Yoma 52a -- L'ama traksin : où passe la coudée, et de quel côté penche sa sainteté

Yoma 52a

Sougya : L'amoud s'ouvre en achevant la phrase laissée en suspens à la fin de 51b : si le Cohen Gadol n'entre pas droit devant, c'est par égard pour la Chekhina -- et Rabbi Yossé retourne l'argument, les Israélites sont assez chers pour n'avoir besoin d'aucun intermédiaire. Une dernière question de topographie liquide le sujet : pourquoi Rabbi Yehouda n'emprunte-t-il pas le couloir du sud ?

Parce que la suie de la menora y noircirait les vêtements. Commence alors le cœur du folio, avec Rabbi Natan : l'ama traksin, cette cloison d'une coudée qui séparait le Hekhal du Saint des Saints dans le Premier Temple, les Sages n'ont pas tranché à son sujet.

Ravina reconstruit d'abord la raison qu'on pourrait invoquer -- les trois mesures de I Rois 6, où 40 + 20 = 60 ne laissent pas de place à la coudée -- puis la démonte : Melakhim ne mesure que le halal, le vide, et jamais les murs ; la preuve, la michna de Middot, qui compte les murs, compte aussi cette coudée-là, pour elle-même, dans ses cent coudées. Le doute ne portait donc jamais sur l'emplacement, mais sur la kedoucha : ke-lifnim ou ke-lahoutz.

Reste à en montrer la source, et c'est la question de Yossef Ich Houtsal rapportée par Rabbi Yo'hanan -- où couper le verset de I Rois 6,19 ? Selon que la phrase s'arrête avant ou après, la cloison est du dedans ou du dehors.

Le folio se ferme sur une objection : Issi ben Yehouda n'a compté que cinq versets sans hekhra dans la Torah, et la réponse attendra 52b.

Le Hekhal d'est en ouest : les cent coudées de la michna Middot 4,7 Ici l'Écriture ne mesure pas des vides : elle énumère murs ET espaces. C'est là que l'ama traksin apparaît, comptée à part. EST -- on entre par ici OUEST ama traksin -- 1 coudée 5 11 6 HEKHAL 40 coudées Saint des Saints 20 coudées 6 6 5 Mur du Oulam Oulam (vestibule) Mur du Hekhal (est) Mur du Hekhal (ouest) Ta (cellule latérale) Mur du ta 5 + 11 + 6 + 40 + 1 + 20 + 6 + 6 + 5 = 100 coudées Preuve de Ravina : partout où l'on compte les murs, cette coudée-là est comptée, et pour elle-même.
Le plan est-ouest du Hekhal selon Middot 4,7 : cent coudées où l'ama traksin est comptée pour elle-même.
Pourquoi le silence des versets ne prouve aucun doute : deux façons de mesurer 1. I Rois 6 -- l'Écriture ne compte que le halal, le vide intérieur Hekhal -- 40 (v. 17) vide seul Saint des Saints -- 20 (v. 20) vide seul 40 + 20 = 60, exactement le total du verset 6,2. Le compte est plein sans la coudée -- parce qu'un mur n'est pas un vide. 2. Michna Middot 4,7 -- ici, on compte AUSSI les murs Hekhal 40 S. des Saints 20 l'ama traksin figure ici comme un poste à part entière 5 + 11 + 6 + 40 + 1 + 20 + 6 + 6 + 5 = 100 Conclusion de Ravina L'emplacement de la coudée n'a jamais fait doute : elle est bien entre le Hekhal et le Saint des Saints. Melakhim ne la nomme pas parce que Melakhim mesure des vides. Le doute des Sages porte donc sur autre chose : sa sainteté.
L'argument de Ravina : Melakhim mesure des vides, Middot mesure aussi des murs -- d'où l'absence apparente de la coudée.
La chaîne du doute : d'un mur de pierre à deux rideaux Premier Temple : un vrai mur de pierre d'une coudée L'ama traksin sépare le Hekhal du Saint des Saints. Un mur a un statut : il est d'un côté ou de l'autre. Second Temple : le mur n'est pas rebâti Le bâtiment monte à cent coudées : une paroi d'une seule coudée d'épaisseur ne tient pas debout. Et l'épaissir est interdit : le plan était fixé par écrit -- ha-kol bi-khtav (Divrei ha-Yamim I 28,19). Reste une bande de sol d'une coudée, sans mur dessus Rabbi Natan : lo hikhri'ou bo hakhamim -- les Sages n'ont pas tranché à son sujet. Le doute n'est pas où elle est, mais ce qu'elle est. ke-lifnim -- comme le dedans la coudée serait du Saint des Saints ke-lahoutz -- comme le dehors la coudée serait encore du Hekhal Racine textuelle du doute : où couper I Rois 6,19 -- voir les segments 7 à 9. Faute de trancher : deux parokhot, distantes d'une coudée On enferme la bande douteuse entre les deux rideaux, et le Cohen Gadol traverse l'entre-deux (michna, 51b).
Du mur de pierre du Premier Temple au double rideau du Second : la généalogie du doute de Rabbi Natan.
1
לְמֵיעַל לְהֶדְיָא. וְרַבִּי יוֹסֵי אָמַר לָךְ: חֲבִיבִין יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא הִצְרִיכָן הַכָּתוּב לְשָׁלִיחַ.

... d'entrer directement. Et Rabbi Yossé pourrait te dire : les Israélites sont chers (à Dieu), puisque l'Écriture ne leur a pas imposé d'intermédiaire.

📜 Rachi (2)
לְמֵיעַל לְהֶדְיָא לֵילֵךְ אֵצֶל הַכֹּותֶל הַצְּפוֹנִי כָּל אֹורֶךְ הַהֵיכָל וְכָל שָׁעָה עֵינָיו נִזּוֹנוֹת מִבֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים דֶּרֶךְ הַפְּרִיפָה שֶׁכְּנֶגְדּוֹ:
Aller le long du mur nord sur toute la longueur du Hekhal : à chaque instant ses yeux se nourrissent du Saint des Saints, par l'ouverture (du rideau) qui lui fait face.
וְר' יוֹסֵי אָמַר לָךְ חֲבִיבִין יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא הִצְרִיכָן הַכָּתוּב לְשָׁלִיחַ אֶלָּא כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִתְפַּלֵּל עַל עַצְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר אֲשֶׁר יֵדְעוּן אִישׁ נֶגַע לְבָבוֹ וּפָרַשׂ כַּפָּיו אֶל הַבַּיִת הַזֶּה (מְלָכִים א ח׳:ל״ח) הִלְכָּךְ חָבִיב הוּא שְׁלוּחָן לִיכָּנֵס לְפֻומְבֵּי:
Mais chacun prie pour lui-même, ainsi qu'il est dit : "eux qui connaîtront chacun la plaie de son cœur, et il étendra ses paumes vers cette Maison" (I Rois 8,38). Dès lors, il est précieux que leur envoyé entre au grand jour (be-poumbei, ouvertement).
🪔 Ben Yehoyada (1)
חֲבִיבִין יִשְׂרָאֵל , שֶׁלֹּא הִצְרִיכָן הַכָּתוּב לְשָׁלִיחַ. פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל [אֶלָּא כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִתְפַּלֵּל עַל עַצְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר מְלָכִים א' ח, לח) 'אֲשֶׁר יֵדְעוּן אִישׁ נֶגַע לְבָבוֹ וּפָרַשׂ כַּפָּיו אֶל הַבַּיִת הַזֶּה' הִלְכָּךְ חָבִיב הוּא שְׁלוּחָן לִיכָּנֵס לְפֻומְבֵּי] דָּחוּק כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרִיטְבָ"א דְּמַה שַׁיָּיךְ עִנְיָן זֶה לִשְׁמוּעָתֵינוּ? וְגַם פֵּירוּשׁ רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל שֶׁהֵבִיא הָרִיטְבָ"א דָּחוּק כַּאֲשֶׁר יִרְאֶה הָרוֹאֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הָיָה שָׁלִיחַ לְקַבֵּל הַתּוֹרָה וְהַמִּצְוֹת שֶׁכֻּולָּם נָתְנוּ עַל יָדוֹ אַךְ בְּעִיקַּר מַתַּן תּוֹרָה עַל הַר סִינַי לֹא הִצְרִיכָם לְשָׁלִיחַ, דְּהַייְנוּ שֶׁלֹּא עָלָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְבַדּוֹ לְקַבֵּל עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת, וְאַף עַל פִּי שֶׁבָּזֶה הַמַּעֲמָד הָיוּ נִזּוֹנִין מִמַּרְאֵה הַכָּבוֹד בְּמַרְאֵה עֵינֵיהֶם שֶׁגִּילָּה כְּבוֹדוֹ לָהֶם וְדִבֵּר עִמָּהֶם פָּנִים בְּפָנִים, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים ה, ד) 'פָּנִים בְּפָנִים דִּבֶּר ה' עִמָּכֶם' וּכְתִיב (שְׁמוֹת כֹּד, יז) 'וּמַרְאֵה כְּבוֹד ה' כְּאֵשׁ אֹכֶלֶת בְּרֹאשׁ הָהָר לְעֵינֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל' וְלֹא הִצְרִיכָם לְשָׁלִיחַ הוּא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁהוּא יִרְאֶה וִיקַבֵּל כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיוּ יִשְׂרָאֵל נִזּוֹנִים בְּאוֹתוֹ מַעֲמָד מִמַּרְאֵה כְּבוֹד הַשְּׁכִינָה, וְלָכֵן גַּם כָּאן אֵין לְהַקְפִּיד כָּל כָּךְ עַל אֲשֶׁר כֹּהֵן גָּדוֹל נִזּוֹן מִמַּרְאֵה כְּבוֹד הַשְּׁכִינָה בְּבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים מֵחֲמַת פְּתִיחָה זוֹ אֲשֶׁר לְפָנָיו, דְּמָצִינוּ דַּחֲבִיבִין יִשְׂרָאֵל אֲנָשִׁים וְנָשִׁים וָטַף שֶׁהָרְאֵם הקב"ה אֶת כְּבֹודוֹ וְאֶת גָּדְלוֹ וְלֹא עָשָׂה הַכֹּל עַל יְדֵי הַשָּׁלִיחַ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִרְאוּ וְלֹא יִזּוֹנוּ עֵינֵיהֶם מִמַּרְאֵה כְּבוֹד הַשְּׁכִינָה.
"Les Israélites sont chers, puisque l'Écriture ne leur a pas imposé d'intermédiaire." Le commentaire de Rachi, de mémoire bénie -- [mais chacun prie pour lui-même, ainsi qu'il est dit (I Rois 8,38) "eux qui connaîtront chacun la plaie de son cœur, et il étendra ses paumes vers cette Maison" ; dès lors il est précieux que leur envoyé entre au grand jour] -- est forcé (dahouk), comme l'écrit le Ritva : quel rapport cette idée a-t-elle avec notre sougya ? Et le commentaire de Rabbenou Hananel, rapporté par le Ritva, est forcé lui aussi, comme le verra celui qui l'examine. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci. Moshé Rabbenou, la paix soit sur lui, fut l'intermédiaire pour recevoir la Torah et les mitsvot, qui toutes furent données par sa main ; mais pour l'essentiel du don de la Torah au mont Sinaï, Il ne leur a pas imposé d'intermédiaire -- c'est-à-dire que Moshé Rabbenou n'est pas monté seul recevoir les Dix Paroles. Et bien que, dans cette station, ils fussent nourris de la vision de la Gloire par la vue de leurs yeux -- car Il leur dévoila Sa gloire et parla avec eux face à face, comme il est dit (Devarim 5,4) "face à face l'Éternel a parlé avec vous", et il est écrit (Chemot 24,17) "et la vision de la gloire de l'Éternel était comme un feu dévorant au sommet de la montagne, aux yeux des enfants d'Israël" -- Il ne leur a pas imposé d'intermédiaire, à savoir Moshé Rabbenou, qui aurait vu et reçu à leur place afin qu'Israël ne soit pas nourri, en cette station, de la vision de la gloire de la Chekhina. C'est pourquoi ici non plus il n'y a pas lieu d'être si exigeant sur le fait que le Cohen Gadol soit nourri de la vision de la gloire de la Chekhina dans le Saint des Saints, du fait de cette ouverture qui est devant lui ; car nous trouvons que les Israélites sont chers -- hommes, femmes et enfants -- à qui le Saint béni soit-Il montra Sa gloire et Sa grandeur, et Il ne fit pas tout par l'intermédiaire de l'envoyé afin qu'ils ne voient pas et que leurs yeux ne se nourrissent pas de la vision de la gloire de la Chekhina.
💡 Explication

La phrase commence à la fin de 51b et s'achève ici. On y expliquait pourquoi Rabbi Meir ne fait pas marcher le Cohen Gadol dans le couloir le plus au nord, entre la table et le mur : à cause de la Chekhina, ce n'est pas une façon de faire convenable (orah ar'a) que d'entrer le-hedya, droit devant. Rachi précise ce que cela veut dire concrètement : longer le mur nord sur toute la longueur du Hekhal, c'est avoir les yeux nourris du Saint des Saints pendant tout le trajet, par l'ouverture du rideau qui vous fait face.

Mais Rabbi Yossé, lui, fait précisément marcher le Cohen Gadol par ce couloir-là. La guemara lui prête donc une réponse : loin d'être une inconvenance, la proximité est ici une faveur. Les Israélites sont havivin, chers : l'Écriture ne leur a pas imposé de passer par un intermédiaire pour être entendus. Rachi rattache cela au verset de la prière de Chelomo, où chacun étend ses paumes vers la Maison pour lui-même. Puisque le peuple n'a besoin d'aucun truchement, son envoyé peut entrer au grand jour, be-poumbei, sans détour.

2
וְרַבִּי יְהוּדָה נָמֵי, נֵיעוּל בֵּין מְנוֹרָה לְכֹותֶל! מַשְׁחֲרִי מָאנֵיהּ.

Et selon Rabbi Yehouda aussi : qu'il entre donc entre la menora et le mur ! -- Ses vêtements noirciraient.

📜 Rachi (1)
מַשְׁחֲרִי מָאנֵיהּ בְּגָדָיו מַשְׁחִירִין מֵעֲשַׁן הַמְּנוֹרָה שֶׁהִשְׁחִיר אֶת הַכֹּותֶל:
Ses vêtements noircissent de la fumée de la menora, qui a noirci le mur.
💡 Explication

La guemara applique à Rabbi Yehouda la question qu'elle vient de poser à Rabbi Meir. Rabbi Yehouda tient que l'ouverture de la parokhet se trouve au sud ; or il fait marcher le Cohen Gadol entre l'autel d'or et la menora, c'est-à-dire dans un couloir intermédiaire. Pourquoi ne pas emprunter le couloir le plus au sud, entre la menora et le mur, qui mène directement à cette ouverture ? Rachi, déjà sur 51b, annonçait cette objection.

La réponse ne fait appel à aucune considération d'honneur : elle est matérielle. La menora brûlait contre le mur sud et l'a noirci de suie ; passer dans cet intervalle étroit salirait les bigdei kehouna, les vêtements de la prêtrise. Retenez le procédé : la guemara accepte qu'une contrainte purement pratique explique le choix d'un tanna, sans qu'il faille lui prêter une position de principe.

🖼️ Schéma
Le Hekhal vu de dessus : quatre couloirs possibles Le Cohen Gadol entre par l'est et marche vers l'ouest, jusqu'à l'ouverture de la parokhet. EST -- entrée OUEST -- parokhet NORD SUD table autel d'or menora R. Yossé (yech omrim) : entre la table et le mur -- droit sur l'ouverture R. Meir : entre la table et l'autel R. Yehouda : entre l'autel et la menora Question de la guemara : et pourquoi pas ici, entre la menora et le mur ? Ouverture de la parokhet : au NORD selon R. Yossé et R. Meir -- au SUD selon R. Yehouda. Réponse : la suie de la menora a noirci le mur sud (trait sombre) -- ses vêtements se saliraient. Ce n'est donc pas une raison d'honneur qui écarte ce couloir, mais une raison toute matérielle.
Les quatre couloirs du Hekhal, les trois avis, et le couloir sud écarté pour cause de suie.
3
אָמַר רַבִּי נָתָן: אַמָּה טְרַקְסִין, לֹא הִכְרִיעוּ בּוֹ חֲכָמִים אִי כְּלִפְנִים אִי כְּלַחוּץ.

Rabbi Natan a dit : l'ama traksin (la cloison d'une coudée), les Sages n'ont pas tranché à son sujet -- est-elle comme le dedans, ou comme le dehors ?

📜 Rachi (1)
טְרַקְסִין לְשׁוֹן פָּנִים וְחוּץ הוּא כָּךְ רָאִיתִי בַּתַּלְמוּד יְרוּשַׁלְמִי וּרְאָיָה לַדָּבָר חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ מַכְנִיסִין פֵּירוֹתֵיהֶן דֶּרֶךְ טְרַקְסְמוֹן כְּדֵי לְחַייְּבָם בְּמַעֲשֵׂר (בְּרָכוֹת דַּף לה:) לָמַדְנוּ שֶׁהַטְרֵק לְשׁוֹן כְּנִיסַת פָּנִים הוּא:
"Traksin" est un terme (qui exprime à la fois) le dedans et le dehors ; ainsi l'ai-je vu dans le Talmud de Jérusalem. Et en voici la preuve : "les premiers hassidim faisaient entrer leurs fruits par le traksemon, afin de les rendre astreints au maasser" (Berakhot 35b) -- nous apprenons de là que "trak" est un terme désignant l'entrée vers le dedans.
💡 Explication

Nouvelle unité. On revient à la cloison d'une coudée d'épaisseur qui, dans le Premier Temple, séparait le Hekhal du Saint des Saints : l'ama traksin. Rachi explique le nom : trak désigne l'entrée vers le dedans, et le mot porte en lui le dedans et le dehors -- ce qui est exactement le problème.

Le Second Temple n'a pas rebâti ce mur (Rachi, 51b : trop haut pour une seule coudée d'épaisseur, et impossible de l'épaissir puisque le plan était fixé par écrit). Il reste donc une bande de sol d'une coudée dont on ne sait plus rien : ke-lifnim, comme le dedans, ou ke-lahoutz, comme le dehors ? Rabbi Natan enregistre le doute comme non tranché -- lo hikhri'ou bo hakhamim. La suite du daf va d'abord demander de quoi ce doute est fait.

4
מַתְקִיף לַהּ רָבִינָא: מַאי טַעְמָא? אִילֵימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״וְהַבַּיִת אֲשֶׁר בָּנָה הַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה לַה׳ שִׁשִּׁים אַמָּה אָרְכּוֹ וְעֶשְׂרִים רָחְבּוֹ וּשְׁלֹשִׁים אַמָּה קוֹמָתוֹ״, וּכְתִיב: ״וְאַרְבָּעִים בָּאַמָּה הָיָה הַבָּיִת הוּא הַהֵיכָל לִפְנָי״, וּכְתִיב: ״וְלִפְנֵי הַדְּבִיר עֶשְׂרִים אַמָּה אֹורֶךְ וְעֶשְׂרִים אַמָּה רֹוחַב וְעֶשְׂרִים אַמָּה קוֹמָתוֹ״, וְלָא יָדְעִינַן אַמָּה טְרַקְסִין אִי מֵהָנֵי עֶשְׂרִים, וְאִי מְהַנֵּי אַרְבָּעִים.

Ravina objecte : quelle en est la raison ? Si tu dis : parce qu'il est écrit "Et la Maison que le roi Chelomo bâtit pour l'Éternel : soixante coudées sa longueur, vingt sa largeur et trente coudées sa hauteur" (I Rois 6,2) ; et il est écrit "et quarante coudées était la Maison, c'est-à-dire le Hekhal, par-devant" (I Rois 6,17) ; et il est écrit "et devant le dvir : vingt coudées de longueur, vingt coudées de largeur et vingt coudées de hauteur" (I Rois 6,20) -- et nous ne savons donc pas si l'ama traksin fait partie de ces vingt ou de ces quarante...

📜 Rachi (1)
דְּבִיר הִיא הַמְּחִיצָּה לִפְנֵי הַדְּבִיר חֲלַל בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים שֶׁהוּא לִפְנִים מִן הַמְּחִיצָּה:
"Dvir" : c'est la cloison. "Devant le dvir" : le vide du Saint des Saints, qui se trouve en dedans de la cloison.
🗂️ Tossefot (1)
וְעֶשְׂרִים אַמָּה קוֹמָתוֹ רַשִׁ"י פִּי' בְּפִי' מְלָכִים דְּהָא דְּאָמַר לְעֵיל וּשְׁלֹשִׁים אַמָּה קוֹמָתוֹ הַיְינוּ כָּל הַבַּיִת עַד הַגַּג וְהָא דִּכְתִיב וְעֶשְׂרִים אַמָּה קוֹמָתוֹ הַיְינוּ עַד עֲלִייַּת בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים ובב"ב פֶּרֶק הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (בָּבָא בָּתְרָא דַּף צח:) פָּרֵיךְ לֵיהּ וּמְשַׁנֵּי עֶשְׂרִים אַמָּה קוֹמָתוֹ מִשְּׂפַת כְּרוּבִים וּלְמַעְלָה שֶׁהַכְּרוּבִים שֶׁעָשָׂה שְׁלֹמֹה הָעוֹמְדִים בַּקַּרְקַע מִשְּׁנֵי צִדֵּי הָאָרוֹן גָּבְהָם עֶשֶׂר אַמּוֹת:
Rachi a expliqué, dans son commentaire sur Melakhim, que ce qui est dit plus haut -- "et trente coudées sa hauteur" -- vise toute la Maison jusqu'au toit, tandis que ce qui est écrit ici -- "et vingt coudées sa hauteur" -- va jusqu'à l'étage supérieur du Saint des Saints. Et dans Baba Batra, chapitre Ha-mokher perot (98b), on lui objecte, et l'on répond : "vingt coudées sa hauteur" se compte à partir du sommet des keroubim et au-dessus -- car les keroubim que fit Chelomo, qui se tenaient au sol des deux côtés de l'arche, avaient dix coudées de haut.
💡 Explication

Ravina attaque non pas la conclusion de Rabbi Natan, mais la raison qu'on pourrait lui prêter. Il reconstruit d'abord l'argument arithmétique : Melakhim donne trois chiffres. Toute la Maison fait soixante coudées de long ; le Hekhal en fait quarante ; le Saint des Saints en fait vingt. Or 40 + 20 = 60 : le compte est plein, et la coudée de la cloison n'a nulle part où se loger.

D'où l'on conclurait qu'elle est nécessairement comptée dans l'un des deux nombres -- sans qu'on puisse savoir lequel. Ce serait là l'origine du doute. Notez le point de vocabulaire de Rachi : dans ce contexte, dvir ne désigne pas le Saint des Saints mais la cloison elle-même ; lifnei ha-dvir, "devant le dvir", désigne le vide du Saint des Saints situé en dedans d'elle. Ce sens sera décisif aux segments 7 et 8.

🖼️ Schéma
Les trois mesures de I Rois 6 -- et la coudée qui n'a plus de place Toute la Maison : 60 coudées de long (v. 2) Hekhal -- 40 (v. 17) arbaïm ba-ama haya ha-bayit Saint des Saints -- 20 (v. 20) ve-lifnei ha-dvir esrim ama 40 + 20 = 60. Le compte est plein : il ne reste pas une coudée pour l'ama traksin. Est-elle prise dans ces 40 ? Ou bien dans ces 20 ? C'est le raisonnement que Ravina prête à Rabbi Natan -- pour le désamorcer aussitôt.
40 + 20 = 60 : le compte est plein, et il ne reste pas de place pour la coudée.
5
וְדִילְמָא לָא מֵהָנֵי עֶשְׂרִין וְלָא מֵהָנֵי אַרְבְּעִין, וַחֲלָלָא קָא חֲשִׁיב, כְּותָלִים לָא קָא חָשֵׁיב. תֵּדַע, דְּכֹל הֵיכָא דְּקָא חָשֵׁיב כְּותָלִים — חֲשִׁיב לֵיהּ לְדִידֵיהּ,

Mais peut-être ne fait-elle partie ni de ces vingt ni de ces quarante : c'est le vide (halal) que l'Écriture compte, elle ne compte pas les murs. Sache-le : car partout où elle compte les murs, elle la compte, elle aussi.

📜 Rachi (1)
קָחֲשִׁיב לְדִידֵיהּ לִמְקוֹם הַמְּחִיצָּה לְבַד מִן הַשִּׁשִּׁים:
"Elle la compte, elle aussi" : l'emplacement de la cloison, en sus des soixante.
💡 Explication

Voici la réponse de Ravina, en deux temps. Premier temps : l'arithmétique ne prouve rien, parce qu'elle ne mesure pas ce qu'on croit. Dans Melakhim, les nombres portent sur le halal, l'espace vide intérieur, et non sur la maçonnerie. Quarante coudées de vide pour le Hekhal, vingt coudées de vide pour le Saint des Saints, soixante en tout : la cloison n'y figure pas, non parce qu'on l'aurait fondue dans l'un des deux chiffres, mais parce qu'un mur n'est pas un vide. Il n'y a donc aucune indétermination.

Second temps, la vérification -- teda, "sache-le" : si cette lecture est juste, alors partout où une source compte bel et bien les murs, l'ama traksin devrait réapparaître, et comptée pour elle-même. C'est exactement ce que va montrer la michna de Middot citée au segment suivant. L'argument est un test, pas une simple assertion.

6
דִּתְנַן: הַהֵיכָל מֵאָה עַל מֵאָה בְּרוּם מֵאָה. כֹּותֶל אוּלָם חָמֵשׁ, וְהָאוּלָם אַחַת עֶשְׂרֵה, כֹּותֶל הַהֵיכָל שֵׁשׁ, וְאָרְכוּ אַרְבָּעִים אַמָּה, וְאַמָּה טְרַקְסִין, וְעֶשְׂרִים אַמָּה בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים, כֹּותֶל הַהֵיכָל שֵׁשׁ, וְהַתָּא שֵׁשׁ, וְכֹותֶל הַתָּא חָמֵשׁ.

Comme nous l'avons appris (Middot 4,7) : le Hekhal, cent sur cent, sur une hauteur de cent. Le mur du Oulam : cinq ; et le Oulam : onze ; le mur du Hekhal : six ; et sa longueur : quarante coudées ; et l'ama traksin ; et vingt coudées : le Saint des Saints ; le mur du Hekhal : six ; et la cellule (ta) : six ; et le mur de la cellule : cinq.

📜 Rachi (2)
כֹּותֶל אוּלָם כֹּותֶל הַחִיצוֹן לְמַטָּה רֹוחַב הַיְּסוֹד וְהָאַסְקֻופָּה וּלְמַעְלָה מִגֹּובַהּ כִּיפַּת הַפֶּתַח עֹובִי הַחוֹמָה שֶׁעוֹלָה עַד ק' אַמָּה לְבַד רֹוחַב כִּיפַּת הֶחָלָל שֶׁהִיא י"א אַמָּה לְבַד רֹוחַב כִּיפַּת עֹובִי הַחוֹמָה:
"Le mur du Oulam" : le mur extérieur. En bas, c'est la largeur du soubassement et du seuil ; et plus haut, au-dessus de la hauteur de la voûte de l'entrée, c'est l'épaisseur de la muraille qui monte jusqu'à cent coudées -- outre la largeur du vide de la voûte, qui est de onze coudées, et outre la largeur de l'épaisseur de la voûte de la muraille.
וְהַתָּא שֵׁשׁ יָצִיעַ שֶׁאֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּרֶת:
"Et la cellule : six" : une annexe latérale (yatsia) située derrière la maison du kapporet (le Saint des Saints).
🗂️ Tossefot (1)
כֹּותֶל הַהֵיכָל שֵׁשׁ וְהַתָּא שֵׁשׁ וְכֹותֶל הַתָּא חָמֵשׁ תֵּימַהּ וְהָכְתִיב הַיָּצִיעַ הַתַּחְתֹּונָה חָמֵשׁ בָּאַמָּה רָחְבָּהּ (מְלָכִים א ו׳:ו׳) וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי בַּתָּא הָאֶמְצָעִי דִּכְתִיב וְהַתִּיכֹונָה שֵׁשׁ בָּאַמָּה רָחְבָּהּ כִּי מִגְרָעוֹת נָתַן לַבַּיִת סָבִיב ופר"י דה"פ דִּקְרָא שֶׁעֹובִי כֹּותֶל הַהֵיכָל לֹא הָיָה שָׁוֶה בְּכָל מָקוֹם שֶׁאִם כֵּן הָיוּ צְרִיכוֹת לְנֶקֶב הַחוֹמָה לִתְחֹוב בָּהּ רָאשֵׁי הַקּוֹרוֹת שֶׁל הַתָּא וְזֶה לֹא רָצוּ לַעֲשׂוֹת פֶּן יֵרָקְבוּ אֶלָּא עָשׂוּ אֶת חוֹמַת הַהֵיכָל בַּמַּעֲרָב לְמַטָּה שִׁבְעָה אַמּוֹת וְהֻוצְרְכוּ לִגְרֹועַ מִמֶּנָּה אַמָּה כְּנֶגֶד תִּקְרַת הַתָּא הָאֶמְצָעִי לְהַנִּיחַ רָאשֵׁי הַקּוֹרוֹת עַל אוֹתָהּ כְּנִיסָה וְשׁוּב הֻוצְרְכוּ לִגְרֹועַ עוֹד אַמָּה כְּנֶגֶד תִּקְרַת תָּא הַשְּׁלִישִׁי לְפִיכָךְ הַתַּחְתֹּונָה חָמֵשׁ בָּאַמָּה רָחְבָּהּ וְהַתִּיכֹונָה ו' בְּאַמָּה רְחָבָה וְהַג' ז' בְּאַמָּה רְחָבָה וְהַייְנוּ דִּתְנַן בְּמַס' מִדּוֹת [פ"ד מ"ד] הַתַּחְתּוֹנָה רְחָבָה חָמֵשׁ וְהָרוֹבֵד שִׁשָּׁה רֹובֶד שִׁשָּׁה הַייְנוּ הַתִּקְרָה הַמַּפְסֶקֶת בֵּינָהּ לַתָּא הַתִּיכוֹנָה שֶׁעַל גַּבָּהּ וְהָאֶמְצָעִית שֵׁשׁ וְהָרוֹבֵד ז' וְהִקְשָׁה ר"י בַּר מָרְדְּכַי אִי לְמַטָּה קָא חֲשִׁיב הָכָא לְשָׁם לֹא הָיְתָה הַתָּא שֵׁשׁ אֶלָּא חָמֵשׁ וְאִי בַּתִּיכוֹנָה קָא חֲשִׁיב מַאי קָאָמַר כֹּותֶל הַהֵיכָל שֵׁשׁ וְהָא כְּבָר נִגְרַע מִמֶּנָּה כְּנֶגְדָּהּ וּלְפִי מַה שֶׁפֵּירַשְׁנוּ נִיחָא דְּכֹותֶל הַהֵיכָל כְּנֶגֶד תָּא הַתַּחְתּוֹנָה הָיָה עָובְיָהּ ז' וּכְנֶגֶד הַתִּיכוֹנָה עָובְיָהּ ו' כִּי כְּבָר נִגְרַע מִמֶּנָּה אַמָּה וְהָכָא כְּנֶגֶד הַתִּיכוֹנָה קָא חֲשִׁיב דְּהָוֵי הָתָם כֹּותֶל הַהֵיכָל ו' וְהַתָּא ו' וא"ת וְאַמַּאי לָא קָא חֲשִׁיב לְמַטָּה כֹּותֶל הַהֵיכָל ז' וְהַתָּא ה' וְאִידִי וְאִידֵּי חַד שִׁעוּרָא הוּא י"ל דְּנִיחָא לֵיהּ לְמִיחְשַׁב בְּמָקוֹם שֶׁהָיָה כֹּותֶל הַהֵיכָל ו' כְּמוֹ כֹּותֶל מִזְרָחִי שֶׁל הֵיכָל שֶׁהָיָה כְּמוֹ כֵן ו' אִי נָמֵי נִרְאֶה לר"י שֶׁהַמִּגְרָעוֹת הָיוּ בְּכָל הַכְּתָלִים בְּכֹותֶל הַהֵיכָל וּבִשְׁלֹשֶׁת כָּותְלֵי הַתָּא וְכֹותֶל הַהֵיכָל הָיָה לְמַטָּה ו' אַמּוֹת וּמֶחֱצָה וְכֹותֶל הַתָּא ה' אַמּוֹת וּמֶחֱצָה וּכְשֶׁהָיָה מִגְרָע חֲצִי אַמָּה מִכָּל כֹּותֶל כְּדִכְתִיב כִּי מִגְרָעוֹת נָתַן לַבַּיִת סָבִיב נִמְצָא הַתָּא הַתַּחְתּוֹנָה חָמֵשׁ עַל חָמֵשׁ וְהַתִּיכוֹנָה שֵׁשׁ עַל שֵׁשׁ וְהַשְּׁלִישִׁית שֶׁבַע עַל שֶׁבַע וְהָא דְּקָתָנֵי רֹובֶד שֵׁשׁ וְרֹובֶד שֶׁבַע אור"י דְּהַיְינוּ אֹורֶךְ הַמִּגְרַעַת הָרִאשׁוֹנָה הִיא שֵׁשׁ וְהַמִּגְרַעַת הַשְּׁנִיָּה אָרְכָּהּ שִׁבְעָה וְקָרֵי לְהוּ רֹובֶד לְפִי שֶׁהַמִּגְרַעַת כְּעֵין שׁוּרָה בּוֹלֶטֶת כְּעֵין שֶׁשָּׁנִינוּ בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד בפ"ק (דַּף כֹּה:) בַּיִת גָּדוֹל הָיָה וּמֻוקָּף רוֹבְדִים וְקָאָמַר בגמ' רוֹבְדִים מַאי נִינְהוּ. גִּוְרָתָא דְּאִיצְטַווַּתָא דְּסָלְקִי בְּהוּ לְאִצְטַווַּתָא שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין כְּעֵין אִצְטְוָואוֹת סְטָיו לִפְנִים מִסְטָיו מֵעַלְוָתָם שֶׁל אֲבָנִים שֶׁקּוֹרִין דְּגוֹרֵיד וּלְשׁוֹן רֹובֶד הוּא שׁוּרָה עוֹד פר"י דְּנִרְאֶה לוֹ דְּכֹותֶל הַהֵיכָל שֵׁשׁ וְהַתָּא שֵׁשׁ דִּלְמַטָּה לְגַמְרֵי קָא חֲשִׁיב ואע"ג דִּכְתִיב בְּמַשְׁכְּנָהּ דִּמְלָכִים חָמֵשׁ בְּאַמָּה רְחָבָה שֶׁל מַסֶּכֶת מִדּוֹת דְּבַיִת שֵׁנִי הָיוּ חֲלוּקִין מִשֶּׁל שְׁלֹמֹה כְּמוֹ שֶׁהָיוּ חֲלוּקִין מְמַשְׁכְּנָהּ דִּיחֶזְקֵאל דִּלְעָתִיד דִּכְתִיב בִּיחֶזְקֵאל (מא) בָּתַר דְּפָרֵישׁ הֵיכָל וּבֵית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים כְּתִיב וְרֹחַב הַצֵּלָע ד' אַמּוֹת וְצֶלַע הַייְנוּ תָּא כִּדְאָמַר פ' הַמּוֹכֵר הַבַּיִת (ב"ב דַּף סא.) וּכְתִיב נָמֵי הָתָם (שָׁם) וְהַצְּלָעוֹת צֵלָע אֶל צֵלָע שְׁלֹשִׁים וְשָׁלֹשׁ פְּעָמִים אַלְמָא דְּלָא הָווּ בְּהַהֵיכָל אֶלָּא ל"ג תָּאִים וּבְמַסֶּכֶת מִדּוֹת [פ"ד מ"ג] תְּנַן ל"ח תָּאִים הָיוּ שָׁם ט"ו בַּצָּפוֹן וט"ו בַּדָּרוֹם וּשְׁמֹנֶה בַּמַּעֲרָב וְהַר' יִצְחָק בַּר מָרְדְּכַי פִּי' דְּלָא בַּהֵיכָל הָיוּ הַמִּגְרָעוֹת אֶלָּא בַּתָּא הָיוּ וְהָא דִּתְנַן רֹובֶד שֵׁשׁ הַייְנוּ שׁוּרוֹת אֲבָנִים עֶלְיוֹנִים שֶׁל כֹּותֶל הַיָּצִיעַ הַתַּחְתּוֹנָה שֶׁעָלֶיהָ מֻונָּחִים רָאשֵׁי הַקּוֹרוֹת וּכְשֶׁהָיְתָה אוֹתָהּ שׁוּרָה רְחָבָה שֵׁשׁ נִמְצֵאת שֶׁהָיְתָה בּוֹלֶטֶת אַמָּה שֶׁעֹובִי כֹּותֶל הַתָּא לֹא הָיָה אֶלָּא ה' אַמּוֹת וּלְכָךְ בּוֹלֶטֶת אַמָּה מִבַּחוּץ לְפִי שֶׁהָיוּ צְרִיכִין לִכְנֹוס אַמָּה מְקוֹם הַנָּחַת הַקּוֹרוֹת לְבִלְתִּי אֲחֹוז בְּקִירוֹת הַבָּיִת וְנִמְצָא דְּעַכְשָׁיו נָמֵי כְּשֶׁהָיוּ כּוֹנְסִין אַמָּה הָיְתָה הַחוֹמָה מִכָּל מָקוֹם עֲדַיִין עֹובִי ה' אַמּוֹת לְפִי שֶׁבִּמְקוֹם אַמָּה הַכְּנִיסָה נִתְוַסְּפָה אַמָּה מִבַּחוּץ וְלָא נְהִירָא לר"י דְּלָמָּה הָיוּ מוֹסִיפִין אַמָּה אִי מֵחֲמַת חֹוזֶק הַחוֹמָה כְּדֵי שֶׁתְּהֵא בְּכָל מָקוֹם לְכָל הַפָּחוֹת ה' אַדְּרַבָּה אוֹתָהּ תּוֹסֶפֶת הִיא גֵּרָעוֹן שֶׁהָיָה בִּנְיָן הָעֶלְיוֹן בּוֹלֵט אַמָּה חוּץ לַתַּחְתּוֹן וּמַכְבִּיד עָלָיו וְעוֹד קָשֶׁה הַתֵּינַח רֹובֶד שֵׁשׁ אֲבָל רֹובֶד שֶׁבַע לָמָּה וּכְשֶׁהָיָה רֹובֶד שֶׁלְּמַעְלָה ז' נִמְצָא שֶׁהָיָה בּוֹלֵט חוּץ לַחוֹמָה שְׁתֵּי אַמּוֹת שֶׁעֹובִי הַחוֹמָה חָמֵשׁ וּמֶה הָיוּ צְרִיכִין לִבְלִיטַת שְׁתֵּי אַמּוֹת וַהֲלֹא לֹא הָיוּ כּוֹנְסִין בַּיָּצִיעַ הַשְּׁלִישִׁית אֲנָא אַמָּה שֶׁהָיָה שֶׁבַע אַמּוֹת רְחָבָה אַמָּה אַחַת יוֹתֵר מִן הַתִּיכוֹנָה וְעוֹד לְפִי דְּבָרָיו הָיוּ נֻוקְבִּין כֹּותֶל הַהֵיכָל וְיוֹתֵר הָיָה נָכוֹן לִנְקֹוב כָּותְלֵי הַתָּא וְעוֹד דְּלִישָּׁנָא דִּקְרָא כִּי מִגְרָעוֹת נָתַן לַבַּיִת מַשְׁמַע הֵיכָל וְלֹא תָּאִים דְּלָא אִיַּקַּרוּ בַּיִת מִיהוּ הָא לָא קַשְׁיָא דְּמָצִינוּ לְמֵימַר מִגְרָעוֹת נָתַן לַדְּבִיר שֶׁהָיָה לַבַּיִת סָבִיב דְּהַיְינוּ לְכָותְלֵי הַתָּאִים וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי בְּשֵׁם רַבֵּינוּ יִצְחָק הַבָּחוּר שֶׁלֹּא הָיָה בְּכֹותֶל הַהֵיכָל לֹא מִגְרָעוֹת וְלֹא כְּנִיסָה וְלֹא בְּלִיטָה וְרָאשֵׁי הַקּוֹרוֹת הָיוּ מֻונָּחִין מִכֹּותֶל תָּא לְכֹותֶל תָּא שֶׁכְּנֶגְדּוֹ וּבִמְקוֹם הַנָּחַת הַקּוֹרוֹת הָיָה כְּנִיסָה בְּכֹותֶל הַתָּא חֲצִי אַמָּה מִזֶּה וַחֲצִי אַמָּה מִזֶּה וְכָל הַתָּאִים הָיוּ שָׁוִים מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב שֵׁשׁ אַמּוֹת בֵּין הַתַּחְתּוֹנָה [בֵּין] הַתִּיכוֹנָה בֵּין הַשְּׁלִישִׁית וְכֹותֶל הַתָּא חָמֵשׁ אֲבָל מִצָּפוֹן לַדָּרוֹם הַתַּחְתּוֹנָה ה' וְהַתִּיכוֹנָה ו' וְהַשְּׁלִישִׁית שֶׁבַע וְהַשְׁתָּא נִיחָא כֹּותֶל הַהֵיכָל ו' וְהַתָּא שֵׁשׁ וְכֹותֶל הַתָּא [חָמֵשׁ] דְּבֵין הַתַּחְתּוֹנָה בֵּין הַתִּיכוֹנָה בֵּין הַשְּׁלִישִׁית הָיוּ שֵׁשׁ מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב וְכֹותֶל הֵיכָל שֵׁשׁ וְכֹותֶל הַתָּא חָמֵשׁ בֵּין לְמַטָּה בֵּין לְמַעְלָה:
Question : mais n'est-il pas écrit "l'étage inférieur, cinq coudées de large" (I Rois 6,6) ? On peut répondre qu'ici il s'agit de la cellule du milieu, dont il est écrit "et celle du milieu, six coudées de large, car il ménagea des retraits (migra'ot) à la Maison tout autour". Et le Ri a expliqué le sens du verset ainsi : l'épaisseur du mur du Hekhal n'était pas la même partout. Car autrement, il aurait fallu percer la muraille pour y enfoncer les têtes des poutres de la cellule, et cela on ne voulait pas le faire, de peur qu'elles ne pourrissent. On fit donc la muraille du Hekhal, à l'ouest et en bas, de sept coudées ; puis il fallut en retrancher une coudée à hauteur du plafond de la cellule du milieu, pour y poser les têtes des poutres sur ce retrait ; puis il fallut encore en retrancher une coudée à hauteur du plafond de la troisième cellule. C'est pourquoi l'inférieure est large de cinq coudées, celle du milieu de six, et la troisième de sept. Et c'est ce que nous avons appris dans Middot [4,4] : "l'inférieure large de cinq, et le rovéd six" -- le rovéd de six, c'est le plafond qui la sépare de la cellule du milieu située au-dessus d'elle -- "et celle du milieu six, et le rovéd sept". Et Rabbi Yitzhak bar Mordekhai a objecté : si l'on compte ici l'étage du bas, la cellule n'y était pas de six mais de cinq ; et si l'on compte celle du milieu, comment peut-on dire "le mur du Hekhal six", alors qu'on lui a déjà retranché une coudée à cette hauteur ? Mais selon ce que nous avons expliqué, tout va bien : le mur du Hekhal était, à hauteur de la cellule inférieure, épais de sept, et à hauteur de celle du milieu, épais de six, puisqu'une coudée lui avait déjà été retranchée -- et ici l'on compte à hauteur de celle du milieu, où le mur du Hekhal fait six et la cellule six. Et si tu demandes : pourquoi ne pas compter en bas "le mur du Hekhal sept et la cellule cinq", puisque cela fait la même mesure ? On peut répondre qu'il lui a paru préférable de compter là où le mur du Hekhal fait six, comme le mur oriental du Hekhal qui, lui aussi, faisait six. Autre explication, qui semble bonne au Ri : les retraits se trouvaient dans tous les murs, dans le mur du Hekhal comme dans les trois murs de la cellule. Le mur du Hekhal faisait en bas six coudées et demie et le mur de la cellule cinq et demie ; et lorsqu'on retranchait une demi-coudée à chaque mur, selon ce qui est écrit "car il ménagea des retraits à la Maison tout autour", il se trouve que la cellule inférieure faisait cinq sur cinq, celle du milieu six sur six, et la troisième sept sur sept. Quant à ce qui est enseigné "rovéd six" et "rovéd sept", le Ri dit qu'il s'agit de la longueur du premier retrait, qui est de six, et du second retrait, long de sept. Et on les appelle rovéd parce que le retrait est comme une rangée saillante, à l'image de ce que nous avons appris dans Tamid, chapitre premier (25b) : "c'était une grande maison entourée de rovadim", et la guemara demande : "les rovadim, qu'est-ce donc ? -- les degrés du portique par lesquels on montait au portique" ; car on faisait comme des portiques, un péristyle à l'intérieur d'un péristyle, avec des marches de pierre qu'on appelle degurid. Et "rovéd" est un terme désignant une rangée. Le Ri a encore expliqué qu'à son avis "le mur du Hekhal six et la cellule six" se compte tout en bas. Et bien qu'il soit écrit, à propos du sanctuaire de Melakhim, "cinq coudées de large", les mesures de la massekhet Middot, qui portent sur le Second Temple, différaient de celles de Chelomo, comme elles différaient du sanctuaire de Ye'hezkel, celui de l'avenir. Car il est écrit dans Ye'hezkel (41), après qu'il a décrit le Hekhal et le Saint des Saints : "et la largeur de la tsela, quatre coudées" -- et tsela signifie ta (cellule), comme il est dit au chapitre Ha-mokher ha-bayit (Baba Batra 61a) ; et il est écrit là aussi "et les tsela'ot, tsela contre tsela, trente-trois fois" : il n'y avait donc au Hekhal que trente-trois cellules, alors que dans Middot [4,3] nous avons appris qu'il y en avait trente-huit -- quinze au nord, quinze au sud et huit à l'ouest. Et Rabbi Yitzhak bar Mordekhai a expliqué que les retraits ne se trouvaient pas dans le Hekhal mais dans la cellule ; et ce que nous avons appris, "rovéd six", ce sont les rangées de pierres supérieures du mur de l'étage inférieur, sur lesquelles reposent les têtes des poutres. Quand cette rangée était large de six, elle débordait donc d'une coudée, puisque l'épaisseur du mur de la cellule n'était que de cinq coudées ; elle saillait ainsi d'une coudée vers l'extérieur, parce qu'il fallait un retrait d'une coudée pour poser les poutres sans qu'elles s'accrochent aux murs de la Maison ; et il se trouve qu'à présent encore, lorsqu'on rentrait d'une coudée, le mur gardait malgré tout une épaisseur de cinq coudées, puisqu'à la place de la coudée rentrée une coudée était ajoutée au-dehors. Mais cela n'a pas paru juste au Ri : pourquoi ajouterait-on une coudée ? Si c'est pour la solidité de la muraille, afin qu'elle fasse partout au moins cinq -- au contraire, cet ajout est un affaiblissement, car la construction supérieure déborde d'une coudée au-delà de l'inférieure et pèse sur elle. Autre difficulté : passe encore pour "rovéd six", mais pourquoi "rovéd sept" ? Quand le rovéd supérieur faisait sept, il débordait donc de deux coudées au-delà de la muraille, dont l'épaisseur est de cinq -- et pourquoi aurait-on eu besoin d'une saillie de deux coudées ? Car on ne rentrait, au troisième étage, que d'une coudée, celui-ci étant large de sept coudées, soit une de plus que celui du milieu. En outre, selon ses paroles, on percerait le mur du Hekhal, alors qu'il aurait été plus juste de percer les murs des cellules. Enfin, la formulation du verset -- "car il ménagea des retraits à la Maison" -- implique le Hekhal et non les cellules, qui ne sont pas appelées "maison". Cette dernière objection n'en est toutefois pas une, car on peut dire : "il ménagea des retraits au dvir qui était tout autour de la Maison", c'est-à-dire aux murs des cellules. Et j'ai entendu, au nom de Rabbenou Yitzhak le Jeune (ha-Bahour), qu'il n'y avait dans le mur du Hekhal ni retraits, ni rentrant, ni saillie : les têtes des poutres reposaient du mur d'une cellule au mur de la cellule qui lui faisait face, et à l'endroit où l'on posait les poutres il y avait un rentrant d'une demi-coudée dans le mur de la cellule, d'un côté et de l'autre. Toutes les cellules étaient égales d'est en ouest, six coudées -- l'inférieure, celle du milieu et la troisième -- et le mur de la cellule cinq ; mais du nord au sud, l'inférieure faisait cinq, celle du milieu six et la troisième sept. Et désormais tout s'accorde : "le mur du Hekhal six, et la cellule six, et le mur de la cellule cinq", car l'inférieure comme celle du milieu comme la troisième faisaient six d'est en ouest, le mur du Hekhal six et le mur de la cellule cinq, aussi bien en bas qu'en haut.
💡 Explication

La preuve. La michna de Middot énumère, d'est en ouest, tout ce qui compose les cent coudées du Hekhal -- et elle énumère les murs autant que les espaces. Faites la somme : 5 + 11 + 6 + 40 + 1 + 20 + 6 + 6 + 5 = 100. L'ama traksin y figure comme un poste distinct, ni absorbée dans les quarante du Hekhal, ni dans les vingt du Saint des Saints.

Le test de Ravina est donc concluant : quand on compte les murs, on la compte. Son silence dans Melakhim n'est pas une ambiguïté, c'est une conséquence de la méthode de mesure. La conclusion tombe au segment suivant.

Tossefot s'arrête ici sur un détail de la liste -- "la cellule : six" -- alors que le verset donne cinq coudées pour l'étage du bas. La réponse fait intervenir les migra'ot, les retraits ménagés dans le mur : le mur du Hekhal maigrit d'une coudée à chaque étage pour y poser les têtes de poutres sans percer la maçonnerie, et la cellule gagne d'autant. La michna mesure à hauteur de l'étage du milieu, là où le mur fait six et la cellule six.

🖼️ Schéma
Coupe du mur ouest : les trois étages latéraux et les migra'ot Explication du Ri (Tossefot) : on ne perce pas le mur pour y loger les poutres -- on le fait maigrir d'une coudée à chaque étage. intérieur du Hekhal mur du Hekhal cellule (ta) mur du ta 5 7 5 troisième étage 5 + 7 + 5 = 17 6 6 5 étage du milieu c'est ici que compte la michna 7 5 5 étage du bas I Rois 6,6 : cinq coudées migra'a migra'a À chaque étage, mur du Hekhal + cellule = 12 coudées : le retrait donne à la cellule ce qu'il ôte au mur. La michna dit six et six : elle mesure à hauteur de l'étage du milieu -- la réponse de Tossefot à la question du Ri bar Mordekhai.
Les trois étages latéraux et les migra'ot selon le Ri : le mur cède à la cellule, coudée pour coudée.
7
אֶלָּא קְדֻושְּׁתֵיהּ אִי כְּלִפְנִים אִי כְּלַחוּץ.

Mais plutôt : (le doute porte sur) sa sainteté -- est-elle comme le dedans, ou comme le dehors ?

💡 Explication

La conclusion, en cinq mots. Puisque l'emplacement de la coudée est certain -- elle est entre le Hekhal et le Saint des Saints, et Middot la compte -- le doute de Rabbi Natan ne peut pas porter sur la topographie. Il porte sur la kedoucha, le statut de sainteté de cet emplacement.

Le déplacement est important. Tant que le mur existait, la question restait théorique : on ne pénètre pas dans un mur. Mais dans le Second Temple, où le mur n'a pas été rebâti, cette bande de sol est un lieu où l'on marche -- et il faut savoir si y poser le pied, c'est déjà être entré dans le Saint des Saints. D'où les deux parokhot de notre michna : on enferme le doute entre deux rideaux.

8
וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, בָּעֵי יוֹסֵף אִישׁ הוּצָל: ״וּדְבִיר בְּתוֹךְ הַבַּיִת מִפְּנִימָה הֵכִין לְתִתֵּן שָׁם אֶת אֲרוֹן בְּרִית ה׳״. אִיבַּעְיָא לְהוּ: הֵיכִי קָאָמַר קְרָא:

Et c'est bien là ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : Yossef Ich Houtsal a soulevé une question sur le verset "Et un dvir à l'intérieur de la Maison, en dedans, il prépara pour y placer l'arche de l'alliance de l'Éternel" (I Rois 6,19). La question leur fut posée : comment le verset se dit-il ?

📜 Rachi (2)
מִפְּנִימָה הֵכִין וְלִפְנִים מֵאוֹתָהּ מְחִיצָּה הֵכִין מְקוֹם חֲלָלָה וְהִזְמִינוֹ לָתֵת שָׁם אֶת הָאָרוֹן אַלְמָא דְּבִיר גּוּפֵיהּ לָאו מִקְּדֻושַּׁת פָּנִים הוּא:
"En dedans il prépara" : et en dedans de cette cloison il prépara l'espace de son vide et le destina à y placer l'arche. Il en ressort donc que le dvir lui-même ne relève pas de la sainteté du dedans.
הֵיכִי קָאָמַר קְרָא מִי אָמְרִינַן ה"ק וּדְבִיר בְּתוֹךְ הַבַּיִת מְחִיצָּה עָשָׂה שֶׁמַּפְסֶקֶת בְּתוֹךְ הַבַּיִת:
"Comment le verset se dit-il ?" : disons-nous qu'il dit ceci -- "et un dvir à l'intérieur de la Maison", c'est-à-dire qu'il fit une cloison qui sépare à l'intérieur de la Maison ?
💡 Explication

La guemara donne maintenant la racine textuelle du doute. Rabbi Yo'hanan rapporte une question de Yossef Ich Houtsal sur un verset de la construction du Temple. Tout tient à un mot : dvir désigne ici, on l'a vu chez Rachi, la cloison elle-même.

Le verset enchaîne deux propositions sans les séparer : "et un dvir à l'intérieur de la Maison, en dedans" et "il prépara pour y placer l'arche". Où passe la coupure ? Selon la réponse, le lieu préparé pour l'arche est soit en dedans de la cloison -- et la cloison reste dehors -- soit la cloison elle-même fait partie du dedans. Rachi note la portée de la première lecture : alma dvir goufeh lav mi-kedouchat pnim hou, il en ressort que le dvir lui-même ne relève pas de la sainteté du dedans.

9
״וּדְבִיר בְּתוֹךְ הַבַּיִת מִפְּנִימָה הֵכִין לְתִתֵּן שָׁם״, אוֹ דִּילְמָא הָכִי קָאָמַר: ״וּדְבִיר בְּתוֹךְ הַבַּיִת מִפְּנִימָה״?

"Et un dvir à l'intérieur de la Maison, en dedans, il prépara pour y placer" -- ou bien peut-être dit-il ceci : "Et un dvir à l'intérieur de la Maison, en dedans" (point) ?

📜 Rachi (1)
אוֹ דִּילְמָא ה"ק וּדְבִיר בְּתוֹךְ הַבַּיִת מִפְּנִימָה דִּמְקוֹם הַדְּבִיר גּוּפֵיהּ מִשֶּׁל פָּנִים הֲוָה וְאוֹתוֹ הֵכִין לְתִתּוֹ שָׁם בְּאוֹתָהּ כְּנִיסָה אֶת הָאָרוֹן:
Ou bien peut-être dit-il ceci -- "et un dvir à l'intérieur de la Maison, en dedans" : l'emplacement du dvir lui-même relevait du dedans, et c'est cela qu'il prépara, pour y placer l'arche dans ce retrait.
💡 Explication

Les deux lectures, mises côte à côte. Dans la première, la phrase court d'un trait : Chelomo a installé une cloison à l'intérieur de la Maison, et c'est en dedans d'elle qu'il a préparé la place de l'arche. L'emplacement de la cloison est alors exclu du Saint des Saints : ke-lahoutz.

Dans la seconde, la phrase s'arrête sur mi-pnima : "et un dvir à l'intérieur de la Maison, en dedans" -- et une nouvelle proposition commence, "il prépara pour y placer l'arche". L'emplacement de la cloison relève alors du dedans : ke-lifnim. Rachi glose : c'est l'endroit du dvir lui-même qui est du dedans, et c'est là, dans ce retrait, qu'il prépara de quoi mettre l'arche.

On mesure l'enjeu : une coupure de phrase décide de la sainteté d'une coudée de sol, et donc, au Second Temple, du nombre de rideaux qu'il faut tendre.

🖼️ Schéma
I Rois 6,19 : où s'arrête la phrase ? ve-dvir be-tokh ha-bayit mi-pnima / hekhin la-têt sham et aron brit Hachem Lecture 1 -- la coupure vient après ... mi-pnima hekhin la-têt sham | Il fit une cloison à l'intérieur de la Maison, et en dedans d'elle il prépara la place où mettre l'arche. La cloison elle-même : comme le DEHORS Lecture 2 -- la coupure vient avant ... be-tokh ha-bayit mi-pnima | hekhin ... Une cloison à l'intérieur de la Maison, en dedans. Puis : il prépara pour y mettre l'arche. La cloison elle-même : comme le DEDANS Le doute de Yossef Ich Houtsal est exactement celui de Rabbi Natan Une virgule décide de la sainteté d'une coudée de sol -- et donc du nombre de rideaux au Second Temple. Rappel de Rachi : ici dvir désigne la cloison elle-même ; lifnei ha-dvir désigne le vide du Saint des Saints, en dedans d'elle.
Une coupure de phrase, deux statuts : la coudée tombe dehors ou dedans selon l'endroit où l'on s'arrête.
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וּמִי מְסַפְּקָא לֵיהּ? וְהַתַּנְיָא, אִיסִי בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר: חָמֵשׁ מִקְרָאוֹת בַּתּוֹרָה אֵין לָהֶן הֶכְרֵעַ:

Mais était-il donc réellement dans le doute ? N'a-t-on pas enseigné : Issi ben Yehouda dit -- il y a cinq versets dans la Torah qui n'ont pas de hekhra (dont la lecture ne penche d'aucun côté) :

📜 Rachi (1)
אֵין לָהֶם הֶכְרֵעַ לְדַעַת הֵיכָן הֵן נוֹטִין:
"Ils n'ont pas de hekhra" : de savoir de quel côté ils penchent.
💡 Explication

Objection de méthode. Une baraita d'Issi ben Yehouda recense les versets dont la syntaxe reste indécidable : un mot y peut se rattacher soit à ce qui précède, soit à ce qui suit, sans que rien ne tranche. C'est exactement la difficulté de Yossef Ich Houtsal. Rachi glose ein lahem hekhra : on ne sait pas de quel côté ils penchent.

Or Issi en dénombre cinq -- une liste close -- et il précise ba-Torah, dans la Torah, alors que le verset discuté ici se trouve dans Melakhim, c'est-à-dire dans les Prophètes. L'amoud s'interrompt sur la citation de la baraita : la liste des cinq versets et la résolution de la difficulté se lisent au début de 52b.

🖼️ Schéma
Une objection de méthode : le doute est-il permis ? Yossef Ich Houtsal Je ne sais pas où couper ce verset : il n'a pas de hekhra, il ne penche ni d'un côté ni de l'autre. ? Issi ben Yehouda (baraita) Il y a CINQ versets dans la Torah qui n'ont pas de hekhra -- une liste fermée. Deux failles que la guemara va exploiter : la liste d'Issi est close à cinq, et elle vise la Torah -- or le verset discuté ici se trouve dans Melakhim, c'est-à-dire dans les Prophètes. L'amoud s'interrompt sur la citation de la baraita ; la liste et la réponse se lisent au début de 52b.
La tension que la guemara vient d'ouvrir -- et que le folio suivant devra résoudre.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).