Yoma 60b -- le lieu ou le vêtement : jusqu'où l'ordre du service de Kippour est-il indispensable ?

Yoma 60b

Sougya : Le daf poursuit la mahloket ouverte à la fin de 60a entre Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia sur la portée du mot 'houka dans le verset 'houkat olam... à'hat ba-chana : jusqu'où l'ordre du service de Kippour est-il me'akev, c'est-à-dire indispensable au point que l'inverser revienne à n'avoir rien fait ? La première formulation -- le lieu contre les choses -- est aussitôt écartée, car le mot lieu ne figure pas dans le verset ; la guemara refonde alors la mahloket sur la répartition de deux mots restrictifs, zot et à'hat, que Rabbi Yehouda dépense sur les vêtements blancs du dehors et les vêtements d'or, tandis que Rabbi Nehemia les dépense sur les vêtements d'or et sur les chirayim, les restes du sang versés au yessod.

Une baraita sur ve-khila mekhaper et ha-kodech, où Rabbi Akiva et Rabbi Yehouda inversent la dépendance entre achevé et expié, sert de preuve que Rabbi Yehouda tient les chirayim pour indispensables, et Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi divergent sur la portée de cette baraita : simple machma'out dorchin, ou désaccord réel sur les chirayim. La guemara confronte alors Rabbi Yo'hanan à une déclaration contraire qu'il a faite dans Zeva'him et laisse la difficulté ouverte -- kachya -- ce qui déclenche chez Tossefot la plus longue glose du daf, cinq objections suivies de la solution du Ritsba, qui sépare le fait d'être indispensable du fait de rendre passible celui qui offre au-dehors.

Le daf se clôt sur Rabbi Hanina et la 'hafina de l'encens faite avant l'abattage du taureau : elle se défend par le principe tsorekh pnim ke-fnim dami, un geste requis pour le dedans compte comme le dedans, mais la michna du sang répandu vient aussitôt l'ébranler, et l'objection reste suspendue jusqu'à 61a.

Où l'ordre du service est-il indispensable ? La ligne de partage Un seul verset (Lévitique 16:34), deux lectures. OUI = si l'on inverse l'ordre, on n'a rien fait du tout. Zone du service Rabbi Yehouda Rabbi Nehemia Vêtements blancs -- au DEDANS Saint des saints : encens, sang du taureau, sang du bouc OUI OUI Vêtements blancs -- au DEHORS Heikhal et parvis : tirage au sort, vidouyim, hafina, aspersions NON OUI Chirayim (restes du sang au yessod) Versés au pied de l'autel après les aspersions même sort que les services du dehors NON Vêtements d'or Service ordinaire : tamid, moussafin NON NON NON ne veut pas dire que le service est facultatif : seul son RANG dans la séquence cesse d'être indispensable.
Toute la sougya tient dans cette grille. Rabbi Yehouda restreint la 'houka au Saint des saints ; Rabbi Nehemia l'étend à tout ce qui se fait en vêtements blancs, mais en retire les chirayim.
Deux mots restrictifs pour un seul verset : zot et à'hat Les deux Tanaim lisent le même verset et y trouvent deux mi'outim (restrictions). Ils ne les dépensent pas au même endroit. Lévitique 16:34 Et ceci (ZOT) sera pour vous un statut perpétuel ('houkat olam)... une fois (À'HAT) l'an. zot à'hat Rabbi Yehouda Mi'out 1 : exclut les vêtements blancs AU-DEHORS Mi'out 2 : exclut les vêtements d'or Les chirayim ? Aucun mot ne leur est réservé. Ils suivent le sort des autres services du dehors : me'akev si eux le sont. Rabbi Nehemia Mi'out 1 : exclut les vêtements d'or Mi'out 2 : exclut les chirayim Les vêtements blancs du dehors ? Aucun mot ne les exclut : leur ordre reste indispensable, tirage au sort et vidouyim compris. Nafka mina : pour Rabbi Yehouda le critère est le LIEU du service ; pour Rabbi Nehemia c'est le VÊTEMENT porté. D'où leur désaccord sur les chirayim, qui se font en blanc mais au-dehors.
La guemara abandonne la première formulation (lieu contre choses) parce que le mot lieu n'est pas dans le verset. Elle refonde la mahloket sur la répartition de deux mots restrictifs.
Les chirayim : la contradiction de Rabbi Yo'hanan Deux affirmations de Rabbi Yo'hanan sur ce que tient Rabbi Nehemia. Elles ne tiennent pas ensemble. Ici (Yoma 60b) Rabbi Yo'hanan : les deux Tanaim exposent un seul verset. Conclusion pour Rabbi Nehemia : un mi'out sert à exclure les chirayim. donc : chirayim NON indispensables Là-bas (Zeva'him 111a) Rabbi Yo'hanan : Rabbi Nehemia a enseigné comme celui qui dit que les chirayim sont indispensables -- car il rend passible celui qui les offre au-dehors. donc : chirayim indispensables KACHYA La piste des Tossefot : distinguer deux sortes de chirayim Rav Ada bar Ahava (Zeva'him 111a) : la controverse ne porte que sur les chirayim INTÉRIEURS ; pour les chirayim EXTÉRIEURS, tout le monde s'accorde qu'ils ne sont pas indispensables. Ritsba : être passible au-dehors et être indispensable sont deux questions distinctes -- voir la glose du segment 6.
La guemara laisse la difficulté ouverte (kachya). Les Tossefot y consacrent leur plus longue glose du daf, en séparant deux questions que le raisonnement avait fondues en une.
1
רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: מָקוֹם שֶׁמִּתְכַּפְּרִין בּוֹ פַּעַם אַחַת בַּשָּׁנָה. וְרַבִּי נְחֶמְיָה סָבַר: דְּבָרִים הַמִּתְכַּפְּרִין בָּהֶן פַּעַם אַחַת בַּשָּׁנָה.

Rabbi Yehouda tient : [à'hat ba-chana, une fois l'an, désigne] le LIEU où l'on obtient l'expiation une fois l'an. Et Rabbi Nehemia tient : les CHOSES par lesquelles on obtient l'expiation une fois l'an.

📜 Rachi (2)
רַבִּי יְהוּדָה סָבַר אַמָּקוֹם שֶׁכַּפָּרָתוֹ אַחַת בַּשָּׁנָה כְּתִיבָא חֻוקָּה אֲבָל אַהֵיכָל וְאַעֲזָרוֹת אַפֵּי' דְּבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן שֶׁאֵין כַּפָּרָתָן בְּכֹהֵן גָּדוֹל אֶלָּא אַחַת בַּשָּׁנָה לָא כְּתִיבָא חֻוקָּה:
C'est sur le lieu dont l'expiation a lieu une fois l'an que le mot 'houka (statut) est écrit ; mais sur le heikhal (sanctuaire) et sur les azarot (parvis), même pour les choses accomplies en vêtements blancs, dont l'expiation par le kohen gadol n'a lieu qu'une fois l'an, 'houka n'est pas écrit.
דְּבָרִים הַמִּתְכַּפְּרִים בָּהֶן אַחַת בַּשָּׁנָה בֵּין אַמָּקוֹם בֵּין אַבְּגָדִים:
Aussi bien sur le lieu que sur les vêtements.
💡 Explication

Le daf reprend en pleine mahloket, héritée de 60a. Les deux Tanaim lisent le même verset (Lévitique 16:34) : 'houkat olam... à'hat ba-chana. Le mot 'houka est le marqueur classique de ce qui est me'akev : indispensable, au point que l'inverser revient à n'avoir rien fait. Toute la question est de savoir sur quelle portion du service ce marqueur exerce sa juridiction.

Rabbi Yehouda lit à'hat ba-chana comme la désignation d'un lieu : le seul endroit où l'on pénètre une fois l'an, le Saint des saints. Rabbi Nehemia y lit la désignation d'un type d'acte : tout ce qui participe de cette expiation annuelle, ce que Rachi précise comme incluant le vêtement. La ligne de partage passe donc entre un critère spatial et un critère vestimentaire.

🖼️ Schéma
Les trois zones du Temple et les deux garde-robes du kohen gadol Rabbi Yehouda ne retient que la zone la plus intérieure ; Rabbi Nehemia retient la couleur du vêtement, où qu'on se trouve. AZARA -- le parvis HEIKHAL -- le sanctuaire SAINT DES SAINTS lifnai ve-lifnim au-delà de la parokhet Saint des saints -- vêtements BLANCS encens déposé sur les braises, huit aspersions du sang du taureau, huit du sang du bouc Heikhal -- vêtements BLANCS aspersions sur la parokhet (taureau puis bouc), sept aspersions sur l'autel d'or Azara -- vêtements BLANCS tirage au sort des deux boucs, vidouyim, hafina de l'encens, envoi du bouc, chirayim au yessod Azara -- vêtements d'OR tamid du matin et du soir, moussafin, service ordinaire du Temple
Pour Rabbi Yehouda, seule la bande verte est sous 'houka. Pour Rabbi Nehemia, les trois premières bandes le sont, parce qu'elles ont en commun le vêtement blanc.
2
אַטּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה ״מָקוֹם״ כְּתִיב? אֶלָּא, הַיְינוּ טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה: כְּתִיב ״זֹאת״, וּכְתִיב ״אַחַת״. חַד לְמַעוֹטֵי בִּגְדֵי לָבָן מִבַּחוּץ, וְחַד לְמַעוֹטֵי בִּגְדֵי זָהָב.

Est-ce à dire que, pour Rabbi Yehouda, le mot lieu serait écrit [dans le verset] ? Non.

Voici plutôt la raison de Rabbi Yehouda : il est écrit zot (ceci) et il est écrit à'hat (une fois). L'un vient exclure les vêtements blancs au-dehors, et l'autre vient exclure les vêtements d'or.

📜 Rachi (1)
כְּתִיב זֹאת מַשְׁמַע חֻוקָּה עַל זֹאת כְּתִיבָה וְלֹא עַל אַחֶרֶת:
Cela implique que la 'houka est écrite sur ceci et non sur autre chose.
💡 Explication

La guemara refuse la première formulation : elle était commode mais infidèle au texte. Le mot makom (lieu) ne figure nulle part dans le verset ; on ne peut donc pas faire dire à Rabbi Yehouda qu'il l'y lit. Il faut refonder sa position sur des mots réellement présents.

Ces mots sont zot et à'hat, deux termes restrictifs. En herméneutique talmudique, un mot restrictif est un mi'out : il vaut exclusion. Deux mi'outim autorisent deux exclusions. Rabbi Yehouda les dépense sur les deux catégories qu'il veut mettre hors de la 'houka : les services en vêtements blancs accomplis au-dehors, et l'ensemble du service en vêtements d'or.

3
וְרַבִּי נְחֶמְיָה: חַד לְמַעוֹטֵי בִּגְדֵי זָהָב, וְחַד לְמַעוֹטֵי שִׁירַיִם דְּלָא מְעַכְּבִי. וְרַבִּי יְהוּדָה: אִי מְעַכְּבִי — מְעַכְּבִי, וְאִי לָא מְעַכְּבִי — לָא מְעַכְּבִי.

Et Rabbi Nehemia ? L'un vient exclure les vêtements d'or, et l'autre vient exclure les chirayim (les restes du sang), qui ne sont pas indispensables.

Et Rabbi Yehouda [que dit-il des chirayim] ? S'ils sont indispensables -- ils sont indispensables ; et s'ils ne le sont pas -- ils ne le sont pas.

📜 Rachi (3)
לִמְעוּטֵי שִׁירַיִם שְׁפִיכַת שִׁירַיִם דְּלָא מְעַכְּבִי דָּבָר הַמְאֻוחָר לָהֶם אִם הִקְדִּימוּ לָהֶם ואע"פ שֶׁהֵן נַעֲשִׂין בְּבִגְדֵי לָבָן אֵין סִדְרָן מְעַכֵּב:
L'effusion des chirayim, qui ne rend pas invalide ce qui vient après eux s'il l'a fait avant eux ; et bien qu'ils soient accomplis en vêtements blancs, leur ordre n'est pas indispensable.
וְר' יְהוּדָה אִי מְעַכְּבִי שְׁאָר דְּבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן מִבַּחוּץ בִּכְסִדְרָן מְעַכְּבִי אַף שִׁירַיִם כְּסִדְרָן:
Si les autres choses accomplies en vêtements blancs au-dehors sont indispensables dans leur ordre, les chirayim aussi le sont dans leur ordre.
וְאִי לָא מְעַכְּבִי שְׁאָר דְּבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן לָא מְעַכְּבִי הָנֵי דְּאִינְהוּ נַמֵּי עֲבוֹדָה הַמְעַכֶּבֶת כַּפָּרָה הִיא וּמַאי חָזֵית לְמִעוּטָהּ:
Et si les autres choses accomplies en vêtements blancs ne sont pas indispensables, ceux-ci non plus : car eux aussi sont un service dont dépend l'expiation, et qu'as-tu vu pour aller les exclure, eux ?
💡 Explication

Rabbi Nehemia dispose des mêmes deux mi'outim mais les répartit autrement. Puisque son critère est le vêtement, il n'a pas besoin d'exclure ce qui se fait en blanc au-dehors : il l'inclut. Son second mi'out lui sert donc à retirer un cas particulier de sa propre règle, les chirayim -- le sang qui reste dans la coupe une fois les aspersions faites, et que l'on verse au yessod, le socle de l'autel.

La réponse de Rabbi Yehouda sur les chirayim est purement logique et n'appelle aucun verset : ils sont solidaires du régime des autres services du dehors. Rachi en donne la raison de fond : les chirayim sont eux aussi une avoda dont dépend l'expiation, rien ne justifie de les singulariser. La formule et qu'as-tu vu pour aller les exclure, eux ? est l'exact renversement du procédé de Rabbi Nehemia.

🖼️ Schéma
Ce que sont les chirayim : le sang qui reste après les aspersions Même coupe de sang, deux destinations, deux hauteurs sur l'autel. Une coupe de sang recueillie à la chehita 1. Les matanot (aspersions) l'essentiel de l'expiation indispensables pour tous 2. Les chirayim (le reste) versés au yessod, le socle de l'autel c'est ici que porte la mahloket L'autel, de haut en bas aspersions 'hout ha-sikra (ligne rouge médiane) yessod : chirayim Le désaccord porte sur le RANG des chirayim, pas sur leur nécessité Rabbi Nehemia : un mi'out les exclut. S'il fait avant eux ce qui devait venir après, le service reste valable. Rabbi Yehouda : pourquoi les singulariser ? Eux aussi sont un service dont dépend l'expiation. Ils suivent donc les autres services du dehors, quels qu'ils soient. Rachi : et qu'as-tu vu pour aller les exclure, eux plutôt qu'un autre ?
Les chirayim se font en vêtements blancs mais au-dehors, et après l'essentiel : c'est exactement le point où les deux critères, le lieu et le vêtement, cessent de coïncider.
4
כִּדְתַנְיָא: ״וְכִלָּה מִכַּפֵּר אֶת הַקֹּודֶשׁ״, אִם כָּפַר — כֻּלָּהּ, וְאִם לֹא כָּפַר — לֹא כִּלָּה, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה: מִפְּנֵי מַה לֹא נֶאֱמַר: אִם כִּלָּה — כָּפַר, וְאִם לֹא כִּלָּה — לֹא כָּפַר, שֶׁאִם חִיסֵּר אַחַת מִן הַמַּתָּנוֹת לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם.

Comme il a été enseigné : ve-khila mekhaper et ha-kodech (et il achèvera d'expier le sanctuaire) -- s'il a expié, il a achevé ; et s'il n'a pas expié, il n'a pas achevé. Telles sont les paroles de Rabbi Akiva.

Rabbi Yehouda lui dit : pourquoi ne dirait-on pas plutôt : s'il a achevé, il a expié ; et s'il n'a pas achevé, il n'a pas expié -- de sorte que s'il a omis l'une des aspersions, il n'a rien fait du tout ?

📜 Rachi (2)
כִּדְתַנְיָא דִּלְרַבִּי יְהוּדָה שִׁירַיִם מְעַכְּבִי כַּפָּרָה כִּשְׁאָר הַמַּתָּנוֹת אִי עָקַר לְהוּ לְגַמְרֵי הִלְכָּךְ אִי חֻוקָּה אַשְּׁאָרָא כְּתִיבָא אַדִּידְהוּ נָמֵי כְּתִיבָא:
Car pour Rabbi Yehouda les chirayim conditionnent l'expiation comme les autres aspersions, s'il les a entièrement supprimés ; dès lors, si la 'houka est écrite sur le reste, elle est écrite sur eux aussi.
מִפְּנֵי מַה לֹא נֶאֱמַר מִי מְעַכֵּב עַל יָדֵינוּ שֶׁלֹּא נִדְרוֹשׁ בְּלָשׁוֹן זֶה אִם כִּלָּה כִּפֵּר וְאִם לֹא כִּלָּה לֹא כִּפֵּר:
Qui nous en empêche, que nous n'exposions pas le verset dans ce sens-ci : s'il a achevé, il a expié ; et s'il n'a pas achevé, il n'a pas expié ?
💡 Explication

La guemara produit une baraita pour appuyer la position que l'on vient de prêter à Rabbi Yehouda. Le verset (Lévitique 16:20) juxtapose deux verbes, kila (achever) et kiper (expier) ; on peut faire dépendre l'un de l'autre dans les deux sens, et c'est toute la mahloket.

Rabbi Akiva subordonne l'achèvement à l'expiation : le service est réputé achevé dès lors que l'expiation a eu lieu -- donc une fois l'essentiel des aspersions accompli. Rabbi Yehouda inverse la dépendance : rien n'est expié tant que tout n'est pas achevé. Conséquence directe, et c'est ce que relève Rachi : pour lui l'omission totale des chirayim ruine l'expiation. Or si les chirayim sont à ce point solidaires des autres aspersions, on ne peut plus, comme le fait Rabbi Nehemia, les détacher d'elles dans la question de l'ordre.

🖼️ Schéma
Un verset, deux ordres de lecture : ve-khila mekhaper et ha-kodech Lévitique 16:20. Toute la question est de savoir lequel des deux verbes commande l'autre. Rabbi Akiva kiper -> kila S'il a expié, il a achevé. S'il n'a pas expié, il n'a pas achevé. C'est l'expiation qui commande. Une fois l'essentiel des aspersions fait, c'est achevé. Rabbi Yehouda kila -> kiper S'il a achevé, il a expié. S'il n'a pas achevé, il n'a pas expié. C'est l'achèvement qui commande. Une seule aspersion manquante et il n'a rien fait. Mai beinaihou ? Deux réponses (Zeva'him 52b) Machma'out dorchin Pure divergence de lecture. Aucune conséquence pratique : tous deux tiennent la même halakha. Chirayim me'akvei Divergence réelle. Pour Rabbi Akiva les chirayim omis n'empêchent rien ; pour Rabbi Yehouda si.
La baraita sert ici de preuve : si Rabbi Yehouda tient que l'omission totale des chirayim ruine l'expiation, il ne peut pas les traiter à part des autres aspersions dans la question de l'ordre.
5
וְאָמְרִינַן: מַאי בֵינַייְהוּ? רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. חַד אָמַר: מַשְׁמָעוּת דּוֹרְשִׁין אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. וְחַד אָמַר: שִׁירַיִם מְעַכְּבִי אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ.

Et nous avons dit à ce propos : quelle est la différence entre eux ? Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi.

L'un dit : c'est la portée de l'exégèse (machma'out dorchin) qui les sépare. Et l'autre dit : c'est la question de savoir si les chirayim sont indispensables qui les sépare.

📜 Rachi (3)
וְאָמְרִינַן בְּאֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נב:):
Dans [le chapitre] Eizehou mekoman (Zeva'him 52b).
מַשְׁמָעוּת דּוֹרְשִׁין מַר מַשְׁמַע לֵיהּ הָכִי וּמַר מַשְׁמַע לֵיהּ הָכִי:
L'un comprend le verset ainsi, et l'autre le comprend ainsi.
שִׁירַיִם מְעַכְּבִי אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ רַבִּי עֲקִיבָא סָבַר שִׁירַיִם לָא מְעַכְּבִי וְהָכִי קָאָמַר אִם כָּפַר עִיקַּר הַמַּתָּנוֹת כֻּלָּהּ וְאַפֵּי' לֹא שָׁפַךְ שִׁירַיִם וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר מְעַכְּבִי וְהָכִי קָאָמַר אִם כָּלָה הַכֹּל אָז כִּפֵּר וְאִם לֹא כָּפַר הַכֹּל אֵין הַכַּפָּרָה שֶׁל מַתָּנוֹת כַּפָּרָה:
Rabbi Akiva tient que les chirayim ne sont pas indispensables, et voici ce qu'il dit : s'il a expié par l'essentiel des aspersions, il a achevé, même s'il n'a pas versé les chirayim. Et Rabbi Yehouda tient qu'ils sont indispensables, et voici ce qu'il dit : s'il a tout achevé, alors il a expié ; et s'il n'a pas tout expié, l'expiation des aspersions n'est pas une expiation.
💡 Explication

La guemara pose la question qu'elle pose toujours devant deux formulations rivales : mai beinaihou, qu'y a-t-il entre eux ? Deux Amoraim y répondent différemment, et l'écart entre leurs réponses est considérable.

Machma'out dorchin signifie que la divergence est entièrement exégétique : les deux Tanaim tiennent la même halakha et ne diffèrent que sur la manière de la tirer du verset. La seconde réponse fait au contraire de la baraita une mahloket réelle, dont l'enjeu est précisément le statut des chirayim. C'est cette seconde lecture qui intéresse notre sougya, puisque c'est elle qui met Rabbi Yehouda du côté de ceux qui tiennent les chirayim pour indispensables.

6
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: תַּנָּא רַבִּי נְחֶמְיָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר שִׁירַיִם מְעַכְּבִי! קַשְׁיָא.

Mais Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ? N'est-ce pas Rabbi Yo'hanan lui-même qui a dit : Rabbi Nehemia a enseigné conformément à celui qui dit que les chirayim sont indispensables !

C'est une difficulté (kachya).

📜 Rachi (2)
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי דִּלְרַבִּי נְחֶמְיָה שִׁירַיִם לָא מְעַכְּבִי דְּקָאָמְרִינַן לְעֵיל שְׁנֵיהֶן מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ וּמַסְּקָנָא לֵר' נְחֶמְיָה חַד לְמַעוֹטֵי שִׁירַיִם דְּלָא מְעַכְּבִי:
[A-t-il vraiment dit] que pour Rabbi Nehemia les chirayim ne sont pas indispensables ? Car nous avons dit plus haut que tous deux exposent un seul et même verset, et la conclusion est que, pour Rabbi Nehemia, l'un des mots vient exclure les chirayim, qui ne sont pas indispensables.
וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בְּמַסֶּכֶת זְבָחִים בְּפֶרֶק הַשּׁוֹחֵט וְהַמַּעֲלֶה בַּחוּץ (שָׁם קיא.) תַּנָּא רַבִּי נְחֶמְיָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר שִׁירַיִם מְעַכְּבִי דְּקָאָמַר רַבִּי נְחֶמְיָה הָתָם שְׁיָרֵי הַדָּם שֶׁהִקְרִיבָן בַּחוּץ חַיָּיב אַלְמָא עֲבוֹדָה הֵן בִּפְנִים וְקָרֵינַן בְּהוּ (וַיִּקְרָא י״ז:ט׳) וְאֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד לֹא יְבִיאֶנּוּ וְגוֹ' וְנִכְרָת:
Dans le traité Zeva'him, au chapitre Ha-cho'het ve-ha-ma'alé ba-'houts (là-bas, 111a) : Rabbi Nehemia a enseigné conformément à celui qui dit que les chirayim sont indispensables -- car Rabbi Nehemia dit là-bas que celui qui a offert au-dehors les restes du sang est passible ; il en ressort que ce sont un service du dedans, et que l'on applique à leur sujet le verset (Lévitique 17:9) : et il ne l'amènera pas à l'entrée de la tente d'assignation... il sera retranché.
🗂️ Tossefot (1)
תַּנָּא רַבִּי נְחֶמְיָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר שִׁירַיִם מְעַכְּבִי' מַשְׁמַע דַּוְקָא מִשּׁוּם דִּמְעַכְּבִי הָא אִי לָא מְעַכְּבִי לָא מִיחַייַּב עֲלַייְהוּ בַּחוּץ וְתֵימַהּ דְּמַשְׁמַע בִּזְבָחִים פֶּרֶק בֵּית שַׁמַּאי (זְבָחִים דַּף לט.) דְּרַבִּי נְחֶמְיָה בְּשִׁירַיִם הַחִיצוֹנִים אַיְירֵי וְהָתָם מַיְיתֵי בָּרַייְתָא דָּמִים הַנִּשְׁפָּכִים לָאַמָּה אֵין חַייָּבִין עֲלֵיהֶן בַּחוּץ וְאֵין מַחֲשָׁבָה פּוֹסֶלֶת בָּהֶן וְאֵין טָעוּן כִּיבּוּס וּפָרִיךְ לִיפְלוֹג וְלִיתְנֵי בְדִידַהּ אֲפִילּוּ בְּדָמִים כְּשֵׁירִים בְּשָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת שֶׁבְּחַטָּאת דְּאֵין טָעוּן כִּיבּוּס וְאֵין מַחֲשָׁבָה פּוֹסֶלֶת בָּהֶן וְאֵין חַייָּבִין עֲלֵיהֶן בַּחוּץ וּמְשַׁנֵּי הָא מַנִּי רַבִּי נְחֶמְיָה הִיא דְּאָמַר שְׁיָרֵי הַדָּם שֶׁהִקְרִיבָן בַּחוּץ חַיָּיב וְלָא מִיתְּנֵי לֵיהּ תְּלָתָא פְּטוּרֵי בַּהֲדֵי תְּלָתָא חִיּוּבֵי אַלְמָא לְרַבִּי נְחֶמְיָה שְׁלֹשָׁה מַתָּנוֹת שֶׁבְּחַטָּאת אֵין טָעוּן כִּיבּוּס וְאֵין מַחֲשָׁבָה פּוֹסֶלֶת בָּהֶן א"כ הוּא הַדִּין נָמֵי דְּלָא מְעַכְּבִי וְאַפֵּי' הָכֵי הִקְרִיבָן בַּחוּץ חַיָּיב אִם כֵּן הוּא הַדִּין שִׁירַיִם אע"ג דְּלָא מְעַכְּבִי לִיחַייַּב עֲלַייְהוּ בַּחוּץ וְעוֹד אֵיךְ יִתָּכֵן זֶה דִּלְרַבִּי נְחֶמְיָה שְׁלֹשָׁה מַתָּנוֹת שֶׁבְּחַטָּאת לָא מְעַכְּבִי וְשִׁירַיִם מְעַכְּבִי וְעוֹד דְּמַשְׁמַע בְּרֵישׁ פֶּרֶק בֵּית שַׁמַּאי (זְבָחִים לח.) ול בפ"ק (יוֹמָא דַּף טו.) דְּלָא מָצִינוּ דָּמִים שֶׁחֶצְיָין לְמַטָּה וְחֶצְייָן לְמַעְלָה בְּחַד מָקוֹם שֶׁיְּהוּ מְעַכְּבִין וּלְפִי זֶה הֲרֵי מָצִינוּ לְרַבִּי נְחֶמְיָה וְעוֹד הִקְשָׁה רַבֵּינוּ יַעֲקֹב מאורליינ"ש דִּבְפֶרֶק בֵּית שַׁמַּאי (גז"ש) מַשְׁמַע דִּבְחִיצוֹנִים אַיְירֵי וּבְפֶרֶק הַשּׁוֹחֵט וְהַמַּעֲלֶה (זְבָחִים דַּף קיא.) אֲנַן וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה מַחְלֹוקֶת בְּשִׁירַיִם הַפְּנִימִים אֲבָל בְּשִׁירַיִם הַחִיצוֹנִים דִּבְרֵי הַכֹּל אֵין מְעַכְּבִין כִּי קָאָמַר ר' נְחֶמְיָה בְּשִׁירַיִם הַפְּנִימִים וְעוֹד דִּבְסוֹף פֶּרֶק הַשּׁוֹחֵט וְהַמַּעֲלֶה (זְבָחִים דַּף קיב.) גַּחֲטָאת שֶׁקִּיבֵּל דָּמָה בִּשְׁנֵי כּוֹסוֹת דְּמוֹקֵי לָהּ כְּרַבִּי נְחֶמְיָה וְקָאָמַר מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה וְכוּ' וּמוּקֵי לָהּ בִּשְׂעִיר נָשִׂיא אַלְמָא רַבִּי נְחֶמְיָה בַּחִיצוֹנִים אַיְירֵי דֻּומְיָא דִּשְׂעִיר נָשִׂיא מִיהוּ הָא לָא קַשְׁיָא דאע"ג דְּהַמָּשָׁל הָוֵי בִּשְׂעִיר נָשִׂיא אִיכָּא לְמֵימַר רַבִּי נְחֶמְיָה בַּפְּנִימִיִּים אַיְירֵי מִכָּל מָקוֹם שְׁאָר הַקֻּושְׁיוֹת תִּיקְשֵׁי לָן וְאֵין לְתָרֵץ דְּסֻוגְיָא דְּרֵישׁ פֶּרֶק בֵּית שַׁמַּאי (זְבָחִים דַּף לח:) דִּכְרַבִּי יוֹחָנָן כֵּיוָן דִּבְפֶרֶק הַשּׁוֹחֵט וְהַמַּעֲלֶה (זְבָחִים קיא.) בְּנָא מִיתּוֹקְמָא מִילְּתָא דְרַבִּי יוֹחָנָן בָּתַר דְּאָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה כּוּ' וְתֵירֵץ רַבֵּינוּ חַיִּים כֹּהֵן זצ"ל דה"ק רַבִּי יוֹחָנָן תַּנָּא רַבִּי נְחֶמְיָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר שִׁירַיִם הַפְּנִימִיִּים מְעַכְּבִין וְאִילּוּ הָיָה עוֹשֶׂה אוֹתָן בַּחוּץ חַייָּב א"כ יֵשׁ לְחַיֵּיב בַּחִיצוֹנִים בַּחוּץ אע"ג דְּלָא מְעַכְּבִין דְּגָמְרִינַן מֵאֵיבָרִים וּפְדָרִים דְּאִי פָּרְכַת מַה לְאֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁכֵּן תְּחִילַּת עֲבוֹדָה שִׁירַיִם הַפְּנִימִיִּים יוֹכִיחוּ וְאִי פָּרְכַת מַה לְשִׁירַיִם הַפְּנִימִיִּים שֶׁכֵּן מְעַכְּבִין אֵיבָרִים וּפְדָרִים יוֹכִיחוּ וְלָא נְהִירָא לריצב"א דְּהֵיכִי קָאָמַר שִׁירַיִם הַפְּנִימִים יוֹכִיחוּ שֶׁהֵן סוֹף עֲבוֹדָה וַהֲלֹא תְּחִילַּת עֲבוֹדָה קוֹרֵא אוֹתָם בְּהַשּׁוֹחֵט וְהַמַּעֲלֶה לְמָאֵן דְּאָמַר פְּנִימִיִּים מְעַכְּבִי עַל כֵּן פֵּירֵשׁ ריצב"א דִּלְמַסְּקָנָא דְּמַסְּקִינַן דְּשִׁירַיִם הַחִיצוֹנִים לְרַבִּי נְחֶמְיָה לָא מְעַכְּבִי ה"פ תַּנָּא רַבִּי נְחֶמְיָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר שִׁירַיִים הַפְּנִימִיִּים מְעַכְּבִין וְכֵיוָן דִּמְעַכְּבִין מִסְתַּבֵּר לַעֲשׂוֹת חִיצוֹנִים כְּמוֹ תְּחִילַּת עֲבוֹדָה לְכָל הַפָּחוֹת וּלְדַמּוֹת לְאֵיבָרִים וּפְדָרִים דְּכֵיוָן דְּרַחֲמָנָא אַחְשְׁבִינְהוּ כֻּולֵּי הַאי לַפְּנִימִיִּים דִּמְעַכְּבִי יֵשׁ לָנוּ לַעֲשׂוֹת חִיצוֹנִים כִּתְחִילַּת עֲבוֹדָה כֵּיוָן דְּלָא הָווּ בִּמְקוֹם הַמַּתָּנוֹת אֶלָּא ע"ג אִיצְטַבַּת הַיְּסוֹד הָווּ לְהוּ תְּחִלַּת עֲבוֹדָה אַחֶרֶת וְאֵין סוֹף עֲבוֹדָה רִאשׁוֹנָה ואע"ג דְּלָא מְעַכְּבִי חַיָּיב עֲלֵיהֶם בַּחוּץ מִידִי דַּהֲוָה אַאֵבָרִים וּפְדָרִים דְּלָא מְעַכְּבִי וְחַיָּיבִין עֲלֵיהֶם בַּחוּץ וְהַייְנוּ דְּאָמַר פֶּרֶק בֵּית שַׁמַּאי (זְבָחִים דַּף לח:) אֵימוֹר דְּשָׁמְעַתְּ לֵיהּ לְרַבִּי נְחֶמְיָה לְעִנְיַן הַעֲלָאָה בַּחוּץ מִידֵּי דַּהֲוָה אַאֵיבָרִים וּפְדָרִים דְּמֵאֵיבָרִים וּפְדָרִים לְחוּדַיְיהוּ יָלֵיף כִּדְפָרֵישִׁית ואע"ג דְּפַרְכֵיהּ רַבִּי עֲקִיבָא לֹא אִם אָמַרְתָּ בְּאֵיבָרִים וּפְדָרִים שֶׁכֵּן תְּחִילַּת עֲבוֹדָה וְלָא אַהְדַּר לֵיהּ וְלָא מִידֵי הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּלָא צְרִיךְ דְּפִירְכָא דְּר' עֲקִיבָא לָא הָוְיָא פִּירְכָא אֶלָּא אַלִּיבָּא דְּנַפְשֵׁיהּ דְּקָסָבַר שִׁירַיִם הַפְּנִימִיִּים אֵינָן מְעַכְּבִין וְהָא דְּפָרִיךְ לֵיהּ מֵעִיקָּרָא נָמֵי רַבִּי עֲקִיבָא וַהֲלֹא שְׁיָרֵי הַדָּם שְׁיָרֵי מִצְוָה הֵן אַלִּיבָּא דְּנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר פִּי' אֲפִילּוּ בַּפְּנִימִיִּים וְרַבִּי נְחֶמְיָה הֵשִׁיבוּ אֵיבָרִים וּפְדָרִים יוֹכִיחוּ וְלִדְבָרָיו דְּרַבִּי עֲקִיבָא קָאָמַר כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם וְלָא לְגַמְרֵי לִדְבָרָיו דְּאַפֵּי' לְדִבְרֵי עַצְמוֹ צָרִיךְ רְאָיָה מֵאֵיבָרִים וּפְדָרִים אֶלָּא בְּהָא הוּא לִדְבָרָיו דְּמַשְׁמַע דְּמוֹדֵי לֵיהּ בְּמַאי דְּקָרֵי לֵיהּ שְׁיָרֵי מִצְוָה וְאִיהוּ לָא ס"ל הָכִי אֶלָּא ס"ל דִּפְנִימִיִּים מְעַכְּבִין וּמִינַּייְהוּ יָלֵיף חִיצוֹנִים לְחַייֵּב בַּחוּץ כִּדְפָרֵי' וְהַשְׁתָּא אָתֵי שַׁפִּיר דְּקָתָנֵי שְׁיָרֵי הַדָּם סְתָמָא בְּמָתְנֵי' וּבַבָּרַיְיתָא דְּחַייָּב דְּמַשְׁמַע דִּבְכוּלְּהוּ מִחַייַּב ר' נְחֶמְיָה וּמֵאוֹתוֹ טַעַם שֶׁפֵּירַשׁ' דִּתְחִילַּת עֲבוֹדָה חֲשִׁיב לְחַיֵּיב בַּחוּץ וְגָמְרִינַן לְהוּ מֵאֵיבָרִים לְפִי שֶׁאֵינָן בִּמְקוֹם תְּחִילַּת הַמַּתָּנוֹת אֶלָּא עַל גַּב הַיְּסוֹד מֵהַהוּא טַעְמָא הֲוָה ס"ד מֵעִיקָּרָא דִּמְעַכְּבִין חִיצוֹנִים דְּאִם לֹא כֵן מֵאֵיזֶה טַעַם הֲוָה סָבוּר לוֹמַר דִּמְעַכְּבִי מִקַּמֵּי דְּאַיְּיתִי מִילְּתָא דְּרַב אַדָּא וַהֲוָה ס"ד דַּאֲפִילּוּ חִיצוֹנִים מְעַכְּבִי וְהָא לֵיכָּא קְרָא אֶלָּא בַּפְּנִימִיִּים וְכַלָּה מְכַפֵּר אִם כָּלָה כִּפֵּר אֶלָּא ע"כ מִטַּעְמָא דְּפָרֵישִׁית ור"ת פֵּירֵשׁ בע"א וְקָשֶׁה טוּבָא לְפִי' לָכֵן לֹא כְּתַבְתִּיו וּבִזְבָחִים פֶּרֶק בֵּית שַׁמַּאי (גז"ש) מְפֹורָשׁ בְּתוֹסָפוֹת:
Cela implique que c'est précisément parce qu'ils sont indispensables que l'on est passible ; mais s'ils n'étaient pas indispensables, on n'en serait pas passible au-dehors. Et cela est étonnant, car il ressort de Zeva'him, chapitre Beit Chamai (39a), que Rabbi Nehemia parle des chirayim EXTÉRIEURS. On y cite en effet une baraita : le sang qui se répand dans le canal (amah) -- on n'en est pas passible au-dehors, la ma'hchava (intention illicite) ne l'invalide pas, et il n'exige pas le kibbous (lavage du vêtement éclaboussé). Et la guemara demande : qu'elle distingue et enseigne dans son propre cas, même pour du sang casher, dans le cas des trois aspersions du 'hatat (le sang restant lorsque trois des quatre aspersions ont été faites), qu'il n'exige pas le kibbous, que la ma'hchava ne l'invalide pas et qu'on n'en est pas passible au-dehors. Et elle répond : de qui est cette baraita ? De Rabbi Nehemia, qui dit que celui qui a offert au-dehors les restes du sang est passible -- et il ne lui convenait pas d'enseigner trois exemptions à côté de trois obligations. Il en ressort que, pour Rabbi Nehemia, le sang des trois aspersions du 'hatat n'exige pas le kibbous et la ma'hchava ne l'invalide pas ; s'il en est ainsi, il n'est pas non plus indispensable -- et pourtant, s'il l'a offert au-dehors, il est passible. S'il en est ainsi, il en va de même pour les chirayim : bien qu'ils ne soient pas indispensables, on devrait en être passible au-dehors. Et de plus : comment cela se peut-il, que pour Rabbi Nehemia les trois aspersions du 'hatat ne soient pas indispensables tandis que les chirayim, eux, le seraient ? Et de plus : il ressort du début du chapitre Beit Chamai (Zeva'him 38a) et du premier chapitre (Yoma 15a) que nous ne trouvons pas de sang dont une moitié va en bas et l'autre moitié en haut, en un même endroit, qui soit indispensable ; or, selon cela, nous en trouvons précisément un chez Rabbi Nehemia. Et de plus, Rabbenou Yaakov d'Orléans a objecté : au chapitre Beit Chamai il ressort qu'il parle des chirayim extérieurs, alors qu'au chapitre Ha-cho'het ve-ha-ma'alé (Zeva'him 111a) nous disons : maintenant que Rav Ada bar Ahava a dit que la controverse porte sur les chirayim INTÉRIEURS, mais que pour les chirayim EXTÉRIEURS tout le monde s'accorde qu'ils ne sont pas indispensables -- c'est donc des chirayim intérieurs que Rabbi Nehemia parle. Et de plus, à la fin du chapitre Ha-cho'het ve-ha-ma'alé (Zeva'him 112a), à propos du 'hatat dont il a recueilli le sang dans deux coupes, la guemara établit le cas selon Rabbi Nehemia et dit : à quoi la chose ressemble-t-elle, etc., et elle l'établit sur le bouc du nassi -- il en ressort que Rabbi Nehemia parle des extérieurs, à l'image du bouc du nassi. Toutefois cette dernière objection n'en est pas une : bien que la parabole porte sur le bouc du nassi, on peut dire que Rabbi Nehemia parle des intérieurs ; il reste néanmoins toutes les autres objections. Et l'on ne peut pas répondre que la sougya du début du chapitre Beit Chamai (Zeva'him 38b) n'est pas conforme à Rabbi Yo'hanan, puisque au chapitre Ha-cho'het ve-ha-ma'alé (Zeva'him 111a) aussi la parole de Rabbi Yo'hanan est établie après que Rav Ada bar Ahava a parlé, etc. Rabbenou Haim Cohen, que sa mémoire soit bénie, a répondu : voici ce que dit Rabbi Yo'hanan -- Rabbi Nehemia a enseigné conformément à celui qui dit que les chirayim INTÉRIEURS sont indispensables et que, s'il les faisait au-dehors, il serait passible ; dès lors, il faut rendre passible aussi pour les extérieurs au-dehors, bien qu'ils ne soient pas indispensables, car nous l'apprenons des membres et des graisses (evarim ou-pedarim). En effet, si tu objectes : que dire des membres et des graisses, qui sont un début de service ? -- les chirayim intérieurs le prouveront. Et si tu objectes : que dire des chirayim intérieurs, qui sont indispensables ? -- les membres et les graisses le prouveront. Mais cela ne paraît pas juste au Ritsba : comment peut-il dire que les chirayim intérieurs le prouvent, en tant qu'ils seraient une FIN de service, alors qu'au chapitre Ha-cho'het ve-ha-ma'alé on les appelle un DÉBUT de service, selon celui qui tient que les intérieurs sont indispensables ? C'est pourquoi le Ritsba a expliqué : selon la conclusion, qui est que pour Rabbi Nehemia les chirayim extérieurs ne sont pas indispensables, voici le sens -- Rabbi Nehemia a enseigné conformément à celui qui dit que les chirayim intérieurs sont indispensables ; et puisqu'ils sont indispensables, il est raisonnable de traiter les extérieurs au moins comme un début de service et de les assimiler aux membres et aux graisses. Car puisque le Miséricordieux leur a accordé tant d'importance pour les intérieurs, au point qu'ils soient indispensables, nous devons traiter les extérieurs comme un début de service : n'étant pas versés à l'endroit des aspersions mais sur la banquette du yessod (itstavat ha-yessod), ils constituent le début d'un AUTRE service et non la fin du premier. Et bien qu'ils ne soient pas indispensables, on en est passible au-dehors, tout comme les membres et les graisses, qui ne sont pas indispensables et dont on est pourtant passible au-dehors. Et c'est ce que dit le chapitre Beit Chamai (Zeva'him 38b) : admets que tu as entendu Rabbi Nehemia quant à l'élévation au-dehors, comme il en va des membres et des graisses -- car c'est des seuls membres et graisses qu'il l'apprend, comme je l'ai expliqué. Et bien que Rabbi Akiva lui ait objecté : non, si tu dis cela des membres et des graisses, c'est qu'ils sont un début de service -- et que [Rabbi Nehemia] ne lui ait rien répondu, c'est parce qu'il n'en avait pas besoin : l'objection de Rabbi Akiva n'est une objection que selon sa propre opinion, lui qui tient que les chirayim intérieurs ne sont pas indispensables. Et ce que Rabbi Akiva lui objectait au départ : mais les restes du sang ne sont que le reliquat d'une mitsva (chirei mitsva) ! -- il le disait selon sa propre opinion, c'est-à-dire même pour les intérieurs ; et Rabbi Nehemia lui a répondu : les membres et les graisses le prouveront, et il parlait selon les paroles de Rabbi Akiva, comme la guemara l'explique là-bas -- mais pas entièrement selon ses paroles, car même selon sa propre opinion il a besoin de la preuve tirée des membres et des graisses. Il parle selon lui sur ce seul point : il semble lui concéder de les appeler chirei mitsva, alors que lui-même ne tient pas ainsi mais tient que les intérieurs sont indispensables, et c'est d'eux qu'il apprend les extérieurs pour rendre passible au-dehors, comme je l'ai expliqué. Et maintenant cela se comprend bien : la michna et la baraita enseignent chirei ha-dam sans préciser, et disent qu'il est passible -- ce qui implique que Rabbi Nehemia rend passible pour tous, et pour la raison que j'ai expliquée, à savoir que cela compte comme un début de service pour rendre passible au-dehors ; et nous les apprenons des membres, puisqu'ils ne sont pas à l'endroit des premières aspersions mais sur le yessod. C'est pour cette même raison qu'on avait d'abord pensé que les extérieurs sont indispensables ; car sinon, pour quelle raison aurait-on cru pouvoir dire qu'ils sont indispensables avant que ne soit citée la parole de Rav Ada, et qu'on ait pensé que même les extérieurs le sont, alors qu'il n'y a de verset que pour les intérieurs -- ve-khila mekhaper, s'il a achevé il a expié ? Il faut donc nécessairement que ce soit pour la raison que j'ai expliquée. Et Rabbenou Tam a expliqué la chose autrement, mais son explication soulève de très grandes difficultés, c'est pourquoi je ne l'ai pas écrite ; et dans Zeva'him, chapitre Beit Chamai, cela est expliqué dans les Tossefot.
💡 Explication

La guemara confronte Rabbi Yo'hanan à lui-même. Ici, il fonde les deux positions sur un seul verset, ce qui aboutit à faire dire à Rabbi Nehemia que les chirayim ne sont pas indispensables. Ailleurs (Zeva'him 111a), il affirme que Rabbi Nehemia enseigne comme celui qui les tient pour indispensables. La guemara ne résout pas : elle conclut kachya, difficulté, ce qui laisse la contradiction ouverte.

Le raisonnement de Zeva'him passe par la che'houtei 'houts : celui qui offre au-dehors du Temple un service qui appartient au-dedans encourt le karet. Si Rabbi Nehemia rend passible celui qui offre les chirayim au-dehors, c'est qu'il les tient pour une avoda de plein droit -- d'où l'inférence qu'ils seraient indispensables.

C'est exactement cette inférence que les Tossefot vont attaquer, sur toute la longueur de leur glose : ils accumulent cinq objections contre elle, puis proposent, avec le Ritsba, de dissocier les deux propriétés. Être passible au-dehors se dérive des evarim ou-pedarim, les membres et les graisses, qui ne sont pas indispensables et rendent pourtant passible. Argument de fond du Ritsba : les chirayim extérieurs ne sont pas versés là où se font les aspersions mais sur la banquette du yessod -- ils ouvrent donc un service, ils n'en referment pas un.

🖼️ Schéma
La longue glose des Tossefot : deux questions qu'il faut cesser de confondre Être indispensable (me'akev) et rendre passible si on l'offre au-dehors sont deux propriétés indépendantes. Est-ce indispensable ? Passible si offert au-dehors ? Membres et graisses (evarim ou-pedarim) début d'un service à part entière NON mais OUI, passible Chirayim INTÉRIEURS restes du sang des services du dedans OUI OUI, passible Chirayim EXTÉRIEURS versés sur la banquette du yessod NON OUI, passible Rabbenou Haim Cohen : un tsad ha-chave (point commun) entre deux sources Les membres et graisses ne sont pas indispensables ; les chirayim intérieurs ne sont pas un début de service. Chacun répare la faiblesse de l'autre -- mais le Ritsba refuse la prémisse : ils SONT appelés début de service. Réponse du Ritsba : une seule source suffit Les chirayim extérieurs ne sont pas versés là où se font les aspersions mais sur la banquette du yessod : c'est donc le DÉBUT d'un autre service, comme les membres et les graisses. D'où la passibilité, sans être me'akev.
Le nœud des Tossefot : la guemara semble déduire la passibilité au-dehors du caractère indispensable. Le Ritsba coupe le lien et dérive la passibilité d'un tout autre chemin.
7
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: קְטוֹרֶת שֶׁחֲפָנָהּ קֹודֶם שְׁחִיטָתוֹ שֶׁל פַּר — לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. כְּמַאן — דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאִי רַבִּי יְהוּדָה, הָאָמַר: כִּי כְּתִיבָא ״חֻוקָּה״ — בִּדְבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן מִבִּפְנִים הוּא דִּכְתִיבָא!

Rabbi Hanina a dit : l'encens dont il a fait la 'hafina (la prise à pleines mains) avant l'abattage du taureau -- il n'a rien fait du tout. Selon qui ?

Ce n'est pas selon Rabbi Yehouda : car si c'était Rabbi Yehouda, n'a-t-il pas dit que là où 'houka est écrit, c'est sur les choses accomplies en vêtements blancs au-dedans qu'il est écrit !

💡 Explication

Nouveau développement, qui applique la mahloket à un cas précis. La 'hafina est le geste par lequel le kohen gadol prend l'encens à pleines mains dans le vase pour le porter dans le Saint des saints. Elle s'accomplit dans l'azara, donc au-dehors, et en vêtements blancs. Rabbi Hanina exige que la che'hita du taureau la précède, sous peine de nullité totale.

La guemara identifie aussitôt la difficulté : une exigence d'ordre aussi absolue suppose la 'houka, or pour Rabbi Yehouda la 'houka ne couvre que le dedans. La déclaration de Rabbi Hanina semble donc ne pouvoir tenir que selon Rabbi Nehemia.

8
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יְהוּדָה, צֹורֶךְ פָּנִים — כְּפָנִים דָּמֵי. תְּנַן: אִם עַד שֶׁלֹּא גָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים נִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָבִיא דָּם אַחֵר, וְיַחֲזֹור וְיַזֶּה בַּתְּחִילָּה מִבִּפְנִים. וְאִם אִיתָא, יַחְזֹור וְיַחְפֹּון מִבְּעֵי לֵיהּ!

Tu peux même dire que c'est Rabbi Yehouda : ce qui est requis pour le dedans est considéré comme le dedans (tsorekh pnim ke-fnim dami). Nous avons appris dans la michna : si le sang s'est répandu avant qu'il n'ait achevé les aspersions du dedans, il apportera un autre sang et recommencera à asperger depuis le début, au-dedans.

Or s'il en est ainsi, il aurait fallu dire : il recommencera aussi la 'hafina !

📜 Rachi (1)
יָבִיא דָּם אַחֵר וְיַתְחִיל וַהֲרֵי כְּבָר נִקְטַר הַקְּטֹורֶת וְזֶה שׁוֹחֵט פָּר:
[Il apportera un autre sang et recommencera :] or l'encens a déjà été brûlé, et celui-ci abat un [nouveau] taureau.
💡 Explication

La guemara sauve d'abord Rabbi Yehouda par un principe de grande portée : tsorekh pnim ke-fnim dami, un acte accompli au-dehors mais dont toute la raison d'être est le service du dedans est traité comme un acte du dedans. La 'hafina n'existe que pour l'encens du Saint des saints : elle est donc rattachée au dedans, et la 'houka la couvre.

Puis elle attaque ce principe avec la michna. Si le sang du taureau se répand en cours d'aspersions, on abat une autre bête et on reprend les aspersions du début. Mais la michna ne dit rien de la 'hafina. Rachi expose le problème dans sa nudité : l'encens a déjà été offert, et voici que l'on abat un nouveau taureau -- la séquence che'hita puis 'hafina se trouve donc inversée, et cela ne trouble personne.

Le daf s'arrête sur cette objection non résolue ; la réponse ouvrira 61a.

🖼️ Schéma
La hafina de l'encens : un geste du dehors au service du dedans Rabbi Hanina exige que la chehita du taureau précède la prise de l'encens. Comment le concilier avec Rabbi Yehouda ? 1. Chehita du taureau azara, vêtements blancs 2. Hafina de l'encens azara, vêtements blancs 3. Encens au-dedans Saint des saints 4. Sang du taureau Saint des saints La difficulté L'étape 2 se fait au-DEHORS. Pour Rabbi Yehouda, 'houka ne porte que sur le dedans. L'ordre 1 puis 2 ne devrait donc pas être indispensable. La parade Tsorekh pnim ke-fnim dami : un geste du dehors accompli POUR le dedans compte comme le dedans. La hafina n'existe que pour l'encens du dedans. La contre-attaque de la guemara, tirée de la michna Cas : le sang se répand avant la fin des aspersions du dedans. Ce que dit la michna : il apporte un autre sang Ce qu'elle aurait dû dire : et il refait aussi la hafina Rachi : or l'encens a déjà été brûlé, et voici qu'il abat un nouveau taureau -- la séquence chehita puis hafina est donc rompue, et la michna ne s'en émeut pas. Le daf s'arrête sur cette objection ; la réponse viendra en 61a.
Le daf se referme sur une objection non résolue. Si tsorekh pnim ke-fnim dami était vrai, la reprise du sang devrait entraîner la reprise de la hafina.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).