Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la guezera chava restée suspendue en 67b : les mots peau, chair et fiente rapprochent le taureau et le bouc de Yom Kippour du taureau du cohen machiah, et de ce rapprochement vient la règle du découpage. Une baraita en reconstitue les trois temps -- on sort l'animal entier, on ne le brûle pas entier, donc on le découpe, comme la ola d'où viennent les mots tête et pattes.
Reste une objection : si la ola est aussi écorchée, pourquoi le taureau ne le serait-il pas ? Rav Papa répond par une lecture d'énumération -- de même que la fiente reste dans les entrailles, la chair reste dans sa peau.
Tossefot conteste au passage le maillon supplémentaire de Rachi au nom de la règle qui interdit d'apprendre un hekech à partir d'un hekech. La guemara revient alors à la michna : à partir de quand les porteurs rendent-ils leurs vêtements impurs ?
Le verset de Yom Kippour ne parle que d'un camp, alors que les autres taureaux brûlés en exigent trois -- et la guezera chava hatat-hatat les égalise. La sortie de cette contradiction est un déplacement de sens : le mot mahane ne fixe pas le lieu de la combustion, il fixe le seuil de la tuma des vêtements, des le franchissement du premier mur.
La guemara vérifie ensuite d'où viennent les trois camps, et découvre une mécanique très pure : trois versets qui n'avaient pas besoin d'être écrits achètent trois distances successives -- le camp de la Chekhina, celui des Lévites, celui d'Israël. Rabbi Chimon, qui ne fait commencer la tuma qu'au moment où le feu prend, garde le mot libre et le dépense autrement : en guezera chava avec la vache rousse, d'où la para adouma tire ses trois camps et le taureau son orientation à l'est de Jérusalem, face à l'ouverture du heikhal.
Le daf se referme sur la question symétrique posée aux Rabbanan -- où brûlent-ils, eux qui n'ont plus de guezera chava ? -- et la réponse attend en 68b.
De même que là-bas [pour les taureaux brûlés] c'est par découpage (nitouah) et non par écorchement (hefchet), de même ici c'est par découpage et non par écorchement.
Ce segment achète la guezera chava ouverte à la fin de 67b : les mots or, bassar, perech (peau, chair, fiente) figurent à la fois pour le taureau et le bouc de Yom Kippour (Vayikra 16,27) et pour le taureau du cohen machiah (Vayikra 4,11). Ce qui vaut pour l'un vaut pour l'autre.
Le contenu transféré tient en une opposition : nitouah, on met l'animal en morceaux ; hefchet, on lui retire d'abord la peau. Ici on fait le premier et pas le second -- les corps sont débités or al gabei bassar, peau sur chair. La guemara va maintenant remonter d'un cran : d'où le sait-on là-bas ?
Et là-bas, d'où le tenons-nous ? De ce qui a été enseigné : "et ses entrailles et sa fiente, et il [le] fera sortir" -- cela enseigne qu'il le fait sortir entier.
Pourrait-on croire qu'il le brûle entier ? Il est dit ici "sa tête et ses pattes", et il est dit là-bas [à propos de la ola] ("tête et pattes") : de même que là-bas c'est par découpage, de même ici c'est par découpage.
La baraita procède en trois temps. Premier temps : le verset énumère la peau, la chair, la tête, les pattes, les entrailles et la fiente, puis dit ve-hotsi -- il fera sortir. Cette énumération avant le verbe enseigne qu'on le sort entier, sans rien préparer dans la azara.
Deuxième temps : yakhol yisrefenou chalem -- pourrait-on croire qu'il le brûle également entier ? Le tana refuse cette extension.
Troisième temps : une guezera chava fournit le régime de la combustion. Les mots rocho ou-kra-av (sa tête et ses pattes) apparaissent ici, et les mots roch ou-kra-ayim apparaissent pour la ola, où le verset ordonne expressément de découper. Rachi précise pourquoi c'est bien de la ola qu'on apprend : c'est le seul sacrifice où tête et pattes sont nommés au moment de la combustion.
Si tel est le cas : de même que là-bas [la ola] c'est avec écorchement, de même ici ce serait avec écorchement ? Le verset dit : "et ses entrailles et sa fiente".
Quelle est la démonstration [tirée de ces mots] ? Rav Papa dit : de même que sa fiente est dans ses entrailles, de même sa chair est dans sa peau.
Objection prévisible : une guezera chava ne se découpe pas en tranches. Si elle transporte le nitouah depuis la ola, elle devrait transporter aussi le hefchet, puisque le même verset commande les deux (ve-hifchit et ha-ola ve-nitah otah).
Le frein vient d'un détail du verset du taureau : il ne dit pas seulement peau et chair, il ajoute ve-kirbo ou-firecho. Rav Papa lit l'énumération comme une comparaison implicite : les quatre éléments sont posés sur le même plan. Or personne n'imagine vider les entrailles de leur fiente avant la combustion. Donc, de la même façon, on ne détache pas la chair de sa peau.
Rachi ajoute un maillon : la sortie et la combustion sont rapprochées (ve-hotsi ve-saraf), donc ce qui vaut pour l'une vaut pour l'autre. C'est précisément ce maillon que Tossefot va attaquer, au nom de la règle ein lemedin hekech mi-hekech be-kodachim -- dans les sacrifices, on n'apprend pas un rapprochement à partir d'un rapprochement.
"À partir de quand rendent-ils les vêtements impurs ?" [reprise de la michna]. Nos maîtres ont enseigné : "il fera sortir hors du camp et ils brûleront".
La guemara quitte la question du découpage et revient à la michna laissée en suspens : à quel moment exact ceux qui transportent le taureau et le bouc de Yom Kippour au beit ha-serefa rendent-ils leurs vêtements impurs ?
La baraita part du verset de Vayikra 16,27 : yotsi el mi-houtz la-mahane ve-sarfou. Le mot mahane y est au singulier, ce qui va déclencher toute la sougya suivante. Rachi signale d'emblée que la version imprimée de la baraita est corrompue et donne, sur plusieurs lignes, la leçon du Torat Cohanim et de Zevahim.
Là-bas tu leur donnes trois camps, et ici tu leur donnerais un seul camp ? Si tel est le cas, pourquoi est-il dit "hors du camp" ?
Pour te dire : dès lors qu'il est sorti hors d'un seul camp -- ils rendent les vêtements impurs.
Le tana refuse la lecture naïve du verset. Les autres parim ha-nisrafim (taureau du cohen machiah, taureau de la communauté, boucs de l'idolâtrie) doivent être brûlés hors des trois camps ; or le taureau et le bouc de Yom Kippour leur sont assimilés par la guezera chava hatat -- hatat. Ils ne peuvent donc pas être brûlés plus près.
La sortie est un déplacement de référence : le mot mahane ne désigne pas le lieu de la combustion, mais le seuil à partir duquel la tuma des vêtements frappe le porteur. Grammaticalement, il se rattache à la clause suivante, ve-ha-soref otam yekhabes begadav.
Le résultat est une dissociation nette : la combustion reste très loin, hors des trois camps ; la tuma, elle, commence très tôt, dès le franchissement du premier mur.
Et là-bas, d'où le tenons-nous ? De ce qui a été enseigné : "il fera sortir le taureau tout entier" -- hors des trois camps.
La guemara vérifie maintenant l'affirmation sur laquelle repose tout le raisonnement précédent : les taureaux brûlés ordinaires sortent-ils vraiment des trois camps ? La baraita part de Vayikra 4,12, à propos du taureau du cohen machiah : ve-hotsi et kol ha-par el mi-houtz la-mahane.
La lecture proposée -- hors des trois camps -- n'est pas encore justifiée ; elle va l'être par la séquence de trois versets superflus des segments suivants.
Dis-tu hors des trois camps, ou bien n'est-ce pas seulement hors d'un seul camp ? Lorsqu'il dit à propos du taureau de la communauté "hors du camp" -- ce que le verset n'avait pas besoin de dire, puisqu'il a déjà été dit "et il le brûlera comme il a brûlé le premier taureau" -- que vient donc enseigner "hors du camp" ?
À lui donner un second camp.
Voici la mécanique exacte de la deracha. Pour le taureau de la communauté (par ha-eda), la Torah a déjà écrit ve-saraf oto ka-acher saraf et ha-par ha-richon : ce ka-acher transfère en bloc toute la loi du taureau du cohen machiah. Le membre de phrase el mi-houtz la-mahane est donc, en principe, redondant.
Règle de lecture : un mot que le verset n'avait pas besoin d'écrire ne peut pas être nul. Il doit ajouter quelque chose -- ici, un camp supplémentaire à franchir. Premier acquis : deux camps.
Et lorsqu'il dit "hors du camp" à propos du dechen (les cendres) -- ce que le verset n'avait pas besoin de dire, puisqu'il a déjà été dit "au lieu où l'on verse les cendres" -- donne-lui un troisième camp.
Même mécanique, troisième étage. La Torah dit, à propos de la sortie des cendres de l'autel : ve-hotsi et ha-dechen el mi-houtz la-mahane (Vayikra 6,4). Or on savait déjà où cela se trouve, puisque le verset du taureau brûlé dit el chéfekh ha-dechen, le lieu où l'on verse les cendres, et le situe hors du camp.
Ce troisième mahane superflu achète donc un troisième camp. Total : les taureaux brûlés sortent du mahane Chekhina (la azara), du mahane Léviya (le Har haBayit) et du mahane Yisrael (Jérusalem).
Tossefot ouvre ici une des plus longues gloses du daf. Sa question est de méthode : si le taureau du cohen machiah tient lui-même ses trois camps par un hekech, comment peut-il ensuite les transmettre à d'autres par hekech ou par guezera chava ? La règle davar ha-lamed be-hekech eino hozer ou-mélamed l'interdit. Sa réponse finale : ce ne sont pas des hekech mais des guezerot chavot (or-bassar-perech, ou hatat-hatat), et une guezera chava, elle, revient enseigner.
Et Rabbi Chimon, ce "hors du camp", qu'en fait-il ? Il en a besoin pour ce qui a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : il est dit ici "hors du camp" et il est dit là-bas "hors du camp" -- de même qu'ici c'est hors des trois camps, de même là-bas c'est hors des trois camps ; et de même que là-bas c'est à l'est de Jérusalem, de même ici c'est à l'est de Jérusalem.
Un mot superflu n'est monnayable qu'une fois. Les Rabbanan ont dépensé mi-houtz la-mahane pour fixer le seuil précoce de la tuma des vêtements. Mais Rabbi Chimon soutient dans la michna que la tuma ne commence que michéyoutsat ha-our be-roubam, quand le feu a pris dans la plus grande partie des corps : il n'a aucun seuil géographique à fonder, et le mot lui reste disponible.
Il l'emploie pour une guezera chava avec la para adouma, où l'on lit ve-hotsi otah el mi-houtz la-mahane (Bamidbar 19,3). Le va-et-vient est double : le taureau de Yom Kippour donne à la vache rousse le régime des trois camps ; la vache rousse rend au taureau une donnée d'orientation -- à l'est de Jérusalem, car il est écrit à son sujet el nokhah penei ohel moed, face à l'avant de la tente d'assignation.
Rachi explique la géométrie : celui qui abat la vache se tient à l'est, le visage tourné vers l'ouest, en face de l'ouverture du heikhal, laquelle s'ouvre précisément vers l'est.
Et les Sages, où les brûlent-ils ? Comme il a été enseigné : où sont-ils brûlés ?
La question renverse la précédente. Puisque les Rabbanan ont déjà affecté le verset mi-houtz la-mahane à la tuma des vêtements, ils n'ont plus de guezera chava avec la vache rousse -- donc plus de source pour l'orientation. Où, alors, brûle-t-on le taureau et le bouc de Yom Kippour ?
La guemara ouvre une baraita par la question heikhan nisrafin, et le daf s'interrompt exactement la. La réponse -- au nord de Jérusalem, hors des trois camps -- se lit au début de 68b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).