait pas le tour de l'autel avec ses pieds : il se tenait tout du long au même endroit et faisait le tour avec sa main -- paroles de Rabbi Akiva ; Rabbi Yossé le Galiléen le conteste dans une baraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue, lui qui dit qu'il fait le tour avec ses mains. En outre Rabbi Elazar tient comme lui. Aux trois cornes qui ne sont pas devant lui il commençait de son doigt à donner par le bas et tirait vers le haut ; à la corne qui est devant lui il commençait par le haut et tirait vers le bas -- car s'il commençait par le bas en tirant vers le haut, le sang coulerait sur le dos de sa main. Et à l'endroit où il achevait l'aspersion, c'est-à-dire l'angle nord-est, il raclait de part et d'autre les braises qui sont sur l'autel et y aspergeait sept fois ; et ce qui lui restait de sang, il le répandait sur le fondement (yesod) occidental de l'autel extérieur. (43b, 44a) Il faut que personne ne se trouve dans le Hekhal tant qu'il accomplit ces services, tant ceux du Hekhal que ceux du lieu très saint ; mais de l'espace entre le Oulam et l'autel, on n'a pas à s'écarter lors des services du lieu très saint, seulement lors de ceux du Hekhal. (60a) Et s'il a changé cet ordre, il n'a rien fait. S'il a fait précéder dans le Hekhal le sang du bouc à celui du taureau, il revient et asperge du sang du bouc. Par conséquent, si le mizrak du sang du taureau s'est mêlé à celui du bouc, il donnera des deux mizrakim trois fois : car si le premier est celui du taureau, le dernier est comme inexistant ; et si c'est celui du bouc, il est comme inexistant, et il s'acquitte par les deux derniers. Si le sang du taureau s'est répandu avant qu'il n'achève les applications de l'intérieur, il apporte un autre taureau et un autre encens et refait tout l'ordre écrit plus haut. Mais si le sang du bouc s'est répandu avant qu'il n'en ait donné à l'intérieur, il n'a besoin d'apporter qu'un autre bouc, puisqu'il a déjà fait les applications du taureau et l'encens selon leur règle. S'il a achevé les applications intérieures et que l'un des sangs s'est répandu, il en apporte un autre et recommence depuis le début dans le Hekhal. S'il a achevé les applications du Hekhal et que l'un des sangs s'est répandu, il en apporte un autre et recommence depuis le début à l'autel. Et s'il a achevé les applications de l'autel et que (le sang) s'est répandu -- les restes (cheyarim) ne sont pas indispensables. Et toute la règle qui vaut pour le sang du bouc s'il se répand vaut de même si son compagnon, le bouc envoyé, vient à mourir : car à l'heure où meurt le bouc envoyé, à cette heure-là le sang est écarté (nidhe).
💡 Explication

Changement complet de matière : on quitte le droit de la propriété des offrandes pour la topographie du Temple. La michna suit le Cohen Gadol pas à pas -- il tient la pelle de braises dans la main droite, la coupe d'encens dans la gauche -- et le voici qui traverse le Hekhal vers l'ouest.

Le point de mahloket est net et se lit sur le sol : y a-t-il deux rideaux séparés d'une coudée, ou un seul ? Rabbi Yossé a pour lui la lettre du verset (Chemot 26,33), qui dit "la parokhet", au singulier. Les Rabbanan, eux, décrivent une installation qui n'est pas celle du Michkan mais celle du Second Temple -- et la guemara va expliquer pourquoi elle a dû s'en écarter.

6
גְּמָ׳ שַׁפִּיר קָאָמַר לְהוּ רַבִּי יוֹסֵי לְרַבָּנַן! וְרַבָּנָן אָמְרִי לָךְ: הָנֵי מִילֵּי בַּמִּשְׁכָּן, אֲבָל בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי כֵּיוָן דְּלָא הֲוַאי אַמָּה טְרַקְסִין, וּבְמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן הוּא דַּהֲוַאי, וְאִיסְתַּפַּקָא לְהוּ לְרַבָּנַן בִּקְדֻושְּׁתֵיהּ, אִי כְּלִפְנִים אִי כְּלַחוּץ, וַעֲבוּד שְׁתֵּי פָּרֹוכֶת.

GUEMARA. Rabbi Yossé leur parle fort bien, aux Rabbanan !

Et les Rabbanan peuvent te dire : cela ne vaut que pour le Michkan ; mais dans le Second Temple, puisqu'il n'y avait pas l'ama traksin -- c'est dans le Premier Temple qu'elle se trouvait -- et que les Rabbanan eurent un doute sur la sainteté (de son emplacement), à savoir s'il est comme le dedans ou comme le dehors, ils firent deux rideaux.

📜 Rachi (3)
גְּמ' אַמָּה טְרַקְסִין כָּךְ נִקְרֵאת כֹּותֶל מְחִיצָּה שֶׁהִפְסִיק בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן אֲבָל בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי שֶׁהָיָה גָּבוֹהַּ (מֵאָה) אַמָּה לֹא עֲשָׂאוּהוּ לְפִי שֶׁלֹּא הָיוּ עָובְיָהּ אֶלָּא אַמָּה וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּגֹובַהּ (מֵאָה) אַמָּה וּלְהוֹסִיף עַל עָובְיָהּ אִי אֶפְשָׁר דִּכְתִיב הַכֹּל בִּכְתָב מִיַּד ה' עָלַי הִשְׂכִּיל (דִּבְרֵי הַיָּמִים א כ״ח:י״ט):
Ainsi s'appelle le mur de séparation qui coupait (l'espace) dans le Premier Temple. Mais dans le Second Temple, qui était haut de (cent) coudées, on ne l'a pas fait, car son épaisseur n'était que d'une coudée et il ne pouvait pas tenir à une hauteur de (cent) coudées ; quant à ajouter à son épaisseur, c'était impossible, car il est écrit : "le tout par écrit, de la main de l'Éternel, il m'a rendu clair" (Divrei ha-Yamim I 28,19).
וְאִיסְתַּפְקָא לְהוּ בִּמְקוֹם הַמְּחִיצָּה אִי כְּלִפְנִים אִי כְּלַחוּץ:
Sur l'emplacement de la cloison : est-il comme le dedans ou comme le dehors ?
וַעֲבוּד שְׁתֵּי פָּרֹוכֶת לִקְלֹוט בֵּינֵיהֶן אֲוִיר מְקוֹם הַמְּחִיצָּה:
Afin d'enclore entre eux l'espace de l'emplacement de la cloison.
🗂️ Tossefot (2)
טְרַקְסִין פרש"י פָּנִים [וְחוּץ] וי"מ טְרַקְסִין מִלְּשׁוֹן טְרוּקוּ גַּלִּי (בְּרָכוֹת כח.) שֶׁסָּגוּר הָיָה לִפְנִים הֵימֶנּוּ הַלּוּחוֹת שֶׁנִּיתְּנוּ בְּסִינַי:
Rachi explique : "dedans [et dehors]". D'autres expliquent "traksin" du langage de "troqou galei" (fermez les portes -- Berakhot 28a), car étaient enfermées en dedans de lui les Tables données au Sinaï.
וַעֲבוּד שְׁתֵּי פָּרֹוכֶת תֵּימַהּ וּלְיַעֲבֹוד פָּרֹוכֶת אַחַת שֶׁעָובְיָהּ אַמָּה וְלִי נִרְאֶה דְּמַשְׁמַע לְהוּ לְרַבָּנָן פִּי' דִּקְרָא וְהִבְדִּילָה הַפָּרֹוכֶת לָכֶם בֵּין הַקֹּדֶשׁ וְגוֹ' (שְׁמוֹת כ״ו:ל״ג) שֶׁמִּצַּד חִיצוֹן שֶׁל פָּרֹוכֶת יְהֵא קֹדֶשׁ וּמִתְּחִילַּת עָובְיָהּ וְלִפְנִים יְהֵא הַכֹּל קֹדֶשׁ קָדָשִׁים וּלְהָכֵי לָא מָצֵי לְמֶיעְבַּד פָּרֹוכֶת אַחַת שֶׁעָובְיָהּ אַמָּה וּלְאוֹקוֹמַהּ בִּמְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין דִּילְמָא קְדֻושָּׁתָהּ כִּלְחוּץ וְנִמְצָא דְּמִתְּחִילַּת עָובְיָהּ וְלִפְנִים אֵינוֹ הַכֹּל קֹדֶשׁ קָדָשִׁים אע"ג דְּבַמִּקְדָּשׁ רִאשׁוֹן אוֹקְמוּהָ הָתָם אַמָּה טְרַקְסִין ע"פ הַדִּבּוּר עֲבִיד כְּדִכְתִיב הַכֹּל בִּכְתָב וְאִי בָּעוּ לְמֶיעְבַּד פָּרֹוכֶת צְרִיכִין לַעֲשׂוֹת כְּמוֹ שֶׁעָשׂוּ בַּמִּשְׁכָּן כִּדְאִיתָא בְּפֶ' קַמָּא דְּבָבָא בָּתְרָא (דַּף ג:) גְּמִירִי אוֹ כּוּלֵּיהּ בַּפָּרֹוכֶת אוֹ כּוּלֵּיהּ בְּבִנְיָן הָכִי נָמֵי גְּמִירִי דְּאִי בָּעֵי לְמֶיעְבַּד פָּרֹוכֶת לֶיעְבְּדוּ כִּי הֵיכִי דַּעֲבַדוּ בַּמִּשְׁכָּן דְּמִתְּחִילַּת עֹובִי הַפָּרֹוכֶת וְלִפְנִים הֲוָה קֹדֶשׁ קָדָשִׁים אֲבָל הַשְׁתָּא דַּעֲבוּד שְׁתֵּי פָּרֹוכֶת נִיחָא חֲדָא אוֹקְמוּהָ בִּתְחִילַּת מְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין וְהַשְּׁנִייָּה בְּסוֹף אַמָּה טְרַקְסִין בְּקֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים בְּסוֹף חֲלַל הָעֶשְׂרִים שֶׁל קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים לְצַד הַחוּץ דְּבוּקָה לִמְקוֹם סוֹף אַמָּה טְרַקְסִין דְּאִי מְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין כְּלִפְנִים הֲרֵי מֵעֹובִי פָּרֹוכֶת הַחִיצוֹנָה וְלִפְנִים הֲוָה קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים הַכֹּל וְאִי מְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין כִּלְחוּץ מֵעֹובִי הַפָּרֹוכֶת הַשְּׁנִיָּה וְלִפְנִים הָוֵי קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים אֲבָל רַבִּי יוֹסֵי סְבִירָא לֵיהּ וְהִבְדִּילָה הַפָּרֹוכֶת הַייְנוּ בֵּין חֲלַל לְחַלֵּל דְּחָלָל שֶׁחוּצָה לָהּ קֹדֶשׁ וְחָלָל שֶׁלִּפְנִים הֵימֶנָּה קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים דַּעֲבִיד עָובְיָהּ אַמָּה אִי נָמֵי דִּילְמָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ דִּקְדֻושַּׁת אַמָּה טְרַקְסִין כְּלִפְנִים נִמְצָא דִּלְדִידֵיהּ דְּמִתְּחִילַּת עָובְיָהּ וְלִפְנִים הָוֵי קֹדֶשׁ קָדָשִׁים:
Cela étonne : qu'ils fassent donc un seul rideau épais d'une coudée ! Il me semble que les Rabbanan comprennent le sens du verset "et le rideau séparera pour vous entre le Kodech, etc." (Chemot 26,33) ainsi : depuis la face extérieure du rideau ce sera le Kodech, et depuis le début de son épaisseur et vers l'intérieur tout sera Kodech ha-Kodachim. C'est pourquoi ils ne pouvaient pas faire un seul rideau épais d'une coudée et le dresser à l'emplacement de l'ama traksin : peut-être la sainteté de cet emplacement est-elle comme le dehors, et il se trouverait alors que depuis le début de son épaisseur et vers l'intérieur tout ne serait pas Kodech ha-Kodachim. Et bien que dans le Premier Temple on y ait dressé l'ama traksin, là c'est sur ordre de la parole divine qu'on l'a fait, comme il est écrit "le tout par écrit". Et s'ils voulaient faire un rideau, ils devaient le faire comme on l'avait fait au Michkan, ainsi qu'il est dit au premier chapitre de Bava Batra (3b) : c'est une tradition reçue (guemiri) -- ou bien tout en rideau, ou bien tout en construction. De même est-ce une tradition reçue que s'ils veulent faire un rideau, qu'ils le fassent comme ils firent au Michkan, où depuis le début de l'épaisseur du rideau et vers l'intérieur c'était Kodech ha-Kodachim. Mais maintenant qu'ils ont fait deux rideaux, tout s'explique : ils ont dressé l'un au début de l'emplacement de l'ama traksin, et le second à la fin de l'ama traksin, du côté du Kodech ha-Kodachim -- à la fin de l'espace des vingt (coudées) du Kodech ha-Kodachim vers l'extérieur, collé à l'emplacement où finit l'ama traksin. Car si l'emplacement de l'ama traksin est comme le dedans, voici que depuis l'épaisseur du rideau extérieur et vers l'intérieur tout est Kodech ha-Kodachim ; et si l'emplacement de l'ama traksin est comme le dehors, c'est depuis l'épaisseur du second rideau et vers l'intérieur que c'est Kodech ha-Kodachim. Mais Rabbi Yossé tient que "et le rideau séparera" signifie entre un espace et un espace : l'espace qui est en dehors de lui est Kodech, et l'espace qui est en dedans de lui est Kodech ha-Kodachim -- même s'il en fait l'épaisseur d'une coudée. Ou bien : peut-être lui est-il évident que la sainteté de l'ama traksin est comme le dedans ; il se trouve donc que, pour lui, depuis le début de son épaisseur et vers l'intérieur c'est Kodech ha-Kodachim.
💡 Explication

Chapir kaamar lehou : la guemara accorde d'emblée que l'objection de Rabbi Yossé est solide. Le verset dit bien "la parokhet", au singulier. La réponse ne consiste donc pas à contester la lecture, mais à limiter sa portée : le verset décrit le Michkan, où il n'y avait effectivement qu'un rideau. Le Second Temple, lui, a dû improviser.

Pourquoi ? À cause de l'ama traksin -- le mur de pierre épais d'une coudée qui séparait, dans le Premier Temple, le Kodech du Kodech ha-Kodachim. Le Second Temple ne l'a pas rebâti : Rachi explique que le bâtiment montait à cent coudées et qu'un mur d'une seule coudée d'épaisseur ne peut pas tenir à une telle hauteur -- tandis que l'épaissir était exclu, le plan du Temple étant fixé par écrit (hakol bikhtav mi-yad Hachem alai hiskil).

Restait alors une question sans réponse : cette bande d'une coudée, jadis occupée par le mur, relevait-elle du dedans ou du dehors ? Le doute est insoluble, donc on l'enferme : deux rideaux, un de chaque côté, et l'espace litigieux se trouve neutralisé entre eux. Les deux parokhot ne sont pas une doctrine, mais un dispositif de prudence.

🖼️ Schéma
Pourquoi deux rideaux couvrent les deux branches du doute (Tossefot) Exigence des Rabbanan : depuis le début de l'épaisseur de la parokhet et vers l'intérieur, tout doit être Kodech ha-Kodachim. Branche A : la coudée est comme le DEDANS Hekhal La parokhet EXTÉRIEURE est la bonne frontière : dès son épaisseur et vers l'ouest, tout est K. ha-K. Branche B : la coudée est comme le DEHORS Hekhal C'est la parokhet INTÉRIEURE qui fait frontière : dès son épaisseur et vers l'ouest, tout est K. ha-K. Pourquoi pas UNE parokhet épaisse d'une coudée, posée sur l'emplacement du mur ? Parce que si la coudée vaut comme le dehors, alors depuis le début de son épaisseur tout ne serait pas K. ha-K. -- exigence violée. Rabbi Yossé lit autrement : la parokhet sépare un espace d'un espace Ce qui est en dehors d'elle est Kodech, ce qui est en dedans est K. ha-K. -- un seul rideau suffit alors, même épais d'une coudée.
Le dispositif des deux rideaux couvre les deux branches du doute (lecture des Tossefot).
7
תָּנוּ רַבָּנַן: בֵּין הַמִּזְבֵּחַ לַמְּנוֹרָה הָיָה מְהַלֵּךְ, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: בֵּין שֻׁלְחָן לַמִּזְבֵּחַ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: בֵּין שֻׁלְחָן לְכֹותֶל. מַאן יֵשׁ אוֹמְרִים? אָמַר רַב חִסְדָּא: רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דְּאָמַר: פִּיתְחָא בַּצָּפוֹן קָאֵי.

Nos maîtres ont enseigné : c'est entre l'autel et la menora qu'il marchait -- paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Meir dit : entre la table et l'autel.

Et certains disent (yech omrim) : entre la table et le mur. Qui sont ces "certains disent" ?

Rav Hisda a dit : c'est Rabbi Yossé, qui dit que l'entrée se trouvait au nord.

📜 Rachi (3)
בֵּין הַמִּזְבֵּחַ וְלַמְנוֹרָה הָיָה מְהַלֵּךְ כְּשֶׁבָּא לִיכָּנֵס הָיָה בּוֹקֵעַ בַּהֵיכָל דֶּרֶךְ הַדָּרוֹם לְהַלֵּךְ בֵּין מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וְלַמְנוֹרָה שֶׁהִיא בַּדָּרוֹם וְהוֹלֵךְ עַד הַפָּרֹוכֶת:
Quand il venait pour entrer, il fendait le Hekhal par le sud, marchant entre l'autel intérieur et la menora qui est au sud, et allait ainsi jusqu'au rideau.
בֵּין שֻׁולְחָן וְלַמִּזְבֵּחַ דֶּרֶךְ הַצָּפוֹן:
Par le côté nord.
רַבִּי יוֹסֵי הִיא דְּאָמַר בְּמָתְנֵי' לֹא הָיְתָה שָׁם אֶלָּא פָּרֹוכֶת אַחַת וְאֵצֶל הַכֹּותֶל הַצְּפוֹנִי הָיָה רֹאשָׁהּ כָּפוּל וּפְרוּפָה בְּקֶרֶס זָהָב כְּלַפֵּי הַחוּץ וּבוֹ נִכְנָסִין לִפְנַי וְלִפְנִים כִּדְתָנֵי מַתְנֵי' אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן הַחִיצוֹנָה פְּרוּפָה מִן הַדָּרוֹם הַפְּנִימִית מִן הַצָּפוֹן וְרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר אֵין שָׁם אֶלָּא אַחַת פְּרִיפָתָהּ בַּצָּפוֹן הִיא דִּבְהָא לָא פְּלִיג דִּכְנִיסָתוֹ לְתוֹךְ חֲלַל בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים בַּצָּפוֹן הֲוָה:
Lui qui dit dans notre michna qu'il n'y avait là qu'un seul rideau : près du mur nord son extrémité était repliée et agrafée par un crochet d'or vers l'extérieur, et c'est par là qu'on entre dans le lieu très saint -- comme l'enseigne la michna selon les Rabbanan : l'extérieure est agrafée au sud, l'intérieure au nord. Et Rabbi Yossé, qui dit qu'il n'y en a là qu'une seule, son agrafage est au nord ; car sur ce point il n'y a pas de controverse : son entrée dans l'espace du Saint des Saints se faisait au nord.
💡 Explication

Trois trajets pour une même traversée. Ils ne diffèrent pas par goût : chacun découle de l'endroit où son auteur situe l'ouverture par laquelle on pénètre dans le Saint des Saints -- le rideau n'a pas de porte, il est agrafé (parouf) et se soulève en un point précis.

Rabbi Yehouda passe au sud, entre l'autel d'or et la menora. Rabbi Meir passe au nord, entre la table et l'autel. Et le troisième avis, anonyme, longe carrément le mur nord. Rav Hisda l'identifie : c'est Rabbi Yossé de notre michna. Sa logique est limpide -- s'il n'y a qu'un seul rideau et qu'il est agrafé au nord, autant marcher droit vers cette ouverture en longeant le mur.

8
וְרַבִּי יְהוּדָה אָמַר לָךְ: פִּיתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי. וְרַבִּי מֵאִיר כְּמַאן סְבִירָא לֵיהּ? אִי כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ — נִיעוֹל כְּרַבִּי יְהוּדָה, אִי כְּרַבִּי יוֹסֵי סְבִירָא לֵיהּ — נִיעוֹל כְּרַבִּי יוֹסֵי!

Et Rabbi Yehouda peut te dire : l'entrée se trouvait au sud. Et Rabbi Meir, comme qui tient-il ?

S'il tient comme Rabbi Yehouda -- qu'il entre comme Rabbi Yehouda ! S'il tient comme Rabbi Yossé -- qu'il entre comme Rabbi Yossé !

📜 Rachi (1)
פִּיתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי דִּשְׁתֵּי פָּרֹוכֶת הָיוּ שָׁם וְהַחִיצוֹנָה פְּרוּפָה מִן הַדָּרוֹם כְּדִתְנַן מַתְנֵי' וּלְקַמָּן פָּרִיךְ לְר' יְהוּדָה נֵיעוּל בֵּין מְנוֹרָה לְכֹותֶל:
Car il y avait là deux rideaux et l'extérieure était agrafée au sud, comme l'enseigne notre michna. Et plus loin la guemara objectera à Rabbi Yehouda : qu'il entre donc entre la menora et le mur !
💡 Explication

Rabbi Yehouda se défend d'abord : chez lui il y a deux rideaux, et l'ouverture de l'extérieur -- la seule qu'il rencontre en arrivant -- est au sud. Il entre donc par le sud, chemine entre les deux rideaux jusqu'au nord, et franchit la seconde ouverture. Les deux avis se rejoignent d'ailleurs sur un point : on pénètre finalement dans le Saint des Saints par le nord.

Alors la guemara se retourne vers Rabbi Meir et referme l'étau. Son trajet n'est l'aboutissement d'aucune des deux positions : il n'a ni la raison de longer le sud (Rabbi Yehouda) ni celle de raser le mur nord (Rabbi Yossé). Il occupe un couloir intermédiaire que rien, pour l'instant, ne justifie.

🖼️ Schéma
L'étau referme sur Rabbi Meir Rabbi Meir : entre la table et l'autel Où situe-t-il donc l'entrée du Saint des Saints ? Comme R. Yehouda : entrée au sud Alors qu'il entre par le sud, comme lui, entre l'autel et la menora. Pourquoi traverser par le nord ? Comme R. Yossé : entrée au nord Alors qu'il longe le mur nord, comme lui, en ligne droite. Pourquoi s'écarter vers l'intérieur ? Réponse : comme R. Yossé -- mais un obstacle matériel déplace le couloir Les tables barrent le passage contre le mur ; ou bien, autre réponse : par respect de la Chekhina on ne rase pas le mur.
La question sur Rabbi Meir : un couloir intermédiaire qui ne découle d'aucune des deux positions.
9
לְעוֹלָם כְּרַבִּי יוֹסֵי סְבִירָא לֵיהּ, וְאָמַר לָךְ: שֻׁולְחָנוֹת צָפוֹן וְדָרוֹם מֻונָּחִין, וּמַפְסְקָא לֵיהּ שֻׁלְחָן וְלָא מִתְעַיֵּיל לֵיהּ.

En vérité il tient comme Rabbi Yossé, et il peut te dire : les tables étaient disposées du nord au sud, et la table lui barrait le passage, de sorte qu'il ne pouvait pas entrer (par là).

📜 Rachi (1)
שֻׁולְחָנוֹת צָפוֹן וְדָרוֹם מֻונָּחִין עָשָׂר שֻׁולְחָנוֹת עָשָׂה שְׁלֹמֹה שֶׁנֶּאֱמַר (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב ד׳:ז׳-ח׳) חָמֵשׁ מִיָּמִין וְחָמֵשׁ מִשְּׂמֹאל וְתַנְיָא בִּמְנָחוֹת (צח:) אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר חָמֵשׁ מִיָּמִין הַפֶּתַח וְחָמֵשׁ מִשְּׂמֹאל הַפֶּתַח שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר כֵּן מָצִינוּ שֻׁולְחָן בַּדָּרוֹם וְהַתּוֹרָה אָמְרָה וְהַשֻּׁולְחָן תִּתֵּן עַל צֶלַע צָפוֹן (שְׁמוֹת כ״ו:ל״ה) אֶלָּא שֶׁל מֹשֶׁה בָּאֶמְצַע חָמֵשׁ מִיְּמִינוֹ וְחָמֵשׁ מִשְּׂמֹאלוֹ וּפְלִיגִי בָּהּ תַּנָּאֵי אִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר מִזְרָח וּמַעֲרָב מֻונָּחִין וְאִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר צָפוֹן וְדָרוֹם מֻונָּחִין ור"מ סְבִירָא לֵיהּ כְּמַאן דְּאָמַר צָפוֹן וְדָרוֹם רָאשֵׁי שֻׁולְחָנוֹת מִן הַצָּפוֹן לַדָּרוֹם הָיוּ חָמֵשׁ בְּשׁוּרָה אַחַת פּוֹנוֹת רֹאשָׁהּ שֶׁל זוֹ לְרֹאשָׁהּ שֶׁל זוֹ וְהַשֻּׁולְחָן אַמָּתַיִם אָרְכוּ הֲרֵי עֶשֶׂר אַמּוֹת וְעַל כָּרְחֲךָ צָרִיךְ הָיָה לִסְמֹוךְ רֹאשׁ הַשֻּׁולְחָן הַצְּפוֹנִי לַכֹּותֶל שֶׁאִם אַתָּה מוֹשְׁכוֹ לְהַלָּן מִן הַכֹּותֶל נִמְצָא מִן הַשֻּׁולְחָן הַדְּרוֹמִי מִקְצָתוֹ יוֹשֵׁב בַּדָּרוֹם שֶׁהַהֵיכָל רָחְבּוֹ עֶשְׂרִים אַמָּה נִמְצָא צָפוֹן שֶׁלּוֹ עָשָׂר אַמָּה וְאִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת כְּלוּם מִן הַשֻּׁולְחָן בַּדָּרוֹם הִלְכָּךְ מַפְסְקִי שֻׁולְחָנוֹת אֶת הַדֶּרֶךְ וְלָא מִתְעַיֵּיל לֵיהּ בֵּין שֻׁולְחָן לַכֹּותֶל וְאִם תֹּאמַר אַף בֵּין הַמִּזְבֵּחַ לַשֻּׁולְחָן אֵין דֶּרֶךְ שֶׁהֲרֵי הַמִּזְבֵּחַ בְּאֶמְצַע הַהֵיכָל וְרֹאשׁ הַשֻּׁולְחָן הַדְּרוֹמִי סָמוּךְ לַמִּזְבֵּחַ הָא אֲמָרָן בְּפֶרֶק אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (לְעֵיל יוֹמָא דַּף לג:) שֶׁאֵין הַמִּזְבֵּחַ מְכֻוָּון כְּנֶגֶד הַשֻּׁולְחָן אֶלָּא מָשׁוּךְ קִימְעָא כְּלַפֵּי חוּץ:
Chelomo fit dix tables, ainsi qu'il est dit (Divrei ha-Yamim II 4,7-8) "cinq à droite et cinq à gauche". Et il est enseigné dans Menahot (98b) qu'il est impossible de dire cinq à droite de l'entrée et cinq à gauche de l'entrée, car si tu dis cela il se trouverait une table au sud, or la Torah a dit "et la table, tu la placeras du côté nord" (Chemot 26,35). Il faut donc dire : celle de Moshé au milieu, cinq à sa droite et cinq à sa gauche. Et les tannaim divergent là-dessus : il y a celui qui dit qu'elles étaient disposées d'est en ouest, et celui qui dit qu'elles étaient disposées du nord au sud. Et Rabbi Meir tient comme celui qui dit "du nord au sud" : les extrémités des tables allaient du nord au sud, cinq en une seule rangée, la tête de l'une tournée vers la tête de l'autre ; la table mesurant deux coudées de long, cela fait dix coudées. Et l'on doit nécessairement appuyer l'extrémité de la table la plus au nord contre le mur : car si tu l'écartes du mur, il se trouve qu'une partie de la table la plus méridionale se trouverait au sud -- puisque le Hekhal a vingt coudées de large, son nord en fait dix, et il est impossible que quoi que ce soit de la table se trouve au sud. Les tables coupent donc le chemin, et il ne peut pas entrer entre la table et le mur. Et si tu dis : entre l'autel et la table non plus il n'y a pas de chemin, puisque l'autel est au milieu du Hekhal et que l'extrémité de la table la plus méridionale est proche de l'autel -- nous avons déjà dit au chapitre "Amar lahem ha-memouneh" (ci-dessus Yoma 33b) que l'autel n'est pas aligné face à la table, mais tiré légèrement vers l'extérieur.
💡 Explication

La réponse est matérielle, non doctrinale : Rabbi Meir est de l'avis de Rabbi Yossé sur l'emplacement de l'ouverture, et il irait volontiers tout droit -- mais le mobilier l'en empêche.

Rachi déploie le calcul. Chelomo fit dix tables, cinq à droite et cinq à gauche de celle de Moshé (Divrei ha-Yamim II 4,8). Un tana tient qu'elles étaient couchées est-ouest, un autre nord-sud ; Rabbi Meir suit le second. Or chaque table mesure deux coudées : cinq tables bout à bout font dix coudées. Comme le Hekhal a vingt coudées de large, la moitié nord en fait exactement dix -- et rien de la table ne peut déborder au sud, puisque la Torah dit "et la table, tu la placeras du côté nord". La rangée doit donc coller au mur nord, et le couloir de Rabbi Yossé n'existe tout simplement pas.

Rachi prévient enfin l'objection symétrique : l'autel, placé au centre du Hekhal, ne bloque-t-il pas de même le passage entre lui et la table ? Non -- on a établi plus haut (Yoma 33b) qu'il n'est pas aligné sur la table mais tiré vers l'est. Le passage reste libre.

🖼️ Schéma
Les dix tables de Chelomo bouchent le couloir nord (Rachi) Largeur du Hekhal : 20 amot. Table de Moshé au centre, cinq à sa droite et cinq à sa gauche (Divrei ha-Yamim II 4,8). MUR NORD 2 amot 2 amot table de Moshé 2 amot 2 amot Cinq tables en une seule rangée, tête contre tête : 5 x 2 = 10 amot -- exactement la moitié nord. axe médian du Hekhal (10 amot au nord, 10 au sud) MOITIÉ SUD -- interdite aux tables ve-ha-choulhan titen al tsela tsafon : la table est au nord. Rien d'elle ne peut déborder au sud. Conséquence : pas de passage au nord La rangée doit coller au mur nord -- sinon la table la plus méridionale empiéterait sur la moitié sud. Donc : rien entre la table et le mur. Et entre l'autel et la table ? On pourrait objecter que l'autel, placé au centre, bloque aussi. Non : il est tiré vers l'est (Yoma 33b), il ne fait pas face à la table. Le passage existe.
Le calcul de Rachi : cinq tables de deux coudées occupent toute la moitié nord et acculent la rangée contre le mur.
10
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְעוֹלָם מִזְרָח וּמַעֲרָב מֻונָּחִין, וּמִשּׁוּם שְׁכִינָה לָאו אֹורַח אַרְעָא

Et si tu veux, dis : en vérité elles étaient disposées d'est en ouest ; et à cause de la Chekhina, ce n'est pas la manière convenable (lav orah ar'a)...

💡 Explication

Seconde réponse, qui abandonne le calcul géométrique pour un motif de convenance. On peut fort bien tenir que les tables étaient couchées d'est en ouest -- auquel cas elles ne barrent rien -- et expliquer autrement l'écart de Rabbi Meir : longer le mur en rasant le fond du Hekhal ne serait pas une orah ar'a, une façon de faire convenable, face à la Chekhina.

La phrase s'interrompt ici : l'amoud se termine au milieu de la proposition, et la raison précise se lit au début de 52a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).