Yoma 57b — le sang qui perd son identité : mélangé partiel, coupes confondues, chirayim ou dehouyin, et le mélange voulu des deux sangs pour les cornes

Yoma 57b

Sougya : Cet amud poursuit et achève la série des accidents du sang commencée en 57a. Rava y donne sa solution pour le mélange survenu pendant les dernières aspersions : achever les sept du bas au nom du taureau, puis refaire pour le bouc une série complète — l'intention, et elle seule, séparant ce que le récipient a confondu.

Vient ensuite un cas où le sang n'est pas mélangé mais où les coupes le sont : le Cohen Gadol ne sait plus laquelle appartient à quelle bête, et la guemara y répond par un mah nafshakh en trois séries, dont Rachi déroule les deux hypothèses et que le Tossefot restreint au seul service du Heikhal. Troisième configuration : une partie du sang seulement s'est mélangée, dans un troisième bassin.

Asperger du sang certain est évident ; mais le mélange est-il un reste (chirayim, versé au yessod) ou un rejeté (dahouy, envoyé à l'amah) ? Rav Pappa et Rav Houna berei de-Rav Yehochoua s'affrontent par deux raisonnements exactement symétriques — le rejet tient-il à l'impossibilité de servir ou à un acte de mise à l'écart ? — et la guemara produit la braita des quatre coupes, où le tana kama et Rabbi Eliezer berabbi Chimon divisent le verset "et il déversera tout son sang", Rav Achi sauvant le mot restrictif en le rapportant au sang resté dans le cou de la bête.

L'amud se clôture sur un mélange volontaire, celui de la Michna : le Cohen Gadol verse le sang du taureau dans celui du bouc. Mélange-t-on pour les cornes ?

Rabbi Yochiya, qui lit "yahdav" même là où il n'est pas écrit, dit oui ; Rabbi Yonatan dit non. La guemara tente de sauver Rabbi Yonatan par le mot "ahat", puis une braita nommant Rabbi Yochiya ruine ce sauvetage — et le Tossefot en tire une des plus longues discussions du chapitre.

Yoma 57b : le fil de l'amud Quatre accidents du sang, et une question de lecture du verset 1. Le sang mélangé -- la sortie de Rava Rav Pappa avait proposé de finir les sept du bas pour les deux, puis une en haut pour le bouc. Rava : sept en bas pour le taureau seul, puis on reprend à zéro pour le bouc (une + sept). Segment 0. Les deux règles d'ordre sont sauves. 2. Les coupes mélangées aux coupes On ne sait plus laquelle est le taureau, laquelle est le bouc. Le sang, lui, n'est pas mélangé. Solution : trois séries -- A, B, puis A de nouveau. De toute façon (mah nafshakh) deux séries consécutives tombent dans le bon ordre. 3. Le mélange partiel : chirayim ou dehouyin ? Il reste du sang certain dans les deux bassins, et un troisième bassin contient le mélange. On asperge du certain -- évident. Mais le mélange : reste (yessod) ou rejeté (amah) ? Rav Pappa dit rejeté, Rav Houna berei de-Rav Yehochoua dit reste. Braita des quatre coupes. 4. Mélange-t-on pour les cornes ? La Michna : il versa le sang du taureau dans le sang du bouc. Mélange volontaire, cette fois. R. Yochiya : sans "yahdav", c'est comme si "yahdav" était écrit -- donc on mélange. R. Yonatan : non, sauf si le verset le dit. Tentative de sauvetage par "ahat" -- réfutée. Le fil rouge : que devient un sang qui a perdu son identité ? Trois réponses selon le cas : l'intention le redresse (1), la répétition le redresse (2), ou rien ne le redresse (3).
Le fil complet de l'amud en quatre mouvements : la sortie de Rava pour le sang mélangé pendant les dernières aspersions, les coupes mélangées aux coupes et la solution des trois séries, le mélange partiel et la question chirayim / dehouyin, puis le mélange volontaire des deux sangs pour les cornes de l'autel intérieur. Une seule question les traverse : que devient un sang qui a perdu son identité ?
Nitarvou kossot be-kossot : les coupes mélangées aux coupes Le sang n'est pas mélangé ; c'est l'étiquette qui a disparu. Chaque série = une en haut + sept en bas. Coupe A taureau ou bouc ? Coupe B l'autre, mais laquelle ? indiscernables Série 1 -- coupe A une en haut, sept en bas Série 2 -- coupe B une en haut, sept en bas Série 3 -- coupe A une en haut, sept en bas Hypothèse 1 : A = taureau, B = bouc Série 1 (A) = taureau -- valide. Série 2 (B) = bouc, après le taureau -- valide. Série 3 (A) = surplus, sans conséquence. Acquitté par les séries 1 et 2. Ordre respecté : taureau entièrement avant le bouc. Hypothèse 2 : A = bouc, B = taureau Série 1 (A) = bouc avant le taureau -- nulle, comme si elle n'avait pas eu lieu. Série 2 (B) = taureau. Série 3 (A) = bouc. Acquitté par les séries 2 et 3. La série nulle n'invalide pas ce qui la suit. Trois séries suffisent : dans les deux cas, deux séries consécutives valides tombent dans le bon ordre. Rachi ajoute : ve-khen ba-Heikhal -- et de même pour les aspersions faites face au parokhet.
Les coupes mélangées : trois séries suffisent. Le raisonnement est un mah nafshakh -- dans l'hypothèse où A est le taureau, les séries 1 et 2 acquittent ; dans l'hypothèse où A est le bouc, la première série est nulle et ce sont les séries 2 et 3 qui acquittent. Dans les deux cas, deux séries valides consécutives tombent dans le bon ordre.
La braita des quatre coupes : ce qui reste va-t-il au yessod ou à l'amah ? Un hatat ordinaire : quatre aspersions sur les quatre cornes de l'autel extérieur, sang recueilli en quatre coupes. Cas A : une aspersion de chaque coupe Coupe 1 -> corne 1 ; coupe 2 -> corne 2 ; coupe 3 -> corne 3 ; coupe 4 -> corne 4. Chaque coupe a servi. Toutes sont des chirayim. ve-et KOL damah yichpokh Les quatre vont au yessod. Accord de tous : ce n'est pas le point du litige. Cas B : les quatre aspersions d'une seule coupe Coupe 1 -> les quatre cornes. Les coupes 2, 3, 4 n'ont jamais servi. C'est ici que la braita se divise. Une coupe rend-elle sa compagne un reste (chirayim) ou une rejetée (dehouyah) ? Toute la sougya de Rav Pappa se joue là. Tana kama ve-et DAMO yichpokh : celui-là, et pas les autres. La coupe qui a servi -> yessod. Les trois autres -> amah (canal). Une coupe rend sa compagne DEHOUYAH. R. Eliezer berabbi Chimon ve-et KOL damah : même celles qui n'ont pas servi. Les quatre -> yessod. Une coupe rend sa compagne CHIRAYIM. Le mot "damo" lui sert alors à autre chose. Rav Achi : chez R. Eliezer berabbi Chimon, "et il déversera SON sang" exclut le sang resté dans le cou de la bête.
La braita des quatre coupes, qui fournit la source tannaitique du débat. Le litige ne porte pas sur le cas où chaque coupe a servi, mais sur celui où une seule a servi : le tana kama envoie les trois autres à l'amah (une coupe rend sa compagne rejetée), R. Eliezer berabbi Chimon les envoie au yessod (une coupe rend sa compagne chirayim).
1
אֶלָּא אָמַר רָבָא: נוֹתֵן שֶׁבַע לְמַטָּה לְשֵׁם פַּר, וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה לְשֵׁם שָׂעִיר.

Rava dit plutôt : il donne les sept aspersions vers le bas au nom du taureau, puis il recommence et donne une aspersion vers le haut et sept vers le bas au nom du bouc.

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אָמַר רָבָא נוֹתֵן שֶׁבַע לְמַטָּה לְשֵׁם פַּר וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן אַחַת לְמַעְלָה כו' דְּעוֹלִין אֵינָן מְבַטְּלִין זֶה אֶת זֶה וְלֹא דָּמֵי לְהָא דִּתְנַן בְּפֶ' הַתַּעֲרוֹבוֹת (זְבָחִים דַּף עט:) הַנִּיתָּנִין לְמַעְלָה שֶׁנִּתְעָרְבוּ בַּנִּיתָּנִין לְמַטָּה דִּסְבִירָא לְהוּ לְרַבָּנָן דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר יִשְׁפְּכֶנּוּ לָאַמָּה דְּיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָכָא נְהִי דְּהַשְׁתָּא לְאַחַר שֶׁנָּתַן לְמַעְלָה דְּפַר הֲוָה לֵיהּ נִיתָּנִין לְמַעְלָה שֶׁנִּתְעָרְבוּ בַּנִּיתָּנִין לְמַטָּה מ"מ כֵּיוָן דְּמֵעִיקָּרָא הֵן שָׁוִין בְּמַתְּנוֹתֵיהֶן אֲפִילּוּ רַבָּנָן דר"א מוֹדוֹ הָכָא דְּיִתֵּן לְמַעְלָה וְרוֹאֶה אֲנִי דַּם הַפָּר לְמַעְלָה כְּאִילּוּ הוּא מַיִם:
Parce que les choses qui montent [à l'autel] ne s'annulent pas les unes les autres. Et cela ne ressemble pas à ce que nous avons appris au chapitre Ha-Ta'arovot (Zevahim 79b) : ce qui doit être donné vers le haut et qui s'est mélangé à ce qui doit être donné vers le bas — où les Sages, en désaccord avec Rabbi Eliezer, tiennent qu'il faut le déverser à l'amah. Car on peut dire qu'ici c'est différent : certes, maintenant, après qu'il a donné l'aspersion du haut du taureau, nous avons bien un cas de "ce qui se donne en haut mélangé à ce qui se donne en bas" ; mais puisque, à l'origine, les deux sangs étaient égaux quant à leurs aspersions, même les Sages qui s'opposent à Rabbi Eliezer concèdent ici qu'il donne vers le haut — et je considère le sang du taureau, lors de l'aspersion du haut, comme s'il était de l'eau.
💡 Explication

Suite immédiate de 57a. Le cas : le sang du taureau et celui du bouc se sont mélangés au moment des dernières aspersions — c'est-à-dire une fois que l'aspersion du haut du taureau a déjà été faite, alors qu'il lui restait ses sept du bas. Rav Pappa avait proposé de donner les sept du bas en visant les deux bêtes à la fois, puis une seule aspersion vers le haut au nom du bouc ; Rava l'a réfuté d'un mot : cela donnerait le bas du bouc avant son haut.

Rava donne ici sa propre solution, et elle est simple : on ne cherche plus à économiser. Il achieve les sept du bas au nom du taureau seul, ce qui clôture le service du taureau (règle du ve-khila : achever le taureau avant le bouc) ; puis il refait la série complète du bouc — une en haut, sept en bas — depuis le même mélange, avec l'intention du bouc. Les deux règles d'ordre sont respectées.

Ce qui rend la chose possible, c'est que la séparation n'est pas matérielle mais mentale : c'est la ma'hchava (l'intention) qui découpe le mélange en deux services. Les aspersions surnuméraires — le sang du bouc projeté pendant les sept du taureau, le sang du taureau projeté pendant la série du bouc — sont sans effet, parce qu'elles n'ont été voulues pour personne.

🖼️ Schéma
Mélange survenu pendant les dernières aspersions : les deux propositions L'aspersion du haut du taureau est déjà faite ; le mélange se produit avant ses sept du bas. Deux règles d'ordre à respecter en même temps (a) dans chaque bête : une en haut AVANT sept en bas -- (b) le taureau entièrement AVANT le bouc (ve-khila) Rav Pappa (refusé) 7 en bas -- taureau ET bouc 1 en haut -- bouc Rava : le bas du bouc précède son haut. La règle (a) est brisée. "Jusqu'ici on nous appelait stupides ; désormais, stupides parmi les stupides." Rava (retenu) 7 en bas -- au nom du taureau 1 en haut -- au nom du bouc 7 en bas -- au nom du bouc Le taureau s'achève d'abord (b), et le bouc refait sa série entière dans l'ordre (a). Ce qui sépare les deux séries n'est pas le récipient : c'est la seule intention (ma'hchava).
Les deux propositions face aux deux règles d'ordre : celle de Rav Pappa brise l'ordre interne du bouc, celle de Rava sauve les deux règles au prix d'une série entièrement refaite.
2
נִתְעָרְבוּ לוֹ כּוֹסוֹת בְּכוֹסוֹת — נוֹתֵן, וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן,

Les coupes se sont mélangées aux coupes : il donne, puis il recommence et donne,

📜 Rachi (2)
כּוֹסוֹת בְּכוֹסוֹת שֶׁאֵינוֹ מַכִּיר אֵיזֶה כּוֹס שֶׁל פָּר וְאֵיזֶה כּוֹס שֶׁל שָׂעִיר:
Les coupes aux coupes — c'est-à-dire qu'il ne reconnaît plus laquelle est la coupe du taureau et laquelle est la coupe du bouc.
נוֹתֵן וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן בְּכָל עֲבוֹדָה וַעֲבוֹדָה נוֹתֵן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה מִן הָאֶחָד וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן מִן הַשֵּׁנִי וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן מִן הָרִאשׁוֹן דְּמַה נַפְשָׁךְ אִם רִאשׁוֹן שֶׁל פַּר הָיָה וְשֵׁנִי שָׂעִיר יָצָא בָּרִאשׁוֹנָה וּבַשְּׁנִיָּה וְאִי רִאשׁוֹן שֶׁל שָׂעִיר הָיָה וַהֲרֵי הוּא כְּמוֹ שֶׁאֵינוֹ כִּדְתַנְיָא פַּר מְעַכֵּב אֶת הַשָּׂעִיר יָצָא בַּשְּׁנִיָּה וּבַשְּׁלִישִׁית שֶׁהֲרֵי קָדַם פַּר לְשָׂעִיר וְכֵן בַּהֵיכָל:
Il donne, il recommence et donne, il recommence et donne — à chaque service, il donne une aspersion vers le haut et sept vers le bas depuis la première coupe, puis il recommence et donne depuis la seconde, puis il recommence et donne depuis la première. Car de toute façon : si la première était celle du taureau et la seconde celle du bouc, il s'est acquitté par la première et la seconde ; et si la première était celle du bouc, elle est comme si elle n'avait pas eu lieu — ainsi qu'il est enseigné : le taureau conditionne le bouc — et il s'est acquitté par la seconde et la troisième, puisque le taureau a bien précédé le bouc. Et de même pour les aspersions du Heikhal.
🗂️ Tossefot (1)
נוֹתֵן וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן פֵּי' רַשִׁ"י וְכֵן בַּהֵיכָל מַשְׁמַע דְּאַייְרֵי נָמֵי בְּנִתְעָרְבוּ כּוֹסוֹת בְּכוֹסוֹת קֹודֶם שֶׁנָּתַן לִפְנַי וְלִפְנִים וְקָשֶׁה דְּהָא אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפִירְקִין שָׂעִיר שֶׁשְּׁחָטוֹ קֹודֶם מַתַּן דָּמוֹ שֶׁל פַּר לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם אֶלָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּלָא אַיְירֵי בְּלִפְנֵי וְלִפְנִים אֶלָּא בַּהֵיכָל:
Il donne, il recommence et donne, il recommence et donne — Rachi a expliqué : "et de même dans le Heikhal", ce qui laisse entendre qu'il s'agirait aussi du cas où les coupes se sont mélangées aux coupes <i>avant</i> qu'il ne donne les aspersions à l'intérieur du Saint des Saints. Et c'est difficile : car nous disons plus loin dans notre chapitre qu'un bouc que l'on a égorgé avant l'aspersion du sang du taureau — on n'a rien fait du tout. Il faut donc dire qu'il ne s'agit pas du service de l'intérieur, mais seulement du Heikhal.
💡 Explication

Nouveau cas, et il faut bien voir en quoi il diffère du précédent. Ici le sang n'est pas mélangé du tout : chaque coupe contient un sang pur et entier. Ce qui a disparu, c'est l'étiquette — le Cohen Gadol ne sait plus laquelle contient le taureau et laquelle contient le bouc.

La difficulté n'est donc pas de séparer une matière, mais de garantir l'ordre : le taureau doit être achevé avant le bouc. Or une série donnée de la mauvaise coupe placerait le bouc en premier, et serait nulle. La solution est un raisonnement de type mah nafshakh (de toute façon) : on donne trois séries complètes — coupe A, coupe B, puis de nouveau coupe A. Rachi détaille les deux hypothèses ; dans les deux, deux séries consécutives valides tombent dans le bon ordre.

🖼️ Schéma
Nitarvou kossot be-kossot : les coupes mélangées aux coupes Le sang n'est pas mélangé ; c'est l'étiquette qui a disparu. Chaque série = une en haut + sept en bas. Coupe A taureau ou bouc ? Coupe B l'autre, mais laquelle ? indiscernables Série 1 -- coupe A une en haut, sept en bas Série 2 -- coupe B une en haut, sept en bas Série 3 -- coupe A une en haut, sept en bas Hypothèse 1 : A = taureau, B = bouc Série 1 (A) = taureau -- valide. Série 2 (B) = bouc, après le taureau -- valide. Série 3 (A) = surplus, sans conséquence. Acquitté par les séries 1 et 2. Ordre respecté : taureau entièrement avant le bouc. Hypothèse 2 : A = bouc, B = taureau Série 1 (A) = bouc avant le taureau -- nulle, comme si elle n'avait pas eu lieu. Série 2 (B) = taureau. Série 3 (A) = bouc. Acquitté par les séries 2 et 3. La série nulle n'invalide pas ce qui la suit. Trois séries suffisent : dans les deux cas, deux séries consécutives valides tombent dans le bon ordre. Rachi ajoute : ve-khen ba-Heikhal -- et de même pour les aspersions faites face au parokhet.
Les trois séries et le mah nafshakh qui les justifie, hypothèse par hypothèse.
3
וְחוֹזֵר וְנוֹתֵן, שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים.

et il recommence encore et donne : trois fois en tout.

💡 Explication

La guemara achève la phrase : trois séries. Le compte n'est pas arbitraire — c'est le minimum qui garantit le résultat dans les deux hypothèses. Deux séries ne suffiraient pas : si la première coupe était celle du bouc, la série 1 serait nulle et il ne resterait que la série 2, soit le taureau seul, sans le bouc.

On notera l'économie du procédé : la troisième série réutilise la coupe A. Il n'est pas nécessaire d'aller au-delà, car ce que l'on cherche n'est pas d'identifier les coupes mais de produire, quelle que soit la vérité cachée, une paire consécutive taureau-puis-bouc.

4
מִקְצָת דָּמִים נִתְעָרְבוּ לוֹ, וּמִקְצָת דָּמִים לֹא נִתְעָרְבוּ [לוֹ], פְּשִׁיטָא: כִּי יָהֵיב — מִוַּדָּאִין יָהֵיב.

Une partie des sangs s'est mélangée et une partie ne s'est pas mélangée : il est évident que lorsqu'il asperge, c'est des sangs certains qu'il asperge.

📜 Rachi (2)
מִקְצָת דָּמִים נִתְעָרְבוּ כְּגוֹן שֶׁנִּשְׁפַּךְ מִשְּׁנֵי מִזְרָקוֹת לְתוֹךְ מִזְרָק שְׁלִישִׁי רֵיקָם וְנִשְׁתַּיֵּיר בָּהֶם בְּכָל אֶחָד וְאֶחָד:
Une partie des sangs s'est mélangée — par exemple qu'il s'est déversé des deux bassins dans un troisième bassin vide, et qu'il en est resté dans chacun d'eux.
פְּשִׁיטָא לִי דְּכִי יָהֵיב מַתָּנוֹת מִוַּדָּאִין יָהֵיב מִמַּה שֶׁנִּשְׁאַר בַּמִּזְרָקוֹת:
Il m'est évident que lorsqu'il donne — les aspersions, c'est des sangs certains qu'il les donne, à partir de ce qui est resté dans les bassins.
💡 Explication

Troisième configuration, intermédiaire entre les deux précédentes. Rachi décrit la scène : du sang s'est déversé des deux mizrakim (bassins) dans un troisième bassin vide — mais il en est resté dans chacun des deux premiers. On dispose donc à la fois de sang d'identité certaine et d'un mélange sans identité.

La première moitié de la question se résout d'elle-même : pechita, c'est évident — pour les aspersions, on se sert de ce qui est certain. Aucune raison d'aller chercher le mélange quand on a mieux. La vraie question, celle qui occupe toute la suite, porte sur le sort du troisième bassin.

🖼️ Schéma
Miktsat damim nitarvou : une partie seulement s'est mélangée Rachi : il s'est déversé des deux bassins dans un troisième bassin vide, et il est resté du sang dans chacun. Bassin 1 -- taureau identité certaine (il en reste) Bassin 2 -- bouc identité certaine (il en reste) Bassin 3 -- le mélange plus aucune identité Les aspersions ? Pechita : du certain, évidemment. Reste la vraie question : que devient le bassin 3 ? Chirayim (restes) Comme tout reste de sang de hatat : versé sur le yessod occidental de l'autel extérieur. Dehouyin (rejetés) Aucune aspersion n'en est venue : versés à l'amah, le canal de la Azara qui descend vers le Kidron.
La scène décrite par Rachi : deux bassins qui gardent leur identité, un troisième qui l'a perdue — et la question de sa destination.
5
מִיהוּ, הָנָךְ: שִׁירַיִם הָווּ, וְלִיסוֹד אָזְלִי, אוֹ דִּילְמָא: דְּחוּיִין הָווּ, וְאָזְלִי לָאַמָּה?

Mais voici ce que nous demandons : ces sangs-là sont-ils des chirayim (restes), et vont-ils donc au yessod (la base de l'autel extérieur) — ou bien sont-ils des dehouyin (rejetés), et vont-ils à l'amah (le canal de la Azara) ?

📜 Rachi (2)
מִיהוּ הָא מִיבַּעְיָא לָן הָנָךְ שֶׁנִּתְעָרְבוּ בַּשְּׁלִישִׁי שִׁירַיִם הָווּ כְּאִילּוּ לֹא נִתְעָרְבוּ וְלִיסוֹד מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן אָזְלִי כְּדִתְנַן (זְבָחִים דַּף מז.) שְׁיָרֵי הַדָּם הָיָה שׁוֹפֵךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן:
Mais — voici ce que nous demandons : ces sangs qui se sont mélangés dans le troisième bassin sont-ils des restes, comme s'ils ne s'étaient pas mélangés, et vont-ils au yessod de l'autel extérieur, ainsi que nous avons appris (Zevahim 47a) : les restes du sang, il les déversait sur le yessod occidental de l'autel extérieur ?
אוֹ דִּילְמָא דְּחוּיִין נִינְהוּ הוֹאִיל וְאֵין מַתָּנוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת נִיתְּנוּ מִמֶּנּוּ וְלָאַמָּה שֶׁבָּעֲזָרָה הַמְּבִיאָה אֶת כָּל לִיכְלוּךְ הָעֲזָרָה לְנַחַל קִדְרוֹן אָזְלִי:
Ou bien peut-être sont-ils rejetés — puisque les premières aspersions n'ont pas été données à partir d'eux — et vont-ils à l'amah qui est dans la Azara, celle qui emporte toute la souillure de la Azara vers le torrent du Kidron ?
💡 Explication

Voici l'alternative, et elle n'a rien de théorique : elle décide de ce que l'on fait physiquement du contenu du troisième bassin.

Première branche : ce sang est un reste. Comme tout reste du sang d'un hatat, il est versé sur le yessod — la base de l'autel extérieur, du côté occidental (Zevahim 47a). C'est une destination sacrée : le sang achève son service.

Seconde branche : ce sang est rejeté (dahouy), parce qu'aucune des aspersions n'en est venue. Il part alors à l'amah, le canal qui traverse la Azara et emporte toutes ses souillures vers le torrent du Kidron. Ce n'est plus une fin de service, c'est une évacuation.

6
אָמַר רַב פָּפָּא: אֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר כּוֹס אֶחָד עוֹשֶׂה חֲבֵירוֹ שִׁירַיִם — הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּאִי בָּעֵי לְמֵיתַב מָצֵי יָהֵיב. אֲבָל הַאי, דְּאִי בָּעֵי לְמֵיתַב לָא מָצֵי יָהֵיב — לֹא.

Rav Pappa dit : même selon celui qui dit qu'une coupe rend sa compagne des chirayim, cela ne vaut que là où, s'il avait voulu asperger, il aurait pu le faire. Mais celui-ci, dont il n'aurait pas pu asperger même s'il l'avait voulu — non.

📜 Rachi (2)
אֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר בַּבָּרַייְתָא לְקַמָּן כּוֹס אַחַת וְכוּ' כְּגוֹן קִיבֵּל הַדָּם בִּשְׁתֵּי כּוֹסוֹת וְנָתַן אֶת כָּל מַתָּנוֹת הַקְּרָנוֹת מִכּוֹס אַחַת:
Même selon celui qui dit — dans la braita citée plus bas, "une coupe, etc." : par exemple lorsqu'il a recueilli le sang dans deux coupes et qu'il a donné toutes les aspersions des cornes depuis une seule coupe.
אֲבָל הַאי דְּיָהֵיב מִינֵּיהּ שֶׁהֲרֵי הַדָּמִים הַלָּלוּ שֶׁבַּמִּזְרָק שְׁלִישִׁי נִתְקַבְּלוּ בִּשְׁנֵי הַמִּזְרָקוֹת שֶׁנָּתַן מֵהֶן הַמַּתָּנוֹת:
Mais celui-ci, dont il asperge — car ces sangs qui se trouvent dans le troisième bassin ont été recueillis dans les deux bassins depuis lesquels il a donné les aspersions.
💡 Explication

Rav Pappa argumente à fortiori, en partant de la position la plus favorable à la thèse adverse. Il existe un débat, que la guemara citera dans un instant sous forme de braita : lorsqu'on a recueilli le sang d'un hatat dans plusieurs coupes et qu'on a donné toutes les aspersions depuis une seule, les autres coupes sont-elles des chirayim (destination yessod) ou des dehouyot (destination amah) ?

Rav Pappa concède l'avis indulgent — admettons qu'une coupe rende sa compagne chirayim — et y pose une condition : cela ne vaut que là où la coupe restée inutilisée aurait pu servir. Une coupe pleine du sang de la même bête reste, en droit, aspersible ; elle participe donc du service. Mais le contenu du troisième bassin, lui, n'a plus d'identité : il n'aurait pu servir en aucun cas. Il n'est pas un reste, il est rejeté.

🖼️ Schéma
Deux "même selon celui qui dit" exactement inverses Chacun part de l'avis qui lui est le plus défavorable pour montrer que même lui donne raison. Rav Pappa Part de l'avis indulgent : une coupe rend sa compagne CHIRAYIM. Sa restriction : cela ne vaut que là où il AURAIT PU asperger de cette coupe. Ici le bassin 3 n'a plus d'identité : même s'il l'avait voulu, il ne pouvait pas. Conclusion : dehouyin -> amah Le critère est la POSSIBILITÉ de servir. Elle manque ici, donc rien ne le sauve. Rav Houna berei de-Rav Yehochoua Part de l'avis sévère : une coupe rend sa compagne DEHOUYAH. Sa restriction : cela ne vaut que là où il l'a rejetée BE-YADAYIM, par un acte. Ici personne n'a rien rejeté : le mélange est arrivé tout seul, sans geste de rejet. Conclusion : chirayim -> yessod Le critère est l'ACTE de mise à l'écart. Il manque ici, donc rien ne le condamne. Même matériau, deux lectures : le rejet vient-il de ce que le sang ne PEUT plus servir, ou de ce qu'on l'a ECARTÉ ?
Les deux raisonnements symétriques : Rav Pappa concède l'avis indulgent et le limite, Rav Houna berei de-Rav Yehochoua concède l'avis sévère et le limite.
7
אֲמַר לֵיהּ רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ לְרַב פָּפָּא: אַדְּרַבָּה: אֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר כּוֹס אֶחָד עוֹשֶׂה חֲבֵירוֹ דָּחוּי — הָנֵי מִילֵּי, דִּדְחִייָּה בְּיָדַיִם, אֲבָל הֵיכָא דְּלָא דַּחְיֵיהּ בְּיָדַיִם — לֹא.

Rav Houna berei de-Rav Yehochoua lui dit : au contraire ! Même selon celui qui dit qu'une coupe rend sa compagne une rejetée, cela ne vaut que là où il l'a rejetée de ses propres mains ; mais là où il ne l'a pas rejetée de ses propres mains — non.

💡 Explication

Adrabba — au contraire : Rav Houna retourne exactement la figure de son interlocuteur. Lui aussi part de l'avis qui lui est le plus défavorable — celui qui tient qu'une coupe rend sa compagne dehouyah — et lui impose à son tour une condition.

Sa condition porte sur l'acte : le rejet suppose un geste de mise à l'écart, be-yadayim, de ses propres mains. Dans la braita, le Cohen a choisi une coupe et délaissé les autres : ce choix est un acte, il écarte. Ici, personne n'a rien écarté ; le sang s'est déversé tout seul dans un troisième bassin. Sans acte de rejet, pas de statut de rejeté.

Le désaccord est donc parfaitement net, et porte sur la nature du rejet : est-il un fait objectif (ce sang ne peut plus servir) ou le résultat d'une décision (on l'a mis de côté) ? La guemara ne tranchera pas ici ; elle passe à la braita qui fonde le débat supposé.

8
דְּתַנְיָא, לְמַעְלָה הוּא אוֹמֵר: ״וְאֶת דָּמוֹ יִשְׁפֹּוךְ״, וּלְמַטָּה הוּא אוֹמֵר: ״וְאֶת כָּל דָּמָהּ יִשְׁפֹּוךְ״.

Car il a été enseigné : plus haut il est dit "et il déversera son sang", et plus bas il est dit "et il déversera tout son sang".

📜 Rachi (2)
דְּתַנְיָא פְּלֻוגְתָּא דְּכוֹס עוֹשֶׂה חֲבֵירוֹ דָּחוּי אוֹ שִׁירַיִם דַּאֲמַרַן לְעֵיל אֲפִילּוּ לָמֶ"ד וְכוּ':
Car il a été enseigné — c'est la controverse sur le point de savoir si une coupe rend sa compagne rejetée ou reste, dont nous avons parlé plus haut avec la formule "même selon celui qui dit, etc.".
לְמַעְלָה הוּא אוֹמֵר בְּחַטָּאת דִּשְׂעִיר נָשִׂיא (וַיִּקְרָא ד) וְאֶת דָּמוֹ יִשְׁפֹּוךְ וְגוֹ' וּבְשִׁירִים כְּתִיב וְלָא כְּתִיב הָכָא כֹּל וּלְמַטָּה בְּחַטָּאת יָחִיד בְּשִׁירַיִם דִּידָּה כְּתִיב כֹּל:
Plus haut il est dit — à propos du hatat, du bouc du nassi (Vayikra 4) : "et il déversera son sang, etc.", ce qui est écrit à propos des restes, et le mot "tout" n'y figure pas ; tandis que plus bas, à propos du hatat d'un particulier, le mot "tout" figure à propos de ses restes.
💡 Explication

La guemara produit la source du débat que les deux amoraim tenaient pour acquis. Il s'agit de deux versets du chapitre 4 de Vayikra, qui décrivent l'un et l'autre le même geste — le déversement du reste du sang au pied de l'autel — mais dans des termes légèrement différents.

Le premier, à propos du hatat du nassi (le prince), dit : ve-et damo yichpokh, "et il déversera son sang". Le second, à propos du hatat de l'individu, dit : ve-et kol damah yichpokh, "et il déversera tout son sang". Un seul mot les sépare : kol, tout. C'est de ce mot que la braita va tirer le sort des coupes inutilisées.

9
מִנַּייִן לְחַטָּאת שֶׁקִּבֵּל דָּמָה בְּאַרְבַּע כּוֹסוֹת וְנָתַן מִזֶּה אַחַת וּמִזֶּה אַחַת, שֶׁכֻּולָּן נִשְׁפָּכִין לַיְּסוֹד — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְאֶת כָּל דָּמָהּ יִשְׁפֹּוךְ״.

D'où sait-on que, pour un hatat dont on a recueilli le sang dans quatre coupes et dont on a donné une aspersion de celle-ci et une aspersion de celle-là, toutes se déversent au yessod ? Le verset enseigne : "et il déversera tout son sang".

📜 Rachi (1)
ה"ג מִנַּיִן לְחַטָּאת שֶׁקִּבֵּל דָּמָה בְּאַרְבַּע כּוֹסוֹת וְנָתַן מִזֶּה אַחַת וּמִזֶּה אַחַת שֶׁכֻּולָּן נִשְׁפָּכִין לַיְּסוֹד ת"ל וְאֶת כָּל דָּמָהּ יִשְׁפֹּוךְ יָכוֹל אֲפִילּוּ נָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת מֵאַחַת מֵהֶן ת"ל וְאֶת דָּמוֹ יִשְׁפֹּוךְ הוּא נִשְׁפָּךְ לַיְסוֹד וְהֵן נִשְׁפָּכִין לָאַמָּה ר"א בר"ש אָמַר מִנַּיִן לְחַטָּאת שֶׁקִּיבֵּל דָּמָה בְּאַרְבַּע כּוֹסוֹת וְנָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת מִכּוֹס רִאשׁוֹן שֶׁכֻּולָּן נִשְׁפָּכִין לַיְּסוֹד ת"ל וְאֶת כָּל דָּמָהּ יִשְׁפֹּוךְ ת"ק סָבַר כּוֹס עוֹשֶׂה אֶת חֲבֵירוֹ דָּחוּי ור"א בר"ש סָבַר כּוֹס עוֹשֶׂה אֶת חֲבֵירוֹ שִׁירַיִם:
Voici la version à retenir : d'où sait-on que, pour un hatat dont on a recueilli le sang dans quatre coupes et dont on a donné une aspersion de celle-ci et une aspersion de celle-là, toutes se déversent au yessod ? Le verset enseigne : "et il déversera tout son sang". On pourrait croire qu'il en va de même s'il a donné les quatre aspersions depuis l'une d'elles ; le verset enseigne : "et il déversera son sang" — celui-là se déverse au yessod, et les autres se déversent à l'amah. Rabbi Eliezer berabbi Chimon dit : d'où sait-on que, pour un hatat dont on a recueilli le sang dans quatre coupes et dont on a donné les quatre aspersions depuis la première coupe, toutes se déversent au yessod ? Le verset enseigne : "et il déversera tout son sang". — Le tana kama tient qu'une coupe rend sa compagne rejetée, et Rabbi Eliezer berabbi Chimon tient qu'une coupe rend sa compagne chirayim.
💡 Explication

Premier cas de la braita, et il n'est pas litigieux. Le hatat ordinaire comporte quatre aspersions, une sur chacune des quatre cornes de l'autel extérieur. Si le sang a été recueilli dans quatre coupes et que chacune a servi pour une corne, chacune a participé au service.

On aurait pu croire que seule la première compte vraiment ; le mot kol ("tout son sang") l'exclut : toutes les coupes, sans exception, terminent au yessod. Rachi cite ici la version complète de la braita, avec sa suite et la position de R. Eliezer berabbi Chimon, et il en formule la conclusion sous la forme que la sougya présuppose : le tana kama tient qu'une coupe rend sa compagne rejetée, R. Eliezer berabbi Chimon qu'elle la rend chirayim.

🖼️ Schéma
La braita des quatre coupes : ce qui reste va-t-il au yessod ou à l'amah ? Un hatat ordinaire : quatre aspersions sur les quatre cornes de l'autel extérieur, sang recueilli en quatre coupes. Cas A : une aspersion de chaque coupe Coupe 1 -> corne 1 ; coupe 2 -> corne 2 ; coupe 3 -> corne 3 ; coupe 4 -> corne 4. Chaque coupe a servi. Toutes sont des chirayim. ve-et KOL damah yichpokh Les quatre vont au yessod. Accord de tous : ce n'est pas le point du litige. Cas B : les quatre aspersions d'une seule coupe Coupe 1 -> les quatre cornes. Les coupes 2, 3, 4 n'ont jamais servi. C'est ici que la braita se divise. Une coupe rend-elle sa compagne un reste (chirayim) ou une rejetée (dehouyah) ? Toute la sougya de Rav Pappa se joue là. Tana kama ve-et DAMO yichpokh : celui-là, et pas les autres. La coupe qui a servi -> yessod. Les trois autres -> amah (canal). Une coupe rend sa compagne DEHOUYAH. R. Eliezer berabbi Chimon ve-et KOL damah : même celles qui n'ont pas servi. Les quatre -> yessod. Une coupe rend sa compagne CHIRAYIM. Le mot "damo" lui sert alors à autre chose. Rav Achi : chez R. Eliezer berabbi Chimon, "et il déversera SON sang" exclut le sang resté dans le cou de la bête.
Les deux cas de la braita et le point exact du litige : ce qui advient des coupes qui n'ont jamais servi.
10
יָכוֹל אֲפִילּוּ נָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת מֵאַחַת מֵהֶן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְאֶת דָּמוֹ יִשְׁפֹּוךְ״ — הַהוּא נִשְׁפַּךְ לַיְּסוֹד, וְהֵן נִשְׁפָּכִין לָאַמָּה. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: מִנַּיִין לְחַטָּאת שֶׁקִּבֵּל דָּמָה בְּאַרְבַּע כּוֹסוֹת וְנָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת מֵאֶחָד מֵהֶן, שֶׁכֻּולָּן נִשְׁפָּכִין לַיְּסוֹד — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְאֶת כָּל דָּמָהּ יִשְׁפֹּוךְ״.

On pourrait croire qu'il en va de même s'il a donné les quatre aspersions depuis l'une d'elles ; le verset enseigne : "et il déversera son sang" — celui-là se déverse au yessod, et les autres se déversent à l'amah. Rabbi Eliezer berabbi Chimon dit : d'où sait-on que, pour un hatat dont on a recueilli le sang dans quatre coupes et dont on a donné les quatre aspersions depuis l'une d'elles, toutes se déversent au yessod ?

Le verset enseigne : "et il déversera tout son sang".

💡 Explication

Voici le cœur de la braita. Le cas change : les quatre aspersions ont été données depuis une seule coupe ; les trois autres n'ont jamais touché l'autel.

Le tana kama lit alors les deux versets comme une opposition. "Tout son sang" vise le premier cas ; "son sang", sans kol, vise le second et le restreint : celui-là, la coupe qui a servi, va au yessod — et les trois autres à l'amah. Une coupe rend donc ses compagnes rejetées.

R. Eliezer berabbi Chimon applique au contraire "tout son sang" précisément à ce cas-là : même les coupes qui n'ont pas servi terminent au yessod. Une coupe rend ses compagnes chirayim. On reconnaît exactement les deux positions que Rav Pappa et Rav Houna berei de-Rav Yehochoua invoquaient chacun comme point de départ de son argument.

11
וּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, הָא כְתִיב: ״וְאֶת דָּמוֹ יִשְׁפֹּוךְ״? אָמַר רַב אַשִּׁי: לְמַעוֹטֵי שִׁירַיִם שֶׁבְּצַוַּאר בְּהֵמָה.

Et selon Rabbi Eliezer berabbi Chimon, n'est-il pas écrit "et il déversera son sang" ? Rav Achi dit : cela vient exclure les restes de sang qui se trouvent dans le cou de la bête.

💡 Explication

Objection de méthode : si R. Eliezer berabbi Chimon envoie tout au yessod, que fait-il du verset "et il déversera son sang", sans kol ? Un mot du verset ne peut pas rester sans emploi.

Rav Achi lui trouve un objet, et cet objet est concret : le sang qui continue de sourdre du cou de la bête après la collecte. Ce sang-là n'a jamais été recueilli dans un récipient de service ; il ne fait pas partie du sang de l'offrande. Le verset restrictif le vise : lui n'ira pas au yessod, il sera balayé vers l'amah avec le reste des écoulements de la Azara.

Ainsi les deux versets trouvent chacun leur emploi chez R. Eliezer berabbi Chimon, et sa position tient. C'est le dernier mot de la guemara sur ce bloc : la question du troisième bassin, elle, reste formellement ouverte.

12
עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ דַּם הַשָּׂעִיר. תְּנַן כְּמַאן דְּאָמַר: מְעָרְבִין לִקְרָנוֹת. דְּאִיתְּמַר: רַבִּי יֹאשִׁיָּה וְרַבִּי יוֹנָתָן, חַד אָמַר: מְעָרְבִין, וְחַד אָמַר: אֵין מְעָרְבִין.

"Il versa le sang du taureau dans le sang du bouc." Nous avons donc enseigné conformément à celui qui dit : on mélange pour les cornes. Car il a été dit : Rabbi Yochiya et Rabbi Yonatan — l'un dit : on mélange, et l'autre dit : on ne mélange pas.

📜 Rachi (2)
מְעָרְבִין לִקְרָנוֹת מְעָרְבִין דַּם פָּר בְּדַם שָׂעִיר כְּשֶׁבָּא לִיתֵּן מַתְּנוֹת קַרְנוֹת מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי:
On mélange pour les cornes — on mélange le sang du taureau et le sang du bouc lorsqu'il vient donner les aspersions sur les cornes de l'autel intérieur.
אֵין מְעָרְבִין דְּמַשְׁמַע לֵיהּ וְלָקַח מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר מִכָּל אֶחָד בִּפְנֵי עַצְמוֹ:
On ne mélange pas — car il comprend "et il prendra du sang du taureau et du sang du bouc" comme signifiant : de chacun pris pour lui-même.
🗂️ Tossefot (1)
עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ דַּם שָׂעִיר תֵּימַהּ דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כב.) הַדָּבָר יָדוּעַ שֶׁדָּמוֹ שֶׁל פַּר מְרֻובֶּה מִדַּם שָׂעִיר אֶלָּא מִכָּאן לָעוֹלִין שֶׁאֵין מְבַטְּלִין זֶה אֶת זֶה וְכֵיוָן דְּעֵירָה דַּם פַּר לְתוֹךְ דַּם שָׂעִיר א"כ אִיפְּכָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דאע"ג דְּדַם פַּר מְרֻובֶּה הֲוָה לָן לְמֵימַר רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף עג.) הַמְעָרֶה יי"נ מֵחָבִית לַבּוֹר אֲפִילּוּ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל אֶלָּא הָכָא מִשּׁוּם דְּאֵין עוֹלִין מְבַטְּלִין זֶה אֶת זֶה וי"ל הָאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר הָתָם דַּוְקָא הַמְּעָרָה מִפִּי צַרְצוּר דְּלָא נְפִישׁ עַמּוּדֵיהּ אֲבָל מִפִּי חָבִית דִּנְפִישׁ עַמּוּדֵיהּ לָא וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר אֲפִילּוּ מֵחָבִית דִּנְפִישׁ עַמּוּדֶיהָ מ"מ הֵיכָא דִּמְעָרֶה מִדָּבָר דִּנְפִישׁ עַמּוּדֶיהָ טְפֵי מִפִּי חָבִית מוֹדֶה דְּלָא אָמְרִינַן רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל וְהָכָא הָיָה מְעָרָה מִן הַמִּזְרָק דִּנְפִישׁ עַמּוּדֶיהָ:
Il versa le sang du taureau dans le sang du bouc — c'est étonnant, car nous disons au chapitre Ha-Kometz Rabba (Menahot 22a) : la chose est connue, le sang du taureau est plus abondant que le sang du bouc ; c'est donc de là que l'on apprend que les choses qui montent [à l'autel] ne s'annulent pas les unes les autres. Or puisqu'il a versé le sang du taureau dans le sang du bouc, il aurait fallu dire l'inverse : car bien que le sang du taureau soit le plus abondant, nous aurions dû dire que chaque première goutte est annulée à mesure (richon richon batel), comme il est dit au dernier chapitre du traité Avoda Zara (73a) : celui qui verse du vin de libation d'un tonneau dans une fosse, même toute la journée — chaque première goutte est annulée à mesure. Il faut donc dire que c'est ici parce que les choses qui montent ne s'annulent pas les unes les autres. Et l'on peut répondre : il y a là-bas un avis selon lequel il ne s'agit précisément que de celui qui verse depuis le goulot d'un tsartsour (cruche à col étroit), dont le jet n'est pas épais, mais non depuis l'ouverture d'un tonneau, dont le jet est épais. Et même selon celui qui l'applique aussi au tonneau, dont le jet est épais, il concède en tout cas que là où l'on verse depuis un objet dont le jet est plus épais encore que l'ouverture d'un tonneau, on ne dit pas que chaque première goutte est annulée à mesure — et ici, il versait depuis le mizrak, dont le jet est épais.
💡 Explication

Changement de registre : on quitte les accidents pour un mélange voulu. La Michna décrit le Cohen Gadol qui, avant les aspersions sur les cornes de l'autel d'or, verse le sang du taureau dans celui du bouc pour n'avoir plus qu'un seul sang.

La guemara constate aussitôt que cette Michna prend parti dans une controverse : meravin le-karanot — mélange-t-on les deux sangs en vue des cornes ? Rabbi Yochiya et Rabbi Yonatan s'opposent, et la guemara ne sait pas encore lequel dit quoi. Rachi donne le fondement du refus : le verset dit mi-dam ha-par ou-mi-dam ha-sair, "du sang du taureau et du sang du bouc" — ce que l'on peut lire comme deux prises distinctes.

Le Tossefot ouvre ici une longue discussion de mélanges : puisque le sang du taureau est plus abondant que celui du bouc, pourquoi la guemara de Menahot tire-t-elle de ce verset que "les choses qui montent ne s'annulent pas" plutôt que de raisonner par richon richon batel — chaque première goutte annulée à mesure ? Réponse : ce principe ne vaut pas pour un jet épais, et le mizrak versait un jet épais.

🖼️ Schéma
Meravin le-karanot ? Rabbi Yochiya contre Rabbi Yonatan Verset : ve-lakah mi-dam ha-par ou-mi-dam ha-sair -- "il prendra du sang du taureau et du sang du bouc" (Vayikra 16:18). Rabbi Yochiya -- ON MÉLANGE Règle générale : quand deux sujets sont dits ensemble, même sans le mot "yahdav", c'est comme si "yahdav" était écrit. Preuve : "celui qui maudit son père et sa mère" (Sanhédrin 66a) -- il faut un verset supplémentaire pour séparer le père de la mère. Le Cohen Gadol verse un sang dans l'autre. Rabbi Yonatan -- ON NE MÉLANGE PAS Règle générale : deux sujets dits ensemble restent distincts tant que le verset n'a pas précisé "yahdav". Rachi : mi-dam ha-par / ou-mi-dam ha-sair, chacun pris pour lui-même. Quarante-sept ou quarante-huit aspersions : le compte des braitot dépend de ce point. La tentative de sauvetage de la guemara Même R. Yonatan pourrait accepter la Michna, car ici il est écrit AHAT : "une seule fois dans l'année" (Chemot 30:10) -- une seule application par corne, et non deux. Donc il faut bien mélanger. Mais une braita ruine ce sauvetage Elle attribue nommément à R. Yochiya l'avis "qu'ils soient mélangés" -- donc c'est bien lui, et non R. Yonatan, qui tient le mélange. La Michna suit R. Yochiya : tania de-lo ke-chinouyin.
La mahloket sur le mélange pour les cornes, la tentative de sauvetage par "ahat", et la braita qui la ruine.
13
תִּסְתַּייֵּם דְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה הוּא דְּאָמַר מְעָרְבִין, דְּאָמַר: אַף עַל גַּב דְּלָא כְּתִיב ״יַחְדָּיו״ — כְּמַאן דִּכְתִיב ״יַחְדָּיו״ דָּמִי.

Concluons donc que c'est Rabbi Yochiya qui a dit "on mélange", puisqu'il enseigne : bien que "yahdav" (ensemble) ne soit pas écrit, c'est comme si "yahdav" était écrit.

📜 Rachi (1)
דְּאָמַר אע"ג דְּלָא כְּתִיב יַחְדָּיו וְכוּ' דְּתַנְיָא (סַנְהֶדְרִין דַּף סו.) אִישׁ אִישׁ אֲשֶׁר יְקַלֵּל אֶת אָבִיו וְאֶת אִמּוֹ אֵין לִי אֶלָּא אָבִיו וְאִמּוֹ אָבִיו בְּלֹא אִמּוֹ אִמּוֹ בְּלֹא אָבִיו מִנַּיִן ת"ל אָבִיו קִילֵּל אִמּוֹ קִילֵּל דִּבְרֵי רַבִּי יֹאשִׁיָּה ר' יוֹנָתָן אוֹמֵר מַשְׁמָע שְׁנֵיהֶן כְּאֶחָד וּמַשְׁמָע כָּל אֶחָד וְאֶחָד בְּעַצְמוֹ עַד שֶׁיִּפְרֹוט לְךָ הַכָּתוּב יַחְדָּיו אַלְמָא לֵר' יֹאשִׁיָּה אִי לָא הָדַר כְּתִיב אָבִיו וְאִמּוֹ קִילֵּל הֲוָה אֲמִינָא רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא שְׁנֵיהֶן כְּאֶחָד מַשְׁמַע הָכָא נָמֵי מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר שְׁנֵיהֶן כְּאֶחָד מַשְׁמַע:
Puisqu'il dit "bien que yahdav ne soit pas écrit, etc." — car il a été enseigné (Sanhédrin 66a) : "tout homme qui maudira son père et sa mère" — je n'ai là que son père et sa mère ; d'où sait-on que celui qui maudit son père sans sa mère, ou sa mère sans son père, est coupable ? Le verset enseigne : "son père il a maudit, sa mère il a maudit" — paroles de Rabbi Yochiya. Rabbi Yonatan dit : le verset se laisse entendre des deux à la fois et se laisse entendre de chacun pris pour lui-même, jusqu'à ce que l'Écriture te précise "yahdav". Il apparaît donc que, pour Rabbi Yochiya, si le verset n'avait pas répété "son père il a maudit, sa mère il a maudit", j'aurais dit que le début du verset ne vise que les deux ensemble ; ici de même, "du sang du taureau et du sang du bouc" ne vise que les deux ensemble.
💡 Explication

La guemara tente d'attribuer les positions. Rabbi Yochiya est connu pour une règle générale de lecture : lorsque le verset nomme deux sujets côte à côte, ils sont pris ensemble par défaut, même sans le mot yahdav. Rabbi Yonatan tient l'inverse : ils restent distincts tant que le verset n'a pas dit expressément yahdav.

Rachi rappelle le lieu où cette règle se lit le plus clairement, la braita de Sanhédrin 66a sur "l'homme qui maudit son père et sa mère". Pour Rabbi Yochiya, la première partie du verset ne viserait que celui qui maudit les deux ensemble ; il faut la suite du verset — "son père il a maudit, sa mère il a maudit" — pour rendre coupable celui qui n'en maudit qu'un. Pour Rabbi Yonatan, le verset se laisse entendre des deux manières d'emblée.

Appliquée ici : "du sang du taureau et du sang du bouc" désignerait, pour Rabbi Yochiya, les deux ensemble — donc mélangés.

14
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יוֹנָתָן הוּא, שָׁאנֵי הָכָא דִּכְתִיב: ״אַחַת״.

Tu peux même dire que c'est Rabbi Yonatan : ici c'est différent, car il est écrit "une seule".

📜 Rachi (1)
דִּכְתִיב אַחַת וְכִפֶּר אַהֲרֹן עַל קַרְנֹותָיו אַחַת בַּשָּׁנָה (שְׁמוֹת ל׳:י׳) וְלֹא שְׁתַּיִם:
Car il est écrit "une seule" — "et Aharon fera expiation sur ses cornes une seule fois dans l'année" (Chemot 30:10) — et non deux.
💡 Explication

La guemara refuse l'identification. Elle n'est pas contrainte : même Rabbi Yonatan, qui sépare par défaut, pourrait souscrire à la Michna, parce qu'un autre mot du texte impose le mélange.

Ce mot est ahat. Rachi renvoie à Chemot 30:10 : ve-khipper Aharon al karnotav ahat ba-chana — "Aharon fera expiation sur ses cornes une seule fois dans l'année". Une — et non deux. Chaque corne ne reçoit qu'une application, ce qui interdit d'y porter successivement le sang du taureau puis celui du bouc. Il faut donc les avoir mélangés au préalable.

L'argument est solide, et il découple la question : on peut tenir la règle de lecture de Rabbi Yonatan et pratiquer quand même le mélange, pour une raison propre à ce service.

15
תַּנְיָא דְּלָא כְּשִׁנּוּיַין: ״וְלָקַח מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר״, שֶׁיִּהְיוּ מְעֹורָבִין, דִּבְרֵי רַבִּי יֹאשִׁיָּה.

Il a été enseigné [une braita] contraire aux réponses données : "et il prendra du sang du taureau et du sang du bouc" — pour qu'ils soient mélangés ; paroles de Rabbi Yochiya.

📜 Rachi (1)
תַּנְיָא דְּלָא כְּשִׁנּוּיַין אֶלָּא כַּמָּה דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ מֵעִיקָּרָא דר' יֹאשִׁיָּה הוּא דְּאָמַר מְעָרְבִין:
Il a été enseigné contrairement aux réponses données — mais bien comme nous le pensions au départ : c'est Rabbi Yochiya qui dit qu'on mélange.
🗂️ Tossefot (1)
תַּנְיָא דְּלָא כְּשִׁנּוּיַין הָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לְאֵיתוּיֵי בָּרַיְיתָא דְּמַייְתִי בִּזְבָחִים פֶּרֶק בֵּית שַׁמַּאי (זְבָחִים דַּף מב:) וּבְפֶרֶק הַקֹּומֶץ זוּטָא (מְנָחוֹת דַּף טז:) אַרְבָּעִים וְשֶׁבַע שֶׁל יו"כ וְעוֹד מַיְיתֵי הָתָם בָּרַייְתָא דְּתַנְיָא אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה שֶׁל יוה"כ דְּעַל כְּרִחְיָךְ סְבִירָא לְהוּ לְהָנָךְ בָּרָייְתוֹת אֵין מְעָרְבִין לִקְרָנוֹת דִּבְעִנְיָן אַחֵר לָא מַשְׁכַּחַת לְהוּ וְהָכֵי מוֹקֵי לְהוּ הָתָם אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לְאֵתוּיֵי הַךְ בָּרַיְיתָא שַׂר' יוֹנָתָן בְּעַצְמוֹ מֻוזְכָּר בָּהּ הַשְׁתָּא מַסְּקִינַן דִּלֵּר' יוֹנָתָן אֵין מְעָרְבִין וְתֵימַהּ דִּבְפֶרֶק אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ (חֻולִּין דַּף עט.) אָמְרִינַן דְּר' יְהוּדָה מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אוֹ לָא וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר דְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אִם כֵּן הַייְנוּ כַּחֲנַנְיָה דְּהָתָם וַחֲנַנְיָה ס"ל כְּרַבִּי יוֹנָתָן דְּלָא בָּעֵי אוֹ לְחַלֵּק כִּדְקָאָמַר הָתָם וא"כ הֵיכִי קָאָמַר ר' יְהוּדָה בְּפֶ' הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כב.) מִוְּלָקַח מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר וְנָתַן עַל קַרְנוֹת וְכוּ' דְּמִין בְּמִינוֹ לָא בָּטֵיל וְהָא כֵּיוָן דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי יוֹנָתָן אִם כֵּן אֵין מְעָרְבִין לִקְרָנוֹת וְיֵשׁ לוֹמַר נְהִי דְּרַבִּי יוֹנָתָן לָא דְּרֵישׁ אַחַת לְר' יְהוּדָה דְּדָרֵישׁ אַחַת קָסָבַר מְעָרְבִין אֲבָל תֵּימַהּ אַמַּאי קָסָבַר רַבִּי יוֹנָתָן אֵין מְעָרְבִין נְהִי דְּלָא דְּרֵישׁ אַחַת מִכָּל מָקוֹם כֵּיוָן דִּכְתִיב מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר נֵימָא מְעָרְבִין דְּאָמַר בְּפָ' שְׁתֵּי מִדּוֹת (מְנָחוֹת דַּף צֵא.) דִּלֵּר' יוֹנָתָן דְּאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב גַּבֵּי נְסָכִים (בַּמִּדְבָּר טו) מִן הַבָּקָר אוֹ מִן הַצֹּאן דְּלָא תֵּימָא כֵּיוָן דִּכְתִיב בְּוַיִּקְרָא מִן הַבָּקָר וּמִן הַצֹּאן כְּמַאן דִּכְתִיב יַחְדָּיו דָּמֵי וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ הָתָם דְּלָאו מִוָּי"ו קָא דָּרֵישׁ אֶלָּא מִדְּשַׁנִּי קְרָא בְּדִיבּוּרֵיהּ דִּבְרֵישָׁא כְּתִיב מִן הַבְּהֵמָה מִן הַבָּקָר וַהֲדַר כְּתִיב וּמִן הַצֹּאן וְלָא כְּתִיב וּמִן הַבָּקָר וּמִן הַצֹּאן ש"מ לְעָרֵב בָּקָר וָצֹאן וְלָא נְהִירָא דְּלָא הֲוָה מָצֵי לְמִיכְתַּב וּמִן הַבָּקָר דְּהָא בָּקָר וָצֹאן הוּא פֵּירוּשׁ דְּמִן הַבְּהֵמָה וא"כ אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב מִן הַבָּקָר וְהַשְׁתָּא הָוֵי מִן הַבָּקָר וּמִן הַצֹּאן כְּמוֹ מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר ונ"ל דְּלָא דָּמוּ דְּאִילּוּ כְּתִיב הָכָא מִדַּם הַפָּר וְהַשָּׂעִיר אָז הֲוָה דָּמֵי לַמָּן הַבָּקָר וּמִן הַצֹּאן אֲבָל וּמִדַּם הַשָּׂעִיר מִדָּם הִפְסִיק הָעִנְיָן לְרַבִּי יוֹנָתָן אִי נָמֵי נ"ל מִדִּכְתִיב גַּבֵּי בֶּן צֹאן מִן הַכְּבָשִׂים אוֹ מִן הָעִזִּים וּבְבֶן עוֹף נַמֵּי כְּתִיב מִן הַתֹּורִים אוֹ מִן בְּנֵי הַיּוֹנָה וְהָכָא לָא כְּתִיב אוֹ מִן הַצֹּאן ש"מ לְעָרְבָן וּלְהָכִי אִיצְטְרִיךְ בְּפָרָשַׁת נְסָכִים אוֹ לְחַלֵּק וְאָז מוֹקְמִינַן וּמִן הַצֹּאן לְהוֹצִיא אֶת הַנּוֹגֵחַ:
Il a été enseigné contrairement aux réponses données — il aurait pu tout aussi bien apporter la braita citée dans Zevahim, chapitre Beit Chammai (42b) et au chapitre Ha-Kometz Zouta (Menahot 16b) : "quarante-sept [aspersions] de Yom Kippour" ; et il y apporte encore une braita enseignant "quarante-huit de Yom Kippour" — car ces braitot tiennent forcément que l'on ne mélange pas pour les cornes, faute de quoi on ne peut pas retrouver leurs comptes, et c'est bien ainsi qu'on les explique là-bas. Mais il a préféré apporter cette braita-ci, où Rabbi Yonatan est mentionné en personne. Nous concluons donc maintenant que, selon Rabbi Yonatan, on ne mélange pas. Et c'est étonnant, car au chapitre Oto ve-et Beno (Houlin 79a) nous disons que Rabbi Yehouda est dans le doute quant à savoir si l'on tient compte de la semence du père ou non ; et si tu dis que l'on en tient compte, il se trouve alors conforme à Hananya, lequel tient comme Rabbi Yonatan qui n'exige pas le mot "ou" pour séparer, ainsi qu'il y est dit. Si c'est le cas, comment Rabbi Yehouda peut-il dire au chapitre Ha-Kometz Rabba (Menahot 22a), à partir de "et il prendra du sang du taureau et du sang du bouc et il donnera sur les cornes, etc.", qu'une espèce mélangée à sa propre espèce ne s'annule pas ? Puisqu'il tient comme Rabbi Yonatan, on ne mélange donc pas pour les cornes ! Et l'on peut répondre : certes Rabbi Yonatan n'interprète pas le mot "ahat", mais Rabbi Yehouda, qui l'interprète, tient bien qu'on mélange. Reste cependant l'étonnement : pourquoi Rabbi Yonatan tient-il qu'on ne mélange pas ? Même s'il n'interprète pas "ahat", puisqu'il est écrit "du sang du taureau et du sang du bouc", disons qu'on mélange ! Car il est dit au chapitre Chetei Middot (Menahot 91a) que, pour Rabbi Yonatan, il a fallu écrire à propos des libations (Bamidbar 15) "du gros bétail ou du petit bétail", pour que tu ne dises pas que, puisqu'il est écrit dans Vayikra "du gros bétail et du petit bétail", c'est comme si "yahdav" était écrit. Et Rachi a expliqué là-bas que ce n'est pas du vav qu'il le tire, mais de ce que le verset a changé sa formulation : au début il écrit "de la bête, du gros bétail", puis il écrit "et du petit bétail", et il n'écrit pas "et du gros bétail et du petit bétail" — d'où l'on apprend à mélanger gros et petit bétail. Mais cela n'est pas clair, car il ne pouvait pas écrire "et du gros bétail", puisque "gros bétail et petit bétail" sont l'explicitation de "de la bête" ; il fallait donc bien écrire "du gros bétail", et dès lors "du gros bétail et du petit bétail" est exactement comme "du sang du taureau et du sang du bouc". Et il me semble qu'ils ne se ressemblent pas : car s'il était écrit ici "du sang du taureau et du bouc", alors ce serait semblable à "du gros bétail et du petit bétail" ; mais "et du sang du bouc" — la reprise du mot "du sang" interrompt le propos pour Rabbi Yonatan. Ou bien il me semble encore : puisqu'il est écrit à propos de l'agneau "des moutons ou des chèvres", et à propos de l'oiseau "des tourterelles ou des jeunes colombes", et qu'ici il n'est pas écrit "ou du petit bétail" — on en apprend qu'il faut les mélanger ; et c'est pourquoi le mot "ou" était nécessaire dans la section des libations, pour séparer, et l'on explique alors "et du petit bétail" comme venant exclure la bête qui a encorné.
💡 Explication

Retournement final. Une braita nomme expressément Rabbi Yochiya comme l'auteur de l'avis "pour qu'ils soient mélangés", et le tire du verset lui-même, non du mot ahat. La réponse précédente — chinouyin, les échappatoires — tombe : c'est bien la règle de lecture de Rabbi Yochiya qui fonde le mélange, et Rabbi Yonatan, lui, tient qu'on ne mélange pas. La Michna suit donc Rabbi Yochiya, exactement comme la première hypothèse le supposait.

Le Tossefot, dans une des gloses les plus longues du chapitre, exploite ce résultat. Il note d'abord que la guemara aurait pu invoquer les braitot de Zevahim 42b et Menahot 16b comptant "quarante-sept" ou "quarante-huit" aspersions de Kippour — dont les comptes n'ont de sens que si l'on ne mélange pas — mais qu'elle a préféré celle où Rabbi Yonatan est nommé. Il soulève ensuite une difficulté sur Rabbi Yehouda (Houlin 79a / Menahot 22a), la résout en distinguant l'exégèse de ahat, puis s'étonne de la position même de Rabbi Yonatan et discute longuement le parallèle des libations (Menahot 91a), jusqu'à proposer deux lectures personnelles du verset.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).