Yoma 58a -- mélanger ou non le sang du taureau et celui du bouc pour les cornes de l'autel d'or (R. Yochiya contre R. Yonatan), puis les questions de Rami bar Hama à Rav Hisda sur la hatzitza dans le service : un mizrak emboîté dans un mizrak, et du siv au fond du bassin.

Yoma 58a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la controverse entre R. Yochiya et R.

Yonatan à propos des quatre cornes de l'autel d'or : le kohen gadol y applique-t-il un sang unique, obtenu en mélangeant celui du taureau et celui du bouc, ou bien fait-il deux tournées séparées ? Chacun mobilise les mêmes deux versets -- « du sang du taureau et du sang du bouc » (Lv 16,18) et « achat », une seule fois (Ex 30,10) -- mais leur fait dire l'inverse : pour R.

Yochiya, achat prouve l'unité du sang ; pour R. Yonatan, il ne fait que limiter chaque sang à une seule série de dons.

Une baraita anonyme tranche comme R. Yochiya, et les Tossefot consacrent une longue glose à montrer que « comme R.

Yochiya » ne veut pas dire « c'est lui ». La seconde moitié du daf change de registre : partant du membre de michna « il a mis le plein dans le vide », Rami bar Hama demande à Rav Hisda si un ustensile emboîté dans un autre fait écran entre la main du kohen et le sang -- un type dans son propre type fait-il hatzitza ?

La preuve tirée de la michna est réfutée, celle tirée du kohen debout sur le pied de son compagnon également (un pied ne s'annule pas). Une version alternative reformule la question comme portant sur la convenance du geste, et la tranche par une derasha : deux ustensiles pour un seul service.

Suit la question symétrique du siv, fibre de palmier posée au fond du bassin -- un corps d'une autre nature, mais poreux : la preuve de l'éponge dans la chouket est écartée parce que l'eau est fluide là où le sang est épais, et la seconde version conclut par un critère de matière : pour le sang, kacher ; pour le kometz, passoul.

Les quatre stations du sang le jour de Kippour : séparé ou mélangé ? Sang du taureau (par) du kohen gadol et sang du bouc (sair) du peuple. Une seule des quatre stations fait l'objet d'une mahloket. Station Ce que fait le kohen gadol Sangs mélangés ? 1. Kodech ha-kodachim Saint des saints, entre les barres Lv 16,14-15 1 don vers le haut + 7 vers le bas, du sang du taureau ; puis il égorge le bouc et refait 1 + 7 de son sang. Le bouc n'est égorgé qu'après : impossible de mélanger. NON -- séparés 2. Heikhal Devant le parokhet Lv 16,16 Même séquence : 1 + 7 du taureau, puis 1 + 7 du bouc. Déduit de : et ainsi fera-t-il pour la Tente d'assignation -- le Heikhal calque le Saint des saints. NON -- séparés 3. Les 4 cornes de l'autel d'or (intérieur) Lv 16,18 ; Ex 30,10 C'est notre sougya Il prend du sang du taureau et du sang du bouc et en met sur les quatre cornes, tout autour. Un seul passage sur chaque corne, ou bien deux ? MAHLOKET Yochiya : oui / Yonatan : non 4. Le tohoro Surface dégagée de l'autel d'or Lv 16,19 Sept aspersions sur la surface supérieure de l'autel. Le verset ne nomme ni le taureau ni le bouc : il dit seulement du sang -- donc de tout le sang, sept fois. OUI -- de l'avis de tous Clé de lecture des Tossefot : là où le verset nomme séparément le par et le sair, les sangs restent distincts ; là où il dit seulement le sang, ils sont mélangés. Les cornes sont le cas litigieux : le verset les nomme, mais ajoute achat. La michna suivie ici (Yoma 5,4) enseigne : il versa le sang du taureau dans le sang du bouc, puis mit le plein dans le vide.
Les quatre stations du sang de Kippour. Notre daf ne discute que de la troisième : les quatre cornes de l'autel d'or.
Mélanger ou non les deux sangs pour les cornes de l'autel d'or Deux versets en présence, et la question de savoir lequel commande l'autre. Verset A -- Lv 16,18 mi-dam ha-par ou-mi-dam ha-sair du sang du taureau et du sang du bouc Verset B -- Ex 30,10 achat ba-chana une seule fois par an Rabbi Yochiya -- ON MÉLANGE Sa règle de langue : deux termes juxtaposés sans mot séparateur se lisent comme s'il y avait yahdav (ensemble), tant qu'on ne les sépare pas expressément. Lecture du verset A : du sang du taureau ET du sang du bouc = un seul sang, mélangé. Rôle de achat (verset B) : preuve supplémentaire -- une seule application sur chaque corne, donc les sangs sont unis. C'est l'avis de la michna et de la baraita anonyme. Rabbi Yonatan -- ON NE MÉLANGE PAS Sa règle de langue : la même formule peut signifier les deux ensemble comme chacun à part -- elle est ambiguë, et c'est le contexte qui tranche. Lecture du verset A : le verset nomme séparément le par et le sair, donc de celui-ci à part et de celui-là à part. Rôle de achat (verset B) : une seule série et non deux du sang du taureau, une seule et non deux du sang du bouc. achat limite le nombre, il n'impose pas l'union. Nafka mina -- ce que voit celui qui regarde l'autel Selon R. Yochiya : UNE seule tournée des quatre cornes, avec le sang unifié -- 4 dons en tout. Selon R. Yonatan : DEUX tournées successives, l'une au sang du taureau, l'autre au sang du bouc -- 8 dons en tout.
La mahloket R. Yochiya / R. Yonatan : deux règles de lecture des versets, deux nombres de dons sur l'autel.
La hatzitza dans le service : quatre cas mis en balance Le verset dit ve-lakah ha-kohen -- et le kohen prendra : la prise doit être celle du kohen, sans écran interposé. Le cas Type d'interposition Statut dans la sougya Verdict Mizrak dans un mizrak Il emboîte un bassin dans un autre et recueille le sang dans l'intérieur. min be-mino un type dans son propre type Question de Rami bar Hama. Preuve de la michna repoussée, preuve du pied repoussée. NON TRANCHÉ Debout sur un ustensile ou sur le pied de son compagnon, au lieu du dallage de la azara. pied sur pied = min be-mino mais un pied ne s'annule pas Sert d'abord de preuve, puis est écarté : le compagnon ne renonce pas à son pied. PASSOUL Siv dans le mizrak Fibre de palmier, souple et poreuse, posée au fond du bassin. min be-che-eino mino un type dans ce qui n'est pas son type Preuve de l'éponge repoussée : l'eau est fluide, le sang est épais. Première version : non tranché. NON TRANCHÉ Le même siv, version alternative Rav Hisda tranche selon la matière que l'on dépose sur la fibre. liquide contre solide ce qui traverse contre ce qui reste Sang : il s'infiltre et touche le bassin -- kacher. Kometz : la pâte ne traverse pas -- passoul. Sang : KACHER Kometz : PASSOUL Le critère qui se dégage Ce qui peut être annulé (bitoul) ou traverse ne fait pas écran ; ce qui garde son autonomie ou bloque le contact fait écran. Un pied appartient à quelqu'un : il ne s'annule pas. Un bassin vide n'appartient à rien : peut-être s'annule-t-il devant l'autre.
La seconde moitié du daf : les questions de Rami bar Hama à Rav Hisda sur la hatzitza dans le service.
1
רַבִּי יוֹנָתָן אוֹמֵר: מִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וּמִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ. אָמַר לוֹ רַבִּי יֹאשִׁיָּה: וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״אַחַת״!

Rabbi Yonatan dit : il asperge de celui-ci (le sang du taureau) à part, et de celui-là (le sang du bouc) à part -- sans les mélanger. Rabbi Yochiya lui dit : mais n'est-il pas déjà dit « achat » (une seule fois) !

🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יוֹנָתָן אוֹמֵר מִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וּמִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ תֵּימַהּ לִי וְהָא רַבִּי יוֹנָתָן אִית לֵיהּ דְּמַשְׁמַע שְׁנֵיהֶן כְּאֶחָד וּמַשְׁמָע אֶחָד אֶחָד בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְהָכָא מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ דַּווְקָא מִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וּמִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְנִרְאֶה לִי כֵּיוָן דְּמַשְׁמַע הָכִי וּמַשְׁמַע הָכִי יִלְמַד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ כִּי הֵיכִי דְּלִפְנַי וְלִפְנִים וּבַהֵיכָל נוֹתֵן מִזֶּה בְּעַצְמוֹ וּמִזֶּה בְּעַצְמוֹ ה"נ לִקְרָנוֹת דִּכְתִיב מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר מִסְּתָמָא מִזֶּה בְּעַצְמוֹ וּמִזֶּה בְּעַצְמוֹ וּבְהָא נָמֵי מִיתָּרְצָא מַאי דק"ל דְּמַיְיתֵי בְּסָמוּךְ תַּנְיָא אִידָךְ וְכוּ' עַד תַּלְמוּד לוֹמַר אַחַת וּסְתָמָא כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה וְהֵיכִי אָתְיָא כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה וְהָא לְרַבִּי יֹאשִׁיָּה בְּלֹא אַחַת נָמֵי סְבִירָא לִי' כְּמַאן דִּכְתִיב יַחְדָּיו דָּמֵי בִּשְׁלָמָא הָא דַּאֲמַר לֵיהּ ר' יֹאשִׁיָּה לֵר' יוֹנָתָן וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר אַחַת אִיכָּא לְמֵימַר לְדָר' יוֹנָתָן קָאָמַר לֵיהּ אֲבָל לְדִידֵיהּ בְּלֹא אַחַת נָמֵי אֶלָּא יֵשׁ לוֹמַר אע"ג דְּמֵעִיקָּרָא הֲוָה סָלְקָא דַעְתָּךְ דִּלְרַבִּי יֹאשִׁיָּה מְעָרְבִין בְּלֹא קְרָא דְּאַחַת בָּתַר דְּאַיְּיתִי קְרָא דְּאַחַת הָדַר בֵּיהּ וּסְבִירָא לֵיהּ דְּאִי לָאו אַחַת הֵ"א אֵין מְעָרְבִין דֻּומְיָא דְּלִפְנַי וְלִפְנִים וּדְהֵיכָל דְּיִלְמַד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ כִּדְפֵי' וּבְהָא נָמֵי מִיתָּרְצָא מַאי דק"ל הָא דְּקָאָמַר לְעֵיל תִּסְתַּייֵּם דְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה הוּא דְּאָמַר מְעָרְבִין וְדָחֵי אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יוֹנָתָן שָׁאנֵי הָכָא דִּכְתִיב אַחַת וְהַשְׁתָּא תֵּימַהּ לִי מַאי קָא דָּחֵי אֲפִילּוּ תֵּימָא לְרַבִּי יוֹנָתָן מְעָרְבִין אִם כֵּן כָּל שֶׁכֵּן לְרַבִּי יֹאשִׁיָּה מְעָרְבִין וְהָא ע"כ חַד מִינַּייְהוּ אָמַר אֵין מְעָרְבִין דְּקָאָמַר ר' יוֹנָתָן וְרַבִּי יֹאשִׁיָּה חַד אָמַר מְעָרְבִין וְחַד אָמַר אֵין מְעָרְבִין אֲבָל לְמַאי דְּפָרֵישִׁית נִיחָא דה"ק שָׁאנֵי הָכָא דִּכְתִיב אַחַת דְּאִי לָא כְּתִיב אַחַת סְבָרָא הוּא דַּאֲפִילּוּ לֵר' יֹאשִׁיָּה הֵ"א אֵין מְעָרְבִין דְּיִלְמַד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ כִּדְפָרֵי' וְאִם כֵּן מַאן הַאי תַּנָּא דְּאָמַר מְעָרְבִין אֶלָּא ע"כ מִדִּכְתִיב אַחַת וּמַאן לֵימָא לָן דְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה דְּרֵישׁ אַחַת לְהַאי דְּרָשָׁא וְלֹא רַבִּי יוֹנָתָן דִּילְמָא רַבִּי יוֹנָתָן דְּרֵישׁ לֵיהּ וְרַבִּי יֹאשִׁיָּה דְּרֵישׁ לֵיהּ לִדְרָשָׁא אַחֶרֶת כִּדְדָרְשִׁי' לֵיהּ בְּפֶרֶק קַמָּא דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף ח:) כַּפָּרָה זוֹ לֹא תְּהֵא אֶלָּא פַּעַם אַחַת בַּשָּׁנָה אִי נָמֵי כַּפָּרָה אַחַת הוּא מְכַפֵּר וְאֵינוֹ מְכַפֵּר שְׁתֵּי כַּפָּרוֹת מִיהוּ מַה שֶׁהִקְשֵׁיתִי מִמַּאי דְּקָאָמַר סְתָמָא כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה בְּלָאו הָכִי נִיחָא דְּהָא לָא קָאָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה הִיא אֶלָּא כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה פֵּירוּשׁ דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּוָותֵיהּ דִּמְעָרְבִין לִקְרָנוֹת וְלָאו מִטַּעְמֵיהּ דִּלְדִידֵיהּ נָפְקָא לֵיהּ בְּלֹא דְּרָשָׁא דְּאַחַת וְדִילְמָא רַבִּי יְהוּדָה הִיא דְּאִית לֵיהּ מְעָרְבִין אע"ג דְּמַשְׁמַע לֵיהּ כָּל אַחַת וְאַחַת בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּרַבִּי יוֹנָתָן נָפְקָא לֵיהּ מֵאַחַת דִּמְעָרְבִין כִּדְפַר' לְעֵיל וְהָא דְּקָאָמַר סְתָמָא כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה הָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר רַבִּי יְהוּדָה הִיא דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ בְּהֶדְיָא בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת כב:) דִּמְעָרְבִין אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הוּבָא בִּשְׁמַעְתִּין נְקַט רַבִּי יֹאשִׁיָּה שֶׁהִזְכִּירוּ לְעֵיל בְּמַחֲלֹוקֶת עִם רַבִּי יוֹנָתָן וא"ת לָמֶ"ד אֵין מְעָרְבִין לִקְרָנוֹת מְנָא לֵיהּ דְּעוֹלִין אֵין מְבַטְּלִים זֶה אֶת זֶה יֵשׁ לוֹמַר נָפְקָא לֵיהּ מִדַּם דָּם בְּפֶרֶק הַתַּעֲרֹובֶת (זְבָחִים דַּף פא:) וְאֵין לִתְמֹוהַּ מַאי שְׁנָא דְּשֶׁבַע עַל טִיהֲרוּ מְעָרְבִין לְכֻולֵּי עָלְמָא וּבִקְרָנוֹת פְּלִיגִי וְיֵשׁ לוֹמַר בְּלִפְנֵי וְלִפְנִים עַל כָּרְחָךְ אֵין מְעָרְבִין כִּדְמוֹכַח קְרָא בְּהֶדְיָא דִּלְאַחַר שֶׁנָּתַן מִדַּם הַפָּר שׁוֹחֵט אֶת הַשָּׂעִיר וְאִם כֵּן גַּם בְּאֹהֶל מוֹעֵד כֵּן כְּדִכְתִיב וְכֵן יַעֲשֶׂה בְּאֹהֶל מוֹעֵד וְלִקְרָנוֹת כְּתִיב מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר מַשְׁמַע לֵיהּ מִזֶּה בְּעַצְמוֹ וּמִזֶּה בְּעַצְמוֹ דֻּומְיָא דְּאִינָךְ כֵּיוָן דְּהִזְכִּיר בְּהֶדְיָא פַּר וְשָׂעִיר אֲבָל בְּשֶׁבַע עַל טִיהֲרוּ כְּתִיב וְהִזָּה עָלָיו מִן הַדָּם בְּאֶצְבָּעוֹ שֶׁבַע פְּעָמִים מַשְׁמַע מִכָּל הַדָּם מַזֶּה שֶׁבַע פְּעָמִים וְתוּ לָא:
Rabbi Yonatan dit : de celui-ci à part et de celui-là à part -- cela m'étonne. Car R. Yonatan soutient (dans sa règle de lecture bien connue) qu'une telle formule peut signifier les deux ensemble comme elle peut signifier chacun à part ; or ici il ressort qu'il soutient spécifiquement de celui-ci à part et de celui-là à part. Et il me semble (qu'il faut répondre ainsi) : puisque la formule peut s'entendre dans un sens comme dans l'autre, on applique le principe « que l'obscur s'apprenne du clair » (yilamed satoum min ha-meforach) -- de même qu'à l'intérieur du Saint des saints et dans le Heikhal il donne de celui-ci à part et de celui-là à part, de même pour les cornes, où il est écrit « du sang du taureau et du sang du bouc », il s'agit a priori de celui-ci à part et de celui-là à part. Et par là se résout aussi ce qui me faisait difficulté : la guemara apporte plus loin « on a enseigné une autre baraita... jusqu'à : le verset dit achat », puis conclut « et cette baraita anonyme suit R. Yochiya ». Or comment suivrait-elle R. Yochiya ? Pour R. Yochiya, même sans achat il tient déjà que (deux termes juxtaposés) sont comme s'il était écrit yahdav (ensemble) ! Certes, lorsque R. Yochiya dit à R. Yonatan « mais n'est-il pas déjà dit achat ? », on peut répondre qu'il argumente selon la position de R. Yonatan, tandis que pour lui-même il n'a pas besoin de achat. Il faut plutôt dire ceci : bien qu'au départ on ait pensé que, pour R. Yochiya, on mélange même sans le verset achat, une fois le verset achat apporté la guemara se rétracte et considère que, sans achat, on aurait dit qu'on ne mélange pas -- à l'instar du Saint des saints et du Heikhal, selon le principe « que l'obscur s'apprenne du clair », comme expliqué. Et par là se résout également ce qui me faisait difficulté plus haut, où l'on disait : « concluons-en que c'est R. Yochiya qui dit qu'on mélange », et où l'on repoussait : « tu peux même dire R. Yonatan ; ici c'est différent, car il est écrit achat ». Cela m'étonnait : que repousse-t-on en disant « tu peux même dire que pour R. Yonatan on mélange » ? Si c'est ainsi, à plus forte raison mélange-t-on pour R. Yochiya -- or il faut nécessairement que l'un des deux dise qu'on ne mélange pas, puisqu'on a énoncé : « R. Yonatan et R. Yochiya : l'un dit qu'on mélange, l'autre dit qu'on ne mélange pas ». Mais selon mon explication tout s'éclaire ; voici ce que la guemara veut dire : « ici c'est différent, car il est écrit achat » -- car si achat n'était pas écrit, il serait logique que même pour R. Yochiya on aurait dit qu'on ne mélange pas, selon « que l'obscur s'apprenne du clair », comme expliqué ; et alors, qui serait ce tana qui dit qu'on mélange ? Force est donc de dire que cela vient de ce qu'il est écrit achat. Et qui nous dit que c'est R. Yochiya qui expose achat selon cette derasha, et non R. Yonatan ? Peut-être est-ce R. Yonatan qui l'expose ainsi, tandis que R. Yochiya l'expose selon une autre derasha, comme on l'expose au premier chapitre de Chevouot (8b) : « cette expiation n'aura lieu qu'une seule fois par an » ; ou encore : « il opère une seule expiation et n'en opère pas deux ». Cependant, l'objection que j'ai soulevée à partir de « et la baraita anonyme suit R. Yochiya » se résout de toute façon : car on n'a pas dit « c'est R. Yochiya », mais « comme R. Yochiya » -- c'est-à-dire qu'elle est de son avis, que l'on mélange pour les cornes, mais non pour sa raison, puisque lui le déduit sans la derasha de achat. Et peut-être est-ce R. Yehouda, qui tient qu'on mélange : bien qu'il comprenne la formule comme visant chacune à part, à la manière de R. Yonatan, il déduit de achat qu'on mélange, comme expliqué plus haut. Et lorsque la guemara dit « la baraita anonyme suit R. Yochiya », elle aurait tout aussi bien pu dire « c'est R. Yehouda », dont nous savons explicitement, au chapitre Ha-kometz Rabba (Menahot 22b), qu'il tient qu'on mélange ; mais comme il n'a pas été mentionné dans notre sougya, elle a pris R. Yochiya, dont il a été question plus haut dans sa controverse avec R. Yonatan. Et si tu demandes : selon celui qui dit qu'on ne mélange pas pour les cornes, d'où tient-il que « les choses qui montent (à l'autel) ne s'annulent pas l'une l'autre » (olin ein mevatlin ze et ze) ? On peut dire qu'il le tire de la gezera chava dam-dam, au chapitre Ha-taarovet (Zevahim 81b). Et il ne faut pas s'étonner de ceci : pourquoi, pour les sept aspersions sur le tohoro (la surface dégagée de l'autel), tout le monde admet-il qu'on mélange, alors que pour les cornes ils sont en controverse ? On peut dire : à l'intérieur du Saint des saints, nécessairement on ne mélange pas, comme le verset le prouve explicitement -- c'est après avoir donné du sang du taureau qu'il égorge le bouc ; et s'il en est ainsi, il en va de même dans la Tente d'assignation (le Heikhal), ainsi qu'il est écrit « et ainsi fera-t-il pour la Tente d'assignation ». Pour les cornes, il est écrit « du sang du taureau et du sang du bouc » : cela s'entend de celui-ci à part et de celui-là à part, à l'instar des cas précédents, puisque le verset mentionne explicitement le taureau et le bouc. Mais pour les sept aspersions sur le tohoro il est écrit « et il aspergera sur lui du sang avec son doigt, sept fois » : cela s'entend de tout le sang -- il asperge sept fois, et pas davantage.
💡 Explication

Nous sommes au cœur de la michna de Yoma 5,4 : après les aspersions dans le Saint des saints puis dans le Heikhal, le kohen gadol vient à l'autel d'or et met du sang sur ses quatre cornes. La michna dit qu'il a versé le sang du taureau dans le sang du bouc. Toute la question est de savoir si ce mélange vaut aussi pour les keranot (les cornes).

R. Yonatan tient qu'on ne mélange pas : deux séries de dons, l'une au sang du taureau, l'autre au sang du bouc. R. Yochiya lui oppose le mot achat (Ex 30,10 : « une seule fois par an ») : une seule application par corne -- donc les sangs sont nécessairement unis.

2
אָמַר לוֹ רַבִּי יוֹנָתָן, וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר״! אִם כֵּן, לָמָּה נֶאֱמַר ״אַחַת״? לוֹמַר לָךְ: אַחַת וְלֹא שְׁתַּיִם מִדַּם הַפָּר, אַחַת וְלֹא שְׁתַּיִם מִדַּם הַשָּׂעִיר.

Rabbi Yonatan lui dit : mais n'est-il pas déjà dit « du sang du taureau et du sang du bouc » (Lv 16,18) ! Si c'est ainsi, pourquoi est-il dit « achat » ?

Pour t'enseigner : une seule (série de dons) et non deux du sang du taureau ; une seule et non deux du sang du bouc.

💡 Explication

R. Yonatan retourne l'argument. Le verset qui commande le rite des cornes nomme séparément le sang du taureau et le sang du bouc : c'est la preuve que les deux restent distincts. Le mot achat ne sert alors pas à les unir, mais à limiter le nombre : une seule tournée des quatre cornes pour chaque sang, pas deux.

Le fait que chacun invoque le même mot dans un sens opposé confirme, pour la guemara, que R. Yochiya et R. Yonatan sont bien en désaccord sur ce point précis.

🖼️ Schéma
Mélanger ou non les deux sangs pour les cornes de l'autel d'or Deux versets en présence, et la question de savoir lequel commande l'autre. Verset A -- Lv 16,18 mi-dam ha-par ou-mi-dam ha-sair du sang du taureau et du sang du bouc Verset B -- Ex 30,10 achat ba-chana une seule fois par an Rabbi Yochiya -- ON MÉLANGE Sa règle de langue : deux termes juxtaposés sans mot séparateur se lisent comme s'il y avait yahdav (ensemble), tant qu'on ne les sépare pas expressément. Lecture du verset A : du sang du taureau ET du sang du bouc = un seul sang, mélangé. Rôle de achat (verset B) : preuve supplémentaire -- une seule application sur chaque corne, donc les sangs sont unis. C'est l'avis de la michna et de la baraita anonyme. Rabbi Yonatan -- ON NE MÉLANGE PAS Sa règle de langue : la même formule peut signifier les deux ensemble comme chacun à part -- elle est ambiguë, et c'est le contexte qui tranche. Lecture du verset A : le verset nomme séparément le par et le sair, donc de celui-ci à part et de celui-là à part. Rôle de achat (verset B) : une seule série et non deux du sang du taureau, une seule et non deux du sang du bouc. achat limite le nombre, il n'impose pas l'union. Nafka mina -- ce que voit celui qui regarde l'autel Selon R. Yochiya : UNE seule tournée des quatre cornes, avec le sang unifié -- 4 dons en tout. Selon R. Yonatan : DEUX tournées successives, l'une au sang du taureau, l'autre au sang du bouc -- 8 dons en tout.
Les deux lectures face à face : ce que chacun fait dire au verset des cornes et au mot achat.
3
תַּנְיָא אִידָךְ: ״וְלָקַח מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר״ — שֶׁיִּהְיוּ מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה. אַתָּה אוֹמֵר שֶׁיִּהְיוּ מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא מִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וּמִזֶּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַחַת״. וּסְתָמָא כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה.

On a enseigné une autre baraita : « et il prendra du sang du taureau et du sang du bouc » -- (cela enseigne) qu'ils doivent être mélangés l'un à l'autre. Tu dis qu'ils doivent être mélangés l'un à l'autre, ou peut-être n'en est-il rien, et (il asperge) de celui-ci à part et de celui-là à part ?

Le verset dit : « achat ». -- Et cette baraita anonyme suit Rabbi Yochiya.

💡 Explication

Une baraita anonyme (setama) reprend exactement le raisonnement de R. Yochiya : elle pose l'alternative, puis la tranche par achat. La guemara la rattache donc à R. Yochiya.

Les Tossefot (sur le segment 0) s'arrêtent longuement ici : si R. Yochiya déduit déjà le mélange de sa règle de langue, pourquoi la baraita a-t-elle besoin de achat ? Leur réponse : l'expression « comme R. Yochiya » ne signifie pas que c'est lui, seulement qu'elle aboutit au même résultat -- éventuellement par une autre voie, et peut-être s'agit-il en réalité de R. Yehouda.

4
נָתַן אֶת הַמָּלֵא בָּרֵיקָן וְכוּ׳. בְּעָא מִינֵּיהּ רָמֵי בַּר חָמָא מֵרַב חִסְדָּא: הִנִּיחַ מִזְרָק בְּתוֹךְ מִזְרָק, וְקִבֵּל בּוֹ אֶת הַדָּם, מַהוּ? מִין בְּמִינוֹ חוֹצֵץ, אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ?

« Il a mis le plein dans le vide, etc. » (citation de la michna). Rami bar Hama demanda à Rav Hisda : s'il a posé un mizrak (bassin du service) à l'intérieur d'un mizrak, et y a recueilli le sang -- quelle est la loi ?

Un type dans son propre type fait-il écran (hotzetz), ou ne fait-il pas écran ?

📜 Rachi (3)
וְקִבֵּל בּוֹ אֶת הַדָּם כָּל קַבָּלוֹת שֶׁל כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה קָמִבַּעְיָא לֵיהּ:
Et il y a recueilli le sang -- c'est sur toutes les kabalot (réceptions du sang) de tous les jours de l'année qu'il s'interroge.
מִין בְּמִינוֹ מִזְרָק בְּמִזְרָק:
Un type dans son type -- un mizrak dans un mizrak.
חוֹצֵץ וְנִמְצָא שֶׁאֵין קַבָּלָה זוֹ בְּכֹהֵן שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ אוֹחֵז בַּמִּזְרָק שֶׁהַדָּם בּוֹ:
Fait écran -- et il se trouve alors que cette réception n'a pas été faite par le kohen, puisqu'il ne tient pas le mizrak dans lequel se trouve le sang.
🗂️ Tossefot (1)
מִין בְּמִינוֹ חוֹצֵץ אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ אֲבָל שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ פְּשִׁיטָא דְּחוֹצֵץ וְלָא קְרִי בֵיהּ וְלָקַח וְכֵן בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף כֹּד.) שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין כְּלֵי שָׁרֵת וְכֵן בְּפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים נז:) גַּבֵּי יִשָּׂשכָר אִישׁ כְּפַר בַּרְקַאי דַּהֲוָה כָּרֵיךְ יְדֵיהּ בְּשִׁירָאֵי וְתֵימַהּ דִּבְפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה לז.) מַסְּקִינַן דִּלְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר שְׁמָהּ לְקִיחָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם מַייְרֵי שֶׁכּוֹרֵךְ סוּדָר סְבִיב הַלּוּלָב וּמַאֲרִיךְ בּוֹ וְעוֹשֶׂה מִן הַסּוּדָר כְּמוֹ בֵּית יָד וְאוֹחֵז בּוֹ אֲבָל הֵיכָא דִּכְרִיךְ יָדֶיהָ בְּסוּדָר וְתוֹפֵשׂ הַלּוּלָב כָּךְ לֹא שְׁמָהּ לְקִיחָה וּמִזְרָק בְּתוֹךְ מִזְרָק דְּהָכָא דְּמַשְׁמַע דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ אִי הֲוָה שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ הָיָה חוֹצֵץ לָא מַיְירֵי שֶׁאוֹחֵז הַחִיצוֹן בְּשִׂפְתוֹתָיו דְּאָז וַדַּאי לָא חָייֵץ דַּהֲוָה לֵיהּ כְּמוֹ בֵּית יָד אֶלָּא שֶׁאוֹחֲזוֹ לְמַטָּה בְּשׁוּלָיו וְכֵן צָרִיךְ לוֹמַר מִתּוֹךְ הַהִיא שְׁמַעְתָּא גּוּפָא בְּפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל כְּמוֹ שֶׁחִילַּקְנוּ דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי אֶלָּא נֵימָא דִּבְכָל עִנְיָן לְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר שְׁמָהּ לְקִיחָה אִם כֵּן תִּיקְשֵׁי דְּרָבָא אַדְּרַבָּא דְּאָמַר בָּתַר הָכֵי מִין בְּמִינוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ הָא שֶׁאֵין מִינוֹ חוֹצֵץ וּלְעֵיל קָאָמַר גַּבֵּי סוּדָר לְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר שְׁמָהּ לְקִיחָה וַאֲפִילּוּ שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ וק"ל מַאי פָּרִיךְ מַאי לַָאו נָתַן מִזְרָק הַמָּלֵא לְתוֹךְ הָרֵיקָן לֵימָא אִין הָכִי נָמֵי וְאֵין אוֹחֵז אֶת הַחִיצוֹן בְּשׁוּלָיו אֶלָּא בְּשִׂפְתוֹתָיו וְיֵשׁ לוֹמַר דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְאָוחְזוֹ כָּךְ בְּיָד אַחַת שְׁתֵּי מִזְרָקוֹת כְּבֵידוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן כָּל דַּם הַפָּר וְהַשָּׂעִיר וריצב"א תֵּירֵץ דְּבִשְׁמַעְתָּא גַּבֵּי כְּלִי שָׁרֵת מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ חוֹצֵץ בְּכָל עִנְיָן דַּאֲפִילּוּ אִם תִּמְצָא לוֹמַר דְּגַבֵּי לוּלָב יֵשׁ חִילּוּק כִּדְפִיר' גַּבֵּי כְּלִי שָׁרֵת בְּכָל עִנְיָן מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ חוֹצֵץ דִּנְהִי דְּכִי עֲבִיד כְּעֵין בֵּית יָד מִיקְּרֵי לְקִיחָה גַּבֵּי כְּלִי שָׁרֵת דִּכְתִיב וְלָקַח הַכֹּהֵן לָא מִיקְּרֵי לְקִיחָה בְּעַצְמוֹ שֶׁל כֹּהֵן:
Un type dans son type fait-il écran ou ne fait-il pas écran -- mais pour ce qui n'est pas de son type, il est évident que cela fait écran et que l'on n'y applique pas « ve-lakah » (et il prendra). Ainsi au deuxième chapitre de Zevahim (24a) : « que rien ne fasse écran entre lui et l'ustensile du service » ; et de même au chapitre Makom che-nahagou (Pessahim 57b), à propos de Yissakhar, homme de Kfar Barkai, qui enveloppait ses mains de soie. Et cela étonne, car au chapitre Loulav ha-gazoul (Soucca 37a) nous concluons qu'« une prise par l'intermédiaire d'autre chose est bien une prise ». On peut répondre que là-bas il s'agit d'un cas où il enroule un tissu autour du loulav en le prolongeant, faisant du tissu une sorte de poignée (beit yad) qu'il saisit ; mais lorsqu'il enveloppe sa main dans un tissu et tient ainsi le loulav, ce n'est pas une prise valide. Et le cas du mizrak dans le mizrak dont il est question ici -- où il ressort qu'il tient pour évident que, s'il s'agissait d'un corps d'une autre nature, cela ferait écran -- ne vise pas la situation où il tient le bassin extérieur par ses bords, car alors assurément cela ne ferait pas écran, le bassin étant comme une poignée ; il s'agit du cas où il le tient par en bas, par son fond. Et il faut dire de même à partir de cette sougya elle-même, au chapitre Loulav ha-gazoul, selon la distinction que nous avons faite. Car si tu ne dis pas ainsi, mais que tu soutiens qu'en toute manière « une prise par l'intermédiaire d'autre chose est une prise », alors Rava se contredirait lui-même : il dit plus loin « un type dans son type ne fait pas écran » -- d'où l'on déduit que ce qui n'est pas de son type fait écran -- alors que plus haut il dit, à propos du tissu, qu'une prise par l'intermédiaire d'autre chose est une prise, même lorsqu'il ne s'agit pas de son type. Et il m'était difficile : que demande donc la guemara en disant « n'est-ce pas qu'il a mis le mizrak plein dans le vide ? » -- qu'on lui réponde : en effet, et il ne tient pas le bassin extérieur par le fond mais par ses bords ! On peut dire qu'il était évident pour elle qu'il ne pouvait pas tenir ainsi, d'une seule main, deux mizrakim lourds contenant tout le sang du taureau et du bouc. Et le Ritzba a répondu que, dans notre sougya, s'agissant des kelei charet (ustensiles du service), un type dans ce qui n'est pas son type fait écran en toute manière : même si tu admets qu'à propos du loulav il y a une distinction, comme expliqué, s'agissant des ustensiles du service un type dans ce qui n'est pas son type fait écran en toute manière -- car même s'il est vrai que, lorsqu'il en fait une sorte de poignée, cela s'appelle une prise, s'agissant des kelei charet, où il est écrit « et le kohen prendra », cela ne s'appelle pas une prise par le kohen lui-même.
💡 Explication

Nouvelle sougya, ouverte par la suite de la michna : « il a mis le plein dans le vide ». Rami bar Hama en tire une question de portée générale, qui déborde Yom Kippour : Rachi précise qu'elle vaut pour toutes les kabalot (réceptions du sang) de toute l'année.

Le problème : le verset dit « et le kohen prendra du sang » -- la prise doit être celle du kohen. S'il tient le bassin extérieur et que le sang est dans le bassin intérieur, le bassin extérieur constitue-t-il une hatzitza (interposition) ? La question est ciblée : ici l'écran est de même nature que ce qu'il porte -- un bassin dans un bassin, min be-mino. Pour un corps étranger, disent les Tossefot, l'invalidité serait évidente.

🖼️ Schéma
Natan et ha-mâle ba-reikan : deux lectures possibles de la michna Il a mis le plein dans le vide -- mais mis comment ? C'est de la réponse que dépend la question de Rami bar Hama. Lecture A -- il a POSÉ le plein dans le vide un bassin emboîté dans l'autre : la question a un objet le sang extérieur intérieur la main du kohen La main ne touche que le bassin extérieur. Le sang est-il recueilli par le kohen ? Lecture B -- il a VERSÉ le plein dans le vide un transvasement de plus, pour bien mélanger les sangs Aucun emboîtement : pas de question de hatzitza. Mais alors, la michna se répète-t-elle ? Rav Hisda plaide pour A -- sinon la michna redirait ce qu'elle vient de dire. Rami bar Hama maintient B : ce second versement sert à bien bien mélanger.
Les deux lectures de natan et ha-mâle ba-reikan : emboîter les bassins, ou transvaser une seconde fois.
5
אֲמַר לֵיהּ, תַּנִּיתוּהָ: נָתַן אֶת הַמָּלֵא בָּרֵיקָן. מַאי לַָאו: הוֹשִׁיב מִזְרָק מָלֵא לְתוֹךְ מִזְרָק רֵיקָן?

Il lui dit : nous l'avons appris (dans notre michna) : « il a mis le plein dans le vide ». N'est-ce pas (à comprendre ainsi) : il a posé un mizrak plein à l'intérieur d'un mizrak vide ?

📜 Rachi (1)
מַאי לָאו הוֹשִׁיב מִזְרָק הַמָּלֵא בְּתוֹךְ הָרֵיקָן שְׂעִירָה מִמֶּנּוּ וְהָא הָכָא נָמֵי וְלָקַח כְּתִיב וְלָקַח מִדַּם הַפָּר וּמִדַּם הַשָּׂעִיר וְהַךְ לְקִיחָה אֲחִיזַת הַמִּזְרָק הִיא:
N'est-ce pas qu'il a posé le mizrak plein à l'intérieur du vide -- après avoir versé depuis lui (le sang). Or ici aussi il est écrit ve-lakah : « et il prendra du sang du taureau et du sang du bouc » -- et cette prise consiste à tenir le mizrak.
💡 Explication

Rav Hisda tente de résoudre la question par la michna elle-même. Si « mettre le plein dans le vide » signifie emboîter un bassin dans l'autre, alors la michna elle-même valide l'emboîtement : min be-mino ne fait pas écran.

Rachi ajoute la pièce manquante du raisonnement : ici aussi le verset dit « ve-lakah -- et il prendra du sang du taureau et du sang du bouc », et cette « prise » consiste précisément à tenir le mizrak. Si la michna admet l'emboîtement pour ce geste, la question est réglée.

6
לֹא, עֵירָה מִזְרָק מָלֵא לְתוֹךְ מִזְרָק רֵיקָן. הָא תָּנָא לֵיהּ רֵישָׁא: עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ דַּם הַשָּׂעִיר! כְּדֵי לְעָרְבָן יָפֶה יָפֶה.

Non : (la michna veut dire) qu'il a versé un mizrak plein dans un mizrak vide. -- Mais le début (de la michna) l'a déjà enseigné : « il a versé le sang du taureau dans le sang du bouc » ! -- (Ce second versement sert) à bien bien les mélanger.

📜 Rachi (1)
לָא עֵירָה מִזְרָק מָלֵא לְאַחַר שֶׁעֵירָה דַּם הַפָּר לְדַם הַשָּׂעִיר חוֹזֵר וּמְעָרֶה מִזְרָק מָלֵא לְתוֹךְ מִזְרָק רֵיקָן:
Non, il a versé le mizrak plein -- après avoir versé le sang du taureau dans le sang du bouc, il verse de nouveau le mizrak plein dans le mizrak vide.
💡 Explication

Rami bar Hama refuse la preuve : « mettre le plein dans le vide » décrit un versement, pas un emboîtement. Objection de Rav Hisda : la michna vient de dire qu'il a versé le sang du taureau dans celui du bouc -- elle se répéterait.

Réponse : il ne s'agit pas d'une répétition mais d'une seconde opération. Rachi l'expose clairement : après le premier transvasement, il reverse le bassin plein dans le bassin désormais vide. Ce va-et-vient à une fonction technique -- kedei le-arevan yafe yafe, pour que les deux sangs soient parfaitement homogènes. La question de Rami bar Hama reste donc ouverte.

7
תָּא שְׁמַע: הָיָה עוֹמֵד עַל גַּבֵּי כְּלִי, אוֹ עַל גַּבֵּי רֶגֶל חֲבֵירוֹ — פָּסוּל! שָׁאנֵי רֶגֶל, דְּלָא מָצֵי מְבַטֵּיל לֵיהּ.

Viens et entends (une preuve) : s'il se tenait debout sur un ustensile, ou sur le pied de son compagnon -- (le service est) passoul (invalide) ! -- Le pied est différent, car il ne peut pas l'annuler.

📜 Rachi (3)
עוֹמֵד עַל גַּבֵּי כֵלִים וְכוּ' דִּתְנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הוֹאִיל וְרִצְפָּה מְקַדֶּשֶׁת וּכְלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁים מַה כְּלֵי שָׁרֵת לֹא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ וּבֵין כְּלֵי שָׁרֵת אַף רִצְפָּה לֹא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין הָרִצְפָּה בְּמַס' זְבָחִים (דַּף כֹּד.):
Debout sur des ustensiles, etc. -- car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : puisque le dallage (ritzpa) sanctifie et que les ustensiles du service sanctifient, de même que pour les kelei charet rien ne doit faire écran entre lui et l'ustensile du service, de même pour le dallage rien ne doit faire écran entre lui et le dallage -- au traité Zevahim (24a).
עַל גַּבֵּי רֶגֶל חֲבֵירוֹ אַלְמָא מִין בְּמִינוֹ חוֹצֵץ:
Sur le pied de son compagnon -- donc un type dans son type fait écran.
דְּלָא מְבַטֵּל לֵיהּ חֲבֵירוֹ אֶת רַגְלוֹ עַד שֶׁיִּגְמֹור עֲבוֹדָתוֹ:
Car il ne l'annule pas -- son compagnon n'annule pas (ne renonce pas à) son pied jusqu'à ce que celui-là achève son service.
💡 Explication

Nouvelle tentative de preuve, tirée d'une autre halakha : le kohen doit se tenir directement sur le dallage (ritzpa) de la azara. L'école de R. Yichmael l'apprend d'une comparaison (Zevahim 24a) : le dallage sanctifie comme les kelei charet sanctifient, donc l'exigence de contact sans écran vaut pour les deux. Or la baraita invalide même celui qui se tient sur le pied d'un autre kohen : un pied sur un pied, c'est bien min be-mino, et cela fait écran !

La guemara écarte la preuve par une distinction fine : le pied du compagnon ne peut pas être annulé (bitoul). Un homme vivant ne renonce pas à son pied au profit du service d'un autre : le pied garde son identité propre, et fait donc écran. Un bassin vide, lui, n'a aucune volonté : on peut considérer qu'il s'efface devant le bassin qui porte le sang.

🖼️ Schéma
Le kohen et le dallage : rien ne doit s'interposer École de R. Yichmael (Zevahim 24a) : le dallage sanctifie comme l'ustensile du service sanctifie -- même exigence de contact direct. Sur le dallage KACHER contact direct avec la ritzpa Sur un ustensile keli PASSOUL un objet étranger fait écran Sur le pied d'un autre regel PASSOUL pied sur pied : min be-mino ! Pourquoi ce troisième cas ne prouve rien pour le mizrak dans le mizrak : le pied appartient à un homme vivant qui ne renoncera pas au sien -- il garde son autonomie ; un bassin vide, lui, peut s'annuler devant celui qui porte le sang.
Trois positions du kohen, et la raison pour laquelle le pied du compagnon ne prouve rien pour le bassin.
8
אִיכָּא דְאָמְרִי, הָכִי בְּעָא מִינֵּיהּ: דֶּרֶךְ שֵׁירוּת בְּכָךְ, אוֹ אֵין דֶּרֶךְ שֵׁירוּת בְּכָךְ? תָּא שְׁמַע, דִּתְנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״אֶת כָּל כְּלֵי הַשָּׁרֵת אֲשֶׁר יְשָׁרְתוּ בָם בַּקֹּודֶשׁ״ — שְׁנֵי כֵלִים וְשֵׁירוּת אַחַת.

Certains disent : voici ce qu'il lui demanda -- est-ce là une manière de servir (derekh cherout), ou n'est-ce pas une manière de servir ? Viens et entends, car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : « tous les ustensiles du service avec lesquels ils servent dans le sanctuaire » (Nb 4,12) -- deux ustensiles et un seul service.

📜 Rachi (1)
כְּלֵי הַשָּׁרֵת שְׁנֵי כֵּלִים בַּמַּשְׁמָע וְשִׁירוֹת אַחַת:
Les ustensiles du service -- l'expression implique deux ustensiles, et un seul service.
💡 Explication

Version alternative (ikka de-amri) de la question de Rami bar Hama. Elle ne portait pas sur la hatzitza -- question de validité technique du contact -- mais sur la convenance du geste : servir avec deux ustensiles emboîtés, est-ce une façon acceptable de faire le service ?

Cette version-là trouve sa réponse. La baraita de l'école de R. Yichmael lit le verset dans le détail : kelim est au pluriel, mais yechartou bam désigne un seul service. Deux ustensiles pour une seule avoda : la Tora envisage donc elle-même cette configuration -- c'est bien une manière de servir.

🖼️ Schéma
Ikka de-amri : la question n'est pas la hatzitza, mais la convenance du geste Première version de la question Le bassin extérieur fait-il écran entre la main du kohen et le sang ? Enjeu : la kabala est-elle faite par le kohen ? Restée sans réponse. Seconde version de la question Servir avec deux ustensiles emboîtés, est-ce une manière de servir ? Enjeu : la dignité et la norme du geste. Tranchée par un verset. Nb 4,12 -- tous les KELEI ha-charet avec lesquels ils SERVENT dans le sanctuaire kelim -- au pluriel deux ustensiles yechartou -- un seul service une seule avoda Deux ustensiles pour un service : c'est bien une manière de servir.
Deux versions de la même question -- l'une reste ouverte, l'autre est tranchée par une derasha sur Nb 4,12.
9
בְּעָא מִינֵּיהּ רָמֵי בַּר חָמָא מֵרַב חִסְדָּא: הִנִּיחַ סִיב בְּתוֹךְ הַמִּזְרָק, וְקִבֵּל בּוֹ אֶת הַדָּם, מַהוּ: מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ חוֹצֵץ, אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ? כֵּיוָן דִּמְחַלְחֵל — לָא חָיֵיץ, אוֹ דִּילְמָא לָא שְׁנָא?

Rami bar Hama demanda à Rav Hisda : s'il a placé du siv (la fibre qui pousse autour du palmier) à l'intérieur du mizrak et y a recueilli le sang -- quelle est la loi : un type dans ce qui n'est pas son type fait-il écran, ou ne fait-il pas écran ? Puisqu'il est poreux (le sang le traverse), il ne fait pas écran -- ou peut-être n'y a-t-il pas de différence ?

📜 Rachi (1)
סִיב הַגָּדֵל סְבִיב הַדֶּקֶל וְנִכְרָךְ עָלָיו סָבִיב כְּמִין לוּלָבִין בִּגְפָנִים וְהוּא רַךְ וְסוֹפֵג אֶת הַדָּם וְהַדָּם יוֹצֵא מִכָּל עֲבָרָיו וְאֵינוֹ חוֹצֵץ כָּל כָּךְ מִי הָוְיָא כִּי הַאי גַוְונָא חֲצִיצָה אוֹ לָא:
Siv -- (la fibre) qui pousse autour du palmier et s'enroule tout autour de lui, à la manière des vrilles des vignes. Elle est souple, elle absorbe le sang, et le sang ressort de tous ses côtés : elle ne fait donc pas vraiment écran. Un tel cas constitue-t-il ou non une hatzitza ?
💡 Explication

Deuxième question, symétrique de la première : cette fois l'écran est d'une autre nature que le bassin -- min be-che-eino mino. En principe, les Tossefot l'ont dit, un corps étranger fait écran de façon évidente. Mais le siv a une propriété particulière : Rachi le décrit comme une fibre souple, enroulée autour du tronc du palmier, qui absorbe le sang et le laisse suinter de tous côtés.

D'où le doute, formulé par la guemara elle-même : keivan de-mehalhel -- puisque le liquide traverse la matière et finit par toucher la paroi du bassin, il n'y a peut-être pas d'écran du tout. Ou bien la présence d'un corps étranger suffit-elle à invalider, quoi qu'il en soit de la porosité ?

10
אֲמַר לֵיהּ, תְּנֵינָא: זוֹלֵף וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַסְּפוֹג! שָׁאנֵי מַיָּא דִּקְלִישִׁי.

Il lui dit : nous l'avons appris (dans une michna) : « il puise et continue jusqu'à ce qu'il atteigne l'éponge » ! -- L'eau est différente, car elle est fluide.

📜 Rachi (2)
זוֹלֵף וְהוֹלֵךְ וְכוּ' רֵישָׁא דְּמַתְנִי' הָכִי (פָּרָה פ"ו מ"ג) הַמְקַדֵּשׁ בְּשֹׁוקֶת וְהָיָה סְפוֹג לְתוֹכוֹ מַיִם שֶׁבַּסְּפוֹג פְּסוּלִין כֵּיצַד יַעֲשֶׂה זוֹלֵף וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַסְּפוֹג שֹׁוקֶת הִיא אֶבֶן חֲלוּלָה עַל שְׂפַת הַמַּעְייָן וְהַמַּיִם נִכְנָסִין לָהּ דֶּרֶךְ חוֹר שֶׁבְּדָופְנָהּ וּמַשְׁקִין בָּהּ בְּהֵמוֹת וּמְקַדְּשִׁין בָּהּ אֵפֶר חַטָּאת לְתוֹךְ מַיִם חַיִּים וְהִיא הַכְּלִי מַיִם שֶׁבַּסְּפוֹג פְּסוּלִין דְּחַיִּים אֶל כְּלִי בָּעֵינַן שֶׁיְּהוּ הַמַּיִם נוֹגְעִין בַּכְּלִי כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה כְּשֶׁבָּא לִיטֹּול אֶת הַמַּיִם וּלְיִתְּנֵם בִּצְלוֹחִית וּבִשְׁפוֹפֶרֶת זוֹלֵף וְגוֹמֵר אֶת כָּל הַמַּיִם אֲשֶׁר בַּשֹּׁוקֶת עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַסְּפוֹג זוֹלֵף שׁוֹאֵף עַד הַמָּצוּי אגוטי"ר בְּלַעַ"ז וְכִדְאָמְרִינַן בְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף יא:) זוֹלֵף וְגוֹמֵר כְּדַרְכּוֹ אַלְמָא סְפוֹג לָא חָיֵיץ וְלָא פְּסִיל אֶלָּא הַנִּבְלָעִים בְּתוֹכוֹ וְהוּא הַדִּין לְסִיב:
Il puise et continue, etc. -- le début de cette michna (Para 6,3) dit ainsi : celui qui sanctifie (les eaux) dans une chouket et qu'il s'y trouvait une éponge, les eaux contenues dans l'éponge sont passoul ; que fait-il ? Il puise et continue jusqu'à atteindre l'éponge. La chouket est une pierre creusée au bord de la source ; l'eau y pénètre par un trou percé dans sa paroi ; on y abreuve les bêtes, et on y sanctifie les cendres de la vache rousse (efer hatat) dans de l'eau vive -- c'est elle qui tient lieu d'ustensile. Les eaux de l'éponge sont passoul, car nous exigeons « des eaux vives vers un ustensile », c'est-à-dire que les eaux touchent l'ustensile. Comment procède-t-il ? Lorsqu'il vient prendre les eaux pour les mettre dans la fiole et le tube, il puise et épuise toute l'eau de la chouket jusqu'à atteindre l'éponge. Zolef signifie qu'il aspire jusqu'à ce qui reste -- agoutir en langue vernaculaire (égoutter) -- comme nous disons à Moed Katan (11b) : « il puise et achève à son habitude ». Donc l'éponge ne fait pas écran et n'invalide que ce qui est absorbé en elle -- et il en va de même pour le siv.
שָׁאנֵי מַיָּא דִּקְלִישִׁי וְיוֹצְאוֹת מִכָּל עֲבָרָיו וְנִכְנָסוֹת בֵּינוֹ לְבֵין הַכְּלִי אֲבָל דָּם עָב הוּא:
L'eau est différente, car elle est fluide -- elle sort de tous les côtés (de l'éponge) et pénètre entre elle et l'ustensile ; le sang, lui, est épais.
💡 Explication

Rav Hisda produit une preuve tirée de la michna de Para (6,3), sur la sanctification des eaux de la vache rousse. On mélange les cendres à de l'eau vive dans une chouket (auge de pierre taillée au bord de la source), qui tient lieu d'ustensile. Si une éponge s'y trouve, seule l'eau qu'elle a absorbée est passoul : pour le reste, on puise jusqu'à atteindre l'éponge -- donc l'éponge ne fait pas écran entre l'eau et l'ustensile, bien qu'elle soit d'une autre nature.

Réfutation : chani maya de-klichi -- l'eau est fluide, elle s'infiltre à coup sûr jusqu'à la paroi. Le sang, dit Rachi, est épais : rien ne garantit qu'il atteigne le bassin. La question reste ouverte.

🖼️ Schéma
L'éponge dans la chouket contre le siv dans le mizrak La preuve semblait parfaite -- elle bute sur une différence de matière : ce qui est fluide traverse, ce qui est épais reste dessus. Michna de Para 6,3 -- l'éponge chouket : auge de pierre au bord de la source, où l'on sanctifie les cendres de la vache rousse dans l'eau vive éponge (sfog) eau vive -- fluide, elle passe partout Il puise et continue jusqu'à atteindre l'éponge : seule l'eau absorbée est passoul, le reste est valide. Notre cas -- le siv dans le mizrak siv : fibre qui pousse enroulée autour du palmier, souple, elle absorbe et laisse suinter de tous côtés siv sang -- épais (av), il ne s'infiltre peut-être pas Chani maya de-klichi -- l'eau est différente : elle atteint à coup sûr la paroi, le sang non. Preuve rejetée. Ce qui est en jeu dans les deux cas : le verset exige que le liquide touche l'ustensile lui-même -- des eaux vives vers un ustensile pour la para adouma, ve-lakah ha-kohen pour le sang.
Pourquoi la michna de l'éponge ne tranche pas le cas du siv : tout tient à la fluidité du liquide.
11
אִיכָּא דְאָמְרִי, הָכִי פָּשַׁט לֵיהּ: בְּדָם — כָּשֵׁר. בְּקֹומֶץ — פָּסוּל.

Certains disent : voici comment il lui trancha (la question) -- pour le sang : kacher (valide) ; pour le kometz (la poignée prélevée de l'oblation) : passoul.

📜 Rachi (2)
בְּדָם כָּשֵׁר דִּקְלִישׁ:
Avec le sang -- kacher, car il est fluide.
בְּקֹומֶץ פָּסוּל בְּקִידּוּשׁ שֶׁהַקֹּומֶץ טָעוּן לְהִתְקַדֵּשׁ בִּכְלִי לְאַחַר הַקְּמִיצָה וְהוּא כְּנֶגֶד קַבָּלָה בְּדָם פָּסוּל דְּחָיֵיץ:
Avec le kometz -- passoul : lors du kidouch, car le kometz doit être sanctifié dans un ustensile après la kemitsa (le prélèvement) -- geste qui correspond à la kabala pour le sang -- et là il est passoul, car (le siv) fait écran.
💡 Explication

Seconde version de l'échange : Rav Hisda n'a pas seulement repoussé une preuve, il a donné une réponse -- et cette réponse fait de la consistance de la matière le critère.

Le sang est fluide : il traverse le siv, atteint la paroi du mizrak, la kabala est valide. Le kometz -- la poignée de farine que le kohen prélève de la minha et qui doit ensuite être sanctifiée dans un keli -- est une pâte compacte : elle reste posée sur la fibre sans jamais toucher l'ustensile. Rachi souligne la correspondance : le kidouch du kometz dans l'ustensile est, pour l'oblation, l'exact équivalent de la kabala du sang pour le sacrifice animal. Même exigence de contact, même ustensile, mais deux verdicts opposés -- parce que l'un des deux traverse et l'autre non.

🖼️ Schéma
La réponse de Rav Hisda selon la seconde version : tout dépend de la matière Même siv, même ustensile -- mais deux services distincts, avec deux verdicts opposés. Le sang -- kabala dans le mizrak Fluide (kalich) : il traverse la fibre et touche le bassin. KACHER Le kometz -- kidouch dans le keli kometz Pâte compacte : elle reste posée, sans jamais toucher le keli. PASSOUL Rachi : le kidouch du kometz dans l'ustensile est, pour la minha, l'équivalent exact de la kabala du sang pour le zevah.
Le critère de Rav Hisda : ce qui s'infiltre jusqu'à l'ustensile est valide, ce qui reste posé est passoul.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).