Yoma 66a -- la takala de Rava : pourquoi le taureau et le bouc de Kippour doivent mourir alors que les autres bêtes paissent, la preuve tannaitique par le pessah reporté, puis la michna du vidouy sur le bouc émissaire, la question des kohanim et le convoyeur.

Yoma 66a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la discussion héritée de 65b. L'explication par l'année dépassée ne peut concerner que le bouc, le taureau ayant trois ans : il faut une gezera croisée -- et cette gezera s'effondre sous deux objections, car un simple décret ne devrait pas faire mourir une bête, et parce qu'une hatat dont l'année est passée va au pâturage plutôt qu'à la mort, selon l'image de Reich Lakich d'une bête que l'on considère comme se tenant dans un cimetière.

Rava propose alors une raison entièrement différente : une gezera mechoum takala, la crainte d'un accident rituel. Il l'appuie sur la baraita be-zman ha-ze, qui interdit aujourd'hui le hekdech, l'erekh et le herem, et qui prescrit de supprimer l'animal consacré par erreur en verrouillant la porte devant lui.

La guemara teste ce critère : ni la tonte ni le travail ne peuvent être la takala redoutée, puisqu'ils menacent également les bêtes laissées au pâturage. La réponse tient au mot tarid : les bêtes au pâturage ne seront jamais offertes elles-mêmes, seule leur valeur servira, et l'on s'en désintéresse ; le taureau et le bouc de Kippour restent aptes au service, le kohen gadol y pense, et il pourrait les offrir trop tôt.

Reste à savoir si la crainte de la takala est une position tannaitique : deux baraitot sur un agneau de pessa'h non offert semblent diverger là-dessus, mais on tente d'expliquer leur désaccord par la mahloket Rabbi / rabbanan sur le compte de l'année -- jusqu'à ce que le membre de phrase vekhen ha-maot, qui applique la même divergence à de l'argent sans âge, tranche définitivement en faveur de la takala. La michna reprend ensuite le récit du service : le kohen gadol vient auprès du bouc émissaire, pose ses deux mains et prononce le vidouy pour Ton peuple, la maison d'Israël, le parvis se prosterne en entendant le Nom explicite, puis le bouc est remis à son convoyeur -- tous sont aptes en droit, mais les kohanim gedolim en avaient fait un usage exclusif, que le souvenir d'Arsela, un Israël, vient démentir.

Une rampe avait été construite pour soustraire le bouc aux Babyloniens qui lui arrachaient les poils en criant tol ve-tsé. La guemara demande enfin pourquoi ce vidouy ne nomme pas les fils d'Aharon : Rabbi Yirmeya y voit la marque que la michna n'est pas de Rabbi Yehouda, Abaye répond que les kohanim sont inclus dans Israël, et le daf s'achève sur la dracha du mot ich, qui rend apte le non-kohen à conduire le bouc.

Yoma 66a : deux sougyot, une charnière La fin du débat sur les bêtes perdues puis retrouvées, puis le retour au récit du service de Kippour A -- Segments 0 à 8 : pourquoi le taureau et le bouc doivent-ils MOURIR ? Dernière tentative (fin de 65b) : hatat dont l'année est passée tient pour le bouc -- pour le taureau il faut une gezera (seg 0) Deux objections qui ruinent tout (seg 1) 1. pour un simple décret elles mourraient ? 2. une hatat trop vieille PAÎT, elle ne meurt pas (Reich Lakich) RAVA (seg 2) : gezera mechoum TAKALA on les fait mourir de peur d'un accident rituel Preuve : la baraita be-zman ha-ze (seg 2-3) on ne consacre plus rien aujourd hui -- et si on l'a fait, la bête est supprimée (ikkour), le reste pourrit Quelle takala ? (seg 4-5) pas la tonte ni le travail -- la crainte de l'OFFRIR : seule cette bête-ci reste apte au service l'an prochain La takala est-elle admise par tous ? (seg 6-8) deux baraitot sur le pessa'h reporté -- vekhen ha-maot tranche : oui, mahloket B -- Segments 9 à 14 : la michna reprend le fil du service Le vidouy sur le bouc (seg 9) semikha des DEUX mains hataou, avou, pachou verset Vayikra 16,30 Le Nom explicite (seg 10) le peuple se prosterne Baroukh chem kevod... puis remise du bouc Qui le conduit ? (seg 10-11) halakha : tous aptes usage : les kohanim seuls R. Yossi : Arsela, un Israël Guemara (seg 12-13) : pourquoi pas les kohanim ? Le vidouy ne nomme que amekha beit Israël. R. Yirmeya : donc la michna n'est pas R. Yehouda. Abaye : si, les kohanim sont inclus dans Israël. Ouverture (seg 14) : la dracha du verset ich -- pour rendre apte le zar (non-kohen) iti -- (la suite est en 66b) La michna disait un USAGE ; la baraita fonde le DROIT.
Le plan du daf : la fin de la discussion sur les bêtes qui doivent mourir, puis la reprise du récit du service par la michna du bouc émissaire.
La takala : pourquoi certaines bêtes PAISSENT et d'autres MEURENT Le critère de Rava, testé par la guemara aux segments 4 et 5 Une bête consacrée devenue inutilisable Elle-même n'est PAS offrable On ne pourra jamais offrir cette bête-ci : seule sa VALEUR servira, après vente, à acheter l'offrande. Le propriétaire s'en désintéresse. lo tarid beho -- son esprit n'y est plus Elle-même reste offrable Le taureau et le bouc de Kippour seront encore bons pour le service au Kippour suivant. Le kohen gadol y pense, il les attend. tarid ba -- il pourrait les offrir trop tôt Elle PAÎT jusqu'au moum, puis vente Elle MEURT (ikkour, porte fermée) Ce qui est écarté au segment 4 Ni la tonte (guiza) ni le travail (avoda) ne peuvent être la takala redoutée : ces meiloth menacent exactement de la même façon toutes les bêtes que les Sages laissent paître. Le critère doit DISTINGUER.
Le critère de Rava : seule la bête encore APTE au service fait courir un risque d offrande fautive -- elle seule doit mourir.
Les trois vidouyim de Kippour, et la question des kohanim Notre michna ne nomme qu'Israël : d'où la question de la guemara au segment 12 1 -- sur le TAUREAU Yoma 35b ani ou-veiti moi et ma maison le kohen gadol et les siens 2 -- sur le TAUREAU (2e) Yoma 41b ou-vnei Aharon am kedochekha et les fils d'Aharon, Ton peuple saint tout le sacerdoce est nommé 3 -- sur le BOUC (notre michna) Yoma 66a amekha beit Israël Ton peuple, la maison d'Israël les kohanim ne sont PAS nommés Question : les kohanim obtiennent-ils l'expiation par le bouc émissaire ? R. YEHOUDA (Chevouot 13b) Oui : pour les autres transgressions, les kohanim sont expiés comme Israël par le bouc émissaire. Difficulté : le vidouy devrait alors les nommer. R. Yirmeya en conclut : la michna n'est pas R. Yehouda. R. CHIMON Non : les kohanim n'ont aucune expiation par le bouc émissaire ; ils l'ont par le sang du taureau. Le silence du vidouy s'explique de lui-même. C'est l'attribution proposée par R. Yirmeya. ABAYE (segment 13) : on peut même dire que c'est R. Yehouda Les kohanim sont compris dans amekha beit Israël : le vidouy n'a pas à énumérer chaque groupe.
Les trois confessions de Kippour et la question qui ouvre la guemara : pourquoi le vidouy sur le bouc ne nomme-t-il pas les kohanim ?
1
וְאִם נִתְעַבְּרָה — נִתְעַבְּרָה לַמּוֹכֵר. הַתֵּינַח שָׂעִיר, פַּר מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? גְּזֵירָה פַּר אַטּוּ שָׂעִיר.

"Et si [l'année] a été intercalée" -- l'intercalation profite au vendeur. Cela convient pour le bouc ; mais pour le taureau, que peut-on dire ?

[Réponse :] un décret [frappant] le taureau à cause du bouc.

📜 Rachi (2)
וְאִם נִתְעַבְּרָה נִתְעַבְּרָה לַמּוֹכֵר וְלֹא תֵּחָלֵט עַד שֶׁיַּגִּיעַ בְּאוֹתוֹ יוֹם בְּאוֹתוֹ חֹדֶשׁ שֶׁמְּכָרָהּ לוֹ וּלְרַבִּי מַשְׁכַּחַת לָהּ כְּגוֹן שֶׁהִקְדִּישׁוֹ בְּיוֹם שְׁמִינִי לְלֵידָתוֹ בְּעֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים בְּשָׁנָה פְּשׁוּטָה וְכִי מָטֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים הַבָּא אַכַּתִּי לָא מְלוֹ לֵיהּ שס"ה יָמִים אֶלָּא שס"ד:
Et elle [la maison] n'est pas acquise définitivement [à l'acheteur] tant que n'est pas arrivé le même jour du même mois où il la lui a vendue. Et selon Rabbi, tu peux trouver [un cas où l'année du chevreau n'est pas passée] : par exemple s'il l'a consacré le huitième jour après sa naissance, la veille de Yom Kippour, dans une année ordinaire -- lorsque arrive le Yom Kippour suivant, il n'a pas encore accompli trois cent soixante-cinq jours, mais seulement trois cent soixante-quatre.
פַּר מַאי אִיכָּא לְמֵימַר שֶׁהוּא בֶּן שָׁלֹשׁ:
Car il a trois ans [le taureau de Kippour est un bœuf de trois ans : son âge ne l'invalide pas, et l'explication par l'année dépassée ne peut donc pas le concerner].
💡 Explication

La fin de la baraita sur la chana temima (l'année entière du rachat d'une maison en ville murée) est encore citée : selon les Sages, si le beit din a intercalé un mois, ce mois supplémentaire profite au vendeur, qui dispose d'autant de temps de plus pour racheter sa maison. Rachi y greffe le cas d'espèce qui permet, selon Rabbi, qu'un chevreau consacré la veille de Kippour n'ait toujours pas 365 jours au Kippour suivant.

Vient alors l'objection décisive : l'explication par l'année dépassée ne peut concerner que le bouc, qui doit avoir moins d'un an. Le taureau du kohen gadol, lui, a trois ans (Rachi) : son âge ne l'invalide jamais. La guemara comble le trou par une gezera -- le taureau meurt à cause du bouc -- et c'est précisément ce raccord forcé qui va être attaque au segment suivant.

🖼️ Schéma
L'explication de l'année passée ne vaut que pour le bouc BOUC de hatat Doit avoir moins d'un an (bat chnata). D'un Kippour à l'autre il peut avoir dépassé son année -- selon Rabbi, pas toujours. L'explication tient TAUREAU du kohen gadol Rachi : il a trois ans. L'âge ne l'invalide jamais : son année ne peut pas être passée. L'explication ne tient pas gezera par atou sair le taureau meurt à cause du bouc C'est ce raccord forcé qui déclenche l'objection du segment suivant : pour un simple décret, une bête mourrait ?
L'explication par l'âge vaut pour le bouc seul ; le taureau n'y est rattaché que par un décret.
2
וּמִשּׁוּם גְּזֵירָה יָמוּת?! וְעוֹד, חַטָּאת שֶׁעָבְרָה שְׁנָתָהּ — לִרְעִיָּה אָזְלָא! דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: חַטָּאת שֶׁעָבְרָה שְׁנָתָהּ, רוֹאִין אוֹתָהּ כְּאִילּוּ הִיא עוֹמֶדֶת בְּבֵית הַקְּבָרוֹת וְרוֹעֶה.

Et pour un [simple] décret elles mourraient ?! De plus, une hatat (offrande expiatoire) dont l'année est passée s'en va au pâturage !

Car Reich Lakich a dit : une hatat dont l'année est passée, on la considère comme si elle se tenait dans un cimetière -- et elle paît.

📜 Rachi (1)
רוֹאִין אוֹתָהּ בְּכָל מָקוֹם שֶׁהִיא כְּאִילּוּ עוֹמֶדֶת בְּבֵית הַקְּבָרוֹת שֶׁאֵין הַכֹּהֵן יָכוֹל לִיקָּרֵב אֵלֶיהָ אֲבָל לֹא מֵחַטָּאוֹת הַמֵּתוֹת הִיא אֶלָּא שֶׁאֵינָהּ קְרֵיבָה הִלְכָּךְ רוֹעֶה עַד שֶׁיִּפֹּול בָּהּ מוּם וְתִימָּכֵר:
On la considère -- où qu'elle se trouve -- comme si elle se tenait dans un cimetière, où le kohen ne peut pas s'approcher d'elle. Mais elle ne fait pas partie des hataot qui meurent : simplement, elle n'est pas offerte. Elle paît donc jusqu'à ce qu'un défaut (moum) apparaisse en elle, et elle est vendue.
💡 Explication

Deux objections se succèdent. La première est le refrain du daf : ou-mechoum gezera yamoutou -- pour un décret rabbinique, ferait-on mourir une bête ? La mort est la sanction la plus lourde ; le pâturage jusqu'à l'apparition d'un défaut (moum) suffirait à écarter tout usage fautif.

La seconde est plus précise : l'explication proposée est fausse dans son résultat même. Une hatat chaavra chnata -- une expiatoire devenue trop vieille -- ne meurt pas, elle paît. Reich Lakich le formule par une image : on la traite comme si elle se trouvait dans un cimetière, où le kohen ne peut aller la chercher. Rachi souligne la nuance : elle n'appartient pas aux hataot ha-metot (les expiatoires condamnées à mourir) ; elle est seulement inoffrable. Elle paît donc jusqu'au moum, puis on la vend. L'explication par l'âge doit être abandonnée.

🖼️ Schéma
Les deux objections qui abattent l'explication de l'année passée 1 -- ou-mechoum gezera yamoutou ? Pour un décret, elles mourraient ? La mort de la bête est la sanction la plus lourde. Un simple décret rabbinique ne peut pas la justifier alors que le pâturage jusqu'au moum suffirait à écarter tout usage fautif. 2 -- Une hatat dont l'année est passée ne meurt pas : elle va au pâturage Reich Lakich : on la considère comme si elle se tenait dans un CIMETIÈRE. Rachi précise : elle n'est pas de la catégorie des hataot qui meurent ; simplement, le kohen ne peut pas l'atteindre -- elle est inoffrable, non condamnée. Donc elle paît jusqu'au moum, puis on la vend. Conséquence : il faut une autre raison, qui vise la MORT et non l'inaptitude C'est la réponse de Rava au segment suivant : gezera mechoum takala.
Les deux objections : un décret ne tue pas, et une hatat trop vieille paît au lieu de mourir.
3
אֶלָּא אָמַר רָבָא: גְּזֵירָה מִשּׁוּם תַּקָּלָה. אֵין מַקְדִּישִׁין, וְאֵין מַעֲרִיכִין, וְאֵין מַחְרִימִין בַּזְּמַן הַזֶּה.

Rava dit plutôt : [c'est] un décret à cause d'une takala (accident rituel). [Comme il a été enseigné :] on ne consacre pas, on ne fait pas de valuation (erekh), et on ne voue pas par herem à notre époque.

📜 Rachi (4)
מִשּׁוּם תַּקָּלָה לְקַמָּן מְפָרֵשׁ מַאי תַּקָּלָה:
Plus loin, la guemara explique ce qu'est cette takala.
דִּתְנַן דְּחָייְשִׁינַן לְתַקָּלָה:
Car nous avons appris [dans une michna] -- que l'on craint la takala.
אֵין מַקְדִּישִׁין שׁוּם דָּבָר שֶׁסְּתָם הֶקְדֵּשׁ לְבֶדֶק הַבַּיִת וְאֵין לָהֶן תַּקָּנָה:
Quoi que ce soit : car une consécration non spécifiée va à l'entretien du Temple (bedek habayit), et [aujourd'hui] il n'existe pour ces biens aucun remède.
וְאֵין מַחֲרִימִין קָסָבַר סְתָם חֲרָמִין לְבֶדֶק הַבַּיִת וּפְלוּגְתָּא הִיא בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (דַּף כֹּח:):
Il tient qu'un herem non spécifié va au bedek habayit ; c'est une mahloket dans le traité Arakhin (28b).
🗂️ Tossefot (2)
אֵין מַקְדִּישִׁין מִשּׁוּם דְּחָייְשִׁינַן לְתַקָּלָה וְהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת בְּפֶרֶק מַעְשַׂר בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) דִּלְאַחַר חֻורְבָּן בִּטְּלוּ מַעְשַׂר בְּהֵמָה מִשּׁוּם תַּקָּלָה וְתֵימַהּ דִּבְפֶ' בַּמֶּה בְּהֵמָה (שַׁבָּת דַּף נד:) ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה הֲוָה מְעַשֵּׂר מֵעֶדְרֵיהּ תְּרֵיסַר אַלְפֵי עִגְלֵי בְּכָל שַׁתָּא וְשַׁתָּא וְאֵיךְ יִתָּכֵן זֶה לִהְיוֹת וְהָא רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי חַי לְאַחַר חֻורְבָּן קְצָת מִדִּתְנַן מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ הִתְקִין רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְהוּא הָיָה נָשִׂיא וְאַחֲרָיו רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּלְכָל הַפָּחוֹת הָיָה שְׁנָתַיִם נָשִׂיא עַד שֶׁנִּתְמַנָּה רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כז:) דְּקָאָמַר אֶשְׁתָּקַד צַעֲרֵיהּ וְכוּ' וְאִם כֵּן הָיָה רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה לְכָל הַיּוֹתֵר בִּשְׁעַת חֻורְבָּן בֶּן ט"ו שֶׁהֲרֵי בֶּן י"ח הָיָה כְּשֶׁנִּתְמַנָּה נָשִׂיא וְזֶה הָיָה שָׁלֹשׁ שָׁנִים אַחַר חֻורְבָּן לְכָל הַפָּחוֹת כִּדְפָרֵישִׁית וְקָטָן הֲוָה בִּימֵי הַבַּיִת רַק שְׁנָתַיִם לִפְנֵי הַחֻורְבָּן וְקָטָן לָאו בַּר אַפְּרוּשֵׁי מַעֲשֵׂר הוּא וּבִשְׁבִיל אוֹתָם שְׁנָתַיִם שֶׁהִגְדִּיל לִפְנֵי הַחֻורְבָּן שֶׁאָז הָיָה מַפְרִישׁ לָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כֹּל שַׁתָּא וְשַׁתָּא וְיֵשׁ לוֹמַר אַפּוֹטְרוֹפּוֹס שֶׁלּוֹ הָיָה מַפְרִישׁ אִי נָמֵי לֹא בִּטְּלוּ מַעְשַׂר בְּהֵמָה לְאַלְתַּר בָּתַר חֻורְבָּן אִי נָמֵי י"מ הֲוָה מַעֲשֵׂר לַמֶּלֶךְ וְלָא נְהִירָא דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּהַאי לִישָּׁנָא:
Parce que l'on craint la takala. Et de même disons-nous dans Bekhorot, au chapitre Maasser Behema (53a), qu'après la destruction on a aboli le maasser behema (la dîme du bétail) à cause de la takala. Et cela est étonnant : car au chapitre Bameh Behema (Chabbat 54b), Rabbi Elazar ben Azaria prélevait la dîme de ses troupeaux -- douze mille veaux chaque année ! Comment cela est-il possible ? Car Rabban Yo'hanan ben Zakai a vécu quelque temps après la destruction, comme nous l'avons appris : "lorsque le Temple fut détruit, Rabban Yo'hanan ben Zakai institua..." ; or il était nassi, et après lui Rabban Gamliel, qui fut nassi au moins deux ans avant que Rabbi Elazar ben Azaria ne soit nommé, comme il ressort du chapitre Tefilat Hachahar (Berakhot 27b), où il est dit "l'an dernier il l'a peiné", etc. S'il en est ainsi, Rabbi Elazar ben Azaria avait au plus quinze ans lors de la destruction, puisqu'il avait dix-huit ans lorsqu'il fut nommé nassi, et que cela se passait au moins trois ans après la destruction, comme je l'ai expliqué. Il était donc mineur du temps du Temple, sauf pendant les deux dernières années ; or un mineur n'est pas habilité à prélever la dîme. Et pour ces deux seules années où il était majeur avant la destruction, on n'aurait pas dû dire "chaque année". On peut répondre : c'est son tuteur (apotropos) qui prélevait. Ou bien : le maasser behema n'a pas été aboli immédiatement après la destruction. Ou bien encore, certains expliquent qu'il prélevait la dîme pour le roi -- mais cela n'est pas convaincant, car alors on ne se serait pas exprimé en ces termes.
וְאֵין מַחֲרִימִין פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י כְּמַאן דְּאָמַר סְתַם חֲרָמִים לְבֶדֶק הַבַּיִת ור"י מְפָרֵשׁ דְּאָתְיָא אַפֵּי' כְּמַאן דְּאָמַר לַכֹּהֲנִים ואע"ג דְּשָׁרוּ וְלֹא שַׁיָּיךְ בָּהֶן תַּקָּלָה הָנֵי מִילֵּי בָּתַר דְּמָטוּ לְיַד כֹּהֵן אֲבָל קֹודֶם לָכֵן לֹא כִּדְאָמַר בְּפֶ' כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת דַּף לב.) חֲרָמִים כָּל זְמַן שֶׁהֵם בְּיַד בְּעָלִים הֲרֵי הֵן כְּהֶקְדֵּשׁ לְכָל דִּבְרֵיהֶם וּמוֹעֲלִין בָּהֶם וְאִם תֹּאמַר אִי הָכִי מַאי אִירְיָא בַּזְּמַן הַזֶּה אֲפִילּוּ בִּזְמַן הַבַּיִת נָמֵי וְיֵשׁ לוֹמַר בִּזְמַן הַבַּיִת דִּשְׁכִיחֵי קָדָשִׁים הָיוּ בְּקִיאִין וּזְהִירִין בְּמִילֵּי קְדֻושָּׁה אֲבָל הַשְׁתָּא דְּלָא שְׁכִיחִי לָא זְהִירִי אִי נָמֵי בִּזְמַן הַבַּיִת שְׁכִיחֵי כֹּהֲנִים וְלֹא הָיוּ צְרִיכִין הַבְּעָלִים לְהַשְׁהוֹתוֹ בְּיָדָם וְנוֹתְנִין אוֹתוֹ לְאַלְתַּר לַכֹּהֵן:
Rachi a expliqué [que la baraita suit] celui qui dit qu'un herem non spécifié va au bedek habayit. Le Ri explique qu'elle s'accorde même avec celui qui dit [qu'un herem non spécifié revient] aux kohanim : bien que ces biens leur soient permis et qu'aucune takala ne les concerne, cela ne vaut qu'après qu'ils sont parvenus entre les mains du kohen, mais pas avant, comme il est dit au chapitre Kol Pesoulei HaMoukdachin (Bekhorot 32a) : "les haramim, tant qu'ils sont entre les mains du propriétaire, sont comme du hekdech à tous égards, et l'on est passible de meila à leur sujet". Et si tu objectes : s'il en est ainsi, pourquoi préciser "à notre époque" -- il en irait de même du temps du Temple ? On peut répondre : du temps du Temple, où les choses consacrées étaient courantes, on était expert et vigilant en matière de sainteté ; mais aujourd'hui qu'elles ne le sont plus, on n'est pas vigilant. Ou bien : du temps du Temple les kohanim étaient nombreux, le propriétaire n'avait pas besoin de garder le bien chez lui et le remettait immédiatement au kohen.
💡 Explication

Rava change de terrain : la raison n'est plus une invalidité de la bête, mais la crainte d'un accident rituel -- la takala. Ce n'est plus une propriété de l'animal, c'est un risque lié à celui qui le garde.

Pour montrer que cette crainte peut aller jusqu'à faire mourir une bête, Rava s'appuie sur une baraita relative à l'époque post-destruction. Trois actes de consécration y sont interdits : le hekdech (consécration simple), l'erekh (vou de donner la valeur-barème d'une personne au Temple) et le herem (interdit voué). Rachi précise que la baraita suppose qu'un hekdech ou un herem non spécifié va au bedek habayit, l'entretien de l'édifice -- ce qui, sans Temple, ne laisse aucune issue au bien consacré.

🖼️ Schéma
La baraita be-zman ha-ze : que faire de ce qui a été consacré par erreur Trois actes interdits aujourd hui -- hekdech, erekh, herem -- et trois remèdes selon la matière Interdit : ein makdichin, ein maarikhin, ein maharimin -- parce que l'on craint la takala Un ANIMAL tiaker -- il est supprimé Définition donnée par la baraita : on verrouille la porte devant lui et il meurt de lui-même. On ne le tue pas de sa main : ce serait FRUITS, VÊTEMENTS, USTENSILES yerakvou -- ils pourrissent Matières périssables : il suffit de les mettre de côté et d'attendre leur décomposition. Aucun profit n'en est tiré. ARGENT, MÉTAL yolikh le-yam ha-melah Ce qui ne pourrit pas doit être rendu définitivement inaccessible : on le porte à la mer Morte. Tossefot compare au cas de Poumbedita. Ce que Rava en tire Si la simple crainte d'une takala suffit déjà à faire MOURIR une bête consacrée par erreur, la même crainte peut expliquer la mort du taureau et du bouc de Kippour.
La baraita be-zman ha-ze : les trois actes interdits et les trois remèdes selon la matière du bien consacré.
4
וְאִם הִקְדִּישׁ וְהֶעֱרִיךְ וְהֶחְרִים, בְּהֵמָה — תֵּיעָקֵר. פֵּירוֹת כְּסוּת וְכֵלִים — יֵרָקְבוּ, מָעוֹת וּכְלֵי מַתָּכוֹת — יוֹלִיךְ הֲנָאָה לְיָם הַמֶּלַח. וְאֵי זֶה הוּא עִיקּוּר — נוֹעֵל דֶּלֶת לְפָנֶיהָ, וְהִיא מֵתָה מֵאֵלֶיהָ.

Et s'il a consacré, value ou voué par herem : un animal -- qu'il soit supprimé (yeaker) ; des fruits, des vêtements et des ustensiles -- qu'ils pourrissent ; de l'argent et des ustensiles de métal -- qu'il en porte le bénéfice à la mer Morte. Et qu'est-ce que l'ikkour (la suppression) ?

Il verrouille la porte devant lui, et il meurt de lui-même.

🗂️ Tossefot (1)
פֵּירוֹת כְּסוּת וְכֵלִים יֵרָקְבוּ תֵּימַהּ דְּבַעֲרָכִין פֶּרֶק הַמַּקְדִּישׁ (עֲרָכִין דַּף כט.) אָמְרִינַן הָהוּא גַּבְרָא דְּאַחְרְמִינְהוּ לְנִכְסֵיהּ בְּפֻומְבְּדִיתָא אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה אֲמַר לֵיהּ זִיל שְׁקוֹל ד' זוּזֵי וְשָׁדֵי בְּנַהֲרָא וְאַמַּאי לָא קָאָמַר לֵיהּ כִּדְתַנְיָא הָכָא פֵּירוֹת כְּסוּת וְכֵלִים יֵרָקְבוּ וְכוּ' וְיֵשׁ לוֹמַר הָתָם מַיְירֵי בִּמְקַרְקְעֵי וְאוֹתָם אֵין לָהֶם תַּקָּנָה אֶלָּא בְּחִילּוּל דְּאִי אָמְרִינַן יַנִּיחֶנָּה בּוּרָה וְלֹא תֵּיעָבֵד וְלֹא תִּזָּרַע שָׂדוֹת בּוֹרוֹת אִיכָּא טוּבָא וְלֵיכָּא הֶיכֵּירָא וְאָתֵי בָּהּ לִידֵי תַקָּלָה וא"ת וְהָא עַל כָּרְחָךְ מִטַּלְטְלֵי נָמֵי הָווּ מִדְּפָרִיךְ הָתָם וְהָא עֻובְדָּא דְּפוּמְבְּדִיתָא קַרְקַע נָמֵי הֲוָה מִכְּלָל דְּמִטַּלְטְלֵי נָמֵי הֲוָה מִיהוּ לֹא עָשׂוּ תַּקָּנָה בְּחִילּוּל אֶלָּא מְקַרְקְעֵי אֲבָל מִטַּלְטְלֵי עֲבוּד לְהוּ כְּדִמְפָרֵשׁ הָכָא וכ"ש דְּנִיחָא טְפֵי דְּמַקְשֶׁה הַשַּׁ"ס בִּפְשִׁיטוּת בִּמְקַרְקְעֵי נָמֵי הָווּ וּמְנָא לֵיהּ דִּילְמָא רַק בְּמִטַּלְטְלֵי אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ מְקַרְקְעֵי נָמֵי הָווּ מִדַּעֲבַד תַּקָּנָה בְּחִילּוּל:
Cela est étonnant : dans Arakhin, chapitre HaMakdich (29a), il est dit qu'un homme avait voué ses biens par herem à Poumbedita ; il vint devant Rav Yehouda, qui lui dit : va prendre quatre zouz et jette-les dans le fleuve. Pourquoi ne lui a-t-il pas dit ce qui est enseigné ici -- "fruits, vêtements et ustensiles : qu'ils pourrissent", etc. ? On peut répondre : là-bas il s'agit de biens immobiliers, pour lesquels il n'existe d'autre remède que le rachat (hiloul) ; car si nous disions qu'il laisse le champ en friche, sans le travailler ni l'ensemencer -- il y a beaucoup de champs en friche, il n'y aurait aucun signe distinctif, et l'on en viendrait à une takala. Et si tu objectes : il y avait forcément aussi des biens meubles, puisqu'on demande là-bas "mais le cas de Poumbedita, c'était aussi de la terre !", ce qui implique qu'il y avait également du mobilier -- [on répond] que l'on n'a institué le remède du rachat que pour l'immobilier, tandis que pour le mobilier on a fait comme il est expliqué ici. Et cela s'accorde d'autant mieux que le Talmud objecte comme une évidence qu'il y avait aussi de l'immobilier : d'où le sait-il ? Peut-être n'y avait-il que du mobilier ! Mais forcément il y avait aussi de l'immobilier, puisqu'il a appliqué le remède du rachat.
💡 Explication

La baraita distingue trois régimes selon la matière du bien : ce qui vit est supprimé, ce qui pourrit est laissé pourrir, ce qui ne se dégrade pas est rendu inaccessible en le portant à la mer Morte. Dans les trois cas, l'objectif est identique : qu'aucun profit ne soit tiré d'un bien consacré devenu inutilisable.

Le détail décisif pour notre sougya est la définition de l'ikkour : on ne tue pas la bête de sa main, on verrouille la porte devant elle et elle meurt d'elle-même. Voilà une bête consacrée que l'on fait mourir par simple crainte d'un accident -- exactement le précédent dont Rava avait besoin.

5
תַּקָּלָה דְּמַאי? אִי תַּקָּלָה דְּהַקְרָבָה, אֲפִילּוּ כָּל רְעִיּוֹת נָמֵי! אִי תַּקָּלָה דְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה, אֲפִילּוּ כָּל רְעִיּוֹת נָמֵי!

Une takala de quoi ? Si c'est une takala d'offrande -- cela vaudrait aussi pour toutes les [bêtes] laissées au pâturage !

Si c'est une takala de tonte et de travail -- cela vaudrait également pour toutes les [bêtes] laissées au pâturage !

📜 Rachi (1)
כָּל רוֹעוֹת כָּל הָנֵי דַּאֲמוּר רַבָּנָן יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ נִיחוּשׁ שֶׁמָּא יַקְרִיבֵם:
Toutes celles dont les Sages ont dit qu'elles paissent jusqu'à ce qu'elles deviennent défectueuses : craignons donc qu'il ne les offre !
💡 Explication

La guemara met la réponse de Rava à l'épreuve. Une explication n'est valable que si elle distingue : il faut qu'elle vaille pour le taureau et le bouc de Kippour, et pas pour les nombreuses bêtes consacrées que les Sages laissent simplement paître jusqu'à ce qu'un défaut apparaisse.

Deux takalot sont envisagées. La takala d'offrande : on pourrait offrir par erreur une bête qui ne le doit pas. La takala de tonte et de travail (guiza et avoda) : on pourrait tirer un profit interdit d'un bien consacré, ce qui constitue une meila. Or les deux risques menacent tout autant les bêtes au pâturage. Le critère ne discrimine pas encore.

6
לְעוֹלָם תַּקָּלָה דְּהַקְרָבָה, וְהָנָךְ דְּלָאו בְּנֵי הַקְרָבָה נִינְהוּ — לָא טְרִיד בְּהוּ, הָךְ דְּבַת הַקְרָבָה הִיא — טְרִיד בָּהּ.

En réalité c'est bien une takala d'offrande ; et celles-là, qui ne sont pas aptes à être offertes [elles-mêmes], il ne s'en préoccupe pas ; celle-ci, qui est apte à être offerte, il s'en préoccupe.

📜 Rachi (3)
וְהָנָךְ דְּלָאו בְּנֵי הַקְרָבָה נִינְהוּ שְׁאָר רוֹעוֹת אֵינָן עוֹמְדוֹת לִיקָּרֵב הָנֵי עַצְמָן אֶלָּא דְּמֵיהֶן:
Les autres bêtes au pâturage ne sont pas destinées à être offertes elles-mêmes, mais seulement leur valeur [après vente, on achète l'offrande].
לָא טְרִיד בְּהוּ אֵינוֹ מְהַרְהֵר בְּהַקְרָבָתָן וּמַסִּיחַ דַּעְתֵּיהּ מֵהַקְרָבָה דִּידְהוּ:
Il ne songe pas à les offrir, et il détourne son esprit de leur offrande.
הָךְ דְּבַת הַקְרָבָה הִיא ליוה"כ הַבָּא טְרִיד בְּהוּ לִבּוֹ עַל הַקְרָבָתוֹ וְדִילְמָא מַקְרִיב לָהּ מִקַּמֵּי יוה"כ:
[Elle est apte à être offerte] au Yom Kippour suivant : il s'en préoccupe, son cœur est tourné vers son offrande -- et peut-être l'offrira-t-il avant Yom Kippour.
💡 Explication

La réponse tient à un mot : tarid -- être préoccupé, avoir l'esprit occupé par quelque chose. Les bêtes laissées au pâturage ne seront jamais offertes en tant que telles : Rachi le précise, seule leur valeur servira, après vente, à acheter une offrande. Leur propriétaire s'en désintéresse, il n'y pense plus.

Le taureau et le bouc de Kippour, au contraire, restent parfaitement aptes au service pour le Kippour suivant. Le kohen gadol les attend, il y pense -- et c'est justement cette attention qui crée le danger : il pourrait les offrir trop tôt, ou les confondre. Le critère retenu n'est donc pas l'invalidité de la bête, mais l'état d'esprit de celui qui la garde.

🖼️ Schéma
La takala : pourquoi certaines bêtes PAISSENT et d'autres MEURENT Le critère de Rava, testé par la guemara aux segments 4 et 5 Une bête consacrée devenue inutilisable Elle-même n'est PAS offrable On ne pourra jamais offrir cette bête-ci : seule sa VALEUR servira, après vente, à acheter l'offrande. Le propriétaire s'en désintéresse. lo tarid beho -- son esprit n'y est plus Elle-même reste offrable Le taureau et le bouc de Kippour seront encore bons pour le service au Kippour suivant. Le kohen gadol y pense, il les attend. tarid ba -- il pourrait les offrir trop tôt Elle PAÎT jusqu'au moum, puis vente Elle MEURT (ikkour, porte fermée) Ce qui est écarté au segment 4 Ni la tonte (guiza) ni le travail (avoda) ne peuvent être la takala redoutée : ces meiloth menacent exactement de la même façon toutes les bêtes que les Sages laissent paître. Le critère doit DISTINGUER.
Le partage décisif : la bête dont l'esprit se détourne paît, celle qui reste dans l'esprit du kohen doit mourir.
7
וְתַקָּלָה עַצְמָהּ תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא חֲדָא: פֶּסַח שֶׁלֹּא קָרַב בְּרִאשׁוֹן — יִקְרַב בַּשֵּׁנִי, בַּשֵּׁנִי — יִקְרַב לַשָּׁנָה הַבָּאָה. וְתַנְיָא אִידָךְ: לֹא יִקְרַב. מַאי לַָאו, בְּתַקָּלָה פְּלִיגִי?

Et la takala elle-même est [l'objet d'une divergence] de tannaim. Car il a été enseigné dans une baraita : un [agneau de] pessa'h qui n'a pas été offert au premier [pessa'h] -- qu'il soit offert au second ; [et s'il ne l'a pas été] au second -- qu'il soit offert l'année suivante.

Et il a été enseigné dans une autre baraita : qu'il ne soit pas offert. N'est-ce pas sur la takala qu'ils divergent ?

📜 Rachi (2)
תַּנָּאֵי הִיא אִיכָּא דְּחָייֵשׁ וְאִיכָּא דְּלָא חָיֵישׁ:
Il y en a qui craignent [la takala] et il y en a qui ne la craignent pas.
יִקְרַב בַּשֵּׁנִי בְּפֶסַח שֵׁנִי יִמָּכֵר לְטָמֵא וְשֶׁהָיָה בְּדֶרֶךְ רְחוֹקָה:
Au second pessa'h : il sera vendu à celui qui était impur ou qui se trouvait sur une route lointaine.
🗂️ Tossefot (1)
וְתַקָּלָה עַצְמָהּ תַּנָּאֵי הִיא הָכָא לָא מַיְיתֵי תַּנָּאֵי דִּפְלִיגִי בספ"ק דִּפְסָחִים (דַּף כ:) בְּתַקָּלָה וְהָתָם לָא מַיְיתֵי הָנֵי תַּנָּאֵי דְּהָכָא מִשּׁוּם דְּמַיְיתִי דָּמֵי לִדְמֵי:
Ici, on n'apporte pas les tannaim qui divergent sur la takala à la fin du premier chapitre de Pessahim (20b), et là-bas on n'apporte pas ceux d'ici -- parce que l'on rapproche les cas semblables les uns des autres (dami le-dami).
💡 Explication

La guemara cherche à savoir si la crainte de la takala est une position tannaitique réelle -- ce qui donnerait à Rava une base solide -- ou une invention d'amora. Elle produit deux baraitot contradictoires sur un agneau de pessa'h non offert.

Le circuit normal est connu : non offert au 14 Nissan, l'agneau est vendu à quelqu'un qui était impur ou en derekh rehoka (route lointaine) et sera offert au pessa'h cheni (Rachi). La question porte sur la suite : peut-on le garder une année entière ? Une baraita dit oui, l'autre non. La divergence porterait alors précisément sur la crainte d'un accident pendant cette longue attente.

🖼️ Schéma
Le pessa'h non offert : deux baraitot, deux lectures possibles Le cas : un agneau mis à part pour le pessa'h, non offert au 14 Nissan Il est vendu à un impur ou à un homme en route lointaine, pour le pessa'h cheni (Rachi). Et s'il n'a pas été offert non plus au pessa'h cheni ? Baraita A : yikrav le-chana ha-baa Il sera offert l'année suivante. On le garde donc une année entière sans redouter d'accident. Baraita B : lo yikrav Il ne sera pas offert l'année suivante. Quelque chose interdit de le conserver jusque-là. Lecture 1 : mahloket sur la TAKALA A ne craint pas l'accident, B le craint. La takala serait donc bien une question tannaitique, comme Rava le suppose. Retenue au segment 8 Lecture 2 : mahloket sur l'ÂGE Personne ne craint la takala : A suit Rabbi (365 jours, l'agneau peut n'avoir pas un an), B suit les rabbanan (douze mois : trop vieux). Réfutée par vekhen ha-maot
Deux baraitot sur l'agneau de pessa'h reporté, et les deux façons possibles d'expliquer leur désaccord.
8
לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא [לָא] חָייְשִׁינַן לְתַקָּלָה, וְהָכָא בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי וְרַבָּנַן קָא מִיפַּלְגִי, וְלָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי, הָא רַבָּנָן.

Non : tout le monde s'accorde à ne pas craindre la takala, et ici c'est sur la divergence entre Rabbi et les Sages qu'ils divergent. Et ce n'est pas difficile : celle-ci [suit] Rabbi, celle-là [suit] les Sages.

📜 Rachi (1)
הָא רַבִּי דְּאָמַר מִפֶּסַח לְפֶסַח אֶפְשָׁר לוֹ שֶׁלֹּא עָבְרָה שְׁנָתוֹ ואע"פ שֶׁהֻופְרַשׁ לְאַחַר שְׁמוֹנָה לְלֵידָתוֹ דְּאִלּוּ מְחֻוסַּר זְמַן לָא קַדִּישׁ:
Celle-ci [suit] Rabbi, qui dit que d'un pessa'h à l'autre il est possible que son année ne soit pas passée -- et cela même s'il a été mis à part après le huitième jour de sa naissance, car un animal encore trop jeune (mehoussar zman) ne peut pas être consacré.
💡 Explication

La guemara propose une lecture concurrente qui neutralise la preuve. Le désaccord des deux baraitot ne porterait pas sur la takala, mais sur le compte de l'année -- la mahloket citée à la fin de 65b entre Rabbi (365 jours solaires) et les rabbanan (douze mois de date à date).

Selon Rabbi, un agneau peut n'avoir toujours pas atteint un an d'un pessa'h à l'autre : il reste offrable, d'où la première baraita. Selon les rabbanan, il l'a forcément dépassé : il est invalide, d'où la seconde. Rachi ajoute une précision technique : même mis à part après son huitième jour -- une bête plus jeune est mehoussar zman et ne peut pas être consacrée -- le cas reste possible.

9
וְהַתַּנְיָא: וְכֵן הַמָּעוֹת! אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינָּה — בְּתַקָּלָה פְּלִיגִי, שְׁמַע מִינָּה.

Mais n'a-t-il pas été enseigné : "et de même l'argent" ! Il faut donc bien en déduire qu'ils divergent sur la takala.

Déduis-en effectivement.

📜 Rachi (1)
וְכֵן הַמָּעוֹת שֶׁהִפְרִישׁוֹ לְפֶסַח אַל יִקְרְבוּ לַשָּׁנָה הַבָּאָה וְאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר יִקְרְבוּ:
L'argent mis à part pour le pessa'h : qu'il ne serve pas [à une offrande] l'année suivante ; et il y a un avis selon lequel il peut servir.
💡 Explication

La réfutation est d'une élégance minimale : la même baraita ajoute vekhen ha-maot -- "et de même l'argent" mis à part pour acheter le pessa'h fait l'objet du même désaccord. Rachi le confirme : selon l'un cet argent ne peut plus servir l'année suivante, selon l'autre il le peut.

Or l'argent n'a pas d'âge. La mahloket entre Rabbi et les rabbanan sur le compte de l'année est ici sans prise : la lecture du segment précédent s'effondre. Il ne reste qu'une explication capable de couvrir à la fois l'agneau et les pièces -- la crainte de la takala. Chema mina : Rava avait bien une base tannaitique.

🖼️ Schéma
vekhen ha-maot : le mot qui tranche La baraita ajoute : et de même l'ARGENT mis à part pour le pessa'h Même divergence : selon l'un il peut servir l'année suivante, selon l'autre non. Le test tue la lecture 2 De l'argent n'a pas d'âge. La mahloket Rabbi / rabbanan sur le compte de l'année ne peut rien y faire. L'explication par l'âge s'effondre. Il ne reste que la takala Seul un souci d'accident rituel peut distinguer les deux baraitot pour de l'argent comme pour un agneau. chema mina -- déduis-en effectivement Rava est confirmé : la crainte de la takala est une position tannaitique réelle, sur laquelle il pouvait s'appuyer.
L'argent n'a pas d'âge : ce seul mot élimine l'explication par le compte de l'année et confirme Rava.
10
מַתְנִי׳ בָּא לוֹ אֵצֶל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ, וְסוֹמֵךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו וּמִתְוַדֶּה. וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר: אָנָּא הַשֵּׁם! חָטְאוּ, עָווּ, פָּשְׁעוּ לְפָנֶיךָ עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל. אָנָּא הַשֵּׁם! כַּפֶּר נָא לַחֲטָאִים וְלָעֲוֹנוֹת וְלַפְּשָׁעִים שֶׁחָטְאוּ וְשֶׁעָווּ וְשֶׁפָּשְׁעוּ לְפָנֶיךָ עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל, כַּכָּתוּב בְּתוֹרַת מֹשֶׁה עַבְדֶּךָ לֵאמֹר: ״כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר אֶתְכֶם מִכֹּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי ה׳ תִּטְהָרוּ״.

MICHNA. Il vient auprès du bouc émissaire (sair ha-michtaleah), pose ses deux mains sur lui (semikha) et se confesse.

Et voici ce qu'il disait : "De grâce, Hachem ! Ils ont fauté, ils ont commis des iniquités, ils se sont révoltés devant Toi, Ton peuple, la maison d'Israël.

De grâce, Hachem ! Expie donc les fautes, les iniquités et les révoltes par lesquelles ils ont fauté, ont commis des iniquités et se sont révoltés devant Toi, Ton peuple, la maison d'Israël -- comme il est écrit dans la Tora de Moche Ton serviteur, disant : car en ce jour il expiera pour vous, afin de vous purifier ; de toutes vos fautes, devant Hachem, vous serez purs."

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' בָּא לוֹ אֵצֶל שָׂעִיר הַשְׁתָּא הָדַר תַּנָּא לְמִילְּתֵיהּ לְאוֹרוֹיֵי בְּסֵדֶר הָעֲבוֹדָה וְקָאָמַר דִּלְאַחַר שֶׁגָּמַר כֹּהֵן גָּדוֹל מַתַּן דָּמִים שֶׁל פַּר וְשָׂעִיר כְּדִסְלִיק פִּירְקִין דְּהוֹצִיאוּ לוֹ בָּא לוֹ הַכֹּהֵן אֵצֶל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בַּמָּקוֹם שֶׁהֶעֱמִידוֹ שָׁם כְּנֶגֶד בֵּית שִׁילּוּחוֹ כְּדַאֲמָרָן בְּפֶ' טָרַף בַּקַּלְפִּי (לְעֵיל יוֹמָא ד' מא:):
Maintenant le tanna revient à son propos, pour enseigner l'ordre du service. Il dit qu'après que le kohen gadol a achevé les aspersions du sang du taureau et du bouc -- là où s'achevait le chapitre Hotsiou Lo -- le kohen vient auprès du bouc émissaire, à l'endroit où on l'avait placé, face au lieu de son envoi, comme nous l'avons dit au chapitre Taraf BeKalpi (Yoma 41b).
⚖️ Rosh (1)
בָּא לוֹ אֵצֶל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ אִם מָצְאוּ חַי מִתְוַדֶּה עָלָיו. (דַּף סב.) מֵת אַחַר שֶׁהִגְרִיל יָבִיא שְׁנַיִם אֲחֵרִים וְיַגְרִיל וְיֹאמַר זֶה שֶׁעָלָה עָלָיו הַגּוֹרָל לַעֲזָאזֵל יִהְיֶה תַּחְתָּיו וּמִיהוּ זֶה לְדַעַת ר' שִׁמְעוֹן אֲבָל ר' יְהוּדָה סָבַר וִידּוּי מְעַכֵּב וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ לְגַבֵּי ר' שִׁמְעוֹן. וְכֵן הַדִּין אִם מֵת שֶׁל שֵׁם אַחַר הַגּוֹרָל יָבִיא שְׁנַיִם אֲחֵרִים וְיַגְרִיל וְיֹאמַר הַגּוֹרָל שֶׁעָלָה לַשֵּׁם יִהְיֶה תַּחְתָּיו. (דַּף סו.) וְכָךְ הָיָה אוֹמֵר חָטְאוּ עָווּ פָּשְׁעוּ לְפָנֶיךָ עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל וְכוּ':
"Il vient auprès du bouc émissaire" : s'il le trouve vivant, il se confesse sur lui. (62a) S'il est mort après le tirage au sort (goral), qu'il en amène deux autres, procède au tirage et déclare : celui sur lequel est monté le sort pour Azazel sera à sa place. Toutefois cela ne vaut que selon l'avis de Rabbi Chimon ; mais Rabbi Yehouda tient que le vidouy est indispensable (meakev), et la halakha suit son avis contre Rabbi Chimon. Et de même si celui [destiné] à Hachem est mort après le tirage : qu'il en amène deux autres, procède au tirage et déclare : le sort monté pour Hachem sera à sa place. (66a) Et voici ce qu'il disait : ils ont fauté, ils ont commis des iniquités, ils se sont révoltés devant Toi, Ton peuple Israël, etc.
💡 Explication

Après une longue digression, la michna reprend le fil du seder ha-avoda. Rachi le note explicitement : nous sommes juste après les aspersions du sang du taureau et du bouc, là où s'achevait le chapitre Hotsiou Lo ; le kohen gadol rejoint le bouc émissaire, laissé en attente face au lieu de son envoi.

Le vidouy est bâti sur deux mouvements symétriques : d'abord l'aveu (hatou, avou, pachou -- fautes par mégarde, iniquités délibérées, révoltes), puis la demande d'expiation reprenant les trois mêmes termes. Le sujet, répété deux fois, est amekha beit Israël -- c'est ce sujet qu'interrogera la guemara. Le tout est scellé par Vayikra 16,30, verset qui attribue la purification au jour lui-même.

🖼️ Schéma
La structure du vidouy sur le bouc émissaire Deux mouvements bâtis sur les mêmes trois verbes, puis le verset qui scelle Geste préalable : semikha des DEUX mains sur la tête du bouc vivant 1 -- L'AVEU ana Hachem hatou -- ils ont fauté (par mégarde) avou -- ils ont commis des iniquités pachou -- ils se sont révoltés 2 -- LA DEMANDE ana Hachem, kaper na la-hataim -- pour les fautes ve-la-avonot -- et les iniquités ve-la-pchaim -- et les révoltes Le sujet, répété aux deux mouvements : amekha beit Israël C'est ce sujet, et lui seul, que la guemara interrogera : pourquoi les fils d'Aharon n'y figurent-ils pas ? Sceau : ka-katouv be-torat Moche avdekha ki va-yom ha-ze yekhaper aleikhem... lifnei Hachem tit-haro (Vayikra 16,30) -- le verset qui nomme le jour lui-même comme agent de purification.
L'architecture du vidouy : aveu, demande, et verset de clôture -- avec le sujet qui fera problème.
11
וְהַכֹּהֲנִים וְהָעָם הָעוֹמְדִים בָּעֲזָרָה כְּשֶׁהָיוּ שׁוֹמְעִים שֵׁם הַמְּפֹורָשׁ שֶׁהוּא יוֹצֵא מִפִּי כֹּהֵן גָּדוֹל, הָיוּ כּוֹרְעִים וּמִשְׁתַּחֲוִים וְנוֹפְלִים עַל פְּנֵיהֶם, וְאוֹמְרִים: ״בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד״. מְסָרוֹ לְמִי שֶׁהָיָה מוֹלִיכוֹ. הַכֹּל כְּשֵׁרִין לְהוֹלִיכוֹ, אֶלָּא שֶׁעָשׂוּ הַכֹּהֲנִים גְּדוֹלִים קֶבַע, וְלֹא הָיוּ מַנִּיחִין אֶת יִשְׂרָאֵל לְהוֹלִיכוֹ.

Et les kohanim et le peuple qui se tenaient dans la azara (le parvis), lorsqu'ils entendaient le Nom explicite sortir de la bouche du kohen gadol, s'agenouillaient, se prosternaient et tombaient sur leur face, et disaient : "Béni soit le Nom de la gloire de Son royaume pour toujours et à jamais." Il le remettait à celui qui devait le conduire. Tous sont aptes à le conduire ; simplement, les kohanim gedolim en ont fait un usage fixe, et ils ne laissaient pas un Israël le conduire.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא שֶׁעָשׂוּ כֹּהֲנִים קֶבַע שֶׁהִרְגִּילוּ לַעֲשׂוֹת אֶת הַכֹּהֲנִים קֶבַע לִהְיוֹת מוֹלִיכִים אוֹתוֹ וְלֹא הָיוּ בֵּית דִּין שֶׁל כֹּהֲנִים מַנִּיחִין אֶת יִשְׂרָאֵל לְהוֹלִיכוֹ:
Ils ont pris l'habitude d'établir les kohanim en usage fixe pour le conduire, et le beit din des kohanim ne laissait pas un Israël le conduire.
💡 Explication

Deux choses distinctes se suivent. D'abord la réaction du parvis à l'audition du Chem ha-meforach : agenouillement, prosternation, face contre terre, et la formule Baroukh chem kevod malkhouto le-olam vaed -- que la liturgie de Kippour conserve encore aujourd'hui.

Ensuite, la remise du bouc à son convoyeur, et une formulation soigneusement dédoublée. En droit : ha-kol kecherin, tous sont aptes -- y compris un Israël ordinaire. En fait : les kohanim gedolim en ont fait un keva, un usage établi. Rachi précise que c'est le beit din des kohanim qui l'imposait. La michna signale ainsi un écart entre la loi et la pratique du Temple -- écart que R. Yossi va illustrer, et que la baraita du segment 14 fondera scripturairement.

🖼️ Schéma
Qui peut conduire le bouc au désert ? Le droit et l'usage LA HALAKHA : ha-kol kecherin Tous sont aptes à le conduire. Fondement au segment 14 : le mot ich du verset (Vayikra 16,21) vient précisément rendre apte le zar, le non-kohen. Un Israël ordinaire suffit. L'USAGE : assou kohanim keva En pratique, les kohanim gedolim en ont fait une règle fixe : seuls des kohanim. Rachi : le beit din des kohanim ne laissait pas un Israël le conduire. Un usage, non une exigence de la Tora. R. YOSSI (segment 11) : le contre-exemple Il est arrivé qu'Arsela -- Rachi : nom propre d'un homme -- conduise le bouc, et il était un Israël. Le récit prouve que l'usage n'a jamais eu force de loi : la michna dit bien ha-kol kecherin. R. Yossi corrige donc la portée du keva, sans contester qu'il ait existé.
Le droit dit tous ; l'usage des kohanim gedolim disait eux seuls -- et R. Yossi rappelle un contre-exemple.
12
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מַעֲשֶׂה וְהוֹלִיכוֹ עַרְסְלָא, וְיִשְׂרָאֵל הָיָה. וְכֶבֶשׁ עָשׂוּ לוֹ מִפְּנֵי הַבָּבְלִיִּים, שֶׁהָיוּ מְתַלְּשִׁים בִּשְׂעָרוֹ וְאוֹמְרִים לוֹ: טוֹל וָצֵא טוֹל וָצֵא.

Rabbi Yossi a dit : il est arrivé qu'Arsela le conduisit -- et il était un Israël. Et on lui fit une rampe (kevech) à cause des Babyloniens, qui lui arrachaient les poils et lui disaient : "Prends et va-t'en !

Prends et va-t'en !"

📜 Rachi (2)
עַרְסְלָא שֵׁם הָאִישׁ:
Nom de l'homme.
וְכֶבֶשׂ כְּמִין מַעֲלֶה עָשׂוּ לוֹ שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ וְיוֹצֵא דֶּרֶךְ אוֹתוֹ הַכֶּבֶשׂ חוּץ לָעֲזָרָה וְחוּץ לָעִיר כְּדֵי שֶׁלֹּא יוּכְלוּ הַבַּבְלִיִּים לִיגַע בַּמְשֻׁולָּח לְפִי שֶׁהָיוּ רְגִילִין לְתָלְשׁוֹ בִּשְׂעָרוֹ וְאוֹמְרִים לוֹ טוֹל מַהֵר וְצֵא וְאַל תַּשְׁהֶה עֲוֹנֹותֵינוּ אֶצְלֵנוּ עוֹד:
On lui fit une sorte de plan incliné surélevé ; il sortait par cette rampe hors de la azara et hors de la ville, afin que les Babyloniens ne puissent pas toucher [le bouc] envoyé -- car ils avaient coutume de lui arracher les poils en lui disant : prends vite et va-t'en, et ne laisse plus nos fautes chez nous.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאוֹמְרִים לוֹ : טֹל וָצֵא! טַל וְצֵא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁכּוֹפְלִים דִּבְרֵיהֶם עַל פִּי מַה שֶּׁאָמַרְנוּ בס"ד הַטַּעַם דְּ'קוֹשֵׁר לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית חֶצְיוֹ בְּסֶלַע וְחֶצְיוֹ בֵּין קַרְנָיו' כִּי הָאִשָּׁה נִבְרֵאת מִן הָעֶצֶם, וְלָכֵן קוֹלָהּ דַּק וְהָאִישׁ מִן הָאֲדָמָה לָכֵן קוֹלוֹ עָב, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּגְּמָרָא וְהַכַּפָּרָה תִּהְיֶה בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים לִזְכָרִים וְלַנְּקֵבוֹת וְלָכֵן קוֹשֵׁר חֶצְיוֹ בְּסֶלַע רֶמֶז לַזְּכָרִים שֶׁנִּבְרְאוּ מִן הָאֲדָמָה וְחֶצְיוֹ בֵּין קַרְנָיו שֶׁהֵם עֶצֶם רֶמֶז לַנְּקֵבוֹת שֶׁנִּבְרְאוּ מֵעֶצֶם וּכְשֶׁיַּלְבִּין זֶה וְזֶה אָז יֵדְעוּ שֶׁנִּשְׁלְמָה הַכַּפָּרָה לַזְּכָרִים וְלַנְּקֵבוֹת. לָכֵן כּוֹפְלִים הַדְּבָרִים טַל וְצֵא מִן הַזְּכָרִים טַל וְצֵא מִן הַנְּקֵבוֹת אוֹ חַד כְּנֶגֶד עוֹנוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם וְחַד כְּנֶגֶד עוֹנוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ אוֹ כְּנֶגֶד הַמְּזִידִין וְהַפְּשָׁעִים אוֹ כְּנֶגֶד כֹּהֲנִים וּכְנֶגֶד שְׁאָר יִשְׂרָאֵל דְּקַיְימָא לָן כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּסְבִירָא לֵיהּ גַּם כֹּהֲנִים מִתְכַּפְּרִים בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ. שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר : פְּלוֹנִי , מַהוּ לָעוֹלָם הַבָּא? אָמַר לָהֶם : לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל פְּלוֹנִי [סו:] מַקְשִׁים וַהֲלֹא מִשְׁנָה עֲרוּכָה בְּפֶרֶק חֵלֶק (מִשְׁנָה סַנְהֶדְרִין י, ב) דְּחָשֵׁיב שְׁלֹשָׁה מְלָכִים דַּוְקָא? וְעוֹד דְּאִתְּמַר שָׁם שֶׁרָצוּ לִמְנוֹתוֹ וְלֹא יָכְלוּ דִּתְחִילָּה בָּאָה דְּיוֹקָנוֹ שֶׁל אָבִיו וְאַחַר כָּךְ בָּאָה אֵשׁ מִן הַשָּׁמַיִם וְלִחֲכָה בְּסַפְסְלֵיהֶם, וְאַחַר כָּךְ יָצְאָה בַּת קוֹל מִן הַשָּׁמַיִם וְאָז הוֹדוּ וְהִסְכִּימוּ שֶׁלֹּא לְמַנּוֹתוֹ, וְאִיתָא שָׁם (סַנְהֶדְרִין קד:) דְּהֵם הָיוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה, וְאִם כֵּן קָשֶׁה בֵּין לַשּׁוֹאֲלִין בֵּין לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַמַּאי לֹא הֵשִׁיב לָהֶם דָּבָר זֶה נִפְתַּח בִּגְדוֹלִים אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה וְיָצָא לְאוֹרָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמֵעוֹלָם לֹא עָלָה עַל דַּעַת הַשּׁוֹאֲלִין לְהִסְתַּפֵּק אִם יֵשׁ לוֹ חֵלֶק אוֹ לָאו, וְהָרְאָיָה לֹא שֶׁאֵלּוּ 'פְּלוֹנִי, יֵשׁ לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא?' אֶלָּא שֶׁאֵלּוּ כָּךְ 'מַהוּ לָעוֹלָם הַבָּא?' וְכַוָּנַת הַשְּׁאֵלָה הוּא כִּי יָדוּעַ יֵשׁ צַדִּיק שֶׁנִּקְרָא 'בֶּן עוֹלָם הַבָּא' וְיֵשׁ נִקְרָא 'מְזֻמָּן לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא' וְזֶה גָּדוֹל מִן 'בֶּן עוֹלָם הַבָּא' שֶׁזֶּה מַעֲלֶה מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] בְּמָקוֹם גָּבוֹהַּ בְּיוֹתֵר, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים וְהֵבֵאתִי דְּבָרָיו בסה"ק אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ פָּרָשַׁת כִּי תָּבֹא יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן שְׁאָלוֹ ' מַהוּ לָעוֹלָם הַבָּא? ' רוֹצֶה לוֹמַר מֵאֵיזֶה מַדְרֵגָה הוּא אִם מֵאוֹתָם שֶׁהֵם בְּנֵי עוֹלָם הַבָּא, אוֹ אִם מֵאוֹתָם שֶׁמְּזֻומָּנִים לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא? וְהֵשִׁיב לָהֶם לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל פְּלוֹנִי , וַהֲלֹא שְׁאֵלָה זוֹ שָׁייְכָה עַל כָּל צַדִּיק וְצַדִּיק! וּבֶאֱמֶת הוּא יָדַע שֶׁשְּׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה הוּא מִן מַדְרֵגָה הָעֶלְיוֹנָה שֶׁל 'מְזֻמָּן לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא' אַךְ לֹא רָצָה לְהַגִּיד דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ.
"Et ils lui disaient : prends et va-t'en ! prends et va-t'en." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle ils redoublent leurs paroles rejoint ce que nous avons dit, avec l'aide du Ciel, au sujet du fait que l'on "attache un fil d'écarlate (lachon chel zehorit), moitié au rocher et moitié entre les cornes [du bouc]". La femme a été créée à partir de l'os, et c'est pourquoi sa voix est fine ; l'homme a été créé de la terre, et c'est pourquoi sa voix est grave. Et comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie dans la guemara, l'expiation de Yom Kippour vaut pour les mâles et pour les femelles. C'est pourquoi il en attache la moitié au rocher -- allusion aux mâles, créés de la terre -- et la moitié entre les cornes, qui sont de l'os -- allusion aux femelles, créées de l'os. Et lorsque l'un et l'autre blanchissent, on sait alors que l'expiation s'est accomplie pour les mâles et pour les femelles. C'est pourquoi ils redoublent les mots : prends et va-t'en pour les mâles, prends et va-t'en pour les femelles. Ou bien : l'un pour les fautes entre l'homme et Hachem, l'autre pour les fautes entre l'homme et son prochain. Ou bien l'un pour les fautes délibérées (mezidin) et l'autre pour les révoltes (pchaim). Ou encore l'un pour les kohanim et l'autre pour le reste d'Israël, puisque nous tranchons comme Rabbi Yehouda, qui tient que les kohanim aussi obtiennent l'expiation par le bouc émissaire. -- "On interrogea Rabbi Eliezer : Untel, qu'en est-il de lui pour le monde à venir ? Il leur répondit : vous ne m'avez interrogé que sur Untel [66b]." On objecte : n'est-ce pas une michna explicite au chapitre Helek (Sanhédrin X,2), qui ne compte que trois rois [privés du monde à venir] ? De plus, il est rapporté là-bas qu'ils voulurent le compter [parmi eux] et n'y parvinrent pas : d'abord apparut l'image (deyokna) de son père, puis un feu descendit du ciel et lécha leurs bancs, puis une voix céleste (bat kol) sortit du ciel -- et alors ils reconnurent et convinrent de ne pas le compter ; et il est dit là-bas (Sanhédrin 104b) que c'étaient les hommes de la Grande Assemblée. S'il en est ainsi, la difficulté vaut aussi bien pour ceux qui interrogeaient que pour Rabbi Eliezer : pourquoi ne leur a-t-il pas répondu que cette affaire a été ouverte par de grands hommes, les hommes de la Grande Assemblée, et qu'elle est déjà mise en lumière ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il n'est jamais venu à l'esprit de ceux qui interrogeaient de douter s'il a ou non une part [au monde à venir] ; la preuve : ils n'ont pas demandé "Untel, a-t-il une part au monde à venir ?", mais ils ont demandé ainsi : "qu'en est-il de lui pour le monde à venir ?". Le sens de la question est le suivant : on sait qu'il existe un juste appelé "fils du monde à venir" (ben olam haba) et un autre appelé "convié à la vie du monde à venir" (mezouman le-hayei olam haba) -- ce dernier degré est supérieur au premier, car celui-là fait monter les mayin noukvin (les eaux féminines, l'éveil d'en bas) en un lieu bien plus élevé, comme l'a dit notre maître le Ari zal dans le Chaar HaGuilgoulim, dont j'ai rapporté les paroles dans mon livre Aderet Eliyahou, section Ki Tavo -- vois là-bas. C'est pourquoi ils ont demandé "qu'en est-il de lui pour le monde à venir ?", c'est-à-dire : de quel degré relève-t-il -- de ceux qui sont fils du monde à venir, ou de ceux qui sont conviés à la vie du monde à venir ? Il leur répondit : "vous ne m'avez interrogé que sur Untel" -- or cette question vaut pour n'importe quel juste ! Et en vérité il savait que le roi Salomon, la paix soit sur lui, relève du degré supérieur de "convié à la vie du monde à venir" ; mais il ne voulut pas dire une chose qu'il n'avait pas entendue de la bouche de son maître.
💡 Explication

Deux souvenirs concrets. Le premier corrige la portée de l'usage : Arsela -- Rachi précise qu'il s'agit d'un nom propre -- à bel et bien conduit le bouc, et il n'était pas kohen. L'usage n'a donc jamais eu force de loi.

Le second décrit une difficulté de foule. Des Bavliim (Juifs originaires de Babylonie présents à Jérusalem) se pressaient sur le passage et arrachaient les poils du bouc en criant tol ve-tsé -- prends nos fautes et va-t'en. Rachi explique la solution : une rampe surélevée permettait au convoyeur de sortir de la azara puis de la ville hors de portée des mains. Réponse pratique à un problème d'affluence, non exigence rituelle.

🖼️ Schéma
Le kevech : une rampe surélevée pour protéger le convoyeur AZARA le bouc y reçoit le vidouy kevech -- rampe élevée hors de portée des mains SORTIE hors de la ville, vers le désert les Bavliim : ils arrachaient les poils du bouc -- tol ve-tsé ! tol ve-tsé ! Rachi : ils voulaient toucher la bête pour hâter le départ de leurs fautes -- au risque d'invalider l'envoi. La rampe est une réponse d'ingénieur à un problème de foule, pas une exigence rituelle.
Le kevech : un passage surélevé pour soustraire le bouc et son convoyeur à la foule des Bavliim.
13
גְּמ׳ וְאִילּוּ ״בְּנֵי אַהֲרֹן עַם קְדוֹשֶׁךָ״ לָא קָאָמַר. מַאן תְּנָא? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאִי כְּרַבִּי יְהוּדָה, הָא אָמַר: יֵשׁ לָהֶם כַּפָּרָה בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ.

GUEMARA. Alors que "les fils d'Aharon, Ton peuple saint", il ne le dit pas !

Quel est le tanna [de notre michna] ? Rabbi Yirmeya a dit : ce n'est pas Rabbi Yehouda -- car si c'était Rabbi Yehouda, n'a-t-il pas dit : ils ont une expiation par le bouc émissaire ?

🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה מִכָּאן אֲנִי מְתָרֵץ מַאי דִּפְלִיגִי ר' יְהוּדָה וְר' שִׁמְעוֹן בפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יג:) דְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר כֹּהֲנִים מִתְכַּפְּרִין בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ בִּשְׁאָר עֲבֵירוֹת ולר"ש לֵית לְהוּ כַּפָּרָה כְּלָל בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ וְקָאָמַר הָתָם מ"ט דְּר' שִׁמְעוֹן וְהֻוקְשָׁה לִי אַמַּאי לָא קָאָמַר טַעְמָא דר"ש מִדִּכְתִיב בְּפַר שְׁנֵי וִידּוּיִין וְדַם פַּר כִּדְאָמַר בָּתַר הָכֵי בִּשְׁלָמָא לְר' שִׁמְעוֹן. הַיְינוּ דְּבָעֵינַן שְׁנֵי וִידּוּיִין וְדָם פַּר וְנֵימָא דְּהַיְינוּ טַעְמָא דְּבָעֵינַן שְׁנֵי וִידּוּיִין וְלָא כִּדְמַסִּיק הָתָם לְרַבִּי יְהוּדָה כִּדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לְבֵיתוֹ מוּטָב שֶׁיָּבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב וְכוּ' וּמִכָּאן יֵשׁ לִי לְתָרֵץ דְּעַל כָּרְחֲךָ ר' שִׁמְעוֹן נַמֵּי אִית לֵיהּ דְּתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּהָא רַבִּי יִרְמְיָה מוּקֵי לְמַתְנִיתִין כְּר' שִׁמְעוֹן וַאֲפִילּוּ הָכִי תְּנַן בְּוִידּוּי רִאשׁוֹן דְּפַר אֲנִי וּבֵיתִי בְּפֶרֶק אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (לְעֵיל יוֹמָא דַּף לָהּ:) וּבְוִידּוּי שֵׁנִי בְּפֶרֶק טָרַף בַּקַּלְפִּי (לְעֵיל יוֹמָא דַּף מא:) תְּנַן וּבְנֵי אַהֲרֹן וְכוּ' וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא בַּגְּמָרָא (דַּף מג:) מִשּׁוּם דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל:
C'est d'ici que je résous la divergence entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon au premier chapitre de Chevouot (13b) : Rabbi Yehouda tient que les kohanim obtiennent l'expiation par le bouc émissaire pour les autres transgressions, tandis que selon Rabbi Chimon ils n'ont aucune expiation par le bouc émissaire ; et l'on demande là-bas : quelle est la raison de Rabbi Chimon ? Or il m'a paru difficile : pourquoi ne pas donner comme raison de Rabbi Chimon le fait qu'il est écrit à propos du taureau deux vidouyim et le sang du taureau, comme il est dit ensuite "cela va bien selon Rabbi Chimon -- c'est pourquoi il faut deux vidouyim et le sang du taureau" ? Disons donc que telle est la raison : parce qu'il faut deux vidouyim -- et non comme on conclut là-bas pour Rabbi Yehouda, selon l'enseignement de l'école de Rabbi Yichmael : "un pour lui et un pour sa maison -- mieux vaut que vienne l'innocent et qu'il expie pour le coupable", etc. Et d'ici je puis résoudre [la difficulté] : Rabbi Chimon aussi admet forcément l'enseignement de l'école de Rabbi Yichmael, puisque Rabbi Yirmeya établit notre michna selon Rabbi Chimon, et que pourtant nous avons appris, dans le premier vidouy sur le taureau, "moi et ma maison", au chapitre Amar Lahem HaMemoune (Yoma 35b), et dans le second vidouy, au chapitre Taraf BeKalpi (Yoma 41b), nous avons appris "et les fils d'Aharon", etc. -- et la guemara (43b) en explique la raison par l'enseignement de Rabbi Yichmael.
💡 Explication

La guemara compare les vidouyim de la journée. Sur le taureau, le kohen gadol dit d'abord ani ou-veiti (moi et ma maison), puis, au second vidouy, ou-vnei Aharon am kedochekha -- les fils d'Aharon y sont explicitement nommés. Sur le bouc émissaire, en revanche, il ne mentionne que amekha beit Israël.

Ce silence devient un indicateur d'attribution. Rabbi Yirmeya en déduit que notre michna ne suit pas Rabbi Yehouda, qui soutient (Chevouot 13b) que les kohanim obtiennent eux aussi l'expiation par le bouc émissaire pour les transgressions ordinaires : si tel était le cas, le vidouy devrait les nommer. La michna suivrait donc Rabbi Chimon, pour qui les kohanim n'ont aucune part à cette expiation.

🖼️ Schéma
Les trois vidouyim de Kippour, et la question des kohanim Notre michna ne nomme qu'Israël : d'où la question de la guemara au segment 12 1 -- sur le TAUREAU Yoma 35b ani ou-veiti moi et ma maison le kohen gadol et les siens 2 -- sur le TAUREAU (2e) Yoma 41b ou-vnei Aharon am kedochekha et les fils d'Aharon, Ton peuple saint tout le sacerdoce est nommé 3 -- sur le BOUC (notre michna) Yoma 66a amekha beit Israël Ton peuple, la maison d'Israël les kohanim ne sont PAS nommés Question : les kohanim obtiennent-ils l'expiation par le bouc émissaire ? R. YEHOUDA (Chevouot 13b) Oui : pour les autres transgressions, les kohanim sont expiés comme Israël par le bouc émissaire. Difficulté : le vidouy devrait alors les nommer. R. Yirmeya en conclut : la michna n'est pas R. Yehouda. R. CHIMON Non : les kohanim n'ont aucune expiation par le bouc émissaire ; ils l'ont par le sang du taureau. Le silence du vidouy s'explique de lui-même. C'est l'attribution proposée par R. Yirmeya. ABAYE (segment 13) : on peut même dire que c'est R. Yehouda Les kohanim sont compris dans amekha beit Israël : le vidouy n'a pas à énumérer chaque groupe.
Le silence du vidouy sur les kohanim, lu comme une prise de position dans la mahloket R. Yehouda / R. Chimon.
14
אַבַּיֵּי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יְהוּדָה, אַטּוּ כֹּהֲנִים לָאו בִּכְלַל ״עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל״ נִינְהוּ?

Abaye a dit : tu peux même dire que c'est Rabbi Yehouda -- est-ce à dire que les kohanim ne seraient pas compris dans "Ton peuple, la maison d'Israël" ?

💡 Explication

Abaye refuse l'inférence. L'argument de Rabbi Yirmeya suppose que le vidouy doive énumérer tous les bénéficiaires de l'expiation ; or il suffit qu'il les englobe. Les kohanim font partie d'Israël : la formule amekha beit Israël les couvre sans les nommer.

Notre michna redevient donc compatible avec Rabbi Yehouda, et le silence du texte cesse d'être un indice d'attribution. Reste que la question demeure ouverte pour les vidouyim sur le taureau, où les fils d'Aharon sont bel et bien nommés à part -- difficulté que Tossefot traite au segment précédent.

15
מְסָרוֹ לְמִי שֶׁמּוֹלִיכוֹ. תָּנוּ רַבָּנַן: ״אִישׁ״ — לְהַכְשִׁיר אֶת הַזָּר, ״עִתִּי״ —

"Il le remettait à celui qui devait le conduire." Les Sages ont enseigné : "un homme" (ich) -- pour rendre apte le zar (le non-kohen) ; "préparé" (iti) --

💡 Explication

La baraita vient fonder dans le verset ce que la michna affirmait comme règle : ha-kol kecherin. Le verset dit ve-chilah be-yad ich iti ha-midbara (Vayikra 16,21). Le mot ich paraît superflu -- on comprendrait de toute façon qu'il s'agit d'un homme ; la dracha lui donne donc une fonction précise : le-hakhchir et ha-zar, rendre apte le non-kohen.

Le daf s'interrompt sur le mot suivant, iti (préparé, désigné d'avance), dont la dracha commence sans s'achever. La suite -- qui d'autre ce mot rend apte -- se lit en Yoma 66b.

🖼️ Schéma
La dracha du verset : chaque mot rend apte quelqu un ve-chilah be-yad ICH ITI ha-midbara (Vayikra 16,21) et il l'enverra par la main d'un homme préparé, au désert ICH -- un homme le-hakhchir et ha-zar Le mot serait superflu : on saurait déjà qu'il s'agit d'un homme. Il vient donc rendre apte le non-kohen. ITI -- préparé, désigné La dracha s'interrompt ici : le daf s'arrête au milieu de la phrase. La suite est en Yoma 66b On y apprendra qui d'autre le mot rend apte. La baraita fournit ainsi la base scripturaire du ha-kol kecherin de la michna -- et mesure l'écart avec l'usage des kohanim.
La dracha qui fonde le ha-kol kecherin de la michna, interrompue au milieu et poursuivie en 66b.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).