Sougya : La sougya s'ouvre sur la fin de la réponse à la question du daf précédent (ke-matslif, comme celui qui fouette) et sur une baraita qui précise le geste : le cohen gadol n'asperge jamais SUR le couvercle de l'arche mais face à son épaisseur, en retournant sa main vers le bas pour l'aspersion du haut et vers le haut pour celles du bas. D'où cela vient-il, alors que le verset dit expressément "sur le kapporet" ?
Rav Aha bar Yaakov, au nom de Rabbi Zeira, montre qu'un mot du verset est de trop et devient donc libre pour un rapprochement (hekech) : reste à savoir lequel, car les deux lectures possibles donnent des résultats opposés -- le sang touche ou ne touche pas. Le débat est tranché par l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov, dont le binyan av sur le mot "penei" (= le côté est) confisque le mot que la lecture adverse voulait déclarer superflu.
Une longue baraita reconstruit ensuite le nombre des aspersions : les deux cases vides du tableau (combien en bas pour le bouc, combien en haut pour le taureau) sont comblées par les mots "comme il a fait", qui exigent que toutes les opérations soient identiques -- une en haut, sept en bas, de part et d'autre. L'amoud se termine sur le décompte à voix haute (Rabbi Meir et Rabbi Yehouda ne divergent que par l'usage de leur ville), sur les deux raisons de renommer la première aspersion à chaque fois (Rabbi Elazar : ne pas se tromper ; Rabbi Yo'hanan : le verset l'exige), puis sur les supports d'or de la michna, qui ouvrent la question parallèle des troncs du Temple pour les nids d'obligation.
Comme celui qui fouette. — Un Tana a enseigné : lorsqu'il asperge, il n'asperge pas sur le kapporet (le couvercle de l'arche), mais face à l'épaisseur du kapporet. Lorsqu'il asperge vers le haut, il retourne sa main vers le bas ; et lorsqu'il asperge vers le bas, il retourne sa main vers le haut.
Les premiers mots closent la sougya de 54b : la michna disait que le cohen gadol aspergeait ke-matslif, et la guemara répondait ke-mangdana — à la manière de celui qui frappe avec une lanière, dont le coup part de la hauteur des épaules et descend en un seul mouvement.
La baraita ajoute deux précisions techniques décisives. D'abord la cible : malgré le mot al (sur) du verset, on ne vise jamais la face supérieure du couvercle mais kenegged ovyah, face à sa tranche — le sang ne touche donc pas le kapporet et retombe à terre. Ensuite le geste : le poignet se retourne (metsaded yado) selon le sens, dos de la main vers le bas pour projeter vers le haut, et l'inverse pour les sept du bas.
Toute la suite de l'amoud repose sur la question que cette baraita laisse ouverte : d'où tire-t-on que le sang ne touche pas, alors que le verset dit "sur" ?
D'où ces choses (sont-elles tirées) ? Rav Aha bar Yaakov a dit au nom de Rabbi Zeira : le verset dit "et il en aspergera sur le kapporet et devant le kapporet" (Vayikra 16,15).
Que le verset ne dise pas "en bas" pour le bouc, car ce n'est pas nécessaire : on l'apprend déjà du "en bas" du taureau ;
La question porte précisément sur les deux aspersions du haut — celle du taureau et celle du bouc — dont le verset dit qu'elles se font "sur le kapporet". D'où sait-on qu'elles ne touchent pas réellement sa face supérieure ?
La réponse repose sur un principe d'exégèse : un mot que l'on pouvait déduire autrement est un mot mouvfne (libre), et un mot libre n'est pas là pour rien — il sert à opérer un hekech, un rapprochement entre deux expressions du verset.
Ici, le "devant le kapporet" du bouc semble superflu : puisque le verset déclare déjà que l'on fait du sang du bouc "comme on a fait" du sang du taureau, on aurait de toute façon appris de là que le bas du bouc se fait comme le bas du taureau. Comme le détaille Rachi, le "en haut" du bouc, lui, était bien nécessaire : il précise le nombre (oto, une seule), la où le verset du taureau ne le précisait pas.
Pourquoi donc est-il dit ? Pour rapprocher le "sur" du "devant" : de même que "devant" ne signifie pas dessus, de même "sur" ne signifie pas dessus.
Voici le rendement du mot libre. Le "devant le kapporet" du bouc étant superflu, il vient rapprocher les deux expressions du même verset : al (sur) et lifnei (devant).
Or "devant le kapporet" désigne manifestement un point qui n'est pas sur le couvercle — Rachi précise que lifnei évoque le sol, devant l'arche. Le rapprochement transporte donc cette propriété sur le mot al : lui non plus n'implique pas le contact. Il ne garde du mot "sur" que l'orientation du geste — la main retournée vers le bas pour projeter vers le haut.
Au contraire ! Que le verset ne dise pas "en haut" pour le taureau, car ce n'est pas nécessaire : on l'apprend du "en haut" du bouc.
Pourquoi donc est-il dit ? Pour rapprocher le "devant" du "sur" : de même que "sur" signifie véritablement dessus, de même "devant" signifie véritablement dessus !
L'objection retourne exactement le même mécanisme. Si l'on cherche un mot superflu, pourquoi choisir celui du bouc ? Le "sur les faces du kapporet" du taureau est tout aussi déductible : puisque les deux rites sont assimilés, le haut du taureau s'apprendrait du haut du bouc, où le nombre est écrit.
Et si c'est ce mot-là qui est libre, le rapprochement joue en sens inverse : c'est le "devant" qui reçoit la propriété du "sur". Le sang toucherait alors réellement la tranche du couvercle — et la baraita du début serait réfutée.
La sougya est donc devant deux lectures symétriques qui donnent des halakhot opposées. Il faut un critère extérieur pour départager : c'est l'objet du segment suivant.
Qu'est-ce que cela ?! Admettons que tu dises : le "en bas" du bouc sert au rapprochement — alors le "en haut" du taureau est nécessaire pour ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov.
Car l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov a enseigné : "sur les faces (penei) du kapporet, vers l'orient" (Vayikra 16,14) — ceci fonde un principe général (binyan av) : partout où il est dit "penei", il ne s'agit que du côté est. Mais si tu dis que le "en haut" du taureau sert au rapprochement — à quoi vient alors le "en bas" du bouc ?
L'arbitrage est asymétrique, et c'est ce qui le rend décisif. Un mot n'est "libre" que s'il n'a strictement rien d'autre à faire dans le verset.
Or le "en haut" du taureau travaille déjà : l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov y lit, grâce à l'apposition al penei ... kedma, un binyan av valable pour toute la Tora — le mot penei désigne partout le côté est. Ce mot n'est donc pas disponible pour un hekech.
Symétriquement, si l'on adoptait la lecture adverse, le "en bas" du bouc resterait sans aucun emploi : ni pour le nombre (déjà acquis), ni pour un rapprochement (déjà pris). Un mot de la Tora sans emploi est impossible. La première lecture s'impose donc : le sang n'atteint jamais le kapporet.
Nos maîtres ont enseigné : "et il en aspergera sur le kapporet et devant le kapporet" — nous avons ainsi appris combien d'aspersions vers le haut pour le bouc : une. Mais vers le bas pour le bouc, je ne sais pas combien !
Nouvelle unité : une longue baraita qui ne porte plus sur le contact mais sur le nombre.
Le tableau des données est incomplet. Pour le taureau (Vayikra 16,14), le verset écrit explicitement "sept fois" pour le bas, mais rien pour le haut. Pour le bouc (16,15), le mot oto indique une seule aspersion vers le haut, mais rien n'est dit du bas.
Deux cases vides, donc : combien en bas pour le bouc, et combien en haut pour le taureau. La baraita va les traiter l'une après l'autre, exactement de la même façon.
Je vais donc raisonner : il est dit du sang vers le bas pour le taureau, et il est dit du sang vers le bas pour le bouc. De même que le bas du taureau, c'est sept, de même le bas du bouc, c'est sept.
Premier binyan av, fondé sur la direction : les deux versets emploient le même registre — du sang projeté vers le bas. Le nombre connu (sept, pour le taureau) est transporté vers la case vide (le bas du bouc).
Ou bien va donc par cette voie : il est dit du sang vers le haut pour le bouc, et il est dit du sang vers le bas pour le bouc. De même que le haut du bouc, c'est une, de même le bas du bouc, ce serait une ? — Voyons à quoi cela ressemble le plus : on déduit un "bas" d'un "bas", et l'on ne déduit pas un "bas" d'un "haut".
Contre-proposition fondée non plus sur la direction mais sur le sujet : restons dans le bouc, dont le haut vaut une — donc son bas aussi vaudrait une.
La baraita arbitre d'abord par la ressemblance formelle (nir'eh le-mi domeh) : la parenté de direction l'emporte, dan mata mi-mata. Mais cet arbitrage sera aussitôt contesté.
Au contraire : on déduit une chose d'elle-même, et l'on ne déduit pas une chose de l'extérieur ! — Le verset dit donc : "et il fera de son sang comme il a fait pour le sang du taureau". Le verset n'avait pas besoin de dire "comme il a fait" ; que vient donc enseigner "comme il a fait" ?
Que toutes ses opérations soient semblables : de même que le bas du taureau, c'est sept, de même le bas du bouc, c'est sept.
Les deux principes s'annulent : dan mata mi-mata (la parenté de direction) contre dan goufo mi-goufo (la parenté de sujet). Aucun n'est plus fort que l'autre, la déduction est bloquée.
C'est alors le verset qui tranche, et par un mot en trop. "Comme il a fait pour le sang du taureau" est inutile — Rachi le souligne : tout le rite du bouc est de toute façon redit en toutes lettres ("et il aspergera", "sur", "devant"). S'il est écrit malgré tout, c'est pour poser une exigence globale : che-yihyou kol assiyotav chavot, que toutes les opérations soient identiques jusque dans le détail.
Le bas du bouc vaut donc sept, comme celui du taureau.
Nous avons ainsi appris combien vers le bas, pour le taureau et pour le bouc : sept. Mais vers le haut pour le taureau, je ne sais pas combien.
Je vais donc raisonner : il est dit du sang vers le haut pour le bouc, et il est dit du sang vers le haut pour le taureau. De même que le haut du bouc, c'est une, de même le haut du taureau, c'est une.
Seconde case vide, traitée selon le même scénario exactement. Le premier binyan av est de nouveau celui de la direction : un haut s'apprend d'un haut, donc une seule aspersion pour le taureau comme pour le bouc.
Ou bien va par cette voie : il est dit du sang vers le bas pour le taureau, et il est dit du sang vers le haut pour le taureau. De même que le bas du taureau, c'est sept, de même le haut du taureau, ce serait sept ! — Voyons à quoi cela ressemble : on déduit un "haut" d'un "haut", et l'on ne déduit pas un "haut" d'un "bas" !
Et de nouveau la contre-proposition par le sujet : restons dans le taureau, dont le bas vaut sept. Puis le même arbitrage formel, dan maala mi-maala.
Au contraire : on déduit une chose d'elle-même, et l'on ne déduit pas une chose de l'extérieur ! — Le verset dit donc : "et il fera de son sang comme il a fait". Le verset n'avait pas besoin de dire "comme il a fait" ; que vient donc enseigner "comme il a fait" ?
Que toutes ses opérations soient semblables : de même que le bas du taureau, c'est sept, de même le bas du bouc, c'est sept ; et de même que le haut du bouc, c'est une, de même le haut du taureau, c'est une.
Même blocage, même dénouement : le mot superflu ka-acher asa impose l'identité intégrale des deux services. La baraita récapitule alors les deux résultats d'un seul tenant.
Le tableau est désormais complet et parfaitement symétrique : une aspersion vers le haut et sept vers le bas, pour le taureau comme pour le bouc — huit de chaque côté. C'est ce total que la michna fait ensuite compter à voix haute.
"Une ; une et une ; une et deux." — Nos maîtres ont enseigné : une ; une et une ; une et deux ; une et trois ; une et quatre ; une et cinq ; une et six ; une et sept — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : une ; une et une ; deux et une ; trois et une ; quatre et une ; cinq et une ; six et une ; sept et une.
Retour à la michna, qui citait la formule de comptage du cohen gadol. La baraita en donne deux versions qui diffèrent par l'ordre des mots : chez Rabbi Meir la première aspersion est nommée en tête, chez Rabbi Yehouda en queue.
Le fond est identique dans les deux cas : une en haut, puis sept en bas, et la première est toujours rappelée à chaque énoncé.
Et ils ne divergent pas : chacun selon l'usage de son lieu.
La guemara désamorce le désaccord apparent : mar ki atreh ou-mar ki atreh. Ce n'est pas une controverse halakhique mais une différence d'usage linguistique local.
Rachi l'illustre par la façon de dire les nombres composés : dans la ville de Rabbi Meir on dit "vingt et un", "vingt-deux" — le nombre général d'abord ; dans celle de Rabbi Yehouda on dit "deux et vingt", "trois et vingt" — le détail d'abord.
En tout cas, pour tous, la première aspersion doit être comptée avec chacune des suivantes. Quelle en est la raison ?
Rabbi Elazar a dit : afin qu'il ne se trompe pas dans les aspersions.
Ce que les deux formules ont en commun est plus important que ce qui les sépare : dans les deux cas, l'aspersion du haut est renommée à chaque fois. Pourquoi ne pas compter simplement les sept du bas ?
Première réponse, pragmatique : sans ce rappel, le cohen gadol pourrait croire que son compte englobe déjà celle du haut et en ajouter une de trop. Rachi ajoute une dimension de rythme : la formule plus longue lui ménage un temps d'arrêt entre deux jets, le temps d'appliquer son cœur au compte.
Rabbi Yo'hanan a dit : le verset dit "et devant le kapporet il aspergera" — le verset n'avait pas besoin de dire "il aspergera" ; que vient donc enseigner "il aspergera" ? Cela enseigne, au sujet de la première aspersion, qu'elle doit être comptée avec chacune des suivantes.
Seconde réponse, d'un tout autre ordre : le comptage n'est pas un garde-fou mais une exigence du verset. Le mot yazeh de Vayikra 16,14 est redondant — la phrase se comprenait sans lui — et cette redondance impose de rattacher la première aspersion à chaque énoncé ultérieur.
Rachi tire la conséquence lourde : le service de Yom Kippour est régi par le mot houka, ce qui rend cette exigence le-ikouva — son omission n'est pas une simple imperfection, elle compromet la validité.
Quelle différence y a-t-il entre eux ? La différence entre eux porte sur le cas où il n'a pas compté et ne s'est pas trompé.
La nafka mina isole exactement le point de divergence. Imaginons un cohen gadol qui aurait compté sans rappeler la première, et qui pourtant serait arrivé au bon nombre.
Pour Rabbi Elazar, le comptage n'était qu'un moyen d'éviter l'erreur : le but étant atteint, il n'y a rien à redire. Pour Rabbi Yo'hanan, le verset exigeait cette formule pour elle-même : elle a manqué, et avec le "houka" que rappelle Rachi, le service en est atteint.
"Il sortit et le posa sur le support d'or qui se trouvait dans le Heikhal." — Nous avons appris là-bas (michna Chekalim) : Rabbi Yehouda dit : il n'y avait pas de troncs (chofarot) pour les nids d'obligation, à cause des mélanges.
Nouvelle unité, greffée sur un détail de la michna : le cohen gadol dépose le vase du sang du taureau sur un support d'or, et plus tard celui du bouc sur un second support — mais selon Rabbi Yehouda il n'y avait qu'un seul support.
La guemara reconnaît la une signature de Rabbi Yehouda : la crainte que deux récipients voisins ne soient confondus. Elle va donc examiner une michna de Chekalim où il tient la même position à propos des chofarot, les troncs en forme de corne dans lesquels on déposait l'argent des offrandes au Temple.
Un ken est un couple d'oiseaux. Pour un ken hova (nid d'obligation), l'un est offert en hatat et l'autre en ola ; pour un ken nedava (don volontaire), les deux sont des olot.
Que signifie "à cause des mélanges" ? Rav Yossef a dit : à cause du mélange de l'obligation avec le don volontaire.
Abaye lui dit : faisons-en donc deux, et écrivons dessus lequel est celui de l'obligation et lequel celui du don volontaire ! — Rabbi Yehouda...
Rav Yossef précise le risque : non pas une confusion entre deux personnes, mais entre deux catégories d'offrande. Rachi l'explique : si l'on prend l'argent du mauvais tronc, on offrira en holocauste ce qui devait être hatat ou l'inverse — et l'offrande est passoul (invalide), car les deux rites ne sont pas identiques.
Les Tossefot complètent le tableau sur deux points : le mélange obligation contre obligation n'est pas à craindre, chacune pouvant nouer son argent à part dans le tronc — c'est ainsi que procèdent les Sages qui contestent Rabbi Yehouda ; et l'on ne peut pas inverser la solution (supprimer le tronc de la nedava plutôt que celui de la hova), car les dons volontaires sont nombreux et leur argent doit parfois attendre longtemps avant que l'autel soit libre.
L'objection d'Abaye est de simple bon sens : il suffirait d'étiqueter les deux troncs. La réponse de Rabbi Yehouda commence ici et se déploie sur 55b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).