Yoma 67a -- Douze mil de désert, et un ruban qu'on finit par cacher au peuple

Yoma 67a

Sougya : Le daf achève la michna sur la route du bouc émissaire : quatre-vingt-dix ris, soit douze mil, dix soukot où l'on offre à chaque fois de l'eau et de la nourriture, et un dernier accompagnateur qui s'arrête en chemin et regarde de loin. Rachi transforme ce chiffre en itinéraire de onze étapes dont une seule vaut deux mil, ce qui explique exactement pourquoi le dernier reste en arrière : un mil est la mesure du tehoum du Chabbat.

La guemara ouvre alors une baraita à trois voix sur le nombre de soukot -- dix pour Rabbi Meir, neuf pour Rabbi Yehouda, cinq pour Rabbi Yossi -- et tout repose sur l'erouv tehoumin, qui double la portée de chaque groupe ; Elazar fils de Rabbi Yossi pousse le procédé jusqu'à n'en garder que deux, en scindant chaque souka en deux équipes d'erouv. Une baraita explique ensuite pourquoi l'offre d'eau et de nourriture était rituellement inutile et humainement indispensable : celui qui a du pain dans son panier n'a pas faim comme celui qui n'en a pas.

Vient enfin le ruban d'écarlate. La guemara justifie son partage par deux risques symétriques -- tout au rocher, il pourrait blanchir avant la poussée et le convoyeur, rassuré, négligerait la mitsva ; tout aux cornes, le bouc replie la tête en tombant et le signe devient invisible.

Puis une baraita raconte l'histoire de ses trois emplacements successifs, dehors sur le Oulam, dedans, puis au désert : à chaque fois la takana ne vise pas le rituel mais la honte et la tristesse du peuple devant un ruban qui reste rouge. Rabbi Elazar ha-Kappar précise qu'il blanchissait à l'instant même où le bouc atteignait le désert.

Le daf se termine sur une question ouverte : les membres du bouc mis en pièces sont-ils permis ou interdits à la hanaa ? Rav et Chmouel divergent, et la démonstration commence en 67b.

Yoma 67a : la route du tsouk, puis le ruban qui blanchit Une michna de géographie, une controverse de comptage, et une histoire de takanot sur la honte publique À -- Seg 0 à 1 : la fin de la michna 90 ris de Jérusalem au tsouk, à 7 ris et demi par mil : douze mil. Dix soukot, eau et nourriture à chacune. Le dernier n'arrive pas jusqu'au tsouk : il regarde de loin. Le ruban d'écarlate est coupé en deux, le bouc poussé à la renverse. Le convoyeur revient dormir sous la dernière souka. Dernier point litigieux : depuis quand rend-il ses vêtements impurs ? Tana kama : dès la sortie du mur de Jérusalem -- Rabbi Chimon : seulement au moment de la poussée. B -- Seg 2 à 4 : combien de soukot ? R. Meir : 10 soukot, 12 mil R. Yehouda : 9 soukot, 10 mil R. Yossi : 5 soukot, 10 mil Elazar fils de R. Yossi : 2 soukot suffiraient Tout repose sur l'erouv tehoumin : il double la portée de chaque groupe d'accompagnateurs. C -- Seg 5 : le pain dans le panier Jamais un convoyeur n'eut besoin de l'eau ni de la nourriture qu'on lui offrait à chaque souka. Alors pourquoi les lui offrir ? Parce que celui qui a du pain dans son panier n'a pas faim comme celui qui n'en a pas. La sécurité nourrit autant que la nourriture. D -- Seg 6 à 9 : le ruban d'écarlate et la honte du peuple Seg 6 et 7 : pourquoi couper le ruban ? Tout au rocher, il risque de blanchir avant la poussée et le convoyeur, rassuré, négligerait la mitsva. Tout entre les cornes, le bouc replie la tête en tombant et l'on ne voit rien. Seg 8 : trois étapes de takana -- dehors sur le Oulam, puis dedans, puis moitié rocher moitié cornes. Le motif n'est jamais rituel : c'est d'épargner au peuple la tristesse et la honte d'un ruban qui reste rouge. Seg 9 : R. Elazar ha-Kappar -- le ruban blanchissait à l'instant où le bouc atteignait le désert (Yechayahou 1,18). E -- Seg 10 à 11 : les membres du bouc Le bouc est mis en pièces avant la mi-hauteur. Ces morceaux : permis ou interdits à la hanaa (au profit) ? Rav et Chmouel s'opposent -- l'un permet, l'autre interdit. Le daf s'interrompt sur le premier argument : la suite est en 67b.
Le plan du daf : la fin de la michna, la controverse sur le nombre de soukot, le pain dans le panier, le ruban d écarlate et ses takanot, et la question ouverte sur les membres du bouc.
Combien de soukot sur la route du tsouk ? Quatre comptages Le nombre de soukot dépend de la distance qu'un accompagnateur peut couvrir -- donc de l'erouv tehoumin Qui Soukot Mil Comment l'escorte fonctionne Rabbi Meir tana kama de la baraita 10 12 Onze étapes d'un mil -- le mil est le tehoum du Chabbat -- sauf la dernière, longue de deux mil : d'où le dernier qui reste en arrière. Rabbi Yehouda certaines versions lisent 10 9 10 Dix étapes d'un mil. Tossefot signale des livres qui lisent dix soukot : la dernière serait alors au tsouk même, pour épargner le retour au convoyeur. Rabbi Yossi explicitement : par l'erouv 5 10 Rachi : chacun l'accompagne plus d'un mil, ou jusqu'à la souka suivante, grâce à l'erouv qui déplace son point de départ. Elazar b. R. Yossi rapporté par son père 2 10 Deux soukot suffisent si l'on scinde chaque groupe : une moitié fait son erouv vers l'amont, l'autre vers l'aval. Voir le schéma du segment 3.
Quatre comptages pour la même route : ce qui varie n est pas la distance mais la portée d un accompagnateur, et donc l usage de l erouv tehoumin.
Le ruban d'écarlate : trois takanot pour protéger le peuple À chaque étape, le problème n'est pas rituel -- c'est la tristesse et la honte de ceux qui regardent 1. Dehors, sur le Oulam Le ruban est attaché à l'entrée du Oulam, côté extérieur : tous le voient. Problème S'il ne blanchit pas : tristesse 2. Dedans, sur le Oulam On le déplace du côté intérieur : seuls quelques-uns peuvent encore l'apercevoir. Problème On guette quand même -- tristesse 3. Moitié rocher, moitié cornes Le ruban quitte le Temple : il part au désert avec le bouc. Personne à Jérusalem ne le voit. Résultat Plus de honte publique Pourquoi ne pas tout attacher au rocher ? Parce que la mitsva porte sur le BOUC : le pousser à la renverse, vers erets guezera -- une terre tranchée. Si tout le ruban était au rocher, il pourrait blanchir avant la poussée. L'esprit du convoyeur serait apaisé par la joie du pardon -- et il négligerait de pousser. La moitié attachée aux cornes est nouée en dernier : ses yeux restent sur l'animal jusqu'au bout. Pourquoi ne pas tout attacher aux cornes ? Parce qu'il arrive que le bouc replie sa tête sous son corps en tombant à la renverse. Le ruban disparaît alors du regard, et le convoyeur ne saurait pas s'il a blanchi. D'où la solution mixte La moitié du rocher garantit qu'on verra le signe ; la moitié des cornes garantit qu'on fera la mitsva.
Le ruban d écarlate : l histoire de ses trois emplacements, et les deux raisons techniques du partage moitié rocher moitié cornes.
1
תִּשְׁעִים רִיס, שִׁבְעָה וּמֶחֱצָה לְכָל מִיל. עַל כָּל סֻוכָּה וְסֻוכָּה אוֹמְרִין לוֹ: הֲרֵי מָזוֹן, וַהֲרֵי מַיִם. וּמְלַוִּין אוֹתוֹ מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה, חוּץ מֵאַחֲרוֹן שֶׁבָּהֶן, שֶׁאֵינוֹ מַגִּיעַ עִמּוֹ לַצּוּק, אֶלָּא עוֹמֵד מֵרָחוֹק וְרוֹאֶה אֶת מַעֲשָׂיו.

[De Jérusalem jusqu'au tsouk il y avait] quatre-vingt-dix ris -- sept et demi pour chaque mil [soit douze mil]. À chaque souka on lui dit : voici de la nourriture, et voici de l'eau.

Et on l'accompagne d'une souka a la suivante, sauf le dernier d'entre eux, qui n'arrive pas avec lui jusqu'au tsouk : il se tient à distance et observe ce qu'il fait.

📜 Rachi (4)
תִּשְׁעִים רִיס הָיוּ מִירוּשָׁלַיִם וְעַד צוּק הָר גָּבוֹהַּ וְזָקוּף כִּדְאָמְרִי' בְּבָבָא מְצִיעָא עָלְתָה לְרָאשֵׁי צוּקִין וְנָפְלָה:
Il y avait quatre-vingt-dix ris depuis Jérusalem jusqu'au tsouk -- une montagne haute et escarpée, comme nous disons dans Baba Metsia (36b) : "elle est montée au sommet des tsoukin et elle est tombée".
שִׁבְעָה וּמֶחֱצָה רִיס לְכָל מִיל הֲרֵי לְתִשְׁעִים רִיס י"ב מִיל וְהֵם י"א מַסָּעוֹת מִירוּשָׁלַיִם לְסֻוכָּה הָרִאשׁוֹנָה מַסָּע אֶחָד וּמִסֻּוכָּה לַסֻּוכָּה עַד י' סֻוכּוֹת ט' מַסָּעוֹת הֲרֵי י' מַסָּעוֹת וּמִסֻּוכָּה אַחֲרוֹנָה לַצּוּק מַסָּע אֶחָד הֲרֵי לְכָל מַסָּע וּמַסָּע מִיל חוּץ מֵאֶחָד מֵהֶן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ב' מִילִין הַיְינוּ דְקָתָנֵי וּמְלַוִּין אוֹתוֹ מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה שֶׁהַמִּיל הוּא תְּחוּם שַׁבָּת חוּץ מֵאַחֲרוֹן שֶׁהוּא רָחוֹק ב' מִילִין וּמְלַוֵּיהוּ מִיל וְעוֹמֵד מֵרָחוֹק וְרוֹאֶה אֶת מַעֲשָׂיו וְהַחֶשְׁבּוֹן הַזֶּה אֵינוֹ שָׁוֶה לְחֶשְׁבּוֹן שֶׁיָּסַד רַבִּי אֶלְעָזָר קָלִיר וּבִשְׁלֹשִׁים קָנִים הוּא קֶצֶב הָרִיס אוֹתוֹ חֶשְׁבּוֹן אֵינוֹ עוֹלֶה לְאַלְפַּיִם אַמָּה הַמִּיל אֲבָל בַּבָּרַיְיתָא דְּהֶאֱזִינוּ בְּסִפְרֵי מָצִינוּ שָׁם מִידַּת חֲלֻוקַּת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לֶעָתִיד לָבוֹא רֹוחַב גְּבוּל כָּל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט שִׁבְעִים וַחֲמִשָּׁה מִיל וְגַם רַבִּי אֶלְעָזָר קָלִיר יָסַד כֵּן בְּפִיּוּט אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן כַּפּוֹת בְּרֹוחַב ע"ה מִיל חֲרִיצוֹתֶיהָ וְהֵם כ"ה אֶלֶף קָנִים שֶׁבְּסֵפֶר יְחֶזְקֵאל (מה) שֶׁנֶּאֱמַר וּמִן הַמִּדָּה הַזֹּאת תָּמוֹד וְגוֹ' וְכָל קָנֶה ו' אַמּוֹת הֲרֵי ק"נ אֶלֶף אַמָּה תֵּן לְכָל אֲלָפִים אַמָּה מִיל הֲרֵי ע"ה מִיל:
Sept ris et demi pour chaque mil : quatre-vingt-dix ris font donc douze mil. Et ce sont onze étapes -- de Jérusalem à la première souka, une étape ; puis de souka en souka jusqu'à la dixième, neuf étapes, soit dix étapes en tout ; et de la dernière souka jusqu'au tsouk, une étape : onze. Chaque étape vaut un mil, sauf l'une d'entre elles qui en vaut deux -- et c'est bien pourquoi la michna enseigne "on l'accompagne d'une souka a la suivante", car le mil est [la mesure du] tehoum du Chabbat -- sauf le dernier, qui est éloigné de deux mil : on l'accompagne un mil, puis on se tient à distance et l'on observe ce qu'il fait. Ce compte ne s'accorde pas avec celui qu'a établi Rabbi Elazar ha-Kalir, qui a fixé le ris à trente kanim [dans son piyyout] : ce compte-là n'aboutit pas aux deux mille coudées du mil. Mais dans la baraita de Haazinou, dans le Sifrei, nous trouvons la mesure du partage de la terre d'Israël pour les temps à venir : la largeur du territoire de chaque tribu est de soixante-quinze mil. Et Rabbi Elazar ha-Kalir lui-même a composé ainsi dans le piyyout "Erhats be-nikayon kapot" : "d'une largeur de soixante-quinze mil sont ses sillons". Ce sont les vingt-cinq mille kanim du livre de Ye'hezkel (45), comme il est dit "et de cette mesure tu mesureras, etc." ; or chaque kaneh vaut six coudées, ce qui fait cent cinquante mille coudées ; donne un mil pour deux mille coudées : cela fait bien soixante-quinze mil.
הֲרֵי מַיִם וַהֲרֵי מָזוֹן בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ אֵינוֹ דּוֹמֶה מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּת בְּסַלּוֹ לְמִי שֶׁאֵין לוֹ:
Voici de l'eau et voici de la nourriture -- la guemara en donne la raison : celui qui a du pain dans son panier n'est pas semblable à celui qui n'en a pas.
שֶׁאֵינוֹ מַגִּיעַ עִמּוֹ לַצּוּק כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁתִּי לְפִי שֶׁהוּא רָחוֹק ב' מִילִין:
Qu'il n'arrive pas avec lui jusqu'au tsouk -- comme je l'ai expliqué : parce qu'il en est éloigné de deux mil.
⚖️ Rosh (1)
מֵאֶתְמוֹל הִזְמִינוֹ (שָׁם:) מִי שֶׁמּוֹלִיכוֹ לַעֲזָאזֵל. וְעַתָּה בָּא לְעֶזְרָה וּמוֹסְרוֹ לוֹ וַאֲפִילּוּ נִטְמָא וְאִם חָלָה הַשָּׂעִיר שֶׁלֹּא יוּכַל לֵילֵךְ מַרְכִּיבוֹ עַל כְּתֵפָיו וַאֲפִילּוּ אִם הוּא שַׁבָּת. וְכָל אָדָם כָּשֵׁר לָזֶה אֲפִילּוּ זָר. וְהָיוּ עוֹשִׂים לוֹ כֶּבֶשׂ שֶׁהָיָה הוֹלֵךְ עָלָיו לַחוּץ לָעֲזָרָה מִפְּנֵי קַלֵּי רֹאשׁ שֶׁבָּעַם שֶׁהָיוּ תּוֹלְשִׁין בִּשְׂעָרוֹ לוֹמַר טֹול וְצֵא. (דַּף סו:) וּמִיַּקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם הָיוּ מְלַוִּין אוֹתוֹ עַד הַסֻּוכָּה הָרִאשׁוֹנָה. שֶׁעִשֵּׂר סֻוכּוֹת הָיוּ עוֹשִׂין לוֹ בַּדֶּרֶךְ בֵּין כָּל אַחַת וְאַחַת מִיל. (דַּף סז.) וּבְכָל אַחַת יוֹשְׁבִים אֲנָשִׁים לִלְווֹתוֹ מֵאַחַת לַחֲבֶרְתָּהּ. וְעִם שֶׁבְּסֻוכָּה אַחֲרוֹנָה לִווָּהוּ מִיל. הֲרֵי שֶׁהָלַךְ אַחַד עָשָׂר מִיל. וְנִשְׁאֲרוּ שָׁם וְהוּא הָיָה מַרְחִיק עוֹד מִיל עַד שֶׁמַּגִּיעַ לִמְקוֹם הַצּוּק וְהֵם רוֹאִים מַעֲשָׂיו. וּבְכָל סֻוכָּה וְסֻוכָּה אוֹמְרִים לוֹ הֲרֵי מַיִם הֲרֵי מָזוֹן אִם יִצְטָרֵךְ לֶאֱכֹול. וְהָיָה לוֹקֵחַ לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית וְחוֹלֵק אוֹתוֹ חֶצְיוֹ קוֹשֵׁר בַּסֶּלַע לִרְאוֹת כְּשֶׁיַּלְבִּין וְחֶצְיוֹ קוֹשֵׁר בֵּין קַרְנֵי הַשָּׂעִיר וְדוֹחֵהוּ לַאֲחוֹרָיו. וְלֹא הָיָה מַגִּיעַ לַחֲצִי הָהָר עַד שֶׁנַּעֲשֶׂה אֵבָרִים אֵבָרִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה חִתּוּךְ וְקָשֶׁה. וְהָאֵבָרִים מֻותָּרִין בַּהֲנָאָה. וְהַמְשַׁלֵּחַ הָיָה מְטַמֵּא בְּגָדִים מִשֶּׁיַּגִּיעַ לַצּוּק וְחָזַר וְיָשַׁב בַּסֻּוכָּה הָאַחֲרוֹנָה עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. וּלְמָחָר הַמְשַׁלֵּחַ יָבֹא לְכֹהֵן גָּדוֹל. (דַּף עא.) אִם מָצְאוּ בַּשּׁוּק יֹאמַר לוֹ כְּדֵי לְכַבְּדוֹ אִישִׁי כ"ג עָשִׂיתִי שְׁלִיחוּתְךָ. אִם מָצְאוּ בַּבַּיִת יֹאמַר מְחַיֶּה חַיִּים עָשִׂיתִי שְׁלִיחוּתְךָ. אַחַ"כּ (דַּף סז:) בָּא כ"ג אֵצֶל פַּר וְשָׂעִיר וְהוֹצִיא אֶת אֵימוּרֵיהֶם וּנְתָנָן בִּכְלִי שָׁרֵת וְהִנִּיחָן עַד בָּא זְמַן הַקְטָרָתָן. וְנָתַן הַפָּר וְהַשָּׂעִיר לְמִי שֶׁמּוֹצִיאָן לִשְׂרֵיפָה חוּץ לִירוּשָׁלַיִם לִצְפוֹנָהּ. וְהָיוּ מְטַמְּאִים בְּגָדִים מִשֶּׁיֵּצְאוּ חוּץ לְחוֹמַת עֲזָרָה. וְהוֹצִיאוּם בְּמַקְלוֹת אַרְבָּעָה אֲנָשִׁים בִּשְׁנֵי מַקְלוֹת. קְלוּעוֹת פַּר וְשָׂעִיר זֶה עַל זֶה שְׁלֵימִים בְּעוֹרָן. וְכָךְ הָיוּ מְנַתְּחִין אוֹתָן בָּעוֹר וְשׂוֹרְפָן. אָמְרוּ לכ"ג הִגִּיעַ הַשָּׂעִיר לַמִּדְבָּר שֶׁלֹּא הָיָה רַשַּׁאי לְהַתְחִיל בְּשׁוּם עֲבוֹדָה עַד הִגִּיעוּ שָׁמָּה. וְהֵיאַךְ הָיוּ יוֹדְעִין. אַנְשֵׁי הַסֻּוכּוֹת הָיוּ מְנִיפִין בְּסוּדָרִים וְהָיוּ רוֹאִין מִסֻּוכָּה לַסֻּוכָּה עַד שֶׁמַּגִּיעַ הַדָּבָר לִירוּשָׁלַיִם. וְאַחַר כָּךְ (דַּף סח:) קוֹרֵא כ"ג בַּתּוֹרָה אִם יִרְצֶה בְּבִגְדֵי בּוּץ שֶׁהוּא לָבוּשׁ וְאִם יִרְצֶה יִקְדַּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וּפוֹשֵׁט וְלוֹבֵשׁ אִיצְטְלִית לָבָן מִשֶּׁלּוֹ וְקוֹרֵא בּוֹ. חַזַּן הַכְּנֶסֶת נוֹטֵל סֵפֶר תּוֹרָה וְנִיתְּנוּ לְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת הַמְמֻונֶּה עַל צָרְכֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת. וְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת נוֹתְנוֹ לַסְּגָן וְהַסְּגָן לְכֹהֵן גָּדוֹל. וְכָל זֶה מִשּׁוּם כְּבוֹד כֹּהֵן גָּדוֹל לְהַרְאוֹת שֶׁיֵּשׁ הַרְבֵּה שְׂרָרוֹת תַּחְתָּיו וְהוּא עַל כֻּולָּם. וְקוֹרֵא אַחֲרֵי מוֹת וְגוֹלֵל אַךְ בֶּעָשׂוֹר וְקוֹרֵא כֵּיוָן שֶׁהַכֹּל עִנְיָן אֶחָד וא"צ לְהַפְסִיק בִּכְדֵי שֶׁיַּפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן יָכוֹל לִגְלֹול. וְגוֹלֵל סֵפֶר תּוֹרָה וּמַנִּיחוֹ בְּחֵיקוֹ וְאוֹמֵר יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁקָּרִיתִי לִפְנֵיכֶם כְּחוֹב כָּאן (דַּף ע.) מִשּׁוּם פָּגְמָה שֶׁל תּוֹרָה שֶׁלֹּא יַחְשְׁבוּ שֶׁהַסֵּפֶר תּוֹרָה חֲסֵרָה פָּרָשָׁה כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לִקְרוֹת עַל פֶּה וּבֶעָשׂוֹר שֶׁבְּחֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים דְּהַייְנוּ קָרְבְּנוֹת הַמּוּסָפִין דְּהַייְנוּ פָּרָשַׁת פִּינְחָס קוֹרֵא עַל פֶּה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לִגְלֹול שָׁם מִפְּנֵי כְּבוֹד צִבּוּר שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַפְסִיק יוֹתֵר מִכְּדֵי שֶׁיְּתַרְגֵּם הַמְתֻורְגְּמָן וְאֵין זֶה כְּבוֹד הַצִּבּוּר שֶׁיַּמְתִּינוּ לוֹ. וְאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְהָבִיא סֵפֶר תּוֹרָה אַחֶרֶת שֶׁתְּהֵא נִגְלֶלֶת מֵאֶתְמוֹל מִפְּנֵי פְּגָמוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן. וְעוֹד שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְבָרֵךְ פַּעַם שֵׁנִית וִיהֵא בְּרָכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה. וּמְבָרֵךְ עָלֶיהָ שְׁמֹונֶה בְּרָכוֹת. עַל הַתּוֹרָה כְּדֶרֶךְ שֶׁאָנוּ מְבָרְכִין תְּחִלָּה וָסוֹף. וְעַל עֲבוֹדָה רָצָה וְחוֹתֵם בָּרוּךְ אַתָּה ה' שֶׁאוֹתְךָ לְבַדְּךָ נַעֲבֹוד. וְעַל הַהוֹדָאָה מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ. וְעַל מְחִילַת עָוֹן מוֹחֵל עֲוֹנֹותֵיכֶם. וְעַל הַמִּקְדָּשׁ בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בַּמִּקְדָּשׁ. וְעַל יִשְׂרָאֵל בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בְּעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל. וְעַל הַכֹּהֲנִים בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בַּכֹּהֲנִים. וְעַל שְׁאָר הַתְּפִלָּה תְּפִלָּה רִנָּה וּבַקָּשָׁה שֶׁעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין לְהִוָּשַׁע בָּרוּךְ אַתָּה ה' שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה. אִם קוֹרֵא בְּבִגְדֵי בּוּץ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וּפָשַׁט וְטוֹבֵל (וּמְקַדֵּשׁ) וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי זָהָב [וּמְקַדֵּשׁ] לְאֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. וְאִם קָרָא בְּאִיצְטְלִית מִשֶּׁלּוֹ וְנִמְצָא כְּבָר קִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו בְּפָשְׁטוּ בִּגְדֵי הַבּוּץ וְאֵינוֹ צָרִיךְ עַתָּה אֶלָּא טְבִילָה וְקִידּוּשׁ וְעָשָׂה אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. (דַּף ע. עא.) וְאִיכָּא פְּלֻוגְתָּא טוּבָא בְּסֵדֶר הַקְרָבַת הַמּוּסָפִין הַכְּתוּבִים בְּפָרָשַׁת פִּינְחָס שֶׁהֵם שִׁבְעָה כְּבָשִׂים פַּר לְעוֹלָה וְשָׂעִיר לְחַטָּאת. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר שֶׁמִּיָּד אַחַר אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם הָיָה מַקְטִיר אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר הַפְּנִימִי וְאַחַר כָּךְ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְטוֹבֵל וּמְקַדֵּשׁ וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי לָבָן וּמוֹצִיא כַּף וּמַחְתָּה שֶׁהִנִּיחַ לִפְנַי וְלִפְנִים בְּהִקְטִיר שָׁמָּה הַקְּטֹורֶת. וְאִם יִרְצֶה לַעֲשׂוֹת אֵלּוּ הַבְּגָדִים מִשֶּׁלּוֹ וְשֶׁלֹּא לִיקְחָם מִן הַצִּבּוּר הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ וּבִלְבַד שֶׁיִּמְסְרֵם לַצִּבּוּר. אֲבָל בִּשְׁאָר הָעֲבוֹדוֹת לֹא הָיָה רַשַּׁאי לַעֲשׂוֹת כֵּן. וְאַחַ"כּ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו [וְטוֹבֵל] וּמְקַדֵּשׁ וְלָבַשׁ בִּגְדֵי זָהָב וְעוֹשֶׂה כָּל הַמּוּסָפִין וְתָמִיד הָעֶרֶב וְהַדְלָקַת הַנֵּרוֹת וְחָבִיתִין כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר שִׁבְעָה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה הָיוּ קְרֵיבִין עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר. וְשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ מִיָּד שֶׁגָּמַר עֲבוֹדַת הַיּוֹם. אַחַ"כּ אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. וְאַחַ"כּ הַקְטָרַת אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר בִּטְבִילָה שְׁלִישִׁית. וְאַחַ"כּ הוֹצָאַת הַכַּף וּמַחְתָּה בִּטְבִילָה רְבִיעִית. וְאַחַ"כּ תָּמִיד הָעֶרֶב וּקְטֹרֶת וְנֵרוֹת וְחָבִיתִין כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים. וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָא שִׁשָּׁה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה הָיוּ קְרֵיבִים עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר וְאֶחָד הַנִּשְׁאָר עִם תָּמִיד הָעֶרֶב. וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר אִיפְּכָא שֶׁהָאֶחָד הָיָה קָרֵב עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר וְשִׁשָּׁה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה עִם תָּמִיד הָעָרֶב. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פָּסַק כְּרַבִּי עֲקִיבָא וְהַדַּעַת מַכְרַעַת כְּחַד מֵהָנָךְ תַּנָּאֵי דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּר' עֲקִיבָא שֶׁמִּקְצָת הַמּוּסָפִין בַּבֹּוקֶר וּמִקְצָתָן בָּעֶרֶב לְקַיֵּים שְׁתֵּי הַדְּרָשׁוֹת. לְקַייֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר מִלְּבַד עֹולַת הַבֹּקֶר אֲשֶׁר וְגוֹ' אַלְמָא שֶׁמּוּסָפִין קְרֵבִין עִם עוֹלַת הַבֹּוקֶר. וּלְקַייֵּם סִדְרָא דְּמִקְּרָאֵי שֶׁעֲבוֹדָה נֶאֶמְרָה בְּאַחֲרֵי מוֹת קֹודֶם הַמּוּסָפִין שֶׁהֵם בְּפִינְחָס אַלְמָא שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם קוֹדֵם הַמּוּסָפִין וְאִיכָּא לְמֵימַר שֶׁגַּם אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר הָיוּ קְרֵיבִין אַחַר הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה כְּדֵי שֶׁנְּמַעֵט הַהַפְסָקָה בֵּין עֲבוֹדַת הַיּוֹם וּבֵין הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה שֶׁהֲרֵי הֵם כְּתוּבִים מִיָּד אַחַר עֲבוֹדַת הַיּוֹם וְהָיָה רָאוּי לַעֲשׂוֹתָן מִיָּד אֶלָּא שֶׁאָנוּ צְרִיכִין לְהַקְדִּים אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם לְקַיֵּים חָמֵשׁ טְבִילוֹת וַעֲשָׂרָה קִידּוּשִׁין דִּגְמִירִי שֶׁצָּרִיךְ לַעֲשׂוֹת בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. הִלְכָּךְ כָּל מַה שֶׁנּוּכַל לְמַעֵט הַהֶפְסֵק עָדִיף טְפֵי. אַחַר כָּל זֶה (דַּף ע.) הָיָה מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי עַצְמוֹ וּמְלַוִּין אוֹתוֹ רָאשֵׁי הָעָם וּגְדוֹלִים עַד בֵּיתוֹ. וְיוֹם טוֹב הָיָה עוֹשֶׂה לְכָל אוֹהֲבָיו כְּשֶׁהָיָה יוֹצֵא בְּשָׁלוֹם. הָרַחֲמָן הוּא יַחֲזִיר עֲבוֹדַת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בִּמְקוֹמָהּ בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ. יִרְאוּ עֵינֵינוּ וְיִשְׂמַח לִבֵּנוּ בְּתוֹרָתוֹ וּבְתוֹרָתוֹ יָאִיר עֵינֵינוּ. וִיבָרֵר כָּל סְפֵקוֹתֵינוּ:
Depuis la veille on avait désigné celui qui conduit [le bouc] à Azazel. Et maintenant [le kohen gadol] vient au parvis (azara) et le lui remet -- et cela même s'il est devenu impur. Et si le bouc est tombé malade au point de ne pouvoir marcher, il le charge sur ses épaules, et cela même si c'est Chabbat. Tout homme est apte à cette mission, même un zar (non-kohen). On lui faisait une rampe (kevech) par laquelle il sortait hors du parvis, à cause des gens légers du peuple qui lui arrachaient les poils en disant : "prends et va-t'en". (66b) Des notables de Jérusalem l'accompagnaient jusqu'à la première souka. On lui faisait dix soukot le long du chemin, distantes chacune d'un mil. (67a) Dans chacune se tenaient des hommes pour l'accompagner de l'une à la suivante ; et les gens de la dernière souka l'accompagnaient encore un mil -- cela fait onze mil parcourus. Ils restaient là, tandis que lui s'éloignait encore d'un mil jusqu'à atteindre le lieu du tsouk, et ils voyaient ce qu'il faisait. À chaque souka on lui disait : voici de l'eau, voici de la nourriture, au cas où il aurait besoin de manger. Il prenait un ruban d'écarlate (lachon chel zehorit), le partageait en deux : il attachait une moitié au rocher afin de voir quand elle blanchirait, et l'autre moitié entre les cornes du bouc, puis il le poussait à la renverse. Et il n'atteignait pas la moitié de la montagne qu'il était déjà mis en pièces -- car il faut que [l'escarpement] soit taillé et dur. Les membres [du bouc] sont permis à tout usage (hanaa). Celui qui l'envoie rendait ses vêtements impurs dès l'instant où il atteignait le tsouk ; il revenait s'asseoir dans la dernière souka jusqu'à la tombée de la nuit. Et le lendemain, celui qui l'a envoyé vient auprès du kohen gadol. (71a) S'il le rencontre sur la place publique, il lui dira, afin de l'honorer : "Mon seigneur le kohen gadol, j'ai accompli ta mission." S'il le rencontre à la maison, il dira : "[Béni soit Celui qui] fait vivre les vivants, j'ai accompli ta mission." Ensuite (67b), le kohen gadol vient auprès du taureau et du bouc, en extrait les emourim (les parts à brûler), les dépose dans un kli charet (ustensile du service) et les laisse la jusqu'à l'heure de leur combustion. Il remet le taureau et le bouc à ceux qui les sortent pour les brûler hors de Jérusalem, au nord. Ceux-là rendaient leurs vêtements impurs dès l'instant où ils sortaient hors du mur du parvis. On les emportait avec des perches : quatre hommes pour deux perches entrelacées, le taureau et le bouc l'un sur l'autre, entiers avec leur peau. Et c'est ainsi qu'on les dépeçait avec leur peau et qu'on les brûlait. On disait au kohen gadol : "le bouc est arrivé au désert" -- car il n'avait le droit de commencer aucun service avant qu'il n'y fût parvenu. Et comment le savait-on ? Les hommes des soukot agitaient des foulards, et l'on voyait de souka en souka jusqu'à ce que la nouvelle parvienne à Jérusalem. Ensuite (68b), le kohen gadol lit dans la Torah : s'il le souhaite, avec les vêtements de lin (bigde boutz) qu'il porte ; s'il le souhaite, il sanctifie ses mains et ses pieds, se dévêt, revêt une tunique (itstalit) blanche lui appartenant, et y lit. Le hazan ha-knesset prend le sefer Torah et le donne au roch ha-knesset, préposé aux besoins de la synagogue ; le roch ha-knesset le donne au segan, et le segan au kohen gadol. Et tout cela pour l'honneur du kohen gadol, afin de montrer qu'il y a sous lui de nombreuses dignités et qu'il est au-dessus de toutes. Il lit la section Aharei Mot, puis enroule [le rouleau] jusqu'à "Akh be-assor" et y lit : puisque tout relève d'un même sujet et qu'il n'est pas nécessaire de marquer une pause de la durée qu'il faudrait au metourgueman [pour traduire], il peut enrouler. Puis il enroule le sefer Torah, le pose contre sa poitrine et dit : "plus que ce que je vous ai lu est écrit ici" (70a) -- à cause de l'atteinte à l'honneur de la Torah (pgam), pour qu'on ne pense pas que le sefer Torah est privé d'une section, puisqu'il doit lire la suite par cœur. Et "Ou-ve-assor" du livre des Nombres (Houmach ha-Pekoudim) -- c'est-à-dire les offrandes du moussaf, soit la section Pinhas -- il la lit par cœur : il ne peut pas y enrouler [le rouleau] par égard pour l'honneur du public, car il devrait marquer une pause plus longue que le temps de la traduction du metourgueman, et ce n'est pas honorer le public que de le faire attendre. Il ne peut pas non plus apporter un autre sefer Torah qui aurait été enroulé depuis la veille, à cause de l'atteinte à l'honneur du premier ; et de plus il devrait bénir une seconde fois, et ce serait une bracha cheeina tsricha (une bénédiction inutile). Et il prononce sur elle huit bénédictions : sur la Torah, comme nous bénissons au début et à la fin ; sur le service (avoda) -- Retse, et il conclut "béni sois-Tu Hachem, [Toi] que nous servirons seul" ; sur l'action de grâce -- Modim anahnou lakh ; sur le pardon des fautes -- "[Toi qui] pardonnes vos fautes" ; sur le Temple -- "béni sois-Tu Hachem, qui choisis le Temple" ; sur Israël -- "béni sois-Tu Hachem, qui choisis Ton peuple Israël" ; sur les kohanim -- "béni sois-Tu Hachem, qui choisis les kohanim" ; et sur le reste de la prière -- prière, chant et supplication, car Ton peuple Israël a besoin d'être sauvé : "béni sois-Tu Hachem, qui écoutes la prière". S'il a lu avec les vêtements de lin, il sanctifie ses mains et ses pieds, se dévêt, s'immerge (et sanctifie), revêt les vêtements d'or (et sanctifie) pour son bélier et le bélier du peuple. Et s'il a lu avec sa propre tunique, il se trouve qu'il a déjà sanctifié ses mains et ses pieds en ôtant les vêtements de lin ; il ne lui faut donc plus maintenant qu'une immersion et une sanctification, puis il offre son bélier et le bélier du peuple. (70a-71a) Il existe de nombreuses controverses quant à l'ordre d'offrande des moussafim écrits dans la section Pinhas, à savoir sept agneaux, un taureau en olah et un bouc en hatat. Rabbi Eliezer tient qu'immédiatement après son bélier et le bélier du peuple, il faisait fumer les emourim du taureau et du bouc intérieur ; puis il sanctifiait ses mains et ses pieds, s'immergeait, sanctifiait, revêtait les vêtements blancs et sortait la cuillère (kaf) et l'encensoir (mahta) qu'il avait laissés dans le Saint des saints en y faisant fumer l'encens. Et s'il souhaite se procurer ces vêtements à ses frais plutôt que de les prendre du public, il en a le droit, à condition de les remettre au public ; mais pour les autres services, il n'avait pas le droit d'agir ainsi. Ensuite il sanctifie ses mains et ses pieds, s'immerge, sanctifie, revêt les vêtements d'or et accomplit tous les moussafim, le tamid du soir, l'allumage des lampes et les havitin (les galettes du kohen gadol), selon l'ordre de tous les jours. Rabbi Akiva tient que les sept agneaux et le taureau de l'olah étaient offerts avec le tamid du matin ; le bouc offert à l'extérieur, aussitôt achevée l'avoda du jour ; puis son bélier et le bélier du peuple ; puis la combustion des emourim du taureau et du bouc, lors de la troisième immersion ; puis la sortie de la cuillère et de l'encensoir, lors de la quatrième immersion ; puis le tamid du soir, l'encens, les lampes et les havitin, selon l'ordre de tous les jours. Certains disent au nom de Rabbi Akiva que six agneaux et le taureau de l'olah étaient offerts avec le tamid du matin, et le dernier restant avec le tamid du soir. D'autres disent l'inverse : un seul était offert avec le tamid du matin, et six agneaux plus le taureau de l'olah avec le tamid du soir. Le Rambam, de mémoire bénie, a tranché comme Rabbi Akiva ; mais la raison penche pour l'un de ces tannaim qui parlent au nom de Rabbi Akiva, à savoir qu'une partie des moussafim est offerte le matin et une partie le soir, afin de satisfaire les deux drachot : satisfaire ce qui est dit "outre l'olah du matin qui, etc." -- d'où il ressort que les moussafim sont offerts avec l'olah du matin ; et satisfaire l'ordre des versets, puisque l'avoda [du jour] est énoncée dans Aharei Mot avant les moussafim, qui figurent dans Pinhas -- d'où il ressort que l'avoda du jour précède les moussafim. On peut dire aussi que les emourim du taureau et du bouc étaient offerts après la sortie de la cuillère et de l'encensoir, afin de réduire l'interruption entre l'avoda du jour et cette sortie : car ils sont écrits immédiatement après l'avoda du jour et il aurait convenu de les faire aussitôt -- mais nous devons faire passer avant son bélier et le bélier du peuple, afin d'accomplir les cinq immersions et les dix sanctifications qui, selon la tradition reçue, doivent avoir lieu à Yom Kippour. Aussi, tout ce que l'on peut retrancher à l'interruption est-il préférable. Après tout cela (70a), il sanctifiait ses mains et ses pieds, revêtait ses propres vêtements, et les chefs du peuple et les notables l'accompagnaient jusqu'à sa maison. Et il faisait un jour de fête pour tous ceux qui l'aimaient, lorsqu'il sortait en paix. Que le Miséricordieux rétablisse le service du Temple en son lieu, promptement et de nos jours. Que nos yeux voient et que notre cœur se réjouisse en Sa Torah ; que par Sa Torah Il illumine nos yeux et dissipe tous nos doutes.
💡 Explication

La michna achève la description de la route du bouc émissaire. Elle donne une distance en ris -- une unité grecque -- puis fournit elle-même le taux de conversion : sept ris et demi par mil. Quatre-vingt-dix ris font donc douze mil.

Rachi transforme ce chiffre en itinéraire. Douze mil, mais onze étapes : de Jérusalem à la première souka, puis neuf trajets d'une souka a l'autre jusqu'à la dixième, puis de la dixième au tsouk. Onze étapes pour douze mil : l'une d'elles vaut donc deux mil, et c'est la dernière. Or le mil est précisément la mesure du tehoum du Chabbat (deux mille coudées). Les hommes de chaque souka peuvent ainsi rejoindre la souka suivante -- sauf ceux de la dixième, qui ne peuvent faire qu'un mil sur les deux et s'arrêtent en chemin. La phrase de la michna sur le dernier accompagnateur n'est donc pas une nuance de politesse : c'est une conséquence arithmétique.

🖼️ Schéma
Quatre-vingt-dix ris = douze mil : le compte de Rachi Onze étapes, un mil chacune -- sauf la dernière, qui en fait deux JÉRU- SALEM 123 456 789 10 les dix soukot -- un mil entre chacune TSOUK montagne haute 2 mil 1 mil L'arithmétique 90 ris divisés par 7,5 ris le mil = 12 mil Jérusalem vers souka 1 : 1 étape de souka en souka, jusqu'à la dixième : 9 étapes souka 10 vers le tsouk : 1 étape 11 étapes pour 12 mil : l'une d'elles vaut deux mil Pourquoi le dernier reste en arrière Un mil, c'est exactement le tehoum du Chabbat (2000 coudées) : chaque groupe peut donc rejoindre la souka suivante sans transgresser. Mais le tsouk est à deux mil de la dixième souka. Ses hommes l'accompagnent un mil, puis s'arrêtent et regardent.
Le compte de Rachi : onze étapes, dont une de deux mil -- d'où le dernier accompagnateur qui reste en arrière.
2
מֶה הָיָה עוֹשֶׂה? חוֹלֵק לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית חֶצְיוֹ קָשׁוּר בַּסֶּלַע, וְחֶצְיוֹ קָשׁוּר בֵּין שְׁנֵי קַרְנָיו. וּדְחָפוֹ לַאֲחוֹרָיו, וְהוּא מִתְגַּלְגֵּל וְיוֹרֵד. וְלֹא הָיָה מַגִּיעַ לַחֲצִי הָהָר עַד שֶׁנַּעֲשֶׂה אֵבָרִים אֵבָרִים. בָּא וְיָשַׁב לוֹ תַּחַת סֻוכָּה אַחֲרוֹנָה עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. וּמֵאֵימָתַי מְטַמֵּא בְּגָדִים — מִשֶּׁיֵּצֵא חוּץ לְחוֹמַת יְרוּשָׁלַיִם, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: מִשְּׁעַת דְּחִיָּיתוֹ לַצּוּק.

Que faisait-il ? Il partageait un ruban d'écarlate (lachon chel zehorit) : une moitié attachée au rocher, une moitié attachée entre les deux cornes [du bouc].

Il le poussait à la renverse, et [le bouc] roulait et descendait ; il n'atteignait pas la moitié de la montagne qu'il était déjà mis en pièces (evarim evarim). Il venait s'asseoir sous la dernière souka jusqu'à la tombée de la nuit.

Et à partir de quand rend-il ses vêtements impurs ? Dès qu'il sort hors du mur de Jérusalem.

Rabbi Chimon dit : à partir du moment où il le pousse dans le tsouk.

📜 Rachi (3)
חוֹלֵק לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Il partage un ruban d'écarlate -- la guemara en explique la raison.
בָּא וְיָשַׁב לוֹ חוֹזֵר עַד סֻוכָּה הָאַחֲרוֹנָה אע"פ שֶׁהַיּוֹצֵא חוּץ לַתְּחוּם אֲפִילּוּ בִּרְשׁוּת אֵין לוֹ אֶלָּא אַלְפַּיִם אַמָּה מִמָּקוֹם שֶׁיָּצָא לְשָׁם בִּרְשׁוּת לָזֶה הִתִּירוּ לְפִי שֶׁהוּא מְעֻונֶּה וְחַלָּשׁ וְעוֹד שֶׁיָּרֵא לַעֲמֹוד יְחִידִי בַּמִּדְבָּר מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ:
Il vient s'asseoir -- il revient jusqu'à la dernière souka. Et bien que celui qui sort hors du tehoum, même avec autorisation, n'ait plus que deux mille coudées à partir du lieu où il est sorti avec autorisation, on le lui a permis ici parce qu'il est affligé [par le jeûne] et affaibli, et de plus parce qu'il craindrait de rester seul dans le désert une fois la nuit tombée.
מֵאֵימָתַי מְטַמֵּא בְּגָדִים דִּכְתִיב וְהַמְשַׁלֵּחַ אֶת הַשָּׂעִיר יְכַבֵּס בְּגָדָיו (וַיִּקְרָא טז):
À partir de quand rend-il ses vêtements impurs -- car il est écrit : "et celui qui envoie le bouc lavera ses vêtements" (Vayikra 16,26).
💡 Explication

Trois gestes et deux détails de droit. Le geste central est le partage du lachon chel zehorit, le ruban teint en rouge : une moitié au rocher, une moitié entre les cornes. La guemara consacrera les segments 6 et 7 à expliquer ce partage, que la michna se contente ici de décrire.

Le retour du convoyeur pose un problème technique que Rachi relève aussitôt. Celui qui sort du tehoum avec autorisation ne dispose plus, en principe, que de deux mille coudées autour du point où il s'est arrêté : il ne devrait donc pas pouvoir revenir jusqu'à la dernière souka. On le lui a permis pour deux raisons humaines -- il est meouneh (affligé par le jeûne) et affaibli, et il aurait peur de rester seul dans le désert une fois la nuit tombée.

Enfin, la toum'a du convoyeur, qui vient du verset "celui qui envoie le bouc lavera ses vêtements" (Vayikra 16,26). Reste à savoir à quel instant elle s'attache : dès la sortie du mur de Jérusalem selon le tana kama, seulement au moment de la poussée selon Rabbi Chimon.

3
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: עָשָׂר סֻוכּוֹת, וּשְׁנֵים עָשָׂר מִילִין הָיוּ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: תֵּשַׁע סֻוכּוֹת, וַעֲשָׂרָה מִילִין. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: חָמֵשׁ סֻוכּוֹת, וַעֲשָׂרָה מִילִין הָיוּ. וְכֻולָּן עַל יְדֵי עֵירוּב.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : il y avait dix soukot et douze mil -- paroles de Rabbi Meir.

Rabbi Yehouda dit : neuf soukot et dix mil. Rabbi Yossi dit : il y avait cinq soukot et dix mil.

Et tous [pouvaient accompagner le convoyeur] grâce à l'erouv.

📜 Rachi (1)
גמ' חָמֵשׁ סֻוכּוֹת וַעֲשָׂרָה מִילִין וְכָל אֶחָד מְלַוֵּיהוּ יוֹתֵר מִמִּיל אוֹ עַד הַסֻּוכָּה עַל יַד עֵירוּב:
Cinq soukot et dix mil -- et chacun l'accompagne plus d'un mil, ou jusqu'à la souka [suivante], grâce à l'erouv.
🗂️ Tossefot (2)
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר תֵּשַׁע סֻוכּוֹת וַעֲשָׂרָה מִילִין יֵשׁ סְפָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן עָשָׂר סֻוכּוֹת אִם כֵּן לְפִי זֶה הָאַחֲרוֹנָה הָיְתָה עוֹמֶדֶת בַּצּוּק וְשֶׁמָּא מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דִּמְשַׁלֵּחַ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ לַחֲזֹור וְיָלִין שָׁם:
Il y a des livres où l'on lit "dix soukot". Si c'est le cas, la dernière se tenait alors au tsouk même -- et peut-être est-ce à cause de la faiblesse du convoyeur, pour qu'il n'ait pas à rebrousser chemin et qu'il puisse y passer la nuit.
וְכֻולָּן עַל יְדֵי עֵירוּב מִכָּאן מַקְשִׁים אַהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף נא.) כָּזֶה יְהוּ כָּל שׁוֹבְתֵי שַׁבָּת פֵּירוּשׁ אַלְפַּיִם דִּתְחוּם שַׁבָּת וּמַעֲבִיר ד' אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים כֻּולְּהוּ נוֹתְנִין לָהֶם אֲלַכְסוֹנָן ומפר"ת דִּבְכָל צַד שֶׁיֵּלֵךְ נוֹתְנִין לוֹ אֲלַכְסוֹן וְיָכוֹל לֵילֵךְ בְּשַׁבָּת אֲלַכְסוֹן שֶׁל אַלְפַּיִם וּבְכָל מָקוֹם שֶׁמַּזְכִּיר בַּגְּמָרָא עַמּוּד הָרָחָב ד' עַל ד' לָאו דַּוְוקָא אֶלָּא בָּעֵי שֶׁיְּהֵא רִיבּוּעוֹ כְּשִׁיעוּר אֲלַכְסוֹן שֶׁל ד' עַל ד' דְּהַיְינוּ ה' טְפָחִים וְשָׁלֹשׁ חֻומְשִׁין וְגַבֵּי כַּווֶּרֶת בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף ח.) דִּנְקַט רְחָבָה ו' וְלָא נְקַט רְחָבָה ד' כְּמוֹ בְּכָל דֻּוכְתָּא מִשּׁוּם דִּבְכָל דֻּוכְתָּא דְּאַיְירֵי בִּמְרֻובָּע לָא הֲוָה צָרִיךְ לְמִינְקַט אֶלָּא ד' וּמִמֵּילָא יָדַעְנָא כְּמוֹ שֶׁהוּא בַּאֲלַכְסוֹנוֹ כֵּן הוּא בְּכָל מָקוֹם אֲבָל סְתָם כַּוֶּורֶת עֲגֻולָּה הִיא וְאִי הֲוָה נְקַט רְחָבָה ד' הֲוָה מַשְׁמַע מִכָּל צַד כִּי כַּווֶּרֶת אֵין לָהּ אֲלַכְסוֹן וְקָשֶׁה לְפִי' מִכָּאן מַשְׁמַע דִּתְחוּם שַׁבָּת מִיל וְהַייְנוּ אַלְפַּיִם וְתוּ לָא כְּמוֹ שֶׁהוֹכִיחַ רַשִׁ"י מִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר דְּסִימָנָא בְּעָלְמָא הוּא מִיל כְּמוֹ בְּכָל דֻּוכְתָּא דִּנְקַט אֲלָפִים אַף עַל גַּב דְּיָהֲבִי' לֵיהּ אֲלַכְסוֹן הָכִי נָמֵי הָכָא נְקַט מִיל אַף עַל גַּב דְּיָהֲבִי' לֵיהּ אֲלַכְסוֹן מִיהוּ קָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דְּהָא פֵּאוֹת דְּשַׁבָּת יָלְפִינַן מֵעָרֵי לְוִיִּם וְעָרֵי לְוִיִּים אֵין נוֹתְנִין אֶלָּא לְפֵאוֹת הָעוֹלָם כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְעַבְּרִין (עֵירוּבִין דַּף נו.) עַל כֵּן פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל דְּהַהוֹלֵךְ מִמִּזְרַח הָעוֹלָם לְמַעֲרָבוֹ אוֹ מִצָּפוֹן לַדָּרוֹם אֵין נוֹתְנִין לוֹ פֵּאוֹת אֲבָל הַהוֹלֵךְ מִקֶּרֶן דְּרוֹמִית מַעֲרָבִית שֶׁל עוֹלָם לְמִזְרָחִית צְפוֹנִית נוֹתְנִין לוֹ פֵּאוֹת וְעַמּוּד ברה"ר גָּבוֹהַּ י' וְרָחָב ד' עַל ד' אִם הֶעֱמִיד רִיבּוּעוֹ לְרִיבּוּעוֹ שֶׁל עוֹלָם וְזָרַק וְנָח עַל גַּבָּיו חַיָּיב וְאִם אֲלַכְסוֹנוֹ עוֹמֵד לְרִיבּוּעַ הָעוֹלָם אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיְּהֵא רִיבּוּעוֹ ה' טְפָחִים וְג' חֻומְשִׁין:
De ce passage, on objecte à ce qui est dit au chapitre Mi che-hotsiouhou (Erouvin 51a) : "ainsi seront tous ceux qui se reposent le Chabbat" -- c'est-à-dire les deux mille coudées du tehoum du Chabbat -- et de même pour celui qui transporte quatre coudées dans le domaine public : dans tous ces cas on leur accorde leur diagonale. Rabbenou Tam explique que, dans quelque direction qu'il aille, on lui accorde la diagonale, et qu'il peut donc parcourir le Chabbat la diagonale de deux mille [coudées]. Et partout où la guemara mentionne un pilier large de quatre sur quatre, ce n'est pas à prendre au pied de la lettre : il faut que son carré atteigne la mesure de la diagonale de quatre sur quatre, soit cinq tefahim et trois cinquièmes. Quant à la ruche, au premier chapitre de Chabbat (8a), si l'on a pris une largeur de six et non de quatre comme partout ailleurs, c'est que partout ailleurs il s'agit d'un objet carré : il suffisait de dire quatre, et l'on savait de soi-même que ce qui vaut pour sa diagonale vaut en tout lieu ; mais une ruche ordinaire est ronde, et si l'on avait dit "large de quatre", cela aurait signifié quatre de tous les côtés, puisqu'une ruche n'a pas de diagonale. Or cette explication fait difficulté, car il ressort d'ici que le tehoum du Chabbat est d'un mil, c'est-à-dire deux mille coudées et pas davantage, comme Rachi l'a démontré. On peut toutefois répondre que le mil n'est ici qu'un ordre de grandeur, comme partout où l'on dit "deux mille" bien qu'on accorde la diagonale : de même ici, on dit "un mil" bien qu'on accorde la diagonale. Mais il reste une difficulté contre son explication : les coins du Chabbat, nous les apprenons des villes des Leviim, et aux villes des Leviim on n'accorde de coins que selon les points cardinaux du monde, comme il est dit au chapitre Keitsad Meabrin (Erouvin 56a). C'est pourquoi Rabbenou Chemouel explique : celui qui va de l'est du monde vers l'ouest, ou du nord au sud, on ne lui accorde pas de coins ; mais celui qui va de l'angle sud-ouest du monde vers l'angle nord-est, on lui en accorde. Et [de même] un pilier dans le domaine public, haut de dix et large de quatre sur quatre : si son carré est aligné sur le carré du monde, celui qui jette [un objet] et [le fait] reposer dessus est passible ; mais si c'est sa diagonale qui fait face au carré du monde, il n'est passible que si son carré atteint cinq tefahim et trois cinquièmes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל : ' עֲזָאזֵל ', שֶׁמְּכַפֵּר עַל עֲוֹן עֻזָּא וְעַזָּאֵל. פֵּירוּשׁ מְכַפֵּר גַּם עַל עֲוֹן עֲרָיוֹת שֶׁחָטְאוּ בּוֹ עֻזָּא וַעֲזָאֵל שֶׁהוּא קָשֶׁה לִפְנֵי הקב"ה יוֹתֵר כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ אֱ-לֹהֵיהֶם שׂוֹנֵא זִימָּה (סַנְהֶדְרִין קו.) . וּמִלְּבַד טַעַם הַבָּרַייְתָא, נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם ל' עֲזָאזֵל ' חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וְקָרֵי בָּהּ ' עז אֲזַל ' פֵּירוּשׁ הַשָּׂטָן שֶׁהוּא עז אֲזַל לֵיהּ הַאי יוֹמָא מִכֹּחַ הַשָּׂעִיר דְּאֵינוֹ מְקַטְרֵג עַל יִשְׂרָאֵל. אַךְ מַקְשִׁים וַהֲלֹא אָמְרִינַן בַּגְּמָרָא (זְבָחִים פח:) ד'בִּגְדֵי כְּהֻונָּה מְכַפְּרִים' וּבִכְלַל הַמִּכְנָסַיִים מְכַפְּרִים עַל גִּילּוּי עֲרָיוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִכְנָסַיִים מְכַפְּרִים עַל גִּילּוּי עֲרָיוֹת דְּפַרְהֶסְייָא, וְהַשָּׂעִיר יְכַפֵּר גִּילּוּי עֲרָיוֹת דְּצִינְעָא. וְעַייֵּן בִּזְבָחִים דַּף פ"ח שֶׁתֵּירְצוּ בַּגְּמָרָא בָּזֶה, לָא קַשְׁיָא הָא בְּצִנְעָא הָא בְּפַרְהֶסְיָיא, עַייֵּן שָׁם. אִי נָמֵי בִּגְדֵי כְּהֻונָּה מְכַפְּרִין לְהִפָּטֵר מִן הַמִּיתָה, וְהַשָּׂעִיר מַצִּיל מִן הַיִּסּוּרִין גַּם כֵּן.
"L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : Azazel -- parce qu'il expie la faute de Ouza et Azael." C'est-à-dire qu'il expie aussi la faute des arayot (unions interdites), dans laquelle Ouza et Azael ont fauté, et qui est plus grave devant le Saint béni soit-Il, comme ils ont dit : "leur Dieu hait la débauche" (Sanhédrin 106a). Outre la raison donnée par la baraita, il me semble, avec l'aide du Ciel, [pouvoir proposer] une [autre] raison au mot Azazel : partage le mot en deux et lis-y az azal -- c'est-à-dire que le Satan, qui est az (fort, insolent), s'en est allé (azal leh) ce jour-là, privé de sa force par le bouc, de sorte qu'il n'accuse plus Israël. Mais on objecte : n'avons-nous pas dit dans la guemara (Zevahim 88b) que les vêtements de la kehouna expient, et parmi eux les mikhnassaim (les caleçons) expient le guiloui arayot ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les mikhnassaim expient le guiloui arayot commis en public (parhessia), tandis que le bouc expie celui commis en secret (tsin'a). Vois d'ailleurs Zevahim 88, où la guemara résout ainsi : ce n'est pas une difficulté -- ici en secret, là en public ; vois-y. Ou bien encore : les vêtements de la kehouna expient pour dispenser de la mort, tandis que le bouc sauve aussi des yissourim (des souffrances).
💡 Explication

La guemara ouvre par une baraita à trois voix. Ce qui varie n'est pas seulement la distance -- douze mil ou dix -- mais surtout le nombre de soukot, c'est-à-dire la longueur qu'un groupe d'accompagnateurs peut couvrir. Dix soukot pour douze mil supposent des sauts d'un mil ; cinq soukot pour dix mil supposent des sauts de deux mil.

La dernière phrase donne la clé : ve-koulan al yedei erouv. L'erouv tehoumin consiste à déposer avant la fête un repas à deux mille coudées de chez soi : le point de départ du tehoum se déplace, et l'on gagne deux mil dans cette direction (au prix d'autant dans l'autre). Rachi précise la portée : chacun l'accompagne alors plus d'un mil, ou jusqu'à la souka suivante. Sans l'erouv, aucune de ces configurations ne tiendrait un jour où Kippour tombe un Chabbat.

🖼️ Schéma
Combien de soukot sur la route du tsouk ? Quatre comptages Le nombre de soukot dépend de la distance qu'un accompagnateur peut couvrir -- donc de l'erouv tehoumin Qui Soukot Mil Comment l'escorte fonctionne Rabbi Meir tana kama de la baraita 10 12 Onze étapes d'un mil -- le mil est le tehoum du Chabbat -- sauf la dernière, longue de deux mil : d'où le dernier qui reste en arrière. Rabbi Yehouda certaines versions lisent 10 9 10 Dix étapes d'un mil. Tossefot signale des livres qui lisent dix soukot : la dernière serait alors au tsouk même, pour épargner le retour au convoyeur. Rabbi Yossi explicitement : par l'erouv 5 10 Rachi : chacun l'accompagne plus d'un mil, ou jusqu'à la souka suivante, grâce à l'erouv qui déplace son point de départ. Elazar b. R. Yossi rapporté par son père 2 10 Deux soukot suffisent si l'on scinde chaque groupe : une moitié fait son erouv vers l'amont, l'autre vers l'aval. Voir le schéma du segment 3.
Les quatre comptages -- et ce qui les sépare : la portée que l'on accorde à un accompagnateur.
4
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: סָח לִי אֶלְעָזָר בְּנִי: אִם עַל יְדֵי עֵירוּב — יָכוֹלְנִי לַעֲשׂוֹת אֲפִילּוּ שְׁתֵּי סֻוכּוֹת וַעֲשָׂרָה מִילִין.

Rabbi Yossi dit : Elazar mon fils m'a dit -- si c'est grâce à l'erouv, je peux même m'en tirer avec deux soukot pour dix mil.

📜 Rachi (1)
סָח לִי אֶלְעָזָר בְּנִי בִּלְשׁוֹן שְׂחוֹק עַל דְּבָרַיי וְאָמַר לִי אִם ע"י עֵירוּב דַּיי לָנוּ בָּב' סֻוכּוֹת שֶׁיִּהְיוּ בְּנֵי יְרוּשָׁלַיִם מְלַוִּין אוֹתוֹ שְׁנֵי מִילִין וּמִסֻּוכָּה רִאשׁוֹנָה יָצְאוּ לִקְרָאתוֹ ב' מִילִין הֲרֵי ד' מִילִין שֶׁאַתָּה יָכוֹל לְהַרְחִיק הַסֻּוכָּה מִירוּשָׁלַיִם וְסֻוכָּה הַשְּׁנִיָּה לְסוֹף אַרְבָּעָה מִילִין שֶׁל רִאשׁוֹנָה וְיִהְיוּ מִקְצָת בְּנֵי הָרִאשׁוֹנָה מְעָרְבִין לְצַד הַשְּׁנִיָּה וּמִקְצָת יְעָרְבוּ לְצַד יְרוּשָׁלַיִם וְכֵן בְּנֵי שְׁנִיָּה מִקְצָתָן מְעָרְבִין לְצַד הָרִאשׁוֹנָה לָצֵאת לִקְרָאתוֹ ב' מִילִין וּמִקְצָתָן מְעָרְבִין לְצַד צוּק לִלְווֹתוֹ ב' מִילִין:
Elazar mon fils m'a dit -- sur un ton d'ironie à l'égard de mes paroles. Il m'a dit : si c'est grâce à l'erouv, deux soukot nous suffisent. Les gens de Jérusalem l'accompagnent deux mil, et ceux de la première souka sortent à sa rencontre deux mil : voilà quatre mil dont tu peux éloigner la souka de Jérusalem. Et la seconde souka [se place] au bout de quatre mil depuis la première. Une partie des gens de la première font leur erouv du côté de la seconde, et une autre partie du côté de Jérusalem ; de même pour les gens de la seconde : une partie fait son erouv du côté de la première pour sortir à sa rencontre sur deux mil, et une autre partie du côté du tsouk pour l'accompagner sur deux mil.
💡 Explication

Elazar pousse le raisonnement de son père jusqu'à l'absurde -- et Rachi précise le ton : be-lachon sehok, sur un mode d'ironie à l'égard des paroles de son père. Si l'erouv fait tout le travail, pourquoi s'arrêter à cinq soukot ?

Le calcul est exposé par Rachi. Les gens de Jérusalem accompagnent deux mil ; ceux de la première souka sortent à sa rencontre sur deux mil : la première souka peut donc être placée à quatre mil de Jérusalem. La seconde souka se place à quatre mil de la première -- soit huit mil de Jérusalem. Et ses hommes accompagnent encore deux mil vers le tsouk : dix mil au total, avec deux soukot seulement. Le procédé tient à un point précis : chaque souka est scindée en deux équipes, l'une ayant fait son erouv vers l'amont, l'autre vers l'aval, puisqu'un même homme ne peut gagner du terrain que d'un seul côté.

🖼️ Schéma
Deux soukot pour dix mil : le calcul d'Elazar fils de Rabbi Yossi Chaque groupe est scindé en deux : une moitié fait son erouv vers l'amont, l'autre vers l'aval 024 6810 mil JÉRU- SALEM souka 1 souka 2 TSOUK Jérusalem : 2 mil souka 1 amont : 2 mil souka 1 aval : 2 mil souka 2 amont : 2 mil souka 2 aval : 2 mil Le mécanisme de l'erouv tehoumin Déposer son erouv à deux mille coudées de chez soi déplace le point de départ du tehoum : on gagne deux mil dans cette direction -- et l'on en perd autant dans l'autre. En scindant chaque souka en deux équipes, on couvre quatre mil autour de chacune. Jérusalem 2 + souka 1 (2 en amont, 2 en aval) + souka 2 (2 en amont, 2 en aval) = 10 mil. Rachi note le ton : Elazar parlait be-lachon sehok, sur un mode d'ironie à l'égard du comptage de son père.
Le calcul d'Elazar : deux soukot, quatre équipes d'erouv, dix mil couverts.
5
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא: חוּץ מֵאַחֲרוֹן שֶׁבָּהֶן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ עִמּוֹ לַצּוּק אֶלָּא עוֹמֵד מֵרָחוֹק וְרוֹאֶה אֶת מַעֲשָׂיו, כְּמַאן כְּרַבִּי מֵאִיר.

Selon qui va ce qui a été enseigné [dans la baraita] : "sauf le dernier d'entre eux, qui n'arrivait pas avec lui jusqu'au tsouk mais se tenait à distance et observait ce qu'il faisait" ? Selon qui ?

Selon Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
כְּמַאן כְּרַבִּי מֵאִיר דְּאִילּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי אַף הָאַחֲרוֹן מַגִּיעַ לַצּוּק:
Selon qui ? Selon Rabbi Meir -- car selon Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi, même le dernier arrive jusqu'au tsouk.
🗂️ Tossefot (1)
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא חוּץ מֵאַחֲרוֹן שֶׁבָּהֶן כו' תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא קָאָמַר כְּמַאן אָזְלָא הָא דִּתְנַן חוּץ מֵאַחֲרוֹן שֶׁבָּהֶם דְּהָא בְּמַתְנִיתִין נָמֵי קָתָנֵי לָהּ וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּגָרְסִינַן דִּתְנַן כְּמוֹ יֵשׁ סְפָרִים שֶׁהֻוגַּהּ בָּהֶן דִּתְנַן וְאַמַּתְנִי' קָאֵי דְּאִם כֵּן אַמַּאי מִיבְּעֵי לֵיהּ אַסֵּיפָא מֵרֵישָׁא הֲוָה מָצֵי לְאוֹכוּחֵי דְּמַתְנִי' אָתְיָא כְּרַבִּי מֵאִיר דְּקָתָנֵי מִירוּשָׁלַיִם עַד צוּק צ' רִיס ז' וּמֶחֱצָה לְכָל מִיל דְּהַיְינוּ כְּרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר י"ב מִיל וְנִרְאֶה לִי דְּגָרַס דְּתַנְיָא וְסֵיפָא דְּהָא בָּרַיְיתָא דְּאָתֵינַן עֲלָהּ הִיא וּבָתַר פְּלֻוגְתָּא דְּרַבִּי מֵאִיר וְר' יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי קָתָנֵי לָהּ וְעַל כֵּן מֻתְמָהּ גְּמָרָא אַף עַל גַּב דְּרַבִּי מֵאִיר הֻוזְכַּר בְּרֵישָׁא וּבָתַר הָכִי ר' יְהוּדָה וּבָתַר הָכִי רַבִּי יוֹסֵי לִכְאוֹרָה הֲוָה מַשְׁמַע דְּמַסְּקָנָא דְּמִילְּתָא דְּר' יוֹסֵי הִיא לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דַּאֲתַאן לת"ק דְּהַיְינוּ רַבִּי מֵאִיר וְכִי הַאי גַּווְנָא אִיכָּא בפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף ו:) דָּן אֶת הַדִּין אֲתַאן לת"ק וּבְפֶרֶק לֹא יַחְפֹּור (ב"ב דַּף כֹּה:) נָמֵי אִיכָּא כִּי הַאי גַוְונָא:
Cela m'étonne : pourquoi ne dit-on pas "selon qui va ce que nous avons appris dans la michna (de-tenan) -- sauf le dernier d'entre eux", puisque la michna elle-même l'enseigne ? Et l'on ne peut pas dire que la leçon soit de-tenan, comme dans certains livres où l'on a corrigé en de-tenan en rapportant cela à la michna : car alors, pourquoi interroger à partir de la fin [de la michna] ? On aurait pu le démontrer depuis son début, puisqu'elle enseigne "de Jérusalem jusqu'au tsouk, quatre-vingt-dix ris, sept et demi pour chaque mil" -- ce qui est bien l'avis de Rabbi Meir, qui dit douze mil. Il me semble donc que la leçon est de-tania : il s'agit de la fin de cette baraita que nous venons de citer, enseignée après la controverse de Rabbi Meir, de Rabbi Yehouda et de Rabbi Yossi. Et c'est pourquoi la guemara s'étonne : bien que Rabbi Meir soit mentionné en tête, puis Rabbi Yehouda, puis Rabbi Yossi -- ce qui donnerait à penser que la conclusion suit Rabbi Yossi -- il fallait nous apprendre que l'on revient ici au tana kama, c'est-à-dire à Rabbi Meir. On trouve un cas semblable au premier chapitre de Sanhédrin (6b) : "dan et ha-din -- on revient au tana kama" ; et de même au chapitre Lo Yahpor (Baba Batra 25b).
💡 Explication

La guemara identifie l'auteur d'une clause. Seul Rabbi Meir peut la soutenir : lui seul place la dernière souka a deux mil du tsouk, distance que ses hommes ne peuvent franchir. Chez Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi, comme le note Rachi, même le dernier arrive jusqu'au tsouk.

Tossefot s'étonne d'un détail de formulation : pourquoi dire ha de-tania (ce qui est enseigné dans une baraita) alors que la michna elle-même contient cette clause ? Et si l'on corrigeait en de-tenan (la michna), la question serait mal posée : on aurait pu prouver la même chose dès le début de la michna, qui donne quatre-vingt-dix ris à sept et demi par mil, soit exactement les douze mil de Rabbi Meir. Tossefot conclut donc à la leçon de-tania : il s'agit de la fin de la baraita citée plus haut. D'où l'étonnement de la guemara -- Rabbi Meir y était mentionné en premier, puis Rabbi Yehouda, puis Rabbi Yossi, ce qui laissait croire que la conclusion suivait le dernier nommé ; il fallait donc préciser que l'on revient au tana kama.

6
עַל כָּל סֻוכָּה וְסֻוכָּה אוֹמְרִים לוֹ: הֲרֵי מָזוֹן וַהֲרֵי מַיִם. תְּנָא: מֵעוֹלָם לֹא הֻוצְרַךְ אָדָם לְכָךְ, אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּת בְּסַלּוֹ, לְמִי שֶׁאֵין לוֹ פַּת בְּסַלּוֹ.

"À chaque souka on lui dit : voici de la nourriture et voici de l'eau." On a enseigné : jamais personne n'en eut besoin ; mais celui qui a du pain dans son panier n'est pas semblable à celui qui n'a pas de pain dans son panier.

📜 Rachi (1)
לֹא צָרִיךְ אָדָם לְכָךְ לֹא נִצְרָךְ אָדָם הַמְשַׁלֵּחַ לֶאֱכֹול בַּדֶּרֶךְ אֶלָּא מַה טַעַם אָמְרוּ לוֹ כֵּן שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּת בְּסַלּוֹ לִהְיוֹת רָעֵב כְּמִי שֶׁאֵין לוֹ:
Jamais personne n'en eut besoin -- jamais le convoyeur n'eut besoin de manger en chemin. Pourquoi donc le lui disait-on ? Parce que celui qui a du pain dans son panier n'a pas faim comme celui qui n'en a pas.
💡 Explication

La baraita commence par retirer à la scène toute utilité pratique : méolam lo houtsrakh adam le-kakh, jamais un convoyeur n'eut besoin de manger en chemin. Le jeûne de Kippour tenait, et l'offre restait sans emploi.

Alors pourquoi la faire ? La réponse est une observation sur l'esprit humain, devenue proverbe : eino domeh mi che-yech lo pat be-salo le-mi che-ein lo. Rachi la reformule exactement : celui qui a du pain dans son panier n'a pas faim comme celui qui n'en a pas. Ce n'est pas la nourriture qui manque à l'affamé privé de réserve, c'est la certitude d'en trouver. L'offre répétée à chaque souka ne nourrit pas le convoyeur -- elle le rassure, et cela suffit à lui rendre le jeûne supportable.

7
מֶה הָיָה עוֹשֶׂה — חוֹלֵק לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית. וְנִקְטְרֵיהּ כּוּלֵּיהּ בְּסֶלַע? כֵּיוָן דְּמִצְוָה בְּשָׂעִיר, דִּילְמָא קָדֵים וּמַלְבִּין וּמִיַּתְּבָא דַּעְתֵּיהּ.

"Que faisait-il ? Il partageait un ruban d'écarlate." Mais qu'il l'attache donc tout entier au rocher ! -- Puisque la mitsva porte sur le bouc, peut-être [le ruban] blanchirait-il avant [la poussée] et son esprit serait apaisé.

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן דְּמִצְוָה בְּשָׂעִיר לִדְחֲפוּ לַאֲחוֹרָיו כְּדִכְתִיב אֶל אֶרֶץ גְּזֵירָה דָּבָר הַמִּתְגַּזֵּר וְיוֹרֵד אִי אָמְרַתְּ נִקְטְרֵיהּ כּוּלֵּיהּ בְּסֶלַע זִמְנִין דִּקְדִים וּמַלְבִּין קֹודֶם דְּחִיפַת הַשָּׂעִיר וּמְיַיתְּבָא דַּעְתֵּיהּ מִשִּׂמְחַת לִיבּוּן הַחֲטָאִים וְלָא אִיכְפַּת לֵיהּ לְקַייֵּם מִצְוַת הַשָּׂעִיר לְפִיכָךְ קוֹשֵׁר בָּאַחֲרוֹנָה חֶצְיָהּ בֵּין קַרְנָיו וְעֵינָיו תְּלוּיָן בּוֹ וּמֵאַחַר שֶׁהוּא עָסוּק בּוֹ בָּאַחֲרוֹנָה לֹא יַנִּיחַ מִלְּדַחֲפוֹ וְהִיא לֹא תַּלְבִּין לַחֲצָאִים עַד שֶׁתִּגָּמֵר מְלֶאכֶת כֻּולָּהּ:
Puisque la mitsva porte sur le bouc -- [à savoir] de le pousser à la renverse, comme il est écrit "vers une terre tranchée" (el erets guezera), une chose qui est tranchée et qui descend. Si tu disais qu'on l'attache tout entier au rocher, il arriverait qu'il blanchisse avant que le bouc ne soit poussé ; son esprit serait apaisé par la joie du blanchiment des fautes, et il ne se soucierait plus d'accomplir la mitsva du bouc. C'est pourquoi il en attache en dernier la moitié entre ses cornes, et ses yeux restent suspendus à lui : puisqu'il s'en occupe en dernier lieu, il ne manquera pas de le pousser. Et [le ruban] ne blanchit pas par moitiés : il ne blanchit que lorsque l'œuvre entière est achevée.
💡 Explication

La guemara interroge le partage : à quoi bon couper le ruban, si le but est seulement de voir s'il blanchit ? Qu'on l'attache entièrement au rocher, où il sera parfaitement visible.

La réponse repose sur la nature de la mitsva : elle ne consiste pas à observer un signe, elle consiste à pousser le bouc -- vers erets guezera, "une terre tranchée", explique Rachi : une chose qui est tranchée et qui descend. Si le ruban entier était au rocher, il pourrait blanchir avant la poussée ; le convoyeur, mitayeva daateh -- l'esprit apaisé par la joie du pardon des fautes -- ne se soucierait plus d'accomplir le geste. La moitié nouée entre les cornes est justement attachée en dernier, et les yeux du convoyeur restent fixés sur l'animal. Rachi ajoute le verrou décisif : un ruban ne blanchit pas par moitiés -- il ne change de couleur que lorsque l'œuvre entière est accomplie.

🖼️ Schéma
Pourquoi couper le ruban en deux : les deux options écartées Tout au rocher Le convoyeur voit parfaitement le ruban -- il est fixé, immobile. Le risque Il blanchit avant la poussée. Rassuré, l'esprit apaisé, il néglige la mitsva du bouc. Tout entre les cornes Le ruban reste avec l'animal : il ne peut pas blanchir trop tôt. Le risque Le bouc replie sa tête sous son corps en tombant : le signe devient invisible. Moitié et moitié Une moitié au rocher : le signe reste lisible quoi qu'il arrive. Une moitié aux cornes, nouée en dernier : le regard reste sur le bouc jusqu'à la poussée. Les deux risques sont couverts. La précision de Rachi qui verrouille le raisonnement Un ruban partagé ne blanchit pas par moitiés : les deux morceaux ne changent de couleur qu'une fois l'œuvre entière accomplie. Le partage n'est donc pas un compromis de visibilité -- c'est un verrou : tant que le bouc n'a pas été poussé, rien ne blanchit nulle part, et le convoyeur ne peut pas être rassuré à l'avance. La mitsva porte sur le bouc : el erets guezera -- vers une terre tranchée, dit le verset ; la chose est tranchée et descend.
Les deux options écartées et la solution mixte -- avec le verrou que Rachi ajoute : rien ne blanchit tant que tout n'est pas fait.
8
וְנִקְטְרֵיהּ כֻּולֵּיהּ בֵּין קַרְנָיו? זִמְנִין דְּגָמֵישׁ לֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ, וְלָאו אַדַּעְתֵּיהּ.

Qu'il l'attache donc tout entier entre ses cornes ! -- Il arrive qu'il replie sa tête, et [le convoyeur] ne s'en apercevrait pas.

📜 Rachi (1)
דְּגָמֵישׁ לֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ יָכוֹף רֹאשׁוֹ תַּחַת גּוּפוֹ כְּשֶׁיִּפֹּול לַאֲחוֹרָיו וְלֹא יוּכַל לִרְאוֹת הַלָּשׁוֹן אִם הִלְבִּין:
Il replie sa tête -- il rabat sa tête sous son corps en tombant à la renverse, et [le convoyeur] ne pourrait pas voir si le ruban a blanchi.
💡 Explication

Question symétrique, réponse symétrique. Si le risque est que le ruban blanchisse trop tôt, il suffirait de le laisser entièrement sur l'animal : il ne blanchirait alors qu'au terme de la mitsva.

Mais Rachi décrit la scène : en tombant à la renverse, le bouc replie sa tête sous son corps (gamich leh le-recheh), et le ruban devient invisible. Le convoyeur ne pourrait plus savoir s'il a blanchi. Les deux moitiés ont donc des fonctions distinctes : celle du rocher garantit qu'on verra le signe, celle des cornes garantit qu'on fera la mitsva.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ קוֹשְׁרִין לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית עַל פֶּתַח הָאוּלָם מִבַּחוּץ, הִלְבִּין — הָיוּ שְׂמֵחִין, לֹא הִלְבִּין — הָיוּ עָצְבִין וּמִתְבַּיְּישִׁין. הִתְקִינוּ שֶׁיִּהְיוּ קוֹשְׁרִין עַל פֶּתַח אוּלָם מִבִּפְנִים. וַעֲדַייִן הָיוּ מְצִיצִין וְרוֹאִין, הִלְבִּין — הָיוּ שְׂמֵחִין, לֹא הִלְבִּין — הָיוּ עָצְבִין. הִתְקִינוּ שֶׁיִּהְיוּ קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ חֶצְיוֹ בְּסֶלַע וְחֶצְיוֹ בֵּין קַרְנָיו.

Nos maîtres ont enseigné : au début, on attachait le ruban d'écarlate à l'entrée du Oulam, du côté extérieur. S'il blanchissait, on se réjouissait ; s'il ne blanchissait pas, on était triste et honteux.

Ils instituèrent de l'attacher à l'entrée du Oulam, du côté intérieur. Mais on continuait à guetter et à voir : s'il blanchissait on se réjouissait, s'il ne blanchissait pas on était triste.

Ils instituèrent alors de l'attacher moitié au rocher et moitié entre ses cornes.

🪔 Ben Yehoyada (3)
בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ קוֹשְׁרִין לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית עַל פֶּתַח אוּלָם מִבַּחוּץ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דִּמְדַקְדְּקִין לִקְשֹׁור בְּפֶתַח הָאוּלָם כִּי הַתִּיקּוּן שֶׁנַּעֲשָׂה יוֹם זֶה הוּא שֶׁהָאָדֹום יִהְיֶה לָבָן וְהַייְנוּ נוֹסָף מִסְפַּר אֵל [31] שֶׁהוּא חֶסֶד עַל מִסְפַּר אֱדוֹם [51] וְיִהְיֶה מִסְפַּר לָבָן [82]. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי 'מַה תִּתְהַלֵּל בְּרָעָה הַגִּבּוֹר חֶסֶד אֵל כָּל הַיּוֹם' (תְּהִלִּים נב, ג) פֵּירוּשׁ 'הַגִּבּוֹר' הוּא הַשָּׂטָן 'מַה תִּתְהַלֵּל בְּרָעָה' הֵם עֲבֵירוֹת שֶׁעוֹשִׂין יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם אֲדֻומִּים כַּשָּׁנִים, וַהֲלֹא יֵשׁ לָנוּ 'חֶסֶד אֵל כָּל הַיּוֹם' שֶׁיַּלְבִּינֵם שֶׁנּוֹסַף עַל אָדֹום מִסְפַּר 'אֵל' וְיִהְיֶה לָבָן דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה א, יח) 'כַּשֶּׁלֶג יַלְבִּינוּ'. וְעַל יְדֵי תּוֹסֶפֶת זֶה שֶׁל מִסְפַּר שֵׁם 'אֵל' אָז יִסְתַּלְּקוּ אוֹתִיּוֹת נ"ו מִן חַר וָן וְיִהְיֶה בִּמְקוֹמָם אוֹתִיּוֹת מִ " ו שֶׁהֵם מִסְפַּר מִלּוּי שֵׁם ע"ב שֶׁהוּא חֶסֶד וְכַאֲשֶׁר תִּהְיֶה אוֹתִיּוֹת מ"ו אָז יִהְיֶה צֵירוּף רַחוּם , וְיִתְבַּטֵּל חֲרוֹן אַף מִן הָעוֹלָם! נִמְצָא מְקֻוִּין יוֹם זֶה לְמִסְפַּר אֵל וּלְמִסְפַּר מ"ו וּשְׁנֵיהֶם נִרְמְזוּ ב' אוּלָם ' שֶׁהוּא אֶל מ"ו לָכֵן קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ בְּפִתְחוֹ שֶׁל אוּלָם דַּוְקָא.
"Au début, on attachait le ruban d'écarlate à l'entrée du Oulam, du côté extérieur." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle on tenait à l'attacher précisément à l'entrée du Oulam est la suivante. Le tikoun (la réparation) qui s'accomplit en ce jour consiste en ce que le rouge devienne blanc -- c'est-à-dire que le nombre du Nom Kel [31], qui est le 'hessed, s'ajoute au nombre de adom, "rouge" [51], pour donner le nombre de lavan, "blanc" [82]. C'est ainsi que j'ai expliqué le verset "pourquoi te glorifies-tu du mal, ô vaillant ? le 'hessed de Kel dure tout le jour" (Tehilim 52,3) : "le vaillant" (ha-guibor), c'est le Satan ; "pourquoi te glorifies-tu du mal" -- ce sont les transgressions que commet Israël, qui sont rouges comme l'écarlate ; mais n'avons-nous pas "le 'hessed de Kel tout le jour", qui les blanchira ? Car le nombre de Kel s'ajoute à adom et cela devient lavan, ainsi qu'il est écrit (Yechayahou 1,18) "elles blanchiront comme la neige". Et par cet ajout du nombre du Nom Kel, les lettres noun-vav se retirent du mot haron (l'ardeur de la colère) et sont remplacées par les lettres mem-vav, qui sont le nombre du miloui (le remplissage) du Nom AV [72], lequel est 'hessed ; et lorsqu'on a les lettres mem-vav, la combinaison donne rahoum (miséricordieux), et l'ardeur de la colère est annulée du monde ! Il se trouve ainsi que l'on espère en ce jour le nombre de Kel et le nombre de mem-vav -- et tous deux sont allusionnés dans le mot Oulam, qui se lit Kel mem-vav. C'est pourquoi on l'attachait précisément à l'entrée du Oulam.
לֹא הִלְבִּין , הָיוּ עָצְבִין וּמִתְבַּיְּשִׁין. קָשֶׁה אִין הָכִי נָמֵי יִתְבַּיְּישׁוּ כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם כַּפָּרָה! וְעוֹד מִמִּי מִתְבַּיְּישִׁין וַהֲלֹא יַד כֻּולָּם שָׁוָה בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי דְּקָאֵי עַל הַכֹּהֲנִים בַּעֲלֵי הָעֲבוֹדָה הָיוּ מִתְבַּייְּשִׁין מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים אִם הָיוּ הֲגוּנִים אָז גַּם בַּעֲבוֹדָה שֶׁל כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה הָיָה מִתְכַּפֵּר לְיִשְׂרָאֵל וּמִמֵּילָא הָיָה הַלָּשׁוֹן מַלְבִּין יוֹם זֶה.
"S'il ne blanchissait pas, ils étaient tristes et honteux." Difficulté : et pourquoi pas ? Qu'ils aient honte, justement, afin d'obtenir par là une expiation ! Et de plus, devant qui avaient-ils honte, puisque tous y avaient une part égale ? Il me semble que cela vise les kohanim chargés du service : ils avaient honte devant Israël, qui disaient -- s'ils étaient dignes, alors le service de tous les jours de l'année aurait déjà procuré l'expiation à Israël, et de ce fait le ruban aurait blanchi ce jour-ci.
הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ , חֶצְיוֹ בְּסֶלַע וְחֶצְיוֹ בֵּין קַרְנָיו. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם שֶׁקּוֹשֵׁר בְּסֶלַע שֶׁהוּא הַדּוֹמֵם לִרְמֹוז שֶׁבָּזֶה הַשָּׂעִיר יִהְיֶה בֵּירוּר גַּם מִן הַדּוֹמֵם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָה נב, ב) 'הִתְנַעֲרִי מֵעָפָר קוּמִי'. וְקוֹשֵׁר בֵּין קַרְנָיו רֶמֶז לְבֵירוּר שֶׁיִּתְבָּרֵר מִן רֹאשׁ הַקְּלִיפָּה שֶׁלָּהֶם שֶׁשָּׁם עִיקַּר מִשְׁכַּן נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב עט"ר הָרַב מוֹר אָבִי זלה"ה בְּסִפְרוֹ מִדְרַשׁ אֵלִיָּהוּ בַּפָּסוּק 'וּבַמֶּה יִתְרַצֶּה זֶה אֶל אֲדֹנָיו' הוּא הקב"ה הֲלֹא בְּרָאשֵׁי הָאֲנָשִׁים הָהֵם ודפח"ח [וְדִבְרֵי פִּי חָכָם חֵן] .
"Ils instituèrent de l'attacher moitié au rocher et moitié entre ses cornes." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison d'en attacher une part au rocher -- qui relève du domem (le minéral, l'inanimé) -- est d'indiquer que par ce bouc s'opère un birour (une extraction des étincelles) jusque dans le domem, comme il est dit (Yechayahou 52,2) : "secoue-toi de la poussière, lève-toi". Et l'attacher entre ses cornes fait allusion au birour qui s'opère depuis la tête de leur klipa (l'écorce), car c'est là que réside l'essentiel de la demeure des étincelles de sainteté -- ainsi que l'a écrit la couronne de ma tête, mon maître et père, que sa mémoire soit bénie pour la vie du monde à venir, dans son livre Midrach Eliyahou, sur le verset "et par quoi celui-ci se rendra-t-il agréable à son maître" -- c'est-à-dire au Saint béni soit-Il -- "n'est-ce pas par les têtes de ces hommes-là" ; et ce sont paroles de sage pleines de grâce.
💡 Explication

La baraita raconte l'histoire d'une pratique, et cette histoire est faite de reculs successifs. Le ruban commence à l'endroit le plus visible du Temple -- l'entrée du Oulam, côté extérieur -- et finit à douze mil de là, dans le désert, sur les cornes d'un animal que personne à Jérusalem ne voit.

Le motif de chaque takana n'est jamais rituel : c'est la détresse du public. Un ruban qui reste rouge signifie que les fautes ne sont pas pardonnées, et l'assemblée entière repart triste et honteuse. On le rentre à l'intérieur -- mais on guette encore. Alors on le fait sortir de la ville avec le bouc. Le même partage que la guemara vient de justifier par deux raisons techniques (segments 6 et 7) reçoit ici sa raison sociale : soustraire le signe au regard du peuple.

🖼️ Schéma
Le ruban d'écarlate : trois takanot pour protéger le peuple À chaque étape, le problème n'est pas rituel -- c'est la tristesse et la honte de ceux qui regardent 1. Dehors, sur le Oulam Le ruban est attaché à l'entrée du Oulam, côté extérieur : tous le voient. Problème S'il ne blanchit pas : tristesse 2. Dedans, sur le Oulam On le déplace du côté intérieur : seuls quelques-uns peuvent encore l'apercevoir. Problème On guette quand même -- tristesse 3. Moitié rocher, moitié cornes Le ruban quitte le Temple : il part au désert avec le bouc. Personne à Jérusalem ne le voit. Résultat Plus de honte publique Pourquoi ne pas tout attacher au rocher ? Parce que la mitsva porte sur le BOUC : le pousser à la renverse, vers erets guezera -- une terre tranchée. Si tout le ruban était au rocher, il pourrait blanchir avant la poussée. L'esprit du convoyeur serait apaisé par la joie du pardon -- et il négligerait de pousser. La moitié attachée aux cornes est nouée en dernier : ses yeux restent sur l'animal jusqu'au bout. Pourquoi ne pas tout attacher aux cornes ? Parce qu'il arrive que le bouc replie sa tête sous son corps en tombant à la renverse. Le ruban disparaît alors du regard, et le convoyeur ne saurait pas s'il a blanchi. D'où la solution mixte La moitié du rocher garantit qu'on verra le signe ; la moitié des cornes garantit qu'on fera la mitsva.
Les trois emplacements successifs du ruban -- et les deux raisons techniques du partage final.
10
אָמַר רַבִּי נַחוּם בַּר פָּפָּא מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ קוֹשְׁרִין לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית עַל פֶּתַח אוּלָם מִבִּפְנִים, וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר הָיָה מַלְבִּין, וְיֵדְעוּ שֶׁנַּעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם יִהְיוּ חֲטָאֵיכֶם כַּשָּׁנִים כַּשֶּׁלֶג יַלְבִּינוּ״.

Rabbi Nahoum bar Papa dit au nom de Rabbi Elazar ha-Kappar : au début, on attachait le ruban d'écarlate à l'entrée du Oulam, du côté intérieur ; et dès que le bouc atteignait le désert, [le ruban] blanchissait, et l'on savait que sa mitsva avait été accomplie -- ainsi qu'il est dit : "si vos fautes sont comme l'écarlate, elles blanchiront comme la neige" (Yechayahou 1,18).

💡 Explication

Rabbi Elazar ha-Kappar apporte un renseignement que la baraita précédente ne donnait pas : quand exactement le ruban blanchissait. La réponse est à l'instant précis où le bouc atteignait le désert -- et non plus tard, ni progressivement.

Cela transforme le ruban en signal à distance : Jérusalem apprenait par lui, sans messager, que la mission était accomplie. Le verset d'Yechayahou n'est pas ici un simple ornement : il fournit le code de lecture du signe -- l'écarlate devenu blanc est le langage biblique du pardon. C'est aussi pourquoi le système était si douloureux quand il restait muet : un ruban qui ne blanchit pas ne dit pas seulement "rien ne s'est passé", il dit que les fautes demeurent.

11
לֹא הָיָה מַגִּיעַ לְמַחֲצִית הָהָר. אִיבַּעְיָא לְהוּ: אוֹתָן אֵבָרִים מָה הֵן בַּהֲנָאָה? רַב וּשְׁמוּאֵל. חַד אָמַר: מֻותָּרִין, וְחַד אָמַר: אֲסוּרִין.

"Il n'atteignait pas la moitié de la montagne [qu'il était déjà mis en pièces]." On leur posa la question : ces membres-là, qu'en est-il d'en tirer profit (hanaa) ? Rav et Chmouel [divergent] : l'un dit qu'ils sont permis, et l'autre dit qu'ils sont interdits.

💡 Explication

La michna avait mentionné le démembrement du bouc comme un détail descriptif : il n'arrivait pas à mi-hauteur qu'il était déjà evarim evarim. La guemara en tire une question de droit : ces morceaux existent, ils gisent au pied du tsouk -- peut-on en tirer un profit (hanaa) ?

L'enjeu est le statut du bouc émissaire. Il n'est pas offert sur l'autel, sa mitsva s'accomplit par l'envoi et la poussée ; on pourrait donc soutenir qu'une fois celle-ci faite, il ne reste que des restes ordinaires. Mais il a servi à la kapara d'Israël, ce qui pourrait l'assimiler aux choses interdites au profit. Rav et Chmouel se partagent -- et, comme souvent, la guemara ne dit pas qui soutient quoi. Le daf s'interrompt sur les trois mots qui ouvrent la démonstration.

🖼️ Schéma
Les membres du bouc mis en pièces : permis ou interdits au profit ? Rav et Chmouel -- la guemara ne dit pas qui soutient quoi L'un dit : MOUTARIN -- permis Le bouc émissaire n'est pas un korban offert sur l'autel : sa mitsva s'accomplit par l'envoi et la poussée. Une fois celle-ci faite, il ne reste que des restes sans statut particulier. L'autre dit : ASSOURIN -- interdits Le bouc a servi à l'expiation d'Israël : il est assimilé aux choses dont on ne tire aucun profit, comme les objets d'une kapara consommée. Rien de ce corps ne revient au monde. Où en est le daf La michna a dit que le bouc était déjà evarim evarim avant la mi-hauteur. La question surgit de là : ces morceaux existent, que valent-ils ? Le daf s'arrête sur les trois mots man de-amar moutarin -- la démonstration commence en 67b.
Rav et Chmouel sur le statut des membres du bouc : la question est posée ici, la démonstration commence en 67b.
12
מַאן דְּאָמַר מֻותָּרִין,

Celui qui dit qu'ils sont permis [raisonne ainsi] --

💡 Explication

Le daf s'arrête sur l'amorce de l'argument. Man de-amar moutarin : celui qui permet le profit va s'appuyer, en 67b, sur un raisonnement tiré du verset -- la Torah a dit "il l'enverra au désert" et non davantage, ce qui limite l'exigence à l'envoi lui-même.

C'est une coupure typique de la pagination du Talmud : la phrase commence à la fin d'un amoud et s'achève au début du suivant. Le lecteur doit tourner la page pour connaître les deux raisonnements et la conclusion.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).