Yoma 66b -- Ich iti : le convoyeur du bouc émissaire, et l'homme qui ne disait rien qu'il n'eût entendu

Yoma 66b

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la baraita qui épuise les trois mots be-yad ich iti (Vayikra 16,21) : ich rend apte le zar (non-kohen) malgré le mot kapara ; iti au sens de mezouman impose de désigner le convoyeur dès la veille ; iti au sens de "en son temps" permet l'envoi même un Chabbat et même en état de toum'a. À chaque fois la guemara demande lemai hilkheta, quel interdit réel est écarté : Rav Chechet répond que le bouc malade est porté sur l'épaule, ce qui oblige à discuter le principe haï nosse et atsmo de Rabbi Natan (résolu par hole chani), et que le convoyeur devenu impur entre malgré tout dans la azara pour y recevoir l'animal.

Rafram en tire que Kippour ne connaît ni hotsaa ni erouv -- déduction que Tossefot rappelle avoir été disqualifiée comme bedouta dans Keritot. Vient alors une longue galerie d'anecdotes : les élèves posent à Rabbi Eliezer les trois questions pratiques que la guemara vient de traiter, puis des questions d'aggada et de halakha, et il les esquive toutes -- non par ignorance, précise la guemara, mais parce qu'il n'a jamais dit une chose qu'il n'avait pas entendue de son maître ; les Sages, eux, tranchent les trois cas par l'affirmative.

La question d'une femme savante sur l'inégalité des morts au veau d'or ouvre la sougya centrale : Rav et Levi répartissent l'épée, la maguefa et le hidrokan soit selon la gravité de l'acte, soit selon l'état de la preuve. Rav Yehouda exempte la tribu de Levi tout entière, et Ravina sauve cette thèse en relisant Devarim 33,9 : le père, les frères et les fils y sont des parents du côté maternel, donc des Israël.

Le daf revient enfin à la michna -- les arracheurs de poils étaient des Alexandrins et non des Babyloniens, leur cri est restitué en araméen -- et repart sur la route du désert : les notables de Jérusalem escortent le convoyeur jusqu'à la première des dix soukot qui jalonnent le chemin du tsouk.

Yoma 66b : du convoyeur du bouc au veau d'or, puis retour à la route Une baraita sur trois mots du verset, une longue digression sur Rabbi Eliezer, et la michna qui repart vers le désert A -- Seg 0 à 5 : la dracha de ich iti ich : le zar (non-kohen) est apte -- malgré le mot kapara mezouman : le convoyeur est désigné dès la veille iti (1) : même un Chabbat -- il porte le bouc malade iti (2) : même impur -- il entre tame dans la azara Deux incidentes : Rabbi Natan (haï nosse et atsmo) et Rafram (pas de hotsaa à Kippour) -- réfuté par Tossefot B -- Seg 6 à 10 : Rabbi Eliezer esquive 3 questions pratiques sur le bouc : il répond à côté puis des questions de aggada et de halakha : idem les Sages, eux, tranchent les trois cas pratiques Seg 10 -- la clé du personnage : ce n'est pas qu'il éludait faute de savoir, c'est qu'il n'a jamais dit ce qu'il n'avait pas entendu de son maître C -- Seg 11 à 16 : le veau d'or, greffé sur une esquive Une femme savante demande : les actes étaient égaux, pourquoi trois morts différentes ? Première lecture (Rav ou Levi) selon l'ACTE : sacrifié et encensé / étreint et embrassé / simple joie intérieure Seconde lecture (l'autre) selon la PREUVE : témoins + hatraa / témoins seuls / ni témoins ni hatraa Seg 14 à 16 -- Rav Yehouda : la tribu de Levi n'a pas fauté du tout objection tirée de Devarim 33,9 -- Ravina : le père, les frères et les fils y sont des parents du côté maternel, des Israël D -- Seg 17 à 19 : retour à la michna et départ vers le tsouk Qui arrachait les poils du bouc ? pas des Babyloniens : des Alexandrins on prête aux Babyloniens ce qu'on leur reproche Ce qu'ils criaient (seg 18) tol ve-tsé -- prends et va-t en pourquoi ce bouc tarde-t-il, les fautes sont si nombreuses Seg 19 -- la michna : les notables de Jérusalem escortent jusqu'à la première souka dix soukot jalonnent la route de Jérusalem au tsouk -- le Roch y accroche tout le seder de la journée
Le plan du daf : la dracha de ich iti, la longue digression sur Rabbi Eliezer et le veau d or, puis le retour à la michna et à la route du tsouk.
Trois mots du verset, quatre enseignements Vayikra 16,21 : be-yad ich iti par la main d'un homme désigné / à temps ich le zar est apte à conduire le bouc malgré le mot kapara iti = mezouman le convoyeur est désigné dès la veille rien n'est improvisé iti = même Chabbat le bouc malade est porté sur l'épaule Rav Chechet iti = même tame il entre impur dans la azara le recevoir Rav Chechet La question qui revient à chaque fois : LEMAI HILKHETA ? Un verset ne permet pas ce qui est déjà permis. Il faut donc trouver, dans chaque cas, l'interdit réel que le verset écarte -- sinon la dracha serait vide. C'est ce refus du superflu qui produit toutes les halakhot du daf. Le pas de trop : Rafram Si un verset est nécessaire pour permettre de porter le bouc UN CHABBAT, c'est qu'à Kippour seul il n'y a ni hotsaa ni erouv. Tossefot (Keritot 14a) : bedouta -- le bouc émissaire est un cas à part, son accomplissement passe justement par là.
Comment trois mots du verset produisent quatre halakhot -- et où Rafram fait un pas de trop.
De Jérusalem au tsouk : dix soukot, douze mil michna de 66b, détaillée au daf suivant et résumée par le Roch Jérusalem les notables 123 456 789 10 TSOUK l'escarpement où on le pousse 1 mil 1 mil Le relais Chaque souka est occupée dès avant Kippour. Ses hommes accompagnent le convoyeur jusqu'à la suivante. Ceux de la dixième le suivent encore un mil : onze mil escortés. Le dernier mil Il le parcourt seul -- mais à portée de regard : ils voient ce qu'il fait. À chaque souka on lui a proposé eau et nourriture ; nul, dit la guemara, n'en eût jamais besoin.
La géographie de l envoi : dix soukot, un mil entre chacune, un dernier mil parcouru seul mais sous les yeux de tous.
1
שֶׁיְּהֵא מְזֻומָּן. ״עִתִּי״ — וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת, ״עִתִּי״ — וַאֲפִילּוּ בְּטֻומְאָה.

["Iti" enseigne] qu'il soit prêt d'avance. "Iti" -- et même un jour de Chabbat ; "iti" -- et même en état de toum'a (impureté rituelle).

📜 Rachi (2)
גְּמ' שֶׁיְּהֵא מְזֻומָּן מוּכָן לְכָךְ מֵאֶתְמוֹל:
Préparé à cet effet depuis la veille.
עִתִּי אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת עִתִּי בְּעִתּוֹ וּבְמוֹעֲדוֹ יִשְׁתַּלַּח וְלֹא יַעֲבֹור וְאַפֵּי' בְּשַׁבָּת וּבְטֻומְאָה וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ מַאי אִיסּוּר שַׁבָּת וְטֻומְאָה שַׁיָּיךְ בְּשִׁילּוּחוֹ דְּאִיצְטְרִיךְ לְרַבּוֹיֵי:
"Iti" : en son temps et à sa date fixée il sera envoyé, sans que ce moment soit dépassé -- et cela même un Chabbat et même en état de toum'a. Plus loin, la guemara explique quelle interdiction de Chabbat et quelle interdiction de toum'a peuvent bien concerner son envoi, au point qu'il ait fallu un verset pour les inclure.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la fin d'une baraita qui démonte le membre de phrase de Vayikra 16,21 : be-yad ich iti, "par la main d'un homme désigné". Le mot iti est un hapax, et il porte deux sens que la baraita exploite tour à tour : iti comme mezouman (prêt, assigné d'avance) et iti comme be-ito (en son temps, coûte que coûte).

De la première lecture sort une exigence d'organisation : le convoyeur est désigné la veille. De la seconde sortent deux permissions qui heurtent des interdits majeurs -- le Chabbat et la toum'a. Rachi prévient le lecteur que ces deux dernières inclusions sont énigmatiques : quel interdit de Chabbat, quelle interdiction liée à l'impureté, l'envoi du bouc peut-il bien rencontrer ? La guemara consacrera les segments suivants à répondre.

🖼️ Schéma
Trois mots du verset, quatre enseignements Vayikra 16,21 : be-yad ich iti par la main d'un homme désigné / à temps ich le zar est apte à conduire le bouc malgré le mot kapara iti = mezouman le convoyeur est désigné dès la veille rien n'est improvisé iti = même Chabbat le bouc malade est porté sur l'épaule Rav Chechet iti = même tame il entre impur dans la azara le recevoir Rav Chechet La question qui revient à chaque fois : LEMAI HILKHETA ? Un verset ne permet pas ce qui est déjà permis. Il faut donc trouver, dans chaque cas, l'interdit réel que le verset écarte -- sinon la dracha serait vide. C'est ce refus du superflu qui produit toutes les halakhot du daf. Le pas de trop : Rafram Si un verset est nécessaire pour permettre de porter le bouc UN CHABBAT, c'est qu'à Kippour seul il n'y a ni hotsaa ni erouv. Tossefot (Keritot 14a) : bedouta -- le bouc émissaire est un cas à part, son accomplissement passe justement par là.
Les quatre enseignements tirés du verset, et le pas de trop que Tossefot refusera à Rafram.
2
״אִישׁ״ — לְהַכְשִׁיר אֶת הַזָּר. פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְתֵימָא: ״כַּפָּרָה״ כְּתִיבָא בֵּיהּ, קָא מַשְׁמָע לַן.

"Ich" (un homme) -- pour rendre apte le zar (le non-kohen). Mais c'est évident !

[Réponse :] tu aurais pu dire -- le mot "kapara" (expiation) est écrit à son sujet [et l'expiation passe par les kohanim] ; [le verset] nous apprend donc [qu'il n'en est rien].

💡 Explication

La baraita a tiré du mot ich que n'importe quel homme -- y compris un zar, c'est-à-dire un non-kohen -- peut conduire le bouc au désert. La guemara s'étonne : pechita, cela va de soi. Conduire un animal hors de la ville n'est pas un service du Temple ; pourquoi faudrait-il un verset pour l'autoriser ?

La réponse repose sur un seul mot du texte : la Torah dit du bouc émissaire qu'il sert à kaper, expier. Or l'expiation, dans le système sacrificiel, est l'affaire exclusive du kohen. On aurait donc pu croire que ce mot requalifiait l'envoi en avoda (service sacerdotal) et en excluait le zar. Le verset écarte cette lecture : l'expiation obtenue par le bouc émissaire ne passe pas par un acte sacrificiel, et la mission peut être confiée à quiconque.

3
״עִתִּי״ וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת. לְמַאי הִלְכְתָא? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לוֹמַר, שֶׁאִם הָיָה חוֹלֶה — מַרְכִּיבוֹ עַל כְּתֵפוֹ.

"Iti" -- et même un Chabbat. Pour quelle halakha [cela est-il dit] ?

Rav Chechet dit : pour enseigner que si [le bouc] était malade, [le convoyeur] le charge sur son épaule.

📜 Rachi (1)
לְמַאי הִלְכְתָא מֶה חִלּוּל שַׁבָּת יֵשׁ שֶׁהֻוצְרַךְ לְהַתִּירוֹ אִי מִשּׁוּם תְּחוּמִין דְּרַבָּנָן בְּעָלְמָא נִינְהוּ שֶׁגָּזְרוּ עֲלֵיהֶן לְאַחַר מַתַּן תּוֹרָה:
Quelle profanation du Chabbat y a-t-il donc, qu'il ait fallu la permettre ? Si c'est à cause des tehoumin (limites de déplacement le Chabbat), ce ne sont là que des interdits rabbiniques, décrétés après le don de la Torah.
💡 Explication

Même méthode qu'au segment précédent : lemai hilkheta -- à quoi sert concrètement cette inclusion ? La guemara ne se contente jamais d'une dracha décorative ; il faut identifier l'interdit réel que le verset vient écarter.

Rachi formule l'objection : le seul obstacle apparent serait les tehoumin, les limites de déplacement du Chabbat -- or le chemin du tsouk dépasse largement les deux mille coudées. Mais les tehoumin ne sont, à ce niveau, qu'un interdit rabbinique, décrété après le don de la Torah : un verset de la Torah ne se dérange pas pour cela. Rav Chechet trouve alors un interdit d'un tout autre poids : si l'animal ne peut plus marcher, le convoyeur devra le porter -- et transporter une charge dans le domaine public est une melakha de la Torah.

4
כְּמַאן, דְּלָא כְּרַבִּי נָתָן. דְּאִי רַבִּי נָתָן, הָאָמַר: חַי נוֹשֵׂא אֶת עַצְמוֹ: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי נָתָן, חַלָּה שָׁאנֵי.

Selon qui [cela est-il dit] ? Ce n'est pas selon Rabbi Natan : car si c'était Rabbi Natan, n'a-t-il pas dit qu'"un être vivant se porte lui-même" ?

[Réponse :] tu peux même dire que c'est Rabbi Natan -- un [animal] malade, c'est différent.

📜 Rachi (2)
כְּמַאן אִיצְטְרִיךְ לְרַבּוּיֵי דְּלָא כְּרַבִּי נָתָן דְּאָמַר חַי נוֹשֵׂא אֶת עַצְמוֹ הוּא וְאֵין בּוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת וּפְלוּגְתָּא בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף צַד.):
Il a fallu un verset inclusif -- ce qui ne s'accorde pas avec Rabbi Natan, qui dit qu'un être vivant se porte lui-même, de sorte qu'il n'y a là qu'un interdit rabbinique (chevout). Cette controverse se trouve dans le traité Chabbat (94a).
חוֹלֶה שָׁאנֵי דְּהַשְׁתָּא לֹא נוֹשֵׂא אֶת עַצְמוֹ וְהַנּוֹשֵׂא מְחַלֵּל שַׁבָּת:
Car dès lors il ne se porte plus lui-même, et celui qui le porte profane le Chabbat.
💡 Explication

La réponse de Rav Chechet suppose que porter un animal vivant constitue une melakha pleine. Or Rabbi Natan soutient le principe haï nosse et atsmo : un être vivant allège celui qui le porte, si bien que le transport n'est plus qu'un chevout, un interdit rabbinique. Selon lui, aucun verset ne serait nécessaire. La baraita serait donc l'opinion d'un tana isolé -- ce que la guemara cherche toujours à éviter.

La sortie est nette et tient en deux mots : hole chani. Le principe de Rabbi Natan suppose une bête qui coopère et porte une part de son propre poids ; un animal malade est un poids mort. Rabbi Natan lui-même concède alors que le porteur profane le Chabbat -- et la baraita redevient l'opinion de tous.

🖼️ Schéma
Porter un être vivant le Chabbat : pourquoi faut-il un verset ? Rabbi Natan : haï nosse et atsmo Un être vivant allège le porteur : il se porte en partie lui-même. Le transport n'est donc pas une melakha de la Torah, seulement un chevout rabbinique. Mahloket dans Chabbat 94a Les rabbanan : haï n'allège rien Le porteur accomplit une hotsaa pleine, interdite par la Torah. Un verset est alors indispensable pour permettre de porter le bouc. Première lecture : la baraita est contre R. Natan La réponse : HOLE CHANI -- le malade est un autre cas Le principe haï nosse et atsmo suppose une bête qui coopère, qui porte une part de son propre poids. Un animal malade ne se porte plus : il est un poids mort. Rabbi Natan lui-même concède alors que le porteur profane le Chabbat -- et le verset redevient nécessaire pour tous. Conséquence : la baraita n'a plus besoin d'être attribuée à un tana isolé.
Pourquoi le principe haï nosse et atsmo ne sauve pas le cas du bouc malade.
5
אָמַר רַפְרָם, זֹאת אוֹמֶרֶת: עֵירוּב וְהוֹצָאָה לְשַׁבָּת, וְאֵין עֵירוּב וְהוֹצָאָה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים.

Rafram dit : cela signifie qu'il y a erouv et [interdit de] hotsaa (transport d'un domaine à l'autre) pour le Chabbat, mais qu'il n'y a ni erouv ni hotsaa pour Yom Kippour.

📜 Rachi (1)
זֹאת אוֹמֶרֶת מִדְּאִיצְטְרִיךְ לְמִתְנֵי עִתִּי אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת אִיכָּא לְמִשְׁמַע דְּאֵין אִיסּוּר הוֹצָאָה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים דְּאִי יוֹם הַכִּפּוּרִים כְּשַׁבָּת לְהוֹצָאָה לָמָּה לִי קְרָא לְהַתִּיר מַשָּׂאוֹ בְּשַׁבָּת הֲרֵי כְּשֶׁחָל בְּחוֹל נָמֵי כְּשַׁבָּת דָּמֵי וְקָאָמַר רַחֲמָנָא יְשַׁלְּחֶנּוּ. עֵירוּב כְּדִי נָסְבָא אֶלָּא דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא דְּלָא תַּקִּינוּ חֲכָמִים עֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת אֶלָּא בִּשְׁבִיל אִיסּוּר הוֹצָאָה שֶׁגָּזְרוּ מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת גְּזֵירָה מִשּׁוּם הוֹצָאָה מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לרה"ר:
Du fait qu'il a fallu enseigner "iti -- même un Chabbat", on peut déduire qu'il n'y a pas d'interdit de hotsaa à Yom Kippour. Car si Yom Kippour était comme le Chabbat quant à la hotsaa, pourquoi un verset serait-il nécessaire pour permettre de porter sa charge un Chabbat ? Même lorsque [Kippour] tombe un jour de semaine, ce serait déjà comme un Chabbat -- et pourtant le Miséricordieux a dit "il l'enverra". Quant à l'erouv, il n'est mentionné qu'en passant ; mais l'un dépend de l'autre, car les Sages n'ont institué les erouve hatserot (erouv des cours) qu'à cause de l'interdit de transport d'un domaine à l'autre qu'ils ont décrété -- décret pris lui-même à cause de la hotsaa du domaine privé vers le domaine public.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַפְרָם זֹאת אוֹמֶרֶת עֵירוּב וְהוֹצָאָה כו' אָמְרִינַן בְּפֶרֶק אָמְרוּ לוֹ (כְּרִיתוֹת דַּף יד.) דְּרַפְרָם בְּדוּתָא הִיא דְּפָרִיךְ עָלֶיהָ וְדִילְמָא שָׁאנֵי שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ דְּהֶכְשֵׁירוֹ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים בְּכָךְ אֶלָּא דְּרַפְרָם בְּדוּתָא הִיא:
Nous disons au chapitre Amrou Lo (Keritot 14a) que [l'affirmation] de Rafram est une bedouta (une inférence sans fondement) : on lui objecte en effet -- et peut-être le bouc émissaire est-il différent, puisque c'est précisément ainsi que se réalise son accomplissement (hekhchero) le jour de Kippour ? Donc [la déduction de] Rafram est une bedouta.
💡 Explication

Rafram tire du même fait une conséquence bien plus large. Si un verset a été nécessaire pour permettre de porter le bouc un Chabbat, c'est que le problème ne se posait pas les autres années : à Yom Kippour tombant en semaine, la hotsaa ne serait donc pas interdite. Kippour, malgré sa sévérité, ne serait pas assimilé au Chabbat quant au transport.

Rachi ajoute que la mention de l'erouv est entraînée mécaniquement : les Sages n'ont institué les erouve hatserot qu'à cause de l'interdit de déplacement d'un domaine à l'autre. Pas de hotsaa, pas d'erouv. Tossefot rappelle toutefois que, dans Keritot 14a, cette déduction est explicitement disqualifiée -- bedouta : peut-être le bouc émissaire est-il simplement un cas particulier, puisque son envoi ce jour-là est précisément ce qui accomplit sa mitsva.

🖼️ Schéma
La déduction de Rafram -- et sa réfutation Le fait de départ Un verset est requis pour porter le bouc UN CHABBAT. Le raisonnement de Rafram Si Kippour interdisait déjà la hotsaa, le verset servirait même un jour de semaine. Donc : pas de hotsaa à Kippour. Corollaire : ni erouv hatserot à Kippour l'erouv n'existe qu'à cause de l'interdit de hotsaa Tossefot : RAFRAM BEDOUTA HI Dans Keritot 14a, la guemara objecte à Rafram : et si le bouc émissaire était justement un cas à part ? Son hekhcher -- ce qui accomplit sa mitsva -- consiste précisément à être envoyé ce jour-là. Le verset ne dit donc rien de l'état général de Kippour. Verdict de la guemara là-bas La déduction est une bedouta : une inférence sans valeur. À retenir : notre daf enregistre la déduction, un autre traite la casse. Tossefot fait le raccord entre les deux.
La déduction de Rafram, son corollaire sur l'erouv, et la réfutation rapportée par Tossefot.
6
״עִתִּי״ וַאֲפִילּוּ בְּטֻומְאָה. לְמַאי הִלְכְתָא? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לוֹמַר שֶׁאִם נִטְמָא מְשַׁלְּחוֹ — נִכְנַס טָמֵא לָעֲזָרָה, וּמְשַׁלְּחוֹ.

"Iti" -- et même en état de toum'a. Pour quelle halakha ?

Rav Chechet dit : pour enseigner que si celui qui l'envoie est devenu tame (impur), il entre impur dans la azara (le parvis) et l'envoie.

📜 Rachi (2)
לְמַאי הִילְכְתָא מֶה אִיסּוּר טֻומְאַת מִקְדָּשׁ אוֹ קֳדָשָׁיו יֵשׁ בְּשִׁילּוּחוֹ שֶׁהֻוצְרַךְ לוֹמַר שֶׁיִּדְחֶה אֶת הַטֻּומְאָה:
Quelle interdiction de toum'at mikdach (impureté introduite dans le Temple) ou de toum'a à l'égard des offrandes y a-t-il dans son envoi, pour qu'il ait fallu dire qu'il repousse la toum'a ?
נִכְנַס טָמֵא לָעֲזָרָה שֶׁהַכֹּהֵן מוֹסְרוֹ לוֹ שָׁם:
Car c'est là que le kohen le lui remet.
💡 Explication

Troisième application de la même méthode. La toum'a du convoyeur ne devrait rien empêcher : il ne touche à aucune offrande et sort de la ville. Rachi pose donc la question exacte : quel interdit de toum'at mikdach (pénétrer impur dans le Temple) ou de toum'at kodachav l'envoi peut-il rencontrer ?

Rav Chechet le trouve dans un détail de procédure : le bouc est remis à son convoyeur dans la azara, le parvis, comme Rachi le précise. L'homme devenu impur devrait donc rester dehors -- et le verset l'autorise à franchir malgré tout le seuil pour recevoir l'animal. La chaîne est la même dans les trois cas : identifier l'interdit véritable, puis mesurer la portée exacte de la permission.

7
שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: חָלָה, מַהוּ שֶׁיַּרְכִּיבֵהוּ עַל כְּתֵפוֹ? אָמַר לָהֶם: יָכוֹל הוּא לְהַרְכִּיב אֲנִי וְאַתֶּם. חָלָה מְשַׁלְּחוֹ, מַהוּ שֶׁיְּשַׁלְּחֶנּוּ בְּיַד אַחֵר? אָמַר לָהֶם: אֱהֵא בְּשָׁלוֹם אֲנִי וְאַתֶּם.

On demanda à Rabbi Eliezer : [si le bouc] est tombé malade, peut-on le charger sur son épaule ? Il leur répondit : "Il est capable, lui, de nous porter, moi et vous !" [On lui demanda encore :] si celui qui l'envoie est tombé malade, peut-on l'envoyer par la main d'un autre ?

Il leur répondit : "Puisse-je être en paix, moi et vous !"

📜 Rachi (2)
יָכוֹל לְהַרְכִּיב אֲנִי וְאַתֶּם בָּרִיא וְחָזָק הָיָה הַשָּׂעִיר לְהַרְכִּיב אוֹתִי וְאִתְּכֶם עָלָיו לְקַמָּן אָמְרִינַן שֶׁלֹּא הָיָה חָפֵץ לְהָשִׁיב עַל שְׁאֵלָתָם מַה שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ:
Le bouc était sain et vigoureux, au point de nous porter sur lui, moi et vous. Plus loin, la guemara dit qu'il ne voulait pas répondre à leur question ce qu'il n'avait pas entendu de la bouche de son maître.
אֱהֵא בְּשָׁלוֹם אֲנִי וְאַתֶּם כְּלוֹמַר מַה לָכֶם לִשְׁאוֹל עַל זֹאת לֹא אֲנִי וְלֹא אַתֶּם נִזְקָק לְשִׁילּוּחוֹ:
C'est-à-dire : qu'avez-vous à interroger là-dessus ? Ni moi ni vous n'aurons à nous occuper de son envoi.
💡 Explication

La guemara enchaîne sur une série d'anecdotes qui donnent au daf son second visage. Les élèves posent à Rabbi Eliezer exactement les questions que la guemara vient de traiter -- et il répond à côté, deux fois de suite.

Les deux répliques sont des esquives par l'hypothèse : le bouc est si vigoureux qu'il nous porterait tous les deux ; et quant à la maladie du convoyeur, puissions-nous rester en bonne santé -- autrement dit, le cas ne se présentera pas. Rachi prévient dès maintenant le lecteur de ne pas y voir de l'ignorance : la guemara expliquera au segment 10 qu'il refusait de dire ce qu'il n'avait pas reçu de son maître.

8
דְּחָפוֹ וְלֹא מֵת, מַהוּ שֶׁיֵּרֵד אַחֲרָיו וִימִיתֶנּוּ? אָמַר לָהֶם: ״כֵּן יֹאבְדוּ כָל אוֹיְבֶיךָ ה׳״. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: חָלָה — מַרְכִּיבוֹ עַל כְּתֵפוֹ, חָלָה מְשַׁלְּחוֹ — יְשַׁלְּחֶנּוּ בְּיַד אַחֵר. דְּחָפוֹ וְלֹא מֵת — יֵרֵד אַחֲרָיו וִימִיתֶנּוּ.

[On lui demanda :] il l'a poussé [du haut du rocher] et il n'est pas mort, doit-il descendre derrière lui et le mettre à mort ? Il leur répondit : "Ainsi périront tous Tes ennemis, Hachem !" (Juges 5,31).

Mais les Sages disent : [si le bouc] est tombé malade -- il le charge sur son épaule ; si celui qui l'envoie est tombé malade -- il l'envoie par la main d'un autre ; il l'a poussé et il n'est pas mort -- il descend derrière lui et le met à mort.

📜 Rachi (1)
דְּחָפוֹ לַצּוּק וְלֹא מֵת מַהוּ שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לֵירֵד אַחֲרָיו וִימִיתֶנּוּ:
Il l'a poussé du haut du tsouk (l'escarpement) et il n'est pas mort : doit-il descendre derrière lui pour le mettre à mort ?
💡 Explication

Troisième question, troisième dérobade -- et cette fois le verset cité est une formule de malédiction tirée du cantique de Dévora : le bouc mourra, n'en doutez pas. La réponse ne dit rien du droit ; elle affirme seulement que le cas ne se produira pas.

Le contraste est alors donné d'un bloc : les Sages répondent aux trois questions par oui. Le bouc malade est porté, le convoyeur malade est remplacé, l'animal survivant est achevé. La halakha suit cette position -- et l'on comprend, rétrospectivement, que Rabbi Eliezer ne contestait pas ces solutions : il refusait seulement de les enseigner de sa propre autorité.

🖼️ Schéma
Trois questions pratiques : Rabbi Eliezer contre les Sages La question Rabbi Eliezer Les Sages Le bouc tombe malade : le charge-t-on sur l'épaule ? Il est capable de nous porter, moi et vous ! -- l'hypothèse ne se produira pas Oui il le porte sur son épaule Le convoyeur tombe malade : un autre peut-il le remplacer ? Puisse-je être en paix, moi et vous ! -- ni moi ni vous n'aurons à le faire Oui il l'envoie par un autre Poussé et non mort : descend-on l'achever ? Ainsi périront tous Tes ennemis, Hachem ! -- il mourra de lui-même Oui il descend et le met à mort
Les trois questions pratiques : ce que Rabbi Eliezer répond, et ce que les Sages tranchent.
9
שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: פְּלוֹנִי, מַהוּ לָעוֹלָם הַבָּא? אָמַר לָהֶם לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל פְּלוֹנִי.

On demanda à Rabbi Eliezer : Untel, qu'en est-il de lui pour le monde à venir ? Il leur répondit : vous ne m'avez interrogé que sur Untel.

📜 Rachi (2)
פְּלוֹנִי מַהוּ לָעוֹלָם הַבָּא עַל אָדָם אֶחָד שְׁאָלוּהוּ מַה מַעֲשָׂיו בְּעֵינֶיךָ וְיֵשׁ פּוֹתְרִים עַל שְׁלֹמֹה בֶּן דָּוִד שְׁאָלוּהוּ:
C'est au sujet d'un certain homme qu'ils l'interrogeaient : que valent ses actes à tes yeux ? Certains expliquent que c'est sur Salomon fils de David qu'ils l'ont interrogé.
אֶלָּא עַל פְּלוֹנִי שֶׁמָּא עַל אַבְשָׁלוֹם שְׁאַלְתּוּנִי:
Peut-être est-ce sur Avchalom que vous m'avez interrogé ?
🗂️ Tossefot (1)
פְּלוֹנִי מַהוּ לָעוֹלָם הַבָּא פר"ח אַבְשָׁלוֹם שֶׁבָּא עַל פִּילַגְשֵׁי אָבִיו מַהוּ לָעוֹלָם הַבָּא מִי סְבִירָא לָן הָא דְּאָמַר רַב נָשִׁים בִּכְתֻובָּה וְקִידּוּשִׁין פִּילַגְשִׁים בְּלֹא כְּתֻובָּה וּבְלֹא קִידּוּשִׁין הָכִי אָמְרִינַן בְּסַנְהֶדְרִין פֶּרֶק כ"ג (דָּן כא.) אוֹ לֹא וי"מ שֶׁשְּׁאָלוּהוּ עַל שְׁלֹמֹה מִי סְבִירָא לָן כְּרַבִּי יוֹנָתָן דְּאָמַר כָּל הָאוֹמֵר שְׁלֹמֹה חָטָא אֵינוֹ אֶלָּא טוֹעֶה שֶׁנֶּאֱמַר וְלֹא הָיָה לְבָבוֹ שָׁלֵם כו' כִּלְבַב דָּוִד אָבִיו הוּא דְּלָא הָיָה מִיַּחְטָא נָמֵי לֹא הָיָה חֵטְא הָכִי אָמַר בְּפֶרֶק בַּמֶּה בְּהֵמָה יוֹצְאָהּ (שַׁבָּת דַּף נו:) וּבַתּוֹסֶפְתָּא פ"ג דִּיבָמוֹת:
Rabbenou Hananel explique : il s'agit d'Avchalom, qui s'est uni aux concubines (pilagchim) de son père -- qu'en est-il de lui pour le monde à venir ? Tenons-nous ce qu'a dit Rav -- que les épouses le sont avec ketouba et kidouchin, et les concubines sans ketouba et sans kidouchin (ainsi disons-nous dans Sanhédrin, chapitre 23, 21a) -- ou non ? D'autres expliquent qu'ils l'ont interrogé sur Salomon : tenons-nous comme Rabbi Yonatan, qui dit que quiconque affirme que Salomon a péché ne fait que se tromper, car il est dit "et son cœur ne fut pas entier... comme le cœur de David son père" -- c'est seulement qu'il ne fut pas entier, mais pécher, il n'a pas péché ? Ainsi est-il dit au chapitre Bameh Behema Yotséa (Chabbat 56b) et dans la Tossefta, chapitre 3 de Yevamot.
💡 Explication

La guemara change de registre mais poursuit la même démonstration : voici d'autres questions auxquelles Rabbi Eliezer n'a pas répondu. Celle-ci porte sur le sort posthume d'un homme précis, que le texte ne nomme pas.

Rachi rapporte deux identifications : certains y voient Salomon, d'autres -- et sa seconde glose y insiste -- Avchalom. La réponse de Rabbi Eliezer, littéralement "vous ne m'avez interrogé que sur Untel", est une pure répétition de la question : elle ne concède rien et ne refuse rien. Tossefot développera longuement l'enjeu halakhique caché derrière chacune des deux identifications.

10
מַהוּ לְהַצִּיל רוֹעֶה כִּבְשָׂה מִן הָאֲרִי? אָמַר לָהֶם: לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל הַכִּבְשָׂה. מַהוּ לְהַצִּיל הָרוֹעֶה מִן הָאֲרִי? אָמַר לָהֶם: לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל הָרוֹעֶה. מַמְזֵר, מָה הוּא לְיָרֵשׁ? מַהוּ לְיַבֵּם? מַהוּ לָסוּד אֶת בֵּיתוֹ? מַהוּ לָסוּד אֶת קִבְרוֹ?

Peut-on sauver la brebis d'un berger de la gueule du lion ? Il leur répondit : vous ne m'avez interrogé que sur la brebis.

Peut-on sauver le berger du lion ? Il leur répondit : vous ne m'avez interrogé que sur le berger.

Un mamzer, qu'en est-il de son droit d'hériter ? [Il répondit :] qu'en est-il du yibum (lévirat) ?

Peut-on chauler sa maison ? [Il répondit :] qu'en est-il de chauler sa tombe ?

📜 Rachi (5)
אֶלָּא עַל הָרוֹעֶה אִם מֻותָּר לְהַצִּילוֹ מִפִּי הָאֲרִי:
S'il est permis de le sauver de la gueule du lion.
מַמְזֵר מַהוּ לְיָרֵשׁ אֶת אָבִיו:
[D'hériter] de son père.
אָמַר לָהֶם מַהוּ לְיַבֵּם אֵשֶׁת אָחִיו שְׁאַלְתֶּם אוֹתִי:
Est-ce sur [le lévirat avec] la femme de son frère que vous m'avez interrogé ?
מַהוּ לָסוּד אֶת בֵּיתוֹ בַּזְּמַן הַזֶּה מִי אָסוּר מִפְּנֵי צַעַר חֻורְבַּן הַבַּיִת:
À notre époque : est-ce interdit en raison du deuil de la destruction du Temple ?
אָמַר לָהֶם לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא מַהוּ לָסוּד אֶת קִבְרוֹ:
Il leur dit : vous ne m'avez interrogé que sur ceci -- qu'en est-il de chauler sa tombe ?
🗂️ Tossefot (1)
מַהוּ לְהַצִּיל הַכִּבְשָׂה מִן הָאֲרִי כְּלוֹמַר בַּת שֶׁבַע מִיַּד דָּוִד מִי סְבִירָא לָן דְּאָמַר ר' יוֹנָתָן בְּמַסֶּכֶת כְּתֻובּוֹת (דָּן ט:) כָּל הַיּוֹצֵא לְמִלְחֶמֶת בֵּית דָּוִד גֵּט כְּרִיתוּת כּוֹתֵב לְאִשְׁתּוֹ וְאוּרִיָּה כָּתַב גֵּט לְבַת שֶׁבַע מַהוּ לְהַצִּיל הָרוֹעֶה מִיַּד הָאֲרִי כְּלוֹמַר מַהוּ לְהַצִּיל אוּרִיָּה מִיַּד דָּוִד מִי סְבִירָא לָן חוֹלְקִין כָּבוֹד לְתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב וְלֹא הָיָה מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת אוֹ דִּילְמָא אֵין חוֹלְקִין וּמוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הֲוָה עכ"ל פֵּירוּשׁ מִשּׁוּם דְּקָאָמַר וַאֲדוֹנִי יוֹאָב דְּקָרֵי לֵיהּ לְיוֹאָב אֲדֹונִי בִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ וּפְלוּגְתָּא הִיא בְּפֶרֶק יֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב דַּף קיט:) אִם חוֹלְקִין כָּבוֹד לְתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב אוֹ לֹא:
"Peut-on sauver la brebis de la gueule du lion ?" -- c'est-à-dire : peut-on sauver Bat-Cheva de la main de David ? Tenons-nous ce qu'a dit Rabbi Yonatan dans le traité Ketoubot (9b) -- que quiconque partait pour les guerres de la maison de David écrivait un guet de répudiation à sa femme, de sorte qu'Ourya avait écrit un guet à Bat-Cheva ? "Peut-on sauver le berger de la main du lion ?" -- c'est-à-dire : peut-on disculper Ourya face à David ? Tenons-nous que l'on rend honneur au disciple en présence du maître -- auquel cas il n'était pas rebelle à la royauté -- ou bien que l'on ne rend pas cet honneur, et il était rebelle à la royauté ? Fin de citation [de Rabbenou Hananel]. L'explication : parce qu'il a dit "et mon seigneur Yoav", appelant Yoav "mon seigneur" en présence du roi. Et c'est une controverse au chapitre Yech Nohalin (Baba Batra 119b) : rend-on honneur au disciple en présence du maître, ou non ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַהוּ לְהַצִּיל כִּשְׂבָּה מִן הָאֲרִי? אָמַר לָהֶם : לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל כִּשְׂבָּה. הִנֵּה ה' כִּשְׂבָּה ' הִיא בַּת שֶׁבַע שֶׁהַנָּבִיא קְרָאָהּ בַּמָּשָׁל בְּשֵׁם כִּשְׂבָּה ו' הָאֲרִי ' הוּא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, וּשְׁאֵלָתָם הָיְתָה אִם יֵשׁ טַעֲנָה לְהַצִּיל אֶת בַּת שֶׁבַע מֵעִנְיַן שֶׁעָשָׂה עִמָּהּ הָאֲרִי לוֹמַר דְּהִיא אֲנוּסָה מִכֹּחַ אֵימַת מַלְכוּת דַּחֲשִׁיב אֲרִי רְבִיעַ עֲלָהּ? וְהֵשִׁיב בְּרֶמֶז דְּמִמִּקְרָא אֵין כָּאן עָוֹן וְאָמַר ' לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל הַכִּשְׂבָּה ' הָיָה לָכֶם לִשְׁאֹל עַל הָאֲרִי עַצְמוֹ אִם יֵשׁ בְּיָדוֹ עֲוֹן אֵשֶׁת אִישׁ בְּדָבָר זֶה? וְאָז מִמֵּילָא הֱיִיתֶם יוֹדְעִים שֶׁאֵין עָוֹן אֵצֶל הַכִּשְׂבָּה! כִּי בֶּאֱמֶת דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לֹא הָיָה בְּיָדוֹ חֵטְא אֵשֶׁת אִישׁ דִּמְגֹורֶשֶׁת הָיְתָה וּרְאוּיָה אֵלָיו וְהָיְתָה טְהוֹרָה שֶׁטָּבְלָה, וְגַם הַבְחָנָה שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים הֲוָה וְאִם כֵּן אֵין כָּאן עָוֹן כְּלָל! וּמַה שֶׁנֶּחְשָׁב לוֹ עָוֹן בִּשְׁבִיל שֶׁאָכְלָה פַּגָּה שֶׁהֱבִיאָהּ בַּסֵּתֶר וְלֹא בְּגָלוּי דְּנִרְאֶה לְעֵינֵי הָרוֹאִין כְּאִלּוּ הִיא אֵשֶׁת אִישׁ וּלְקָחָהּ בְּהֶסְתֵּר וְהָיָה בָּזֶה חִלּוּל הַשֵּׁם וְעָוֹן זֶה שַׁיָּיךְ אֶצְלוֹ דַּוְקָא אֲבָל לְגַבֵּי בַּת שֶׁבַע עַצְמָהּ לֵיתֵיהּ כְּלָל. וְעוֹד שֶׁאֵלּוּ מַהוּ לְהַצִּיל רוֹעֶה מִן הָאֲרִי? פֵּירוּשׁ הָרוֹעֶה שֶׁהוּא אוּרִיָּה שֶׁהָיָה רוֹעֶה תְּחִילָּה אֶת הַכִּשְׂבָּה שֶׁנֶּהֱרַג בִּשְׁבִיל דְּנֶחְשָׁב לוֹ שֶׁמָּרַד בַּמַּלְכוּת בְּאוֹמְרוֹ (שְׁמוּאֵל ב' יא, יא) וַיֹּאמֶר אוּרִיָּה אֶל דָּוִד הָאָרוֹן וְיִשְׂרָאֵל וִיהוּדָה יֹשְׁבִים בַּסֻּכּוֹת 'וְאַדְנֵי יוֹאָב' וְעַבְדֵי אֲדֹנָי וְכוּ׳ מַהוּ שֶׁנַּצִּיל אוֹתוֹ מֵעָוֹן זֶה שֶׁתָּפַס עָלָיו הָאֲרִי שֶׁהֲרָגוֹ בַּעֲבוּר זֶה, וְהַיְינוּ לוֹמַר דִּסְבִירָא לֵיהּ חוֹלְקִין כָּבוֹד לָעֶבֶד בִּמְקוֹם הָרַב וְלֹא חָטָא בְּאוֹמְרוֹ 'וְאַדְנֵי יוֹאָב'? וְהֵשִׁיב לָהֶם לֹא שְׁאֶלְתּוּנִי אֶלָּא עַל הָרוֹעֶה הוּא אוּרִיָּה, דְּהָיָה לָכֶם לִשְׁאֹל מֵעִיקָּרָא עַל הָאֲרִי עַצְמוֹ אִם חָטָא בְּדָבָר זֶה שֶׁהָרַג אֶת אוּרִיָּה לְחָשְׁבוֹ מוֹרֵד, וְאַחַר שֶׁהָיָה מִתְבָּרֵר אֶצְלְכֶם שֶׁאֵין עָלָיו חֵטְא וּבְדִין הֲרָגוֹ אָז לֹא הָיָה נִשְׁאַר מָקוֹם לִשְׁאֹל שְׁאֵלָה שֶׁלָּכֶם! גַּם רָמַז לָהֶם יָפֶה כַּוָּנָתָם לְקָרְאוֹ בְּשֵׁם רוֹעֶה אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה חָכָם גָּדוֹל, בְּהַאי מִלְּתָא עָשָׂה עַצְמוֹ רוֹעֶה שֶׁלֹּא הִשְׂכִּיל בִּדְבָרָיו לוֹמַר 'אֲדֹנָי יוֹאָב' לִפְנֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה. וְשׁוּב רָאִיתִי בְּפֶתַח עֵינַיִם שֶׁפֵּירֵשׁ בִּשְׁתֵּי חֲלוּקוֹת אֵלּוּ קָרוֹב לְמַה שֶׁפֵּרַשְׁתִּי בס"ד. וְעוֹד שָׁאֲלוּ מַמְזֵר , מַהוּ לְיָרֵשׁ? וְהֵשִׁיב לָהֶם ' מַהוּ לְיַבֵּם? ' פֵּירוּשׁ הָיָה לָכֶם לִשְׁאֹל אִם יוּכַל לְיַבֵּם וְאִם תִּשְׁמְעוּ שֶׁיּוּכַל לְיַבֵּם תֵּדְעוּ שֶׁיָּרַשׁ, דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא. וּבֶאֱמֶת הוּא לֹא יוּכַל לַיָּבָם וְגַם חֲלִיצָה לֹא יוּכַל לַעֲשׂוֹת דְּ'כֹל שֶׁאֵינוֹ עוֹלֶה לַיִּבּוּם אֵינוֹ עוֹלֶה לַחֲלִיצָה' וְתִשָּׁאֵר זְקוּקָה עַד שֶׁיָּמוּת וְתִנָּשֵׂא. וְעוֹד שָׁאֲלוּ מַהוּ לָסוּד אֶת בֵּיתוֹ? אִם יִמָּנַע מִן הַסִּיד בִּשְׁבִיל צָרַת הַחֻרְבָּן וְהֵשִׁיב הָיָה לָכֶם לִשְׁאֹל ' מַהוּ לָסוּד אֶת קִבְרוֹ? ' כִּי מִדִּין הַקֶּבֶר תָּבִינוּ דְּמֻותָּר לָסוּד אֶת בֵּיתוֹ דְּהָא נוֹתְנִין סִיד עַל הַקֶּבֶר גַּם כֵּן, וּשְׁמַע מִינָּהּ דְּאֵין בְּסִיד שִׂמְחָה וְכֵן בְּבֵיתוֹ מֻותָּר וְרַק צִיּוּר וְכִיּוֹר יֵשׁ בּוֹ שִׂמְחָה.
"Peut-on sauver la brebis de la gueule du lion ? Il leur répondit : vous ne m'avez interrogé que sur la brebis." Or la "brebis" est Bat-Cheva, que le prophète a désignée par ce mot dans sa parabole, et le "lion" est le roi David, la paix soit sur lui. Leur question était : y a-t-il un argument pour disculper Bat-Cheva de ce que le lion a fait avec elle, en disant qu'elle était contrainte (anoussa) par la crainte de la royauté -- ce qui équivaut à un lion tapi sur elle ? Il répondit par allusion : d'après le texte de l'Écriture, il n'y a là aucune faute. Il dit : "vous ne m'avez interrogé que sur la brebis" -- c'est sur le lion lui-même qu'il vous fallait interroger : porte-t-il, lui, la faute d'echet ich (femme mariée) en cette affaire ? Et alors vous auriez su d'emblée qu'il n'y a pas de faute chez la brebis ! Car en vérité le roi David, la paix soit sur lui, n'avait pas en main la faute d'echet ich : elle était divorcée et lui convenait ; elle était pure, car elle s'était immergée ; et le délai de trois mois de vérification (havhana) était observé -- il n'y a donc là aucune faute ! Ce qui lui fut compté comme faute, c'est d'avoir "mangé le fruit vert", c'est-à-dire de l'avoir prise en secret et non au grand jour : aux yeux de ceux qui voyaient, elle avait l'air d'une femme mariée prise en cachette -- il y avait là profanation du Nom. Cette faute-là ne concerne que lui ; à l'égard de Bat-Cheva elle-même, il n'y en a aucune. Ils demandèrent encore : "peut-on sauver le berger du lion ?" -- le berger, c'est Ourya, qui "paissait" d'abord la brebis, et qui fut mis à mort parce qu'on lui imputa d'avoir été rebelle à la royauté en disant (Chemouel II 11,11) : "Et Ourya dit à David : l'arche, Israël et Yehouda demeurent sous des tentes, et mon seigneur Yoav et les serviteurs de mon seigneur, etc." Peut-on le laver de cette faute que le lion a retenue contre lui et pour laquelle il l'a fait tuer ? C'est-à-dire : tient-on que l'on rend honneur au serviteur en présence du maître, et qu'il n'a donc pas fauté en disant "et mon seigneur Yoav" ? Il leur répondit : vous ne m'avez interrogé que sur le berger, c'est-à-dire Ourya -- alors qu'il vous fallait interroger d'abord sur le lion lui-même, savoir s'il a fauté en tuant Ourya parce qu'il le tenait pour rebelle ; et une fois établi pour vous qu'il n'y a pas de faute chez lui et qu'il l'a mis à mort selon le droit, votre question n'aurait plus eu lieu d'être ! Il leur fit aussi remarquer la justesse de leur intention en l'appelant "berger" bien qu'il fut un grand sage : en cette affaire, il s'est fait berger, n'ayant pas eu le discernement de ses paroles en disant "mon seigneur Yoav" devant le roi David, la paix soit sur lui. J'ai vu ensuite dans le Petah Enayim une explication de ces deux membres proche de celle que j'ai donnée, avec l'aide du Ciel. Ils demandèrent encore : "un mamzer, qu'en est-il de son droit d'hériter ?" Il leur répondit : "qu'en est-il du yibum ?" -- c'est-à-dire : il vous fallait demander s'il peut accomplir le lévirat, car si vous appreniez qu'il le peut, vous sauriez qu'il hérite : l'un dépend de l'autre. Or en vérité il ne peut pas accomplir le yibum, ni davantage la halitsa, selon la règle "tout ce qui n'entre pas dans le yibum n'entre pas dans la halitsa" ; et [la veuve] reste liée jusqu'à ce qu'il meure, après quoi elle pourra se remarier. Ils demandèrent encore : "peut-on chauler sa maison ?" -- doit-on s'abstenir du chaulage en raison du malheur de la destruction ? Il répondit : il vous fallait demander "qu'en est-il de chauler sa tombe ?" Car du cas de la tombe vous comprendrez qu'il est permis de chauler sa maison : on met également de la chaux sur la tombe, d'où l'on apprend qu'il n'y a pas de réjouissance dans la chaux -- de même est-ce permis dans sa maison ; seuls les peintures et les ornements comportent une réjouissance.
💡 Explication

Six questions s'enchaînent, et Rabbi Eliezer les renvoie toutes en déplaçant l'objet de l'interrogation. Le procédé est constant : il ne nie pas, il reformule -- "vous ne m'avez interrogé que sur X", sous-entendant qu'il fallait interroger sur Y.

Les deux premières questions se lisent à deux niveaux. Littéralement, elles portent sur le sauvetage d'une brebis ou d'un berger le Chabbat. Mais Tossefot, au nom de Rabbenou Hananel, y décèle une allégorie transparente : la brebis est Bat-Cheva, le lion est David, le berger est Ourya -- exactement la lecture du Ben Yehoyada. Les questions suivantes sont franchement halakhiques : le mamzer hérite-t-il ? Rabbi Eliezer répond par une autre question, sur le yibum -- car les deux tiennent ensemble, comme l'explique le Ben Yehoyada. Enfin, peut-on chauler sa maison après la destruction du Temple ? Réponse : et sa tombe ?

11
לֹא מִפְּנֵי שֶׁהִפְלִיגָן בִּדְבָרִים. אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁלֹּא אָמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ מֵעוֹלָם.

Ce n'est pas qu'il les écartait par des paroles [évasives] ; mais parce qu'il n'a jamais dit une chose qu'il n'avait pas entendue de la bouche de son maître.

📜 Rachi (1)
לֹא שֶׁהִפְלִיגָן וְהִפְרִישָׁן לִדְבָרִים אֲחֵרִים כְּאָדָם הַמִּתְכַּוֵּין לִדְחוֹת כְּשֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהָשִׁיב אֶלָּא יוֹדֵעַ הָיָה אֲבָל לֹא אָמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מֵרַבּוֹ:
[Ce n'est pas] qu'il les détournait vers d'autres sujets, comme quelqu'un qui cherche à éluder parce qu'il ne sait pas quoi répondre : il savait, mais il ne disait pas une chose qu'il n'avait pas entendue de son maître.
💡 Explication

Voici la clé de toute la séquence, et elle retourne l'impression laissée par les segments précédents. On aurait pu croire à des dérobades de circonstance -- un maître qui ne sait pas et déplace la conversation. La guemara l'exclut explicitement : lo mipnei che-hifligan bi-devarim.

Rachi appuie sur le mot décisif : il savait. Sa retenue n'est pas une lacune mais une discipline de transmission -- ne jamais énoncer comme enseignement ce qui n'a pas été reçu d'un maître. Rabbi Eliezer ben Hyrcanos est précisément celui dont on dit qu'il était "une citerne plâtrée qui ne perd pas une goutte" ; ce daf montre l'envers de cette qualité : là où la tradition se tait, il se tait aussi.

12
שָׁאֲלָה אִשָּׁה חֲכָמָה אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: מֵאַחַר שֶׁמַּעֲשֵׂה הָעֵגֶל שָׁוִין, מִפְּנֵי מָה אֵין מִיתָתָן שָׁוָה? אָמַר לָהּ: אֵין חָכְמָה לָאִשָּׁה אֶלָּא בְּפֶלֶךְ, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְכָל אִשָּׁה חַכְמַת לֵב בְּיָדֶיהָ טָווּ״.

Une femme savante interrogea Rabbi Eliezer : puisque les actes [commis lors] du [veau d'or] sont identiques, pourquoi leurs morts ne le sont-elles pas ? Il lui répondit : il n'y a de sagesse pour la femme qu'au pelekh (le fuseau) ; et ainsi est-il dit : "Et toute femme au cœur sage filait de ses mains" (Chemot 35,25).

📜 Rachi (1)
שֶׁמַּעֲשֵׂה הָעֵגֶל שָׁוִין עֲבוֹדוֹתָיו שָׁווֹת לְאִיסּוּר מִפְּנֵי מָה אֵין מִיתָתָן שָׁוָה שֶׁהָיוּ בּוֹ שָׁלֹשׁ מִיתוֹת מִיתַת סַיִיף שִׂימוּ אִישׁ חַרְבּוֹ מִיתַת מַגֵּיפָה וַיִּגֹּוף ה' אֶת הָעָם (שְׁמוֹת ל״ב:כ׳) מִיתַת הִדְרוֹקָן דִּכְתִיב וַיִּזֶר עַל פְּנֵי הַמַּיִם וְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף מד.) לֹא נִתְכַּוֵּין מֹשֶׁה אֶלָּא לְבָודְקָן כְּסוֹטוֹת בְּלִצְבֹּות בֶּטֶן:
Les cultes [rendus au veau] sont également interdits ; pourquoi donc leurs morts ne sont-elles pas identiques ? Car il y eut là trois morts : la mort par l'épée -- "que chacun ceigne son épée" ; la mort par la maguefa -- "et Hachem frappa le peuple" (Chemot 32,35) ; et la mort par le hidrokan (hydropisie), comme il est écrit "il le répandit sur la surface de l'eau" -- et nous disons dans le traité Avoda Zara (44a) que Moche n'avait d'autre intention que de les éprouver comme des sotot, par le gonflement du ventre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁאֲלָה אִשָּׁה חֲכָמָה אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר : וְכִי מֵאַחַר שֶׁמַּעֲשֵׂה הָעֵגֶל שָׁוִין , מִפְּנֵי מָה אֵין מִיתָתָן שָׁוָה? אָמַר לָהּ : אֵין חָכְמָה לָאִשָּׁה אֶלָּא בְּפֶלֶךְ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה דָּחָה אוֹתָהּ בִּדְבָרִים אֵלּוּ וּמַה שַׁיָּיכוּת יֵשׁ לִשְׁאֵלָתָהּ בְּדָבָר זֶה שֶׁל פֶּלֶךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אוֹתָהּ אִשָּׁה אַף עַל פִּי שֶׁהָיְתָה חָכְמָה טָעֲתָה בִּשְׁאֵלָה זוֹ טָעוּת גְּדוֹלָה כִּי עָשְׂתָה יְסוֹד בְּטָעוּת וּבָנְתָה עָלָיו שְׁאֵלָתָהּ דְּהִיא הִנִּיחָה בְּמֻונָּח שֶׁמַּעֲשֵׂה הָעֵגֶל שָׁוִין וּלְכָךְ שְׁאֵלָה ' לָמָּה אֵין מִיתָתָן שָׁוָה ?' וּבֶאֱמֶת יְסוֹד זֶה כּוֹזֵב דְּאֵין מַעֲשֵׂה הָעֵגֶל שָׁוִין שֶׁיֵּשׁ בְּעֵדִים וְהַתְרָאָה וְיֵשׁ עֵדִים בְּלֹא הַתְרָאָה וְיֵשׁ לֹא עֵדִים וְלֹא הַתְרָאָה וְגַם בְּגוּף הַמַּעֲשֶׂה יֵשׁ שִׁינּוּיִים אֲחֵרִים יֵשׁ זֶבַח וְקָטַר וְיֵשׁ גָּפַף וְנִשֵּׁק בִּלְבַד וְיֵשׁ שָׂמֵחַ בְּלִבּוֹ בִּלְבַד וְכִדְאָמַר בַּגְּמָרָא. וְהִנֵּה יָדוּעַ שֶׁהַחֵטְא נִדְמֶה לְחוּט כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר 'הוֹי מֹשְׁכֵי הֶעָוֹ‍ן בְּחַבְלֵי הַשָּׁוְא וְכַעֲבוֹת הָעֲגָלָה חַטָּאָה' וְכָתַב הָרַב חֶסֶד לְאַבְרָהָם זַ"ל (נְהַר ל"ח) וְזַ"ל דַּע כִּי הַחֵטְא נִמְשָׁל לְחֶבֶל שֶׁל שְׁנֵי חוּטִין וְהֶעָוֹן נִמְשָׁל לְחֶבֶל שֶׁל שְׁמוֹנָה חוּטִין וְהַפֶּשַׁע נִמְשָׁל לְחֶבֶל שֶׁל עֶשְׂרִים חוּטִין בְּסוֹד רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ב וָשֶׂה ח רָפֶה כ לָמָּה וְכוּ' עַיֵּין שָׁם. וְעוֹד מָצִינוּ בְּסֻוכָּה (סֻוכָּה נב.) דְּאָמְרוּ יֵצֶר הָרַע דּוֹמֶה לְחוּט שֶׁל בֻּכְיָא [כְּלוֹמַר חוּט דַּק] וּלְבַסּוֹף דּוֹמֶה כַּעֲבוֹתוֹת הָעֲגָלָה עַיֵּין שָׁם. וְהִנֵּה זֹאת הָאִשָּׁה דַּחֲשָׁבָהּ כָּל מַעֲשֵׂה הָעֵגֶל שָׁוִין נִמְצָא טָווְתָה בְּדַעְתָּהּ כָּל הַחוּטִין שֶׁל הַחוֹטְאִין וְהַיֵּצֶר הָרַע שֶׁלָּהֶם בְּיַחַד וּבֶאֱמֶת אֵינוֹ כֵּן אֶלָּא זֶה חוּטוֹ עָב וְזֶה בֵּינוֹנִי וְזֶה דַּק שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִטְווֹת אוֹתָם בְּיַחַד לַעֲשׂוֹתָם שָׁווִים דְּאֵיךְ יִשְׁווּ בִּטְוִיָּה וְרַב הַמֶּרְחָק בֵּין זֶה לָזֶה כְּדֵי שֶׁתָּבֹא לִשְׁאֹל 'לָמָּה אֵין מִיתָתָן שָׁוָה?' לָכֵן אָמַר לָהּ אֵין חָכְמָה לָאִשָּׁה אֶלָּא בְּפֶלֶךְ שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ חוּטֵי צֶמֶר אוֹ פִּשְׁתָּן שֶׁיּוֹדַעַת לְהַשְׁווֹת שָׁם אֲבָל בְּחוּטִין שֶׁל עוֹנוֹת וּפֹשְׁעִים אֵין לָהּ חָכְמָה שֶׁאֵין יוֹדַעַת לַעֲשׂוֹת לָהֶם שִׁיעוּר בְּדַעְתָּהּ וְאֵינָהּ מַבְחֶנֶת בֵּין גַּס לְדַק וְהוֹאִיל וְיָדַע שֶׁהִיא חָכְמָה הֵשִׁיב לָהּ בְּרֶמֶז.
"Une femme savante interrogea Rabbi Eliezer : puisque les actes du veau sont identiques, pourquoi leurs morts ne le sont-elles pas ? Il lui répondit : il n'y a de sagesse pour la femme qu'au fuseau." On peut objecter : pourquoi l'a-t-il écartée par de telles paroles, et quel rapport sa question a-t-elle avec cette affaire de fuseau ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette femme, toute savante qu'elle fut, s'est lourdement trompée dans sa question : elle a posé un fondement erroné et a bâti sa question dessus. Elle a tenu pour acquis que les actes du veau étaient identiques, et c'est pourquoi elle a demandé "pourquoi leurs morts ne sont-elles pas identiques ?" Or ce fondement est faux, car les actes du veau ne sont pas identiques : il y a ceux qui l'ont fait devant témoins et avec avertissement, ceux qui l'ont fait devant témoins sans avertissement, et ceux qui l'ont fait sans témoins ni avertissement. Et dans l'acte lui-même il y a d'autres différences encore : l'un a sacrifié et fait fumer l'encens, l'autre a seulement étreint et embrassé, un autre s'est seulement réjoui en son cœur -- comme le dit la guemara. Or il est connu que la faute est comparée à un fil, ainsi qu'il est dit : "Malheur à ceux qui tirent la faute avec des cordes de vanité, et le péché comme avec les traits d'un chariot" (Yechayahou 5,18). Le Rav 'Hessed le-Avraham, de mémoire bénie, écrit (Nahar 38) : sache que le péché (het) est comparé à une corde de deux fils, la faute (avon) à une corde de huit fils, et la transgression (pécha) à une corde de vingt fils -- selon le sod des initiales de boucha, herpa, kelima (honte, opprobre, confusion), etc. ; vois-le là-bas. Nous trouvons encore dans Souka (52a) qu'ils ont dit : le mauvais penchant ressemble d'abord à un fil d'araignée -- c'est-à-dire un fil ténu -- et finit par ressembler aux traits d'un chariot ; vois-le là-bas. Or cette femme, qui tenait tous les actes du veau pour identiques, se trouvait en pensée filer ensemble tous les fils des fautifs et de leur mauvais penchant ; et en vérité il n'en est pas ainsi : le fil de celui-ci est épais, celui-là moyen, celui-là ténu, et il est impossible de les filer ensemble pour les rendre égaux -- comment s'égaliseraient-ils dans le filage, quand la distance entre eux est si grande ? -- au point qu'elle vienne demander "pourquoi leurs morts ne sont-elles pas identiques ?" C'est pourquoi il lui a dit : il n'y a de sagesse pour la femme qu'au fuseau, avec lequel on fait des fils de laine ou de lin -- là, elle sait égaliser ; mais pour les fils des fautes et des transgressions, elle n'a pas de sagesse, car elle ne sait pas en évaluer la mesure en son esprit et ne distingue pas le gros du fin. Et parce qu'il savait qu'elle était savante, il lui a répondu par allusion.
💡 Explication

La séquence des esquives se poursuit, mais la question elle-même va ouvrir une longue sougya. Rachi expose le problème : au veau d'or, trois modes de mort ont frappé les fautifs -- l'épée ("que chacun ceigne son épée"), la maguefa ("et Hachem frappa le peuple") et le hidrokan, l'hydropisie provoquée par l'eau dans laquelle Moche avait répandu la poudre du veau, épreuve calquée sur celle de la sota.

La réponse -- "il n'y a de sagesse pour la femme qu'au fuseau" -- est une esquive de plus, et le Ben Yehoyada en propose une lecture qui la rend signifiante : la question posée reposait sur une prémisse fausse, celle de l'égalité des actes. Filer ensemble des fils d'épaisseurs différentes est impossible ; c'est exactement ce que la question tentait de faire avec des fautes de degrés inégaux.

13
אִיתְּמַר, רַב וְלֵוִי. חַד אָמַר: זִיבַּח וְקִיטֵּר — בְּסַייִף. גָּפַף וְנִישֵּׁק — בְּמִיתָה. שָׂמֵחַ בִּלְבָבוֹ — בְּהִדְרוֹקָן.

Il a été dit : Rav et Levi [divergent]. L'un dit : celui qui a sacrifié et fait fumer l'encens -- par l'épée ; celui qui a étreint et embrassé -- par la mort [céleste] ; celui qui s'est réjoui en son cœur -- par le hidrokan (hydropisie).

📜 Rachi (2)
זִיבַּח וְקִיטֵּר הֵן עֲבוֹדוֹת שֶׁחַייָּבִין עֲלֵיהֶן לַעַ"ז מִיתָה כְּדִתְנַן בְּאַרְבַּע מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין ס:) שֶׁהֵן בִּסְקִילָה וְכָאן בְּסַיִיף שֶׁעֲדַייִן לֹא נִתְפָּרְשׁוּ לָהֶן אַרְבַּע מִיתוֹת בֵּית דִּין וְנִידּוֹנוּ בְּמִיתַת בְּנֵי נֹחַ שֶׁכָּל מִיתָתָן בְּסַיִיף כִּדְאָמְרִינַן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף נו.):
Ce sont des cultes pour lesquels on est passible de mort en matière d'idolâtrie, comme nous l'avons appris au chapitre Arba Mitot (Sanhédrin 60b) -- à savoir la lapidation. Mais ici ce fut par l'épée, car les quatre morts du beit din ne leur avaient pas encore été explicitées, et ils furent jugés selon la mort des Bnei Noah, dont toute mise à mort se fait par l'épée, comme nous le disons dans Sanhédrin (56a).
גִּיפֵּף וְנִישֵּׁק אֵין בָּהֶן מִיתַת בֵּית דִּין כְּדִתְנַן בְּאַרְבַּע מִיתוֹת (שָׁם ס:) אֶלָּא בִּידֵי שָׁמַיִם נִידּוֹנוּ בַּמַּגֵּפָה:
Ils n'entraînent pas de mort par le beit din, comme nous l'avons appris au chapitre Arba Mitot (ibid. 60b) ; c'est par la main du Ciel qu'ils furent jugés, par la maguéfa.
💡 Explication

La guemara donne maintenant la vraie réponse à la question de la femme savante, et elle est double. Selon cette première position, la différence des morts suit la gravité de l'acte.

Rachi ajoute une précision de droit pénal qui évite un contresens : sacrifier et faire fumer l'encens sont des cultes idolâtres passibles de la lapidation selon la michna de Arba Mitot. Pourquoi donc l'épée ici ? Parce qu'au pied du Sinaï les quatre morts du beit din n'avaient pas encore été explicitées : les fautifs furent jugés selon le droit des Bnei Noah, où toute mise à mort se fait par l'épée. Étreindre et embrasser, en revanche, ne relèvent d'aucune mort judiciaire : ils furent punis par la main du Ciel, la maguéfa. Et la simple joie intérieure, que nul tribunal ne peut atteindre, fut révélée par l'épreuve de l'eau.

🖼️ Schéma
Trois morts pour une même faute : deux façons de les répartir Rav et Levi -- la question de la femme savante trouve ici sa réponse La mort infligée Critère de l'ACTE Critère de la PREUVE Par l'épée par le beit din -- ici la mort des Bnei Noah, avant les quatre morts de la Torah Il a sacrifié et fait fumer l'encens actes de culte passibles de mort pour idolâtrie Témoins ET avertissement le dossier est complet : le tribunal humain peut juger Par la maguéfa mort par la main du Ciel et Hachem frappa le peuple Il a étreint et embrassé gestes d'attachement, mais pas des cultes passibles du beit din Témoins SANS avertissement la faute est établie mais le tribunal ne peut pas condamner Par le hidrokan hydropisie -- l'eau du veau broyé, épreuve de la sota Il s'est réjoui en son cœur aucun acte visible : seule une épreuve intérieure peut le révéler Ni témoins ni avertissement rien n'est saisissable en droit : le Ciel seul tranche
Les trois morts du veau d'or réparties selon l'acte (Rav ou Levi) ou selon l'état de la preuve (l'autre).
14
וְחַד אָמַר: עֵדִים וְהַתְרָאָה — בְּסַייִף, עֵדִים בְּלֹא הַתְרָאָה — בְּמִיתָה, לֹא עֵדִים וְלֹא הַתְרָאָה — בְּהִדְרוֹקָן.

Et l'autre dit : [ceux qui ont fauté] devant témoins et avec avertissement (hatraa) -- par l'épée ; devant témoins mais sans avertissement -- par la mort [céleste] ; sans témoins ni avertissement -- par le hidrokan.

💡 Explication

La seconde position déplace entièrement le critère. La faute peut avoir été la même ; ce qui varie, c'est l'état de la preuve. Le beit din ne peut condamner qu'avec des témoins et une hatraa (l'avertissement préalable adressé au fautif) : là, l'épée. Avec des témoins mais sans avertissement, la faute est établie sans être judiciairement punissable : le Ciel s'en charge par la maguéfa. Sans témoins du tout, rien n'est saisissable en droit -- reste l'épreuve de l'eau.

Les deux lectures se rejoignent sur un point : la sanction n'est jamais arbitraire. L'une gradue selon ce qui a été fait, l'autre selon ce qui peut être établi -- et c'est précisément le double registre que le Ben Yehoyada mobilisait pour montrer que la prémisse de la question était fausse.

15
אָמַר רַב יְהוּדָה: שִׁבְטוֹ שֶׁל לֵוִי לֹא עָבַד עֲבוֹדָה זָרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּעֲמֹוד מֹשֶׁה בְּשַׁעַר הַמַּחֲנֶה וְגוֹ׳״.

Rav Yehouda dit : la tribu de Levi n'a pas servi d'idole, ainsi qu'il est dit : "Et Moche se tint à la porte du camp [et dit : qui est pour Hachem, à moi ! Et tous les fils de Levi se rassemblèrent auprès de lui]" (Chemot 32,26).

📜 Rachi (1)
כָּל בְּנֵי לֵוִי שֶׁכֻּולָּן בִּכְלַל זֶה:
Car ils sont tous compris dans ce [ralliement].
💡 Explication

De la répartition des morts, la guemara passe à une question d'étendue : qui, exactement, à fauté ? Rav Yehouda exempte la tribu de Levi en entier.

La preuve tient au mot kol de la suite du verset : "et tous les fils de Levi se rassemblèrent auprès de lui". Rachi le dit en quatre mots -- ils y sont tous compris. Si le ralliement fut intégral, aucun Levi n'était du côté du veau. La lecture repose donc sur un kol pris à la lettre : le Ben Yehoyada relèvera, au segment suivant, que ce point précis fait controverse -- kol signifie-t-il la totalité réelle, ou seulement l'immense majorité ?

16
יָתֵיב רָבִינָא וְקָאָמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא. אֵיתִיבֵיהּ בְּנֵי רַב פָּפָּא בַּר אַבָּא לְרָבִינָא: ״הָאֹומֵר לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ לֹא רְאִיתִיו״.

Ravina siégeait et énonçait cet enseignement. Les fils de Rav Papa bar Abba firent objection à Ravina : [il est écrit] "celui qui dit de son père et de sa mère : je ne l'ai pas vu" (Devarim 33,9) !

📜 Rachi (1)
הָאוֹמֵר לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ בְּמַעֲשֵׂה הָעֵגֶל לֹא רְאִיתִיו נַעֲשׂוּ אַכְזָרִים עֲלֵיהֶם לִנְקֹום נִקְמָתוֹ שֶׁל מָקוֹם אַלְמָא אָבִיו וְאִמּוֹ אָחִיו וּבָנָיו עָבְדוּ ע"ז:
Lors de l'affaire du veau [ils dirent] "je ne l'ai pas vu" : ils se firent cruels envers eux pour venger l'affront fait à l'Omniprésent. Il ressort donc que leur père, leur mère, leurs frères et leurs fils avaient servi l'idole.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵיתִיבֵיהּ בְּנֵי רַב פָּפָּא בַּר אַבָּא לְרָבִינָא : (דְּבָרִים לג, ט) " הָאֹמֵר לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ : לֹא רְאִיתִיו ". הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל תִּיקְשֵׁי לְהוּ לְדִידְהוּ קְרָאֵי אַהֲדָדֵי דְּהָא כְּתִיב (שְׁמוֹת לב, כו) 'כָּל בְּנֵי לֵוִי'? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ בְּתֵיבַת 'כָּל' יֵשׁ פְּלֻוגְתָּא חַד אָמַר כֹּל מַמָּשׁ, וְחַד אָמַר רֹוב כְּכָל, וְלָכֵן עַל קְרָאֵי לֵיכָּא קֻושְׁיָא דְּיֵשׁ לוֹמַר הוּא רוֹצֶה לוֹמַר 'רֹוב' אֲבָל לְרָבִינָא דִּמְפָרֵשׁ 'כָּל' מַמָּשׁ קַשְׁיָא לֵיהּ. וְעוֹד הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל אַמַּאי לֹא הִקְשָׁה לוֹ מִפָּרָשַׁת כִּי תִשָּׂא עַצְמָהּ, דִּכְתִיב (שְׁמוֹת לב, כז) 'הָרְגוּ אִישׁ אֶת אָחִיו' וְכֵן מִפָּסוּק (שְׁמוֹת לב, כט) 'מִלְאוּ יֶדְכֶם הַיּוֹם לַה' כִּי אִישׁ בִּבְנוֹ וּבְאָחִיו'? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּ'הָרְגוּ אִישׁ אֶת אָחִיו' יֵשׁ לוֹמַר אָתֵי לְמִשְׁרֵי קְרוֹבִים, וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא הָיוּ עוֹבְדִים עֲבוֹדָה זָרָה בְּשֵׁבֶט לֵוִי כְּלָל, לִימֵּד זֶה כָּאן לִהְיוֹת בִּנְיַן אָב לְכָל הָעִנְייָנִים כָּאֵלֶּה, דְּבִמְקוֹם קִדּוּשׁ הַשֵּׁם וְקִנְאָתוֹ שָׁרִי גַּם בִּקְרוֹבִים! אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר לָאו 'אָחִיו' מַמָּשׁ וְאֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁהוּא אָהוּב לוֹ כְּאָח, וְכֵן פָּסוּק 'אִישׁ בִּבְנוֹ וּבְאָחִיו' גַּם כֵּן יֵשׁ לְפָרֵשׁ בְּהָכִי, אַךְ פָּסוּק 'לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ לֹא רְאִיתִיו וְאֶת אֶחָיו לֹא הִכִּיר וְאֶת בָּנָיו לֹא יָדָע' לֵיכָּא לְפָרוּשֵׁי בְּהָכִי, חֲדָא כִּי זָכַר פְּרָטִים הַרְבֵּה שֶׁהֵם אָב וָאֵם וְאָח וּבֵן, וְדֹוחַק לְפָרֵשׁ דְּכוּלְּהוּ נָקֵיט עַל צַד הַדִּמְיוֹן. וְעוֹד דְּהֶאֱרִיךְ לְחַלְּקָם לְכַמָּה בָּבוֹת לֹא רְאִיתִיו לֹא יָדַע לֹא הִכִּיר וְלֹא כָּלְלָם יַחַד בְּחַד בָּבָא, וְלָכֵן מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ אָב וָאֵם וְאָח וּבֵן מַמָּשׁ.
"Les fils de Rav Papa bar Abba firent objection à Ravina : (Devarim 33,9) celui qui dit de son père et de sa mère : je ne l'ai pas vu." Le Maharcha, de mémoire bénie, objecte : les versets devraient se contredire pour eux-mêmes, puisqu'il est écrit (Chemot 32,26) "tous les fils de Levi" ; vois-le là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu qu'au sujet du mot "tous" (kol) il existe une controverse : l'un dit "tous" au sens strict, et l'autre dit "la plupart, valant pour tous". Aussi n'y a-t-il pas de difficulté entre les versets eux-mêmes, car on peut dire que [l'Écriture] veut dire "la plupart" ; mais pour Ravina, qui interprète "tous" au sens strict, la difficulté se pose. Le Maharcha, de mémoire bénie, objecte encore : pourquoi ne lui a-t-on pas objecté à partir de la section Ki Tissa elle-même, où il est écrit (Chemot 32,27) "que chacun tue son frère", ainsi que du verset (Chemot 32,29) "remplissez aujourd'hui vos mains pour Hachem, car chacun [a été] contre son fils et contre son frère" ? Vois-le là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que pour "que chacun tue son frère" on peut dire que [le verset] vient permettre [de frapper] les proches : bien qu'il n'y eût absolument aucun idolâtre dans la tribu de Levi, il l'a enseigné ici pour en faire un binyan av (un cas-type) valable pour toutes les affaires semblables -- là où il y va de la sanctification du Nom et du zèle pour Lui, cela est permis même envers des proches ! Ou bien l'on peut dire que "son frère" n'est pas un frère au sens propre, mais veut dire : bien qu'il lui fut cher comme un frère ; et le verset "chacun contre son fils et contre son frère" peut de même s'expliquer ainsi. Mais le verset "de son père et de sa mère : je ne l'ai pas vu, ses frères il ne les a pas reconnus et ses fils il ne les a pas connus" ne peut pas s'expliquer de cette manière. D'abord parce qu'il énumère de nombreux termes particuliers -- père, mère, frère et fils -- et il est forcé d'expliquer qu'ils sont tous pris au sens figuré. Ensuite parce qu'il s'étend à les répartir en plusieurs propositions -- "je ne l'ai pas vu", "il n'a pas connu", "il n'a pas reconnu" -- au lieu de les rassembler en une seule. Il faut donc nécessairement expliquer qu'il s'agit d'un père, d'une mère, d'un frère et d'un fils au sens propre.
💡 Explication

L'objection est directe. La bénédiction de Moche à la tribu de Levi la loue d'avoir dit de son père et de sa mère : "je ne l'ai pas vu", de n'avoir pas reconnu ses frères ni connu ses fils. Rachi explique le contexte : c'est lors de l'affaire du veau qu'ils "se firent cruels" envers leurs proches pour venger l'affront fait à l'Omniprésent.

Or si les Levi ont dû frapper leur père, leurs frères et leurs fils, c'est bien que ces derniers avaient servi l'idole -- et la tribu n'était donc pas indemne. L'objection frappe exactement la où la thèse de Rav Yehouda est la plus forte : sur la totalité. Le Ben Yehoyada y ajoute les questions du Maharcha, notamment celle-ci : pourquoi ne pas avoir objecté à partir des versets de Ki Tissa eux-mêmes, "que chacun tue son frère" ?

17
״אָבִיו״ — אֲבִי אִמּוֹ מִיִּשְׂרָאֵל, ״אָחִיו״ — אָחִיו מֵאִמּוֹ מִיִּשְׂרָאֵל, ״בָּנָיו״ — בְּנֵי בִּתּוֹ מִיִּשְׂרָאֵל.

"Son père" -- [c'est] le père de sa mère, un Israël ; "ses frères" -- [ce sont] ses frères du côté de sa mère, [nés] d'un Israël ; "ses fils" -- [ce sont] les fils de sa fille, [nés] d'un Israël.

💡 Explication

La réponse de Ravina ne récuse pas le verset : elle en redéfinit les personnages. Tous les parents nommés sont réels, mais ce sont des parents par les femmes -- et donc, tribalement, des Israël, non des Levi.

Le mécanisme repose sur un principe simple : l'appartenance tribale se transmet par le père. Le grand-père maternel d'un Levi, ses demi-frères nés de la même mère mais d'un père israélite, les fils de sa fille mariée à un Israël : aucun n'appartient à la tribu de Levi. Le verset peut donc louer la rigueur des Levi envers leurs proches idolâtres sans qu'un seul Levi ait fauté -- et la thèse de Rav Yehouda tient.

🖼️ Schéma
Devarim 33,9 relu : de qui parle le verset ? Qui dit de son PÈRE et de sa mère : je ne l'ai pas vu ; ses FRÈRES, il ne les a pas reconnus ; ses FILS, il ne les a pas connus l'objection des fils de Rav Papa bar Abba : des Levi ont donc bien fauté, et leurs proches les ont frappés son père = le père de sa MÈRE un Israël, pas un Levi la tribu se transmet par le père ses frères = demi-frères du côté de sa MÈRE nés d'un père Israël ses fils = les fils de sa FILLE nés d'un père Israël Le principe qui rend la lecture possible L'appartenance tribale suit le père. Tous les parents nommés par le verset peuvent donc être des Israël proches par les femmes -- et la tribu de Levi reste entière.
Comment Ravina relit Devarim 33,9 : trois parentés réelles, mais toutes du côté maternel, donc des Israël.
18
וְכֶבֶשׁ עָשׂוּ לוֹ כּוּ׳. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: לֹא בַּבְלִיִּים הָיוּ, אֶלָּא אַלֶּכְסַנְדְּרִיִּים הָיוּ. וּמִתּוֹךְ שֶׁשּׂוֹנְאִים אֶת הַבָּבְלִיִּים הָיוּ קוֹרִין אוֹתָן עַל שְׁמָן. תַּנְיָא רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא בַּבְלִיִּים הָיוּ, אֶלָּא אַלֶּכְסַנְדְּרִיִּים הָיוּ. אָמַר לוֹ רַבִּי יוֹסֵי: תָּנוּחַ דַּעְתְּךָ, שֶׁהִנַּחְתָּ אֶת דַּעְתִּי.

"Et on lui construisit une rampe, etc." Rabba bar bar Hana dit : ce n'étaient pas des Babyloniens, mais des Alexandrins ; et parce qu'ils détestent les Babyloniens, ils les appelaient de leur nom. Il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit : ce n'étaient pas des Babyloniens, mais des Alexandrins.

Rabbi Yossi lui dit : que ton esprit soit apaisé, car tu as apaisé le mien.

📜 Rachi (2)
וּמִתּוֹךְ שֶׁשּׂוֹנְאִין בְּנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֶת הַבָּבְלִיִּים הָיוּ קוֹרִין כָּל קַלֵּי הָרֹאשׁ וְעוֹשֵׂי דָּבָר שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן עַל שְׁמָם:
Comme les gens de la terre d'Israël détestaient les Babyloniens, ils désignaient du nom de ceux-ci tous les gens légers et tous ceux qui agissaient de façon inconvenante.
תָּנוּחַ דַּעְתְּךָ מִשְׁפַּחְתּוֹ הָיְתָה מִבָּבֶל וְהָיָה קָשֶׁה לוֹ הַדָּבָר:
Sa famille était de Babylonie, et la chose lui pesait.
🗂️ Tossefot (1)
אֲמַר לֵיהּ ר' יוֹסֵי תָּנוּחַ דַּעְתְּךָ כּוּ' וְא"ת בס"פ שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת דַּף ק.) גַּבֵּי חָל לִהְיוֹת יוֹם הַכִּפּוּרִים עֶרֶב שַׁבָּת שָׂעִיר הַחִיצוֹן שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים אוֹכְלִין אוֹתוֹ כְּשֶׁהוּא חַי תַּנְיָא בַּגְּמָרָא אִיפְּכָא רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר לֹא בָּבְלִיִּים הָיוּ כו' עַד אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה תָּנוּחַ דַּעְתְּךָ שֶׁהִנַּחְתָּ דַּעְתִּי וְיֵשׁ לוֹמַר מַר מַאי דִּשְׁמִיעַ לֵיהּ קָאָמַר וּמָר מַאי דִּשְׁמִיעַ לֵיהּ קָאָמַר ר' יְהוּדָה קִיבֵּל דְּהַהִיא דְּהָכָא לֹא בַּבְלִיִּים הֵן וְר' יוֹסֵי קִיבֵּל בְּהַהוּא דְּהָתָם:
Et si tu demandes : à la fin du chapitre Chtei ha-Le'hem (Menahot 100a), à propos du cas où Yom Kippour tombe une veille de Chabbat -- où l'on mange cru le bouc extérieur de Kippour -- il est enseigné dans la guemara l'inverse : "Rabbi Yossi dit : ce n'étaient pas des Babyloniens..." jusqu'à "Rabbi Yehouda lui dit : que ton esprit soit apaisé, car tu as apaisé le mien" ! On peut répondre : chacun rapporte ce qu'il a entendu -- Rabbi Yehouda avait reçu la tradition rapportée ici, selon laquelle ce n'étaient pas des Babyloniens, et Rabbi Yossi avait reçu celle rapportée là-bas.
💡 Explication

La guemara revient à la michna de 66a : on avait bâti une rampe pour soustraire le bouc à ceux qui lui arrachaient les poils. La michna les appelait des Babyloniens -- et la guemara corrige : c'étaient des Alexandrins.

Rachi explique le mécanisme du sobriquet : en terre d'Israël on n'aimait pas les Babyloniens, si bien que l'on mettait sur leur compte tous les kalei roch, les gens légers, et tous ceux qui agissaient de façon inconvenante. La scène qui suit est d'une délicatesse rare : Rabbi Yossi, dont la famille venait de Babylonie -- Rachi précise que la chose lui pesait -- remercie Rabbi Yehouda d'avoir rétabli la vérité. Tossefot signale que dans Menahot 100a la même baraita attribue les rôles à l'inverse, et répond que chacun rapportait la tradition qu'il avait reçue.

19
טֹול וְצֵא. תְּנָא: מַה שָׁהֵי צָפִירָא דֵּין, וְחוֹבֵי דָּרָא סַגִּיאִין.

"Prends et va-t'en !" Il a été enseigné [qu'ils disaient, en araméen] : "Pourquoi ce bouc s'attarde-t-il, alors que les fautes de la génération sont si nombreuses !"

📜 Rachi (1)
מַה שָׁהֵי צָפִירָא דֵּין וְחוֹבֵי דָרָא סַגִּיאִין מַה מִתְעַכֵּב שָׂעִיר זֶה כָּאן וַעֲוֹנוֹת הַדּוֹר מְרֻובִּין וְהֵן עָלָיו:
"Pourquoi ce bouc s'attarde-t-il ici, alors que les fautes de la génération sont nombreuses et qu'elles reposent sur lui ?"
💡 Explication

La michna avait rapporté le cri en deux mots : tol va-tsé, "prends et va-t'en". La baraita en donne la formule complète, dans l'araméen où elle a été criée : mah chahi tséfira den ve-hovéi dara sagiin.

Rachi la traduit littéralement et ajoute l'élément qui la rend intelligible : les fautes de la génération sont nombreuses -- et elles reposent sur lui. L'impatience de la foule n'est donc pas de la simple grossièreté : elle exprime une conviction, celle que le départ du bouc emporte réellement la charge de l'année. Le geste d'arracher les poils est une façon brutale de hâter ce départ -- et c'est pour l'empêcher qu'on avait bâti la rampe.

20
מַתְנִי׳ מִיַּקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם הָיוּ מְלַוִּין אוֹתוֹ עַד סֻוכָּה הָרִאשׁוֹנָה. עֶשֶׂר סֻוכּוֹת מִירוּשָׁלַיִם וְעַד צוּק,

MICHNA : Des notables de Jérusalem l'accompagnaient jusqu'à la première souka (cabane). [Il y avait] dix soukot depuis Jérusalem jusqu'au tsouk (l'escarpement),

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מִיַּקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם מֵחֲשׁוּבֵי יְרוּשָׁלַיִם:
Parmi les personnages considérables de Jérusalem.
עַד סֻוכָּה הָרִאשׁוֹנָה סֻוכּוֹת עָשׂוּ לוֹ בַּדֶּרֶךְ וּבְנֵי אָדָם הוֹלְכִין לָגוּר שָׁם לִפְנֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁמְּלַוִּין אוֹתוֹ מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה:
On lui avait fait des cabanes le long du chemin, et des gens allaient y séjourner avant Yom Kippour, afin de l'accompagner d'une cabane à l'autre.
⚖️ Rosh (1)
מֵאֶתְמוֹל הִזְמִינוֹ (שָׁם:) מִי שֶׁמּוֹלִיכוֹ לַעֲזָאזֵל. וְעַתָּה בָּא לְעֶזְרָה וּמוֹסְרוֹ לוֹ וַאֲפִילּוּ נִטְמָא וְאִם חָלָה הַשָּׂעִיר שֶׁלֹּא יוּכַל לֵילֵךְ מַרְכִּיבוֹ עַל כְּתֵפָיו וַאֲפִילּוּ אִם הוּא שַׁבָּת. וְכָל אָדָם כָּשֵׁר לָזֶה אֲפִילּוּ זָר. וְהָיוּ עוֹשִׂים לוֹ כֶּבֶשׂ שֶׁהָיָה הוֹלֵךְ עָלָיו לַחוּץ לָעֲזָרָה מִפְּנֵי קַלֵּי רֹאשׁ שֶׁבָּעַם שֶׁהָיוּ תּוֹלְשִׁין בִּשְׂעָרוֹ לוֹמַר טֹול וְצֵא. (דַּף סו:) וּמִיַּקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם הָיוּ מְלַוִּין אוֹתוֹ עַד הַסֻּוכָּה הָרִאשׁוֹנָה. שֶׁעִשֵּׂר סֻוכּוֹת הָיוּ עוֹשִׂין לוֹ בַּדֶּרֶךְ בֵּין כָּל אַחַת וְאַחַת מִיל. (דַּף סז.) וּבְכָל אַחַת יוֹשְׁבִים אֲנָשִׁים לִלְווֹתוֹ מֵאַחַת לַחֲבֶרְתָּהּ. וְעִם שֶׁבְּסֻוכָּה אַחֲרוֹנָה לִווָּהוּ מִיל. הֲרֵי שֶׁהָלַךְ אַחַד עָשָׂר מִיל. וְנִשְׁאֲרוּ שָׁם וְהוּא הָיָה מַרְחִיק עוֹד מִיל עַד שֶׁמַּגִּיעַ לִמְקוֹם הַצּוּק וְהֵם רוֹאִים מַעֲשָׂיו. וּבְכָל סֻוכָּה וְסֻוכָּה אוֹמְרִים לוֹ הֲרֵי מַיִם הֲרֵי מָזוֹן אִם יִצְטָרֵךְ לֶאֱכֹול. וְהָיָה לוֹקֵחַ לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית וְחוֹלֵק אוֹתוֹ חֶצְיוֹ קוֹשֵׁר בַּסֶּלַע לִרְאוֹת כְּשֶׁיַּלְבִּין וְחֶצְיוֹ קוֹשֵׁר בֵּין קַרְנֵי הַשָּׂעִיר וְדוֹחֵהוּ לַאֲחוֹרָיו. וְלֹא הָיָה מַגִּיעַ לַחֲצִי הָהָר עַד שֶׁנַּעֲשֶׂה אֵבָרִים אֵבָרִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה חִתּוּךְ וְקָשֶׁה. וְהָאֵבָרִים מֻותָּרִין בַּהֲנָאָה. וְהַמְשַׁלֵּחַ הָיָה מְטַמֵּא בְּגָדִים מִשֶּׁיַּגִּיעַ לַצּוּק וְחָזַר וְיָשַׁב בַּסֻּוכָּה הָאַחֲרוֹנָה עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. וּלְמָחָר הַמְשַׁלֵּחַ יָבֹא לְכֹהֵן גָּדוֹל. (דַּף עא.) אִם מָצְאוּ בַּשּׁוּק יֹאמַר לוֹ כְּדֵי לְכַבְּדוֹ אִישִׁי כ"ג עָשִׂיתִי שְׁלִיחוּתְךָ. אִם מָצְאוּ בַּבַּיִת יֹאמַר מְחַיֶּה חַיִּים עָשִׂיתִי שְׁלִיחוּתְךָ. אַחַ"כּ (דַּף סז:) בָּא כ"ג אֵצֶל פַּר וְשָׂעִיר וְהוֹצִיא אֶת אֵימוּרֵיהֶם וּנְתָנָן בִּכְלִי שָׁרֵת וְהִנִּיחָן עַד בָּא זְמַן הַקְטָרָתָן. וְנָתַן הַפָּר וְהַשָּׂעִיר לְמִי שֶׁמּוֹצִיאָן לִשְׂרֵיפָה חוּץ לִירוּשָׁלַיִם לִצְפוֹנָהּ. וְהָיוּ מְטַמְּאִים בְּגָדִים מִשֶּׁיֵּצְאוּ חוּץ לְחוֹמַת עֲזָרָה. וְהוֹצִיאוּם בְּמַקְלוֹת אַרְבָּעָה אֲנָשִׁים בִּשְׁנֵי מַקְלוֹת. קְלוּעוֹת פַּר וְשָׂעִיר זֶה עַל זֶה שְׁלֵימִים בְּעוֹרָן. וְכָךְ הָיוּ מְנַתְּחִין אוֹתָן בָּעוֹר וְשׂוֹרְפָן. אָמְרוּ לכ"ג הִגִּיעַ הַשָּׂעִיר לַמִּדְבָּר שֶׁלֹּא הָיָה רַשַּׁאי לְהַתְחִיל בְּשׁוּם עֲבוֹדָה עַד הִגִּיעוּ שָׁמָּה. וְהֵיאַךְ הָיוּ יוֹדְעִין. אַנְשֵׁי הַסֻּוכּוֹת הָיוּ מְנִיפִין בְּסוּדָרִים וְהָיוּ רוֹאִין מִסֻּוכָּה לַסֻּוכָּה עַד שֶׁמַּגִּיעַ הַדָּבָר לִירוּשָׁלַיִם. וְאַחַר כָּךְ (דַּף סח:) קוֹרֵא כ"ג בַּתּוֹרָה אִם יִרְצֶה בְּבִגְדֵי בּוּץ שֶׁהוּא לָבוּשׁ וְאִם יִרְצֶה יִקְדַּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וּפוֹשֵׁט וְלוֹבֵשׁ אִיצְטְלִית לָבָן מִשֶּׁלּוֹ וְקוֹרֵא בּוֹ. חַזַּן הַכְּנֶסֶת נוֹטֵל סֵפֶר תּוֹרָה וְנִיתְּנוּ לְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת הַמְמֻונֶּה עַל צָרְכֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת. וְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת נוֹתְנוֹ לַסְּגָן וְהַסְּגָן לְכֹהֵן גָּדוֹל. וְכָל זֶה מִשּׁוּם כְּבוֹד כֹּהֵן גָּדוֹל לְהַרְאוֹת שֶׁיֵּשׁ הַרְבֵּה שְׂרָרוֹת תַּחְתָּיו וְהוּא עַל כֻּולָּם. וְקוֹרֵא אַחֲרֵי מוֹת וְגוֹלֵל אַךְ בֶּעָשׂוֹר וְקוֹרֵא כֵּיוָן שֶׁהַכֹּל עִנְיָן אֶחָד וא"צ לְהַפְסִיק בִּכְדֵי שֶׁיַּפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן יָכוֹל לִגְלֹול. וְגוֹלֵל סֵפֶר תּוֹרָה וּמַנִּיחוֹ בְּחֵיקוֹ וְאוֹמֵר יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁקָּרִיתִי לִפְנֵיכֶם כְּחוֹב כָּאן (דַּף ע.) מִשּׁוּם פָּגְמָה שֶׁל תּוֹרָה שֶׁלֹּא יַחְשְׁבוּ שֶׁהַסֵּפֶר תּוֹרָה חֲסֵרָה פָּרָשָׁה כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לִקְרוֹת עַל פֶּה וּבֶעָשׂוֹר שֶׁבְּחֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים דְּהַייְנוּ קָרְבְּנוֹת הַמּוּסָפִין דְּהַייְנוּ פָּרָשַׁת פִּינְחָס קוֹרֵא עַל פֶּה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לִגְלֹול שָׁם מִפְּנֵי כְּבוֹד צִבּוּר שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַפְסִיק יוֹתֵר מִכְּדֵי שֶׁיְּתַרְגֵּם הַמְתֻורְגְּמָן וְאֵין זֶה כְּבוֹד הַצִּבּוּר שֶׁיַּמְתִּינוּ לוֹ. וְאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְהָבִיא סֵפֶר תּוֹרָה אַחֶרֶת שֶׁתְּהֵא נִגְלֶלֶת מֵאֶתְמוֹל מִפְּנֵי פְּגָמוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן. וְעוֹד שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְבָרֵךְ פַּעַם שֵׁנִית וִיהֵא בְּרָכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה. וּמְבָרֵךְ עָלֶיהָ שְׁמֹונֶה בְּרָכוֹת. עַל הַתּוֹרָה כְּדֶרֶךְ שֶׁאָנוּ מְבָרְכִין תְּחִלָּה וָסוֹף. וְעַל עֲבוֹדָה רָצָה וְחוֹתֵם בָּרוּךְ אַתָּה ה' שֶׁאוֹתְךָ לְבַדְּךָ נַעֲבֹוד. וְעַל הַהוֹדָאָה מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ. וְעַל מְחִילַת עָוֹן מוֹחֵל עֲוֹנֹותֵיכֶם. וְעַל הַמִּקְדָּשׁ בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בַּמִּקְדָּשׁ. וְעַל יִשְׂרָאֵל בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בְּעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל. וְעַל הַכֹּהֲנִים בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בַּכֹּהֲנִים. וְעַל שְׁאָר הַתְּפִלָּה תְּפִלָּה רִנָּה וּבַקָּשָׁה שֶׁעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין לְהִוָּשַׁע בָּרוּךְ אַתָּה ה' שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה. אִם קוֹרֵא בְּבִגְדֵי בּוּץ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וּפָשַׁט וְטוֹבֵל (וּמְקַדֵּשׁ) וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי זָהָב [וּמְקַדֵּשׁ] לְאֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. וְאִם קָרָא בְּאִיצְטְלִית מִשֶּׁלּוֹ וְנִמְצָא כְּבָר קִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו בְּפָשְׁטוּ בִּגְדֵי הַבּוּץ וְאֵינוֹ צָרִיךְ עַתָּה אֶלָּא טְבִילָה וְקִידּוּשׁ וְעָשָׂה אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. (דַּף ע. עא.) וְאִיכָּא פְּלֻוגְתָּא טוּבָא בְּסֵדֶר הַקְרָבַת הַמּוּסָפִין הַכְּתוּבִים בְּפָרָשַׁת פִּינְחָס שֶׁהֵם שִׁבְעָה כְּבָשִׂים פַּר לְעוֹלָה וְשָׂעִיר לְחַטָּאת. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר שֶׁמִּיָּד אַחַר אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם הָיָה מַקְטִיר אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר הַפְּנִימִי וְאַחַר כָּךְ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְטוֹבֵל וּמְקַדֵּשׁ וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי לָבָן וּמוֹצִיא כַּף וּמַחְתָּה שֶׁהִנִּיחַ לִפְנַי וְלִפְנִים בְּהִקְטִיר שָׁמָּה הַקְּטֹורֶת. וְאִם יִרְצֶה לַעֲשׂוֹת אֵלּוּ הַבְּגָדִים מִשֶּׁלּוֹ וְשֶׁלֹּא לִיקְחָם מִן הַצִּבּוּר הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ וּבִלְבַד שֶׁיִּמְסְרֵם לַצִּבּוּר. אֲבָל בִּשְׁאָר הָעֲבוֹדוֹת לֹא הָיָה רַשַּׁאי לַעֲשׂוֹת כֵּן. וְאַחַ"כּ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו [וְטוֹבֵל] וּמְקַדֵּשׁ וְלָבַשׁ בִּגְדֵי זָהָב וְעוֹשֶׂה כָּל הַמּוּסָפִין וְתָמִיד הָעֶרֶב וְהַדְלָקַת הַנֵּרוֹת וְחָבִיתִין כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר שִׁבְעָה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה הָיוּ קְרֵיבִין עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר. וְשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ מִיָּד שֶׁגָּמַר עֲבוֹדַת הַיּוֹם. אַחַ"כּ אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. וְאַחַ"כּ הַקְטָרַת אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר בִּטְבִילָה שְׁלִישִׁית. וְאַחַ"כּ הוֹצָאַת הַכַּף וּמַחְתָּה בִּטְבִילָה רְבִיעִית. וְאַחַ"כּ תָּמִיד הָעֶרֶב וּקְטֹרֶת וְנֵרוֹת וְחָבִיתִין כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים. וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָא שִׁשָּׁה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה הָיוּ קְרֵיבִים עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר וְאֶחָד הַנִּשְׁאָר עִם תָּמִיד הָעֶרֶב. וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר אִיפְּכָא שֶׁהָאֶחָד הָיָה קָרֵב עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר וְשִׁשָּׁה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה עִם תָּמִיד הָעָרֶב. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פָּסַק כְּרַבִּי עֲקִיבָא וְהַדַּעַת מַכְרַעַת כְּחַד מֵהָנָךְ תַּנָּאֵי דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּר' עֲקִיבָא שֶׁמִּקְצָת הַמּוּסָפִין בַּבֹּוקֶר וּמִקְצָתָן בָּעֶרֶב לְקַיֵּים שְׁתֵּי הַדְּרָשׁוֹת. לְקַייֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר מִלְּבַד עֹולַת הַבֹּקֶר אֲשֶׁר וְגוֹ' אַלְמָא שֶׁמּוּסָפִין קְרֵבִין עִם עוֹלַת הַבֹּוקֶר. וּלְקַייֵּם סִדְרָא דְּמִקְּרָאֵי שֶׁעֲבוֹדָה נֶאֶמְרָה בְּאַחֲרֵי מוֹת קֹודֶם הַמּוּסָפִין שֶׁהֵם בְּפִינְחָס אַלְמָא שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם קוֹדֵם הַמּוּסָפִין וְאִיכָּא לְמֵימַר שֶׁגַּם אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר הָיוּ קְרֵיבִין אַחַר הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה כְּדֵי שֶׁנְּמַעֵט הַהַפְסָקָה בֵּין עֲבוֹדַת הַיּוֹם וּבֵין הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה שֶׁהֲרֵי הֵם כְּתוּבִים מִיָּד אַחַר עֲבוֹדַת הַיּוֹם וְהָיָה רָאוּי לַעֲשׂוֹתָן מִיָּד אֶלָּא שֶׁאָנוּ צְרִיכִין לְהַקְדִּים אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם לְקַיֵּים חָמֵשׁ טְבִילוֹת וַעֲשָׂרָה קִידּוּשִׁין דִּגְמִירִי שֶׁצָּרִיךְ לַעֲשׂוֹת בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. הִלְכָּךְ כָּל מַה שֶׁנּוּכַל לְמַעֵט הַהֶפְסֵק עָדִיף טְפֵי. אַחַר כָּל זֶה (דַּף ע.) הָיָה מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי עַצְמוֹ וּמְלַוִּין אוֹתוֹ רָאשֵׁי הָעָם וּגְדוֹלִים עַד בֵּיתוֹ. וְיוֹם טוֹב הָיָה עוֹשֶׂה לְכָל אוֹהֲבָיו כְּשֶׁהָיָה יוֹצֵא בְּשָׁלוֹם. הָרַחֲמָן הוּא יַחֲזִיר עֲבוֹדַת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בִּמְקוֹמָהּ בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ. יִרְאוּ עֵינֵינוּ וְיִשְׂמַח לִבֵּנוּ בְּתוֹרָתוֹ וּבְתוֹרָתוֹ יָאִיר עֵינֵינוּ. וִיבָרֵר כָּל סְפֵקוֹתֵינוּ:
Depuis la veille on avait désigné celui qui conduit [le bouc] à Azazel. Et maintenant [le kohen gadol] vient au parvis (azara) et le lui remet -- et cela même s'il est devenu impur. Et si le bouc est tombé malade au point de ne pouvoir marcher, il le charge sur ses épaules, et cela même si c'est Chabbat. Tout homme est apte à cette mission, même un zar (non-kohen). On lui faisait une rampe (kevech) par laquelle il sortait hors du parvis, à cause des gens légers du peuple qui lui arrachaient les poils en disant : "prends et va-t'en". (66b) Des notables de Jérusalem l'accompagnaient jusqu'à la première souka. On lui faisait dix soukot le long du chemin, distantes chacune d'un mil. (67a) Dans chacune se tenaient des hommes pour l'accompagner de l'une à la suivante ; et les gens de la dernière souka l'accompagnaient encore un mil -- cela fait onze mil parcourus. Ils restaient là, tandis que lui s'éloignait encore d'un mil jusqu'à atteindre le lieu du tsouk, et ils voyaient ce qu'il faisait. À chaque souka on lui disait : voici de l'eau, voici de la nourriture, au cas où il aurait besoin de manger. Il prenait un ruban d'écarlate (lachon chel zehorit), le partageait en deux : il attachait une moitié au rocher afin de voir quand elle blanchirait, et l'autre moitié entre les cornes du bouc, puis il le poussait à la renverse. Et il n'atteignait pas la moitié de la montagne qu'il était déjà mis en pièces -- car il faut que [l'escarpement] soit taillé et dur. Les membres [du bouc] sont permis à tout usage (hanaa). Celui qui l'envoie rendait ses vêtements impurs dès l'instant où il atteignait le tsouk ; il revenait s'asseoir dans la dernière souka jusqu'à la tombée de la nuit. Et le lendemain, celui qui l'a envoyé vient auprès du kohen gadol. (71a) S'il le rencontre sur la place publique, il lui dira, afin de l'honorer : "Mon seigneur le kohen gadol, j'ai accompli ta mission." S'il le rencontre à la maison, il dira : "[Béni soit Celui qui] fait vivre les vivants, j'ai accompli ta mission." Ensuite (67b), le kohen gadol vient auprès du taureau et du bouc, en extrait les emourim (les parts à brûler), les dépose dans un kli charet (ustensile du service) et les laisse la jusqu'à l'heure de leur combustion. Il remet le taureau et le bouc à ceux qui les sortent pour les brûler hors de Jérusalem, au nord. Ceux-là rendaient leurs vêtements impurs dès l'instant où ils sortaient hors du mur du parvis. On les emportait avec des perches : quatre hommes pour deux perches entrelacées, le taureau et le bouc l'un sur l'autre, entiers avec leur peau. Et c'est ainsi qu'on les dépeçait avec leur peau et qu'on les brûlait. On disait au kohen gadol : "le bouc est arrivé au désert" -- car il n'avait le droit de commencer aucun service avant qu'il n'y fût parvenu. Et comment le savait-on ? Les hommes des soukot agitaient des foulards, et l'on voyait de souka en souka jusqu'à ce que la nouvelle parvienne à Jérusalem. Ensuite (68b), le kohen gadol lit dans la Torah : s'il le souhaite, avec les vêtements de lin (bigdé boutz) qu'il porte ; s'il le souhaite, il sanctifie ses mains et ses pieds, se dévêt, revêt une tunique (itstalit) blanche lui appartenant, et y lit. Le hazan ha-knesset prend le sefer Torah et le donne au roch ha-knesset, préposé aux besoins de la synagogue ; le roch ha-knesset le donne au segan, et le segan au kohen gadol. Et tout cela pour l'honneur du kohen gadol, afin de montrer qu'il y a sous lui de nombreuses dignités et qu'il est au-dessus de toutes. Il lit la section Aharei Mot, puis enroule [le rouleau] jusqu'à "Akh be-assor" et y lit : puisque tout relève d'un même sujet et qu'il n'est pas nécessaire de marquer une pause de la durée qu'il faudrait au metourgueman [pour traduire], il peut enrouler. Puis il enroule le sefer Torah, le pose contre sa poitrine et dit : "plus que ce que je vous ai lu est écrit ici" (70a) -- à cause de l'atteinte à l'honneur de la Torah (pgam), pour qu'on ne pense pas que le sefer Torah est privé d'une section, puisqu'il doit lire la suite par cœur. Et "Ou-ve-assor" du livre des Nombres (Houmach ha-Pekoudim) -- c'est-à-dire les offrandes du moussaf, soit la section Pinhas -- il la lit par cœur : il ne peut pas y enrouler [le rouleau] par égard pour l'honneur du public, car il devrait marquer une pause plus longue que le temps de la traduction du metourgueman, et ce n'est pas honorer le public que de le faire attendre. Il ne peut pas non plus apporter un autre sefer Torah qui aurait été enroulé depuis la veille, à cause de l'atteinte à l'honneur du premier ; et de plus il devrait bénir une seconde fois, et ce serait une bracha cheeina tsricha (une bénédiction inutile). Et il prononce sur elle huit bénédictions : sur la Torah, comme nous bénissons au début et à la fin ; sur le service (avoda) -- Retse, et il conclut "béni sois-Tu Hachem, [Toi] que nous servirons seul" ; sur l'action de grâce -- Modim anahnou lakh ; sur le pardon des fautes -- "[Toi qui] pardonnes vos fautes" ; sur le Temple -- "béni sois-Tu Hachem, qui choisis le Temple" ; sur Israël -- "béni sois-Tu Hachem, qui choisis Ton peuple Israël" ; sur les kohanim -- "béni sois-Tu Hachem, qui choisis les kohanim" ; et sur le reste de la prière -- prière, chant et supplication, car Ton peuple Israël a besoin d'être sauvé : "béni sois-Tu Hachem, qui écoutes la prière". S'il a lu avec les vêtements de lin, il sanctifie ses mains et ses pieds, se dévêt, s'immerge (et sanctifie), revêt les vêtements d'or (et sanctifie) pour son bélier et le bélier du peuple. Et s'il a lu avec sa propre tunique, il se trouve qu'il a déjà sanctifié ses mains et ses pieds en ôtant les vêtements de lin ; il ne lui faut donc plus maintenant qu'une immersion et une sanctification, puis il offre son bélier et le bélier du peuple. (70a-71a) Il existe de nombreuses controverses quant à l'ordre d'offrande des moussafim écrits dans la section Pinhas, à savoir sept agneaux, un taureau en olah et un bouc en hatat. Rabbi Eliezer tient qu'immédiatement après son bélier et le bélier du peuple, il faisait fumer les emourim du taureau et du bouc intérieur ; puis il sanctifiait ses mains et ses pieds, s'immergeait, sanctifiait, revêtait les vêtements blancs et sortait la cuillère (kaf) et l'encensoir (mahta) qu'il avait laissés dans le Saint des saints en y faisant fumer l'encens. Et s'il souhaite se procurer ces vêtements à ses frais plutôt que de les prendre du public, il en a le droit, à condition de les remettre au public ; mais pour les autres services, il n'avait pas le droit d'agir ainsi. Ensuite il sanctifie ses mains et ses pieds, s'immerge, sanctifie, revêt les vêtements d'or et accomplit tous les moussafim, le tamid du soir, l'allumage des lampes et les havitin (les galettes du kohen gadol), selon l'ordre de tous les jours. Rabbi Akiva tient que les sept agneaux et le taureau de l'olah étaient offerts avec le tamid du matin ; le bouc offert à l'extérieur, aussitôt achevée l'avoda du jour ; puis son bélier et le bélier du peuple ; puis la combustion des emourim du taureau et du bouc, lors de la troisième immersion ; puis la sortie de la cuillère et de l'encensoir, lors de la quatrième immersion ; puis le tamid du soir, l'encens, les lampes et les havitin, selon l'ordre de tous les jours. Certains disent au nom de Rabbi Akiva que six agneaux et le taureau de l'olah étaient offerts avec le tamid du matin, et le dernier restant avec le tamid du soir. D'autres disent l'inverse : un seul était offert avec le tamid du matin, et six agneaux plus le taureau de l'olah avec le tamid du soir. Le Rambam, de mémoire bénie, a tranché comme Rabbi Akiva ; mais la raison penche pour l'un de ces tannaim qui parlent au nom de Rabbi Akiva, à savoir qu'une partie des moussafim est offerte le matin et une partie le soir, afin de satisfaire les deux drachot : satisfaire ce qui est dit "outre l'olah du matin qui, etc." -- d'où il ressort que les moussafim sont offerts avec l'olah du matin ; et satisfaire l'ordre des versets, puisque l'avoda [du jour] est énoncée dans Aharei Mot avant les moussafim, qui figurent dans Pinhas -- d'où il ressort que l'avoda du jour précède les moussafim. On peut dire aussi que les emourim du taureau et du bouc étaient offerts après la sortie de la cuillère et de l'encensoir, afin de réduire l'interruption entre l'avoda du jour et cette sortie : car ils sont écrits immédiatement après l'avoda du jour et il aurait convenu de les faire aussitôt -- mais nous devons faire passer avant son bélier et le bélier du peuple, afin d'accomplir les cinq immersions et les dix sanctifications qui, selon la tradition reçue, doivent avoir lieu à Yom Kippour. Aussi, tout ce que l'on peut retrancher à l'interruption est-il préférable. Après tout cela (70a), il sanctifiait ses mains et ses pieds, revêtait ses propres vêtements, et les chefs du peuple et les notables l'accompagnaient jusqu'à sa maison. Et il faisait un jour de fête pour tous ceux qui l'aimaient, lorsqu'il sortait en paix. Que le Miséricordieux rétablisse le service du Temple en son lieu, promptement et de nos jours. Que nos yeux voient et que notre cœur se réjouisse en Sa Torah ; que par Sa Torah Il illumine nos yeux et dissipe tous nos doutes.
💡 Explication

La michna reprend le récit au point où le convoyeur quitte la ville. Deux détails donnent la mesure de l'événement. D'abord, ce sont les mikirei Yerouchalayim -- les personnages considérables de la ville, dit Rachi -- qui l'escortent : la mission d'un simple particulier est traitée comme une affaire publique.

Ensuite, l'infrastructure : dix soukot jalonnent la route. Rachi précise qu'elles étaient construites d'avance et que des gens venaient y séjourner avant Yom Kippour, afin de prendre le relais d'une cabane à l'autre. Le daf suivant en donnera les distances -- un mil entre chaque -- et la fonction : offrir eau et nourriture, et transmettre le signal du retour. Le Roch accroche à cette michna un résumé de toute la fin de la journée, jusqu'à la sortie en paix du kohen gadol.

🖼️ Schéma
De Jérusalem au tsouk : dix soukot, douze mil michna de 66b, détaillée au daf suivant et résumée par le Roch Jérusalem les notables 123 456 789 10 TSOUK l'escarpement où on le pousse 1 mil 1 mil Le relais Chaque souka est occupée dès avant Kippour. Ses hommes accompagnent le convoyeur jusqu'à la suivante. Ceux de la dixième le suivent encore un mil : onze mil escortés. Le dernier mil Il le parcourt seul -- mais à portée de regard : ils voient ce qu'il fait. À chaque souka on lui a proposé eau et nourriture ; nul, dit la guemara, n'en eut jamais besoin.
La route du bouc émissaire : dix soukot, onze mil escortés, un dernier mil parcouru seul.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).