Yoma 61b -- quand le geste prescrit devient impossible : l'acham du lépreux, le nazir chauve, les boucs en trop

Yoma 61b

Sougya : Le daf achève d'abord la transposition, ouverte à la fin de 61a, de la mahloket sur le sang répandu au cas de l'acham du metsora : pour Rabbi Meir on apporte une autre bête et l'on recommence, pour Rabbi Elazar et Rabbi Chimon ce qui est fait reste acquis mais bloque la place, et le lépreux reste ein lo takana. Rav Hisda fait tomber la distinction en invoquant le mot oto du verset -- celui-là même qui a été balance avec le log d'huile, et pas un autre -- et la guemara enregistre un kachya.

Une baraita vient au secours de Rabbi Yo'hanan, mais Rav Hisda la retourne en lisant tsarikh comme un devoir irréalisable, lecture que le cas du nazir memorat, entièrement chauve, vient légitimer selon Rabbi Avina. Rabbi Pedat s'y oppose : le geste impossible se rejoue sur l'emplacement vide, et il rapproche Beth Chamai de Rabbi Elazar, qui fait mettre le sang à l'emplacement du pouce absent tandis que Rabbi Chimon se rabat sur le côté gauche.

La seconde moitié du daf change de registre et décrit la mécanique du sang de l'acham du metsora : un verset impose la kabala dans la paume du kohen pour ce qui va sur l'homme, un autre impose le keli pour ce qui va sur l'autel, d'où la solution de la baraita -- deux kohanim recueillent simultanément, l'un pour l'autel, l'autre pour l'oreille, le pouce et l'orteil du lépreux. Tossefot y greffe sa plus longue glose, une discussion du Ritsba sur la capacité d'une règle apprise par gezera chava à enseigner ensuite par hekech.

Le daf se clôt sur la michna de Kippour et le sort des bêtes écartées, puis sur la question de Rava à Rav Nahman : combien de boucs d'Azazel faut-il envoyer quand trois paires ont été tirées au sort ? La réplique cinglante de Rav Nahman -- est-ce son troupeau qu'il envoie ? -- laisse la sougya ouverte jusqu'à 62a.

L'acham du metsora a raté : peut-on en apporter un autre ? Rabbi Yo'hanan transpose au lépreux la mahloket du sang répandu de Kippour, ouverte en 61a. Le cas acham abattu chelo lichmo -- ou dont le sang n'a pas été mis sur les behonot Rabbi Meir Une avoda non achevée est comme si elle n'était pas. Ce qui a déjà été mis sur les behonot ne compte pour rien. Il apporte un autre acham et l'abat -- on repart de zéro yavi aher ve-yathil ba-tehila Rabbi Elazar et Rabbi Chimon On reprend à l'endroit même où l'on s'est arrêté : ce qui est fait reste acquis. Mais on ne peut finir avec une 2e bête. Ein lo takana aucun remède possible kevess EHAD acham : un seul, pas deux Rav Hisda objecte Le verset dit ve-hikriv OTO le-acham : celui-là même qui a été balance avec le log d'huile -- et pas un autre. Même pour Rabbi Meir : pas de remède la guemara conclut : KACHYA Une baraita soutient pourtant Rabbi Yo'hanan ; Rav Hisda la retourne en lisant tsarikh comme un devoir irréalisable.
La colonne de gauche et celle du milieu sont la mahloket de 61a transposée au lépreux. La colonne de droite est l'objection de Rav Hisda, qui laisse la sougya sur un kachya.
Tsarikh : un devoir, ou une impasse ? La même phrase de Beth Chamai reçoit deux lectures opposées. Tout l'enjeu : que faire quand le geste prescrit est matériellement impossible ? Beth Chamai : nazir memorat -- TSARIKH ha'avarat ta'ar un nazir entièrement chauve : il lui faut le passage du rasoir. Mais il n'a pas un cheveu. Rabbi Avina tsarikh = il FAUDRAIT, mais rien n'y fait tsarikh ve-ein lo takana le nazir chauve reste bloqué : sa nezirout n'a pas d'issue Ce que cela permet à Rav Hisda La baraita disait : il faut un autre acham. Rav Hisda la lit de même : il le faudrait, mais oto l'interdit -- donc la baraita ne prouve rien contre lui. Rabbi Pedat tsarikh = il DOIT, et le geste symbolique suffit on passe le rasoir à l'emplacement des cheveux on n'exige pas le verset à la lettre la où c'est impossible Le parallèle qu'il tire Beth Chamai et Rabbi Elazar disent une seule et même chose : le metsora sans pouce reçoit le sang natan al mekomo -- à l'emplacement -- et il s'acquitte. Nafka mina : chez Rabbi Avina l'impossible ferme la porte ; chez Rabbi Pedat il la déplace vers un substitut symbolique.
Le pivot du daf. Rav Hisda a besoin de la lecture de Rabbi Avina pour neutraliser la baraita ; Rabbi Pedat, lui, transforme tout devoir impossible en geste de substitution.
Un seul sang, deux réceptions : l'acham du metsora Deux versets tirent le sang dans deux directions. La baraita les concilie : deux kohanim recueillent en même temps. Chehita de l'acham le sang jaillit -- il faut le recueillir Kohen A -- kabala BA-KELI dans un récipient de service Source : ki ke-hatat ha-acham hou de même que la hatat exige un keli, l'acham aussi Destination : le MIZBEAH zerika sur l'autel, comme tout acham emourim brûlés, nessakhim requis la bête monte à l'autel même si le lépreux reste impur Kohen B -- kabala BA-YAD dans le creux de sa propre main Source : ve-lakah ... ve-natan la mise se fait avec le corps du kohen, la prise aussi Destination : le METSORA tenoukh ozen -- lobe de l'oreille DROITE bohen yad -- pouce de la main DROITE bohen regel -- gros orteil du pied DROIT L'acham du metsora était sorti de la règle générale pour une règle nouvelle ; le verset l'y ramène, sans annuler ce qui lui est propre.
La baraita de la deuxième moitié du daf. Le même sang part dans deux directions et exige deux modes de recueil incompatibles : la Torah impose donc deux kohanim simultanés.
1
אֲשַׁם מְצֹורָע שֶׁשְּׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ — בָּאנוּ לְמַחְלֹוקֶת רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן. רַבִּי מֵאִיר, דְּאָמַר יָבִיא אַחֵר וְיַתְחִיל בַּתְּחִילָּה — הָכָא נָמֵי יָבִיא אַחֵר וְיִשְׁחֹוט.

L'acham (sacrifice de culpabilité) du metsora (lépreux) que l'on a abattu chelo lichmo (sous une autre dénomination que la sienne) -- nous voici ramenés à la mahloket de Rabbi Meir d'un côté, de Rabbi Elazar et Rabbi Chimon de l'autre. Selon Rabbi Meir, qui dit qu'il apportera une autre bête et recommencera depuis le début -- ici de même : il apportera une autre bête et l'abattra.

📜 Rachi (3)
אֲשַׁם מְצֹורָע שֶׁשְּׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ כְּגוֹן לְשֵׁם עוֹלָה אוֹ לְשֵׁם שְׁלָמִים וְאָמַר מַר (זְבָחִים דַּף ב.) כָּל הַזְּבָחִים שֶׁנִּשְׁחֲטוּ שֶׁלֹּא לִשְׁמָן כְּשֵׁרִין אֶלָּא שֶׁלֹּא עָלוּ לַבְּעָלִים לְשֵׁם חוֹבָה:
Par exemple sous le nom d'une ola (holocauste) ou sous celui de chelamim (sacrifice de paix). Et le maître a dit (Zevahim 2a) : tous les sacrifices abattus chelo lichmam restent kacherim, seulement ils ne comptent pas pour leurs propriétaires comme acquittement de leur obligation.
בָּאנוּ לְדָבָר זֶה לְתוֹךְ מַחֲלָוקְתָּן שֶׁל ר"מ וְרַבִּי אֶלְעָזָר יֵשׁ לָנוּ לִלְמֹוד שֶׁכְּשֵׁם שֶׁחוֹלְקִין בָּזֶה כָּךְ חוֹלְקִין בָּזֶה:
[Nous voici ramenés :] sur cette question, à l'intérieur de la mahloket de Rabbi Meir et de Rabbi Elazar. Nous avons à en tirer que, de même qu'ils divergent dans ce cas-là, ils divergent dans celui-ci.
לר"מ דְּאָמַר עֲבוֹדָה שֶׁלֹּא נִגְמְרָה הֲרֵי הִיא כְּמִי שֶׁאֵינָהּ אַף זוֹ הוֹאִיל וְלֹא נִגְמְרָה שֶׁהֲרֵי לֹא עָלְתָה לְשֵׁם חוֹבָה אַף עַל פִּי שֶׁנָּתַן מִמֶּנּוּ לַבְּהוֹנוֹת הֲרֵי הִיא כְּמִי שֶׁאֵינָהּ וְיָבִיא אָשָׁם אַחֵר:
[Selon Rabbi Meir :] qui dit qu'un service non achevé est comme s'il n'était pas. Ici de même : puisqu'il n'a pas été achevé -- car il n'a pas compté comme acquittement de l'obligation -- alors même qu'il en a déjà mis sur les behonot (pouce et gros orteil), c'est comme s'il n'était pas, et il apportera un autre acham.
🗂️ Tossefot (1)
אֲשַׁם מְצֹורָע שֶׁשְּׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ תָּמַהּ רִיבָ"א מַאי קָא מְדַמֵּי דְּכֵיוָן דְּלָא נִשְׁחַט לִשְׁמוֹ וְלֹא עָלָה לַבְּעָלִים כְּלָל לְשֵׁם חוֹבָה מַאי שַׁייָּךְ הָכָא אָשָׁם אֶחָד אֲמַר רַחֲמָנָא כְּמוֹ לְעֵיל חַטָּאת אֶחָד אֲמַר רַחֲמָנָא וְהָא כָּל מַה שֶׁנָּתַן מִמֶּנּוּ כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ דָּמֵי עַל כֵּן נִרְאֶה לוֹ כְּגִירְסַת ר"ח אֲשַׁם מְצֹורָע שֶׁנִּשְׁפַּךְ דָּמוֹ קֹודֶם מַתַּן בְּהוֹנוֹת בָּאנוּ לְמַחֲלֹוקֶת ר"מ וְרַבִּי אֶלְעָזָר וְר"ש דְּהָא דָּמֵי לְפַר שֶׁנִּשְׁפַּךְ דָּמוֹ קֹודֶם גְּמַר מַתְּנוֹתָיו וקמ"ל כִּי הֵיכִי דִּפְלִיגִי בְּמַתְּנוֹת הַשֶּׁמֶן דְּלָא כְּתִיב אוֹתוֹ הָכָא נָמֵי פְּלִיגִי בְּמַתַּן דַּם אָשָׁם אע"ג דִּכְתִיב אוֹתוֹ דְּמַשְׁמַע אֶחָד וְתוּ לָא אֲפִילּוּ הָכֵי מֵבִיא אַחֵר וְטַעְמָא הָוֵי כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ וּפָרִיךְ וְהָא אוֹתוֹ כְּתִיב וּבֵין לר"מ וּבֵין לְרַבִּי אֶלְעָזָר וְר"ש לָא הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי אֲחֵרִים וְהָא דְּמַיְיתֵי תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ לָאו מִדְּקָתָנֵי אָשָׁם שֶׁשְּׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ דִּבְהָא כֻּולֵּי עָלְמָא מוֹדוֹ אֶלָּא מֵהַאי שֶׁלֹּא נָתַן מִדָּמוֹ עַל הַבְּהוֹנוֹת צָרִיךְ אָשָׁם אַחֵר לְהַכְשִׁירוֹ אַלְמָא אע"ג דִּכְתִיב אוֹתוֹ אִיכָּא מַאן דְּאָמַר מֵבִיא אָשָׁם אַחֵר וְתֵימַהּ וְהָא רַבִּי יוֹחָנָן גּוּפֵיהּ קָאָמַר לְעֵיל דְּטַעֲמָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר וְר"ש גַּבֵּי פַּר יוה"כ מִשּׁוּם דְּחִיטּוּי אֶחָד אֲמַר רַחֲמָנָא וְהָכָא דְּלָא מָצִינוּ לְמִידְרַשׁ הָכִי מַאי טַעְמַייְהוּ וְשֶׁמָּא מֵהָתָם גָּמְרִי כִּי הֵיכִי דְּהָתָם אִיכָּא כַּמָּה מִינֵי מַתָּנוֹת גַּלִּי לָן קְרָא מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק מַתְחִיל הָכִי נָמֵי בֵּין בְּלֹוג שֶׁמֶן בֵּין בְּאָשָׁם:
Le Riva s'étonne : quel est le rapport ? Puisque la bête n'a pas été abattue lichmo et qu'elle n'a en rien compté pour son propriétaire comme acquittement de son obligation, en quoi la règle un seul acham la Torah a dit est-elle pertinente ici, comme plus haut un seul hatat la Torah a dit ? Or tout ce qu'il en a déjà mis est comme inexistant ! C'est pourquoi il lui semble préférable de suivre la version de Rabbenou Hananel : l'acham du metsora dont le sang s'est répandu avant la mise sur les behonot -- nous voici ramenés à la mahloket de Rabbi Meir, de Rabbi Elazar et de Rabbi Chimon ; car ce cas-là ressemble bien au taureau dont le sang s'est répandu avant l'achèvement de ses présentations. Et la guemara nous apprend ceci : de même qu'ils divergent au sujet des présentations de l'huile, où le mot oto (lui) n'est pas écrit, de même divergent-ils au sujet de la mise du sang de l'acham, bien que oto y soit écrit, ce qui laisse entendre un seul et pas davantage -- malgré cela il apporte une autre bête, pour la raison que j'expliquerai plus loin. Puis la guemara objecte : mais oto est écrit ! -- et alors, ni pour Rabbi Meir ni pour Rabbi Elazar et Rabbi Chimon, on ne devrait apporter d'autres bêtes. Quant à la baraita citée comme tania kevateh (une baraita conforme à son avis), ce n'est pas du membre un acham qu'on a abattu chelo lichmo qu'on la tire, car là-dessus tout le monde s'accorde, mais de celui-ci : s'il n'a pas mis de son sang sur les behonot, il faut un autre acham pour le rendre apte -- preuve que, bien que oto soit écrit, il existe un avis selon lequel on apporte un autre acham. Et l'on peut s'étonner : Rabbi Yo'hanan lui-même a dit plus haut que la raison de Rabbi Elazar et de Rabbi Chimon à propos du taureau de Kippour tient à ce qu'un seul hitouy (une seule aspersion) la Torah a dit ; mais ici, où l'on ne peut faire cette derasha, quelle est leur raison ? Peut-être l'apprennent-ils de là-bas : de même que là-bas, où il y a plusieurs sortes de présentations, le verset nous a révélé qu'on reprend à l'endroit où l'on s'est arrêté, de même ici, aussi bien pour le log d'huile que pour l'acham.
💡 Explication

Le daf s'ouvre en pleine phrase : Rabbi Yo'hanan achevait, à la fin de 61a, de transposer au lépreux la mahloket sur le sang répandu de Kippour. La michna de Kippour posait la question : quand le sang du taureau se répand au milieu des aspersions, reprend-on tout, ou reprend-on seulement là où l'on s'est arrêté ? Rabbi Meir tient qu'un service non achevé est comme s'il n'était pas : on repart de zéro. Rabbi Elazar et Rabbi Chimon tiennent que ce qui est fait reste acquis : mi-makom che-passak, on reprend au point d'arrêt.

Le cas du lépreux : son acham a été abattu chelo lichmo, c'est-à-dire avec l'intention d'un autre sacrifice. La règle de Zevahim, rappelée par Rachi, est que la bête reste kachère -- elle monte à l'autel -- mais qu'elle ne libère pas son propriétaire de son obligation. Le lépreux n'est donc pas purifié. Pour Rabbi Meir, la solution est simple : on recommence avec une autre bête.

Tossefot, au nom du Riva, conteste toute la construction et propose une autre version du texte, celle de Rabbenou Hananel : il ne s'agirait pas d'un acham abattu chelo lichmo, mais d'un acham dont le sang s'est répandu avant la mise sur les behonot -- cas bien plus proche du taureau de Kippour. Cette glose commande la lecture de tout le début du daf.

🖼️ Schéma
L'acham du metsora a raté : peut-on en apporter un autre ? Rabbi Yo'hanan transpose au lépreux la mahloket du sang répandu de Kippour, ouverte en 61a. Le cas acham abattu chelo lichmo -- ou dont le sang n'a pas été mis sur les behonot Rabbi Meir Une avoda non achevée est comme si elle n'était pas. Ce qui a déjà été mis sur les behonot ne compte pour rien. Il apporte un autre acham et l'abat -- on repart de zéro yavi aher ve-yathil ba-tehila Rabbi Elazar et Rabbi Chimon On reprend à l'endroit même où l'on s'est arrêté : ce qui est fait reste acquis. Mais on ne peut finir avec une 2e bête. Ein lo takana aucun remède possible kevess EHAD acham : un seul, pas deux Rav Hisda objecte Le verset dit ve-hikriv OTO le-acham : celui-là même qui a été balance avec le log d'huile -- et pas un autre. Même pour Rabbi Meir : pas de remède la guemara conclut : KACHYA Une baraita soutient pourtant Rabbi Yo'hanan ; Rav Hisda la retourne en lisant tsarikh comme un devoir irréalisable.
La colonne de gauche et celle du milieu sont la mahloket de 61a transposée au lépreux. La colonne de droite est l'objection de Rav Hisda, qui laisse la sougya sur un kachya.
2
וּלְרַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן שֶׁאוֹמְרִים מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק מִשָּׁם הוּא מַתְחִיל — הָכָא אֵין לוֹ תַּקָּנָה.

Et selon Rabbi Elazar et Rabbi Chimon, qui disent qu'il reprend à l'endroit même où il s'est arrêté -- ici, il n'a pas de remède (ein lo takana).

📜 Rachi (1)
וּלְרַבִּי אֶלְעָזָר וְר"ש דְּאָמְרִי מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק מִשָּׁם הוּא מַתְחִיל אַלְמָא לָא אָמַר כְּמַאן דְּלֵיתָא דָּמְיָא הָכָא נָמֵי חֲשִׁיבָא הִיא וְאִי אֶפְשָׁר לְגָומְרָהּ בְּאַחֵר דְּהָא כְּתִיב (וַיִּקְרָא י״ד:כ״א) כֶּבֶשׂ אֶחָד אָשָׁם אָשָׁם אֶחָד אָמַרְתִּי לָךְ וְלֹא שְׁתֵּי אֲשָׁמוֹת וְהָכָא לֵיכָּא לְדַחוֹיֵי כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל חִטּוּי אֶחָד אָמַרְתִּי לָךְ כּוּ' הִלְכָּךְ אֵין לוֹ תַּקָּנָה:
[Et selon Rabbi Elazar et Rabbi Chimon, qui disent qu'il reprend la où il s'est arrêté :] preuve qu'ils ne tiennent pas ce qui a été fait pour inexistant. Ici de même, cela compte, et il est impossible d'achever le service avec une autre bête, car il est écrit (Lévitique 14:21) un agneau, acham : un seul acham t'ai-je prescrit, et non deux ahamot. Et ici on ne peut pas écarter l'objection comme nous l'avons fait plus haut avec un seul hitouy t'ai-je prescrit, etc. Donc il n'a pas de remède.
💡 Explication

Le raisonnement se retourne. Pour Rabbi Elazar et Rabbi Chimon, tout ce qui a déjà été accompli garde sa valeur : la bête abattue compte. Mais alors elle bloque la place. Le verset ne prescrit qu'un seul acham pour la purification du lépreux -- kevess ehad acham -- et l'on ne peut donc pas en amener un second pour terminer le travail.

Rachi souligne la différence avec le cas de Kippour : là-bas, Rabbi Yo'hanan avait pu neutraliser le mot restrictif en le rapportant aux gestes (une seule aspersion de chaque sorte) plutôt qu'aux bêtes. Ici ce détour est fermé. Résultat paradoxal : la position la plus indulgente sur la valeur du déjà-fait devient la plus sévère sur le sort du lépreux, qui reste ein lo takana -- sans issue.

3
מַתְקֵיף לֵיהּ רַב חִסְדָּא: וְהָא ״אוֹתוֹ״ כְּתִיב? קַשְׁיָא.

Rav Hisda objecte : mais le verset écrit oto (lui) ! -- Kachya (c'est une difficulté).

📜 Rachi (1)
וְהָא אוֹתוֹ כְּתִיב וְהִקְרִיב אוֹתוֹ לְאָשָׁם אוֹתוֹ שֶׁהוּנַף עִם הַלֹּוג וְלֹא אַחֵר וְאַפֵּי' לר"מ נָמֵי אֵין לוֹ תַּקָּנָה:
[Mais oto est écrit :] et il l'offrira, lui, en acham (Lévitique 14:12) -- celui-là même qui a été balance avec le log d'huile, et non un autre. Et alors, même selon Rabbi Meir, il n'a pas de remède.
💡 Explication

Rav Hisda fait tomber la distinction que Rabbi Yo'hanan venait d'établir. Le verset dit ve-hikriv OTO le-acham : il offrira celui-là. Rachi précise de quelle bête il s'agit -- celle qui a été balancée (tenoufa) avec le log d'huile avant l'abattage. Cette bête-là et pas une autre.

Si le mot oto exclut toute substitution, il l'exclut pour tout le monde : Rabbi Meir comme les autres. La mahloket que Rabbi Yo'hanan avait cru retrouver ici s'effondre, et la guemara le reconnaît d'un mot : kachya. La difficulté n'est pas résolue -- elle est enregistrée.

4
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: אֲשַׁם מְצֹורָע שֶׁשְּׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ, אוֹ שֶׁלֹּא נָתַן מִדָּמוֹ לְגַבֵּי בְהוֹנוֹת — הֲרֵי זֶה עוֹלֶה לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ, וְטָעוּן נְסָכִים, וְצָרִיךְ אָשָׁם אַחֵר לְהַכְשִׁירוֹ. וְרַב חִסְדָּא אָמַר לָךְ: מַאי צָרִיךְ — צָרִיךְ וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה.

Une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yo'hanan : l'acham du metsora que l'on a abattu chelo lichmo, ou dont on n'a pas mis du sang sur les behonot -- celui-ci monte tout de même sur l'autel, requiert des nessakhim (libations), et il faut un autre acham pour rendre [le lépreux] apte. Mais Rav Hisda pourrait te dire : que veut dire il faut ?

Il le faudrait -- mais il n'a pas de remède.

📜 Rachi (2)
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאִיכָּא לָמֶ"ד יָבִיא אַחֵר:
[Une baraita conforme à Rabbi Yo'hanan :] car il existe bien un avis selon lequel il apporte une autre bête.
לְהַכְשִׁירוֹ לִמְצוֹרָע זֶה לְטַהֲרוֹ לֶאֱכֹול בְּקָדָשִׁים:
[Pour le rendre apte :] pour rendre apte ce metsora, c'est-à-dire le purifier afin qu'il puisse manger des kodachim (aliments consacrés).
💡 Explication

La guemara vient au secours de Rabbi Yo'hanan avec une baraita qui traite les deux cas ensemble : acham abattu chelo lichmo, ou acham dont le sang n'a pas été applique sur les behonot. La baraita distingue nettement deux plans. Du côté du sacrifice : la bête est valide, elle monte à l'autel et exige ses libations. Du côté de l'homme : le lépreux n'est pas purifié, et il faut un autre acham. Rachi précise l'enjeu concret de cette pureté : pouvoir manger des kodachim.

Rav Hisda ne nie pas la baraita, il en déplace le sens. Le mot tsarikh (il faut) peut exprimer une exigence sans exprimer une possibilité : il faudrait un autre acham, mais le mot oto interdit d'en apporter un. La baraita énoncerait donc une impasse, non une solution.

5
וְתָנֵי תַּנָּא: ״צָרִיךְ״ — וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה? אִין, וְהַתַּנְיָא: נָזִיר מְמֹורָט, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: צָרִיךְ הַעֲבָרַת תַּעַר, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֵין צָרִיךְ הַעֲבָרַת תַּעַר. וְאָמַר רַבִּי אֲבִינָא: כְּשֶׁאוֹמְרִים בֵּית שַׁמַּאי ״צָרִיךְ״, צָרִיךְ — וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה.

Mais un tanna enseignerait-il il faut à propos d'une chose qui n'a pas de remède ? -- Oui. Et il a été enseigné : un nazir memorat (entièrement chauve), Beth Chamai disent : il lui faut le passage du rasoir ; et Beth Hillel disent : il ne lui faut pas le passage du rasoir.

Et Rabbi Avina a dit : quand Beth Chamai disent il faut, cela signifie : il le faudrait -- mais il n'a pas de remède.

📜 Rachi (3)
וְתָנֵי תַּנָּא וְכוּ' בִּתְמִיהַּ וְכִי יֵשׁ תְּנָאִים שׁוֹנִים צָרִיךְ בְּדָבָר שֶׁאֵין לוֹ תַּקָּנָה:
[Mais un tanna enseignerait-il, etc. :] la question est posée avec étonnement -- y a-t-il vraiment des tanaim qui enseignent il faut à propos d'une chose qui n'a pas de remède ?
צָרִיךְ הַעֲבָרַת תַּעַר בְּיוֹם מְלֹאת יְמֵי נִזְרוֹ כְּדִכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ו׳:ה׳) תַּעַר לֹא יַעֲבֹור עַל רֹאשׁוֹ עַד מְלֹאת אֲבָל בְּיוֹם מְלֹאת יְגַלֵּחַ בְּתַעַר וְזֶה אֵין לוֹ שֵׂיעָר וְקָתָנֵי צָרִיךְ:
[Il lui faut le passage du rasoir :] le jour où s'accomplissent les jours de sa nezirout, ainsi qu'il est écrit (Nombres 6:5) : le rasoir ne passera pas sur sa tête jusqu'à ce que soient accomplis [les jours] -- mais le jour de l'accomplissement, il se rase au rasoir. Or celui-ci n'a pas de cheveux, et il est pourtant enseigné : il faut.
וְאָמַר רַבִּי אֲבִינָא וְכוּ' וּפְלִיגָא הָא דְּרַבִּי אֲבִינָא אֲדָר' פְּדָת דְּאִלּוּ רַבִּי פְּדָת צָרִיךְ וְיֵשׁ לוֹ תַּקָּנָה קָאָמַר שֶׁיַּעֲבִירֶנּוּ עַל מְקוֹם הַשֵּׂיעָר דאע"ג דִּכְתִיב וְגִלַּח הַנָּזִיר לָא בָּעֵינַן קְרָא כְּדִכְתִיב הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר:
[Et Rabbi Avina a dit, etc. -- et il diverge :] ce propos de Rabbi Avina diverge de celui de Rabbi Pedat. Car Rabbi Pedat, lui, dit il faut au sens où il existe un remède : il passera le rasoir à l'endroit où seraient les cheveux. Car bien qu'il soit écrit et le nazir se rasera, nous n'exigeons pas que le verset s'accomplisse à la lettre là où c'est impossible.
🗂️ Tossefot (1)
נָזִיר מְמֹורָט בש"א צָרִיךְ הַעֲבָרַת תַּעַר בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה מִינִין (נָזִיר דַּף מ:) גָּרַס אִיפְּכָא בְּכָל הַסְּפָרִים בש"א אֵין צָרִיךְ וּבְהֵ"א צָרִיךְ וּמֵהֲלָכוֹת הֲפוּכוֹת הוּא כִּי הַהִיא דְּיָדַיִם שֶׁאֵין מוֹכִיחוֹת דְּאִיפְּלִיגוּ אַבַּיֵּי וְרָבָא בפ"ק דִּנְדָרִים (דַּף ה:) וּבְפֶרֶק בָּתְרָא דְּנָזִיר (דַּף סב.) הָפְכוּ דִּבְרֵיהֶם וְכֵן בפ"ק דִּבְכוֹרוֹת (דַּף ג.) בִּפְלוּגְתָּא דְּרַב הוּנָא ) (וְרַבָּה) וְרַב חִסְדָּא בְּדָבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ נְבֵילָה וּטְרֵיפָה דִּפְלִיגִי בִּטְרֵיפָה חַיָּה וְאֵינָהּ חַיָּה ובפ"ק דִּתְמוּרָה (דַּף יא:) אִיפְּכָא וְכָהֵנָּה רַבּוֹת בְּהַשַּׁ"ס וְהֵם כְּמוֹ אִיכָּא דְאָמְרִי:
Au chapitre Cheloch minim (Nazir 40b), tous les livres portent la version inverse : Beth Chamai disent il ne faut pas, et Beth Hillel disent il faut. C'est un cas de halakhot inversées, comme celui des yadaim che-einan mokhihot (formules de vœu non concluantes), au sujet desquelles Abaye et Rava divergent au premier chapitre de Nedarim (5b) et dont ils inversent les positions au dernier chapitre de Nazir (62a) ; de même au premier chapitre de Bekhorot (3a), dans la controverse de Rav Houna et de Rav Hisda sur ce qui rend la bête nevela ou terefa, où ils divergent sur le point de savoir si une terefa vit ou ne vit pas, tandis qu'au premier chapitre de Temoura (11b) c'est l'inverse. Il y en a beaucoup de semblables dans le Talmud : elles sont comme des ikka de-amrei (deux versions concurrentes d'une même tradition).
💡 Explication

La guemara teste la lecture de Rav Hisda : un tanna emploierait-il vraiment le mot tsarikh pour désigner un devoir irréalisable ? Réponse : oui, et en voici la preuve. Le nazir memorat est un nazir totalement dépourvu de cheveux. Or la sortie de nezirout exige, au terme des jours, le passage du rasoir sur la tête. Rachi rappelle la structure du verset : interdit pendant, obligatoire au terme. Un homme sans un seul cheveu se trouve donc devant une prescription sans objet.

Rabbi Avina lit la position de Beth Chamai exactement comme Rav Hisda lit la baraita : il le faudrait, mais rien ne peut être fait. Le précédent est acquis -- le mot tsarikh peut bel et bien signaler une impasse.

Tossefot signale au passage un problème de version : dans le traité Nazir lui-même, les positions sont attribuées à l'envers. Il range le cas dans la catégorie des halakhot inversées, avec plusieurs autres exemples, et conclut qu'il faut les traiter comme deux traditions parallèles.

🖼️ Schéma
Tsarikh : un devoir, ou une impasse ? La même phrase de Beth Chamai reçoit deux lectures opposées. Tout l'enjeu : que faire quand le geste prescrit est matériellement impossible ? Beth Chamai : nazir memorat -- TSARIKH ha'avarat ta'ar un nazir entièrement chauve : il lui faut le passage du rasoir. Mais il n'a pas un cheveu. Rabbi Avina tsarikh = il FAUDRAIT, mais rien n'y fait tsarikh ve-ein lo takana le nazir chauve reste bloqué : sa nezirout n'a pas d'issue Ce que cela permet à Rav Hisda La baraita disait : il faut un autre acham. Rav Hisda la lit de même : il le faudrait, mais oto l'interdit -- donc la baraita ne prouve rien contre lui. Rabbi Pedat tsarikh = il DOIT, et le geste symbolique suffit on passe le rasoir à l'emplacement des cheveux on n'exige pas le verset à la lettre là où c'est impossible Le parallèle qu'il tire Beth Chamai et Rabbi Elazar disent une seule et même chose : le metsora sans pouce reçoit le sang natan al mekomo -- à l'emplacement -- et il s'acquitte. Nafka mina : chez Rabbi Avina l'impossible ferme la porte ; chez Rabbi Pedat il la déplace vers un substitut symbolique.
Le pivot du daf. Rav Hisda a besoin de la lecture de Rabbi Avina pour neutraliser la baraita ; Rabbi Pedat, lui, transforme tout devoir impossible en geste de substitution.
6
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי פְּדָת. דְּאָמַר רַבִּי פְּדָת: בֵּית שַׁמַּאי וְרַבִּי אֶלְעָזָר אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד. בֵּית שַׁמַּאי — הָא דַּאֲמָרָן. רַבִּי אֶלְעָזָר, (דְּתַנְיָא:) אֵין לוֹ בֹּוהֶן יָד וּבֹוהֶן רֶגֶל — אֵין לוֹ טָהֳרָה עוֹלָמִית. רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: נוֹתֵן עַל מְקוֹמוֹ וְיוֹצֵא. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אִם נָתַן עַל שֶׁל שְׂמֹאל — יָצָא.

Et [Rabbi Avina] diverge de Rabbi Pedat. Car Rabbi Pedat a dit : Beth Chamai et Rabbi Elazar ont dit une seule et même chose.

Beth Chamai -- c'est ce que nous venons de rapporter. Rabbi Elazar -- comme il a été enseigné : celui qui n'a ni pouce de la main ni gros orteil du pied n'a jamais de tahara (pureté).

Rabbi Elazar dit : on met [le sang] à leur emplacement et il s'acquitte. Rabbi Chimon dit : s'il a mis sur celui de gauche, il s'est acquitté.

📜 Rachi (1)
אֵין לוֹ טָהֳרָה עוֹלָמִית דְּבָעֵינַן קְרָא כְּדִכְתִיב וּפְלִיגִי בְּסַנְהֶדְרִין בְּפֶרֶק נִגְמַר הַדִּין:
[Il n'a jamais de pureté :] car nous exigeons que le verset s'accomplisse exactement comme il est écrit. Et ils divergent [sur ce principe] dans Sanhédrin, au chapitre Nigmar ha-din.
💡 Explication

Rabbi Pedat lit la même phrase de Beth Chamai dans l'autre sens : tsarikh veut dire que le nazir chauve doit passer le rasoir à l'endroit où seraient les cheveux. Le geste devient symbolique, mais il s'accomplit. Et Rabbi Pedat rapproche cette position de celle de Rabbi Elazar sur le lépreux privé de pouce.

Trois positions se partagent ce dernier cas. Le tanna anonyme applique beinan kra ki-dekhtiv -- le verset doit s'accomplir à la lettre -- et condamne cet homme à ne jamais accéder à la pureté. Rabbi Elazar substitue le lieu : on vise l'emplacement du pouce absent. Rabbi Chimon substitue le côté : le pouce gauche remplace le droit manquant.

La divergence entre Rabbi Avina et Rabbi Pedat porte donc sur ce que fait la halakha devant l'impossible : elle ferme la porte, ou elle déplace le geste vers un substitut.

🖼️ Schéma
Un metsora sans pouce ni gros orteil : trois issues Le sang et l'huile doivent aller sur l'oreille, le pouce et l'orteil DROITS. Que faire s'ils manquent ? Tanna anonyme Ein lo tahara olamit jamais de pureté, sa vie durant Principe : beinan kra ki-dekhtiv le verset doit s'accomplir exactement comme il est écrit. débattu dans Sanhédrin, ch. Nigmar ha-din Rabbi Elazar Natan al mekomo ve-yotse on met à l'emplacement, il s'acquitte Le lieu compte plus que l'organe : on vise l'endroit où le pouce aurait dû se trouver. = Beth Chamai selon Rabbi Pedat Rabbi Chimon Natan al chel semol -- yatsa s'il a mis sur le côté gauche, c'est fait L'organe compte plus que le côté : à défaut du pouce droit, le pouce gauche fait l'affaire. substitution de côté, pas de lieu Trois manières de traiter l'impossible : refuser tout substitut, substituer le lieu, substituer le membre.
Rabbi Pedat rapproche Rabbi Elazar de Beth Chamai : dans les deux cas, le geste devenu impossible se rejoue sur l'emplacement vide. Rabbi Avina, lui, refuse ce rapprochement.
7
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְלָקַח מִדַּם הָאָשָׁם״, יָכוֹל בִּכְלִי — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְנָתַן״. מַה נְתִינָה בְּעַצְמוֹ שֶׁל כֹּהֵן — אַף לְקִיחָה בְּעַצְמוֹ שֶׁל כֹּהֵן.

Nos maîtres ont enseigné : et il prendra du sang de l'acham (Lévitique 14:14) -- on aurait pu croire : dans un keli (récipient de service) ; c'est pourquoi le verset dit : et il mettra. De même que la mise se fait avec le corps même du kohen, de même la prise se fait avec le corps même du kohen.

📜 Rachi (1)
וְלָקַח בְּאָשָׁם מְצוֹרָע כְּתִיב וְלָקַח הַכֹּהֵן מִדַּם הָאָשָׁם וְכָל לְקִיחָה הָאֲמוּרָה בַּדָּם תֵּכֶף לִשְׁחִיטָה לְשׁוֹן קַבָּלָה הוּא:
[Et il prendra :] à propos de l'acham du metsora il est écrit et le kohen prendra du sang de l'acham. Or toute prise mentionnée à propos du sang immédiatement après la chehita désigne la kabala (le recueil du sang qui jaillit).
🗂️ Tossefot (2)
מַה נְתִינָה בְּעַצְמוֹ שֶׁל כֹּהֵן בְּרֵישׁ פֶּרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף מז:) פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דִּכְתִיב אֶצְבַּע גַּבֵּי שֶׁמֶן וְיָלֵיף דָּם מִינֵּיהּ וְאֵין זֶה אֶלָּא כְּמוֹ יִלְמַד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ דְּאִי בִּנְיַן אָב הָא בָּעֲיָא הִיא הָתָם אִי דָּבָר הַלָּמֵד בְּבִנְיַן אָב חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ:
Au début du chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 47b), Rachi explique que le mot doigt est écrit à propos de l'huile et que l'on en déduit le sang. Or cela ne peut être qu'un yilmad satoum min ha-meforach (le point obscur s'apprend du point explicite) ; car si c'était un binyan av (une règle-type étendue par analogie), la question resterait ouverte là-bas : une chose apprise par binyan av peut-elle à son tour enseigner par hekech (rapprochement de deux termes dans un même verset) ?
אַף לְקִיחָה בְּעַצְמוֹ שֶׁל כֹּהֵן ואע"ג דְּגַבֵּי חַטָּאת נָמֵי כְּתִיב וְלָקַח וְנָתַן וְלָא דָּרְשִׁינַן הָכִי יֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם נַמֵּי הֲוָה לָן לְמֵימַר הָכִי אֶלָּא מִשּׁוּם דְּוֶלָּקַח טוּבָא כְּתִיבִי בִּשְׂעִיר נָשִׂיא וְכִשְׂבָּה וּשְׂעִירָה וְכֵיוָן דְּלָא מָצִינוּ לְמִידְרַשׁ כּוּלְּהוּ לָא דָּרְשִׁינַן לְהוּ:
[De même la prise se fait avec le corps même du kohen :] et bien qu'à propos de la hatat il soit également écrit et il prendra... et il mettra, sans que nous fassions cette derasha, on peut dire que là-bas aussi nous aurions dû la faire ; mais comme ve-lakah y est écrit de nombreuses fois -- pour le bouc du nassi, pour la brebis et pour la chèvre -- et que nous ne pouvons pas faire la derasha sur toutes ces occurrences, nous ne la faisons sur aucune.
💡 Explication

Nouvelle section du daf, consacrée à la mécanique du sang de l'acham du metsora. La règle générale de tous les sacrifices est que le sang est recueilli dans un keli, un récipient de service. Rachi rappelle que le verbe lakah employé juste après la chehita est le terme technique de la kabala, le recueil du sang.

Mais ici la baraita déduit l'inverse. Le verset enchaîne ve-lakah... ve-natan : il prendra, puis il mettra. Or la mise sur l'oreille, le pouce et l'orteil se fait de toute évidence avec le doigt du kohen. La juxtaposition impose donc que la prise elle aussi se fasse be-atsmo chel kohen -- dans la paume du kohen, sans récipient.

Tossefot pose deux garde-fous. Le premier sur la mécanique de la déduction : il ne s'agit pas d'un binyan av, dont la capacité à enseigner ensuite par hekech est contestée, mais du principe plus simple selon lequel un terme obscur s'éclaire par un terme explicite du même contexte. Le second sur la portée : pourquoi ne pas étendre cette lecture à la hatat, où les mêmes verbes figurent ? Parce que le verbe y revient trop souvent pour qu'on puisse en tirer une règle cohérente.

8
יָכוֹל אַף לַמִּזְבֵּחַ כֵּן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כִּי כַּחַטָּאת הָאָשָׁם הוּא״. מָה חַטָּאת טְעוּנָה כְּלִי — אַף אָשָׁם טָעוּן כְּלִי. נִמְצֵאתָ אַתָּה אוֹמֵר: אֲשַׁם מְצֹורָע שְׁנֵי כֹהֲנִים מְקַבְּלִים אֶת דָּמוֹ, אֶחָד בַּיָּד וְאֶחָד בִּכְלִי. זֶה שֶׁקִּבֵּל בִּכְלִי בָּא לוֹ אֵצֶל מִזְבֵּחַ, וְזֶה שֶׁקִּיבֵּל בַּיָּד בָּא לוֹ אֵצֶל מְצֹורָע.

On aurait pu croire qu'il en va de même pour la part destinée à l'autel ; c'est pourquoi le verset dit : car comme la hatat, ainsi est l'acham (Lévitique 14:13). De même que la hatat requiert un keli, de même l'acham requiert un keli.

Il se trouve donc que tu dois dire : pour l'acham du metsora, deux kohanim recueillent son sang, l'un dans la main et l'autre dans un récipient. Celui qui a recueilli dans le récipient s'en va vers l'autel, et celui qui a recueilli dans la main s'en va vers le metsora.

📜 Rachi (2)
יָכוֹל אַף לַמִּזְבֵּחַ כֵּן דְּקַייְמָא לָן אֲשַׁם מְצֹורָע טָעוּן מַתַּן דָּמִים לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ כִּשְׁאָר אֲשָׁמוֹת וְזֶה דָּבָר שֶׁהָיָה בַּכְּלָל וְיָצָא לִידּוֹן בְּדָבָר הֶחָדָשׁ וְהֶחֱזִירוֹ לְךָ הַכָּתוּב לְכָלְלוֹ בְּפֵירוּשׁ בפ"ק דִּיבָמוֹת (דַּף ז.) לְכָךְ נֶאֱמַר בּוֹ כִּי כַּחַטָּאת הָאָשָׁם הוּא לַכֹּהֵן מָה חַטָּאת טְעוּנָה מַתַּן דָּמִים וְאֵימוּרִים אַף זֶה טָעוּן מַתַּן דָּמִים וְאֵימוּרִים יָכוֹל אַף דָּם הַנִּיתָּן עַל הַמִּזְבֵּחַ לֹא יִתְקַבֵּל בִּכְלִי ת"ל כִּי כַּחַטָּאת הָאָשָׁם הוּא לַכֹּהֵן:
[On aurait pu croire qu'il en va de même pour l'autel :] car nous tenons pour établi que l'acham du metsora requiert la mise du sang sur l'autel comme les autres ahamot. C'est un cas de davar che-haya bikhlal ve-yatsa lidon be-davar hé-hadach (une chose comprise dans une règle générale qui en sort pour être traitée par une règle nouvelle), et le verset te la ramène explicitement à sa règle générale, comme il est expliqué au premier chapitre de Yevamot (7a). C'est pourquoi il est dit à son sujet : car comme la hatat, ainsi est l'acham, il est au kohen -- de même que la hatat requiert mise du sang et emourim (parts brûlées sur l'autel), de même celui-ci requiert mise du sang et emourim. On aurait alors pu croire que même le sang mis sur l'autel ne serait pas recueilli dans un récipient ; c'est pourquoi le verset dit : car comme la hatat, ainsi est l'acham, il est au kohen.
מָה חַטָּאת טְעוּנָה כְּלִי לְקַבָּלַת דָּמָהּ דְּכָל הַקָּרְבָּנוֹת נָפְקִי לָן בְּהֶיקֵּישָׁא (זְבָחִים דַּף צז:) דְּזֹאת הַתּוֹרָה לְעוֹלָה וּלְמִנְחָה לְחַטָּאת וּלְאָשָׁם וּבְעוֹלָה וּבִשְׁלָמִים כְּתִיב וַיָּשֶׂם בָּאַגָּנוֹת (שְׁמוֹת כ״ד:ו׳) וְאָשָׁם נָמֵי מֵהֵיכָא דְּגָמַר חַטָּאת גָּמַר אִיהוּ אֶלָּא אֲשַׁם מְצֹורָע מִשּׁוּם דְּיָצָא לִידּוֹן בְּדָבָר הֶחָדָשׁ בְּבֹהֶן יָד וּבֹהֶן רֶגֶל וְאֹזֶן יְמָנִית הֻוצְרַךְ לְהַחֲזִירוֹ לִכְלָלוֹ בְּהֶיקֵּישָׁא דִּכְחַטַּאת הָאָשָׁם:
[De même que la hatat requiert un keli :] pour la kabala de son sang. Car pour tous les sacrifices nous le tirons du hekech (Zevahim 97b) de telle est la Torah de l'ola, de la minha, de la hatat et de l'acham, et à propos de l'ola et des chelamim il est écrit : et il mit dans des bassins (Exode 24:6) ; l'acham aussi l'apprend de la même source que la hatat. Seulement l'acham du metsora, parce qu'il est sorti de la règle générale pour être traité par une règle nouvelle -- le pouce, le gros orteil et l'oreille droite -- a eu besoin d'y être ramené par le hekech de comme la hatat, ainsi est l'acham.
🗂️ Tossefot (1)
מָה חַטָּאת טְעוּנָה כְּלִי פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּיָלְפָא מֵעוֹלַת סִינַי בִּגְזֵירָה שָׁוָה דְּקִיחָה קִיחָה וְתֵימַהּ דְּבָעֲיָא הִיא בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נ.) אִי דָּבָר הַלָּמֵד בִּגְזֵירָה שָׁוָה חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ אוֹ לָא לָמֶ"ד בָּתַר מְלַמֵּד אָזְלִינַן וְתִיפְשֹׁוט מֵהָכָא דְּחַטָּאת הַלְּמוּדָה בִּגְזֵירָה שָׁוָה חוֹזֶרֶת וּמְלַמֶּדֶת בְּהֶיקֵּשׁ עַל אֲשַׁם מְצֹורָע וְאוֹמֵר ריצב"א כֵּיוָן דִּבְלָאו גְּזֵירָה שָׁוָה הֲוָה נָפְקָא לָן חַטָּאת מֵהֶיקֵּישָׁא דִּוְזָאת הַתּוֹרָה כִּדְאִיתָא בְּסוֹף פֶּרֶק דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צז:) מָה עוֹלָה טְעוּנָה כְּלִי מַאי הִיא אִילֵימָא מִזְרָק בְּזִבְחֵי שַׁלְמֵי צִיבּוּר נָמֵי כְּתִיב וְכוּ' וְכֵיוָן דְּמֵהֶיקֵּישָׁא יָלֵיף אִם כֵּן הָוְיָא לֵהּ גְּזֵירָה שָׁוָה כְּמַאן דִּכְתִיב בְּגוּפָהּ וְיָלְפִינַן שַׁפִּיר אָשָׁם מֵחַטָּאת וְלָמֶ"ד דָּבָר הַלָּמֵד בִּג"ש חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ מ"מ אִיצְטְרִיךְ הֶיקֵּשׁ לִשְׁאָר קָרְבָּנוֹת וּבְלָאו גְּזֵירָה שָׁוָה לָא סַגִּי דא"כ הָוְיָא הֶיקֵּשׁ מֵהֶיקֵּשׁ וְלָא הָוֵי מָצֵי לְמֵילַף אָשָׁם מֵחַטָּאת הִקְשָׁה ריצב"א לר"ש דְּסָבַר זָרַק בִּשְׂמֹאל כָּשֵׁר בְּפֶרֶק ב' דִּזְבָחִים (דַּף כֹּד:) דס"ל כְּהֻונָּה בָּעֲיָא אֶצְבַּע וְאַמַּאי תֶּהֱוֵי זְרִיקַת אֲשַׁם מְצֹורָע בְּיָמִין דְּמִן הַדִּין הֲוָה לָן לְמֵימַר דְּבֵין קַבָּלָה וּבֵין זְרִיקָה דְּאָשָׁם מְצֹורָע בְּיָמִין דֻּומְיָא דְּמַתַּן שֶׁמֶן אִי לָאו דְּאַהְדְּרֵיהּ קְרָא מִדִּכְתִיב כְּחַטָּאת כְּאָשָׁם וְהַתֵּינַח קַבָּלָה אֲבָל נְתִינָה דִּבְחַטָּאת גּוּפֵיהּ בְּיָמִין נֵימָא דִּבְאָשָׁם מְצֹורָע נָמֵי תֶּיהֱוֵי בְּיָמִין וְתֵירֵץ כֵּיוָן דְּאַהְדְּרֵיהּ קְרָא דִּכְתִיב כְּחַטָּאת כְּאָשָׁם הוּא וְדָרְשִׁינַן כִּשְׁאָר אֲשָׁמוֹת יְהֵא אִיכָּא לְמֵימַר דְּאַהְדְּרֵיהּ לְגַמְרֵי עוֹד הִקְשָׁה לְמָאֵן דְּאָמַר דָּבָר הַלָּמֵד בִּגְזֵירָה שָׁוָה חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ לֶיהֱווֹ כָּל אֲשָׁמוֹת בְּיָמִין לְרַבִּי שִׁמְעוֹן מֵהֶיקֵּישָׁא דִּכְחַטָּאת כְּאָשָׁם אוֹ מֵהֶיקֵּישָׁא דִּוְזָאת הַתּוֹרָה וְנִרְאֶה לִי דע"כ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן זְרִיקַת אֲשָׁמוֹת בִּשְׂמֹאל מִדִּכְתִיב כְּחַטָּאת כְּאָשָׁם וְדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף כֹּה.) לְר' שִׁמְעוֹן גַּבֵּי מִנְחָה בָּא לְעָובְדָהּ בַּיָּד עוֹבְדָהּ בְּיָמִין כְּחַטָּאת בָּא לְעָובְדָהּ בִּכְלִי עוֹבְדָהּ בִּשְׂמֹאל כְּאָשָׁם וע"כ הַייְנוּ זְרִיקָה דְּאִי בְּקַבָּלָה אֲפִילּוּ בְּחַטָּאת נָמֵי הָוְיָא בִּשְׂמֹאל לְרַבִּי שִׁמְעוֹן כִּדְאִיתָא בְּהֶדְיָא פֶּרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף כֹּד:):
[De même que la hatat requiert un keli :] Rachi explique que la hatat le tient de l'ola du Sinaï par une gezera chava kiha-kiha (identité du verbe prendre dans les deux contextes). Et l'on peut s'en étonner, car c'est justement une question restée ouverte au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 50a) : une chose apprise par gezera chava peut-elle à son tour enseigner par hekech, selon l'avis qui suit le terme enseignant ? Or on la trancherait d'ici, puisque la hatat, apprise par gezera chava, revient enseigner par hekech à l'acham du metsora. Le Ritsba répond : puisque, même sans la gezera chava, nous aurions tiré la hatat du hekech de telle est la Torah, comme il est dit à la fin du chapitre Dam hatat (Zevahim 97b) -- de même que l'ola requiert un keli : de quoi s'agit-il ? Si l'on répond du bassin, il est écrit aussi à propos des chelamim publics, etc. -- et puisqu'on le tire d'un hekech, la gezera chava vaut alors comme si elle était écrite dans le sujet lui-même, et nous déduisons à bon droit l'acham de la hatat. Et pour celui qui tient qu'une chose apprise par gezera chava revient enseigner par hekech, le hekech reste malgré tout nécessaire pour les autres sacrifices, et la gezera chava ne saurait suffire : sans elle on aurait un hekech tiré d'un hekech, et l'on n'aurait pas pu déduire l'acham de la hatat. Le Ritsba a soulevé une autre difficulté, pour Rabbi Chimon, qui tient (Zevahim 24b) qu'une zerika (aspersion) faite de la main gauche est kachère, parce qu'il estime que seul le service exigeant le doigt exige la droite : pourquoi donc la zerika de l'acham du metsora se ferait-elle de la droite ? En bonne logique nous aurions dû dire que la kabala comme la zerika de l'acham du metsora se font de la droite, à l'image de la mise de l'huile, n'était que le verset l'a ramené à la règle générale par comme la hatat, ainsi est l'acham. Cela vaut pour la kabala ; mais la netina, qui dans la hatat elle-même se fait de la droite, disons qu'elle se fera aussi de la droite pour l'acham du metsora ! Et il répond : puisque le verset l'a ramené à la règle générale en écrivant car comme la hatat, ainsi est l'acham, et que nous en tirons qu'il soit comme les autres ahamot, on peut dire qu'il l'y a ramené entièrement. Il a encore objecté : selon celui qui dit qu'une chose apprise par gezera chava revient enseigner par hekech, que tous les ahamot se fassent donc de la droite pour Rabbi Chimon, en vertu du hekech de comme la hatat, ainsi est l'acham, ou de celui de telle est la Torah ! Et il me semble que nécessairement, pour Rabbi Chimon, la zerika des ahamot se fait de la gauche, du fait qu'il est écrit comme la hatat, ainsi est l'acham et que nous en tirons, au deuxième chapitre de Zevahim (25a), pour Rabbi Chimon à propos de la minha : s'il vient à l'accomplir à la main, il l'accomplit de la droite, comme la hatat ; s'il vient à l'accomplir avec un récipient, il l'accomplit de la gauche, comme l'acham. Et nécessairement il s'agit là de la zerika, car s'il s'agissait de la kabala, même pour la hatat elle se ferait de la gauche selon Rabbi Chimon, comme il est dit explicitement au deuxième chapitre de Zevahim (24b).
💡 Explication

La baraita se corrige aussitôt. La déduction précédente vaut pour le sang applique sur le corps du lépreux -- mais l'acham du metsora est aussi un acham ordinaire, dont une part de sang doit être aspergée sur l'autel. Rachi expose la structure logique : ce sacrifice est un davar che-haya bikhlal ve-yatsa lidon be-davar hé-hadach, une chose qui faisait partie d'une règle générale et qui en est sortie pour recevoir un traitement inédit (oreille, pouce, orteil). En principe, une telle chose ne revient pas d'elle-même sous la règle générale : il faut un verset pour l'y ramener. Ce verset, c'est ki ke-hatat ha-acham hou.

D'où la conclusion, remarquable de concret : puisqu'un même sang doit être recueilli de deux manières incompatibles, deux kohanim le recueillent simultanément -- l'un dans la paume, l'autre dans un récipient. Le premier va vers l'homme, le second vers l'autel.

La glose de Tossefot, la plus longue du daf, est purement méthodologique. Elle porte sur la hiérarchie des modes de derasha : une règle obtenue par gezera chava peut-elle servir ensuite de source à un hekech ? Le Ritsba désamorce la question en montrant que la hatat tenait déjà son keli d'un hekech indépendant. Il enchaîne sur une seconde série de difficultés, concernant la main -- droite ou gauche -- dans laquelle se font kabala et zerika selon Rabbi Chimon.

🖼️ Schéma
Un seul sang, deux réceptions : l'acham du metsora Deux versets tirent le sang dans deux directions. La baraita les concilie : deux kohanim recueillent en même temps. Chehita de l'acham le sang jaillit -- il faut le recueillir Kohen A -- kabala BA-KELI dans un récipient de service Source : ki ke-hatat ha-acham hou de même que la hatat exige un keli, l'acham aussi Destination : le MIZBEAH zerika sur l'autel, comme tout acham emourim brûlés, nessakhim requis la bête monte à l'autel même si le lépreux reste impur Kohen B -- kabala BA-YAD dans le creux de sa propre main Source : ve-lakah ... ve-natan la mise se fait avec le corps du kohen, la prise aussi Destination : le METSORA tenoukh ozen -- lobe de l'oreille DROITE bohen yad -- pouce de la main DROITE bohen regel -- gros orteil du pied DROIT L'acham du metsora était sorti de la règle générale pour une règle nouvelle ; le verset l'y ramène, sans annuler ce qui lui est propre.
La baraita de la deuxième moitié du daf. Le même sang part dans deux directions et exige deux modes de recueil incompatibles : la Torah impose donc deux kohanim simultanés.
9
תְּנַן הָתָם: וְכֻולָּן מְטַמְּאִים בְּגָדִים וְנִשְׂרָפִין אַבֵּית הַדֶּשֶׁן, דִּבְרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין מְטַמְּאִין בְּגָדִים, וְאֵין נִשְׂרָפִין אַבֵּית הַדֶּשֶׁן אֶלָּא הָאַחֲרוֹן, הוֹאִיל וְגָמַר בּוֹ כַּפָּרָה.

Nous avons appris là-bas dans une michna : et toutes ces bêtes rendent les vêtements impurs et sont brûlées au beit ha-dechen (le lieu des cendres) -- paroles de Rabbi Elazar et de Rabbi Chimon. Et les Sages disent : elles ne rendent pas les vêtements impurs et ne sont pas brûlées au beit ha-dechen ; seule la dernière l'est, puisque c'est par elle que la kappara (l'expiation) a été achevée.

📜 Rachi (1)
וְכֻולָּן מְטַמְּאִין בְּגָדִים כָּל הַפָּרִים וְהַשְּׂעִירִים הַשְּׁנוּיִים בְּמִשְׁנָתֵנוּ גַּבֵּי נִשְׁפַּךְ הַדָּם לְאַחַר כַּפָּרָה זוֹ וְהֵבִיא פַּר שֵׁנִי לַפָּרֹכֶת וְגָמַר מַתְּנוֹת הַפָּרֹכֶת וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם וְהֵבִיא שְׁלִישִׁי לְמַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ כֻּולָּן נִשְׂרָפִין חוּץ לְשָׁלֹשׁ מַחֲנוֹת אַבֵּית הַדֶּשֶׁן וּמְטַמְּאִין בְּגָדִים הָעִסּוּקִין בִּשְׂרֵיפָתָן כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא ט״ז:כ״ז) וְאֵת פַּר הַחַטָּאת וְאֵת שְׂעִיר הַחַטָּאת אֲשֶׁר הוּבָא אֶת דָּמָם וְגוֹ' וְהַשֹּׂורֵף אֹותָם יְכַבֵּס בְּגָדָיו בַּמָּיִם:
[Et toutes rendent les vêtements impurs :] tous les taureaux et les boucs enseignés dans notre michna à propos du sang répandu après telle ou telle expiation. Il a apporté un deuxième taureau pour les aspersions du parokhet (le rideau), a achevé ces aspersions, le sang s'est répandu, il en a apporté un troisième pour les présentations de l'autel : tous sont brûlés hors des trois camps, au beit ha-dechen, et rendent impurs les vêtements de ceux qui s'occupent de leur combustion, ainsi qu'il est écrit (Lévitique 16:27) : et le taureau de la hatat et le bouc de la hatat dont le sang a été apporté... et celui qui les brûle lavera ses vêtements dans l'eau.
💡 Explication

Le daf revient à la michna de Kippour et à la cascade de bêtes qu'engendre le sang répandu. Rachi retrace le scénario : un premier taureau pour le Saint des saints, un deuxième pour les aspersions du parokhet, un troisième pour l'autel d'or. Que devient-on des carcasses des bêtes écartées en cours de route ?

Rabbi Elazar et Rabbi Chimon les traitent toutes comme des hatatot intérieures : brûlées au beit ha-dechen, hors des trois camps, et rendant tame (impur) celui qui les brûle. C'est la suite logique de leur position : chaque bête à réellement participé à l'expiation.

Les Sages réservent ce statut à la dernière seule, houil ve-gamar bo kappara -- parce que c'est avec elle que l'expiation s'achève. Les autres n'ont rien achevé, donc rien n'a été apporté par elles au sens du verset.

10
בְּעָא מִינֵּיהּ רָבָא מֵרַב נַחְמָן: כַּמָּה שְׂעִירִים מְשַׁלֵּחַ? אֲמַר לֵיהּ: וְכִי עֶדְרוֹ מְשַׁלֵּחַ? אָמַר לוֹ:

Rava demanda à Rav Nahman : combien de boucs envoie-t-il [à Azazel] ? Il lui répondit : est-ce donc son troupeau qu'il envoie ?

Il lui dit :

📜 Rachi (2)
כַּמָּה [שְׂעִירִים] מְשַׁלֵּחַ אִם נִשְׁפַּךְ דַּם הַשָּׂעִיר לְאַחַר שֶׁגָּמַר מַתְּנוֹת פָּנִים וְהֻוצְרַךְ לְהָבִיא שְׁנַיִם וּלְהַגְרִיל עֲלֵיהֶן וְשָׁחַט אֶת שֶׁל שֵׁם וְנָתַן מַתְּנוֹת הַפָּרֹוכֶת וְנִשְׁפַּךְ הַדָּם וְהֻוצְרַךְ עוֹד לְהָבִיא שְׁנַיִם וּלְהַגְרִיל עֲלֵיהֶן וְשָׁחַט אֶת שֶׁל שֵׁם לְמַתְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ הֲרֵי כָּאן שְׁלֹשָׁה שְׂעִירֵי עֲזָאזֵל מִשְּׁלֹשָׁה זוּגוֹת:
[Combien de boucs envoie-t-il :] si le sang du bouc s'est répandu après qu'il eut achevé les présentations du dedans, qu'il ait dû en apporter deux et tirer au sort sur eux, qu'il ait abattu celui pour Hachem et fait les aspersions du parokhet, que le sang se soit encore répandu et qu'il ait dû de nouveau en apporter deux, tirer au sort sur eux et abattre celui pour Hachem pour les présentations de l'autel -- voilà trois boucs d'Azazel issus de trois paires.
וְכִי עֶדְרוֹ מְשַׁלֵּחַ לֹא הִזְקִיק הַכָּתוּב לִשְׁלֹחַ אֶלָּא אֶחָד:
[Est-ce son troupeau qu'il envoie :] le verset n'a imposé d'en envoyer qu'un seul.
💡 Explication

Dernière sougya du daf, et elle ouvre plus qu'elle ne ferme. Chaque fois que le sang du bouc se répand, il faut recommencer avec une paire nouvelle et refaire le tirage au sort (hagrala) : un bouc la-Hachem, un bouc la-Azazel. Rachi déroule le scénario complet et arrive au chiffre : trois boucs d'Azazel issus de trois paires successives, alors qu'un seul bouc a finalement achevé le service intérieur.

Rava demande donc combien de ces boucs partent au désert. La réponse de Rav Nahman est une boutade qui est aussi un argument : ve-khi edro mechaleah -- est-ce son troupeau qu'il envoie ? La Torah n'a prescrit l'envoi que d'un seul bouc. Les autres restent en suspens, et c'est précisément ce que Rava va contester : le daf s'interrompt sur son amar lo, et la réplique n'arrivera qu'en 62a.

🖼️ Schéma
Le sang se répand deux fois : combien de boucs part-il à Azazel ? Chaque nouvelle paire exige un nouveau tirage au sort. Le bouc la-Hachem est abattu ; l'autre reste sur les bras du kohen gadol. Paire 1 tirage au sort, chehita du bouc la-Hachem aspersions du DEDANS achevées puis le sang se répand Paire 2 nouveau tirage au sort, nouvelle chehita du bouc la-Hachem aspersions du PAROKHET achevées puis le sang se répand Paire 3 nouveau tirage au sort, nouvelle chehita du bouc la-Hachem présentations de l'AUTEL D'OR service achevé Trois boucs désignés la-Azazel attendent, un par paire Question de Rava : kama seirim mechaleah ? Combien en envoie-t-on au désert ? Rav Nahman : ve-khi edro mechaleah ? Est-ce son troupeau qu'il envoie ? Le verset n'en a imposé qu'un seul.
La cascade décrite par Rachi. Chaque paire laisse derrière elle un bouc d'Azazel inemployé : le daf s'interrompt sur la réplique de Rava, que 62a développera.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).