Yoma 55a -- Une en haut, sept en bas : viser l'épaisseur du kapporet et compter les aspersions à voix haute

Yoma 55a

Sougya : La sougya s'ouvre sur la fin de la réponse à la question du daf précédent (ke-matslif, comme celui qui fouette) et sur une baraita qui précise le geste : le cohen gadol n'asperge jamais SUR le couvercle de l'arche mais face à son épaisseur, en retournant sa main vers le bas pour l'aspersion du haut et vers le haut pour celles du bas. D'où cela vient-il, alors que le verset dit expressément "sur le kapporet" ?

Rav Aha bar Yaakov, au nom de Rabbi Zeira, montre qu'un mot du verset est de trop et devient donc libre pour un rapprochement (hekech) : reste à savoir lequel, car les deux lectures possibles donnent des résultats opposés -- le sang touche ou ne touche pas. Le débat est tranché par l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov, dont le binyan av sur le mot "penei" (= le côté est) confisque le mot que la lecture adverse voulait déclarer superflu.

Une longue baraita reconstruit ensuite le nombre des aspersions : les deux cases vides du tableau (combien en bas pour le bouc, combien en haut pour le taureau) sont comblées par les mots "comme il a fait", qui exigent que toutes les opérations soient identiques -- une en haut, sept en bas, de part et d'autre. L'amoud se termine sur le décompte à voix haute (Rabbi Meir et Rabbi Yehouda ne divergent que par l'usage de leur ville), sur les deux raisons de renommer la première aspersion à chaque fois (Rabbi Elazar : ne pas se tromper ; Rabbi Yo'hanan : le verset l'exige), puis sur les supports d'or de la michna, qui ouvrent la question parallèle des troncs du Temple pour les nids d'obligation.

Le geste de l'aspersion dans le Saint des saints Où vise-t-on (jamais le couvercle lui-même) et comment la main se retourne selon le sens. OÙ ? Face à l'épaisseur, jamais dessus Aron ha-berit kapporet (couvercle) PAS sur le toit (al gaga) kenegged ovyah face à l'épaisseur Le sang ne touche jamais le kapporet : il est projeté dans sa direction et retombe à terre (Rachi : koulan nofelot là-arets). COMMENT ? La main se retourne 1 fois VERS LE HAUT (le-maala) Il tourne le DOS de la main vers le bas (metsaded gav yado le-mata) et projette vers le haut. haut 7 fois VERS LE BAS (le-mata) Il tourne la main vers le haut, projette devant lui : chaque jet un peu plus bas que le précédent ; tous tombent à terre. bas ke-mangdana : comme celui qui fouette Rachi : comme le coup de lanière qui part de la hauteur des épaules et descend -- une seule détente du bras, du haut vers le bas. Le problème que toute la sougya va résoudre Le verset dit pourtant "AL ha-kapporet", SUR le couvercle. D'où sait-on que le sang ne le touche pas ?
Le geste : on vise l'épaisseur du kapporet, jamais sa face supérieure ; la main se retourne selon le sens de l'aspersion.
Quel mot est superflu ? Le duel des deux hekech Un mot inutile (moufne) devient libre pour un rapprochement. Reste à savoir lequel des deux l'est. EN HAUT (le-maala) EN BAS (le-mata) PAR taureau SAIR bouc al penei ha-kapporet kedma combien ? non précisé Lv 16,14 lifnei ha-kapporet yazeh CHEVA -- sept, explicite Lv 16,14 ve-hizah OTO al ha-kapporet UNE -- oto implique une Lv 16,15 ve-lifnei ha-kapporet combien ? non précisé Lv 16,15 Les deux rites sont déjà liés ve-asa et damo ka-acher asa le-dam ha-par Tout ce qui manque à l'un se lit dans l'autre. Donc l'un des deux mots "manquants" est de trop -- et un mot de trop est MOUFNE : libre pour un hekech. LECTURE A -- le BAS du bouc est superflu Il s'apprenait déjà du bas du taureau. Donc il rapproche le "al" du bouc de son "lifnei" : "lifnei" n'est pas dessus, donc "al" non plus. => aucune aspersion ne touche le kapporet. => la baraita du début est justifiée. LECTURE B -- le HAUT du taureau est superflu Il s'apprendrait du haut du bouc. Donc il rapproche le "lifnei" du taureau de son "al" : "al" est vraiment dessus, donc "lifnei" aussi. => le sang toucherait bien le couvercle. => la baraita serait réfutée. L'ARBITRAGE : le haut du taureau n'est PAS libre École de Rabbi Eliezer ben Yaakov : "al PENEI ha-kapporet KEDMA" fonde un binyan av pour toute la Tora -- partout où il est écrit "penei", il s'agit du côté EST. Ce mot travaille donc déjà ; la lecture B laisserait le bas du bouc sans emploi. Lecture A l'emporte.
Le coeur de la sougya : lequel des deux mots est superflu, donc libre pour un rapprochement ? L'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov tranche.
Comment la baraita comble les deux cases vides Deux fois le même scénario : un binyan av par le sens, un binyan av par le sujet, puis le verset tranche. Case 1 : le BAS du bouc Piste 1 -- bas du taureau (7) : on déduit un bas d'un bas. Piste 2 -- haut du bouc (1) : on déduit du même sujet. "dan mata mi-mata" contre "dan goufo mi-goufo" : impasse. Verdict du verset (ka-acher asa) : SEPT toutes ses opérations doivent être identiques. Case 2 : le HAUT du taureau Piste 1 -- haut du bouc (1) : on déduit un haut d'un haut. Piste 2 -- bas du taureau (7) : on déduit du même sujet. "dan maala mi-maala" contre "dan goufo mi-goufo" : impasse. Verdict du verset (ka-acher asa) : UNE le même mot tranche les deux cases à la fois. BILAN : huit aspersions dans chaque cas TAUREAU (par) 1 en haut + 7 en bas BOUC (sair) 1 en haut + 7 en bas Ce qui est explicite chez l'un comble ce qui manque chez l'autre : le "sept" est écrit pour le taureau, le "une" est écrit pour le bouc. Le verset "comme il a fait" transporte chacun vers l'autre. C'est ce total de huit que la michna fait compter à voix haute au cohen gadol.
La baraita comble les deux cases manquantes par le même mot du verset : une en haut, sept en bas, pour le taureau comme pour le bouc.
1
כִּמְנַגְּדָנָא. תַּנָּא, כְּשֶׁהוּא מִזֶּה — אֵינוֹ מַזֶּה עַל הַכַּפֹּורֶת, אֶלָּא כְּנֶגֶד עָובְיָהּ שֶׁל כַּפֹּורֶת. כְּשֶׁהוּא מִזֶּה לְמַעְלָה — מְצַדֵּד יָדוֹ לְמַטָּה. וּכְשֶׁהוּא מִזֶּה לְמַטָּה — מְצַדֵּד יָדוֹ לְמַעְלָה.

Comme celui qui fouette. — Un Tana a enseigné : lorsqu'il asperge, il n'asperge pas sur le kapporet (le couvercle de l'arche), mais face à l'épaisseur du kapporet. Lorsqu'il asperge vers le haut, il retourne sa main vers le bas ; et lorsqu'il asperge vers le bas, il retourne sa main vers le haut.

📜 Rachi (3)
כִּמְנַגְּדָנָא כְּמַכֶּה בָּרְצוּעָה שֶׁמַּתְחִיל מִן הַכַּתָּפִים וּמַכֶּה וְהוֹלֵךְ לְמַטָּה:
Comme celui qui frappe avec la lanière : il commence depuis les épaules et frappe en descendant.
אֵינוֹ מַזֶּה עַל הַכַּפֹּורֶת עַל גַּגָּהּ אֶלָּא כְּנֶגֶד עָובְיָהּ וְלֹא הָיוּ דָּמִים נוֹגְעִין בָּהּ:
Sur son toit (sa face supérieure) ; mais bien face à son épaisseur — et le sang ne la touchait pas.
כְּשֶׁהוּא מִזֶּה אַחַת לְמַעְלָה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי לְמַעְלָה וּכְשֶׁהוּא מִזֶּה הִשָּׁבַע לְמַטָּה מְצַדֵּד יָדוֹ לְמַעְלָה וּמִזֶּה לָמוּל פָּנָיו אַחַת גְּבוֹהָה וְאַחַת בְּנָמוּךְ הֵימֶנָּה וְכֻולָּן נוֹפְלוֹת לָאָרֶץ:
L'unique aspersion du haut : il retourne le dos de sa main vers le bas et asperge en direction du haut. Et lorsqu'il asperge les sept du bas, il retourne sa main vers le haut et asperge devant lui, une plus haute et une plus basse qu'elle — et toutes tombent à terre.
💡 Explication

Les premiers mots closent la sougya de 54b : la michna disait que le cohen gadol aspergeait ke-matslif, et la guemara répondait ke-mangdana — à la manière de celui qui frappe avec une lanière, dont le coup part de la hauteur des épaules et descend en un seul mouvement.

La baraita ajoute deux précisions techniques décisives. D'abord la cible : malgré le mot al (sur) du verset, on ne vise jamais la face supérieure du couvercle mais kenegged ovyah, face à sa tranche — le sang ne touche donc pas le kapporet et retombe à terre. Ensuite le geste : le poignet se retourne (metsaded yado) selon le sens, dos de la main vers le bas pour projeter vers le haut, et l'inverse pour les sept du bas.

Toute la suite de l'amoud repose sur la question que cette baraita laisse ouverte : d'où tire-t-on que le sang ne touche pas, alors que le verset dit "sur" ?

2
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, אָמַר רַבִּי זֵירָא, אֲמַר קְרָא: ״וְהִזָּה אֹותוֹ עַל הַכַּפֹּורֶת וְלִפְנֵי הַכַּפֹּורֶת״, לֹא יֹאמַר ״לְמַטָּה״ בְּשָׂעִיר, דְּלָא צָרִיךְ, דְּגָמַר מִמַּטָּה דְּפַר,

D'où ces choses (sont-elles tirées) ? Rav Aha bar Yaakov a dit au nom de Rabbi Zeira : le verset dit "et il en aspergera sur le kapporet et devant le kapporet" (Vayikra 16,15).

Que le verset ne dise pas "en bas" pour le bouc, car ce n'est pas nécessaire : on l'apprend déjà du "en bas" du taureau ;

📜 Rachi (2)
מְנָא הָנֵי מִילֵּי דְּאֵינוֹ מַזֶּה עַל הַכַּפֹּורֶת אוֹתָן שְׁתַּיִם אַחַת שֶׁל מַעְלָה בַּפָּר וְאַחַת שֶׁל מַעְלָה בְּשָׂעִיר עַל גַּג הַכַּפֹּורֶת מַמָּשׁ:
D'où sait-on qu'il n'asperge pas sur le kapporet — c'est-à-dire que ces deux aspersions, celle du haut pour le taureau et celle du haut pour le bouc, ne se font pas véritablement sur le toit du kapporet ?
לֹא יֹאמַר לְמַטָּה בְּשָׂעִיר לֹא יֹאמַר וְלִפְנֵי הַכַּפֹּורֶת דְּהַייְנוּ לְמַטָּה דְּשָׂעִיר דִּכְתִיב בֵּיהּ וְהִזָּה אֹותוֹ עַל הַכַּפֹּורֶת וְלִפְנֵי הַכַּפֹּורֶת דְּלָא צָרִיךְ דְּסוֹף סוֹף גָּמַר מִמַּטָּה דְּפַר שֶׁהֲרֵי לֹא פֵּירֵשׁ בּוֹ כַּמָּה הַזָּאוֹת וְיָלְפִינַן לֵיהּ לְקַמָּן מִמַּטָּה דְּפַר דִּכְתִיב בֵּיהּ וְלִפְנֵי הַכַּפֹּורֶת יַזֶּה שֶׁבַע פְּעָמִים וְכֵיוָן דְּסוֹף סוֹף גָּמַר מִינֵּיהּ לִישְׁתּוֹק קְרָא מִינֵּיהּ וְלִיגְמְרָה לְכֻולָּהּ מִילְּתָא דְּמִטָּה דְּשָׂעִיר מִמַּטָּה דְּפַר דְּאִיתַּקּוּשׁ לְהָדְדִי דִּכְתִיב וְעָשָׂה אֶת דָּמוֹ כַּאֲשֶׁר עָשָׂה לְדַם הַפָּר דְּבִשְׁלָמָא לְמַעְלָה דִּידֵיהּ אִיצְטְרִיךְ דִּמְפֹורָשׁ בּוֹ אַחַת דִּכְתִיב וְהִזָּה אֹותוֹ עַל הַכַּפֹּורֶת וְאוֹתוֹ חֲדָא מַשְׁמָע וּבְמַעֲלֶה דְּפַר לֹא פֵּירֵשׁ אַחַת:
Que le verset ne dise pas "devant le kapporet", qui est le "en bas" du bouc — car il est écrit à son sujet "et il en aspergera sur le kapporet et devant le kapporet" — puisque ce n'est pas nécessaire : en fin de compte on l'apprend du "en bas" du taureau, car le nombre des aspersions n'est pas précisé pour le bouc, et nous le déduirons plus loin du "en bas" du taureau, dont il est écrit "et devant le kapporet il aspergera sept fois". Et puisqu'en fin de compte on l'apprend de lui, que le verset se taise et que toute la question du "en bas" du bouc s'apprenne du "en bas" du taureau, puisque les deux sont rapprochés l'un de l'autre — car il est écrit "et il fera de son sang comme il a fait pour le sang du taureau". Certes, son "en haut", lui, était nécessaire, car le nombre y est explicite — une seule, puisqu'il est écrit "et il en aspergera sur le kapporet", et "oto" implique une seule — alors que pour le "en haut" du taureau le verset n'a pas précisé "une".
💡 Explication

La question porte précisément sur les deux aspersions du haut — celle du taureau et celle du bouc — dont le verset dit qu'elles se font "sur le kapporet". D'où sait-on qu'elles ne touchent pas réellement sa face supérieure ?

La réponse repose sur un principe d'exégèse : un mot que l'on pouvait déduire autrement est un mot mouvfne (libre), et un mot libre n'est pas là pour rien — il sert à opérer un hekech, un rapprochement entre deux expressions du verset.

Ici, le "devant le kapporet" du bouc semble superflu : puisque le verset déclare déjà que l'on fait du sang du bouc "comme on a fait" du sang du taureau, on aurait de toute façon appris de là que le bas du bouc se fait comme le bas du taureau. Comme le détaille Rachi, le "en haut" du bouc, lui, était bien nécessaire : il précise le nombre (oto, une seule), la où le verset du taureau ne le précisait pas.

3
לָמָּה נֶאֱמַר — לְאַקּוֹשֵׁי ״עַל״ לְ״לִפְנֵי״: מַה ״לִפְנֵי״ דְּלָאו עַל, אַף ״עַל״ דְּלָאו עַל.

Pourquoi donc est-il dit ? Pour rapprocher le "sur" du "devant" : de même que "devant" ne signifie pas dessus, de même "sur" ne signifie pas dessus.

📜 Rachi (1)
לָמָּה נֶאֱמַר לְמַטָּה דְּשָׂעִיר לְאַקּוֹשֵׁי לֵיהּ מַעֲלֶה דְּשָׂעִיר וְלוֹמַר עַל הַכַּפֹּורֶת כְּלִפְנֵי הַכַּפֹּורֶת מַה לִפְנֵי דְּלָאו מַמָּשׁ נוֹגֵעַ בַּכַּפֹּורֶת דְּהָא לִפְנֵי עַל הָאָרֶץ מַשְׁמַע אַף עַל דְּלָא מַמָּשׁ נוֹגֵעַ בַּכַּפֹּורֶת אֶלָּא לְעִנְיַן שֶׁיְּהֵא מְצַדֵּד יָדוֹ לְמַטָּה:
Le "en bas" du bouc : pour rapprocher de lui le "en haut" du bouc, et dire que "sur le kapporet" est comme "devant le kapporet" — de même que "devant" ne touche pas véritablement le kapporet, puisque "devant" implique sur le sol, de même "sur" ne touche pas véritablement le kapporet, mais signifie seulement qu'il retourne sa main vers le bas.
💡 Explication

Voici le rendement du mot libre. Le "devant le kapporet" du bouc étant superflu, il vient rapprocher les deux expressions du même verset : al (sur) et lifnei (devant).

Or "devant le kapporet" désigne manifestement un point qui n'est pas sur le couvercle — Rachi précise que lifnei évoque le sol, devant l'arche. Le rapprochement transporte donc cette propriété sur le mot al : lui non plus n'implique pas le contact. Il ne garde du mot "sur" que l'orientation du geste — la main retournée vers le bas pour projeter vers le haut.

4
אַדְּרַבָּה: לֹא יֹאמַר ״לְמַעְלָה״ בַּפָּר דְּלָא צָרִיךְ, דְּגָמַר מִמַּעֲלָה דְּשָׂעִיר. לָמָּה נֶאֱמַר? לְאַקּוֹשֵׁי ״לִפְנֵי״ ל״על״: מַה ״עַל״ — עַל מַמָּשׁ, אַף ״לִפְנֵי״ — עַל מַמָּשׁ!

Au contraire ! Que le verset ne dise pas "en haut" pour le taureau, car ce n'est pas nécessaire : on l'apprend du "en haut" du bouc.

Pourquoi donc est-il dit ? Pour rapprocher le "devant" du "sur" : de même que "sur" signifie véritablement dessus, de même "devant" signifie véritablement dessus !

📜 Rachi (3)
אַדְּרַבָּה לֹא יֵאָמֵר לְמַעְלָה בְּפַר דְּלָא צְרִיךְ דְּסוֹף סוֹף גָּמַר לְקַמָּן מִמַּעֲלָה דְּשָׂעִיר שֶׁפֵּירַשׁ בּוֹ אַחַת:
Car en fin de compte on l'apprend, plus loin, du "en haut" du bouc, où le nombre "une" est explicite.
לָמָּה נֶאֱמַר לְאַקּוֹשֵׁי לִפְנֵי דְּפַר לְעַל דְּפַר שֶׁהַמֻּופְנֶה בָּא לְלַמֵּד:
Le "devant" du taureau est rapproché du "sur" du taureau — car c'est le mot libre (mouvfne) qui vient enseigner.
מָה עַל עַל מַמָּשׁ דְּהָא עַל פְּנֵי הַכַּפֹּורֶת כְּתִיב אַף לִפְנֵי עַל מַמָּשׁ שֶׁיְּהוּ דָּמִים נוֹגְעִים בְּעָבְיָהּ שֶׁל כַּפֹּורֶת:
Puisqu'il est écrit "sur les faces du kapporet" ; de même "devant" signifie véritablement dessus, de sorte que le sang touche l'épaisseur du kapporet.
💡 Explication

L'objection retourne exactement le même mécanisme. Si l'on cherche un mot superflu, pourquoi choisir celui du bouc ? Le "sur les faces du kapporet" du taureau est tout aussi déductible : puisque les deux rites sont assimilés, le haut du taureau s'apprendrait du haut du bouc, où le nombre est écrit.

Et si c'est ce mot-là qui est libre, le rapprochement joue en sens inverse : c'est le "devant" qui reçoit la propriété du "sur". Le sang toucherait alors réellement la tranche du couvercle — et la baraita du début serait réfutée.

La sougya est donc devant deux lectures symétriques qui donnent des halakhot opposées. Il faut un critère extérieur pour départager : c'est l'objet du segment suivant.

5
הַאי מַאי?! אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לְמַטָּה דְּשָׂעִיר לְאַקּוֹשֵׁי לְמַעְלָה דְפַר — מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. דְּתָנָא דְּבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: ״עַל פְּנֵי הַכַּפֹּורֶת קֵדְמָה״ — זֶה בָּנָה אָב: כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר ״פְּנֵי״ אֵינוֹ אֶלָּא קָדִים. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְמַעְלָה דְּפַר לְאַקּוֹשֵׁי לְמַטָּה דְשָׂעִיר — לְמַאי אֲתָא?

Qu'est-ce que cela ?! Admettons que tu dises : le "en bas" du bouc sert au rapprochement — alors le "en haut" du taureau est nécessaire pour ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov.

Car l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov a enseigné : "sur les faces (penei) du kapporet, vers l'orient" (Vayikra 16,14) — ceci fonde un principe général (binyan av) : partout où il est dit "penei", il ne s'agit que du côté est. Mais si tu dis que le "en haut" du taureau sert au rapprochement — à quoi vient alors le "en bas" du bouc ?

📜 Rachi (1)
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לְמַטָּה דְשָׂעִיר לְאַקּוֹשֵׁי כְּדַאֲמָרָן לְמַעְלָה דְּפַר דְּקַשְׁיָא לָךְ לֹא יֹאמַר מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא וְכוּ':
Comme nous l'avons dit — alors le "en haut" du taureau, dont tu objectais qu'il ne devrait pas être dit, est nécessaire pour ce qui a été enseigné, etc.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְמַעְלָה דְפַר לְאַקּוֹשֵׁי כו' וְאִם תֹּאמַר וּמִנָּלַן דְּאַחַת לְמַעְלָה דְּפַר לֹא נָגַע אִילֵּימָא מֵהֶיקֵּשׁ דְּשָׂעִיר כְּדִלְקַמָּן וְהָא שָׂעִיר גּוּפֵיהּ גָּמַר בְּהֶיקֵּישָׁא דְּאִיתַּקַּשׁ עַל לְלִפְנֵי וְדָבָר הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ אֵינוֹ חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ וי"ל גִּילּוּי מִילְּתָא הוּא דְּעַל דְּהָכָא כִּדְהָתָם אִי נָמֵי כֵּיוָן דְּאַשְׁכְּחַן דְּעַל דְּשָׂעִיר לָאו דַּוְוקָא מַקְּשִׁינַן נָמֵי גַּבֵּי פַּר עַל לְלִפְנֵי:
Et si tu demandes : d'où savons-nous que l'unique aspersion du haut, pour le taureau, ne touchait pas le kapporet ? Si tu réponds : du rapprochement avec le bouc, comme plus loin — mais le bouc lui-même ne l'apprend que par un rapprochement (son "sur" ayant été rapproché de son "devant"), et une chose apprise par hekech ne peut à son tour enseigner par hekech ! On peut répondre : il s'agit ici d'un simple gilouy milta (dévoilement du sens), le "sur" d'ici étant comme le "sur" de là-bas. Ou encore : puisque nous avons trouvé que le "sur" du bouc n'est pas à prendre au pied de la lettre, nous rapprochons de même, pour le taureau, le "sur" du "devant".
💡 Explication

L'arbitrage est asymétrique, et c'est ce qui le rend décisif. Un mot n'est "libre" que s'il n'a strictement rien d'autre à faire dans le verset.

Or le "en haut" du taureau travaille déjà : l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov y lit, grâce à l'apposition al penei ... kedma, un binyan av valable pour toute la Tora — le mot penei désigne partout le côté est. Ce mot n'est donc pas disponible pour un hekech.

Symétriquement, si l'on adoptait la lecture adverse, le "en bas" du bouc resterait sans aucun emploi : ni pour le nombre (déjà acquis), ni pour un rapprochement (déjà pris). Un mot de la Tora sans emploi est impossible. La première lecture s'impose donc : le sang n'atteint jamais le kapporet.

🖼️ Schéma
Le binyan av de l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov "al PENEI ha-kapporet KEDMA" Lv 16,14 -- un cas particulier : ici, "penei" est glosé par "kedma", vers l'est. zeh bana av Règle pour toute la Tora partout où il est écrit "penei", cela désigne le côté EST. Conséquence pour notre débat Ce mot n'est donc PAS un mot en trop : il a déjà un travail à faire. La lecture B, qui voulait le déclarer superflu pour en tirer un hekech, s'effondre -- et elle laisserait de surcroît le "bas du bouc" totalement sans emploi. Reste la lecture A : le sang n'atteint jamais le couvercle, il est projeté face à son épaisseur.
Le mot que la lecture adverse voulait déclarer superflu est déjà mobilisé par un binyan av : c'est ce qui tranche.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְהִזָּה אֹתוֹ עַל הַכַּפֹּורֶת וְלִפְנֵי הַכַּפֹּורֶת״ — לָמַדְנוּ: כַּמָּה לְמַעְלָה בְּשָׂעִיר — אַחַת. לְמַטָּה בְּשָׂעִיר, אֵינִי יוֹדֵעַ כַּמָּה!

Nos maîtres ont enseigné : "et il en aspergera sur le kapporet et devant le kapporet" — nous avons ainsi appris combien d'aspersions vers le haut pour le bouc : une. Mais vers le bas pour le bouc, je ne sais pas combien !

💡 Explication

Nouvelle unité : une longue baraita qui ne porte plus sur le contact mais sur le nombre.

Le tableau des données est incomplet. Pour le taureau (Vayikra 16,14), le verset écrit explicitement "sept fois" pour le bas, mais rien pour le haut. Pour le bouc (16,15), le mot oto indique une seule aspersion vers le haut, mais rien n'est dit du bas.

Deux cases vides, donc : combien en bas pour le bouc, et combien en haut pour le taureau. La baraita va les traiter l'une après l'autre, exactement de la même façon.

7
הֲרֵינִי דָּן: נֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַטָּה בַּפָּר, וְנֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר. מַה לְמַטָּה בַּפָּר — שֶׁבַע, אַף לְמַטָּה בְּשָׂעִיר — שֶׁבַע.

Je vais donc raisonner : il est dit du sang vers le bas pour le taureau, et il est dit du sang vers le bas pour le bouc. De même que le bas du taureau, c'est sept, de même le bas du bouc, c'est sept.

💡 Explication

Premier binyan av, fondé sur la direction : les deux versets emploient le même registre — du sang projeté vers le bas. Le nombre connu (sept, pour le taureau) est transporté vers la case vide (le bas du bouc).

8
אוֹ כַּלֵּךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: נֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַעְלָה בַּשָּׂעִיר, וְנֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַטָּה בַּשָּׂעִיר. מַה לְמַעְלָה בְּשָׂעִיר — אַחַת, אַף לְמַטָּה בְּשָׂעִיר — אַחַת? נִרְאֶה לְמִי דּוֹמֶה: דָּנִין מַטָּה מִמַּטָּה, וְאֵין דָּנִין מַטָּה מִלְמַעְלָה.

Ou bien va donc par cette voie : il est dit du sang vers le haut pour le bouc, et il est dit du sang vers le bas pour le bouc. De même que le haut du bouc, c'est une, de même le bas du bouc, ce serait une ? — Voyons à quoi cela ressemble le plus : on déduit un "bas" d'un "bas", et l'on ne déduit pas un "bas" d'un "haut".

📜 Rachi (1)
לָמַדְנוּ לְמַעְלָה בְּשָׂעִיר אַחַת דְּאוֹתוֹ חֲדָא מַשְׁמַע:
"Nous avons appris combien vers le haut pour le bouc : une" — car le mot "oto" implique une seule.
💡 Explication

Contre-proposition fondée non plus sur la direction mais sur le sujet : restons dans le bouc, dont le haut vaut une — donc son bas aussi vaudrait une.

La baraita arbitre d'abord par la ressemblance formelle (nir'eh le-mi domeh) : la parenté de direction l'emporte, dan mata mi-mata. Mais cet arbitrage sera aussitôt contesté.

9
אַדְּרַבָּה, דָּנִין גּוּפוֹ מִגּוּפוֹ, וְאֵין דָּנִין גּוּפוֹ מֵעָלְמָא! תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂה אֶת דָּמוֹ כַּאֲשֶׁר עָשָׂה לְדַם הַפָּר״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״, וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״ — שֶׁיִּהְיוּ כָּל עֲשִׂיּוֹתָיו שָׁווֹת. כְּשֵׁם שֶׁלְּמַטָּה בַּפָּר — שֶׁבַע, כָּךְ לְמַטָּה בְּשָׂעִיר — שֶׁבַע.

Au contraire : on déduit une chose d'elle-même, et l'on ne déduit pas une chose de l'extérieur ! — Le verset dit donc : "et il fera de son sang comme il a fait pour le sang du taureau". Le verset n'avait pas besoin de dire "comme il a fait" ; que vient donc enseigner "comme il a fait" ?

Que toutes ses opérations soient semblables : de même que le bas du taureau, c'est sept, de même le bas du bouc, c'est sept.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר וְכוּ' שֶׁהֲרֵי אַף כָּאן פֹּורַשׁ וְהִזָּה וְעַל וְלִפְנֵי:
"Le verset n'avait pas besoin de dire", etc. — car ici aussi tout est explicite : "et il aspergera", "sur" et "devant".
💡 Explication

Les deux principes s'annulent : dan mata mi-mata (la parenté de direction) contre dan goufo mi-goufo (la parenté de sujet). Aucun n'est plus fort que l'autre, la déduction est bloquée.

C'est alors le verset qui tranche, et par un mot en trop. "Comme il a fait pour le sang du taureau" est inutile — Rachi le souligne : tout le rite du bouc est de toute façon redit en toutes lettres ("et il aspergera", "sur", "devant"). S'il est écrit malgré tout, c'est pour poser une exigence globale : che-yihyou kol assiyotav chavot, que toutes les opérations soient identiques jusque dans le détail.

Le bas du bouc vaut donc sept, comme celui du taureau.

🖼️ Schéma
Deux binyan av qui se neutralisent, un verset qui tranche Argument du SENS "dan mata mi-mata" : un bas s'apprend d'un bas, pas d'un haut. => bas du bouc = SEPT Argument du SUJET "dan goufo mi-goufo" : on apprend d'abord du même animal, pas d'un autre. => bas du bouc = UNE impasse Le verset coupe court : "ve-asa et damo KA-ACHER ASA le-dam ha-par" Ces mots sont inutiles : tout le rite du bouc est déjà redit en toutes lettres ("il aspergera", "sur", "devant"). S'ils sont écrits malgré tout, c'est pour exiger : che-yihyou kol assiyotav chavot -- que toutes ses opérations soient identiques. Donc SEPT en bas pour le bouc comme pour le taureau -- et, plus loin, UNE en haut pour le taureau comme pour le bouc.
Deux binyan av de force égale se neutralisent ; c'est un mot superflu du verset qui impose l'identité complète des deux rites.
10
לָמַדְנוּ כַּמָּה לְמַטָּה? בַּפָּר וּבְשָׂעִיר — שֶׁבַע. לְמַעְלָה בַּפָּר אֵינִי יוֹדֵעַ כַּמָּה, וַהֲרֵינִי דָּן: נֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַעְלָה בַּשָּׂעִיר, וְנֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַעְלָה בַּפָּר. מַה לְמַעְלָה בְּשָׂעִיר — אַחַת, אַף לְמַעְלָה בַּפָּר — אַחַת.

Nous avons ainsi appris combien vers le bas, pour le taureau et pour le bouc : sept. Mais vers le haut pour le taureau, je ne sais pas combien.

Je vais donc raisonner : il est dit du sang vers le haut pour le bouc, et il est dit du sang vers le haut pour le taureau. De même que le haut du bouc, c'est une, de même le haut du taureau, c'est une.

💡 Explication

Seconde case vide, traitée selon le même scénario exactement. Le premier binyan av est de nouveau celui de la direction : un haut s'apprend d'un haut, donc une seule aspersion pour le taureau comme pour le bouc.

11
אוֹ כַּלֵּךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: נֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַטָּה בַּפָּר, וְנֶאֶמְרוּ דָּמִים לְמַעְלָה בַּפָּר. מַה לְמַטָּה בַּפָּר — שֶׁבַע, אַף לְמַעְלָה בַּפָּר — שֶׁבַע! נִרְאֶה לְמִי דּוֹמֶה? דָּנִין מַעְלָה מִמַּעֲלָה, וְאֵין דָּנִין מַעְלָה מִמַּטָּה!

Ou bien va par cette voie : il est dit du sang vers le bas pour le taureau, et il est dit du sang vers le haut pour le taureau. De même que le bas du taureau, c'est sept, de même le haut du taureau, ce serait sept ! — Voyons à quoi cela ressemble : on déduit un "haut" d'un "haut", et l'on ne déduit pas un "haut" d'un "bas" !

💡 Explication

Et de nouveau la contre-proposition par le sujet : restons dans le taureau, dont le bas vaut sept. Puis le même arbitrage formel, dan maala mi-maala.

12
אַדְּרַבָּה: דָּנִין גּוּפוֹ מִגּוּפוֹ, וְאֵין דָּנִין גּוּפוֹ מֵעָלְמָא! תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָשָׂה אֶת דָּמוֹ כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״, וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״כַּאֲשֶׁר עָשָׂה״? שֶׁיִּהְיוּ כָּל עֲשִׂיּוֹתָיו שָׁווֹת, כְּשֵׁם שֶׁלְּמַטָּה בַּפָּר — שֶׁבַע, כָּךְ לְמַטָּה בְּשָׂעִיר — שֶׁבַע. וּכְשֵׁם שֶׁלְּמַעְלָה בְּשָׂעִיר — אַחַת, כָּךְ לְמַעְלָה בַּפָּר — אַחַת.

Au contraire : on déduit une chose d'elle-même, et l'on ne déduit pas une chose de l'extérieur ! — Le verset dit donc : "et il fera de son sang comme il a fait". Le verset n'avait pas besoin de dire "comme il a fait" ; que vient donc enseigner "comme il a fait" ?

Que toutes ses opérations soient semblables : de même que le bas du taureau, c'est sept, de même le bas du bouc, c'est sept ; et de même que le haut du bouc, c'est une, de même le haut du taureau, c'est une.

💡 Explication

Même blocage, même dénouement : le mot superflu ka-acher asa impose l'identité intégrale des deux services. La baraita récapitule alors les deux résultats d'un seul tenant.

Le tableau est désormais complet et parfaitement symétrique : une aspersion vers le haut et sept vers le bas, pour le taureau comme pour le bouc — huit de chaque côté. C'est ce total que la michna fait ensuite compter à voix haute.

13
אַחַת, אַחַת וְאַחַת, אַחַת וּשְׁתַּיִם. תָּנוּ רַבָּנַן: אַחַת, אַחַת וְאַחַת, אַחַת וּשְׁתַּיִם, אַחַת וְשָׁלֹשׁ, אַחַת וְאַרְבַּע, אַחַת וְחָמֵשׁ, אַחַת וְשֵׁשׁ, אַחַת וְשֶׁבַע, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַחַת, אַחַת וְאַחַת, שְׁתַּיִם וְאַחַת, שָׁלֹשׁ וְאַחַת, אַרְבַּע וְאַחַת, חָמֵשׁ וְאַחַת, שֵׁשׁ וְאַחַת, שֶׁבַע וְאַחַת.

"Une ; une et une ; une et deux." — Nos maîtres ont enseigné : une ; une et une ; une et deux ; une et trois ; une et quatre ; une et cinq ; une et six ; une et sept — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : une ; une et une ; deux et une ; trois et une ; quatre et une ; cinq et une ; six et une ; sept et une.

💡 Explication

Retour à la michna, qui citait la formule de comptage du cohen gadol. La baraita en donne deux versions qui diffèrent par l'ordre des mots : chez Rabbi Meir la première aspersion est nommée en tête, chez Rabbi Yehouda en queue.

Le fond est identique dans les deux cas : une en haut, puis sept en bas, et la première est toujours rappelée à chaque énoncé.

🖼️ Schéma
Le décompte à voix haute : deux façons de dire le même nombre Rabbi Meir -- le total d'abord une une et une une et deux une et trois ... une et sept Chez lui on dit "vingt et un", "vingt-deux" : le nombre général, puis le détail. La première ouvre chaque énoncé Rabbi Yehouda -- le détail d'abord une une et une deux et une trois et une ... sept et une Chez lui on dit "deux et vingt", "trois et vingt" : le détail, puis le nombre général. La première ferme chaque énoncé "Mar ki atreh ve-mar ki atreh" -- ce ne sont pas deux halakhot mais deux dialectes Aucun désaccord sur le rite : dans les deux cas, une en haut et sept en bas, et la première est nommée à chaque fois.
Deux formules, un seul rite : la divergence porte sur l'ordre des mots, pas sur le service.
14
וְלָא פְּלִיגִי: מָר כִּי אַתְרֵיהּ וּמָר כִּי אַתְרֵיהּ.

Et ils ne divergent pas : chacun selon l'usage de son lieu.

📜 Rachi (1)
מַר כִּי אַתְרֵיהּ וְכוּ' בְּאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר מוֹנִין מִנְיָן כְּלָל תְּחִילָּה וְאַחַר כָּךְ פְּרָט כְּגוֹן עֶשְׂרִים וְאַחַת עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם וּבְאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה פֵּרֵט תְּחִילָּה שְׁתַּיִם וְעֶשְׂרִים שָׁלֹשׁ וְעֶשְׂרִים:
Dans le lieu de Rabbi Meir, on compte d'abord le nombre général puis le détail, par exemple "vingt et un", "vingt-deux" ; et dans le lieu de Rabbi Yehouda, le détail d'abord : "deux et vingt", "trois et vingt".
💡 Explication

La guemara désamorce le désaccord apparent : mar ki atreh ou-mar ki atreh. Ce n'est pas une controverse halakhique mais une différence d'usage linguistique local.

Rachi l'illustre par la façon de dire les nombres composés : dans la ville de Rabbi Meir on dit "vingt et un", "vingt-deux" — le nombre général d'abord ; dans celle de Rabbi Yehouda on dit "deux et vingt", "trois et vingt" — le détail d'abord.

15
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת הַזָּאָה רִאשׁוֹנָה צְרִיכָה מִנְיָן עִם כָּל אַחַת וְאַחַת, מַאי טַעְמָא? רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר: שֶׁלֹּא יִטְעֶה בַּהַזָּאוֹת.

En tout cas, pour tous, la première aspersion doit être comptée avec chacune des suivantes. Quelle en est la raison ?

Rabbi Elazar a dit : afin qu'il ne se trompe pas dans les aspersions.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא יִטְעֶה שֶׁיְּהֵא לוֹ שְׁהוּת בֵּנְתַייִם לָתֵת לִבּוֹ לַמִּנְיָן שֶׁלֹּא יִטְעֶה:
Afin qu'il ait entre-temps un délai pour appliquer son cœur au compte et ne pas se tromper.
💡 Explication

Ce que les deux formules ont en commun est plus important que ce qui les sépare : dans les deux cas, l'aspersion du haut est renommée à chaque fois. Pourquoi ne pas compter simplement les sept du bas ?

Première réponse, pragmatique : sans ce rappel, le cohen gadol pourrait croire que son compte englobe déjà celle du haut et en ajouter une de trop. Rachi ajoute une dimension de rythme : la formule plus longue lui ménage un temps d'arrêt entre deux jets, le temps d'appliquer son cœur au compte.

16
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר, אֲמַר קְרָא: ״וְלִפְנֵי הַכַּפֹּורֶת יִזֶּה״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״יִזֶּה״, וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״יִזֶּה״? לִימֵּד עַל הַזָּאָה רִאשׁוֹנָה שֶׁצְּרִיכָה מִנְיָן עִם כָּל אַחַת וְאַחַת.

Rabbi Yo'hanan a dit : le verset dit "et devant le kapporet il aspergera" — le verset n'avait pas besoin de dire "il aspergera" ; que vient donc enseigner "il aspergera" ? Cela enseigne, au sujet de la première aspersion, qu'elle doit être comptée avec chacune des suivantes.

📜 Rachi (1)
לִימֵּד עַל הַזָּאָה וְכוּ' וּכְתִיבָא חֻוקָּה לְעִיכּוּבָא:
Et il est écrit "houka" (statut), ce qui rend la chose indispensable à la validité du service (le-ikouva).
💡 Explication

Seconde réponse, d'un tout autre ordre : le comptage n'est pas un garde-fou mais une exigence du verset. Le mot yazeh de Vayikra 16,14 est redondant — la phrase se comprenait sans lui — et cette redondance impose de rattacher la première aspersion à chaque énoncé ultérieur.

Rachi tire la conséquence lourde : le service de Yom Kippour est régi par le mot houka, ce qui rend cette exigence le-ikouva — son omission n'est pas une simple imperfection, elle compromet la validité.

17
מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּלֹא מָנָה וְלֹא טָעָה.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? La différence entre eux porte sur le cas où il n'a pas compté et ne s'est pas trompé.

💡 Explication

La nafka mina isole exactement le point de divergence. Imaginons un cohen gadol qui aurait compté sans rappeler la première, et qui pourtant serait arrivé au bon nombre.

Pour Rabbi Elazar, le comptage n'était qu'un moyen d'éviter l'erreur : le but étant atteint, il n'y a rien à redire. Pour Rabbi Yo'hanan, le verset exigeait cette formule pour elle-même : elle a manqué, et avec le "houka" que rappelle Rachi, le service en est atteint.

🖼️ Schéma
Pourquoi renommer la première aspersion ? Deux raisons, une nafka mina Rabbi Elazar -- raison pratique "chelo yit'e ba-hazaot" : pour ne pas se tromper. Rachi : cela lui ménage un temps d'arrêt pour appliquer son cœur au compte. Le comptage est un moyen. Rabbi Yo'hanan -- raison scripturaire "ve-lifnei ha-kapporet YAZEH" : le mot "yazeh" est de trop, il enseigne que la première doit être comptée avec chacune des suivantes. Le comptage est une exigence en soi. NAFKA MINA : il n'a pas compté -- et ne s'est pas trompé Selon Rabbi Elazar : le but est atteint, le compte était un garde-fou. Rien à redire. Selon Rabbi Yo'hanan : le verset exigeait cette formule ; elle a manqué. Rachi ajoute que "houka" est écrit -- ce qui rend l'exigence le-ikouva, indispensable à la validité du service. Même geste, même résultat apparent : seule la parole prononcée sépare les deux avis.
Un même geste correct, deux verdicts opposés : c'est le statut de la parole prononcée qui sépare Rabbi Elazar de Rabbi Yo'hanan.
18
יָצָא וְהִנִּיחוֹ עַל כַּן הַזָּהָב שֶׁבַּהֵיכָל. תְּנַן הָתָם: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא הָיוּ שׁוֹפָרוֹת לְקִינֵּי חוֹבָה, מִפְּנֵי הַתַּעֲרוֹבוֹת.

"Il sortit et le posa sur le support d'or qui se trouvait dans le Heikhal." — Nous avons appris là-bas (michna Chekalim) : Rabbi Yehouda dit : il n'y avait pas de troncs (chofarot) pour les nids d'obligation, à cause des mélanges.

📜 Rachi (1)
לֹא הָיוּ שׁוֹפָרוֹת לְקִינֵּי חוֹבָה שׁוֹפָר לָתֵת לְתוֹכוֹ מָעוֹת מִי שֶׁעָלָיו קֵן חוֹבָה שֶׁל זָב וְזָבָה וְיוֹלֶדֶת אוֹ מְטַמֵּא מִקְדָּשׁ כְּשֵׁם שֶׁהָיוּ שׁוֹפָרוֹת לְקֵן נְדָבָה כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין וְהַכֹּהֲנִים לוֹקְחִין בְּמָעוֹת קִינִּין וּמַקְרִיבִין אוֹתָן:
Un tronc où déposer son argent, pour celui qui doit un nid d'obligation — zav, zava, femme après couches, ou celui qui a rendu impur le Sanctuaire — comme il y avait des troncs pour le nid de don volontaire, ainsi qu'il est enseigné plus loin dans notre sougya ; et les cohanim achetaient avec cet argent des nids et les offraient.
💡 Explication

Nouvelle unité, greffée sur un détail de la michna : le cohen gadol dépose le vase du sang du taureau sur un support d'or, et plus tard celui du bouc sur un second support — mais selon Rabbi Yehouda il n'y avait qu'un seul support.

La guemara reconnaît la une signature de Rabbi Yehouda : la crainte que deux récipients voisins ne soient confondus. Elle va donc examiner une michna de Chekalim où il tient la même position à propos des chofarot, les troncs en forme de corne dans lesquels on déposait l'argent des offrandes au Temple.

Un ken est un couple d'oiseaux. Pour un ken hova (nid d'obligation), l'un est offert en hatat et l'autre en ola ; pour un ken nedava (don volontaire), les deux sont des olot.

19
מַאי מִפְּנֵי הַתַּעֲרוֹבוֹת? אָמַר רַב יוֹסֵף: מִפְּנֵי תַּעֲרֹובֶת חוֹבָה בִּנְדָבָה. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְנַעֲבֵיד תְּרֵי וְנִכְתּוֹב עֲלַייְהוּ הֵי דְּחוֹבָה וְהֵי דִּנְדָבָה? רַבִּי יְהוּדָה

Que signifie "à cause des mélanges" ? Rav Yossef a dit : à cause du mélange de l'obligation avec le don volontaire.

Abaye lui dit : faisons-en donc deux, et écrivons dessus lequel est celui de l'obligation et lequel celui du don volontaire ! — Rabbi Yehouda...

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי תַּעֲרֹובֶת חוֹבָה בִּנְדָבָה שֶׁמָּא יִתְחַלֵּף שׁוֹפָר בַּשּׁוֹפָר וְיַקְרִיב מִמְּעוֹת שׁוֹפָר הַחוֹבָה נְדָבָה אוֹ מִשֶּׁל נְדָבָה חוֹבָה וְתִיפָּסֵל שֶׁהַחוֹבָה אַחַת לְחַטָּאת וְאַחַת לְעוֹלָה וְהַנְּדָבָה כֻּולָּן עוֹלוֹת וְאֵין מַעֲשֵׂה עוֹלָה וּמַעֲשֵׂה חַטָּאת שָׁוִין:
De peur qu'un tronc ne soit confondu avec l'autre, et qu'il offre avec l'argent du tronc de l'obligation un don volontaire, ou avec celui du don volontaire une obligation — et l'offrande serait invalide : car dans l'obligation, l'un est hatat et l'autre ola, tandis que dans le don volontaire tous sont des olot, et le rite de la ola et celui du hatat ne sont pas identiques.
🗂️ Tossefot (2)
מִפְּנֵי תַּעֲרֹובֶת חוֹבָה בִּנְדָבָה אֲבָל תַּעֲרֹובֶת חוֹבָה בְּחוֹבָה לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁיִּקַּח מִקְצָת מִמְּעוֹת רָחֵל וּמִקְצָת מִמְּעוֹת לֵאָה וְיַקְרִיב בִּשְׁבִיל לֵאָה דְּאֶפְשָׁר דְּכָל אַחַת צוֹרֶרֶת מְעוֹתֶיהָ לְעַצְמָהּ וְנוֹתֶנֶת בַּשּׁוֹפָר וְכָךְ עוֹשִׂין לְרַבָּנָן דְּרַבִּי יְהוּדָה דִּסְבִירָא לְהוּ שׁוֹפָרוֹת הָיוּ לְקִינֵּי חוֹבָה וּכְשֶׁהַכֹּהֵן לוֹקֵחַ מִכָּל צְרוֹר קֵן אֶחָד מַקְרִיב כָּל קֵן וְקֵן לְשֵׁם מִי שֶׁהוּא:
Mais pour un mélange d'obligation avec obligation, il n'y a pas lieu de craindre qu'il prenne une partie de l'argent de Rahel et une partie de celui de Léa et offre au nom de Léa : car chacune peut nouer son argent à part et le déposer ainsi dans le tronc. C'est de cette manière que l'on procède selon les Sages qui contestent Rabbi Yehouda et tiennent qu'il y avait bien des troncs pour les nids d'obligation ; et lorsque le cohen prend un nid de chaque bourse, il offre chaque nid au nom de celui à qui il appartient.
מִפְּנֵי תַּעֲרֹובֶת חוֹבָה בִּנְדָבָה אֵין לְהַקְשׁוֹת לוֹמַר אִיפְּכָא לֹא הָיוּ שׁוֹפָרוֹת לִנְדָבָה מִפְּנֵי הַתַּעֲרוֹבוֹת אֲבָל לְחוֹבָה תִּקְּנוּ שׁוֹפָרוֹת די"ל דְּלִנְדָבָה נְפִישִׁי וְעוֹד דְּזִימְנִין שֶׁלֹּא הָיוּ מַקְרִיבִין נְדָבָה יָמִים רַבִּים כְּשֶׁלֹּא הָיָה הַמִּזְבֵּחַ בָּטֵל וּבְתוֹךְ כָּךְ הָיוּ שׁוֹמְרִים מְעוֹת הַנְּדָבָה לְהָכִי צְרִיכִי שׁוֹפָר אֲבָל חוֹבָה יְכוֹלִין לְהַקְרִיב לְאַלְתַּר:
Il n'y a pas lieu d'objecter en disant l'inverse — qu'il n'y ait pas eu de troncs pour le don volontaire à cause des mélanges, mais que l'on ait institué des troncs pour l'obligation. Car on peut répondre : les dons volontaires sont nombreux ; et de plus, il arrivait qu'on n'offrit pas de don volontaire pendant de longs jours, lorsque l'autel n'était pas desœuvre — pendant ce temps on gardait l'argent des dons volontaires, et c'est pourquoi il leur fallait un tronc. Mais l'obligation, on peut l'offrir immédiatement.
💡 Explication

Rav Yossef précise le risque : non pas une confusion entre deux personnes, mais entre deux catégories d'offrande. Rachi l'explique : si l'on prend l'argent du mauvais tronc, on offrira en holocauste ce qui devait être hatat ou l'inverse — et l'offrande est passoul (invalide), car les deux rites ne sont pas identiques.

Les Tossefot complètent le tableau sur deux points : le mélange obligation contre obligation n'est pas à craindre, chacune pouvant nouer son argent à part dans le tronc — c'est ainsi que procèdent les Sages qui contestent Rabbi Yehouda ; et l'on ne peut pas inverser la solution (supprimer le tronc de la nedava plutôt que celui de la hova), car les dons volontaires sont nombreux et leur argent doit parfois attendre longtemps avant que l'autel soit libre.

L'objection d'Abaye est de simple bon sens : il suffirait d'étiqueter les deux troncs. La réponse de Rabbi Yehouda commence ici et se déploie sur 55b.

🖼️ Schéma
Les chofarot du Temple : pourquoi pas de tronc pour les nids d'obligation ? Même logique que les deux supports d'or : Rabbi Yehouda craint la confusion entre deux réceptacles voisins. Ken NEDAVA (don volontaire) Les deux oiseaux sont des olot (holocaustes). Un tronc existe : on y jette son argent, les cohanim achètent des nids et les offrent. Tossefot : les dons sont nombreux, et l'argent peut attendre longtemps -- le tronc est nécessaire. Ken HOVA (obligation) Un oiseau en hatat, l'autre en ola -- rites différents. Zav, zava, yoledet, metame mikdach. Rabbi Yehouda : pas de tronc. Une obligation peut de toute façon être offerte immédiatement : le tronc n'est pas indispensable. Le risque redouté (Rav Yossef, expliqué par Rachi) : hova mélangée à nedava Si les troncs sont confondus, on offrira une nedava avec l'argent de l'obligation ou l'inverse -- et l'offrande est passoul, car le rite de la ola et celui du hatat ne sont pas identiques. L'objection d'Abaye : et si on écrivait dessus lequel est lequel ? La réponse commence ici et se poursuit sur 55b -- Rabbi Yehouda ...
Pourquoi un tronc pour les dons volontaires et aucun pour les obligations : la nature des offrandes et le délai avant sacrifice.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).