Yoma 60a -- deux versets qui viennent comme un seul, les trois mots du sang, et l'ouverture du chapitre sur l'ordre du service de Kippour

Yoma 60a

Sougya : Le daf achève d'abord la sougya héritée de 59b : pourquoi la teroumat hadéchen, dont la mitsva est accomplie, reste-t-elle soumise à la me'ila sans que cela devienne une règle générale ? La guemara répond par le principe des chenei ketouvim ha-baim ke-e'had -- deux versets venant comme un seul n'enseignent pas -- et doit changer deux fois de paire sous la pression des objections : d'abord teroumat hadéchen et vêtements sacerdotaux, puis, une fois Rabbi Dossa invoqué, teroumat hadéchen et eglah aroufa.

Pour l'avis qui tient que deux versets enseignent malgré tout, elle abandonne les règles générales et produit deux mots restrictifs explicites, ve-samo et ha-aroufa, ce qui déclenche chez Tossefot une longue analyse sur le danger du mi'out après mi'out. Restent alors les trois mots du verset du sang -- lakhem, lekhaper, hou -- que la guemara redistribue en trois exclusions : notar, me'ila, toum'a ; le pigoul, lui, n'a besoin d'aucun verset, car le sang est un matir et non un mouttar.

Le daf bascule ensuite dans un tout autre registre avec la michna qui ouvre le chapitre : tout le service de Kippour est énoncé selon l'ordre, et l'inverser revient à n'avoir rien fait ; si le sang se répand en cours d'aspersions, on reprend au début du lieu en cours, chaque lieu formant une expiation autonome -- Rabbi Elazar et Rabbi Chimon estimant, eux, qu'on reprend exactement où l'on s'est arrêté. La guemara referme le daf sur la mahloket de Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia : le critère de l'indispensable est-il le lieu du service ou le vêtement porté ?

Rabbi Yo'hanan montre que les deux lisent le même verset, 'houkat olam... a'hat ba-chana.

L'escalier des shnei ketouvim ha-baim ke-e'had Chaque réponse de la guemara est aussitôt attaquée : on remonte d'un cran à chaque fois. Le problème de fond (venu de 59b) La teroumat hadéchen garde sa me'ila alors que sa mitsva est accomplie. Pourquoi ne pas en faire une règle générale et l'appliquer partout, y compris au sang ? Réponse 1 -- deux versets teroumat hadéchen + bigdei kehouna = shnei ketouvim ha-baim ke-e'had donc ils n'enseignent pas. Attaque 1 -- Rabbi Dossa Pour lui les bigdei kehouna servent encore au kohen ordinaire : pas de me'ila sur eux. Il ne reste qu'UN seul verset. Réponse 2 -- autre paire teroumat hadéchen + eglah aroufa (la génisse à la nuque brisée, elle aussi interdite au profit après sa mitsva). Attaque 2 -- l'avis inverse Certains tiennent que deux versets venant comme un seul ENSEIGNENT quand même. Que répondre à celui-là ? Réponse finale -- deux mi'outim explicites ve-samo (teroumat hadéchen) ha-aroufa (eglah aroufa) Chaque cas porte son propre mot restrictif : celui-ci et pas un autre. Aucune extension possible.
Le daf s'ouvre en pleine escalade dialectique : chaque parade de la guemara est aussitôt testée sur un avis plus exigeant, jusqu'à la solution qui ne dépend plus d'aucune règle générale -- deux mots restrictifs écrits noir sur blanc.
Trois mots pour le sang, trois exclusions -- et une quatrième gratuite Lévitique 17,11 : va-ani netativ LAKHEM al ha-mizbeah LEKHAPÈR al nafchotekhem, ki ha-dam HOU ba-nefech yekhaper lakhem à vous lekhaper pour expier hou c'est lui pas de notar Le sang laissé au-delà du temps permis n'entraîne pas le karet du notar : une seule faute, celle d'avoir mangé du sang. pas de me'ila C'est le sujet traité depuis 59a : le sang sorti au Cidron n'est pas un bien du Temple dont on puisse détourner l'usage. pas de toum'a Qui mange ce sang en état d'impureté personnelle n'est passible que pour le sang, pas pour le kodech en toum'a. Le pigoul, lui, n'a besoin d'aucun verset Règle de la michna : on n'est passible de pigoul que pour ce qui a des MATIRIN -- ce qui devient permis grâce à un autre acte, que ce soit permis à l'homme (la viande) ou permis à l'autel (les emourim). Or le sang n'est pas ce qui devient permis : il est ce qui rend permis. Le matir n'entre pas dans la catégorie. Conclusion : pas besoin d'un quatrième mot dans le verset.
La dernière séquence de la sougya du sang : un verset, trois mots, trois exclusions. La quatrième, celle du pigoul, tombe toute seule -- non par un verset, mais par la définition même du pigoul.
La michna : l'ordre du service de Kippour est-il indispensable ? Trois zones du service, trois réponses différentes selon les tanaim. Principe de la michna : kol ma'asse Yom haKippourim ha-amour al ha-seder Si l'on a fait un acte avant un autre -- lo assa kloum : on n'a rien fait du tout. Vêtements blancs À L'INTÉRIEUR Encens et aspersions dans le Saint des Saints. R. Yehouda : indispensable R. Nehemia : indispensable Tout le monde est d'accord. Vêtements blancs À L'EXTÉRIEUR Tirage au sort, vidouy, sang sur la parokhet et l'autel d'or. R. Yehouda : ce qui est fait est fait R. Nehemia : indispensable C'est ici que tout se joue. Vêtements d'or À L'EXTÉRIEUR Tamid, béliers, moussafim : le service ordinaire. R. Yehouda : ce qui est fait est fait R. Nehemia : ce qui est fait est fait Tout le monde est d'accord. Le verset commun (R. Yo'hanan) : ve-hayeta zot lakhem le-houkat olam... a'hat ba-chana Le mot houka signale ce qui est indispensable. Reste à savoir sur quoi il porte exactement -- et c'est là que R. Yehouda et R. Nehemia se séparent. Rachi : la houka porte sur a'hat ba-chana. La seconde mahloket de la michna : si le sang se répand en cours de route Tana kama : chaque lieu (Saint des Saints / Heikhal / autel d'or) est une kappara entière -- on refait CE lieu au complet. R. Elazar et R. Chimon : chaque aspersion compte pour elle-même -- on reprend exactement où l'on s'est arrêté.
La michna qui ouvre le nouveau chapitre pose la question la plus pratique du traité : que faire quand le service du Kohen Gadol déraille. Deux axes -- l'ordre des actes, et le sang qui se répand avant la fin.
1
מִשּׁוּם דְּהָוֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וּבִגְדֵי כְהֻונָּה שְׁנֵי כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד, וְכָל שְׁנֵי כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד — אֵין מְלַמְּדִין.

Parce que la teroumat hadéchen (le prélèvement des cendres de l'autel) et les bigdei kehouna (les vêtements sacerdotaux) forment deux versets qui viennent comme un seul (chenei ketouvim ha-baim ke-e'had) ; et tous deux versets qui viennent comme un seul -- n'enseignent pas.

📜 Rachi (1)
וּבִגְדֵי כְּהֻונָּה אַרְבָּעָה בִּגְדֵי לָבָן דכ"ג בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים דִּכְתִיב בְּהוּ וְהִנִּיחָם שָׁם (וַיִּקְרָא טז):
Les quatre vêtements de lin du Kohen Gadol le jour de Kippour, au sujet desquels il est écrit : et il les déposera là (Lévitique 16).
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם דְּהָוֵי לְהוּ תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וּבִגְדֵי כְהֻונָּה כו' וּבִמְעִילָה פֶּרֶק וְלַד חַטָּאת (מְעִילָה דַּף יא:) קָאָמַר מִשּׁוּם דְּהָווּ תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וְאֵיבְרֵי שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְכוּ' וּפָרִיךְ הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר אֵין נֶהֱנִין אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר נֶהֱנִין מַאי אִיכָּא לְמֵימַר:
Et dans le traité Me'ila, chapitre Vlad 'Hatat (Me'ila 11b), il dit : parce que la teroumat hadéchen et les membres du bouc émissaire [forment deux versets venant comme un seul], etc. ; et il objecte : cela va bien selon celui qui dit qu'on n'en tire pas profit, mais selon celui qui dit qu'on en tire profit, que peut-on dire ?
💡 Explication

Le daf reprend une discussion ouverte à la fin de 59b. Le problème : la teroumat hadéchen (la pelletée de cendres prélevée chaque matin sur l'autel) reste soumise à la me'ila (détournement d'un bien consacré) alors même que sa mitsva est déjà accomplie. Pourquoi ne pas en faire une règle valable partout ?

La réponse mobilise un principe herméneutique classique : chenei ketouvim ha-baim ke-é'had ein melamdin -- quand la Torah énonce deux fois une même règle exceptionnelle, c'est le signe qu'elle veut la cantonner à ces deux cas, et non en faire un modèle. Deux occurrences ne généralisent pas : elles enferment.

2
הַנִּיחָא לְרַבָּנָן, דְּאָמְרִי: ״וְהִנִּיחָם שָׁם״, מְלַמֵּד שֶׁטְּעוּנִין גְּנִיזָה.

Cela va bien selon les Sages, qui disent : l'expression et il les déposera là enseigne qu'ils requièrent la gueniza (la mise à l'écart définitive par enfouissement).

💡 Explication

Le raisonnement précédent supposait que les vêtements de lin du Kohen Gadol restent, après Kippour, soumis à la me'ila. Cela ne tient que si ces vêtements sont définitivement retirés de l'usage : c'est l'avis des Sages, qui lisent dans ve-hinî'ham cham (et il les déposera là) l'obligation de gueniza. Un objet mis en gueniza reste un bien consacré -- donc la me'ila continue de s'y appliquer.

3
אֶלָּא לְרַבִּי דּוֹסָא, דְּאָמַר: בִּגְדֵי כְהֻונָּה רְאוּיִן הֵן לְכֹהֵן הֶדְיוֹט, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Mais selon Rabbi Dossa, qui dit : les vêtements sacerdotaux restent propres à l'usage d'un kohen ordinaire -- que peut-on dire ?

📜 Rachi (1)
רְאוּייִן הֵן לְכֹהֵן הֶדְיוֹט וְקַייְמָא לָן בִּגְדֵי כְּהֻונָּה אֵין בָּהֶן מְעִילָה מִפְּנֵי שֶׁלֹּא נִיתְּנָה תּוֹרָה לְמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת שֶׁיְּהוּ זְרִיזִין לְפָושְׁטָן מִיָּד:
Et nous tenons pour établi que les vêtements sacerdotaux ne sont pas soumis à la me'ila, parce que la Torah n'a pas été donnée aux anges du service, qui seraient assez prompts à les ôter dès l'instant [où le service s'achève].
💡 Explication

Rabbi Dossa lit autrement : les vêtements de lin ne sont pas enfouis, ils passent au kohen ordinaire. Or, précise Rachi, sur les vêtements sacerdotaux en usage il n'y a de toute façon pas de me'ila -- pour une raison remarquable : lo nitna Tora le-mal'akhéi ha-charet, la Torah n'a pas été donnée à des anges. Exiger d'un kohen qu'il retire ses vêtements à la seconde même où le service prend fin serait irréaliste ; la Torah a donc admis d'avance ce flottement.

Conséquence dialectique : selon Rabbi Dossa, il ne reste plus qu'un seul verset exceptionnel, la teroumat hadéchen. Et un verset unique, lui, enseigne bel et bien pour d'autres cas. La parade de la guemara s'effondre.

4
מִשּׁוּם דְּהָוֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וְעֶגְלָה עֲרוּפָה שְׁנֵי כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד, וְכָל שְׁנֵי כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד — אֵין מְלַמְּדִין.

Parce que la teroumat hadéchen et la eglah aroufa (la génisse à la nuque brisée) forment deux versets qui viennent comme un seul ; et tous deux versets qui viennent comme un seul -- n'enseignent pas.

📜 Rachi (1)
עֶגְלָה עֲרוּפָה כְּתִיב בָּהּ שָׁם שָׁם תְּהֵא גְּנִיזָתָהּ:
Il y est écrit là -- c'est là que sera sa gueniza.
💡 Explication

La guemara change de paire. Si les vêtements ne font plus le compte, on prend un autre cas où l'interdiction de profit survit à l'accomplissement de la mitsva : la eglah aroufa, la génisse dont on brise la nuque dans un torrent lorsqu'un cadavre est trouvé sans meurtrier connu (Deutéronome 21). Rachi rappelle le mot qui la retient sur place : cham, là -- là aussi elle sera enfouie, donc interdite au profit après coup.

5
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר אֵין מְלַמְּדִין, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מְלַמְּדִין, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? תְּרֵי מִיעוּטֵי כְּתִיבִי: ״וּשְׁמוֹ״, ״הָעֲרוּפָה״.

Cela va bien selon celui qui dit qu'ils n'enseignent pas ; mais selon celui qui dit qu'ils enseignent, que peut-on dire ? Deux mots restrictifs (mi'outim) sont écrits : ve-samo (et il le déposera), pour la teroumat hadéchen, et ha-aroufa (celle dont la nuque a été brisée), pour la eglah aroufa.

📜 Rachi (1)
הָעֲרוּפָה זוֹ וְלֹא אַחֶרֶת:
Celle-ci et pas une autre.
🗂️ Tossefot (2)
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מְלַמְּדִין מַאי אִיכָּא לְמֵימַר הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי דְּמַאן דְּאָמַר מְלַמְּדִין סָבַר לָהּ כְּרַבָּנָן דְּרַבִּי דּוֹסָא דְּהָווּ לְהוּ הַשְׁתָּא שְׁלֹשָׁה כְּתוּבִין אֶלָּא בָּעֵי לְשַׁנּוּיֵי אַפֵּי' אִם תִּמְצָא לוֹמַר דְּסָבַר כְּרַבִּי דּוֹסָא:
Il aurait pu répondre que celui qui dit qu'ils enseignent suit l'avis des Sages contre Rabbi Dossa -- de sorte qu'on se retrouverait alors avec trois versets [venant comme un seul, et trois n'enseignent de l'avis de tous]. Mais il veut donner une réponse qui vaille même si l'on suppose (im timtsa lomar) qu'il suit Rabbi Dossa.
תְּרֵי מִיעוּטֵי כְּתִיבִי בְּחַד הֲוָה סַגִּי וְכֵן בְּסוֹף פֶּרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קיג:) גַּבֵּי עִזִּים הָעִזִּים ונ"ל דְּאִי לָא כְּתִיב אֶלָּא חַד מִיעוּטָא הֵ"א נְהִי דְּאִי לָא כְּתִיב מִיעוּטָא לָא מְמַעֲטִינַן מִידֵּי דִּשְׁנֵי כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד מְלַמְּדִין מִכָּל מָקוֹם הַשְׁתָּא דִּכְתִיב מִיעוּטָא בְּחַד מִינַּייְהוּ הָווּ לְהוּ שְׁלֹשָׁה כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד וּנְהִי דִּשְׁלֹשָׁה כְּתוּבִין אֵין מְלַמְּדִין הָנֵי מִילֵּי כִּי לָא כְּתִיבִי בְּחַד דֻּוכְתָּא אֲבָל הָכָא דִּתְרֵי מִינַּייְהוּ כְּתִיבִי בְּחַד דֻּוכְתָּא הֲוָה לֵיהּ מִיעוּט אַחַר מִיעוּט וְאֵין מִיעוּט אַחַר מִיעוּט אֶלָּא לְרַבּוֹת לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ אִידָךְ מִיעוּטָא וְאֵין לְהַקְשׁוֹת הֵיכִי הֲוָה ס"ד לוֹמַר אֵין מִיעוּט אַחַר מִיעוּט אֶלָּא לְרַבּוֹת דא"כ לִישְׁתֹּוק מִינַּייְהוּ לְגַמְרֵי וּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי לִמְעוּטֵי דְּאִיצְטְרִיךְ מִיעוּט אַחַר מִיעוּט לְרַבּוֹת י"ל הָא לָא קַשְׁיָא דִּבְכָל דֻּוכְתָּא דְּאִיצְטְרִיךְ מִיעוּט אַחַר מִיעוּט מַקְשֶׁה רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל כָּךְ וּמְתָרֵץ דְּשֶׁמָּא הֲוָה מְמַעֲטִי' מִכֹּחַ שׁוּם דְּרָשָׁה אוֹ ק"ו אוֹ בִּנְיַן אָב לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ מִיעוּט אַחַר מִיעוּט לְרַבּוֹת כֵּן יֵשׁ לְתָרֵץ כְּמוֹ כֵן בְּכָאן וְזֶה אֵין לְהַקְשׁוֹת אִי דָּרְשִׁי לֵיהּ לְמִיעוּט אַחַר מִיעוּט אִידָךְ קְרָא שְׁלִישִׁי לְמַאי אֲתָא די"ל כְּמוֹ פָּרָשָׁה שֶׁנֶּאֶמְרָה וְנִשְׁנֵית תֵּדַע דִּלְדִידְהוּ כֵּיוָן דִּסְבִירָא לְהוּ שְׁנֵי כְּתוּבִין הַבָּאִין כְּאֶחָד מְלַמְּדִין הֵיכָא דְּלֵיכָּא אֶלָּא שְׁנֵי כְּתוּבִים כָּתוּב שֵׁנִי לְמַאי אִיצְטְרִיךְ אֶלָּא ע"כ י"ל כִּדְפָרֵישִׁית אִי נָמֵי אִי לָא כְּתִיב שְׁלִישִׁי לָא הֲוָה דָּרְשִׁינַן לְהוּ הָנָךְ תְּרֵי לְמִיעוּט אַחַר מִיעוּט דְּאִי לָא כְּתִיב אֶלָּא תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וּמִיעוּט שֶׁלָּהּ תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן לָאו מִיעוּטָא הוּא אֲבָל הַשְׁתָּא מִכֹּחַ דִּכְתִיב עֶגְלָה עֲרוּפָה דְּהַשְׁתָּא הָווּ לְהוּ שְׁלֹשָׁה כְּתוּבִין הֲוָה לֵיהּ כָּל חַד כְּמוֹ מִיעוּט וַהֲוָה לֵיהּ תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וּמִיעוּט שֶׁלָּהּ כְּמוֹ מִיעוּט אַחַר מִיעוּט:
Un seul aurait suffi -- de même à la fin du chapitre Kol haBassar (Houline 113b) à propos de izim / ha-izim. Et il me semble que si un seul mi'out était écrit, j'aurais pu dire ceci : certes, si aucun mi'out n'était écrit on n'exclurait rien, puisque [pour cet avis] deux versets venant comme un seul enseignent ; mais dès lors qu'un mi'out est écrit sur l'un des deux, on se retrouve avec trois versets venant comme un seul. Et bien que trois versets n'enseignent pas, cela ne vaut que lorsqu'ils ne sont pas écrits au même endroit ; or ici, deux d'entre eux sont écrits au même endroit -- c'est donc un mi'out après un mi'out, et un mi'out après un mi'out n'est là que pour inclure (le-rabot). C'est pourquoi l'autre mi'out est nécessaire. Et il ne faut pas objecter : comment aurait-on pu penser appliquer la règle un mi'out après un mi'out n'est là que pour inclure ? Car s'il en allait ainsi, que l'Écriture se taise donc complètement à leur sujet ! D'où aurait-on tire l'exclusion, pour qu'il faille un mi'out après mi'out afin d'inclure ? On peut répondre : ce n'est pas une difficulté, car partout où intervient un mi'out après mi'out, Rabbenou Chmouel pose la même question et répond que l'on aurait peut-être exclu en vertu d'une derasha, d'un kal va-'homer ou d'un binyan av -- c'est pourquoi il faut un mi'out après mi'out pour inclure ; on peut répondre de même ici. Et il ne faut pas non plus objecter : si l'on interprète [ces deux-là] comme mi'out après mi'out, à quoi vient donc le troisième verset ? Car on peut répondre : il en va comme d'une section énoncée puis répétée. La preuve : selon eux, puisqu'ils tiennent que deux versets venant comme un seul enseignent, la où il n'y a que deux versets, à quoi sert le second verset ? Force est donc de répondre comme je l'ai expliqué. Ou encore : si le troisième n'était pas écrit, on n'aurait pas lu ces deux-là comme un mi'out après mi'out ; car s'il n'y avait que la teroumat hadéchen et son propre mi'out, la teroumat hadéchen elle-même n'est pas un mi'out. Mais maintenant, du fait que la eglah aroufa est écrite -- de sorte qu'il y a trois versets -- chacun d'eux devient comme un mi'out, et la teroumat hadéchen avec son propre mi'out devient comme un mi'out après un mi'out.
💡 Explication

Nouvelle attaque : la règle chenei ketouvim ein melamdin est elle-même objet de mahloket. Pour l'avis qui tient que deux versets enseignent malgré tout, la parade précédente ne vaut rien. La guemara abandonne alors le terrain des règles générales pour celui des mots : chaque cas porte son propre terme restrictif -- ve-samo pour les cendres, ha-aroufa pour la génisse. Rachi résume la force du procédé : celle-ci et pas une autre.

Tossefot, dans une glose d'une densité exceptionnelle, demande pourquoi il en faut deux quand un seul suffirait, et découvre un piège : deux restrictions écrites dans un même passage s'annulent et se retournent en extension (ein mi'out a'har mi'out ela le-rabot). Il faut donc qu'elles soient logées dans deux passages distincts.

🖼️ Schéma
Pourquoi DEUX mi'outim ? Le raisonnement de Tossefot Question de départ : un seul mot restrictif aurait dû suffire. À quoi sert le second ? Hypothèse : un seul mi'out teroumat hadéchen + son propre mi'out + eglah aroufa = trois ketouvim, donc n'enseignent pas. Mais deux d'entre eux sont au MÊME endroit... Le retournement Un mi'out après un mi'out, dans le même passage, ne restreint plus : il ÉLARGIT (ein mi'out a'har mi'out ela le-rabot). On aboutirait à l'inverse du but recherché. D'où la nécessité du second mi'out : ha-aroufa Chaque cas porte désormais son propre mot restrictif, dans son propre passage. Plus de mi'out après mi'out au même endroit -- donc plus de retournement en ribouy. L'exclusion tient. Seconde réponse de Tossefot (aussi valable) Sans le troisième verset, on n'aurait même pas lu ces deux-là comme un mi'out après mi'out : la teroumat hadéchen seule n'est pas un mi'out. C'est l'arrivée de la eglah aroufa qui donne à chacun ce statut.
Le point le plus technique du daf : ce n'est pas la quantité de versets qui compte, mais leur répartition. Deux restrictions dans un même passage se retournent en extension -- il faut donc les séparer.
6
וְהָנֵי תְּלָתָא קְרָאֵי בְּדָם — לָמָּה לִי?

Et ces trois versets énoncés à propos du sang -- pourquoi me sont-ils nécessaires ?

📜 Rachi (1)
תְּלָתָא קְרָאֵי כְּתִיבִי לָכֶם לְכַפֵּר הוּא:
lakhem (à vous), lekhaper (pour expier), hou (c'est lui).
💡 Explication

Retour à la sougya du sang étudiée en 59b. On y avait tiré de Lévitique 17,11 trois derachot distinctes -- lakhem, lekhaper, hou -- pour exclure le sang de la me'ila. Mais si l'exclusion se déduit déjà des deux cas précédents, ces trois mots deviennent superflus. La guemara va donc leur redistribuer trois rôles.

7
חַד לְמַעוּטֵי מִנּוֹתָר, וְחַד לִמְעוּטֵי מִמְּעִילָה, וְחַד לִמְעוּטֵי מִטֻּומְאָה.

L'un pour l'exclure du notar (le reste consommé au-delà du délai permis), l'un pour l'exclure de la me'ila, et l'un pour l'exclure de la toum'a (l'impureté).

📜 Rachi (1)
חַד לְמַעוּטֵי מִנּוֹתָר שֶׁאִם אָכַל דַּם נוֹתָר בְּשׁוֹגֵג אֵינוֹ חַייָּב אֶלָּא אַחַת מִשּׁוּם דָּם וְכֵן אִם אָכַל דַּם קָדָשִׁים בְּטֻומְאַת הַגּוּף שֶׁהִיא בְּכָרֵת בְּכֻולָּן אֵינוֹ חַייָּב אֶלָּא אַחַת מִשּׁוּם דָּם וְכֵן אִם שָׁגַג בַּדָּם וְהֵזִיד בְּאַחַת מֵאֵלּוּ פָּטוּר מִכָּרֵת:
Car si quelqu'un a mangé par inadvertance du sang devenu notar, il n'encourt qu'une seule responsabilité, au titre du sang. De même, s'il a mangé du sang de kodachim alors qu'il était lui-même en état d'impureté -- cas normalement passible de karet dans tous les autres cas -- il n'encourt qu'une seule responsabilité, au titre du sang. Et de même, s'il a agi par inadvertance quant au sang et délibérément quant à l'une de ces transgressions, il est exempt du karet.
🗂️ Tossefot (1)
חַד לְמַעוֹטֵי מִנּוֹתָר וְחַד לְמַעוֹטֵי מִטֻּומְאָה תֵּימַהּ דִּבְחַד קְרָא סַגִּי לִמְעוּטֵי תַּרְוַיְיהוּ דְּכֵיוָן דְּאִימְּעִיט חַד מִינַּייְהוּ יָלְפִינַן אִידָךְ מִינֵּיהּ בג"ש דְּחִילּוּל כִּדְיָלְפִינַן לְהוּ מְהֻדְּדֵי בְּפֶרֶק בֵּית שַׁמַּאי (זְבָחִים דַּף מה.) גַּבֵּי קָדְשֵׁי נָכְרִים וְלִי קָשֶׁה דְּלָא הֲוָה צָרִיךְ קְרָא לֹא לְנוֹתָר וְלֹא לְטֻומְאָה דְּכֵיוָן דְּפִיגּוּל לֹא צָרִיךְ קְרָא דְּהָוֵה לֵיהּ דָּבָר שֶׁאֵין לוֹ מַתִּירִין נִיְתּוֹ בק"ו וּמַה פִּיגּוּל שֶׁהוּא בִּקְבוּעָה וּבִידִיעָה אַחַת וְלֹא הֻותַּר מִכְּלָלוֹ אֵינוֹ חַיָּיב עָלָיו טֻומְאָה שֶׁהִיא בְּעוֹלֶה וְיוֹרֵד וּבִשְׁתֵּי יְדִיעוֹת דַּוְקָא וְהֻותַּר מִכְּלָלוֹ לֹא כָּל שֶׁכֵּן וְכֵיוָן דְּנָפְקָא לָן טֻומְאָה בְּקַל וָחֹומֶר מִפִּיגּוּל הֲדַר יָלְפִינַן נוֹתָר בְּחִילּוּל חִילּוּל דְּדָבָר הַלָּמֵד בק"ו חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בג"ש כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נ:) וְנִרְאֶה לִי דאע"ג דַּעֲבִיד גְּמָרָא קַל וָחֹומֶר זֶה לִפְטוֹר בְּדָבָר שֶׁאֵין לוֹ מַתִּירִין מִשּׁוּם טֻומְאָה קַל וָחֹומֶר פְּרִיכָא הוּא דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לְפִיגּוּל שֶׁאֵינוֹ נוֹהֵג לְאַחַר זְרִיקָה וְשֶׁאֵין פְּסוּלוֹ בְּגוּפוֹ אֶלָּא בְּמַחְשָׁבָה בְּעָלְמָא וְשֶׁאֵינוֹ מְטַמֵּא תֹּאמַר בְּטֻומְאָה דְּשַׁייְכָא אֲפִילּוּ לְאַחַר זְרִיקָה וּפְסוּלוֹ בְּגוּפוֹ וְשֶׁכֵּן מְטַמְּאָה וְהָא דַּעֲבִיד הָתָם הַאי קַל וָחֹומֶר עִיקָּרוֹ אג"ש סְמִיךְ דְּמָצֵי לְמֵילַף חִילּוּל חִילּוּל מִנּוֹתָר וְנוֹתָר עָוֹן עָוֹן מִפִּיגּוּל וְהָא דְּיָלֵיף לָהּ מק"ו וְלָא קָאָמַר בְּהֶדְיָא מג"ש י"ל מִשּׁוּם דס"ד לְמֵילַף בע"א מֵהֶיקֵּישָׁא דְּאִיתַּקַּשׁוּ אֲכִילַת קוֹדֶשׁ בְּטֻומְאָה לְשִׁימּוּשׁ בְּטֻומְאָה בִּקְרָא דִּוְיִנְזְרוּ כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רִ"י שָׁם בְּרֵישׁ פ"ב דִּזְבָחִים (דַּף טו: ד"ה אֶלָּא) וסד"א כִּי הֵיכִי דְּעִיקַּר שִׁימּוּשׁ בְּטֻומְאָה הָוֵי אַף בְּדָבָר שֶׁאֵין לוֹ מַתִּירִין הָכִי נָמֵי אֲכִילַת קוֹדֶשׁ בְּטֻומְאָה ואע"ג דג"ש עֲדִיפָא שָׁאנֵי הָכָא כֵּיוָן דְּהֶיקֵּשׁ לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִילֵּי אַחֲרֵינִי וג"ש אִיצְטְרִיךְ לְמִילֵּי אַחֲרֵינִי הֶיקֵּישָׁא עֲדִיפָא וּלְהָכִי קָאָמַר קַל וָחֹומֶר דְּכֵיוָן דְּפִיגּוּל חָמוּר בְּכַמָּה עִנְיָנִים וְאֵינוֹ חַייָּב אֶלָּא בִּדְבָרִים שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַתִּירִין א"כ מִיסְתַּבְּרָא לְמִיגְמַר טֻומְאָה מִינֵּיהּ בג"ש וְלֹא נִידְרוֹשׁ הֶיקֵּישָׁא כְּלָל דְּאֵינוֹ כָּל כָּךְ הֶיקֵּשׁ גָּמוּר כֵּיוָן שֶׁלֹּא הֻוזְכְּרוּ בְּהֶדְיָא בִּקְרָא דִּוְיִנְזְרוּ אֲכִילָה וְשִׁימּוּשׁ אֲבָל הָא קַשְׁיָא לִי מַאי אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר אֲבָל פִּיגּוּל לָא צְרִיךְ קְרָא מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ דָּבָר שֶׁאֵין לוֹ מַתִּירִין לֵימָא דְּלָא צְרִיךְ קְרָא מִשּׁוּם דְּגָמַר עָוֹן עָוֹן מִנּוֹתָר אֶלָּא [י"ל] דִּגְזֵירָה שָׁוָה דַּעֲוֹן עָוֹן וְחִילּוּל חִילּוּל לֹא נִיתְּנָה אֶלָּא לְמַאי דִּכְתִיב בְּהֶדְיָא אֲבָל הָנֵי דִּרְשׁוּת דְּלָכֶם וְהוּא לְכַפֵּר לָא מַשְׁמַע אֶלָּא לְאַפּוֹקִינְהוּ מִמְּעִילָה וְהָא דְּדָרְשִׁינַן מִינַּייְהוּ נוֹתָר וְטֻומְאָה הַייְנוּ בְּאִם אֵינוֹ עִנְיָן לִמְעִילָה וְכֵיוָן דְּלָא נָפְקִי אֶלָּא בְּאִם אֵינוֹ עִנְיָן לָא גָּמְרִינַן מִינַּייְהוּ בִּגְזֵירָה שָׁוָה:
Étonnant : un seul verset aurait suffi pour exclure les deux, car dès lors que l'un des deux est exclu, on déduit l'autre par la guezera chava de 'hilloul (profanation) -- comme on les déduit l'un de l'autre au chapitre Beit Chammai (Zeva'him 45a) à propos des kodachim des non-juifs. Et pour moi la difficulté est plus grande encore : il ne fallait de verset ni pour le notar ni pour la toum'a. Car puisque le pigoul n'a pas besoin de verset -- le sang étant une chose qui n'a pas de matirin -- que les deux autres viennent par un kal va-'homer : si le pigoul, dont le sacrifice est fixé (korban kavoua), qui ne requiert qu'une seule prise de conscience (yedi'a) et qui n'a pas été permis même partiellement, n'entraîne pourtant aucune responsabilité [pour le sang], la toum'a -- qui relève du korban olé ve-yored, qui requiert précisément deux yedi'ot et qui a été permise partiellement [pour le service public] -- à plus forte raison ! Et puisque la toum'a nous vient par kal va-'homer depuis le pigoul, on déduit ensuite le notar par la guezera chava 'hilloul-'hilloul : car une chose apprise par kal va-'homer peut à son tour enseigner par guezera chava, comme il est dit au chapitre Eizehou Mékomân (Zeva'him 50b). Et il me semble que, bien que la guemara construise ce kal va-'homer pour exempter -- s'agissant d'une chose sans matirin -- au titre de la toum'a, c'est là un kal va-'homer réfutable (pirkha) : on peut objecter que le pigoul ne s'applique plus après la zerika (aspersion du sang), que son invalidité ne tient pas à son corps mais à une simple pensée (ma'hchava), et qu'il ne rend pas impur -- tandis que la toum'a s'applique même après la zerika, tient au corps même, et contamine. Et si la guemara construit là-bas ce kal va-'homer, c'est qu'elle s'appuie en réalité sur une guezera chava : on peut déduire 'hilloul-'hilloul depuis le notar, et le notar avon-avon depuis le pigoul. Et pourquoi le déduit-elle par kal va-'homer sans dire explicitement la guezera chava ? On peut répondre : parce qu'on aurait pu penser le déduire autrement, par le hekech (rapprochement) qui rapproche le fait de manger du kodech en état d'impureté du fait de servir en état d'impureté, dans le verset ve-yinazrou -- comme l'a expliqué le Ri là-bas, au début du deuxième chapitre de Zeva'him (15b, s.v. ela). Et l'on aurait pu dire : de même que le service en état d'impureté vaut même pour une chose sans matirin, ainsi en va-t-il de la consommation de kodech en état d'impureté. Et bien qu'une guezera chava soit ordinairement préférable, ici c'est différent : puisque le hekech n'est requis pour rien d'autre alors que la guezera chava est requise pour d'autres choses, le hekech l'emporte. C'est pourquoi elle dit un kal va-'homer : puisque le pigoul est plus sévère à plusieurs égards et que l'on n'y est pourtant redevable que pour des choses ayant des matirin, il est logique d'en déduire la toum'a par guezera chava et de ne pas interpréter du tout le hekech -- lequel n'est d'ailleurs pas un hekech pleinement formé, puisque manger et servir ne sont pas mentionnés explicitement dans le verset ve-yinazrou. Mais voici ce qui me pose difficulté : pourquoi fallait-il dire quant au pigoul, il n'y a pas besoin de verset parce que c'est une chose sans matirin ? Qu'elle dise plutôt qu'il n'y a pas besoin de verset parce qu'on le déduit avon-avon depuis le notar ! Mais on peut répondre que la guezera chava avon-avon et 'hilloul-'hilloul n'a été transmise que pour ce qui est écrit explicitement. Or ces derachot de lakhem, hou et lekhaper n'indiquent rien d'autre que leur exclusion de la me'ila ; et si l'on en tire le notar et la toum'a, c'est par le procédé du im eino inyan (si ce n'est pas pertinent ici, applique-le ailleurs). Et puisqu'ils ne s'en déduisent que par im eino inyan, on n'en apprend pas par guezera chava.
💡 Explication

Répartition des trois mots : chacun écarte le sang d'un régime de gravité différent. Le notar (reste au-delà du délai), la me'ila, la toum'a (consommation de kodachim par une personne impure). Ces trois transgressions sont normalement passibles de karet ; le sang, lui, ne relève que de sa propre interdiction. Rachi tire la conséquence pratique : une seule faute, jamais deux cumulées.

Tossefot conteste la nécessité de trois versets par une chaîne de déductions (kal va-'homer puis guezera chava), puis la désamorce : les trois mots ne parlent explicitement que de me'ila, et n'atteignent le notar et la toum'a que par im eino inyan -- un report. Or un enseignement obtenu par report ne peut pas servir de base à une guezera chava.

🖼️ Schéma
La grande difficulté de Tossefot : les trois versets sont-ils vraiment nécessaires ? L'objection en chaîne Le pigoul ne demande aucun verset (le sang est un matir). De là, un kal va-'homer donne la toum'a. Et de la toum'a, une guezera chava 'hilloul-'hilloul donne le notar. Deux versets deviennent inutiles ! pigoul exclu sans verset (le sang est un matir) k.v.h. toum'a par kal va-'homer depuis le pigoul g.ch. notar par guezera chava 'hilloul-'hilloul Première réponse : le kal va-'homer est réfutable (pirkha) Le pigoul ne vaut plus après la zerika, son invalidité n'est qu'une pensée, et il ne rend pas impur. La toum'a, elle, vaut après la zerika, tient au corps même, et contamine. La chaîne se brise ici. Réponse décisive : im eino inyan ne fonde pas une guezera chava lakhem, hou et lekhaper ne parlent explicitement que de me'ila. Le notar et la toum'a n'en sortent que par im eino inyan -- un report indirect. On ne bâtit pas de guezera chava sur un tel report.
Tossefot pousse l'économie des versets jusqu'au bout, puis montre pourquoi elle échoue : un enseignement obtenu de biais, par report, n'a pas la force d'un enseignement écrit en toutes lettres.
8
אֲבָל מִפִּיגּוּל לָא צְרִיךְ לְמַעוֹטֵי קְרָא, דִּתְנַן: כָּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַתִּירִין, בֵּין לָאָדָם, בֵּין לַמִּזְבֵּחַ — חַיָּיבִין עָלָיו מִשּׁוּם פִּיגּוּל. וְדָם עַצְמוֹ מַתִּיר הוּא.

Mais pour le pigoul, aucun verset n'est nécessaire pour l'exclure, car nous avons appris dans une michna : tout ce qui a des matirin -- des facteurs qui le rendent permis -- que ce soit pour l'homme ou pour l'autel, on en est redevable au titre du pigoul. Or le sang, lui, est précisément un matir (ce qui rend permis).

📜 Rachi (2)
אֲבָל מִפִּיגּוּל לָא צְרִיךְ לְמַעוֹטֵי שֶׁאִם אָכַל דָּם מִקָּרְבַּן פִּיגּוּל מִמִּילְּתָא אַחֲרִיתִי נָפְקָא לָן דְּפָטוּר מִכָּרֵת דְּפִיגּוּל:
Car si quelqu'un a mangé du sang d'un sacrifice devenu pigoul, c'est d'ailleurs que nous tirons qu'il est exempt du karet du pigoul.
בֵּין לָאָדָם בֵּין לַמִּזְבֵּחַ שֶׁאֲחֵרִים מַתִּירִין אוֹתָן אוֹ לַאֲכִילַת אָדָם כְּגוֹן בְּשַׂר קָדָשִׁים הַנֶּאֱכָל שֶׁתָּלוּי בִּזְרִיקַת הַדָּם שֶׁכָּל זְמַן שֶׁלֹּא נִזְרַק אָסוּר בַּאֲכִילָה כְּדִכְתִיב וְדַם זְבָחֶיךָ יִשָּׁפֵךְ (דְּבָרִים יב) וַהֲדַר וְהַבָּשָׂר תֵּאָכֵל אוֹ מַתִּירִין לַמִּזְבֵּחַ כְּגוֹן אֵימוּרִין שֶׁזְּרִיקַת הַדָּם מִכְשַׁרְתֶּן לַמִּזְבֵּחַ כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא יז) וְזָרַק הַכֹּהֵן אֶת הַדָּם עַל מִזְבַּח ה' וַהֲדַר וְהִקְטִיר הַחֵלֶב לְרֵיחַ נִיחֹוחַ חַייָּבִין עָלָיו מִשּׁוּם פִּיגּוּל אִם אָכַל מֵהֶן מִקָּרְבָּן מְפֻוגָּל חַייָּב כָּרֵת דִּכְתִיב (שָׁם ז) וְהַנֶּפֶשׁ הָאֹוכֶלֶת מִמֶּנּוּ עֲוֹנָהּ תִּשָּׂא אֲבָל מַתִּיר אֶת אֲחֵרִים כְּגוֹן הַדָּם וְהַקּוֹמֵץ אֵין חַיָּיבִין עָלָיו מִשּׁוּם פִּיגּוּל דְּגָמְרִינַן מִשְּׁלָמִים דְּפִיגּוּל בִּשְׁלָמִים כְּתִיב וּשְׁלָמִים יֵשׁ לָהֶן מַתִּירִין לַמִּזְבֵּחַ וּמַתִּירִין לָאָדָם שֶׁהַדָּם מַתִּיר אֶת אֵימוּרֵיהֶן לַמִּזְבֵּחַ וּבְשָׂרָם לַאֲכִילָה:
C'est-à-dire que d'autres choses les rendent permis. Soit permis à la consommation humaine, comme la viande des kodachim que l'on mange, laquelle dépend de la zerika du sang : tant que le sang n'a pas été aspergé elle est interdite à la consommation, ainsi qu'il est écrit et le sang de tes sacrifices sera répandu (Deutéronome 12), puis et la chair, tu la mangeras. Soit permis à l'autel, comme les emourim (les graisses offertes), que la zerika du sang rend aptes à l'autel, ainsi qu'il est écrit et le kohen aspergera le sang sur l'autel de Hachem (Lévitique 17), puis et il fera fumer la graisse en odeur agréable. De ceux-là on est redevable au titre du pigoul : s'il en a mangé d'un sacrifice rendu pigoul, il encourt le karet, ainsi qu'il est écrit et l'âme qui en mange portera sa faute (ibid. 7). Mais ce qui rend d'autres choses permises -- comme le sang et le kometz (la poignée prélevée sur l'offrande de farine) -- n'entraîne aucune responsabilité au titre du pigoul, car nous l'apprenons des chelamim : le pigoul est écrit à propos des chelamim, et les chelamim ont des matirin pour l'autel et des matirin pour l'homme, puisque le sang rend leurs emourim permis à l'autel et leur chair permise à la consommation.
💡 Explication

Le pigoul est un sacrifice invalidé par une intention fautive du kohen au moment du service -- l'intention d'en consommer hors du temps où du lieu prescrits. Le manger expose au karet. Mais la michna pose une limite : seul ce qui a des matirin peut devenir pigoul.

Le sang occupe une position structurelle particulière : il n'est pas ce qui devient permis, il est ce qui rend permis. Il est le matir, pas le mouttâr. Par définition il tombe donc hors du champ du pigoul -- sans qu'aucun verset n'ait à le dire. Rachi montre la source : la règle est apprise des chelamim, seul sacrifice où le pigoul est explicitement écrit, et qui possède les deux types de matirin à la fois.

9
מַתְנִי׳ כָּל מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים הָאָמוּר — עַל הַסֵּדֶר. אִם הִקְדִּים מַעֲשֶׂה לַחֲבֵירוֹ — לֹא עָשָׂה כְּלוּם. הִקְדִּים דַּם הַשָּׂעִיר לְדַם הַפָּר — יַחְזֹור וְיַזֶּה מִדַּם הַשָּׂעִיר לְאַחַר דַּם הַפָּר. וְאִם עַד שֶׁלֹּא גָּמַר אֶת הַמַּתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים נִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָבִיא דָּם אַחֵר, וְיַחֲזֹור בַּתְּחִילָּה מִבִּפְנִים.

MICHNA. Tout acte du jour de Kippour énoncé [dans notre michna] l'est selon l'ordre.

Si l'on a fait un acte avant un autre, on n'a rien fait du tout. S'il a fait précéder le sang du bouc au sang du taureau, il revient et asperge du sang du bouc après le sang du taureau.

Et si, avant qu'il n'ait achevé les matanot (aspersions) de l'intérieur, le sang s'est répandu, il apporte un autre sang et recommence depuis le début à l'intérieur.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' הָאֵמוּרִין עַל הַסֵּדֶר בְּמִשְׁנָתֵנוּ:
Dans notre michna [c'est-à-dire : les actes tels qu'ils sont énumérés ici].
⚖️ Rosh (1)
(דַּף כֹּח.) וּכְשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד דְּהַייְנוּ מִשֶּׁהֵאִיר הַמִּזְרָח מוֹרִידִין כֹּהֵן גָּדוֹל לְבֵית הַטְּבִילָה (דַּף ל.) וּפָרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם (דַּף לא:) וּכְדֵי שֶׁיַּכִּיר שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם בְּבִגְדֵי בוּץ פֵּרְסוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ. (דַּף ל.) וּטְבִילָה זוֹ הָיְתָה בִּמְקוֹם חוֹל שֶׁאֵינָהּ בָּאָה לְחוֹבַת הַיּוֹם שֶׁאַף בְּכָל בֹּקֶר צָרִיךְ כָּל אָדָם לִטְבֹּול הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה לַעֲבוֹדָה. פָּשַׁט בְּגָדָיו וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג. (דַּף לא:) הֵבִיאוּ לוֹ בִּגְדֵי זָהָב וְלָבַשׁ וְקִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו (דַּף מג:) מִקִּיתוֹן שֶׁל זָהָב וְלֹא הָיָה כָּאן קִידּוּשׁ בִּפְשִׁיטָה לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי חוֹל וְקַייְמָא לָן דִּתְרֵי קִדּוּשֵׁי חַד אַפְּשִׁיטָה וְחַד אַלְּבִישָׁה. (דַּף לא:) וְאִם הָיָה זָקֵן אוֹ אִיסְטְנִיס שֶׁהַקֹּור הָיָה מַזִּיק לוֹ מְחַמִּין לוֹ חַמִּין מֵעֶרֶב [יוה"כ] וּמְטִילִין לְתוֹךְ הַצּוֹנֵן (דַּף לד:) אוֹ הָיוּ מְחַמִּין חֲתִיכוֹת שֶׁל בַּרְזֶל מֵאֶתְמוֹל וְנוֹתְנִין אוֹתָן הַיּוֹם בְּמַיִם לְחַמְּמָן. אע"פ שֶׁהוּא מְצָרֵף וְאָסוּר מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ שֶׁהוּא גְּמַר מְלֶאכֶת הַבַּרְזֶל לְחָתְכוֹ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לְכָךְ אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת וְאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ. (דַּף לא:) וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת הַתָּמִיד וְקִבֵּל גַּם הוּא אֶת דָּמוֹ וְגוֹמֵר כָּל עֲבוֹדוֹת כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים בְּבִגְדֵי זָהָב עִם הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּהֵיכָל הֲטָבַת הַנֵּרוֹת וּמִנְחַת חָבִיתִין. (דַּף לד:) אח"כ בָּא לְבֵית הַפַּרְוָה וְהָיָה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ. וּפֵרְשׁוּ סָדִין שֶׁל בּוּץ בֵּינוֹ לְבֵין הָעָם וְקָדַשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו לְפִי שֶׁפָּשַׁט בִּגְדֵי קֹדֶשׁ. וְטָבַל וְעָלָה וְנִסְתַּפֵּג וְלָבַשׁ בִּגְדֵי לָבָן שָׁוִין י"ח מָנֶה אוֹ יוֹתֵר אוֹ פָּחוֹת רַק שֶׁיִּהְיוּ טוֹבִים יוֹתֵר מֵאוֹתָם שֶׁלָּבַשׁ בָּעֶרֶב. וּבֵין שְׁנֵיהֶם יֵשׁ לָהֶם לִהְיוֹת שָׁוִים ל' מָנֶה וְאִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף בְּשֶׁל בֹּקֶר טְפֵי מי"ח מָנֶה וְלִגְרֹועַ בְּשֶׁל עָרֵב מי"ב מָנֶה אוֹ אִיפְּכָא הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ רַק שֶׁיִּהְיֶה שֶׁל הַבָּקָר טוֹבִים יוֹתֵר וְיִהְיֶה בֵּין שְׁנֵיהֶם ל' מָנֶה. וְאֵלּוּ יֵשׁ לוֹ מִשֶּׁל צִבּוּר אֲבָל אִם יִרְצֶה לְהוֹסִיף מִשֶּׁלּוֹ יוֹסִיף כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה. [וְקִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו] (דַּף לה:) וּבָא לוֹ אֵצֶל פָּרוֹ וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן צְפוֹנִית מַעֲרָבִית שֶׁל הַמִּזְבֵּחַ בָּאֲוִיר שֶׁבֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ כְּנֶגֶד הַמִּזְבֵּחַ מַמָּשׁ אֶלָּא מָשׁוּךְ לְצַד צָפוֹן. (דַּף לוֹ.) וְהָיוּ מֻוקָּמִים רֹאשׁ הַפָּר שֶׁבָּא רֹאשׁוֹ לְצַד דָּרוֹם וּפָנָיו לַמַּעֲרָב. וְלֹא הָיוּ מַעֲמִידִין אוֹתוֹ לְהֶדְיָא רֹאשׁוֹ לַמַּעֲרָב וַאֲחוֹרָיו לַמִּזְרָח שֶׁמָּא יְרַבֵּץ גְּלָלִים וְזֶה יִהְיֶה גְּנַאי לַמִּזְבֵּחַ. וְהַכֹּהֵן עוֹמֵד בַּמִּזְרָח וּפָנָיו לַמַּעֲרָב וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר אָנָא הַשֵּׁם חָטָאתִי עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי אֲנִי וּבֵיתִי (שָׁם:) כַּחֲכָמִים. וִידּוּי רִאשׁוֹנָה לֹא הָיָה מִתְוַדֶּה אֶלָּא עָלָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ. אָנָא הַשֵּׁם כַּפֶּר נָא לָעֲוֹנוֹת וְכוּ'. וּבִירֻושַּׁל' יֵשׁ בְּהַזְכָּרַת הַשֵּׁם שְׁנִיָּה בְּוִידּוּי הָיָה אוֹמֵר אָנָּא בְּשֵׁם בְּבֵי"ת: (דַּף לז.) וּבָא לוֹ לְמִזְרַח הָעֲזָרָה לְהַגְרִיל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא שֶׁיִּהְיֶה בָּעֲזָרָה. (דַּף לט.) וּסְגָן בִּימִינוֹ וְרֹאשׁ בֵּית אָב בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף סב.) וְשָׁם שְׁנֵי שְׂעִירִים שָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה וְהָיָה לְקִיחָתָם כְּאֶחָד וְכָל זֶה אֵינוֹ מְעַכֵּב שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה. (דַּף לט.) וְקַלְפִּי הָיָה שָׁם [שֶׁל עֵץ וּמַחֲזִיק ב' יָדַיִם] וּבָהּ שְׁנֵי גּוֹרָלוֹת הָאֶחָד חָקוּק בּוֹ לְשֵׁם וְהַשֵּׁנִי לַעֲזָאזֵל. וְהֵם כְּשֵׁרִים מִכָּל דָּבָר וְטוֹרֵף יָדָיו בַּקַּלְפִּי בְּעִנְיָן שֶׁלֹּא יוּכַל לְכַוֵּין אֵיזֶה שֶׁל שֵׁם וְאֵיזֶה שֶׁל עֲזָאזֵל. וְהֶעֱלָה בְּכָל יַד גּוֹרָל אֶחָד [לְשֵׁם שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים] אִם שֶׁל שֵׁם עָלָה בִּימִינוֹ הַסְּגָן אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת יְמִינְךָ. וְאִם בִּשְׂמֹאלוֹ עָלָה בֵּית אָב אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ אֶת שְׂמֹאלֶךָ. וּנְתָנָן עַל שְׁנֵי הַשְּׂעִירִים וְאָמַר לָהּ' חַטָּאת וְאִם לֹא נָתַן הַגּוֹרָלוֹת עַל הַשְּׂעִירִים רַק שֶׁהֶעֱלָה וְיָדַע אֵיזֶהוּ עָלָה בִּימִינוֹ וְאֵיזוֹ בִּשְׂמֹאלוֹ לֹא עִיכֵּב. (דַּף מא:) קָשַׁר לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית [מִשְׁקַל שְׁתֵּי סְלָעִים] בְּרֹאשׁ שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְהֶעֱמִידוֹ בַּשַּׁעַר הַמִּזְרָחִי בְּמָקוֹם שֶׁמּוֹצִיאִין אוֹתוֹ לְשַׁלְּחוֹ וְלַנִּשְׁחָט הָיָה קוֹשֵׁר לָשׁוֹן אֶחָד בְּצַוָּארוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְעָרֵב לֹא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְלֹא בִּשְׁאָר שְׂעִירִים וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כְּתִיב אַף שָׂעִיר שֶׁל שֵׁם יַעֲמִידֶנּוּ כְּנֶגֶד בֵּית שְׁחִיטָתוֹ וְתֵימַהּ דִּבְהֶדְיָא בַּגְּמָרָא מַסִּיק דְּאַקְּשִׁירָה קָאֵי. וּבָא לוֹ אֵצֶל פַּר שְׁנִיָּה וְהִתְוַדָּה עָלָיו וְעַל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיָּבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב לְכָךְ הָיָה מִתְוַדֶּה תְּחִלָּה עָלָיו לְבַדּוֹ שֶׁיִּהְיֶה זַכַּאי. (דַּף מג:) שְׁחָטוֹ וְקִבֵּל דָּמוֹ בַּמִּזְרָק וּנְתָנוֹ לְמִי שֶׁהוּא מְמָרֵס שֶׁלֹּא יִקְרֹושׁ. וְהַמְמָרֵס הָיָה עוֹמֵד עַל הַשּׁוּרָה הָרְבִיעִית שֶׁל הָרִצְפָּה שֶׁל עֲזָרָה שֶׁמִּן הַהֵיכָל וְלַחוּץ. וְנָטַל מַחְתָּה מִזָּהָב אָדֹום שֶׁמַּחֲזֶקֶת שְׁלֹשָׁה קַבִּין וְהָיְתָה דַּקָּה הַרְבֵּה וְהָיָה לָהּ בֵּית יָד אָרֹוךְ שֶׁמַּגִּיעָהּ תַּחַת זְרוֹעוֹ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא זְרוֹעוֹ מְסַיַּיעְתּוֹ. וְהָיָה לָהּ נִישְׁתֹּוק ופרש"י טַבַּעַת שֶׁיִּשְׁמַע קוֹלוֹ בְּבוֹאוֹ. וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' נַרְתִּיק שֶׁהָיָה לָהּ כְּמוֹ נַרְתִּיק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּווֶה כְּשֶׁהִיא מִתְחַמֶּמֶת מִן הַגֶּחָלִים. וְעוֹלָה בְּאֶמְצָעוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְחוֹתֶה מְלֹא הַמַּחְתָּה גַּחֲלֵי אֵשׁ שֶׁכָּלְתָה מֵעֲלֵיהֶן הַשַּׁלְהֶבֶת. וְיָרַד וְהִנִּיחָהּ עַל הָרִצְפָּה בָּעֲזָרָה. (דַּף מז.) וְהוֹצִיאוּ לוֹ מַחְתָּה מְלֵיאָה קְטֹרֶת שֶׁהֶחֱזִירוּ אוֹתָהּ עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לְמַכְתֶּשֶׁת וּשְׁחָקוּהָ הַדַּק כְּדֵי שֶׁתְּהֵא דַּקָּה מִן הַדַּקָּה וְחָפַן מִמֶּנָּה מְלֹא חָפְנָיו שֶׁל כֹּהֵן לְפִי שֶׁהָיוּ מַחֲזִיקִין חָפְנָיו (דַּף מח.) לֹא מְחוּקוֹת וְלֹא גְּדוּשׁוֹת אֶלָּא טְפוּפוֹת. וְהֵרִיקָה מִתּוֹךְ חָפְנָיו לְתוֹךְ כַּף אַחַת וְלָקַח הַמַּחְתָּה שֶׁהָיוּ בָּהּ הַגֶּחָלִים בִּימִינוֹ וְהַכַּף שֶׁל הַקְּטֹרֶת בִּשְׂמֹאלוֹ. (דַּף נא:) וְהָלַךְ בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל הֵיכָל בֵּין מִזְבֵּחַ וְלַמְנוֹרָה עַד שֶׁהִגִּיעַ לִשְׁתֵּי הַפָּרֹוכֹת הַמַּבְדִּילוֹת בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים בִּמְקוֹם אַמָּה טְרַקְסִין שֶׁהָיְתָה בְּבַיִת רִאשׁוֹן. וְהַחִיצוֹנָה הָיְתָה פְּתוּחָה בַּדָּרוֹם וְהַפְּנִימִית בַּצָּפוֹן. אע"ג דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר שֶׁלֹּא הָיָה שָׁם אֶלָּא פָּרֹוכֶת אַחַת בְּהָא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה שֶׁאוֹמֵר שְׁתַּיִם הָיוּ דַּהֲוָה לֵיהּ מַחֲלֹוקֶת וְאַחַ"כּ סְתָם שֶׁלְּאַחַר הַמַּחֲלֹוקֶת שׁוֹנֶה (דַּף נב:) הַחִיצוֹנָה פְּרוּפָה מִן הַדָּרוֹם וְעוֹד דְּר' חֲנִינָא סָבַר כְּרַבִּי יְהוּדָה לְקַמָּן דְּאָמַר בְּצַד צָפוֹן הָיָה עוֹמֵד וּמְחַטֵּא. וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה מֵאוֹתָהּ מִשְׁנָה (דַּף נח:) הִתְחִיל מְחַטֵּא וְיוֹרֵד מֵהֵיכָן הָיָה מַתְחִיל מִקֶּרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י דְּסָבַר דְּפִתְחָהּ בַּצָּפוֹן קָאֵי וַאֲפִילּוּ לְפֵירוּשׁ רָשׁ""י הַהִיא מִשְׁנָה אָתְיָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְר' עֲקִיבָא פְּלִיג עָלֶיהָ בַּבָּרַיְיתָא וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ. (דַּף נב:) וְהָיָה מְהַלֵּךְ בֵּינֵיהֶם עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַצָּפוֹן וְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁדּוֹחֵק בַּאֲצִילֵי יָדָיו שֶׁלֹּא יִשָּׂרֵף הַפָּרֹוכֶת. כְּשֶׁהִגִּיעַ לַצָּפוֹן הָפַךְ פָּנָיו לַדָּרוֹם כְּדֵי שֶׁתְּהֵא יְמִינוֹ לְצַד הָאָרוֹן וְהָלַךְ עַד שֶׁהִגִּיעַ כְּנֶגֶד הָאָרוֹן וְנָתַן הַמַּחְתָּה שֶׁל אֵשׁ בֵּין שְׁנֵי הַבַּדִּים. (דַּף נג:) וּלְאַחַר שֶׁנִּיטַּל הָאָרוֹן נִתְּנָה לְאֶבֶן שְׁתִיָּה שֶׁהָיְתָה שָׁם וְהָיְתָה גְּבוֹהָה מִן הָאָרֶץ שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת. וְחָפַן הַקְּטֹרֶת שֶׁבַּכַּף לְתוֹךְ חָפְנָיו וְצָבַר הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים. (דַּף נג.) וְנִזְהָר שֶׁלֹּא יִתֵּן הַקְּטֹרֶת עַל גַּבֵּי הָאֵשׁ עַד שֶׁהִכְנִיסוֹ לִפְנַי וְלִפְנִים לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִים שֶׁאוֹמְרִים שֶׁנּוֹתֵן בַּהֵיכָל וְנִכְנַס בֶּעָנָן עֲשַׁן הַקְּטֹרֶת. (דַּף נב:) וְהָיָה מַתְחִיל לְצַד פָּנִים שֶׁהוּא חוּצָה לוֹ שֶׁאִם מַתְחִיל אֶצְלוֹ נִמְצָא הֶעָשָׁן עוֹלֶה מִיָּד וּזְרוֹעוֹ נִכְוֶוה. וְנִתְמַלֵּא הַבַּיִת עָשָׁן וְהִנִּיחַ שָׁם הַכַּף וְהַמַּחְתָּה וְיוֹצֵא דֶּרֶךְ כְּנִיסָתוֹ שֶׁהָיוּ פָּנָיו לָאָרוֹן. וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ כָּתוּב טִמְטֵם עֵינָיו וְיָצָא וְאֵין זֶה בַּגְּמָרָא אַדְּרַבָּה מִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ. וְהָכִי אִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי עַד שֶׁלֹּא נִיטַּל הָאָרוֹן הָיָה נִכְנָס וְיוֹצֵא לְאוֹרוֹ שֶׁל אָרוֹן מִשֶּׁנִּיטַּל הָאָרוֹן הָיָה מְגַשֵּׁשׁ וְנִכְנָס מְגַשֵּׁשׁ וְיוֹצֵא. (שָׁם: נג:) וְהָיָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בַּהֵיכָל שֶׁתְּהֵא הַשָּׁנָה כְּתִקְנָהּ. וְלֹא הָיָה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ שֶׁלֹּא לְהַבְעִית אֶת הָעָם הַמְצַפִּים לְצֵאתוֹ. (דַּף נג:) וְנָטַל אֶת הַדָּם מִמִּי שֶׁהָיָה מְמָרֵס וְנִכְנַס לִפְנַי וְלִפְנִים וְעָמַד בֵּין הַבַּדִּים וְהִזָּה אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כְּנֶגֶד הַכַּפֹּורֶת. וְאֵין צָרִיךְ שֶׁיַּגִּיעַ בַּכַּפֹּורֶת אֶלָּא כְּמַצְלִיף. וּפֵירֵשׁ רָשׁ""י כְּסִדְרָן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְהַתּוֹסָפוֹת מְפָרְשִׁין שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לְכַוֵּין שֶׁיִּהְיוּ כְּסִדְרָן אֶלָּא בְּאַחַת שֶׁל מַעְלָה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַטָּה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַעְלָה. וּבְשֶׁבַע שֶׁל מַטָּה מְצַדֵּד גַּב יָדוֹ לְמַעְלָה וּמִזֶּה כְּלַפֵּי מַטָּה. וְכָךְ הָיָה מוֹנֶה. אַחַת. אַחַת וְאַחַת. אַחַת וּשְׁתַּיִם וְכוּ'. יָצָא וְהִנִּיחַ הַמִּזְרָק שֶׁל הַדָּם עַל הַכֵּן שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְשָׁחַט אֶת הַשָּׂעִיר וְעָשָׂה מִדָּמוֹ לִפְנִים כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה. וְיָצָא וְהִנִּיחַ דַּם הַשָּׂעִיר עַל כֵּן שֵׁנִי שֶׁהָיָה בַּהֵיכָל. וְנָטַל דַּם הַפָּר מִן הָכֵן שֶׁהִנִּיחַ עָלָיו וְהִזָּה מִמֶּנּוּ כְּנֶגֶד כָּל הַפָּרֹוכֶת בְּמָקוֹם שֶׁמְּכַווֵּן כְּנֶגֶד הָאָרוֹן אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בִּפְנִים וְאָח""כ מִדַּם הַשָּׂעִיר עַל הַפָּרֹוכֶת כַּאֲשֶׁר עָשָׂה מִדַּם הַפָּר. וְלֹא הָיוּ הַדָּמִים נוֹגְעִים בַּפָּרֹוכֶת. וְאָח""כ עֵירָה דַּם הַפָּר לְתוֹךְ הַמִּזְרָק שֶׁבּוֹ דַּם הַשָּׂעִיר וְחוֹזֵר וּמֵרִיק מִמִּזְרָק הַמָּלֵא לְתוֹךְ הָרֵיקָן כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְעֹורָב יָפֶה יָפֶה. (דַּף נח:) וְיוֹצֵא לְצַד מִזְרָח עַד שֶׁעָבַר מִזְבַּח הַזָּהָב כֻּולּוֹ. וְנָתַן אַרְבַּע מַתָּנוֹת עַל אַרְבַּע קַרְנוֹתָיו וְהָיָה עוֹמֵד בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית וְנָתַן כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּפִתְחָא בַּדָּרוֹם קָאֵי וְנִמְצָא שֶׁפָּגַע בְּקֶרֶן דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית וְשָׁם לֹא הָיָה יָכוֹל לְהַתְחִיל שֶׁהָיָה צָרִיךְ שֶׁיֵּצֵא לַמִּזְרָח עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַמִּזְבֵּחַ לְכָךְ הָיָה נוֹתֵן תְּחִלָּה בְּקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית מַעֲרָבִית צְפוֹנִית צְפוֹנִית מִזְרָחִית. וְלֹא הָיָה מַקִּיף הַמִּזְבֵּחַ בְּרַגְלָיו אֶלָּא עוֹמֵד הַכֹּל בְּמָקוֹם אֶחָד וּמַקִּיף בְּיָדוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי פְּלִיג בְּהָא בַּבָּרַיְיתָא. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ שֶׁאוֹמֵר שֶׁמַּקִּיף בְּיָדָיו. וְעוֹד דר' אֶלְעָזָר סָבַר כְּוָותֵיהּ. וּבַג' הַקְּרָנוֹת שֶׁאֵינָן לְפָנָיו הָיָה מַתְחִיל בְּאֶצְבָּעוֹ לִיתֵּן לְמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ כְּלַפֵּי מַעְלָה וּבְקֶרֶן שֶׁלְּפָנָיו מַתְחִיל מִלְמַעְלָה וּמוֹשֵׁךְ וְיוֹרֵד כְּלַפֵּי מַטָּה. שֶׁאִם הָיָה מַתְחִיל מִלְּמַטָּה וּמוֹשֵׁךְ לְמַעְלָה הָיָה הַדָּם זָב וְיוֹרֵד עַל גַּב יָדוֹ. וּבְמָקוֹם שֶׁגָּמַר הַהַזָּאָה דְּהַיְינוּ בְּקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית הָיָה חוֹתֶה הַגֶּחָלִים שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ אֵילָךְ וְאֵילָךְ וּמִזֶּה עָלָיו שֶׁבַע פְּעָמִים וְהַנִּשְׁאָר לוֹ מִן הַדָּם יִשְׁפֹּוךְ עַל יְסוֹד מַעֲרָבִי שֶׁל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן. (דַּף מג: מד.) וְצָרִיךְ שֶׁלֹּא יִהְיֶה שׁוּם אָדָם בַּהֵיכָל כָּל זְמַן שֶׁעוֹבֵד אֵלּוּ הָעֲבוֹדוֹת. בֵּין שֶׁל הֵיכָל בֵּין שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים. אֲבָל מִבֵּין הָאוּלָם וְהַמִּזְבֵּחַ אֵין צְרִיכִין לִפְרוֹשׁ בִּשְׁעַת עֲבוֹדוֹת שֶׁלִּפְנַי וְלִפְנִים אֶלָּא בְּשֶׁל הֵיכָל. (דַּף ס.) וְאִם שִׁינָּה בְּזֶה הַסֵּדֶר לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. וְאִם הִקְדִּים בַּהֵיכָל דַּם הַשָּׂעִיר לְדַם הַפָּר יַחְזֹור וְיַזֶּה מִדַּם הַשָּׂעִיר. הִלְכָּךְ אִם נִתְעָרֵב לוֹ מִזְרָק שֶׁל דַּם הַפָּר בְּשֶׁל שָׂעִיר יִתֵּן מִשְּׁנֵי הַמִּזְרָקוֹת שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים שֶׁאִם הָרִאשׁוֹן שֶׁל פָּר הָוֵי הָאַחֲרוֹן כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ. וְאִם הוּא שֶׁל שָׂעִיר הֲרֵי הוּא כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ וְיוֹצֵא בִּשְׁנַיִם הָאַחֲרוֹנִים. וְאִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַפָּר קֹודֶם שֶׁגָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים יָבִיא פַּר אַחֵר וּקְטֹרֶת אַחֶרֶת וְיַעֲשֶׂה כְּכָל הַסֵּדֶר הַכָּתוּב לְעֵיל. אֲבָל אִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַשָּׂעִיר קֹודֶם שֶׁנָּתַן מִמֶּנּוּ בִּפְנִים אֵין צָרִיךְ לְהָבִיא אֶלָּא שָׂעִיר אַחֵר כֵּיוָן שֶׁכְּבָר עָשָׂה מַתְּנוֹת הַפָּר וְהַקְּטֹרֶת כְּהִלְכָתָם. וְאִם גָּמַר מַתָּנוֹת הַפְּנִימִית וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּהֵיכָל. וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ אֶחָד מֵהַדָּמִים יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בַּמִּזְבֵּחַ וְאִם גָּמַר מַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ וְנִשְׁפַּךְ. שִׁירַיִים לָא מְעַכְּבִי. וְכָל הַדִּין הַנּוֹהֵג בְּדָמוֹ שֶׁל שָׂעִיר אִם נִשְׁפַּךְ כָּךְ הוּא דִּינוֹ אִם יָמוּת חֲבֵירוֹ הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁבְּאֵיזֶה שָׁעָה שֶׁיָּמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִדְחֶה הַדָּם:
(28a) Lorsque arrive le moment de la che'hita du tamid, c'est-à-dire dès que l'orient s'éclaire, on fait descendre le Kohen Gadol à la maison d'immersion. (30a) On étend un drap de bouts (lin fin) entre lui et le peuple ; (31b) et afin qu'il sache que le service du jour se fait en vêtements de bouts, c'est un drap de bouts que l'on étend. (30à) Cette immersion se faisait en lieu profane, car elle ne relève pas de l'obligation propre du jour : chaque matin déjà, quiconque entre dans la azara pour le service doit s'immerger. Il ôta ses vêtements, s'immergea, remonta et s'essuya. (31b) On lui apporta les vêtements d'or, il les revêtit et sanctifia ses mains et ses pieds (43b) à partir d'une aiguière d'or. Il n'y eut pas ici de kidouch lors du déshabillage, puisqu'il n'avait ôté que des vêtements profanes -- car nous tenons pour établi qu'il y a deux kidouchim, l'un pour le déshabillage et l'autre pour l'habillage. (31b) Et s'il était âgé ou istenis (de constitution délicate), le froid lui étant nuisible, on chauffait pour lui de l'eau la veille de Kippour et on la versait dans l'eau froide ; (34b) ou bien l'on chauffait la veille des morceaux de fer que l'on plongeait le jour même dans l'eau pour la réchauffer. Et bien que cela trempe le métal (tsirouf) et soit interdit au titre de make be-patich -- l'achèvement du travail du fer qui permet de le tailler -- dès lors qu'il n'en a pas l'intention, ce n'est qu'une chevout (interdit rabbinique), et il n'y a pas de chevout au Temple. (31b) Ensuite il abattit le tamid et en recueillit lui-même le sang, et accomplit tous les services dans l'ordre de tous les jours, en vêtements d'or : l'encens du Sanctuaire, l'entretien des lampes et la min'hat 'havitin (l'offrande de farine du Kohen Gadol). (34b) Ensuite il vint à la Beit haParva, qui se trouvait en lieu saint. On étendit un drap de bouts entre lui et le peuple, et il sanctifia ses mains et ses pieds, puisqu'il ôtait des vêtements sacrés. Il s'immergea, remonta, s'essuya et revêtit les vêtements blancs, valant dix-huit manes -- ou plus, ou moins, pourvu qu'ils soient meilleurs que ceux qu'il revêtira le soir. Les deux ensemble doivent valoir trente manes ; s'il veut ajouter à ceux du matin au-delà de dix-huit manes et retrancher à ceux du soir en deçà de douze, ou l'inverse, il en a le droit -- pourvu que ceux du matin soient les meilleurs et que les deux ensemble fassent trente manes. Cela vaut pour ce qui lui vient des fonds publics ; mais s'il veut ajouter de ses propres deniers, il ajoute autant qu'il veut. [Et il sanctifia ses mains et ses pieds.] (35b) Il vint auprès de son taureau, lequel se tenait à l'angle nord-ouest de l'autel, dans l'espace situé entre le Oulam et l'autel, exactement face à l'autel mais décale vers le nord. (36a) On plaçait la tête du taureau de sorte que sa tête soit tournée vers le sud et sa face vers l'ouest. On ne le plaçait pas directement la tête à l'ouest et l'arrière à l'est, de crainte qu'il ne laisse tomber sa fiente, ce qui serait un outrage pour l'autel. Le kohen se tient à l'est, la face vers l'ouest, pose ses deux mains sur lui (semikha) et fait le vidouy (la confession). Voici ce qu'il disait : de grâce Hachem, j'ai fauté, j'ai commis l'iniquité, je me suis révolté, moi et ma maison -- (ibid.) selon les Sages. Lors du premier vidouy, il ne confessait que pour lui-même et les gens de sa maison : de grâce Hachem, expie donc les fautes... etc. Et dans le Yerouchalmi il est dit qu'à la seconde mention du Nom dans le vidouy, il disait ana be-Chem, avec un beit. (37a) Il vint à l'est de la azara pour procéder au tirage au sort (hagrala) : il suffit en effet qu'il soit dans la azara. (39a) Le Segan (l'adjoint du Kohen Gadol) à sa droite et le chef de la maison paternelle (roch beit av) à sa gauche. (62a) Là se trouvaient deux boucs semblables en apparence et en taille, acquis ensemble ; tout cela n'est pas indispensable (me'akev), ce n'est qu'une exigence de mitsva. (39a) Il y avait là une kalpi (urne) [de bois, contenant deux mains] où se trouvaient deux sorts (goralot) : sur l'un était gravé pour Hachem, et sur l'autre pour Azazel. Ils sont valables en toute matière. Il brassait ses mains dans la kalpi de manière à ne pas pouvoir viser lequel est pour Hachem et lequel pour Azazel. Il retirait un sort dans chaque main [pour les deux boucs]. Si celui pour Hachem venait dans sa droite, le Segan lui disait : lève ta droite ; s'il venait dans sa gauche, le roch beit av lui disait : lève ta gauche. Il les posait sur les deux boucs et disait : à Hachem, un 'hatat. Et s'il n'a pas posé les sorts sur les boucs, mais les a seulement tirés en sachant lequel est monté dans sa droite et lequel dans sa gauche, cela n'invalide pas. (41b) Il attachait un ruban d'écarlate [du poids de deux sela'im] à la tête du bouc émissaire et le plaçait à la porte orientale, là d'où on le fait sortir pour l'envoyer ; et à celui qui doit être abattu il attachait un ruban au cou, afin qu'il ne se confonde ni avec le bouc émissaire ni avec les autres boucs. Dans le seder Ata Konanta il est écrit que le bouc pour Hachem aussi, il le place face au lieu de son abattage -- et cela étonne, car la guemara conclut explicitement que ce détail porte sur l'attache du ruban. Il revint auprès de son taureau une seconde fois et confessa sur lui pour lui-même et pour ses frères les kohanim -- car il faut que vienne un innocent pour expier sur le coupable ; c'est pourquoi il confessait d'abord pour lui seul, afin d'être innocent. (43b) Il l'abattit, en recueillit le sang dans un mizrak (bassin) et le remit à celui qui le remue (memares) pour qu'il ne se coagule pas. Le memares se tenait sur la quatrième rangée du dallage de la azara, à partir du Sanctuaire vers l'extérieur. Il prenait une ma'hta (encensoir) d'or rouge, contenant trois kabin, très fine, munie d'un long manche atteignant sous son bras afin que son bras le soutienne. Elle avait un nichtok : Rachi explique un anneau, pour qu'on entende son bruit à son arrivée ; Rabbenou 'Hananel explique une gaine, comme un étui, pour qu'il ne se brûle pas lorsqu'elle s'échauffe au contact des braises. Il montait au milieu de l'autel et prélevait la pleine ma'hta de braises dont la flamme s'était éteinte. Il descendait et la posait sur le dallage de la azara. (47a) On lui apportait une ma'hta pleine de ketoret (encens) -- que l'on avait remise au mortier la veille de Kippour et repilée finement, afin qu'elle soit la plus fine des fines -- et il en prenait une pleine 'hafina de ses deux mains, selon la contenance de ses mains ; (48a) ni rasés ni débordantes, mais bien remplies (tefoufot). Il la versait de ses mains dans un kaf (récipient), prenait la ma'hta contenant les braises dans sa droite et le kaf de l'encens dans sa gauche. (51b) Il avançait par le sud du Sanctuaire, entre l'autel et la menora, jusqu'à parvenir aux deux parokhot (rideaux) séparant le Saint du Saint des Saints, à l'emplacement de l'ama traksin (le mur d'une coudée) qui existait dans le premier Temple. L'extérieure était ouverte au sud et l'intérieure au nord. Bien que Rabbi Yosse tienne qu'il n'y avait là qu'une seule parokhet, la halakha suit ici Rabbi Yehouda qui dit qu'il y en avait deux, car c'est un cas de ma'hloket suivie d'une stam (michna anonyme) : après la ma'hloket, il enseigne (52b) que l'extérieure était agrafée au sud. De plus, Rabbi 'Hanina suit Rabbi Yehouda plus loin, lui qui dit qu'il se tenait du côté nord pour asperger. Et l'on ne peut tirer preuve de cette michna (58b) : il commençait à asperger en descendant -- d'où commençait-il ? de l'angle nord-est, que Rachi explique en tenant que son ouverture était au nord ; car même selon l'explication de Rachi, cette michna suit Rabbi Yosse haGuelili, tandis que Rabbi Akiva le contredit dans une baraita -- et la halakha suit Rabbi Akiva contre un collègue. (52b) Il marchait entre elles jusqu'à parvenir au nord ; et il est dit dans le Yerouchalmi qu'il presse les rideaux de ses coudes afin que la parokhet ne brûle pas. Parvenu au nord, il tournait sa face vers le sud afin que sa droite soit du côté de l'Arche, et avançait jusqu'à se trouver face à l'Arche, puis posait la ma'hta de feu entre les deux barres (badim). (53b) Et après que l'Arche eut été retirée, il la posait sur la Even Chetiya qui se trouvait là, haute de trois doigts au-dessus du sol. Il versait l'encens du kaf dans le creux de ses mains et l'amoncelait sur les braises. (53a) Il prenait garde de ne pas mettre l'encens sur le feu avant de l'avoir introduit dans le Saint des Saints, pour réfuter l'opinion des Tsedoukim qui disent qu'il le met dans le Sanctuaire et entre dans le nuage de fumée de l'encens. (52b) Il commençait par le côté intérieur, qui est éloigné de lui, car s'il commençait du côté proche de lui, la fumée monterait aussitôt et son bras serait brûlé. La maison s'emplissait de fumée ; il y laissait le kaf et la ma'hta et sortait par où il était entré, la face tournée vers l'Arche. Dans le seder Ata Konanta il est écrit qu'il fermait les yeux et sortait, mais cela ne figure pas dans la guemara -- au contraire, il ressort du Yerouchalmi que ce n'est pas nécessaire. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : tant que l'Arche n'avait pas été retirée, il entrait et sortait à la lumière de l'Arche ; une fois l'Arche retirée, il entrait à tâtons et sortait à tâtons. (ibid. 53b) Il faisait une courte prière dans le Sanctuaire, pour que l'année soit comme il faut ; et il ne prolongeait pas sa prière, afin de ne pas effrayer le peuple qui attendait sa sortie. (53b) Il prenait le sang de celui qui le remuait, entrait dans le Saint des Saints, se tenait entre les barres et aspergeait une fois vers le haut et sept fois vers le bas, face au kaporet. Il n'est pas nécessaire que le sang atteigne le kaporet : il asperge ke-matslif (comme celui qui fouette). Rachi explique : dans leur ordre, une vers le haut et sept vers le bas. Les Tossefot expliquent qu'il n'avait pas à viser qu'elles soient dans l'ordre ; mais pour celle d'en haut il tourne le dos de sa main vers le bas et asperge vers le haut, et pour les sept d'en bas il tourne le dos de sa main vers le haut et asperge vers le bas. Et voici comment il comptait : une ; une et une ; une et deux ; etc. Il sortait et posait le mizrak du sang sur le support (ken) qui se trouvait dans le Sanctuaire. Il abattait le bouc et faisait de son sang à l'intérieur comme il avait fait du sang du taureau : une vers le haut et sept vers le bas. Il sortait et posait le sang du bouc sur un second support qui se trouvait dans le Sanctuaire. Il prenait le sang du taureau du support où il l'avait posé et en aspergeait face à toute la parokhet, à l'endroit qui fait face à l'Arche, une vers le haut et sept vers le bas, comme il avait fait à l'intérieur ; puis du sang du bouc sur la parokhet comme il avait fait du sang du taureau. Et les sangs ne touchaient pas la parokhet. Ensuite il versait le sang du taureau dans le mizrak contenant le sang du bouc, puis reversait du mizrak plein dans le vide, afin que le mélange soit parfaitement homogène. (58b) Il sortait vers l'est jusqu'à avoir dépassé tout l'autel d'or, et donnait quatre matanot sur ses quatre cornes, se tenant à l'angle sud-est. Il donnait comme je l'ai expliqué plus haut -- l'ouverture étant au sud, il rencontre d'abord l'angle sud-ouest, où il ne pouvait pas commencer puisqu'il devait sortir vers l'est jusqu'à dépasser l'autel ; c'est pourquoi il donnait d'abord à l'angle sud-est, puis sud-ouest, puis nord-ouest, puis nord-est. Il ne faisait pas le tour de l'autel avec ses pieds, mais restait tout du long au même endroit et faisait le tour avec sa main -- paroles de Rabbi Akiva ; Rabbi Yosse haGuelili le conteste dans une baraita, et la halakha suit Rabbi Akiva contre un collègue, lui qui dit qu'il fait le tour avec ses mains ; de plus Rabbi Elazar est de son avis. Pour les trois cornes qui ne sont pas devant lui, il commençait à donner de son doigt par le bas et tirait vers le haut ; pour la corne qui est devant lui, il commençait par le haut et tirait vers le bas -- car s'il commençait par le bas en tirant vers le haut, le sang coulerait sur le dos de sa main. À l'endroit où il achevait les aspersions, c'est-à-dire à l'angle nord-est, il écartait de part et d'autre les braises qui sont sur l'autel et aspergeait dessus sept fois ; et le reste du sang, il le versait sur le yessod (le fondement) occidental de l'autel extérieur. (43b, 44a) Il faut que personne ne se trouve dans le Sanctuaire tant qu'il accomplit ces services, qu'il s'agisse de ceux du Sanctuaire ou de ceux du Saint des Saints. Mais de l'espace entre le Oulam et l'autel, on n'a pas à se retirer lors des services du Saint des Saints, seulement lors de ceux du Sanctuaire. (60a) Et s'il a modifié cet ordre, il n'a rien fait du tout. S'il a fait précéder, dans le Sanctuaire, le sang du bouc à celui du taureau, il revient et asperge du sang du bouc. Par conséquent, si le mizrak du sang du taureau s'est confondu avec celui du bouc, il donne des deux mizrakim trois fois : si le premier est celui du taureau, le dernier est comme inexistant ; et si c'est celui du bouc, il est lui-même comme inexistant et il s'acquitte par les deux derniers. Et si le sang du taureau s'est répandu avant qu'il n'ait achevé les matanot de l'intérieur, il apporte un autre taureau et un autre encens et accomplit tout l'ordre écrit plus haut. Mais si le sang du bouc s'est répandu avant qu'il n'en ait donné à l'intérieur, il n'a besoin d'apporter qu'un autre bouc, puisqu'il a déjà accompli les matanot du taureau et l'encens selon la halakha. S'il a achevé les matanot intérieures et que l'un des sangs s'est répandu, il en apporte un autre et recommence depuis le début dans le Sanctuaire. S'il a achevé les matanot du Sanctuaire et que l'un des sangs s'est répandu, il en apporte un autre et recommence depuis le début à l'autel. Et s'il a achevé les matanot de l'autel et que le sang s'est répandu -- les chirayim (les restes) ne sont pas indispensables. Et toute la règle qui s'applique au sang du bouc lorsqu'il s'est répandu s'applique de même si son compagnon, le bouc émissaire, vient à mourir : à quelque moment que meure le bouc émissaire, à ce moment-là le sang est écarté (nid'hé).
💡 Explication

Nouvelle michna, et changement complet de registre : on quitte la derasha pour la procédure. Elle pose deux règles. D'abord l'ordre : les actes du jour sont énumérés al ha-seder, et les inverser équivaut à ne rien avoir fait -- il faut refaire.

Ensuite l'accident : le sang se répand avant la fin des aspersions. On ne recommence pas la journée entière ; on reprend au début du lieu en cours. Le Roch, dont la glose ici est un résumé complet du seder ha-avoda de tout le traité, en tire la halakha pratique -- y compris le cas où les deux bassins de sang ont été confondus.

🖼️ Schéma
Le sang se répand : que faut-il refaire ? Règle de la michna : on reprend au début du LIEU en cours, pas au début de la journée. Le sang du taureau ou du bouc se répand avant la fin des aspersions Pendant le Saint des Saints Il apporte un nouveau sang et reprend TOUTES les aspersions intérieures depuis le début. Roch : si c'est le sang du taureau, il faut aussi un nouvel encens. Pendant le Heikhal Les aspersions du Saint des Saints restent acquises. Il reprend au début des aspersions de la parokhet. Pendant l'autel d'or Les deux étapes précédentes restent acquises. Il reprend au début des quatre cornes de l'autel d'or. La raison : che-koulan kappara bifnei atsman Chaque lieu forme une expiation complète et autonome. Une kappara achevée est acquise pour de bon -- R. Elazar et R. Chimon vont plus loin Pour eux, même une kappara inachevée est acquise pour ce qui a déjà été fait : mi-makom che-passak, micham hou mat'hil -- il reprend exactement à l'aspersion où il s'est arrêté.
L'arbre de décision de la michna. Ce qui se joue : jusqu'où remonte l'annulation quand le sang est perdu -- au début de tout, ou seulement au début du lieu en cours.
10
וְכֵן בַּהֵיכָל, וְכֵן בְּמִזְבַּח הַזָּהָב — שֶׁכֻּולָּן כַּפָּרָה בִּפְנֵי עַצְמָן. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק, מִשָּׁם הוּא מַתְחִיל.

Et de même dans le Heikhal (le Sanctuaire), et de même sur l'autel d'or -- car chacune d'elles est une expiation par elle-même. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : de l'endroit où il s'est interrompu, c'est de là qu'il reprend.

📜 Rachi (3)
וְכֵן בַּהֵיכָל נָתַן מִקְצָת מַתָּנוֹת עַל הַפָּרֹוכֶת וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם יָבִיא פַּר אַחֵר וְיַתְחִיל מַתְּנוֹת הַפָּרֹוכֶת וְאֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהַתְחִיל בַּכַּפֹּורֶת:
S'il a donné une partie des matanot sur la parokhet et que le sang s'est répandu, il apporte un autre taureau et recommence les matanot de la parokhet ; il n'a pas besoin de reprendre celles du kaporet.
שֶׁכֻּולָּן כַּפָּרָה בִּפְנֵי עַצְמָן לְפִיכָךְ כַּפָּרָה שֶׁנִּגְמְרָה נִגְמְרָה:
C'est pourquoi une expiation qui a été achevée est achevée [pour de bon].
מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק וַאֲפִילּוּ לֹא נִגְמְרָה אוֹתָהּ כַּפָּרָה אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִיתֵּן מַה שֶׁנָּתַן:
Et même si cette expiation-là n'a pas été achevée, il n'a pas besoin de redonner ce qu'il a déjà donné.
💡 Explication

La clé est dans la formule che-koulan kappara bifnei atsman : chacun des trois lieux d'aspersion -- Saint des Saints, parokhet du Heikhal, autel d'or -- constitue une expiation complète et autonome. Une kappara achevée ne se défait donc jamais rétroactivement.

Rabbi Elazar et Rabbi Chimon poussent le découpage un cran plus loin : l'unité n'est pas le lieu, c'est l'aspersion. Chaque haza'a vaut pour elle-même, donc rien n'est jamais à refaire -- on reprend exactement la où l'on s'est arrêté.

11
גְּמ׳ תָּנוּ: רַבָּנַן כָּל מַעֲשֵׂה יוֹם הַכִּפּוּרִים הָאָמוּר — עַל הַסֵּדֶר. אִם הִקְדִּים מַעֲשֶׂה לַחֲבֵירוֹ — לֹא עָשָׂה כְּלוּם. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי? בִּדְבָרִים הַנַּעֲשִׂין בְּבִגְדֵי לָבָן מִבִּפְנִים, אֲבָל דְּבָרִים הַנַּעֲשִׂין בְּבִגְדֵי לָבָן מִבַּחוּץ, אִם הִקְדִּים מַעֲשֶׂה לַחֲבֵירוֹ — מַה שֶׁעָשָׂה עָשׂוּי.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : tout acte du jour de Kippour énoncé [dans la Torah] l'est selon l'ordre ; si l'on a fait un acte avant un autre, on n'a rien fait du tout.

Rabbi Yehouda a dit : quand cela ? Pour les choses accomplies en vêtements blancs à l'intérieur.

Mais pour les choses accomplies en vêtements blancs à l'extérieur, s'il a fait un acte avant un autre -- ce qui a été fait est fait.

📜 Rachi (2)
גְּמ' מִבִּפְנִים לִפְנַי וְלִפְנִים:
Dans le Saint des Saints.
בְּבִגְדֵי לָבָן מִבַּחוּץ כְּגוֹן הַגְרָלָה וִידּוּי וּשְׁפִיכַת שִׁירַיִם וְכָל מַתְּנוֹת הַפָּרֹוכֶת וּמִזְבַּח הַזָּהָב אִם הִקְדִּים לָהֶן דָּבָר מְאֻוחָר אֵין אֵלּוּ מְעַכְּבִין עָלָיו לְפָוסְלוֹ אֲבָל בִּשְׁחִיטָה וּבַחֲפִינָה מוֹדֶה הוּא דְּצֹורֶךְ פְּנִים כִּפְנִים דָּמֵי:
Comme le tirage au sort, le vidouy, le versement des restes de sang, ainsi que toutes les matanot de la parokhet et de l'autel d'or : s'il leur a fait précéder un acte qui devait venir après, cela ne l'empêche pas [de s'acquitter] et ne rend pas le service passoul. Mais pour la che'hita et la 'hafina (la prise de l'encens à pleines mains), il admet que ce qui est nécessaire à l'intérieur est traité comme l'intérieur.
💡 Explication

La baraita restreint la michna. Pour Rabbi Yehouda, le critère est le lieu : seul le service accompli en vêtements blancs dans le Saint des Saints -- l'encens et les aspersions intérieures -- est indispensable dans son ordre. Tout ce qui se fait dehors, même en vêtements blancs, reste valable si l'ordre a été bousculé.

Rachi ajoute une nuance décisive : la che'hita du taureau et la 'hafina (la prise de l'encens dans les deux mains) se font certes à l'extérieur, mais elles ne sont que la préparation immédiate du service intérieur. Tsorekh pnim ki-fnim : ce qui sert l'intérieur a le statut de l'intérieur.

12
רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בִּדְבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן, בֵּין מִבִּפְנִים בֵּין מִבַּחוּץ. אֲבָל בִּדְבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי זָהָב מִבַּחוּץ — מַה שֶׁעָשָׂה עָשׂוּי. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ: ״וְהָיְתָה זֹּאת לָכֶם לְחֻוקַּת עוֹלָם אַחַת בַּשָּׁנָה״,

Rabbi Nehemia dit : de quoi parle-t-on ? Des choses accomplies en vêtements blancs, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Mais pour les choses accomplies en vêtements d'or à l'extérieur -- ce qui a été fait est fait. Rabbi Yo'hanan a dit : et tous deux ont interprété un seul et même verset : et ceci sera pour vous un statut perpétuel... une fois l'an (Lévitique 16,34).

📜 Rachi (2)
בְּבִגְדֵי זָהָב מִבַּחוּץ כְּגוֹן אֵילּוּ וְאֵיל הָעָם שֶׁהִקְדִּים לָהֶן הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה אֵין מְעַכְּבִין עָלָיו לִפְסֹול:
Comme son propre bélier et le bélier du peuple, auxquels il a fait précéder la sortie du kaf et de la ma'hta : cela ne l'invalide pas.
אַחַת בַּשָּׁנָה אַלְמָא כִּי כְּתִיב חֻוקָּה לְעִיכּוּבָא אַאַחַת בְּשָׁנָה כְּתִיב:
Il ressort donc que lorsque le mot 'houka (statut) est écrit pour rendre une chose indispensable, c'est sur a'hat ba-chana (une fois l'an) qu'il porte.
💡 Explication

Rabbi Nehemia déplace la ligne : le critère n'est plus le lieu mais le vêtement. Tout ce qui se fait en vêtements blancs -- donc y compris la hagrala et le vidouy, accomplis dehors -- exige l'ordre strict. Seul le service en vêtements d'or à l'extérieur, c'est-à-dire le service ordinaire du Temple, y échappe.

Rabbi Yo'hanan révèle que la mahloket ne porte pas sur deux versets rivaux mais sur la portée d'un seul : 'houkat olam. Le mot 'houka est le marqueur classique de ce qui est indispensable (me'akev) ; toute la question est de savoir sur quelle partie du verset il exerce sa juridiction. Rachi tranche : sur à'hat ba-chana.

🖼️ Schéma
R. Yehouda contre R. Nehemia : où passe la ligne de l'indispensable ? Deux critères possibles : le LIEU (dedans / dehors) ou le VÊTEMENT (blanc / or). Rabbi Yehouda -- critère du LIEU Indispensable : seulement ce qui se fait en vêtements blancs À L'INTÉRIEUR. Dehors -- même en blanc -- l'ordre n'invalide pas : hagrala, vidouy, parokhet, autel d'or, chirayim. Rachi : mais chehita et hafina sont des préparatifs de l'intérieur -- traités comme l'intérieur. Rabbi Nehemia -- critère du VÊTEMENT Indispensable : tout ce qui se fait en vêtements BLANCS, dedans comme dehors. Seul le service en vêtements d'or à l'extérieur échappe à la règle : ce qui est fait est fait. Rachi : son bélier, le bélier du peuple, la sortie du kaf et de la ma'hta. Nafka mina : la hagrala et le vidouy faits dans le désordre Valables selon R. Yehouda (c'est dehors), invalides selon R. Nehemia (c'est en blanc). R. Yo'hanan : les deux lisent le même verset ve-hayeta zot lakhem le-houkat olam... à'hat ba-chana. Le mot houka fait l'indispensable ; toute la question est de savoir jusqu'où porte sa juridiction dans le verset.
La carte de la mahloket. Même verset, même mot-clé -- mais l'un découpe le service par le lieu, l'autre par le vêtement.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).