Yoma 59b -- d'où vient qu'il n'y a pas de me'ila avec le sang : lakhem, lekhaper, hou -- et l'objection de la teroumat hadechen

Yoma 59b

Sougya : Le daf ouvre en délimitant la mahloket laissée en suspens à la fin de 59a sur les restes de sang vendus aux jardiniers : le désaccord ne portait que sur une me'ila instituée par les Sages ; sur le plan toranique, tous s'accordent à dire qu'il n'y a aucune me'ila avec le sang -- Rachi précisant que mo'alin y signifie seulement le remboursement du keren, sans le homech, et Tossefot observant que la vente elle-même le prouve. La guemara cherche alors le verset, et en tire trois lectures du même Lévitique 17,11 : Oulla lit lakhem, à vous, argument de propriété -- le sang n'est pas un bien du Temple ; l'école de R.

Chimon lit lekhaper, argument de finalité -- je l'ai donné pour l'expiation et non pour la me'ila ; R. Yo'hanan lit hou, argument d'alignement -- le statut d'avant la kappara est celui d'après.

Cette dernière lecture, étant une équivalence, se retourne aussitôt : pourquoi ne pas aligner en sens inverse et conclure qu'il y a me'ila après aussi ? La guemara tranche par le principe général en lekha davar che-na'assit mitsvato ou-mo'alin bo -- rien de ce dont la mitsva est accomplie ne reste soumis à la me'ila -- mais le daf se clôt sur le contre-exemple qui met ce principe à l'épreuve : la teroumat hadechen, dont la mitsva est faite et qui reste pourtant interdite au profit.

En marge, deux grandes discussions de Tossefot : celle de Rabbenou Tam sur la contradiction avec Zeiri (résolue en faisant de la chehita la ligne de partage), et la longue analyse du Ri et du Ritzba sur le statut exact des cendres, où l'on découvre que mo'alin n'y est pas toujours employé au sens strict.

Me'ila avec le sang : deux étages qu'il ne faut pas confondre La mahloket de 59a (R. Meir et R. Chimon contre les Sages) ne portait que sur l'étage rabbinique. Étage 1 -- de la Torah (mi-deoraita) Tous en conviennent : AUCUNE me'ila avec le sang. Ni avant l'expiation, ni après. Conséquence pratique : pas de korban acham me'ilot, pas de homech (le cinquième ajouté au principal). Étage 2 -- des Sages (mi-derabbanan) Sang sorti au torrent Cidron, vendu aux jardiniers. C'est LÀ que porte la mahloket de 59a. Selon Rachi : celui qui dit mo'alin veut dire : il paie le keren (le principal) -- mais pas le homech. La preuve de Tossefot (segment 1) Si la Torah interdisait vraiment d'en profiter, comment les trésoriers du Temple auraient-ils pu, d'emblée, VENDRE ce sang aux jardiniers comme engrais ? Donc : rien de toranique ici. Ce que cherche maintenant la guemara mena hane mile ? D'où la Torah tire-t-elle qu'il n'y a pas de me'ila avec le sang ? Trois réponses vont suivre : Oulla, l'école de R. Chimon, R. Yo'hanan.
Le point de départ du daf : la dispute de 59a ne concernait que la me'ila instituée par les Sages. Sur le plan toranique, tout le monde s'accorde -- et il reste à trouver le verset.
Trois lectures d'un seul verset : Lévitique 17,11 ki nefech ha-bassar ba-dam hi, va-ani netativ LAKHEM al ha-mizbeah LEKHAPER al nafchotekhem, ki ha-dam HOU ba-nefech yekhaper Trois mots du même verset, trois auteurs, une seule conclusion : pas de me'ila avec le sang. Oulla LAKHEM à vous Le sang vous appartient : je vous l'ai donné. Ce n'est pas un bien du Temple mais le bien d'Israël. Logique : argument de PROPRIETE. Pas de hekdech, donc pas de me'ila -- ni avant, ni après. École de R. Chimon LEKHAPER pour expier Je l'ai donné pour l'expiation -- et non pour la me'ila. Logique : argument de FINALITÉ. Le sang a une seule destination assignée par le verset ; la me'ila n'en fait pas partie. R. Yo'hanan HOU c'est lui / tel qu'il est Il reste identique à lui-même : avant l'expiation comme après. Logique : argument d'ALIGNEMENT. On sait déjà qu'après, il n'y a pas de me'ila (mitsva accomplie) -- on transpose donc à avant. Nafka mina : les deux premières derachot sont autonomes, la troisième est fragile Oulla et l'école de R. Chimon donnent directement le résultat : le sang n'est pas soumis à la me'ila, point. R. Yo'hanan, lui, ne fait qu'ALIGNER deux moments l'un sur l'autre -- or un alignement se lit dans les deux sens. C'est exactement l'attaque du dernier segment : et si on alignait dans l'autre sens ?
Les trois derachot du daf. Retenir la différence de structure : Oulla et l'école de R. Chimon concluent directement ; R. Yohanan construit une équivalence -- qui sera aussitôt retournée contre lui.
Dans quel sens lire l'équivalence de R. Yo'hanan ? hou : avant la kappara vaut comme après la kappara -- mais on pourrait tout aussi bien dire l'inverse. chehita / réception zerika -- la kappara est faite AVANT kappara APRÈS kappara Lecture retenue (R. Yo'hanan) On importe APRÈS vers AVANT. Après : pas de me'ila (mitsva accomplie) => avant non plus : pas de me'ila. Lecture rejetée (ve-ema) On importerait AVANT vers APRÈS. Avant : il y a me'ila => après aussi : il y aurait me'ila. L'arbitre : un principe général en lekha davar che-na'assit mitsvato ou-mo'alin bo -- rien de ce dont la mitsva est accomplie ne reste soumis à la me'ila. Mais le principe tient-il ? L'objection : ve-lo ? Ve-harei teroumat hadechen ! Les cendres prélevées de l'autel ont déjà rempli leur fonction -- et pourtant le verset ve-samo etsel ha-mizbeah impose de les déposer et de les enfouir : elles restent interdites au profit, donc (dit Rachi) soumises à la me'ila. Le contre-exemple ouvre la sougya qui se poursuit sur le daf suivant.
Le nerf du dernier segment : une équivalence se lit dans les deux sens. Le principe nassit mitsvato tranche le sens de lecture -- mais la teroumat hadechen semble aussitôt le contredire.
1
עַד כָּאן לָא פְּלִיגִי אֶלָּא מִדְּרַבָּנַן, אֲבָל מִדְּאוֹרָיְיתָא אֵין מוֹעֲלִין בָּהֶן.

Jusqu'ici ils ne divergent que sur le plan rabbinique ; mais sur le plan toranique, on ne commet pas de me'ila (détournement d'un bien consacré) avec eux.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן מַאן דְּאָמַר מוֹעֲלִין מִדְּרַבָּנָן קָאָמַר לְשַׁלֵּם קֶרֶן אֲבָל מִדְּאוֹרַיְיתָּא לְהוֹסִיף חֹומֶשׁ לֹא:
Celui qui dit qu'il y a me'ila le dit sur le plan rabbinique : il faut payer le <b>keren</b> (le principal) ; mais sur le plan toranique, au point d'ajouter le <b>homech</b> (le cinquième) -- non.
🗂️ Tossefot (1)
עַד כָּאן לָא פְּלִיגִי אֶלָּא מִדְּרַבָּנַן אֲבָל מִדְּאוֹרָיְיתָא אֵין מוֹעֲלִין דְּאִי מִדְּאוֹרַייְתָּא לָא יָצְאוּ מִידֵי מְעִילָה הֵיאַךְ נִמְכָּרִין לַגַּנָּנִין לְזַבֵּל:
Car si, sur le plan toranique, ils n'étaient pas sortis du domaine de la me'ila, comment les vendrait-on aux jardiniers pour fumer [leurs champs] ?
💡 Explication

Ce premier mot cadre toute la mahloket rapportée à la fin de 59a : R. Meir et R. Chimon d'un côté, les Sages de l'autre, à propos des restes de sang écoulés au torrent Cidron et vendus aux jardiniers comme engrais. La guemara précise : leur désaccord ne porte que sur une me'ila derabbanan, instituée par les Sages. Sur le plan de la Torah, tous s'accordent pour dire qu'il n'y a aucune me'ila avec le sang.

Rachi tire de là une conséquence technique très précise : quand ce tanna dit mo'alin, il veut dire que celui qui en a profité doit rembourser le keren (la valeur principale) -- mais il n'ajoute pas le homech (le cinquième) ni n'apporte de acham me'ilot, car cela supposerait une me'ila toranique.

Tossefot ajoutent la preuve de bon sens : les trésoriers du Temple vendaient ce sang aux jardiniers d'emblée. Si la Torah avait maintenu l'interdit, une telle vente aurait été impensable.

2
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר עֻולָּא, אֲמַר קְרָא: ״לָכֶם״ — שֶׁלָּכֶם יְהֵא. דְּבֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן תָּנָא: ״לְכַפֵּר״ — לְכַפָּרָה נְתַתִּיו, וְלֹא לִמְעִילָה.

D'où ces choses-là [sont-elles tirées] ? Oulla a dit : le verset dit <i>lakhem</i> (à vous) -- que ce soit à vous.

L'école de Rabbi Chimon a enseigné : <i>lekhaper</i> (pour expier) -- je l'ai donné pour l'expiation, et non pour la me'ila.

📜 Rachi (2)
מְנָא הָנֵי מִילֵּי דְּאֵין מְעִילָה בְּדָמִים:
Qu'il n'y a pas de me'ila avec le sang.
לָכֶם וַאֲנִי נְתַתִּיו לָכֶם (וַיִּקְרָא י״ז:י״א):
[Le verset :] <i>et moi je vous l'ai donné</i> (Lévitique 17,11).
💡 Explication

La guemara demande la source scripturaire : d'où sait-on que le sang échappe à la me'ila ? Deux réponses, tirées du même verset (Lévitique 17,11) : ki nefech ha-bassar ba-dam hi, va-ani netativ lakhem al ha-mizbeah lekhaper al nafchotekhem.

Oulla s'appuie sur lakhem, à vous : le sang a été donné. Ce n'est donc pas un bien du Temple (hekdech) mais un bien qui appartient à Israël -- et la me'ila ne s'applique par définition qu'aux biens consacrés.

L'école de R. Chimon s'appuie sur lekhaper, pour expier : le verset assigne au sang une finalité unique, l'expiation. Dieu dit en somme : je l'ai donné pour la kappara, pas pour en faire une matière à me'ila. Deux raisonnements différents -- l'un sur la propriété, l'autre sur la destination -- pour une seule conclusion.

3
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר, אֲמַר קְרָא: ״הוּא״, לִפְנֵי כַּפָּרָה כִּלְאַחַר כַּפָּרָה: מַה לְאַחַר כַּפָּרָה אֵין בּוֹ מְעִילָה — אַף לִפְנֵי כַּפָּרָה אֵין בּוֹ מְעִילָה.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : le verset dit <i>hou</i> (c'est lui) -- [le sang] avant l'expiation est comme après l'expiation : de même qu'après l'expiation il n'y a pas de me'ila avec lui, de même avant l'expiation il n'y a pas de me'ila avec lui.

📜 Rachi (1)
הוּא כִּי הַדָּם הוּא בַּנֶּפֶשׁ יְכַפֵּר (שָׁם) הוּא כַּהֲוָייָתוֹ לִפְנֵי כַּפָּרָה כִּלְאַחַר כַּפָּרָה לְאַחַר כַּפָּרָה אֵין בּוֹ מְעִילָה דְּכֵיוָן דְּנַעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ תּוּ לָא קָרֵינַן בֵּיהּ קָדְשֵׁי ה':
<i>Hou</i> : <i>car le sang, c'est lui qui expie par la vie</i> (ibid.) -- <i>hou</i>, tel qu'il est, avant l'expiation comme après l'expiation. Après l'expiation il n'y a pas de me'ila avec lui, car dès lors que sa mitsva a été accomplie, on ne lit plus à son sujet <i>kodche Hachem</i> (les choses saintes de l'Éternel).
🗂️ Tossefot (1)
הוּא לִפְנֵי כַּפָּרָה כִּלְאַחַר כַּפָּרָה הִקְשָׁה רַבֵּינוּ תָּם דִּבְמַסֶּכֶת מְעִילָה פֶּרֶק וְלַד חַטָּאת (מְעִילָה דַּף יב:) אָמַר זְעֵירִי הַמַּקִּיז דָּם לְבֶהֱמַת קָדָשִׁים מוֹעֲלִין בּוֹ וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּהַהִיא מְעִילָה מִדְּרַבָּנָן דְּהִתְנָן בְּפֶרֶק וְלַד חַטָּאת (מְעִילָה יא.) דִּתְחִילָּה אֵין מוֹעֲלִים בּוֹ יָצָא לְנַחַל קִדְרוֹן מוֹעֲלִין בּוֹ וּמְעִילָה דְּיוֹצֵא לְנַחַל קִדְרוֹן הָוְיָא דְּרַבָּנָן מִכְּלָל דְּמֵעִיקָּרָא אֲפִילּוּ מִדְּרַבָּנָן לֵיכָּא מְעִילָה וְתֵירֵץ דְּהָא דְּאָמְרִינַן הָכָא לִפְנֵי כַּפָּרָה כִּלְאַחַר כַּפָּרָה הַיְינוּ לְאַחַר שְׁחִיטָה דְּשַׁיְיכָא בֵּיהּ כַּפָּרָה אֲבָל מֵחַיִּים לָא וְהָא דְּפָרִיךְ בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת מְעִילָה (דַּף ב:) וּמִי אִיכָּא מְעִילָה דְּרַבָּנָן וּמְשַׁנֵּי אִין כִּדְעֻולָּא דְּאָמַר עֻולָּא קָדָשִׁים שֶׁמֵּתוּ יָצְאוּ מִידֵי מְעִילָה דְּבַר תּוֹרָה הֲוָה מָצֵי לְאֵיתוּיֵי מִדָּם לְאַחַר שֶׁיָּצָא לְנַחַל קִדְרוֹן דְּמוֹעֲלִין בּוֹ מִדְּרַבָּנָן אֶלָּא מִשּׁוּם דְּקָדְשֵׁי קָדָשִׁים שֶׁשְּׁחָטָן בַּדָּרוֹם קָאָמַר הָתָם כְּמַאן דְּחַנְקִינְהוּ דָּמֵי וּפָרִיךְ מִי אִיכָּא מְעִילָה דְּרַבָּנָן בְּדָבָר דְּלָא הָיוּ צְרִיכִין לִגְזֹור דִּבְלָאו הָכֵי בְּדִילִי מִינַּייְהוּ וּמַייְתִי מִקָּדָשִׁים שֶׁמֵּתוּ דְּדָמוּ לְהָדְדִי וְהָא דְּפָרִיךְ בְּשִׁילְהֵי תְּמוּרָה (דַּף לב:) גַּבֵּי מַקְדִּישׁ עוֹלָה לְבֶדֶק הַבַּיִת מוֹעֲלִין בָּהּ שְׁתֵּי מְעִילוֹת וּמוּקֵי לָהּ מִדְּרַבָּנָן וּמִי אִיכָּא מְעִילָה דְּרַבָּנָן ה"פ כֵּיוָן דְּאִיכָּא מְעִילָה בְּלָאו הָכִי מִדְּאוֹרַיְיתָּא מִשּׁוּם עוֹלָה וּבְלָאו הָכִי בְּדִילִי מִינֵּיהּ אַמַּאי תַּקִּינוּ רַבָּנָן מְעִילָה אַחֲרִיתִי וּמְשַׁנֵּי רָאוּי לִמְעוֹל בּוֹ שְׁתֵּי מְעִילוֹת דְּתִיקּוּן רַבָּנָן מְעִילָה אַעוֹר מִשּׁוּם דְּלֵיכָּא מְעִילָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא אֶלָּא בְּבָשָׂר וְרַבֵּינוּ חַיִּים זצ"ל פֵּירֵשׁ דְּיָצָא לְנַחַל קִדְרוֹן מוֹעֲלִין בּוֹ מִדְּאוֹרַייְתָּא לְפִי שֶׁבֵּית דִּין מַקְדִּישִׁין אוֹתוֹ וְקָשֶׁה אִם כֵּן בִּמְעִילָה פֶּרֶק וְלַד חַטָּאת (מְעִילָה דַּף יב.) דְּקָאָמַר וּמִי אִיכָּא מִידִי דְּמֵעִיקָּרָא לֵית בֵּיהּ מְעִילָה וּלְבַסּוֹף אִית בֵּיהּ מְעִילָה וּפָרִיךְ וְלֹא וַהֲרֵי דָּם דְּמֵעִיקָּרָא לֵית בֵּיהּ מְעִילָה וְכוּ' וּמַאי פָּרֵיךְ לֵימָא שָׁאנֵי הָתָם לְפִי שֶׁבֵּית דִּין מַקְדִּישִׁין אוֹתוֹ וְעוֹד דְּמַה תִּיקֵּן בָּזֶה אַכַּתִּי אַשְׁכְּחַן מְעִילָה מִדְּרַבָּנָן בְּפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת ד' נב.) דְּקָאָמַר מֵעִיקָּרָא תַּקִּינוּ מְעִילָה גַּבֵּי אֵפֶר פָּרָה וְהָתָם לֵיכָּא לְמֵימַר תַּקִּינוּ בֵּיהּ מְעִילָה מֵחֲמַת שֶׁהָיוּ מַקְדִּישִׁין אוֹתוֹ דְּאִם כֵּן הָוֵי הֶקְדֵּשׁ גָּמוּר וְאֵיךְ הָיוּ מַזִּין מִמֶּנּוּ:
Rabbenou Tam a soulevé une difficulté : au traité Me'ila, chapitre Vlad Hatat (Me'ila 12b), Zeiri a dit que celui qui pratique une saignée sur un animal consacré -- on commet une me'ila avec ce sang. Et l'on ne peut pas dire que cette me'ila soit rabbinique, car nous avons appris dans une michna au chapitre Vlad Hatat (Me'ila 11a) qu'au départ on ne commet pas de me'ila avec [le sang], et qu'une fois sorti au torrent Cidron on commet une me'ila avec lui -- or la me'ila de ce qui sort au torrent Cidron est rabbinique ; il en ressort qu'au départ il n'y avait pas de me'ila, même rabbinique. Et il a répondu que ce que nous disons ici, <i>avant l'expiation comme après l'expiation</i>, vaut après la chehita (l'abattage), moment où l'expiation le concerne -- mais du vivant de l'animal, non. Quant à l'objection soulevée au début du traité Me'ila (2b) : <i>et y a-t-il une me'ila rabbinique ?</i>, à quoi il est répondu : oui, comme le dit Oulla, car Oulla a dit que les [animaux] consacrés qui sont morts sont sortis du domaine de la me'ila selon la Torah -- il aurait pu apporter [la preuve] du sang après qu'il est sorti au torrent Cidron, où l'on commet une me'ila rabbinique. Mais parce qu'il s'agissait là de kodche kodachim (saintetés suprêmes) abattus au sud, dont il est dit là-bas que c'est <i>comme s'il les avait étranglés</i>, il demande : y a-t-il une me'ila rabbinique dans un cas où ils n'avaient pas besoin de décréter, puisque de toute façon on s'en tient à l'écart ? Et il apporte [la preuve] des [animaux] consacrés qui sont morts, cas semblables l'un à l'autre. Et l'objection soulevée à la fin de Temoura (32b) au sujet de celui qui consacre une <i>ola</i> (holocauste) pour l'entretien du Temple -- que l'on commet avec elle deux me'ilot, ce que la guemara établit comme rabbinique, en demandant : <i>et y a-t-il une me'ila rabbinique ?</i> -- voici son sens : puisqu'il y a de toute façon une me'ila toranique du fait de la ola, et que de toute façon on s'en tient à l'écart, pourquoi les Sages ont-ils institué une me'ila supplémentaire ? Et il répond : il est apte à ce que l'on commette avec lui deux me'ilot, car les Sages ont institué une me'ila sur la peau, puisque selon la Torah il n'y a de me'ila que sur la chair. Et Rabbenou Haim, de mémoire bénie, a expliqué que [le sang] sorti au torrent Cidron -- on commet avec lui une me'ila selon la Torah, parce que le beit din le consacre. Mais cela fait difficulté : s'il en est ainsi, dans Me'ila, chapitre Vlad Hatat (12a), où il est dit : <i>et y a-t-il une chose qui au départ n'a pas de me'ila et qui a la fin en a une ?</i> et où l'on objecte : <i>et non ? mais il y a le sang, qui au départ n'a pas de me'ila</i>, etc. -- quelle est l'objection ? Qu'il dise donc : ici c'est différent, parce que le beit din le consacre ! Et en outre, qu'a-t-il résolu par là ? Nous trouvons encore une me'ila rabbinique au chapitre HaTekhelet (Menahot 52a), où il est dit qu'au départ ils ont institué une me'ila au sujet des cendres de la para [adouma] ; et là on ne peut pas dire qu'ils y ont institué une me'ila parce qu'ils la consacraient, car alors ce serait un hekdech (consécration) véritable -- et comment en aspergeaient-ils ?
💡 Explication

R. Yo'hanan lit un troisième mot du même verset : ki ha-dam hou ba-nefech yekhaper. Le pronom hou est lu comme un mot de permanence : le sang reste tel qu'il est, son statut ne change pas entre les deux moments.

Le raisonnement s'appuie sur un acquis : après la zerika (l'aspersion), la mitsva du sang est accomplie ; or, comme l'explique Rachi, dès lors que la mitsva d'un objet est accomplie, on ne le désigne plus comme kodche Hachem (les choses saintes de l'Éternel) -- et la me'ila ne vise que ces choses-là. Le mot hou permet de transporter ce statut en amont : avant la kappara aussi, pas de me'ila.

Noter la fragilité de structure : contrairement à Oulla et à l'école de R. Chimon, R. Yo'hanan ne conclut pas directement -- il construit une équivalence. Or une équivalence se lit dans les deux sens, ce que le segment suivant va exploiter.

🖼️ Schéma
La difficulté de Rabbenou Tam et sa réponse Zeiri (Me'ila 12b) Celui qui saigne un animal consacré : il y a me'ila avec ce sang. Et cette me'ila ne peut pas être rabbinique : avant le Cidron, il n'y a même pas de me'ila derabbanan. Notre guemara (R. Yo'hanan) Avant kappara comme après kappara : pas de me'ila avec le sang. Contradiction frontale avec Zeiri. X Réponse de Rabbenou Tam : la ligne de partage est la chehita lifne kappara ne veut pas dire depuis toujours -- mais depuis l'abattage, quand l'expiation devient pertinente. Sang de l'animal VIVANT (saignée) Aucun rapport avec la kappara. Me'ila : OUI (Zeiri) Sang APRÈS la chehita Il est engagé dans le circuit de l'expiation. Me'ila : NON (R. Yo'hanan)
La contradiction relevée par Rabbenou Tam entre Zeiri et notre guemara, et la ligne de partage qu'il propose : la chehita.
4
וְאֵימָא, לְאַחַר כַּפָּרָה כְּלִפְנֵי כַּפָּרָה: מַה לִפְנֵי כַּפָּרָה יֵשׁ בּוֹ מְעִילָה — אַף לְאַחַר כַּפָּרָה יֵשׁ בּוֹ מְעִילָה! אֵין לְךָ דָּבָר שֶׁנַּעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ וּמוֹעֲלִין בּוֹ. וְלֹא? וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן!

Et dis [plutôt] : après l'expiation comme avant l'expiation -- de même qu'avant l'expiation il y a me'ila avec lui, de même après l'expiation il y a me'ila avec lui ! [Réponse :] Tu n'as aucune chose dont la mitsva a été accomplie et avec laquelle on commette encore une me'ila.

Et non ? Mais il y a la teroumat hadechen (le prélèvement des cendres) !

📜 Rachi (1)
וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דִּכְתִיב בּוֹ (שָׁם ו) וּשְׁמוֹ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ דְּטָעוּן גְּנִיזָה אַלְמָא אָסוּר בַּהֲנָאָה וְכֵיוָן דְּבַהֲנָאָה אָסוּר מִשּׁוּם קְדֻושָּׁתוֹ מְעִילָה נָמֵי אִית בֵּיהּ:
Car il est écrit à son sujet (ibid. 6) <i>et il le déposera à côté de l'autel</i> -- [ce qui indique] qu'elle requiert d'être enfouie (guueniza). Il en ressort qu'elle est interdite au profit ; et puisqu'elle est interdite au profit en raison de sa sainteté, il y a aussi me'ila avec elle.
🗂️ Tossefot (2)
אֵין לְךָ דָּבָר שֶׁנַּעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ וּמוֹעֲלִין בּוֹ וא"ת אַדְּרַבָּה נֵימָא אִיפְּכָא לְאַחַר כַּפָּרָה כְּלִפְנֵי כַּפָּרָה דְּאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁלֹּא נַעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ וְאֵין מוֹעֲלִין בּוֹ וְכִי תֵּימָא הָאִיכָּא קָדָשִׁים קַלִּים דְּלֵית בְּהוּ מְעִילָה אֶלָּא בְּאֵימוּרִין לְאַחַר זְרִיקַת דָּמִים הָתָם מִשּׁוּם דְּלָאו קָדְשֵׁי ה' נִינְהוּ וי"ל אִיכָּא עֶגְלָה עֲרוּפָה דְּקֹודֶם מִצְוָתָהּ מֻותֶּרֶת אֲבָל מִדֶּשֶׁן אֵין לְהָבִיא רְאָיָה דְּקֹודֶם תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן אֵין מוֹעֲלִין בּוֹ דְּאַדְּרַבָּה בִּמְעִילָה פ"ב (ד' ט.) מַשְׁמַע הַנֶּהֱנֶה מֵאֵפֶר תַּפּוּחַ קֹודֶם תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן לְכֻולֵּי עָלְמָא מוֹעֲלִין בּוֹ:
Et si tu dis : au contraire, disons l'inverse -- <i>après l'expiation comme avant l'expiation</i> -- car tu n'as aucune chose dont la mitsva n'a pas été accomplie et avec laquelle il n'y ait pas de me'ila ! Et si tu dis : mais il y a les kodachim kalim (saintetés légères), avec lesquels il n'y a de me'ila que sur les emourim (parts brûlées), après l'aspersion du sang -- là, c'est parce qu'ils ne sont pas des <i>kodche Hachem</i>. On peut répondre : il y a la éguéla aroufa (la génisse à la nuque brisée), qui avant sa mitsva est permise. Mais des cendres on ne peut pas apporter de preuve qu'avant la teroumat hadechen il n'y ait pas de me'ila avec elles ; au contraire, dans Me'ila, chapitre 2 (9a), il ressort que celui qui tire profit du <i>apar toufah</i> (le tas de cendres) avant la teroumat hadechen -- de l'avis de tous, il commet une me'ila avec lui.
וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן הִקְשָׁה רִ"י דְּהָכָא מַשְׁמַע דִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן מוֹעֲלִין בּוֹ לְאַחַר שֶׁנַּעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ וּבְפֶרֶק וְלַד חַטָּאת בִּמְעִילָה (ד' יא:) תְּנַן דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וְהַמְּנוֹרָה לֹא נֶהֱנִין וְלֹא מוֹעֲלִין וְקָאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא בִּשְׁלָמָא מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן דִּכְתִיב וְשָׂמוֹ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ וְכוּ' וְהַשְׁתָּא קָשֶׁה דְּמַשְׁמַע דְּמִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן נָמֵי לֹא נֶהֱנִין וְלֹא מוֹעֲלִין וּמְפָרֵשׁ ר"י מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וְהַמְּנוֹרָה לֹא מוֹעֲלִין מַשְׁמַע דַּוְוקָא בָּתַר דִּישּׁוּן לְפִי שֶׁהַדִּישּׁוּן מוֹצִיאוֹ מִידֵי מְעִילָה לְפִי שֶׁנַּעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ אַלְמָא מִצְוָה לְדַשְּׁנָן וְאַהָא קָאָמַר בִּשְׁלָמָא מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן מִצְוָה לְדַשְּׁנוֹ דִּכְתִיב וְשָׂמוֹ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ וְאַדְּרַבָּה אֲפִילּוּ מְעִילָה אִית בֵּיהּ מִדִּכְתִיב וּשְׁמוֹ וְדָרְשִׁינַן בְּסוֹף תְּמוּרָה (ד' לד.) וּשְׁמוֹ בְּנַחַת וּשְׁמוֹ שֶׁלֹּא יִתְפַּזֵּר אֲבָל מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי מִנָּלַן שֶׁמִּצְוָה לְדַשְּׁנוֹ וריצב"א מְפָרֵשׁ דְּלָאו אַדִּיּוּקָא קָאֵי אֶלָּא אֶלָּא נֶהֱנִין וְלֹא מוֹעֲלִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא קָאֵי דְּלֵיכָּא לְמֵימַר לֹא נֶהֱנִין מִדְּרַבָּנָן כְּמוֹ לֹא נֶהֱנִין שבהש"ס דְּבַיְּרוּשַׁלְמִי דְּיוֹמָא פֶּרֶק שֵׁנִי מוּכָח דְּלָא נֶהֱנִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא דְּגָרְסִינַן הָתָם מִנַּיִין לְדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי דִּכְתִיב וְהִשְׁלִיךְ אֹותָהּ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ קֵדְמָה אֶל מְקוֹם הַדָּשֶׁן שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אִם לִקְבֹּועַ לָהּ מָקוֹם פֵּירוּשׁ לְמֻורְאָה וְנוֹצָה כְּבָר כָּתוּב אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ וְאִם לְלַמֶּדְךָ שֶׁתְּהֵא בְּמִזְרָחוֹ שֶׁל כֶּבֶשׂ כְּתִיב קָדְמָה וְאַף הוּא דָּרַשׁ אֵצֶל אֵצֶל פֵּירוּשׁ וְאִם לְלַמֵּד שֶׁתְּהֵא תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן בְּמִזְרָחוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ מִדִּכְתִיב אֶל מְקוֹם הַדֶּשֶׁן וְנֵימָא הֲרֵי זֶה בָּא לְלַמֵּד וְנִמְצָא לָמֵד דְּהָא לָא אִיצְטְרִיךְ דְּתִיפּוֹק לָן מִגְּזֵירָה שָׁוָה נֶאֱמַר כָּאן אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ וְנֶאֱמַר בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ מַה כָּאן בְּמִזְרָחוֹ אַף לְהַלָּן אִם כֵּן אֶל מְקוֹם הַדֶּשֶׁן לָמָּה לִי ש"מ לַמִּזְבֵּחַ הַפְּנִימִי שֶׁהוּא אָסוּר (לו) בַּהֲנָאָה אֶל מָקוֹם טָהוֹר שֶׁיְּהֵא מְקוֹמוֹ טָהוֹר וְאִיכָּא דְּמַפִּיק לֵיהּ בְּקַל וָחֹומֶר וּמַה מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן אָסוּר בַּהֲנָאָה מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי לֹא כָל שֶׁכֵּן אַלְמָא דְּאָסוּר בַּהֲנָאָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא בַּמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן וְהַשְׁתָּא הָכֵי פֵּירוּשׁוֹ בִּשְׁלָמָא מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן אָסוּר בַּהֲנָאָה מִדְּאוֹרַייְתָּא מִדִּכְתִיב וּשְׁמוֹ אֶלָּא מִזְבֵּחַ הפנימ' מִנָּלַן שֶׁיְּהֵא אָסוּר בַּהֲנָאָה לְאַחַר שֶׁנִּידַּשֵּׁן וַאֲפִילּוּ קֹודֶם דִּישּׁוּן מִנָּלַן שֶׁיְּהֵא אָסוּר דַּאֲפִילּוּ גּוּפֵיהּ לָא יָדְעִינַן שֶׁיְּהֵא מִצְוָה לְדַשְּׁנוֹ וְאִם כֵּן מִשֶּׁנַּעֲשָׂה אֵפֶר נֵימָא דְּנַעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ וִיהֵא מֻותָּר בַּהֲנָאָה וּמְשַׁנֵּי דְּמִדֶּשֶׁן נָפְקָא וא"ת מַאי קָא פְּשִׁיט לֵיהּ מִדֶּשֶׁן אַכַּתִּי תִּיבָּעֵי לָךְ מִנָּלַן דְּאָסוּר בַּהֲנָאָה וי"ל דִּגְמָרָא דִּידַן לֹא חָשַׁשׁ אֶלָּא לְהָבִיא פָּסוּק שֶׁצָּרִיךְ דִּישּׁוּן וּמִסְּבָרָא יָדַע דְּכָל הַדְּשָׁנִים שָׁוִין לֵיאָסֵר בַּהֲנָאָה אוֹ מִקַּל וָחֹומֶר כִּדְאִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי אוֹ מִשּׁוּם דְּעִיקַּר פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בְּדֶשֶׁן מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן אֶלָּא דְּמֵחֲמַת יִיתּוּר לֹא צָרִיךְ לְמִיכְתָּבִיָּה וּמוֹקְמִינַן לֵיהּ בַּפְּנִימִי וּמְנוֹרָה וַחֲשִׁיב לֵיהּ כְּמִין הֶיקֵּשׁ דְּאִיתַּקּוּשׁ כּוּלְּהוּ לַחִיצוֹן וְאִם תֹּאמַר אִם כֵּן לֵימָא הָכָא מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן וּפְנִימִי וּמְנוֹרָה שְׁלֹשָׁה כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד י"ל דְּאֵין כָּאן פָּסוּק מְיֻותָּר דְּהָא אִיצְטְרִיךְ לְמִצְוַת דֶּשֶׁן לְהַנִּיחַ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ וְעוֹד נִרְאֶה דְּאַחַר שֶׁלָּמַדְנוּ מִצְוַת דִּישּׁוּן פְּנִימִי וּמְנוֹרָה לְהַנִּיחַ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ חֲשִׁיב כָּל הַדְּשָׁנִים כְּמוֹ דָּבָר אֶחָד דאל"כ הֵיכִי נָפֵיק בַּיְּרוּשַׁלְמִי מק"ו הָא שְׁנֵי כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד אֵין מְלַמְּדִין וְאַל תִּתְמַהּ עַל מַה שֶּׁפֵּי' דִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן לֵית בָּהּ מְעִילָה אֶלָּא אִיסּוּר הֲנָאָה אע"ג דְּהָכָא קָאָמַר מוֹעֲלִין כו' הָא קָאָמַר נָמֵי עֶגְלָה עֲרוּפָה מוֹעֲלִין בָּהּ וּבְהַהִיא לֵית בָּהּ מְעִילָה אֶלָּא אִיסּוּר הֲנָאָה קָאָמַר וכה"ג אִיכָּא נָמֵי בִּמְעִילָה פ' וְלַד חַטָּאת (מְעִילָה דַּף יב:) חֲלֵב הַמֻּוקְדָּשִׁין וּבֵיצֵי תּוֹרִין לֹא נֶהֱנִין וְלֹא מוֹעֲלִין וְקָאָמַר בגמ' דְּגָמַר אִמּוֹ אִמּוֹ מִבְּכוֹר מַה בְּכוֹר מוֹעֲלִין בּוֹ אַף חֲלֵב הַמֻּוקְדָּשִׁין מוֹעֲלִין בּוֹ וּבְכוֹר הוּא קָדָשִׁים קַלִּים וְלֵית בֵּיהּ מְעִילָה וְחֵלֶב הַמֻּוקְדָּשִׁין נָמֵי לֵית בֵּיהּ מְעִילָה כְּדִתְנַן הָתָם דְּלָאו קָדְשֵׁי ה' מִיקְּרֵי אֶלָּא מוֹעֲלִין דְּקָאָמַר לָאו דַּוְקָא אֶלָּא אִיסּוּר הֲנָאָה וא"ת כֵּיוָן דְּפָרֵישִׁית דְּיֵשׁ בּוֹ אִיסּוּר הֲנָאָה מִדְּאוֹרַייְתָּא הֵיכִי קָתָנֵי בְּפֶרֶק וְלַד חַטָּאת (מֵעֵילָם דַּף יא:) הַמַּקְדִּישׁ דִּישּׁוּן בַּתְּחִלָּה מוֹעֲלִין בּוֹ וְהֵיכִי חָיֵיל עָלֶיהָ הֶקְדֵּשׁ כֵּיוָן דְּאִיסּוּר הֲנָאָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא י"ל דְּלָאו בְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ אַייְרֵי מִדְּקָאָמַר בַּתְּחִלָּה מַשְׁמַע דְּאַיְירֵי בְּדָבָר שֶׁלֹּא הֻוקְדַּשׁ מֵעוֹלָם אֶלָּא בְּמַקְדִּישׁ דֶּשֶׁן כִּירָתוֹ וְכֵן פרש"י וְאִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּקְדוֹשָׁה אַף עַל גַּב דְּאֵינוֹ רָאוּי לֹא לַמִּזְבֵּחַ וְלֹא לְבֶדֶק הַבַּיִת כִּדְקָתָנֵי הָתָם בְּסֵיפָא כָּל הָרָאוּי לַמִּזְבֵּחַ כו' אִי נָמֵי אֲפִילּוּ את"ל דְּלָאו בְּדֶשֶׁן כִּירָה אַייְרֵי דְּאִם כֵּן לָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דִּישּׁוּן סְתָמָא אִיכָּא לְמֵימַר דְּאַייְרֵי בְּדֶשֶׁן מִזְבֵּחַ לְאַחַר שֶׁהוֹצִיאוּהוּ חוּץ לְשָׁלֹשׁ מַחֲנוֹת וְאַשְׁמְעִינַן דְּלָא הָוֵי כִּשְׁאָר דֶּשֶׁן לֵיאָסֵר לְעוֹלָם וּלְמַאי דְּפָרֵישִׁית דְּלֵיכָּא מְעִילָה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן נִיחָא הָא דִּתְנַן בִּמְעִילָה (דַּף יט:) אֵין מוֹעֵל אַחַר מוֹעֵל אֶלָּא בְּהֵמָה וּכְלִי שָׁרֵת בִּלְבַד וּמַקְשִׁים לֵיחָשֵׁב נָמֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דְּיֵשׁ בּוֹ מוֹעֵל אַחַר מוֹעֵל וּמְתָרֵץ ר"י דְּהָוֵי בִּכְלַל בְּהֵמָה דְּמֵאֲפָר קָדָשִׁים הוּא בָּא וּמִיהוּ גַּם לְפִי' ריצב"א צ"ל תֵּירוּץ ר"י דִּנְהִי דְּבִתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן לֵיכָּא מְעִילָה מ"מ לֵיחָשֵׁב אֵפֶר תַּפּוּחַ דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא אָמַר בְּפ"ב דִּמְעִילָה (שָׁם דַּף ט.) דְּמוֹעֲלִין בּוֹ קֹודֶם תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וא"ת מַאי שְׁנָא דְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי אֲפִילּוּ קֹודֶם דִּישּׁוּן לֵית בֵּיהּ מְעִילָה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כו.) דִּקְטֹרֶת לְאַחַר שֶׁתַּעֲלֶה תִּימְרָותוֹ אֵין בּוֹ מִשּׁוּם מְעִילָה וְדֶשֶׁן מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן מוֹעֲלִין בּוֹ לְכֻולֵּי עָלְמָא קֹודֶם דִּישּׁוּן וי"ל דִּבְדֶשֶׁן מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן מוֹעֲלִין בּוֹ כֵּיוָן שֶׁמְּחֻוסָּר עֲבוֹדָה שֶׁצְּרִיכָה בִּגְדֵי כְּהֻונָּה כְּדִכְתִיב וְלָבַשׁ הַכֹּהֵן מִדּוֹ בַד וְגוֹ' אֲבָל דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי אע"פ שֶׁמְּחֻוסָּר דִּישּׁוּן אֵין זֶה חֶסְרוֹן עֲבוֹדָה דְּלָא אַשְׁכְּחַן שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה ואע"פ שֶׁהִשְׁוֵינוּ כָּל הַדְּשָׁנִים הַייְנוּ לְאַחַר שֶׁהִנִּיחָם אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ דְּאָז נַעֲשֵׂית מִצְוַת כֻּולָּן דַּאֲפִילּוּ בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן אֵין בָּהּ עוֹד שׁוּם עֲבוֹדָה וַאֲפִילּוּ הָכִי אֲסוּרָה בַּהֲנָאָה כְּדִכְתִיב וּשְׁמוֹ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ אֶלָּא דִּמְעִילָה לֵית בָּהּ דְּלָאו קָדְשֵׁי ה' קָרֵינַן בֵּיהּ כֵּיוָן דְּלָא מִיחַסַּר בֵּיהּ תּוּ שׁוּם עֲבוֹדָה וה"ה בְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי דְּאָסוּר בַּהֲנָאָה מק"ו כִּדְפָרֵישִׁית אֲבָל לְעִנְיַן שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה אֵין לַעֲשׂוֹת ק"ו כֵּיוָן דְּלָא אַשְׁכְּחַן בּוֹ שׁוּם עֲבוֹדָה אַחַר שֶׁנַּעֲשָׂה דֶּשֶׁן רַק מִצְוַת דִּישּׁוּן כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּחִיצוֹן דְּצָרִיךְ הֲרָמָה וְהַשְׁתָּא נַמֵּי נִיחָא הָא דְּאָמַר בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת תְּמוּרָה (דַּף לד.) עוֹלַת הָעוֹף שֶׁנִּתְמַצָּה דָּמָהּ מֻורְאָה וְנוֹצָה יָצְאוּ מִידֵי מְעִילָה וְאַמַּאי וְהָא לֹא נַעֲשֵׂית מִצְוָתָהּ דְּאַכַּתִּי מְחֻוסַּר הַשְׁלָכָה אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ וּלְמַאי דְּפָרֵישִׁית נִיחָא דְּכֵיוָן דְּהַשְׁלָכָה לָא אַשְׁכְּחַן דְּבָעֵי בִּגְדֵי כְּהֻונָּה כְּנַעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ חָשְׁבִינַן לֵיהּ ור"י תֵּירֵץ דְּשָׁאנֵי הָתָם שֶׁעֲבוֹדַת הַדָּם מַתִּירוֹת אוֹתָם. כ"ז דִּקְדֵּק ריצב"א:
Le Ri a soulevé une difficulté : ici il ressort que la teroumat hadéchen est soumise à la me'ila après que sa mitsva a été accomplie ; or au chapitre Vlad Hatat, dans Me'ila (11b), nous avons appris dans une michna : <i>le décendrage de l'autel intérieur et de la menora -- on n'en tire pas profit, mais on ne commet pas de me'ila</i>. Et l'on dit dans la guemara : <i>admettons pour l'autel extérieur, puisqu'il est écrit ve-samo etsel ha-mizbeah</i>, etc. Or c'est difficile, car il en ressort que pour l'autel extérieur aussi <i>on n'en tire pas profit et on ne commet pas de me'ila</i>. Et le Ri explique : puisqu'il enseigne <i>le décendrage de l'autel intérieur et de la menora -- pas de me'ila</i>, cela vise précisément l'état postérieur au décendrage, car le décendrage le fait sortir du domaine de la me'ila, sa mitsva ayant été accomplie ; il y a donc bien une mitsva de les décendrer. Et c'est là-dessus qu'il dit : admettons pour l'autel extérieur, il y a une mitsva de le décendrer, puisqu'il est écrit <i>et il le déposera à côté de l'autel</i> -- et bien plus, il y a même me'ila avec lui, puisqu'il est écrit <i>ve-samo</i>, dont nous exposons à la fin de Temoura (34a) : <i>ve-samo</i> -- avec douceur ; <i>ve-samo</i> -- qu'il ne se disperse pas. Mais l'autel intérieur, d'où [savons-nous] qu'il y ait une mitsva de le décendrer ? Et le Ritzba explique que [la guemara] ne porte pas sur la déduction implicite, mais sur <i>on n'en tire pas profit et on ne commet pas de me'ila</i> au sens toranique ; car on ne peut pas dire que ce <i>on n'en tire pas profit</i> soit rabbinique, comme les <i>lo néhénin</i> que l'on trouve ailleurs dans le Talmud. Car dans le Yerouchalmi de Yoma, chapitre 2, il est prouvé que <i>on n'en tire pas profit</i> est toranique ; car on lit là-bas : d'où [sait-on l'interdit du] décendrage de l'autel intérieur ? De ce qu'il est écrit <i>et il jettera celle-ci à côté de l'autel, vers l'est, au lieu des cendres</i> -- [précision] qui n'est pas nécessaire. Si c'est pour lui fixer un lieu -- explication : pour le jabot et les plumes -- il est déjà écrit <i>à côté de l'autel</i> ; et si c'est pour t'enseigner que ce soit à l'est de la rampe (kevech), il est écrit <i>kedma</i> (vers l'est). Et lui aussi a exposé <i>etsel</i>-<i>etsel</i> -- explication : et si c'est pour enseigner que la teroumat hadéchen soit à l'est de la rampe, de ce qu'il est écrit <i>au lieu des cendres</i>, et que l'on dirait : voilà un [verset] venu enseigner et qui se trouve lui-même enseigné -- cela n'était pas nécessaire, car nous le tirons d'une <b>guezera chava</b> : il est dit ici <i>à côté de l'autel</i> et il est dit au sujet de la teroumat hadéchen <i>à côté de l'autel</i> ; de même qu'ici c'est à son est, de même là-bas. S'il en est ainsi, <i>au lieu des cendres</i>, pourquoi m'est-il [nécessaire] ? Apprends-en que c'est pour l'autel intérieur, qui est interdit au profit ; et <i>vers un lieu pur</i> -- que son lieu soit pur. Et certains le tirent par un <b>kal va-homer</b> : si l'autel extérieur est interdit au profit, l'autel intérieur à plus forte raison ! Il en ressort que [les cendres] de l'autel extérieur sont interdites au profit selon la Torah. Et voici alors le sens [de la guemara de Me'ila] : admettons pour l'autel extérieur, il est interdit au profit selon la Torah puisqu'il est écrit <i>ve-samo</i> ; mais l'autel intérieur, d'où [savons-nous] qu'il soit interdit au profit après avoir été décendré ? Et même avant le décendrage, d'où [savons-nous] qu'il soit interdit ? Car nous ne savons même pas de lui-même qu'il y ait une mitsva de le décendrer ; et s'il en est ainsi, dès qu'il est devenu cendre, disons que sa mitsva a été accomplie et qu'il soit permis au profit ! Et il répond que cela se déduit des cendres [de l'autel extérieur]. Et si tu dis : que résout-il par les cendres ? Il te resterait à demander d'où [nous savons] qu'il est interdit au profit ! On peut répondre que notre guemara ne s'est souciée que d'apporter un verset [établissant] qu'un décendrage est requis, et qu'elle savait par raisonnement que tous les tas de cendres sont pareils quant à l'interdit de profit -- soit par kal va-homer comme dans le Yerouchalmi, soit parce que le sens littéral principal du verset porte sur les cendres de l'autel extérieur, sauf que du fait du surplus [d'expression] il n'était pas nécessaire de l'écrire, et nous l'appliquons à l'[autel] intérieur et à la menora, ce qui est considéré comme une sorte de <b>hekech</b> (rapprochement), tous étant rapprochés de l'[autel] extérieur. Et si tu dis : s'il en est ainsi, que l'on dise ici que l'autel extérieur, l'[autel] intérieur et la menora sont <i>trois textes venant comme un seul</i> [et donc n'enseignent rien] ! On peut répondre qu'il n'y a ici aucun verset superflu, car il était nécessaire pour la mitsva des cendres, [à savoir] de les déposer à côté de l'autel. Et il semble en outre qu'une fois apprise la mitsva de décendrer l'[autel] intérieur et la menora, [à savoir] de les déposer à côté de l'autel, tous les tas de cendres sont considérés comme une seule chose ; car sinon, comment le Yerouchalmi le tirerait-il d'un kal va-homer ? Or deux textes venant comme un seul n'enseignent pas. Et ne t'étonne pas de ce qu'il a expliqué -- que la teroumat hadéchen n'a pas de me'ila mais [seulement] un interdit de profit -- bien qu'ici il soit dit <i>mo'alin</i>, etc. ; car il est dit de même de la éguéla aroufa <i>on commet une me'ila avec elle</i>, alors qu'avec celle-ci il n'y a pas de me'ila : c'est un interdit de profit qu'il veut dire. Et il y a de même un cas semblable dans Me'ila, chapitre Vlad Hatat (Me'ila 12b) : <i>le lait des [animaux] consacrés et les œufs de tourterelles -- on n'en tire pas profit et on ne commet pas de me'ila</i> ; et il est dit dans la guemara qu'il apprend <i>immo</i>-<i>immo</i> du bekhor (premier-né) : de même qu'avec le bekhor on commet une me'ila, de même avec le lait des consacrés on commet une me'ila. Or le bekhor relève des kodachim kalim et il n'y a pas de me'ila avec lui ; et le lait des consacrés non plus n'a pas de me'ila, comme nous l'avons appris là-bas, car ils ne sont pas appelés <i>kodche Hachem</i>. Le <i>mo'alin</i> qu'il emploie n'est donc pas au sens strict : il s'agit d'un interdit de profit. Et si tu dis : puisque tu as expliqué qu'il comporte un interdit de profit toranique, comment enseigne-t-il au chapitre Vlad Hatat (Me'ila 11b) <i>celui qui consacre du décendrage au départ -- on commet une me'ila avec lui</i> ? Comment la consécration prendrait-elle sur lui, puisque l'interdit de profit est toranique ? On peut répondre qu'il ne parle pas du décendrage de l'autel : puisqu'il dit <i>au départ</i>, cela indique qu'il parle d'une chose qui n'a jamais été consacrée ; il s'agit plutôt de celui qui consacre les cendres de son foyer, et c'est ainsi que Rachi a expliqué. Et il était nécessaire de nous enseigner qu'elles sont sanctifiées bien qu'elles ne soient aptes ni à l'autel ni à l'entretien du Temple, comme il est enseigné là-bas dans la sefa : <i>tout ce qui est apte à l'autel</i>, etc. Ou bien, même si tu voulais dire qu'il ne parle pas des cendres du foyer -- car alors il n'aurait pas dû dire <i>dichoun</i> sans précision -- on peut dire qu'il parle des cendres de l'autel après qu'on les a fait sortir hors des trois camps, et qu'il nous enseigne qu'elles ne sont pas comme le reste des cendres, à être interdites pour toujours. Et selon ce que j'ai expliqué, qu'il n'y a pas de me'ila avec la teroumat hadéchen, se résout bien ce que nous avons appris dans Me'ila (19b) : <i>il n'y a pas de me'ila après me'ila, sauf pour l'animal et les ustensiles de service seulement</i> ; et l'on objecte : que l'on compte aussi la teroumat hadéchen, où il y a me'ila après me'ila ! Et le Ri répond qu'elle est comprise dans <i>l'animal</i>, car elle provient des cendres des [animaux] consacrés. Toutefois, même selon l'explication du Ritzba, il faut la réponse du Ri : car quand bien même il n'y aurait pas de me'ila avec la teroumat hadéchen, en tout cas que l'on compte le <i>apar toufah</i>, dont il est dit au chapitre 2 de Me'ila (ibid. 9a) que, de l'avis de tous, on commet une me'ila avec lui avant la teroumat hadéchen. Et si tu dis : quelle différence y a-t-il, que le décendrage de l'autel intérieur, même avant le décendrage, n'ait pas de me'ila -- comme il est dit au chapitre Kol Cha'a (Pessahim 26a) que l'encens, une fois sa colonne de fumée montée, n'est plus soumis à la me'ila -- alors que les cendres de l'autel extérieur, de l'avis de tous, sont soumises à la me'ila avant le décendrage ? On peut répondre : aux cendres de l'autel extérieur on commet une me'ila, puisqu'il leur manque encore une <b>avoda</b> (un service) qui requiert les vêtements sacerdotaux, comme il est écrit <i>et le kohen revêtira son habit de lin</i>, etc. ; mais le décendrage de l'autel intérieur, bien qu'il manque encore le décendrage, ce n'est pas un manque d'avoda, car nous ne trouvons pas qu'il requière les vêtements sacerdotaux. Et bien que nous ayons égalise tous les tas de cendres, c'est après qu'on les a déposés à côté de l'autel, car alors la mitsva de tous est accomplie ; car même pour la teroumat hadéchen il n'y a plus aucune avoda en elle, et malgré cela elle est interdite au profit, puisqu'il est écrit <i>et il le déposera à côté de l'autel</i> -- mais il n'y a pas de me'ila avec elle, car nous ne lisons plus à son sujet <i>kodche Hachem</i>, puisqu'il ne lui manque plus aucune avoda. Et il en va de même pour le décendrage de l'autel intérieur, interdit au profit par kal va-homer comme je l'ai expliqué ; mais quant à requérir les vêtements sacerdotaux, on ne peut pas faire de kal va-homer, puisque nous ne trouvons en lui aucune avoda après qu'il est devenu cendre, sinon la mitsva de décendrage -- alors que pour l'[autel] extérieur nous trouvons qu'il requiert la <b>harama</b> (le prélèvement). Et maintenant se résout aussi ce qui est dit à la fin du traité Temoura (34a) : une <i>olat ha-of</i> (holocauste d'oiseau) dont le sang a été exprimé -- le jabot et les plumes sont sortis du domaine de la me'ila. Or pourquoi ? Sa mitsva n'a pas été accomplie, puisqu'il manque encore de les jeter à côté de l'autel ! Et selon ce que j'ai expliqué cela se comprend : puisque nous ne trouvons pas que ce jet requière les vêtements sacerdotaux, nous le considérons comme si sa mitsva avait été accomplie. Et le Ri a répondu qu'il en va autrement là-bas, car les services du sang les rendent permis. -- Tout ceci a été précisé par le Ritzba.
💡 Explication

L'attaque annoncée : l'équivalence de R. Yo'hanan est réversible. Pourquoi lire après vers avant plutôt que avant vers après ? La lecture inverse donnerait le résultat opposé : puisque avant la kappara il y a me'ila, après aussi il y en aurait.

La guemara arbitre par un principe général : en lekha davar che-na'assit mitsvato ou-mo'alin bo -- rien de ce dont la mitsva a été accomplie ne reste soumis à la me'ila. Le sens de lecture est donc imposé : c'est l'état postérieur, où la mitsva est faite, qui commande.

Mais le principe est aussitôt testé par un contre-exemple : la teroumat hadéchen. Le kohen prélève les cendres de l'autel et les dépose à côté (ve-samo etsel ha-mizbeah) ; leur mitsva est accomplie, et pourtant elles restent interdites au profit et requièrent d'être enfouies (guueniza) -- donc, dit Rachi, il y a encore me'ila avec elles. La sougya se poursuit sur le daf suivant.

🖼️ Schéma
Teroumat hadéchen : la mitsva est faite, et pourtant... Trois étapes du prélèvement des cendres de l'autel extérieur, et où se situe la me'ila selon Tossefot. 1. Apar toufah le tas de cendres sur l'autel, avant le prélèvement Me'ila : OUI, de l'avis de tous (Me'ila 9a) -- une avoda manque encore 2. La harama le kohen prélève, en habits de lin : ve-lavach ha-kohen mido bad C'est une avoda à part entière -- d'où la me'ila à l'étape 1 3. ve-samo etsel ha-mizbeah dépose à côté de l'autel, avec douceur, sans disperser Plus aucune avoda à faire mais interdit au profit pour toujours La question de notre guemara À l'étape 3 la mitsva est accomplie, et pourtant la guemara dit mo'alin. Le principe en lekha davar... est donc mis en échec. La lecture de Tossefot (Ritzba) : mo'alin n'est pas au sens strict À l'étape 3 il ne reste qu'un issour hana'a toranique, pas une vraie me'ila -- comme pour la éguéla aroufa. Le mot est employé largement.
Les trois étapes du prélèvement des cendres et la localisation de la me'ila, avec la lecture adoucie que Tossefot proposent du mot mo'alin.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).