Yoma 57a — la Chekhina au milieu de l'impureté, le hekesh appris d'un hekesh, le parokhet de Rome et le sang mélangé au sang

Yoma 57a

Sougya : Cet amud s'ouvre sur la clôture du dialogue engagé en 56b : un Tsedouki objecte à Rabbi Hanina qu'Israël, étant impur, a perdu la Présence divine ; la réponse lui vient du verset même des aspersions de Kippour — "qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés". La sougya bascule alors dans une objection de pure méthode : les aspersions du Heikhal sont apprises de celles du Saint des Saints, qui étaient déjà apprises par hekesh — or, en matière de kodachim, on ne tire pas un hekesh d'un hekesh.

Trois réponses sont proposées : le premier rapprochement n'était qu'un "heimenou ve-davar aher" fixant un simple nombre ; ou bien ce sont les lieux, et non les bêtes, qui s'apprennent l'un de l'autre ; ou bien tout est appris d'un seul coup, l'explicite entraînant le dérivé — lecture que le Tossefot discute longuement avant d'y revenir. Vient ensuite un témoignage oculaire rarissime : Rabbi Elazar berabbi Yossi a vu à Rome le parokhet du Temple, couvert de gouttes de sang, et la disposition de ces taches — dans leur ordre ou hors de leur ordre — sert à identifier de quel service elles provenaient.

L'amud se ferme sur un cas pratique : que faire si le sang du taureau et celui du bouc se mélangent ? Rava propose une série unique valant pour les deux ; Rabbi Yirmeya la réfute au nom de "ve-khila" et impose deux séries séparées par la seule intention ; puis Rav Pappa refait la même erreur sur l'autre règle d'ordre, et Rava conclut par la formule restée célèbre : jusqu'ici stupides, désormais stupides parmi les stupides.

Yoma 57a : le fil de l'amud Une fin d'aggada, une objection de méthode, un témoignage oculaire, un cas d'espèces mélangées 1. La Chekhina dans l'impureté Le Tsedouki : "son impureté est dans ses pans" (Eikha 1:9) -- vous êtes impurs, donc seuls. R. Hanina : "qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés" (Vayikra 16:16). Le verset des aspersions répond à l'objection. 2. Un hekesh peut-il naître d'un hekesh ? Les aspersions du Heikhal sont apprises de celles du Saint des Saints -- qui étaient déjà apprises par hekesh. Or en kodachim c'est interdit. Trois réponses : heimenou / mekomot / bat ahat. Segments 1 à 5. 3. Le parokhet retrouvé à Rome Braita : on n'asperge pas SUR le rideau, mais EN FACE de lui. Objection : R. Elazar berabbi Yossi a vu le rideau à Rome, couvert de gouttes. Deux versions du témoignage, selon que les gouttes étaient ou non "dans leur ordre". 4. Le sang mélangé au sang Rava : une en haut, sept en bas, cela vaut pour les deux. R. Yirmeya : "Babyloniens stupides !" Il faut deux séries distinctes, par l'intention. Puis Rav Pappa refait la même erreur : Rava -- "stupides parmi les stupides". Le fil rouge de tout l'amud : l'ORDRE des aspersions Ordre entre les lieux (dedans puis le Heikhal), ordre entre les bêtes (taureau puis bouc), ordre entre les gestes (le haut puis le bas). Les trois sections l'attaquent sous trois angles.
Le fil complet de l'amud en quatre mouvements : la clôture du dialogue avec le Tsedouki sur la Chekhina qui réside au milieu de l'impureté, l'objection de méthode sur le hekesh appris d'un hekesh, le témoignage de R. Elazar berabbi Yossi sur le parokhet de Rome, et la question du sang mélangé au sang. Un seul fil rouge les relie : l'ordre des aspersions.
Un hekesh peut-il naître d'un hekesh ? La chaîne et ses trois sorties Règle admise (Zevahim 49b) : en matière de kodachim, on n'apprend pas un hekesh à partir d'un hekesh ÉTAGE 1 -- à l'intérieur du Saint des Saints Le taureau (par) Explicite dans son verset : SEPT en bas Appris du bouc par hekesh : UNE en haut Vayikra 16:14 Le bouc (sa'ir) Explicite dans son verset : UNE en haut Appris du taureau par hekesh : SEPT en bas Vayikra 16:15 hekesh 1 "ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation" (16:16) ÉTAGE 2 -- à l'extérieur, face au parokhet, dans le Heikhal Même schéma au Heikhal : une en haut, sept en bas, pour chaque bête Mais on l'apprend d'un enseignement qui était déjà, lui-même, appris par hekesh L'OBJECTION : hekesh min ha-hekesh -- interdit en kodachim Réponse 1 : heimenou ve-davar aher "En haut" et "en bas" sont écrits dans les deux bêtes : le hekesh n'a servi qu'à fixer le NOMBRE. Chacune apprend une part d'elle- même : ce n'est pas un vrai hekesh. Fragile : mahloket à Zevahim 57a -- pour l'autre avis, c'en est un. Réponse 2 : mekomot gamri me-hadadei Le second hekesh ne compare pas des bêtes mais des LIEUX : le Heikhal apprend du Kodech. Or le lieu "Kodech" n'a jamais rien appris par hekesh : les deux hekechim ne se touchent pas. Réponse 3 : be-hada zimna gamar L'extérieur apprend de l'intérieur EN UN SEUL COUP : puisqu'il doit de toute façon apprendre ce qui y est écrit explicitement, il emporte du même mouvement ce qui n'y était qu'appris. Pas deux étapes.
La chaîne des deux hekechim et les trois sorties proposées. Étage 1 : le taureau et le bouc s'apprennent mutuellement le nombre des aspersions à l'intérieur. Étage 2 : le Heikhal apprend de l'intérieur. D'où l'objection -- et les trois réponses : heimenou ve-davar aher, mekomot gamri me-hadadei, be-hada zimna gamar.
Le sang mélangé au sang : deux règles d'ordre, deux propositions qui échouent L'ordre normal : huit aspersions par bête, le taureau entièrement avant le bouc Taureau : 1 en haut Taureau : 7 en bas Bouc : 1 en haut Bouc : 7 en bas RÈGLE A : dans chaque bête, le haut avant le bas RÈGLE B : "ve-khila" -- finir le taureau avant le bouc RAVA (cas 1 : mélangé avant toute aspersion) Une seule série tirée du mélange : 1 en haut + 7 en bas, et elle compte pour l'un et pour l'autre. ÉCHOUE sur la RÈGLE B : le "haut" du bouc est donné dans la même aspersion, donc AVANT le "bas" du taureau. R. YIRMEYA -- la solution 1 en haut + 7 en bas AU NOM DU TAUREAU (le mélange en contient), puis à nouveau 1 en haut + 7 en bas AU NOM DU BOUC. La ma'hchava (intention) découpe ce que le récipient a mélangé : seize gestes, deux services, les deux règles d'ordre respectées. RAV PAPPA (cas 2 : mélangé aux dernières aspersions) Le "haut" du taureau est déjà fait. 7 en bas au nom des deux, puis 1 en haut au nom du bouc. ÉCHOUE sur la RÈGLE A : le "bas" du bouc précède le "haut" du bouc. Exactement l'erreur que R. Yirmeya venait de corriger. Les deux invectives, et ce qu'elles disent de la méthode R. Yirmeya : "Babyloniens stupides -- parce qu'ils habitent une terre obscure, ils disent des enseignements obscurs." Rava, à Rav Pappa : "jusqu'ici on nous appelait stupides ; maintenant, stupides parmi les stupides -- on les instruit et ils n'apprennent pas." La nafka mina de fond Ce qui compte n'est pas le contenu physique du récipient mais l'INTENTION attachée au geste : asperger du sang de bouc en visant le taureau, ce n'est pas avoir aspergé le bouc.
Le sang mélangé au sang : les deux règles d'ordre (le haut avant le bas dans chaque bête ; le taureau entièrement avant le bouc), la proposition de Rava qui brise la seconde, celle de Rav Pappa qui brise la première, et la solution de R. Yirmeya, qui sépare par l'intention ce que le récipient a mélangé.
1
הַשְׁתָּא בָּרִי טְמֵאִים אַתּוּן, דִּכְתִיב: ״טֻומְאָתָהּ בְּשׁוּלֶיהָ״. אֲמַר לֵיהּ, תָּא חֲזִי מַה כְּתִיב בְּהוּ: ״הַשֹּׁוכֵן אִתָּם בְּתוֹךְ טֻומְאֹתָם״, אֲפִילּוּ בִּזְמַן שֶׁהֵן טְמֵאִין — שְׁכִינָה שְׁרוּיָה בֵּינֵיהֶן.

"Maintenant, vous êtes certainement impurs, car il est écrit : 'son impureté est dans ses pans' (Eikha 1:9)." Il lui dit : viens et vois ce qui est écrit à leur sujet — "qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés" (Vayikra 16:16) : même au temps où ils sont impurs, la Chekhina (Présence divine) demeure parmi eux.

📜 Rachi (1)
הַשְׁתָּא בָּרִי וַדַּאי טְמֵאִים אַתּוּן וְאֵין שְׁכִינָה בֵּינֵיכֶם שׁוֹרָה בְּטֻומְאָה:
Maintenant, assurément — vous êtes certainement impurs, et la Chekhina ne réside pas parmi vous, car elle ne réside pas dans l'impureté.
💡 Explication

Cet échange, commencé à la fin de 56b, se clôture ici. Le Tsedouki (sadducéen ; d'autres versions portent min) argumente à partir d'un verset de Eikha : Israël est aujourd'hui impur, l'impureté lui colle aux pans du vêtement — donc la Chekhina l'a quitté.

La réponse de Rabbi Hanina est d'une précision remarquable : elle est tirée du verset même qui vient de servir de base à toute la sougya halakhique des aspersions, Vayikra 16:16. Le verset dit que le service de Kippour purifie le sanctuaire "à cause des impuretés des enfants d'Israël" — et il qualifie la tente d'assignation de ha-chokhen itam be-tokh toum'atam, "qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés". Le mot chokhen (résidant) est au présent : la résidence divine n'est pas suspendue par l'impureté, elle s'exerce à l'intérieur de celle-ci.

Le Talmud a donc placé l'aggada exactement à l'endroit où la halakha exploitait déjà le verset. Le même mot fonde le rite et réfute le sadducéen.

2
וְכִי דָּבָר הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ, חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ?

Et est-ce qu'un enseignement appris par hekesh (rapprochement de deux textes) revient enseigner à son tour par hekesh ?

📜 Rachi (1)
וְכִי דָּבָר הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ כְּגוֹן פַּר שֶׁלָּמַד בְּמַתְּנוֹת פָּנִים אַחַת לְמַעְלָה מִן הַשָּׂעִיר בַּהֶיקֵּשׁ וְהַשָּׂעִיר שֶׁבַע לְמַטָּה בְּהֶיקֵּשׁ מִן הַפָּר חוֹזְרִין וּמְלַמְּדִין מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים עַל מַתְּנוֹת הַפָּרֹוכֶת בְּהֶיקֵּשׁ דּוּכָן יַעֲשֶׂה לְאֹהֶל מוֹעֵד וְקַייְמָא לָן בְּמַסֶּכֶת זְבָחִים (דַּף מט:) דְּאֵין לְמֵדִין בְּקָדָשִׁים הֶיקֵּשׁ מִן הַהֶיקֵּשׁ:
Et est-ce qu'un enseignement appris par hekesh — par exemple le taureau, qui pour les aspersions de l'intérieur a appris "une fois vers le haut" du bouc par hekesh, et le bouc qui a appris "sept fois vers le bas" du taureau par hekesh : ces aspersions de l'intérieur reviennent-elles enseigner par hekesh les aspersions du parokhet, du fait de "ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation" ? Or nous tenons pour établi, au traité Zevahim (49b), qu'en matière de kodachim on n'apprend pas un hekesh à partir d'un hekesh.
💡 Explication

Retour à la halakha, et changement complet de registre : on quitte l'aggada pour une objection de méthode. Il existe une règle admise en matière de kodachim (offrandes consacrées), établie à Zevahim 49b : ein lemedin hekesh min ha-hekesh — on ne tire pas un hekesh à partir de ce qui n'est déjà connu que par hekesh. Un rapprochement de versets ne peut pas servir de point de départ à un second rapprochement.

Or c'est exactement ce que la sougya vient de faire, comme Rachi le détaille. Étage 1 : à l'intérieur du Saint des Saints, le taureau apprend du bouc qu'il faut une aspersion vers le haut, et le bouc apprend du taureau qu'il en faut sept vers le bas. Étage 2 : le verset "ve-khen ya'ase le-ohel mo'ed" — "ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation" (Vayikra 16:16) — transporte tout ce dispositif du Saint des Saints vers le Heikhal, face au parokhet.

Le second hekesh s'appuie donc sur un contenu qui n'existe que par le premier. La règle est violée. Trois réponses vont être proposées dans les segments qui suivent.

🖼️ Schéma
Un hekesh peut-il naître d'un hekesh ? La chaîne et ses trois sorties Règle admise (Zevahim 49b) : en matière de kodachim, on n'apprend pas un hekesh à partir d'un hekesh ÉTAGE 1 -- à l'intérieur du Saint des Saints Le taureau (par) Explicite dans son verset : SEPT en bas Appris du bouc par hekesh : UNE en haut Vayikra 16:14 Le bouc (sa'ir) Explicite dans son verset : UNE en haut Appris du taureau par hekesh : SEPT en bas Vayikra 16:15 hekesh 1 "ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation" (16:16) ÉTAGE 2 -- à l'extérieur, face au parokhet, dans le Heikhal Même schéma au Heikhal : une en haut, sept en bas, pour chaque bête Mais on l'apprend d'un enseignement qui était déjà, lui-même, appris par hekesh L'OBJECTION : hekesh min ha-hekesh -- interdit en kodachim Réponse 1 : heimenou ve-davar aher "En haut" et "en bas" sont écrits dans les deux bêtes : le hekesh n'a servi qu'à fixer le NOMBRE. Chacune apprend une part d'elle- même : ce n'est pas un vrai hekesh. Fragile : mahloket à Zevahim 57a -- pour l'autre avis, c'en est un. Réponse 2 : mekomot gamri me-hadadei Le second hekesh ne compare pas des bêtes mais des LIEUX : le Heikhal apprend du Kodech. Or le lieu "Kodech" n'a jamais rien appris par hekesh : les deux hekechim ne se touchent pas. Réponse 3 : be-hada zimna gamar L'extérieur apprend de l'intérieur EN UN SEUL COUP : puisqu'il doit de toute façon apprendre ce qui y est écrit explicitement, il emporte du même mouvement ce qui n'y était qu'appris. Pas deux étapes.
Les deux étages de dérivation, l'objection qu'ils engendrent, et les trois sorties.
3
הַאי, הֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר הוּא, וְלָא הָוֵי הֶיקֵּשׁ.

Celui-ci [relève du cas où l'on apprend] de lui-même et d'autre chose (heimenou ve-davar aher) — ce n'est donc pas un hekesh.

📜 Rachi (1)
הֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר הֶיקֵּשׁ הָרִאשׁוֹן לָאו הֶיקֵּשׁ הוּא שֶׁהֲרֵי בֵּין בְּפַר בֵּין בְּשָׂעִיר כְּתִיב מַעְלָה וּמַטָּה וְלֹא הֻוצְרְכוּ לִלְמֹוד זֶה מִזֶּה אֶלָּא אֶת הַמִּנְיָן הִלְכָּךְ כָּל חַד וְחַד מֵעַצְמוֹ לָמַד מִקְצָת וְדָבָר אַחֵר מְסַיְּיעוֹ בְּמִקְצָת וְאֵין זֶה לָמֵד בְּהֶיקֵּשׁ וְהֵיכִי דָּמֵי הִיקִּישׁ שֶׁאֵין חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהוּ כְּגוֹן אִם לֹא נֶאֱמַר לְמַטָּה בְּשָׂעִיר כְּלָל אוֹ לְמַעְלָה בְּפַר לֹא נֶאֱמַר כְּלָל וְלָמְדוּ הַבְּהֵמוֹת זוֹ מִזּוֹ בְּהֶיקֵּשׁ הַיְינוּ הֶיקֵּשׁ שֶׁאֵינוֹ חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ:
De lui-même et d'autre chose — le premier hekesh n'est pas un hekesh, car aussi bien pour le taureau que pour le bouc il est écrit "vers le haut" et "vers le bas", et ils n'ont eu besoin d'apprendre l'un de l'autre que le nombre. Dès lors chacun d'eux apprend une partie de lui-même, et l'autre chose ne fait que l'assister pour une partie : ce n'est pas là un enseignement appris par hekesh. Et quel serait le cas d'un hekesh dont on ne peut pas revenir enseigner ? Par exemple si "vers le bas" n'était pas dit du tout pour le bouc, ou si "vers le haut" n'était pas dit du tout pour le taureau, et que les deux bêtes l'eussent appris l'une de l'autre par hekesh : c'est cela un hekesh qui ne revient pas enseigner par hekesh.
🗂️ Tossefot (1)
הֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר לָא הָוֵי הֶיקֵּשׁ לְהַאי שִׁינּוּיָא קָשֶׁה הָא דְּקָאָמְרִינַן לְעֵיל בַּבָּרַייְתָא לֹא יֹאמַר לְמַטָּה בְּשָׂעִיר וְכוּ' דְּא"כ לָא הֲוָה יָלֵיף אֶלָּא מֵהֶיקֵּשָׁא דְּפַר דְּהַשְׁתָּא לָא הָוֵי הֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר וי"ל דְּבָרַיְיתָא דִּלְעֵיל סְבִירָא לָהּ דְּהֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר הָוֵי הֶיקֵּשׁ וְקַל לְהָבִין:
"De lui-même et d'autre chose" n'est pas un hekesh — cette réponse rend difficile ce qui a été dit plus haut dans la braita : "que l'on ne dise pas 'vers le bas' pour le bouc, etc." Car s'il en va ainsi, il n'aurait appris que du hekesh du taureau, et l'on ne se trouverait alors plus dans un cas de "de lui-même et d'autre chose". On peut répondre que la braita citée plus haut tient, elle, que "de lui-même et d'autre chose" est bien un hekesh — et cela est aisé à comprendre.
💡 Explication

Première réponse. Le premier rapprochement n'est pas un vrai hekesh, parce qu'il n'apporte pas la chose elle-même mais seulement un détail de celle-ci. Rachi l'explique : "vers le haut" et "vers le bas" sont écrits dans les deux bêtes. Chacune sait déjà par son propre verset qu'il faut asperger en haut et en bas ; le rapprochement n'a servi qu'à fixer le nombre (une, sept).

C'est le cas dit heimenou ve-davar aher : "de lui-même et d'autre chose". Chaque bête apprend une part par elle-même, et l'autre texte ne fait que l'assister pour le reste. Un tel apprentissage n'a pas le statut plein de hekesh, et l'interdiction d'en tirer un second hekesh ne s'y applique pas.

Rachi précise le contre-exemple, ce qui aide à saisir la définition : si "vers le bas" n'était pas dit du tout pour le bouc, ou "vers le haut" pas du tout pour le taureau, le rapprochement créerait l'obligation entière — et alors, oui, ce serait un hekesh au sens strict, stérile pour toute dérivation ultérieure.

4
הַנִּיחָא לְמַאן דְּאָמַר לָא הָוֵי הֶיקֵּשׁ. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר הָוֵי הֶיקֵּשׁ, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Cela va bien pour celui qui dit que ce n'est pas un hekesh. Mais pour celui qui dit que c'en est bien un, que peut-on répondre ?

📜 Rachi (1)
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר וְכוּ' פְּלוּגְתָּא בִּזְבָחִים בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נז.):
Cela va bien pour celui qui dit, etc. — c'est une controverse dans Zevahim, au chapitre Eizehou mekoman (57a).
💡 Explication

La réponse précédente n'est pas gratuite : elle suppose une position dans une controverse. La question de savoir si heimenou ve-davar aher constitue ou non un hekesh à part entière est disputée, comme Rachi le renvoie, dans Zevahim au chapitre Eizehou mekoman (57a).

Pour l'avis qui répond par l'affirmative, le premier rapprochement est un vrai hekesh, l'objection revient intacte, et il faut une autre sortie. Les deux segments suivants la fournissent — et ces réponses-là, elles, ne dépendent d'aucune controverse.

5
מְקוֹמוֹת הוּא דְּגָמְרִי מֵהֲדָדֵי.

Ce sont les lieux qui s'apprennent l'un de l'autre.

📜 Rachi (1)
מְקוֹמוֹת הוּא דְּגָמְרִי מֵהֲדָדֵי אֵין זֶה הֶיקֵּשׁ הַלָּמֵד מִן הַהֶיקֵּשׁ שֶׁהֲרֵי בַּהֶיקֵּשׁ הָרִאשׁוֹן לָמְדוּ בְּהֵמוֹת זוֹ מִזּוֹ וְעָשָׂה אֶת דָּמוֹ כַּאֲשֶׁר עָשָׂה לְדַם הַפָּר וּבְהֶיקֵּשׁ הַשֵּׁנִי לֹא הֻוקַּשׁ שׁוּם דָּבָר לְאַחַת מִן הַבְּהֵמוֹת לִלְמֹוד מִמֶּנָּה מַה שֶׁלָּמְדָה בְּהֶיקֵּשׁ מֵחֲבֶרְתָּהּ אֶלָּא הַמְּקוֹמוֹת הֻוקְּשׁוּ זֶה לָזֶה וְכֵן יַעֲשֶׂה לְאֹהֶל מוֹעֵד כַּאֲשֶׁר כָּפַר עַל הַקֹּודֶשׁ וְהַקּוֹדֶשׁ לֹא לָמַד כְּלוּם מִתְּחִלָּה בְּהֶיקֵּשׁ אֶלָּא הַפָּר הֻוקַּשׁ לַשָּׂעִיר וְהַשָּׂעִיר לְפַר בְּמַתְּנוֹת הַקֹּודֶשׁ:
Ce sont les lieux qui s'apprennent l'un de l'autre — ce n'est pas là un hekesh appris du hekesh. Car dans le premier hekesh, ce sont les bêtes qui ont appris l'une de l'autre : "il fera de son sang comme il a fait du sang du taureau". Mais dans le second hekesh, aucune chose n'a été rapprochée de l'une des bêtes pour en apprendre ce qu'elle avait elle-même appris par hekesh de sa compagne : ce sont les lieux qui ont été rapprochés l'un de l'autre — "ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation comme il a expié pour le Kodech". Or le Kodech n'a rien appris, au départ, par hekesh : c'est le taureau qui a été rapproché du bouc, et le bouc du taureau, pour les aspersions du Kodech.
💡 Explication

Deuxième réponse, et sans doute la plus élégante. Elle repose sur une distinction de l'objet de chaque rapprochement.

Le premier hekesh rapproche deux bêtes : le taureau et le bouc, "il fera de son sang comme il a fait du sang du taureau". Le second hekesh, lui, ne rapproche pas des bêtes mais deux lieux : "ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation comme il a expié pour le Kodech" — le Heikhal apprend du Saint des Saints.

Dès lors, comme le formule Rachi, le lieu appelé Kodech n'a jamais rien appris par hekesh : c'est un lieu, pas une bête. Le second rapprochement ne s'appuie donc pas sur le produit du premier ; les deux hekechim portent sur des plans différents et ne se touchent pas. Il n'y a pas de chaîne, donc pas de hekesh min ha-hekesh.

6
אִי בָּעֵית אֵימָא: חוּץ מִבִּפְנִים בַּחֲדָא זִימְנָא גָּמַר.

Si tu veux, dis plutôt : l'extérieur apprend de l'intérieur en une seule fois (be-hada zimna).

📜 Rachi (1)
וְאִי בָּעֵית אֵימָא חוּץ מִפְּנִים בְּחַד זִימְנָא גָּמַר אִי נָמֵי סְבִירָא לָן דְּפָנִים בְּהֶיקֵּשׁ לָמַד יָכוֹל לַחֲזֹור וְלִלְמֹוד עַל הַהֵיכָל בְּבַת אַחַת מַה שֶּׁכָּתוּב בּוֹ בְּפֵירוּשׁ כְּגוֹן אַחַת לְמַעְלָה בְּשָׂעִיר וְשֶׁבַע לְמַטָּה בַּפָּר וְעִמָּהֶם אַף מַה שֶׁלָּמַד בְּהֶיקֵּשׁ וְהֵיכִי דָּמֵי הֶיקֵּשׁ שֶׁאֵינוֹ לָמֵד מִן הַהֶיקֵּשׁ כְּגוֹן אִם לֹא הֻוצְרַךְ הֵיכָל לִלְמֹוד מִן לִפְנַיי וְלִפְנִים אֶלָּא מַה שֶׁלָּמַד בְּהֶיקֵּשׁ אֲבָל הַשְׁתָּא דְּהֻוצְרַךְ לִלְמֹוד מִמֶּנּוּ אֶת הַמְפֹורָשׁ בּוֹ לָמַד הַכֹּל בְּבַת אַחַת:
Et si tu veux, dis : l'extérieur apprend de l'intérieur en une seule fois — ou bien encore : nous tenons que ce qui a été appris à l'intérieur par hekesh peut revenir enseigner sur le Heikhal, d'un seul coup, en même temps que ce qui y est écrit explicitement — par exemple "une vers le haut" pour le bouc et "sept vers le bas" pour le taureau, et avec eux également ce qui avait été appris par hekesh. Et quel serait le cas d'un hekesh qui n'apprend pas du hekesh ? Par exemple si le Heikhal n'avait pas eu besoin d'apprendre de l'intérieur autre chose que ce qui y avait été appris par hekesh. Mais ici, puisqu'il lui faut de toute façon en apprendre ce qui y est explicite, il apprend le tout d'un seul coup.
🗂️ Tossefot (1)
חוּץ מִפָּנִים בְּדָבָר אֶחָד גָּמַר פֵּי' רַשִׁ"י אַיְּידֵי דְּנִיתַּן הֶיקֵּשׁ לִידָּרֵשׁ בִּדְבָרִים הַמְפֹורָשִׁין בִּפְנִים כְּגוֹן לְמַטָּה בְּפַר וּמַעְלָה בְּשָׂעִיר נִלְמוֹד בְּבַת אַחַת אַף הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ עִמּוֹ וְתֵימַהּ הוּא לוֹמַר כֵּן דְּהָא יוֹתֶרֶת הַכָּבֵד וּשְׁתֵּי הַכְּלָיוֹת דְּגָמְרִינַן שְׂעִירֵי ע"ז מִפַּר הֶעְלֵם וּפַר הֶעְלֵם גָּמַר מִפַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ חֲשִׁיב הֶיקֵּשׁ מֵהֶיקֵּשׁ בִּזְבָחִים פֶּרֶק ב"ש (זְבָחִים דַּף מא.) אע"ג דְּגָמְרִינַן שְׂעִירֵי ע"ז מִפַּר הֶעְלֵם לְעִנְיַן הַזָּאוֹת דִּכְתִיבָן בְּגוּפֵיהּ וְכֵן בְּפֶ' אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נה.) דְּלָא גָּמְרִינַן זִבְחֵי שַׁלְמֵי צִבּוּר שֶׁהֵן קָדְשֵׁי קָדָשִׁים וּבָעֵי צָפוֹן מִדְּאִיתַּקַּשׁ לְחַטָּאת ואע"ג דְּנָפְקָא לָן מֵהֶיקֵּישָׁא שֶׁאֵין נֶאֱכָלִין אֶלָּא לְזִכְרֵי כְהֻונָּה דִּכְתִיב בְּחַטָּאת (וַיִּקְרָא ו) בְּגוּפֵיהּ וְכֵן אָשָׁם לָא יָלֵיף הָתָם צָפוֹן מִדְּאִיתַּקִּישׁ לְחַטָּאת אע"ג דְּגָמְרִינַן נָמֵי מֵהַהוּא הֶיקֵּשָׁא סְמִיכָה דִּכְתִיב בְּגוּפֵיהּ דְּחַטָּאת מִיהוּ כָּל זֶה נ"ל לְתָרֵץ דְּלָא דָּמוּ לְהָא דְּהָכָא דְּהָכָא כָּל הַהַזָּאוֹת חֲשִׁיב חַד עִנְיָינָא וְכֵיוָן דְּגַלִּי מִקְצָת בְּגוּפֵיהּ גָּמְרִינַן נָמֵי בְּחַד זִימְנָא אֲפִילּוּ מַאי דְּיָלֵיף בְּהֶיקֵּשׁ אֲבָל הָנָךְ לָאו חַד עִנְייָנָא נִינְהוּ ור"י פִּי' דְּמֵאַחַת לְמַעְלָה דְּכָתַב בְּשָׂעִיר יָלֵיף מִבַּחוּץ בֵּין בְּפַר בֵּין בְּשָׂעִיר וּמִשֶּׁבַע לְמַטָּה דְּפַר יָלֵיף בְּחוּץ בֵּין בְּפַר בֵּין בְּשָׂעִיר דְּהָכִי מַשְׁמַע לֵיהּ וְכֵן יַעֲשֶׂה בְּאֹהֶל מוֹעֵד בִּשְׁתֵּי הַבְּהֵמוֹת כְּמוֹ שֶׁעָשָׂה אַחַת לְמַעְלָה בְּשָׂעִיר בִּפְנִים וְכֵן כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בְּפַר בִּפְנִים לְמַטָּה יַעֲשֶׂה לִשְׁתֵּי הַבְּהֵמוֹת בְּאֹהֶל מוֹעֵד וְלָא נְהִירָא לריצב"א לְשׁוֹן בְּחַד זִימְנָא גָּמַר דְּהָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר פַּר בַּחוּץ לְמַעְלָה מִשָּׂעִיר גָּמַר וְשָׂעִיר בַּחוּץ לְמַטָּה מִפַּר גָּמַר וְנִרְאֶה לוֹ פֵּי' רַשִׁ"י וְלָא דָּמֵי לְכָל הָנָךְ שֶׁהֵבִיא רִ"י דְּהָכָא כֵּיוָן דִּכְתִיב וְכֵן יַעֲשֶׂה בְּאֹהֶל מוֹעֵד מִסְּתָמָא קָאֵי אַהַזָּאוֹת דִּכְתִיב בְּגוּפַיְיהוּ דְּהַייְנוּ אַחַת לְמַעְלָה דְּשָׂעִיר וְשֶׁבַע לְמַטָּה דְּפַר שֶׁהֲרֵי לֹא הָיָה עוֹשֶׂה לִפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא הַזָּאוֹת וְאַהָא כָּתַב וְכֵן יַעֲשֶׂה וא"כ צְרִיכִין אָנוּ לִלְמֹוד בְּחַד זִימְנָא גַּם מַה שֶׁלָּמַדְנוּ בְּהֶיקֵּשׁ שֶׁאִם לֹא כֵן אָז לֹא הָיִיתִי מְקַייֵּם וְכֵן יַעֲשֶׂה דְּמַשְׁמַע לְגַמְרֵי יַעֲשֶׂה בְּאֹהֶל מוֹעֵד כְּמוֹ לִפְנַי וְלִפְנִים וּקְרוֹבִים תֵּירוּץ זֶה וְתֵירוּץ שֶׁכָּתַבְתִּי אֲנִי לְמַעְלָה לִהְיוֹת שָׁוִין:
L'extérieur apprend de l'intérieur en une seule chose — Rachi explique : puisque le hekesh est déjà ouvert à l'interprétation pour les choses explicites de l'intérieur (par exemple "vers le bas" pour le taureau et "vers le haut" pour le bouc), nous apprenons d'un seul coup, avec elles, ce qui n'était qu'appris par hekesh. Or il est étonnant de dire cela. Car pour le lobe du foie et les deux rognons, que les boucs d'idolâtrie apprennent du taureau de la faute collective, lequel apprend lui-même du taureau du cohen oint, cela est bien tenu pour un hekesh appris d'un hekesh dans Zevahim, au chapitre Beit Chammai (41a), et cela bien que nous apprenions les boucs d'idolâtrie du taureau de la faute collective pour les aspersions qui sont écrites dans son propre verset. De même au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 55a) : nous n'apprenons pas que les sacrifices de paix communautaires, qui sont pourtant des kodchei kodachim, exigent le nord du fait qu'ils sont rapprochés du hatat — et cela bien que nous tirions de ce même hekesh qu'ils ne sont mangeables que par les mâles de la prêtrise, ce qui est écrit dans le verset du hatat lui-même (Vayikra 6). De même pour le acham : on n'y apprend pas le nord du fait qu'il est rapproché du hatat, bien que nous tirions aussi de ce hekesh la semikha, qui est écrite dans le verset du hatat lui-même. Cependant, tout cela, il me semble qu'on peut le résoudre : ces cas ne ressemblent pas au nôtre, car ici toutes les aspersions sont tenues pour une seule et même matière, et dès lors que le verset en a dévoilé une partie dans son propre texte, nous apprenons aussi d'un seul coup même ce qui n'était qu'appris par hekesh ; tandis que ces cas-là ne forment pas une seule et même matière. Et le Ri a expliqué autrement : de "une vers le haut" écrit pour le bouc, on apprend pour l'extérieur aussi bien le taureau que le bouc ; et de "sept vers le bas" du taureau, on apprend pour l'extérieur aussi bien le taureau que le bouc — car c'est ainsi qu'il comprend "ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation" : pour les deux bêtes, comme il a fait "une vers le haut" pour le bouc à l'intérieur ; et de même, comme il a fait pour le taureau à l'intérieur "vers le bas", il fera pour les deux bêtes dans la tente d'assignation. Mais l'expression "il apprend en une seule fois" n'a pas paru claire au Ritsba dans cette lecture, car il aurait alors fallu dire : "le taureau, à l'extérieur, apprend le haut du bouc, et le bouc, à l'extérieur, apprend le bas du taureau". Il lui a donc semble préférable de retenir l'explication de Rachi, et cela ne ressemble pas à tous les cas qu'a rapportés le Ri : ici, puisqu'il est écrit "ainsi fera-t-il pour la tente d'assignation", cela se rapporte à priori aux aspersions qui sont écrites dans leurs propres versets, c'est-à-dire "une vers le haut" du bouc et "sept vers le bas" du taureau — car il ne faisait, dans le Saint des Saints, rien d'autre que des aspersions, et c'est là-dessus qu'il est écrit "ainsi fera-t-il". S'il en est ainsi, nous devons apprendre d'un seul coup également ce que nous avons appris par hekesh ; car sinon je n'accomplirais pas "ainsi fera-t-il", qui implique qu'il fasse dans la tente d'assignation exactement comme dans le Saint des Saints. Cette réponse et celle que j'ai écrite plus haut sont proches, au point de se valoir.
💡 Explication

Troisième réponse, sur un tout autre principe. Concédons que le contenu de l'intérieur est bien, en partie, un produit de hekesh. Il n'y a pourtant pas ici deux étapes successives, mais un seul acte de dérivation.

Rachi explique le mécanisme : le Heikhal doit de toute façon apprendre de l'intérieur ce qui y est écrit explicitement — "une vers le haut" pour le bouc, "sept vers le bas" pour le taureau. Puisque le verset ouvre ainsi la porte, tout passe d'un seul mouvement : l'explicite et le dérivé ensemble. Le cas interdit serait celui où le Heikhal n'aurait rien d'autre à apprendre de l'intérieur que du contenu déjà dérivé ; ce n'est pas notre cas.

Le Tossefot conteste vivement cette lecture, en alignant trois contre-exemples tirés de Zevahim où cette logique n'a pas été admise, avant de la sauver par un critère : ici, toutes les aspersions forment une seule et même matière (had inyana), ce qui n'est pas le cas des exemples invoqués. Il rapporte ensuite l'explication alternative du Ri, puis le refus du Ritsba, qui revient à Rachi.

7
תְּנָא: כְּשֶׁהוּא מִזֶּה, אֵינוֹ מַזֶּה עַל הַפָּרֹוכֶת, אֶלָּא כְּנֶגֶד הַפָּרֹוכֶת. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי: אֲנִי רְאִיתִיהָ בְּרוֹמִי, וְהָיוּ עָלֶיהָ כַּמָּה טִיפֵּי דָּמִים שֶׁל פַּר וְשָׂעִיר שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים.

Il a été enseigné : lorsqu'il asperge, il n'asperge pas sur le parokhet (le rideau), mais en face du parokhet. Rabbi Elazar berabbi Yossi dit : je l'ai vu à Rome, et il y avait dessus plusieurs gouttes de sang du taureau et du bouc de Yom Kippour.

📜 Rachi (1)
אֲנִי רְאִיתִיהָ בְּרוֹמִי בְּמַסֶּכֶת מְעִילָה (דַּף יז:) גַּבֵּי בֶּן תְּלַמְיוֹן נַעֲשָׂה נֵס לֵר' אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי שֶׁרִיפֵּא אֶת בַּת מֶלֶךְ רוֹמִי שֶׁנִּכְנַס שֵׁד בְּגוּפָהּ שֶׁשְּׁמוֹ בֶּן תְּלַמְיוֹן וְהִכְנִיסוּהוּ לְאוֹצַר הַמֶּלֶךְ לִיטֹּול כָּל מַה שֶׁיִּרְצֶה וְלֹא הָיָה חָפֵץ אֶלָּא לִיטֹּול מִשָּׁם אִיגְּרוֹת שֶׁכָּתְבוּ גְּזֵירוֹת שֶׁגָּזְרוּ עַל יִשְׂרָאֵל וּמְצָאָם וּקְרָעָם וְשָׁם רָאָה כְּלֵי בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בָּאוֹצָר:
Je l'ai vu à Rome — au traité Me'ila (17b), à propos de Ben Talmion : un miracle fut fait pour Rabbi Elazar berabbi Yossi, qui guérit la fille du roi de Rome, dans le corps de laquelle était entré un démon nommé Ben Talmion. On le fit entrer dans le trésor du roi pour qu'il y prit tout ce qu'il voudrait ; il ne désirait rien d'autre que d'y prendre les lettres où étaient consignés les décrets qu'on avait décrétés contre Israël — il les trouva et les déchira. Et c'est là qu'il vit les ustensiles du Temple, dans le trésor.
💡 Explication

Nouvelle section. Une braita précise le geste : le cohen gadol ne vise pas le rideau, il asperge en face de lui (ke-neged ha-parokhet). Le sang ne doit pas être projeté sur le tissu.

Contre quoi Rabbi Elazar berabbi Yossi oppose un témoignage oculaire — chose rarissime dans le Talmud : il a vu le parokhet lui-même, à Rome, parmi le butin du Temple, et il était taché de sang. Rachi renvoie à Me'ila 17b pour l'épisode : Rabbi Elazar avait guerri la fille de l'empereur, possédée par le démon Ben Talmion, et on lui avait ouvert le trésor impérial pour qu'il y prit ce qu'il voulait. Il n'y chercha que les lettres portant les décrets contre Israël, qu'il trouva et déchira — et c'est là qu'il vit les ustensiles du Temple.

Le témoignage semble contredire la braita. La sougya ne va pas le rejeter : elle va montrer que le sang peut atteindre le rideau sans que cela soit visé, et que le service n'en est pas invalidé.

🖼️ Schéma
"Je l'ai vu à Rome" : deux versions du même témoignage La braita dit qu'on asperge EN FACE du rideau -- alors pourquoi était-il taché de sang ? R. Elazar berabbi Yossi voit le parokhet à Rome (Me'ila 17b : l'épisode de Ben Talmion, l'accès au trésor impérial) Version A : "du taureau et du bouc de Kippour" Objection : et si c'était le sang du taureau de la faute collective et des boucs d'idolâtrie ? Critère : il a vu les gouttes DANS LEUR ORDRE (ke-sidran), du haut vers le bas, "ke-matzlif" -- disposition propre au service de Kippour. Appui : la michna du taureau de la faute collective dit déjà "s'ils ont touché, ils ont touché". Version B : "de la faute collective et de l'idolâtrie" Objection symétrique : et si c'était le taureau et le bouc de Yom Kippour ? Critère inverse : il a vu qu'elles n'étaient PAS dans leur ordre (chelo ke-sidran) -- donc elles ne venaient pas du service de Kippour. Dans les deux versions, la disposition des taches sert de pièce à conviction. Ce que la sougya sauve La braita reste vraie : on vise EN FACE du rideau, on ne cherche pas à le toucher. Mais si le sang l'atteint malgré tout, "il a touché" -- le service n'en est pas invalidé.
Le témoignage de Rome, ses deux versions, et le critère matériel qui les départage.
8
וְדִילְמָא דְּפַר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר וּשְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה הֲווֹ!

Mais peut-être étaient-ce [des gouttes] du taureau de la faute collective par inadvertance et des boucs d'idolâtrie !

💡 Explication

La guemara refuse d'accepter l'identification telle quelle. Le taureau et le bouc de Yom Kippour ne sont pas les seules offrandes dont le sang est aspergé vers le parokhet.

Deux autres cas produisent le même geste : le par hé'elem davar chel tsibour, le taureau apporté lorsque le tribunal a rendu une décision erronée qui a entraîné la collectivité dans une faute par inadvertance ; et les se'irei avoda zara, les boucs offerts pour une faute collective d'idolâtrie. Ces deux offrandes comportent également des aspersions vers le rideau.

Donc : rien ne prouve que les taches vues à Rome viennent du service de Kippour. Il faut un critère matériel — et le segment suivant le fournit.

9
דַּחֲזָא דַּעֲבִידִי כְּסִדְרָן. וּתְנַן נָמֵי גַּבֵּי פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר כִּי הַאי גַוְונָא: כְּשֶׁהוּא מִזֶּה, לֹא הָיוּ נוֹגְעִין בַּפָּרֹוכֶת, וְאִם נָגְעוּ — נָגְעוּ.

[Non,] car il a vu qu'elles étaient faites dans leur ordre (ke-sidran). Et nous avons appris de même, dans une michna, à propos du taureau de la faute collective par inadvertance, un cas semblable : lorsqu'il asperge, [les gouttes] ne touchaient pas le parokhet — et si elles ont touché, elles ont touché.

📜 Rachi (1)
כְּסִדְרָן מִלְמַעְלָה לְמַטָּה כְּמַצְלִיף:
Dans leur ordre — de haut en bas, comme un coup de fouet (ke-matzlif).
💡 Explication

Le critère est matériel et visuel : la disposition des taches. Rachi explique ke-sidran — "dans leur ordre" : du haut vers le bas, ke-matzlif, comme les lanières d'un fouet qui retombent en une seule traînée régulière. C'est la signature du service de Kippour, où l'aspersion unique du haut est suivie des sept du bas, descendant les unes sous les autres.

La guemara consolide ensuite par un appui textuel : la michna traitant du taureau de la faute collective emploie déjà exactement la formulation attendue — "les gouttes ne touchaient pas le parokhet ; et si elles ont touché, elles ont touché". Cette dernière phrase est capitale : elle signifie que le contact n'est pas recherché, mais qu'il n'invalide pas le service. La braita et le témoignage sont donc compatibles : on vise en face, et le sang atteint parfois le tissu.

10
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי: אֲנִי רְאִיתִיהָ בְּרוֹמִי, וְהָיוּ עָלֶיהָ כַּמָּה טִיפֵּי דָּמִים שֶׁל פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר, וּשְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה. וְדִילְמָא דְּפַר וְשָׂעִיר שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים נִינְהוּ? דַּחֲזַנְהוּ דַּעֲבִידִי שֶׁלֹּא כְּסִדְרָן.

[Autre version :] Rabbi Elazar berabbi Yossi dit : je l'ai vu à Rome, et il y avait dessus plusieurs gouttes de sang du taureau de la faute collective par inadvertance et des boucs d'idolâtrie. Mais peut-être étaient-ce [des gouttes] du taureau et du bouc de Yom Kippour ?

[Non,] car il a vu qu'elles étaient faites hors de leur ordre (chelo ke-sidran).

🗂️ Tossefot (1)
אֲנִי רְאִיתִיהָ בְּרוֹמִי וְהָיוּ עָלֶיהָ כַּמָּה טִפֵּי דָמִים מֵפֵר הֶעֱלֵם דָּבָר הִקְשָׁה רִיבָ"א וְהָא בְּבַיִת רִאשׁוֹן לָא הָווּ פָּרֹוכֶת וּבְבַיִת שֵׁנִי דְּהָווּ פָּרֹוכֶת לֹא הָיוּ מַקְרִיבִין פַּר הֶעֱלֵם דָּבָר כְּדִתְנַן בפ"ק דִּמְגִילָּה (דַּף ט:) אֵין בֵּין כֹּהֵן מָשִׁיחַ לִמְרֻובֵּה בְּגָדִים אֶלָּא פַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת דְּכֹהֵן מָשִׁיחַ מַקְרִיבוֹ וְלֹא מְרֻובֵּה בְּגָדִים וְתֵירֵץ דִּבְבַיִת רִאשׁוֹן הֲוָה וּבְפָרֹוכֶת דְּבָבֵי אַיְירֵי ור"י תֵּירֵץ דִּבְבַיִת שֵׁנִי הֲוָה וְהַהִיא דִּמְגִילָּה אַייְּרִי בְּהוֹרָאַת כֹּהֵן מָשִׁיחַ לְעַצְמוֹ דְּקַייְמָא לָן הוֹרָאַת כֹּהֵן מָשִׁיחַ לְעַצְמוֹ כְּהוֹרָאַת בֵּית דִּין לַצִּבּוּר דְּמַייְתִי פַּר אִם טָעָה וְעָשָׂה כְּהוֹרָאַת עַצְמוֹ וְדַוְקָא מָשִׁיחַ דִּכְתִיב וְאִם הַכֹּהֵן הַמָּשִׁיחַ אֲבָל מְרֻובֵּה בְּגָדִים הֲרֵי הוּא כִּשְׁאָר יָחִיד וּמַייְתֵי כִּשְׂבָּה אוֹ שְׂעִירָה אֲבָל פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר אֲפִילּוּ כֹּהֵן הֶדְיוֹט מָצֵי לְאַקְרוֹבֵיהּ כִּדְאִיתָא בת"כ וְכֵן מוּכָח דִּבְבַיִת שֵׁנִי אַייְּרִי דְּאִי בְּבַיִת רִאשׁוֹן נֵימָא שֶׁל פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ אֶלָּא ע"כ בְּבַיִת שֵׁנִי אַייְרֵי וּלְהָכֵי לָא קָאָמַר נָמֵי שֶׁל פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ דְּכֹהֵן מָשִׁיחַ בְּבַיִת שֵׁנִי לָא הֲוָה דְּיֹאשִׁיָּהוּ גָּנַז שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה [לְעֵיל (יוֹמָא נב:)]:
Je l'ai vu à Rome, et il y avait dessus plusieurs gouttes de sang du taureau de la faute collective par inadvertance — le Riva a soulevé une difficulté : dans le premier Temple il n'y avait pas de parokhet, et dans le second Temple, où il y avait un parokhet, on n'offrait pas le taureau de la faute collective, comme nous l'avons appris au premier chapitre de Meguila (9b) : il n'y a de différence entre le cohen oint et le cohen aux nombreux vêtements que le taureau apporté pour l'ensemble des commandements, que le cohen oint offre et que le cohen aux nombreux vêtements n'offre pas. Il a répondu que cela se passait dans le premier Temple, et qu'il s'agit du parokhet des entrées. Et le Ri a répondu que cela se passait dans le second Temple, et que le passage de Meguila traite de la décision du cohen oint pour lui-même : car nous tenons que la décision du cohen oint pour lui-même est comme la décision du tribunal pour la collectivité, de sorte qu'il apporte un taureau s'il s'est trompé et a agi selon sa propre décision — et cela uniquement pour le cohen oint, car il est écrit "et si le cohen oint" ; mais le cohen aux nombreux vêtements est comme n'importe quel particulier et apporte une brebis ou une chèvre. En revanche, le taureau de la faute collective par inadvertance de la communauté, même un cohen ordinaire peut l'offrir, comme il est dit dans le Torat Kohanim. Et il est prouvé de même qu'il s'agit du second Temple : car s'il s'agissait du premier Temple, on aurait dû dire "du taureau du cohen oint". Il faut donc nécessairement qu'il s'agisse du second Temple ; et c'est aussi pourquoi on n'a pas dit "du taureau du cohen oint", puisqu'il n'y avait pas de cohen oint dans le second Temple, Yochiyahou ayant caché l'huile d'onction (voir plus haut, Yoma 52b).
💡 Explication

La guemara rapporte la version inverse du même témoignage : ce que Rabbi Elazar aurait identifié à Rome, ce serait le sang du taureau de la faute collective et des boucs d'idolâtrie. Et le raisonnement se retourne exactement : l'objection devient "peut-être était-ce Kippour ?", et le critère devient l'inverse — chelo ke-sidran, les gouttes n'étaient pas disposées dans l'ordre descendant régulier, donc elles ne provenaient pas du service de Kippour.

Dans les deux versions, la logique probante est identique : c'est la disposition des taches, et non leur seule présence, qui identifie le rite. Le Tossefot soulève ici une objection historique majeure — il n'y avait pas de parokhet devant le Saint des Saints dans le premier Temple (des portes le fermaient), et dans le second Temple on n'offrait plus le taureau de la faute collective, faute de cohen oint depuis que Yochiyahou avait caché l'huile d'onction. Deux résolutions sont proposées.

11
נִתְעָרְבוּ לוֹ דָּמִים בְּדָמִים, אָמַר רָבָא: נוֹתֵן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה, וְעוֹלֶה לוֹ לְכָאן וּלְכָאן.

Si le sang s'est mélangé au sang, Rava a dit : il donne une [aspersion] vers le haut et sept vers le bas, et cela lui compte pour l'un et pour l'autre.

📜 Rachi (1)
דָּמִים בְּדָמִים שֶׁל פָּר וְשֶׁל שָׂעִיר קֹודֶם שֶׁנָּתַן בִּפְנִים כְּלוּם:
Du sang dans du sang — celui du taureau et celui du bouc, avant qu'il n'ait rien donné à l'intérieur.
💡 Explication

Dernière section de l'amud, et cas concret : les deux récipients se sont renversés l'un dans l'autre. Rachi précise l'état du cas : le sang du taureau et celui du bouc se sont mélangés avant qu'aucune aspersion n'ait été faite à l'intérieur.

Le problème est réel. Le sang de chaque bête à son service propre : une aspersion vers le haut et sept vers le bas, pour le taureau d'abord, pour le bouc ensuite. Or il n'existe plus qu'un seul liquide, où les deux sangs sont présents partout.

Rava propose une solution d'économie : une seule série de huit aspersions, tirée du mélange. Puisque chaque goutte projetée contient du sang de taureau et du sang de bouc, chaque geste accomplit simultanément les deux services — ve-olé lo le-khan oul-khan. Élégant. Le segment suivant va le détruire.

🖼️ Schéma
Le sang mélangé au sang : deux règles d'ordre, deux propositions qui échouent L'ordre normal : huit aspersions par bête, le taureau entièrement avant le bouc Taureau : 1 en haut Taureau : 7 en bas Bouc : 1 en haut Bouc : 7 en bas REGLE A : dans chaque bête, le haut avant le bas REGLE B : "ve-khila" -- finir le taureau avant le bouc RAVA (cas 1 : mélangé avant toute aspersion) Une seule série tirée du mélange : 1 en haut + 7 en bas, et elle compte pour l'un et pour l'autre. ECHOUE sur la REGLE B : le "haut" du bouc est donné dans la même aspersion, donc AVANT le "bas" du taureau. R. YIRMEYA -- la solution 1 en haut + 7 en bas AU NOM DU TAUREAU (le mélange en contient), puis à nouveau 1 en haut + 7 en bas AU NOM DU BOUC. La ma'hchava (intention) découpe ce que le récipient a mélangé : seize gestes, deux services, les deux règles d'ordre respectées. RAV PAPPA (cas 2 : mélangé aux dernières aspersions) Le "haut" du taureau est déjà fait. 7 en bas au nom des deux, puis 1 en haut au nom du bouc. ECHOUE sur la REGLE A : le "bas" du bouc précède le "haut" du bouc. Exactement l'erreur que R. Yirmeya venait de corriger. Les deux invectives, et ce qu'elles disent de la méthode R. Yirmeya : "Babyloniens stupides -- parce qu'ils habitent une terre obscure, ils disent des enseignements obscurs." Rava, à Rav Pappa : "jusqu'ici on nous appelait stupides ; maintenant, stupides parmi les stupides -- on les instruit et ils n'apprennent pas." La nafka mina de fond Ce qui compte n'est pas le contenu physique du récipient mais l'INTENTION attachée au geste : asperger du sang de bouc en visant le taureau, ce n'est pas avoir aspergé le bouc.
Les deux règles d'ordre et le sort des trois propositions successives.
12
אַמְרוּהָ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יִרְמְיָה, אָמַר: בַּבְלָאֵי טַפְשָׁאֵי, מִשּׁוּם דְּדָייְרִי בְּאַרְעָא דַחֲשׁוֹכָא — אָמְרִי שְׁמַעְתָּא דִּמְחַשְּׁכָן! הָא קָא יָהֵיב לְמַעְלָה דְּשָׂעִיר מִקַּמֵּי מַטָּה דְּפַר, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: ״וְכִלָּה מִכַּפֵּר אֶת הַקֹּדֶשׁ״, כַּלֵּה דַּם הַפָּר וְאַחַר כָּךְ כַּלֵּה דַּם הַשָּׂעִיר!

On rapporta cela devant Rabbi Yirmeya. Il dit : Babyloniens stupides !

Parce qu'ils habitent une terre obscure, ils énoncent des enseignements obscurs ! Voici qu'il donne le [sang] "vers le haut" du bouc avant le "vers le bas" du taureau, alors que la Torah a dit : "et lorsqu'il aura achevé d'expier le sanctuaire" (Vayikra 16:20) — achevé le sang du taureau, et ensuite achevé le sang du bouc !

📜 Rachi (3)
בְּאַתְרָא דַּחֲשׁוֹכָא בְּבָבֶל שֶׁהִיא מְצוּלָה:
Dans un lieu obscur — à Babylone, qui est une dépression.
הָא קָא יָהֵיב לְמַעְלָה דְּשָׂעִיר שֶׁנּוֹתֵן אַחַת לְמַעְלָה לְשֵׁם פַּר וּלְשֵׁם שָׂעִיר:
Voici qu'il donne le "vers le haut" du bouc — puisqu'il donne l'unique aspersion du haut au nom du taureau et au nom du bouc.
וְכַלָּה מְכַפֵּר כֻּלָּהּ הַכַּפָּרוֹת כְּמוֹ שֶׁהֵן אֲמוּרוֹת בְּעִנְיָן:
Et lorsqu'il aura achevé d'expier — achevé les expiations telles qu'elles sont énoncées dans le passage.
🗂️ Tossefot (1)
כִּלָּה דַּם הַפָּר וְאַחַ"כּ כָּלָה דַּם הַשָּׂעִיר לָא יָדַעְנָא מַאי אִיצְטְרִיךְ לְאֵיתוֹיֵי הַאי קְרָא תִּיפּוֹק לֵיהּ מִדִּכְתִיב מַתְּנוֹת דַּם הַפָּר בְּרֵישָׁא וּכְתִיב חֻוקָּה וְשֶׁמָּא י"ל דִּלְהָכִי אַייְּתִי הַאי קְרָא דְּאִי מִדִּכְתִיב חֻוקָּה הֵ"א מְחֻוקָּה לָא יָלְפִינַן אֶלָּא הֵיכָא דְּשִׁינָּה הַסֵּדֶר שֶׁל מַעֲשֶׂה שָׁלֵם כְּגוֹן אִם הִקְדִּים כָּל עֲבוֹדַת שָׂעִיר דִּבְחַד מָקוֹם מִקַּמֵּי מַתָּנוֹת דְּפַר אֲבָל כִּי הַאי גַוְונָא שֶׁאֵינוֹ מַקְדִּים אֶלָּא אַחַת מִמַּתָּנוֹת דְּשָׂעִיר מִקַּמֵּי שֶׁבַע מַתָּנוֹת דְּפַר לֹא מְעַכֵּב לְהָכִי מַייְתֵי מִדִּכְתִיב וְכִלָּה הַתּוֹרָה אָמְרָה כָּלָה דַּם הַפָּר לְגַמְרֵי וְאַחַ"כּ כָּלָה דַּם הַשָּׂעִיר וְהָוֵי כְּמוֹ שִׁינָּה הַכָּתוּב עָלָיו לְעַכֵּב:
Achevé le sang du taureau, et ensuite achevé le sang du bouc — je ne sais pas pourquoi il a fallu rapporter ce verset : cela devrait déjà découler de ce que les aspersions du sang du taureau sont écrites en premier et qu'il est écrit "houka" (statut rigide). Peut-être peut-on répondre que ce verset est rapporté parce que, du seul "houka", j'aurais pu penser que l'on n'apprend l'invalidation que là où l'on a interverti l'ordre d'un service entier — par exemple s'il avait avancé tout le service du bouc accompli en un même lieu avant les aspersions du taureau — mais que dans un cas comme le nôtre, où il n'avance qu'une seule des aspersions du bouc avant les sept aspersions du taureau, cela n'invaliderait pas. C'est pourquoi il apporte "ve-khila" : la Torah a dit d'achever entièrement le sang du taureau et seulement ensuite d'achever le sang du bouc, et c'est comme si le verset avait été répété à ce sujet pour en faire une condition d'invalidation.
💡 Explication

La solution de Rava est portée en terre d'Israël et Rabbi Yirmeya la démolit avec une brutalité restée célèbre. Rachi glose la pique géographique : ba-atra de-hachoukha, Babylone, qui est une plaine basse, une cuvette — d'où un raisonnement "obscur".

Le fond de l'objection est un ordre imposé par le verset. "Ve-khila mi-kaper et ha-kodech" — "lorsqu'il aura achevé d'expier le sanctuaire" : le mot achevé impose une séquence complète, le sang du taureau d'abord jusqu'à son terme, le sang du bouc ensuite.

Or la proposition de Rava viole cet ordre de façon inévitable. Comme le dit Rachi, l'aspersion unique du haut est donnée "au nom du taureau et au nom du bouc" à la fois : par ce geste, le "haut" du bouc est déjà accompli — donc avant les sept du bas du taureau, qui ne sont pas encore faites. La séquence est brisée. Le Tossefot s'interroge sur la nécessité même de ce verset, puisqu'on dispose déjà de l'ordre écrit et du mot houka qui rend les services rigides ; il répond que houka seul n'invaliderait qu'un bouleversement de service entier, non l'anticipation d'une seule aspersion.

13
אֶלָּא, אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: נוֹתֵן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה לְשֵׁם הַפָּר, וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה לְשֵׁם הַשָּׂעִיר.

Plutôt, dit Rabbi Yirmeya : il donne une [aspersion] vers le haut et sept vers le bas au nom du taureau, puis il donne à nouveau une vers le haut et sept vers le bas au nom du bouc.

💡 Explication

La solution retenue. Puisque le mélange contient réellement du sang de taureau, on peut accomplir avec lui le service du taureau — à condition de le viser comme tel. Puis on recommence l'intégralité de la série, cette fois au nom du bouc.

Le principe est celui de la ma'hchava, l'intention attachée au geste. Bien que la première série projette matériellement aussi du sang de bouc, elle ne vaut pas comme service du bouc : n'ayant pas été faite à son intention, c'est comme s'il n'avait pas aspergé le sang du bouc du tout. L'intention découpe ce que le récipient a mélangé.

Résultat : seize aspersions au lieu de huit, mais les deux règles d'ordre sont satisfaites — le haut avant le bas dans chaque série, et le taureau entièrement achevé avant que ne commence le bouc.

14
נִתְעָרְבוּ לוֹ דָּמִים בְּדָמִים בְּמַתָּנוֹת הָאַחֲרוֹנוֹת, סְבַר רַב פָּפָּא קַמֵּיהּ דְּרָבָא לְמֵימַר: נוֹתֵן שֶׁבַע לְמַטָּה לְשֵׁם פַּר וּלְשֵׁם שָׂעִיר, וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן אַחַת לְמַעְלָה לְשֵׁם שָׂעִיר.

Si le sang s'est mélangé au sang lors des dernières aspersions, Rav Pappa, devant Rava, songea à dire : il donne sept vers le bas au nom du taureau et au nom du bouc, puis il donne à nouveau une vers le haut au nom du bouc.

📜 Rachi (1)
בְּמַתָּנוֹת אַחֲרוֹנוֹת אַחַר שֶׁנָּתַן אַחַת לְמַעְלָה מִן הַפָּר:
Lors des dernières aspersions — après qu'il a donné l'aspersion du haut du taureau.
💡 Explication

Variante du cas. Le mélange ne se produit plus au départ, mais au milieu du service. Rachi précise l'état exact : après qu'il a déjà donné l'aspersion du haut du taureau. Restent donc à faire : les sept du bas du taureau, puis la une du haut et les sept du bas du bouc.

Rav Pappa propose une économie symétrique de celle de Rava : donner les sept aspersions du bas au nom des deux bêtes à la fois — elles sont de toute façon identiques en position — puis compléter par l'unique aspersion du haut manquante, celle du bouc.

Le raisonnement a l'air séduisant : il respecte bien ve-khila quant au taureau, dont le service s'achève avec les sept du bas. Mais il brise l'autre règle — celle-là même que Rabbi Yirmeya venait d'imposer.

15
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: עַד הַשְׁתָּא קָרוּ לַן טַפְשָׁאֵי, וְהַשְׁתָּא — טַפְשָׁאֵי דְּטַפְשָׁאֵי, דְּקָא מַגְמְרִינַן לְהוּ וְלָא גְּמִירִי. וְהָא קָא יָהֵיב מַטָּה דְּשָׂעִיר מִקַּמֵּי מַעְלָה דְשָׂעִיר, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: תֵּן לְמַעְלָה, וְאַחַר כָּךְ לְמַטָּה!

Rava lui dit : jusqu'à maintenant, on nous appelait stupides — et maintenant, stupides parmi les stupides, puisque nous les instruisons et qu'ils n'apprennent pas ! Voici qu'il donne le [sang] "vers le bas" du bouc avant le "vers le haut" du bouc, alors que la Torah a dit : donne vers le haut, et ensuite vers le bas !

💡 Explication

La réplique de Rava est cinglante et refermée sur elle-même : l'insulte de Rabbi Yirmeya devient une mesure. "On nous appelait stupides" — passe encore ; mais répéter la faute après avoir reçu la leçon, c'est être tifchaei de-tifchaei, stupides parmi les stupides, de-ka magmerinan lehou ve-lo gemirei : on les instruit et ils n'apprennent pas.

Sur le fond, l'erreur est de la même famille que celle de Rava lui-même, mais sur l'autre règle d'ordre. Dans la proposition de Rav Pappa, les sept aspersions du bas comptent aussi pour le bouc : le "bas" du bouc est donc accompli avant son "haut", qui n'arrive qu'ensuite. Or l'ordre interne de chaque bête est fixé par la Torah : d'abord vers le haut, ensuite vers le bas.

L'amud s'achève sur cette réfutation, sans solution donnée. La suite se lit en 57b, où la guemara cherchera comment traiter ce second cas — et se heurtera au fait que les sept du bas du taureau ne peuvent plus être refaites sans compromettre l'ordre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).