Yoma 63b -- Meyouhad la-Hashem : le bouc émissaire entre l'exclusion et l'inclusion, et la règle de me-inyana de-kra

Yoma 63b

Sougya : Le daf achève la braita du Torat Kohanim sur la chehita hors de la azara en isolant le dernier filtre du verset : après korban (il faut une offrande) et el petah ohel moed (il faut être apte à l'entrée), c'est le mot la-Hachem qui retranche le bouc émissaire -- apte à venir à l'entrée pour la hagrala et le vidouy, mais voué à Azazel, donc non meyouhad la-Hachem. Rachi et Tossefot s'affrontent au passage sur la guirsa qui mentionne la para adouma.

Surgit alors une contradiction frontale : une autre braita, sur Vayikra 22,27, lit le même la-Hachem comme un ribouy qui inclut le bouc émissaire dans l'interdit du mehoussar zman. Rava tranche par un principe de portée générale -- me-inyana de-kra : chaque occurrence se lit dans le contexte de son propre verset, un ribouy voisin appelant un miout et inversement.

La guemara demande ensuite comment un bouc émissaire mehoussar zman est seulement concevable, puisque le goral ne fixe que ce qui est déjà apte au Nom. Rav Yossef propose Hanan l'Égyptien -- réfuté, car il nie les dehouyin, non la hagrala -- puis Rabbi Chimon, qui dispense de tirage au sort le bouc de remplacement.

Ravina donne enfin une réponse valable selon tous : le bouc atteint d'un moum et désacralisé sur un autre, lequel vient par la force du premier sans nouveau sort. Reste à établir qu'un moum invalide bien le bouc émissaire : la braita de Vayikra 22,22 le fournit en découpant le verset en quatre, et le daf se ferme sur la tzricha qui distingue les deux disqualifications, le temps qui manque et l'état repoussant.

Les trois mots-filtres de Vayikra 17,3-4 Qui est passible de karet pour une chehita hors de la azara ? Chaque mot du verset retranche une catégorie. ... acher yichhat ... KORBAN la-Hachem ... ve-el PETAH OHEL MOED lo hevi'o ... Trois mots, trois filtres successifs : seul ce qui les franchit tous les trois rend passible au-dehors. 1. KORBAN -- il faut une offrande le mot vise ce qui est consacré, non le profane Houlin (profane) égorgé dedans hors du champ de l'interdit 2. EL PETAH OHEL MOED -- apte à l'entrée il faut que la bête soit destinée à y venir Kodchei bedek habayit jamais destinés à l'entrée -- patur 3. LA-HACHEM -- exclusivement voué au Nom apte ne suffit pas : il faut être meyouhad la-Hachem Sa'ir hamishtaleach, parat hatat une autre destination -- patur Ce qui reste : les kodchei mizbeah aptes à servir à l'intérieur Les égorger au-dehors : HAYAV -- passible de karet Le daf 63a avait déjà testé l'aptitude dans le temps (hoil) ; ici on teste l'aptitude par destination.
Les trois mots du verset et les trois catégories qu'ils retranchent : korban, el petah ohel moed, la-Hashem.
Un même mot, deux sens opposés : la règle de Rava me-inyana de-kra -- chaque occurrence de la-Hachem se lit dans le contexte de SON verset Vayikra 17,4 -- chehita au-dehors voisin dans le verset : el petah ohel moed c'est un RIBOUI : il inclut (le bouc y vient bien) donc LA-HACHEM doit être un MIOUT sinon il serait superflu (Rachi) Le sa'ir hamishtaleach est EXCLU il n'est pas meyouhad la-Hachem : il part à Azazel l'égorger au-dehors : PATUR Vayikra 22,27 -- mehoussar zman voisin dans le verset : isheh (par le feu) c'est un MIOUT : il exclut (le bouc ne monte pas au feu) donc LA-HACHEM doit être un RIBOUI on lit : la-Hachem -- tout ce qui est à l'Éternel Le sa'ir hamishtaleach est INCLUS on ne peut pas le consacrer avant son huitième jour mehoussar zman : interdit Règle dégagée par Rava : dans un verset, un ribouy appelle un miout et un miout appelle un ribouy. Un mot n'a pas de valeur exégétique fixe : c'est son voisin immédiat qui lui assigne son rôle.
La réponse de Rava : le même la-Hashem exclut dans un verset et inclut dans l'autre, selon son voisinage.
Comment un bouc émissaire peut-il arriver SANS goral ? Les trois tentatives Sans un tel cas, l'interdit du mehoussar zman sur le bouc émissaire n'aurait aucune application. Difficulté : le goral ne fixe un bouc que s'il est déjà apte la-Hachem on ignore sur lequel tombera le sort -- les DEUX doivent donc être aptes, donc âgés de huit jours au moins Il faut donc un scénario où le second bouc entre en fonction hors du tirage au sort : 1. Rav Yossef : c'est Hanan l'Égyptien même le sang déjà dans la coupe, si le bouc émissaire meurt on en amène un autre du marché et on l'apparie au sang -- donc pas de nouveau goral REJETÉ il nie les dehouyin, pas le goral 2. Rav Yossef : c'est Rabbi Chimon si l'un des deux meurt, on amène son compagnon SANS hagrala le remplaçant entre en fonction sans jamais passer par le sort RETENU mais seulement selon R. Chimon 3. Ravina : le bouc a été atteint d'un moum et on l'a racheté sur un autre le second vient par la force du premier (mi-koah ha-richon) : aucun goral n'est requis ce remplaçant-là, lui, peut fort bien être mehoussar zman RETENU valable selon toutes les opinions Prix à payer par la réponse de Ravina : il faut d'abord établir qu'un moum invalide le bouc émissaire. D'où la suite du daf : ou-mena teimra de-passil beih mouma -- et la dracha de Vayikra 22,22.
Les trois tentatives pour trouver un bouc émissaire entrant en fonction sans tirage au sort.
1
אִי ״קָרְבָּן״, שׁוֹמֵעַ אֲנִי אֲפִילּוּ קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת, שֶׁנִּקְרְאוּ קָרְבָּן, כָּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַנַּקְרֵב אֶת קָרְבַּן ה׳״, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְאֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד לֹא הֱבִיאוֹ״. כָּל הָרָאוּי לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד — חַייָּב עָלָיו בַּחוּץ, כֹּל שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד — אֵין חַיָּיבִין עָלָיו בַּחוּץ.

Si (le verset n'avait écrit que) ''korban'' (offrande), j'aurais entendu que l'on est passible même pour les kodchei bedek habayit (les biens consacrés à l'entretien de la Maison), qui eux aussi sont appelés korban, comme dans ce qui est dit : ''et nous avons apporté l'offrande de l'Éternel'' (Bamidbar 31,50). C'est pourquoi le verset enseigne : ''et il ne l'a pas amené à l'entrée de la tente d'assignation'' (Vayikra 17,4) -- tout ce qui est apte à l'entrée de la tente d'assignation, on en est passible au-dehors ; tout ce qui n'est pas apte à l'entrée de la tente d'assignation, on n'en est pas passible au-dehors.

📜 Rachi (2)
אִי קָרְבָּן שׁוֹמֵעַ אֲנִי וְכוּ' רֵישָׁא דְּבָרַייְתָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים הָכִי אִיתָא יָכוֹל הַשּׁוֹחֵט חֻולִּין בִּפְנִים יְהֵא חַייָּב וְדִין הוּא וְכוּ' ת"ל קָרְבָּן עַל הַקָּרְבָּן הוּא חַיָּיב וְאֵינוֹ חַיָּיב עַל הַחֻולִּין אִי קָרְבָּן שׁוֹמֵעַ אֲנִי וְכוּ' כְּלוֹמַר אוֹ אֵינוֹ אוֹמֵר קָרְבָּן לְהוֹצִיא אֶת הַחֻולִּין בִּפְנִים אֶלָּא לְהָבִיא קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת שֶׁשְּׁחָטָן בַּחוּץ שֶׁיְּהֵא חַייָּב שֶׁהֲרֵי אַף הֵם נִקְרְאוּ קָרְבָּן כָּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר וַנַּקְרֵב אֶת קָרְבַּן ה' אִישׁ אֲשֶׁר מָצָא וְהָא וַדַּאי בֶּדֶק הַבַּיִת הוּא:
Le début de la braita, dans le Torat Kohanim, se lit ainsi : on pourrait croire que celui qui égorge du houlin (du profane) à l'intérieur (de la azara) serait passible, et ce serait logique, etc. -- c'est pourquoi le verset dit korban : c'est pour une offrande qu'il est passible, et il n'est pas passible pour du profane. Puis vient : ''si korban, j'aurais entendu, etc.'', c'est-à-dire : peut-être le mot korban n'est-il pas là pour exclure le profane égorgé à l'intérieur, mais au contraire pour inclure les kodchei bedek habayit qu'on a égorgés au-dehors, et le rendre passible -- car eux aussi sont appelés korban, comme dans ce qui est dit ''et nous avons apporté l'offrande de l'Éternel, ce que chaque homme a trouvé'', et cela relève assurément du bedek habayit (l'entretien du Temple).
הָרָאוּי לְפֶתַח וְגוֹ' וְקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת לָא הָיוּ עֲתִידִים לָבֹא לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי שֶׁאֵינָן רְאוּיִן לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד שֶׁסְּתָם קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת בַּעֲלֵי מוּמִין הֵן דְּאָמַר מָר (תְּמוּרָה דַּף ז:) הַמַּתְפִּיס תְּמִימִים לְבֶדֶק הַבַּיִת עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה וא"א לְהַעֲמִידָהּ כֵּן בִּמְקוֹמָהּ בְּמַס' זְבָחִים:
Ce qui est apte à l'entrée, etc. -- or les kodchei bedek habayit n'étaient pas destinés à venir à l'entrée de la tente d'assignation. Et moi, j'ai entendu (une autre explication) : qu'ils ne sont pas aptes à l'entrée de la tente d'assignation parce que, en règle générale, les kodchei bedek habayit sont des bêtes tarées (baalei moumin), car le maître a dit (Temoura 7b) : celui qui consacre au bedek habayit des bêtes sans défaut transgresse un commandement positif. Mais il est impossible de soutenir cette explication à l'endroit correspondant, dans le traité Zevahim.
🗂️ Tossefot (1)
וְכָל שֶׁאֵין רְאוּיִן לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד אֵין חַיָּיבִין עָלָיו מַה שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁיֵּשׁ מְפָרְשִׁים מִשּׁוּם דִּסְתָם קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת בַּעֲלֵי מוּמִין הֵן דְּהַמַּתְפִּיס תְּמִימִים לְבֶדֶק הַבַּיִת עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה וְכָתַב שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְהַעֲמִידָהּ כֵּן בִּמְקוֹמָהּ בִּזְבָחִים פֶּרֶק חַטָּאת וְלֹא פִּי' מֶה הָיָה קָשֶׁה לוֹ וּבְפֶרֶק פָּרַת חַטָּאת פִּי' דִּתְנַן בְּפֶרֶק פָּרַת חַטָּאת (זְבָחִים דַּף קיב.) פָּרַת חַטָּאת שֶׁשְּׁחָטָהּ חוּץ מִגִּיתָּהּ וְכֵן שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁשָּׁחַט בַּחוּץ פָּטוּר מִשּׁוּם דְּאֵין רְאוּיָן לָבֹא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד אַלְמָא פָּרַת חַטָּאת אע"ג דִּתְמִימָה הִיא כֵּיוָן דְּאֵין סוֹפָהּ לָבֹא אֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד פָּטוּר הָכִי נָמֵי בְּקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת פָּטוּר וַאֲפִילּוּ תְּמִימִים:
Ce que Rachi a rapporté -- que certains expliquent (l'exemption) par le fait que, en règle générale, les kodchei bedek habayit sont des bêtes tarées, puisque celui qui consacre au bedek habayit des bêtes sans défaut transgresse un commandement positif -- et dont il a écrit qu'il ne pouvait pas le soutenir à l'endroit correspondant, dans Zevahim, au chapitre Hatat : il n'a pas expliqué ce qui lui faisait difficulté. Or au chapitre Parat Hatat il l'a expliqué. Nous avons appris dans la michna du chapitre Parat Hatat (Zevahim 112a) : la vache de la hatat (la para adouma) qu'on a égorgée hors de son emplacement, ainsi que le bouc émissaire qu'on a égorgé au-dehors -- exempt, parce qu'ils ne sont pas aptes à venir à la tente d'assignation. Il ressort donc que la vache de la hatat, bien qu'elle soit temima (sans défaut), est exempte du seul fait qu'elle n'est pas destinée, en fin de compte, à venir à l'entrée de la tente d'assignation. De même donc pour les kodchei bedek habayit : on en est exempt, même s'ils sont sans défaut.
💡 Explication

Le daf poursuit la longue braita du Torat Kohanim sur la chehita hors de la azara. Le procédé est constant : chaque mot du verset de Vayikra 17,4 sert de filtre, et la braita teste à chaque fois la catégorie que ce mot laisse passer ou retranche.

Ici, deux étapes. Le mot korban pourrait, à lui seul, être trop large : les biens du Trésor du Temple (kodchei bedek habayit) sont eux aussi appelés korban dans la Torah. C'est la clause ve-el petah ohel moed lo hevi'o qui tranche : seule est visée la bête apte à l'entrée de la tente d'assignation. Or les kodchei bedek habayit ne sont jamais destinés à y venir.

Rachi rapporte ici deux lectures de leur inaptitude, et rejette la seconde (celle qui les déclare tarés par principe). Tossefot explique pourquoi : la michna de Zevahim exempte la para adouma alors même qu'elle est sans défaut -- preuve que c'est la destination, non le défaut, qui est le vrai critère.

2
אוֹצִיא אֵלּוּ שֶׁאֵין רְאוּיִן לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד, וְלֹא אוֹצִיא פָּרַת חַטָּאת וְשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁהוּא רָאוּי לָבוֹא אֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לָה׳״, מִי שֶׁמְּיֻוחָדִין לָה׳, יָצְאוּ אֵלּוּ שֶׁאֵין מְיֻוחָדִין לַשֵּׁם.

J'exclurai ceux-là, qui ne sont pas aptes à l'entrée de la tente d'assignation ; mais je n'exclurai pas la vache de la hatat (para adouma) ni le bouc émissaire, qui est apte, lui, à venir à l'entrée de la tente d'assignation. C'est pourquoi le verset enseigne : ''à l'Éternel'' -- ceux qui sont exclusivement voués à l'Éternel ; sont donc exclus ceux-là, qui ne lui sont pas exclusivement voués.

📜 Rachi (1)
וְלֹא אוֹצִיא פָּרַת חַטָּאת לָא גָּרְסִינַן שֶׁאַף הִיא אֵינָהּ רְאוּיָה לָבֹא לְאֹהֶל מוֹעֵד אֶלָּא וְלֹא אוֹצִיא שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁהוּא רָאוּי לָבֹא לְאֹהֶל מוֹעֵד לְהַגְרִיל וּלְהִתְוַודּוֹת עָלָיו הָכִי מְפָרֵשׁ לָהּ בִּזְבָחִים:
Et je n'exclurai pas la vache de la hatat -- nous ne lisons pas ces mots (dans la braita), car elle non plus n'est pas apte à venir à la tente d'assignation. Il faut lire seulement : ''et je n'exclurai pas le bouc émissaire'', qui est apte, lui, à venir à la tente d'assignation, pour qu'on y tire les sorts et qu'on fasse sur lui le vidouy (la confession). C'est ainsi qu'on l'explique dans Zevahim.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא אוֹצִיא פָּרַת חַטָּאת וְשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ רַשִׁ"י לָא גָרֵיס פָּרַת חַטָּאת דִּפְרָת חַטָּאת לָא אָתְיָא כְּלָל לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד וְהַדִּין עִמּוֹ דְּאִי מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהּ וְהִזָּה אֶל נֹכַח פְּנֵי אֹהֶל מוֹעֵד מִדָּמָהּ אִם כֵּן כִּי פָּרֵיךְ בִּזְבָחִים וְשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ לָאו רָאוּי אֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד הוּא וּפָרִיךְ מִזֹּאת הַבָּרַיְיתָא דְּקָרֵי לֵיהּ רָאוּי אֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד וּמְשַׁנֵּי לֵיהּ כָּאן קֹודֶם הַגְרָלָה כָּאן לְאַחַר הַגְרָלָה וְאִי בָּעֵית אֵימָא כָּאן קֹודֶם וִידּוּי וְכוּ' לִיפְרֹוךְ מִפָּרַת חַטָּאת וְלָא הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי כְּדִמְשַׁנֵּי עַל כֵּן נִרְאֶה דְּלָא גָּרַס פָּרַת חַטָּאת בַּבָּרַיְיתָא וְדֹוחַק הוּא דְּבַבָּרַייְתָא גָּרְסִינַן שֶׁהֵן רְאוּיָם וְכוּ' עַד יֵצְאוּ אֵלּוּ שֶׁאֵינָן מְיֻוחָדִין בִּלְשׁוֹן רַבִּים וְצָרִיךְ לִגְרֹוס שֶׁהוּא רָאוּי יָצָא בִּלְשׁוֹן יָחִיד כֵּיוָן דְּלָא גָּרְסִינַן אֶלָּא שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְנִרְאֶה לִי לְיַישְּׁבוֹ וְהָכִי פֵּירוּשׁוֹ וְלֹא אוֹצִיא פָּרַת חַטָּאת וַאֲפִילּוּ אִם תִּמְצָא לוֹמַר שֶׁאוֹצִיא נָמֵי פָּרַת חַטָּאת כֵּיוָן דְּאִיהִי לָא אָתְיָא פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד מִכָּל מָקוֹם לֹא אוֹצִיא שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ ת"ל לָהּ' וְהַשְׁתָּא נִיחָא דְּכִי פָּרִיךְ בְּפֶרֶק פָּרַת חַטָּאת (זְבָחִים דַּף קיג.) מִשָּׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ לָא פָּרֵיךְ מִפָּרַת חַטָּאת מִשּׁוּם דִּבְהַאי בָּרַיְיתָא נָמֵי את"ל קָאָמַר דִּפְרָת חַטָּאת אֵינָהּ רְאוּיָה לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד לָהּ' לְשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ דְּהַהוּא וַדַּאי רָאוּי לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד הוּא וּלְהָכִי לָא פָּרֵיךְ הָתָם אֶלָּא מִשָּׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ:
Rachi ne lit pas ''la vache de la hatat'' (dans la braita), car la vache de la hatat ne vient pas du tout à l'entrée de la tente d'assignation -- et il a raison. En effet, si l'on voulait la dire apte parce qu'il est écrit à son sujet ''et il aspergera de son sang vers l'avant de la tente d'assignation'', alors, lorsque la guemara objecte dans Zevahim ''mais le bouc émissaire, est-il donc apte à l'entrée de la tente d'assignation ?'' -- objection tirée précisément de cette braita, qui l'appelle apte à l'entrée de la tente d'assignation, et à laquelle on répond : ici avant la hagrala, là après la hagrala ; ou, si tu veux : ici avant le vidouy, etc. -- elle aurait dû objecter tout autant à partir de la vache de la hatat, et l'on n'aurait pas pu répondre comme on répond. Il apparaît donc bien qu'il ne faut pas lire ''vache de la hatat'' dans la braita. Cela reste pourtant forcé, car dans la braita nous lisons ''qui sont aptes'', etc., jusqu'à ''sont exclus ceux-là, qui ne sont pas exclusivement voués'', au pluriel ; il faudrait alors lire ''qui est apte'' et ''est exclu celui-là'', au singulier, puisqu'il ne resterait plus que le bouc émissaire. Il me semble donc qu'on peut sauver la version, et voici son sens : ''et je n'exclurai pas la vache de la hatat'' -- et même si tu venais à dire que j'exclus aussi la vache de la hatat, puisqu'elle ne vient pas à l'entrée de la tente d'assignation, en tout cas je n'exclurai pas le bouc émissaire ; c'est pourquoi le verset enseigne ''à l'Éternel''. Et tout s'éclaire alors : lorsque la guemara objecte au chapitre Parat Hatat (Zevahim 113a) à partir du bouc émissaire, elle n'objecte pas à partir de la vache de la hatat, parce que dans cette braita même on parle par mode de ''et si tu voulais dire'' (im timtze lomar) : la vache de la hatat n'est pas apte à l'entrée de la tente d'assignation, et le mot ''à l'Éternel'' vise le bouc émissaire, qui, lui, est certainement apte à l'entrée de la tente d'assignation. C'est pourquoi, la-bas, elle n'objecte qu'à partir du bouc émissaire.
💡 Explication

Troisième filtre. Le bouc émissaire pose un problème redoutable : il vient bel et bien à l'entrée de la tente d'assignation -- c'est là qu'on tire les sorts sur lui et qu'on fait sur lui le vidouy. Le filtre précédent ne l'atteint donc pas.

D'où le recours au mot la-Hachem, relu comme meyouhad la-Hachem : voué exclusivement au Nom. Le bouc émissaire, lui, a une autre destination -- Azazel. Il tombe donc, et celui qui l'égorge au-dehors est patur.

Rachi et Tossefot se battent ici sur la guirsa (la version du texte) : faut-il lire ''la vache de la hatat'' dans la braita ? Rachi la supprime ; Tossefot la conserve en la lisant comme un im timtze lomar -- une concession rhétorique, pas une affirmation.

🖼️ Schéma
Apte à l'entrée ne suffit pas : il faut être meyouhad la-Hachem Kodchei mizbeah apte à l'entrée : OUI voué au Nom seul : OUI ola, hatat, chelamim, acham... HAYAV au-dehors Sa'ir hamishtaleach apte à l'entrée : OUI il y vient pour la hagrala et le vidouy voué au Nom seul : NON sa destination est Azazel PATUR Parat hatat (para adouma) apte à l'entrée : NON Rachi : ne pas lire ces mots ici Tossefot : lire par mode de im timtze lomar (et si tu voulais dire) PATUR Le mot la-Hachem ne sert qu'à trancher le cas du milieu : apte, mais pas exclusivement voué. Sans lui, le bouc émissaire aurait passé le filtre précédent -- il vient bel et bien à l'entrée.
Les trois cas de figure : seul le bouc émissaire est apte sans être exclusivement voué au Nom.
3
ו״לה׳״ לְהוֹצִיא הוּא? וּרְמִינְהוּ: ״יֵרָצֶה לְקָרְבַּן אִשֶּׁה לַה׳״, אֵלּוּ אִישִּׁים,

Et ''à l'Éternel'' viendrait exclure ?! On peut pourtant objecter (une braita contraire) : ''il sera agréé comme offrande, sacrifice par le feu à l'Éternel'' (Vayikra 22,27) -- ce sont là les ichim (ce qui monte sur le feu de l'autel) ;

📜 Rachi (2)
וְלָהּ' לְהוֹצִיא הוּא בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁהוּא רָאוּי לָבֹא בִּתְמִיהַּ:
Et ''à l'Éternel'' viendrait exclure -- (exclure) le bouc émissaire, qui est pourtant apte à venir ? La guemara le demande avec étonnement.
אֵלּוּ אִישִּׁים שֶׁלֹּא יִתֵּן מֵהֶן עַל אֵשׁ שֶׁל מַעֲרָכָה:
Ce sont là les ichim -- c'est-à-dire qu'il ne doit pas en placer sur le feu du bûcher (maaraha) de l'autel.
💡 Explication

Retournement brutal. La guemara conteste la fonction même du mot la-Hachem : servirait-il vraiment à exclure ? Elle produit une braita où le même mot, applique au même sujet -- le bouc émissaire -- fait exactement l'inverse : il inclut.

Le verset invoqué est Vayikra 22,27, qui interdit d'offrir un animal avant son huitième jour. Le mot isheh (sacrifice par le feu) y désigne ce qui monte sur le feu de l'autel : c'est déjà un terme restrictif.

🖼️ Schéma
ou-rminhou : deux braitot lisent la-Hachem en sens contraire Braita de notre daf -- Vayikra 17,4 mi che-meyouhadin la-Hachem yatzou elou che-einan meyouhadin la-Hachem = EXCLUT le bouc émissaire sort du champ ? Braita citée -- Vayikra 22,27 isheh = les ichim (le feu de l'autel) korban = pas de mehoussar zman la-Hachem = INCLUT le bouc émissaire est ajouté Même mot, même sujet -- le bouc émissaire -- et deux fonctions exégétiques opposées. Rava répondra au segment suivant.
La contradiction : le même mot la-Hachem lu comme miout dans un verset et comme ribouy dans l'autre.
4
מִנַּיִן שֶׁלֹּא יַקְדִּישֶׁנּוּ מְחֻוסָּר זְמַן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״קָרְבָּן״, ״לָה׳״ — לְרַבּוֹת שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ!

d'où (sait-on) qu'il ne doit pas le consacrer alors qu'il lui manque encore son temps (mehoussar zman, avant le huitième jour) ? Le verset enseigne : ''korban''.

Et ''à l'Éternel'' -- pour inclure le bouc émissaire !

📜 Rachi (1)
מִנַּיִן שֶׁלֹּא יַקְדִּישֶׁנּוּ מְחֻוסָּר זְמַן ת"ל קָרְבָּן וּמִשְּׁעַת הֶקְדֵּשׁוֹ קָרוּי קָרְבָּן:
D'où (sait-on) qu'il ne doit pas le consacrer mehoussar zman ? Le verset enseigne korban -- car dès l'instant de sa consécration il est appelé korban.
💡 Explication

La braita adverse se déploie : le mot korban étend l'interdit au moment de la consécration elle-même, et non seulement à l'offrande. Rachi explique le mécanisme : dès qu'on le consacre, l'animal porte le titre de korban -- donc l'interdit du mehoussar zman le frappe dès cet instant.

Et c'est ici que tombe le coup : dans cette braita, la-Hachem sert à ajouter le bouc émissaire à la liste. Le même mot, le même sujet, la fonction inverse.

5
אָמַר רָבָא: הָתָם מֵעִנְיָנָא דִּקְרָא וְהָכָא מֵעִנְיָנָא דִּקְרָא. הָתָם ד״אל פֶּתַח״ לְרַבּוֹת — ״לָה׳״ לְהוֹצִיא. הָכָא דְּ״אִשָּׁה״ לְהוֹצִיא — ״לָה׳״ לְרַבּוֹת.

Rava dit : là-bas, c'est d'après le contexte du verset, et ici, c'est d'après le contexte du verset. Là-bas, où ''à l'entrée'' vient inclure, ''à l'Éternel'' vient exclure.

Ici, où ''sacrifice par le feu'' vient exclure, ''à l'Éternel'' vient inclure.

📜 Rachi (4)
הָתָם דְּאֶל פֶּתַח לְרַבּוֹת שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ דְּלָא מְמַעֵט מֵאֵל פֶּתַח שֶׁהֲרֵי רָאוּי לָבֹא אֶל פֶּתַח:
Là-bas, où ''à l'entrée'' vient inclure -- (inclure) le bouc émissaire, qui n'est pas exclu par ''à l'entrée'', puisqu'il est bien apte à venir à l'entrée.
לָהּ' לְהוֹצִיא אֲתָא דְּאִילּוּ לְרַבּוֹת לָא אִיצְטְרִיךְ וְכִי אֲתָא לְהוֹצִיא אֲתָא וּלְמִדְרַשׁ מִי שֶׁמְּיֻוחָדִין לְשָׁם יָצָא זֶה שֶׁאֵינוֹ מְיֻוחָד:
''À l'Éternel'' vient donc exclure -- car s'il venait inclure, il serait superflu ; s'il figure dans le verset, c'est donc pour exclure, et pour qu'on l'interprète ainsi : ceux qui sont exclusivement voués au Nom -- est exclu celui-ci, qui ne lui est pas exclusivement voué.
הָכָא דְּאִשָּׁה מַשְׁמַע לְהוֹצִיא שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ עוֹלֶה לָאִשִּׁים:
Ici, où ''sacrifice par le feu'' signifie exclure -- (exclure) le bouc émissaire, puisqu'il ne monte pas aux ichim (au feu de l'autel).
לָהּ' לְרִבּוּי אֲתָא וּלְמִדְרַשׁ לָהּ' כֹּל דְּלָה':
''À l'Éternel'' vient inclure -- et l'on interprète : ''à l'Éternel'' -- tout ce qui est à l'Éternel.
💡 Explication

La réponse de Rava est un principe herméneutique de première importance : me-inyana de-kra -- d'après le contexte du verset. Un mot n'a pas de valeur exégétique fixe et portable ; c'est son voisinage immédiat qui lui assigne son rôle.

Le mécanisme est un équilibre. Dans Vayikra 17,4, la clause el petah ohel moed fonctionne comme un ribouy (elle laisse entrer le bouc émissaire, qui y vient effectivement) ; la-Hachem doit donc être le miout qui le retranche -- sinon, note Rachi, il serait purement superflu. Dans Vayikra 22,27, c'est l'inverse : isheh est déjà un miout (le bouc ne monte pas au feu), donc la-Hachem ne peut être qu'un ribouy.

6
טַעְמָא דְּרַבִּי רַחֲמָנָא, הָא לָא רַבִּי, הֲוָה אֲמִינָא: שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ קָדוֹשׁ בִּמְחֻוסַּר זְמַן. וְהָא אֵין הַגּוֹרָל קוֹבֵעַ אֶלָּא בְּרָאוּי לַשֵּׁם!

La raison (de l'interdit) tient donc à ce que la Torah l'a expressément inclus ; mais si elle ne l'avait pas inclus, j'aurais dit : le bouc émissaire peut être consacré même mehoussar zman. Or le sort (goral) ne fixe (un bouc) que s'il est apte au Nom !

📜 Rachi (1)
וְהָא אֵין הַגּוֹרָל קוֹבֵעַ לְשֵׁם אֶלָּא אֶת הָרָאוּי לְשֵׁם וְכֵיוָן דְּלָא יָדַע עַל אֵיזֶה מֵהֶן יַעֲלֶה הַגּוֹרָל לְשֵׁם א"א לִהְיוֹת אֶחָד מֵהֶן מְחֻוסַּר זְמַן:
Or le sort ne fixe (un bouc) pour le Nom que celui qui est apte au Nom ; et puisqu'on ne sait pas sur lequel des deux tombera le sort ''pour l'Éternel'', il est impossible que l'un d'eux soit mehoussar zman.
💡 Explication

Nouvelle attaque, cette fois par l'absurde : si le ribouy de la-Hachem était nécessaire, c'est qu'on aurait pu croire, sans lui, qu'un bouc émissaire mehoussar zman est valide. Mais un tel cas est-il seulement concevable ?

Non, répond la guemara : le goral ne peut fixer un bouc comme ''pour l'Éternel'' que s'il est déjà apte à ce titre. Et comme nul ne sait à l'avance sur lequel des deux le sort tombera, les deux doivent être aptes dès le départ -- donc âgés d'au moins huit jours. L'inclusion serait sans objet.

Toute la suite du daf consistera à chercher un scénario où un bouc émissaire entre en fonction sans passer par le tirage au sort.

🖼️ Schéma
Pourquoi le goral rend le mehoussar zman impossible Bouc A on ignore encore son sort Bouc B on ignore encore son sort Kalpi -- le tirage au sort la-Hachem la-Azazel Le goral ne fixe un bouc que s'il est déjà apte la-Hachem et comme nul ne sait sur lequel tombera le sort, les DEUX doivent être aptes dès le départ Donc aucun bouc de la hagrala ne peut être mehoussar zman l'inclusion tirée de la-Hachem resterait sans objet -- il faut trouver un bouc qui arrive hors du goral
Le tirage au sort filtre les deux boucs à la fois : aucun d'eux ne peut donc être mehoussar zman.
7
אָמַר רַב יוֹסֵף: הָא מַנִּי, חָנָן הַמִּצְרִי הִיא, דְּתַנְיָא: חָנָן הַמִּצְרִי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ דָּם בְּכוֹס — מֵבִיא חֲבֵירוֹ וּמְזַוֵּוג לוֹ.

Rav Yossef dit : de qui cela relève-t-il ? De Hanan l'Égyptien.

Car il a été enseigné : Hanan l'Égyptien dit -- même si le sang est déjà dans la coupe, on amène son compagnon et on l'apparie à lui.

📜 Rachi (3)
חָנָן הַמִּצְרִי הִיא דְּלֵית לֵיהּ הַגְרָלָה מִשֶּׁהִגְרִיל וּמֵת אֶחָד מֵהֶן הִלְכָּךְ כְּשֶׁמֵּת שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וּמֵבִיא אַחֵר שֶׁלֹּא בְּהַגְרָלָה הֻוצְרַךְ לְלַמֵּד מִן הַמִּקְרָא שֶׁלֹּא יָבִיא מְחֻוסַּר זְמַן:
C'est Hanan l'Égyptien -- qui ne tient pas la hagrala (un nouveau tirage au sort) une fois que le sort à déjà été tiré et que l'un des deux est mort. C'est pourquoi, lorsque le bouc émissaire meurt et qu'on en amène un autre sans hagrala, il a fallu apprendre du verset qu'on n'en amène pas un mehoussar zman.
אַפֵּי' דָּם שֶׁל שָׂעִיר הַפְּנִימִי בְּכוֹס שֶׁכְּבָר נִשְׁחַט וּמֵת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ מֵבִיא חֲבֵירוֹ מִן הַשּׁוּק:
Même le sang -- celui du bouc intérieur -- est déjà dans la coupe, c'est-à-dire qu'il a déjà été égorgé et que le bouc émissaire est mort : on amène son compagnon depuis le marché.
וּמְזַוֵּיג לְדַם וּמְשַׁלְּחוֹ:
Et on l'apparie -- au sang (déjà recueilli), et on l'envoie (au désert).
💡 Explication

Première tentative de Rav Yossef : la braita suivrait Hanan l'Égyptien. Sa position est extrême -- même lorsque le bouc intérieur a déjà été égorgé et son sang recueilli dans la coupe, si le bouc émissaire meurt, on va simplement en chercher un autre au marché et on l'apparie au sang déjà prélevé.

Il n'y a alors ni nouveau goral, ni dehiya (mise à l'écart du sang). C'est exactement le scénario cherché : un bouc émissaire qui entre en fonction sans avoir été filtré par le sort -- et qui pourrait donc être mehoussar zman.

8
אֵימַר דְּשָׁמְעַתְּ לֵיהּ לְחָנָן הַמִּצְרִי דְּלֵית לֵיהּ דְּחוּיִין, דְּלֵית לֵיהּ הַגְרָלָה מִי שָׁמְעַתְּ לֵיהּ? דִּילְמָא מַייְתֵי וּמַגְרִיל.

Admettons que tu aies entendu Hanan l'Égyptien dire qu'il ne tient pas les dehouyin (le principe de la mise à l'écart) ; mais qu'il ne tienne pas non plus la hagrala, l'as-tu entendu ? Peut-être en amène-t-il (deux) et tire-t-il les sorts !

📜 Rachi (2)
דְּלֵית לֵיהּ דְּחוּיִין דְּלֵית לֵיהּ שֶׁיְּהֵא הַדָּם דָּחוּי בִּשְׁבִיל חֲבֵירוֹ שֶׁמֵּת לוֹמַר יִשָּׁפֵךְ הַדָּם כִּדְקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה בְּמָתְנֵי' מֵת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ יִשָּׁפֵךְ הַדָּם:
Il ne tient pas les dehouyin -- il ne tient pas que le sang devienne dahouy (écarté) à cause de son compagnon mort, au point de dire qu'on répande le sang, comme le dit Rabbi Yehouda dans notre michna : si le bouc émissaire est mort, on répand le sang.
דִּילְמָא מַייְתֵי וּמַגְרִיל וְיִרְעֶה אוֹתוֹ שֶׁיִּפֹּול עָלָיו גּוֹרָל שֶׁל שֵׁם וְיִתְכַּפֵּר בַּדָּם שֶׁל רִאשׁוֹן וּלְעוֹלָם שְׁנַיִם צָרִיךְ לְהָבִיא וּמַגְרִיל וְאַכַּתִּי פְּשִׁיטָא דִּמְחֻוסַּר זְמַן לֹא דְּאֵין גּוֹרָל קוֹבֵעַ אֶלָּא בְּרָאוּי לַשֵּׁם:
Peut-être en amène-t-il et tire-t-il les sorts -- et celui sur lequel tombera le sort ''pour l'Éternel'' ira paître, tandis que l'expiation se fera par le sang du premier ; il faudrait donc toujours en amener deux et tirer les sorts -- et il resterait alors évident qu'il ne saurait être mehoussar zman, puisque le sort ne fixe que ce qui est apte au Nom.
💡 Explication

La guemara distingue deux thèses que Rav Yossef avait fondues en une seule. Hanan l'Égyptien affirme qu'il n'y a pas de dehiya : le sang déjà recueilli n'est pas perdu du fait de la mort du bouc émissaire. Mais rien n'indique qu'il dispense du goral.

Rachi décrit l'alternative : peut-être amène-t-on deux nouveaux boucs, tire-t-on les sorts, et celui qui échoit ''pour l'Éternel'' est envoyé paître, l'expiation se faisant par le sang du premier. Dans ce cas, le filtre du sort joue de nouveau, et le problème du mehoussar zman revient intact.

9
אֶלָּא אָמַר רַב יוֹסֵף: הָא מַנִּי, רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא. דְּתַנְיָא: מֵת אֶחָד מֵהֶן — מֵבִיא חֲבֵירוֹ שֶׁלֹּא בְּהַגְרָלָה, דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן.

Rav Yossef dit plutôt : de qui cela relève-t-il ? De Rabbi Chimon.

Car il a été enseigné : si l'un des deux est mort, on amène son compagnon sans hagrala -- paroles de Rabbi Chimon.

💡 Explication

Rav Yossef se rabat sur une source explicite : Rabbi Chimon enseigne clairement que le remplaçant entre en fonction sans hagrala. Le scénario cherché existe donc.

Mais le prix est élevé : la braita sur le mehoussar zman se trouve réduite à une seule opinion tannaitique. C'est ce qui va pousser Ravina à chercher une réponse valable selon tous.

10
רָבִינָא אָמַר, כְּגוֹן שֶׁהוּמַם וְחִילְּלוֹ עַל אַחֵר.

Ravina dit : par exemple lorsqu'il a été atteint d'un défaut (moum) et qu'on l'a désacralisé (hillel) sur un autre.

📜 Rachi (1)
רָבִינָא אָמַר כִּי אִיצְטְרִיךְ קְרָא דִּמְחֻוסַּר זְמַן כְּגוֹן שֶׁהוּמַם הַמִּשְׁתַּלֵּחַ מִשֶּׁהִגְרִיל עָלָיו וְחִילְּלוֹ עַל אַחֵר וְזֶה אֵין צָרִיךְ לְהַגְרִיל שֶׁהֲרֵי מִכֹּחַ הָרִאשׁוֹן בָּא:
Ravina dit -- le verset relatif au mehoussar zman était nécessaire dans un cas comme celui-ci : le bouc émissaire a été atteint d'un défaut après qu'on eut tiré les sorts sur lui, et on l'a désacralisé sur un autre ; celui-là n'a pas besoin de hagrala, puisqu'il vient par la force du premier.
💡 Explication

La solution de Ravina est élégante parce qu'elle ne dépend d'aucune mahloket. Le bouc a d'abord été régulièrement fixé par le sort ; puis il a contracté un moum ; on transfère alors sa sainteté sur un autre animal par hiloul (désacralisation-rachat).

Le remplaçant ne vient pas de lui-même : il vient mi-koah ha-richon, par la force du premier. Aucun nouveau tirage au sort n'est requis, et personne ne le conteste. Ce bouc-là peut donc parfaitement être mehoussar zman -- le ribouy trouve enfin son application.

🖼️ Schéma
La solution de Ravina : le remplaçant vient par la force du premier Bouc fixé par le goral le sort la-Azazel est tombé sur lui : il est consacré Il est atteint d'un moum un défaut l'invalide (à démontrer : segments 10-11) Hiloul sur un autre on transfère sa sainteté sur un bouc de remplacement Aucun goral il vient mi-koah ha-richon Ce remplaçant n'ayant jamais été filtré par le sort, rien ne garantit qu'il ait huit jours. Le ribouy tire de là-Hachem trouve donc enfin son cas -- et cela vaut selon toutes les opinions, y compris pour les Sages qui exigent partout ailleurs une nouvelle hagrala.
La chaîne de Ravina : goral, puis moum, puis hiloul sur un autre -- le remplaçant échappe au filtre du sort.
11
וּמְנָא תֵּימְרָא דְּפָסֵיל בֵּיהּ מוּמָא! דְּתַנְיָא: ״וְאִשֶּׁה לֹא תִתְּנוּ מֵהֶם״, אֵלּוּ הַחֲלָבִים.

Et d'où dis-tu qu'un défaut l'invalide ? Car il a été enseigné : ''et vous n'en donnerez pas de sacrifice par le feu'' (Vayikra 22,22) -- ce sont là les graisses (halavim).

📜 Rachi (1)
וְאִשָּׁה לֹא תִּתְּנוּ וְגוֹ' בְּבַעֲלֵי מוּמִין כְּתִיב:
''Et vous n'en donnerez pas de sacrifice par le feu'', etc. -- ce verset est écrit à propos des bêtes tarées (baalei moumin).
💡 Explication

La réponse de Ravina reposait sur une prémisse non démontrée : qu'un moum invalide le bouc émissaire. Or le moum disqualifie normalement une offrande -- et le bouc émissaire, précisément, n'en est pas une : il ne monte pas sur l'autel.

La guemara exige donc une source, et produit une braita bâtie sur Vayikra 22,22, le verset des bêtes tarées. Elle sera découpée mot à mot au segment suivant.

12
אֵין לִי אֶלָּא כֻּולָּן, מִקְצָתָן מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מֵהֶם״. ״מִזְבֵּחַ״, זוֹ זְרִיקַת דָּמִים. ״לָהּ׳״, לְרַבּוֹת שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ.

Je n'ai là que (l'interdit de les offrir) toutes entières ; d'où (sait-on qu'il en va de même pour) une partie d'entre elles ? Le verset enseigne : ''d'elles'' (mehem). ''L'autel'' -- c'est l'aspersion du sang (zerikat damim). ''À l'Éternel'' -- pour inclure le bouc émissaire.

📜 Rachi (1)
מִקְצָתָן כַּזַּיִת מֵהֶן:
Une partie d'entre elles -- l'équivalent d'un kazayit (le volume d'une olive).
🗂️ Tossefot (1)
זְרִיקַת דָּמִים עַל הַמִּזְבֵּחַ הִקְשָׁה מוֹרִי קְרוֹבֵי הַכֹּהֵן ה"ר יְהוּדָה זצ"ל דִּבְפֶרֶק הַשּׁוֹחֵט הַמַּעֲלֶה (זְבָחִים דַּף קז:) אָמְרִינַן דְּלָא הֲוָה צְרִיךְ לְמִיכְתַּב זְרִיקָה בַּחוּץ דְּאָתְיָא לָהּ שַׁפִּיר מִבֵּינַייְהוּ מִשְּׁחִיטָה וְהַעֲלָאַת חוּץ אֶלָּא לְגַלּוֹיֵי לָךְ אַקַּבָּלָה דְּלָא תֵּיתֵי מִבֵּינַיְיהוּ וּבְבַעֲלֵי מוּמִין אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב תַּיְתֵי מִבֵּינַייְהוּ וְלֵיכָּא לְמֵימַר לְגַלּוֹיֵי אַקַּבָּלָה דְּלָא תֵּיתֵי דְּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי אִי מִשְּׁחִיטָה וְהַעֲלָאָה אִיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לְהָנָךְ שֶׁכֵּן חַייָּבִין עֲלֵיהֶם בַּחוּץ תֹּאמַר בְּקַבָּלָה וְדַנְתִּי לְפָנָיו דְּאִיכָּא לְמֵימַר מַקְדִּישׁ בַּעֲלֵי מוּמִין יוֹכִיחַ שֶׁפָּטוּר בַּחוּץ וְחַיָּיב בְּבַעֲלֵי מוּמִין עוֹד הִקְשָׁה לְר' יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה דִּמְחַיֵּיב אַף בְּקַבָּלָה בְּבַעֲלֵי מוּמִין אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְהַקְטָרָה זְרִיקָה וְקַבָּלָה לַיְּתֵי כֻּולְּהוּ מִבֵּינַייְהוּ מִשּׁוֹחֵט וּמַקְדִּישׁ גַּם בָּזֶה דַּנְתִּי לְפָנָיו דְּאִיצְטְרִיךְ לְגַלּוֹיֵי אַקְּמִיצָה דְּלָא תֵּיתֵי וְהָא דְּמִיבְּעֵי פֶּ' כָּל הַקָּרְבָּנוֹת (מְנָחוֹת פה:) אִי לוֹקֶה מִשּׁוּם בַּעֲלֵי מוּמִין בְּסֹולֶת שֶׁהִתְלִיעַ מָצִינוּ לְמֵימַר דְּהַיְינוּ דַּווְקָא בְּמַקְדִּישׁ אֲבָל קְמִיצָה לֹא אִי נָמֵי הַהִיא לְרַבָּנָן דְּר' יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה אִי נָמֵי י"ל דְּאִי לָא כְּתִיב קְרָא לִזְרִיקָה הֲוָה מוֹקְמִינַן חַד לֹא תַּקְרִיבוּ לִזְרִיקָה וְאִידָךְ לְקַבָּלָה דְּהָא אַשְּׁחִיטָה וּמַקְדִּישׁ לָא מִיתּוֹקַם אֶלָּא בְּאִם אֵינוֹ עִנְיָן וְאַזְּרִיקָה וְקַבָּלָה מַשְׁמַע שַׁפִּיר טְפֵי דִּלְשׁוֹן הַקְרָבָה הָוֵי זְרִיקָה וְקַבָּלָה כִּדְאַשְׁכְּחַן ספ"ק דִּזְבָחִים (דַּף יג.) וְהִקְרִיבוּ זוֹ קַבָּלַת הַדָּם אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא זְרִיקָה וְאִם כֵּן מַקְדִּישׁ וְשׁוֹחֵט לָא הֲוָה נָפְקָא לָן וּמִבֵּינַיְיהוּ נָמֵי לָא דְּמַה לְהָנָךְ דַּעֲבוֹדָה נִינְהוּ וְלָא שָׁיְיכִי בְּחֻולִּין תֹּאמַר בִּשְׁחִיטָה דְּשַׁיְיכָא בְּחֻולִּין וְגַבֵּי עַל הֶחָמֵץ הִקְשָׁה בְּפֶרֶק תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף סג:) לָמָּה לִי קְרָא לִזְרִיקָה תַּיְתֵי מִבֵּינַיְיהוּ דְּלִגְלוּיֵי אַקַּבָּלָה הָא בְּלָאו הָכִי קַבָּלָה לָא אָתְיָא מִשְּׁחִיטָה וְהַקְטָרָה כִּדְפָרֵישִׁית דְּמַה לְהָנָךְ שֶׁכֵּן חַייֶּבֶת בַּחוּץ וְדַנְתִּי לְפָנָיו מוֹלֵק יוֹכִיחַ שֶׁפָּטוּר בַּחוּץ וְחַייָּב עַל הֶחָמֵץ כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק תָּמִיד נִשְׁחָט (ג"ז שָׁם) וְכֵן הִקְשָׁה בע"ז לָמָּה לִי קְרָא לִזְרִיקָה נַיְתֵי מִבֵּינַיְיהוּ דְּלִגְלוּיֵי אַקַּבָּלָה לָא אִיצְטְרִיךְ דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ כִּדְפָרֵישִׁית וְכֵן בָּזֶה דַּנְתִּי לְפָנָיו דְּלָא אִייַּתַּר לָן שׁוּם קְרָא לִזְרִיקָה אֶלָּא מִדִּבְרֵי קַבָּלָה יָלְפִינַן לָהּ מִדִּכְתִיב בַּל אַסִּיךְ נִסְכֵּיהֶם מִדָּם וְעוֹד אַפֵּי' לְפִי דְּבָרָיו אִיצְטְרִיךְ לְגַלּוֹיֵי אַקַּבָּלָה דְּלָא תֵּיתֵי דְּאִי פָּרֹכֶת כִּדְפָרְכִינַן אִיכָּא לְמֵימַר הִשְׁתַּחֲוָאָה יוֹכִיחַ שֶׁפָּטוּר בַּחוּץ וְחַיָּיב לַעַ"ז מִיהוּ הָאֱמֶת הוּא דְּלָא אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְגַלּוֹיֵי אַקַּבָּלָה דְּלָא תֵּיתֵי דְּכֵיוָן דְּלָא אַשְׁכְּחַן קְרָא שֶׁעוֹבְדִין בְּקַבָּלָה לַעַ"ז אֵין לְחַיֵּיב עָלֶיהָ כדפרש"י בְּפֶרֶק ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף ס:) אַהָא דְּפָרִיךְ וְלִיחְשׁוֹב נָמֵי זוֹרֵק ופרש"י בִּשְׁלָמָא מְקַבֵּל וּמוֹלִיךְ לָא קַשְׁיָא לָן דְּכֵיוָן דְּלָא אַשְׁכְּחַן שֶׁעוֹבְדִין לְשֵׁם ע"ז בְּכָךְ אַף עַל גַּב דְּהָוֵי כְּעֵין פָּנִים פָּטוּר בְּשֶׁלֹּא כְּדַרְכָּהּ עַל כֵּן נִרְאֶה כַּתֵּירוּץ הָרִאשׁוֹן עוֹד הִקְשָׁה הֵיכִי קָאָמַר הָתָם דְּקַבָּלָה הֲוָה אָתְיָא מִבֵּינַייְהוּ מִשְּׁחִיטָה וְהַעֲלָאָה אִי לֹא הָיָה כְּתִיב זְרִיקָה לְגַלּוֹיֵי עֲלָהּ דְּלָא תֵּיתֵי וְהָאִיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לְהָנָךְ שֶׁחַייָּבִין (בע"ז) וּבְבַעֲלֵי מוּמִין תֹּאמַר בְּקַבָּלָה דְּפָטוּר לְרַבָּנָן דְּרַבִּי יוֹסֵי ב"ר יְהוּדָה וְרָצִיתִי לוֹמַר מְנַסֵּךְ יוֹכִיחַ וְלָא נְהִירָא לֵיהּ דְּהָא בַּעְיָא הִיא בְּפֶ' כָּל הַקָּרְבָּנוֹת (מְנָחוֹת דַּף פז.) אִי לָקֵי מִשּׁוּם בַּעַל מוּם עַל יַיִן הַפָּסוּל לִנְסָכִים וְעָלְתָה בְּתֵיקוּ מִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר מְנַסֵּךְ מַיִם יוֹכִיחַ דְּחַייָּב בַּחוּץ אַף עַל גַּב דְּלָא אַשְׁכְּחַן שֶׁיִּלְקֶה עֲלֵיהֶם מִשּׁוּם בַּעַל מוּם וְלִי הֻוקְשָׁה הֵיכִי קָאָמַר דְּאָתְיָא מִבֵּינַייְהוּ מִשְּׁחִיטַת חוּץ וּמֵהַעֲלָאָה וּמִמְּנַסֵּךְ נִיפְרֹוךְ שֶׁחַייָּבִין בע"ז וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָאו דַּוְקָא נְקַט לְגַלּוֹיֵי אַקַּבָּלָה דְּלָא תֵּיתֵי דִּלְקַבָּלָה לָא אִיצְטְרִיךְ אֶלָּא לְגַלּוֹיֵי אַקְּמִיצָה דְּלָא תֵּיתֵי דְּבִקְמִיצָה לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ כִּדְפָרְכִינַן דְּהָא חַייָּבִין עָלֶיהָ בע"ז כְּמוֹ שֶׁחַייָּבִין עַל הַשְּׁחִיטָה דִּקְמִיצָה דְּמִנְחָה בִּמְקוֹם שְׁחִיטָה דְּזֶבַח לְכָל מִילֵּי וא"ת בִּקְמִיצָה נָמֵי אִיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לְהָנָךְ שֶׁכֵּן חַייָּבִין עַל הֶחָמֵץ תֹּאמַר בִּקְמִיצָה כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶ' תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף סג:) יֵשׁ לוֹמַר מְנַסֵּךְ יוֹכִיחַ דְּפָטוּר עַל הֶחָמֵץ וְחַיָּיב בַּחוּץ וא"ת כֵּיוָן דְּסוֹף סוֹף לָא אָתְיָא מִבֵּינַייְהוּ אֶלָּא אִם כֵּן נֵימָא מְנַסֵּךְ יוֹכִיחַ מַאי אִצְטְרִיךְ לְמֵימַר תַּיְתֵי מִבֵּינַיְיהוּ הָא מִמְּנַסֵּךְ לְחוּדֵיהּ אָתוּ דְּלֵיכָּא לְמִיפְרַךְ מִידִי י"ל אִיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לִמְנַסֵּךְ שֶׁכֵּן קָבַע לוֹ רֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ תֹּאמַר בִּקְמִיצָה וְתֹאמַר בִּזְרִיקָה שֶׁעוֹמֵד עַל הָרִצְפָּה וְזוֹרֵק דָּמִים לְמַטָּה מִחוּט הַסִּיקְרָא:
L'aspersion du sang sur l'autel -- mon maître et parent, le Cohen, Rabbi Yehouda, de mémoire bénie, a soulevé la difficulté suivante. Au chapitre HaChohet ve-haMaale (Zevahim 107b), nous disons qu'il n'aurait pas été nécessaire d'écrire (l'interdit de) la zerika au-dehors, car on l'aurait fort bien déduite par le mi-benayhou (raisonnement croisé entre deux cas) à partir de la chehita et de la haalaa (l'élévation) au-dehors ; si le verset l'écrit tout de même, c'est pour te révéler, à propos de la kabbala (le recueil du sang), qu'elle, en revanche, ne se déduit pas par mi-benayhou. Or, pour les bêtes tarées, pourquoi a-t-il fallu écrire (la zerika) ? Qu'elle se déduise donc par mi-benayhou ! Et l'on ne peut pas dire que c'est pour révéler, à propos de la kabbala, qu'elle ne se déduit pas -- car d'où se déduirait-elle ? Si c'est de la chehita et de la haalaa, on peut réfuter : ce qui est propre à celles-là, c'est qu'on en est passible au-dehors ; diras-tu de même de la kabbala ? Et j'ai argumenté devant lui : on peut répondre que celui qui consacre des bêtes tarées le prouve -- il est exempt au-dehors et pourtant passible s'agissant des bêtes tarées. Il a encore soulevé : selon Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda, qui rend passible même pour la kabbala s'agissant des bêtes tarées, pourquoi faut-il un verset pour la haktara (la combustion), pour la zerika et pour la kabbala ? Qu'elles se déduisent toutes par mi-benayhou, à partir de celui qui égorge et de celui qui consacre ! Là aussi j'ai argumenté devant lui : le verset est nécessaire pour révéler, à propos de la kemitsa (le prélèvement de la poignée de la minha), qu'elle, elle ne se déduit pas. Quant à la question posée au chapitre Kol haKorbanot (Menahot 85b) -- si l'on est passible de flagellation au titre de bête tarée pour une farine devenue véreuse -- on peut dire qu'il s'agit précisément de celui qui la consacre, mais non de la kemitsa ; ou bien que ce passage suit les Sages qui discutent Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda. Ou bien encore on peut dire : si le verset n'avait pas été écrit pour la zerika, nous aurions applique l'un des ''lo takrivou'' à la zerika et l'autre à la kabbala -- car pour la chehita et pour celui qui consacre, ces versets ne s'appliquent que par la voie du im eino inyan (si ce n'est pas dans son objet), tandis qu'ils conviennent bien mieux à la zerika et à la kabbala, puisque le terme hakrava désigne la zerika et la kabbala, comme nous le trouvons à la fin du premier chapitre de Zevahim (13a) : ''ve-hikrivou'' -- c'est le recueil du sang ; ou bien n'est-ce pas plutôt la zerika ? Et s'il en était ainsi, nous n'aurions pas déduit (les interdits visant) celui qui consacre et celui qui égorge ; ni non plus par mi-benayhou, car on pourrait réfuter : ce qui est propre à celles-là (zerika et kabbala), c'est qu'elles sont des services (avoda) et qu'elles n'ont pas cours dans le houlin ; diras-tu de même de la chehita, qui a bien cours dans le houlin ? Et à propos de (l'interdit d'égorger le pessa'h) ''sur le hametz'', il a soulevé, au chapitre Tamid Nichhat (Pessahim 63b) : pourquoi me faut-il un verset pour la zerika ? Qu'elle se déduise par mi-benayhou ! Et l'on ne peut pas dire que le verset vient révéler quelque chose à propos de la kabbala, car de toute façon la kabbala ne se déduit pas de la chehita et de la haktara, comme je l'ai expliqué -- puisqu'on réfuterait : ce qui est propre à celles-là, c'est qu'on en est passible au-dehors. Et j'ai argumenté devant lui : celui qui fait la melika (le pincement de la nuque de l'oiseau) le prouve -- il est exempt au-dehors et pourtant passible pour ''sur le hametz'', comme il est dit au chapitre Tamid Nichhat (au même endroit). De même il a soulevé, s'agissant de l'idolâtrie : pourquoi me faut-il un verset pour la zerika ? Qu'elle se déduise par mi-benayhou ! Et il n'est pas nécessaire (de dire qu'il vient) révéler quelque chose à propos de la kabbala, puisqu'on peut réfuter comme je l'ai expliqué. Là encore j'ai argumenté devant lui : aucun verset ne nous reste disponible pour la zerika, et c'est des divrei kabbala (les paroles des Prophètes et des Écrits) que nous l'apprenons, de ce qu'il est écrit ''je ne répandrai pas leurs libations de sang'' (Tehilim 16,4). En outre, même selon ses propres termes, il serait nécessaire de révéler, à propos de la kabbala, qu'elle ne se déduit pas : car si tu réfutes comme nous avons réfuté, on peut répondre que la prosternation le prouve -- elle est exempte au-dehors et pourtant passible pour l'idolâtrie. Cependant la vérité est qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un verset pour révéler que la kabbala ne se déduit pas : car puisque nous ne trouvons aucun verset attestant qu'on rende un culte idolâtre par la kabbala, il n'y a pas lieu d'en être passible -- comme l'a expliqué Rachi au chapitre Arba Mitot (Sanhédrin 60b), sur l'objection ''qu'on compte aussi celui qui asperge''. Rachi y explique que pour celui qui recueille le sang et pour celui qui le transporte (molikh), il n'y a pas de difficulté : puisque nous ne trouvons pas qu'on rende un culte idolâtre de cette manière, même si l'acte est analogue au service intérieur, on est exempt lorsqu'il ne s'agit pas de la manière habituelle (de ce culte). C'est pourquoi la première réponse paraît la bonne. Il a encore soulevé : comment peut-on dire là-bas que la kabbala se serait déduite par mi-benayhou à partir de la chehita et de la haalaa, si le verset n'avait pas écrit la zerika pour révéler qu'elle ne se déduit pas ? Or on peut réfuter : ce qui est propre à celles-là, c'est qu'on en est passible s'agissant des bêtes tarées ; diras-tu de même de la kabbala, dont on est exempt selon les Sages qui discutent Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda ? J'ai voulu dire : celui qui fait la libation le prouve. Mais cela ne lui a pas paru juste, car c'est justement une question posée au chapitre Kol haKorbanot (Menahot 87a) : est-on passible de flagellation au titre de bête tarée pour un vin impropre aux libations ? -- et elle est restée sans réponse (teikou). On peut cependant dire : celui qui fait la libation d'eau le prouve -- il est passible au-dehors, bien que nous ne trouvions pas qu'il soit flagellé pour elle au titre de bête tarée. Pour ma part, une difficulté m'est apparue : comment peut-on dire qu'elle se déduit par mi-benayhou à partir de la chehita au-dehors, de la haalaa et de la libation ? Objectons donc : ce qui est propre à celles-là, c'est qu'on en est passible pour l'idolâtrie ! On peut répondre que ce n'est pas au sens strict qu'on a dit ''pour révéler à propos de la kabbala qu'elle ne se déduit pas'' : ce n'est pas pour la kabbala que le verset était nécessaire, mais pour révéler à propos de la kemitsa qu'elle, elle ne se déduit pas -- car pour la kemitsa on ne peut pas réfuter comme nous avons réfuté, puisqu'on en est passible pour l'idolâtrie tout comme on l'est pour la chehita : la kemitsa de la minha tient lieu, à tous égards, de la chehita du zevah. Et si tu dis : pour la kemitsa aussi on peut réfuter -- ce qui est propre à celles-là, c'est qu'on en est passible pour ''sur le hametz'' ; diras-tu de même de la kemitsa, comme il ressort du chapitre Tamid Nichhat (Pessahim 63b) ? -- on peut répondre : celui qui fait la libation le prouve, car il est exempt pour ''sur le hametz'' et passible au-dehors. Et si tu dis : puisqu'en fin de compte elle ne se déduit par mi-benayhou qu'à condition de dire ''celui qui fait la libation le prouve'', pourquoi fallait-il dire qu'elle se déduit par mi-benayhou ? Qu'elle se déduise de la seule libation, puisque la on ne peut rien réfuter ! -- on peut répondre : on peut réfuter -- ce qui est propre à la libation, c'est qu'elle a un emplacement fixe au sommet de l'autel ; diras-tu de même de la kemitsa, et diras-tu de même de la zerika, où l'on se tient sur le dallage et où l'on asperge le sang au-dessous du hout ha-sikra (le trait rouge qui marque le milieu de l'autel) ?
💡 Explication

Le verset des bêtes tarées est découpé en quatre enseignements successifs : isheh vise les graisses ; mehem étend l'interdit à une partie d'entre elles (un kazayit, précise Rachi) ; ha-mizbeah ajoute la zerikat damim ; et là-Hachem inclut le bouc émissaire.

Le même mécanisme que celui de Rava opère ici : isheh étant restrictif, là-Hachem ne peut être qu'inclusif. Ravina tient sa prémisse : un moum invalide bien le bouc émissaire.

Tossefot ouvre ici une très longue discussion, rapportée au nom de son maître et parent Rabbi Yehouda haCohen, sur une question de méthode : quand un verset explicite est-il vraiment nécessaire, et quand un raisonnement mi-benayhou (déduction croisée à partir de deux cas) suffit-il ? Elle traverse la chehita au-dehors, l'idolâtrie, le pessa'h offert sur du hametz, la kemitsa et les libations.

🖼️ Schéma
Vayikra 22,22 découpé en quatre enseignements ve-ISHEH lo titnou MEHEM al ha-MIZBEAH LÀ-HACHEM isheh -- elou ha-halavim ne pas placer les graisses d'un baal moum sur le feu mehem -- même une partie et non seulement la totalité : un kazayit suffit (Rachi) ha-mizbeah -- zerikat damim l'aspersion du sang d'un baal moum est interdite aussi là-Hachem -- inclut le bouc émissaire un moum l'invalide, lui aussi -- ce que Ravina supposait Même structure que précédemment : le voisinage décide. Ici isheh exclut, donc là-Hachem inclut. Tossefot ouvre ici une longue discussion sur la nécessité du verset pour la zerika.
Vayikra 22,22 mot par mot : isheh, mehem, ha-mizbeah, là-Hachem -- quatre enseignements distincts.
13
וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב בַּעַל מוּם, וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב מְחֻוסַּר זְמַן. דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא מְחֻוסַּר זְמַן — מִשּׁוּם דְּלָא מָטֵי זִמְנֵיהּ, אֲבָל בַּעַל מוּם דְּמָטֵי זִמְנֵיהּ — אֵימָא לֹא. וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא בַּעַל מוּם — מִשּׁוּם דִּמְאִיס, אֲבָל מְחֻוסַּר זְמַן דְּלָא מְאִיס — אֵימָא לָא, צְרִיכָא.

Et il était nécessaire d'écrire (l'exclusion de) la bête tarée, et il était nécessaire d'écrire (celle du) mehoussar zman. Car si la Torah n'avait écrit que le mehoussar zman, (on aurait dit) c'est parce que son temps n'est pas encore venu ; mais la bête tarée, dont le temps est venu -- dis donc que non.

Et si la Torah n'avait écrit que la bête tarée, (on aurait dit) c'est parce qu'elle est répugnante ; mais le mehoussar zman, qui n'est pas répugnant -- dis donc que non. Les deux étaient donc nécessaires (tzricha).

💡 Explication

Le daf se clôt sur une tzricha classique : la démonstration que deux inclusions voisines ne font pas double emploi. Chacune repose sur une logique propre et ne peut donc pas servir à déduire l'autre.

Le mehoussar zman est écarté pour une raison de temps : rien ne lui manque en soi, son heure n'est simplement pas venue. Le baal moum est écarté pour une raison d'état : il est mais, repoussant, indigne d'être présenté. Deux motifs sans recouvrement -- d'où la nécessité de deux inclusions distinctes du bouc émissaire.

🖼️ Schéma
tzricha : pourquoi les deux versets sont nécessaires Mehoussar zman défaut : son temps n'est pas venu Si seul lui était écrit : j'aurais dit -- c'est parce que le temps y manque encore mais le baal moum, dont le temps est venu : permis ? Baal moum défaut : il est mais (répugnant) Si seul lui était écrit : j'aurais dit -- c'est parce qu'il est repoussant mais le mehoussar zman, non répugnant : permis ? Deux disqualifications sans rapport l'une avec l'autre : ni l'une ni l'autre ne se déduit -- tzricha.
Deux disqualifications, deux logiques : le temps qui manque d'un côté, l'état repoussant de l'autre.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).