Yoma 56b — ein berera chez Rabbi Yehouda : la braita d'Aiyo, la faiblesse du cohen gadol et la Chekhina dans l'impureté

Yoma 56b

Sougya : Cet amud clôt d'abord la longue enquête ouverte en 55b : d'où sait-on que Rabbi Yehouda rejette la berera, l'éclaircissement rétroactif ? La première preuve, tirée du vin acheté chez les Koutim, est écartée — les Tanaim qui interdisent invoquent peut-être seulement le risque que l'outre éclate.

La preuve est finalement trouvée dans la braita d'Aiyo sur les deux erouvin : on ne peut pas déposer un erouv à l'est et un à l'ouest en se réservant de choisir demain, tandis que l'erouv conditionné à la venue d'un seul sage reste valable — Rabbi Yo'hanan précisant que le sage était déjà arrivé au crépuscule, de sorte que rien ne restait à clarifier. Un immense Tossefot cartographie au passage toutes les sources contradictoires et le critère qui les trie : dépendre de sa propre volonté ou de celle d'autrui.

La sougya rebondit alors sur l'écriture : puisque Rabbi Yehouda l'admet, pourquoi ne pas installer deux supports inscrits dans le Heikhal ? Réponse : la faiblesse du cohen gadol, qui ne distingue déjà ni la taille des récipients ni la couleur des sangs.

Le daf s'achève sur le service lui-même — Rava corrigeant un officiant qui mêlait deux avis dans sa formule, les huit aspersions reproduites du Saint des Saints au Heikhal, et cette phrase du verset : même au milieu de leurs impuretés, la Chekhina demeure avec eux.

Yoma 56b : la chasse à la preuve que Rabbi Yehouda rejette la berera Deux tentatives, un rejet, une conclusion — puis un rebond sur l'écriture des supports du sang Le point de départ (55b) Pourquoi, selon R. Yehouda, n'y avait-il pas de tronc pour les nids d'obligation ? Réponse proposée : parce qu'il n'admet pas la berera. Preuve 1 : le vin des Koutim R. Yehouda, R. Yossi et R. Chimon interdisent de boire avant d'avoir réellement prélevé. Donc : pas de berera ? Rejet de la preuve Leur raison est peut-être tout autre : beki'at ha-nod — l'outre peut éclater, et il aura bu du tevel rétroactivement. Preuve 2 : la braita d'Aiyo On ne pose pas condition sur deux choses à la fois : deux erouvin, est et ouest, avec "j'irai vers celui que je voudrai" — cela ne vaut pas. Donc : ein berera. Objection, puis R. Yo'hanan Mais alors, même "s'il vient à l'est, mon erouv est à l'est" devrait être invalide ! R. Yo'hanan : le sage était déjà arrivé au crépuscule — il n'y a rien à clarifier, seul l'homme ignore. Conclusion acquise R. Yehouda : ein berera. Mais il admet la ketiva, l'écriture : les treize troncs du Temple portaient chacun son intitulé, et cela suffisait à éviter toute confusion. Le rebond : et à Yom Kippour ? Puisqu'il admet l'écriture, qu'on installe deux supports (kanim) dans le Heikhal et qu'on inscrive sur chacun : "sang du taureau" / "sang du bouc" ! La réponse : houlcha de-kohen gadol Épuisé par le jeûne et le service, il ne s'arrêtera pas à lire l'inscription. Preuve : ni la taille du récipient, ni la quantité de sang, ni sa couleur n'ont été jugées suffisantes.
Le fil complet de l'amud : deux tentatives pour prouver que Rabbi Yehouda rejette la berera, le rejet de la première, la conclusion tirée de la braita d'Aiyo, puis le rebond sur l'écriture des supports du sang à Yom Kippour.
La braita d'Aiyo : deux erouvin, un ou deux sages, et la berera L'erouv acquiert la résidence de Chabbat au crépuscule (bein ha-chemachot). Tout se joue à cet instant. OUEST EST Sa maison vendredi soir Erouv ouest un pain déposé Erouv est un pain déposé le tehoum bascule vers l'ouest ou bien vers l'est un sage donne cours ici demain ? ou bien ici ? Cas 1 — VALIDE Un seul sage, déjà arrivé "S'il est venu à l'est, mon erouv est celui de l'est ; à l'ouest, celui de l'ouest." C'est la lecture de R. Yo'hanan : au crépuscule la réalité est déjà fixée. Seul l'homme l'ignore. Aucune berera n'est requise. Cas 2 — la question Un seul sage, pas encore venu Rachi : le sage est en chemin, en diagonale ; il peut encore bifurquer à l'est ou à l'ouest. Alors la aussi il faudrait dire ein berera — d'où la question de la guemara. C'est ce cas que R. Yo'hanan écarte. Cas 3 — PASSOUL Deux sages, un de chaque côté "J'irai demain vers celui que je voudrai" — lekhan ou-lekhan. Rien n'est fixé au crépuscule : c'est son choix de demain qui trancherait rétroactivement. R. Yehouda refuse : ein berera.
La braita d'Aiyo : la géométrie des deux erouvin et les trois cas de figure — un sage déjà arrivé (valide), un sage encore en chemin (la question), deux sages avec libre choix demain (invalide, faute de berera).
Pourquoi l'écriture ne sauverait pas les deux supports : la cascade de la guemara Trois signes distinguaient déjà les deux récipients de sang. Aucun n'a été jugé suffisant. Signe 1 — la taille du récipient Le taureau donne beaucoup de sang, le bouc peu : "celui-ci est grand et celui-là est petit". Il ne devrait jamais les confondre, même sans inscription. Échappatoire : "il n'en recueille pas tout" Réfutée par Rav Yehouda : celui qui abat doit recueillir TOUT le sang du taureau — "et tout le sang du taureau, il le versera au socle de l'autel" (Vayikra 4:7). Signe 2 — la couleur du sang Celui du bouc est pâle (hivar), celui du taureau est rouge sombre (soumak) — Rachi renvoie à Yoma 45a, "une teinte semblable au sang des taureaux". Échappatoire : "du sang a pu se répandre" Les volumes seraient alors égaux — mais la couleur, elle, ne change pas. Il devrait encore les distinguer d'un seul regard. Conclusion : houlcha de-kohen gadol, lao ada'ateih Si l'on craignait malgré tout la confusion, c'est que le cohen gadol, épuisé par le jeûne et par l'enchaînement du service, ne prête attention à rien de tout cela. Ni taille, ni couleur — donc pas davantage à une inscription, qu'il faudrait s'arrêter pour lire (Rachi : "la-iyouni bi-khtiva"). La conséquence pratique retenue par R. Yehouda Un seul kan dans le Heikhal, et un ordre de gestes qui rend l'erreur impossible : il prend d'abord le récipient qui s'y trouve, puis y pose l'autre. Jamais les deux ensemble sur un même support.
Pourquoi l'inscription sur deux supports ne réglerait rien : la taille des récipients puis la couleur du sang auraient déjà dû empêcher toute confusion. Si l'on craint encore l'erreur, c'est la faiblesse du cohen gadol qui est en cause.
1
רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹסְרִין. אַלְמָא אֵין בְּרֵירָה.

Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chimon interdisent. Il en ressort donc qu'il n'y a pas de berera (éclaircissement rétroactif).

🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה וְר' יוֹסֵי וְר' שִׁמְעוֹן אוֹסְרִין תֵּימַהּ מְנָא לֵיהּ דְּטַעְמַייְהוּ מִשּׁוּם דְּאֵין בְּרֵירָה הָא קָתָנֵי בְּהֶדְיָא טַעְמַייְהוּ מִשּׁוּם בְּקִיעַת הַנּוֹד וי"ל דְּלָא הָיָה נ"ל שֶׁזֶּה יְהֵא עִיקַּר טַעַם לָחוּשׁ לִבְקִיעַת הַנּוֹד לְיוֹם אֶחָד וּמַה שֶׁהִקְשׁוּ לוֹ מִבְּקִיעַת הַנּוֹד אע"ג דְּאִינְהוּ גּוּפַייְהוּ לֵית לְהוּ הַאי טַעְמָא י"ל שֶׁהָיוּ בְּרָצוֹן מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְהָיוּ מַקְשִׁים לוֹ כָּל מַה שֶׁהָיוּ יְכוֹלִין רַק שֶׁיַּחֲזֹור בּוֹ וְכִי הַאי גַּווְנָא הָוְיָא הַהִיא דְּפֶ' הַתַּעֲרֹובֶת (זְבָחִים דַּף עז:) דְּקָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְרַבָּנָן גַּבֵּי אֵיבְרֵי בַּעַל מוּם שֶׁנִּתְעָרְבוּ בְּאֵבָרִים תְּמִימִים וּנְתָנָן לְמַעְלָה כוּ' לְדִידִי מִדְּכָתַב מוּם בָּם הוּא דְּלֹא יֵרָצוּ הָא עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת יֵרָצוּ אֶלָּא לְדִידְכוּ דְּדָרְשִׁיתוּ מוּם בָּם לִדְרָשָׁה אַחֲרִיתִי אוֹדוּ לִי מִיהַת דְּבָשָׂר בַּעֲלַת מוּם כְּעֵצִים דָּמֵי אע"ג דְּאִיהוּ גּוּפֵיהּ לָא סְבִירָא לֵיהּ הַאי טַעְמָא מִדְּמַצְרִיךְ קְרָא וְכִי הַאי גַּוְונָא אִיכָּא בספ"ק דְּגִיטִּין (דַּף יד.) הוֹלֵךְ מָנֶה לִפְלוֹנִי רַב אָמַר חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ וְאִם בָּא לַחְזֹור [. אֵינוֹ] חוֹזֵר וּשְׁמוּאֵל אָמַר מִתּוֹךְ שֶׁחַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ אִם בָּא לַחְזֹור (אֵינוֹ) חוֹזֵר וּמְפָרֵשׁ דִּבְהוֹלֵךְ כִּזְכֵי דָּמֵי קָא מִיפַּלְגִי דְּלִשְׁמוּאֵל הוֹלֵךְ [. לָאו] כִּזְכֵי וְהָא דְּקָאָמַר מִתּוֹךְ שֶׁחַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ אִם בָּא לַחְזֹור (אֵינוֹ) חוֹזֵר לִדְבָרָיו דְּרַב קָאָמַר אע"ג דְּאִיהוּ גּוּפֵיהּ אִי הֲוָה סְבִירָא לֵיהּ כְּרַב (דְּלָאו) דְּכִזְכֵי דָּמֵי לָא הֲוָה אָמַר (אֵינוֹ) חוֹזֵר מֵהַאי טַעְמָא וְכִי הַאי גַּווְנָא אִיכָּא בפ"ג דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף כא:) בִּפְלוּגְתָּא דְּר' שִׁמְעוֹן וְרַבָּנָן בִּשְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל וְאָכַל כָּל שֶׁהוּא וְכֵן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַכּוֹת (דַּף יז.) בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן וְרַבָּנַן בְּאוֹכֵל טֶבֶל כָּל שֶׁהוּא וּמַה שֶׁמַּקְּשִׁינַן לְרַבִּי יְהוּדָה דְּלֵית לֵיהּ בְּרֵירָה וּסְבִירָא לֵיהּ בְּפֶ' הַחוֹבֵל (בּ"ק דַּף צ.) גַּבֵּי דִּין יוֹם אוֹ יוֹמַיִם קִנְיַן פֵּירוֹת לָאו כְּקִנְיַן הַגּוּף דָּמֵי הֵיאַךְ מָצָא יָדָיו וְרַגְלָיו דְּלָא מַשְׁכַּחַתְּ דְּמַיְיתֵי בִּיכּוּרִים אֶלָּא חַד בַּר חַד עַד יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן וְכֵן לְרַבִּי יוֹסֵי דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ הָתָם אִי כְּקִנְיַן הַגּוּף דָּמֵי ואת"ל לָאו כְּקִנְיַן הַגּוּף הֵיאַךְ מָצָא יָדָיו וְרַגְלָיו דְּכִי הַאי גַּוְונָא פָּרֵיךְ לְרַבִּי יוֹחָנָן בס"פ הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף מח.) מְפֹורָשׁ בְּפֶרֶק הַשּׁוֹלֵחַ וְאֵין לְהַאֲרִיךְ כָּאן בָּזֶה:
Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chimon interdisent — question (<i>teima</i>) : d'où sait-il que leur raison est l'absence de berera, alors que la braita énonce explicitement leur raison, à savoir l'éclatement de l'outre (beki'at ha-nod) ? On peut répondre qu'il ne lui semblait pas que ce fut la raison principale : craindre que l'outre éclate pour un seul jour. Et quant au fait qu'ils lui aient objecté l'éclatement de l'outre, bien qu'eux-mêmes ne retiennent pas cette raison, on peut dire qu'ils souhaitaient le faire revenir sur son avis et lui objectaient tout ce qu'ils pouvaient, pourvu qu'il se rétracte. On trouve un cas semblable au chapitre Ha-taarovet (Zevahim 77b), où Rabbi Eliezer dit aux Sages, à propos de membres d'un animal à défaut mélangés à des membres sans défaut et déjà placés sur l'autel : pour moi, c'est du verset "moum bam" que l'on apprend qu'ils ne sont pas agréés, mais par mélange ils le seraient ; mais vous, qui interprétez "moum bam" pour une autre derasha, concédez-moi au moins que la chair d'un animal à défaut est comme du bois — et cela bien que lui-même ne retienne pas cette raison, puisqu'il a besoin du verset. On trouve encore un cas semblable à la fin du premier chapitre de Guitin (14a) : "porte cette mane à untel" — Rav dit qu'il en demeure responsable, et que s'il vient à se rétracter il ne peut plus se rétracter ; Chemouel dit que, puisqu'il en demeure responsable, s'il vient à se rétracter il se rétracte. La guemara explique qu'ils divergent sur la question de savoir si "porte" (holekh) équivaut à "acquiers pour lui" (zekhi) : pour Chemouel, "porte" n'équivaut pas à "acquiers", et ce qu'il dit — puisqu'il en demeure responsable — il le dit selon les paroles de Rav ; car lui-même, s'il tenait comme Rav que cela équivaut à "acquiers", n'aurait pas dit qu'il se rétracte pour cette raison. On trouve encore un cas semblable au troisième chapitre de Chevouot (21b), dans la controverse de Rabbi Chimon et des Sages sur "serment que je ne mangerai pas" et qu'il a mangé une quantité infime ; et de même au dernier chapitre de Makkot (17a), dans la controverse de Rabbi Chimon et des Sages sur celui qui mange du tevel en quantité infime. Quant à l'objection que l'on soulève contre Rabbi Yehouda — qui n'admet pas la berera et qui tient pourtant, au chapitre Ha-hovel (Baba Kama 90a), à propos de la loi du "jour ou deux jours", que la propriété des fruits n'équivaut pas à la propriété du corps : comment s'en tire-t-il (heikh matsa yadav ve-raglav) ? Car alors on ne trouverait personne qui puisse apporter les bikkourim, sinon un fils unique de fils unique remontant jusqu'à Yehochoua bin Noun. Et de même pour Rabbi Yossi, qui la-bas reste dans le doute sur la question de savoir si cela équivaut à la propriété du corps, et qui, si l'on dit que non, se trouve dans la même difficulté. Une objection de ce type est adressée à Rabbi Yo'hanan à la fin du chapitre Ha-chole'ah (Guitin 48a) : cela y est expliqué, et il n'y a pas lieu de s'étendre ici.
💡 Explication

Suite immédiate de la braita citée en 55b. Rabbi Meir permettait de déclarer les prélèvements le vendredi soir et de boire aussitôt, en s'appuyant sur la berera : la séparation effective de dimanche révélerait rétroactivement que le vin bu était déjà du profane. Les trois Tanaim nommés ici interdisent.

La guemara croit donc tenir sa réponse à la question qui la travaille depuis 55b : pourquoi, selon Rabbi Yehouda, n'y avait-il pas de tronc pour les nids d'obligation au Temple ? Parce qu'il n'admet pas la berera, et qu'on ne peut donc pas trancher après coup ce qui n'a pas été séparé avant. La suite montrera que la preuve ne tient pas : la braita donne elle-même une tout autre raison.

🖼️ Schéma
Yoma 56b : la chasse à la preuve que Rabbi Yehouda rejette la berera Deux tentatives, un rejet, une conclusion — puis un rebond sur l'écriture des supports du sang Le point de départ (55b) Pourquoi, selon R. Yehouda, n'y avait-il pas de tronc pour les nids d'obligation ? Réponse proposée : parce qu'il n'admet pas la berera. Preuve 1 : le vin des Koutim R. Yehouda, R. Yossi et R. Chimon interdisent de boire avant d'avoir réellement prélevé. Donc : pas de berera ? Rejet de la preuve Leur raison est peut-être tout autre : beki'at ha-nod — l'outre peut éclater, et il aura bu du tevel rétroactivement. Preuve 2 : la braita d'Aiyo On ne pose pas condition sur deux choses à la fois : deux erouvin, est et ouest, avec "j'irai vers celui que je voudrai" — cela ne vaut pas. Donc : ein berera. Objection, puis R. Yo'hanan Mais alors, même "s'il vient à l'est, mon erouv est à l'est" devrait être invalide ! R. Yo'hanan : le sage était déjà arrivé au crépuscule — il n'y a rien à clarifier, seul l'homme ignore. Conclusion acquise R. Yehouda : ein berera. Mais il admet la ketiva, l'écriture : les treize troncs du Temple portaient chacun son intitulé, et cela suffisait à éviter toute confusion. Le rebond : et à Yom Kippour ? Puisqu'il admet l'écriture, qu'on installe deux supports (kanim) dans le Heikhal et qu'on inscrive sur chacun : "sang du taureau" / "sang du bouc" ! La réponse : houlcha de-kohen gadol Épuisé par le jeûne et le service, il ne s'arrêtera pas à lire l'inscription. Preuve : ni la taille du récipient, ni la quantité de sang, ni sa couleur n'ont été jugées suffisantes.
Le parcours de la sougya : où la preuve est cherchée, où elle échoue, où elle est enfin trouvée.
2
מִמַּאי? דִּילְמָא שָׁאנֵי הָתָם כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא, אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי מֵאִיר: אִי אַתָּה מוֹדֶה שֶׁמָּא יִבָּקַע הַנּוֹד וְנִמְצָא שׁוֹתֶה טְבָלִים לְמַפְרֵעַ? וְאָמַר לָהֶם: לִכְשֶׁיִּבָּקַע.

D'où cela ? Peut-être est-ce différent là-bas, comme la braita en donne elle-même la raison : ils dirent à Rabbi Meir : ne reconnais-tu pas que l'outre risque d'éclater, et qu'il se trouvera alors avoir bu du tevel (produit non prélevé) rétroactivement ?

Et il leur répondit : lorsqu'elle éclatera [nous nous en soucierons].

📜 Rachi (1)
לִכְשֶׁיִּבָּקַע נָחוּשׁ לוֹ כְּלוֹמַר לָא חָייְשִׁינַן לְשֶׁמָּא יִבָּקַע דְּאֶפְשָׁר דְּמָסַר לֵיהּ לְשׁוֹמֵר:
Lorsqu'elle éclatera — nous nous en soucierons ; c'est-à-dire : nous ne craignons pas qu'elle éclate peut-être, car il lui est possible de la confier à un gardien.
💡 Explication

La guemara casse sa propre preuve. Si les trois Tanaim interdisent, ce n'est peut-être pas parce qu'ils refusent la berera comme principe, mais pour un motif purement pratique : beki'at ha-nod, l'outre peut se fendre avant qu'il ait séparé les prélèvements. Le vin se répandrait, rien ne serait jamais prélevé, et il se trouverait avoir bu du tevel.

Rabbi Meir répond par une formule de refus des scénarios : lekhchi-yibaka — le jour où elle éclatera, on avisera. Rachi ajoute que le risque est en outre maîtrisable : il peut confier l'outre à un gardien. Une objection de fait n'engage donc rien sur le principe de la berera : la preuve est abandonnée.

3
אֶלָּא, מִדְּתָנֵי אַיּוֹ. דְּתָנֵי אַיּוֹ, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין אָדָם מַתְנֶה עַל שְׁנֵי דְּבָרִים כְּאֶחָד.

Plutôt, [la preuve se tire] de ce qu'a enseigné Aiyo. Car Aiyo a enseigné : Rabbi Yehouda dit : un homme ne pose pas de condition sur deux choses à la fois.

📜 Rachi (1)
אֵין אָדָם מַתְנֶה עַל שְׁנֵי דְּבָרִים לְהַנִּיחַ שְׁנֵי עֵירוּבִין אֶחָד לַמִּזְרָח וְאֶחָד לַמַּעֲרָב שֶׁמָּא אִם יָבֹאוּ שְׁנֵי חֲכָמִים אֶחָד לַמִּזְרָח וְאֶחָד לַמַּעֲרָב וְלוֹמַר לְאֵי זֶה מֵהֶן שֶׁאֶרְצֶה אֵלֵךְ לְמָחָר לְפִי שֶׁקְּנִיַּית עֵירוּב בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת הִיא וּכְשֶׁזֶּה בּוֹרֵר לְמָחָר אוֹתוֹ שֶׁיִּרְצֶה לָא סָמְכִינַן אַבְּרֵירָה לוֹמַר הֻובְרַר שֶׁהָעֵירוּב לְצַד חָכָם זֶה קָנָה שְׁבִיתָה אֶמֶשׁ אֶלָּא עַל חָכָם אֶחָד וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְאֵיזֶה רוּחַ יָבֹא הוּא מַתְנֶה אִם בָּא לַמִּזְרָח עֵירוּבִי שֶׁל מִזְרָח יִקְנֶה וְאִם בָּא לַמַּעֲרָב עֵירוּבִי שֶׁל מַעֲרָב יִקְנֶה וְאִילּוּ לְכָאן וּלְכָאן עַל שְׁנֵי חֲכָמִים לִמְקוֹם שֶׁאֶרְצֶה אֵלֵךְ לֹא דְּאֵין בְּרֵירָה:
Un homme ne pose pas de condition sur deux choses — à savoir déposer deux erouvin, l'un à l'est et l'autre à l'ouest, dans l'éventualité où deux sages viendraient, l'un à l'est et l'autre à l'ouest, en disant : j'irai demain vers celui que je voudrai. Car l'acquisition de l'erouv se fait au crépuscule (bein ha-chemachot), et lorsque cet homme choisit demain celui qu'il veut, nous ne nous appuyons pas sur la berera pour dire qu'il est rétroactivement clarifié que c'est l'erouv placé du côté de ce sage-là qui a acquis la résidence hier soir. En revanche, s'il s'agit d'un seul sage et qu'il ignore de quel côté il viendra, il peut poser la condition : s'il vient à l'est, mon erouv de l'est acquerra ; s'il vient à l'ouest, mon erouv de l'ouest acquerra. Mais "ici et là", pour deux sages, en disant : j'irai là où je voudrai — non, car il n'y a pas de berera.
💡 Explication

Nouvelle tentative, tirée cette fois d'un enseignement transmis par le Sage Aiyo. Le cadre est celui de l'erouv tehoumin : en déposant avant l'entrée de Chabbat un repas à deux mille coudées de chez soi, on déplace le point de départ de son périmètre de déplacement. L'acquisition se fait exactement au crépuscule (bein ha-chemachot).

Le cas : deux sages doivent enseigner demain, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, et l'homme dépose deux erouvin en disant : "j'irai vers celui que je voudrai". Rabbi Yehouda le déclare invalide — c'est cela, "poser condition sur deux choses à la fois". Car son choix de demain devrait clarifier rétroactivement lequel des deux erouvin a pris effet hier soir : c'est exactement la berera, et il la refuse.

🖼️ Schéma
La braita d'Aiyo : deux erouvin, un ou deux sages, et la berera L'erouv acquiert la résidence de Chabbat au crépuscule (bein ha-chemachot). Tout se joue à cet instant. OUEST EST Sa maison vendredi soir Érouv ouest un pain déposé Érouv est un pain déposé le tehoum bascule vers l'ouest ou bien vers l'est un sage donne cours ici demain ? ou bien ici ? Cas 1 — VALIDE Un seul sage, déjà arrivé "S'il est venu à l'est, mon erouv est celui de l'est ; à l'ouest, celui de l'ouest." C'est la lecture de R. Yo'hanan : au crépuscule la réalité est déjà fixée. Seul l'homme l'ignore. Aucune berera n'est requise. Cas 2 — la question Un seul sage, pas encore venu Rachi : le sage est en chemin, en diagonale ; il peut encore bifurquer à l'est ou à l'ouest. Alors la aussi il faudrait dire ein berera — d'où la question de la guemara. C'est ce cas que R. Yo'hanan écarte. Cas 3 — PASSOUL Deux sages, un de chaque côté "J'irai demain vers celui que je voudrai" — lekhan ou-lekhan. Rien n'est fixé au crépuscule : c'est son choix de demain qui trancherait rétroactivement. R. Yehouda refuse : ein berera.
La géométrie de l'erouv et les trois cas d'Aiyo : ce qui est fixé au crépuscule décide de tout.
4
אֶלָּא: אִם בָּא חָכָם לַמִּזְרָח — עֵירוּבוֹ לַמִּזְרָח. לַמַּעֲרָב — עֵירוּבוֹ לַמַּעֲרָב. אֲבָל לְכָאן וּלְכָאן — לֹא.

Plutôt : si le sage vient à l'est — son erouv est celui de l'est ; s'il vient à l'ouest — son erouv est celui de l'ouest. Mais "ici et là" — non.

💡 Explication

La braita oppose deux formulations. Celle qui est admise fait dépendre l'erouv d'un fait extérieur unique : la venue d'un seul sage, d'un côté ou de l'autre. Celle qui est refusée, lekhan ou-lekhan, laisse la décision à la volonté future de l'homme lui-même : deux sages viendront, et il choisira.

Cette opposition entre ce qui dépend d'autrui et ce qui dépend de soi sera précisément le pivot du grand Tossefot du segment suivant : c'est le critère que Rav retient et que Rabbi Yo'hanan, lui, n'utilise pas.

5
וְהָוֵינַן בָּהּ: מַאי שְׁנָא לְכָאן וּלְכָאן דְּלָא, דְּאֵין בְּרֵירָה.

Et nous avons discuté là-dessus : quelle différence y a-t-il avec "ici et là", qui n'est pas valable ? [Réponse :] parce qu'il n'y a pas de berera.

📜 Rachi (1)
וְהָוֵינַן בָּהּ דקס"ד בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת עֲדַייִן חָכָם לֹא בָּא וְהוּא בַּאֲלַכְסוֹן וְיוּכַל לָבֹא מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ לַמִּזְרָח וְלַמַּעֲרָב וּבָא לוֹ לְאֶחָד מֵהֶן:
Et nous avons discuté là-dessus — car nous pensions qu'au crépuscule le sage n'était pas encore arrivé, qu'il se trouve en diagonale (ba-alakhson) et pourrait venir, une fois la nuit tombée, aussi bien à l'est qu'à l'ouest ; et il est venu vers l'un des deux.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי שְׁנָא לְכָאן וּלְכָאן [דְּלָא] דְּאֵין בְּרֵירָה עַל כָּרְחָךְ רַבִּי יוֹחָנָן לָא מְפַלֵּיג בֵּין תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ לְתוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים דְּאִי מְפַלֵּיג מַאי פָּרֵיךְ לֵימָא לְכָאן וּלְכָאן תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ הוּא וּמִזְרָח וּמַעֲרָב תּוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים הוּא אֲבָל רַב דְּקָאָמַר בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף לוֹ:) לֵיתָא לְמַתְנִיתִין דְּהָתָם דְּאִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵירָה וּפָרִיךְ אַדְּרַבָּה לֵיתָא לִדְאַיּוֹ מִקַּמֵּי מַתְנִיתִין וּמְשַׁנֵּי לֵיתָא לְמַתְנִיתִין מִקַּמֵּי [. בָּרָייְתוֹת] דְּהַלּוֹקֵחַ וּדְאַיּוֹ דְּסַמֵּי חֲדָא מִקַּמֵּי תַּרְתֵּי וּמַקְשִׁים לְשָׁם אַדְּרַבָּה לֵיתָא לְהַהִיא דְּהַלּוֹקֵחַ וּדְאַיּוֹ מִקַּמֵּי מַתְנִיתִין דְּעֵירוּבִין וּמַתְנִי' דְּגִיטִּין (דַּף עג.) מַה הִיא בְּאוֹתָן הַיָּמִים וּבָרַיְיתָא דִּמְרֻובָּה (בּ"ק דַּף סט.) דְּשַׁחֲרִית בַּעַל הַבַּיִת אוֹמֵר כָּל שֶׁיְּלַקְּטוּ עֲנִיִּים הַיּוֹם יְהֵא הֶפְקֵר דִּבְהָנָךְ אִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵירָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּרַב וַדַּאי מְחַלֵּק בֵּין תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ לְתוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים וְהַהִיא דְּגִיטִּין וְדִמְרֻובָּה תּוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים הִיא וְאִם כֵּן לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּלָא מְפַלֵּיג סְבִירָא לֵיהּ לֵיתָא לִדְאַיּוֹ וּדְהַלּוֹקֵחַ מִקַּמֵּי [הָנֵי מַתְנִיתוֹת] ואע"ג דִּבְפֶ' מַשִּׁילִין (בֵּיצָה דַּף לז:) פָּרֵיךְ אַהָא דְקָאָמַר דִּלֵּר' יוֹחָנָן בִּדְרַבָּנָן אִית לֵיהּ בְּרֵירָה מִדְּפָרֵישׁ רַבִּי יוֹחָנָן מִילְּתֵיהּ דְּאַיּוֹ אַלְמָא הָכִי סְבִירָא לֵיהּ וַהֲדַר בֵּיהּ מִכֹּחַ הַהִיא קֻושְׁיָא אַלְמָא דִּלְרַבִּי יוֹחָנָן אִיתָא לִדְאַיּוֹ יֵשׁ לוֹמַר דְּלָאו מִכֹּחַ הַהִיא קֻושְׁיָא הָדַר בֵּיהּ וּבְלָאו הָכִי נִיחָא לֵיהּ לְשַׁנּוֹיֵי לְעוֹלָם לָא תֵּיפוֹךְ וְתֵימַהּ אַלִּיבָּא דְּמַאן קָמַייְתֵי בִּשְׁמַעְתָּא מִדְּאַיּוֹ אִי אַלִּיבָּא דְּרַב מַאי מַיְיתֵי מִדְּאַיּוֹ דְּהָוֵי תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ לְהַהִיא דְּשׁוֹפָרוֹת דְּהָוֵי תּוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים דְּאַדְּרַבָּה בְּתוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים אִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵירָה וְאִי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן קָא מַיְיתֵי הָא לְדִידֵיהּ לֵיתָא לִדְאַיּוֹ וצ"ל דְּאַלִּיבָּא דְּרַב קָאָמַר הָכָא וְהַהִיא דְּשׁוֹפָרוֹת חָשׁוּב כְּתוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ כֵּיוָן דְּאֵין הַקִּינִּין מִתְפָּרְשׁוֹת אֶלָּא בִּלְקִיחַת בְּעָלִים אִי [נָמֵי] בַּעֲשִׂיַּית כֹּהֵן תְּלִייָּה שֶׁדַּעַת כֹּהֵן הַמַּקְרִיב חָשׁוּב כְּמוֹ הִיא עַצְמָהּ וּבְהָא נָמֵי מִיתָּרְצָא מַאי דק"ל מַאי קָאָמַר לֵיתָא לְמַתְנִיתִין מִקַּמֵּי דְּאַיּוֹ וּדְהַלּוֹקֵחַ וְהָא מִלְּתָא דר"י אֵינָהּ מִשְׁנָה בְּהַהִיא דְּהַלּוֹקֵחַ אֶלָּא בָּרַיְיתָא הִיא וְאַמַּאי סָמֵינַן מַתְנִיתִין דְּעֵירוּבִין מִקַּמֵּי תְּרֵי בָּרָיְיתוֹת רַבִּי לֹא שְׁנָאָהּ רַבִּי חִיָּיא מִנַּייִן לוֹ אַדְּרַבָּה סַמִּי אֲפִילּוּ בָּרָייְתוֹת טוּבָא מִקַּמֵּי חֲדָא מַתְנֵי' וְהָיָה נִרְאֶה לִי לְתָרֵץ דְּרַב לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר בְּפֶרֶק הַגּוֹזֵל קַמָּא (בּ"ק דַּף צו:) בגמ' אוֹמֵר לוֹ בַּעֲבָדִים הֲרֵי שֶׁלְּךָ לְפָנֶיךָ סַמִּי מַתְנֵי' מִקַּמֵּי תְּרֵי בָּרָיְיתוֹת וּלְפִי מַה שֶּׁפֵּי' דְּהַהִיא דְּשׁוֹפָרוֹת חֲשִׁיב תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ נִיחָא דִּבְלָאו הָכִי אִיכָּא לְמֵימַר לֵיתָא לְמִתְנֵי' דְּעֵירוּבִין מִקַּמֵּי מַתְנֵי' דְּשׁוֹפָרוֹת וּדְהַלּוֹקֵחַ וּדְאַיּוֹ וְהָא דְּלָא מַיְיתֵי לָהּ הָתָם מִשּׁוּם דְּאֵינָהּ פְּשׁוּטָה כָּל כָּךְ שֶׁיְּהֵא טַעְמוֹ שֶׁלְּרַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם דְּאֵין בְּרֵירָה דְּהָא דָּייְקִינַן עֲלָהּ טוּבָא בִּשְׁמֻעַת' וּמֵהַשְׁתָּא נָמֵי נִיחָא דְּלָא נִצְטָרֵךְ לִדְחֹוק וְלוֹמַר דְּרַבִּי יוֹחָנָן פְּלִיג עַל רַב וְקָסָבַר לֵיתָא לִדְאַיּוֹ כִּי זֶהוּ דֹּוחַק וְעוֹד דְּקַשְׁיָא מֵהַהִיא דְּשִׁילְהֵי בֵּיצָה כִּדְפָרֵישׁ' אֶלָּא נֵימָא דִּלְרַבִּי יוֹחָנָן נָמֵי מִדְּקָא מְפָרֵשׁ לְמִלְּתֵיהּ דְּאַיּוֹ אַלְמָא קָסָבַר כְּוָתֵיהּ וּסְבִירָא לֵיהּ דְּלֵיתָא לְמִתְנֵי' דְּעֵירוּבִין וּבָרַייְתָא דְּכֹל שֶׁיִּלְקְטוּ מִקַּמֵּי מַתְנֵי' דִּשְׁקָלִים דְּשׁוֹפָרוֹת וּמִקַּמֵּי הַהִיא דְּהַלּוֹקֵחַ וּדְאַיּוֹ וְהַהִיא דְּמַה הִיא בְּאוֹתָן הַיָּמִים סְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּלָא דָּיְיקִינַן מִינָּהּ דְּיֵשׁ בְּרֵירָה מִשּׁוּם דִּלְכִי מָיֵית הָוֵי גִּיטָּא דִּילְמָא לְכִי מָייֵת זְקוּקָה לַיָּבָם וְחוֹלֶצֶת וְלֹא מִתְייַבֶּמֶת וְכָל זְמַן שֶׁבַּעְלָהּ חַי הֲרֵי הִיא כְּאֵשֶׁת אִישׁ לְכָל דְּבָרֶיהָ ולפ"ז מַיְיתֵי שַׁפִּיר בִּשְׁמַעְתָּא מִדְּאַיּוֹ בֵּין לְרַב בֵּין לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּתַרְוַיְיהוּ אִית לְהוּ שַׁפִּיר דְּאַיּוֹ וְרַבֵּינוּ אֶלְחָנָן תֵּירֵץ דְּאַלִּיבָּא דְּרַב קָאָמַר דְּלָא קָאָמַר מִידִי כְּגוֹן הַהוּא דִּלְעֵיל דְּרָבָא וּמְדַמֵּי בְּרֵירָה דְּתוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים לְהֵיכָא דְּאָמַר וּמְבָרֵר דְּבָרָיו מִתְּחִלָּה כְּמוֹ הַהוּא דְּאַיּוֹ אַף עַל גַּב דְּתוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ הָוֵי:
En quoi "ici et là" est-il différent, qui n'est pas valable, parce qu'il n'y a pas de berera — force est de dire que Rabbi Yo'hanan ne distingue pas entre celui qui fait dépendre la chose de sa propre volonté (tole be-da'at atsmo) et celui qui la fait dépendre de la volonté d'autrui (tole be-da'at aherim) ; car s'il distinguait, quelle serait sa question ? Qu'il dise donc : "ici et là" dépend de sa propre volonté, tandis que "l'est et l'ouest" dépend de la volonté d'autrui ! Mais Rav, qui dit au chapitre Be-khôl mearvin (Erouvin 36b) que la michna de là-bas — selon laquelle Rabbi Yehouda admet la berera — est écartée ; et l'on objecte : au contraire, écartons l'enseignement d'Aiyo devant la michna ! Et il répond : c'est la michna qui est écartée devant les braitot de "celui qui achète" et d'Aiyo, car on écarte un texte devant deux. Et l'on objecte encore là-bas : au contraire, écartons "celui qui achète" et Aiyo devant la michna d'Erouvin, la michna de Guitin (73a) "quel est son statut pendant ces jours-là", et la braita de Merouba (Baba Kama 69a) selon laquelle le maître de maison déclare le matin : tout ce que les pauvres glaneront aujourd'hui sera sans maître (hefker) — car dans ces cas-là Rabbi Yehouda admet la berera. On peut répondre que Rav, assurément, distingue entre dépendre de sa propre volonté et dépendre de celle d'autrui, et que les cas de Guitin et de Merouba dépendent de la volonté d'autrui. Dès lors, pour Rabbi Yo'hanan qui ne distingue pas, il faut tenir que l'enseignement d'Aiyo et celui de "celui qui achète" sont écartés devant ces michnayot. Et bien qu'au chapitre Machilin (Betsa 37b) on objecte, contre l'affirmation que pour Rabbi Yo'hanan il y a berera dans les lois rabbiniques, que Rabbi Yo'hanan explique lui-même l'enseignement d'Aiyo — signe qu'il le tient — et qu'il se rétracte sous l'effet de cette objection, ce qui montre que pour Rabbi Yo'hanan l'enseignement d'Aiyo demeure : on peut répondre que ce n'est pas sous l'effet de cette objection qu'il se rétracte, et que de toute manière il lui convenait de répondre : en vérité, ne renverse pas les positions. Et il y a lieu de s'étonner : selon qui notre sougya tire-t-elle argument d'Aiyo ? Si c'est selon Rav — que vient prouver Aiyo, qui est un cas de dépendance à sa propre volonté, pour le cas des troncs du Temple, qui est un cas de dépendance à la volonté d'autrui ? Au contraire, dans la dépendance à la volonté d'autrui, Rabbi Yehouda admet la berera ! Et si c'est selon Rabbi Yo'hanan — pour lui l'enseignement d'Aiyo est écarté ! Il faut donc dire qu'ici l'on raisonne selon Rav, et que le cas des troncs est considéré comme dépendant de sa propre volonté, puisque les nids (kinnin) ne se déterminent que par l'achat des propriétaires ; ou bien, même si la détermination dépend de l'acte du cohen, la volonté du cohen qui offre est considérée comme celle du propriétaire lui-même. Et cela résout aussi une difficulté qui nous pesait : comment peut-on dire que la michna est écartée devant Aiyo et "celui qui achète", alors que la parole de Rabbi Yehouda dans "celui qui achète" n'est pas une michna mais une braita ? Pourquoi écarterions-nous la michna d'Erouvin devant deux braitot ? "Rabbi ne l'a pas enseignée : d'où Rabbi Hiya le tiendrait-il ?" — au contraire, on écarte même de nombreuses braitot devant une seule michna ! Et il me semblait répondre que Rav suit sa propre ligne, lui qui dit au chapitre Ha-gozel kama (Baba Kama 96b), dans la guemara "il lui dit, pour les esclaves : voici ton bien devant toi", que l'on écarte une michna devant deux braitot. Mais selon l'explication donnée, que le cas des troncs est considéré comme dépendant de sa propre volonté, tout s'arrange : de toute façon on peut dire que la michna d'Erouvin est écartée devant la michna des troncs (Chekalim), celle de "celui qui achète" et celle d'Aiyo. Et si on ne l'a pas invoquée là-bas, c'est parce qu'il n'est pas si évident que la raison de Rabbi Yehouda soit l'absence de berera — puisque notre sougya doit précisément le déduire au terme de longues déductions. Dès lors, tout va bien : nous n'aurons pas besoin de forcer en disant que Rabbi Yo'hanan diverge de Rav et tient que l'enseignement d'Aiyo est écarté — ce qui est forcé — et qui, de plus, fait difficulté depuis le passage de la fin de Betsa, comme nous l'avons expliqué. Disons plutôt que pour Rabbi Yo'hanan aussi, du fait qu'il explique l'enseignement d'Aiyo, il tient comme lui, et qu'il écarte la michna d'Erouvin et la braita de "tout ce qu'ils glaneront" devant la michna des troncs dans Chekalim, celle de "celui qui achète" et celle d'Aiyo. Quant au cas "quel est son statut pendant ces jours-là", Rabbi Yo'hanan tient qu'on n'en déduit pas qu'il y a berera au motif qu'à la mort du mari ce serait rétroactivement un guet ; car peut-être, à sa mort, se trouvera-t-elle liée au yavam et devra-t-elle faire la halitsa sans yiboum ; et tant que son mari est vivant, elle est à tous égards une femme mariée. Selon cela, notre sougya tire à bon droit argument d'Aiyo, aussi bien selon Rav que selon Rabbi Yo'hanan, puisque tous deux retiennent bel et bien l'enseignement d'Aiyo. Et Rabbenou Elhanan a répondu que l'on raisonne selon Rav, lequel n'a rien énoncé d'explicite, comme dans le cas de Rava plus haut ; et il assimile la berera de celui qui fait dépendre la chose de la volonté d'autrui au cas de celui qui énonce et clarifie ses paroles dès le départ, comme dans le cas d'Aiyo, bien que celui-ci fasse dépendre la chose de sa propre volonté.
💡 Explication

La guemara d'Erouvin, citée ici, avait déjà posé la question et répondu que le motif du refus est l'absence de berera. C'est ce qui fait de la braita d'Aiyo une preuve utilisable pour notre sougya : Rabbi Yehouda rejette bel et bien la berera.

Le Tossefot de ce segment est l'un des plus denses du traité. Il constate que les sources se contredisent : ici Rabbi Yehouda refuse la berera, ailleurs (Erouvin 36b, Guitin 73a, Baba Kama 69a) il l'admet. Deux stratégies de tri s'opposent — celle de Rav, qui distingue tole be-da'at atsmo (dépendre de sa propre volonté future) de tole be-da'at aherim (dépendre d'un fait ou d'autrui), et celle de Rabbi Yo'hanan, qui ne peut pas user de cette distinction, sans quoi sa question tomberait d'elle-même.

🖼️ Schéma
Le Tossefot de "mai chena lekhan ou-lekhan" : qui écarte quel texte ? Les sources se contredisent sur la berera chez R. Yehouda. Deux stratégies de tri, et le critère qui les sépare. Rav (Erouvin 36b) Il DISTINGUE deux familles de cas tole be-da'at atsmo — cela dépend de sa propre volonté future : R. Yehouda refuse. tole be-da'at aherim — cela dépend d'un fait extérieur ou de la volonté d'autrui : il admet. Il écarte donc la michna d'Erouvin (où R. Yehouda semble admettre la berera) devant deux braitot : celle du vin des Koutim et celle d'Aiyo — "on écarte un texte devant deux". Guitin 73a et Baba Kama 69a : da'at aherim, donc admis. Rabbi Yo'hanan (notre sougya) Il ne DISTINGUE pas Preuve de Tossefot : s'il distinguait, sa question tomberait d'elle-même. Il pourrait répondre que "ici et là" dépend de sa volonté, tandis que "est ou ouest" dépend de celle du sage. Il doit donc trier autrement. Première idée : écarter Aiyo. Mais Betsa 37b montre qu'il explique la braita d'Aiyo — donc il la retient. Tossefot propose l'inverse : c'est la michna d'Erouvin qui cède devant Chekalim, le vin des Koutim et Aiyo. La difficulté centrale : selon qui notre sougya raisonne-t-elle ? Si c'est selon Rav : Aiyo est un cas de da'at atsmo, alors que les troncs du Temple dépendent d'autrui — la preuve ne porte pas. Si c'est selon R. Yo'hanan : la braita d'Aiyo aurait été écartée — il n'y aurait rien à en tirer. Tossefot : les nids sont eux aussi da'at atsmo, car ils ne se déterminent que par l'achat des propriétaires. L'issue proposée : les deux maîtres retiennent Aiyo Si l'on admet que le cas des troncs relève de sa propre volonté, la preuve vaut pour Rav comme pour R. Yo'hanan. Quant à Guitin 73a, R. Yo'hanan n'y voit pas de berera : peut-être la femme se trouvera-t-elle liée au yavam. Rabbenou Elhanan répond autrement : on raisonne selon Rav, qui assimile ce cas à une clarification énoncée dès le départ.
La carte du Tossefot : quel maître distingue quoi, quels textes chacun écarte, et la sortie proposée — les nids du Temple relèveraient eux aussi de la propre volonté du propriétaire.
6
לְמִזְרָח וּמַעֲרָב נָמֵי אֵין בְּרֵירָה?

Mais pour l'est et l'ouest non plus, il ne devrait pas y avoir de berera !

📜 Rachi (1)
מִזְרָח וּמַעֲרָב נָמֵי כְּשֶׁתָּלָה זֶה עֵירוּבוֹ בְּדַעַת הֶחָכָם לוֹמַר יִקְנֶה עֵירוּב לָרוּחַ שֶׁהֶחָכָם בָּא לָהּ אֵין בְּרֵירָה שֶׁמָּא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת הָיָה בְּדַעְתּוֹ שֶׁל חָכָם לָרוּחַ שֶׁכְּנֶגְדָּהּ:
L'est et l'ouest aussi — lorsque cet homme fait dépendre son erouv de la volonté du sage, en disant : que l'erouv acquière du côté où le sage viendra, il n'y a pas de berera ; car peut-être, au crépuscule, la volonté du sage allait-elle vers le côté opposé.
💡 Explication

Objection interne. Si le refus de "ici et là" tient à l'absence de berera, la formule admise devrait tomber elle aussi. Car là aussi, au moment où l'erouv doit prendre effet, on ignore de quel côté le sage viendra : c'est seulement demain que la chose se décidera. Il faudrait donc, là aussi, un éclaircissement rétroactif.

Rachi affine la difficulté : l'homme a suspendu son erouv à la volonté du sage, et rien ne dit que cette volonté était déjà arrêtée au crépuscule — peut-être le sage pensait-il alors se rendre du côté opposé.

7
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּשֶׁכְּבָר בָּא חָכָם.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : [il s'agit du cas] où le sage était déjà arrivé.

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כְּשֶׁכְּבָר בָּא חָכָם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּקָנָה עֵירוּב לְאוֹתוֹ הָרוּחַ שֶׁכָּךְ הִתְנָה זֶה מִבְּעוֹד יוֹם:
Et Rabbi Yo'hanan a dit : lorsque le sage était déjà arrivé — au crépuscule ; de sorte que l'erouv a acquis pour ce côté-là, ainsi qu'il l'avait stipulé alors qu'il faisait encore jour.
💡 Explication

Réponse de Rabbi Yo'hanan, qui sauve la formule admise sans concession sur le principe. Dans le cas de la braita, le sage était déjà arrivé au crépuscule : au moment précis où l'erouv devait prendre effet, la réalité était entièrement déterminée. Seul l'homme l'ignorait.

La distinction est décisive et vaut bien au-delà de l'erouv : la berera n'est pas une simple ignorance à lever, c'est une indétermination réelle au moment de l'acte. Un fait déjà accompli mais inconnu ne demande aucune berera ; un fait qui n'existe pas encore en demanderait une — et Rabbi Yehouda la refuse. Voilà la preuve enfin acquise, et donc la réponse à la question des nids d'obligation : faute de berera, on ne pouvait pas rattraper après coup un mélange de fonds.

8
וְהַשְׁתָּא דְּאָמְרִינַן לְרַבִּי יְהוּדָה אֵין בְּרֵירָה, הָא כְּתִיבָה אִית לֵיהּ! יוֹם הַכִּפּוּרִים נָמֵי, נַעֲבֵיד תְּרֵי וְנִכְתּוֹב עֲלַיְיהוּ!

Et maintenant que nous avons dit que, pour Rabbi Yehouda, il n'y a pas de berera — il admet donc l'écriture ! Alors pour Yom Kippour aussi : faisons deux supports (kanim) et écrivons dessus !

📜 Rachi (2)
וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ טַעְמָא דְּר' יְהוּדָה בִּקְנֵי חוֹבָה מִשּׁוּם דִּבְרֵירָה לֵית לֵיהּ אֲבָל כְּתִיבָה אִית לֵיהּ:
Et maintenant que tu as dit — que la raison de Rabbi Yehouda à propos des nids d'obligation est qu'il n'admet pas la berera, mais qu'il admet en revanche l'écriture.
יוֹם הַכִּפּוּרִים דְּקָאָמַר לֹא הָיָה שָׁם אֶלָּא כַּן אֶחָד לֶיעֱבֵיד תְּרֵי וְכוּ':
Yom Kippour — dont il dit qu'il n'y avait là qu'un seul support : que l'on en fasse deux, etc.
💡 Explication

Retournement. Si Rabbi Yehouda ne dit "pas de tronc pour les nids d'obligation" que par refus de la berera, c'est donc qu'il accepte l'autre moyen d'éviter la confusion : la ketiva, l'inscription. Les treize troncs du Temple portaient d'ailleurs chacun son intitulé.

Or Rabbi Yehouda soutenait aussi qu'il n'y avait qu'un seul kan (support) dans le Heikhal pour poser le récipient de sang, ce qui obligeait le cohen gadol à une chorégraphie précise. Pourquoi, dans ce cas, ne pas installer deux supports portant chacun son inscription — "sang du taureau", "sang du bouc" ? La sougya quitte ici la berera et revient au service du jour.

9
מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דְּכֹהֵן גָּדוֹל לָאו אַדַּעְתֵּיהּ. דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, בְּלֹא כְּתִיבָה נָמֵי, הַאי נְפִישׁ וְהַאי זוּטַר.

C'est en raison de la faiblesse du cohen gadol qu'il n'y prêtera pas attention. Car si tu ne dis pas ainsi — sans écriture non plus [il ne se tromperait pas] : celui-ci est grand et celui-là est petit.

📜 Rachi (1)
לָאו אַדַּעְתֵּיהּ לְעַיּוֹנֵי בִּכְתִיבָה:
Il n'y prête pas attention — à examiner l'écriture.
💡 Explication

Réponse : houlcha de-kohen gadol. À jeun depuis la veille, en plein enchaînement de services, le cohen gadol ne s'arrêtera pas pour lire une inscription — Rachi : là-iyouni bi-khtiva, se pencher sur l'écrit.

Et la guemara construit aussitôt la preuve de cette faiblesse : si l'on ne craignait pas son épuisement, l'inscription serait de toute façon superflue, car les deux récipients se distinguent déjà à l'œil nu — celui du taureau est grand, celui du bouc est petit. Si l'on redoute malgré tout la confusion, c'est bien que rien de ce qui se voit ne l'atteint.

10
וְכִי תֵּימָא לָא מְקַבֵּיל לֵיהּ כֻּולֵּיהּ, וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה: הַשּׁוֹחֵט צָרִיךְ שֶׁיְּקַבֵּל אֶת כָּל דָּמוֹ שֶׁל פַּר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאֵת כָּל דַּם הַפָּר יִשְׁפֹּוךְ אֶל יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ״.

Et si tu dis qu'il ne recueille pas tout [le sang du taureau, de sorte que les deux récipients seraient de même taille] — mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit : celui qui abat doit recueillir tout le sang du taureau, ainsi qu'il est dit : "et tout le sang du taureau, il le versera au socle de l'autel" (Vayikra 4:7) ?

💡 Explication

Première échappatoire : peut-être ne recueille-t-il qu'une partie du sang du taureau, ce qui égaliserait les volumes et rendrait les récipients semblables. Réfutée par une halakha de Rav Yehouda, ancrée dans le verset du taureau du cohen oint : il faut recueillir tout le sang.

La différence de contenance est donc structurelle, imposée par la loi elle-même : le récipient du taureau doit pouvoir tout contenir.

11
וְכִי תֵּימָא: דִּילְמָא מִשְׁתְּפִיךְ מִינֵּיהּ — הַאי חִיוָּר וְהַאי סֻומָּק. אֶלָּא, מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דְּכֹהֵן גָּדוֹל לָאו אַדַּעְתֵּיהּ. הָכָא נָמֵי, מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דְּכֹהֵן גָּדוֹל לָאו אַדַּעְתֵּיהּ.

Et si tu dis : peut-être s'en est-il répandu une partie — [alors] celui-ci est pâle et celui-là est rouge ! Plutôt : c'est en raison de la faiblesse du cohen gadol qu'il n'y prête pas attention.

Ici aussi : en raison de la faiblesse du cohen gadol, il n'y prêtera pas attention.

📜 Rachi (1)
דַּם הַפָּר סֻומָּק כְּדַאֲמָרָן בְּאִידָךְ פִּירְקִין (דַּף מה.) שֶׁדּוֹמֶה לְדַם הַפָּרִים:
Le sang du taureau est rouge, comme nous l'avons dit dans un autre chapitre (45a), qu'il ressemble au sang des taureaux.
💡 Explication

Seconde échappatoire : du sang a pu se répandre, égalisant les volumes. Elle tombe sur un dernier signe, celui-là insensible à la quantité : la couleur. Le sang du bouc est pâle (hivar), celui du taureau rouge sombre (soumak) — Rachi renvoie à Yoma 45a, où une teinte est décrite comme "semblable au sang des taureaux".

Conclusion en deux temps, la même phrase servant deux fois : puisque l'on craint malgré tout l'erreur, c'est que la faiblesse du cohen gadol lui fait manquer même l'évidence visuelle ; et si elle lui fait manquer taille et couleur, elle lui fera à plus forte raison manquer une inscription. Deux supports écrits n'auraient donc rien réglé.

🖼️ Schéma
Pourquoi l'écriture ne sauverait pas les deux supports : la cascade de la guemara Trois signes distinguaient déjà les deux récipients de sang. Aucun n'a été jugé suffisant. Signe 1 — la taille du récipient Le taureau donne beaucoup de sang, le bouc peu : "celui-ci est grand et celui-là est petit". Il ne devrait jamais les confondre, même sans inscription. Échappatoire : "il n'en recueille pas tout" Réfutée par Rav Yehouda : celui qui abat doit recueillir TOUT le sang du taureau — "et tout le sang du taureau, il le versera au socle de l'autel" (Vayikra 4:7). Signe 2 — la couleur du sang Celui du bouc est pâle (hivar), celui du taureau est rouge sombre (soumak) — Rachi renvoie à Yoma 45a, "une teinte semblable au sang des taureaux". Échappatoire : "du sang a pu se répandre" Les volumes seraient alors égaux — mais la couleur, elle, ne change pas. Il devrait encore les distinguer d'un seul regard. Conclusion : houlcha de-kohen gadol, lao ada'ateih Si l'on craignait malgré tout la confusion, c'est que le cohen gadol, épuisé par le jeûne et par l'enchaînement du service, ne prête attention à rien de tout cela. Ni taille, ni couleur — donc pas davantage à une inscription, qu'il faudrait s'arrêter pour lire (Rachi : "là-iyouni bi-khtiva"). La conséquence pratique retenue par R. Yehouda Un seul kan dans le Heikhal, et un ordre de gestes qui rend l'erreur impossible : il prend d'abord le récipient qui s'y trouve, puis y pose l'autre. Jamais les deux ensemble sur un même support.
La cascade : chaque signe distinctif est proposé, chaque échappatoire est fermée, et il ne reste que la faiblesse du cohen gadol pour expliquer la crainte de l'erreur.
12
הָהוּא דִּנְחֵית קַמֵּיהּ דְּרָבָא, אֲמַר: יָצָא וְהִנִּיחוֹ עַל כַּן שֵׁנִי שֶׁבַּהֵיכָל, נָטַל דַּם הַפָּר, וְהִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר.

Un certain [officiant] descendit [devant l'arche] en présence de Rava et dit : "Il sortit et le posa sur le second support qui était dans le Heikhal ; il prit le sang du taureau et posa le sang du bouc."

📜 Rachi (1)
הַהוּא שְׁלִיחַ צִבּוּר דְּנָחִית קַמֵּיהּ דְּרָבָא וְהָיָה אוֹמֵר סֵדֶר יוֹם הַכִּפּוּרִים בִּתְפִלָּה כְּמוֹ שֶׁאָנוּ אוֹמְרִים:
Un certain — officiant (chelia'h tsibbour), qui descendit devant Rava et disait l'ordre du service de Yom Kippour dans la prière, comme nous le disons nous-mêmes.
💡 Explication

Passage à une scène de synagogue. Le chelia'h tsibbour récite, dans la prière de Yom Kippour, l'ordre du service du cohen gadol — ce que nous appelons le seder ha-avoda, et que Rachi décrit déjà comme une pratique établie de son temps.

Sa formule contient deux éléments : "le second support" — donc il y en avait deux — et un ordre de gestes, "il prit le sang du taureau puis posa le sang du bouc". Rava va relever que ces deux détails n'appartiennent pas au même avis.

13
אֲמַר לֵיהּ: חֲדָא כְּרַבָּנַן וַחֲדָא כְּרַבִּי יְהוּדָה?! אֵימָא: הִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר, וְנָטַל דַּם הַפָּר.

Il lui dit : l'un [de tes propos] est selon les Sages et l'autre selon Rabbi Yehouda ?! Dis plutôt : il posa le sang du bouc, puis prit le sang du taureau.

📜 Rachi (2)
חֲדָא כְּרַבָּנָן דַּאֲמַרְתְּ כֵּן הַשֵּׁנִי:
L'un selon les Sages — puisque tu as dit "le second support".
וַחֲדָא כְּרַבִּי יְהוּדָה דַּאֲמַרְתְּ נָטַל תְּחִילָּה וְאַחַר כָּךְ הִנִּיחַ אַלְמָא לֹא הָיָה כֵּן שֵׁנִי לְהַנִּיחוֹ לְכָךְ הֻוצְרַךְ לִיטֹּול תְּחִילָּה:
Et l'autre selon Rabbi Yehouda — puisque tu as dit qu'il prit d'abord et posa ensuite ; ce qui montre qu'il n'y avait pas de second support où le poser, et que c'est pourquoi il a dû prendre d'abord.
💡 Explication

Rava corrige la formule liturgique. Selon les Sages, il y avait deux supports d'or dans le Heikhal : chaque récipient avait sa place, si bien que le cohen gadol pouvait d'abord poser le sang du bouc sur le sien, puis prendre le sang du taureau sur l'autre. Selon Rabbi Yehouda, il n'y avait qu'un seul support : la place étant unique, il fallait nécessairement prendre d'abord le récipient qui s'y trouvait, puis y poser l'autre.

L'officiant avait combiné les deux : "le second support" (les Sages) et "il prit puis posa" (Rabbi Yehouda). Rava exige une formule cohérente — celle des Sages de bout en bout. Leçon de méthode : une liturgie qui récite une halakha doit suivre un seul avis, sans mosaïque.

🖼️ Schéma
Un kan ou deux ? La faute liturgique relevée par Rava Les Sages : deux supports kan numéro 1 kan numéro 2 Chaque récipient a sa place attitrée. Il peut donc d'abord POSER le sang du bouc sur son support, puis PRENDRE le sang du taureau sur l'autre. Ordre : poser, puis prendre. Rabbi Yehouda : un seul support le kan unique La place est unique : il faut d'abord PRENDRE le sang du taureau qui s'y trouve, et seulement ensuite y POSER le sang du bouc. Ordre : prendre, puis poser. Ce que disait l'officiant devant Rava "Il le posa sur le SECOND kan qui était dans le Heikhal" (= les Sages) ... "il PRIT le sang du taureau, puis POSA celui du bouc" (= R. Yehouda). Une seule phrase, deux avis incompatibles. La correction de Rava "Dis plutôt : il POSA le sang du bouc, et PRIT le sang du taureau" — la formule entière selon les Sages, sans mélange d'opinions.
Un support ou deux : chaque avis impose son ordre de gestes, et l'officiant les avait mélangés.
14
וְהִזָּה מִמֶּנּוּ עַל הַפָּרֹוכֶת כְּנֶגֶד אָרוֹן מִבַּחוּץ. תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְכֵן יַעֲשֶׂה לְאֹהֶל מוֹעֵד״, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? כְּשֵׁם שֶׁמַּזֶּה לִפְנַי לְפָנִים — כָּךְ מִזֶּה בַּהֵיכָל.

"Et il aspergea de ce sang sur le parokhet (le rideau), face à l'arche, depuis l'extérieur." Nos maîtres ont enseigné : "et ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation" (Vayikra 16:16) — que vient enseigner ce verset ? De même qu'il asperge dans le lieu le plus intérieur (lifnai ve-lifnim), ainsi asperge-t-il dans le Heikhal.

💡 Explication

La sougya revient à la michna et au fil du service. Après les aspersions faites à l'intérieur du Saint des Saints, le cohen gadol asperge dans le Heikhal, en direction du parokhet, face à l'emplacement de l'arche mais depuis l'extérieur.

La braita demande ce qu'ajoute la formule "et ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation", puisque les gestes du Heikhal semblaient déjà décrits. Réponse : ce membre de phrase transporte tel quel le schéma entier des aspersions d'un lieu à l'autre — c'est un principe d'analogie interne au verset, et non une nouvelle prescription.

15
מַה לִפְנַי לִפְנִים, אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה מִדַּם הַפָּר — כָּךְ מִזֶּה בַּהֵיכָל. וּכְשֵׁם שֶׁלִּפְנַי לִפְנִים, אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה מִדַּם הַשָּׂעִיר — כָּךְ מִזֶּה בַּהֵיכָל. ״הַשֹּׁוכֵן אִתָּם בְּתוֹךְ טֻומְאֹתָם״, אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת שֶׁהֵן טְמֵאִים — שְׁכִינָה עִמָּהֶם.

De même que dans le lieu le plus intérieur il asperge une fois vers le haut et sept fois vers le bas du sang du taureau — ainsi asperge-t-il dans le Heikhal. Et de même que dans le lieu le plus intérieur il asperge une fois vers le haut et sept fois vers le bas du sang du bouc — ainsi asperge-t-il dans le Heikhal.

"Qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés" — même à l'heure où ils sont impurs, la Chekhina est avec eux.

🪔 Ben Yehoyada (1)
(תְּהִלִּים נ, ב) "מִצִּיּוֹן מִכְלַל יֹפִי", מִמֶּנּוּ מֻכְלָל יָפְיוֹ שֶׁל עוֹלָם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מְנָא לֵיהּ דְּעַל 'יָפְיוֹ שֶׁל עוֹלָם' קָאֵי וַהֲלֹא אָמַר יְפִי בִּסְתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָעוֹלָם יֵשׁ בּוֹ ד' רוּחוֹת שֶׁהֵם מִזְרָח מַעֲרָב צָפוֹן דָּרוֹם וּלְכָל רוּחַ יֵשׁ לוֹ מֶזֶג בִּפְנֵי עַצְמוֹ שֶׁאֵין דּוֹמִין זֶה לָזֶה לְכָךְ פּוֹעֵל הַמִּזְרָח אֵינוֹ דּוֹמֶה לִשְׁאָר רוּחוֹת וְכֵן בְּכָל רוּחַ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל וְיָדוּעַ שֶׁאֵין שׁוּם מֶזֶג בָּעוֹלָם חָסֵר מִן ד' יְסוֹדוֹת אֶלָּא בְּכָל רוּחַ מֻוכְרָח שֶׁיֵּשׁ לוֹ ד' יְסוֹדוֹת בִּפְנֵי עַצְמוֹ כְּפִי מִזְגּוֹ וּפְעֻולָּתוֹ נִמְצָא בְּאַרְבַּע רוּחוֹת הָעוֹלָם יֵשׁ ט"ז יְסוֹדוֹת וּקְרָא אָמַר מִכְלַל יֹופִי קְרִי בֵיהּ י"ו פִּי וְהַייְנוּ פִּי רוֹצֶה לוֹמַר חֵלֶק כְּמוֹ (מְלָכִים ב' ב, ט) 'פִּי שְׁנַיִם בְּרוּחֲךָ אֵלִי' וְאֵיזֶה מָקוֹם יֵשׁ בּוֹ י"ו חֲלָקִים שֶׁל יְסוֹדוֹת הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הָעוֹלָם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ד' רוּחוֹת. וּמַאן דְּאָמַר אֵלּוּ וָאֵלּוּ מִצִּיּוֹן נִבְרְאוּ פֵּירוּשׁ הַשָּׁמַיִם מִצִּיּוֹן שֶׁל מַעְלָה וְהָאָרֶץ מִצִּיּוֹן שֶׁל מַטֵּה כִּי כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ יְרוּשָׁלַיִם לְמַטָּה כֵּן יֵשׁ יְרוּשָׁלַיִם שֶׁל מַעְלָה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קכב, ג) 'יְרוּשָׁלִַ‍ם הַבְּנוּיָה כְּעִיר שֶׁחֻבְּרָה לָּהּ יַחְדָּו'. וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר תּוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם מִשָּׁמַיִם נִבְרְאוּ תּוֹלְדוֹת הָאָרֶץ מֵהָאָרֶץ נִבְרְאוּ נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ הַמַּאֲמָר עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] ומ"ד [מִיַּיִן דּוּכְרִין] פֶּרֶק א' שֶׁכָּתַב שָׁם רַבֵּינוּ מהרח"ו זַ"ל שְׁנֵי דְּרָכִים הָאַחַת אָדָם וְחַוָּה עַצְמוּת נִשְׁמָתָם הָיָה מזו"ן [זְעֵיר וְנֻוקְבָּא] מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] וּמַאן דְּאָמַר דִּילְהוֹן אֶלָּא שֶׁהָיָה בְּהִתְלַבְּשׁוּת הַבִּינָה דְּהַיְינוּ עַל יְדֵי רוּחָא דִּילָּה. וְדֶרֶךְ הַשֵּׁנִי הוּא שֶׁעַצְמוּת נִשְׁמַת אָדָם וְחַוָּה הָיָה מָמָ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] מַמָּשׁ דְּבִינָה אֶלָּא שֶׁהָיָה בְּהִתְלַבְּשׁוּת זו"ן [זְעֵיר וְנֻוקְבָּא] יְעֻויַּן שָׁם. וְיָדוּעַ כִּי זו"ן נִקְרָאִים שָׁמַיִם וָאָרֶץ וְכָאן מְדַבֵּר עַל נִשְׁמַת אָדָם וְחַוָּה שֶׁהֵם תּוֹלְדוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לֵיהּ כְּדֶרֶךְ הָרִאשׁוֹן שֶׁכָּתַב מהרח"ו זַ"ל, וְרַבָּנָן סָבְרִי מִצִּיּוֹן נִבְרְאוּ רָמְזוּ עַל יְסוֹד דְּבִינָה שֶׁנִּקְרָא צִיּוֹן דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּדֶרֶךְ הַשֵּׁנִי אוֹ אֶפְשָׁר גַּם רַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ כְּדֶרֶךְ הָרִאשׁוֹן וּבָאוּ לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לוֹמַר שֶׁהָיָה בְּהִתְלַבְּשׁוּת הַבִּינָה וּבָזֶה נִיחָא לְשׁוֹן מִכְּלָל וההי"ב. אֲמַר לֵיהּ הַהוּא מִינָאָה לְרַבִּי חֲנִינָא : הַשְׁתָּא בָּרִי טְמֵאִין אַתּוּן דִּכְתִיב : (אֵיכָה א, ט) " טֻמְאָתָהּ בְּשׁוּלֶיהָ " אֲמַר לֵיהּ : תָּא חֲזִי מַאי כְּתִיב בְּהוּ : (וַיִּקְרָא טז, טז) " הַשֹּׁכֵן אִתָּם בְּתוֹךְ טֻמְאֹתָם ", אֲפִלּוּ בִּזְמַן שֶׁהֵם טְמֵאִים , שְׁכִינָה עִמָּהֶם [נו:] כָּךְ הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב. וְכָתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל דִּרְגִילִי הַמְפָרְשִׁים לוֹמַר כָּל מָקוֹם שֶׁמַּזְכִּיר הַשְּׁאֵלָה בְּשֵׁם מִין עִיקַּר שְׁאֵלָתוֹ לָבֹא לְדִבְרֵי מִינוּת עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ דְּהַמִּינִים טוֹעֲנִים לַעֲבֹוד עֲבוֹדָה זָרָה מִשּׁוּם מִתּוֹךְ גְּדֻולַּת הָעֶבֶד נִיכָּר גְּדֻולַּת רַבּוֹ אַךְ הֶבֶל יִפְצֶה פִּיהֶם גַּם לְדַעְתָּם הַקָּצָר דְּהָא הקב"ה שְׁכִינָתוֹ בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ וְאָסוּר לַחֲלֹוק כָּבוֹד לָעֶבֶד לִפְנֵי רַבּוֹ. וְהִנֵּה זֶה הַמִּין אָמַר הַשְׁתָּא בָּרִי טְמֵאִין אַתּוּן וּבְוַדַּאי עַתָּה אֵינוֹ נִקְרָא הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ אֱלֹקִי יִשְׂרָאֵל דְּאֵיךְ יַכֶּנּוּ אֱלֹהוּתוֹ יִתְבָּרֵךְ עַל טְמֵאִים? וְנִתְכַּוֵּון בְּדָבָר זֶה כְּדֵי לָבֹא לִידֵי מִינוּת אַחַר כָּךְ לוֹמַר לֵךְ עֲבֹוד אֱ-לֹהִים אֲחֵרִים דְּמִתּוֹךְ גְּדֻולַּת הָעֶבֶד נִיכָּר גְּדֻולַּת רַבּוֹ! וְנִרְגָּשׁ רַבִּי חֲנִינָא בָּזֶה וְסָתַם פִּיו וְאָמַר לוֹ אֲפִלּוּ בִּזְמַן שֶׁהֵם טְמֵאִים שְׁכִינָה עִמָּהֶם וְאִם כֵּן גַּם לְפִי דַּעְתְּךָ אָסוּר לַחֲלֹוק כָּבוֹד לָעֶבֶד לִפְנֵי רַבּוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה כַּוָּנַת הַמִּין לוֹמַר כֵּיוָן ד' בָּרִי טְמֵאִין אַתּוּן ' אִם כֵּן בְּנָקֵל יוּכַל הַיֵּצֶר הָרַע לְהוֹרִיד אֶתְכֶם אֶל שַׁעַר הַחֲמִשִּׁים שֶׁל טֻומְאָה שֶׁהוּא כְּמִנְיַן 'טָמֵא' [50] שֶׁאֵין תִּקְוָה לַעֲלוֹת מִשָּׁם וְלֹא תּוֹעִיל לָכֶם כָּל תְּשׁוּבָה שֶׁבָּעוֹלָם וְלָמָּה תַּטְרִיחוּ עַצְמְכֶם בִּדְבָרִים שֶׁבִּקְדֻושָּׁה וְתִהְיוּ קֵרְחִים מִכָּאן וּמִכָּאן? טוֹב לָכֶם לַעֲשׂוֹת מַה שֶׁהַלֵּב חָפֵץ בַּדֶּרֶךְ הָרָעָה! וְהֵשִׁיב לוֹ רַבִּי חֲנִינָא אִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת דָּבָר זֶה שֶׁיִּתְגַּבֵּר הַיֵּצֶר עַל אִישׁ יִשְׂרָאֵל לְשַׁקְּעוֹ בְּמַדְרֵגָה הַתַּחְתּוֹנָה שֶׁל טֻומְאָה יַעַן דִּכְתִיב ' הַשֹּׁכֵן אִתָּם בְּתוֹךְ טֻמְאֹתָם ' וְהַיְינוּ כָּל דָּבָר תִּגְבֹּורֶת שֶׁלּוֹ תִּהְיֶה מִכֹּחַ מִלּוּי אוֹתִיּוֹת שְׁמוֹ וְלָכֵן בְּשֵׁם 'יֵצֶר' הִנִּיחַ הקב"ה שְׁמוֹ בְּתוֹכוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְמַלֵּא יוֹתֵר וְיִתְגַּבֵּר וְהַיְינוּ יוּ" ד צַד" י רִי" ש הַסּוֹף הוּא שֵׁם 'שַׁדַּי' כְּדֵי שֶׁלֹּא יוּכַל לְהִתְמַלְאֵת וּפָסַק כֹּחַ תִּגְבֹּורֶת שֶׁלּוֹ וְזֶהוּ 'שָׁכֵן בְּתוֹךְ טֻמְאָתָם' הוּא הַיֵּצֶר שֶׁבּוֹ טֻומְאָתָם וְלָכֵן אֵין אֲנַחְנוּ חוֹשְׁשִׁים פֶּן יִתְגַּבֵּר הַיֵּצֶר מְאֹד. אוֹ יוּבַן בס"ד כַּוָּנַת הַמִּין לוֹמַר אַף עַל פִּי דְּאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה בִּיטְּלוּ יֵצֶר הָרַע דַּעֲבוֹדָה זָרָה עִם כָּל זֶה עֲדַייִן אַתֶּם עוֹבְדִים עֲבוֹדָה זָרָה מִכֹּחַ עֲוֹנוֹת שֶׁאָדָם דָּשׁ בַּעֲקֵבָיו כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (שַׁבָּת דַּף קה:) כָּל הַכּוֹעֵס כְּאִילּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה (פְּסָחִים סו:) וְכָל הַמִּתְגָּאֶה כְּאִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה כִּי עַל זֶה רָמַז הַכָּתוּב בְּאוֹמְרוֹ 'טֻמְאָתָהּ בְּשׁוּלֶיהָ' שֶׁהוּא עֲוֹנוֹת שֶׁאָדָם דָּשׁ בַּעֲקֵבָיו וְהֵשִׁיב לוֹ רַבִּי חֲנִינָא 'הַשָּׁכֵן אִתָּם בְּתוֹךְ טֻמְאָתָם' וְאִם כֵּן אֵשׁ שֶׁל שְׁכִינָה מְכַבֶּה וְדוֹחֶה וּמַעֲבִיר אֵשׁ הַכַּעַס וְאֵשׁ הַגַּאֲוָה וּבָזֶה יִתְרַפֵּא מַכְאוֹבֵינוּ.
"De Sion, perfection de beauté" (Tehilim 50:2) — de lui, la perfection de la beauté du monde. Il y a lieu d'objecter : d'où sait-il que le verset parle de "la beauté du monde", alors qu'il dit "beauté" sans plus ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le monde comporte quatre directions — est, ouest, nord, sud — et que chaque direction possède son tempérament propre (mezeg), aucune ne ressemblant à l'autre : l'action de l'est né ressemble pas à celle des autres directions, et ainsi pour chacune, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie. Or il est connu qu'aucun tempérament au monde n'est dépourvu des quatre éléments (yessodot) ; chaque direction possède donc nécessairement ses quatre éléments propres, selon son tempérament et son action. Il se trouve ainsi que les quatre directions du monde comptent seize éléments. Et le verset dit mikhlal yofi — lis-y "seize pi", car pi signifie une part, comme dans "que deux parts (pi chnayim) de ton esprit passent sur moi" (II Rois 2:9). Et quel est le lieu qui possède seize parts d'éléments ? Dis : c'est ce monde-ci, qui comporte quatre directions. Quant à celui qui dit que les uns et les autres ont été créés depuis Sion, cela signifie : les cieux depuis le Sion d'en haut et la terre depuis le Sion d'en bas ; car de même qu'il y a une Jérusalem d'en bas, il y a une Jérusalem d'en haut, comme il est dit : "Jérusalem bâtie comme une ville unie ensemble" (Tehilim 122:3). Et ce que dit Rabbi Eliezer le Grand — les engendrements des cieux ont été créés depuis les cieux, les engendrements de la terre depuis la terre — il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut l'expliquer d'après ce qu'a écrit notre maître de mémoire bénie dans le Ets Haim, Chaar MaN ou-MaD (les eaux féminines et les eaux masculines), chapitre 1, où le Maharhav (Rabbi Haim Vital) de mémoire bénie écrit deux voies. La première : l'essence de l'âme d'Adam et de Hava provenait des MaN de Zoun (Zeir Anpin et sa Nouqva) et de leur émission, mais dans un revêtement de la Bina, c'est-à-dire par le souffle (ruah) de celle-ci. La seconde voie : l'essence de l'âme d'Adam et de Hava provenait des MaN de la Bina elle-même, mais dans un revêtement de Zoun — voir là-bas. Or il est connu que Zoun sont appelés "cieux et terre", et il s'agit ici de l'âme d'Adam et de Hava, qui sont les engendrements des cieux et de la terre. Rabbi Eliezer tient donc comme la première voie qu'écrit le Maharhav de mémoire bénie ; et les Sages, qui disent qu'ils ont été créés depuis Sion, font allusion au yessod de la Bina, appelé Sion, tenant ainsi comme la seconde voie. Il est aussi possible que les Sages tiennent eux aussi la première voie et viennent expliquer les paroles de Rabbi Eliezer en disant que cela se fit dans un revêtement de la Bina ; et par là s'éclaire le terme mikhlal. Et Hachem, dans Sa bonté, pardonnera. — "Un certain min dit à Rabbi Hanina : maintenant vous êtes impurs, ainsi qu'il est écrit : 'son impureté est dans ses pans' (Eikha 1:9). Il lui répondit : viens voir ce qui est écrit à leur sujet : 'qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés' (Vayikra 16:16) — même au temps où ils sont impurs, la Chekhina est avec eux" [56b]. Telle est la version du Ein Yaakov. Et le maître du Petah Einayim, de mémoire bénie, a écrit que les commentateurs ont coutume de dire que partout où la question est posée au nom d'un min, le fond de sa question vise à mener à l'hérésie — voir là-bas. Or il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que les minim prétendent servir l'idolâtrie au motif que "c'est par la grandeur du serviteur que se reconnaît la grandeur du maître" ; mais leur bouche ne profère que du vide, même selon leur vue courte, car la Chekhina du Saint béni soit-Il est dans les cieux et sur la terre, et il est interdit de rendre honneur au serviteur en présence de son maître. Voici donc que ce min dit : maintenant vous êtes impurs — et certainement Il n'est plus appelé "Dieu d'Israël", car comment attribuerait-on Sa divinité à des impurs ? Son intention, par là, était d'en venir ensuite à l'hérésie et de dire : va donc servir d'autres dieux, car c'est par la grandeur du serviteur que se reconnaît la grandeur du maître ! Rabbi Hanina le sentit, lui ferma la bouche et lui répondit : même au temps où ils sont impurs, la Chekhina est avec eux — et dès lors, même selon ta propre vue, il est interdit de rendre honneur au serviteur en présence de son maître. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'intention du min était de dire : puisque vous êtes impurs, le mauvais penchant peut aisément vous faire descendre jusqu'à la cinquantième porte de l'impureté — qui est la valeur numérique de tame (50) — d'où il n'y a plus d'espoir de remonter, et où aucun repentir au monde ne vous servira ; pourquoi donc vous fatiguer à des choses de sainteté et vous retrouver chauves des deux côtés ? Mieux vaut pour vous faire ce que le cœur désire, dans la voie du mal ! Rabbi Hanina lui répondit qu'une telle chose est impossible : le penchant ne peut prendre le dessus sur un homme d'Israël au point de le faire sombrer au degré le plus bas de l'impureté, puisqu'il est écrit "qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés". En effet, toute la puissance d'une chose provient du remplissage (milouy) des lettres de son nom ; c'est pourquoi, dans le nom yetser, le Saint béni soit-Il a placé Son Nom à l'intérieur, afin qu'il ne se remplisse pas davantage et ne prenne pas le dessus : yod-vav-dalet, tsadi-dalet-yod, rech-yod-chin — les lettres finales forment le Nom Chaddai, de sorte qu'il ne puisse se remplir, et sa force de domination est brisée. Tel est le sens de "qui réside au milieu de leurs impuretés" : c'est le penchant, dans lequel se tient leur impureté ; c'est pourquoi nous ne craignons pas que le penchant prenne fortement le dessus. Ou bien l'on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, que l'intention du min était de dire : bien que les hommes de la Grande Assemblée aient supprimé le penchant de l'idolâtrie, vous servez encore l'idolâtrie par la force des fautes que l'homme foule de ses talons, comme ils ont dit : quiconque se met en colère, c'est comme s'il servait l'idolâtrie (Chabbat 105b), et quiconque s'enorgueillit, c'est comme s'il servait l'idolâtrie (Pessahim 66b) ; c'est à cela que le verset fait allusion en disant "son impureté est dans ses pans", c'est-à-dire les fautes que l'homme foule de ses talons. Rabbi Hanina lui répondit : "qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés" — le feu de la Chekhina éteint, repousse et fait passer le feu de la colère et le feu de l'orgueil ; et par là nos douleurs seront guéries.
💡 Explication

Le schéma est détaillé : une aspersion vers le haut et sept vers le bas, pour chacun des deux sangs, et cela dans chacun des deux lieux — soit trente-deux aspersions au total pour l'ensemble du service intérieur du jour.

Puis la braita se retourne vers la fin du même verset : ha-chokhen itam be-tokh toum'atam, "qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés". Le mot le plus dérangeant du verset devient la promesse la plus forte : la présence divine ne se retire pas quand Israël est impur. C'est le passage de la halakha à l'aggada, et l'ouverture du dernier récit de l'amud.

🖼️ Schéma
"De même qu'il asperge dans le lieu le plus intérieur, ainsi asperge-t-il dans le Heikhal" Le verset "ve-khen yaassé le-ohel moed" transporte tel quel le schéma des aspersions : une en haut, sept en bas, pour chacun des deux sangs. Lifnai ve-lifnim — le Saint des Saints face au kaporet, entre les barres de l'arche Sang du taureau 1 vers le haut 7 vers le bas Sang du bouc 1 en haut 7 en bas Heikhal — le Sanctuaire vers le parokhet, face à l'arche, depuis l'extérieur Sang du taureau 1 vers le haut 7 vers le bas Sang du bouc 1 en haut 7 en bas "Ha-chokhen itam be-tokh toum'atam" — la fin du même verset Même à l'heure où ils sont impurs, la Chekhina demeure avec eux. C'est la réponse que Rabbi Hanina opposera au Tsedouki.
Le même schéma d'aspersions dans les deux lieux : une en haut, sept en bas, pour le sang du taureau comme pour celui du bouc.
16
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא צַדּוּקִי לְרַבִּי חֲנִינָא:

Un certain Tsedouki (sadducéen) dit à Rabbi Hanina :

💡 Explication

L'amud s'achève sur l'amorce d'un dialogue, dont la suite se lit en 57a. Un Tsedouki — la version du Ein Yaakov, citée par le Ben Yehoyada au segment précédent, porte min — vient objecter à Rabbi Hanina qu'Israël, aujourd'hui, est impur : "son impureté est dans ses pans" (Eikha 1:9).

La réponse est déjà donnée par le verset que la braita vient d'exposer : ha-chokhen itam be-tokh toum'atam. La halakha des aspersions et la polémique s'articulent donc sur un seul et même mot du verset — le Talmud a placé la aggada exactement la où il fallait.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).