Yoma 53a -- Le nuage doit naître dedans : contre les Tsedoukim, le maalé achan, et l'art de ne pas tourner le dos

Yoma 53a

Sougya : L'amoud s'ouvre sur la fin de l'avertissement au Cohen Gadol -- ne pas commencer l'entassement de l'encens du côté de soi, sous peine de se brûler le bras -- puis bascule dans la grande polémique du chapitre : les Tsedoukim allument l'encens dans le Hekhal et entrent au Saint des saints déjà enveloppés de fumée ; les Hakhamim l'interdisent au nom de lifnei Hachem, et retournent contre eux leur propre verset en lui faisant enseigner non le moment du geste mais la forme du nuage -- d'où l'obligation du maalé achan, l'herbe qui fait monter la fumée droite comme un bâton. De là une longue séquence sur la peine de mort encourue pour un encens incomplet, que Rav Chechet et Rav Achi doivent dégager de l'entrée à vide, puis six répartitions successives entre les deux versets doublons -- feuille et racine, Ohel Moed et Bet Olamim, Kippour et le reste de l'année, mitsva et invalidation, avertissement et peine.

La chronologie de Rabbi Eliezer y ajoute une question redoutable : si la peine n'était pas encore dite, pourquoi Nadav et Avihou sont-ils morts ? -- pour avoir tranché une halakha juste devant leur maître. Le folio se ferme sur le hekech tiré d'un verset de Chelomo à Guivon : on ne quitte pas le lieu saint en tournant le dos, et cette règle descend jusqu'au disciple qui prend congé de son rav, jusqu'au sang de Rava sur le seuil de Rav Yossef.

Où l'encens rencontre-t-il le feu ? Hakhamim contre Tsedoukim Un seul geste, deux versets, deux lectures -- et toute la séparation entre les deux camps tient dans un pas de porte. TSÉDOUKIM HAKHAMIM Leur verset : Vayikra 16,2 Ki be-anan éraé al ha-kapporet -- Car c'est dans le nuage que J'apparaîtrai. Lu comme : qu'il n'entre qu'avec un nuage déjà formé. 1. Il pose l'encens sur les braises DANS LE HEKHAL 2. Il franchit le rideau déjà enveloppé de fumée Conséquence : le nuage précède l'homme dans le Saint des saints. Leur verset : Vayikra 16,13 Ve-natan et ha-ketoret al ha-ech LIFNEI HACHEM -- Il placera l'encens sur le feu devant Hachem. Lifnei Hachem = à l'intérieur, et pas avant. 1. Il entre : braises dans la mahta, encens dans la kaf 2. Il ne verse l'encens sur le feu qu'une fois DEDANS Conséquence : le nuage naît sous ses mains, à l'intérieur. La réponse des Hakhamim : votre verset ne dit pas QUAND, il dit COMMENT. 16,13 a déjà fixé le moment. Il reste donc à 16,2 d'enseigner la forme du nuage : il doit couvrir le kapporet -- donc l'encens contient du maalé achan, l'herbe qui fait monter la fumée droite comme un bâton.
Le coeur polémique du daf : les Tsedoukim allument l'encens dehors et entrent dans le nuage ; les Hakhamim ne l'allument qu'une fois à l'intérieur, et relisent le verset adverse comme une prescription sur la forme du nuage, non sur le moment.
Kra le-kra ? Six manières de répartir la charge entre les deux versets La baraita prouve le maalé achan par 16,2 puis le réprouve par 16,13. Chaque amora sauve le doublon autrement. Qui parle Ki be-anan éraé (16,2) donne Ve-khissa anan (16,13) ajoute Statut Rav Yossef seg. 9 la FEUILLE du maalé achan la RACINE (ikar) réfute par Abaye Abaye seg. 10-11 la RACINE du maalé achan la FEUILLE (alé) tenu Rav Chechet (1) seg. 12 l'Ohel Moed du désert Chilo et le Bet Olamim réfute déjà dans 16,16 Correction seg. 14 l'encens de Yom Kippour l'encens du reste de l'année tenu Rav Achi seg. 15 la mitsva (il faut en mettre) le leakev (sans lui, invalide) tenu Rava = R. Eliezer seg. 15-17 l'azhara (l'interdit) l'onech (ve-lo yamout) tenu
Le doublon des deux versets : chaque amora répartit autrement ce que chacun enseigne. Deux lectures tombent, quatre tiennent.
Ne jamais tourner le dos -- du roi Chelomo jusqu'au disciple Un mot colle à un autre dans un verset de Divrei Hayamim, et de là descend toute une échelle de déférence. La source : Divrei Hayamim II 1,13 Va-yavo Chelomo la-bama acher be-Guivon YERUSHALAYIM. Le verset colle les deux lieux sans préposition : hekech de la SORTIE de Guivon vers Jérusalem sur la VENUE de Jérusalem à Guivon -- à l'aller le visage était vers le bama, au retour il l'est encore. Le Cohen Gadol au Kodech ha-Kodachim Michna : yatsa u-va lo derekh knisato Il ressort à reculons, par le chemin même de son entrée. Les Cohanim dans leur avoda au terme de leur service Ils ne se retournent pas : ils s'en vont le visage de côté. Les Leviim sur le doukhan l'estrade du chant Même geste : mitsaded panav ve-holekh. Israël à son maamad les délégués du peuple au tamid Même geste, bien qu'ils n'officient pas eux-mêmes. Le disciple quittant son maître le saut décisif du daf Le rav reçoit le même égard que le lieu saint. Deux degrés : mitsaded panav (visage de côté) = la loi. Holekh la-ahorav (à reculons) = la houmra -- R. Elazar devant R. Yo'hanan, Rava jusqu'au sang sur le seuil de Rav Yossef.
La dernière sougya du daf : d'un hekech sur un verset de Chelomo, la guemara tire une règle de sortie qui descend du Saint des saints jusqu'à la porte du maître.
1
שֶׁלֹּא תַּתְחִיל מִפָּנֶיךָ, שֶׁמָּא תִּכָּוֶה.

-- de ne pas commencer par devant toi, de peur de te brûler.

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא תַּתְחִיל מִפָּנֶיךָ לְצִבּוּר וְלֵילֵךְ הָלְאָה:
"Que tu ne commences pas par devant toi" : à entasser, puis à aller plus loin.
שֶׁמָּא תִּכָּוֶה שֶׁהַקְּטֹורֶת שֶׁצָּבַרְתָּ לְצִדְּךָ בּוֹעֶרֶת תָּמִיד וּזְרוֹעֲךָ הַמִּתְפַּשֵּׁט וְהוֹלֵךְ לְהַלָּן נִכְוֶה בַּתִּימּוֹר הָעוֹלָה:
"De peur que tu ne te brûlés" : car l'encens que tu as entassé de ton côté brûle sans discontinuer, et ton bras qui s'étend et progresse plus loin est brûlé par la colonne de fumée et de flamme qui monte.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁלֹּא תַּתְחִיל מִפָּנֶיךָ שֶׁמָּא תִּכָּוֶה לָא יָדַעְנָא מַאי קָאָמַר מִסְתַּבְּרָא כְּמַאן דְּאָמַר מִדְּתַנְיָא הָכָא כְּוָותֵיהּ דִּילְמָא הָא בָּרַייְתָא אִיהוּ נָמֵי תָּנֵי לָהּ כְּמוֹ הַהִיא דִּלְעֵיל וְאִי מַיְיתֵי רְאָיָה מִן הַטַּעַם הַמְפֹורָשׁ בָּהּ שֶׁלֹּא תִּכָּוֶה וּלְהָכִי קָא מִסְתַּבְּרָא כְּמַאן דְּאָמַר בְּלֹא בָּרַייְתָא נָמֵי הָוֵי מָצֵי לְמֵימַר הַאי טַעְמָא וְנֵימָא דְּמֵהַאי טַעְמָא מִסְתַּבְּרָא כְּוָותֵיהּ וְשֶׁמָּא י"ל דְּאִי לָאו בָּרַייְתָא לָא הֲוָה אָמְרִינַן אוֹתָהּ סְבָרָא לְמִיחַשׁ לְשָׁעָה קַלָּה כָּל כָּךְ שֶׁמָּא יִכָּוֶה אִי נָמֵי י"ל הָנָךְ תְּרֵי בָּרָיְיתוֹת דְּמַיְיתִי מֵעִיקָּרָא לָא מִיתְּנֵי בֵּי רַבִּי חִייָּא וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא וּמַיְיתִי מֵהָא דְּמִיתַּנְיָא בֵּי ר' חִיָּיא וְר' אוֹשַׁעְיָא:
"Que tu ne commences pas par devant toi, de peur que tu ne te brûlés" : je ne comprends pas ce qu'il veut dire par "il est raisonnable de trancher comme celui qui dit", du fait qu'une baraita a été enseignée ici conformément à son avis -- peut-être cette baraita est-elle de la main de ce même tana, comme celle citée plus haut ! Et s'il tire sa preuve de la raison explicitée dans la baraita, "de peur que tu ne te brûlés", et que c'est pour cela qu'il est raisonnable de trancher comme lui -- il aurait pu invoquer cette raison même sans la baraita, et dire que c'est de ce motif qu'il est raisonnable de trancher comme lui ! Et peut-être peut-on répondre que, sans la baraita, nous n'aurions pas avancé ce raisonnement, celui de craindre une brûlure pour un instant aussi bref. Ou bien l'on peut répondre : les deux baraitot citées au départ n'avaient pas été enseignées à l'école de Rabbi Hiya et de Rabbi Ochaya, tandis que celle-ci provient bien de l'école de Rabbi Hiya et de Rabbi Ochaya (et fait donc autorité).
💡 Explication

La phrase s'ouvrait à la fin de 52b : Abaye tranchait la controverse des deux baraitot sur le sens du geste d'entassement de l'encens, et sa preuve était l'avertissement adressé au Cohen Gadol. Voici le contenu de cet avertissement, et il donne raison à un seul des deux gestes possibles.

Le raisonnement est physique avant d'être exégétique : si le Cohen Gadol commence à entasser l'encens du côté le plus proche de lui, ce premier tas s'enflamme aussitôt, et son bras -- qui doit ensuite s'avancer vers l'avant pour répartir le reste -- passe au-dessus d'une colonne de feu déjà levée. D'où l'ordre : commencer par le bord le plus éloigné, et ramener le geste vers soi.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְנָתַן אֶת הַקְּטֹורֶת עַל הָאֵשׁ לִפְנֵי ה׳״ — שֶׁלֹּא יְתַקֵּן מִבַּחוּץ וְיַכְנִיס. לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִין, שֶׁאוֹמְרִים יְתַקֵּן מִבַּחוּץ וְיַכְנִיס.

Nos Maîtres ont enseigné : "Et il placera l'encens sur le feu devant Hachem" (Vayikra 16,13) -- qu'il ne l'apprête pas au-dehors pour le faire entrer ensuite. C'est pour exclure la doctrine des Tsedoukim, qui disent qu'il l'apprête au-dehors puis le fait entrer.

⚖️ Rosh (1)
(דַּף כֹּח.) וּכְשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד דְּהַייְנוּ מִשֶּׁהֵאִיר הַמִּזְרָח מוֹרִידִין כֹּהֵן גָּדוֹל לְבֵית הַטְּבִילָה (דַּף ל.) וּפָרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם (דַּף לא:) וּכְדֵי שֶׁיַּכִּיר שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם בְּבִגְדֵי בוּץ פֵּרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ. (דַּף ל.) וּטְבִילָה זוֹ הָיְתָה בִּמְקוֹם חוֹל שֶׁאֵינָהּ בָּאָה לְחוֹבַת הַיּוֹם שֶׁאַף בְּכָל בֹּקֶר צָרִיךְ כָּל אָדָם לִטְבֹּול הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה לַעֲבוֹדָה. פָּשַׁט בְּגָדָיו וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג. (דַּף לא:) הֵבִיאוּ לוֹ בִּגְדֵי זָהָב וְלָבַשׁ וְקִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו (דַּף מג:) מִקִּיתוֹן שֶׁל זָהָב וְלֹא הָיָה כָּאן קִידּוּשׁ בִּפְשִׁיטָה לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי חוֹל וְקַייְמָא לָן דִּתְרֵי קִדּוּשֵׁי חַד אַפְּשִׁיטָה וְחַד אַלְּבִישָׁה. (דַּף לא:) וְאִם הָיָה זָקֵן אוֹ אִיסְטְנִיס שֶׁהַקֹּור הָיָה מַזִּיק לוֹ מְחַמִּין לוֹ חַמִּין מֵעֶרֶב [יוה"כ] וּמְטִילִין לְתוֹךְ הַצּוֹנֵן (דַּף לד:) אוֹ הָיוּ מְחַמִּין חֲתִיכוֹת שֶׁל בַּרְזֶל מֵאֶתְמוֹל וְנוֹתְנִין אוֹתָן הַיּוֹם בְּמַיִם לְחַמְּמָן. אע"פ שֶׁהוּא מְצָרֵף וְאָסוּר מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ שֶׁהוּא גְּמַר מְלֶאכֶת הַבַּרְזֶל לְחָתְכוֹ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לְכָךְ אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת וְאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ. (דַּף לא:) וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת הַתָּמִיד וְקִבֵּל גַּם הוּא אֶת דָּמוֹ וְגוֹמֵר כָּל עֲבוֹדוֹת כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים בְּבִגְדֵי זָהָב עִם הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּהֵיכָל הֲטָבַת הַנֵּרוֹת וּמִנְחַת חָבִיתִין. (דַּף לד:) אח"כ בָּא לְבֵית הַפַּרְוָה וְהָיָה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ. וּפֵרְשׁוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם וְקָדַשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי קֹדֶשׁ. וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג וְלָבַשׁ בִּגְדֵי לָבָן שָׁוִין י"ח מָנֶה אוֹ יוֹתֵר אוֹ פָּחוֹת רַק שֶׁיִּהְיוּ טוֹבִים יוֹתֵר מֵאוֹתָם שֶׁלָּבַשׁ בָּעֶרֶב. וּבֵין שְׁנֵיהֶם יֵשׁ לָהֶם לִהְיוֹת שָׁוִים ל' מָנֶה וְאִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף בְּשֶׁל בֹּקֶר טְפֵי מי"ח מָנֶה וְלִגְרֹועַ בְּשֶׁל עָרֵב מי"ב מָנֶה אוֹ אִיפְּכָא הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ רַק שֶׁיִּהְיֶה שֶׁל הַבָּקָר טוֹבִים יוֹתֵר וְיִהְיֶה בֵּין שְׁנֵיהֶם ל' מָנֶה. וְאֵלּוּ יֵשׁ לוֹ מִשֶּׁל צִבּוּר אֲבָל אִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף מִשֶּׁלּוֹ יוֹסִיף כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה. [וְקִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו] (דַּף לה:) וּבָא לוֹ אֵצֶל פָּרוֹ וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן צְפוֹנִית מַעֲרָבִית שֶׁל הַמִּזְבֵּחַ בָּאֲוִיר שֶׁבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ כְּנֶגֶד הַמִּזְבֵּחַ מַמָּשׁ אֶלָּא מָשׁוּךְ לְצַד צָפוֹן. (דַּף לוֹ.) וְהָיוּ מֻוקָּמִים רֹאשׁ הַפָּר שֶׁבָּא רֹאשׁוֹ לְצַד דָּרוֹם וּפָנָיו לַמַּעֲרָב. וְלֹא הָיוּ מַעֲמִידִין אוֹתוֹ לְהֶדְיָא רֹאשׁוֹ לַמַּעֲרָב וַאֲחוֹרָיו לַמִּזְרָח שֶׁמָּא יְרַבֵּץ גְּלָלִים וְזֶה יִהְיֶה גְּנַאי לַמִּזְבֵּחַ. וְהַכֹּהֵן עוֹמֵד בַּמִּזְרָח וּפָנָיו לַמַּעֲרָב וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר אָנָא הַשֵּׁם חָטָאתִי עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי אֲנִי וּבֵיתִי (שָׁם:) כַּחֲכָמִים. וִידּוּי רִאשׁוֹנָה לֹא הָיָה מִתְוַדֶּה אֶלָּא עָלָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ. אָנָא הַשֵּׁם כַּפֶּר נָא לָעֲוֹנוֹת וְכוּ'. וּבִירֻושַּׁל' יֵשׁ בְּהַזְכָּרַת הַשֵּׁם שְׁנִיָּה בְּוִידּוּי הָיָה אוֹמֵר אָנָּא בְּשֵׁם בְּבֵי"ת: (דַּף לז.) וּבָא לוֹ לְמִזְרַח הָעֲזָרָה לְהַגְרִיל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא שֶׁיִּהְיֶה בָּעֲזָרָה. (דַּף לט.) וּסְגָן בִּימִינוֹ וְרֹאשׁ בֵּית אָב בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף סב.) וְשָׁם שְׁנֵי שְׂעִירִים שָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה וְהָיָה לְקִיחָתָם כְּאֶחָד וְכָל זֶה אֵינוֹ מְעַכֵּב שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה. (דַּף לט.) וְקַלְפִּי הָיָה שָׁם [שֶׁל עֵץ וּמַחֲזִיק ב' יָדַיִם] וּבָהּ שְׁנֵי גּוֹרָלוֹת הָאֶחָד חָקוּק בּוֹ לְשֵׁם וְהַשֵּׁנִי לַעֲזָאזֵל. וְהֵם כְּשֵׁרִים מִכָּל דָּבָר וְטוֹרֵף יָדָיו בַּקַּלְפִּי בְּעִנְיָן שֶׁלֹּא יוּכַל לְכַוֵּין אֵיזֶה שֶׁל שֵׁם וְאֵיזֶה שֶׁל עֲזָאזֵל. וְהֶעֱלָה בְּכָל יַד גּוֹרָל אֶחָד [לְשֵׁם שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים] אִם שֶׁל שֵׁם עָלָה בִּימִינוֹ הַסְּגָן אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת יְמִינְךָ. וְאִם בִּשְׂמֹאלוֹ עָלָה בֵּית אָב אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת שְׂמֹאלֶךָ. וּנְתָנָן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים וְאָמַר לָהּ' חַטָּאת וְאִם לֹא נָתַן הַגּוֹרָלוֹת עַל הַשְּׂעִירִים רַק שֶׁהֶעֱלָה וְיָדַע אֵיזֶהוּ עָלָה בִּימִינוֹ וְאֵיזוֹ בִּשְׂמֹאלוֹ לֹא עִיכֵּב. (דַּף מא:) קָשַׁר לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית [מִשְׁקַל שְׁתֵּי סְלָעִים] בְּרֹאשׁ שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְהֶעֱמִידוֹ בַּשַּׁעַר הַמִּזְרָחִי בְּמָקוֹם שֶׁמּוֹצִיאִין אוֹתוֹ לְשַׁלְּחוֹ וְלַנִּשְׁחָט הָיָה קוֹשֵׁר לָשׁוֹן אֶחָד בְּצַוָּארוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְעָרֵב לֹא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְלֹא בִּשְׁאָר שְׂעִירִים וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כְּתִיב אַף שָׂעִיר שֶׁל שֵׁם יַעֲמִידֶנּוּ כְּנֶגֶד בֵּית שְׁחִיטָתוֹ וְתֵימַהּ דִּבְהֶדְיָא בַּגְּמָרָא מַסִּיק דְּאַקְּשִׁירָה קָאֵי. וּבָא לוֹ אֵצֶל פַּר שְׁנִיָּה וְהִתְוַדָּה עָלָיו וְעַל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיָּבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב לְכָךְ הָיָה מִתְוַדֶּה תְּחִלָּה עָלָיו לְבַדּוֹ שֶׁיִּהְיֶה זַכַּאי. (דַּף מג:) שְׁחָטוֹ וְקִבֵּל דָּמוֹ בַּמִּזְרָק וּנְתָנוֹ לְמִי שֶׁהוּא מְמָרֵס שֶׁלֹּא יִקְרֹושׁ. וְהַמְמָרֵס הָיָה עוֹמֵד עַל הַשּׁוּרָה הָרְבִיעִית שֶׁל הָרִצְפָּה שֶׁל עֲזָרָה שֶׁמִּן הַהֵיכָל וְלַחוּץ. וְנָטַל מַחְתָּה מִזָּהָב אָדֹום שֶׁמַּחֲזֶקֶת שְׁלֹשָׁה קַבִּין וְהָיְתָה דַּקָּה הַרְבֵּה וְהָיָה לָהּ בֵּית יָד אָרֹוךְ שֶׁמַּגִּיעָהּ תַּחַת זְרוֹעוֹ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא זְרוֹעוֹ מְסַיַּיעְתּוֹ. וְהָיָה לָהּ נִישְׁתֹּוק ופרש"י טַבַּעַת שֶׁיִּשְׁמַע קוֹלוֹ בְּבוֹאוֹ. וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' נַרְתִּיק שֶׁהָיָה לָהּ כְּמוֹ נַרְתִּיק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּווֶה כְּשֶׁהִיא מִתְחַמֶּמֶת מִן הַגֶּחָלִים. וְעוֹלָה בְּאֶמְצָעוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְחוֹתֶה מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ שֶׁכָּלְתָה מֵעֲלֵיהֶן הַשַּׁלְהֶבֶת. וְיָרַד וְהִנִּיחָהּ עַל הָרִצְפָּה בָּעֲזָרָה. (דַּף מז.) וְהוֹצִיאוּ לוֹ מַחְתָּה מְלֵיאָה קְטֹרֶת שֶׁהֶחֱזִירוּ אוֹתָהּ עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לְמַכְתֶּשֶׁת וּשְׁחָקוּהָ הַדַּק כְּדֵי שֶׁתְּהֵא דַּקָּה מִן הַדַּקָּה וְחָפַן מִמֶּנָּה מְלֹא חָפְנָיו שֶׁל כֹּהֵן לְפִי שֶׁהָיוּ מַחֲזִיקִין חָפְנָיו (דַּף מח.) לֹא מְחוּקוֹת וְלֹא גְּדוּשׁוֹת אֶלָּא טְפוּפוֹת. וְהֵרִיקָה מִתּוֹךְ חָפְנָיו לְתוֹךְ כַּף אַחַת וְלָקַח הַמַּחְתָּה שֶׁהָיוּ בָּהּ הַגֶּחָלִים בִּימִינוֹ וְהַכַּף שֶׁל הַקְּטֹרֶת בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף נא:) וְהָלַךְ בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל הֵיכָל בֵּין מִזְבֵּחַ וְלַמְנוֹרָה עַד שֶׁהִגִּיעַ לִשְׁתֵּי הַפָּרֹוכֹת הַמַּבְדִּילוֹת בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים בִּמְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין שֶׁהָיְתָה בְּבַיִת רִאשׁוֹן. וְהַחִיצוֹנָה הָיְתָה פְּתוּחָה בַּדָּרוֹם וְהַפְּנִימִית בַּצָּפוֹן. אע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר שֶׁלֹּא הָיָה שָׁם אֶלָּא פָּרֹוכֶת אַחַת בְּהָא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה שֶׁאוֹמֵר שְׁתַּיִם הָיוּ דַּהֲוָה לֵיהּ מַחֲלֹוקֶת וְאַחַ"כּ סְתָם שֶׁלְּאַחַר הַמַּחֲלֹוקֶת שׁוֹנֶה (דַּף נב:) הַחִיצוֹנָה פְּרוּפָה מִן הַדָּרוֹם וְעוֹד דְּר' חֲנִינָא סָבַר כְּרַבִּי יְהוּדָה לְקַמָּן דְּאָמַר בְּצַד צָפוֹן הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא. וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה מֵאוֹתָהּ מִשְׁנָה (דַּף נח:) הִתְחִיל מְחַטֵּא וְיוֹרֵד מֵהֵיכָן הָיָה מַתְחִיל מִקֶּרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י דְּסָבַר דְּפִתְחָהּ בַּצָּפוֹן קָאֵי וַאֲפִילּוּ לְפֵירוּשׁ רָשׁ""י הַהִיא מִשְׁנָה אָתְיָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְר' עֲקִיבָא פְּלִיג עָלֶיהָ בַּבָּרַיְיתָא וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ. (דַּף נב:) וְהָיָה מְהַלֵּךְ בֵּינֵיהֶם עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַצָּפוֹן וְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁדּוֹחֵק בַּאֲצִילֵי יָדָיו שֶׁלֹּא יִשָּׂרֵף הַפָּרֹוכֶת. כְּשֶׁהִגִּיעַ לַצָּפוֹן הָפַךְ פָּנָיו לַדָּרוֹם כְּדֵי שֶׁתְּהֵא יְמִינוֹ לְצַד הָאָרוֹן וְהָלַךְ עַד שֶׁהִגִּיעַ כְּנֶגֶד הָאָרוֹן וְנָתַן הַמַּחְתָּה שֶׁל אֵשׁ בֵּין שְׁנֵי הַבַּדִּים. (דַּף נג:) וּלְאַחַר שֶׁנִּיטַּל הָאָרוֹן נִתְּנָה לְאֶבֶן שְׁתִיָּה שֶׁהָיְתָה שָׁם וְהָיְתָה גְּבוֹהָה מִן הָאָרֶץ שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת. וְחָפַן הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּכַּף לְתוֹךְ חָפְנָיו וְצָבַר הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים. (דַּף נג.) וְנִזְהָר שֶׁלֹּא יִתֵּן הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי הָאֵשׁ עַד שֶׁהִכְנִיסוֹ לִפְנַי וְלִפְנִים לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִים שֶׁאוֹמְרִים שֶׁנּוֹתֵן בַּהֵיכָל וְנִכְנַס בֶּעָנָן עֲשַׁן הַקְּטֹרֶת. (דַּף נב:) וְהָיָה מַתְחִיל לְצַד פָּנִים שֶׁהוּא חוּצָה לוֹ שֶׁאִם מַתְחִיל אֶצְלוֹ נִמְצָא הֶעָשָׁן עוֹלֶה מִיָּד וּזְרוֹעוֹ נִכְוֶוה. וְנִתְמַלֵּא הַבַּיִת עָשָׁן וְהִנִּיחַ שָׁם הַכַּף וְהַמַּחְתָּה וְיוֹצֵא דֶּרֶךְ כְּנִיסָתוֹ שֶׁהָיוּ פָּנָיו לָאָרוֹן. וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כָּתוּב טִמְטֵם עֵינָיו וְיָצָא וְאֵין זֶה בַּגְּמָרָא אַדְּרַבָּה מִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ. וְהָכִי אִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי עַד שֶׁלֹּא נִיטַּל הָאָרוֹן הָיָה נִכְנָס וְיוֹצֵא לְאוֹרוֹ שֶׁל אָרוֹן מִשֶּׁנִּיטַּל הָאָרוֹן הָיָה מְגַשֵּׁשׁ וְנִכְנָס מְגַשֵּׁשׁ וְיוֹצֵא. (שָׁם: נג:) וְהָיָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בַּהֵיכָל שֶׁתְּהֵא הַשָּׁנָה כְּתִקְנָהּ. וְלֹא הָיָה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ שֶׁלֹּא לְהַבְעִית אֶת הָעָם הַמְצַפִּים לְצֵאתוֹ. (דַּף נג:) וְנָטַל אֶת הַדָּם מִמִּי שֶׁהָיָה מְמָרֵס וְנִכְנַס לִפְנַי וְלִפְנִים וְעָמַד בֵּין הַבַּדִּים וְהִזָּה אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כְּנֶגֶד הַכַּפֹּורֶת. וְאֵין צָרִיךְ שֶׁיַּגִּיעַ בַּכַּפֹּורֶת אֶלָּא כְּמַצְלִיף. וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י כְּסִדְרָן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְהַתּוֹסָפוֹת מְפָרְשִׁין שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לְכַוֵּין שֶׁיִּהְיוּ כְּסִדְרָן אֶלָּא בְּאַחַת שֶׁל מַעְלָה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַעְלָה. וּבְשֶׁבַע שֶׁל מַטָּה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַעְלָה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַטָּה. וְכָךְ הָיָה מוֹנֶה. אַחַת. אַחַת וְאַחַת. אַחַת וּשְׁתַּיִם וְכוּ'. יָצָא וְהִנִּיחַ הַמִּזְרָק שֶׁל הַדָּם עַל הַכֵּן שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְשָׁחַט אֶת הַשָּׂעִיר וְעָשָׂה מִדָּמוֹ לִפְנִים כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְיָצָא וְהִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר עַל כֵּן שֵׁנִי שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְנָטַל דַּם הַפָּר מִן הָכֵן שֶׁהִנִּיחַ עָלָיו וְהִזָּה מִמֶּנּוּ כְּנֶגֶד כָּל הַפָּרֹוכֶת בְּמָקוֹם שֶׁמְּכַווֵּן כְּנֶגֶד הָאָרוֹן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בִּפְנִים וְאָח""כ מִדַּם הַשָּׂעִיר עַל הַפָּרֹוכֶת כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר. וְלֹא הָיוּ הַדָּמִים נוֹגְעִים בַּפָּרֹוכֶת. וְאָח""כ עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ הַמִּזְרָק שֶׁבּוֹ דַּם הַשָּׂעִיר וְחוֹזֵר וּמֵרִיק מִמִּזְרָק הַמָּלֵא לְתוֹךְ הָרֵיקָן כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְעֹורָב יָפֶה יָפֶה. (דַּף נח:) וְיוֹצֵא לְצַד מִזְרָח עַד שֶׁעָבַר מִזְבַּח הַזָּהָב כֻּולּוֹ. וְנָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת עַל אַרְבַּע קַרְנוֹתָיו וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית וְנָתַן כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּפִתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי וְנִמְצָא שֶׁפָּגַע בְּקֶרֶן דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית וְשָׁם לֹא הָיָה יָכוֹל לְהַתְחִיל שֶׁהָיָה צָרִיךְ שֶׁיֵּצֵא לַמִּזְרָח עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַמִּזְבֵּחַ לְכָךְ הָיָה נוֹתֵן תְּחִלָּה בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית מַעֲרָבִית צְפוֹנִית צְפוֹנִית מִזְרָחִית. וְלֹא הָיָה מַקִּיף הַמִּזְבֵּחַ בְּרַגְלָיו אֶלָּא עוֹמֵד הַכֹּל בְּמָקוֹם אֶחָד וּמַקִּיף בְּיָדוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי פְּלִיג בְּהָא בַּבָּרַיְיתָא. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ שֶׁאוֹמֵר שֶׁמַּקִּיף בְּיָדָיו. וְעוֹד דר' אֶלְעָזָר סָבַר כְּוָותֵיהּ. וּבַג' הַקְּרָנוֹת שֶׁאֵינָן לְפָנָיו הָיָה מַתְחִיל בְּאֶצְבָּעוֹ לִיתֵּן לְמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ כְּלַפֵּי מַעְלָה וּבְקֶרֶן שֶׁלְּפָנָיו מַתְחִיל מִלְמַעְלָה וּמוֹשֵׁךְ וְיוֹרֵד כְּלַפֵּי מַטָּה. שֶׁאִם הָיָה מַתְחִיל מִלְּמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ לְמַעְלָה הָיָה הַדָּם זָב וְיוֹרֵד עַל גַּב יָדוֹ. וּבְמָקוֹם שֶׁגָּמַר הַהַזָּאָה דְּהַיְינוּ בְּקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית הָיָה חוֹתֶה הַגֶּחָלִים שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ אֵילָךְ וְאֵילָךְ וּמִזֶּה עָלָיו שֶׁבַע פְּעָמִים וְהַנִּשְׁאָר לוֹ מִן הַדָּם יִשְׁפֹּוךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן. (דַּף מג: מד.) וְצָרִיךְ שֶׁלֹּא יִהְיֶה שׁוּם אָדָם בַּהֵיכָל כָּל זְמַן שֶׁעוֹבֵד אֵלּוּ הָעֲבוֹדוֹת. בֵּין שֶׁל הֵיכָל בֵּין שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים. אֲבָל מִבֵּין הָאוּלָם וְהַמִּזְבֵּחַ אֵין צְרִיכִין לִפְרוֹשׁ בִּשְׁעַת עֲבוֹדוֹת שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בְּשֶׁל הֵיכָל. (דַּף ס.) וְאִם שִׁינָּה בְּזֶה הַסֵּדֶר לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. וְאִם הִקְדִּים בַּהֵיכָל דַּם הַשָּׂעִיר לְדַם הַפָּר יַחְזֹור וְיַזֶּה מִדַּם הַשָּׂעִיר. הִלְכָּךְ אִם נִתְעָרֵב לוֹ מִזְרָק שֶׁל דַּם הַפָּר בְּשֶׁל שָׂעִיר יִתֵּן מִשְּׁנֵי הַמִּזְרָקוֹת שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים שֶׁאִם הָרִאשׁוֹן שֶׁל פָּר הָוֵי הָאַחֲרוֹן כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ. וְאִם הוּא שֶׁל שָׂעִיר הֲרֵי הוּא כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ וְיוֹצֵא בִּשְׁנַיִם הָאַחֲרוֹנִים. וְאִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַפָּר קֹודֶם שֶׁגָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים יָבִיא פַּר אַחֵר וּקְטֹרֶת אַחֶרֶת וְיַעֲשֶׂה כְּכָל הַסֵּדֶר הַכָּתוּב לְעֵיל. אֲבָל אִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַשָּׂעִיר קֹודֶם שֶׁנָּתַן מִמֶּנּוּ בִּפְנִים אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא אֶלָּא שָׂעִיר אַחֵר כֵּיוָן שֶׁכְּבָר עָשָׂה מַתְּנוֹת הַפָּר וְהַקְּטֹרֶת כְּהִלְכָתָם. וְאִם גָּמַר מַתָּנוֹת הַפְּנִימִית וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּהֵיכָל. וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּמִּזְבֵּחַ וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ וְנִשְׁפַּךְ. שִׁירַיִים לָא מְעַכְּבִי. וְכָל הַדִּין הַנּוֹהֵג בְּדָמוֹ שֶׁל שָׂעִיר אִם נִשְׁפַּךְ כָּךְ הוּא דִּינוֹ אִם יָמוּת חֲבֵירוֹ הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁבְּאֵיזֶה שָׁעָה שֶׁיָּמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִדְחֶה הַדָּם:
(f. 28a) Et lorsque vint le moment de l'abattage du tamid, c'est-à-dire dès que l'orient s'éclaira, on fait descendre le Cohen gadol vers le lieu d'immersion. (f. 30a) Et l'on étendit un drap de bouts (lin) entre lui et le peuple. (f. 31b) Et afin qu'il sache que le service du jour se fait en vêtements de bouts, on étendit un drap de bouts. (f. 30a) Cette immersion se faisait en lieu profane, car elle ne relève pas de l'obligation propre au jour : tous les matins déjà, quiconque entre dans la azara pour le service doit s'immerger. Il ôta ses vêtements, s'immergea, remonta et s'essuya. (f. 31b) On lui apporta les vêtements d'or, il les revêtit, et il sanctifia ses mains et ses pieds (f. 43b) avec un pichet d'or. Il n'y eut pas ici de kidouch au moment de se dévêtir, puisqu'il ôtait des vêtements profanes -- et nous tenons pour établi qu'il y a deux kidouchim, un pour le dévêtir et un pour le revêtir. (f. 31b) Et s'il était âgé, ou de constitution délicate (istenis) à qui le froid nuisait, on lui chauffait de l'eau la veille de Yom Kippour et on la versait dans l'eau froide ; (f. 34b) ou bien l'on chauffait des morceaux de fer la veille et on les mettait le jour même dans l'eau pour la réchauffer. Bien que cela trempe le métal (metsaref) et soit interdit au titre de make bepatich -- lequel est l'achèvement du travail du fer, sa mise en forme -- puisqu'il n'en a pas l'intention, ce n'est là qu'une chevout (interdit rabbinique), et il n'y a pas de chevout au Temple. (f. 31b) Ensuite il abattit le tamid, en recueillit lui aussi le sang, et accomplit tous les services dans l'ordre de tous les jours, en vêtements d'or, avec l'encens du Heikhal, l'entretien des lampes (hatavat hanérot) et la minhat havitin. (f. 34b) Ensuite il vint au Beit haParva, qui se trouvait en lieu saint. On étendit un drap de bouts entre lui et le peuple, et il sanctifia ses mains et ses pieds, puisqu'il ôtait des vêtements sacrés. Il s'immergea, remonta, s'essuya, et revêtit les vêtements blancs, valant dix-huit maneh, ou plus, ou moins -- pourvu qu'ils soient meilleurs que ceux qu'il revêtira le soir. Et l'ensemble des deux doit valoir trente maneh ; et s'il veut ajouter à ceux du matin au-delà de dix-huit maneh et retrancher à ceux du soir en deçà de douze, ou l'inverse, il en a le droit -- pourvu que ceux du matin soient les meilleurs et que le total des deux fasse trente maneh. Cela vaut de ce qui provient du public ; mais s'il veut ajouter de son propre bien, il ajoutera autant qu'il voudra. [Et il sanctifia ses mains et ses pieds.] (f. 35b) Et il vint auprès de son taureau, lequel se tenait à l'angle nord-ouest de l'autel, dans l'espace situé entre le Oulam et l'autel, exactement face à l'autel mais décale vers le nord. (f. 36a) Et l'on disposait la tête du taureau de sorte que sa tête vienne du côté sud et sa face vers l'ouest. On ne le plaçait pas tout droit, la tête à l'ouest et l'arrière à l'est, de peur qu'il ne dépose des excréments, ce qui serait une indignité envers l'autel. Et le cohen se tient à l'est, la face vers l'ouest, pose ses deux mains sur lui et confesse. Et voici ce qu'il disait : de grâce, ô Nom, j'ai fauté, j'ai commis l'iniquité, j'ai transgressé, moi et ma maison (ibid.) -- selon les Sages. Le premier viddouy ne portait que sur lui et les gens de sa maison : de grâce, ô Nom, expie donc les fautes, etc. Et dans le Yerouchalmi il est dit qu'à la seconde mention du Nom dans le viddouy, il disait ana beChem, avec un beit. (f. 37a) Et il vint à l'est de la azara pour tirer au sort, car il faut seulement que ce soit dans la azara. (f. 39a) Le segan à sa droite et le chef de la maison paternelle à sa gauche. (f. 62a) Et il y avait là deux boucs identiques d'aspect et de taille, dont l'acquisition se faisait d'un seul coup -- tout cela n'étant pas indispensable mais relevant seulement de la mitsva. (f. 39a) Et il y avait là une kalpi [de bois, contenant les deux mains], où se trouvaient deux sorts, l'un gravé laChem et l'autre laAzazel ; ils sont valides en toute matière. Il agite ses mains dans la kalpi de manière à ne pouvoir viser lequel est laChem et lequel laAzazel, et il remonta dans chaque main un sort [pour les deux boucs]. Si celui de Chem monta dans sa droite, le segan lui dit : lève ta droite ; et s'il monta dans sa gauche, le chef de la maison paternelle lui dit : lève ta gauche. Il les posa sur les deux boucs et dit : laChem, hatat. Et s'il n'a pas posé les sorts sur les boucs mais les a seulement remontés en sachant lequel monta dans sa droite et lequel dans sa gauche, cela n'empêche pas. (f. 41b) Il noua un fil d'écarlate [du poids de deux selaim] à la tête du bouc envoyé et le plaça à la porte orientale, à l'endroit d'où on le fait sortir pour l'envoyer ; et pour celui qui devait être abattu, il nouait un autre fil à son cou, afin qu'il ne se mélange ni au bouc envoyé ni aux autres boucs. Et dans [le piyout] Ata Konanta il est écrit que même le bouc de Chem, on le place face au lieu de son abattage -- ce qui est étonnant, car la guemara conclut explicitement que cela se rapporte au nouage. Et il vint auprès du second taureau et confessa sur lui et sur ses frères les cohanim ; car il faut que vienne l'innocent et qu'il expie pour le coupable -- c'est pourquoi il confessait d'abord sur lui seul, afin d'être innocent. (f. 43b) Il l'abattit, recueillit son sang dans un mizrak et le remit à celui qui le brassait (memares), afin qu'il ne se coagule pas. Et le memares se tenait sur la quatrième rangée du dallage de la azara, à compter du Heikhal vers l'extérieur. Et il prit un encensoir d'or rouge, contenant trois kabin, très fin, muni d'un long manche parvenant sous son bras afin que son bras le soutienne. Et il avait un nichtok : Rachi explique un anneau, dont on entendait le son à son arrivée ; et Rabbenou Hananel explique un étui qu'il avait, comme une gaine, pour qu'il ne se brûle pas lorsqu'il chauffe à cause des braises. Et il monte au milieu de l'autel, ratisse un plein encensoir de braises dont la flamme s'est éteinte, descend et le pose sur le dallage de la azara. (f. 47a) Et on lui sortit un encensoir plein d'encens que l'on avait remis la veille de Yom Kippour au mortier et pilé finement, afin qu'il soit le plus fin du fin ; et il en prit une pleine poignée, à la mesure de ses propres mains, (f. 48a) ni rasée ni comblée, mais bombée. Et il le versa de ses mains dans une cuiller (kaf), prit dans sa droite l'encensoir où étaient les braises et dans sa gauche la cuiller d'encens. (f. 51b) Et il alla par le sud du Heikhal, entre l'autel et la menora, jusqu'à parvenir aux deux parokhot qui séparent le Saint du Saint des Saints, à l'emplacement de la amma teraksin qui existait dans le premier Temple. Et l'extérieure était ouverte au sud et l'intérieure au nord. Bien que Rabbi Yossi tienne qu'il n'y avait là qu'une seule parokhet, la halakha suit ici Rabbi Yehouda qui dit qu'il y en avait deux, car c'est un cas de mahloket suivie d'une michna anonyme (setam) enseignée après la mahloket : (f. 52b) l'extérieure est repliée au sud. Et en outre Rabbi Hanina tient comme Rabbi Yehouda plus loin, lorsqu'il dit qu'il se tenait du côté nord et faisait les aspersions. Et l'on ne peut apporter de preuve de cette michna (f. 58b) : il commença à asperger et descendit -- d'où commençait-il ? De l'angle nord-est ; et Rachi explique qu'il tient que l'ouverture était au nord. Or même selon l'explication de Rachi, cette michna suit Rabbi Yossi HaGuelili, et Rabbi Akiva le contredit dans une beraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue. (f. 52b) Et il marchait entre elles jusqu'à parvenir au nord ; et il est dit dans le Yerouchalmi qu'il pousse avec ses coudes pour ne pas brûler la parokhet. Parvenu au nord, il tourna sa face vers le sud, afin que sa droite soit du côté de l'arche, et marcha jusqu'à se trouver face à l'arche, et déposa l'encensoir de feu entre les deux barres. (f. 53b) Et après que l'arche eut été cachée, il le posait sur la even chetiya qui se trouvait là, haute de trois doigts au-dessus du sol. Et il prit à pleines mains l'encens qui était dans la cuiller et amoncela l'encens sur les braises. (f. 53a) Et il veillait à ne pas mettre l'encens sur le feu avant de l'avoir introduit dans le lieu le plus intérieur, afin de réfuter la thèse des Tsedoukim, qui disent qu'il le met dans le Heikhal et entre dans la nuée de la fumée de l'encens. (f. 52b) Et il commençait du côté intérieur, qui est le plus éloigné de lui, car s'il commençait près de lui, la fumée monterait aussitôt et son bras se brûlerait. Et la maison se remplit de fumée ; il y déposa la cuiller et l'encensoir et sortit par le chemin de son entrée, la face tournée vers l'arche. Et dans Ata Konanta il est écrit qu'il ferma les yeux et sortit ; or cela ne figure pas dans la guemara -- au contraire, il ressort du Yerouchalmi que ce n'est pas nécessaire. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : tant que l'arche n'avait pas été cachée, il entrait et sortait à la lumière de l'arche ; une fois l'arche cachée, il entrait à tâtons et sortait à tâtons. (ibid. 53b) Et il faisait une courte prière dans le Heikhal, pour que l'année soit comme il convient. Et il ne prolongeait pas sa prière, afin de ne pas effrayer le peuple qui guettait sa sortie. (f. 53b) Et il prit le sang des mains de celui qui le brassait, entra dans le lieu le plus intérieur, se tint entre les barres et aspergea une fois vers le haut et sept fois vers le bas, face au kapporet. Et il n'est pas nécessaire qu'il atteigne le kapporet, mais [qu'il asperge] comme celui qui fouette (kematslif). Et Rachi explique : dans l'ordre, une en haut et sept en bas. Et les Tossefot expliquent qu'il n'avait pas besoin de viser à ce qu'elles soient dans l'ordre, mais que pour celle du haut il inclinait le dos de sa main vers le bas et aspergeait vers le haut, et pour les sept du bas il inclinait le dos de sa main vers le haut et aspergeait vers le bas. Et ainsi comptait-il : une ; une et une ; une et deux, etc. Il sortit et posa le mizrak du sang sur le support (ken) qui se trouvait dans le Heikhal. Et il abattit le bouc et fit de son sang à l'intérieur comme il avait fait du sang du taureau : une en haut et sept en bas. Et il sortit et posa le sang du bouc sur un second support qui se trouvait dans le Heikhal. Et il prit le sang du taureau sur le support où il l'avait posé, et en aspergea face à toute la parokhet, à l'endroit qui vise l'arche, une en haut et sept en bas, comme il avait fait à l'intérieur ; et ensuite du sang du bouc sur la parokhet, comme il avait fait du sang du taureau. Et les sangs ne touchaient pas la parokhet. Et ensuite il versa le sang du taureau dans le mizrak où était le sang du bouc, puis reversa du mizrak plein dans le vide, afin que le mélange soit parfaitement homogène. (f. 58b) Et il sort vers l'est jusqu'à avoir dépassé tout l'autel d'or, et donna quatre applications sur ses quatre cornes ; et il se tenait à l'angle sud-est et donnait, comme je l'ai expliqué plus haut, puisque l'ouverture est au sud -- de sorte qu'il rencontrait [d'abord] l'angle sud-ouest, mais il ne pouvait pas commencer la, car il devait sortir vers l'est jusqu'à dépasser l'autel ; c'est pourquoi il donnait d'abord à l'angle sud-est, [puis] sud-ouest, ouest-nord, nord-est. Et il ne faisait pas le tour de l'autel avec ses pieds, mais se tenait tout du long au même endroit et faisait le tour avec sa main -- paroles de Rabbi Akiva ; et Rabbi Yossi HaGuelili le contredit sur ce point dans une beraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue, qui dit qu'il fait le tour avec ses mains ; et en outre Rabbi Elazar tient comme lui. Et aux trois cornes qui ne sont pas devant lui, il commençait avec son doigt à donner par le bas et tirait vers le haut ; et à la corne qui est devant lui, il commence par le haut et tire en descendant vers le bas -- car s'il commençait par le bas en tirant vers le haut, le sang coulerait et descendrait sur le dos de sa main. Et à l'endroit où il acheva l'aspersion, c'est-à-dire à l'angle nord-est, il ratissait de part et d'autre les braises qui étaient sur l'autel et aspergeait dessus sept fois ; et ce qui lui restait du sang, il le versait sur le yessod (fondation) ouest de l'autel extérieur. (f. 43b, 44a) Et il faut que personne ne se trouve dans le Heikhal tant qu'il accomplit ces services, tant ceux du Heikhal que ceux du lieu le plus intérieur ; mais de l'espace entre le Oulam et l'autel, on n'a pas besoin de s'écarter lors des services du lieu le plus intérieur, mais seulement lors de ceux du Heikhal. (f. 60a) Et s'il a interverti cet ordre, il n'a rien fait. Et si, dans le Heikhal, il a fait précéder le sang du bouc à celui du taureau, il recommencera et aspergera du sang du bouc. Dès lors, si le mizrak du sang du taureau s'est mélangé à celui du bouc, il donnera des deux mizrakim trois fois : car si le premier est celui du taureau, le dernier est comme inexistant ; et s'il est celui du bouc, il est comme inexistant, et il s'acquitte par les deux derniers. Et si le sang du taureau s'est répandu avant qu'il n'ait achevé les applications de l'intérieur, il apportera un autre taureau et un autre encens, et fera tout l'ordre écrit plus haut. Mais si le sang du bouc s'est répandu avant qu'il n'en ait donné à l'intérieur, il n'a besoin d'apporter qu'un autre bouc, puisqu'il a déjà accompli comme il faut les applications du taureau et l'encens. Et s'il a achevé les applications intérieures et que l'un des sangs s'est répandu, il en apportera un autre et recommencera depuis le début dans le Heikhal. Et s'il a achevé les applications du Heikhal et que l'un des sangs s'est répandu, il en apportera un autre et recommencera depuis le début à l'autel ; et s'il a achevé les applications de l'autel et que [le sang] s'est répandu -- les restes (cheyarim) ne sont pas indispensables. Et toute la loi qui vaut pour le sang du bouc s'il s'est répandu, telle est sa loi si meurt son compagnon, celui qui est envoyé : car à quelque moment que meure le bouc envoyé, à ce moment-là le sang est écarté (nidhe).
💡 Explication

Nouvelle sougya, et changement de registre : on quitte la mécanique du geste pour la polémique. Tikoun mi-bahouts ("apprêter au-dehors") désigne le fait de poser l'encens sur les braises alors qu'on se trouve encore dans le Hekhal, de sorte qu'on franchisse le rideau enveloppé d'un nuage déjà formé.

L'expression lehotsi mi-liban chel Tsedoukin -- littéralement "pour faire sortir de leur cœur" -- signale une baraita polémique : le derach n'est pas ici la source de la halakha, il est l'arme contre une pratique adverse. Les Tsedoukim, qui refusent la Torah orale, lisent 16,2 au pied de la lettre ; les Hakhamim opposent la mention lifnei Hachem, "devant Hachem", qui situe le geste à l'intérieur.

3
מַאי דְּרוֹשׁ? ״כִּי בֶּעָנָן אֵרָאֶה עַל הַכַּפֹּורֶת״ — מְלַמֵּד שֶׁיְּתַקֵּן מִבַּחוּץ וְיַכְנִיס.

Sur quoi se fondent-ils ? "Car c'est dans le nuage que J'apparaîtrai au-dessus du kapporet" (Vayikra 16,2) -- cela enseigne qu'il l'apprête au-dehors puis le fait entrer.

📜 Rachi (1)
כִּי בֶּעָנָן אַל יָבֹא כִּי אִם בַּעֲנַן שֶׁל עֲשַׁן הַקְּטֹורֶת:
"Car dans le nuage" : qu'il n'entre qu'avec un nuage de fumée d'encens (déjà formé).
4
אָמְרוּ לָהֶם חֲכָמִים, וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״וְנָתַן אֶת הַקְּטֹורֶת עַל הָאֵשׁ לִפְנֵי ה׳״. אִם כֵּן, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כִּי בֶּעָנָן אֵרָאֶה עַל הַכַּפֹּורֶת״ —

Les Sages leur répondirent : mais n'est-il pas déjà dit "Et il placera l'encens sur le feu devant Hachem" ? S'il en est ainsi, que vient donc enseigner "Car c'est dans le nuage que J'apparaîtrai au-dessus du kapporet" ?

💡 Explication

La réfutation est en deux temps, et c'est le second qui compte. D'abord : votre verset ne peut pas dire ce que vous lui faites dire, puisqu'un autre verset fixe explicitement le lieu du geste (lifnei Hachem). Ensuite -- et c'est la contrainte propre au derach -- si 16,2 ne dit pas le moment, il ne peut pas non plus ne rien dire du tout.

La question ma talmoud lomar ("que vient enseigner le verset ?") oblige donc à lui trouver un contenu positif. La réponse va déplacer le verset du quand vers le comment : il ne prescrit pas le moment de l'allumage, mais la forme que le nuage doit prendre.

5
מְלַמֵּד שֶׁנּוֹתֵן בָּהּ מַעֲלֵה עָשָׁן. וּמִנַּייִן שֶׁנּוֹתֵן בָּהּ מַעֲלֵה עָשָׁן? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכִסָּה עֲנַן הַקְּטֹורֶת אֶת הַכַּפֹּורֶת״. הָא לֹא נָתַן בָּהּ מַעֲלֵה עָשָׁן, אוֹ שֶׁחִיסַּר אַחַת מִכָּל סַמָּנֶיהָ — חַיָּיב מִיתָה.

Cela enseigne qu'il y met du maalé achan. Et d'où sait-on qu'il y met du maalé achan ?

De ce qu'il est dit : "Et le nuage de l'encens couvrira le kapporet" (Vayikra 16,13). Donc, s'il n'y a pas mis de maalé achan, ou s'il a omis l'un quelconque de ses aromates -- il est passible de mort.

📜 Rachi (4)
מַעֲלֶה עָשָׁן שֵׁם עֵשֶׂב שֶׁגּוֹרֵם לְעַשֵּׁן לַעֲלוֹת זָקוּף כְּמַקֵּל:
"Maalé achan" : nom d'une herbe qui fait monter la fumée droite comme un bâton.
וּמִנַּיִן שֶׁנּוֹתֵן בָּהּ וְכוּ' לְקַמָּן פָּרֵיךְ ל"ל הָא נָפְקָא לֵיהּ:
"Et d'où sait-on qu'il y met, etc." : plus loin la guemara objectera -- à quoi bon ce second verset, puisque cela se déduisait déjà du premier ?
הָא אִם לֹא נָתַן וְכוּ' הָא לָמַדְנוּ מִכָּאן שֶׁנֶּאֱמַר וְלֹא יָמוּת שֶׁאִם לֹא נָתַן וְכוּ':
"Donc, s'il n'y a pas mis, etc." : nous apprenons donc d'ici, de ce qui est dit "et il ne mourra pas", que s'il n'y a pas mis, etc.
אוֹ שֶׁחִיסֵּר דִּכְתִיב הַקְּטֹורֶת שְׁלֵימָה וְלֹא חֲסֵירָה:
"Ou s'il a omis" : car il est écrit "l'encens" (avec l'article) -- entier, et non incomplet.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁל הַלָּלוּ מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל, וְשֶׁל הַלָּלוּ מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן. פֵּירוּשׁ גַּם הַחֲדָשִׁים הֵבִיאוּ אֶת עֵשֶׂב מַעֲלֶה עָשָׁן דְּאִם חִיסֵּר עֵשֶׂב מַעֲלֶה עָשָׁן חַייָּב מִיתָה כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא נג.) אַךְ הָיָה בָּזֶה הָעֵשֶׂב שְׁנֵי מִינִים וְאוֹתוֹ הַמִּין שֶׁפֹּועַל כָּזֹאת לִהְיוֹת מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל לֹא הָיוּ יוֹדְעִין אוֹתוֹ אֶלָּא רַק בֵּית אַבְטִינָס. וּמַה שֶׁהָיוּ נוֹטְלִין שְׁנֵים עָשָׂר מָנֶה נִרְאֶה לִי הַייְנוּ כְּנֶגֶד י"א סַמָּנִים וּמַעֲלָה עָשָׁן. וּמַה שֶׁאָמַר לֹא יָצָאת כַּלָּה מְבֻשֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶן אַף עַל גַּב דְּאִיתָא לְקַמָּן (יוֹמָא לט:) דְּכָל כַּלָּה אֵינָהּ צְרִיכָה לְהִתְבַּסֵּם בִּירוּשָׁלַיִם מִפְּנֵי תֹּוקֶף רֵיחַ הַקְּטֹורֶת שֶׁמִּתְפַּשֵּׁט בְּכָל הָעִיר הִנֵּה זֶה דַּוְקָא בְּתוֹךְ הָעִיר אֲבָל כַּלָּה שֶׁהִיא מִירוּשָׁלַיִם וְהוֹלֶכֶת חוּץ לִירוּשָׁלַיִם הָיְתָה מִתְבַּשֶּׂמֶת שֶׁלֹּא יַגִּיעַ תֹּוקֶף רֵיחַ הַקְּטֹורֶת לַחוּץ, אֲבָל בֵּית אַבְטִינָס לֹא הָיְתָה כַּלָּה יוֹצְאָהּ מְבֻושֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶם לֵילֵךְ חוּץ לָעִיר וּכְשֶׁלּוֹקְחִים אִשָּׁה מֵעִיר אַחֶרֶת מַתְנִים עִמָּהּ שֶׁלֹּא תִּתְבַּשֵּׂם בְּבֵית אָבִיהָ כְּשֶׁתֵּלֵךְ אַחַר נִשּׂוּאִין שֶׁלֹּא יַחְשְׁדוּם שֶׁהֵבִיאָה מִן הַקְּטֹורֶת מִבֵּית חָמִיהָ וּמִתְבַּשֶּׂמֶת בּוֹ עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת שֶׁאֵינוֹ נִיכָּר.
"Celui de ceux-ci montait en colonne comme un bâton, et celui de ceux-là se dispersait de-ci de-là" (Yoma 38a). Explication : les nouveaux artisans, eux aussi, apportaient l'herbe du maalé achan -- car si l'on omet l'herbe du maalé achan on est passible de mort, comme il est dit au chapitre Hotsiou Lo (Yoma 53a). Seulement, il y avait deux espèces de cette herbe, et l'espèce qui produit précisément cet effet -- monter en colonne comme un bâton -- nul ne la connaissait, sinon la maison d'Avtinas. Et s'ils prenaient douze manes de salaire, il me semble que c'est en regard des onze aromates plus le maalé achan. Quant à ce qui est dit, "jamais une fiancée ne sortit parfumée de leurs maisons" : bien qu'il soit enseigné plus loin (Yoma 39b) qu'aucune fiancée n'avait besoin de se parfumer à Jérusalem, tant l'odeur puissante de l'encens se répandait dans toute la ville -- cela ne vaut qu'à l'intérieur de la ville ; une fiancée de Jérusalem qui sortait hors de Jérusalem, elle, se parfumait, puisque la force de l'odeur de l'encens ne portait pas au-dehors. Or de la maison d'Avtinas, aucune fiancée ne sortit parfumée de leurs maisons même pour aller hors de la ville. Et lorsqu'ils prenaient femme dans une autre ville, ils stipulaient avec elle qu'elle ne se parfumerait pas dans la maison de son père lorsqu'elle s'y rendrait après le mariage -- pour qu'on ne les soupçonne pas d'avoir emporté de l'encens de la maison de son beau-père et de s'en parfumer par un mélange indiscernable.
שֶׁל הַלָּלוּ מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל, וְשֶׁל הַלָּלוּ מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן. פֵּירוּשׁ גַּם הַחֲדָשִׁים הֵבִיאוּ אֶת עֵשֶׂב מַעֲלֶה עָשָׁן דְּאִם חִיסֵּר עֵשֶׂב מַעֲלֶה עָשָׁן חַייָּב מִיתָה כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא נג.) אַךְ הָיָה בָּזֶה הָעֵשֶׂב שְׁנֵי מִינִים וְאוֹתוֹ הַמִּין שֶׁפֹּועַל כָּזֹאת לִהְיוֹת מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל לֹא הָיוּ יוֹדְעִין אוֹתוֹ אֶלָּא רַק בֵּית אַבְטִינָס. וּמַה שֶׁהָיוּ נוֹטְלִין שְׁנֵים עָשָׂר מָנֶה נִרְאֶה לִי הַייְנוּ כְּנֶגֶד י"א סַמָּנִים וּמַעֲלָה עָשָׁן. וּמַה שֶׁאָמַר לֹא יָצָאת כַּלָּה מְבֻשֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶן אַף עַל גַּב דְּאִיתָא לְקַמָּן (יוֹמָא לט:) דְּכָל כַּלָּה אֵינָהּ צְרִיכָה לְהִתְבַּסֵּם בִּירוּשָׁלַיִם מִפְּנֵי תֹּוקֶף רֵיחַ הַקְּטֹורֶת שֶׁמִּתְפַּשֵּׁט בְּכָל הָעִיר הִנֵּה זֶה דַּוְקָא בְּתוֹךְ הָעִיר אֲבָל כַּלָּה שֶׁהִיא מִירוּשָׁלַיִם וְהוֹלֶכֶת חוּץ לִירוּשָׁלַיִם הָיְתָה מִתְבַּשֶּׂמֶת שֶׁלֹּא יַגִּיעַ תֹּוקֶף רֵיחַ הַקְּטֹורֶת לַחוּץ, אֲבָל בֵּית אַבְטִינָס לֹא הָיְתָה כַּלָּה יוֹצְאָהּ מְבֻושֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶם לֵילֵךְ חוּץ לָעִיר וּכְשֶׁלּוֹקְחִים אִשָּׁה מֵעִיר אַחֶרֶת מַתְנִים עִמָּהּ שֶׁלֹּא תִּתְבַּשֵּׂם בְּבֵית אָבִיהָ כְּשֶׁתֵּלֵךְ אַחַר נִשּׂוּאִין שֶׁלֹּא יַחְשְׁדוּם שֶׁהֵבִיאָה מִן הַקְּטֹורֶת מִבֵּית חָמִיהָ וּמִתְבַּשֶּׂמֶת בּוֹ עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת שֶׁאֵינוֹ נִיכָּר.
"Celui de ceux-ci montait en colonne comme un bâton, et celui de ceux-là se dispersait de-ci de-là" (Yoma 38a). Explication : les nouveaux artisans, eux aussi, apportaient l'herbe du maalé achan -- car si l'on omet l'herbe du maalé achan on est passible de mort, comme il est dit au chapitre Hotsiou Lo (Yoma 53a). Seulement, il y avait deux espèces de cette herbe, et l'espèce qui produit précisément cet effet -- monter en colonne comme un bâton -- nul ne la connaissait, sinon la maison d'Avtinas. Et s'ils prenaient douze manes de salaire, il me semble que c'est en regard des onze aromates plus le maalé achan. Quant à ce qui est dit, "jamais une fiancée ne sortit parfumée de leurs maisons" : bien qu'il soit enseigné plus loin (Yoma 39b) qu'aucune fiancée n'avait besoin de se parfumer à Jérusalem, tant l'odeur puissante de l'encens se répandait dans toute la ville -- cela ne vaut qu'à l'intérieur de la ville ; une fiancée de Jérusalem qui sortait hors de Jérusalem, elle, se parfumait, puisque la force de l'odeur de l'encens ne portait pas au-dehors. Or de la maison d'Avtinas, aucune fiancée ne sortit parfumée de leurs maisons même pour aller hors de la ville. Et lorsqu'ils prenaient femme dans une autre ville, ils stipulaient avec elle qu'elle ne se parfumerait pas dans la maison de son père lorsqu'elle s'y rendrait après le mariage -- pour qu'on ne les soupçonne pas d'avoir emporté de l'encens de la maison de son beau-père et de s'en parfumer par un mélange indiscernable.
💡 Explication

Maalé achan (littéralement "ce qui fait monter la fumée") est le nom d'une herbe ajoutée aux onze aromates de la ketoret. Sa fonction est purement visuelle : elle fait monter la fumée en une colonne droite au lieu de la laisser se disperser. Le verset 16,2 exigeant un nuage "au-dessus du kapporet", il faut une fumée qui tienne debout -- donc cette herbe.

La baraita ajoute alors deux fautes capitales, et l'une comme l'autre relève du même principe : l'encens doit être chelema, entier. Omettre le maalé achan, ou omettre l'un des aromates, ce n'est plus offrir la ketoret -- c'est offrir autre chose, dans le lieu où l'erreur se paie de la vie.

6
וְתִיפּוֹק לֵיהּ — דְּקָא מְעַייֵּל בִּיאָה רֵיקָנִית!

Mais qu'il le déduise autrement -- puisqu'il accomplit une entrée à vide !

📜 Rachi (1)
תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּאִי נָמֵי לָא כְּתַב הָכָא וְלֹא יָמוּת מִיחַייַּב מִיתָה אַקְּטֹורֶת חֲסֵירָה דְּאַשְׁכַּח דְּעָייֵל בִּיאָה רֵיקָנִית שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ וּכְתִיב וְאַל יָבֹא בְכָל עֵת וְלֹא יָמוּת:
"Qu'il le déduise" : car même si "et il ne mourra pas" n'était pas écrit ici, il serait passible de mort pour un encens incomplet, puisqu'il se trouve qu'il a fait une entrée à vide, sans nécessité -- et il est écrit "et qu'il n'entre pas en tout temps... afin qu'il ne meure pas".
💡 Explication

Objection classique de la guemara : ve-tipouk leh, "qu'il le déduise de là" -- pourquoi fonder la peine de mort sur l'encens incomplet, alors qu'un motif plus immédiat est déjà disponible ?

Ce motif est la biah rekanit, l'"entrée à vide" : il est interdit sous peine de mort de pénétrer dans le Saint des saints sans un service à y accomplir. Or si l'encens est incomplet, il n'y a pas de service valable -- l'entrée est donc vide, et c'est déjà pour elle qu'il devrait mourir. La baraita semble alors énoncer une peine superflue.

🖼️ Schéma
Pour quoi meurt-il exactement ? Deux faits passibles pour une seule entrée La baraita : s'il n'a pas mis de maalé achan, ou s'il a omis un aromate -- passible de mort. Objection : il est déjà passible pour BIAH REKANIT, l'entrée à vide, sans mitsva valable à accomplir. Rav Chechet -- couper les états d'esprit Chagag ba-biah : il est entré par inadvertance (il ignorait l'interdit de l'entrée à vide). Hezid ba-haktara : il savait parfaitement qu'un encens incomplet tue. Pas de peine de mort sur un chogueg Reste donc la seule combustion : c'est bien pour l'encens incomplet qu'il meurt. Rav Achi -- doubler l'encens Mezid pour l'un comme pour l'autre. Mais il a fait entrer DEUX encensements en une seule entrée : un encens ENTIER il justifie l'entrée un encens INCOMPLET il ne justifie rien Sur l'entrée : non passible, il portait de quoi accomplir la mitsva. Sur la combustion : passible, il fait fumer un encens incomplet.
L'objection de la biah rekanit et les deux manières de la désamorcer.
7
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן, כְּגוֹן שֶׁשָּׁגַג בְּבִיאָה, וְהֵזִיד בְּהַקְטָרָה.

Rav Chechet a dit : de quoi traitons-nous ici ? D'un cas où il a été chogueg (par inadvertance) quant à l'entrée, et mezid (délibéré) quant à la combustion.

📜 Rachi (1)
שֶׁשָּׁגַג בְּבִיאָה רֵיקָנִית אֲבָל יָדַע שֶׁיֵּשׁ מִיתָה בְּמַקְטִיר קְטֹורֶת חֲסֵירָה וְאֵין עֹונֶשׁ מִיתָה עַל הַשּׁוֹגֵג:
"Qu'il a été chogueg quant à l'entrée" : à vide -- mais il savait qu'il y a peine de mort pour celui qui fait fumer un encens incomplet ; et il n'y a pas de peine de mort sur un chogueg.
💡 Explication

Rav Chechet dissocie les deux faits par l'état d'esprit. Sur l'entrée, l'homme est chogueg : il ignorait l'interdit, ou n'avait pas conscience d'entrer à vide -- et un chogueg n'encourt jamais la peine capitale. Sur la combustion, il est mezid : il savait parfaitement qu'un encens amputé tue.

Le motif de l'entrée tombe donc de lui-même, et la peine annoncée par la baraita retrouve son objet propre : elle porte bien sur l'encens.

8
רַב אַשִּׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא הֵזִיד בְּזוֹ וּבָזוֹ, וּכְגוֹן דְּעַיֵּיל שְׁתֵּי הַקְטָרוֹת, אַחַת שְׁלֵימָה וְאַחַת חֲסֵירָה. אַבִּיאָה לָא מִיחַייַּב — דְּהָא עַיֵּיל לֵיהּ שְׁלֵימָה, אַהַקְטָרָה — מִיחַייַּב, דְּקָא מַקְטַר קְטוֹרֶת חֲסֵירָה.

Rav Achi a dit : tu peux même dire qu'il a été mezid pour l'une et pour l'autre -- dans un cas où il a fait entrer deux encensements, l'un entier et l'autre incomplet. Pour l'entrée il n'est pas passible, puisqu'il en a fait entrer un entier ; pour la combustion il est passible, puisqu'il fait fumer un encens incomplet.

📜 Rachi (1)
דְּעָייֵל שְׁתֵּי הַקְטָרוֹת בְּבִיאָה אַחַת:
"Qu'il a fait entrer deux encensements" : en une seule entrée.
💡 Explication

Rav Achi refuse de jouer sur l'ignorance et résout le problème par le cas de figure : l'homme sait tout, et fait tout délibérément -- mais il porte deux encensements dans une seule entrée, l'un complet, l'autre amputé.

Dès lors les deux chefs se séparent nettement. L'entrée est couverte : il avait de quoi accomplir la mitsva, elle n'est pas "à vide". La combustion, elle, reste fautive pour le second encensement. La peine annoncée par la baraita porte donc bien, et uniquement, sur l'encens incomplet.

9
אָמַר מָר: וּמִנַּייִן שֶׁנּוֹתֵן בָּהּ מַעֲלֵה עָשָׁן, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכִסָּה״. קְרָא לִקְרָא?

Le Maître a dit : "Et d'où sait-on qu'il y met du maalé achan ? Le verset dit : et il couvrira." Un verset pour un verset ?!

📜 Rachi (1)
קְרָא לִקְרָא הָא נָפְקָא לֵיהּ מִכִּי בֶּעָנָן:
"Un verset pour un verset" : mais cela se déduisait déjà de "car dans le nuage" !
💡 Explication

La guemara revient en arrière sur la baraita elle-même. Elle avait déjà tiré le maalé achan de 16,2 ("car c'est dans le nuage que J'apparaîtrai"), et voilà qu'elle recommence la démonstration à partir de 16,13 ("et le nuage de l'encens couvrira").

Kra le-kra ? -- "un verset pour un verset ?" est l'objection type contre une redondance de preuve : on ne prouve pas un verset par un autre verset. Il faut donc que le second apporte quelque chose que le premier né donnait pas. Les six lignes qui suivent sont autant de tentatives pour dire quoi.

10
אָמַר רַב יוֹסֵף, הָכִי קָאָמַר: אֵין לִי אֶלָּא עֲלֵה מַעֲלֵה עָשָׁן, עִיקַּר מַעֲלֵה עָשָׁן מִנַּייִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכִסָּה״.

Rav Yossef a dit : voici ce que la baraita veut dire -- je n'ai (déduit) que la feuille du maalé achan ; la racine du maalé achan, d'où (la déduire) ? Le verset dit : "et il couvrira".

📜 Rachi (1)
עִיקָּר שֹׁורֶשׁ:
"Ikar" : la racine.
💡 Explication

Première répartition. La formule ein li ela... minayin ? ("je n'ai que... d'où sait-on que... ?") est le moule standard d'une extension : un premier verset donne le cas minimal, un second l'élargit.

Rav Yossef pose donc que 16,2 n'exigeait que la feuille (alé) de la plante -- la part la plus évidente -- et que 16,13 vient ajouter la racine (ikar). Cela suppose que la feuille est la partie principale et la racine un supplément.

11
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהָא אִיפְּכָא תַּנְיָא! דְּתַנְיָא: נָתַן בָּהּ עִיקַּר מַעֲלֵה עָשָׁן, הָיָה מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל עַד שֶׁמַּגִּיעַ לִשְׁמֵי קוֹרָה. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לִשְׁמֵי קוֹרָה, מְמַשְׁמֵשׁ וְיוֹרֵד בַּכְּותָלִים עַד שֶׁנִּתְמַלֵּא הַבַּיִת עָשָׁן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהַבַּיִת יִמָּלֵא עָשָׁן״!

Abaye lui dit : mais c'est l'inverse qui a été enseigné ! Car il a été enseigné : s'il y a mis la racine du maalé achan, (la fumée) montait en colonne comme un bâton jusqu'à atteindre le plafond ; parvenue au plafond, elle tâtonnait et descendait le long des murs, jusqu'à ce que la Maison fût emplie de fumée -- comme il est dit : "et la Maison s'emplit de fumée" (Yechayahou 6,4).

📜 Rachi (3)
וְהָא אִיפְּכָא תַּנְיָא שֶׁהַשֹּׁורֶשׁ יָפֶה מִן הֶעָלִין:
"Mais c'est l'inverse qui a été enseigné" : que la racine est meilleure que les feuilles.
לִשְׁמֵי קוֹרָה לְשׁוֹן שָׁמַיִם:
"Chémei kora" : de la même racine que chamayim (le ciel) -- le haut du plafond.
מְמַשְׁמֵשׁ בַּכְּתָלִים כֵּן דֶּרֶךְ הֶעָשָׁן כְּשֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לָצֵאת כְּנֶגְדּוֹ מִתְפַּשֵּׁט לְמַעְלָה תָּמִיד עַד שֶׁמִּתְמַלֵּא חֲלַל הַבַּיִת לְמַעְלָה מִכֹּותֶל לְכֹותֶל וּכְשֶׁאֵין לוֹ עוֹד מָקוֹם מְמַשְׁמֵשׁ וְיוֹרֵד אֵצֶל הַכְּתָלִים:
"Elle tâtonne le long des murs" : telle est la manière de la fumée -- quand elle ne peut sortir devant elle, elle s'étend sans cesse vers le haut, jusqu'à ce que le volume de la Maison soit rempli en haut, d'un mur à l'autre ; et quand elle n'a plus de place, elle tâtonne et descend le long des parois.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁל הַלָּלוּ מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל, וְשֶׁל הַלָּלוּ מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן. פֵּירוּשׁ גַּם הַחֲדָשִׁים הֵבִיאוּ אֶת עֵשֶׂב מַעֲלֶה עָשָׁן דְּאִם חִיסֵּר עֵשֶׂב מַעֲלֶה עָשָׁן חַייָּב מִיתָה כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא נג.) אַךְ הָיָה בָּזֶה הָעֵשֶׂב שְׁנֵי מִינִים וְאוֹתוֹ הַמִּין שֶׁפֹּועַל כָּזֹאת לִהְיוֹת מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל לֹא הָיוּ יוֹדְעִין אוֹתוֹ אֶלָּא רַק בֵּית אַבְטִינָס. וּמַה שֶׁהָיוּ נוֹטְלִין שְׁנֵים עָשָׂר מָנֶה נִרְאֶה לִי הַייְנוּ כְּנֶגֶד י"א סַמָּנִים וּמַעֲלָה עָשָׁן. וּמַה שֶׁאָמַר לֹא יָצָאת כַּלָּה מְבֻשֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶן אַף עַל גַּב דְּאִיתָא לְקַמָּן (יוֹמָא לט:) דְּכָל כַּלָּה אֵינָהּ צְרִיכָה לְהִתְבַּסֵּם בִּירוּשָׁלַיִם מִפְּנֵי תֹּוקֶף רֵיחַ הַקְּטֹורֶת שֶׁמִּתְפַּשֵּׁט בְּכָל הָעִיר הִנֵּה זֶה דַּוְקָא בְּתוֹךְ הָעִיר אֲבָל כַּלָּה שֶׁהִיא מִירוּשָׁלַיִם וְהוֹלֶכֶת חוּץ לִירוּשָׁלַיִם הָיְתָה מִתְבַּשֶּׂמֶת שֶׁלֹּא יַגִּיעַ תֹּוקֶף רֵיחַ הַקְּטֹורֶת לַחוּץ, אֲבָל בֵּית אַבְטִינָס לֹא הָיְתָה כַּלָּה יוֹצְאָהּ מְבֻושֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶם לֵילֵךְ חוּץ לָעִיר וּכְשֶׁלּוֹקְחִים אִשָּׁה מֵעִיר אַחֶרֶת מַתְנִים עִמָּהּ שֶׁלֹּא תִּתְבַּשֵּׂם בְּבֵית אָבִיהָ כְּשֶׁתֵּלֵךְ אַחַר נִשּׂוּאִין שֶׁלֹּא יַחְשְׁדוּם שֶׁהֵבִיאָה מִן הַקְּטֹורֶת מִבֵּית חָמִיהָ וּמִתְבַּשֶּׂמֶת בּוֹ עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת שֶׁאֵינוֹ נִיכָּר.
"Celui de ceux-ci montait en colonne comme un bâton, et celui de ceux-là se dispersait de-ci de-là" (Yoma 38a). Explication : les nouveaux artisans, eux aussi, apportaient l'herbe du maalé achan -- car si l'on omet l'herbe du maalé achan on est passible de mort, comme il est dit au chapitre Hotsiou Lo (Yoma 53a). Seulement, il y avait deux espèces de cette herbe, et l'espèce qui produit précisément cet effet -- monter en colonne comme un bâton -- nul ne la connaissait, sinon la maison d'Avtinas. Et s'ils prenaient douze manes de salaire, il me semble que c'est en regard des onze aromates plus le maalé achan. Quant à ce qui est dit, "jamais une fiancée ne sortit parfumée de leurs maisons" : bien qu'il soit enseigné plus loin (Yoma 39b) qu'aucune fiancée n'avait besoin de se parfumer à Jérusalem, tant l'odeur puissante de l'encens se répandait dans toute la ville -- cela ne vaut qu'à l'intérieur de la ville ; une fiancée de Jérusalem qui sortait hors de Jérusalem, elle, se parfumait, puisque la force de l'odeur de l'encens ne portait pas au-dehors. Or de la maison d'Avtinas, aucune fiancée ne sortit parfumée de leurs maisons même pour aller hors de la ville. Et lorsqu'ils prenaient femme dans une autre ville, ils stipulaient avec elle qu'elle ne se parfumerait pas dans la maison de son père lorsqu'elle s'y rendrait après le mariage -- pour qu'on ne les soupçonne pas d'avoir emporté de l'encens de la maison de son beau-père et de s'en parfumer par un mélange indiscernable.
💡 Explication

La réfutation d'Abaye est empirique. Une baraita décrit l'effet spectaculaire du maalé achan -- et elle l'attribue expressément à la racine, non à la feuille. Si la racine produit seule la colonne droite jusqu'au plafond, c'est elle la partie principale.

La répartition de Rav Yossef est donc inversée : il faisait de la racine un ajout de second rang, alors qu'elle est l'ingrédient premier. Noter au passage la lecture du verset de Yechayahou -- la vision du prophète dans le Temple sert ici de description technique de la fumée.

🖼️ Schéma
Le trajet de la fumée : monter comme un bâton, puis redescendre le long des murs chémei kora -- le plafond mahta mitamer ve-olé ke-makel la colonne monte droite comme un bâton memachmech ve-yored L'objection d'Abaye Cette baraita décrit l'effet de la RACINE (ikar). Donc la racine est plus forte que la feuille -- contre Rav Yossef. Rachi sur le mouvement La fumée qui ne peut sortir devant elle s'accumule en haut d'un mur à l'autre ; sans place, elle redescend aux parois. Le verset de référence Ve-ha-bayit yimalé achan -- et la Maison s'emplit de fumée (Yech. 6,4).
Ce que produit la racine du maalé achan : colonne droite jusqu'au plafond, puis descente le long des parois jusqu'à saturation du Sanctuaire.
12
אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי, הָכִי קָאָמַר: אֵין לִי אֶלָּא עִיקַּר מַעֲלֵה עָשָׁן, עֲלֵה מַעֲלֵה עָשָׁן מִנַּיִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכִסָּה״.

Abaye dit plutôt : voici ce que la baraita veut dire -- je n'ai (déduit) que la racine du maalé achan ; la feuille du maalé achan, d'où (la déduire) ? Le verset dit : "et il couvrira".

💡 Explication

Abaye conserve intégralement le moule de Rav Yossef et se contente d'échanger les deux termes : le verset de base donne la racine, le second ajoute la feuille. C'est une correction minimale -- la structure logique tenait, seule la hiérarchie botanique était fausse.

13
רַב שֵׁשֶׁת אָמַר: אֵין לִי אֶלָּא אֹהֶל מוֹעֵד שֶׁבַּמִּדְבָּר. שִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים מִנַּיִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכִסָּה״.

Rav Chechet dit : je n'ai (déduit) que la Tente d'assignation qui était au désert ; Chilo et le Temple éternel, d'où (les déduire) ? Le verset dit : "et il couvrira".

💡 Explication

Rav Chechet change d'axe. La question n'est plus celle des parties de la plante mais celle des lieux : la prescription du maalé achan vaut-elle seulement pour le Michkan du désert, ou aussi pour ses successeurs ?

Les trois étapes classiques sont l'Ohel Moed du désert, le sanctuaire de Chilo, et le Bet Olamim -- la "Maison d'éternité", c'est-à-dire le Temple de Jérusalem. Le second verset étendrait la règle aux deux derniers.

14
הַאי, מִ״וְכֵן יַעֲשֶׂה לְאֹהֶל מוֹעֵד הַשֹּׁוכֵן אִתָּם״ נָפְקָא!

Mais cela se déduit déjà de "Et ainsi fera-t-il pour la Tente d'assignation qui demeure avec eux" (Vayikra 16,16) !

📜 Rachi (1)
הַאי מִוְּכֵן יַעֲשֶׂה לְאֹהֶל מוֹעֵד הַשֹּׁוכֵן אִתָּם נָפְקָא. אֶל מָקוֹם שֶׁיְּהֵא שְׁכֵנַי אַתֶּם יַעֲשׂוּ כֵּן:
"Cela, de Et ainsi fera-t-il pour la Tente d'assignation" : "qui demeure avec eux" -- c'est de là que cela se déduit : en tout lieu où Ma Présence demeurera avec eux, on fera ainsi.
💡 Explication

Objection immédiate : l'extension aux sanctuaires postérieurs n'a pas besoin d'être achetée avec un verset entier, elle est déjà acquise. La formule ha-chokhen itam, "qui demeure avec eux", ne désigne pas un édifice mais une présence -- partout où la Chekhina réside avec Israël, le même service s'accomplit.

15
אֶלָּא הָכִי קָאָמַר: אֵין לִי אֶלָּא בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה מִנַּיִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכִסָּה״.

Plutôt, voici ce que la baraita veut dire : je n'ai (déduit) que le jour de Kippour ; les autres jours de l'année, d'où (les déduire) ? Le verset dit : "et il couvrira".

💡 Explication

Correction de l'axe de Rav Chechet : ce n'est pas une extension dans l'espace mais dans le temps. Le contexte de nos deux versets est celui du service de Kippour dans le Saint des saints ; le second verset viendrait étendre l'exigence du maalé achan à la ketoret quotidienne offerte sur l'autel d'or, tous les jours de l'année.

L'enjeu est considérable : la même règle passe d'un rite annuel unique à un rite offert deux fois par jour.

16
רַב אַשִּׁי אָמַר: חַד לְמִצְוָה, וְחַד לְעַכֵּב. רָבָא אָמַר: חַד לְעֹונֶשׁ, וְחַד לְאַזְהָרָה.

Rav Achi dit : l'un pour la mitsva, l'autre pour le caractère indispensable. Rava dit : l'un pour la peine, l'autre pour l'avertissement.

📜 Rachi (1)
חַד לְעֹונֶשׁ וְחַד לְאַזְהָרָה וְאַל יָבֹא כִּי בֶּעָנָן אַזְהָרָה וְכִסָּה עָנָן וְלֹא יָמוּת זֶה עֹונֶשׁ וְאִילּוּ לֹא יָמוּת דְּאַל יָבֹא לָאו אַחֶסְרוֹן עָנָן כְּתִיב אֶלָּא אַבִּיאָה רֵיקָנִית:
"L'un pour la peine et l'autre pour l'avertissement" : "et qu'il n'entre pas... car c'est dans le nuage" -- c'est l'avertissement ; "et le nuage de l'encens couvrira... afin qu'il ne meure pas" -- c'est la peine. Quant au "afin qu'il ne meure pas" du verset "qu'il n'entre pas", il n'est pas écrit à propos de l'absence de nuage, mais à propos de l'entrée à vide.
🗂️ Tossefot (1)
חַד לְמִצְוָה וְחַד לְעַכֵּב תֵּימַהּ לִי מַאי אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְעַכֵּב הָא חֻוקָּה כְּתִיב בַּפָּרָשָׁה וי"ל דְּחוּקָה לָא קָאֵי אֶלָּא אַיּוֹם הַכִּפּוּרִים אֲבָל קְטֹורֶת דְּכָל הַשָּׁנָה אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְעַכֵּב וְאֵין זֶה מֵעֵין הַתֵּירוּץ דְּמֵעִיקָּרָא קָאָמַר דְּחַד קְרָא לְיוֹם הַכִּפּוּרִים וְחַד קְרָא לִשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה וְהַשְׁתָּא קָאָמַר דְּתַרְוַיְיהוּ בֵּין ביוה"כ בֵּין בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה:
"L'un pour la mitsva et l'autre pour le caractère indispensable" : cela m'étonne -- pourquoi faut-il un verset pour rendre le maalé achan indispensable ? Le mot "houka" (statut) est écrit dans la section, et il suffit à tout rendre indispensable ! Et l'on peut répondre : houka ne porte que sur le jour de Kippour ; mais pour l'encens de toute l'année, il faut bien un verset pour le rendre indispensable. Et ce n'est pas du même ordre que la réponse précédente : car au départ on disait qu'un verset vaut pour Kippour et l'autre pour le reste de l'année, tandis qu'à présent on dit que les deux valent aussi bien pour Kippour que pour les autres jours de l'année.
💡 Explication

Deux dernières répartitions, cette fois d'ordre juridique. Rav Achi distingue mitsva et leakev : un verset enseigne qu'il faut mettre du maalé achan, l'autre que son absence invalide le service -- deux choses distinctes, car bien des prescriptions obligatoires n'invalident pas si on les omet.

Rava distingue onech et azhara, la peine et l'avertissement. C'est une règle générale du droit de la Torah : on ne punit jamais sans avoir d'abord interdit (lo anach ela im ken hizhir). Il faut donc nécessairement deux versets -- l'un qui défend, l'autre qui sanctionne.

17
תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״וְלֹא יָמוּת״ — עֹונֶשׁ, ״כִּי בֶּעָנָן אֶרְאֶה״ — אַזְהָרָה.

Il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit -- "afin qu'il ne meure pas", c'est la peine ; "car c'est dans le nuage que J'apparaîtrai", c'est l'avertissement.

📜 Rachi (1)
תַּנְיָא ר' אֶלְעָזָר אוֹמֵר וְכִסָּה וְלֹא יָמוּת זֶה עֹונֶשׁ מַעֲלֶה עָשָׁן:
"Il a été enseigné, Rabbi Eliezer dit" : "et (le nuage) couvrira... afin qu'il ne meure pas" -- c'est la peine encourue pour le maalé achan.
💡 Explication

Une baraita vient confirmer la distinction de Rava, et lui donner un ancrage tanaitique. Rabbi Eliezer assigne chaque membre de phrase à sa fonction : la menace de mort porte la sanction, l'annonce de l'apparition dans le nuage porte l'interdit.

Mais cette répartition ouvre aussitôt un problème de chronologie, que les deux segments suivants vont exploiter.

18
יָכוֹל יִהְיוּ שְׁנֵיהֶם אֲמוּרִין קֹודֶם מִיתַת בְּנֵי אַהֲרֹן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַחֲרֵי מוֹת שְׁנֵי בְּנֵי אַהֲרֹן״. יָכוֹל יִהְיוּ שְׁנֵיהֶם אֲמוּרִים אַחַר מִיתַת שְׁנֵי בְּנֵי אַהֲרֹן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כִּי בֶּעָנָן אֵרָאֶה עַל הַכַּפֹּורֶת״. הָא כֵיצַד? אַזְהָרָה קֹודֶם מִיתָה, וְעֹונֶשׁ אַחַר מִיתָה.

On aurait pu croire que les deux furent dits avant la mort des fils d'Aharon -- le verset dit : "après la mort des deux fils d'Aharon" (Vayikra 16,1). On aurait pu croire que les deux furent dits après la mort des deux fils d'Aharon -- le verset dit : "car c'est dans le nuage que J'apparaîtrai au-dessus du kapporet".

Comment donc ? L'avertissement avant la mort, et la peine après la mort.

📜 Rachi (1)
יָכוֹל יִהְיוּ שְׁנֵיהֶן אֲמוּרִים קֹודֶם מִיתַת בְּנֵי אַהֲרֹן וְנֶאֱמַר שֶׁבַּעֲוֹן מַעֲלֶה עָשָׁן שֶׁלֹּא נָתְנוּ מֵתוּ:
"On aurait pu croire que les deux furent dits avant la mort des fils d'Aharon" : et l'on dirait alors que c'est pour la faute du maalé achan, qu'ils n'avaient pas mis, qu'ils sont morts.
💡 Explication

La baraita construit sa chronologie par élimination, selon le procédé classique du yakhol... talmoud lomar ("on aurait pu croire... le verset dit"). Deux hypothèses extrêmes tombent l'une après l'autre, et il ne reste qu'une répartition possible.

L'en-tête de la section, "après la mort des deux fils d'Aharon", interdit de tout placer avant ; l'emploi du futur dans "J'apparaîtrai" interdit de tout placer après. D'où la solution mixte : azhara avant, onech après. Ce qui produit une difficulté redoutable, immédiatement soulevée.

🖼️ Schéma
L'avertissement avant, la peine après : la chronologie de R. Eliezer Mort de Nadav et Avihou le huitième jour de l'inauguration AVANT -- l'azhara (l'interdit) Ki be-anan éraé al ha-kapporet (16,2). Éraé est au futur : le nuage n'était pas encore apparu. APRÈS -- l'onech (la peine) Aharei mot chnei bnei Aharon (16,1), puis ve-khissa... ve-lo yamout (16,13). La preuve de Rava : si 16,2 avait été dit après leur mort, la gloire de Hachem était déjà apparue ce jour-là (Vayikra 9,23) -- et le futur éraé n'aurait plus de sens. Alors pourquoi sont-ils morts, si la peine n'était pas encore dite ? R. Eliezer : non pour l'encens -- pour avoir tranché une halakha en présence de Moche leur maître.
La chronologie de Rabbi Eliezer : un avertissement antérieur à la mort de Nadav et Avihou, une peine postérieure -- et la raison véritable de leur mort.
19
מַאי תַּלְמוּדָא? אָמַר רָבָא, אֲמַר קְרָא: ״כִּי בֶּעָנָן אֶרְאֶה״ — וַעֲדַייִן לֹא נִרְאֶה. וְאֶלָּא מַאי טַעְמָא אִיעֲנוּשׁ?

Quelle est la déduction ? Rava a dit : le verset dit "car c'est dans le nuage que J'apparaîtrai" -- et Il n'était pas encore apparu.

Mais alors, pour quelle raison ont-ils été punis ?

📜 Rachi (1)
וַעֲדַייִן לֹא נִרְאֶה אֶרְאֶה מַשְׁמַע לֶעָתִיד אַלְמָא כְּשֶׁנֶּאֱמַר מִקְרָא זֶה עֲדַייִן לֹא נִרְאֶה וְאִי לְאַחַר מִיתָתָן כְּבָר נִרְאָה בּוֹ בַּיּוֹם שֶׁנֶּאֱמַר וַיֵּצְאוּ וַיְבָרֲכוּ אֶת הָעָם וַיֵּרָא כְבוֹד ה' אֶל כָּל הָעָם (וַיִּקְרָא ט׳:כ״ג):
"Et Il n'était pas encore apparu" : "J'apparaîtrai" indique le futur ; il en ressort que lorsque ce verset fut dit, Il n'était pas encore apparu. Or si (le verset avait été dit) après leur mort, Il était déjà apparu ce jour-là même, comme il est dit : "Et ils sortirent et bénirent le peuple, et la gloire de Hachem apparut à tout le peuple" (Vayikra 9,23).
💡 Explication

Rava explicite le levier grammatical : éraé est un futur. Un verset qui annonce une apparition à venir ne peut avoir été prononcé après que cette apparition a eu lieu -- or la gloire divine s'était manifestée le jour même de la mort de Nadav et Avihou (Vayikra 9,23). Donc 16,2, l'avertissement, est antérieur.

Et de là surgit l'objection décisive : si la peine de mort n'avait pas encore été énoncée au moment de leur faute, comment ont-ils pu mourir ? La Torah ne punit pas sans peine préalablement déclarée.

20
כִּדְתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: לֹא מֵתוּ בְּנֵי אַהֲרֹן אֶלָּא עַל שֶׁהוֹרוּ הֲלָכָה בִּפְנֵי מֹשֶׁה רַבָּן. מַאי דְּרוֹשׁ? ״וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ״ — אַף עַל פִּי שֶׁהָאֵשׁ יוֹרֶדֶת מִן הַשָּׁמַיִם, מִצְוָה לְהָבִיא מִן הַהֶדְיוֹט.

Comme il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit -- les fils d'Aharon ne sont morts que pour avoir tranché une halakha en présence de Moche leur maître. Qu'avaient-ils déduit ?

"Et les fils d'Aharon le Cohen mettront du feu sur l'autel" (Vayikra 1,7) -- bien que le feu descende du Ciel, c'est une mitsva d'en apporter du profane.

📜 Rachi (1)
מִצְוָה לְהָבִיא מִן הַהֶדְיוֹט ואע"פ שֶׁהוֹרוּ כָּרָאוּי נֶעֶנְשׁוּ שֶׁלֹּא נָטְלוּ רְשׁוּת:
"C'est une mitsva d'en apporter du profane" : et bien qu'ils aient tranché comme il convenait, ils ont été punis pour n'avoir pas demandé l'autorisation.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהוֹרוּ הֲלָכָה בִּפְנֵי מֹשֶׁה רַבָּן בת"כ אִיכָּא פְּלוּגְתָּא דְתַנָּאֵי טוּבָא מ"ט אֶיעְנוֹשׁ אִיכָּא מַאן דְּאָמַר מִסִּינַי נָטְלוּ [וְאִית דְּאָמְרִי מִפְּנֵי] שֶׁאָמְרוּ מָתַי יָמוּתוּ שְׁנֵי זְקֵנִים הַלָּלוּ וַאֲנִי וְאַתָּה נַנְהִיג אֶת הַדּוֹר וְכוּ' וּבְפֶ' ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף נב.) נָמֵי מַיְיתֵי לָהּ וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר פְּרוּעֵי רֹאשׁ הָיוּ וְאִיכָּא מ"ד שְׁתוּיֵי יַיִן הָיוּ וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר מְחֻוסְּרֵי בְּגָדִים הָיוּ:
"Pour avoir tranché une halakha en présence de Moche leur maître" : dans le Torat Cohanim il y a une large controverse de tanaim sur la raison pour laquelle ils ont été punis. Il en est qui disent que leur arrêt fut déjà pris au Sinaï ; d'autres disent que c'est parce qu'ils avaient dit "quand donc mourront ces deux vieillards, que toi et moi conduisions la génération ?" -- et le chapitre Arba Mitot (Sanhédrin 52a) le rapporte également ; d'autres disent qu'ils avaient la tête découverte (peroué roch) ; d'autres qu'ils avaient bu du vin ; d'autres encore qu'il leur manquait des vêtements (de la prêtrise).
💡 Explication

La réponse dissocie la faute de la peine : ils ne sont pas morts pour l'encens, donc l'absence d'onech au moment des faits ne fait plus difficulté. Ils sont morts pour une faute d'un tout autre ordre -- avoir tranché une halakha devant leur maître.

Le détail est écrasant : leur derach était juste. Il est bien une mitsva d'apporter du feu min ha-hedyot, d'origine humaine, alors même que le feu céleste descend sur l'autel. Rachi le souligne : ils avaient raison, et ils ont été punis -- non pour le contenu de la décision, mais pour l'avoir prise sans demander.

21
יָצָא וּבָא לוֹ דֶּרֶךְ כְּנִיסָתוֹ. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן, אֲמַר קְרָא: ״וַיָּבֹא שְׁלֹמֹה לַבָּמָה אֲשֶׁר בְּגִבְעוֹן יְרוּשָׁלִַם״, וְכִי מָה עִנְיַן גִּבְעוֹן אֵצֶל יְרוּשָׁלַיִם?

"Il sortait et s'en revenait par le chemin de son entrée." D'où ces choses se déduisent-elles ? Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : le verset dit "Et Chelomo vint au bama qui est à Guivon, Jérusalem" (Divrei Hayamim II 1,13) -- or quel rapport Guivon a-t-il avec Jérusalem ?

📜 Rachi (1)
הַבָּמָה אֲשֶׁר בְּגִבְעוֹן לִירוּשָׁלַיִם הָיָה לוֹ לִיכְתֹּוב מִירוּשָׁלַיִם אוֹ מִן הַבָּמָה אֲשֶׁר בְּגִבְעוֹן לִירוּשָׁלַיִם בְּגִבְעוֹן הָיְתָה קְדוֹשָׁה שֶׁשָּׁם מִזְבֵּחַ שֶׁעָשָׂה מֹשֶׁה וְהָיָה הוֹלֵךְ וּמַקְרִיב שָׁם:
"Le bama qui est à Guivon, à Jérusalem" : il aurait fallu écrire "de Jérusalem", ou bien "du bama qui est à Guivon vers Jérusalem". À Guivon il y avait une sainteté, car s'y trouvait l'autel qu'avait fait Moche, et il s'y rendait pour y offrir.
💡 Explication

Retour à la michna : le Cohen Gadol ressort du Saint des saints derekh knisato, par le chemin de son entrée -- c'est-à-dire sans se retourner. La guemara cherche la source scripturaire de cette exigence.

Elle la trouve dans une anomalie : le verset juxtapose "le bama qui est à Guivon" et "Jérusalem" sans préposition entre les deux. Grammaticalement, il faudrait "de Guivon vers Jérusalem". Le bama de Guivon n'était pas un lieu ordinaire : Rachi rappelle que l'autel construit par Moche s'y trouvait, ce qui lui conférait une sainteté.

🖼️ Schéma
Le hekech de Guivon : deux mots collés, un aller et un retour Va-yavo Chelomo la-bama acher be-Guivon YERUSHALAYIM (Divrei Hayamim II 1,13). Il aurait fallu écrire de Guivon VERS Jérusalem. Les deux noms sont collés : c'est un rapprochement voulu. Jérusalem la ville du roi Guivon le bama de Moche ALLER -- le visage vers le bama RETOUR -- le visage encore vers le bama donc il marche à reculons Le hekech : de même qu'à l'aller le visage était vers le bama, de même au retour -- ke-derekh biato, à la manière de sa venue.
Le verset colle Guivon et Jérusalem : de cette anomalie syntaxique la guemara tire la règle de la sortie à reculons.
22
אֶלָּא: מַקִּישׁ יְצִיאָתוֹ מִגִּבְעוֹן לִירוּשָׁלַיִם, לְבִיאָתוֹ מִירוּשָׁלַיִם לְגִבְעוֹן: מַה בִּיאָתוֹ מִירוּשָׁלַיִם לְגִבְעוֹן — פָּנָיו כְּלַפֵּי בָּמָה, כְּדֶרֶךְ בִּיאָתוֹ, אַף יְצִיאָתוֹ מִגִּבְעוֹן לִירוּשָׁלַיִם — פָּנָיו כְּלַפֵּי בָּמָה, כְּדֶרֶךְ בִּיאָתוֹ.

Plutôt : (le verset) rapproche sa sortie de Guivon vers Jérusalem de sa venue de Jérusalem à Guivon. De même que lors de sa venue de Jérusalem à Guivon son visage était tourné vers le bama, à la manière de sa venue -- de même lors de sa sortie de Guivon vers Jérusalem, son visage était tourné vers le bama, à la manière de sa venue.

📜 Rachi (1)
מַקִּישׁ יְצִיאָתוֹ מִגִּבְעוֹן לִירוּשָׁלַיִם לְבִיאָתוֹ מִירוּשָׁלַיִם לְגִבְעוֹן וְהָכִי מַשְׁמַע קְרָא וַיָּבֹא שְׁלֹמֹה לַבָּמָה אֲשֶׁר בְּגִבְעוֹן דֶּרֶךְ הֲלִיכָתוֹ וְכֵן לִירוּשָׁלַיִם בְּשׁוּבוֹ מִגִּבְעוֹן הָיְתָה כְּבִיאָה רִאשׁוֹנָה:
"Il rapproche sa sortie de Guivon vers Jérusalem de sa venue de Jérusalem à Guivon" : et voici ce que le verset veut dire -- "et Chelomo vint au bama qui est à Guivon" selon la manière de son aller ; et de même "à Jérusalem", lors de son retour de Guivon, ce fut comme sa première venue.
💡 Explication

Le procédé est le hekech : deux termes accolés dans un même verset s'éclairent l'un l'autre. Ici, la sortie est assimilée à la venue.

Et l'assimilation est féconde parce qu'elle est asymétrique : à l'aller, avoir le visage tourné vers le bama va de soi, c'est le sens de la marche. Au retour, la même orientation du visage n'est plus naturelle -- elle impose de marcher à reculons. Le hekech transforme donc une évidence en obligation.

23
וְכֵן כֹּהֲנִים בַּעֲבוֹדָתָן, וּלְוִיִּם בְּדוּכָנָן, וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָן, כְּשֶׁהֵן נִפְטָרִין — לֹא הָיוּ מַחֲזִירִין פְּנֵיהֶן וְהוֹלְכִין, אֶלָּא מְצַדְּדִין פְּנֵיהֶן וְהוֹלְכִין.

Et de même les Cohanim dans leur service, les Leviim sur leur estrade, et les Israélites à leur maamad : lorsqu'ils prenaient congé, ils ne tournaient pas leur visage pour s'en aller, mais s'en allaient en tournant le visage de côté.

📜 Rachi (1)
וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָם הָעוֹמְדִים בָּעֲזָרָה בִּמְקוֹם כָּל יִשְׂרָאֵל עַל קָרְבַּן הַתָּמִיד דִּכְתִיב תִּשְׁמְרוּ לְהַקְרִיב לִי (בַּמִּדְבָּר כַּת) הָיוּ עוֹמְדִים וּמְשַׁמְּרִים עַל קָרְבַּנְכֶם:
"Et les Israélites à leur maamad" : ceux qui se tenaient dans la azara au nom de tout Israël auprès du korban tamid -- car il est écrit "vous veillerez à M'offrir" (Bamidbar 28,2) : ils se tenaient là et veillaient sur votre offrande.
💡 Explication

La règle tirée du roi Chelomo se généralise à tous ceux qui se tiennent en fonction dans le Temple. Le doukhan est l'estrade d'où les Leviim chantaient ; le maamad est le tour de garde des Israélites délégués pour assister au sacrifice quotidien au nom de tout le peuple.

Le geste prescrit est intermédiaire et précis : metsaded panav, "il tourne son visage de côté". Ni face au sanctuaire (impraticable pour marcher), ni dos tourné (irrespectueux) -- un pas oblique.

24
וְכֵן תַּלְמִיד הַנִּפְטָר מֵרַבּוֹ לֹא יַחֲזִיר פָּנָיו וְיֵלֵךְ, אֶלָּא מְצַדֵּד פָּנָיו וְהוֹלֵךְ. כִּי הָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר כַּד הֲוָה מִיפְּטַר מִינֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, כַּד הֲוָה בָּעֵי רַבִּי יוֹחָנָן לְסַגּוֹיֵי, הֲוָה גָּחֵין קָאֵי רַבִּי אֶלְעָזָר אַדֻּוכְתֵּיהּ עַד דַּהֲוָה מִיכַּסֵּי רַבִּי יוֹחָנָן מִינֵּיהּ.

Et de même le disciple qui prend congé de son maître ne doit pas tourner le visage pour s'en aller, mais s'en va en tournant le visage de côté. Ainsi de Rabbi Elazar : lorsqu'il prenait congé de Rabbi Yo'hanan -- quand c'était Rabbi Yo'hanan qui voulait s'éloigner, Rabbi Elazar demeurait courbé, debout à sa place, jusqu'à ce que Rabbi Yo'hanan eût disparu de sa vue.

📜 Rachi (1)
עַד דַּהֲוָה מִכַּסֵּי מִינֵּיהּ ר' יוֹחָנָן שֶׁאֵין ר' אֶלְעָזָר רוֹאֵהוּ:
"Jusqu'à ce que Rabbi Yo'hanan eût disparu de sa vue" : jusqu'à ce que Rabbi Elazar ne le voie plus.
💡 Explication

Le saut décisif du daf : la règle quitte le Temple et s'applique à la personne du maître. Ce que l'on doit au lieu saint, on le doit au rav -- et l'analogie n'est pas rhétorique, elle est juridique, puisque c'est la même source scripturaire qui la porte.

Suivent deux anecdotes qui illustrent non pas la loi mais la houmra, la rigueur volontaire de certains maîtres, qui allaient bien au-delà du simple pas oblique.

25
וְכַד הֲוָה בָּעֵי רַבִּי אֶלְעָזָר לְסַגּוֹיֵי, הֲוָה קָא אָזֵיל לַאֲחוֹרֵיהּ עַד דְּמִכַּסֵּי מִינֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן. רָבָא כַּד הֲוָה מִיפְּטַר מִינֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף, הֲוָה אָזֵיל לַאֲחוֹרֵיהּ עַד דְּמִנַּגְּפָן כַּרְעֵיהּ וּמִתַּווְּסָן אִסְקוּפָּתָא דְּבֵי רַב יוֹסֵף דְּמָא.

Et quand c'était Rabbi Elazar qui voulait s'éloigner, il marchait à reculons jusqu'à disparaître de la vue de Rabbi Yo'hanan. Rava, lorsqu'il prenait congé de Rav Yossef, marchait à reculons au point que ses jambes se meurtrissaient et que le seuil de la maison de Rav Yossef était taché de sang.

📜 Rachi (1)
מִינֵּיהּ דְּר' יוֹחָנָן שֶׁאֵין ר' יוֹחָנָן רוֹאֵהוּ מַחֲזִיר פָּנָיו:
"De Rabbi Yo'hanan" : afin que Rabbi Yo'hanan ne le voie pas tourner le visage.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְכִי הֲוָה בָּעֵי רַבִּי אֶלְעָזָר לְסַגּוֹיֵי, הֲוָה אָזֵיל לַאֲחוֹרֶיהָ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה בְּהֵיכָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בָּעֵי לְסַגּוֹיֵי הֲוָה רַבִּי אֶלְעָזָר גְּחֵין לִכְבוֹד רַבִּי יוֹחָנָן וְהֵיכָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בָּעֵי לְסַגּוֹיֵי לָא הֲוָה גְּחֵין וְאָזֵיל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי אֶלְעָזָר הֲוָה זָהִיר תָּמִיד לְהִסְתַּכֵּל בִּפְנֵי רַבִּי יוֹחָנָן דְּמִלְּבַד מַה שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָה ל, כ) 'וְהָיוּ עֵינֶיךָ רֹאוֹת אֶת מוֹרֶיךָ' יֵשׁ תּוֹעֶלֶת גְּדוֹלָה בְּהִסְתַּכְּלוּת פְּנֵי הַצַּדִּיק וְחָכָם וְלָכֵן כַּד הֲוָה רַבִּי אֶלְעָזָר הוֹלֵךְ וְרַבִּי יוֹחָנָן יוֹשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ לָא הֲוָה רַבִּי אֶלְעָזָר גְּחֵין וְאָזֵיל אֶלָּא זוֹקֵף רֹאשׁוֹ כְּדֵי שֶׁיִּסְתַּכֵּל הֵיטֵב בִּפְנֵי רַבִּי יוֹחָנָן גַּם בְּעֵת הִילּוּכוֹ דְּהָא הֲוָה אָזֵיל לַאֲחוֹרָיו וְשַׁפִּיר מָצֵי לְאִסְתַּכּוֹלֵיהּ בִּפְנֵי רַבִּי יוֹחָנָן רַבּוֹ וַהֲוָה קָפֵיד אֲפִילּוּ עַל שָׁעָה מוּעֶטֶת כָּזוֹ שֶׁלֹּא יִמָּנַע מֵהִסְתַּכְּלוּתוֹ בּוֹ, אֲבָל כַּד הֲוָה רַבִּי יוֹחָנָן אָזֵיל הָיָה אֲחוֹרָיו לִפְנֵי רַבִּי אֶלְעָזָר וְלֹא פָּנָיו כְּדֵי שֶׁיִּסְתַּכֵּל בּוֹ לְכָךְ הֲוָה גְּחֵין וְקָאֵים בְּדֻוכְתֵּיהּ לְהַרְאוֹת הַכְנָעָה לִכְבוֹדוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן. וּמַה שֶׁהָיָה רָבָא מִנִּגְפָּן כְּרָעֶיהָ בְּהִילּוּכוֹ מִקַּמֵּיהּ רַב יוֹסֵף הַייְנוּ כִּי מִצַּד הַדִּין יְצַדֵּד פָּנָיו וְיֵצֵא וְהַמְצַדֵּד פָּנָיו רוֹאֶה מַה שֶׁיֵּשׁ לַאֲחוֹרָיו וְלָא מִנִּגְפָּן כְּרָעֵיהּ בְּאַסְקוּפְּתָא וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם, אַךְ רָבָא הָיָה מַחְמִיר דְּאֵינוֹ מְצַדֵּד אֶלָּא הוֹלֵךְ לַאֲחוֹרָיו בְּיֹושֶׁר וְעֵינָיו אֶל רַב יוֹסֵף רַבּוֹ וְלָכֵן מִנִּגְפָּן רַגְלֶיהָ בְּמַדְרֵגוֹת וּמַעֲלוֹת כִּי עֵינָיו וְלִבּוֹ פּוֹנִים אֶל רַבּוֹ וְאֵינוֹ מְשַׁעֵר מַה שֶׁיֵּשׁ אַחֲרָיו. וְאוּלַי גַּבֵּי רַבִּי אֶלְעָזָר לָא הֲוָה לֵיהּ הָכִי דְּהָיָה מִדְרָשׁוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן גָּדוֹל וּבְמָקוֹם שֶׁיּוֹשֵׁב רַבִּי יוֹחָנָן הָיָה מְיֻושָּׁר וְשָׁוֶה וְאֵין בּוֹ אַסְקוּפְּתָא וְכַיּוֹצֵא לְכָךְ לָא הָווּ מִנִּגְפָּן כְּרָעֵיהּ.
"Et quand Rabbi Elazar voulait s'éloigner, il marchait à reculons." Il y a lieu de demander : pourquoi, lorsque c'était Rabbi Yo'hanan qui voulait s'éloigner, Rabbi Elazar se tenait courbé en l'honneur de Rabbi Yo'hanan, alors que lorsque c'était Rabbi Elazar qui voulait s'éloigner, il ne marchait pas courbé ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Elazar veillait toujours à contempler le visage de Rabbi Yo'hanan -- car outre ce qui est dit, "et tes yeux verront tes maîtres" (Yechayahou 30,20), il y a un grand profit à regarder le visage du tsadik et du sage. C'est pourquoi, quand c'était Rabbi Elazar qui s'en allait et que Rabbi Yo'hanan restait assis à sa place, Rabbi Elazar ne marchait pas courbé mais redressait la tête, afin de bien contempler le visage de Rabbi Yo'hanan même durant sa marche -- puisqu'il allait à reculons et pouvait donc parfaitement regarder le visage de Rabbi Yo'hanan son maître ; et il tenait rigueur même d'un instant aussi bref où il aurait cessé de le contempler. Mais quand c'était Rabbi Yo'hanan qui s'en allait, celui-ci avait le dos tourné vers Rabbi Elazar et non le visage, de sorte qu'il ne pouvait le contempler ; c'est pourquoi il se courbait et se tenait à sa place, pour marquer sa soumission en l'honneur de Rabbi Yo'hanan. Et si Rava se meurtrissait les jambes en marchant depuis devant Rav Yossef, c'est que, selon la stricte loi, il aurait dû tourner le visage de côté et sortir -- or celui qui tourne le visage de côté voit ce qui se trouve derrière lui et ne se meurtrit pas les jambes au seuil ni aux obstacles semblables ; mais Rava était plus rigoureux : il ne tournait pas le visage de côté, il allait droit à reculons, les yeux tournés vers Rav Yossef son maître, et c'est pourquoi il se blessait les pieds aux marches et aux degrés -- car ses yeux et son cœur étaient tournés vers son maître, et il ne mesurait pas ce qui se trouvait derrière lui. Et peut-être n'en allait-il pas ainsi chez Rabbi Elazar, car la maison d'étude de Rabbi Yo'hanan était grande, et l'endroit où siégeait Rabbi Yo'hanan était plat et de niveau, sans seuil ni obstacle semblable -- c'est pourquoi ses jambes ne se meurtrissaient pas.
💡 Explication

L'amoud se ferme sur une image physique. La loi ne demandait qu'un pas de côté ; Rava s'imposait la marche à reculons pure et simple, sans regarder où il posait les pieds, jusqu'à buter et saigner sur le seuil.

Le Ben Yehoyada, ci-dessous, lit ces deux conduites comme un système cohérent : Rabbi Elazar se courbe quand il ne peut pas voir son maître, se redresse quand il le peut, et Rava se blesse parce que ses yeux ne quittent pas Rav Yossef. La déférence n'est pas une posture -- c'est un regard qu'on refuse de détourner.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).