Yoma 65a -- le bouc survivant : paît-il ou meurt-il ? Rav contre Rabbi Yohanan sur les deux couples de boucs, le 've-od' de Rabbi Yehouda, l'exigence que le bouc émissaire reste vivant jusqu'à l'aspersion du sang, puis les chekalim volés et le report d'une année sur l'autre.

Yoma 65a

Sougya : Le daf poursuit la discussion sur la michna des deux boucs de Yom Kippour dont l'un meurt après le tirage au sort : on amène un nouveau couple, mais lequel des deux animaux surnuméraires ira paître ? Rav (les êtres vivants ne sont pas écartés) lit la michna du second du second couple ; Rabbi Yo'hanan (les vivants sont écartés) la lit du survivant du premier couple.

On objecte à Rav que son surnuméraire n'est qu'une bête de réserve (le-ahrayout), qui paîtrait même pour un particulier selon Rabbi Ochaya ; réponse : Rav suit Rabbi Yossi ('mitsva ba-richon'), si bien que le second couple est mis à part 'en vue d'une perte' et que le motif de la michna -- un chatat du public ne meurt pas -- reste nécessaire. La sougya montre ensuite que le 'et en outre' de Rabbi Yehouda ne s'explique bien que selon Rav : Rabbi Yehouda diverge d'abord sur le chatat communautaire, puis sur le rejet des animaux vivants ; pour Rabbi Yo'hanan, la formulation reste une difficulté (kachya).

Vient alors l'analyse de la clause 'si le bouc émissaire est mort, on répandra le sang' : puisque seul le tirage au sort est indispensable pour lui, pourquoi tout recommencer ? L'école de Rabbi Yannai déduit de 'il sera placé vivant' que le bouc émissaire doit rester en vie jusqu'à l'aspersion du sang de son compagnon.

Le daf s'achève sur une seconde sougya, la michna de Chekalim 2,1 (chekalim volés ou perdus, serment aux trésoriers ou aux habitants) et le principe que Rava prête à Rabbi Yehouda -- les obligations d'une année peuvent être offertes l'année suivante -- aussitôt attaque par Abaye à partir du taureau et du bouc de Kippour perdus, qui doivent mourir. La réponse de Rava se poursuit en 65b.

Un bouc meurt APRÈS le tirage au sort : que devient le survivant ? Michna : on amène un nouveau couple et on refait le tirage. Le "second" ira paître -- mais lequel ? Couple 1 (tirage déjà fait) bouc "pour Hachem" MORT bouc émissaire survivant Couple 2 (nouveau tirage) bouc "pour Hachem" disponible bouc émissaire disponible RAV Les êtres vivants ne sont PAS écartés (ein baalei 'hayim nidhin) On offre : le survivant du COUPLE 1 Ira paître : le second du COUPLE 2 Problème (segment 1) : ce reliquat ressemble à "deux chatot mises à part par sécurité" -- or R. Ochaya dit qu'alors même celle d'un particulier PAÎT au lieu de mourir. Réponse : mitsva ba-richon -> mafrich le-ibboud RABBI YO'HANAN Les êtres vivants SONT écartés (baalei 'hayim nidhin) On offre : le couple 2 en entier Ira paître : le survivant du COUPLE 1 Problème (segments 5-6) : si même les Sages admettent que le premier est écarté, que veut dire le "ET EN OUTRE" (ve-od) de Rabbi Yehouda dans la michna ? KACHYA -- reste une difficulté La michna "colle" mieux à Rav : c'est la conclusion de la sougya (dayka matnitin kevateih de-Rav).
Le coeur du daf : la michna des deux couples de boucs, lue par Rav (les vivants ne sont pas écartés) ou par Rabbi Yohanan (ils le sont).
Rabbi Yehouda dans la michna : pourquoi "ET EN OUTRE" (ve-od) ? Selon Rav, Rabbi Yehouda conteste les Sages sur DEUX terrains distincts. 1. Début : "il mourra" Terrain : le chatat COMMUNAUTAIRE Sages : un chatat du public ne meurt pas -> il paît jusqu'à devenir taré, on le vend R. Yehouda : il MEURT (il vise le second du COUPLE 1) 2. "Et en outre" : sang / émissaire Terrain : les ÊTRES VIVANTS sont-ils écartés ? Sages : non écartés -> on offre le premier R. Yehouda : écartés -- le premier meurt, le second est offert (d'où le besoin d'un énoncé SUPPLÉMENTAIRE) La réciprocité énoncée par Rabbi Yehouda Le SANG se répand -> le bouc émissaire MEURT évident : la mitsva du sang n'est pas faite Le bouc émissaire MEURT -> on RÉPAND le sang étonnant : sa mitsva semblait déjà accomplie
Pourquoi Rabbi Yehouda ajoute-t-il un 've-od' : deux désaccords distincts, et la réciprocité sang / bouc émissaire.
Les chekalim envoyés au Temple sont volés ou perdus Michna Chekalim 2,1 : tout dépend du moment où la terouma (prélèvement des trois caisses) a été faite. Perte / vol en chemin La terouma A DÉJA été prélevée Les pièces appartenaient déjà au Temple Serment aux TRÉSORIERS (guizbarim) La perte est pour le Temple : les propriétaires ne repaient pas. La terouma N'A PAS été prélevée Les pièces sont encore aux propriétaires Serment aux HABITANTS de la ville La perte est pour eux : ils versent d'autres chekalim à la place. Puis les pièces sont retrouvées / rendues par les voleurs Tana kama Les deux lots restent sanctifiés, mais ils ne valent PAS pour l'année suivante. Rabbi Yehouda Ils VALENT pour l'année suivante -> les obligations d'une année sont offertes l'année d'après
Seconde sougya : les chekalim volés ou perdus (Chekalim 2,1) et la position de Rabbi Yehouda sur le report d'une année à l'autre.
1
הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאִם נִתְכַּפֵּר בְּשֶׁאֵינָהּ אֲבוּדָה — אֲבוּדָה מֵתָה.

Tous s'accordent : si l'expiation a été obtenue au moyen de celle qui n'était pas perdue, celle qui était perdue doit mourir.

🗂️ Tossefot (1)
הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאִם נִתְכַּפֵּר בְּשֶׁאֵינָהּ אֲבוּדָה אֲבוּדָה מֵתָה וְהָא דְּאָמְרִי רַבָּנָן אֵין חַטָּאת מֵתָה אֶלָּא שֶׁנִּמְצָא לְאַחַר שֶׁכִּיפְּרוּ בְּעָלִים תֵּימַהּ כֵּיוָן דִּסְבִירָא לְהוּ דַּאֲפִילּוּ נִמְצֵאת קֹודֶם כַּפָּרָה אֲבוּדָה מֵתָה אַמַּאי נְקַט דַּוְוקָא שֶׁנִּמְצֵאת לְאַחַר שֶׁכִּיפְּרוּ שֶׁאָבְדָה וְהִקְרִיב אַחֶרֶת תַּחְתֶּיהָ וְנִמְצֵאת הָרִאשׁוֹנָה תָּמוּת וּבִתְמוּרָה פֶּרֶק וְלַד חַטָּאת (דַּף כג:) פָּרִיךְ כִּי הַאי גַווְנָא תְּנַן הַמַּפְרִישׁ חַטָּאתוֹ וְאָבְדָה וְהִקְרִיב אַחֶרֶת תַּחְתֶּיהָ וְנִמְצֵאת הָרִאשׁוֹנָה תָּמוּת טַעְמָא דְּהִקְרִיב הָא לֹא הִקְרִיב לֹא קָשֶׁה לְתַרְוַיְיהוּ פִּי' לֵר' אַבָּא וּלְרַב הוּנָא דְּהָתָם דְּאָמַר הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאִם מָשַׁךְ אַחַת מֵהֶן וְהִקְרִיב שֶׁהַשְּׁנִיָּה תָּמוּת לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בְּבָא לִימָּלֵךְ וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי מִילְּתָא דִּפְשִׁיט קָתָנֵי דְּלָא . פְּשִׁיט לָא קָתָנֵי פֵּירוּשׁ מִילְּתָא דִּפְשִׁיט קָתָנֵי שֶׁנִּמְצֵאת לְאַחַר הַקְרָבָה אָז אֵין צָרִיךְ לְהַאֲרִיךְ וּלְפָרֵשׁ כְּלוּם אֲבָל נִמְצֵאת קֹודֶם הַקְרָבָה זִימְנִין מֵתָה זִימְנִין רוֹעֶה אִם מִתְכַּפֵּר בְּשֶׁאֵינָהּ אֲבוּדָה הַשְּׁנִיָּה מֵתָה וְאִם מִתְכַּפֵּר בַּאֲבוּדָה שֶׁאֵין אֲבוּדָה רוֹעָה לְרַבָּנָן וְהָכִי נַמֵּי הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ מִמִּילְּתָא דְּרַבָּנָן גּוּפַייְהוּ כִּדְפֵי' אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לְמִפְרַךְ מֵהַהִיא דִּוְהַקְרִיב שֶׁהִיא שְׁנוּיָה בְּרֵישָׁא וְאָתְיָא כְּרַבָּנָן:
Et ce que les Sages disent, qu'une chatat ne meurt que si elle a été retrouvée après que les propriétaires ont obtenu leur expiation -- voilà qui étonne : puisqu'ils tiennent que même retrouvée AVANT l'expiation la perdue meurt, pourquoi avoir énoncé spécifiquement le cas où elle est retrouvée après l'expiation, à savoir "elle s'est perdue, il en a offert une autre à sa place, et la première a été retrouvée : elle mourra" ? Dans Temoura, chapitre Velad Chatat (23b), on pose une objection du même genre : nous avons appris "celui qui met à part sa chatat, elle se perd, il en offre une autre à sa place et la première est retrouvée : elle mourra" -- le motif est qu'il a déjà OFFERT ; s'il n'a pas offert, non. Cela fait difficulté pour les deux, c'est-à-dire pour Rabbi Abba et pour Rav Houna de là-bas, qui disent : tous s'accordent que s'il a tiré à lui l'une des deux et l'a offerte, la seconde mourra ; ils ne divergent que dans le cas où il vient consulter, etc. Et l'on répond : "le Tana enseigne ce qui est tranché et n'enseigne pas ce qui ne l'est pas". Explication : ce qui est tranché, c'est le cas où elle est retrouvée après l'offrande -- là, pas besoin de s'étendre ni de préciser quoi que ce soit ; mais si elle est retrouvée avant l'offrande, tantôt elle meurt tantôt elle paît : si l'expiation se fait avec celle qui n'était pas perdue, la seconde meurt ; et si l'expiation se fait avec celle qui était perdue, celle qui n'était pas perdue paît, selon les Sages. On aurait d'ailleurs pu objecter à partir de l'énoncé des Sages eux-mêmes, comme je l'ai expliqué ; mais il a préféré objecter à partir de ce "et il en a offert une autre", qui est enseigné en premier et qui suit l'avis des Sages.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la fin d'un principe déjà posé : une chatat (sacrifice expiatoire) mise à part, puis perdue, puis remplacée par une autre. Si le propriétaire a finalement obtenu son expiation avec la bête de remplacement (« celle qui n'était pas perdue »), la première, une fois retrouvée, n'a plus d'emploi : elle est chatat che-meta, une chatat vouée à la mort.

Ce principe sert de mesure à toute la sougya : quand un animal consacré devient surnuméraire, meurt-il, ou bien va-t-il paître jusqu'à contracter une tare, après quoi on le vend et son prix va aux offrandes volontaires ? La michna de nos boucs tranche pour le pâturage, en donnant un motif précis : ein chatat tsibour meta, un chatat du public ne meurt pas.

2
אֶלָּא לְרַב הָוֵה לֵיהּ כְּמַפְרִישׁ שְׁתֵּי חַטָּאוֹת לְאַחְרָיוּת, וְאָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: הִפְרִישׁ שְׁתֵּי חַטָּאוֹת לְאַחְרָיוּת — מִתְכַּפֵּר בְּאַחַת מֵהֶם, וְהַשְּׁנִיָּה תִּרְעֶה.

Mais selon Rav, [le bouc excédentaire] a le statut de celui qui met à part deux chatot par sécurité ; or Rabbi Ochaya a dit : celui qui a mis à part deux chatot par sécurité obtient l'expiation avec l'une d'elles, et la seconde ira paître.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לְרַב דְּאָמַר בִּשְׁנֵי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי קָתָנֵי מַתְנֵי' דְּיִרְעֶה וּבָרִאשׁוֹן שֶׁנִּדְחָה יִתְכַּפֵּר אַמַּאי הָא דְּיָחִיד תָּמוּת לָא מִיבְּעֵי לְרַבָּנָן דְּלָא מֵתָה דְּהָא נִתְכַּפֵּר בַּדְּחוּייָה וְאִינְהוּ אָמְרִי מַפְרִישׁ לְאִבּוּד לָאו כְּאָבוּד דָּמֵי אֶלָּא אֲפִי' לֵר' לֹא מֵתָה שֶׁהֲרֵי לֹא הֻופְרַשׁ לְתַשְׁלוּמֵי אָבוּד שֶׁהֲרֵי מִתְּחִילָּה הָיָה רִאשׁוֹן קַייָּם וּבִשְׁבִיל הַמִּשְׁתַּלֵּחַ שֶׁמֵּת הֻוצְרַךְ לְהָבִיא שְׁנַיִם וְכֵיוָן דְּאֵין בַּעֲלֵי חַיִּין נִדְחִין מֵעִיקָּרָא אִי בָּעֵי הַאי מַקְרֵיב וַהֲוָה לֵיהּ כְּמַפְרִישׁ שְׁתֵּי חַטָּאוֹת לְאַחְרָיוּת שֶׁאִם יֹאבַד אֶחָד מֵהֶן יַקְרִיב אֶת חֲבֵירוֹ:
Lui qui dit que notre michna enseigne "il ira paître" à propos du second du SECOND couple, et que c'est avec le premier, celui qui avait été écarté, qu'on obtiendra l'expiation : pourquoi [le motif du chatat public] ? Car dire que celle d'un particulier mourrait ne tient pas -- et pas seulement selon les Sages, qui disent qu'elle ne meurt pas puisque l'expiation s'est faite avec l'animal écarté, eux qui tiennent que "celui qu'on met à part pour remplacer un perdu" n'a pas le statut d'un perdu ; mais même selon Rabbi elle ne meurt pas, car il n'a pas été mis à part en remplacement d'un perdu : au départ le premier était bien présent, et c'est à cause du bouc émissaire qui est mort qu'il a fallu en amener deux. Et puisque les êtres vivants ne sont pas écartés dès l'origine, il peut, s'il le veut, offrir celui-ci. Il a donc le statut de celui qui met à part deux chatot par sécurité, de sorte que si l'une se perd il offre sa compagne.
וְאָמַר ר' אוֹשַׁעְיָא שֵׁנִי יִרְעֶה אַפֵּי' לְרַבִּי שֶׁהֲרֵי לֹא הֻופְרַשׁ לְאִיבּוּד:
Le second ira paître -- même selon Rabbi, car il n'a pas été mis à part [en remplacement] d'un perdu.
🗂️ Tossefot (1)
הָוֵה לֵיהּ כְּמַפְרִישׁ שְׁתֵּי חַטָּאוֹת לְאַחְרָיוּת תֵּימַהּ לִי הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי הָא מַנִּי ר' שִׁמְעוֹן הִיא דְּלֵית לֵיהּ רוֹעֶה כְּלָל בְּחַטַּאת יָחִיד וַאֲפִילּוּ בְּהִפְרִישׁ שְׁתֵּי חַטָּאוֹת לְאַחְרָיוּת כִּדְמַשְׁמַע בִּתְמוּרָה (דַּף טו:) וּבְפֶרֶק הַתּוֹדָה (מְנָחוֹת דַּף פ.) וּבְפֶ' מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צז:) וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמַתְנִיתִין לָא מִתּוֹקְמָא כְּוָותֵיהּ דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין מֵת אֶחָד מֵהֶם מֵבִיא שְׁנַיִם אֲחֵרִים וּמַגְרִיל עֲלֵיהֶם וְאִיהוּ אָמַר לְעֵיל מֵבִיא חֲבֵירוֹ שֶׁלֹּא בְּהַגְרָלָה:
Cela m'étonne : on aurait pu répondre que notre michna suit Rabbi Chimon, qui n'admet nulle part le pâturage pour un chatat de particulier, même dans le cas où l'on a mis à part deux chatot par sécurité, comme cela ressort de Temoura (15b), du chapitre Ha-Toda (Menahot 80a) et du chapitre Mi che-haya tame (Pessahim 97b). On peut répondre que notre michna ne peut pas être établie selon lui, puisqu'elle enseigne "si l'un d'eux est mort, il en amène deux autres et fait le tirage au sort sur eux", alors que lui a dit plus haut : "il amène sa compagne sans tirage au sort".
💡 Explication

Rappel du contexte : la michna traite de deux boucs de Yom Kippour dont l'un meurt après le tirage au sort. On amène un nouveau couple, on refait le tirage, et « le second ira paître ». Rav lit : le survivant du premier couple reste apte (les êtres vivants ne sont pas écartés), on l'offre, et c'est le second du nouveau couple qui paît.

D'où l'objection : dans la lecture de Rav, ce surnuméraire n'est pas une bête « mise à part en vue d'une perte », c'est simplement une bête le-ahrayout (de réserve, par sécurité). Or Rabbi Ochaya enseigne que dans ce cas de figure, même pour un particulier, la bête restante paît au lieu de mourir. Le motif donné par la michna -- « un chatat du public ne meurt pas » -- devient alors superflu, ce qui ruine la lecture de Rav.

3
כֵּיוָן דְּאָמַר רָבָא: רַב סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר מִצְוָה בָּרִאשׁוֹן, מֵעִיקָּרָא כְּמַפְרִישׁ לְאִיבּוּד דָּמֵי.

Puisque Rava a dit : Rav tient comme Rabbi Yossi, qui dit que la mitsva se fait avec le premier -- des le départ [le second couple] a le statut de ce que l'on met à part en vue d'une perte.

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן דְּמִצְוָה בָּרִאשׁוֹן מֵעִיקָּרָא כִּי אַפָּרְשִׁינַן לְהַאי שֵׁנִי אַדַּעְתָּא דְּאִיבּוּד אַפָּרְשִׁינַן וְלָא גָּרַע מִמַּפְרִישׁ לְאִבּוּד וּמַתְנִי' רַבִּי הִיא וְהָכִי אָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת תְּמוּרָה דְּרַב כְּרַבִּי מוּקֵי לָהּ לְמִתְנֵי':
Puisque la mitsva revient au premier, des l'origine, lorsque nous mettons à part ce second, c'est dans la perspective d'une perte que nous le mettons à part ; il n'est donc pas moindre que celui qu'on met à part en remplacement d'un perdu. Et notre michna suit Rabbi -- c'est bien ainsi que nous disons dans le traité Temoura, que Rav établit notre michna selon Rabbi.
💡 Explication

Réponse à l'objection. Rav ne considère pas le second couple comme une simple réserve interchangeable : il suit Rabbi Yossi, pour qui « mitsva ba-richon » -- la mitsva revient de plein droit au premier animal. Le premier couple garde donc la priorité.

Par conséquent, quand on amène le second couple, on le met à part uniquement pour parer à la perte du premier : c'est bien un mafrich le-ibboud. Et selon Rabbi, ce qu'on met à part en vue d'une perte à le statut d'un perdu -- pour un particulier, l'animal surnuméraire mourrait. Le motif « un chatat du public ne meurt pas » retrouve donc toute son utilité, et la michna se lit selon Rabbi.

🖼️ Schéma
Deux statuts opposés pour un animal "de réserve" le-ahrayout (par sécurité) Les deux bêtes sont mises à part ensemble, chacune peut servir : au choix. Celle qui reste : elle PAÎT (R. Ochaya -- vaut même pour un particulier) -> le motif "un chatat du public ne meurt pas" devient inutile mafrich le-ibboud (en vue d'une perte) La seconde n'est là que pour suppléer à la première, qui garde la priorité. Celle qui reste : elle MEURT (selon Rabbi, pour un chatat de particulier) -> le motif du chatat public est bien nécessaire La clé : Rav suit Rabbi Yossi -- "mitsva ba-richon" Le premier couple garde la priorité de la mitsva ; donc en amenant le second couple on l'a mis à part "en vue d'une perte", et non "par sécurité".
Réserve (le-ahrayout) ou remplacement d'un perdu (mafrich le-ibboud) : deux statuts, deux issues pour l'animal restant.
4
תְּנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: תָּמוּת. בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר שֵׁנִי שֶׁבְּזוּג רִאשׁוֹן יִרְעֶה, לְרַבִּי יְהוּדָה יָמוּת — מִתְכַּפֵּר בַּשֵּׁנִי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי.

Nous avons appris [dans la michna] : Rabbi Yehouda dit : il mourra. Soit, selon Rabbi Yo'hanan, qui dit que c'est le second du premier couple qui ira paître -- et que Rabbi Yehouda dit à son sujet : il mourra -- il obtient alors l'expiation avec le second du second couple.

📜 Rachi (2)
תְּנַן רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר תָּמוּת קס"ד בְּהַהִיא דְּקָאָמְרִי רַבָּנָן יִרְעֶה אָמַר רַבִּי יְהוּדָה תָּמוּת וְעַל כָּרְחֲךָ לְרַבִּי יְהוּדָה בַּעֲלֵי חַיִּים נִדְחִין כִּדְקָתָנֵי נִשְׁפַּךְ הַדָּם יָמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ:
On pourrait croire que c'est à propos de ce dont les Sages disent "il ira paître" que Rabbi Yehouda dit "il mourra". Et forcément, pour Rabbi Yehouda les êtres vivants sont écartés, comme il l'enseigne : "si le sang s'est répandu, le bouc émissaire mourra".
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר בִּשְׁנֵי שֶׁבְּזוּג רִאשׁוֹן תְּנַן יִרְעֶה וְאָמַר רַבִּי יְהוּדָה עָלֶיהָ תָּמוּת מִיכַּפַּר בַּשֵּׁנִי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי:
Nous avons appris "il ira paître", et Rabbi Yehouda dit à son sujet "il mourra" ; il obtient l'expiation avec le second du second couple.
💡 Explication

Nouvelle objection, cette fois tirée de l'opinion de Rabbi Yehouda dans la michna : « il mourra ». On suppose d'abord que Rabbi Yehouda répond directement aux Sages, sur le même animal qu'eux.

Pour Rabbi Yo'hanan, aucune difficulté : les Sages parlaient du survivant du premier couple (écarté, donc mis au pâturage), Rabbi Yehouda dit qu'il meurt -- et le service se fait avec le second couple. La séquence tient debout.

5
אֶלָּא לְרַב דְּאָמַר שֵׁנִי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי יִרְעֶה, לְרַבִּי יְהוּדָה יָמוּת — לְרַבִּי יְהוּדָה בְּמַאי מִיכַּפַּר? מִי סָבְרַתְּ רַבִּי יְהוּדָה אַשֵּׁנִי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי קָאֵי? רַבִּי יְהוּדָה אַשֵּׁנִי שֶׁבְּזוּג רִאשׁוֹן קָאֵי.

Mais selon Rav, qui dit que c'est le second du second couple qui ira paître -- et que Rabbi Yehouda dit à son sujet : il mourra -- avec quoi Rabbi Yehouda obtiendra-t-il l'expiation ? Penses-tu donc que Rabbi Yehouda vise le second du second couple ?

Rabbi Yehouda vise le second du premier couple.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא לְרַב דְּאָמַר יִרְעֶה דְּמַתְנִי' בִּשְׁנֵי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי תְּנַן וְעָלֶיהָ אָמַר רַבִּי יְהוּדָה תָּמוּת:
Lui qui dit que le "il ira paître" de notre michna a été enseigné à propos du second du second couple, et que c'est à son sujet que Rabbi Yehouda dit "il mourra".
בְּמַאי מִיכַּפַּר דְּאִילּוּ בָּרִאשׁוֹן לְר' יְהוּדָה לָא מִיכַּפַּר דְּהָאָמַר בַּעֲלֵי חַיִּין נִדְחִין:
Car avec le premier, selon Rabbi Yehouda, il n'obtient pas l'expiation, puisqu'il a dit que les êtres vivants sont écartés.
מִי סָבְרַתְּ וְכוּ' אַשֵּׁנִי שֶׁבְּזוּג רִאשׁוֹן קָאֵי וּבְתַרְתֵּי פְּלִיג כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל:
Et il diverge sur deux points, comme je l'ai expliqué plus haut.
💡 Explication

Pour Rav, en revanche, la lecture naïve mène à une impasse : le survivant du premier couple est écarté (Rabbi Yehouda tient que baalei 'hayim nidhin, les animaux vivants peuvent être définitivement disqualifiés), et le second du nouveau couple, lui, devrait mourir. Il ne resterait plus rien pour expier.

La gemara redresse la lecture : Rabbi Yehouda ne parle pas du même animal que les Sages. Son « il mourra » vise le survivant du premier couple. Il diverge donc des Sages sur deux points à la fois, ce qui prépare l'explication du « et en outre » de la michna.

🖼️ Schéma
"Rabbi Yehouda dit : il mourra" -- il mourra, QUI ? Difficulté selon Rav : si le mort est le second du couple 2, il ne reste plus rien pour expier. Lecture rejetée R. Yehouda répond aux Sages sur LE MÊME animal : le second du COUPLE 2 (celui qui, pour eux, paît). Impasse : le couple 1 est écarté (nidhe) et le couple 2 meurt -- avec quoi expier ? Lecture retenue R. Yehouda parle d'un AUTRE animal : le second du COUPLE 1. Il meurt ; on expie avec le couple 2. R. Yehouda diverge donc sur deux points à la fois. Règle de lecture : une opinion citée après une autre ne porte pas forcément sur le même objet -- ici c'est la seule issue possible.
Le pivot du daf : identifier de quel 'second' Rabbi Yehouda parle.
6
וְאִיכָּא דְּקָא מוֹתֵיב הָכִי: וְעוֹד אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: נִשְׁפַּךְ הַדָּם יָמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ, מֵת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ יִשָּׁפֵךְ הַדָּם.

Et certains posent l'objection de la manière suivante : « Et Rabbi Yehouda a dit en outre : si le sang s'est répandu, le bouc émissaire mourra ; si le bouc émissaire est mort, on répandra le sang. »

📜 Rachi (1)
וְאִיכָּא דְּמוֹתֵיב הָכִי הַךְ תְּיוּבְתָּא קַמַּיְיתָא דְּאוֹתֵיבְנָא לְעֵיל וְעוֹד אָמַר רַבִּי יְהוּדָה וְכוּ' דְּאוֹתֵיבְנָא לְעֵיל לְרַב אִיכָּא דְּמוֹתֵיב לָהּ מֵעִיקָּרָא לְרַבִּי יוֹחָנָן וְהָכִי מוֹתֵיב לָהּ:
Cette première objection que nous avons soulevée plus haut -- "et Rabbi Yehouda a dit en outre, etc.", que nous avons opposée plus haut à Rav -- certains la posent d'emblée contre Rabbi Yo'hanan, et voici comment ils la formulent.
💡 Explication

Version alternative de la sougya (ika de-motiv hakhi) : la même difficulté est présentée dans l'autre sens. Au lieu d'attaquer Rav, on part de la formule « et en outre » (ve-od) de la michna pour attaquer Rabbi Yo'hanan.

7
בִּשְׁלָמָא לְרַב, רֵישָׁא פְּלִיגִי בְּחַטַּאת צִבּוּר וְסֵיפָא פְּלִיגִי בְּבַעֲלֵי חַיִּים. אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן, מַאי ״וְעוֹד״. קַשְׁיָא.

Soit, selon Rav : dans la première partie ils divergent à propos du chatat communautaire, et dans la seconde partie ils divergent à propos [du rejet] des êtres vivants. Mais selon Rabbi Yo'hanan, que signifie le « et en outre » ?

C'est une difficulté.

📜 Rachi (3)
בִּשְׁלָמָא לְרַב דְּאָמַר לְתַנָּא קַמָּא בַּעֲלֵי חַיִּין אֵין נִדְחִין וּבַשֵּׁנִי שֶׁבְּזוּג שֵׁנִי קָאָמַר יִרְעֶה וְרַבִּי יְהוּדָה לָאו עָלֶיהָ קָאָמַר יָמוּת הַיְינוּ דַּהֲדַר קָאָמַר וְעוֹד לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּבַעֲלֵי חַיִּין נִדְחִין סְבִירָא לֵיהּ וְתָמוּת דְּקָאָמַר בְּרֵישָׁא לָאו אַהַהוּא דְּאָמְרִי רַבָּנָן יִרְעֶה קָאֵי וּבְתַרְתֵּי אֲתָא לְאִפְּלוֹגֵי בְּרֵישָׁא פְּלִיג אַחַטָּאת צִבּוּר דְּקָאָמְרִי רַבָּנָן יִרְעֶה וְאָמַר [רַבִּי יְהוּדָה] יָמוּת וְסֵיפָא מִיפְּלִיג בְּבַעֲלֵי חַיִּין דְּקָאָמְרִי רַבָּנָן אֵין נִדְחִין וְיִתְכַּפֵּר בָּרִאשׁוֹן וַאֲתָא אִיהוּ לְמֵימַר הוּא יָמוּת וְהַשֵּׁנִי יִקְרַב:
Lui qui dit que, pour le premier Tana, les êtres vivants ne sont pas écartés, et que c'est à propos du second du second couple qu'il dit "il ira paître", et que Rabbi Yehouda ne dit pas "il mourra" à son sujet -- c'est justement pourquoi il reprend en disant "et en outre", pour nous apprendre qu'il tient que les êtres vivants sont écartés. Le "il mourra" qu'il dit dans la première partie ne porte donc pas sur ce dont les Sages disent "il ira paître", et il vient diverger sur deux points : dans la première partie il diverge à propos du chatat communautaire -- les Sages disent "il ira paître" et [Rabbi Yehouda] dit "il mourra" ; et dans la seconde partie il diverge à propos des êtres vivants -- les Sages disent qu'ils ne sont pas écartés et qu'il obtiendra l'expiation avec le premier, et lui vient dire que celui-ci mourra et que le second sera offert.
אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן מַאי וְעוֹד הָא רַבָּנָן נַמֵּי אָמְרִי רִאשׁוֹן יִדָּחֶה:
Car les Sages disent eux aussi que le premier est écarté.
קַשְׁיָא כְּדַאֲמָרָן דַּיְקָא מַתְנֵי' כְּוָותֵיהּ דְּרַב:
Comme nous l'avons dit : notre michna est formulée de façon précise selon Rav.
💡 Explication

Le mot « ve-od » (et en outre) signale un second désaccord, distinct du premier. Cela fonctionne parfaitement pour Rav : d'abord Rabbi Yehouda conteste les Sages sur le chatat du public (paît-il ou meurt-il ?), ensuite sur le rejet des animaux vivants (le survivant du premier couple est-il encore apte ?).

Pour Rabbi Yo'hanan, en revanche, les Sages eux-mêmes admettent déjà que le premier animal est écarté : il n'y a plus de second désaccord à annoncer, et le « et en outre » reste inexpliqué. La gemara conclut : kachya -- difficulté non résolue. La formulation de la michna « colle » donc à Rav.

8
וְעוֹד אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: נִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ. בִּשְׁלָמָא נִשְׁפַּךְ הַדָּם יָמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ — דְּאַכַּתִּי לָא אִיתְעֲבִיד מִצְוְתֵיהּ.

« Et Rabbi Yehouda a dit en outre : si le sang s'est répandu, le bouc émissaire mourra. » Soit, si le sang s'est répandu, le bouc émissaire mourra : car sa mitsva n'a pas encore été accomplie.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא נִשְׁפַּךְ הַדָּם יָמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ דְּלָא אִיתְעֲבִיד מִצְוָתֵיהּ דְּדָם וְחֻוקָּה בִּדְבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן כְּתִיבָא וְצָרִיךְ לְהָבִיא דָּם אַחֵר וְאִי אֶפְשָׁר בְּלֹא הַגְרָלָה וְכֵיוָן דְּאִית לֵיהּ בַּעֲלֵי חַיִּים נִדְחִים יָמוּת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ הָרִאשׁוֹן:
Car le sang, et le terme "houka" (statut immuable), sont écrits à propos des rites accomplis en vêtements blancs ; il faut donc apporter un autre sang, et cela est impossible sans tirage au sort. Et puisqu'il tient que les êtres vivants sont écartés, le premier bouc émissaire mourra.
💡 Explication

La gemara passe à l'analyse de fond de cette dernière clause. Première moitié, compréhensible : si le sang du bouc « pour Hachem » se répand avant l'aspersion, la mitsva du sang n'est pas faite ; il faut donc du sang neuf, donc un nouveau bouc, donc un nouveau tirage au sort (impossible avec un bouc seul). Le premier bouc émissaire, désormais écarté, doit mourir.

9
אֶלָּא מֵת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ, אַמַּאי יִשָּׁפֵךְ הַדָּם? הָא אִיתְעֲבִיד לֵיהּ מִצְוְתֵיהּ!

Mais si le bouc émissaire est mort, pourquoi répandrait-on le sang ? Sa mitsva a pourtant déjà été accomplie !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מֵת הַמִּשְׁתַּלֵּחַ לָמָּה לוֹ תַּשְׁלוּמִין שֶׁאַתָּה מַזְקִיקוֹ לוֹ לְהָבִיא שְׁנַיִם וּלְהַגְרִיל וְלִשְׁפֹּוךְ דָּם הָרִאשׁוֹן הָא אִיתְעֲבִיד מִצְוָתֵיהּ דְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ כָּל דָּבָר הַמְעַכֵּב בּוֹ אֵינוֹ אֶלָּא הַגְרָלָה בִּלְבַד לִקְבֹּועַ גּוֹרָל שֶׁל שֵׁם עַל שֶׁלּוֹ דְּהָא שָׁמְעִי' לֵיהּ לְר' יְהוּדָה דְּאָמַר לֹא הִתְוַדָּה כָּשֵׁר וְכָל שֶׁכֵּן דְּשִׁילּוּחַ דְּלָא מְעַכֵּב לְדִבְרֵי הַכֹּל דְּכִי כְּתִיב חֻוקָּה אַדְּבָרִים שֶׁהַכֹּהֵן עוֹשֶׂה בְּבִגְדֵי לָבָן וְלֹא עַל דְּבָרִים הַנַּעֲשִׂים ע"י אִישׁ עִתִּי:
Pourquoi lui faut-il un remplacement, au point que tu l'obliges à amener deux bêtes, à faire le tirage au sort et à répandre le sang du premier ? La mitsva du bouc émissaire a bien été accomplie : tout ce qui est indispensable en lui n'est que le tirage au sort, pour fixer le sort "pour Hachem" sur son compagnon. Car nous avons entendu Rabbi Yehouda dire que s'il n'a pas fait la confession, cela reste valide -- et à plus forte raison l'envoi, qui de l'avis de tous n'est pas indispensable, puisque lorsque "houka" est écrit, c'est à propos des rites que le kohen accomplit en vêtements blancs, et non à propos de ce qui est fait par l'ich iti.
💡 Explication

Seconde moitié, beaucoup plus étonnante. Ce qui est indispensable (meakev) pour le bouc émissaire, c'est essentiellement le tirage au sort, déjà effectué par le kohen. L'envoi au désert est accompli par l'ich iti (l'homme désigné) et n'est pas couvert par le terme « houka », qui vise les rites faits par le kohen en vêtements blancs. Même la confession, selon Rabbi Yehouda, n'invalide pas si elle a été omise.

Autrement dit : la mitsva du bouc émissaire semble déjà acquise. Pourquoi sa mort obligerait-elle à répandre le sang de son compagnon et à tout recommencer ?

10
אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: אֲמַר קְרָא: ״יָעֳמַד חַי לִפְנֵי ה׳ לְכַפֵּר״, עַד מָתַי יְהֵא זָקוּק לִהְיוֹת חַי — עַד שְׁעַת מַתַּן דָּמִים שֶׁל חֲבֵירוֹ.

On a dit à l'école de Rabbi Yannai : le verset dit « il sera placé vivant devant l'Éternel pour faire l'expiation » (Lévitique 16,10) -- jusqu'à quand doit-il rester vivant ? Jusqu'au moment de l'aspersion du sang de son compagnon.

📜 Rachi (1)
לִהְיוֹת חַי שֶׁלֹּא יָמוּת עַד שְׁעַת מַתַּן דָּמוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ הָא אִם מֵת קֹודֶם לָכֵן אֵין כַּפָּרַת הַדָּם כְּלוּם לְכָךְ צָרִיךְ תַּשְׁלוּמִין וּבְלֹא הַגְרָלָה אִי אֶפְשָׁר וְזָקוּק לִשְׁנַיִם וְרִאשׁוֹן יִדָּחֶה דְּהַכֹּל מוֹדִין בִּשְׁחוּטִין שֶׁנִּדְחִין:
Qu'il ne meure pas avant le moment de l'aspersion du sang de son compagnon ; car s'il est mort avant cela, l'expiation du sang est nulle. Voilà pourquoi un remplacement est nécessaire ; or cela est impossible sans tirage au sort, il lui en faut donc deux, et le premier sera écarté -- car tous s'accordent que les bêtes abattues sont écartées.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבִּי יַנַּאי אָמַר קְרָא יָעֳמַד חַי עַד מָתַי זָקוּק לִחְיוֹת עַד שְׁעַת מַתַּן דָּמוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא מַיְיתֵי בָּרַייְתָא דִּלְעֵיל דִּבְפֶרֶק טָרַף בַּקַּלְפִּי (יוֹמָא דַּף מ:) דְּקָתָנֵי בְּהֶדְיָא הָכִי אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאִי מֵהַהִיא הֲוָה אָמֵינָא אִם מֵת קֹודֶם מַתַּן דְּמֵי חֲבֵירוֹ יָבִיא אַחֵר אֲבָל לֹא יִשָּׁפֵךְ וְרַבִּי יַנַּאי אָתֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַף הַדָּם יִשָּׁפֵךְ:
Cela m'étonne : pourquoi ne pas citer la beraita rapportée plus haut, au chapitre Taraf ba-Kalpi (Yoma 40b), qui énonce explicitement cela selon Rabbi Yehouda ? On peut répondre que de cette beraita j'aurais pu conclure que s'il meurt avant l'aspersion du sang de son compagnon, on amène un autre [bouc émissaire] mais qu'on ne répand pas [le sang] ; Rabbi Yannai vient nous apprendre que le sang aussi doit être répandu.
💡 Explication

La réponse est une dracha : le mot « haï » (vivant) n'est pas un simple constat, c'est une exigence de durée. Le bouc émissaire doit rester vivant jusqu'à l'aspersion du sang de son compagnon, parce que les deux bêtes forment un dispositif d'expiation unique.

Conséquence : s'il meurt avant, l'aspersion n'a plus de valeur expiatoire. Il faut donc répandre le sang, amener deux nouveaux boucs et refaire le tirage -- et le premier bouc abattu est écarté, car tous s'accordent que les bêtes déjà abattues sont écartées.

🖼️ Schéma
Jusqu'à quand le bouc émissaire doit-il rester VIVANT ? Dracha de l'école de Rabbi Yannai sur "yoomad haï lifnei Hachem lekhaper" (Lev. 16,10). tirage au sort goralot abattage du bouc "pour Hachem" ASPERSION DU SANG matan damim envoi à Azazel chilouah -- non indispensable Il doit être vivant sur TOUT cet intervalle S'il meurt AVANT l'aspersion : l'expiation du sang est nulle -- on répand le sang, on amène deux nouveaux boucs et on refait le tirage (impossible sans goralot).
La fenêtre de vie exigée du bouc émissaire : du tirage au sort jusqu'à l'aspersion du sang.
11
תְּנַן הָתָם: בְּנֵי הָעִיר שֶׁשָּׁלְחוּ אֶת שִׁקְלֵיהֶן וְנִגְנְבוּ אוֹ שֶׁאָבְדוּ, אִם נִתְרְמָה תְּרוּמָה — נִשְׁבָּעִין לַגִּזְבָּרִין.

Nous avons appris là-bas (Chekalim 2,1) : les habitants d'une ville qui ont envoyé leurs chekalim et [ceux-ci] ont été volés ou perdus -- si le prélèvement (terouma) a déjà été effectué, [les messagers] prêtent serment aux trésoriers.

📜 Rachi (3)
בְּנֵי הָעִיר שֶׁשָּׁלְחוּ ע"י שָׁלִיחַ שִׁקְלֵיהֶן לִירוּשָׁלַיִם לַמִּקְדָּשׁ:
Par l'intermédiaire d'un messager, leurs chekalim vers Jérusalem, pour le Temple.
אִם נִתְרְמָה תְּרוּמָה ג' קֻופּוֹת קֹודֶם שֶׁנּוֹדַע שֶׁאָבְדוּ:
Les trois caisses [ont été prélevées] avant que l'on sache qu'ils avaient été perdus.
נִשְׁבָּעִין הַשְּׁלוּחִין שְׁבוּעַת שׁוֹמְרִין לַגִּזְבָּרִין שֶׁהֲרֵי הַהֶפְסֵד לַהֶקְדֵּשׁ שֶׁאֵין הַבְּעָלִים חַיָּיבִים לִשְׁקֹול עוֹד (דִּתְנַן) (כְּתֻובּוֹת דַּף קח.) תּוֹרְמִין עַל הָאָבוּד שֶׁלֹּא נוֹדַע:
Les messagers prêtent le serment des dépositaires aux trésoriers, car la perte est pour le Temple : les propriétaires ne sont pas tenus de verser à nouveau, comme nous avons appris (Ketoubot 108a) que "l'on prélève sur ce qui est perdu" sans qu'on l'ait su.
🗂️ Tossefot (1)
נִשְׁבָּעִים לַגִּזְבָּרִין פרש"י דִּתְנַן תּוֹרְמִין עַל הָאָבוּד וְכוּ' וּבְפֶרֶק הַזָּהָב (בּ"מ דַּף נח.) פרש"י עַל הָאָבוּד שֶׁבָּא לְיַד שָׁלִיחַ וְאָבַד וְלֹא נוֹדַע לַבְּעָלִים קֹודֶם הַתְּרוּמָה וְעַל הַגָּבוּי שֶׁהוּא עֲדַייִן בְּיַד שָׁלִיחַ וְלֹא אָבַד וְקָשֶׁה דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ זוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר זוֹ דְּכֵיוָן דִּתְנָא תּוֹרְמִין עַל הָאָבוּד שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֵלֶק אַף עַל פִּי שֶׁאָבַד וְלֹא יַגִּיעַ לְעוֹלָם לַלִּשְׁכָּה וַאֲפִילּוּ הָכֵי יֵשׁ לוֹ חֵלֶק בַּקֻּופּוֹת כָּל שֶׁכֵּן עַל הַגָּבוּי שֶׁסּוֹפוֹ שֶׁיַּגִּיעַ וּמְפָרֵשׁ ר"י עַל הָאָבוּד שֶׁבָּא לַלִּשְׁכָּה וְאָבַד קֹודֶם שֶׁנִּתְרְמָה הַתְּרוּמָה וְלָא מִיבְּעֵי זֶה דִּכְבָר בָּא לַלִּשְׁכָּה אֶלָּא אֲפִילּוּ עַל הַגָּבוּי שֶׁבִּשְׁעַת הַתְּרוּמָה הָיָה בְּיַד שָׁלִיחַ וַאֲפִילּוּ סוֹפוֹ נֶאֱבַד וְלֹא הִגִּיעַ לַלִּשְׁכָּה וְאוֹתָם שְׁנַיִם אֵין הַבְּעָלִים חַיָּיבִין בְּאַחְרָיוּתוֹ וְעַל הֶעָתִיד לִגְבּוֹת שֶׁלֹּא נָתַן עֲדַיִין לַשָּׁלִיחַ וְהָא דְּאָמַר בפ"ב דִּכְתֻובּוֹת (דַּף קח.) הַמֻּודָּר הֲנָאָה מֵחֲבֵירוֹ שׁוֹקֵל שִׁקְלוֹ דִּתְנַן תּוֹרְמִין עַל הָאָבוּד וְכוּ' פֵּירוּשׁ דְּלָא קָא מְהַנֵּי לֵיהּ מִידִי דִּבְלָאו הָכִי לֹא הָיָה חַיָּיב לִשְׁקֹול מֵאָבוּד וְגָבוּי מַיְיתֵי דְּלָא מִחַייַּב בְּאַחְרָיוּתוֹ אֲבָל בְּעָתִיד לִגְבּוֹת לָא אַיְירֵי דְּכֵיוָן דְּחַיָּיב לִשְׁקֹול א"כ כְּשֶׁשּׁוֹקֵל לוֹ שִׁקְלוֹ קָא מְהַנֵּי לֵיהּ:
Rachi a expliqué : car nous avons appris que "l'on prélève sur ce qui est perdu", etc. Et au chapitre Ha-Zahav (Baba Metsia 58a), Rachi explique : "sur ce qui est perdu" -- ce qui est parvenu entre les mains du messager puis s'est perdu sans que les propriétaires l'aient su avant la terouma ; et "sur ce qui est collecté" -- ce qui est encore entre les mains du messager et ne s'est pas perdu. Cela fait difficulté : il y aurait alors redondance ("ceci, et inutile de dire cela"), car du moment qu'on a enseigné que l'on prélève sur ce qui est perdu -- que le donateur y a une part bien que cela soit perdu et ne parviendra jamais à la Chambre -- à plus forte raison sur ce qui est collecté et finira par y parvenir. Le Ri explique donc : "sur ce qui est perdu" -- ce qui est déjà parvenu à la Chambre puis s'est perdu avant que la terouma soit prélevée ; et non seulement ce cas, où c'est déjà parvenu à la Chambre, mais même "sur ce qui est collecté", qui au moment de la terouma était encore entre les mains du messager, et même si cela finit par se perdre et ne parvient jamais à la Chambre -- pour ces deux cas, les propriétaires ne sont pas tenus d'en répondre. Et [l'on prélève aussi] sur ce qui reste à collecter, qui n'a pas encore été remis au messager. Quant à ce qui est dit au chapitre 2 de Ketoubot (108a) -- celui qui a fait vœu de ne tirer aucun bénéfice de son prochain peut verser son cheqel, car nous avons appris que l'on prélève sur ce qui est perdu, etc. -- cela signifie qu'il ne lui procure aucun bénéfice, puisque de toute façon il n'aurait pas été tenu de verser ; et c'est de "ce qui est perdu" et de "ce qui est collecté" que l'on tire cela, cas où il n'a pas à en répondre. Mais de ce qui reste à collecter il n'est pas question là, car puisqu'il est alors tenu de verser, en payant son cheqel à sa place on lui procurerait bien un bénéfice.
💡 Explication

La gemara ouvre une nouvelle sougya, appelée par l'opinion de Rabbi Yehouda sur le report d'une année à l'autre. Chaque adulte devait verser un demi-cheqel annuel finançant les sacrifices publics. Les chekalim d'une ville étaient portés à Jérusalem par un chalia'h (messager).

Point de bascule : la terouma, ce prélèvement solennel des trois caisses fait dans la Chambre. Une fois qu'il a eu lieu, tous les chekalim déjà donnés sont propriété du Temple où qu'ils se trouvent. Le vol ou la perte frappe donc le Temple, et les messagers, comme tout dépositaire, se dégagent par un serment preté aux guizbarim (trésoriers).

🖼️ Schéma
Les chekalim envoyés au Temple sont volés ou perdus Michna Chekalim 2,1 : tout dépend du moment où la terouma (prélèvement des trois caisses) a été faite. Perte / vol en chemin La terouma A DÉJA été prélevée Les pièces appartenaient déjà au Temple Serment aux TRÉSORIERS (guizbarim) La perte est pour le Temple : les propriétaires ne repaient pas. La terouma N'A PAS été prélevée Les pièces sont encore aux propriétaires Serment aux HABITANTS de la ville La perte est pour eux : ils versent d'autres chekalim à la place. Puis les pièces sont retrouvées / rendues par les voleurs Tana kama Les deux lots restent sanctifiés, mais ils ne valent PAS pour l'année suivante. Rabbi Yehouda Ils VALENT pour l'année suivante -> les obligations d'une année sont offertes l'année d'après
Chekalim 2,1 : qui supporte la perte, et à qui les messagers prêtent serment.
12
וְאִם לָאו — נִשְׁבָּעִין לִבְנֵי הָעִיר, וּבְנֵי הָעִיר שׁוֹקְלִין אֲחֵרִים תַּחְתֵּיהֶן.

Sinon, ils prêtent serment aux habitants de la ville, et les habitants de la ville versent d'autres chekalim à leur place.

📜 Rachi (1)
וְאִם לָאו שֶׁלֹּא נִתְרְמָה הַתְּרוּמָה אֵין הַהֶפְסֵד לַהֶקְדֵּשׁ אֶלָּא שֶׁל בְּעָלִים לְפִיכָךְ נִשְׁבָּעִין לִבְנֵי הָעִיר:
Que la terouma n'a pas été prélevée : la perte n'est pas pour le Temple mais pour les propriétaires ; c'est pourquoi ils prêtent serment aux habitants de la ville.
💡 Explication

Cas symétrique : si la terouma n'avait pas encore été prélevée, les pièces appartenaient toujours à ceux qui les avaient données. La perte est donc la leur : le serment est dû aux habitants de la ville, et ceux-ci restent tenus de leur obligation -- ils versent d'autres chekalim.

13
נִמְצְאוּ אוֹ שֶׁהֶחְזִירוּם הַגַּנָּבִים — אֵלּוּ וְאֵלּוּ שְׁקָלִים הֵם, וְאֵין עוֹלִין לָהֶן לְשָׁנָה הַבָּאָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עוֹלִין לָהֶן לְשָׁנָה הַבָּאָה.

S'ils ont été retrouvés, ou que les voleurs les ont rendus, les uns et les autres sont des chekalim, et ils ne comptent pas pour eux pour l'année suivante. Rabbi Yehouda dit : ils comptent pour eux pour l'année suivante.

📜 Rachi (3)
נִמְצְאוּ קָאֵי אֲאַבְּדוֹ:
"S'ils ont été retrouvés" se rapporte à "ils ont été perdus".
הֶחֱזִירוּם הַגַּנָּבִים קָאֵי אַנִּגְנָבוֹ:
"Les voleurs les ont rendus" se rapporte à "ils ont été volés".
וְאֵין עוֹלִין לָהֶם לַבְּעָלִים וּצְרִיכִין לִשְׁקֹול לַשָּׁנָה הַבָּאָה:
"Et ils ne comptent pas" pour les propriétaires : ceux-ci devront verser [à nouveau] l'année suivante.
💡 Explication

Suite du cas : les habitants ont déjà versé un second lot, puis le premier réapparaît. Les deux lots gardent leur sainteté (« les uns et les autres sont des chekalim ») -- on ne peut pas récupérer le surplus.

Mais ce surplus vaut-il d'avance pour l'année prochaine ? Le Tana kama dit non : il faudra reverser l'année suivante. Rabbi Yehouda dit oui -- c'est ce point qui intéresse notre sougya.

14
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה? אָמַר רָבָא: קָסָבַר רַבִּי יְהוּדָה חוֹבוֹת שֶׁל שָׁנָה זוֹ קְרֵיבוֹת לְשָׁנָה הַבָּאָה.

Quel est le raisonnement de Rabbi Yehouda ? Rava a dit : Rabbi Yehouda estime que les obligations de cette année-ci peuvent être offertes l'année suivante.

📜 Rachi (1)
חוֹבוֹת שֶׁל שָׁנָה זוֹ שֶׁהֻופְרְשׁוּ לְחוֹבַת שָׁנָה זוֹ:
Les obligations "de cette année" : celles qui ont été mises à part pour l'obligation de cette année-là.
💡 Explication

Rava dégage le principe qui sous-tend Rabbi Yehouda : les fonds consacrés à l'obligation d'une année ne sont pas rigoureusement enfermés dans cette année-là ; les hovot (obligations) d'une année peuvent être offertes l'année d'après. Le surplus retrouvé peut donc servir à l'obligation suivante.

15
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: פַּר וְשָׂעִיר שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאָבְדוּ וְהִפְרִישׁ אֲחֵרִים תַּחְתֵּיהֶן, וְכֵן שְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁאָבְדוּ וְהִפְרִישׁ אֲחֵרִים תַּחְתֵּיהֶן — כֻּולָּן יָמוּתוּ, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ וְיִמָּכְרוּ, וְיִפְּלוּ דְּמֵיהֶם לִנְדָבָה, שֶׁאֵין חַטַּאת צִבּוּר מֵתָה. אֲמַר לֵיהּ:

Abaye lui objecta : le taureau et le bouc de Yom Kippour qui ont été perdus et pour lesquels on en a mis d'autres à part à leur place, et de même les boucs de l'idolâtrie qui ont été perdus et pour lesquels on en a mis d'autres à part à leur place -- tous mourront ; telle est l'opinion de Rabbi Yehouda. Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon disent : ils paîtront jusqu'à devenir tarés, on les vendra et leur prix ira aux offrandes volontaires, car un chatat communautaire ne meurt pas.

Il lui répondit :

📜 Rachi (3)
וְהִפְרִישׁ אֲחֵרִים תַּחְתֵּיהֶן וְנִמְצְאוּ הָרִאשׁוֹנִים:
Et les premiers ont été retrouvés.
שְׂעִירֵי ע"ז צִבּוּר שֶׁחָטְאוּ בע"ז בְּהוֹרָאַת ב"ד מְבִיאִין פַּר לְעוֹלָה וְשָׂעִיר לְחַטָּאת:
Les boucs de l'idolâtrie : lorsque la communauté a fauté par idolâtrie sur décision erronée du beit din, on amène un taureau en holocauste et un bouc en chatat.
כֻּולָּן יָמוּתוּ וְלָא אָמְרִינַן יִקְרְבוּ לַשָּׁנָה הַבָּאָה:
"Tous mourront" -- et nous ne disons pas qu'ils seront offerts l'année suivante.
🗂️ Tossefot (1)
וְכֵן שְׂעִירֵי ע"ז שֶׁאָבְדוּ לָא יָדַעְנָא אַמַּאי לָא נְקַט נָמֵי פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר וְנִרְאֶה לִי מִשּׁוּם דְּלָא פְּסִיקָא לֵיהּ דְּאִיכָּא נָמֵי פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל כֹּהֵן מָשִׁיחַ שֶׁטָּעָה וְעָשָׂה בְּהוֹרָאַת עַצְמוֹ דְּהוֹרָאַת כֹּהֵן מָשִׁיחַ לְעַצְמוֹ כְּהוֹרָאַת ב"ד לַצִּבּוּר וּבְהַהוּא לָא הָוֵי פְּלִיגִי ר"א וְר' שִׁמְעוֹן:
Je ne sais pas pourquoi il n'a pas mentionné aussi le taureau de l'erreur collective du public. Il me semble que c'est parce que ce cas n'est pas net : il existe aussi un taureau de l'erreur d'un kohen oint, qui s'est trompé et a agi sur sa propre décision -- car la décision du kohen oint pour lui-même vaut décision du beit din pour le public -- et sur celui-là Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon n'auraient pas divergé.
💡 Explication

Objection d'Abaye. Si vraiment, pour Rabbi Yehouda, les obligations d'une année peuvent être offertes l'année suivante, alors le taureau et le bouc de Kippour perdus puis retrouvés devraient être gardés pour le Kippour de l'année prochaine. Or Rabbi Yehouda dit expressément : tous mourront.

Face à lui, Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon appliquent le même principe que notre michna : ein chatat tsibour meta -- l'animal paît jusqu'à devenir baal moum (taré), on le vend, et son prix alimente la caisse des nedava (offrandes volontaires). Rava commence sa réponse, qui se poursuit au verso (65b).

🖼️ Schéma
Taureau et bouc de Kippour perdus, remplacés, puis retrouvés Même règle pour les boucs de l'idolâtrie (avoda zara) offerts sur décision du beit din. Rabbi Yehouda TOUS mourront On ne dit pas : "ils seront offerts l'année prochaine". C'est l'objection d'Abaye : cela contredit le report des chekalim. R. Eliezer et R. Chimon Ils paissent jusqu'à être tarés puis on les vend et leur prix va aux offrandes volontaires (nedava). Motif : "un chatat du public ne meurt pas" -- même principe que dans notre michna. Rava répond à Abaye -- la réponse se poursuit en 65b.
L'objection d'Abaye : Rabbi Yehouda fait mourir les bêtes retrouvées, ce qui semble exclure tout report à l'année suivante.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).