Yoma 59a -- à la main ou à pied : comment on contourne l'autel d'or, où tombent les sept aspersions, et vers quel yesod s'écoulent les restes du sang

Yoma 59a

Sougya : Le daf achève la mahloket ouverte en 58b entre R. Akiva et R.

Yossi HaGelili sur le sens de la tournée des quatre cornes de l'autel d'or, en proposant trois lectures successives du point de désaccord : le contournement se fait-il à la main ou à pied ; si tous conviennent qu'il se fait à la main, en déduit-on malgré tout les règles du contournement à pied ; enfin, l'autel d'or a-t-il un pourtour comme l'autel extérieur ou n'est-il que l'équivalent d'un seul de ses coins. La deuxième lecture tombe -- R.

Eliezer, dans la fin de la michna, prouve que le premier tanna faisait marcher le kohen --, et une baraita de R. Yishmael montre que deux kohanim gedolim du premier Temple pratiquaient déjà différemment, chacun avec sa raison.

Vient ensuite l'avis de R. Eliezer, rapporté en deux versions opposées par R.

Meir et R. Yehouda sur le sens du trait de sang, notre michna suivant R.

Yehouda. La guemara cherche alors ce que signifie le mot tohoro : d'abord la mi-hauteur de la paroi, puis -- l'objection des braises ratissées obligeant à se raviser -- la surface découverte du dessus.

Une baraita place les sept aspersions au nord ou au sud selon le côté de l'ouverture du parokhet, tous s'accordant sur le principe que là où il a sanctifié, là il purifie. Le daf se clôt sur la destination des restes de sang : yesod occidental pour les hatatot intérieures, méridional pour les extérieures, avec une règle unique -- le yesod le plus proche --, les positions unifiantes de R.

Yishmael et de R. Chimon bar Yohai, le retournement de R.

Yishmael retenu par le signe mashkhuha gavrei le-gavra, et enfin la mahloket sur la me'ila avec le sang.

Trois lectures d'une seule mahloket : par la gauche ou par la droite ? Question de fond : le rite de l'autel d'or suit-il la règle de l'autel extérieur, où l'on contourne toujours par la droite ? Chaque iba'it eima déplace le point de désaccord sans changer les deux ordres de tournée. Point de désaccord R. Akiva -- par la gauche R. Yossi HaGelili -- par la droite Sort 1. Le contournement se fait-il à la main ou à pied ? hakafa be-yad : l'autel d'or ne fait qu'une amah sur une amah -- il ne se déplace pas. Rien à transposer de l'autel extérieur : il peut donc aller par la gauche. hakafa be-regel : il fait vraiment le tour à pied, comme à l'autel extérieur. On apprend alors l'intérieur de l'extérieur : on tourne par la droite. RETENUE mehavarta : c'est la bonne lecture 2. Tous : à la main. Déduit-on le rite à la main de celui à pied ? On ne déduit pas le contournement fait à la main de celui qui se fait à pied. La règle de la droite ne le lie donc pas. On déduit le contournement fait à la main de celui qui se fait à pied. Même règle qu'à l'extérieur : par la droite. REJETÉE R. Eliezer dans la sefa prouve que le tanna kama dit : à pied 3. Que vaut le saviv (pourtour) de l'autel d'or ? L'autel intérieur tout entier tient la place d'une seule corne de l'extérieur -- une amah sur une amah. Les règles du pourtour ne le concernent pas : il opère à la main. Le saviv de l'autel intérieur est comme le saviv de l'autel extérieur : de même que celui-là se contourne à pied, celui-ci aussi -- donc par la droite. Reprise telle quelle dans la baraita des deux kohanim gedolim du premier Temple Attribution des raisons selon Rachi (segments 3 et 5) : qui dit saviv comme l'extérieur dit contournement à pied -- c'est R. Yossi HaGelili ; qui dit un seul coin dit contournement à la main -- c'est R. Akiva. La traduction anglaise de Sefaria inverse ces deux attributions au segment 3. Dans les trois lectures, les deux ordres de tournée restent ceux de 58b : R. Akiva SE-SO-NO-NE, R. Yossi HaGelili NE-NO-SO-SE.
Les trois iba'it eima : le désaccord entre R. Akiva et R. Yossi HaGelili se déplace, mais les deux sens de tournée restent les mêmes.
Où tombent les sept aspersions ? Les deux sens de tohoro La michna dit : il aspergeait sur le tohoro de l'autel. Rabba bar Rav Chila propose un sens, l'abandonne, puis en propose un autre. 1re lecture : la moitié Vue de côté (coupe) mi-hauteur de la paroi tohoro = plagey de-mizbeach (la moitié de l'autel) Preuve par la langue courante : tehar tihara = il a fait midi, moitié du jour. Objection (baraita) Quand il asperge, il n'asperge ni sur la cendre ni sur les braises : il ratisse les braises de part et d'autre, puis il asperge. vue de dessus zone dégagée S'il faut dégager les braises, c'est que l'aspersion tombe sur le DESSUS de l'autel, et non sur le flanc à mi-hauteur. La 1re lecture tombe. Rabba bar Rav Chila se reprend : ela amar... 2e lecture : le découvert gilouya tohoro = la partie découverte, dégagée de toute cendre. Appui scripturaire : ou-khe-etsem ha-chamayim la-tohar comme la substance même du ciel en limpidité (Chemot 24,10).
Tohoro : d'abord la mi-hauteur de la paroi, puis -- après l'objection des braises ratissées -- la surface découverte du dessus.
Où vont les restes du sang : le yesod occidental et le yesod méridional Vue de dessus de la azara. Ouest à gauche, sud en bas. Règle commune aux deux cas : on verse au yesod le plus proche de la sortie. Heikhal (Sanctuaire) petah Mizbeah ha-hitson autel extérieur, 32 x 32 amot yesod occidental yesod méridional yesod septentrional kevesh (rampe, au sud) il sort vers l'est il descend la rampe Hatat intérieures (Yom Kippour) : il sort du Heikhal, les restes en main -- le premier yesod rencontré est l'OCCIDENTAL. Hatat extérieures : il descend de la rampe, au sud -- le plus proche de lui est le MÉRIDIONAL. La règle unique Le tanna ne fixe pas deux lois séparées : il apprend la descente de la rampe de la sortie du Heikhal. De même que la sortie du Heikhal donne le yesod le plus proche (l'occidental), de même la descente de la rampe donne le plus proche (le méridional). Un seul principe : ne pas faire porter au kohen un pas de plus que nécessaire. La variante de Rav Achi Pour RaChbY, les deux vont au méridional. Pourquoi ? Il tient que l'ouverture du Heikhal se trouve AU SUD de l'autel : l'autel n'est pas en face de la porte, il est décale vers le nord. Heikhal autel décale au nord
Yesod occidental et yesod méridional : une seule règle, celle du plus proche, et la lecture divergente de Rav Achi pour RaChbY.
1
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: אִי סְבִירָא לַן הַקָּפָה בָּרֶגֶל — דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּיָלְפִינַן פְּנִים מִחוּץ. וְהָכָא בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי: מָר סָבַר הַקָּפָה בַּיָּד, וּמָר סָבַר הַקָּפָה בָּרֶגֶל.

Et si tu veux, dis plutôt ceci : si nous tenions que le contournement (hakafa) se fait à pied, tout le monde serait d'accord et l'on apprendrait l'intérieur de l'extérieur. Et ici, leur désaccord porte sur ceci : un Maître tient que le contournement se fait à la main, et un Maître tient que le contournement se fait à pied.

📜 Rachi (1)
וְאִי בָּעֵית אֵימָא אִי סְבִירָא לַן דְּהַקָּפָה בַּמִּזְבֵּחַ הַפְּנִימִי בָּרֶגֶל הִיא כְּהַקָּפָה דְּחִיצוֹן דְּכֻולֵּי עָלְמָא יָלְפִינַן פָּנִים מִחוּץ לְעִנְיַן יָמִין אֶלָּא סְבִירָא לְהוּ לְהָנֵי תַּנָּאֵי דְּהַקָּפָה בַּיָּד וּבִמְקוֹמוֹ עוֹמֵד וּמְחַטֵּא לְכָל הַקְּרָנוֹת לְפִי שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַקִּיף בָּרֶגֶל שֶׁהֲרֵי כֻּולּוֹ אֵינוֹ אֶלָּא אַמָּה עַל אַמָּה:
Que le contournement de l'autel intérieur se fait à pied, comme le contournement de l'autel extérieur : alors tout le monde apprendrait l'intérieur de l'extérieur quant à la droite. Mais [en vérité] ces tannaim tiennent que le contournement se fait à la main, et qu'il se tient à sa place et applique le sang sur toutes les cornes -- parce qu'il n'a pas besoin de contourner à pied : l'autel tout entier ne fait qu'une amah sur une amah.
💡 Explication

Nouvelle tentative pour situer la mahloket de 58b : pourquoi R. Akiva contourne-t-il l'autel d'or par la gauche alors que la règle générale, apprise de l'autel extérieur, veut qu'on tourne par la droite ? Réponse : la règle de la droite ne vaut que pour une hakafa be-regel, un contournement fait avec les pieds. Si c'était le cas ici, personne ne discuterait.

Le vrai point de désaccord est donc en amont : l'autel d'or ne mesure qu'une amah sur une amah. Faut-il vraiment marcher autour, ou le kohen reste-t-il planté au même endroit et tend-il seulement le bras d'une corne à l'autre ? R. Akiva dit à la main (donc aucune règle de contournement ne le lie), R. Yossi HaGelili dit à pied (donc la droite s'impose).

2
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא הַקָּפָה בַּיָּד, וְהָכָא בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי: מָר סָבַר יָלְפִינַן יָד מֵרֶגֶל, וּמַר סָבַר: לָא יָלְפִינַן.

Et si tu veux, dis plutôt : tout le monde tient que le contournement se fait à la main, et ici leur désaccord porte sur ceci : un Maître tient que l'on apprend [le contournement fait] à la main de [celui qui se fait] à pied, et un Maître tient qu'on ne l'apprend pas.

💡 Explication

Deuxième lecture. Cette fois, on accorde à tous que le kohen ne marche pas : l'autel est trop petit, la hakafa se fait à la main. Le désaccord se déplace d'un cran : cette hakafa improprement dite hérite-t-elle des règles de la vraie, celle qui se fait à pied ?

R. Yossi HaGelili répond oui -- le mot saviv suffit à transporter la loi, et l'on tourne donc par la droite même sans bouger les pieds. R. Akiva répond non : on n'étend pas une règle née d'un déplacement réel à un simple mouvement du bras.

3
וְסָבַר רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי הַקָּפָה בַּיָּד? וְהָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּמְקוֹמוֹ הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא, מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא לָא סְבִירָא לֵיהּ. אֶלָּא מְחַווַּרְתָּא כִדְשַׁנִּינַן מֵעִיקָּרָא: מָר סָבַר הַקָּפָה בַּיָּד, וּמָר סָבַר הַקָּפָה בָּרֶגֶל.

Mais R. Yossi HaGelili tient-il vraiment que le contournement se fait à la main ?

Or, du fait que la fin [de la michna] enseigne : « R. Eliezer dit : il se tenait à sa place et appliquait le sang », on déduit que le premier tanna ne tient pas ainsi.

Il est donc clair qu'il faut répondre comme nous l'avons répondu au départ : un Maître tient que le contournement se fait à la main, et un Maître tient que le contournement se fait à pied.

📜 Rachi (1)
מִכְּלָל דת"ק לָא שָׁנֵי לֵיהּ בֵּין הַקָּפַת פְּנִימִי לַחִיצוֹן אֶלָּא שְׁנֵיהֶן בָּרֶגֶל וְתַנָּא קַמָּא דְּמַתְנִי' רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי הִיא דְּהָא כְּוָותֵיהּ קָאָמַר בַּבָּרַיְיתָא:
On en déduit que le premier tanna ne distingue pas entre le contournement de l'autel intérieur et celui de l'extérieur : les deux se font à pied. Et le premier tanna de notre michna, c'est R. Yossi HaGelili, car c'est conformément à son avis qu'il s'exprime dans la baraita.
💡 Explication

La deuxième lecture ne tient pas. La michna elle-même la réfute : si R. Eliezer doit préciser, dans la fin de la michna, que le kohen reste à sa place, c'est bien que le premier tanna -- identifié comme R. Yossi HaGelili -- pensait le contraire, c'est-à-dire qu'il marchait. Autrement, R. Eliezer n'apporterait rien.

Mehavarta : la première lecture est la bonne. Le désaccord porte bien sur main contre pied. Ce raisonnement est typiquement talmudique : on lit un avis nommé comme la correction d'un avis anonyme, et l'on en déduit ce que l'anonyme pensait.

4
וְאִי בָּעֵית אֵימָא, בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי: מַר סָבַר: סָבִיב דְּמִזְבֵּחַ פְּנִימִי כְּסָבִיב דְּמִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן, וּמַר סָבַר: כֻּולֵּיהּ מִזְבֵּחַ פְּנִימִי בִּמְקוֹם חֲדָא קֶרֶן דְּמִזְבֵּחַ חִיצוֹן קָאֵי.

Et si tu veux, dis plutôt que leur désaccord porte sur ceci : un Maître tient que le « saviv » (le pourtour) de l'autel intérieur est comme le « saviv » de l'autel extérieur, et un Maître tient que l'autel intérieur tout entier tient la place d'une seule corne de l'autel extérieur.

📜 Rachi (3)
סָבִיב דְּמִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי דִּכְתִיב בֵּיהּ עַל קַרְנוֹת הַמִּזְבֵּחַ סָבִיב (וַיִּקְרָא טז):
Le pourtour de l'autel intérieur : car il est écrit à son sujet « sur les cornes de l'autel, tout autour » (Vayikra 16).
כְּסָבִיב דְּמִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן מַה זֶה בְּרֶגֶל אַף זֶה בְּרֶגֶל:
Comme le pourtour de l'autel extérieur : de même que celui-là [se contourne] à pied, celui-ci aussi [se contourne] à pied.
בִּמְקוֹם חֲדָא קֶרֶן שֶׁהַקֶּרֶן שֶׁל חִיצוֹן אַמָּה עַל אַמָּה:
À la place d'une seule corne : car la corne de l'autel extérieur fait une amah sur une amah.
💡 Explication

Troisième lecture, et la plus élégante : elle ne parle plus de gestes mais de comparaison. À quoi ressemble l'autel d'or ? À un autel extérieur en réduction, avec son propre saviv -- le verset dit bien de lui « sur les cornes de l'autel, tout autour » ? Ou bien, ses dimensions étant exactement celles d'un coin de l'autel extérieur (une amah sur une amah), n'est-il qu'un coin détaché, auquel aucune règle de pourtour ne s'applique ?

Selon Rachi, l'attribution est celle-ci : celui qui dit saviv comme l'extérieur conclut au contournement à pied, donc par la droite -- c'est R. Yossi HaGelili ; celui qui dit un seul coin conclut à la main, donc libre d'aller par la gauche -- c'est R. Akiva.

🖼️ Schéma
Deux façons de regarder l'autel d'or Tout dépend de ce à quoi on le compare : à l'autel extérieur tout entier, ou à un seul de ses coins. Un autel avec son propre pourtour saviv de l'intérieur = saviv de l'extérieur autel d'or on fait le tour Le kohen contourne À PIED, comme à l'extérieur, et il tourne donc PAR LA DROITE. Un simple coin d'autel tout l'autel d'or = une seule corne de l'extérieur autel extérieur 32 x 32 1x1 = tout l'autel d'or Sur un seul coin, on ne marche pas : on opère À LA MAIN. Aucune règle de pourtour ne s'impose : il va PAR LA GAUCHE.
Miniature de l'autel extérieur ou simple coin détaché : deux comparaisons, deux rites.
5
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: שְׁנֵי כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים נִשְׁתַּייְּרוּ בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, זֶה אוֹמֵר: בְּיָדִי הִקַּפְתִּי, וְזֶה אוֹמֵר: בְּרַגְלֵי הִקַּפְתִּי. זֶה נוֹתֵן טַעַם לִדְבָרָיו, וְזֶה נוֹתֵן טַעַם לִדְבָרָיו.

On a enseigné : R. Yishmael a dit : deux kohanim gedolim sont restés [des jours] du premier Temple.

L'un disait : « c'est à la main que j'ai contourné », et l'autre disait : « c'est à pied que j'ai contourné ». Celui-ci donnait une raison à ses paroles, et celui-là donnait une raison à ses paroles.

💡 Explication

Coup de théâtre : la question n'est pas seulement théorique, elle a été tranchée -- en sens opposés -- par deux hommes qui l'ont fait. Deux kohanim gedolim ayant survécu au premier Temple témoignent chacun de sa propre pratique, et se contredisent.

Ce genre de baraita est précieux : elle montre que la divergence des tannaim ne naît pas d'une ignorance du rite, mais d'un désaccord ancien, déjà présent chez ceux qui officiaient. Et surtout, chacun des deux donne une raison -- ce n'est pas une simple habitude, c'est un raisonnement.

6
זֶה נוֹתֵן טַעַם לִדְבָרָיו: סָבִיב דְּמִזְבֵּחַ פְּנִימִי כְּסָבִיב דְּמִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן, וְזֶה נוֹתֵן טַעַם לִדְבָרָיו: כֻּולֵּיהּ מִזְבֵּחַ פְּנִימִי בִּמְקוֹם חֲדָא קֶרֶן דְּחִיצוֹן קָאֵי.

Celui-ci donnait une raison à ses paroles : le pourtour de l'autel intérieur est comme le pourtour de l'autel extérieur [donc : à pied] ; et celui-là donnait une raison à ses paroles : l'autel intérieur tout entier tient la place d'une seule corne de l'extérieur [donc : à la main].

💡 Explication

La baraita reprend mot pour mot les deux raisons de la troisième lecture. Celui qui contournait à pied invoquait le saviv : l'autel d'or a un pourtour comme l'autel extérieur, on en fait donc le tour. Celui qui opérait à la main invoquait la taille : une amah sur une amah, c'est exactement un coin de l'autel extérieur -- et sur un coin, on ne marche pas, on tend le bras.

La guemara a donc trouvé, dans une source tannaitique, la confirmation de sa dernière reconstruction. Les deux raisons ne sont pas des inventions d'école : elles étaient dans la bouche des officiants.

7
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּמְקוֹמוֹ הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא. מַתְנִיתִין מַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה הִיא. דְּתַנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּמְקוֹמוֹ עוֹמֵד וּמְחַטֵּא, וְעַל כֻּולָּן הָיָה נוֹתֵן מִמַּעְלָה לְמַטָּה, חוּץ מֵאוֹתָהּ שֶׁבַּאֲלַכְסוֹן, שֶׁנּוֹתֵן מִמַּטָּה לְמַעְלָה.

« R. Eliezer dit : il se tenait à sa place et appliquait le sang. » De qui est notre michna ?

Elle est de R. Yehouda.

Car on a enseigné : R. Meir dit : R.

Eliezer dit : il se tenait à sa place et appliquait le sang, et sur toutes [les cornes] il donnait de haut en bas, sauf celle qui se trouvait en diagonale [par rapport à lui], sur laquelle il donnait de bas en haut.

📜 Rachi (2)
מַתְנִיתִין רַבִּי יְהוּדָה הִיא דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָכִי:
Notre michna est de R. Yehouda : car nous l'avons entendu dire ainsi au nom de R. Eliezer.
וְעַל כֻּולָּן הוּא נוֹתֵן מִלְמַעְלָה לְמַטָּה בְּזוֹ שֶׁלְּפָנָיו עַל כָּרְחוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יָזוּב הַדָּם לְתוֹךְ בֵּית יָדוֹ דְּהוֹאִיל וְגָבוֹהַּ הִיא יוֹתֵר מִיָּדוֹ צָרִיךְ לִהְיוֹת רָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו לְמַעְלָה וְאִם מוֹשֵׁךְ מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה הַדָּם זָב לְתוֹךְ בֵּית יָדוֹ וּבְאוֹתָן שֶׁל צְדָדִין נוֹתֵן כְּדֶרֶךְ שֶׁהִתְחִיל בְּזוֹ חוּץ מֵאוֹתָהּ שֶׁבָּאֲלַכְסוֹן שֶׁהִיא רְחוֹקָה וְאִם בָּא לִמְשֹׁוךְ מִלְמַעְלָה לְמַטָּה טֹורַח הוּא לוֹ לִהְיוֹת כָּפוּף וּפוֹשֵׁט זְרוֹעוֹ עַד כְּלוֹת הַמַּתָּנָה אֶלָּא מִשֶּׁכּוֹפֵף גּוּפוֹ וּפוֹשֵׁט זְרוֹעוֹ מַתְחִיל לְמַטָּה וְנִזְקָף וְהוֹלֵךְ לְמַעְלָה:
Et sur toutes il donne de haut en bas : sur celle qui est devant lui, il y est contraint, afin que le sang ne coule pas dans sa manche ; car, celle-ci étant plus haute que sa main, il lui faut avoir le bout des doigts vers le haut, et s'il tirait de bas en haut le sang coulerait dans sa manche. Et sur celles des côtés, il donne de la même manière qu'il a commencé sur celle-là. Sauf celle qui est en diagonale, qui est éloignée : s'il voulait tirer de haut en bas, ce serait pénible pour lui de rester courbé, le bras tendu, jusqu'à la fin de l'application ; plutôt, en courbant son corps et en tendant son bras, il commence en bas, se redresse et monte.
💡 Explication

La guemara passe à l'avis de R. Eliezer, cité dans la michna sans plus de détail. Deux tannaim postérieurs, R. Meir et R. Yehouda, rapportent chacun sa version de ce que R. Eliezer disait exactement -- et ils s'opposent sur le sens du trait de sang applique sur chaque corne.

Version de R. Meir : de haut en bas partout, pour que le sang ne coule pas le long du bras dans la manche ; l'exception est la corne en diagonale, la plus éloignée, pour laquelle rester courbé le bras tendu serait trop pénible -- il part alors du bas et se redresse.

🖼️ Schéma
R. Eliezer immobile : dans quel sens tire-t-il chaque trait de sang ? Deux versions de son avis. Flèche rouge vers le bas = de haut en bas ; flèche verte vers le haut = de bas en haut. Version de R. Meir de haut en bas partout, sauf la corne en diagonale autel d'or diagonale le kohen, immobile Descendre évite que le sang coule dans la manche. Mais la corne éloignée exigerait de rester courbé, bras tendu : là, il monte. Version de R. Yehouda -- notre michna de bas en haut partout, sauf la corne juste devant lui autel d'or devant lui Monter est plus commode pour toutes les cornes éloignées. Sur celle qui lui fait face, il descend pour ne pas souiller ses vêtements. Les deux versions partagent le même souci -- la propreté des habits sacerdotaux et le confort du geste -- mais l'arbitrent à l'inverse. La guemara tranche : notre michna, qui dit simplement il se tenait à sa place et appliquait, est enseignée selon R. Yehouda.
R. Meir contre R. Yehouda : le sens du trait de sang sur chacune des quatre cornes, et l'exception de chacun.
8
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּמְקוֹמוֹ עוֹמֵד וּמְחַטֵּא, וְעַל כֻּולָּן הוּא נוֹתֵן מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה, חוּץ מִזּוֹ שֶׁהָיְתָה לְפָנָיו מַמָּשׁ, שֶׁנּוֹתֵן מִמַּעֲלָה לְמַטָּה, כִּי הֵיכִי דְּלָא נִיתַּווְּסָן מָאנֵיהּ.

R. Yehouda dit : R.

Eliezer dit : il se tenait à sa place et appliquait le sang, et sur toutes [les cornes] il donnait de bas en haut, sauf celle qui était exactement devant lui, sur laquelle il donnait de haut en bas -- afin que ses vêtements ne soient pas souillés.

📜 Rachi (2)
וְעַל כֻּולָּן נוֹתֵן מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה שֶׁכָּךְ נוֹחַ לוֹ לְכָל הָרְחוֹקוֹת:
Et sur toutes il donne de bas en haut : car cela lui est commode pour toutes celles qui sont éloignées.
דְּלָא נִיתַּוְּוסִי מָאנֵיהּ כִּדְפָרֵישִׁית:
Afin que ses vêtements ne soient pas souillés : comme je l'ai expliqué.
💡 Explication

Version symétrique. Pour R. Yehouda, le geste naturel est de monter : c'est ainsi qu'on atteint le plus commodément les cornes éloignées, le corps penché et le bras tendu. L'exception est cette fois la corne toute proche, celle qui lui fait face : là, monter ferait couler le sang vers le bas, sur ses habits.

Les deux tannaim partagent donc exactement le même souci -- la propreté des vêtements sacerdotaux, qui ne peuvent pas servir souillés -- et le même souci de commodité ; ils les arbitrent simplement à l'inverse. Et c'est R. Yehouda que la michna suit.

9
הִזָּה מִמֶּנּוּ עַל טָהֳרוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ. מַאי ״טָהֲרוּ״? אָמַר רַבָּה בַּר רַב שִׁילָא: פַּלְגֵיהּ דְּמִזְבֵּחַ, כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי: ״טְהַר טִיהֲרָא וְהָוֵי פַּלְגֵיהּ דְּיוֹמָא״.

« Il aspergeait de ce [sang] sur le tohoro de l'autel. » Que signifie « tohoro » ? Rabba bar Rav Chila a dit : la moitié de l'autel -- comme les gens disent : « tehar tihara », il a fait midi, et c'est la moitié du jour.

📜 Rachi (2)
אַפַּלְגֵיהּ דְּמִזְבֵּחַ בָּאֶמְצַע גּוֹבֶה כָּתְלוֹ:
Sur la moitié de l'autel : au milieu de la hauteur de sa paroi.
טָהַר טִיהֲרָא תַּרְגּוּם שֶׁל צָהֳרַיִם (בְּרֵאשִׁית מג) שֶׁהוּא בַּחֲצִי הַיּוֹם:
Tehar tihara : c'est la traduction araméenne de tsohorayim, « midi » (Berechit 43), qui est la moitié du jour.
💡 Explication

Nouvelle expression de la michna : les sept aspersions se font sur le tohoro de l'autel. Le mot est obscur ; sa racine évoque la pureté, mais aussi la clarté.

Première proposition de Rabba bar Rav Chila : tohoro = la moitié, c'est-à-dire la mi-hauteur de la paroi de l'autel. Sa preuve est prise dans la langue parlée araméenne : tehar tihara signifie qu'il est midi -- tsohorayim, le milieu du jour. Le mot porte donc bien, dans l'usage courant, l'idée de moitié.

10
מֵיתִיבִי: כְּשֶׁהוּא מִזֶּה — אֵינוֹ מַזֶּה לֹא עַל גַּבֵּי הָאֵפֶר וְלֹא עַל גַּבֵּי הַגֶּחָלִים, אֶלָּא חוֹתֶה גֶּחָלִים אֵילָךְ וְאֵילָךְ, וּמִזֶּה. אֶלָּא אָמַר רַבָּה בַּר רַב שִׁילָא: עַל גְּלוּיָה דְּמִזְבֵּחַ, כְּדִכְתִיב: ״וּכְעֶצֶם הַשָּׁמַיִם לָטֹוהַר״.

On objecte : quand il asperge, il n'asperge ni sur la cendre ni sur les braises, mais il ratisse les braises de part et d'autre, puis il asperge. Rabba bar Rav Chila a donc dit plutôt : sur la partie découverte de l'autel -- comme il est écrit : « et comme la substance même du ciel en limpidité (la-tohar) ».

💡 Explication

L'objection est purement pratique et décisive. Si le kohen doit ratisser les braises de part et d'autre avant d'asperger, c'est que l'aspersion tombe sur le dessus de l'autel, là où se trouvent les braises de l'encens -- et non sur le flanc à mi-hauteur, où aucune braise ne gênerait.

Rabba bar Rav Chila se reprend donc et change de sens sans changer de racine : tohoro désigne l'endroit dégagé, découvert (guilouya), celui qu'on vient de nettoyer. Le verset de Chemot 24,10 le confirme : la-tohar y qualifie la limpidité du ciel, sa transparence sans voile. Le mot ne dit pas la moitié, il dit le net.

11
תַּנְיָא, חֲנַנְיָא אוֹמֵר: בְּצַד צְפוֹנִי הוּא נוֹתֵן, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּצַד דְּרוֹמִי הוּא נוֹתֵן. בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מַר סָבַר: פִּיתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי, וּמַר סָבַר: פִּיתְחָא בַּצָּפוֹן קָאֵי.

On a enseigné : Hananya dit : c'est du côté nord qu'il donne ; R. Yossi dit : c'est du côté sud qu'il donne.

Sur quoi divergent-ils ? Un Maître tient que l'ouverture se trouve au sud, et un Maître tient que l'ouverture se trouve au nord.

📜 Rachi (2)
חֲנַנְיָה אוֹמֵר בְּצַד צְפוֹנִי הָיָה נוֹתֵן כָּל שֶׁבַע הַזָּאוֹת חֲנַנְיָה סָבַר פֶּתַח דְּפָרֹוכֶת בַּדָּרוֹם וְכִי נָפֵיק בְּמַעֲרָבִית דְּרוֹמִית פָּגַע וְהָתָם לָא יָהֵיב בְּרֵישָׁא חִיטּוּי דִּקְרָנוֹת כְּדַאֲמַרַן עַד דְּנָפֵיק לְמִזְרָחִית דְּרוֹמִית וְיָהֵיב וַהֲדַר לְמַעֲרָבִית דְּרוֹמִית לִשְׂמֹאל מִשּׁוּם דִּבְהָא אִיחַייַּב בְּרֵישָׁא כְּדַאֲמַרַן לְעֵיל וּמִשָּׁם לְמַעֲרָבִית צְפוֹנִית צְפוֹנִית מִזְרָחִית וְהָתָם דְּגַמְרֵיהּ לְחִיטּוּי יָהֵיב שֶׁבַע הַזָּאוֹת:
Hananya dit : c'est du côté nord qu'il donnait -- toutes les sept aspersions. Hananya tient que l'ouverture du parokhet est au sud ; en sortant, il rencontre la corne sud-ouest, et là il ne donne pas en premier l'application des cornes, comme nous l'avons dit, jusqu'à ce qu'il soit sorti [de tout l'autel] vers la corne sud-est, où il donne ; puis il revient vers la corne sud-ouest, sur sa gauche, parce que c'est de celle-là qu'il était tenu en premier, comme nous l'avons dit plus haut ; et de là vers la corne nord-ouest, puis nord-est ; et là, où il achève l'application des cornes, il donne les sept aspersions.
וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר פֶּתַח בַּצָּפוֹן כִּדְקָאָמַר בְּמָתְנֵי' הִלְכָּךְ בַּמִּזְרָחִית צְפוֹנִית מַתְחִיל וּבִדְרוֹמִית מִזְרָחִית מְסַיֵּים וְהָתָם יָהֵיב לְהַזָּאוֹת:
Et R. Yossi tient que l'ouverture est au nord, comme il est dit dans notre michna. C'est pourquoi il commence par la corne nord-est et achève par la corne sud-est -- et c'est là qu'il donne les aspersions.
💡 Explication

Le lieu exact des sept aspersions sur le dessus de l'autel fait à son tour l'objet d'une baraita : côté nord pour Hananya, côté sud pour R. Yossi. La guemara réduit ce désaccord à une seule donnée d'architecture : de quel côté se trouve l'ouverture du parokhet par laquelle le kohen gadol ressort ?

Le mécanisme est celui de 58b. La sortie détermine la première corne rencontrée ; la première corne rencontrée détermine, par ve-yatsa, l'ordre complet de la tournée ; et l'ordre détermine la dernière corne, qui est précisément celle où tombent les sept aspersions. Sortie au sud (Hananya) : il finit au nord-est. Sortie au nord (R. Yossi) : il finit au sud-est.

🖼️ Schéma
Nord ou sud : où tombent les sept aspersions sur le dessus de l'autel ? Vue de dessus, nord en haut, est à droite. Tout dépend d'un seul point : de quel côté se trouve l'ouverture du parokhet. Hananya : au NORD il tient que l'ouverture est au SUD autel d'or 3 4 2 1 NO NE SO SE il sort par le sud 7 hazaot ici Ordre : SE, SO, NO, NE -- il finit au nord-est. C'est l'ordre de R. Akiva (58b), par la gauche. Les sept aspersions tombent donc au NORD. R. Yossi : au SUD il tient que l'ouverture est au NORD autel d'or 2 1 3 4 NO NE SO SE il sort par le nord 7 hazaot ici Ordre : NE, NO, SO, SE -- il finit au sud-est. C'est l'ordre de notre michna, par la droite. Les sept aspersions tombent donc au SUD. Point d'accord : les sept aspersions se donnent la où s'achèvent les applications des cornes -- ve-tiharo ve-kideho : là où il a sanctifié, là il purifie.
L'ouverture au sud ou au nord commande tout l'ordre de la tournée -- et donc le côté où tombent les sept aspersions.
12
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהָא, הֵיכָא דְּגָמְרָן מַתָּנוֹת דִּקְרָנוֹת, הָתָם יָהֵיב עַל גַּגּוֹ. מַאי טַעְמָא? אֲמַר קְרָא: ״וְטִהֲרוּ וְקִדְּשׁוּ״ — מָקוֹם שֶׁקִּדְּשׁוּ, שָׁם טִיהֲרוּ.

En tout état de cause, tous s'accordent : là où s'achèvent les applications des cornes, c'est là qu'il donne [les aspersions] sur le dessus [de l'autel]. Quelle en est la raison ?

Le verset dit : « il le purifiera et le sanctifiera » -- à l'endroit où il l'a sanctifié, là il l'a purifié.

📜 Rachi (1)
בְּמָקוֹם שֶׁקִּידְּשׁוּ בְּקַרְנוֹתָיו שָׁם טָהֲרוּ בַּהַזָּאוֹת:
À l'endroit où il l'a sanctifié : par ses cornes -- c'est là qu'il l'a purifié par les aspersions.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאָמַר קְרָא אֶל יְסוֹד מִזְבַּח הָעֹולָה אֲשֶׁר פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד וְלֹא גָּרְסִינַן בְּהַהוּא פָּגַע בֵּיהּ בְּרֵישָׁא וּלְעֵיל בְּפֶרֶק אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (יוֹמָא דַּף לג.) פִּי' אֵין מַעֲבִירִין עַל הַמִּצְוֹת גָּרְסִינַן:
Et nous ne lisons pas [dans le texte] : « c'est celle-là qu'il rencontre en premier » ; et plus haut, au chapitre Amar lahem hamemounè (Yoma 33a), la formulation que nous lisons est : « on ne passe pas outre une mitsva » (ein maavirin al ha-mitsvot).
💡 Explication

Voici le principe commun, qui fait de la mahloket précédente une simple conséquence. Le verset (Vayikra 16,19) accole deux verbes : ve-tiharo ve-kideho, « il le purifiera et le sanctifiera ». La sanctification, c'est l'application du sang sur les cornes ; la purification, ce sont les sept aspersions sur le dessus.

Le rapprochement des deux mots dans un même verset enseigne l'unité de lieu : là où il a sanctifié, là il purifie. Le kohen ne se déplace donc pas après avoir fini les quatre cornes : il asperge sept fois sur place, au-dessus de la dernière corne servie.

13
שְׁיָרֵי הַדָּם הָיָה שׁוֹפֵךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן. דְּאָמַר קְרָא: ״וְאֵת כָּל דַּם הַפָּר יִשְׁפֹּוךְ״, וְכִי נָפֵיק — בְּהַהוּא פָּגַע בְּרֵישָׁא.

« Les restes du sang, il les versait sur le yesod occidental de l'autel extérieur. » Car le verset dit : « et tout le sang du taureau, il le versera » -- et lorsqu'il sort, c'est celui-là qu'il rencontre en premier.

📜 Rachi (1)
דְּאָמַר קְרָא גַּבֵּי פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ וְאֵת כָּל דַּם הַפָּר וְגוֹ' (וַיִּקְרָא ד׳:ז׳) וְתַנְיָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים הַפָּר לְרַבּוֹת פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁיְּהוּ שִׁירָיו נִשְׁפָּכִין לַיְּסוֹד אֲשֶׁר פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד זֶה יְסוֹד מַעֲרָבִי:
Car le verset dit -- à propos du taureau du kohen machiah : « et tout le sang du taureau, etc. » (Vayikra 4,7). Et on enseigne dans le Torat Kohanim : « le taureau » -- pour inclure le taureau de Yom Kippour, dont les restes doivent être versés au yesod ; « qui est à l'entrée de la Tente d'assignation » : c'est le yesod occidental.
💡 Explication

Fin des rites intérieurs : que faire des chirayim, les restes du sang ? La michna les envoie au yesod occidental de l'autel extérieur -- le socle qui court le long de sa face ouest.

Le verset invoqué est celui du taureau du kohen machiah (Vayikra 4,7), étendu par le Torat Kohanim au taureau de Yom Kippour : le sang est versé au yesod « qui est à l'entrée de la Tente d'assignation ». Or le kohen sort du Sanctuaire en marchant vers l'est : la première face d'autel qu'il rencontre est la face ouest. Il n'a donc pas un pas de plus à faire.

14
וְשֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן הָיָה שׁוֹפֵךְ עַל יְסוֹד דְּרוֹמִית. תָּנוּ רַבָּנַן: יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ — זֶה יְסוֹד דְּרוֹמִית. אַתָּה אוֹמֵר יְסוֹד דְּרוֹמִית, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא יְסוֹד מַעֲרָבִית?

« Et [les restes] de l'autel extérieur, il les versait sur le yesod méridional. » Nos maîtres ont enseigné : « le yesod de l'autel » -- c'est le yesod méridional. Dis-tu le yesod méridional, ou n'est-ce pas plutôt le yesod occidental ?

📜 Rachi (1)
יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ הָאֲמוּרָה בְּחַטָּאת הַחִיצוֹנָה:
Le yesod de l'autel : celui qui est mentionné à propos de la hatat extérieure.
💡 Explication

Second cas : les hatatot extérieures, celles dont le sang est applique sur les cornes de l'autel du parvis. Pour elles, le verset (Vayikra 4,30) dit seulement « au yesod de l'autel », sans préciser lequel. La baraita affirme : le méridional.

La question qui suit -- « ou n'est-ce pas plutôt l'occidental ? » -- est une objection de forme classique dans les baraitot exégétiques : on suppose l'hypothèse adverse pour obliger le tanna à produire son argument. Ici, l'hypothèse adverse est séduisante, puisque l'occidental est le seul yesod que la Torah nomme explicitement.

15
אָמַרְתָּ: יִלְמַד יְרִידָתוֹ מִן הַכֶּבֶשׁ לִיצִיאָתוֹ מִן הַהֵיכָל. מַה יְצִיאָתוֹ מִן הַהֵיכָל בְּסָמוּךְ לוֹ, וְאֵי זֶה — זֶה יְסוֹד מַעֲרָבִי, אַף יְרִידָתוֹ מִן הַכֶּבֶשׁ, בְּסָמוּךְ לוֹ, וְאֵי זֶה — זֶה יְסוֹד דְּרוֹמִי.

Tu as dit : que sa descente de la rampe soit apprise de sa sortie du Sanctuaire. De même que, lors de sa sortie du Sanctuaire, [il verse] sur celui qui est le plus proche de lui -- et lequel est-ce ? le yesod occidental --, de même, lors de sa descente de la rampe, [il verse] sur celui qui est le plus proche de lui -- et lequel est-ce ? le yesod méridional.

📜 Rachi (1)
ה"ג אָמַרְתָּ יִלְמַד יְרִידָתוֹ מִן הַכֶּבֶשׁ וְכוּ' יְרִידָתוֹ מִן הַכֶּבֶשׁ בַּחִיצוֹנוֹת לִיצִיאָתוֹ מִן הַהֵיכָל וְשִׁירַיִם הַפְּנִימִיִּים בְּיָדוֹ:
Telle est la lecture : « Tu as dit : que sa descente de la rampe soit apprise, etc. » -- sa descente de la rampe pour les [hatatot] extérieures, [apprise] de sa sortie du Sanctuaire, les restes du sang des [hatatot] intérieures à la main.
💡 Explication

La réponse ne cherche pas un second verset : elle dégage la règle sous-jacente au premier. Si l'occidental a été choisi pour les hatatot intérieures, ce n'est pas parce que l'ouest aurait une vertu propre, c'est parce qu'il est le plus proche du point où le kohen se trouve en sortant du Heikhal.

On applique alors la même règle à l'autre situation. Pour une hatat extérieure, le kohen vient de monter sur la rampe (kevech), qui se trouve au sud ; en redescendant, le yesod le plus proche de lui est le méridional. Un seul principe, deux applications : ne pas faire porter au kohen le sang un pas de plus que nécessaire.

16
תַּנְיָא, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: זֶה וָזֶה יְסוֹד מַעֲרָבִי. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי אוֹמֵר: זֶה וָזֶה יְסוֹד דְּרוֹמִי. בִּשְׁלָמָא, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל קָסָבַר: יִלְמַד סָתוּם מִמְּפֹורָשׁ.

On a enseigné : R. Yishmael dit : l'un et l'autre [vont] au yesod occidental.

R. Chimon bar Yohai dit : l'un et l'autre au yesod méridional.

Soit : R. Yishmael tient que l'on apprend ce qui est tu de ce qui est explicite.

📜 Rachi (3)
זֶה וְזֶה חִיצוֹנוֹת וּפְנִימִיּוֹת:
L'un et l'autre : les [hatatot] extérieures et les intérieures.
יִלְמַד סָתוּם חִיצוֹנוֹת שֶׁלֹּא פֹּורַשׁ בָּהֶן לְאֵיזֶה יְסוֹד:
Que soit appris ce qui est tu : les [hatatot] extérieures, pour lesquelles il n'est pas précisé à quel yesod.
מִן הַמְפֹורָשׁ מִן הַפְּנִימִיּוּת שֶׁכָּתוּב בָּהֶן אֶל יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ אֲשֶׁר פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד (שָׁם) וְהוּא יְסוֹד מַעֲרָבִי:
De ce qui est explicite : des [hatatot] intérieures, à propos desquelles il est écrit « au yesod de l'autel qui est à l'entrée de la Tente d'assignation » (ibid.) -- et c'est le yesod occidental.
💡 Explication

Deux tannaim refusent la distinction et unifient les deux cas -- mais en sens opposés. Pour R. Yishmael, tout va à l'occidental ; pour R. Chimon bar Yohai, tout va au méridional.

La raison de R. Yishmael est un principe herméneutique standard : yilmad satum min ha-meforach, « que ce qui est tu soit appris de ce qui est explicite ». Les hatatot extérieures n'ont qu'un « yesod de l'autel » sans précision ; les intérieures ont un « yesod qui est à l'entrée de la Tente d'assignation », c'est-à-dire l'occidental. Le cas clair éclaire le cas obscur.

🖼️ Schéma
Quatre positions sur la destination des restes de sang Bleu = yesod occidental. Orange = yesod méridional. Qui parle Hatat intérieures Hatat extérieures Raison Notre michna et la baraita le tanna anonyme occidental méridional Chacune au yesod le plus proche : sortie du Heikhal pour l'une, descente de la rampe pour l'autre. R. Yishmael version de la baraita occidental occidental yilmad satum min ha-meforash : ce qui est tu (les extérieures) s'apprend de ce qui est explicite (les intérieures, verset). R. Chimon bar Yohai expliqué par Rav Achi méridional méridional L'ouverture du Heikhal est au sud de l'autel : le yesod qui est à l'entrée de la Tente, c'est donc le méridional. École de R. Yishmael, enseignée chez RaChbY version révisée méridional méridional R. Yishmael s'est rétracté : son propre enseignement, récité dans la maison d'étude de RaChbY, dit désormais méridional. Signe pour ne pas se tromper de version : mashkhuha gavrei le-gavra -- les hommes ont tiré l'homme.
Les quatre positions en présence sur la destination des restes de sang, et l'argument de chacune.
17
אֶלָּא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי, מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב אַשִּׁי: קָסָבַר פִּתְחָא בְּדָרוֹם קָאֵי.

Mais R. Chimon bar Yohai, quelle est sa raison ?

Rav Achi a dit : il tient que l'ouverture se trouve au sud.

📜 Rachi (1)
קָסָבַר פִּיתְחָא דְּהֵיכָל בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ קָאֵי הִלְכָּךְ יְסוֹד אֲשֶׁר פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד הַיְינוּ דְּרוֹמִי:
Il tient que l'ouverture -- celle du Heikhal -- se trouve au sud de l'autel ; dès lors, « le yesod qui est à l'entrée de la Tente d'assignation », c'est le méridional.
💡 Explication

La position de RaChbY semblait la plus difficile : comment tout envoyer au méridional, alors que le seul yesod nommé par la Torah -- « celui qui est à l'entrée de la Tente d'assignation » -- est l'occidental ?

Rav Achi répond en déplaçant la géographie, non le verset. RaChbY tient que l'autel extérieur n'est pas planté en face de la porte du Heikhal : il est décale vers le nord, de sorte que l'ouverture se trouve au sud de l'autel. Dès lors, l'expression « le yesod qui est à l'entrée de la Tente » désigne pour lui, sans forcer le texte, le yesod méridional. Le principe du plus proche reste intact : c'est la carte qui change.

18
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בִּדְבֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי: זֶה וָזֶה יְסוֹד דְּרוֹמִית. וְסִימָנָיךְ: מְשָׁכוּהָ גַּבְרֵי לְגַבְרָא.

L'école de R. Yishmael enseignait, dans l'école de R.

Chimon bar Yohai : l'un et l'autre au yesod méridional. Et ton signe [mnémotechnique] : « les hommes ont tiré l'homme ».

📜 Rachi (3)
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בִּדְבֵי ר' שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי זֶה וָזֶה יְסוֹד דְּרוֹמִי בְּבֵית מִדְרָשׁוֹ שֶׁל ר"ש בֶּן יוֹחַי הָיוּ שׁוֹנִין מִשְׁנַת רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְגוֹרְסִין בָּהּ זֶה וָזֶה יְסוֹד דְּרוֹמִי לוֹמַר חָזַר בּוֹ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל:
L'école de R. Yishmael enseignait dans l'école de R. Chimon bar Yohai : l'un et l'autre au yesod méridional -- dans la maison d'étude de R. Chimon bar Yohai, on enseignait l'enseignement de R. Yishmael et l'on y lisait « l'un et l'autre au yesod méridional », pour dire que R. Yishmael s'est rétracté.
וְסִימָן שֶׁלֹּא תִּטְעֶה לוֹמַר זֶה וָזֶה יְסוֹד מַעֲרָבִי הָיוּ שׁוֹנִין:
Et le signe : pour que tu ne te trompes pas en disant qu'on y enseignait « l'un et l'autre au yesod occidental ».
מְשָׁכוּהָ גַּבְרֵי לְגַבְרָא תַּלְמִידֵי ר' שִׁמְעוֹן מָשְׁכוּ אֶת ר' יִשְׁמָעֵאל לוֹמַר כְּדִבְרֵיהֶן:
Les hommes ont tiré l'homme : les disciples de R. Chimon ont tiré R. Yishmael à dire comme eux.
🗂️ Tossefot (1)
מְשָׁכוּהָ גַּבְרֵי לְגַבְרָא בְּפָ' אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נג:) אִיתָא נַמֵּי וְגָרַס רַשִׁ"י הָתָם זֶה וָזֶה יְסוֹד מַעֲרָבִי וְסִימָן מְשָׁכוּהָ גַּבְרֵי לְגַבְרָא וּמְפָרֵשׁ רַשִׁ"י וְזֶה לְשׁוֹנוֹ תַּלְמִידֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל שֶׁהֵן רַבִּים מָשְׁכוּ אֶת ר"ש בֶּן יוֹחַי לוֹמַר כְּדִבְרֵיהֶם וְלָא נְהִירָא לר"י דִּבְפֶרֶק בָּתְרָא דִּזְבָחִים (דַּף קיט:) פְּלִיגִי נָמֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל ור"ש בִּקְרָא דְּאֶל הַמְּנוּחָה וְאֶל הַנַּחֲלָה דְּר' יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר דְּזוֹ וְזוֹ שִׁילֹה וְר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר זוֹ וְזוֹ יְרוּשָׁלַיִם תָּנָא דְּבֵי ר' יִשְׁמָעֵאל בִּדְבֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן זוֹ וְזוֹ יְרוּשָׁלַיִם וְסִימָן מַשְׁכִינְהוּ גַּבְרָא לְגַבְרֵי וּמְפָרֵשׁ רַשִׁ"י ר' שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי שֶׁהוּא יְחִידִי מָשַׁךְ אֶת תַּלְמִידֵי ר' יִשְׁמָעֵאל לְהַנִּיחַ דִּבְרֵי רַבָּם וְהָשְׁתָּא קָשֶׁה חֲדָא אֵין זֶה סִימָן דְּאַדְּרַבָּה דֶּרֶךְ הוּא שֶׁרַבִּים מִתְגַּבְּרִין וּמוֹשְׁכִין אֶת הַיָּחִיד וא"כ אָתֵי לְמִיטְעֵי וְלוֹמַר אִיפְּכָא גַּבְרֵי לְגַבְרָא א"כ מַה סִימָן הוּא וְעוֹד דְּהָא בְּאֵיזֶהוּ מְקוֹמָן הָוֵי אִיפְּכָא גַּבְרֵי לְגַבְרָא א"כ אָתֵי לְמִיטְעֵי ע"כ נִרְאֶה כְּמוֹ שפרש"י כָּאן זֶה וָזֶה יְסוֹד דְּרוֹמִית מִיהוּ ה"ג מָשְׁכוּ גַּבְרֵי לְגַבְרָא פֵּירוּשׁ ר"ש בֶּן יוֹחַי שֶׁהֻוזְכַּר שְׁמוֹ וְשֵׁם אָבִיו מָשַׁךְ תַּלְמִידֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל שֶׁהֻוזְכַּר שְׁמוֹ וְלֹא שֵׁם אָבִיו לוֹמַר כִּדְבָרָיו וה"ג נַמֵּי בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִּזְבָחִים (ג"ז שָׁם) וְכֵן פִּי' בֶּעָרוּךְ בְּעֵרֶךְ מֶשֶׁךְ וַאֲפִילּוּ אִי גָּרְסִינַן בְּתַרְוַיְיהוּ גַּבְרָא לְגַבְרֵי כְּגִירְסַת רַשִׁ"י דְּהָתָם נִרְאֶה דְּלָא קָשֶׁה מַה שֶׁהִקְשֵׁיתִי הָא אָתֵי לְמִיטְעֵי וּלְהַפֵּךְ הַסִּי' וְלוֹמַר גַּבְרֵי לְגַבְרָא די"ל דְּזֶה הָיָה יָדוּעַ שֶׁרַבִּי שִׁמְעוֹן הֶאֱרִיךְ יָמִים אַחַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְתַלְמִידֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל נִמְשְׁכוּ לִלְמֹוד לְפָנָיו אַחַר פְּטִירַת רַבָּם וְאוֹרְחָא דְּמִילְּתָא הוּא כָּל הַנִּמְשָׁךְ אַחַר חֲבֵירוֹ לְבֵיתוֹ בֵּין שֶׁהֵם רַבִּים בֵּין שֶׁהוּא יָחִיד יֵשׁ לוֹ לוֹמַר כְּדִבְרֵי מִי שֶׁהוּא נִמְשָׁךְ אֶצְלוֹ:
Les hommes ont tiré l'homme -- cela figure aussi au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 53b), et Rachi y lit « l'un et l'autre au yesod occidental », avec pour signe « les hommes ont tiré l'homme » ; et Rachi explique ainsi, voici ses termes : les disciples de R. Yishmael, qui sont nombreux, ont tiré R. Chimon bar Yohai à dire comme eux. Mais cela ne paraît pas juste au Ri. Car au dernier chapitre de Zevahim (119b), R. Yishmael et R. Chimon divergent également au sujet du verset « vers le repos et vers l'héritage » : R. Yishmael dit que l'un et l'autre désignent Chilo, et R. Chimon dit que l'un et l'autre désignent Jérusalem ; [et l'on enseigne :] l'école de R. Yishmael, dans l'école de R. Chimon : l'un et l'autre désignent Jérusalem, et le signe est « l'homme a tiré les hommes » ; et Rachi y explique : R. Chimon bar Yohai, qui est seul, à tiré les disciples de R. Yishmael à abandonner les paroles de leur maître. Or cela fait difficulté. Premièrement : ce n'est pas un signe -- au contraire, il est dans l'ordre des choses que le grand nombre l'emporte et tire l'isolé ; on risque donc de se tromper et de dire l'inverse, « les hommes vers l'homme » -- quel signe est-ce alors ? Ensuite : à Eizehou mekoman, c'est justement l'inverse, « les hommes ont tiré l'homme » -- on risque donc bien de se tromper. C'est pourquoi il paraît juste de lire comme l'explique Rachi ici : « l'un et l'autre au yesod méridional ». Toutefois, voici la lecture [correcte] : « les hommes ont tiré l'homme », c'est-à-dire que R. Chimon bar Yohai, dont on mentionne le nom et le nom de son père, a tiré les disciples de R. Yishmael, dont on ne mentionne que le nom sans celui de son père, à dire comme lui ; et telle est aussi la lecture au dernier chapitre de Zevahim (ibid.), et ainsi l'explique le Aroukh à la racine « machakh ». Et même si l'on lisait aux deux endroits « l'homme a tiré les hommes » selon la lecture de Rachi là-bas, il semble que l'objection que j'ai faite -- qu'on risquerait de se tromper et d'inverser le signe en disant « les hommes vers l'homme » -- tombe : car il était connu que R. Chimon a vécu après R. Yishmael, et que les disciples de R. Yishmael furent entraînés à étudier devant lui après la disparition de leur maître ; et il est dans l'ordre des choses que quiconque se rend chez son collègue, dans sa maison -- qu'ils soient nombreux ou qu'il soit seul --, doive parler comme celui auprès de qui il se rend.
💡 Explication

Renversement final : la tradition de la maison d'étude de R. Yishmael, telle qu'on la récitait chez RaChbY, dit désormais méridional -- signe que R. Yishmael s'est rétracté et s'est rallié à RaChbY.

Pour ne pas confondre les deux versions, la guemara fournit un siman : mashkhuha gavrei le-gavra, « les hommes ont tiré l'homme ». Rachi l'entend du nombre : les disciples de RaChbY, nombreux, ont entraîné R. Yishmael, seul. Tossefot objecte que ce signe ne signale rien -- il est banal que la majorité l'emporte -- et propose de lire les noms : Chimon ben Yohai, cité avec le nom de son père, fait deux noms (gavrei) ; Yishmael, cité seul, en fait un (gavra).

🖼️ Schéma
Deux lectures du signe : mashkhuha gavrei le-gavra Un signe mnémotechnique ne vaut que s'il ne peut pas se lire à l'envers. D'où la reprise du Ri. Rachi : le nombre les disciples de RaChbY gavrei -- les hommes R. Yishmael, seul gavra -- l'homme l'ont tiré vers eux Difficulté du Ri : si le signe repose sur le nombre, il ne signale rien -- il est normal que la majorité l'emporte sur l'isolé. Et à Zevahim 119b le signe s'inverse : gavra le-gavrei. On s'y perd. Le Ri et le Aroukh : les noms Chimon ben Yohai nom + nom du père = deux Yishmael le nom seul = un Le double nom a tiré les disciples du nom simple : gavrei = deux noms, gavra = un seul. Le signe cesse alors de dépendre du nombre d'hommes, donc il ne peut plus se lire à l'envers. Et même selon la lecture de Rachi : RaChbY a survécu à R. Yishmael, ses disciples sont venus étudier chez lui -- qui se rend chez l'autre suit son avis.
Le siman lu par le nombre (Rachi) ou par les noms (le Ri et le Aroukh) : pourquoi la seconde lecture ne peut pas s'inverser.
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אֵלּוּ וָאֵלּוּ מִתְעָרְבִין בָּאַמָּה וְיוֹצְאִין וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מוֹעֲלִין בַּדָּמִים — דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין מוֹעֲלִין בָּהֶן.

« Ceux-ci et ceux-là se mélangent dans le canal (amah) et sortent, etc. » Nos maîtres ont enseigné : on commet une me'ila avec les sangs -- paroles de R. Meir et de R.

Chimon. Et les Sages disent : on ne commet pas de me'ila avec eux.

💡 Explication

Dernier thème du daf : le statut des restes de sang une fois évacués. La michna les a suivis jusqu'au bout -- le canal (amah) sous l'autel, la sortie vers le Kidron, la vente aux jardiniers comme engrais.

Reste la question de la me'ila : le détournement d'un bien consacré à un usage profane. R. Meir et R. Chimon considèrent que le sang reste propriété du Temple et qu'en profiter sans le racheter est une me'ila. Les Sages soutiennent l'inverse : le sang, ayant déjà accompli sa fonction expiatoire, n'est plus soumis à cette interdiction. La guemara développera cette mahloket dans la suite.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).