Yoma 64a -- Ba'alei hayim einan nidhin : le bouc reste seul peut-il encore monter à l'autel ?

Yoma 64a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la dernière réponse à la question laissée ouverte : comment un bouc émissaire peut-il être mehoussar zman ? Rava imagine un malade en danger chez le vendeur des boucs, pour qui l'on égorge le jour de Kippour une bête qui se trouve être la mère du bouc -- l'interdit oto ve-et beno le bloque alors jusqu'au lendemain.

Objection : pousser un bouc au précipice n'est pas une chehita ; réponse d'Eretz Israël, dehiyato là-tsok zo hi chehitato, que Tossefot confronte à la sougya de Houlin sur la egla aroufa. La guemara passe ensuite au cœur du daf : quand l'un des deux boucs meurt après la hagrala et qu'un second couple est amené, lequel des deux rescapés monte à l'autel ?

Rav dit celui du premier couple, Rabbi Yo'hanan celui du second, et la mahloket se ramène à un principe de portée générale -- les êtres vivants sont-ils définitivement repoussés (ba'alei 'hayim nidhin) ou non ? L'analogie du mehoussar zman échoue, celle du ba'al moum over tient, et tout se joue alors sur le partage des mots de Vayikra 22,25 : bahem est-il un miout qui enferme l'exception, ou bien signifie-t-il be-einayhou, ouvrant la porte au ta'arovet de la michna des membres mélangés ?

Le daf se ferme sur une objection contre Rav -- son principe autorise mais n'oblige pas -- à laquelle Rava répond par mitsva ba-richon, en écartant le Rabbi Yossi des kouppot au profit de celui du pessa'h, seul cas où les deux candidats deviennent aptes au même instant.

Deux zougot, un bouc mort : lequel monte à l'autel ? Le cas de la michna : le bouc pour Azazel meurt après la hagrala (tirage au sort). On refait un couple, on retire les sorts. Zoug 1 (premier couple) -- hagrala faite Bouc A -- là-Hachem vivant, déjà désigné Bouc B -- Azazel MORT A se retrouve seul : à cet instant il n'est plus offrable -- il a été vu (nir'é) puis repoussé (nidhe). Zoug 2 (second couple) -- nouvelle hagrala Bouc C -- là-Hachem vivant, jamais repoussé Bouc D -- Azazel remplacé B : envoyé au précipice Restent donc DEUX boucs désignés là-Hachem : A et C. Un seul sera égorgé ; l'autre paîtra jusqu'à devenir taré. La mahloket RAV Ba'alei 'hayim einan nidhin les êtres vivants ne sont pas repoussés définitivement A (zoug 1) est OFFERT -- C (zoug 2) paîtra A s'est reconstitué dès qu'un compagnon lui a été apparié RABBI YO'HANAN Ba'alei 'hayim nidhin une fois repoussé, repoussé pour toujours A (zoug 1) PAÎTRA -- C (zoug 2) est offert l'instant de solitude de A l'a disqualifié sans retour Nafka mina pratique : quel bouc on égorge, quel bouc on laisse paître jusqu'à un moum Pour Rav il faut encore un second principe (mitsva ba-richon) pour imposer A plutôt que de laisser le choix. Pour Rabbi Yo'hanan la dehiya suffit : A est hors-jeu, C s'impose de lui-même.
Le cas de la michna et la mahloket Rav / Rabbi Yohanan : le bouc du premier couple est-il offert ou mis au pâturage ?
Un seul verset, trois derachot : ki mochhatam BAHEM MOUM BAM Vayikra 22,25 -- comment Rav et Rabbi Yo'hanan se partagent les mots du verset ki mochhatam BAHEM, MOUM BAM -- lo yeratsou lakhem car leur corruption est en eux, un défaut est en eux : ils ne seront pas agréés Derasha 1 -- admise par les DEUX MOUM BAM : c'est quand le défaut est en eux qu'ils sont refusés ; le moum passe -- ils sont agréés Le mot en litige : BAHEM chacun le lit autrement -- et le sens qu'il lui donne fixe sa position RABBI YO'HANAN : bahem = miout EUX seuls redeviennent agréés quand le moum passe ; tous les autres dehouyin restent repoussés. Conclusion : ba'alei 'hayim NIDHIN le ba'al moum over est l'exception, non la règle RAV : bahem = be-einayhou c'est EN EUX-MÊMES qu'ils sont refusés ; par ta'arovet (mélange) ils sont agréés. Conclusion : ba'alei 'hayim EINAN NIDHIN le verset ne dit rien contre le retour à l'aptitude Et la troisième derasha ? Rabbi Yo'hanan tire le ta'arovet du surplus BAM / BAHEM (le heh de trop) Rav, lui, ne fait pas de derasha sur bam / bahem : il n'a besoin que des deux lectures précédentes.
Vayikra 22,25 partagé en trois derachot -- le mot bahem décide si les êtres vivants sont repoussés ou non.
Mitsva ba-richon : quelle source pour Rav ? Rav doit imposer le bouc du zoug 1 -- il lui faut Rabbi Yossi. Mais lequel des deux Rabbi Yossi ? Piste 1 : Rabbi Yossi des KOUPPOT -- rejetée Trois paniers de 3 seas, marqués alef / beit / guimel : on dépense d'abord celui prélevé en premier. alef beit guimel Pourquoi ça ne prouve rien : quand alef était apte, beit et guimel ne l'étaient pas encore. Piste 2 : Rabbi Yossi du PESSA'H -- retenue Il met à part son pessa'h, le perd, en met un autre à part, puis retrouve le premier : les deux se tiennent là. 1er (perdu, retrouvé) 2e (de remplacement) Pourquoi ça prouve : aucun n'est apte avant hatsot -- les deux le deviennent ensemble. Le critère que la guemara dégage Mitsva ba-richon n'est démontré que là où les deux candidats deviennent aptes AU MÊME MOMENT. Sinon, la priorité du premier s'explique trivialement : il était seul disponible. Application aux boucs de Kippour (Rachi seg. 14) Le bouc du zoug 1 n'est pas offrable avant l'aspersion du sang du taureau. Or son compagnon meurt avant. Quand vient l'heure de la chehita, le bouc du zoug 2 est déjà debout : les deux sont aptes ensemble. Cas identique au pessa'h -- donc mitsva ba-richon s'applique : Rav impose le bouc du zoug 1.
Pourquoi le Rabbi Yossi des kouppot ne suffit pas et pourquoi celui du pessah convient : le critère de l'aptitude simultanée.
1
רָבָא אָמַר: כְּגוֹן שֶׁהָיָה לוֹ חוֹלֶה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, וְשָׁחַט אִמּוֹ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים.

Rava a dit : par exemple, celui (qui vend les deux boucs à la communauté) avait un malade dans sa maison, et il a égorgé la mère (du bouc émissaire) le jour de Kippour.

📜 Rachi (1)
רָבָא אָמַר מְחֻוסַּר זְמַן דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ כְּגוֹן שֶׁהָיָה לוֹ לְמִי שֶׁמּוֹכְרָן לַצִּיבּוּר חוֹלֶה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁמֻּותָּר לְחַלֵּל עָלָיו יוֹם הַכִּפּוּרִים וְשָׁחַט אֶת אִמּוֹ שֶׁל שָׂעִיר שֶׁנַּעֲשָׂה מְחֻוסַּר זְמַן מִשּׁוּם אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ לְאַחַר שֶׁהִגְרִיל עָלָיו:
Rava a dit -- (à savoir en quel cas) un mehoussar zman, pour lequel un verset était nécessaire à propos du bouc émissaire : par exemple, celui qui les vend à la communauté avait un malade dans sa maison, pour lequel il est permis de profaner le jour de Kippour, et il a égorgé la mère du bouc, de sorte que celui-ci est devenu mehoussar zman à cause de (l'interdit) ''oto ve-et beno'' -- et cela après qu'on eut déjà tiré les sorts sur lui.
💡 Explication

La guemara cherchait comment un bouc émissaire pourrait être mehoussar zman (''à qui il manque du temps''), puisqu'il a évidemment plus de huit jours. Rava trouve un cas : un malade en danger se trouve chez le vendeur des boucs, et l'on a le droit de profaner Kippour pour le sauver -- donc d'égorger une bête pour lui.

Or la bête égorgée se trouve être la mère du bouc émissaire. L'interdit d'oto ve-et beno (ne pas égorger une bête et son petit le même jour, Vayikra 22,28) bloque alors le bouc jusqu'au lendemain. Il est apte en soi, mais inutilisable aujourd'hui : voilà un mehoussar zman fabriqué par la circonstance, et non par l'âge.

2
וְכִי הַאי גַּווְנָא מִי אֲסִיר? ״לֹא תִּשְׁחֲטוּ״ אֲמַר רַחֲמָנָא, וְהָא לָאו שְׁחִיטָה הִיא! הָא אָמְרִי בְּמַעְרְבָא דְּחִיָּיתוֹ לַצּוּק זוֹ הִיא שְׁחִיטָתוֹ.

Et dans un cas pareil, est-ce vraiment interdit ? ''Vous n'égorgerez pas'' (lo tichhatou), a dit le Miséricordieux -- or ceci n'est pas une chehita (un abattage rituel) ! -- Mais on a bien dit en Occident (en Terre d'Israël) : sa poussée du haut du précipice, c'est cela sa chehita.

📜 Rachi (1)
מִי אֲסִיר לְהוֹלִיכוֹ לַצּוּק מִשּׁוּם אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ:
Est-ce interdit -- de le conduire au précipice, à cause de (l'interdit) ''oto ve-et beno'' ?
🗂️ Tossefot (1)
דְּחִייָּתוֹ לַצּוּק זוֹ הִיא שְׁחִיטָתוֹ הִקְשָׁה הָרַב רַבִּי מֹשֶׁה מִפּוֹנְטֵיְיזָ' זצ"ל דִּבְפֶרֶק אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ (חֻולִּין דַּף פֹּא:) תְּנַן הַשּׁוֹחֵט עֶגְלָה עֲרוּפָה וְשׁוֹר הַנִּסְקָל וְכוּ' חַיָּיב ור"ש פּוֹטֵר פֵּירוּשׁ דה"ל שְׁחִיטָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּייָה וּפָרִיךְ בַּגְּמָרָא [שָׁם דַּף פב.] וְהָתְנַן נִמְצָא הַהוֹרֵג עַד שֶׁלֹּא נֶעֶרְפָה הָעֶגְלָה תֵּצֵא וְתִרְעֶה בָּעֵדֶר אַלְמָא לָא מִיתַּסְרָא מֵחַיִּים וְאַמַּאי פּוֹטֵר ר' שִׁמְעוֹן וּמִשּׁוּם הָכִי קָאָמַר עֲלָהּ עֶגְלָה עֲרוּפָה אֵינָהּ מִשְׁנָה וְאַמַּאי לָא קָאָמַר דְּשׁוֹחֵט דְּמַתְנִיתִין הַיְינוּ עֹורֶף וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר מִשּׁוּם דְּלָא חַזְיָא לַאֲכִילָה וְחַייָּב לְרַבָּנָן דַּעֲרִיפָתָהּ זוֹ הִיא שְׁחִיטָתָהּ כִּדְאָמְרִי' הָכָא דְּחִייָּתוֹ לַצּוּק זוֹ הִיא שְׁחִיטָתוֹ וּבְפֶרֶק חַטַּאת הָעוֹף בִּזְבָחִים (דַּף ע:) אָמְרִינַן דַּעֲרִיפָה מְטַהֶרֶת מִידֵי נְבֵילָה וְתֵירֵץ ר"ת דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי הַשּׁוֹחֵט אֶלָּא הָעֹורֶף וְדֹוחַק הוּא דְּדִילְמָא תְּנָא שׁוֹחֵט מִשּׁוּם פָּרַת חַטָּאת וְשׁוֹר הַנִּסְקָל דְּמִיתְּנוּ בַּהֲדֵהּ כִּדְאַשְׁכְּחַן רֵישׁ פֶּרֶק הַשּׁוֹחֵט (חֻולִּין דַּף כט.) דְּקָאָמַר סֵיפָא בְּקָדָשִׁים וּדְקָאָמַר שְׁחִיטָתָן כְּשֵׁרָה מְלִיקָתָן כְּשֵׁירָה מִיבְּעֵי לֵיהּ אַייְּדֵי דְּסָלֵיק מִבְּהֵמָה תְּנָא שְׁחִיטָתָן כְּשֵׁירָה וְכֵן הָא דְּקָתָנֵי הָתָם) הַשּׁוֹחֵט) חַיָּה וָעוֹף וְלֹא יָצָא מֵהֶם דָּם וְכוּ' וְקָאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא אִי סָלְקָא דַעְתָּךְ בְּקָדָשִׁים חַיָּה בְּקָדָשִׁים מִי אִיכָּא אֲבָל לָא פָּרֵיךְ אִי בְּקָדָשִׁים שְׁחִיטָה בְּעוֹף מִי אִיכָּא אֶלָּא מִשּׁוּם בְּהֵמָה וְחַיָּה נְקַט הַשּׁוֹחֵט:
Sa poussée au précipice, c'est cela sa chehita -- le Rav Rabbi Moche de Pontoise, de mémoire bénie, a soulevé une difficulté. Au chapitre Oto ve-et beno (Houlin 81b) nous avons appris dans une michna : celui qui égorge une egla aroufa (la génisse à la nuque brisée), un bœuf lapidé, etc., est passible -- et Rabbi Chimon exempte ; c'est-à-dire qu'il s'agit là d'une chehita non valable (chehita che-eina reouya). Et la guemara (ibid. 82a) objecte : mais nous avons appris dans une michna -- si le meurtrier est trouvé avant que la génisse n'ait eu la nuque brisée, elle sort et paîtra avec le troupeau ; il apparaît donc qu'elle n'est pas interdite de son vivant, alors pourquoi Rabbi Chimon exempte-t-il ? Et c'est pour cela que (la guemara) dit à ce sujet : la mention de la egla aroufa n'appartient pas à la michna. Mais pourquoi ne pas dire plutôt que le mot ''celui qui égorge'' de notre michna désigne celui qui brise la nuque, et que Rabbi Chimon exempte parce qu'elle n'est pas apte à la consommation, tandis que selon les Sages il est passible parce que sa arifa (le bris de nuque) est sa chehita -- comme nous disons ici : sa poussée au précipice, c'est cela sa chehita ? Et au chapitre Hatat ha-Of dans Zevahim (70b) nous disons que la arifa purifie de l'état de nevela. Rabbenou Tam a répondu : il n'aurait alors pas fallu enseigner ''celui qui égorge'' mais ''celui qui brise la nuque''. Mais c'est forcé (dohak), car peut-être le tana a-t-il dit ''celui qui égorge'' à cause de la para hatat (la vache de la faute) et du bœuf lapidé qui sont enseignés avec elle -- comme nous le trouvons au début du chapitre Ha-chohet (Houlin 29a), où il est dit : la fin (de la michna) traite des kodachim, et puisqu'il dit ''leur chehita est valable'' il aurait fallu dire ''leur melika est valable'' -- mais puisqu'il venait de traiter de la bête (domestique), il a enseigné ''leur chehita est valable''. De même ce qui est enseigné là : ''celui qui égorge'' une bête sauvage ou un oiseau et qu'il n'en est pas sorti de sang, etc., et nous disons dans la guemara : si tu penses qu'il s'agit de kodachim, y a-t-il une bête sauvage parmi les kodachim ? -- mais elle n'objecte pas : ''si c'est dans les kodachim, y a-t-il une chehita pour un oiseau ?'' ; c'est seulement à cause de la bête et de l'animal sauvage qu'il a employé ''celui qui égorge''.
💡 Explication

Objection immédiate : l'interdit d'oto ve-et beno porte sur le verbe chahat (égorger). Or le bouc émissaire n'est pas égorgé : il est poussé du haut du tsok (le précipice). Techniquement, aucune chehita -- donc aucun interdit, et le cas de Rava s'effondre.

Réponse des Sages d'Eretz Israël : dehiyato la-tsok zo hi chehitato. Le mode de mise à mort que la Torah prescrit pour cet animal tient lieu de chehita pour lui. Le principe est général : pour une bête dont la Torah fixe elle-même la mise à mort, c'est ce geste-là qui compte comme son abattage.

🖼️ Schéma
La poussée au précipice compte-t-elle comme une chehita ? Objection Le verset dit lo tichhatou (vous n'égorgerez pas) oto ve-et beno be-yom ehad -- Vayikra 22,28. Or pousser un bouc du haut du tsok n'est pas égorger ! Réponse : on dit en Occident (Eretz Israël) dehiyato la-tsok zo hi chehitato sa poussée au précipice, c'est cela sa chehita : le mode de mise à mort prescrit vaut chehita. Conséquence pour le cas de Rava La mère égorgée le matin pour le malade + le bouc poussé le même jour = deux chehitot le même jour. Le bouc est donc bloqué jusqu'à demain : il est mehoussar zman -- ce que le verset devait exclure. La difficulté de Tossefot (R. Moche de Pontoise) Si arifa et dehiya valent chehita, pourquoi Houlin 82a doit-il déclarer que la egla aroufa n'est pas de la michna ? Réponse de Rabbenou Tam : le tana aurait alors dû enseigner ha-oref, non ha-chohet -- réponse jugée forcée.
L'objection, la réponse d'Eretz Israël, et la difficulté que Tossefot en tire depuis Houlin.
3
אִם שֶׁל שֵׁם מֵת, זֶה שֶׁעָלָה עָלָיו וְכוּ׳.

''Si celui (désigné) pour le Nom est mort, celui sur lequel est monté (le sort pour le Nom) etc.'' -- (reprise de la michna).

💡 Explication

La guemara revient à la michna. Rappel du cas : après la hagrala (tirage au sort), l'un des deux boucs meurt. On amène alors un second couple et l'on retire les sorts, avec une stipulation : si c'est celui du Nom qui est mort, c'est le nouveau bouc du Nom qui prend sa place ; si c'est celui d'Azazel, c'est le nouveau bouc d'Azazel.

Il reste alors un bouc en surnombre, qui devra paître jusqu'à devenir taré, puis être vendu au profit des offrandes publiques. Toute la question du daf : ce surnombre, est-ce le rescapé du premier couple ou celui du second ?

4
אָמַר רַב: שֵׁנִי שֶׁבְּזוּג רִאשׁוֹן — יִקְרַב, שֵׁנִי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי — יִרְעֶה. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: שֵׁנִי שֶׁבְּזוּג רִאשׁוֹן — יִרְעֶה, שֵׁנִי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי — יִקְרַב.

Rav a dit : le second (bouc) du premier couple -- il sera offert ; le second du deuxième couple -- il paîtra. Rabbi Yo'hanan a dit : le second du premier couple -- il paîtra ; le second du deuxième couple -- il sera offert.

💡 Explication

Position tranchée et symétrique. Pour Rav, c'est le rescapé du premier couple qui monte à l'autel ; le surnuméraire du second couple part au pâturage. Pour Rabbi Yo'hanan, exactement l'inverse.

Le mot ''second'' (cheni) désigne ici le bouc restant de chaque paire, celui qui n'a pas été requis par la stipulation.

5
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? רַב סָבַר: בַּעֲלֵי חַיִּים אֵינָן נִידְחִין, וְרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר: בַּעֲלֵי חַיִּים נִידְחִין.

Sur quoi divergent-ils ? Rav estime : les êtres vivants ne sont pas repoussés (ba'alei 'hayim einan nidhin) ; et Rabbi Yo'hanan estime : les êtres vivants sont repoussés.

📜 Rachi (1)
אֵין נִדְחִין אִם אֵירְעָה לָהֶם שְׁעַת פְּסוּל עֲדַייִן יְכוֹלִין לְהִתָּקֵן כְּשֶׁיִּזְדַּווֵּג לוֹ אַחֵר וְלָא אָמְרִי' הוֹאִיל וְנִדְחָה יִדָּחֶה אֶלָּא בִּשְׁחוּטִין כְּגוֹן מֵת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ יִשָּׁפֵךְ הַדָּם:
Ne sont pas repoussés -- s'il leur est survenu un moment d'invalidité, ils peuvent encore être remis en état lorsqu'un autre leur sera apparié, et nous ne disons pas : ''puisqu'il a été repoussé, il sera repoussé (définitivement)''. Ce principe (de rejet définitif) ne vaut que pour des bêtes déjà égorgées -- par exemple si l'(émissaire) envoyé est mort, alors le sang (du bouc égorgé) sera répandu.
💡 Explication

Le principe en jeu est la dehiya (le rejet). Quand un animal consacré devient temporairement impropre à l'offrande, ce blocage est-il définitif ?

Rav : pour un animal vivant, non. L'inaptitude est un état, pas un statut : des qu'un compagnon lui est apparié, le bouc du premier couple redevient offrable. Rabbi Yo'hanan : oui, la dehiya s'imprime. L'instant où le bouc s'est retrouvé seul, sans paire et sans emploi, l'a disqualifié sans retour possible.

6
מַאי טַעְמָא דְּרַב? דְּיָלֵיף מִמְּחֻוסַּר זְמַן. מְחֻוסַּר זְמַן, לָאו אַף עַל גַּב דְּהַשְׁתָּא לָא חֲזֵי, כִּי הֲדַר מִיחְזֵי — שַׁפִּיר דָּמֵי, הָכָא נָמֵי לָא שְׁנָא. מִי דָמֵי? הָתָם לָא אִיתְחֲזִי כְּלָל. הָכָא נִרְאֶה וְנִדְחָה!

Quelle est la raison de Rav ? Il l'apprend du mehoussar zman (celui à qui il manque du temps).

Le mehoussar zman : n'est-il pas vrai que, bien qu'il ne soit pas apte à présent, lorsqu'il redevient apte cela va parfaitement ? Ici non plus il n'y a pas de différence. -- Est-ce donc comparable ?

Là-bas, il n'a jamais été apte du tout ; ici, il a été vu (apte) puis repoussé (nir'e ve-nidhe) !

🗂️ Tossefot (1)
הָתָם לָא אִיתְחֲזַאי כְּלָל הָכָא נִרְאָה וְנִדְחָה הוּא וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי יוֹחָנָן דִּסְבִירָא לֵיהּ בְּפֶרֶק קַמָּא דְּקִידּוּשִׁין (דַּף ז:) ובפ"ק דִּזְבָחִים (דַּף יב.) דִּיחוּי מֵעִיקָּרוֹ הָוֵי דִּיחוּי וַאֲפִילּוּ בְּבַעֲלֵי חַיִּים גַּבֵּי בְּהֵמָה שֶׁל שְׁנֵי שֻׁותָּפִין הִקְדִּישׁ חֶצְיָהּ וְחָזַר וּלְקָחָהּ וְהִקְדִּישׁ חֶצְיָהּ קְדוֹשָׁה וְאֵינָהּ קְרֵיבָה וְלָא דָּמֵי לִמְחֻוסַּר זְמַן דְּהָתָם מִשָּׁעָה שֶׁהִקְדִּישָׁהּ הָיְתָה דְּחוּיָה וְאַף עַל דְּגַבֵּי מְחֻוסַּר זְמַן נָמֵי אָמְרִינַן לַיְלָה לִקְדֻושָּׁה יוֹם לְהַרְצָאָה אַלְמָא אַף ע"ג דִּבְעִידָּנָא דְּאַקְדְּשֵׁיהּ לָא חַזְיָא לְהַקְרָבָה אַפֵּ"ה כִּי חֲזִי לְמָחָר מַקְרִיב לֵיהּ וְלֹא אָמַר דִּיחוּי מֵעִיקָּרוֹ הוּא וְכֵן כָּל קָרְבָּן שֶׁהִקְדִּישׁוֹ בַּיּוֹם וְעָבַר עָלֶיהָ לַיְלָה אַחַת שֶׁלֹּא הִקְרִיבוֹ תּוּ לָא לְקֻרְבֵּיהּ דְּהָוֵה לֵיהּ נִרְאֶה וְנִדְחֶה וְאֵין לְתָרֵץ לַיְלָה לָאו מְחֻוסַּר זְמַן וְלָא חֲשִׁיב נִדְחֶה דְּהָא הָכָא חֲשִׁיב נִדְחֶה אע"ג דַּהֲדַר חֲזִי בְּיוֹמֵיהּ וְי"ל כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מְחֻוסַּר מַעֲשֶׂה בְּגוּפוֹ לָא חֲשִׁיב נִדְחֶה וְעוֹד דְּלַיְלָה לָא חַזְיָא לְהַקְרָבַת שׁוּם קָרְבָּנוֹת אֲבָל הָכָא שֶׁצָּרִיךְ לְהָבִיא שְׁנַיִם אֲחֵרִים וּלְהַגְרִיל עֲלֵיהֶם דְּהָוֵי כִּמְחֻוסַּר מַעֲשֶׂה וְעוֹד דְּהוּא זְמַן הַקְרָבָה וְאַפֵּ"ה לָא מָצֵי לְאַקְרוֹבֵיהּ הִלְכָּךְ חֲשִׁיב דִּיחוּי:
Là-bas il n'a jamais été apte du tout, ici il a été vu puis repoussé -- et cela vaut même selon Rabbi Yo'hanan, qui soutient au premier chapitre de Kidouchin (7b) et au premier chapitre de Zevahim (12a) qu'une dehiya dès l'origine (dihouy me-ikaro) est bien une dehiya, et cela même pour les êtres vivants : à propos de la bête appartenant à deux associés, dont l'un a consacré sa moitié, puis l'a rachetée et en a consacré (l'autre) moitié -- elle est sainte mais n'est pas offerte. Et cela ne ressemble pas au mehoussar zman, car là-bas, des l'instant où il l'a consacrée, elle était déjà repoussée. Et bien qu'à propos du mehoussar zman on dise aussi ''la nuit pour la sainteté, le jour pour l'agreement'' -- il en ressort donc que, bien qu'au moment de la consécration elle ne fût pas apte à être offerte, on l'offre néanmoins lorsqu'elle devient apte le lendemain, et l'on ne dit pas qu'il s'agit d'une dehiya dès l'origine ; et de même, tout korban consacré de jour sur lequel a passé une nuit sans qu'on l'ait offert ne pourrait plus être offert, puisqu'il aurait été ''vu puis repoussé''. Et l'on ne peut pas répondre que la nuit n'est pas un mehoussar zman et n'est donc pas considérée comme une dehiya, car ici (notre bouc) est bien considéré comme repoussé alors même qu'il redevient apte le jour même. Et l'on peut répondre : dès lors qu'il ne manque aucun acte dans son corps même, ce n'est pas considéré comme une dehiya. Et de plus, la nuit n'est apte à l'offrande d'aucun korban, tandis qu'ici il faut apporter deux autres (boucs) et tirer les sorts sur eux, ce qui équivaut à un manque d'acte (mehoussar maase). Et de plus, c'est un temps propre à l'offrande et malgré cela on ne peut pas l'offrir -- c'est donc bien considéré comme une dehiya.
💡 Explication

Première tentative de fondement pour Rav : l'animal de moins de huit jours. Il est inutilisable aujourd'hui, parfaitement offrable demain -- preuve qu'une inaptitude peut se résorber.

La guemara réfute par une distinction devenue classique. Le mehoussar zman n'a jamais connu d'instant d'aptitude : son inaptitude est un simple ''pas encore''. Notre bouc, lui, était déjà pleinement désigné et apte quand son compagnon est mort : c'est un nir'e ve-nidhe, ''vu puis repoussé''. Ce sont deux régimes différents, et seul le second pose la question du rejet.

🖼️ Schéma
Trois modèles d'inaptitude -- lequel ressemble au bouc du zoug 1 ? Rav cherche un précédent où l'inaptitude est réversible. Deux essais, un seul tient. 1. Mehoussar zman l'animal de moins de 8 jours jamais apte jusqu'ici Il redevient apte, certes -- mais REJETÉ comme précédent : la lo itehazi klal (il n'a jamais été apte) 2. Ba'al moum over défaut passager qui va guérir apte, puis bloqué, puis apte Même structure que notre bouc : RETENU comme précédent source : moum bam -- avar moumam, yeratsou 3. Notre bouc désigné, puis son compagnon meurt nir'e ve-nidhe (vu puis repoussé) Il a bien connu un instant d'aptitude avant sa disqualification -- c'est exactement le profil du moum over. Le critère de discrimination : y a-t-il eu, oui ou non, un moment d'aptitude antérieur ? C'est ce point qui fait tomber l'analogie avec le mehoussar zman et impose celle du ba'al moum over. Tossefot : pourquoi la nuit d'attente d'un korban ne crée-t-elle pas une dehiya ? Rien ne manque dans son corps, et la nuit n'est apte à aucun korban -- ici il faut un nouveau zoug et une nouvelle hagrala.
Trois profils d'inaptitude comparés : pourquoi le mehoussar zman ne sert pas de précédent, mais le ba'al moum over si.
7
אֶלָּא: הַייְנוּ טַעְמָא דְּרַב, דְּיָלֵיף מִבַּעַל מוּם עוֹבֵר. בַּעַל מוּם עוֹבֵר, לָאו אַף עַל גַּב דְּלָא חֲזֵי הַשְׁתָּא, כִּי הָדַר מִיחְזֵי — שַׁפִּיר דָּמֵי, הָכָא נָמֵי לָא שְׁנָא.

Plutôt : voici la raison de Rav -- il l'apprend du ba'al moum over (la bête atteinte d'un défaut passager). Le ba'al moum over : n'est-il pas vrai que, bien qu'il ne soit pas apte à présent, lorsqu'il redevient apte cela va parfaitement ?

Ici non plus il n'y a pas de différence.

💡 Explication

Nouveau précédent, et cette fois structurellement identique. Une bête consacrée qui contracte un moum passager (un défaut qui guérira) était apte, ne l'est plus, et le redeviendra. C'est exactement le profil nir'e ve-nidhe de notre bouc.

Si la Torah accepte le retour à l'aptitude dans ce cas-là, c'est que la dehiya ne s'imprime pas sur un animal vivant. Rav tient son fondement.

8
וְהָתָם מְנָא לַן? דִּכְתִיב: ״כִּי מָשְׁחָתָם בָּהֶם מוּם בָּם״, מוּם בָּם — הוּא דְלֹא יֵרָצוּ, הָא עָבַר מוּמָן — יֵרָצוּ.

Et là-bas, d'où le tenons-nous ? De ce qu'il est écrit : ''car leur corruption est en eux, un défaut est en eux'' (ki mochhatam bahem, moum bam -- Vayikra 22,25) : c'est lorsque le défaut est en eux qu'ils ne seront pas agréés ; mais si leur défaut est passé -- ils seront agréés.

💡 Explication

Le verset ne dit pas ''les bêtes tarées ne sont pas agréées'' mais ''un défaut est en eux, ils ne seront pas agréés''. La clause de refus est donc indexée sur la présence actuelle du moum : elle tombe avec lui.

C'est une lecture a contrario (mi-kelal lav ata choméa hen) : ce que le verset interdit sous condition, il l'autorise hors de cette condition.

9
וְרַבִּי יוֹחָנָן? מִיעֵט רַחֲמָנָא ״בָּהֶם״, הֵם הוּא דְּכִי עָבַר מוּמָן יֵרָצוּ, הָא כָּל דְּחוּיִין, הוֹאִיל וְנִדְחוּ — נִדְחוּ.

Et Rabbi Yo'hanan ? Le Miséricordieux a restreint (l'enseignement) par le mot ''bahem'' (en eux) : ce sont EUX dont le défaut passe permet qu'ils soient agréés -- mais tous les (autres) repoussés, puisqu'ils ont été repoussés, restent repoussés.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ne conteste pas la derasha de Rav sur le retour du ba'al moum over : il la confine. Le mot redondant bahem fonctionne comme un miout (une restriction) : eux, oui -- et personne d'autre.

Le ba'al moum over cesse ainsi d'être un modèle généralisable : il devient l'unique exception que la Torah a nommément autorisée. Partout ailleurs, la règle demeure : hoil ve-nidhou, nidhou -- une fois repoussés, repoussés.

10
וְרַב? הַהוּא ״בָּהֶם״ בְּעֵינַייְהוּ הוּא דְּלָא מִירְצוּ, הָא עַל יְדֵי תַּעֲרוֹבוֹת — מִירְצוֹ.

Et Rav ? Ce mot ''bahem'' signifie : c'est en eux-mêmes (be-einayhou) qu'ils ne sont pas agréés, mais par mélange (ta'arovet) -- ils sont agréés.

📜 Rachi (1)
הָא עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת יֵרָצוּ כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר:
Mais par mélange ils seront agréés -- (cela suit l'opinion de) Rabbi Eliezer.
🗂️ Tossefot (1)
הָא עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת מְרַצּוּ כְּדִתְנַן כו' וּסְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר א"נ אֲפִילּוּ כְּרַבָּנָן אע"ג דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ רַבָּנָן הָתָם בַּבָּרַיְיתָא רַבָּנָן דְּמַתְנִי' שָׁרוּ מִדְּאוֹרַיְיתָּא כִּדְמַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּמַתְנִיתִין דְּלָא אָסְרוּ אֶלָּא אֵבֶר הַנִּשְׁאָר אֲבָל אוֹתָם שֶׁקָּרְבוּ וְעָלוּ לַמַּעֲרָכָה לֹא יֵרְדוּ וּמִדְּרַבָּנָן הוּא דְּאָסְרִי לְכַתְּחִילָּה כִּדְמַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּמַתְנִיתִין אַפֵּי' קָרְבוּ כֻּולָּם חוּץ מֵאֶחָד מֵהֶם יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה:
Mais par mélange ils sont agréés, comme nous avons appris, etc. -- et il tient comme Rabbi Eliezer. Ou bien : même selon les Sages. Car bien que les Sages divergent de lui là-bas, dans la braita, les Sages de notre michna permettent d'après la Torah, comme l'indique la formulation de la michna, qui n'a interdit que le membre restant ; mais ceux qui ont déjà été offerts et sont montés sur le bûcher ne redescendent pas. Et c'est seulement d'après les Sages (mi-derabanan) qu'ils l'interdisent a priori (lekhathila), comme l'indique la formulation de la michna : ''même si tous ont été offerts sauf un d'entre eux, il sort au lieu de la crematio''.
💡 Explication

Rav ne laisse pas Rabbi Yo'hanan s'emparer du mot bahem : il lui assigne une tout autre fonction. ''En eux'' ne restreint pas la population des animaux concernés, il précise l'état dans lequel le refus s'applique : la bête tarée prise isolément.

D'où l'inférence : une fois noyée dans un mélange, elle cesse de bloquer l'offrande. Rav va maintenant appuyer cette lecture sur une michna.

11
כְּדִתְנַן: אֵיבָרִים תְּמִימִים בְּאֵיבָרִים בַּעֲלֵי מוּמִין. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם קָרַב הָרֹאשׁ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן — יַקְרִיבוּ כָּל הָרָאשִׁין כֻּולָּן, כְּרָעָיו שֶׁל אֶחָד מֵהֶן — יַקְרִיבוּ כָּל הַכְּרָעַיִים כֻּולָּן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֲפִילּוּ קָרְבוּ כֻּולָּן חוּץ מֵאֶחָד מֵהֶן — יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה.

Comme nous avons appris (dans une michna) : des membres (de bêtes) sans défaut (mélangés) avec des membres de bêtes tarées. Rabbi Eliezer dit : si la tête de l'une d'entre elles a été offerte -- on offrira toutes les têtes ; (si) les pattes de l'une d'entre elles (ont été offertes) -- on offrira toutes les pattes.

Et les Sages disent : même si toutes ont été offertes sauf une d'entre elles -- elle sortira au lieu de la crematio (beit ha-serefa).

📜 Rachi (3)
אֵיבָרִים שֶׁל עוֹלָה תְּמִימָה שֶׁנִּתְעָרְבוּ בָּהֶן אֶיבְרֵי בַּעֲלַת מוּם אַחַת:
Des membres -- d'une ola sans défaut, dans lesquels se sont mélangés les membres d'une (bête) tarée.
אִם קָרַב הָרֹאשׁ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן קֹודֶם שֶׁהִרְגִּישׁוּ בַּדָּבָר:
Si la tête de l'une d'entre elles a été offerte -- avant qu'ils ne se soient aperçus de la chose.
יַקְרִיבוּ כָּל הָרָאשִׁין כֻּולָּן וְתוֹלִין הָאִיסּוּר בְּאוֹתוֹ שֶׁקָּרַב כְּבָר וְתָלֵינַן לְקֻולָּא דְּהוֹאִיל וְנִתְעָרְבוּ אֵין כָּאן סָפֵק אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא לְמֵיזַל לְחוּמְרָא דְּלָא הִזְהִירָה תּוֹרָה עֲלֵיהֶן אֶלָּא כְּשֶׁהֵן בְּעַצְמָן שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶם כִּי מָשְׁחָתָם בָּהֶם מוּם בָּם כִּי אִיתַנְהוּ בְּעֵינַיְיהוּ:
On offrira toutes les têtes -- et l'on impute l'interdit à celle qui a déjà été offerte ; et nous imputons vers l'indulgence (le-koula), car dès lors qu'ils se sont mélangés, il n'y a plus ici de doute portant sur un interdit de la Torah qui obligerait à aller vers la rigueur -- puisque la Torah n'a mis en garde à leur sujet que lorsqu'ils sont en eux-mêmes, ainsi qu'il est dit : ''car leur corruption est en eux, un défaut est en eux'' -- c'est-à-dire quand ils sont en eux-mêmes.
💡 Explication

La michna (Zevahim 77b) que Rav invoque. Des membres d'olot parfaites ont été mêlés aux membres d'une bête tarée, et l'on a déjà offert un membre sans le savoir.

Rabbi Eliezer : on impute le membre problématique à celui qui est déjà monté, et l'on offre tout le reste. Rachi explique le fondement : dès lors qu'il y a mélange, il n'y a plus de safek issour de-oraita imposant la rigueur, ''car la Torah n'a mis en garde à leur sujet que lorsqu'ils sont en eux-mêmes''. C'est exactement la lecture de Rav.

Les Sages refusent l'imputation : le dernier membre reste douteux et part au feu. Tossefot adoucit leur position -- leur interdit ne serait peut-être que de-rabanan.

🖼️ Schéma
Membres sains mêlés à des membres de bête tarée La michna que Rav invoque pour prouver que par ta'arovet le moum est agréé. Plusieurs olot temimot + UNE bête tarée, membres mélangés On offre une tête sans savoir. Que faire des têtes restantes ? RABBI ELIEZER Si une tête est déjà montée sur l'autel : on offre TOUTES les têtes On impute le membre taré à celui déjà offert (Rachi : talinan le-koula -- on tranche à l'indulgence) Raison : la Torah n'interdit le moum que bahem, be-einayhou LES SAGES Même si tous ont été offerts sauf un : le dernier part au beit ha-serefa Pas d'imputation : le doute reste entier sur le membre qui n'a pas encore été offert. Tossefot : leur interdit n'est peut-être que de-rabanan Rav peut lire le verset ainsi parce que cette michna montre qu'un moum noyé dans un mélange cesse de bloquer l'offrande.
La michna des membres mélangés : Rabbi Eliezer impute à l'indulgence, les Sages maintiennent le doute.
12
וְאִידָךְ? נָפְקָא לֵיהּ מ״בם״ ״בָּהֶם״. וְאִידָךְ? ״בָּם״ ״בָּהֶם״ לָא דְּרֵישׁ.

Et l'autre (Rabbi Yo'hanan, d'où tire-t-il le cas du mélange) ? Il le tire de (la différence entre) ''bam'' et ''bahem''.

Et l'autre (Rav) ? Il ne fait pas de derasha sur ''bam'' / ''bahem''.

📜 Rachi (1)
מַבָּם בָּהֶם מִדְּמָצֵי לְמִיכְתַּב בָּם וְכָתַב בָּהֶם:
De ''bam'' / ''bahem'' -- puisqu'il pouvait écrire ''bam'' et qu'il a écrit ''bahem''.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִידַּךְ נָפְקָא לֵיהּ מִבָּם בָּהֶם וְהַשְׁתָּא אִיכָּא שְׁלֹשָׁה דְּרָשׁוֹת הָא עָבַר מוּמָם יֵרָצוּ וְאִידָךְ הָא כָּל דְּחוּיִין הוֹאִיל וְנִדְחוּ יִדָּחוּ וְאִידָךְ הָא עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת מִירְצוֹ וְהָא דְּלָא מַייְתֵי הָתָם בְּפֶ' הַתַּעֲרֹובֶת (זְבָחִים דַּף עז:) דְּרָשָׁא דְּרַבִּי (יוֹחָנָן) מִשּׁוּם דְּלָא בָּעֵי לְאֵתוּיֵי אֶלָּא הָנָךְ שְׁתֵּי דְּרָשׁוֹת דְּאַפֵּי' רַב מוֹדֶה בְּהוּ וְהָא דְּמַשְׁמַע הָתָם דִּדְרָשָׁא דְּר' יוֹחָנָן מֵהֵ"א דְּבָהֶם אֵין לָחוּשׁ בָּזֶה דְּלָא נָחַת גְּמָרָא לְדַקְדֵּק בָּזֶה:
Et l'autre le tire de ''bam'' / ''bahem'' -- il y a donc désormais trois derachot : (a) mais si leur défaut est passé, ils seront agréés ; (b) mais tous les repoussés, puisqu'ils ont été repoussés, restent repoussés ; (c) mais par mélange ils sont agréés. Et si, la-bas, au chapitre Ha-ta'arovet (Zevahim 77b), on n'apporte pas la derasha de Rabbi (Yo'hanan), c'est parce qu'on n'a voulu apporter que ces deux derachot-là, que même Rav admet. Quant à ce qui semble indiquer la-bas que la derasha de Rabbi Yo'hanan viendrait du heh de ''bahem'' -- il n'y a pas lieu de s'en soucier, car la guemara n'est pas entrée dans ce détail.
💡 Explication

Bilan de la controverse exégétique. Le verset fournit potentiellement trois enseignements : (1) le moum passe, la bête est agréée ; (2) tous les autres repoussés restent repoussés ; (3) par mélange, la bête tarée est agréée.

Rabbi Yo'hanan les prend tous les trois : (1) et (2) de bahem, et (3) du fait que le verset écrit bahem là où il pouvait écrire bam -- un heh surnuméraire. Rav, qui a déjà donné bahem au mélange, n'a plus besoin de (2) et refuse simplement de faire porter une derasha sur cette variation orthographique.

13
וּלְרַב, נְהִי נָמֵי דְּבַעֲלֵי חַיִּים אֵינָן נִדְחִין, אִי בָּעֵי הַאי נַקְרֵיב אִי בָּעֵי הַאי נַקְרֵיב!

Et selon Rav : même s'il est vrai que les êtres vivants ne sont pas repoussés -- s'il veut, qu'il offre celui-ci ; s'il veut, qu'il offre celui-là !

💡 Explication

Objection décisive contre Rav. Son principe est purement permissif : il rétablit l'aptitude du bouc du premier couple, il ne crée aucune obligation. Les deux boucs désignés là-Hachem devraient donc être à égalité, et le choix rester libre.

Or Rav ne dit pas ''celui qu'il veut'' : il dit ''le second du premier couple sera offert''. Il lui faut donc un second principe, qui donne une priorité au premier.

14
אָמַר רָבָא: רַב סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, דְּאָמַר: מִצְוָה בָּרִאשׁוֹן. הֵי רַבִּי יוֹסֵי? אִי נֵימָא רַבִּי יוֹסֵי דְּקֻופּוֹת, דִּתְנַן: שָׁלֹשׁ קֻופּוֹת שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ סְאִין, שֶׁבָּהֶן תּוֹרְמִין אֶת הַלִּשְׁכָּה, וְכָתוּב עֲלֵיהֶן: אָלֶף בֵּית גִּימֶל. וְתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: לָמָּה כָּתוּב עֲלֵיהֶן אָלֶף בֵּית גִּימֶל — לֵידַע אֵיזֶה מֵהֶן נִתְרְמָה רִאשׁוֹן, לְהָבִיא הֵימֶנָּה רִאשׁוֹן, שֶׁמִּצְוָה בָּרִאשׁוֹן.

Rava a dit : Rav pense comme Rabbi Yossi, qui a dit -- la mitsva (s'accomplit) avec le premier. Quel Rabbi Yossi ?

Si l'on dit : le Rabbi Yossi des kouppot (les paniers) -- comme nous avons appris (dans une michna) : trois paniers de trois seas chacun, avec lesquels on prélevait (la terouma de) la chambre (du Temple), et sur lesquels étaient écrits alef, beit, guimel. Et il a été enseigné (dans une braita) : Rabbi Yossi a dit -- pourquoi écrivait-on sur eux alef, beit, guimel ?

Pour savoir lequel d'entre eux avait été prélevé en premier, afin d'en apporter en premier, car la mitsva (s'accomplit) avec le premier.

💡 Explication

Rava fournit à Rav le principe manquant : mitsva ba-richon, la mitsva se fait avec le premier. Reste à l'attester chez Rabbi Yossi.

Première piste : les trois kouppot de la terouma de la chambre (Chekalim 3,2). On les marquait alef, beit, guimel précisément pour dépenser d'abord le contenu du panier prélevé en premier. Rabbi Yossi y formule bien la règle en toutes lettres.

15
דִּילְמָא שָׁאנֵי הָתָם, דִּבְעִידָּנָא דְּאִתְחֲזַי קַמַּייְתָא לָא אִתְחֲזַי בָּתְרָיְיתָא.

Peut-être est-ce différent là-bas : car au moment où le premier était apte, le dernier n'était pas encore apte.

📜 Rachi (1)
בְּעִידָּנָא דְּאִיתְחֲזַאי קַמַּיְיתָא לָא אִיתְחֲזַאי בָּתְרָיְיתָא אֲבָל הַאי לָא אִיתְחֲזִי קַמָּא עַד דְּאִיתְחֲזִי בָּתְרָא שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁהִגְרִיל עָלָיו אֵינוֹ רָאוּי לִישָּׁחֵט עַד לְאַחַר מַתַּן דַּם הַפָּר וּבְתוֹךְ כָּךְ מֵת חֲבֵירוֹ וְהֵבִיאוּ שְׁנַיִם וְהִגְרִילוּ עֲלֵיהֶן וּכְשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַשָּׂעִיר כְּבָר זֶה הָאַחֲרוֹן עוֹמֵד:
Au moment où le premier était apte, le dernier n'était pas apte -- mais ici, le premier n'est pas apte avant que le dernier ne le soit. Car bien qu'on ait tiré le sort sur lui, il n'est pas propre à être égorgé avant l'aspersion du sang du taureau ; et dans cet intervalle son compagnon est mort, on en a apporté deux et l'on a tiré les sorts sur eux -- si bien que, lorsque est arrivé le moment d'égorger le bouc, ce dernier (bouc du second couple) se tient déjà là.
💡 Explication

La piste des kouppot est écartée. Les trois paniers ne deviennent pas disponibles ensemble : le panier alef est prélevé, utilisé, puis vient beit, puis guimel. La priorité du premier n'y prouve rien -- il était seul en lice.

Rachi souligne le contraste avec nos boucs : le bouc du premier couple n'est pas offrable avant l'aspersion du sang du taureau, et son compagnon meurt entre-temps. Quand l'heure de la chehita arrive, le bouc du second couple est déjà debout : les deux deviennent aptes au même instant. Il faut donc une source où la priorité du premier s'affirme malgré cette simultanéité.

16
אֶלָּא רַבִּי יוֹסֵי דְּפֶסַח, (דִּתְנַן:) הַמַּפְרִישׁ פִּסְחוֹ וְאָבַד, וְהִפְרִישׁ אַחֵר תַּחְתָּיו, וְאַחַר כָּךְ נִמְצָא הָרִאשׁוֹן, וַהֲרֵי שְׁנֵיהֶן עוֹמְדִין — אֵיזֶה מֵהֶן שֶׁיִּרְצֶה יִקְרַב, דִּבְרֵי חֲכָמִים. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מִצְוָה בָּרִאשׁוֹן.

Plutôt le Rabbi Yossi du pessa'h : (comme nous avons appris) celui qui a mis à part son (agneau) pascal et l'a perdu, puis en a mis un autre à part à sa place, et qu'ensuite le premier a été retrouvé, et voici que les deux se tiennent là -- celui des deux qu'il voudra sera offert : ce sont les paroles des Sages. Rabbi Yossi dit : la mitsva (s'accomplit) avec le premier.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא רַבִּי יוֹסֵי דְּפֶסַח דְּהָא הָכָא לָא אִיתְחֲזַאי קַמָּא עַד דְּאִתְחֲזַאי בָּתְרָא שֶׁהֲרֵי אֵין זְמַן שְׁחִיטַת פֶּסַח אֶלָּא לְאַחַר חֲצוֹת וְקֹודֶם לָכֵן אָבַד רִאשׁוֹן וְהֻופְרַשׁ שֵׁנִי וְנִמְצָא רִאשׁוֹן וַהֲרֵי שְׁנֵיהֶן עוֹמְדִים כְּשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטָה וַאֲפִילּוּ הָכִי קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי מִצְוָה בָּרִאשׁוֹן:
Plutôt le Rabbi Yossi du pessa'h -- car ici le premier n'est pas apte avant que le dernier ne le soit. En effet, le temps d'égorger le pessa'h n'est qu'après midi ; or avant cela le premier s'est perdu, le second a été mis à part, puis le premier a été retrouvé -- et voici que tous deux se tiennent là lorsque le moment de la chehita est arrivé. Et malgré cela Rabbi Yossi dit : la mitsva (s'accomplit) avec le premier.
💡 Explication

La bonne source. Ici, la simultanéité est parfaite : ni le premier agneau ni le second ne sont aptes avant hatsot (midi), l'heure où commence la chehita du pessa'h. Quand cette heure sonne, les deux se tiennent là, également disponibles.

Les Sages en concluent la liberté du choix ; Rabbi Yossi maintient malgré tout mitsva ba-richon -- la seule antériorité qui subsiste est celle de la désignation, et elle suffit. C'est exactement la structure des deux boucs, et c'est ce Rabbi Yossi-la que Rav suit.

🖼️ Schéma
Le pessa'h perdu puis retrouvé -- la frise temps -- 14 nissan 1. hafracha il met à part son pessa'h 2. perdu l'animal disparaît 3. remplaçant il en met un autre à sa place 4. retrouvé les deux sont là 5. hatsot l'heure de la chehita : les DEUX deviennent aptes Les Sages Celui des deux qu'il veut sera offert. Aucune priorité : ils sont devenus aptes ensemble. Rabbi Yossi Mitsva ba-richon -- le premier l'emporte. C'est la source dont Rav a besoin pour ses boucs. Ici, contrairement aux kouppot, l'antériorité n'est pas une antériorité d'aptitude : elle est une pure antériorité de désignation.
La frise du pessa'h perdu puis retrouvé : deux candidats deviennent aptes au même instant, à hatsot.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).