Yoma 61a -- quand le sang se répand : chaque station du service est une expiation close sur elle-même

Yoma 61a

Sougya : Le daf ouvre en liquidant l'objection restée suspendue à la fin de 60b -- la michna ne parlait que du sang, son silence sur l'encens n'autorise rien -- puis rapporte la règle sévère de Oulla : un bouc abattu avant que le sang du taureau n'ait été aspergé au-dedans n'a pas été abattu du tout, et il faut une autre bête. La michna semblait la contredire ; on la restreint alors aux présentations du Heikhal, où seule l'aspersion est en cause.

La sougya se recentre ensuite sur son objet propre : deux baraitot découpent le service en stations -- Saint des saints, Heikhal, autel d'or -- et établissent que chacune est une kappara bifnei atsma, une expiation entière en elle-même. De ce principe découle toute la casuistique du sang répandu : on ne revient jamais sur une station achevée, on ne peut que reprendre celle qui était en cours.

Sur ce point précis, le tanna anonyme veut qu'on la refasse entière, Rabbi Elazar et Rabbi Chimon qu'on reprenne mi-makom che-passak, là où l'on s'est arrêté. Rabbi Yo'hanan ramène les deux camps à un seul mot du verset mi-dam hatat ha-kippourim ahat ba-chana : ahat compte-t-il les bêtes -- hatat ahat, une seule bête par station -- ou les gestes -- hitouy ehad, pas de doublon d'une aspersion déjà faite ?

Un second thème croise ce débat au passage : le partage des expiations entre kohanim, Leviim et Israélites, où Rabbi Yehouda fait dépendre tout le monde du viddouy du bouc émissaire pour les fautes ordinaires, tandis que Rabbi Chimon construit deux circuits parallèles et affranchit les kohanim du bouc émissaire. La dernière moitié du daf transporte la mahloket sur le log d'huile du metzora : Rabbi croyait tenir de Rabbi Yaakov une distinction, mais une baraita montre que la même controverse s'y rejoue, et l'on corrige un mot -- non pas il a distingué, mais il a enseigné.

Reste à expliquer pourquoi l'huile posée sur la tête du purifié n'est pas indispensable : le seul mot reste ne suffit pas, puisque l'oblation l'emploie aussi sans que ses restes cessent d'être indispensables. La réponse tient au redoublement du terme -- chirei chirayim, un reste de reste -- et le daf s'arrête sur une déclaration de Rabbi Yo'hanan à peine commencée.

Les quatre stations du sang -- et jusqu'où l'on recommence Chaque station est une kappara close sur elle-même. Le sang répandu ne fait jamais tout perdre : il fait perdre SA station. 1. Saint des saints lifnai ve-lifnim une en haut, sept en bas entre les barres de l'arche 2. Heikhal ohel moed une en haut, sept en bas vers le parokhet 3. Autel d'or mizbeah -- sens littéral les quatre cornes, puis sept sur la surface 4. Chirayim restes versés au yessod NON indispensables de l'avis de tous Le sang se répand : que perd-on ? AU MILIEU d'une station Nouveau sang -- et l'on reprend cette station depuis sa première aspersion. Les stations DÉJA achevées, elles, sont acquises. On ne revient jamais en arrière d'une station. APRÈS avoir achevé une station Nouveau sang -- et l'on entre directement dans la station SUIVANTE, au début de celle-ci. Fondement : kappara bifnei atsma -- chaque station est une expiation entière, achevée, non reprise. D'où vient ce découpage ? De deux versets, chacun a son office Lévitique 16:33 -- ve-khiper et mikdach ha-kodech : le verset RÉPARTIT les expiations entre les lieux (Saint des saints, Heikhal, autel, parvis) et entre les personnes (kohanim, Israélites, Leviim). Lévitique 16:20 -- ve-khila mekhaper : le même découpage, lu cette fois comme trois expiations SEPAREES. C'est ce second verset qui fournit le mot décisif : kappara bifnei atsma, une expiation à part entière.
La grille de tout le daf. Le service du sang de Kippour n'est pas un bloc unique mais une chaîne de stations, chacune close sur elle-même. Le mot clé est kappara bifnei atsma : une expiation à part entière. Il commande la réponse à la seule question qui compte quand le sang se répand -- où faut-il reprendre ? Réponse : au début de la station en cours, jamais avant.
Un verset, deux lectures : recommencer la station ou reprendre où l'on s'est arrêté mi-dam hatat ha-kippourim ahat ba-chana Exode 30:10 -- du sang du sacrifice expiatoire des expiations, une fois l'an Rabbi Meir (tanna anonyme) hatat AHAT le mot ahat porte sur la BÊTE Un seul sacrifice expiatoire, non deux : une même station ne peut pas être accomplie avec le sang de deux bêtes différentes. Donc : on recommence la station au début, toute entière, avec le sang nouveau. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon hitouy EHAD le mot ahat porte sur le GESTE Une seule aspersion purificatrice, non deux : ce qui est interdit, c'est de refaire une aspersion déjà valablement faite. La bête, elle, peut changer. Donc : on reprend à l'endroit exact où l'on s'est arrêté -- mi-makom che-passak. Nafka mina concrète : quatre aspersions faites, le sang se répand. Rabbi Meir en refait sept ; Rabbi Elazar et Rabbi Chimon en font trois.
Rabbi Yohanan ramène les deux camps à un seul mot du verset : ahat, une. Toute la mahloket tient à savoir sur quoi ce mot tombe. S'il compte les bêtes, deux bêtes pour une même station sont exclues et il faut tout reprendre. S'il compte les gestes, seul le doublon d'un geste déjà fait est exclu, et l'on reprend la où l'on s'était arrêté.
Le sang de Kippour et le log d'huile du metzora : deux chaînes, une même question La guemara transpose la mahloket d'un rite à l'autre. La dernière case, dans les deux cas, tombe hors de l'obligation. Sang du taureau et du bouc -- Yom Kippour Log d'huile -- purification du metzora Aspersions du dedans (Saint des saints) Sept aspersions d'huile du dedans Aspersions du Heikhal (vers le parokhet) Aspersions du Heikhal Aspersions de l'autel d'or Bohanot : oreille, pouce, orteil du purifié Chirayim au yessod de l'autel extérieur de l'avis de tous : non indispensables Huile restante sur la tête du purifié de l'avis de tous : non indispensables Pourquoi la tête tombe-t-elle ? Pas parce qu'on la nomme un reste -- mais parce qu'elle est un reste de reste Objection : l'oblation aussi est appelée ve-ha-notéret, ce qui reste -- et pourtant ses restes sont indispensables (Mena'hot 9a). Réponse : ici DEUX mots s'enchaînent. Les bohanot sont déjà mi-yeter ha-chemen, du reste de l'huile ; la tête reçoit ve-ha-notar, ce qui reste de ce reste. Chirêi chirayim -- un cran plus bas que tout ce que l'oblation connaît.
La dernière moitié du daf plaque la structure de Kippour sur la purification du metsora. Même architecture en stations, même question du récipient qui se répand, même mahloket -- et surtout même figure finale : un geste terminal qui, sans être facultatif, ne bloque pas le rite. La guemara ne se contente pas du mot reste pour l'établir : il lui faut deux restes empilés.
1
בִּקְטֹורֶת לָא קָא מַיְירֵי.

[La guemara répond :] elle ne traite pas de l'encens.

📜 Rachi (1)
בִּקְטֹורֶת לָא קָמַיְירֵי וּמִיהוּ וַדַּאי צָרִיךְ לְהַקְטִיר קְטֹורֶת אַחֶרֶת אַחַר שְׁחִיטַת פַּר זֶה:
Mais assurément il faut faire fumer un autre encens après l'abattage de ce taureau.
💡 Explication

Réponse en quatre mots à l'objection restée suspendue à la fin de 60b. On y demandait : si l'ordre abattage du taureau puis 'hafina de l'encens était vraiment indispensable, comment la michna peut-elle prescrire, en cas de sang répandu, d'abattre une seconde bête sans souffler mot d'un nouvel encens ?

La réponse ne concède rien : la michna traite du sang et de lui seul. Son silence sur l'encens n'est pas une permission, c'est un hors-sujet. Rachi ferme la porte explicitement : il faut bel et bien refaire l'encens après l'abattage du nouveau taureau. Le principe tsorekh pnim ke-fnim dami reste donc intact.

2
אָמַר עֻולָּא: שָׂעִיר שֶׁשְּׁחָטוֹ קֹודֶם מַתַּן דָּמוֹ שֶׁל פַּר — לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. תְּנַן: הִקְדִּים דַּם הַשָּׂעִיר לְדַם הַפָּר — יַחְזֹור וְיַזֶּה מִדַּם הַשָּׂעִיר אַחַר דַּם הַפָּר. וְאִם אִיתָא — יַחְזֹור וְיִשְׁחֹוט מִבְּעֵי לֵיהּ! תַּרְגְּמָא עֻולָּא, בַּמַּתָּנוֹת שֶׁבַּהֵיכָל. וְכֵן אָמַר רַבִּי אַפָּס, בַּמַּתָּנוֹת שֶׁבַּהֵיכָל.

Oulla a dit : un bouc que l'on a abattu avant la présentation du sang du taureau -- il n'a rien fait du tout. Nous avons appris [dans la michna] : s'il a fait passer le sang du bouc avant le sang du taureau -- il recommence et asperge du sang du bouc après le sang du taureau.

Or si [la règle de Oulla] est exacte, il aurait fallu dire : il recommence et abat [un autre bouc] ! Oulla l'a expliqué : [la michna parle] des présentations qui se font dans le Heikhal.

Et de même a dit Rabbi Afes : des présentations qui se font dans le Heikhal.

📜 Rachi (2)
הִקְדִּים דַּם הַשָּׂעִיר קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ בַּמַּתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים קָאָמַר דַּהֲוָה לֵיהּ שָׂעִיר שֶׁשְּׁחָטוֹ קֹודֶם מַתַּן דָּמוֹ שֶׁל פַּר:
On pensait d'abord que [la michna] parle des présentations du dedans [du Saint des saints], de sorte qu'on aurait là un bouc abattu avant la présentation du sang du taureau.
תַּרְגְּמָא עֻולָּא דִּבְמַתָּנוֹת שֶׁבַּהֵיכָל קָאָמַר אֲבָל שְׁחִיטַת הַשָּׂעִיר בִּמְקוֹמָהּ הָיְתָה לְאַחַר מַתַּן דַּם הַפָּר בִּפְנִים:
[La michna] parle des présentations du Heikhal ; mais l'abattage du bouc, lui, s'est bien fait à sa place, après la présentation du sang du taureau au-dedans.
💡 Explication

Oulla pose une règle d'une sévérité remarquable : abattre le bouc avant que le sang du taureau n'ait été aspergé au-dedans, ce n'est pas seulement mal ordonner le service -- c'est n'avoir rien fait du tout (lo assa ve-lo kloum). L'abattage lui-même est frappé de nullité ; il faudra un autre bouc.

La michna semble le réfuter. Elle envisage précisément l'inversion -- le sang du bouc avant celui du taureau -- et n'exige qu'une chose : refaire l'aspersion dans le bon ordre. Elle ne parle jamais de réabattre. Si Oulla avait raison, un nouvel abattage serait pourtant la seule issue.

La réponse déplace la michna : elle ne vise pas le Saint des saints mais le Heikhal. Là, l'abattage du bouc avait bien eu lieu après le sang du taureau au-dedans -- seul l'ordre des aspersions a été troublé, et une reprise d'aspersion suffit. Rabbi Afes lit la michna de la même façon.

🖼️ Schéma
Oulla contre la michna : de quelles aspersions parle-t-elle ? Oulla : un bouc abattu AVANT que le sang du taureau ait été aspergé au-dedans -- lo assa ve-lo kloum il n'a rien fait du tout : l'abattage lui-même est nul, il faut un autre bouc Hava amina -- la michna comme objection Elle parle des aspersions du DEDANS, donc d'un bouc abattu trop tôt -- et elle ne demande qu'une nouvelle ASPERSION, pas un nouvel abattage. Réponse -- Oulla, puis Rabbi Afes La michna parle des aspersions du HEIKHAL. L'abattage du bouc, lui, était bien à sa place : après le sang du taureau au-dedans. La ligne de partage que la réponse installe Abattage du bouc AVANT le sang du taureau au-dedans -- l'abattage est nul : nouveau bouc. Simple inversion des aspersions dans le Heikhal -- l'abattage tient : il suffit de refaire l'aspersion dans l'ordre.
La règle de Oulla est brutale : l'ordre entre l'abattage du bouc et le sang du taureau n'est pas un détail de séquence, il conditionne la validité même de l'abattage. La michna semblait la contredire ; on la réduit alors au Heikhal, où seule l'aspersion est en cause.
3
וְכֵן בַּהֵיכָל וְכֵן בַּמִּזְבֵּחַ וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְכִפֶּר אֶת מִקְדַּשׁ הַקֹּודֶשׁ״ — זֶה לִפְנַי וְלִפְנִים, ״אֹהֶל מוֹעֵד״ — זֶה הֵיכָל, ״מִזְבֵּחַ״ — כְּמִשְׁמָעוֹ, ״יְכַפֵּר״ — אֵלּוּ עֲזָרוֹת.

"Et de même dans le Heikhal, et de même à l'autel", etc. Nos maîtres ont enseigné : "et il fera l'expiation pour le sanctuaire du saint" -- c'est le lifnai ve-lifnim [le Saint des saints] ; "la tente d'assignation" -- c'est le Heikhal ; "l'autel" -- au sens littéral ; "il expiera" -- ce sont les parvis.

📜 Rachi (3)
זֶה לִפְנַי וְלִפְנִים כָּפַר בְּדָמִים הַלָּלוּ עַל טֻומְאָה שֶׁאֵירְעָה לִפְנַי וְלִפְנִים אִם נִכְנַס אָדָם שָׁם בְּטֻומְאָה וְאֵין בָּהּ יְדִיעָה בַּסּוֹף אֲבָל הֲוָה יְדִיעָה בַּתְּחִילָּה וְיָלְפִינַן מִקְּרָאֵי בפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף ז:) שֶׁשָּׂעִיר זֶה תּוֹלֶה עָלֶיהָ לְהָגֵין מִן הַיִּסּוּרִין עַד שֶׁיִּוָּדַע לוֹ וְיָבִיא בְּעוֹלֶה וְיוֹרֵד:
Il a expié par ces sangs une impureté survenue dans le Saint des saints : si un homme y est entré en état d'impureté sans en avoir connaissance à la fin, mais en en ayant eu connaissance au début. Nous l'apprenons de versets, au premier chapitre de Chevouot (7b) : ce bouc suspend [le châtiment] pour le protéger des souffrances jusqu'à ce qu'il en prenne connaissance et apporte un sacrifice à taux variable (olé ve-yored).
זֶה הֵיכָל עַל טֻומְאָה שֶׁאֵירְעָה בַּהֵיכָל:
Pour une impureté survenue dans le Heikhal.
וְאֶת הַמִּזְבֵּחַ כְּמִשְׁמָעוֹ עַל טֻומְאָה שֶׁאֵירְעָה לְאָדָם בַּמִּזְבֵּחַ וְשָׁהָה כְּדֵי הִשְׁתַּחֲוָיָה שֶׁזֶּהוּ שִׁיעוּר שְׁהִייָּה לְמִי שֶׁנִּטְמָא בָּעֲזָרָה:
Pour une impureté qui a atteint un homme à l'autel et qui y a séjourné le temps d'une prosternation -- c'est là la durée de séjour [rendant coupable] pour qui s'est rendu impur dans le parvis.
🗂️ Tossefot (1)
וְכִפֶּר אֶת מִקְדַּשׁ הַקֹּודֶשׁ זֶה לִפְנַי וְלִפְנִים פרש"י אַטֻּומְאָה דְּלִפְנַי וְלִפְנִים וְלָא נְהִירָא דְּהָא אַמַּתָּנוֹת דְּלִפְנַי וְלִפְנִים וּדְהֵיכָל מַיְיתֵי לָהּ לוֹמַר דְּכָל מַתָּנוֹת דְּלִפְנַי וְלִפְנִים חֲדָא חֲשִׁיבִי דְּאִם נִשְׁפַּךְ הַדָּם קֹודֶם שֶׁגָּמַר כָּל מַתָּנוֹת לִפְנַי וְלִפְנִים מֵבִיא פַּר אַחֵר וּמַתְחִיל בַּתְּחִילָּה אֶלָּא י"ל לְעִנְיַן נִשְׁפַּךְ הַדָּם קָאָמַר זֶה לִפְנַי וְלִפְנִים דְּכוּלְּהוּ כַּחֲדָא מַתָּנָה חֲשִׁיבִי דְּהֵיכָל כַּחֲדָא מַתָּנָה וְכֵן דְּמִזְבֵּחַ מִיהוּ נוּכַל לְיַישֵּׁב פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י דה"ק זֶה לִפְנַי וְלִפְנִים דְּמַתָּנוֹת דְּלִפְנַי וְלִפְנִים חֲדָא חֲשִׁיבֵי וּמְכַפֵּר עַל טֻומְאָה שֶׁאֵירְעָה שָׁם וְכֵן בַּהֵיכָל חֲדָא חֲשִׁיבֵי וּמְכַפֵּר עַל טֻומְאָה שֶׁאֵירְעָה בַּהֵיכָל מִזְבֵּחַ כְּמִשְׁמָעוֹ חֲדָא חֲשִׁיבֵי וּמְכַפֵּר עַל שֶׁנִּטְמָא בִּפְנִים וְלֹא שָׁהָה כְּשִׁיעוּר הִשְׁתַּחֲוָיָה וְעָבַד עֲבוֹדָה וּמִשּׁוּם דִּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא מַייְרֵי בְּכַפָּרָה שֶׁמְּכַפֵּר עַל מִקְדַּשׁ הַקֹּודֶשׁ עַל הַכֹּהֲנִים וְעַל עַם הַקָּהָל כו' עַל כֵּן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י כֵּן:
Rachi explique [que le verset porte] sur l'impureté du Saint des saints. Cela n'est pas clair : c'est en effet à propos des présentations du Saint des saints et de celles du Heikhal que la guemara apporte ce verset, pour dire que toutes les présentations du Saint des saints comptent pour une seule, de sorte que si le sang se répand avant qu'il n'ait achevé toutes les présentations du Saint des saints, il apporte un autre taureau et recommence depuis le début. Il faut donc dire que c'est à l'égard du sang répandu qu'il dit "c'est le Saint des saints" : toutes [ses présentations] comptent comme une seule présentation, celles du Heikhal comme une seule, et de même celles de l'autel. On peut toutefois défendre l'explication de Rachi ainsi : "c'est le Saint des saints" -- les présentations du Saint des saints comptent pour une seule et expient l'impureté qui y est survenue ; de même celles du Heikhal comptent pour une seule et expient l'impureté survenue dans le Heikhal ; "l'autel au sens littéral" compte pour une seule et expie celui qui s'est rendu impur au-dedans, n'y a pas séjourné le temps d'une prosternation, et a accompli un service. Et comme le sens simple du verset traite bien d'une expiation -- il expie pour le sanctuaire du saint, pour les kohanim et pour le peuple de l'assemblée, etc. -- c'est pour cela que Rachi a expliqué ainsi.
💡 Explication

La guemara quitte le cas de Oulla pour revenir à la clause de la michna : et de même dans le Heikhal, et de même à l'autel. Elle apporte une baraita qui découpe le verset de Lévitique 16:33 en quatre lieux : le Saint des saints, le Heikhal, l'autel d'or, et -- par le second ye-khaper du verset -- les parvis.

Une divergence d'école s'ouvre aussitôt sur ce que ce découpage enseigne. Pour Rachi, il s'agit du contenu de l'expiation : quelle impureté chaque sang efface-t-il ? Celle contractée dans le Saint des saints, celle contractée dans le Heikhal, celle contractée à l'autel. Pour Tossefot, cette lecture manque le contexte : la guemara cite ce verset dans un débat sur le sang répandu, et ce qu'il doit établir est que chaque groupe d'aspersions forme une unité indivisible -- une seule matana -- qu'il faut reprendre en entier si elle est interrompue.

Tossefot finit par réconcilier les deux : le verset peut porter à la fois sur l'unité du groupe et sur l'objet de l'expiation. Rachi aurait suivi le pchat du verset, qui parle bel et bien d'expier.

4
״הַכֹּהֲנִים״ — כְּמִשְׁמָעָן, ״עַם הַקָּהָל״ — אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל, ״יְכַפֵּר״ — אֵלּוּ הַלְּוִיִּם. הֻושְׁווּ כֻּולָּן לְכַפָּרָה אַחַת, שֶׁכֻּולָּן מִתְכַּפְּרִין בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בִּשְׁאָר עֲבֵירוֹת, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

"Les kohanim" -- au sens littéral ; "le peuple de l'assemblée" -- ce sont les Israélites ; "il expiera" -- ce sont les Lévites. Tous ont été mis sur un pied d'égalité pour une seule expiation, car tous obtiennent l'expiation par le bouc émissaire pour les autres transgressions.

Paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
הֻושְׁווּ כֻּולָּן בְּהַאי יְכַפֵּר בָּתְרָא כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים וּבְטֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו אִי אֶפְשָׁר לְהַשְׁווֹתָן שֶׁהֲרֵי הַפָּר מְכַפֵּר עַל הַכֹּהֲנִים וְהַשָּׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בִּפְנִים עַל יִשְׂרָאֵל וּבְאֵיזֶה כַּפָּרָה הֻושְׁווּ מְלַמֵּד שֶׁכֻּולָּם מִתְכַּפְּרִים בְּוִידּוּי שֶׁל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בִּשְׁאָר עֲבֵירוֹת דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה:
Par ce dernier "il expiera" : kohanim, Lévites et Israélites. Or pour l'impureté du Temple et de ses saintetés, il est impossible de les mettre sur un pied d'égalité, puisque le taureau expie pour les kohanim et le bouc offert au-dedans pour les Israélites. En quelle expiation ont-ils donc été égalisés ? Cela enseigne que tous obtiennent l'expiation par le viddouy du bouc émissaire pour les autres transgressions. Paroles de Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Après les lieux, le verset distribue les personnes : kohanim, Israélites, et -- par le second ye-khaper, une fois de plus -- les Lévites. Mais si les trois groupes figurent dans un même membre de phrase, ils doivent partager quelque chose.

Rachi conduit le raisonnement par élimination. Ce ne peut pas être l'expiation de la tumat mikdach ve-kodachav -- l'impureté du Temple et de ses saintetés -- car là, les canaux sont séparés : le taureau pour les kohanim, le bouc du dedans pour Israël. Il ne reste qu'un terrain possible : les autres transgressions, celles que ne couvre aucun de ces sangs. Là, dit Rabbi Yehouda, tous passent par le viddouy du bouc émissaire -- le kohen gadol y compris.

5
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁדַּם הַשָּׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בִּפְנִים מְכַפֵּר עַל יִשְׂרָאֵל בְּטֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו — כָּךְ דַּם הַפָּר מְכַפֵּר עַל הַכֹּהֲנִים בְּטֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו. וּכְשֵׁם שֶׁוִּידּוּי שֶׁל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ מְכַפֵּר עַל יִשְׂרָאֵל בִּשְׁאָר עֲבֵירוֹת — כָּךְ וִידּוּי שֶׁל פָּר מְכַפֵּר עַל הַכֹּהֲנִים בִּשְׁאָר עֲבֵירוֹת.

Rabbi Chimon dit : de même que le sang du bouc offert au-dedans expie pour les Israélites l'impureté du Temple et de ses saintetés, de même le sang du taureau expie pour les kohanim l'impureté du Temple et de ses saintetés. Et de même que le viddouy du bouc émissaire expie pour les Israélites les autres transgressions, de même le viddouy du taureau expie pour les kohanim les autres transgressions.

📜 Rachi (3)
ר"ש אוֹמֵר כְּשֵׁם שֶׁדַּם הַשָּׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בִּפְנִים מְכַפֵּר עַל יִשְׂרָאֵל בְּטֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו וְאֵין עִמּוֹ וִידּוּי:
Et il n'y a pas de viddouy qui l'accompagne.
כָּךְ דַּם הַפָּר בְּלֹא וִידּוּי מְכַפֵּר עַל הַכֹּהֲנִים בְּטֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו:
Sans viddouy, il expie pour les kohanim l'impureté du Temple et de ses saintetés.
וּכְשֵׁם שֶׁוִּידּוּי שֶׁל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ מְכַפֵּר עַל יִשְׂרָאֵל בִּשְׁאָר עֲבֵירוֹת כָּךְ וִידּוּי שֶׁל פָּר מְכַפֵּר עַל הַכֹּהֲנִים וּבְמַס' שְׁבוּעוֹת (דַּף יג:) פָּרְכִינַן ולר"ש הָא וַדַּאי הֻושְׁווּ וּמִשָּׁנֵינַן הֻושְׁווּ דִּבְנֵי כַּפָּרָה נִינְהוּ מִיהוּ כֹּל חַד מְכַפֵּר בְּדִידֵיהּ:
Au traité Chevouot (13b) on objecte : selon Rabbi Chimon, [que devient l'enseignement selon lequel] tous ont bien été mis sur un pied d'égalité ? Et l'on répond : ils ont été égalisés en ceci qu'ils sont tous justiciables d'une expiation ; mais chacun est expié par la sienne.
💡 Explication

Rabbi Chimon bâtit un système d'une symétrie complète, en deux axes croisés. Premier axe, la faute : l'impureté du Temple relève du sang, les autres transgressions relèvent du viddouy. Second axe, le public : Israël a le bouc, les kohanim ont le taureau. Quatre cases, remplies sans reste.

La conséquence est nette et sépare Rabbi Chimon de Rabbi Yehouda : les kohanim n'ont pas besoin du bouc émissaire. Leur propre taureau, par son viddouy, couvre déjà leurs fautes ordinaires.

Rachi anticipe la difficulté que soulève Chevouot 13b -- le verset disait pourtant que tous sont égalisés -- et donne la réponse : l'égalisation ne porte pas sur le moyen mais sur le fait d'être justiciable d'une expiation. Tous sont expiés ce jour-là ; chacun par son propre canal.

🖼️ Schéma
Qui est expié, par quoi, et pour quelle faute ? Deux systèmes complets, bâtis sur le même dernier mot du verset : ye-khaper. Rabbi Yehouda houchvou koulan -- tous égalisés sur UN point Tumat mikdach ve-kodachav -- chacun le sien Taureau : les kohanim. Bouc du dedans : Israël. Impossible de les égaliser ici. Autres transgressions -- le point commun Kohanim, Leviim et Israélites sont tous expiés par le VIDDOUY du bouc émissaire, et par lui seul. C'est là l'égalisation que le verset enseigne. Le kohen gadol dépend donc du bouc émissaire exactement comme le dernier des Israélites. Un seul canal pour les fautes ordinaires. Rabbi Chimon deux circuits parallèles, jamais confondus Tumat mikdach ve-kodachav -- sans viddouy Sang du bouc du dedans : Israël. Sang du taureau : les kohanim. Autres transgressions -- par le viddouy Viddouy du bouc émissaire : Israël. Viddouy du taureau : les kohanim. Les kohanim n'ont aucun besoin du bouc émissaire. Chevouot 13b demande : et l'égalisation du verset ? Réponse : tous sont justiciables d'une expiation -- mais chacun est expié par la sienne.
La symétrie est parfaite chez Rabbi Chimon : deux bêtes, deux publics, deux registres de faute, et le sang traite l'impureté pendant que le viddouy traite le reste. Rabbi Yehouda, lui, refuse de dédoubler le canal des fautes ordinaires : sur ce terrain, le bouc émissaire tient tout Israël, kohanim compris.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְכִלָּה מִכַּפֵּר אֶת הַקֹּודֶשׁ״ — זֶה לִפְנַי וְלִפְנִים, ״אֹהֶל מוֹעֵד״ — זֶה הֵיכָל, ״מִזְבֵּחַ״ — כְּמִשְׁמָעוֹ, מְלַמֵּד שֶׁכֻּולָּן כַּפָּרָה כַּפָּרָה בִּפְנֵי עַצְמָן.

Nos maîtres ont enseigné : "et lorsqu'il aura achevé d'expier le sanctuaire" -- c'est le Saint des saints ; "la tente d'assignation" -- c'est le Heikhal ; "l'autel" -- au sens littéral. Cela enseigne que chacun d'eux constitue une expiation à part entière.

📜 Rachi (2)
וְכִלָּה מִכַּפֵּר אֶת הַקֹּודֶשׁ זֶה לִפְנִים וְלִפְנִים אֵלּוּ הַזָּאוֹת שֶׁל בֵּין הַבַּדִּים:
Ce sont les aspersions faites entre les barres [de l'arche].
זֶה הֵיכָל הַזָּאוֹת שֶׁעַל הַפָּרֹוכֶת:
Les aspersions faites vers le parokhet.
💡 Explication

Seconde baraita, sur un autre verset -- Lévitique 16:20, ve-khila mekhaper et ha-kodech -- mais avec le même découpage ternaire. Sa conclusion, elle, est explicitement formulée dans les termes qui intéressent la sougya : kappara bifnei atsma, chacune est une expiation à part entière.

C'est exactement ce que Tossefot cherchait au segment précédent. On a désormais le principe structurant du daf : les trois séries d'aspersions ne sont pas les trois tiers d'un même rite mais trois rites complets et successifs. Rachi identifie au passage les gestes concrets : au Saint des saints, les aspersions entre les barres de l'arche ; au Heikhal, celles dirigées vers le parokhet.

7
מִכָּאן אָמְרוּ: נָתַן מִקְצָת מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָבִיא דָּם אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִלָּה בְּמַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: אֵינוֹ מַתְחִיל אֶלָּא מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק. גָּמַר אֶת הַמַּתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָבִיא דָּם אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בְּמַתָּנוֹת שֶׁבַּהֵיכָל.

De là ils ont dit : s'il a donné une partie des présentations du dedans et que le sang s'est répandu -- il apporte un autre sang et recommence depuis le début les présentations du dedans. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : il ne recommence qu'à l'endroit où il s'est arrêté.

S'il a achevé les présentations du dedans et que le sang s'est répandu -- il apporte un autre sang et commence depuis le début les présentations du Heikhal.

📜 Rachi (2)
מִכָּאן אָמְרוּ וְכוּ' לָאו אַנָּתָן מִקְצָת מַתָּנוֹת קָאֵי אֶלָּא אַגְּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם דְּאָמַר מִכָּאן דְּאֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלַעֲשׂוֹת אֶת זֹאת שֶׁגָּמַר שֶׁהֲרֵי כַּפָּרָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ הִיא:
Cela ne porte pas sur "il a donné une partie des présentations", mais sur "il a achevé les présentations du dedans et le sang s'est répandu" : c'est de là qu'il dit qu'il n'a pas besoin de refaire ce qu'il a déjà achevé, puisque c'est une expiation à part entière.
מִקְצָת מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים דִּכְתִיב (שָׁם) וְהִזָּה מִן הַשֶּׁמֶן בְּאֶצְבָּעוֹ שֶׁבַע פְּעָמִים:
Car il est écrit : "il aspergera de l'huile avec son doigt sept fois".
💡 Explication

Le principe descend maintenant dans la pratique. Deux cas s'opposent terme à terme.

Le sang se répand au milieu des aspersions du dedans : selon le tanna anonyme, on recommence toute la série du dedans depuis sa première aspersion ; selon Rabbi Elazar et Rabbi Chimon, on reprend mi-makom che-passak, à l'endroit exact où l'on s'est arrêté. Le sang se répand après l'achèvement du dedans : là, tous s'accordent -- on n'y revient plus, on entre dans le Heikhal.

Rachi tient à préciser sur quoi porte le mot mikan, de là : ce n'est pas le premier cas que la baraita déduit du verset, mais le second. Ce que le verset enseigne, c'est justement qu'une station achevée est acquise -- puisqu'elle est une expiation complète en elle-même.

8
נָתַן מִקְצָת מַתָּנוֹת שֶׁבַּהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָבִיא דָּם אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בַּהֵיכָל. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: אֵינוֹ מַתְחִיל אֶלָּא מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק.

S'il a donné une partie des présentations du Heikhal et que le sang s'est répandu -- il apporte un autre sang et recommence depuis le début dans le Heikhal. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : il ne recommence qu'à l'endroit où il s'est arrêté.

💡 Explication

La baraita applique la même alternative à la deuxième station. La structure se répète à l'identique, ce qui est le signe qu'on tient bien une règle générale et non une décision de cas.

9
גָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבַּהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָבִיא דָּם אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בְּמַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ. נָתַן מִקְצָת מַתָּנוֹת שֶׁבַּמִּזְבֵּחַ וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָבִיא דָּם אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בְּמַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק הוּא מַתְחִיל. גָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבַּמִּזְבֵּחַ וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם — דִּבְרֵי הַכֹּל לָא מְעַכְּבִי.

S'il a achevé les présentations du Heikhal et que le sang s'est répandu -- il apporte un autre sang et commence depuis le début les présentations de l'autel. S'il a donné une partie des présentations de l'autel et que le sang s'est répandu -- il apporte un autre sang et recommence depuis le début les présentations de l'autel.

Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : c'est à l'endroit où il s'est arrêté qu'il recommence. S'il a achevé les présentations de l'autel et que le sang s'est répandu -- de l'avis de tous, [les restes] ne sont pas indispensables.

💡 Explication

La baraita se clôt sur la troisième station et sur un quatrième cas, d'une autre nature. Une fois les aspersions de l'autel achevées, il reste à verser les chirayim -- les restes du sang -- au yessod, la base de l'autel extérieur. Si le sang se répand à ce moment-là, tous s'accordent : ces restes ne sont pas me'akev, ils ne bloquent rien. Nul besoin d'abattre une nouvelle bête pour les verser.

C'est une catégorie à part, qu'il faut distinguer de la mahloket : ne pas être indispensable ne veut pas dire être facultatif. Le geste est prescrit ; simplement, son absence ne fait pas s'effondrer ce qui précède. On retrouvera exactement cette figure à la fin du daf, avec l'huile posée sur la tête du metzora.

🖼️ Schéma
La baraita, cas par cas : où reprend-on selon chaque avis ? Situation au moment où le sang se répand Tanna anonyme (R. Meir) R. Elazar et R. Chimon Une PARTIE des aspersions du dedans faite tout le dedans, depuis le début là où il s'est arrêté Le dedans ACHEVÉ accord de tous : on passe au Heikhal, à son début Une PARTIE des aspersions du Heikhal faite tout le Heikhal, depuis le début là où il s'est arrêté Le Heikhal ACHEVÉ accord de tous : on passe à l'autel, à son début Une PARTIE des aspersions de l'autel faite tout l'autel, depuis le début là où il s'est arrêté L'autel ACHEVÉ, restent les chirayim accord de tous : les chirayim ne sont pas indispensables La mahloket ne mord jamais sur les passages d'une station à l'autre : elle ne joue qu'à l'INTÉRIEUR d'une station entamée.
Toute la baraita ramenée à une grille. Trois lignes vertes et une grise -- l'accord ; trois lignes partagées -- la mahloket. On voit d'un coup d'œil que le désaccord ne porte jamais sur l'articulation des stations, seulement sur ce qu'il advient d'une station laissée en chemin.
10
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ: ״מִדַּם חַטַּאת הַכִּפֻּורִים אַחַת בַּשָּׁנָה״,

Rabbi Yo'hanan a dit : et tous deux ont exposé un seul et même verset -- "du sang du sacrifice expiatoire des expiations, une fois l'an",

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ramène les deux camps à une source unique : Exode 30:10, le verset sur l'expiation annuelle des cornes de l'autel d'or. Cette formule -- chenêhem mikra ehad darchou, tous deux ont exposé un même verset -- annonce toujours la même chose : le désaccord n'est pas une question de sources concurrentes, mais de lecture d'un mot partagé.

11
רַבִּי מֵאִיר סָבַר: חַטָּאת אַחַת אָמַרְתִּי לָךְ, וְלֹא שְׁתֵּי חַטָּאוֹת. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבְרִי: חִטּוּי אֶחָד אָמַרְתִּי לָךְ, וְלֹא שְׁנֵי חִטּוּיִין.

Rabbi Meir tient : un seul sacrifice expiatoire, t'ai-je dit, et non deux sacrifices expiatoires. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon tiennent : une seule aspersion purificatrice, t'ai-je dit, et non deux aspersions.

📜 Rachi (2)
חַטָּאת אַחַת אָמַרְתִּי לָךְ לְהִתְכַּפֵּר הַכַּפָּרָה בָּהּ וְלֹא לַעֲשׂוֹת כַּפָּרָה אַחַת מִשְׁתֵּי בְּהֵמוֹת:
Que l'expiation s'accomplisse par lui, et non que l'on fasse une seule expiation avec deux bêtes.
וְלֹא שְׁנֵי חִטּוּיִין לְשַׁנּוֹת הַהַזָּאָה שְׁתֵּי פְּעָמִים:
Répéter deux fois l'aspersion.
💡 Explication

Le mot en litige est ahat, une. Toute la mahloket revient à savoir ce qu'il compte.

Pour Rabbi Meir, ahat compte les bêtes : hatat ahat, un seul sacrifice expiatoire et non deux. On ne peut donc pas composer une même station avec le sang de deux animaux différents. Si le sang se répand à mi-parcours, tout ce qui a été fait avec la première bête devient inutilisable pour la suite -- il faut reprendre la station entière avec le sang neuf.

Pour Rabbi Elazar et Rabbi Chimon, ahat compte les gestes : hitouy ehad, une seule aspersion purificatrice et non deux. Ce que le verset interdit, c'est de refaire une aspersion déjà valablement accomplie. Les quatre premières tiennent donc ; il ne reste qu'à compléter les trois manquantes, même avec le sang d'une autre bête.

12
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי: לִי חִלֵּק רַבִּי יַעֲקֹב בַּלֻּוגִּין.

On a enseigné : Rabbi [Yehouda ha-Nassi] a dit : Rabbi Yaakov a établi pour moi une distinction à propos des loguin.

📜 Rachi (1)
לִי חִילֵּק רַבִּי יַעֲקֹב בַּלֻּוגִּין לִי נָתַן רַבִּי יַעֲקֹב חִילּוּק בְּלֹוג שֶׁמֶן שֶׁל מְצֹורָע שֶׁלֹּא הֻושְׁווּ לְמַתַּן דָּמִים שֶׁל יה"כ וְשָׁנָה לִי לֹא נֶחְלְקוּ ר"מ וְרַבִּי אֶלְעָזָר וְר"ש בָּעֲבוֹדוֹת הַחֲלוּקוֹת בּוֹ שֶׁבַע הַזָּאוֹת שֶׁבִּפְנִים וּמַתַּן בְּהוֹנוֹת דְּלָא אָמְרִינַן מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק מִשָּׁם הוּא מַתְחִיל דִּכְתִיב לֹוג אֶחָד שֶׁמֶן (וַיִּקְרָא יד) לֹוג אֶחָד אָמַרְתִּי לְךָ לִהְיוֹת הַכַּפָּרָה בּוֹ וְלֹא שְׁנֵי לֻוגִּין דְּהָתָם הוּא דְּאִיכָּא לְמִידְרַשׁ חִיטּוּי אֶחָד אָמַרְתִּי לָךְ אֲבָל הָכָא לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי:
Rabbi Yaakov m'a donné une distinction concernant le log d'huile du metzora : il n'est pas assimilé aux présentations de sang de Yom Kippour. Il m'a enseigné que Rabbi Meir, Rabbi Elazar et Rabbi Chimon ne divergent pas au sujet des services distincts qui s'y trouvent -- les sept aspersions du dedans et les présentations sur les extrémités (bohanot) -- car on ne dit pas la "c'est à l'endroit où il s'est arrêté qu'il recommence". En effet il est écrit "un log d'huile" (Lévitique 14) : un seul log, t'ai-je dit, pour que l'expiation se fasse par lui, et non deux loguin. Car [pour Yom Kippour] il y a matière à exposer "une seule aspersion purificatrice t'ai-je dit", mais ici on ne peut pas le dire.
💡 Explication

Nouvelle étape : la sougya quitte Yom Kippour pour la purification du metzora, où un log d'huile sert à une chaîne d'aspersions et de présentations comparable. La question devient évidente : la mahloket se transporte-t-elle telle quelle ?

Rabbi lit le mot hilek, il a partagé, comme une distinction : Rabbi Yaakov lui aurait enseigné que le log est justement le cas où l'on ne divise pas. Rachi expose le raisonnement : le verset dit log ehad chemen, un seul log -- le mot ehad y tombe sur le récipient, non sur le geste. Il n'y a donc pas d'espace pour la lecture hitouy ehad qui fonde Rabbi Elazar et Rabbi Chimon à Yom Kippour. Tous conviendraient donc qu'on recommence la station entière.

13
וְלֹא? וְהַתַּנְיָא: נָתַן מִקְצָת מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים וְנִשְׁפַּךְ הַלֹּוג — יָבִיא לֹוג אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בְּמַתָּנוֹת שֶׁבַּהֵיכָל. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק הוּא מַתְחִיל.

Et ils ne divergent pas ? Mais on a enseigné : s'il a donné une partie des présentations du dedans et que le log s'est répandu -- il apporte un autre log et recommence depuis le début les présentations du Heikhal.

Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : c'est à l'endroit où il s'est arrêté qu'il recommence.

💡 Explication

La baraita réfute frontalement la lecture de Rabbi. Non seulement Rabbi Elazar et Rabbi Chimon divergent aussi à propos du log, mais ils y emploient la formule même du débat de Kippour : mi-makom che-passak. La distinction que Rabbi croyait tenir de Rabbi Yaakov n'existe pas.

14
גָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבַּהֵיכָל וְנִשְׁפַּךְ הַלֹּוג — יָבִיא לֹוג אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בְּמַתָּנוֹת שֶׁבַּבְּהוֹנוֹת. נָתַן מִקְצָת מַתָּנוֹת בַּבְּהוֹנוֹת וְנִשְׁפַּךְ הַלֹּוג — יָבִיא לֹוג [אַחֵר] וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בְּמַתָּנוֹת שֶׁבַּבְּהוֹנוֹת. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק הוּא מַתְחִיל. גָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבַּבְּהוֹנוֹת וְנִשְׁפַּךְ הַלּוֹג — דִּבְרֵי הַכֹּל מַתְּנוֹת הָרֹאשׁ לָא מְעַכְּבוֹת.

S'il a achevé les présentations du Heikhal et que le log s'est répandu -- il apporte un autre log et commence depuis le début les présentations sur les extrémités (bohanot). S'il a donné une partie des présentations sur les extrémités et que le log s'est répandu -- il apporte un [autre] log et recommence depuis le début les présentations sur les extrémités.

Rabbi Elazar et Rabbi Chimon disent : c'est à l'endroit où il s'est arrêté qu'il recommence. S'il a achevé les présentations sur les extrémités et que le log s'est répandu -- de l'avis de tous, les présentations sur la tête ne sont pas indispensables.

📜 Rachi (2)
וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בַּבְּהוֹנוֹת שֶׁהִיא עֲבוֹדָה שְׁנִיָּה כְּדִכְתִיב (שָׁם) וּמִיֶּתֶר הַשֶּׁמֶן אֲשֶׁר עַל כַּפּוֹ יִתֵּן הַכֹּהֵן וְגוֹ':
Car c'est un second service, ainsi qu'il est écrit : "et du reste de l'huile qui est dans sa paume, le kohen mettra, etc."
מַתְּנוֹת הָרֹאשׁ וְהַנּוֹתָר בַּשֶּׁמֶן אֲשֶׁר עַל כַּף הַכֹּהֵן יִתֵּן עַל רֹאשׁ הַמִּטַּהֵר (שָׁם):
"Et ce qui reste de l'huile qui est dans la paume du kohen, il le mettra sur la tête de celui qui se purifie."
🗂️ Tossefot (1)
דִּבְרֵי הַכֹּל מַתְּנוֹת הָרֹאשׁ אֵינוֹ מְעַכֵּב מִכָּאן קָשֶׁה לְמַה דְּאָמְרִי' פ"ק דִּזְבָחִים (דַּף ו:) וְהַנּוֹתָר בַּשֶּׁמֶן יִתֵּן עַל רֹאשׁ הַמִּטַּהֵר אִם נָתַן כִּפֵּר וְאִם לֹא נָתַן לֹא כִּפֵּר דִּבְרֵי ר"ע רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אוֹמֵר מַעֲלֶה עָלָיו כְּאִילּוּ לֹא כִּפֵּר וְכִפֵּר וּמְפָרֵשׁ הָתָם מַאי כְּאִילּוּ לֹא כִּפֵּר וְכִפֵּר כִּפֵּר מַתַּן בְּהוֹנוֹת לֹא כִּפֵּר מַתְּנוֹת הָרֹאשׁ וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י וְיָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בְּמַתְּנוֹת הָרֹאשׁ ולר"ע אַף מַתְּנוֹת בְּהוֹנוֹת שֶׁנָּתַן לֹא עָלוּ לוֹ וְיָבִיא לוֹג אַחֵר וְיַתְחִיל בַּבְּהוֹנוֹת וְקָשֶׁה דא"כ [זֶהוּ דְּלָא כְּתַנָּאֵי דְּהָכָא וע"כ נִרְאֶה] רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי דְּאָמַר הָתָם דְּמַתְּנוֹת הָרֹאשׁ שְׁיָרֵי מִצְוָה הֵן סָבַר כְּתַנָּא דְּהָכָא וְהָכִי פֵּירוּשָׁא מֵעִיקָּרָא כִּי בָּעֵי לְמֵימַר כִּפֵּר גַּבְרָא לֹא כִּפֵּר קַמֵּי שְׁמַיָּא כִּפֵּר גַּבְרָא שֶׁטִּיהֵר מִצָּרַעְתּוֹ וְלֹא כִּפֵּר קַמֵּי שְׁמַיָּא מֵעֹונֶשׁ שֶׁבְּיָדוֹ וַהֲדַר קָאָמַר אֲפִילּוּ מֵעֹונֶשׁ שֶׁבְּיָדוֹ אִיכַּפַּר לֵיהּ אֶלָּא כָּפַר מַתַּן בְּהוֹנוֹת שֶׁעֲשָׂאָהּ כְּמִצְוָתָהּ לֹא כִּפֵּר מַתְּנוֹת הָרֹאשׁ שֶׁחִיסֵּר מִצְוָה וְלֹא עֲשָׂאָהּ כְּמַאֲמָרָהּ וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּמֵעִיקָּרָא סָלְקָא דַעְתָּךְ לֹא כִּפֵּר קַמֵּי שְׁמַיָּא מַתַּן בְּהוֹנוֹת עַצְמָן אע"פ שֶׁנָּתַן אֵין בָּהֶן רִיצּוּי גָּמוּר אע"ג דְּמַתָּנוֹת הָרֹאשׁ לָא מְעַכְּבִי וַהֲדַר קָאָמַר לֹא כִּפֵּר מַתְּנוֹת הָרֹאשׁ רִיצּוּי גָּמוּר אֲבָל מַתַּן בְּהוֹנוֹת כִּפֵּר רִיצּוּי גָּמוּר:
De là surgit une difficulté contre ce qui est dit au premier chapitre de Zeva'him (6b) : "et ce qui reste de l'huile, il le mettra sur la tête de celui qui se purifie" -- s'il l'a mis, il a expié ; s'il ne l'a pas mis, il n'a pas expié ; paroles de Rabbi Akiva. Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : on lui compte cela comme s'il n'avait pas expié et avait expié. Et l'on explique là-bas : que signifie "comme s'il n'avait pas expié et avait expié" ? Il a expié par les présentations sur les extrémités, il n'a pas expié par les présentations sur la tête. Et Rachi explique : il apportera un autre [log] et commencera par les présentations sur la tête ; et selon Rabbi Akiva, même les présentations sur les extrémités qu'il a faites ne lui sont pas comptées, et il apportera un autre log et recommencera par les extrémités. Or c'est difficile, car alors cela ne s'accorderait pas avec les tannaim d'ici. [Il faut donc dire que] Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui dit là-bas que les présentations sur la tête sont des restes de mitsva, tient comme le tanna d'ici, et voici l'explication : au départ on voulait dire "il a expié" quant à l'homme, "il n'a pas expié" devant le Ciel -- il a expié en ce que l'homme a été purifié de sa tsaraat, et il n'a pas expié devant le Ciel du châtiment qui pèse sur lui. Puis on dit : même du châtiment qui pèse sur lui il est expié ; mais "il a expié" par les présentations sur les extrémités, qu'il a accomplies selon leur prescription, et "il n'a pas expié" quant aux présentations sur la tête, où il a manqué à la mitsva et ne l'a pas accomplie selon sa formulation. Et certains expliquent : au départ on pensait que "il n'a pas expié devant le Ciel" porte sur les présentations sur les extrémités elles-mêmes -- bien qu'il les ait faites, elles ne comportent pas d'agrément complet, quoique les présentations sur la tête ne soient pas indispensables ; puis on dit : ce sont les présentations sur la tête qui n'ont pas expié d'un agrément complet, tandis que les présentations sur les extrémités, elles, ont expié d'un agrément complet.
💡 Explication

La baraita du log reproduit trait pour trait la structure de celle du sang : une chaîne de stations, une mahloket à l'intérieur de chaque station entamée, un accord sur le passage d'une station à la suivante -- et, en bout de chaîne, un geste terminal non indispensable. Aux chirayim versés au yessod correspond ici l'huile posée sur la tête du purifié.

Tossefot ouvre alors un front sur Zeva'him 6b, où une baraita semble dire l'inverse : selon Rabbi Akiva, si l'on n'a pas mis l'huile sur la tête, on n'a pas expié -- ce qui rendrait ce geste parfaitement indispensable. La solution passe par une répartition des opinions : c'est Rabbi Yo'hanan ben Nouri, non Rabbi Akiva, qui s'accorde avec notre baraita, puisqu'il qualifie l'huile de la tête de chirei mitsva, restes de mitsva.

Reste à comprendre sa formule énigmatique -- comme s'il n'avait pas expié et avait expié. Deux lectures sont proposées. Selon la première, la distinction porte sur les deux gestes : les extrémités ont expié, la tête non, car la mitsva y est restée inachevée. Selon la seconde, elle porte sur le degré d'agrément : le rite est valide, mais il lui manque le ritsouy gamour, l'agreement plein.

15
אֵימָא: לִי שָׁנָה רַבִּי יַעֲקֹב בַּלֻּוגִּין.

Dis plutôt : Rabbi Yaakov m'a enseigné [cette mahloket] à propos des loguin.

📜 Rachi (1)
לִי שָׁנָה ר' יַעֲקֹב אֶת הַמַּחֲלֹוקֶת הַזֶּה שֶׁבְּמִשְׁנָתֵנוּ בַּלֻּוגִּין שֶׁל מְצֹורָע:
Cette mahloket qui figure dans notre michna, [il me l'a enseignée] à propos des loguin du metzora.
💡 Explication

La correction tient à un seul mot. Non pas hilek, il a partagé -- c'est-à-dire il a distingué le log du sang -- mais chana, il a enseigné : Rabbi Yaakov a transmis à Rabbi la même mahloket, appliquée au log du metzora.

Le sens s'inverse exactement. Loin d'être l'exception, le log est le second terrain où la même controverse se joue, mot pour mot.

16
אָמַר מַר: מַתְּנוֹת הָרֹאשׁ — אֵין מְעַכְּבוֹת. מַאי טַעְמָא? אִילֵימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״וְהַנּוֹתָר מִן הַשֶּׁמֶן״ — אֶלָּא מֵעַתָּה: ״וְהַנּוֹתֶרֶת מִן הַמִּנְחָה״ הָכִי נָמֵי דְּלָא מְעַכְּבִי?!

Le Maître a dit : les présentations sur la tête ne sont pas indispensables. Quelle en est la raison ?

Si l'on dit : parce qu'il est écrit "et ce qui reste de l'huile" -- alors, s'il en est ainsi, "et ce qui reste de l'oblation" devrait lui aussi ne pas être indispensable ?!

📜 Rachi (2)
אִילֵּימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְהַנּוֹתָר דְּקָרֵי לְהוּ שִׁירַיִים:
Puisque [le verset] les appelle des restes (chirayim).
ה"נ דְּלָא מְעַכְּבִי וְהָאָמַר מַר (מִנְתּוֹת דַּף ט.) שִׁירַייִם שֶׁחָסְרוּ בֵּין קְמִיצָה לְהַקְטָרָה אֵין מַקְטִירִין אֶת הַקֹּומֶץ עֲלַיְיהוּ:
Or le Maître a dit (Mena'hot 9a) : des restes qui ont diminué entre la kemitsa (prélèvement de la poignée) et la combustion -- on ne fait pas fumer la poignée à leur sujet.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה וְהַנּוֹתֶרֶת מִן הַמִּנְחָה הָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ מִוְּמִיתַּר הַשֶּׁמֶן דְּקָאֵי בֵּיהּ אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לְמִיפְרַךְ מִוְּהַנֹּותֶרֶת דְּהָוֵי דֹּומִי' דִּוְהַנּוֹתָר:
Il aurait pu tout aussi bien objecter à partir de "et du reste de l'huile", dont il est justement question ici ; mais il a préféré objecter à partir de "et ce qui reste [de l'oblation]", qui est de forme semblable à "et ce qui reste [de l'huile]".
💡 Explication

La guemara passe à l'analyse de la dernière clause : pourquoi, au juste, l'huile de la tête n'est-elle pas indispensable ? Première hypothèse, la plus naturelle : parce que le verset l'appelle ve-ha-notar, ce qui reste. Un reste, par définition, ne serait pas essentiel.

L'objection est immédiate et décisive. L'oblation (min'ha) emploie exactement le même vocabulaire : ve-ha-noteret min ha-min'ha, ce qui reste de l'oblation. Or Mena'hot 9a établit que si ces restes viennent à manquer entre la kemitsa -- le prélèvement de la poignée -- et la combustion, on ne fait pas fumer la poignée. Les restes y sont donc pleinement indispensables. Le mot reste, à lui seul, ne prouve rien.

Tossefot note un choix de méthode : la guemara aurait pu objecter avec mi-yeter ha-chemen, terme présent dans notre propre passage, mais elle a préféré une formule morphologiquement identique à celle qu'elle examine. L'objection en devient plus contraignante.

17
שָׁאנֵי הָתָם, דִּכְתִיב: ״וּמִיֶּתֶר ... וְהַנּוֹתָר״.

Il en va autrement là-bas, car il est écrit : "et du reste... et ce qui reste".

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי הָכָא דִּכְתִיב וּמִיֶּתֶר הַשֶּׁמֶן וְהַנּוֹתָר מַתְּנוֹת בְּהוֹנוֹת קָרַוְיִין שִׁירַייִם דִּכְתִיב בְּהוּ וּמִיֶּתֶר הַשֶּׁמֶן וְגוֹ' וּמַתָּנוֹת הָרֹאשׁ קָרַוְיִין שְׁיָרֵי שִׁירַיִים דִּכְתִיב בְּהוּ וְהַנּוֹתָר בַּשִּׁירַייִם הָרִאשׁוֹנִים יִתֵּן עַל רֹאשׁ הַמִּטַּהֵר:
Les présentations sur les extrémités sont appelées restes (chirayim), car il est écrit à leur sujet "et du reste de l'huile", etc. ; et les présentations sur la tête sont appelées restes des restes (chirei chirayim), car il est écrit à leur sujet "et ce qui reste" -- ce qui reste des premiers restes, il le mettra sur la tête de celui qui se purifie.
💡 Explication

La réponse ne renonce pas à l'argument du reste : elle le double. Le texte du metzora emploie deux formules successives, et c'est leur empilement qui fait la différence.

Les présentations sur les extrémités sont déjà prélevées sur mi-yeter ha-chemen, le reste de l'huile : elles sont donc des chirayim. Et l'huile de la tête est prise sur ve-ha-notar, ce qui reste après elles : elle est donc chirei chirayim, un reste de reste. Ce second degré de retrait, que l'oblation ne connaît pas, est ce qui met la tête hors du champ de l'indispensable.

🖼️ Schéma
Chirayim et chirei chirayim : deux crans de retrait Le log, plein Sept aspersions du dedans indispensables mi-yeter ha-chemen du RESTE de l'huile Bohanot : oreille, pouce, orteil indispensables ve-ha-notar ce qui reste DU reste Sur la tête du purifié NON indispensables L'objection : un seul mot reste ne prouve rien L'oblation aussi porte ve-ha-noteret min ha-minha, ce qui reste de l'oblation -- et si ses restes viennent à manquer entre la kemitsa et la combustion, on ne fait pas fumer la poignée. Les restes y sont donc bien indispensables. La réponse : ce ne sont pas des restes, ce sont des restes de restes Le texte du metzora empile deux formules successives : les bohanot sont déjà du reste, la tête reçoit ce qui reste de ce reste. C'est ce DOUBLE retrait, absent de l'oblation, qui met la tête hors de l'obligation.
La guemara refuse un argument trop facile. Nommer un geste un reste ne suffit pas à le rendre facultatif -- l'oblation le prouve. Il faut la superposition de deux formules pour dégrader véritablement la dernière présentation.
18
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן:

Rabbi Yo'hanan a dit :

💡 Explication

Le daf s'interrompt sur l'ouverture d'une déclaration de Rabbi Yo'hanan ; sa teneur se lira en 61b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).