Yoma 54a -- L'Aron enfoui : la dalle du cohen, les badim qui font saillie dans la parokhet, et les keroubim enlacés

Yoma 54a

Sougya : L'amoud achève d'abord le débat ouvert en 53b sur le sort de l'Aron. Rabbi Eliezer lit "hadara" comme "hadra", sa chambre, et conclut à l'exil de l'Aron à Bavel ; Rachbi soutient au contraire qu'il fut enfoui sur place, en s'appuyant sur les badim qui "sont là jusqu'à ce jour".

Rabba démonte alors la règle d'Oulla selon laquelle "jusqu'à ce jour" signifierait "pour toujours" -- le Yevoussi de Jérusalem, les cinquante-deux ans de R. Yehouda tirés de la guematria de behema, les sept ans de gofrit va-melah de R.

Yossi --, et malgré l'affinement d'Oulla par le mot "cham", le verset des Bnei Chimon joint à la politique de déportation de Sanheriv emporte une teyouvta. Rav Nahman rapporte alors l'avis des Sages : l'Aron fut enfoui dans la chambre du dépôt de bois -- ce que confirme le récit du cohen qui vit une dalle différente des autres et mourut avant d'avoir pu dire où.

La sougya passe ensuite à la contradiction interne du verset de Melakhim : les extrémités des badim étaient vues et non vues, car elles pressaient la parokhet comme les deux seins d'une femme sous sa tunique. De là, Rav Ketina : au regel on roulait la parokhet pour montrer les keroubim enlacés et dire au peuple "voyez votre affection devant le Lieu".

Rav Hisda objecte que les Leviim eux-mêmes n'avaient pas le droit de regarder les ustensiles ; Rav Nahman répond par le mashal de la fiancée -- pudique dans la maison de son père, familière dans celle de son beau-père, redevenue réservée après le guet. L'amoud se ferme sur une difficulté matérielle : au premier Temple il n'y avait pas de parokhet devant le Saint des saints, au second il n'y avait plus de keroubim.

Deux solutions : la parokhet des portes (avec le compte des treize parokhot de R. Zeira), ou les keroubim de-tsourta peints aux parois selon Rav Aha bar Yaakov -- occasion du long Tossefot sur la licite des images dessinées.

Où est passé l'Aron ? Trois positions, trois preuves Le débat ouvert en 53b se referme ici : la guemara démolit la preuve de Rachbi, puis donne l'avis des Sages. 1. EXILÉ À BAVEL Rabbi Eliezer Eikha 1,6 : "sortit de Tsion toute sa splendeur (hadara)" hadara = hadra, sa chambre : ce qui était caché au plus intime l'Aron a suivi l'exil 2. ENFOUI SUR PLACE Rachbi (R. Chimon bar Yohai) Melakhim I 8,8 : "les badim s'allongèrent... et ils sont là jusqu'à ce jour" Oulla : "jusqu'à ce jour" = pour toujours -- donc il n'a pas bougé 3. LICHKAT DIR HAETSIM les Sages (baraita de Rav Nahman) enfoui non pas sous le Saint des saints, mais sous la chambre du dépôt de bois Preuve : le cohen qui vit une dalle différente et mourut avant de parler RABBA DÉMOLIT LA RÈGLE D'OULLA -- "ad ha-yom ha-ze" ne veut pas dire "pour toujours" Contre-exemple 1 : le Yevoussi habite Jérusalem "jusqu'à ce jour" (Choftim 1,21) -- pourtant il fut chassé. Contre-exemple 2 : R. Yehouda -- 52 ans sans un homme en Judée ("behema" en guematria = 52). Contre-exemple 3 : R. Yossi -- 7 ans de gofrit va-melah (guezera chava berit/berit, Daniel 9,27). La réponse d'Oulla : le mot "CHAM" Ici (l'Aron) : "et ils sont LÀ (cham)" Là-bas (le Yevoussi) : pas de "cham" "cham" + "ad ha-yom ha-ze" = pour toujours TEYOUVTA -- réfutation définitive Bnei Chimon "habitèrent LÀ jusqu'à ce jour" (Divrei ha-yamim I 4,43) -- avec "cham" ! Or Sanheriv a brouillé toutes les nations.
Les trois positions sur le sort de l'Aron, la règle d'Oulla sur "jusqu'à ce jour" et sa réfutation en trois temps.
"Nirin ve-ein nirin" : les badim vus et non vus Deux versets d'un même passage (Melakhim I 8,8) se contredisent -- la baraita trace la voie moyenne. VERSET A "et l'on VIT les extrémités des badim" Hava amina : elles ne bougent pas ? Non : "et les badim s'ALLONGÈRENT" => elles poussent vers l'avant VERSET B "et elles NE SE VOYAIENT PAS au-dehors" Hava amina : elles déchirent la parokhet ? Non : rien ne passe de l'autre côté => le tissu reste intact LA SOLUTION : elles pressent et font saillie DANS la parokhet ARON avec les Louhot Saint des saints (intérieur) bad 1 bad 2 PAROKHET Vu du Hekhal (extérieur) deux bosses dans le tissu -- rien ne perce "comme les deux seins d'une femme" Chir ha-chirim 1,13 : "entre mes seins il repose" Rachi : comme les seins qui font saillie sous la tunique -- la forme se devine, le corps reste couvert. C'est exactement le sens de "vues et non vues" : visibles en relief, invisibles en elles-mêmes.
Comment les badim pouvaient être à la fois vus et non vus : la saillie dans la parokhet.
Le mashal de la kala : pourquoi le regard fut tantôt interdit, tantôt offert Rav Nahman résout la contradiction entre "ils ne viendront pas voir" et "on leur montrait les keroubim". 1. BEIT AVIHA la maison de son père -- erousin = LE DÉSERT Elle est PUDIQUE devant lui Israël n'est pas encore familier avec la Chekhina "ils ne viendront pas voir" (Bamidbar 4,20) 2. BEIT HAMIHA la maison de son beau-père -- nissouin = LE PREMIER TEMPLE Elle n'est PLUS pudique devant lui On roule la parokhet au regel et l'on montre les keroubim enlacés "voyez votre affection devant le Lieu" 3. NITGARCHA elle a été répudiée -- puis revenue = LE SECOND TEMPLE Retour à la HIBA PREMIÈRE la pudeur revient, la familiarité est perdue le cohen meurt avant d'avoir parlé L'objection de Rav Hana bar Rav Ketina et sa réponse Si la pudeur tombe au Temple, pourquoi le cohen de la michna meurt-il pour avoir approché le lieu de l'Aron ? Réponse : ce fait s'est produit au SECOND Temple -- après le guet, la mariée redevient réservée.
Le mashal de la fiancée : désert, premier Temple, second Temple -- trois régimes du regard.
1
כָּל הָדְרָה״. מַאי: ״כָּל הָדְרָה״ — חַדְרָהּ. אַתָּה, מַאי אַתָּה אוֹמֵר? אָמַר לוֹ, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: אָרוֹן בִּמְקוֹמוֹ נִגְנַז, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְיַאֲרִיכוּ הַבַּדִּים וְגוֹ׳״.

"... toute sa splendeur (hadara)" (Eikha 1,6). Que signifie "toute sa splendeur [hadara]" ?

Sa chambre (hadra) -- ce qui était enfoui au plus intime des chambres, à savoir l'Aron. Et toi [Rachbi], que dis-tu ?

Il lui dit : moi, je dis que l'Aron fut enfoui à sa place, car il est dit : "et les badim (barres) s'allongèrent, etc." (Melakhim I 8,8).

📜 Rachi (1)
כָּל חַדְרָהּ הַגָּנוּז בְּחַדְרֵי חֲדָרִים:
Ce qui est enfoui dans les chambres les plus intimes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַתָּה מַאי אַתָּה אוֹמֵר. פֵּירוּשׁ אַתָּה הָאִישׁ הַיָּדוּעַ שֶׁחָלַק לְךָ הקב"ה בַּבִּינָה בְּהַשָּׂגַת הַתּוֹרָה וְרוּחַ ה' דִּבֵּר בְּךָ בְּכַמָּה דְּבָרִים בְּסוֹדוֹת הַתּוֹרָה מָה אַתָּה אוֹמֵר בְּדָבָר זֶה שֶׁאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר.
"Et toi, que dis-tu ?" -- c'est-à-dire : toi, cet homme insigne à qui le Saint béni soit-Il a donné une part de bina (intelligence pénétrante) dans l'atteinte de la Torah, et en qui l'esprit de Hachem a parlé sur bien des sujets touchant aux sodot (secrets) de la Torah -- que dis-tu, toi, sur cette chose qu'a dite Rabbi Eliezer ?
💡 Explication

L'amoud reprend en plein vol la preuve de Rabbi Eliezer commencée en 53b. Le verset d'Eikha décrit ce qui "sortit de Tsion" lors de l'exil ; le mot hadara (sa splendeur) est relu comme hadra (sa chambre) -- c'est-à-dire l'objet caché au plus profond du Saint des saints, l'Aron. Conclusion : l'Aron est parti en exil à Bavel.

La question "et toi, que dis-tu ?" s'adresse à Rachbi, dont la position inverse ouvre toute la sougya : l'Aron n'a jamais bougé, il fut nignaz (enfoui) sur place. Sa preuve tient à un détail du verset de Melakhim : si les barres de l'Aron "sont là jusqu'à ce jour", c'est que l'Aron y est encore.

2
אֲמַר לֵיהּ רַבָּה לְעֻולָּא: מַאי מַשְׁמַע? דִּכְתִיב: ״וַיִּהְיוּ שָׁם עַד הַיּוֹם הַזֶּה״, וְכָל הֵיכָא דִּכְתִיב: ״עַד הַיּוֹם הַזֶּה״ לְעוֹלָם הוּא? וְהָכְתִיב: ״וְאֶת הַיְבוּסִי יֹושֵׁב יְרוּשָׁלִַם לֹא הוֹרִישׁוּ בְּנֵי בִנְיָמִין וַיֵּשֶׁב הַיְבוּסִי אֶת בְּנֵי בִנְיָמִין בִּירוּשָׁלִַם עַד הַיּוֹם הַזֶּה״, הָכִי נָמֵי דְּלָא גְּלוֹ?

Rabba dit à Oulla : d'où tires-tu cela ? De ce qu'il est écrit : "et ils sont là jusqu'à ce jour". -- Et partout où il est écrit "jusqu'à ce jour", cela vaudrait pour toujours ?

Mais il est écrit : "Et les fils de Binyamin ne chassèrent pas le Yevoussi qui habitait Jérusalem, et le Yevoussi habita avec les fils de Binyamin à Jérusalem jusqu'à ce jour" (Choftim 1,21) -- là aussi, dirons-nous qu'ils ne partirent pas en exil ?

💡 Explication

Toute la preuve de Rachbi (rapportée par Oulla) repose sur une règle implicite : la formule ad ha-yom ha-ze ("jusqu'à ce jour") ne désignerait pas le jour où l'auteur écrit, mais tout jour où l'on lira le verset -- donc pour toujours.

Rabba attaque la règle elle-même par un contre-exemple : la même formule est employée pour le Yevoussi de Jérusalem. Si la formule signifiait vraiment "pour toujours", il faudrait dire que les Yevoussim n'ont jamais été délogés -- ce qui est faux.

🖼️ Schéma
Où est passé l'Aron ? Trois positions, trois preuves Le débat ouvert en 53b se referme ici : la guemara démolit la preuve de Rachbi, puis donne l'avis des Sages. 1. EXILÉ À BAVEL Rabbi Eliezer Eikha 1,6 : "sortit de Tsion toute sa splendeur (hadara)" hadara = hadra, sa chambre : ce qui était caché au plus intime l'Aron a suivi l'exil 2. ENFOUI SUR PLACE Rachbi (R. Chimon bar Yohai) Melakhim I 8,8 : "les badim s'allongèrent... et ils sont là jusqu'à ce jour" Oulla : "jusqu'à ce jour" = pour toujours -- donc il n'a pas bougé 3. LICHKAT DIR HAETSIM les Sages (baraita de Rav Nahman) enfoui non pas sous le Saint des saints, mais sous la chambre du dépôt de bois Preuve : le cohen qui vit une dalle différente et mourut avant de parler RABBA DÉMOLIT LA RÈGLE D'OULLA -- "ad ha-yom ha-ze" ne veut pas dire "pour toujours" Contre-exemple 1 : le Yevoussi habite Jérusalem "jusqu'à ce jour" (Choftim 1,21) -- pourtant il fut chassé. Contre-exemple 2 : R. Yehouda -- 52 ans sans un homme en Judée ("behema" en guematria = 52). Contre-exemple 3 : R. Yossi -- 7 ans de gofrit va-melah (guezera chava berit/berit, Daniel 9,27). La réponse d'Oulla : le mot "CHAM" Ici (l'Aron) : "et ils sont LÀ (cham)" Là-bas (le Yevoussi) : pas de "cham" "cham" + "ad ha-yom ha-ze" = pour toujours TEYOUVTA -- réfutation définitive Bnei Chimon "habitèrent LÀ jusqu'à ce jour" (Divrei ha-yamim I 4,43) -- avec "cham" ! Or Sanheriv a brouillé toutes les nations.
La règle d'Oulla sur "ad ha-yom ha-ze", et les trois contre-exemples que Rabba va lui opposer.
3
וְהַתַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: חֲמִשִּׁים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה לֹא עָבַר אִישׁ בִּיהוּדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל הֶהָרִים אֶשָּׂא בְכִי וָנֶהִי וְעַל נְאוֹת מִדְבָּר קִינָה כִּי נִצְּתוּ מִבְּלִי אִישׁ עֹובֵר וְלֹא שָׁמְעוּ קוֹל מִקְנֶה מֵעוֹף הַשָּׁמַיִם וְעַד בְּהֵמָה נָדְדוּ הָלָכוּ״, ״בְּהֵמָה״ בְּגִימַטְרִיָּא חַמְשִׁין וּשְׁתַּיִם הָווּ!

Et n'a-t-on pas enseigné (baraita) : Rabbi Yehouda dit : cinquante-deux ans durant, nul homme ne passa en Judée, car il est dit : "Sur les montagnes j'élèverai pleurs et lamentation, et sur les pâturages du désert une complainte, car ils ont été brûlés, sans personne qui y passe ; et l'on n'entend plus la voix du bétail -- depuis l'oiseau du ciel et jusqu'à la bête (behema), ils ont fui, ils s'en sont allés" (Yirmiyahou 9,9). "Behema" en guematria vaut cinquante-deux !

📜 Rachi (2)
נ"ב שָׁנָה הֵי' מֵחָרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם בְּגָלוּת צִדְקִיָּהוּ עַד פְּקִידַת כּוֹרֶשׁ שֶׁעָלוּ לִבְנוֹת הַבַּיִת שֶׁהֲרֵי לְסוֹף ע' לְגָלוּת יְהוֹיָקִים הָיְתָה הַפְּקִידָה כְּמוֹ שֶׁשָּׁנִינוּ בִּמְגִילָּה (דַּף יא:) וי"ח שָׁנָה הָיָה מִכִּיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים עַד חָרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם דְּאָמַר מָר גָּלוּ בְּשֶׁבַע גָּלוּ בִּשְׁמֹונֶה גָּלוּ בִּשְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה גָּלוּ בִּתְשַׁע עֶשְׂרֵה וּפֵירוּשׁוֹ גָּלָה יְכָנְיָה בְּשֶׁבַע לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים שֶׁהוּא שְׁמוֹנָה לִנְבוּכַדְנֶצַּר גָּלוּ צִדְקִיָּהוּ וְגָלוּתוֹ בְּחָרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם בִּשְׁמוֹנָה עָשָׂר לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים שֶׁהוּא תְּשַׁע עֶשְׂרֵה לִנְבוּכַדְנֶצַּר דְּאָמַר מָר שָׁנָה רִאשׁוֹנָה כִּיבֵּשׁ נִינְוֵה שְׁנִיָּה עָלָה וְכִיבֵּשׁ יְהוֹיָקִים:
Cinquante-deux ans -- ils vont de la destruction de Jérusalem, lors de l'exil de Tsidkiyahou, jusqu'à la pekida (le décret de rappel) de Coresh, quand ils montèrent bâtir le Temple. Car au terme des soixante-dix ans comptés depuis l'exil de Yehoyakim eut lieu la pekida, comme nous l'avons appris dans Meguila (11b) ; et il y eut dix-huit ans depuis la conquête de Yehoyakim jusqu'à la destruction de Jérusalem. Car le maître a dit : ils partirent en exil en sept, ils partirent en huit, ils partirent en dix-huit, ils partirent en dix-neuf. Et voici son explication : Yekhonia partit en exil la septième année de la conquête de Yehoyakim, qui est la huitième de Nevoukhadnetsar ; Tsidkiyahou partit en exil -- et son exil coïncide avec la destruction de Jérusalem -- la dix-huitième année de la conquête de Yehoyakim, qui est la dix-neuvième de Nevoukhadnetsar. Car le maître a dit : la première année il conquit Ninve, la seconde il monta et conquit Yehoyakim.
עַד בְּהֵמָה בְּהֵמָה בְּגֵימַטְרְיָא חַמְשִׁין וּתְרֵין:
"Et jusqu'à la bête" -- behema en guematria vaut cinquante-deux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
' בְּהֵמָה ' בְּגֵימַטְרְיָא , הָכִי הָווּ. הִנֵּה לְפִי זֶה כָּךְ הוּא מַשְׁמָעוּת הַכָּתוּב שֶׁאֲפִילּוּ קוֹל צִפְצוּף עוֹפוֹת לֹא נִשְׁמַע שָׁם וְזֶהוּ (יִרְמְיָה ט, ט) 'וְלֹא שָׁמְעוּ קוֹל מִקְנֶה' וַאֲפִילּוּ 'מֵעוֹף הַשָּׁמַיִם' גַּם כֵּן לֹא נִשְׁמַע קוֹל. וְאָמַר עוֹד מִלְּתָא אַחֲרִיתִי 'וְעַד בְּהֵמָה נָדְדוּ הָלְכוּ' פֵּירוּשׁ עַד שְׁנַיִם כְּמִסְפַּר בְּהֵמָה [52] נָדְדוּ הָלְכוּ וְאַחַר כָּךְ חָזְרוּ.
"'Behema' en guematria fait ce nombre." Selon cela, voici le sens du verset : même le pépiement des oiseaux ne s'entendait plus là-bas -- c'est le sens de "et l'on n'entend plus la voix du bétail" (Yirmiyahou 9,9), et même "depuis l'oiseau du ciel" nulle voix ne s'entendait non plus. Puis le verset dit encore autre chose : "et jusqu'à la bête (behema) ils ont fui, ils s'en sont allés" -- c'est-à-dire : durant un nombre d'années égal au nombre de behema [52] ils ont fui et s'en sont allés, et ensuite ils sont revenus.
💡 Explication

Deuxième contre-exemple, plus fort que le premier : non seulement les Yevoussim ont quitté Jérusalem, mais la Judée tout entière est restée vide d'hommes cinquante-deux ans. Preuve textuelle par guematria : les lettres de behema (bet 2 + hei 5 + mem 40 + hei 5) totalisent 52.

Rachi reconstitue le calcul historique : les 70 ans de l'exil se comptent depuis la conquête de Yehoyakim, mais la Judée n'est réellement vidée qu'à la destruction, dix-huit ans plus tard. 70 - 18 = 52.

🖼️ Schéma
D'où sortent les 52 ans ? La chronologie de Rachi 70 ans comptés depuis la conquête de Yehoyakim, moins les 18 ans qui la séparent de la destruction. an 0 conquête de Yehoyakim (an 2 de Nevoukhadnetsar) an 7 exil de Yekhonia (an 8 de Nevoukhadnetsar) an 18 HOURBAN + exil de Tsidkiyahou (an 19 de Nevoukhadnetsar) an 70 pekida de Coresh (on monte bâtir) 70 ans de l'exil 70 - 18 = 52 ans R. Yehouda : durant ces 52 ans nul homme ne passa en Judée -- "behema" (b-h-m-h) = 2+5+40+5 = 52. R. Yossi : 7 ans seulement de gofrit va-melah -- guezera chava "berit" / "berit" (Daniel 9,27 - Devarim 29).
La chronologie de Rachi : les 70 ans, les 18 ans, et les 52 ans qui restent.
4
וְתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שֶׁבַע שָׁנִים נִתְקַייְּמָה גָּפְרִית וּמֶלַח בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי — אָתְיָא ״בְּרִית״ ״בְּרִית״. כְּתִיב הָכָא: ״וְהִגְבִּיר בְּרִית לָרַבִּים שָׁבוּעַ אֶחָד״, וּכְתִיב הָתָם: ״וְאָמְרוּ עַל אֲשֶׁר עָזְבוּ אֶת בְּרִית ה׳ אֱ-לֹהֵי אֲבֹותָם״!

Et l'on a enseigné : Rabbi Yossi dit : sept ans durant, le soufre et le sel (gofrit va-melah) demeurèrent en Terre d'Israël. Et Rabbi Yo'hanan a dit : quelle est la raison de Rabbi Yossi ?

Cela se déduit [par une guezera chava, analogie verbale] "berit" -- "berit". Il est écrit ici : "et il rendra ferme une alliance (berit) pour beaucoup, une semaine [d'années]" (Daniel 9,27), et il est écrit là-bas : "et l'on dira : parce qu'ils ont abandonné l'alliance (berit) de Hachem, le D.ieu de leurs pères" (Devarim 29,24) !

📜 Rachi (2)
הַגְּבִיר לָרַבִּים בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל כְּתִיב וְהָכִי מְפָרֵשׁ לֵיהּ ר' יוֹחָנָן אוֹתוֹ בְּרִית הָאָמוּר בְּגָפְרִית וּמֶלַח שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ עַל אֲשֶׁר עָזְבוּ אֶת בְּרִית הִגְבִּירוּ הָאוֹיֵב עַל יִשְׂרָאֵל שָׁבוּעַ אֶחָד:
"Il rendra ferme pour beaucoup" -- c'est écrit dans le livre de Daniel, et voici comment Rabbi Yo'hanan l'explique : cette alliance (berit) dont il est question dans le passage du soufre et du sel, où il est dit "parce qu'ils ont abandonné l'alliance" -- [le Saint béni soit-Il] a rendu l'ennemi puissant sur Israël une semaine [d'années, soit sept ans].
לָרַבִּים לַשָּׂרִים כְּמוֹ כָּל רַבִּי מֶלֶךְ בָּבֶל (יִרְמְיָהוּ ל״ט:י״ג):
"Pour beaucoup (la-rabim)" -- pour les dignitaires, comme dans "tous les dignitaires (rabbéi) du roi de Bavel" (Yirmiyahou 39,13).
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁבַע שָׁנִים נִתְקַיְּמָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל : " גָּפְרִית וָמֶלַח ". מַה שֶׁהָיְתָה הַגְּזֵרָה שֶׁבַע שָׁנִים כִּי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל נִקְרֵאת בַּת שֶׁבַע שֶׁהָיְתָה שֶׁל שִׁבְעָה עֲמָמִין וּנְתָנָהּ הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל בְּחַסְדּוֹ הַגָּדוֹל וְלָכֵן מֵאַחַר שֶׁחָטְאוּ בְּמַתָּנָה זוֹ שֶׁלְּקָחָהּ הקב"ה מִן שִׁבְעָה עֲמָמִין וּנְתָנָהּ לָהֶם לְכָךְ לָקְתָה שֶׁבַע שָׁנִים בְּגָפְרִית וּמֶלַח. וּמַה שֶׁהָיְתָה הַגְּזֵרָה גָּפְרִית וָמֶלַח נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עִיקַּר עֲוֹנָם הָיָה עַל בִּיטּוּל תּוֹרָה דִּכְתִיב (יִרְמְיָה ט, יא) עַל מֶה אָבְדָה הָאָרֶץ עַל עָזְבָם אֶת תּוֹרָתִי, וְיָדוּעַ כִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה יֵשׁ בּוֹ תַּרְתֵּי תַּלְמוּד וּמַעֲשֶׂה יַעַן כִּי 'הַקּוֹרֵא בְּפָרָשַׁת עוֹלָה כְּאִלּוּ הִקְרִיב עוֹלָה' (מְנָחוֹת קי.) וְכֵן בְּכוּלְּהוּ מִצְוֹת, נִמְצָא עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁהוּא בַּפֶּה נִשְׁלַם בּוֹ תרי"ג מִצְוֹת שֶׁל הַמַּעֲשֶׂה גַּם כֵּן וּכְנֶגֶד הַלִּימּוּד שֶׁנִּקְרָא בְּשֵׁם לֶחֶם דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ט, ה) 'לְכוּ לַחְמוֹ בְּלַחְמִי' נֶהְפַּךְ אוֹתִיּוֹת ' לֶחֶם ' ל' מֶלַח ' וּכְנֶגֶד חֶסְרוֹן תרי"ג מִצְוֹת שֶׁהָיוּ נִשְׁלָמִים עַל יְדֵי הַפֶּה בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה נִתְקַיֵּים גְּזֵרַת ' גָּפְרִית ' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת תְּרֵי " ג פ ' כְּלוֹמַר תרי"ג מִצְוֹת הַנִּשְׁלָמִים עַל יְדֵי פֶּה.
"Sept ans le soufre et le sel demeurèrent en Terre d'Israël." Si le décret fut de sept ans, c'est que la Terre d'Israël est appelée "fille de sept" : elle appartenait aux sept peuples, et le Saint béni soit-Il, dans Son grand 'hessed, l'a donnée à Israël. Dès lors, puisqu'ils ont fauté avec ce don que le Saint béni soit-Il avait pris aux sept peuples pour le leur donner, elle fut frappée sept ans par le soufre et le sel. Et pourquoi le décret fut-il précisément "soufre et sel" ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le fond de leur faute était le bitoul Torah (l'abandon de l'étude), comme il est écrit : "Pourquoi la terre a-t-elle été perdue ? Parce qu'ils ont abandonné Ma Torah" (Yirmiyahou 9,11). Or on sait que l'occupation de la Torah comporte deux dimensions, le talmud (l'étude) et le maasse (l'acte), car "celui qui lit la section de la ola, c'est comme s'il avait offert une ola" (Menahot 110a), et de même pour toutes les mitsvot. Il se trouve donc que l'occupation de la Torah, qui se fait par la bouche, accomplit aussi par elle les 613 mitsvot de l'acte. En regard de l'étude, qui est appelée "pain" (le'hem), selon "Venez, mangez de mon pain" (Michlei 9,5), les lettres de le'hem ont été retournées en melah (sel) ; et en regard du manque des 613 mitsvot qui devaient s'accomplir par la bouche dans l'occupation de la Torah, s'est réalisé le décret de gofrit (soufre), qui est les lettres de taryag (613) et pe -- c'est-à-dire les 613 mitsvot qui s'accomplissent par la bouche (pe).
💡 Explication

Troisième contre-exemple. Rabbi Yossi limite la dévastation à sept ans, mais le principe est le même : la Judée a bien été vidée, donc "jusqu'à ce jour" ne peut pas signifier "pour toujours".

La guezera chava (analogie verbale) est le mécanisme : le mot berit apparaît à la fois dans le passage de la malédiction de soufre et de sel (Devarim 29) et dans Daniel, où il est associé à "une semaine" -- sept ans. On transporte donc la durée de Daniel vers la malédiction de Devarim.

5
אֲמַר לֵיהּ: הָכָא כְּתִיב ״שֵׁם״, הָתָם לָא כְּתִיב ״שֵׁם״, וְכָל הֵיכָא דִּכְתִיב: ״שֵׁם״ — לְעוֹלָם הוּא. מֵיתִיבִי: ״וּמֵהֶם מִן בְּנֵי שִׁמְעוֹן הָלְכוּ לְהַר שֵׂעִיר אֲנָשִׁים חֲמֵשׁ מֵאוֹת וּפְלַטְיָה וּנְעַרְיָה וּרְפָיָה וְעֻוזִּיאֵל בְּנֵי יִשְׁעִי בְּרֹאשָׁם. וַיַּכּוּ אֶת שְׁאֵרִית הַפְּלֵיטָה לַעֲמָלֵק וַיֵּשְׁבוּ שָׁם עַד הַיּוֹם הַזֶּה״.

Il lui dit : ici il est écrit "là (cham)", là-bas il n'est pas écrit "là" ; et partout où il est écrit "là", cela vaut pour toujours. On objecte : "Et parmi eux, des fils de Chimon, cinq cents hommes allèrent au mont Séir, ayant à leur tête Pélatya, Néarya, Réfaya et Ouziel, fils de Yich'i.

Et ils frappèrent le reste des rescapés d'Amalek, et ils habitèrent LÀ jusqu'à ce jour" (Divrei ha-yamim I 4,42-43).

💡 Explication

Oulla ne renonce pas : il affine sa règle. Ce n'est pas "jusqu'à ce jour" seul qui vaut pour toujours, mais la combinaison de cham ("là") et de "jusqu'à ce jour". Or le verset de l'Aron dit "et ils sont LÀ jusqu'à ce jour", tandis que celui du Yevoussi n'a pas de "là".

L'objection qui suit est construite pour tomber pile sur cette nouvelle règle : le verset des Bnei Chimon contient bien les deux éléments, "là" et "jusqu'à ce jour".

6
וּכְבָר עָלָה סַנְחֵרִיב מֶלֶךְ אַשּׁוּר וּבִלְבֵּל כָּל הָאֲרָצוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָסִיר גְּבוּלֹות עַמִּים וַעֲתוּדוֹתֵיהֶם שׁוֹשֵׂתִי״. תְּיוּבְתָּא.

Or Sanheriv roi d'Achour était déjà monté et avait brouillé toutes les contrées, car il est dit : "J'ai supprimé les frontières des peuples et pillé leurs réserves" (Yechayahou 10,13). Réfutation (teyouvta).

💡 Explication

Le coup de grâce. La politique de déportation généralisée de Sanheriv a déplacé toutes les populations : les Bnei Chimon du mont Séir ne sont donc pas restés "là" pour toujours, malgré le verset. La règle d'Oulla tombe.

Teyouvta est le terme le plus fort de la guemara : ce n'est pas une simple objection (koushia) mais une réfutation acquise. La preuve de Rachbi tirée de "jusqu'à ce jour" est donc abandonnée -- et c'est pourquoi la guemara doit maintenant chercher un autre appui pour la thèse de l'enfouissement.

7
אָמַר רַב נַחְמָן: תַּנָּא, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אָרוֹן בְּלִשְׁכַּת דִּיר הָעֵצִים הָיָה גָּנוּז. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: מַעֲשֶׂה בְּכֹהֵן אֶחָד שֶׁהָיָה מִתְעַסֵּק, וְרָאָה רִצְפָּה מְשֻׁונָּה מֵחַבְרוֹתֶיהָ, וּבָא וְהוֹדִיעַ אֶת חֲבֵירוֹ, וְלֹא הִסְפִּיק לִגְמוֹר אֶת הַדָּבָר עַד שֶׁיָּצְתָה נִשְׁמָתוֹ. וְיָדְעוּ בְּיִחוּד שֶׁשָּׁם אָרוֹן גָּנוּז.

Rav Nahman dit : on a enseigné -- et les Sages disent : l'Aron fut enfoui dans la chambre du dépôt de bois (lichkat dir haétsim). Rav Nahman bar Yits'hak dit : nous aussi l'avons appris [dans une michna] : il arriva qu'un cohen s'affairait et vit un dallage différent des autres ; il vint en informer son compagnon, et il n'eut pas le temps d'achever son propos que son âme sortit.

Et l'on sut avec certitude (béyihoud) que l'Aron était enfoui là.

📜 Rachi (3)
מִתְעַסֵּק בְּטִיּוּל וּשְׂחוֹק:
"S'affairait" -- en promenade et en jeu [c'est-à-dire non pour les besoins du service].
רִצְפָּה מְשֻׁונָּה אַחַת מִן הַטַּבְלָאוֹת שֶׁל שַׁיִשׁ שֶׁבָּרִצְפָּה רָאָה גְּבוֹהָה מֵחַבְרוֹתֶיהָ וְהֵבִין שֶׁסִּילְּקוּהָ מֵאַחַר שֶׁנִּסְדְּרָה שָׁם:
"Un dallage différent" -- il vit l'une des tablettes de marbre du dallage plus haute que ses voisines, et il comprit qu'on l'avait ôté après qu'elle eut été mise en place.
בְּיִחוּד בְּבֵרוּר:
"Béyihoud" -- avec certitude, de façon claire.
💡 Explication

Nouvelle position, plus précise que les deux précédentes : l'Aron ne serait ni parti en exil, ni enfoui sous le Saint des saints, mais sous la lichkat dir haétsim, la chambre où l'on entreposait le bois du mizbeah -- un lieu volontairement humble et sans prestige.

Rav Nahman bar Yits'hak apporte une confirmation tannaitique ("af anan nami tanina") : un récit de michna. Le détail décisif est le mot béyihoud -- ils surent avec certitude, non par tradition mais par le signe même de la mort subite du cohen.

🖼️ Schéma
La dalle différente : deux récits, un même secret gardé La michna (via Rav Nahman bar Yits'hak) 1. Un cohen "s'affaire" -- Rachi : en promenade, en jeu, donc hors du service. 2. Il voit une dalle de marbre plus haute que les autres. 3. Il court le dire à son compagnon. 4. Il meurt avant d'avoir fini sa phrase. L'école de Rabbi Yichmael 1. Deux cohanim baalei moum (à défaut corporel) trient les vers du bois -- seul travail qui leur reste. 2. La hache de l'un glisse et tombe LÀ. 3. Un feu sort et le dévore. R. Helbo : c'est avec sa hache qu'il "s'affairait". CE QU'ILS EN CONCLUENT : "ils surent BÉYIHOUD (avec certitude) que l'Aron était enfoui là" Le lieu exact reste inconnu : la mort survient toujours juste avant la parole qui l'aurait révélé. Ben Yehoyada : signe qu'il n'était pas agréable devant le Ciel que ce lieu fût divulgué.
Le cohen, la dalle et la hache : deux traditions sur le lieu enfoui, un même silence gardé.
8
מַאי הֲוָה עֲבִיד? אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ: מִתְעַסֵּק בְּקַרְדֻּומּוֹ הָיָה. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: שְׁנֵי כֹּהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִין הָיוּ מַתְלִיעִין בְּעֵצִים, וְנִשְׁמְטָה קַרְדֻּומּוֹ שֶׁל אֶחָד מֵהֶם וְנָפְלָה שָׁם, וְיָצְתָה אֵשׁ וַאֲכָלַתּוּ.

Que faisait-il donc [ce cohen] ? Rabbi Helbo dit : il s'affairait avec sa hache.

On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : deux cohanim atteints de moum (défaut corporel) ôtaient les vers du bois ; la hache de l'un d'eux glissa et tomba là, et un feu sortit et le dévora.

📜 Rachi (2)
מַתְלִיעִין בְּעֵצִים דִּתְנַן (מִדּוֹת פ"ב מִשְׁנָה ה) כָּל עֵץ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ תּוֹלַעַת פָּסוּל לַמִּזְבֵּחַ:
"Ils ôtaient les vers du bois" -- car nous avons appris (Midot 2,5) : tout bois qui contient un ver est passoul (invalide) pour le mizbeah.
בַּעֲלֵי מוּמִין שֶׁאֵין רְאוּיִין לַעֲבוֹדָה אַחֶרֶת:
"Atteints de moum" -- car ils ne sont pas aptes à un autre service.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אמר רבי חלבו : מתעסק בקרדמו היה. פירוש מתעסק בדרך טיול שלא לצורך העבודה ולכך נענש שנעשה לו סיבה שימות על ידה דהיינו סיבבו מן השמים שירגיש ויראה בשנוי הרצפה וילך ויגיד שעל ידי כך יצאה נשמתו. ונראה שהוא הגיד ראיתי שנוי באבן אחת מן הרצפה והיה רוצה להגיד באיזה צד ובאיזו שורה ראה שנוי זה ולא הספיק לומר ויצאה נשמתו ולכן כשראו כך הבינו כי שם הארון גנוז ולכך יצאה נשמתו קודם שיודיע ויסיים מקום השנוי דלא ניחא קמי שמייא לגלות מקום גניזתו, ועל כן גם המה לא הלכו ללשכה לבדוק ברצפה ולהתבונן באיזה מקום יש שנוי כיון דחזו דלא ניחא קמי שמייא לידע דבר זה. ומה שאמר תנא דבי רבי ישמעאל: שני כהנים בעלי־מומין אפשר דלא פליגי על הברייתא אלא הא והא הוה. ומה שאמר ונשמטה קרדמו של אחד מהן ונפלה שם, ונצתה אש ואכלתו נראה שזה נענש על אשר לא תיקן קרדומו כראוי וגרם שישמט הברזל ויזרק על אבן הרצפה אשר הארון שהוא עץ חיים גנוז תחתיה ואז מן הכאת הברזל באבן יצאה אש בדרך נס ואכלתו. ונראה לי בס"ד דנצטרפו אותיות 'קר' ד קר דום שהם מספר ש' עם אות א' של א בן ונעשה צירוף אש ונשאר אותיות 'בדומן' שזה נשרף ונעשה כדומן.
"Rabbi Helbo dit : il s'affairait avec sa hache." C'est-à-dire qu'il s'affairait en manière de promenade, sans nécessité du service ; c'est pourquoi il fut puni, en ce qu'on lui ménagea une cause par laquelle il mourut : on fit en sorte, depuis le Ciel, qu'il remarque et voie la différence du dallage, qu'il aille le dire, et que par là son âme sorte. Il semble qu'il ait dit : j'ai vu une différence dans l'une des pierres du dallage -- et il voulait dire de quel côté et à quelle rangée il avait vu cette différence, mais il n'eut pas le temps de le dire et son âme sortit. Aussi, voyant cela, ils comprirent que l'Aron était enfoui là, et que si son âme était sortie avant qu'il n'ait informé et achevé d'indiquer le lieu de la différence, c'est qu'il n'était pas agréable devant le Ciel de dévoiler le lieu de son enfouissement. Voilà pourquoi eux non plus n'allèrent pas à la chambre inspecter le dallage et chercher en quel endroit se trouvait une différence, puisqu'ils avaient vu qu'il n'était pas agréable devant le Ciel que cette chose fut connue. Et ce qu'enseigne l'école de Rabbi Yichmael -- deux cohanim atteints de moum -- il est possible qu'elle ne soit pas en désaccord avec la baraita : l'un et l'autre eurent lieu. Et ce qui est dit, "la hache de l'un d'eux glissa et tomba là, et un feu jaillit et le dévora", semble signifier que celui-ci fut puni pour n'avoir pas fixé sa hache comme il convenait, ce qui fit que le fer se détacha et fut projeté sur la pierre du dallage sous laquelle est enfoui l'Aron, qui est l'arbre de vie ; et alors, du choc du fer sur la pierre, un feu sortit par miracle et le dévora. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres kof et rech de kardom (la hache), qui valent en nombre 300 -- soit la lettre chin --, se sont jointes à la lettre alef de even (la pierre) pour former le mot ech (feu) ; et il est resté les lettres de be-domen -- car celui-ci fut brûlé et devint comme du domen (du fumier).
💡 Explication

La guemara précise ce que faisait ce cohen : il frappait le sol de sa hache, ce qui lui révéla un creux sous la dalle. L'école de Rabbi Yichmael rapporte une variante -- ou un second épisode -- où la hache tombe dans l'ouverture et où un feu jaillit.

Le détail des baalei moum est halakhiquement précis : un cohen porteur d'un défaut corporel est écarté de l'avoda, mais on lui confie le tri du bois, car tout bois vermoulu est passoul (invalide) pour le mizbeah. C'est le seul travail qui les menait dans cette chambre.

9
רַב יְהוּדָה רָמֵי. כְּתִיב: ״וַיִּרְאוּ רָאשֵׁי הַבַּדִּים״, וּכְתִיב: ״וְלֹא יִרְאוּ הַחוּצָה״. הָא כֵיצַד? נִרְאִין וְאֵין נִרְאִין. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״וְיִרְאוּ רָאשֵׁי הַבַּדִּים״, יָכוֹל לֹא יְהוּ זָזִין מִמְּקוֹמָן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְיַאֲרִיכוּ הַבַּדִּים״, יָכוֹל יְהוּ מְקָרְעִין בַּפָּרֹוכֶת וְיוֹצְאִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְלֹא יִרְאוּ הַחוּצָה״.

Rav Yehouda relève une contradiction (rami). Il est écrit : "et l'on vit les extrémités des badim", et il est écrit : "et elles ne se voyaient pas au-dehors" (Melakhim I 8,8).

Comment cela ? Elles se voyaient et ne se voyaient pas.

On a également enseigné ainsi : "et l'on vit les extrémités des badim" -- on aurait pu croire qu'elles ne bougeaient pas de leur place ; le verset dit : "et les badim s'allongèrent". On aurait pu croire qu'elles déchiraient la parokhet et en sortaient ; le verset dit : "et elles ne se voyaient pas au-dehors".

📜 Rachi (1)
נִרְאִין וְאֵין נִרְאִין כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל בַּבָּרַייְתָא שֶׁהָיוּ דּוֹחֲקִין וּבוֹלְטִין בַּפָּרֹוכֶת וְנִרְאִין כִּשְׁנֵי דַּדֵּי אִשָּׁה שֶׁבּוֹלְטִין מִתַּחַת חֲלֻוקָּה:
"Elles se voyaient et ne se voyaient pas" -- comme la baraita l'explique plus loin : elles pressaient et faisaient saillie dans la parokhet, et se voyaient comme les deux seins d'une femme qui font saillie sous sa tunique.
💡 Explication

Nouveau développement, greffé sur le verset qui a servi de preuve à Rachbi. Un seul verset dit deux choses opposées : les extrémités des badim (les barres de portage de l'Aron) étaient vues, et elles n'étaient pas vues.

La baraita procède par double élimination : chaque hava amina (hypothèse initiale) extrême est écartée par l'autre moitié du verset. Ni immobiles, ni perforantes -- il reste une seule position possible, décrite au segment suivant.

🖼️ Schéma
"Nirin ve-ein nirin" : les badim vus et non vus Deux versets d'un même passage (Melakhim I 8,8) se contredisent -- la baraita trace la voie moyenne. VERSET A "et l'on VIT les extrémités des badim" Hava amina : elles ne bougent pas ? Non : "et les badim s'ALLONGÈRENT" => elles poussent vers l'avant VERSET B "et elles NE SE VOYAIENT PAS au-dehors" Hava amina : elles déchirent la parokhet ? Non : rien ne passe de l'autre côté => le tissu reste intact LA SOLUTION : elles pressent et font saillie DANS la parokhet ARON avec les Louhot Saint des saints (intérieur) bad 1 bad 2 PAROKHET Vu du Hekhal (extérieur) deux bosses dans le tissu -- rien ne perce "comme les deux seins d'une femme" Chir ha-chirim 1,13 : "entre mes seins il repose" Rachi : comme les seins qui font saillie sous la tunique -- la forme se devine, le corps reste couvert. C'est exactement le sens de "vues et non vues" : visibles en relief, invisibles en elles-mêmes.
Les deux moitiés du verset, les deux hypothèses écartées, et la position moyenne qui reste.
10
הָא כֵיצַד? דּוֹחֲקִין וּבוֹלְטִין וְיוֹצְאִין בַּפָּרֹוכֶת, וְנִרְאִין כִּשְׁנֵי דַּדֵּי אִשָּׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צְרוֹר הַמֹּור דּוֹדִי לִי בֵּין שָׁדַי יָלִין״.

Comment cela ? Elles pressaient, faisaient saillie et sortaient dans la parokhet, et se voyaient comme les deux seins d'une femme, car il est dit : "Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, il repose entre mes seins" (Chir ha-chirim 1,13).

📜 Rachi (1)
וְיוֹצְאִין בַּפָּרֹוכֶת הַפְּרוּסָה כְּנֶגֶד פֶּתַח שֶׁבִּמְחִיצַּת אַמָּה טְרַקְסִין וְהַפֶּתַח בְּאֶמְצַע אַמָּה טְרַקְסִין הָיָה בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן:
"Et sortaient dans la parokhet" -- celle qui était tendue en face de l'ouverture pratiquée dans la cloison de l'ama teraksin ; et l'ouverture se trouvait au milieu -- l'ama teraksin existait au premier Temple.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְנִרְאִין כִּשְׁנֵי דַּדֵּי אִשָּׁה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁבְּדֵי הָאָרוֹן בּוֹלְטִין וְנִרְאִין כְּמוֹ דַּדִּים, כִּי בָּאָרוֹן הָיוּ הַלּוּחוֹת שֶׁשָּׁם הַתּוֹרָה וְיָדוּעַ כִּי עִיקַּר לִימּוּד הַתּוֹרָה הוּא בְּחֵלֶק שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁמוֹנָה דַּרְגִין שֶׁהֵם כָּשֵׁר וּפָסוּל טָהוֹר וְטָמֵא אָסוּר וּמֻותָּר חַייָּב וְזַכַּאי דְּהֵם אַרְבַּע וְאַרְבַּע וְלָכֵן כְּתִיב בַּתּוֹרָה (מִשְׁלֵי ה, יט) 'דַּדֶּיהָ יְרַוֵּךְ בְּכָל עֵת' כִּי 'דַּד' רוֹמֵז לִשְׁמוֹנָה דַּרְגִין שֶׁיֵּשׁ בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְלָכֵן הָיוּ בַּדֵּי אָרוֹן בּוֹלְטִין וְנִרְאִין כְּמוֹ דַּדִּים וְהָיוּ כִּשְׁנֵי דַּדִּים כִּי כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ ח' דַּרְגִין בַּחֵלֶק הַנִּגְלֶה כֵּן יֵשׁ ח' דַּרְגִין בְּחֵלֶק הַנִּסְתָּר וְאִם כֵּן הֵם שְׁנֵי דַּד. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהָיוּ כְּעֵין דְּדַי אִשָּׁה לִרְמֹוז לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיַּעַסְקוּ בַּתּוֹרָה בְּכָל עֵת כְּמוֹ הַתִּינוֹק שֶׁיּוֹנֵק מִדַּדֵּי אִמּוֹ בְּכָל עֵת, וְלָכֵן כְּתִיב 'דַּדֶּיהָ יְרַוְּךָ בְּכָל עֵת'. גַּם עוֹד לִרְמֹוז כְּמוֹ הַדַּד שֶׁבּוֹ הֶחָלָב שֶׁהָיָה דָּם וְנֶהְפַּךְ לְחָלָב כֵּן הַתּוֹרָה מְהַפֶּכֶת הַדִּין לְרַחֲמִים וּמְהַפֶּכֶת הָעֲוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה א, יח) אִם יִהְיוּ חֲטָאֵיכֶם כַּשָּׁנִים כַּשֶּׁלֶג יַלְבִּינוּ.
"Et se voyaient comme les deux seins d'une femme." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle les badim de l'Aron faisaient saillie et se voyaient comme des seins est la suivante : dans l'Aron se trouvaient les Louhot, où est la Torah ; or on sait que l'essentiel de l'étude de la Torah est dans la partie orale, laquelle comporte huit degrés -- kacher et passoul, tahor et tame, assour et mouttar, hayav et zakai, soit quatre et quatre. C'est pourquoi il est écrit au sujet de la Torah : "que ses seins (dadéha) t'enivrent en tout temps" (Michlei 5,19), car "dad" fait allusion aux huit degrés qui sont dans la Torah orale. Voilà pourquoi les badim de l'Aron faisaient saillie et se voyaient comme des seins ; et ils étaient deux seins, car de même qu'il y a huit degrés dans la partie révélée (niglé), il y a huit degrés dans la partie cachée (nistar) -- cela fait donc deux "dad". Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que s'ils étaient comme les seins d'une femme, c'est pour indiquer à Israël qu'ils doivent s'occuper de Torah en tout temps, comme le nourrisson qui tête les seins de sa mère en tout temps ; c'est pourquoi il est écrit "que ses seins t'enivrent en tout temps". Et encore pour faire allusion à ceci : de même que le sein contient le lait, qui était du sang et s'est changé en lait, ainsi la Torah change le din (la rigueur) en rahamim (miséricorde) et change les fautes en mérites, comme il est écrit : "Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils blanchiront comme la neige" (Yechayahou 1,18).
💡 Explication

La réponse : les badim ne percent pas le tissu, elles le tendent. De l'extérieur on voit deux reliefs, jamais les barres elles-mêmes. C'est littéralement "vues et non vues".

Le verset du Chir ha-chirim n'est pas une simple illustration : il fonde l'image en faisant de la relation entre le Saint béni soit-Il et Israël une relation d'époux -- ce que le mashal de la fiancée, plus loin, exploitera pour résoudre une contradiction halakhique.

11
אָמַר רַב קַטִּינָא: בְּשָׁעָה שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל עוֹלִין לָרֶגֶל, מְגַלְּלִין לָהֶם אֶת הַפָּרֹוכֶת, וּמַרְאִין לָהֶם אֶת הַכְּרוּבִים שֶׁהָיוּ מְעֹורִים זֶה בָּזֶה, וְאוֹמְרִים לָהֶן: רְאוּ חִבַּתְכֶם לִפְנֵי הַמָּקוֹם כְּחִבַּת זָכָר וּנְקֵבָה.

Rav Ketina dit : à l'heure où Israël montait pour le regel (la fête de pèlerinage), on leur roulait la parokhet et on leur montrait les keroubim enlacés l'un à l'autre, et on leur disait : voyez votre affection devant le Lieu [Hachem], comme l'affection d'un mâle et d'une femelle.

📜 Rachi (2)
הַכְּרוּבִים מְדֻובָּקִין זֶה בָּזֶה וַאֲחוּזִין וּמְחַבְּקִין זֶה אֶת זֶה כְּזָכָר הַחוֹבֵק אֶת הַנְּקֵבָה:
"Les keroubim" -- collés l'un à l'autre, s'agrippant et s'étreignant l'un l'autre, comme le mâle qui étreint la femelle.
מְעוֹרִים לְשׁוֹן דִּיבּוּק כְּמוֹ (עֻוקְצִין פ"ג מִשְׁנָה ח) אִילָן שֶׁנִּפְשַׁח וּמְעֹורֶה בִּקְלִיפָּה וּבְמַס' בֵּיצָה דַּף ז. אִם הָיוּ מְעֹורוֹת בְּגִידִין אֲסוּרוֹת:
"Méourim" -- un terme de dibouk (adhérence), comme dans "un arbre fendu mais encore attenant (méoré) par l'écorce" (Ouktsin 3,8), et dans le traité Betsa (7a) : "si elles étaient attenantes (méourot) par les tendons, elles sont interdites".
🪔 Ben Yehoyada (1)
רְאוּ חִבַּתְכֶם לִפְנֵי הַמָּקוֹם, כְּחִבַּת זָכָר עִם נְקֵבָה. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הַמְפָרְשִׁים זַ"ל בַּפָּסוּק (שְׁמוּאֵל ב' א, כו) 'נִפְלְאַתָה אַהֲבָתְךָ לִי מֵאַהֲבַת נָשִׁים' כִּי מִנְהַג אַהֲבַת רָעִים אִם רְאוּבֵן אוֹהֵב אֶת שִׁמְעוֹן הִנֵּה צָרִיךְ שֶׁיֶּאֱהַב כָּל אָדָם שֶׁאוֹהֵב אוֹתוֹ שִׁמְעוֹן וְיִשְׂנָא כָּל אָדָם שֶׁיִּשְׂנָא אוֹתוֹ שִׁמְעוֹן, אֲבָל אַהֲבַת הָאָדָם עִם אִשְׁתּוֹ הִיא לְהֵפֶךְ שֶׁאִם רְאוּבֵן יֵשׁ לוֹ שְׁתֵּי נָשִׁים בִּלְהָה וְזִלְפָּה שֶׁהֵם צָרוֹת זוֹ לָזוֹ וּמִסְּתָמָא שׂוֹנְאִים זֶה אֶת זֶה וְהוּא אוֹהֵב אֶת בִּלְהָה וְאוֹהֵב אֶת זִלְפָּה אַף עַל פִּי שֶׁבִּלְהָה שׂוֹנְאָהּ אֶת זִלְפָּה וְזִלְפָּה שׂוֹנְאָהּ אֶת בִּלְהָה. וְכֵן עִנְיַן אַהֲבָתוֹ יִתְבָּרֵךְ בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁיִּשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם דִּין אִשָּׁה וְיִמְצָא בְּיִשְׂרָאֵל שְׁנֵי צַדִּיקִים שֶׁאֶחָד שׂוֹנֵא אֶת חֲבֵירוֹ כְּעִנְיַן שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה עִם דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיָה שָׁאוּל שׂוֹנֵא אֶת דָּוִד, והקב"ה אוֹהֵב אֶת שְׁנֵיהֶם. וְלָזֶה הָיוּ הַכְּרוּבִים זָכָר וּנְקֵבָה מְחַבְּקִים זֶה אֶת זֶה לְהוֹרוֹת שֶׁאָהַבְתָּ הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל כְּאַהֲבַת אִישׁ לְנָשָׁיו, וְעַל כֵּן אוֹמְרִים לָהֶם רְאוּ חִבַּתְכֶם לִפְנֵי הַמָּקוֹם כְּחִבַּת זָכָר עִם נְקֵבָה, וְנָפְקָא מִינָּהּ שֶׁאֲפִילּוּ אִם יִמָּצֵא בָּכֶם שְׁנַיִם שׂוֹנְאִין זֶה אֶת זֶה הִנֵּה הקב"ה אוֹהֵב אֶת שְׁנֵיהֶם כְּשֶׁהֵם צַדִּיקִים. וּמַה שֶׁאָמְרוּ רְאוּ חִבַּתְכֶם וְאֵין אוֹמְרִים 'אַהֲבַתְכֶם' נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ כְּשֶׁהֶחֱטִיא הַנָּחָשׁ אֶת חַוָּה וְהֵטִיל בָּהּ זֻוהֲמָה נַעֲשָׂה כ"ד זֵינַי מְסָאֲבוּתָא בָּעוֹלָם כְּמִנְיַן 'וְאֵיבָה' [24] כִּי עַל זֶה אָמַר לוֹ (בְּרֵאשִׁית ג, טו) 'וְאֵיבָה אָשִׁית בֵּינְךָ וּבֵין הָאִשָּׁה' וְעַל יְדֵי שֶׁיִּהְיוּ יִשְׂרָאֵל בְּאַחְדוּת אֶחָד מְבַטְּלִים כ"ד זֵינַי דְּמִסְאֲבוֹתָא הַנִּזְכָּרִים שֶׁרְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת 'וְאֵיבָה' וְהַיְינוּ עַל יְדֵי הָאַחְדוּת נוֹסָף מִסְפָּר אֶחָד עַל אוֹתִיּוֹת 'וְא' וְיִהְיֶה מֵהֶם אוֹת ח' וְתִצָּרֵף עִם אוֹתִיּוֹת 'יְבַה' וְתִהְיֶה צֵירוּף חִיבָּה, נִמְצָא ו' אֵיבָה ' נֶהֶפְכָה ל' חִיבָּה ' וְכָל זֶה יִזְכּוּ יִשְׂרָאֵל עַל יְדֵי הָאַחְדוּת וְעַל יְדֵי לִימּוּד הַתּוֹרָה שֶׁרָמוּז בָּאוֹת אָלֶ"ף לְשׁוֹן אַלּוּפִי וּמְיֻדָּעִי (תְּהִלִּים נה, יד) . וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מַה שֶׁאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא בְּאָבוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ג, יד) 'חִבָּה יְתֵרָה נוֹדַעַת לָהֶם שֶׁנִּתַּן לָהֶם כְּלִי חֶמְדָּה' זוֹ הַתּוֹרָה שֶׁעוֹסְקִים בָּהּ, דְּאָז וְ'אֵיבָה' תִּתְהַפֵּךְ ל'חִיבָּה' וְכֵן בַּכְּרוּבִים שֶׁהֵם לִפְנֵי הָאָרוֹן שֶׁבּוֹ הַתּוֹרָה וְגַם בְּחִיבּוּקָם זֶה בָּזֶה אֲשֶׁר מוֹרִין עַל אַהֲבָה וְאַחְדוּת שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁאוֹמְרִים לָהֶם רְאוּ חִבַּתְכֶם לִפְנֵי הַמָּקוֹם נָקְטוּ לְשׁוֹן חִיבָּה כִּי עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה וְעַל יְדֵי הָאַחְדוּת יִתְבַּטֵּל כֹּחַ וְאֵיבָה וְיִהְיֶה חִיבָּה.
"Voyez votre affection devant le Lieu, comme l'affection d'un mâle avec une femelle." Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'il faut l'expliquer] d'après ce qu'ont dit les commentateurs, de mémoire bénie, sur le verset "Ton amour m'était plus merveilleux que l'amour des femmes" (Chemouel II 1,26) : l'usage de l'amitié veut que si Reouven aime Chimon, il lui faille aimer tout homme que Chimon aime et haïr tout homme que Chimon hait. Mais l'amour d'un homme pour ses femmes est l'inverse : si Reouven a deux femmes, Bilha et Zilpa, qui sont rivales l'une de l'autre et se haïssent vraisemblablement, lui aime Bilha et aime Zilpa, bien que Bilha haïsse Zilpa et que Zilpa haïsse Bilha. Il en va de même de Son amour, béni soit-Il, pour Israël : Israël a statut d'épouse, et il peut se trouver en Israël deux justes dont l'un hait son compagnon -- comme il en fut du roi Chaoul, sur lui la paix, avec le roi David, sur lui la paix, Chaoul haïssant David -- et le Saint béni soit-Il les aime tous les deux. C'est pourquoi les keroubim étaient mâle et femelle s'étreignant l'un l'autre, pour enseigner que l'amour du Saint béni soit-Il pour Israël est comme l'amour d'un homme pour ses femmes ; et voilà pourquoi on leur dit : voyez votre affection devant le Lieu, comme l'affection d'un mâle avec une femelle. La nafka mina (conséquence pratique) est que même s'il se trouve parmi vous deux hommes qui se haïssent, le Saint béni soit-Il les aime tous les deux lorsqu'ils sont justes. Et pourquoi dit-on "voyez votre hiba (affection)" et non "votre ahava (amour)" ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce qu'on sait que lorsque le serpent fit fauter Hava et jeta en elle la zouhama (souillure), vingt-quatre espèces d'impureté apparurent dans le monde -- le nombre de ve-eva [24] --, car c'est à ce propos qu'il lui fut dit : "Je mettrai une inimitié (eva) entre toi et la femme" (Berechit 3,15). Et c'est par l'unité d'Israël que sont annulées ces vingt-quatre espèces d'impureté auxquelles font allusion les lettres de ve-eva : par l'unité, le nombre un s'ajoute aux lettres vav-alef, et il en résulte la lettre het, qu'on joint aux lettres youd-bet-hei, ce qui donne le mot hiba (affection). Ainsi ve-eva (inimitié) s'est changée en hiba (affection) -- et Israël mérite tout cela par l'unité et par l'étude de la Torah, à laquelle fait allusion la lettre alef, au sens de "mon alouf (intime) et mon familier" (Tehilim 55,14). Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, ce que dit Rabbi Akiva dans les Pirkei Avot (3,14) : "une affection (hiba) supplémentaire leur a été signifiée, en ce qu'il leur a été donné un objet précieux" -- c'est la Torah dont ils s'occupent : alors ve-eva se change en hiba. Et de même pour les keroubim, qui sont devant l'Aron où se trouve la Torah, et qui, par leur étreinte mutuelle, indiquent l'amour et l'unité d'Israël : lorsqu'on leur dit "voyez votre affection devant le Lieu", on emploie le terme de hiba, car c'est par l'occupation de la Torah et par l'unité que sera annulée la force de ve-eva et qu'il y aura hiba.
💡 Explication

Prolongement direct de l'image précédente. Trois fois par an, au moment où tout Israël monte, on rend visible ce qui d'ordinaire est caché : les keroubim méourim ze ba-ze -- enlacés l'un à l'autre.

La formule prononcée est une lecture du signe : l'étreinte des keroubim n'est pas un ornement mais un thermomètre de la relation. Le mot hiba (affection) sera repris terme à terme par le Ben Yehoyada.

12
מֵתִיב רַב חִסְדָּא: ״וְלֹא יָבוֹאוּ לִרְאוֹת כְּבַלַּע אֶת הַקֹּדֶשׁ״, וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בִּשְׁעַת הַכְנָסַת כֵּלִים לְנַרְתֵּק שֶׁלָּהֶם!

Rav Hisda objecte : "et ils ne viendront pas voir quand on recouvre (ke-vala) le sacré" (Bamidbar 4,20) -- et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : [cela vise] l'heure où l'on introduit les ustensiles dans leur étui !

📜 Rachi (1)
וְלֹא יָבֹאוּ לִרְאוֹת הַלְּוִיִּם שֶׁבַּמִּדְבָּר אַף עַל פִּי שֶׁהָיוּ נוֹשְׂאִין כְּלֵי הַקֹּודֶשׁ בַּכָּתֵף לֹא הָיוּ רַשָּׁאִין לִיכָּנֵס בִּשְׁעַת סִילּוּק מַסָּעוֹת שֶׁהָיוּ מְפָרְקִין אֶת הָאָרוֹן וְהַמִּזְבֵּחַ לְהַסִּיעוֹ מִמְּקוֹמוֹ עַד שֶׁהָיוּ אַהֲרֹן וּבָנָיו מְכַסִּין אוֹתוֹ בְּנַרְתִּיקֵיהֶן כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּפָּרָשָׁה וְכִסּוּ אֹותוֹ בְּמִכְסֵה עוֹר תָּחַשׁ וְלָקְחוּ בֶּגֶד תְּכֵלֶת וְכִסּוּ וְגוֹ' כְּבַלַּע לְשׁוֹן כִּיסּוּי:
"Et ils ne viendront pas voir" -- les Leviim dans le désert : bien qu'ils portassent les ustensiles sacrés sur l'épaule, ils n'avaient pas le droit d'entrer à l'heure du démontage des étapes, quand on démontait l'Aron et le mizbeah pour le déplacer, tant qu'Aharon et ses fils ne les avaient pas recouverts de leurs étuis, comme il est écrit dans la section : "et ils le couvriront d'une couverture de peau de tahach, et ils prendront une étoffe de tekhelet et couvriront, etc.". "Ke-vala" est un terme de recouvrement.
💡 Explication

L'objection est sévère. Si les Leviim eux-mêmes, qui portaient les ustensiles sur l'épaule, n'avaient pas le droit de regarder l'opération d'emballage, comment peut-on rouler la parokhet et exhiber les keroubim à tout le peuple ?

Le mot ke-vala, littéralement "comme on l'engloutit", est compris par Rachi au sens de recouvrement : le moment où l'objet sacré disparaît sous ses housses.

13
אָמַר רַב נַחְמָן: מָשָׁל לְכַלָּה, כָּל זְמַן שֶׁהִיא בְּבֵית אָבִיהָ צְנוּעָה מִבַּעְלָהּ. כֵּיוָן שֶׁבָּאתָה לְבֵית חָמִיהָ — אֵינָהּ צְנוּעָה מִבַּעְלָהּ.

Rav Nahman dit : c'est comparable à une fiancée (kala) : tant qu'elle est dans la maison de son père, elle est pudique devant son mari ; dès lors qu'elle est venue dans la maison de son beau-père, elle n'est plus pudique devant son mari.

📜 Rachi (1)
בְּבֵית אָבִיהָ בְּאֵירוּסֶיהָ אַף יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר עֲדַיִין לֹא הָיוּ גַּסִּין בַּשְּׁכִינָה:
"Dans la maison de son père" -- durant ses erousin (fiançailles) ; de même Israël, dans le désert, n'était pas encore familier avec la Chekhina.
💡 Explication

La résolution est un mashal (parabole), et elle est chronologique et non juridique : il n'y a pas deux règles contradictoires, il y a deux états de la relation.

Rachi donne la clé : "dans la maison de son père" = pendant les erousin (fiançailles), ce qui correspond au désert, où Israël n'était pas encore gass (familier) avec la Chekhina. Une fois la Chekhina installée à demeure dans le Temple, la réserve du désert n'a plus lieu d'être.

🖼️ Schéma
Le mashal de la kala : pourquoi le regard fut tantôt interdit, tantôt offert Rav Nahman résout la contradiction entre "ils ne viendront pas voir" et "on leur montrait les keroubim". 1. BEIT AVIHA la maison de son père -- erousin = LE DÉSERT Elle est PUDIQUE devant lui Israël n'est pas encore familier avec la Chekhina "ils ne viendront pas voir" (Bamidbar 4,20) 2. BEIT HAMIHA la maison de son beau-père -- nissouin = LE PREMIER TEMPLE Elle n'est PLUS pudique devant lui On roule la parokhet au regel et l'on montre les keroubim enlacés "voyez votre affection devant le Lieu" 3. NITGARCHA elle a été répudiée -- puis revenue = LE SECOND TEMPLE Retour à la HIBA PREMIÈRE la pudeur revient, la familiarité est perdue le cohen meurt avant d'avoir parlé L'objection de Rav Hana bar Rav Ketina et sa réponse Si la pudeur tombe au Temple, pourquoi le cohen de la michna meurt-il pour avoir approché le lieu de l'Aron ? Réponse : ce fait s'est produit au SECOND Temple -- après le guet, la mariée redevient réservée.
Trois états de la fiancée, trois époques d'Israël, trois régimes du regard sur le sacré.
14
מֵתִיב רַב חָנָא בַּר רַב קַטִּינָא: מַעֲשֶׂה בְּכֹהֵן אֶחָד שֶׁהָיָה מִתְעַסֵּק וְכוּ׳! אֲמַר לֵיהּ: נִתְגָּרְשָׁה קָא אָמְרַתְּ, נִתְגָּרְשָׁה חָזְרוּ לְחִיבָּתָהּ הָרִאשׁוֹנָה.

Rav Hana bar Rav Ketina objecte : "il arriva qu'un cohen s'affairait, etc." ! Il lui dit : tu parles d'une femme qui a été répudiée -- une fois répudiée, ils sont revenus à leur affection première.

📜 Rachi (2)
נִתְגָּרְשָׁה קָאָמְרַתְּ הַאי מַעֲשֶׂה בְּבַיִת שֵׁנִי הֲוָה לְאַחַר שֶׁנִּתְגָּרְשׁוּ וְחָזְרוּ:
"Tu parles d'une répudiée" -- ce fait eut lieu au second Temple, après qu'ils eurent été répudiés puis furent revenus.
לְחִיבָּתָהּ רִאשׁוֹנָה לִתְחִילַּת חִיבָּתָן שֶׁאֵין גַּסִּין זֶה בָּזֶה:
"À leur affection première" -- au commencement de leur affection, lorsqu'ils ne sont pas familiers l'un avec l'autre.
💡 Explication

Dernière objection : si la pudeur tombe une fois la Chekhina installée, pourquoi le cohen de la michna meurt-il pour avoir approché le lieu de l'Aron ?

La réponse étend le mashal d'un cran : entre les deux Temples il y a eu un guet -- l'exil. La femme répudiée puis reprise ne retrouve pas la familiarité acquise ; elle revient à la hiba richona, l'affection des débuts, qui est aussi la réserve des débuts. Le récit du cohen se situe donc au second Temple.

15
בְּמַאי עָסְקִינַן? אִי נֵימָא בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן — מִי הֲוַאי פָּרֹוכֶת? אֶלָּא בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי — מִי הָווּ כְּרוּבִים? לְעוֹלָם בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, וּמַאי פָּרֹוכֶת — פָּרֹוכֶת דְּבָבֵי.

De quoi traitons-nous ? Si l'on dit du premier Temple -- y avait-il une parokhet ?

Mais [si l'on dit] du second Temple -- y avait-il des keroubim ? En vérité [il s'agit] du premier Temple, et quelle est cette parokhet ?

La parokhet de-bavei (celle des portes).

📜 Rachi (3)
בְּמַאי עָסְקִינַן הַאי מִגְּלָלִין לָהֶן הַפָּרֹוכֶת וּמַרְאִין לָהֶן הַכְּרוּבִים:
"De quoi traitons-nous" -- à savoir ce "on leur roulait la parokhet et on leur montrait les keroubim".
מִי הָווּ כְּרוּבִים דקס"ד בַּכְּרוּבִים שֶׁעָשָׂה שְׁלֹמֹה אֵצֶל הָאָרוֹן מִזֶּה וּמִזֶּה קָאָמַר:
"Y avait-il des keroubim" -- car on pensait d'abord (ka-salka daatakh) qu'il parlait des keroubim que Chelomo fit auprès de l'Aron, d'un côté et de l'autre.
דְּבָבֵי שֶׁכְּנֶגֶד הַפְּתָחִים פֶּתַח אוּלָם וְהֵיכָל וּבֵית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים:
"De-bavei" -- celles qui sont en face des ouvertures : l'ouverture du Oulam, celle du Hekhal et celle du Saint des saints.
💡 Explication

La guemara revient sur l'enseignement de Rav Ketina et y découvre une impossibilité matérielle : chaque Temple possède l'un des deux éléments, jamais les deux. Au premier Temple, le Saint des saints était séparé par un mur (l'ama teraksin), non par un rideau ; au second, il y avait bien une parokhet mais plus d'Aron, donc plus de keroubim.

Première solution : garder le premier Temple et changer de parokhet. Il ne s'agit pas du rideau du Saint des saints -- inexistant -- mais des rideaux tendus devant les portes (bavei), qu'il suffisait de relever pour dégager la vue.

🖼️ Schéma
"On roule la parokhet et on montre les keroubim" -- mais dans quel Temple ? PREMIER TEMPLE ? Keroubim : OUI (ceux de l'Aron) Parokhet : NON un MUR d'une coudée (ama teraksin) séparait, non un rideau SECOND TEMPLE ? Parokhet : OUI Keroubim : NON plus d'Aron, donc plus de keroubim posés sur son couvercle RÉPONSE 1 -- la guemara Premier Temple. La "parokhet" n'est pas celle du Saint des saints : c'est la parokhet DE-BAVEI (celle des portes) Appui : R. Zeira au nom de Rav -- 13 parokhot dans le Temple, dont 7 simplement devant les 7 portes. RÉPONSE 2 -- Rav Aha bar Yaakov Second Temple. Les keroubim ne sont pas ceux de l'Aron : ce sont des keroubim DE-TSOURTA (figures peintes ou gravées aux parois) Appui : Melakhim I 6,29 -- "il sculpta toutes les parois de la maison de figures de keroubim, de palmiers et de fleurs".
Le problème (chaque Temple manque un élément) et les deux solutions proposées.
16
דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב: שְׁלֹשָׁה עָשָׂר פָּרוֹכוֹת הָיוּ בְּמִקְדָּשׁ, שִׁבְעָה כְּנֶגֶד שִׁבְעָה שְׁעָרִים, שְׁתַּיִם — אַחַת לְפִתְחוֹ שֶׁל הֵיכָל, וְאַחַת לְפִתְחוֹ שֶׁל אוּלָם. שְׁתַּיִם בִּדְבִיר, וּשְׁתַּיִם כְּנֶגְדָּן בָּעֲלִיָּה.

Car Rabbi Zeira a dit au nom de Rav : treize parokhot se trouvaient dans le Temple -- sept en face des sept portes ; deux, l'une pour l'ouverture du Hekhal et l'autre pour l'ouverture du Oulam ; deux dans le devir, et deux en face d'elles à l'étage (aliya).

📜 Rachi (1)
שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה פָּרֹוכוֹת הָיוּ בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי שִׁבְעָה לְשִׁבְעָה שַׁעֲרֵי הָעֲזָרָה שְׁתַּיִם בִּדְבִיר בִּמְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין וּשְׁתַּיִם כְּנֶגְדָּן לַחוּץ בֵּין עֲלִיַּית הַהֵיכָל לַעֲלִייַּת בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים וְכִי הֵיכִי דִּבְמִקְדָּשׁ שֵׁנִי הָיוּ פָּרוֹכוֹת כְּנֶגֶד הַפְּתָחִים הָכִי נָמֵי בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן:
"Treize parokhot se trouvaient au second Temple" -- sept pour les sept portes de la azara ; deux dans le devir, à la place de l'ama teraksin ; et deux en face d'elles, vers l'extérieur, entre l'étage du Hekhal et l'étage du Saint des saints. Et de même qu'au second Temple il y avait des parokhot en face des ouvertures, ainsi en était-il au premier Temple.
💡 Explication

L'appui de la première solution. Si le Temple compte treize parokhot dont sept de simples rideaux de portes, alors "rouler la parokhet" n'implique nullement le rideau du Saint des saints.

Le devir désigne le Saint des saints ; Rachi précise que les deux parokhot qui s'y trouvaient tenaient lieu de l'ama teraksin du premier Temple, dont les bâtisseurs du second n'ont pas su s'il fallait la compter dedans ou dehors.

🖼️ Schéma
Les treize parokhot du Temple (R. Zeira au nom de Rav) 7 en face des sept portes Rachi : les sept portes de la azara 2 une à l'ouverture du Hekhal, une à celle du Oulam 2 dans le devir Rachi : à la place de l'ama teraksin 2 deux en face d'elles, à l'étage (aliya) entre l'étage du Hekhal et celui du Saint des saints 7 + 2 + 2 + 2 = 13 -- et Rachi conclut : ce qui valait au second Temple valait déjà au premier.
Le compte des treize parokhot selon Rav, et les précisions de Rachi.
17
רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: לְעוֹלָם בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי, וּכְרוּבִים דְּצֻורְתָּא הֲווֹ קָייְמִי, דִּכְתִיב: ״וְאֵת כָּל קִירוֹת הַבַּיִת מֵסַב קָלַע כְּרוּבִים וְתִמֹרוֹת וּפְטֻורֵי צִיצִּים וְצִפָּה זָהָב מְיֻשָּׁר עַל הַמְּחֻוקֶּה״.

Rav Aha bar Yaakov dit : en vérité [il s'agit] du second Temple, et les keroubim étaient de simples figures, car il est écrit : "et toutes les parois de la maison, tout autour, il les sculpta de figures gravées de keroubim, de palmiers et de fleurs épanouies, et il recouvrit d'or ajusté sur la gravure" (Melakhim I 6,29-35).

📜 Rachi (2)
כְּרוּבִים דְּצֻורְתָּא מְצֻוייָּרִין בַּכֹּותֶל בְּמִינֵי סַמְמָנִים אוֹ חִקּוּקִין בְּקִירוֹת הָעֵץ מִלְּפָנִים מִכָּותְלֵי הָאֲבָנִים:
"Des keroubim de figure" -- peints sur le mur avec des pigments, ou gravés dans les parois de bois qui se trouvent en avant des murs de pierre.
מֵסֵב קָלַע צוּרוֹת רְשָׁתוֹת וּקְלִיעוֹת:
"Messav kala" -- des figures de résilles et de tresses.
🗂️ Tossefot (1)
כְּרוּבִים דְּצֻורְתָּא נִשְׁאַלְתִּי עַל אוֹתָם שֶׁמְּצַייְּרִים בַּמַּחֲזוֹרִים צוּרוֹת חַיּוֹת וְעוֹפוֹת אִם יָפֶה עוֹשִׂים אִם לָאו וְהֵשַׁבְתִּי נ"ל דְּוַדַּאי לֹא יָפֶה עוֹשִׂים שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁמִּסְתַּכְּלִים בַּצּוּרוֹת הַלָּלוּ אֵין מְכֻוָּונִין לִבָּם לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם מִיהוּ אֵין כָּאן אִיסּוּר דְּלָא תַּעֲשֶׂה לְךָ פֶּסֶל וְגוֹ' (שְׁמוֹת כ׳:ד׳) דְּהָא מַסְּקִינַן בְּפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מג:) שָׁאנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל דַּאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ וַאֲפִילּוּ חֲשָׁדָא לֵיכָּא בְּצִיּוּרִים שֶׁהֵם מִינֵי צְבָעִים בְּעָלְמָא וְאֵין בָּהֶם מַמָּשׁוּת כְּלָל דְּלָא חָיְישִׁינַן לַחֲשָׁדָא אֶלָּא בְּחוֹתָם בּוֹלֵט וְלֹא בְּחוֹתָם שׁוֹקֵעַ וְכָל שֶׁכֵּן בְּדָבָר זֶה שֶׁאֵינוֹ לֹא שׁוֹקֵעַ וְלֹא בּוֹלֵט אֶלָּא מִין צֶבַע בְּעָלְמָא וְנִרְאֶה לִי דַּאֲפִילּוּ יִשְׂרָאֵל מֻותָּר לָצוּר צוּרוֹת בְּמִינֵי צְבָעִים וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם לֹא תַעֲשֶׂה לְךָ פֶסֶל דְּלָא אָסַר אֶלָּא פַּרְצוּף גָּמוּר חָקוּק בְּשָׁשַׁר אֲבָל בְּמִינֵי צְבָעִים מֻותָּר כִּדְאָמַר בְּחֶזְקַת הַבָּתִּים (ב"ב דַּף נד.) הַצָּר צוּרָה בְּנִכְסֵי הַגֵּר קָנָה דְּרַב לָא קָנָה לְגִינְּתָא דְּבֵי רַב אֶלָּא בְּצֻורְתָּא וְהִקְשָׁה שָׁם רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל וְהָאָמְרַתְּ . דְּכִיּוֹר לֹא קָנָה אֶלָּא בְּאַמָּה כְּנֶגֶד הַפֶּתַח וְתֵירֵץ דְּהָתָם לָאו הַייְנוּ צוּרַת בִּרְיָה אֶלָּא צִיּוּרִין בְּעָלְמָא מַעֲשֵׂה צַעֲצוּעִים וּפְרָחִים אֲבָל צוּרַת חַיָּה אוֹ עוֹף חֲשִׁיבָא וְלָא בָּעֵינַן אַמָּה כְּנֶגֶד הַפֶּתַח אַלְמָא דְּרַב צִיֵּיר צוּרַת חַיָּה וְעוֹף אֶלָּא וַדַּאי בְּמִינֵי צְבָעִים מֻותָּר וְהָא דְּתַנְיָא בַּמְּכִילְתָּא לֹא תַעֲשֶׂה לְךָ פֶסֶל וְכוּ' עַד לֹא יַעֲשֶׂה לוֹ גְּלוּפָה אֲבָל יַעֲשֶׂה לוֹ אֲטוּמָה תַּלְמוּד לוֹמַר וְכָל תְּמוּנָה וְכוּ' עַד אֲפִילּוּ בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף וְדָגִים וַחֲגָבִים וַאֲפִילּוּ הַבּוֹבִים וַאֲפִילּוּ הַסּוֹרְזִירִים כו' נִרְאֶה לִי דְּהָכִי פֵּירוּשׁוֹ גְּלוּפָה הַייְנוּ צוּרָה בּוֹלֶטֶת אֲטוּמָה צוּרָה שׁוֹקַעַת וַאֲשֶׁר בַּמַּיִם מִתַּחַת לָאָרֶץ לְהָבִיא אֶת הַבּוּבְיָא פִּי' שֶׁעוֹשֶׂה צוּרָה וְחוֹקֵק דְּמוּת בָּבוּאָה שֶׁבַּמַּיִם דסד"א דַּוְקָא אֲשֶׁר בַּשָּׁמַיִם מִמַּעַל וַאֲשֶׁר בָּאָרֶץ מִתַּחַת לָרָקִיעַ אֲבָל צוּרַת דְּמוּת בָּבוּאָה שֶׁבַּמַּיִם לֹא תַּלְמוּד לוֹמַר וַאֲשֶׁר בַּמַּיִם וְיֵשׁ אוֹמְרִים לְהָבִיא הַסּוֹרְזִירִים נִרְאֶה שֶׁהוּא מִין שֵׁד שֶׁבְּמַיִם שֶׁקּוֹרִין נֵינַס' בִּלְשׁוֹן אַשְׁכְּנַז וְכָל אֵילּוּ אֵינָן אֲסוּרִין לַעֲשׂוֹתָם אֶלָּא פַּרְצוּפִים חִקּוּקִין אֲבָל לֹא מִמִּין הַצְּבָעִים כְּמוֹ שֶׁהוֹכַחְתִּי אָמְנָם עַל כִּסֵּא שְׁלֹמֹה אֲנִי תָּמֵיהַּ דִּכְתִיב וּשְׁנַיִם אֲרָיוֹת עֹומְדִים אֵצֶל הַיָּדוֹת וּשְׁנַיִם עָשָׂר אֲרָיִים וְגוֹ' (מְלָכִים א י׳:י״ט-כ׳) וְאֵין לוֹמַר דְּעַל פִּי הַדִּיבּוּר הֲוָה כְּדִכְתִיב וַיֵּשֶׁב שְׁלֹמֹה עַל כִּסֵּא ה' לְמֶלֶךְ (דִּבְרֵי הַיָּמִים א כ״ט:כ״ג) שֶׁהֲרֵי אֵין נָבִיא רַשַּׁאי לְחַדֵּשׁ דָּבָר מֵעַתָּה וְאִיכָּא לְמֵימַר בְּהָא מִיגַּדְּרָא מִילְּתָא שָׁאנֵי כְּמוֹ אֵלִיָּהוּ בְּהַר הַכַּרְמֶל וְשֶׁמָּא בְּהָא מִילְּתָא נָמֵי אִיכָּא לְמִיגְדַּר מִילְּתָא שֶׁכְּשֶׁהָיוּ עֵדִים בָּאִים לְהָעִיד בְּפָנָיו הָיוּ אֲרָיוֹת שׁוֹאֲגִים וְנוֹהֲמִים כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ בַּמִּדְרָשׁ וּמִתּוֹךְ כָּךְ הָיוּ מִתְפַּחֲדִים לְהָעִיד עֵדוּת שֶׁקֶר אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר אֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ וַחֲשָׁדָא לֵיכָּא דְּרַבִּים שְׁכִיחִי גַּבֵּיהּ כִּדְאָמַר גַּבֵּי ר"ג וּמַה שֶׁעָשׂוּ בְּכָותְלֵי הֵיכָל וְקָדְשֵׁי קָדָשִׁים צִיּוּרִים חֲקוּקִים בַּכֹּותֶל סָבִיב פְּנֵי הַכְּפִיר אֶל הַתִּימוֹרָה מַפָּה וּפְנֵי אַרְיֵה אֶל הַתִּימוֹרָה מִפֹּה יֵשׁ לוֹמַר עַל פִּי הַדִּיבּוּר הַכֹּל בִּכְתָב (דִּבְרֵי הַיָּמִים א כ״ח:י״ט) אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר דְּלָא שַׁייָּךְ לֹא תַעֲשֶׂה לְךָ פֶסֶל אֶלָּא בְּתָלוּשׁ אֲבָל עַל הַכֹּותֶל בִּמְחֻובָּר לֹא דְּאֵינוֹ אֶלָּא לְנוֹי בְּעָלְמָא וּבָטֵל לְגַבֵּי הַכֹּותֶל ואע"ג שֶׁאֲנִי מְדַמֶּה לֹא הָיִיתִי עוֹשֶׂה מַעֲשֶׂה כְּמוֹ זֶה הַתֵּירוּץ הָאַחֲרוֹן וְעוֹד נִרְאֶה לִי דִּלְפִי סֻוגְייַת פֶּרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מג:) מוּכָח דְּכָל מִינֵי פַּרְצוּפִין מֻותָּר לַעֲשׂוֹת אֲפִילּוּ חִקּוּקִין וְחוֹתָמָהּ בּוֹלֵט חוּץ מִפַּרְצוּף אָדָם לְחוּדֵיהּ אוֹ דְּמוּת אַרְבָּעָה פַּרְצוּפִין בַּהֲדֵי הֲדָדֵי שֶׁבְּכִסֵּא הַכָּבוֹד אָדָם אַרְיֵה שׁוֹר נֶשֶׁר וּדְמוּת שַׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן וְשֶׁבַּמָּדוֹר הַתַּחְתּוֹן וְתַשְׁמִישֵׁי מִקְדָּשׁ לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתוֹ בַּיִת תַּבְנִית הֵיכָל אַכְסַדְרָה תַּבְנִית אוּלָם כְּמִדָּתָן בְּאָרְכּוֹ וְרָחְבּוֹ שֻׁולְחָן תַּבְנִית שֻׁולְחַן מְנוֹרָה תַּבְנִית מְנוֹרָה אֲבָל מִילֵּי אַחֲרִינֵי שָׁרִי תֵּדַע דְּאָמַר אַבַּיֵּי הָתָם לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא שַׁמָּשִׁין שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתָן וַהֲדַר אָמַר אַבַּיֵּי לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא דְּמוּת אַרְבָּעָה פָּנִים בַּהֲדֵי הֲדָדֵי וַהֲדַר אָמַר אַבַּיֵּי לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא שַׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן וּפָרִיךְ וְשֶׁבַּמָּדוֹר הַתַּחְתּוֹן מִי שְׁרֵי וְהָתַנְיָא אֲשֶׁר בַּשָּׁמַיִם (שְׁמוֹת כ׳:ד׳) לְרַבּוֹת חַמָּה וּלְבָנָה כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת מִמַּעַל לְרַבּוֹת מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת וּמְשַׁנֵּי כִּי תַּנְיָא הָהִיא לְעָובְדָם וּפָרִיךְ לְעָבְדָם אֲפִילּוּ שִׁלְשׁוּל קָטָן נָמֵי וּמְשַׁנֵּי אִין הָכִי נָמֵי וּמִסֵּיפָא דִּקְרָא נָפְקָא אֲשֶׁר בָּאָרֶץ לְרַבּוֹת יַמִּים וּנְהָרוֹת הָרִים וּגְבָעוֹת מִתַּחַת לְרַבּוֹת שִׁלְשׁוּל קָטָן וּפָרִיךְ וַעֲשִׂיָּיה גְּרֵידְתָּא מִי שְׁרֵי וְהָתַנְיָא לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי לֹא תַּעֲשׂוּן כִּדְמוּת שַׁמָּשַׁיי הַמְשַׁמְּשִׁין לִפְנֵי כּוּ' וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל דַּאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ וְכוּ' וְהַשְׁתָּא מִדְּלָא קָאָמַר אֶלָּא כְּכָל הָנָךְ שִׁנּוּיֵי שְׁמַע מִינָּה דְּלָא הָדַר בֵּיהּ מִכָּל מַאי דְּשָׁנֵי מֵעִיקָּרָא וְלֹא מְסָרוֹ הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים וְשַׁמָּשִׁין שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ לָא אֲסִירִי אֶלָּא כְּמוֹתָן דַּוְקָא כְּמִדַּת אָרְכוּ וְרָחְבּוֹ דְּאִי לָאו הָכִי לֹא יוּכַל שׁוּם אָדָם לַעֲשׂוֹת בַּיִת וְשֻׁלְחָן וְכֵלִים לְפִי שֶׁהָיוּ בַּמִּקְדָּשׁ אֶלָּא וַדַּאי לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא כְּמוֹתָן מַמָּשׁ וְעוֹד כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתָן מִסְּתָמָא לֹא אָסְרָה אֶלָּא כַּיּוֹצֵא בָּהֶן אֲבָל שַׁמָּשִׁין שֶׁבָּרָקִיעַ שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתָן אָסְרָה תּוֹרָה לַעֲשׂוֹת דֻּוגְמָתָן ואע"פ שֶׁאֵינוֹ עוֹשֶׂה כְּמִדַּת אָרְכוּ וְרָחְבּוֹ לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר וְשַׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן כְּגוֹן חַיּוֹת שְׂרָפִים וְאוֹפַנִּים וּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אָסוּר אֲפִילּוּ הֵיכָא דַּאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ וַאֲפִילּוּ לֵיכָּא חֲשָׁדָא הֵיכָא דִּשְׁכִיחִי רַבִּים גַּבֵּיהּ מִשּׁוּם דִּכְתִיב לֹא תַּעֲשׂוּן לֹא תַעֲשׂוּן תְּרֵי זִימְנֵי לִדְרָשָׁה לֹא תַעֲשׂוּן אָתֵי שַׁמָּשִׁין שֶׁאִתִּי דְּהַיְינוּ שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן לֹא תַעֲשׂוּן כְּלָל וּקְרֵי בֵּיהּ לֹא תַעֲשׂוּן אוֹתִי וּלְהָכִי פַּרְצוּף אָדָם לְחוּדֵיהּ אָסוּר וְאַרְבָּעָה פַּרְצוּפִין אָדָם אַרְיֵה שׁוֹר וְנֶשֶׁר אָסוּר וְלַעֲבֹור עָלָיו בִּשְׁתַּיִם מִשּׁוּם פַּרְצוּף אָדָם וּמִשּׁוּם אַרְבָּעָה פַּרְצוּפִין בַּהֲדֵי הֲדָדֵי דְּהַיְינוּ דְּמוּת הַחַיּוֹת וְלֹא תַּעֲשׂוּ לָכֶם אִיצְטְרִיךְ לַשַּׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הַתַּחְתּוֹן כְּגוֹן חַמָּה וּלְבָנָה כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת וְדַוְקָא לָכֶם לְעַצְמְכֶם אֲבָל אֲחֵרִים עוֹשִׂין לָכֶם אִי נָמֵי דָּרְשִׁינַן אִיפְּכָא כִּי מִן הַשָּׁמַיִם דִּבַּרְתִּי עִמָּכֶם וּסְמִיךְ לֵיהּ לֹא תַעֲשׂוּן דְּהַייְנוּ כֹּל שֶׁמִּן הַשָּׁמַיִם לֹא תַעֲשׂוּן דְּהַיְינוּ אֲפִילּוּ שַׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הַתַּחְתּוֹן וְדַוְקָא אַתֶּם לֹא תַעֲשׂוּן אֲבָל אֲחֵרִים עוֹשִׂין לָכֶם וְאֶת אֱ-לֹהֵי כֶסֶף וֵא-לֹהֵי זָהָב לֹא תַעֲשׂוּ לָכֶם נִדְרוֹשׁ לַשַּׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן לֶאֱסֹור אֲפִילּוּ כְּשֶׁאֲחֵרִים עוֹשִׂין לָכֶם דְּמַשְׁמַע לָכֶם לֹא יִמָּצֵא לָכֶם וְכִי הַאי גַּווְנָא דָּרֵישׁ בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים בְּפָרָשַׁת קְדוֹשִׁים תִּהְיוּ אֱ-לֹהֵי מַסֵּכָה לֹא תַּעֲשׂוּ יָכוֹל יַעֲשׂוּ אֲחֵרִים תַּלְמוּד לוֹמַר לָכֶם וְהָא דְּתַנְיָא אֲשֶׁר בַּשָּׁמַיִם לְרַבּוֹת חַמָּה וּלְבָנָה כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת מִמַּעַל לְרַבּוֹת מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת וּמוּקֵי לָהּ לְעָובְדָם הַיְינוּ אֲפִילּוּ כְּשֶׁאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ לְעָובְדָם לַעֲבֹור עֲלֵיהֶם מִשְּׁעַת עֲשִׂיָּה ואע"ג דְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת עוֹבֵר בְּלֹא תָּעָבְדֵם אֲפִילּוּ כְּשֶׁאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ (דְּהַייְנוּ פַּרְצוּף אָדָם) יֵשׁ לוֹמַר לַעֲבֹור עָלָיו בִּשְׁתַּיִם אִי נָמֵי אֲפִילּוּ אִם הוּא שֶׁל פְּרָקִים דְּמִשּׁוּם עֲשִׂייָּה לְחוּדָהּ לֹא עָבַר כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מג:) מִכָּל מָקוֹם כִּי עֲבִיד לְהוּ לְעָובְדָם חַיָּיב:
"Des keroubim de figure". On m'a interrogé au sujet de ceux qui dessinent dans les mahzorim des figures d'animaux et d'oiseaux : font-ils bien ou non ? Et j'ai répondu : il me semble qu'assurément ils ne font pas bien, car à force de regarder ces figures on ne dirige pas son cœur vers son Père qui est aux cieux. Toutefois il n'y a là aucun interdit de "tu ne te feras pas d'image taillée, etc." (Chemot 20,4), car nous concluons au chapitre Kol ha-tselamim (Avoda Zara 43b) que Rabban Gamliel faisait exception parce que d'autres les avaient faites pour lui ; et même le soupçon (hachada) n'existe pas dans le cas de dessins qui ne sont que des sortes de couleurs, sans aucune matérialité -- car on ne craint le soupçon que pour un sceau en relief, non pour un sceau en creux, et à plus forte raison pour une chose comme celle-ci, qui n'est ni en creux ni en relief mais seulement une sorte de couleur. Et il me semble que même un Juif a le droit de tracer des figures avec des couleurs, et qu'il n'y a en cela rien de "tu ne te feras pas d'image taillée", car [la Torah] n'a interdit qu'un visage complet gravé dans le bois ; mais avec des couleurs c'est permis, comme il est dit au chapitre Hezkat ha-batim (Baba Batra 54a) : "celui qui trace une figure dans les biens d'un converti [décédé sans héritier] les acquiert" -- car Rav n'acquit le jardin de la maison d'étude que par une figure (tsourta). Rabbenou Chemouel y a objecté : n'as-tu pas dit que par un enduit peint (kiyour) il n'acquiert que si c'est une coudée en face de l'ouverture ? Et il a répondu : là-bas il ne s'agit pas d'une figure d'être vivant mais de simples ornements, motifs et fleurs, tandis qu'une figure d'animal ou d'oiseau est importante et ne requiert pas une coudée en face de l'ouverture. Il en ressort que Rav traçait une figure d'animal et d'oiseau -- preuve certaine qu'avec des couleurs c'est permis. Quant à ce qui est enseigné dans la Mekhilta : "'tu ne te feras pas d'image taillée', etc., jusqu'à : qu'il ne s'en fasse pas de gravée, mais qu'il s'en fasse une pleine ? Le verset dit 'ni aucune forme', etc., jusqu'à : même bête, animal, oiseau, poissons et sauterelles, et même les bouviim et même les sourzirim", etc. -- il me semble que voici son explication : "gravée" (gloufa) désigne une figure en relief, "pleine" (atouma) une figure en creux ; et "ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre" vient inclure la bouvia, c'est-à-dire celui qui fait une figure et grave la forme d'un reflet qui est dans l'eau -- car on aurait pu penser que seuls sont visés "ce qui est dans les cieux en haut" et "ce qui est sur la terre en bas", sous le firmament, mais non la forme d'un reflet dans l'eau ; le verset dit donc "et ce qui est dans les eaux". Et certains disent que cela vient inclure les sourzirim : il semble que ce soit une espèce de démon des eaux, qu'on appelle nines en langue allemande. Et toutes ces figures ne sont interdites à faire que sous forme de visages gravés, mais non avec des espèces de couleurs, comme je l'ai démontré. Cependant, au sujet du trône de Chelomo je m'étonne, car il est écrit : "et deux lions se tenaient auprès des accoudoirs", et "douze lions", etc. (Melakhim I 10,19-20). On ne peut pas dire que ce fut sur ordre prophétique (al pi ha-dibour), selon "Et Chelomo s'assit sur le trône de Hachem comme roi" (Divrei ha-yamim I 29,23), car un prophète n'a pas le droit d'innover quoi que ce soit désormais. Mais on peut dire qu'il en va autrement lorsqu'il s'agit d'une mesure de sauvegarde (migdar milta), comme pour Eliyahou au mont Carmel ; et peut-être y avait-il ici aussi une mesure de sauvegarde, car lorsque des témoins venaient témoigner devant lui, les lions rugissaient et grondaient, comme il se trouve dans le midrach, et de ce fait ils craignaient de porter un faux témoignage. Ou bien l'on peut dire que d'autres les firent pour lui, et qu'il n'y a pas de soupçon, car beaucoup de gens se trouvaient auprès de lui, comme il est dit à propos de Rabban Gamliel. Et quant aux dessins gravés qu'on fit dans les parois du Hekhal et du Saint des saints tout autour -- "la face du jeune lion vers le palmier d'un côté, et la face du lion vers le palmier de l'autre" -- on peut dire que ce fut sur ordre prophétique : "le tout par écrit" (Divrei ha-yamim I 28,19). Ou bien l'on peut dire que "tu ne te feras pas d'image taillée" ne s'applique qu'à un objet détaché, mais non sur un mur, qui est attaché [au sol], car ce n'est là qu'un ornement et cela est annulé par rapport au mur. Et bien que je fasse cette comparaison, je n'agirais pas en pratique selon cette dernière réponse. Il me semble en outre que, selon la sougya du chapitre Kol ha-tselamim (Avoda Zara 43b), il est prouvé que toutes sortes de visages sont permis à faire, même gravés et en sceau en relief, à l'exception du seul visage humain, ou de la forme des quatre visages ensemble qui sont sur le trône de gloire -- homme, lion, bœuf, aigle --, et de la forme des serviteurs [célestes] qui sont dans la demeure supérieure et dans la demeure inférieure, ainsi que des ustensiles du Temple : faire une maison à la forme du Hekhal, un portique à la forme du Oulam, à leurs mesures en longueur et en largeur, une table à la forme de la table, un candélabre à la forme du candélabre ; mais les autres choses sont permises. Sache-le, car Abaye dit là-bas : la Torah n'a interdit que les serviteurs qu'il est possible de reproduire ; puis Abaye dit : la Torah n'a interdit que la forme des quatre faces ensemble ; puis Abaye dit : la Torah n'a interdit que les serviteurs de la demeure supérieure. Et l'on objecte : ceux de la demeure inférieure seraient-ils permis ? N'a-t-on pas enseigné : "ce qui est dans les cieux" (Chemot 20,4) vient inclure le soleil, la lune, les étoiles et les constellations ; "en haut" vient inclure les anges de service ? Et l'on répond : cet enseignement vise le fait de les servir. On objecte : pour les servir, même un petit ver [serait interdit] ! Et l'on répond : en effet, et cela se déduit de la fin du verset : "ce qui est sur la terre" vient inclure les mers et les fleuves, les montagnes et les collines ; "en bas" vient inclure le petit ver. Et l'on objecte : la simple fabrication serait-elle permise ? N'a-t-on pas enseigné : "vous ne ferez pas avec Moi" -- vous ne ferez pas à la forme de Mes serviteurs qui servent devant Moi, etc. ? Et l'on répond : Rabban Gamliel fait exception parce que d'autres les avaient faites pour lui, etc. Or, puisqu'on ne donne que toutes ces réponses-là, il faut en conclure qu'on ne s'est rétracté d'aucune des réponses données auparavant, et que [l'Écriture] ne l'a transmis qu'aux Sages. Les serviteurs du Temple ne sont interdits qu'exactement à leur mesure, à la mesure de leur longueur et de leur largeur ; car sinon, personne ne pourrait faire une maison, une table et des ustensiles semblables à ceux du Temple. Il faut donc dire assurément que la Torah n'a interdit que ce qui leur est exactement identique ; et de plus, puisqu'il est possible de les reproduire, il est vraisemblable qu'elle n'a interdit que ce qui leur ressemble. Mais les serviteurs du firmament, qu'il est impossible de reproduire, la Torah a interdit d'en faire l'équivalent, même sans respecter la mesure de leur longueur et de leur largeur, puisque c'est impossible. Et les serviteurs de la demeure supérieure, tels que les hayot, les serafim, les ofanim et les anges de service, sont interdits même lorsque d'autres les ont faits pour lui, et même là où il n'y a pas de soupçon parce que beaucoup de gens se trouvent auprès de lui, parce qu'il est écrit "vous ne ferez pas" -- "vous ne ferez pas" deux fois, pour la deracha : "vous ne ferez pas avec Moi", c'est-à-dire les serviteurs qui sont avec Moi, ceux de la demeure supérieure, vous ne les ferez pas du tout, et l'on peut y lire "vous ne Me ferez pas". C'est pourquoi le visage humain seul est interdit, et les quatre visages -- homme, lion, bœuf et aigle -- sont interdits, et l'on transgresse à deux titres : au titre du visage humain et au titre des quatre visages ensemble, qui sont la forme des hayot. Et "vous ne vous ferez pas" était nécessaire pour les serviteurs de la demeure inférieure, tels que le soleil, la lune, les étoiles et les constellations -- et précisément "pour vous", pour vous-mêmes, mais d'autres peuvent en faire pour vous. Ou bien nous exposons à l'inverse : "car c'est depuis les cieux que J'ai parlé avec vous", et à côté "vous ne ferez pas" -- c'est-à-dire : tout ce qui vient des cieux, vous ne le ferez pas, même les serviteurs de la demeure inférieure ; et précisément vous, vous ne ferez pas, mais d'autres peuvent en faire pour vous. Et "des dieux d'argent et des dieux d'or vous ne vous ferez pas", nous l'exposerons des serviteurs de la demeure supérieure, pour interdire même lorsque d'autres les font pour vous, car "pour vous" implique : qu'il ne s'en trouve pas chez vous. C'est de cette manière que l'on expose dans le Torat Kohanim, dans la section Kedochim tihyou : "'des dieux de métal fondu vous ne ferez pas' -- pourrait-on croire que d'autres en fassent ? Le verset dit : 'pour vous'." Et ce qui a été enseigné -- "'ce qui est dans les cieux' vient inclure le soleil, la lune, les étoiles et les constellations ; 'en haut' vient inclure les anges de service" --, et qu'on établit à propos du fait de les servir, c'est même lorsque d'autres les ont faits pour lui : les servir, [ou même] transgresser à leur sujet des le moment de la fabrication. Et bien qu'au sujet des anges de service on transgresse "tu ne les serviras pas" même lorsque d'autres les ont faits pour lui (c'est-à-dire le visage humain), on peut dire : pour transgresser à deux titres. Ou bien même s'il est en pièces détachées, auquel cas pour la seule fabrication il ne transgresse pas, comme il est dit au chapitre Kol ha-tselamim (Avoda Zara 43b) -- quoi qu'il en soit, lorsqu'il les fait pour les servir, il est passible.
💡 Explication

Seconde solution, symétrique de la première : on garde le second Temple (donc la parokhet est bien réelle) et on change de keroubim. Ce ne sont pas ceux, en or massif, posés sur le couvercle de l'Aron -- disparus avec lui -- mais des keroubim de-tsourta : des figures peintes ou gravées sur les parois du Temple.

C'est sur ce mot que se greffe le long Tossefot de l'amoud, l'un des plus cités de tout le Talmud sur la question des images : peut-on dessiner des figures, dans un mahzor par exemple, sans transgresser "tu ne te feras pas d'image taillée" ?

18
וּכְתִיב: ״כְּמַעַר אִישׁ וּלְוִיּוֹת״. מַאי ״כְּמַעַר אִישׁ וּלְוִיּוֹת״? אָמַר רַבָּה בַּר רַב שִׁילָא:

Et il est écrit : "ke-maar ich ve-loyot" (Melakhim I 7,36). Que signifie "ke-maar ich ve-loyot" ?

Rabba bar Rav Chila dit :

💡 Explication

L'amoud se termine sur une amorce. Le verset décrit les ornements des socles du Temple, mais l'expression ke-maar ich ve-loyot est obscure -- littéralement quelque chose comme "à la manière d'un homme et de guirlandes".

La réponse de Rabba bar Rav Chila, qui ramènera l'image à celle de l'étreinte des keroubim, se lit au début de 54b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).