Yoma 65b -- pourquoi le taureau et le bouc de Kippour doivent mourir : quatre explications (terouma nouvelle, goral périmé, propriétaires morts, année dépassée), le refrain "et pour un décret elles mourraient ?" et la baraita sur la manière de compter une année entière.

Yoma 65b

Sougya : Le daf achève la réponse de Rava à Abaye : si le taureau et le bouc de Kippour perdus puis retrouvés doivent mourir selon Rabbi Yehouda, ce n'est pas parce qu'une obligation ne peut jamais passer d'une année à l'autre, mais parce qu'il s'agit d'offrandes du public, soumises à la règle de Rabbi Tavi au nom de Rabbi Yochiya : à partir du 1er Nissan on les achète sur un prélèvement nouveau. Suit une chaîne de quatre explications, chacune brisée par les deux mêmes objections.

La règle de la terouma nouvelle ne vaut que pour le bouc (le taureau exige une gezera), et Chmouel enseigne qu'elle n'est qu'une mitsva et non un empêchement. Rabbi Zera propose que le tirage au sort d'une année ne fixe rien pour la suivante, et que refaire le tirage est interdit par décret -- mais le taureau ne passe par aucun goral, et l'on empile alors décret sur décret.

Les rabbanan proposent devant Abaye la crainte d'un hatat dont les propriétaires sont morts, le kohen gadol pouvant mourir dans l'année -- mais le bouc appartient au public, qui ne meurt pas, d'où une gezera en sens inverse. Reste la quatrième explication : la crainte d'un hatat dont l'année est passée, un bouc de hatat devant avoir moins d'un an.

Objection : ce n'est pas une crainte, c'est un fait. Réponse par le calendrier : selon Rabbi, une année entière vaut 365 jours solaires, alors que d'un Kippour à l'autre il ne s'écoule qu'environ 354 jours lunaires ; un chevreau de moins de onze jours n'a donc pas encore dépassé son année, et le langage du décret se justifie.

Tout au long du daf revient le refrain ou-mechoum gezera yamoutou : un décret rabbinique ne devrait pas conduire à la mort de la bête alors que le pâturage suffirait -- objection que Tossefot confronte longuement à la michna des kinnim et au mélange du bœuf lapidé.

Pourquoi le taureau et le bouc de Kippour doivent-ils MOURIR ? Quatre tentatives Chaque réponse se heurte aux deux mêmes objections : (a) cela vaut pour l'un des deux animaux, pas pour l'autre ; (b) un simple décret suffit-il à tuer ? 1 -- Rava (segment 1) : une offrande du public exige un prélèvement NOUVEAU R. Tavi au nom de R. Yochiya : zot olat hodech be-hodcho -- renouvelle et apporte-Moi une offrande d'une terouma nouvelle. Le bouc de l'an dernier a été acheté sur l'ancienne caisse : depuis le 1er Nissan il ne peut plus servir. Objections : le taureau est une offrande de PARTICULIER (on répond : gezera, le taureau à cause du bouc) ; et pour un simple décret ils mourraient ? Et Chmouel : le prélèvement nouveau n'est qu'une mitsva, non un empêchement. 2 -- Rabbi Zera (segment 4) : le tirage au sort ne fixe pas d'une année sur l'autre Le bouc porte la désignation du goral de l'an passé ; ce goral est périmé, la bête est donc inutilisable. Qu'on refasse un tirage ! -- Décret : on en viendrait à dire que le goral vaut bien d'une année à l'autre. Objections : le taureau, lui, ne passe par aucun goral (on répond : gezera, le taureau à cause du bouc) ; et pour un décret -- déjà empilé sur un autre décret -- ils mourraient ? 3 -- Les rabbanan devant Abaye (segment 6) : hatat dont les propriétaires sont morts Le taureau appartient au kohen gadol, un particulier : s'il meurt dans l'année, son hatat devient orphelin -- et un tel hatat meurt. Tossefot (Ri) corrige : plutôt la crainte que meure l'un des kohanim, car la mort du kohen gadol se vérifie à l'œil. Objections : le bouc appartient au public, qui ne meurt jamais (on répond : gezera, le bouc à cause du taureau) ; et pour un décret ils mourraient ? 4 -- Réponse retenue (segments 7-8) : hatat dont l'ANNÉE est passée Un bouc de hatat doit avoir moins d'un an (bat chnata) ; d'un Kippour à l'autre, il a vieilli d'une année entière. Objection : ce n'est plus un décret, c'est un fait accompli ! Réponse : pas toujours -- selon Rabbi, l'année se compte en 365 jours solaires, alors que d'un Kippour à l'autre il ne s'écoule que ~354 jours lunaires. Un chevreau de moins de 11 jours n'a donc pas encore un an : d'où le décret.
La colonne vertébrale du daf : quatre explications successives du fait que le taureau et le bouc de Kippour perdus puis retrouvés doivent mourir.
Taureau et bouc de Kippour : deux statuts opposés, d'où les décrets croisés Aucune raison ne vaut jamais pour les deux : la guemara comble à chaque fois par une gezera de l'un vers l'autre. TAUREAU du kohen gadol BOUC de Kippour Qui l'apporte un particulier (de sa propre poche) la communauté d'Israël Financement argent privé du kohen gadol terouma de la lichka (les chekalim) Tirage au sort aucun désigné par le goral Âge requis trois ans selon les Sages (Para 1,2) moins d'un an (bat chnata) Les gezerot croisées du daf terouma nouvelle et goral ne concernent que le BOUC -- gezera par atou sa'ir (le taureau à cause du bouc) propriétaires morts ne concerne que le TAUREAU -- gezera sa'ir atou par (le bouc à cause du taureau) Objection constante : une gezera fait-elle mourir la bête, alors que le pâturage suffirait ?
Pourquoi chaque explication doit être complétée par une gezera : le taureau et le bouc n'ont presque aucun statut en commun.
Chana temima : Rabbi contre les Sages -- et le sursis du chevreau Source : la maison d'une ville murée, rachetable pendant une année entière (Vayikra 25,30). RABBI : 365 jours (année solaire) 365 jours pleins, que le beit din ait intercalé l'année ou non SAGES : douze mois de date à date ~354 jours dans une année ordinaire (treize mois si elle est embolismique) écart ~11 jours Application à notre bouc Selon les SAGES : d'un Kippour à l'autre, douze mois de date à date sont passés -- le bouc est réellement périmé. Selon RABBI : un chevreau âgé de moins de 11 jours au premier Kippour n'a toujours pas 365 jours au suivant. Il existe donc un cas où l'invalidité n'est pas réelle : c'est bien une gezera, et la réponse tient pour tous.
La baraita finale : deux façons de compter une année entière, et l'espace qu'elle laisse à un décret.
1
קָרְבְּנוֹת צִבּוּר קָא אָמְרַתְּ? שָׁאנֵי קָרְבְּנוֹת צִבּוּר, כִּדְרַבִּי טָבִי אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה. דְּאָמַר רַבִּי טָבִי אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה: אֲמַר קְרָא: ״זֹאת עֹולַת חֹדֶשׁ בְּחָדְשׁוֹ״, אָמְרָה תּוֹרָה: חַדֵּשׁ וְהָבֵא לִי קָרְבָּן מִתְּרוּמָה חֲדָשָׁה.

Ce sont d'offrandes communautaires que tu parles ? Les offrandes communautaires, c'est différent, conformément à ce que Rabbi Tavi a dit au nom de Rabbi Yochiya.

Car Rabbi Tavi a dit au nom de Rabbi Yochiya : le verset dit "telle est l'olah de chaque mois, en son renouvellement" (Bamidbar 28,14) ; la Torah a dit : renouvelle et apporte-Moi une offrande à partir d'un prélèvement nouveau.

📜 Rachi (4)
קָרְבְּנוֹת צִבּוּר הַבָּאִין מִתְּרוּמַת הַלִּשְׁכָּה קָאָמְרַתְּ:
Tu parles de celles qui viennent de la terouma de la lichka (la caisse du Temple).
שָׁאנֵי קָרְבְּנוֹת צִבּוּר מֵרֹאשׁ חֹדֶשׁ נִיסָן וְאֵילָךְ אֵין בָּאִין מִן הַיְּשָׁנָה:
À partir du Roch Hodech Nissan et au-delà, elles ne viennent plus de l'ancienne [caisse].
כִּדְרַבִּי טָבִי בְּמַסֶּכֶת ר"ה [דַּף ז - ]:
Dans le traité Roch Hachana (7a).
חֹדֶשׁ בְּחָדְשׁוֹ לְחָדְשֵׁי חִידּוּשִׁין יַתִּירֵי כְּתִיבִי לִדְרָשָׁה לוֹמַר לָךְ יֵשׁ חֹדֶשׁ שֶׁאַתָּה צָרִיךְ לְחַדֵּשׁ הַקָּרְבָּנוֹת וְלַהֲבִיאָם מִתְּרוּמָה חֲדָשָׁה וּגְמַר שָׁנָה שָׁנָה מִנִּיסָן דִּכְתִיב רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם וְגוֹ':
[Le verset dit] "pour les mois [de l'année]" : ces termes de renouvellement sont écrits en surnombre en vue d'une derasha, pour te dire qu'il y a un mois où tu dois renouveler les offrandes et les apporter d'un prélèvement nouveau ; et l'on apprend par [la gezera chava] "année"-"année" qu'il s'agit de Nissan, puisqu'il est écrit "il sera pour vous le premier [des mois]" etc.
💡 Explication

Rava achève la réponse commencée à la fin de 65a. L'objection d'Abaye portait sur le taureau et le bouc de Kippour perdus puis retrouvés, dont Rabbi Yehouda dit qu'ils mourront : si les obligations d'une année pouvaient être offertes l'année suivante, pourquoi ne pas les garder ? Rava répond que le cas est particulier : il s'agit d'offrandes communautaires, soumises à une règle propre.

Cette règle est celle de Rabbi Tavi au nom de Rabbi Yochiya : les mots redondants hodech be-hodcho ("mois en son renouvellement") enseignent qu'il existe un moment de l'année -- le 1er Nissan -- à partir duquel les offrandes publiques doivent être achetées sur la terouma hadacha, le nouveau prélèvement des chekalim, et non plus sur la caisse de l'année écoulée. Un bouc acquis l'an dernier appartient à l'ancienne caisse : il est désormais inutilisable, sans que cela dise quoi que ce soit sur les obligations d'un particulier.

🖼️ Schéma
La terouma nouvelle : le calendrier de la caisse du Temple Zot olat hodech be-hodcho le-hodchei ha-chana (Bamidbar 28,14) -- termes de renouvellement en surnombre R. Tavi au nom de R. Yochiya : hadech ve-have li korban mi-terouma hadacha 1er Nissan frontière des années (chana chana, Nissan) ancienne terouma (chekalim de l'an passé) nouvelle terouma (chekalim annoncés le 1er Adar) Le bouc de Kippour de l'an dernier a été pris sur l'ancienne caisse : il ne peut plus servir à une offrande publique.
Le partage des caisses au 1er Nissan : ce qui vient de l'ancienne terouma ne peut plus servir aux offrandes publiques.
2
תִּינַח שָׂעִיר, פַּר מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? גְּזֵירָה פַּר אַטּוּ שָׂעִיר.

Soit pour le bouc ; mais le taureau, que peut-on en dire ? C'est un décret [rabbinique] : le taureau à cause du bouc.

📜 Rachi (1)
הַתֵּינַח שָׂעִיר דְּאָתֵי מִתְּרוּמַת הַלִּשְׁכָּה:
Car il vient de la terouma de la lichka.
💡 Explication

La réponse de Rava couvre le bouc, qui est bien une offrande communautaire achetée sur la caisse du Temple. Mais le taureau du kohen gadol est payé de sa poche : c'est une offrande de particulier, à laquelle la règle du prélèvement nouveau ne s'applique pas. Pourquoi devrait-il mourir, lui aussi ?

Réponse : gezera par atou sa'ir -- un décret des Sages étend au taureau le sort du bouc, pour éviter qu'on ne distingue mal entre les deux bêtes du service de Kippour. C'est ce recours à la gezera qui va être attaque au segment suivant.

3
וּמִשּׁוּם גְּזֵירָה יָמוּתוּ? וְעוֹד: הָא דְּרַבִּי טָבִי אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה גּוּפַהּ מִצְוָה הִיא. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: קָרְבְּנוֹת צִבּוּר הַבָּאִין בְּאֶחָד בְּנִיסָן — מִצְוָה לְהָבִיא מִן הֶחָדָשׁ, וְאִם הֵבִיא מִן הַיָּשָׁן — יָצָא, אֶלָּא שֶׁחָסֵר מִצְוָה!

Et pour un simple décret elles mourraient ?! Et en outre : cet enseignement même de Rabbi Tavi au nom de Rabbi Yochiya n'est qu'une mitsva.

Car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : les offrandes communautaires que l'on apporte le 1er Nissan, c'est une mitsva de les apporter du nouveau [prélèvement] ; mais s'il les a apportées de l'ancien, il s'est acquitté -- seulement il lui a manqué la mitsva.

📜 Rachi (1)
מִצְוָה הִיא וְלֹא עִיכּוּב:
C'est une mitsva -- et non un empêchement.
🗂️ Tossefot (1)
וּמִשּׁוּם גְּזֵרָה יָמוּתוּ תֵּימַהּ דִּבְפֶ' שֵׁנִי דְּמַסֶּכֶת קָנִים [מ"ג] תְּנַן אַחַת לָזוֹ וּשְׁתַּיִם לָזוֹ שָׁלשׁ לָזוֹ וְאַרְבַּע לְזוֹ ה' לְזוֹ ו' לְזוֹ ז' לְזוֹ פֵּירוּשׁ ז' נָשִׁים לְזוֹ יֵשׁ קֵן אַחַת סְתוּמָה שֶׁלֹּא פּוֹרֵשׁ אֵיזוֹ חַטָּאת וְאֵיזוֹ עוֹלָה וְלָזוֹ שְׁתֵּי קִנְיָן וְלָזוֹ שָׁלֹשׁ קִנְיָן וְכוּ' וּפָרַח גּוֹזָל אֶחָד מֵאוֹתוֹ קֵן יְחִידִי לִשְׁנִיָּה וְלֹא נוֹדַע אֵיזֶה הוּא וּמִשְּׁנִיָּה פָּרַח לַשְּׁלִישִׁית וּמִשְּׁלִישִׁית לָרְבִיעִית לַחֲמִישִׁית לַשִּׁשִּׁית לַשְּׁבִיעִית וְחָזַר פָּסוּל וּפוֹסֵל אֶחָד בַּהֲלִיכָתוֹ וְאֶחָד בַּחֲזִירָתוֹ הָרִאשׁוֹנָה וְהַשְּׁנִיָּה אֵין לָהּ כְּלוּם פֵּירוּשׁ פָּסוּל וּפוֹסֵל אֶחָד בֶּן זוּגוֹ הַנִּשְׁאָר מִשּׁוּם דְּמִיָּד כְּשֶׁפָּרַח מֵרִאשׁוֹנָה לַשְּׁנִיָּה הֲרֵי בַּשְּׁנִיָּה יֵשׁ בָּהּ ה' פְּרִידִין אֵין לְהַקְרִיב מִמֶּנָּה אֶלָּא אַרְבַּע ב' חַטָּאוֹת וּב' עוֹלוֹת וּפוֹסֵל אוֹתוֹ אַחֵר בֶּן זוּגוֹ שֶׁנִּשְׁאַר בָּרִאשׁוֹנָה דְּאִי מַקְרְבִי לֵיהּ לְאוֹתוֹ שֶׁנִּשְׁאַר אִם יַעֲשׂוּהוּ חַטָּאת יְהֵא נִקְבַּע בֶּן זוּגוֹ שֶׁפָּרַח לִשְׁנִיָּה בְּעוֹלָה וַהֲוָה לֵיהּ עוֹלָה שֶׁנִּתְעָרְבָה בַּד' פְּרִידִין סְתוּמִים וְלֹא הָיָה כָּשֵׁר לְהַקְרִיב מִמֶּנָּה אֶלָּא שְׁתֵּי עוֹלוֹת אֲבָל חַטָּאת אֲפִילּוּ אַחַת לֹא דִּילְמָא עֲבִיד לְהַהִיא עוֹלָה לְמַטָּה וְשָׁלֹשׁ עוֹלוֹת לְמַעְלָה לָא דִּילְמָא עֲבִיד כֻּולָּן ג' עוֹלוֹת מִן אוֹתָם ד' פְּרִידִין שֶׁבַּשְּׁנִיָּה מִשֶּׁל אִשָּׁה אַחַת וּמִן הַדִּין אֵין לַעֲשׂוֹת מֵהֶם אֶלָּא שְׁתֵּי עוֹלוֹת וְכֵן כְּשֶׁפָּרַח מִשְּׁנִיָּה לַשְּׁלִישִׁית וְכֵן כֻּולָּם הַפּוֹרֵחַ נִפְסָל וּבֶן זוּגוֹ הַנִּשְׁאָר מִטַּעַם דִּלְעֵיל וְכֵן כְּשֶׁחָזַר וּפָרַח אֶחָד מִן הַשְּׁבִיעִית לְשִׁשִּׁית וּמִן הַשִּׁשִּׁית לַחֲמִישִׁית וּרְבִיעִית לַשְּׁלִישִׁית וּשְׁנִיָּה לָרִאשׁוֹנָה פָּסוּל וּפוֹסֵל לְהָכִי הָרִאשׁוֹנָה וְהַשְּׁנִיָּה אֵין לָהֶן כְּלוּם הַשְּׁלִישִׁית יֶשׁ לָהּ אַחַת הָרְבִיעִית שְׁתַּיִם הַחֲמִישִׁית שָׁלֹשׁ וְכוּ' וְהַשְׁתָּא תֵּימַהּ כֵּיוָן דְּפוֹסֵל בֶּן זוּגוֹ הַנִּשְׁאָר בָּרִאשׁוֹנָה מִיָּד בִּפְרִיחָה רִאשׁוֹנָה כְּשֶׁפָּרַח מֵרִאשׁוֹנָה לַשְּׁנִיָּה אִם כֵּן כְּשֶׁחָזַר וּפָרַח אֶחָד מֵהֶן מִשְּׁבִיעִית לְשִׁשִּׁית לַחֲמִישִׁית לִרְבִיעִית לַשְּׁלִישִׁית לַשְּׁנִיָּה לָרִאשׁוֹנָה אַמַּאי פָּסוּל כֹּל שֶׁבַּשְּׁנִיָּה יַקְרִיבוּ מִמֶּנָּה שְׁנֵי פְּרִידִין כִּי מִיָּד כְּשֶׁפָּרַח בָּרִאשׁוֹנָה מִשְּׁנִיָּה לַשְּׁלִישִׁית פָּסוּל גּוֹזֵל הַפּוֹרֵחַ וּפוֹסֵל בֶּן זוּגוֹ הַנִּשְׁאָר בַּשְּׁנִיָּה וְאֵין כָּשֵׁר בַּשְּׁנִיָּה אֶלָּא זוּג אֶחָד חַטָּאת וְעוֹלָה כְּשֶׁחָזַר נָמֵי מִשְּׁנִיָּה לָרִאשׁוֹנָה אַמַּאי מִיפְסָל בֶּן זוּגוֹ הַנִּשְׁאָר אִי מִשּׁוּם דְּאִי מַקְרִיב לֵיהּ חַטָּאת יְהֵא נִקְבַּע הַפּוֹרֵחַ לָרִאשׁוֹנָה לְעוֹלָה וְאִי עוֹלָה יְהֵא נִקְבַּע הַפּוֹרֵחַ לְחַטָּאת וּמַה בְּכָךְ וַהֲלֹא בְּלָאו הָכִי הָרִאשׁוֹנָה אֵין לָהּ כְּלוּם וּמַה בְּכָךְ אִם יְהֵא נִקְבָּע בֶּן זוּגוֹ בְּחַטָּאת אוֹ בְּעוֹלָה וְלֹא יֻוכְשַׁר לְהַקְרִיב מִן הָרִאשׁוֹנָה אֶלָּא חַטָּאת אַחַת אִם יְהֵא נִקְבָּע גּוֹזָל שֶׁפָּרַח לְתוֹכָהּ בְּחַטָּאת אוֹ עוֹלָה אַחַת אִם יְהֵא נִקְבָּע גּוֹזָל הַפּוֹרֵחַ לְתוֹכָהּ בְּעוֹלָה וְכֵן קָשֶׁה הַשְּׁלִישִׁית אַמַּאי אֵין לָהּ [אֶלָּא] אַחַת וְהָרְבִיעִית שְׁתַּיִם וְהַחֲמִישִׁית ג' וְהַשִּׁשִּׁית ד' בַּחֲזָרָה וְהַשְּׁבִיעִית ו' מִשּׁוּם דְּכָל חֲדָא מַפְסֶדֶת קֵן אֶחָד בַּהֲלִיכָה וְאֶחָד בַּחֲזָרָה וְאַמַּאי כֵּיוָן דִּשְׁנִיָּה אֵין לָהּ כְּלוּם א"כ הַשְּׁלִישִׁית לֹא תַּפְסִיד בַּחֲזָרָה כְּלוּם וְיִהְיֶה לָהּ שְׁתֵּי קִנְיָן כְּשֵׁירוֹת בָּהּ וְכֵן בְּסֵיפָא דְּקָתָנֵי חָזַר עוֹד וּפָרַח וְחָזַר וּפָרַח הַשְּׁלִישִׁית וְהָרְבִיעִית אֵין לָהּ כְּלוּם הַחֲמִישִׁית יֶשׁ לָהּ אַחַת וְאַמַּאי הָרְבִיעִית יְהֵא לָהּ אַחַת כֵּיוָן דִּשְׁלִישִׁית אֵין לָהּ כְּלוּם וְכֵיוָן דְּאָמְרִי' רְבִיעִית אֵין לָהּ כְּלוּם הַחֲמִישִׁית יְהֵא לָהּ שְׁתַּיִם וְכֵן בְּסֵיפָא דְּחָזַר עוֹד וָפֶרַח וְחָזַר וָפֶרַח דְּקָתָנֵי הַחֲמִישִׁית וְהַשִּׁשִּׁית אֵין לָהֶם כְּלוּם הַשְּׁבִיעִית יֶשׁ לָהּ אַחַת יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת כִּי הַאי גַוְונָא וְי"ל מִשּׁוּם גְּזֵירָה דְּגָזְרִינַן הָנֵי דְּפָרַח לְבֵין שֶׁאֵינָן קְרֵיבוֹת דְּמִן הַדִּין לֹא הָיָה לָהֶם לְהַפְסִיד אַטּוּ פָּרַח לְבֵין הַקְּרֵיבוֹת וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ יַעֲקֹב מאורליינ"ש דְּמִשּׁוּם גְּזֵירָה יָמוּתוּ כִּדְפָרִיךְ בִּשְׁמַעְתָּא וְתֵירֵץ דְּדַוְקָא בְּהֵמָה דְּאִית לָהּ תַּקַּנְתָּא בִּרְעִיָּיה פָּרֵיךְ הָכִי דַּהֲוָה לָן לְמֶיעְבַּד תַּקַּנְתָּא בִּרְעִייָּה אֲבָל בְּעוֹפוֹת דְּלֵית לְהוּ תַּקַּנְתָּא בִּרְעִיָּיה שֶׁאֵין פִּדְיוֹן לְעוֹפוֹת לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ הָכִי וְהִקְשָׁה רִ"י הָא בִּבְהֵמָה נָמֵי אָמְרִינַן יָמוּתוּ מִשּׁוּם גְּזֵירָה בְּפֶ' הַתַּעֲרֹובֶת (זְבָחִים עג:) דְּאָמַר כָּל הַזְּבָחִים שֶׁנִּתְעָרֵב בָּהֶן שׁוֹר הַנִּסְקָל אֲפִילּוּ אֶחָד בְּרִיבּוֹא יָמוּתוּ כֻּולָּן וּפָרִיךְ וְנִכְבְּשִׁינְהוּ דְּנִינַּייְּדוּ וְנֵימָא כֹּל דְּפָרֵישׁ מֵרֻובָּא פָּרֵישׁ וּמְשַׁנֵּי גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִקַּח מִן הַקָּבוּעַ ואור"י דְּהָכָא פָּרֵיךְ הָכִי דְּדַוְקָא מִשּׁוּם גְּזֵירָה פַּר אַטּוּ שָׂעִיר דְּשָׂעִיר גּוּפֵיהּ אֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה בְּעָלְמָא מִתְּרוּמָה חֲדָשָׁה יָמוּתוּ וּלְקַמָּן נָמֵי פָּרֵיךְ מִשּׁוּם גְּזֵירָה פַּר אַטּוּ שָׂעִיר דְּשָׂעִיר גּוּפֵיהּ גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ הַגּוֹרָל קוֹבֵעַ מִשָּׁנָה לַחֲבִירְתֵּהּ יָמוּתוּ אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי דְּפָרִיךְ וּמִשּׁוּם גְּזֵירָה כָּזוֹ פַּר אַטּוּ שָׂעִיר דְּלָא דָּמֵי כֻּולֵּי הַאי לְהַדְּדִי דְּהַאי פַּר וְהַאי שָׂעִיר הַאי קָרְבַּן יָחִיד וְהַאי קָרְבַּן צִבּוּר יָמוּתוּ אֲבָל עוֹפוֹת בְּעוֹפוֹת דְּדָמֵי לְהָדְדִי בְּכָל מִילֵּי מִיחַלַּף וְגָזְרִינַן שַׁפִּיר מִיתָה:
Étonnant. Car au chapitre deux du traité Kinnim (michna 3) nous avons appris : "une pour celle-ci, deux pour celle-là, trois pour celle-là, quatre pour celle-là, cinq pour celle-là, six pour celle-là, sept pour celle-là" -- c'est-à-dire sept femmes : la première a un seul ken (couple d'oiseaux) indéterminé, dont on n'a pas précisé lequel est le hatat et lequel l'olah ; la deuxième a deux kinnim, la troisième trois kinnim, etc. Et un oisillon s'est envolé de ce ken unique vers [les oiseaux de] la deuxième, sans qu'on sache lequel ; de la deuxième il s'est envolé vers la troisième, de la troisième vers la quatrième, la cinquième, la sixième, la septième ; puis il est revenu. [La michna enseigne :] il est invalide et en invalide un à l'aller, et un au retour ; la première et la deuxième n'ont plus rien. Explication de "invalide et en invalide un" : il invalide son compagnon resté sur place. Car dès qu'il s'est envolé de la première vers la deuxième, la deuxième se trouve avec cinq oiseaux : on ne peut plus en offrir que quatre, deux hataot et deux olot. Et il invalide l'autre, son compagnon resté chez la première : car si on offrait celui qui est resté, en le faisant hatat on fixerait du même coup son compagnon envolé chez la deuxième comme olah, et l'on aurait une olah mélangée à quatre oiseaux indéterminés -- dont on ne pourrait alors offrir que deux olot, mais pas même un seul hatat, de peur de traiter cette olah-là en bas [de l'autel, comme un hatat d'oiseau] ; et pas non plus trois olot en haut, de peur de faire trois olot de ces quatre oiseaux de la deuxième femme alors qu'ils appartiennent à une seule femme, dont la règle ne permet d'en faire que deux olot. De même lorsqu'il s'envole de la deuxième vers la troisième, et ainsi de toutes : celui qui s'envole est invalide et son compagnon resté sur place aussi, pour la raison ci-dessus. Et de même lorsque l'un d'eux s'envole en sens inverse, de la septième vers la sixième, de la sixième vers la cinquième, de la quatrième vers la troisième, de la deuxième vers la première : il est invalide et en invalide un. C'est pourquoi la première et la deuxième n'ont plus rien, la troisième a un [ken], la quatrième deux, la cinquième trois, etc. Or voici ce qui est étonnant : puisqu'il invalide son compagnon resté chez la première dès le premier envol, quand il passe de la première à la deuxième, alors, lorsqu'il repart en sens inverse de la septième vers la sixième, la cinquième, la quatrième, la troisième, la deuxième, la première, pourquoi tout ce qui est chez la deuxième serait-il invalide ? Qu'on en offre deux oiseaux ! Car dès le premier envol de la deuxième vers la troisième, l'oisillon qui s'envole est invalide et invalide son compagnon resté chez la deuxième, si bien qu'il ne reste de valable chez la deuxième qu'un seul couple, un hatat et une olah. Et lorsqu'il revient de la deuxième vers la première, pourquoi son compagnon resté sur place serait-il invalide ? Si c'est parce qu'en l'offrant comme hatat on fixerait celui qui s'est envolé chez la première comme olah, et en l'offrant comme olah on le fixerait comme hatat -- eh bien, qu'importe ? De toute façon la première n'a plus rien ! Qu'importe que son compagnon soit fixé comme hatat ou comme olah ? On ne pourra offrir de la première qu'un seul hatat, si l'oisillon qui s'y est envolé est fixé comme hatat, ou une seule olah, s'il est fixé comme olah. Même difficulté : pourquoi la troisième n'a-t-elle qu'un [ken], la quatrième deux, la cinquième trois, la sixième quatre au retour et la septième six -- au motif que chacune perd un ken à l'aller et un au retour ? Pourquoi donc, puisque la deuxième n'a déjà plus rien : la troisième ne devrait rien perdre au retour et devrait garder deux kinnim valables. Et de même dans la suite de la michna, où il est enseigné : "il s'est envolé de nouveau, et de nouveau : la troisième et la quatrième n'ont plus rien, la cinquième a un [ken]" -- pourquoi ? La quatrième devrait en avoir un, puisque la troisième n'a plus rien ; et puisque nous disons que la quatrième n'a plus rien, la cinquième devrait en avoir deux. Et de même dans la clause suivante, "il s'est envolé de nouveau, et de nouveau : la cinquième et la sixième n'ont plus rien, la septième a un [ken]", où l'on peut objecter de la même façon. On peut répondre : c'est à cause d'un décret -- nous décrétons pour ceux qui se sont envolés parmi des oiseaux qui ne sont pas offerts, alors qu'en stricte règle ils ne devraient rien faire perdre, à cause du cas où ils s'envolent parmi des oiseaux qui, eux, sont offerts. Et Rabbenou Yaakov d'Orléans a objecté : mais "pour un simple décret ils mourraient ?", comme on le demande dans notre sougya ! Il a répondu : on ne pose cette question que pour un animal, qui dispose du remède du pâturage -- là on aurait dû recourir à ce remède ; mais pour les oiseaux, qui n'ont pas ce remède puisqu'il n'y a pas de rachat pour les oiseaux, l'objection ne tient pas. Le Ri a objecté : pour un animal aussi on dit qu'ils mourront à cause d'un décret, au chapitre Ha-ta'arovet (Zevahim 73b), où il est dit que tous les sacrifices dans lesquels s'est mélangé un bœuf condamné à la lapidation, même un dans dix mille, mourront tous ; on objecte : qu'on les entasse afin qu'ils bougent, et l'on dira que tout ce qui s'en détache vient de la majorité ! Et l'on répond : c'est un décret, de peur qu'on n'en prenne un à l'endroit fixé. Le Ri a donc expliqué qu'ici l'objection est ainsi : précisément parce qu'il s'agit d'une gezera du taureau à cause du bouc, alors que le bouc lui-même n'est tenu au prélèvement nouveau qu'à titre de simple mitsva -- pour cela, ils mourraient ?! Et plus loin aussi on objecte de même : une gezera du taureau à cause du bouc, alors que le bouc lui-même n'est écarté que par la gezera de peur qu'on ne dise que le goral fixé d'une année sur l'autre -- ils mourraient ?! Ou bien il me semble que l'objection est : pour une gezera de ce genre, le taureau à cause du bouc, qui ne se ressemblent guère -- l'un est un taureau et l'autre un bouc, l'un est une offrande de particulier et l'autre une offrande du public -- ils mourraient ?! Tandis que des oiseaux parmi des oiseaux, qui se ressemblent en tout, se confondent aisément, et l'on décrète à juste titre la mort.
💡 Explication

Deux coups portés à la réponse de Rava. Le premier est une objection qui reviendra comme un refrain dans tout le daf : ou-mechoum gezera yamoutou -- un décret rabbinique peut bien interdire d'offrir la bête, mais il ne saurait justifier l'issue la plus grave, la mita (l'enfermement jusqu'à la mort). Il suffirait qu'elle paisse jusqu'à devenir taré, qu'on la vende et que son prix aille aux offrandes volontaires.

Le second coup atteint la base même : selon Rav Yehouda au nom de Chmouel, l'exigence du prélèvement nouveau n'est qu'une mitsva et non un ikouv (un empêchement). Qui a offert sur l'ancienne caisse s'est acquitté. Or on ne construit pas un décret aussi lourd sur une exigence dont la transgression n'invalide même pas l'offrande.

🖼️ Schéma
Trois issues pour une bête consacrée devenue inutilisable OFFERTE (kreva) rien ne s'y oppose : la bête monte sur l'autel PAÎT (roeh) jusqu'à devenir taré, on la vend, son prix va aux offrandes volontaires issue douce : rien n'est perdu MEURT (méta) enfermée jusqu'à périr : perte totale de la consécration issue la plus grave Les deux coups de boutoir du segment 1. Ou-mechoum gezera yamoutou ? Un décret rabbinique justifie-t-il de sauter jusqu'à la case rouge ? 2. Ve-od : selon Chmouel, la terouma nouvelle n'est qu'une mitsva -- de l'ancienne, on s'acquitte quand même. Une exigence non indispensable ne peut pas fonder un décret aussi lourd.
L'échelle des issues : le pâturage suffirait, et la règle invoquée n'est qu'une mitsva -- deux raisons de refuser la mort.
4
אֶלָּא אָמַר רַבִּי זֵירָא: לְפִי שֶׁאֵין הַגּוֹרָל קוֹבֵעַ מִשָּׁנָה לַחֲבֶרְתָּהּ. וְנַיְיתֵי וְנַגְרִיל? גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ הַגּוֹרָל קוֹבֵעַ מִשָּׁנָה לַחֲבֶרְתָּהּ.

Rabbi Zera dit plutôt : parce que le tirage au sort ne fixe pas d'une année pour une autre. -- Qu'on l'amène donc et qu'on refasse le tirage au sort ! -- C'est un décret, de peur qu'on ne dise que le tirage au sort fixe d'une année pour une autre.

📜 Rachi (1)
אֵין גּוֹרָל שֶׁל שָׁנָה זוֹ קוֹבֵעַ לְשֵׁם שָׁנָה אַחֶרֶת:
Le tirage au sort de cette année-ci ne fixe pas [de désignation] au titre d'une autre année.
💡 Explication

Nouvelle explication, de Rabbi Zera : le bouc retrouvé porte la désignation que lui a conférée le goral (tirage au sort) de l'année précédente ; or ce goral n'a de valeur que pour son année. La bête reste donc marquée d'une désignation périmée et n'est apte à rien.

Objection immédiate : qu'on la joigne à un nouveau compagnon et qu'on procède à un nouveau tirage ! Réponse : gezera -- si l'on voyait un bouc déjà tiré au sort une première année revenir au tirage l'année suivante, on finirait par croire que la désignation de l'an passé garde sa force, et l'on offrirait un jour une telle bête sans nouveau goral.

🖼️ Schéma
Le goral ne fixe pas d'une année sur l'autre (Rabbi Zera) Kippour, année 1 bouc pour Hachem tiré au sort bouc pour Azazel tiré au sort Le bouc se perd, on en met un autre à part ; le premier réapparaît après Kippour. un an Kippour, année 2 le bouc porte encore la désignation du goral de l'année 1 -- périmée Il n'est donc apte à aucun des deux rôles dans le service de cette année. Et si l'on refaisait simplement le tirage cette année-ci ? Gezera : en voyant ce bouc déjà tiré au sort remonter sur l'estrade, on croirait que le goral d'une année vaut pour la suivante -- et on l'offrirait un jour sans nouveau tirage.
Une désignation périmée : le goral de l'année 1 ne vaut pas pour l'année 2, et le refaire est bloqué par un décret.
5
הָא תִּינַח שָׂעִיר, פַּר מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? גְּזֵירָה פַּר אַטּוּ שָׂעִיר. וּמִשּׁוּם גְּזֵירָה יָמוּתוּ?

Soit pour le bouc ; mais le taureau, que peut-on en dire ? C'est un décret : le taureau à cause du bouc. -- Et pour un simple décret elles mourraient ?!

📜 Rachi (1)
וּמִשּׁוּם גְּזֵירָה יָמוּתוּ בִּתְמִיהַּ דַּיּוֹ אִם יִרְעֶה:
"Et pour un décret elles mourraient ?" -- avec étonnement : il suffit qu'elle paisse.
💡 Explication

Le même couple d'objections revient, mécaniquement. Le taureau ne passe par aucun tirage au sort : l'explication de Rabbi Zera ne le concerne pas, et il faut de nouveau recourir à la gezera par atou sa'ir.

Et surtout, l'explication de Rabbi Zera empile déjà un décret sur un décret : le bouc lui-même n'est écarté que par crainte d'un malentendu sur le goral, et le taureau par extension au bouc. Deux étages de gezera pour aboutir à la mort de la bête, alors que le pâturage ferait l'affaire -- c'est insoutenable.

6
אַמְרוּהָ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּאַבָּיֵי: גְּזֵירָה מִשּׁוּם חַטָּאת שֶׁמֵּתוּ בְּעָלֶיהָ. הָא תִּינַח פַּר, שָׂעִיר מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? גְּזֵירָה שָׂעִיר אַטּוּ פַּר.

Les rabbanan l'ont dit devant Abaye : c'est un décret à cause du hatat dont les propriétaires sont morts. -- Soit pour le taureau ; mais le bouc, que peut-on en dire ? -- C'est un décret : le bouc à cause du taureau.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם חַטָּאת שֶׁמֵּתוּ בְּעָלֶיהָ שֶׁמָּא יָמוּת הַכֹּהֵן בְּשָׁנָה זוֹ:
De peur que le kohen [gadol] ne meure durant cette année.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵירָה מִשּׁוּם חַטָּאת שֶׁמֵּתוּ בְּעָלֶיהָ דִּילְמָא מָייֵת אֶחָד מִן הַכֹּהֲנִים דַּאֲפִילּוּ את"ל דְּמִקֻּופְיָא מְכַפְּרִי רָאוּי לִגְזֹור בְּפַר כְּשֶׁמֵּת אֶחָד מִן הַכֹּהֲנִים מִשּׁוּם חַטָּאת שֶׁמֵּתוּ בְּעָלֶיהָ אֲבָל מַה שפרש"י דִּילְמָא מָייֵת כֹּהֵן גָּדוֹל לָא נְהִירָא לִי דְּזֶה דָּבָר הַנִּרְאֶה לָעֵינַיִם וְאֶפְשָׁר לַעֲמֹוד עָלָיו אִי מָייֵת אוֹ לָא אֲבָל מִשּׁוּם חַד מִכָּל הַכֹּהֲנִים אִיכָּא לְמֵיחַשׁ שַׁפִּיר דְּאִי אֶפְשָׁר לֵידַע שַׁפִּיר אִי מָיֵית חַד מִינַּייְהוּ אוֹ לָא:
Peut-être l'un des kohanim mourra-t-il. Car même si tu dis qu'ils ne sont expiés que de façon indirecte (mi-koufya), il convient de décréter au sujet du taureau lorsque l'un des kohanim est mort, à cause du hatat dont les propriétaires sont morts. Mais ce qu'a expliqué Rachi -- de peur que le kohen gadol ne meure -- ne me paraît pas juste : c'est là une chose visible à l'œil, dont on peut s'assurer, savoir s'il est mort ou non ; tandis que pour l'un quelconque de tous les kohanim, il y a bien lieu de craindre, car il est impossible de savoir avec certitude si l'un d'eux est mort ou non.
💡 Explication

Troisième tentative, et le rapport s'inverse. La halakha connaît le cas du hatat che-metou be'aleha, le hatat dont le propriétaire est mort : cette bête-là ne paît pas, elle meurt. Or le taureau est l'offrande privée du kohen gadol, qui peut fort bien mourir dans l'année qui sépare les deux Kippour : par crainte de ce cas, on décrète la mort.

Mais cette fois c'est le bouc qui échappe à la raison : il appartient à la communauté, et le public ne meurt jamais. On complète donc dans l'autre sens : gezera sa'ir atou par, le bouc à cause du taureau. Tossefot (le Ri) juge d'ailleurs l'explication de Rachi -- la mort du kohen gadol -- peu convaincante, car c'est un fait vérifiable ; le vrai risque serait la mort de l'un quelconque des kohanim, que le taureau expie également.

🖼️ Schéma
Hatat che-metou be'aleha : le hatat dont les propriétaires sont morts C'est l'un des cas où la halakha ordonne que la bête meure -- d'où l'idée des rabbanan devant Abaye. TAUREAU (offrande d'un particulier) propriétaire : le kohen gadol en personne s'il meurt dans l'année, le hatat est orphelin -> la bête doit mourir BOUC (offrande du public) propriétaire : la communauté or le public, lui, ne meurt jamais -> aucune raison propre : gezera sa'ir atou par La retouche de Tossefot (Ri) La mort du kohen gadol se constate à l'œil : on saurait s'il a vécu. Le vrai risque est la mort de l'un quelconque des kohanim, que le taureau expie aussi -- fait impossible à vérifier avec certitude.
Le taureau a un propriétaire mortel, le bouc n'en a pas : la gezera doit donc jouer en sens inverse.
7
וּמִשּׁוּם גְּזֵירָה יָמוּתוּ? אֶלָּא: גְּזֵירָה מִשּׁוּם חַטָּאת שֶׁעִבְּרָה שְׁנָתָהּ. גְּזֵירָה? הִיא גּוּפַהּ חַטָּאת שֶׁעִבְּרָה שְׁנָתָהּ הִיא!

Et pour un simple décret elles mourraient ?! -- Plutôt : c'est un décret à cause d'un hatat dont l'année est passée. -- Un décret ? Mais c'est littéralement, en soi, un hatat dont l'année est passée !

📜 Rachi (2)
אֶלָּא גְּזֵירָה מִשּׁוּם חַטָּאת שֶׁעִבְּרָה שְׁנָתָהּ שֶׁמָּא עַד יוֹם הַכִּפּוּרִים הַבָּא תַּעֲבֹור שָׁנָה עַל הַשָּׂעִיר הַזֶּה מִשֶּׁנּוֹלַד וְקַייְמָא לָן בְּכָל שְׂעִירֵי חַטָּאת שֶׁפְּסוּלִין לְאַחַר שָׁנָה דְּתַנְיָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים גַּבֵּי חַטַּאת יָחִיד תּוֹרָה אַחַת יִהְיֶה לָכֶם וְגוֹ' הֲרֵי כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ כע"ז מָה חַטָּאת ע"ז בַּת שְׁנָתָהּ אַף כָּאן בַּת שְׁנָתָהּ כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר יִהְיֶה לְרַבּוֹת שְׂעִירֵי רְגָלִים כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר לָכֶם לְרַבּוֹת שְׂעִירֵי ע"ז לְעוֹשֶׂה לְרַבּוֹת שְׂעִיר נָשִׂיא:
De peur que, d'ici au Kippour suivant, une année ne soit passée sur ce bouc depuis sa naissance ; et nous tenons pour établi que tous les boucs de hatat sont invalides passé une année. Car il est enseigné dans le Torat Kohanim, à propos du hatat d'un particulier : "il y aura une seule Torah pour vous" etc. -- voici que toute cette Torah [des hataot] est comme celui de l'idolâtrie : de même que le hatat de l'idolâtrie est bat chnata (dans sa première année), de même ici bat chnata. Quand il dit "il y aura", c'est pour inclure les boucs des fêtes ; quand il dit "pour vous", pour inclure les boucs de l'idolâtrie ; "pour celui qui agit", pour inclure le bouc du nassi.
וּפָרְכִינַן גְּזֵירָה הִיא גּוּפַהּ חַטָּאת שֶׁעִבְּרָה שְׁנָתָהּ מַאי גְּזֵירָה דְּקָאָמְרַתְּ הָא וַדַּאי חַטָּאת שֶׁעִבְּרָה שְׁנָתָהּ הִיא לַשָּׁנָה הַבָּאָה:
Quel décret dis-tu là ? C'est assurément, pour l'année qui vient, un hatat dont l'année est passée !
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם חַטָּאת שֶׁעִבְּרָה שְׁנָתָהּ כו' עַד תִּינַח שָׂעִיר פַּר מַאי אִיכָּא לְמֵימַר תֵּימַהּ לִי מַאי פָּרִיךְ הָא בְּפַר נָמֵי דְּדִינוֹ הוּא לִהְיוֹת בֶּן שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְתוּ לָא אִי עָבְרוּ שְׁנוֹתָיו פָּסוּל וְתוּ לָא חֲזִי לְהַקְרָבָה כְּדִתְנַן בפ"ק דְּמַסֶּכֶת פָּרָה [מ"ב] ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר פָּרִים בְּנֵי שְׁתַּיִם וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אַף בְּנֵי שָׁלֹשׁ רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר אַף בְּנֵי אַרְבַּע וְחָמֵשׁ אֶלָּא שֶׁאֵין מְבִיאִין זְקֵנִים מִפְּנֵי הַכָּבוֹד אַלְמָא דִּלְרַבָּנָן טְפֵי מִשָּׁלֹשׁ לֹא וְיֵשׁ לוֹמַר נְהִי דְּפָסוּל לְהַקְרָבָה לָא הֲוָה לָן לְמֵימַר יָמוּתוּ דְּשֶׁמָּא לָא גְמִירִי הִלְכְתָא דְּחַטָּאת שֶׁעָבְרָה שְׁנָתָהּ אֶלָּא בְּחַטָּאת שֶׁהִיא כִּשְׂבָּה אוֹ שְׂעִירָה אוֹ שָׂעִיר דְּהָווּ בְּנֵי שָׁנָה וּבְהָכִי שַׁיָּיךְ לְמִיגְזַר מִשּׁוּם עָבְרָה שְׁנָתָהּ דְּהִלְכְתָא גְּמִירִי לַהּ דִּלְמִיתָה אָזְלָא אֲבָל בְּפָרִים דְּהָווּ בְּנֵי שְׁלֹשָׁה לָא גְמִירִי הִלְכְתָא דְּיָמוּתוּ כְּשֶׁעָבְרוּ שָׁלֹשׁ שָׁנִים וּלְהָכִי לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיגְזַר בְּהוּ וַהֲוָה לָן לְמֵימַר יִרְעֶה אִי נָמֵי הָכָא פָּרֵיךְ אַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר דְּמִדְּקָא דְּחֻקַּת לְשַׁנּוֹיֵי גְּזֵירָה מִשּׁוּם עָבְרָה שְׁנָתָהּ וַהֲוֵית מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי בְּלֹא גְּזֵירָה לְרַבָּנָן דְּרַבִּי הָוְיָא חַטָּאת שֶׁעָבְרָה שְׁנָתָהּ מַמָּשׁ אֶלָּא כְּדֵי לְאוֹקְמֵי כְּכוּלֵּי עָלְמָא אֲפִילּוּ כְּרַבִּי מְשַׁנֵּית הָכִי אִם כֵּן לְרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר בְּפַר אַף בְּנֵי אַרְבַּע וְחָמֵשׁ וְהוּא הַדִּין טְפֵי מַאי מְתָרֶצֶת:
Cela m'étonne : quelle est la difficulté ? Pour le taureau aussi, dont la règle est d'avoir trois ans et pas davantage : si ses années sont passées il est invalide et n'est plus apte à être offert, comme nous l'avons appris au premier chapitre du traité Para (michna 2) : Rabbi Yossi le Galiléen dit : des taureaux dans leur deuxième année ; les Sages disent : même dans leur troisième ; Rabbi Meir dit : même dans leur quatrième et leur cinquième -- seulement on n'en apporte pas de vieux, par égard [pour l'honneur du Temple]. Il ressort donc que, pour les Sages, au-delà de trois ans, non. On peut répondre : certes il est invalide pour l'offrande, mais nous n'aurions pas dû dire qu'il meurt, car peut-être la halakha [transmise oralement] concernant le hatat dont l'année est passée n'a-t-elle été apprise que pour un hatat qui est une brebis, une chèvre ou un bouc, bêtes d'un an -- pour ceux-là il est pertinent de décréter à cause du dépassement de l'année, puisque la halakha nous apprend qu'ils vont à la mort ; mais pour les taureaux, qui ont trois ans, aucune halakha ne nous apprend qu'ils meurent une fois les trois ans passés : il n'y a donc pas lieu de décréter à leur sujet, et nous aurions dû dire qu'il paît. Ou bien : ici on objecte selon Rabbi Meir. Car du fait que tu te contrains à répondre "décret à cause du dépassement de l'année", alors que tu aurais pu répondre sans décret -- puisque pour les Sages, opposés à Rabbi, c'est littéralement un hatat dont l'année est passée -- mais que tu as répondu ainsi afin d'établir la chose selon tous, y compris selon Rabbi : alors, selon Rabbi Meir qui dit du taureau "même dans sa quatrième et sa cinquième année", et à plus forte raison au-delà, comment répondras-tu ?
💡 Explication

La même objection balaie la troisième tentative, et l'on passe à la quatrième : le décret viendrait de la crainte du hatat che-avra chnato, le hatat qui a dépassé sa première année. Un bouc de hatat doit en effet être bat chnata, âgé de moins d'un an -- Rachi ramène la derasha du Torat Kohanim qui aligne tous les hataot sur celui de l'idolâtrie et étend la règle aux boucs des fêtes, à ceux de l'idolâtrie et à celui du nassi.

Mais l'objection est immédiate et redoutable : d'un Kippour à l'autre, une année entière s'écoule. Ce n'est donc pas une crainte qu'un jour la bête dépasse son année -- elle l'a déjà dépassée. Où est le décret ? La réponse viendra du calendrier, au segment suivant.

🖼️ Schéma
D'où vient qu'un bouc de hatat doit avoir moins d'un an (Rachi, Torat Kohanim) Tora ahat yihyeh lakhem la-osse bi-chgaga verset du hatat d'un particulier -- Bamidbar 15,29 Toute cette Tora [des hataot] est comme le hatat de l'idolâtrie : de même qu'il est bat chnata, ici aussi bat chnata yihyeh (sera) inclut les boucs des fêtes lakhem (pour vous) inclut les boucs de l'idolâtrie la-osse (celui qui agit) inclut le bouc du nassi Passé une année, le bouc est passoul : d'où l'objection -- ce n'est pas un décret, c'est déjà la réalité.
La source de l'exigence bat chnata et son extension à tous les boucs de hatat.
8
הָא לָא קַשְׁיָא, כְּרַבִּי. דְּתַנְיָא: ״שָׁנָה תְּמִימָה״, מוֹנֶה שְׁלֹשׁ מֵאוֹת וְשִׁשִּׁים וַחֲמִשָּׁה יוֹם כְּמִנְיָן יְמוֹת הַחַמָּה, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מוֹנֶה שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ מִיּוֹם לְיוֹם.

Cela n'est pas difficile : c'est selon Rabbi. Car il a été enseigné : "une année entière" -- il compte trois cent soixante-cinq jours, selon le nombre des jours de l'année solaire ; telles sont les paroles de Rabbi.

Et les Sages disent : il compte douze mois, de jour à jour.

📜 Rachi (4)
הָא לָא קַשְׁיָא מַשְׁכַּחַת לָהּ דְּלָא עָבְרָה שְׁנָתָהּ כְּרַבִּי דְּאָמַר אֵין הַשָּׁנָה שְׁלֵימָה מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים לְיוֹם הַכִּפּוּרִים מִפְּנֵי שֶׁאָנוּ מוֹנִין לַלְּבָנָה וּשְׁנַת הַחַמָּה עוֹדֶפֶת עָלֶיהָ אַחַד עָשָׂר יוֹם וְצָרִיךְ אַתָּה לִיתֵּן לְכָל שָׁנָה אֶת עִיבּוּרָהּ מַה שֶׁשְּׁנַת הַחַמָּה יְתֵירָה עָלֶיהָ:
On peut trouver un cas où son année n'est pas passée, selon Rabbi qui dit que l'année n'est pas complète d'un Kippour à l'autre, parce que nous comptons selon la lune et que l'année solaire la dépasse de onze jours ; et tu dois ajouter à chaque année son supplément, ce dont l'année solaire l'excède.
דְּתַנְיָא שָׁנָה תְּמִימָה הָאֲמוּרָה בְּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה לִהְיוֹת חֲלוּטָה לַלּוֹקֵחַ:
[L'expression] est dite à propos des maisons des villes entourées d'une muraille, [au terme de laquelle la maison] devient définitivement acquise à l'acheteur.
רַבִּי אוֹמֵר מוֹנֶה שס"ה יָמִים בֵּין שֶׁעִיבְּרוּ ב"ד אֶת הַשָּׁנָה בֵּין שֶׁלֹּא עִיבְּרוּהָ שֶׁאֵין לְךָ לִמְנוֹת אֶלָּא לִימוֹת הַחַמָּה:
Que le beit din ait intercalé l'année ou non : tu ne dois compter que selon les jours de l'année solaire.
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים הַכֹּל כְּמוֹ שֶׁיִּשְׂרָאֵל מוֹנִין י"ב חֹדֶשׁ מִיּוֹם לְיוֹם אִם פְּשׁוּטָה הִיא:
Tout se compte comme Israël compte : douze mois de jour à jour, s'il s'agit d'une année ordinaire.
💡 Explication

La réponse est calendaire. L'expression chana temima ("une année entière"), employée à propos du rachat d'une maison dans une ville murée (Vayikra 25,30), fait l'objet d'une divergence : pour Rabbi, elle vaut 365 jours, le compte de l'année solaire, que le beit din ait ou non intercalé un mois ; pour les Sages, elle vaut douze mois de jour à jour, c'est-à-dire jusqu'à la date anniversaire.

Or l'année juive ordinaire ne compte qu'environ 354 jours : d'un Kippour à l'autre, il manque une onzaine de jours pour atteindre les 365 jours de Rabbi. Un chevreau âgé de moins de onze jours lors du premier Kippour n'a donc, selon Rabbi, toujours pas dépassé son année au Kippour suivant. Il existe ainsi un cas où l'invalidité n'est pas réelle : la formulation en termes de gezera est justifiée, et l'explication tient pour toutes les opinions.

🖼️ Schéma
Comment compte-t-on une année entière ? La baraita de chana temima RABBI On compte 365 jours, le nombre des jours de l'année solaire. Rachi : peu importe que le beit din ait intercalé l'année ou non ; on ne compte que par le soleil. Durée fixe : 365 jours LES SAGES On compte douze mois, de jour à jour (date anniversaire). Rachi : tout se compte comme Israël compte -- douze mois si l'année est ordinaire. Durée variable : ~354 ou ~384 jours Deux terrains d'application Cas d'origine : jusqu'à quand la maison d'une ville murée reste-t-elle rachetable (Vayikra 25,30) ? Ici : d'un Kippour à l'autre, le bouc a-t-il vraiment dépassé son année ? Selon Rabbi, pas toujours.
Deux comptes de l'année : 365 jours solaires fixes (Rabbi) ou douze mois de date à date (les Sages).
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).