Yoma 68b -- Fin de Chnei seirei et ouverture de Ba lo cohen gadol : de la cendre du taureau au sefer Tora

Yoma 68b

Sougya : Amud charnière : il ferme le sixième chapitre et ouvre le septième. Il commence par répondre à la question laissée en suspens en 68a -- le taureau et le bouc sont brûlés au nord de Jérusalem, hors des trois camps -- puis Rabbi Yossi précise le lieu : le beit ha-dechen.

Rava veut identifier son contradicteur en Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui lit chéfekh comme méchoupakh, un terrain en pente ; Abaye bloque la déduction en refusant de tenir les deux lectures pour exclusives. Vient ensuite le dossier de la tuma des vêtements, où deux mots d'un même verset font tout le travail : ve-ha-soref désigne le seul qui aide pendant la combustion, à l'exclusion de celui qui allume et de celui qui empile ; otam fixe la borne de sortie à la cendre -- ce que Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon avance au moment où la chair est consumée, la nafka mina étant l'état intermédiaire de masse carbonisée.

La dernière michna du chapitre expose trois manières de savoir, depuis Jérusalem, que le bouc est arrivé au désert : une chaîne de guetteurs agitant des foulards, un simple calcul de trois mil, ou le blanchiment du ruban écarlate attaché à l'entrée du heikhal. Abaye tire du calcul de Rabbi Yehouda deux informations : Beit Hidoudo est déjà dans le désert, et la mitsva est accomplie dès l'arrivée, avant la poussée du haut de la falaise.

Après le hadran s'ouvre Ba lo cohen gadol : le cohen gadol vient lire, en vêtements de boutz ou dans une tunique blanche lui appartenant. Le sefer Tora lui parvient par une chaîne de dignitaires, il lit deux passages dans le rouleau et récite le troisième par cœur en déclarant que davantage y est écrit, puis récite huit berakhot -- que la michna énumère pourtant au nombre de neuf.

La guemara saisit alors le détail vestimentaire pour rouvrir une vieille question : les bigdei kehouna ont-ils été donnés pour qu'on en tire jouissance ? Trois preuves sont tentées -- la lecture, le fait de manger, le fait de marcher -- et les trois sont écartées, les deux premières parce que l'acte est requalifie en besoin du service, la troisième sur une amorce qui se poursuit en 69a.

Yoma 68b : la fin du sixième chapitre, puis le cohen gadol prend le sefer Tora Un amud charnière : il ferme Chnei seirei et ouvre Ba lo cohen gadol À -- Seg 0 à 2 : où brûle-t-on, et que veut dire chéfekh ha-dechen ? Réponse à la question restée ouverte en 68a : au nord de Jérusalem, hors des trois camps. Rabbi Yossi : au beit ha-dechen. Rava identifie son contradicteur : Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui lit chéfekh comme méchoupakh -- un terrain en pente. Abaye refuse la déduction : peut-être REbY ajoute-t-il la pente sans supprimer l'exigence de cendre préalable. B -- Seg 3 à 5 : qui est le soref, et jusqu'à quand ? Le mot ve-ha-soref exclut celui qui allume et celui qui empile : seul celui qui aide pendant la combustion est atteint. Le mot otam fixe la borne de sortie : une fois devenus cendre, ils ne rendent plus les vêtements impurs. Nafka mina avec Rabbi Elazar béré Chimon : la masse carbonisée, ni chair ni cendre. C -- Seg 6 à 9 : michna finale -- comment savoir que le bouc est arrivé au désert Tana kama : une chaîne de guetteurs agitant des foulards, de relais en relais jusqu'à Jérusalem. Rabbi Yehouda : un simple calcul de temps -- trois mil, donc trois mil de marche et d'attente. Rabbi Yichmael : le ruban écarlate de l'entrée du heikhal blanchissait. Abaye tire du calcul de Rabbi Yehouda que la mitsva est accomplie dès l'arrivée au désert, avant la poussée. HADRAN ALAKH CHNEI SEIREI D -- Seg 11 à 14 : perek 7 -- la lecture publique du cohen gadol Il lit en vêtements de boutz, ou bien dans une tunique blanche qui lui appartient : le choix est à lui. Le sefer Tora descend une chaîne de dignitaires jusqu'à lui ; deux passages lus, un troisième par cœur. Huit berakhot -- et la michna en énumère neuf. Puis huit : on ne peut voir à la fois la lecture et la combustion. Le détail vestimentaire de la michna va servir de levier à toute la guemara qui suit. E -- Seg 15 à 19 : bigdei kehouna nitnou lehanot bahen ? Si la lecture n'est pas une avoda et qu'il peut la faire en boutz, c'est donc qu'on peut jouir des vêtements ! Rejet : la lecture est tsorekh avoda. Deux autres preuves -- on mange, on marche -- tombent de la même façon. La question reste ouverte à la fin de l'amud : elle se poursuit en 69a.
Le fil de l amud : la fin de Chnei seirei, le hadran, puis l ouverture de Ba lo cohen gadol.
La tuma des vêtements : où commence-t-elle, où s'arrête-t-elle ? Un seul verset, deux mots décisifs : ve-ha-soref pour l'entrée, otam pour la sortie 1. Qui ? Le mot ve-ha-soref (seg 3) Celui qui allume le feu Celui qui dispose le bûcher -- vêtements PURS Celui qui aide pendant la combustion elle-même -- vêtements IMPURS Rachi : ce tana suit Rabbi Chimon -- rien n'est impur avant que le feu n'ait effectivement pris. 2. Jusqu'à quand ? Le mot otam (seg 4-5) le feu prend chair consumée nitakh ha-bassar masse carbonisée charoukha cendre efer Tana kama : impur jusqu'à la cendre -- car on peut encore dire otam Rabbi Elazar béré Chimon : impur tant que c'est encore un par Nafka mina : la zone charoukha La chair a fondu mais ce n'est pas encore de la cendre. Tana kama : encore impur. REbRC : déjà pur, ce n'est plus un taureau.
Deux mots du verset, deux bornes : ve-ha-soref pour l entrée dans la tuma, otam pour la sortie.
Trois manières de savoir, à Jérusalem, que le bouc est arrivé au désert Le cohen gadol ne peut rien commencer d'autre avant cette nouvelle Tana kama Les dirkaot Des postes échelonnés de Jérusalem au tsouk, chacun à portée de vue du suivant. Le plus proche du désert agite un foulard, et le signal remonte de relais en relais. Signal transmis -- optique Rabbi Yehouda Le calcul des trois mil Aucun signal n'est nécessaire : Beit Hidoudo est à trois mil. Les notables font un mil aller, un mil retour, puis on laisse passer le temps d'un mil. Signal déduit -- horaire Rabbi Yichmael Le lachon chel zehorit Un ruban écarlate attaché à l'entrée du heikhal. Dès que le bouc atteint le désert, il blanchit. Yechaya 1,18 : si vos péchés sont comme l'écarlate, ils blanchiront. Signal donné -- miraculeux Le trajet selon Rabbi Yehouda -- trois mil, comptés en trois temps Jérusalem 1er mil 2e mil Beit Hidoudo début du désert aller : un mil retour : un mil attente : un mil Ce qu'Abaye en tire (seg 9) Si le compte de Rabbi Yehouda s'arrête à l'arrivée, sans ajouter le temps de la montée au tsouk, deux choses suivent : 1. Beit Hidoudo est déjà dans le désert. 2. Dès que le bouc atteint le désert, sa mitsva est accomplie -- avant même la poussée du haut de la falaise. Le cohen gadol peut donc commencer sa lecture.
Signal transmis, signal déduit, signal donné : trois régimes de connaissance pour la même information.
La lecture publique du cohen gadol -- chaîne, passages, berakhot Michna d'ouverture du septième chapitre 1. La chaîne de transmission du sefer Tora -- une échelle d'honneur Hazan ha-knesset le bedeau (Rachi) Roch ha-knesset il règle les besoins du lieu Ségan l'adjoint du cohen gadol Cohen gadol debout, il reçoit Le Roch : tout cela pour l'honneur du cohen gadol -- montrer combien de dignitaires sont sous lui, et qu'il est au-dessus de tous. 2. Les trois passages -- deux dans le rouleau, un par cœur Aharei mot Vayikra 16 lu dans le rouleau le service du jour Akh be-assor Vayikra 23,26 lu après avoir enroulé même livre, court trajet Ou-ve-assor Bamidbar 29,7 -- Pinhas récite PAR COEUR autre livre : trop loin à dérouler Entre les deux : il enroule, met le rouleau contre sa poitrine et déclare -- plus que ce que j'ai lu devant vous est écrit ici. Le Roch (70a) : c'est pour éviter le pegam de la Tora, qu'on ne soupçonne pas le rouleau d'être amputé d'une paracha. 3. Huit berakhot -- et la michna en énumère neuf La liste de la michna (seg 13) 1 Tora - 2 avoda - 3 hodaa - 4 pardon de la faute 5 Mikdach - 6 Israël - 7 Jérusalem - 8 cohanim 9 le reste de la prière Neuf items annoncés comme huit : difficulté classique. La liste du Roch, ici même (seg 12) 1 Tora - 2 avoda - 3 hodaa - 4 pardon de la faute 5 Mikdach - 6 Israël - 7 cohanim 8 le reste de la prière Le Roch énumère exactement huit -- Jérusalem absente.
La chaîne du sefer Tora, les trois passages et le compte des berakhot.
1
לִצְפוֹנָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם, וְחוּץ לְשָׁלֹשׁ מַחֲנוֹת. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אַבֵּית הַדֶּשֶׁן נִשְׂרָפִין.

[...] au nord de Jérusalem, et hors des trois camps. Rabbi Yossi dit : c'est au beit ha-dechen (le lieu du dépôt des cendres) qu'ils sont brûlés.

📜 Rachi (2)
לִצְפוֹנָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם שֶׁכָּל מַעֲשֵׂה חַטָּאת בַּצָּפוֹן:
"Au nord de Jérusalem" -- car tout acte du hatat se fait au nord.
אַבֵּית הַדֶּשֶׁן צָרִיךְ שֶׁיַּקְדִּים לְשֵׁם דֶּשֶׁן הַמִּזְבֵּחַ שֶׁיְּהֵא נִקְרָא קֹודֶם לָכֵן מְקוֹם שֶׁפֶךְ הַדֶּשֶׁן מִכְּלָל דִּלְתַנָּא קַמָּא לֹא צָרִיךְ:
"Au beit ha-dechen" -- il faut que la cendre de l'autel y ait été apportée auparavant, de sorte que le lieu soit déjà appelé, avant cela, lieu de déversement du dechen. On en déduit que le tana kama, lui, ne l'exige pas.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la réponse à la question laissée en suspens à la fin de 68a : où brûle-t-on le taureau et le bouc de Yom Kippour, selon les Rabbanan qui ont déjà dépensé leur verset pour le seuil de la tuma des vêtements ? Réponse : au nord de Jérusalem -- comme tout ce qui relève du hatat (sacrifice expiatoire), dont les actes se font au nord -- et hors des trois camps.

Rabbi Yossi ajoute une précision de lieu : non pas n'importe où au nord, mais au beit ha-dechen, l'endroit où l'on déverse déjà les cendres de l'autel. Le verset de Vayikra 4,12 dit en effet el chéfekh ha-dechen yisaréf. Rachi tire de cette formulation une exigence : il faut que le lieu soit déjà appelé ainsi, donc que de la cendre y ait été déposée auparavant -- ce que le tana anonyme, lui, n'exige pas.

2
אָמַר רָבָא: מַאן תְּנָא דִּפְלִיג עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הוּא. דְּתַנְיָא: ״אֶל שֶׁפֶךְ הַדֶּשֶׁן יִשָּׂרֵף״, שֶׁיְּהֵא לְשָׁם דֶּשֶׁן, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: שֶׁיְּהֵא מְקוֹמוֹ מְשֻׁופָּךְ.

Rava a dit : quel est le tana qui conteste Rabbi Yossi ? C'est Rabbi Eliezer ben Yaakov.

Car il a été enseigné : "vers le lieu de déversement du dechen il sera brûlé" -- qu'il y ait déjà là du dechen. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : que son emplacement soit en pente.

📜 Rachi (1)
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הוּא דְּאָמַר לָא אַשְׁמוֹעִינַן אֶלָּא שֶׁיְּהֵא מְקוֹמוֹ מִדְרוֹן שֶׁיְּהֵא דִּשְׁנוֹ מִשְׁתַּפֵּךְ:
"C est Rabbi Eliezer ben Yaakov" -- car il dit que le verset ne nous enseigne qu'une chose : que son emplacement soit en pente, afin que sa cendre s'y déverse.
💡 Explication

Rava part de la déduction de Rachi et cherche à lui donner un nom. Puisque le tana anonyme n'exige pas de cendre préalable, il doit exister quelqu un qui lit le verset autrement -- et Rava le trouve dans une baraita où Rabbi Eliezer ben Yaakov (souvent abrégé REbY) s'oppose à la lecture standard.

Le point d'appui est la racine hébraïque ch-f-kh. La lecture ordinaire y entend chéfekh, le déversement : le lieu où l'on verse la cendre, donc un lieu qui doit déjà en contenir. REbY y entend méchoupakh, incliné : le verset ne parlerait pas du contenu du lieu mais de sa topographie -- un terrain en pente, pour que la cendre s'y écoule d'elle-même.

Si REbY ne lit que la pente, il n'exige pas la cendre préalable : c'est donc lui, conclut Rava, le tana qui s'oppose à Rabbi Yossi.

🖼️ Schéma
El chéfekh ha-dechen : deux lectures d'un même mot chéfekh -- racine ch-f-kh Lecture 1 -- déversement chéfekh ha-dechen = le lieu où l'on déverse la cendre. Il faut donc que la cendre y ait déjà été déposée : le lieu porte déjà ce nom. Rabbi Yossi -- et le tana anonyme Lecture 2 -- méchoupakh même racine, autre sens : incliné, en pente. Le verset n'exige alors qu'une chose : que le terrain soit en pente, pour que la cendre s'écoule. Rabbi Eliezer ben Yaakov Objection d'Abaye (seg 2) : et si les deux lectures n'étaient pas exclusives ? REbY pourrait exiger la cendre préalable ET la pente. Alors il n'est pas le contradicteur de Rabbi Yossi -- et Rava perd son identification.
Une racine, deux sens : chéfekh (déversement) ou méchoupakh (pente) -- et l'objection d'Abaye qui refuse de choisir.
3
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְדִילְמָא בִּמְקוֹמוֹ מְשֻׁופָּךְ הוּא דִּפְלִיגִי.

Abaye lui dit : et peut-être est-ce sur le seul point de l'emplacement en pente qu'ils sont en désaccord ?

📜 Rachi (1)
וְדִילְמָא בִּמְקוֹמוֹ מְשֻׁופָּךְ הוּא דִּפְלִיגִי וּמוֹדֶה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב שֶׁיַּקְדִּים שֵׁם דֶּשֶׁן אֶלָּא דְּבָעֵי נָמֵי מְקוֹמוֹ מְשֻׁופָּךְ:
"Et peut-être est-ce sur le seul point de l'emplacement en pente qu'ils sont en désaccord" -- Rabbi Eliezer ben Yaakov concède alors qu'il faut que du dechen y ait été déposé auparavant, mais il exige en outre que son emplacement soit en pente.
💡 Explication

Abaye bloque la déduction par une remarque de méthode : Rava a supposé que les deux lectures de la racine ch-f-kh s'excluent. Mais rien ne l'impose. REbY pourrait accepter la lecture ordinaire -- il faut de la cendre préalable -- et ajouter la pente. Son "il dit" n'est alors pas une lecture alternative mais un supplément.

Dans ce cas, REbY n'est pas en désaccord avec Rabbi Yossi sur le beit ha-dechen : il est même plus exigeant que lui. Et Rava se retrouve sans contradicteur identifié. C'est une objection typiquement abayenne : elle ne réfute pas le contenu, elle refuse la disjonction implicite sur laquelle repose l'argument.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְהַשּׂוֹרֵף״ — הַשּׂוֹרֵף מְטַמֵּא בְּגָדִים וְלֹא הַמַּצִּית אֶת הָאוּר וְלֹא הַמְסַדֵּר אֶת הַמַּעֲרָכָה. וְאֵי זֶהוּ הַשּׂוֹרֵף? זֶה הַמְסַיֵּיעַ בִּשְׁעַת שְׂרֵיפָה.

Nos maîtres ont enseigné : "et celui qui les brûle" -- celui qui brûle rend ses vêtements impurs, mais non celui qui allume le feu, ni celui qui dispose le bûcher. Et qui est "celui qui brûle" ?

C'est celui qui prête assistance au moment même de la combustion.

📜 Rachi (1)
הַשּׂוֹרֵף הַמִּתְעַסֵּק בְּצָרְכֵי שְׂרֵיפָתָן בְּגוּפָן דִּכְתִיב אוֹתָם כְּגוֹן הַמְסַיֵּיעַ בִּשְׁעַת שְׂרֵיפָה וְהַאי תַּנָּא אִית לֵיהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאֵין מְטַמְּאִין בְּגָדִים עַד שֶׁיֻּוצַּת בָּהֶן הָאוּר:
"Celui qui brûle" -- celui qui s'occupe des besoins de leur combustion sur leur corps même, car il est écrit "eux" -- par exemple celui qui prête assistance au moment de la combustion. Et ce tana tient comme Rabbi Chimon, pour qui ils ne rendent pas les vêtements impurs tant que le feu n'a pas pris en eux.
💡 Explication

Nouvelle baraita, sur un autre mot du même dossier : ve-ha-soref otam yekhabès begadav (Vayikra 16,28), "et celui qui les brûle lavera ses vêtements". La question est de savoir qui, exactement, est visé par ce participe.

La baraita procède par exclusion. Deux personnages sont écartés : celui qui allume le feu (ha-métsit et ha-our) et celui qui dispose le bûcher (ha-messader et ha-maarakha). Tous deux travaillent au feu, mais aucun ne touche aux corps. Reste celui qui aide pendant la combustion -- Rachi précise : celui qui s'occupe des besoins de la combustion sur leur corps même, car le verset dit otam, "eux".

Rachi ajoute une identification précieuse : ce tana suit Rabbi Chimon, pour qui la tuma ne commence qu'au moment où le feu a effectivement pris.

5
יָכוֹל אַף מִשֶּׁנַּעֲשׂוּ אֵפֶר מְטַמְּאִין בְּגָדִים — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אוֹתָם״, אוֹתָם מְטַמְּאִין בְּגָדִים, וְלֹא מִשֶּׁנַּעֲשׂוּ אֵפֶר מְטַמְּאִין בְּגָדִים. רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: הַפָּר מְטַמֵּא, נִיתַּךְ הַבָּשָׂר אֵינוֹ מְטַמֵּא בְּגָדִים.

On aurait pu croire que même une fois devenus cendre ils rendent les vêtements impurs -- le verset dit : "eux" : eux rendent les vêtements impurs, mais ils ne rendent plus les vêtements impurs une fois devenus cendre. Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon dit : le taureau rend impur ; une fois la chair consumée, il ne rend plus les vêtements impurs.

💡 Explication

Le même mot otam qui a servi à désigner qui est atteint sert maintenant à fixer jusqu'à quand. "Eux" -- c'est-à-dire le taureau et le bouc tant qu'ils sont encore eux-mêmes. Une fois réduits en efer (cendre), le pronom ne les désigne plus, et la tuma cesse.

Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon avance la borne. Pour lui il ne faut pas attendre la cendre : dès que la chair est consumée -- nitakh ha-bassar, littéralement la chair a fondu -- l'objet n'est plus un par, un taureau, et la tuma s'arrête.

6
מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵינַייְהוּ דְּשַׁוְיָה חֲרוֹכָא.

Quelle est la différence entre eux ? Il y a entre eux le cas où il l'a réduit à l'état de masse carbonisée.

📜 Rachi (1)
דְּשַׁוְיָה חֲרוֹכָא דְּהָוֵי נִיתַּךְ הַבָּשָׂר וְאֵפֶר מִיהוּ לָא הָווּ לְתַנָּא קַמָּא מְטַמְּאִין עַד שֶׁיֵּעָשׂוּ אֵפֶר דְּאוֹתָם קָרֵינָא בֵיהּ לְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן שַׁוְיָיה חֲרוֹכָא לֹא מְטַמֵּא דְּלָא פַּר מִיקְּרֵי:
"Ou il l'a réduit à l'état de masse carbonisée" -- la chair est consumée, mais ce n'est pas encore de la cendre. Pour le tana kama ils ne rendent pas [les vêtements] purs tant qu'ils ne sont pas devenus cendre, car on lit encore à leur sujet "eux". Pour Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon, dès lors qu'il l'a réduit à une masse carbonisée, cela ne rend plus impur, car on ne l'appelle plus "taureau".
💡 Explication

La guemara cherche la nafka mina -- la conséquence pratique qui sépare les deux positions. Elle la trouve dans un état intermédiaire : charoukha, la masse carbonisée. La chair a fondu, la forme de l'animal est défaite, mais ce n'est pas encore de la cendre.

Pour le tana kama, la borne est la cendre : dans cet état intermédiaire on peut encore dire otam, donc c'est encore impur. Pour Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon, la borne est la disparition de la chair : dans cet état on ne dit plus par, donc c'est déjà pur. Un seul état, deux verdicts opposés -- exactement ce que cherche la guemara.

7
מַתְנִי׳ אָמְרוּ לוֹ לְכֹהֵן גָּדוֹל: הִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר. וּמִנַּייִן הָיוּ יוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר? דִּירְכָּאוֹת הָיוּ עוֹשִׂין וּמְנִיפִין בְּסוּדָרִין. וְיוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר.

MICHNA. On dit au cohen gadol : le bouc est arrivé au désert.

Et comment savait-on qu'il était arrivé au désert ? On dressait des dirkaot (postes de relais) et l'on agitait des sudarin (foulards) : ainsi on savait que le bouc était arrivé au désert.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' אָמְרוּ לוֹ לְכֹהֵן גָּדוֹל וְכוּ' שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי לְהַתְחִיל בַּעֲבוֹדָה אַחֶרֶת עַד שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר שֶׁנֶּאֱמַר וְשִׁלַּח אֶת הַשָּׂעִיר בַּמִּדְבָּר וְאַחַר כָּךְ וְאֵת חֵלֶב הַחַטָּאת יַקְטִיר הַמִּזְבֵּחָה:
MICHNA. "On dit au cohen gadol" etc. -- car il n'a pas le droit de commencer un autre service avant que le bouc soit arrivé au désert, ainsi qu'il est dit : "et il enverra le bouc au désert", et ensuite : "et la graisse du hatat il fera fumer sur l'autel".
דִּירְכָּאוֹת בְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים מִירוּשָׁלַיִם לַצּוּק בִּכְדֵי שֶׁיִּרְאֶה זֶה סִימָנוֹ שֶׁל זֶה וּמְנִיפִין אוֹתָם הַסִּמּוּכִין לַמִּדְבָּר בְּסוּדָרִין וְזֶה הַסָּמוּךְ לוֹ רוֹאֶה וּמֵנִיף גַּם הוּא וְרוֹאֶה חֲבֵירוֹ הַסָּמוּךְ לִירוּשָׁלַיִם דִּירְכָּאוֹת בְּלַעַ"ז רידר"יגרדש:
"Dirkaot" -- des hommes se tiennent échelonnés depuis Jérusalem jusqu'au tsouk, à une distance telle que chacun puisse voir le signal de l'autre. Ceux qui sont proches du désert agitent des foulards, celui qui est à côté le voit et agite à son tour, et son compagnon plus proche de Jérusalem le voit [et fait de même]. Dirkaot, en langue vernaculaire : riderigredes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִנַּיִן הָיוּ יוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר? דִּירְכָּאוֹת הָיוּ עוֹשִׂין. פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ עוֹבַדְיָה זַ"ל אֲבָנִים גְּדוֹלוֹת זֶה עַל גַּבֵּי זֶה עַייֵּן שָׁם וְהוּא מַה שֶׁקּוֹרִין בִּלְשׁוֹן עַרְבִי תאביי"א. אַךְ רַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ דִּירְכָּאוֹת עַל אוֹתָם בְּנֵי אָדָם שֶׁמַּעֲמִידִין שָׁם וְזֶה נִקְרָא בִּלְשׁוֹן עַרְבִי פצווא"ן וּלְפִי דְּבָרָיו לְכָךְ נִקְרָאִין דִּירְכָּאוֹת עַל שֵׁם שֶׁהֵם עוֹמְדִין עַל הַדֶּרֶךְ.
"Et comment savait-on que le bouc était arrivé au désert ? On faisait des dirkaot." Rabbenou Ovadia [de Bertinoro], de mémoire bénie, a expliqué : de grandes pierres posées les unes sur les autres -- vois-y ; c'est ce que l'on appelle en langue arabe tabaya. Mais Rachi, de mémoire bénie, a expliqué dirkaot comme désignant les hommes que l'on postait là, et cela s'appelle en langue arabe fatsvan (les guetteurs). Selon ses termes, s'ils sont appelés dirkaot, c'est parce qu'ils se tiennent sur le chemin (derekh).
💡 Explication

Dernière michna du sixième chapitre. Elle répond à une nécessité très concrète : le cohen gadol, dans le Mikdach, ne peut rien commencer d'autre tant que le bouc n'a pas atteint le désert. Rachi en donne la source : le verset place ve-chilah et ha-sair ba-midbar (il enverra le bouc au désert) avant ve-et helev ha-hatat yaktir (et la graisse du hatat, il la fera fumer). L'ordre des versets impose l'ordre des actes -- et donc une attente.

D'où le problème : le tsouk est à une douzaine de mil de Jérusalem, hors de vue. La solution est un télégraphe optique : des hommes postés en chaîne, chacun à portée de vue du suivant, qui se transmettent le signal de foulard en foulard depuis le désert jusqu'au Mikdach.

8
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה, וַהֲלֹא סִימָן גָּדוֹל הָיָה לָהֶם: מִירוּשָׁלַיִם וְעַד בֵּית חֲדוֹדוֹ, שְׁלֹשָׁה מִילִין, הוֹלְכִין מִיל וְחוֹזְרִין מִיל, וְשׁוֹהִין כְּדֵי מִיל וְיוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר.

Rabbi Yehouda a dit : n'avaient-ils donc pas là un grand signe ? De Jérusalem jusqu'à Beit Hidoudo il y a trois mil : ils font un mil à l'aller et un mil au retour, puis attendent le temps d'un mil -- et ils savent que le bouc est arrivé au désert.

📜 Rachi (2)
עַד בֵּית חִדּוּדוֹ הוּא רֹאשׁ הַמִּדְבָּר וְשָׁם נִתְקַייֵּם וְשִׁלַּח אֶת הַשָּׂעִיר בַּמִּדְבָּר:
"Jusqu à Beit Hidoudo" -- c'est le début du désert, et c'est là que s'accomplit "et il enverra le bouc au désert".
הוֹלְכִין מִיל כְּדַאֲמָרָן לְעֵיל (יוֹמָא סו:) מִיַּקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם מְלַוִּין אוֹתוֹ עַד סֻוכָּה הָרִאשׁוֹנָה:
"Ils font un mil" -- comme nous l'avons dit plus haut (Yoma 66b) : les notables de Jérusalem l'accompagnent jusqu'à la première soucca.
💡 Explication

Rabbi Yehouda objecte que tout ce dispositif de guetteurs était superflu : un simple calcul de temps suffisait. Beit Hidoudo, le lieu où s'accomplit l'envoi, est à trois mil de Jérusalem.

Or on connaissait le décompte : les notables de Jérusalem accompagnaient l'homme jusqu'à la première soucca, soit un mil à l'aller ; ils revenaient, soit un mil ; puis on laissait s'écouler le temps de parcours d'un troisième mil. Trois mil de temps écoulé, donc le bouc est arrivé. Le signe est purement horaire : rien à voir, rien à transmettre.

La divergence n'est pas anecdotique : elle oppose une information observée à une information déduite.

9
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: וַהֲלֹא סִימָן אַחֵר הָיָה לָהֶם: לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית הָיָה קָשׁוּר עַל פִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכָל, וּכְשֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר הָיָה הַלָּשׁוֹן מַלְבִּין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם יִהְיוּ חֲטָאֵיכֶם כַּשָּׁנִים כַּשֶּׁלֶג יַלְבִּינוּ״.

Rabbi Yichmael dit : n'avaient-ils donc pas un autre signe ? Un ruban de laine écarlate était attaché à l'entrée du heikhal, et lorsque le bouc arrivait au désert le ruban blanchissait, ainsi qu'il est dit : "si vos péchés sont comme l'écarlate, ils blanchiront comme la neige".

💡 Explication

Troisième voie, d'une tout autre nature. Rabbi Yichmael invoque le lachon chel zehorit, le ruban de laine teinte en écarlate attaché à l'entrée du heikhal : au moment où le bouc atteignait le désert, il blanchissait.

Ce n'est plus un signal transmis par des hommes ni un temps calculé, mais un signe donné, dont le verset de Yechaya 1,18 fournit à la fois le langage et la garantie : im yihyou hataeikhem ka-chanim ka-cheleg yalbinou. Le blanchiment n'informe pas seulement que le bouc est arrivé : il atteste que l'expiation a été reçue.

10
גְּמ׳ אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינַּהּ בֵּית חֲדוֹדוֹ בַּמִּדְבָּר קָייְמָא, וְהָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּקָסָבַר רַבִּי יְהוּדָה: כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ שָׂעִיר לַמִּדְבָּר — נַעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ.

GUEMARA. Abaye a dit : apprends-en que Beit Hidoudo se trouve dans le désert.

Et voici ce que cela nous enseigne : Rabbi Yehouda tient que dès lors que le bouc est arrivé au désert, sa mitsva est accomplie.

📜 Rachi (1)
גְּמ' נַעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ וּמַתְחִיל לִקְרוֹת הַפָּרָשָׁה:
GUEMARA. "Sa mitsva est accomplie" -- et [le cohen gadol] commence à lire la paracha.
💡 Explication

Abaye lit le calcul de Rabbi Yehouda comme un document et en extrait deux informations que la michna ne dit pas explicitement.

Premièrement : le compte s'arrête à trois mil, c'est-à-dire à Beit Hidoudo. Puisque la michna parle de savoir que le bouc est arrivé au désert, c'est donc que Beit Hidoudo est déjà dans le désert.

Deuxièmement, et c'est le point de fond : le compte n'ajoute aucun délai pour la montée au tsouk et la poussée du haut de la falaise. Rabbi Yehouda tient donc que dès l'arrivée au désert, la mitsva est accomplie -- et le cohen gadol peut immédiatement passer à la suite. Rachi précise laquelle : il commence à lire la paracha. La transition vers le chapitre suivant est déjà préparée.

11
הֲדַרַן עֲלָךְ שְׁנֵי שְׂעִירֵי

Hadran alakh -- nous reviendrons vers toi, chapitre "Chnei seirei" [fin du sixième chapitre du traité Yoma].

💡 Explication

Formule de clôture du chapitre. Hadran alakh est un araméen que l'on rend traditionnellement de deux façons complémentaires : "nous reviendrons vers toi" -- promesse de reprendre l'étude de ce chapitre -- et "notre gloire est sur toi", de la racine hadar, splendeur.

S'achève ici le sixième chapitre, Chnei seirei ha-Yom ha-Kippourim, consacré aux deux boucs : leur appariement, le tirage au sort, l'envoi vers Azazel, et la combustion du taureau et du bouc hors des trois camps.

12
בָּא לוֹ כֹּהֵן גָּדוֹל לִקְרוֹת, אִם רָצָה לִקְרוֹת בְּבִגְדֵי בוּץ — קוֹרֵא, וְאִם לָאו — קוֹרֵא בְּאִצְטְלִית לָבָן מִשֶּׁלּוֹ.

MICHNA. Le cohen gadol vient pour lire.

S'il veut lire dans les vêtements de boutz (lin), il lit ; sinon, il lit dans une istelit (tunique) blanche lui appartenant.

📜 Rachi (3)
בָּא לִקְרוֹת אֶת הַפָּרָשָׁה דְּיָלְפִינַן מִמִּלּוּאִים דְּאָמְרִינַן בפ"ק (דַּף ה:) מִנַּיִין שֶׁאַף מִקְרָא פָּרָשָׁה מְעַכֵּב וְכוּ':
"Il vient pour lire" -- la paracha, que nous apprenons des miloouim, comme nous l'avons dit au premier chapitre (5b) : d'où sait-on que même la lecture de la paracha est indispensable, etc.
אִם רָצָה לִקְרוֹת בְּבִגְדֵי בוּץ שֶׁהוּא לָבוּשׁ עַכְשָׁיו שֶׁעָבַד בָּהֶן עֲבוֹדַת הַיּוֹם:
"S il veut lire dans les vêtements de boutz" -- ceux qu'il porte à présent, puisque c'est avec eux qu'il a accompli le service du jour.
אִצְטְלִית לָבוּשׁ כְּמִין חָלוּק:
"Istelit" -- un vêtement en forme de tunique.
💡 Explication

Ouverture du septième chapitre, Ba lo cohen gadol likrot. Le service intérieur du jour est achevé ; le cohen gadol accomplit maintenant un acte public : la lecture de la Tora devant l'assemblée.

Rachi rappelle que cette lecture n'est pas facultative : elle est apprise des miloouim (les sept jours d'installation d'Aharon), et la guemara a établi dès le premier chapitre (Yoma 5b) que même la lecture de la paracha est meakev -- indispensable.

Le détail vestimentaire paraît secondaire ; il sera pourtant le levier de toute la guemara qui suit. Deux options s'ouvrent : garder les bigdei boutz qu'il porte déjà, ou revêtir une simple tunique blanche lui appartenant -- donc un vêtement profane, non consacré.

13
חַזַּן הַכְּנֶסֶת נוֹטֵל סֵפֶר תּוֹרָה, וְנוֹתְנוֹ לְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת, וְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת נוֹתְנוֹ לַסְּגָן, וְהַסְּגָן נוֹתְנוֹ לְכֹהֵן גָּדוֹל, וְכֹהֵן גָּדוֹל עוֹמֵד וּמְקַבֵּל, וְקוֹרֵא בְּ״אַחֲרֵי מוֹת״ ו״אך בֶּעָשׂוֹר״, וְגוֹלֵל סֵפֶר תּוֹרָה וּמַנִּיחוֹ בְּחֵיקוֹ וְאוֹמֵר: יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁקָּרָאתִי לִפְנֵיכֶם כָּתוּב כָּאן. ״וּבֶעָשׂוֹר״ שֶׁבְּחֹומֶשׁ הַפְּקוּדִים קוֹרֵא עַל פֶּה.

Le hazan de la synagogue prend le sefer Tora et le donne au roch ha-knesset (chef de la synagogue) ; le roch ha-knesset le donne au segan ; le segan le donne au cohen gadol. Le cohen gadol se tient debout et le reçoit.

Il lit "Aharei mot" et "Akh be-assor", puis il enroule le sefer Tora, le place contre sa poitrine et dit : plus que ce que j'ai lu devant vous est écrit ici. Et "Ou-ve-assor" qui est dans le Houmach ha-Pekoudim (le livre des Nombres), il le lit par cœur.

📜 Rachi (7)
בֵּית הַכְּנֶסֶת הָיָה סָמוּךְ לָעֲזָרָה בְּהַר הַבַּיִת:
"La synagogue" -- elle était attenante à la azara, sur le har ha-bayit.
חַזַּן הַכְּנֶסֶת שֶׁמֶשׁ:
"Le hazan de la synagogue" -- le bedeau.
רֹאשׁ הַכְּנֶסֶת עַל פִּיו נֶחְתָּכִין צָרְכֵי הַכְּנֶסֶת מִי מַפְטִיר מִי פּוֹרֵס עַל שְׁמַע מִי עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה:
"Le roch ha-knesset" -- c'est sur son avis que se règlent les besoins de la synagogue : qui fait la haftara, qui récite le poress al chema, qui passe devant la teva.
וְאַךְ בֶּעָשׂוֹר שֶׁבְּפָרָשַׁת אֱמֹור אֶל הַכֹּהֲנִים:
"Et Akh be-assor" -- celui qui se trouve dans la paracha Emor el ha-kohanim.
וְאוֹמֵר יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁקָּרִיתִי וְכוּ' בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
"Et il dit : plus que ce que j'ai lu" etc. -- la guemara en explique la raison.
שֶׁבְּחֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים סֵפֶר וַיְדַבֵּר שֶׁמַּתְחִיל בְּמִנְיָנָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל וּפָרָשַׁת פִּינְחָס בְּאוֹתוֹ סֵפֶר וְשָׁם הַמּוּסָפִין אֵמוּרִין:
"Qui est dans le Houmach ha-Pekoudim" -- le livre Vayedaber (Bamidbar), qui commence par le dénombrement d'Israël ; la paracha Pinhas se trouve dans ce même livre, et c'est là que sont énoncés les moussafin.
קוֹרֵא עַל פֶּה טַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
"Il le lit par cœur" -- la guemara en explique la raison.
⚖️ Rosh (1)
מֵאֶתְמוֹל הִזְמִינוֹ (שָׁם:) מִי שֶׁמּוֹלִיכוֹ לַעֲזָאזֵל. וְעַתָּה בָּא לְעֶזְרָה וּמוֹסְרוֹ לוֹ וַאֲפִילּוּ נִטְמָא וְאִם חָלָה הַשָּׂעִיר שֶׁלֹּא יוּכַל לֵילֵךְ מַרְכִּיבוֹ עַל כְּתֵפָיו וַאֲפִילּוּ אִם הוּא שַׁבָּת. וְכָל אָדָם כָּשֵׁר לָזֶה אֲפִילּוּ זָר. וְהָיוּ עוֹשִׂים לוֹ כֶּבֶשׂ שֶׁהָיָה הוֹלֵךְ עָלָיו לַחוּץ לָעֲזָרָה מִפְּנֵי קַלֵּי רֹאשׁ שֶׁבָּעַם שֶׁהָיוּ תּוֹלְשִׁין בִּשְׂעָרוֹ לוֹמַר טֹול וְצֵא. (דַּף סו:) וּמִיַּקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם הָיוּ מְלַוִּין אוֹתוֹ עַד הַסֻּוכָּה הָרִאשׁוֹנָה. שֶׁעִשֵּׂר סֻוכּוֹת הָיוּ עוֹשִׂין לוֹ בַּדֶּרֶךְ בֵּין כָּל אַחַת וְאַחַת מִיל. (דַּף סז.) וּבְכָל אַחַת יוֹשְׁבִים אֲנָשִׁים לִלְווֹתוֹ מֵאַחַת לַחֲבֶרְתָּהּ. וְעִם שֶׁבְּסֻוכָּה אַחֲרוֹנָה לִווָּהוּ מִיל. הֲרֵי שֶׁהָלַךְ אַחַד עָשָׂר מִיל. וְנִשְׁאֲרוּ שָׁם וְהוּא הָיָה מַרְחִיק עוֹד מִיל עַד שֶׁמַּגִּיעַ לִמְקוֹם הַצּוּק וְהֵם רוֹאִים מַעֲשָׂיו. וּבְכָל סֻוכָּה וְסֻוכָּה אוֹמְרִים לוֹ הֲרֵי מַיִם הֲרֵי מָזוֹן אִם יִצְטָרֵךְ לֶאֱכֹול. וְהָיָה לוֹקֵחַ לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית וְחוֹלֵק אוֹתוֹ חֶצְיוֹ קוֹשֵׁר בַּסֶּלַע לִרְאוֹת כְּשֶׁיַּלְבִּין וְחֶצְיוֹ קוֹשֵׁר בֵּין קַרְנֵי הַשָּׂעִיר וְדוֹחֵהוּ לַאֲחוֹרָיו. וְלֹא הָיָה מַגִּיעַ לַחֲצִי הָהָר עַד שֶׁנַּעֲשֶׂה אֵבָרִים אֵבָרִים שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה חִתּוּךְ וְקָשֶׁה. וְהָאֵבָרִים מֻותָּרִין בַּהֲנָאָה. וְהַמְשַׁלֵּחַ הָיָה מְטַמֵּא בְּגָדִים מִשֶּׁיַּגִּיעַ לַצּוּק וְחָזַר וְיָשַׁב בַּסֻּוכָּה הָאַחֲרוֹנָה עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. וּלְמָחָר הַמְשַׁלֵּחַ יָבֹא לְכֹהֵן גָּדוֹל. (דַּף עא.) אִם מָצְאוּ בַּשּׁוּק יֹאמַר לוֹ כְּדֵי לְכַבְּדוֹ אִישִׁי כ"ג עָשִׂיתִי שְׁלִיחוּתְךָ. אִם מָצְאוּ בַּבַּיִת יֹאמַר מְחַיֶּה חַיִּים עָשִׂיתִי שְׁלִיחוּתְךָ. אַחַ"כּ (דַּף סז:) בָּא כ"ג אֵצֶל פַּר וְשָׂעִיר וְהוֹצִיא אֶת אֵימוּרֵיהֶם וּנְתָנָן בִּכְלִי שָׁרֵת וְהִנִּיחָן עַד בָּא זְמַן הַקְטָרָתָן. וְנָתַן הַפָּר וְהַשָּׂעִיר לְמִי שֶׁמּוֹצִיאָן לִשְׂרֵיפָה חוּץ לִירוּשָׁלַיִם לִצְפוֹנָהּ. וְהָיוּ מְטַמְּאִים בְּגָדִים מִשֶּׁיֵּצְאוּ חוּץ לְחוֹמַת עֲזָרָה. וְהוֹצִיאוּם בְּמַקְלוֹת אַרְבָּעָה אֲנָשִׁים בִּשְׁנֵי מַקְלוֹת. קְלוּעוֹת פַּר וְשָׂעִיר זֶה עַל זֶה שְׁלֵימִים בְּעוֹרָן. וְכָךְ הָיוּ מְנַתְּחִין אוֹתָן בָּעוֹר וְשׂוֹרְפָן. אָמְרוּ לכ"ג הִגִּיעַ הַשָּׂעִיר לַמִּדְבָּר שֶׁלֹּא הָיָה רַשַּׁאי לְהַתְחִיל בְּשׁוּם עֲבוֹדָה עַד הִגִּיעוּ שָׁמָּה. וְהֵיאַךְ הָיוּ יוֹדְעִין. אַנְשֵׁי הַסֻּוכּוֹת הָיוּ מְנִיפִין בְּסוּדָרִים וְהָיוּ רוֹאִין מִסֻּוכָּה לַסֻּוכָּה עַד שֶׁמַּגִּיעַ הַדָּבָר לִירוּשָׁלַיִם. וְאַחַר כָּךְ (דַּף סח:) קוֹרֵא כ"ג בַּתּוֹרָה אִם יִרְצֶה בְּבִגְדֵי בּוּץ שֶׁהוּא לָבוּשׁ וְאִם יִרְצֶה יִקְדַּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וּפוֹשֵׁט וְלוֹבֵשׁ אִיצְטְלִית לָבָן מִשֶּׁלּוֹ וְקוֹרֵא בּוֹ. חַזַּן הַכְּנֶסֶת נוֹטֵל סֵפֶר תּוֹרָה וְנִיתְּנוּ לְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת הַמְמֻונֶּה עַל צָרְכֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת. וְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת נוֹתְנוֹ לַסְּגָן וְהַסְּגָן לְכֹהֵן גָּדוֹל. וְכָל זֶה מִשּׁוּם כְּבוֹד כֹּהֵן גָּדוֹל לְהַרְאוֹת שֶׁיֵּשׁ הַרְבֵּה שְׂרָרוֹת תַּחְתָּיו וְהוּא עַל כֻּולָּם. וְקוֹרֵא אַחֲרֵי מוֹת וְגוֹלֵל אַךְ בֶּעָשׂוֹר וְקוֹרֵא כֵּיוָן שֶׁהַכֹּל עִנְיָן אֶחָד וא"צ לְהַפְסִיק בִּכְדֵי שֶׁיַּפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן יָכוֹל לִגְלֹול. וְגוֹלֵל סֵפֶר תּוֹרָה וּמַנִּיחוֹ בְּחֵיקוֹ וְאוֹמֵר יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁקָּרִיתִי לִפְנֵיכֶם כְּחוֹב כָּאן (דַּף ע.) מִשּׁוּם פָּגְמָה שֶׁל תּוֹרָה שֶׁלֹּא יַחְשְׁבוּ שֶׁהַסֵּפֶר תּוֹרָה חֲסֵרָה פָּרָשָׁה כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לִקְרוֹת עַל פֶּה וּבֶעָשׂוֹר שֶׁבְּחֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים דְּהַייְנוּ קָרְבְּנוֹת הַמּוּסָפִין דְּהַייְנוּ פָּרָשַׁת פִּינְחָס קוֹרֵא עַל פֶּה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לִגְלֹול שָׁם מִפְּנֵי כְּבוֹד צִבּוּר שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַפְסִיק יוֹתֵר מִכְּדֵי שֶׁיְּתַרְגֵּם הַמְתֻורְגְּמָן וְאֵין זֶה כְּבוֹד הַצִּבּוּר שֶׁיַּמְתִּינוּ לוֹ. וְאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְהָבִיא סֵפֶר תּוֹרָה אַחֶרֶת שֶׁתְּהֵא נִגְלֶלֶת מֵאֶתְמוֹל מִפְּנֵי פְּגָמוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן. וְעוֹד שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְבָרֵךְ פַּעַם שֵׁנִית וִיהֵא בְּרָכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה. וּמְבָרֵךְ עָלֶיהָ שְׁמֹונֶה בְּרָכוֹת. עַל הַתּוֹרָה כְּדֶרֶךְ שֶׁאָנוּ מְבָרְכִין תְּחִלָּה וָסוֹף. וְעַל עֲבוֹדָה רָצָה וְחוֹתֵם בָּרוּךְ אַתָּה ה' שֶׁאוֹתְךָ לְבַדְּךָ נַעֲבֹוד. וְעַל הַהוֹדָאָה מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ. וְעַל מְחִילַת עָוֹן מוֹחֵל עֲוֹנֹותֵיכֶם. וְעַל הַמִּקְדָּשׁ בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בַּמִּקְדָּשׁ. וְעַל יִשְׂרָאֵל בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בְּעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל. וְעַל הַכֹּהֲנִים בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַבּוֹחֵר בַּכֹּהֲנִים. וְעַל שְׁאָר הַתְּפִלָּה תְּפִלָּה רִנָּה וּבַקָּשָׁה שֶׁעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין לְהִוָּשַׁע בָּרוּךְ אַתָּה ה' שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה. אִם קוֹרֵא בְּבִגְדֵי בּוּץ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וּפָשַׁט וְטוֹבֵל (וּמְקַדֵּשׁ) וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי זָהָב [וּמְקַדֵּשׁ] לְאֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. וְאִם קָרָא בְּאִיצְטְלִית מִשֶּׁלּוֹ וְנִמְצָא כְּבָר קִדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו בְּפָשְׁטוּ בִּגְדֵי הַבּוּץ וְאֵינוֹ צָרִיךְ עַתָּה אֶלָּא טְבִילָה וְקִידּוּשׁ וְעָשָׂה אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. (דַּף ע. עא.) וְאִיכָּא פְּלֻוגְתָּא טוּבָא בְּסֵדֶר הַקְרָבַת הַמּוּסָפִין הַכְּתוּבִים בְּפָרָשַׁת פִּינְחָס שֶׁהֵם שִׁבְעָה כְּבָשִׂים פַּר לְעוֹלָה וְשָׂעִיר לְחַטָּאת. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר שֶׁמִּיָּד אַחַר אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם הָיָה מַקְטִיר אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר הַפְּנִימִי וְאַחַר כָּךְ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְטוֹבֵל וּמְקַדֵּשׁ וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי לָבָן וּמוֹצִיא כַּף וּמַחְתָּה שֶׁהִנִּיחַ לִפְנַי וְלִפְנִים בְּהִקְטִיר שָׁמָּה הַקְּטֹורֶת. וְאִם יִרְצֶה לַעֲשׂוֹת אֵלּוּ הַבְּגָדִים מִשֶּׁלּוֹ וְשֶׁלֹּא לִיקְחָם מִן הַצִּבּוּר הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ וּבִלְבַד שֶׁיִּמְסְרֵם לַצִּבּוּר. אֲבָל בִּשְׁאָר הָעֲבוֹדוֹת לֹא הָיָה רַשַּׁאי לַעֲשׂוֹת כֵּן. וְאַחַ"כּ מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו [וְטוֹבֵל] וּמְקַדֵּשׁ וְלָבַשׁ בִּגְדֵי זָהָב וְעוֹשֶׂה כָּל הַמּוּסָפִין וְתָמִיד הָעֶרֶב וְהַדְלָקַת הַנֵּרוֹת וְחָבִיתִין כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים. וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר שִׁבְעָה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה הָיוּ קְרֵיבִין עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר. וְשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ מִיָּד שֶׁגָּמַר עֲבוֹדַת הַיּוֹם. אַחַ"כּ אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם. וְאַחַ"כּ הַקְטָרַת אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר בִּטְבִילָה שְׁלִישִׁית. וְאַחַ"כּ הוֹצָאַת הַכַּף וּמַחְתָּה בִּטְבִילָה רְבִיעִית. וְאַחַ"כּ תָּמִיד הָעֶרֶב וּקְטֹרֶת וְנֵרוֹת וְחָבִיתִין כְּסֵדֶר כָּל הַיָּמִים. וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָא שִׁשָּׁה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה הָיוּ קְרֵיבִים עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר וְאֶחָד הַנִּשְׁאָר עִם תָּמִיד הָעֶרֶב. וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר אִיפְּכָא שֶׁהָאֶחָד הָיָה קָרֵב עִם תָּמִיד הַשַּׁחַר וְשִׁשָּׁה כְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה עִם תָּמִיד הָעָרֶב. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פָּסַק כְּרַבִּי עֲקִיבָא וְהַדַּעַת מַכְרַעַת כְּחַד מֵהָנָךְ תַּנָּאֵי דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּר' עֲקִיבָא שֶׁמִּקְצָת הַמּוּסָפִין בַּבֹּוקֶר וּמִקְצָתָן בָּעֶרֶב לְקַיֵּים שְׁתֵּי הַדְּרָשׁוֹת. לְקַייֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר מִלְּבַד עֹולַת הַבֹּקֶר אֲשֶׁר וְגוֹ' אַלְמָא שֶׁמּוּסָפִין קְרֵבִין עִם עוֹלַת הַבֹּוקֶר. וּלְקַייֵּם סִדְרָא דְּמִקְּרָאֵי שֶׁעֲבוֹדָה נֶאֶמְרָה בְּאַחֲרֵי מוֹת קֹודֶם הַמּוּסָפִין שֶׁהֵם בְּפִינְחָס אַלְמָא שֶׁעֲבוֹדַת הַיּוֹם קוֹדֵם הַמּוּסָפִין וְאִיכָּא לְמֵימַר שֶׁגַּם אֵימוּרֵי פַּר וְשָׂעִיר הָיוּ קְרֵיבִין אַחַר הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה כְּדֵי שֶׁנְּמַעֵט הַהַפְסָקָה בֵּין עֲבוֹדַת הַיּוֹם וּבֵין הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה שֶׁהֲרֵי הֵם כְּתוּבִים מִיָּד אַחַר עֲבוֹדַת הַיּוֹם וְהָיָה רָאוּי לַעֲשׂוֹתָן מִיָּד אֶלָּא שֶׁאָנוּ צְרִיכִין לְהַקְדִּים אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם לְקַיֵּים חָמֵשׁ טְבִילוֹת וַעֲשָׂרָה קִידּוּשִׁין דִּגְמִירִי שֶׁצָּרִיךְ לַעֲשׂוֹת בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. הִלְכָּךְ כָּל מַה שֶׁנּוּכַל לְמַעֵט הַהֶפְסֵק עָדִיף טְפֵי. אַחַר כָּל זֶה (דַּף ע.) הָיָה מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי עַצְמוֹ וּמְלַוִּין אוֹתוֹ רָאשֵׁי הָעָם וּגְדוֹלִים עַד בֵּיתוֹ. וְיוֹם טוֹב הָיָה עוֹשֶׂה לְכָל אוֹהֲבָיו כְּשֶׁהָיָה יוֹצֵא בְּשָׁלוֹם. הָרַחֲמָן הוּא יַחֲזִיר עֲבוֹדַת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בִּמְקוֹמָהּ בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ. יִרְאוּ עֵינֵינוּ וְיִשְׂמַח לִבֵּנוּ בְּתוֹרָתוֹ וּבְתוֹרָתוֹ יָאִיר עֵינֵינוּ. וִיבָרֵר כָּל סְפֵקוֹתֵינוּ:
Depuis la veille on avait désigné (ibid.) celui qui conduirait [le bouc] à Azazel. À présent [le cohen gadol] vient à la azara et le lui remet, même s'il est devenu tame (impur). Et si le bouc tombait malade au point de ne plus pouvoir marcher, il le chargeait sur ses épaules -- et cela même un jour de chabbat. Tout homme est apte à cette fonction, même un zar (un non-cohen). On lui amenagait une rampe (kevech) par laquelle il sortait hors de la azara, à cause des gens légers du peuple qui lui arrachaient les poils en disant : prends et sors. (66b) Les notables de Jérusalem l'accompagnaient jusqu'à la première soucca. Car on lui dressait dix souccot sur le chemin, distantes chacune d'un mil. (67a) Dans chacune se tenaient des hommes pour l'accompagner de l'une à la suivante. Et les gens de la dernière soucca l'accompagnaient un mil : il se trouve donc qu'il avait parcouru onze mil. Eux restaient là, tandis que lui s'éloignait encore d'un mil jusqu'à atteindre le lieu du tsouk (la falaise), et ils voyaient ce qu'il faisait. Dans chaque soucca on lui disait : voici de l'eau, voici de la nourriture -- au cas où il aurait besoin de manger. Il prenait un lachon chel zehorit (ruban de laine écarlate) et le partageait : il en attachait la moitié au rocher, pour voir quand il blanchirait, et l'autre moitié entre les cornes du bouc, puis il le poussait à la renverse. Le bouc n'atteignait pas la moitié de la pente qu'il était déjà rompu membre par membre -- car il faut que [le rocher] soit à pic et dur. Et ces membres sont permis à la jouissance (hanaa). Celui qui l'envoyait rendait ses vêtements impurs dès lors qu'il atteignait le tsouk ; il revenait ensuite s'asseoir dans la dernière soucca jusqu'à la tombée de la nuit. Et le lendemain, celui qui l'a envoyé vient chez le cohen gadol. (71a) S'il le rencontre au marché, il lui dit, pour l'honorer : mon maître le cohen gadol, j'ai accompli ta mission. S'il le rencontre à la maison, il dit : [béni soit] Celui qui fait vivre les vivants -- j'ai accompli ta mission. Ensuite (67b) le cohen gadol vient auprès du taureau et du bouc, en retire les emourim (les parts destinées à l'autel), les dépose dans un kli charet (ustensile consacré) et les laisse jusqu'à l'heure de leur combustion. Puis il remet le taureau et le bouc à ceux qui les emportent pour la combustion hors de Jérusalem, au nord. Et ceux-là rendaient leurs vêtements impurs dès lors qu'ils sortaient hors du mur de la azara. On les emportait au moyen de perches : quatre hommes avec deux perches entrelacées, le taureau et le bouc l'un sur l'autre, entiers, dans leur peau. Et c'est ainsi qu'on les découpait avec leur peau et qu'on les brûlait. On disait au cohen gadol : le bouc est arrivé au désert -- car il n'avait le droit de commencer aucun service avant qu'il y soit parvenu. Et comment le savait-on ? Les hommes des souccot agitaient des foulards, et l'on voyait de soucca en soucca jusqu'à ce que la nouvelle parvienne à Jérusalem. Et ensuite (68b) le cohen gadol lit dans la Tora : s'il le veut, dans les vêtements de boutz qu'il porte ; et s'il le veut, il sanctifie ses mains et ses pieds, se dévêt, revêt une istelit blanche lui appartenant et lit avec elle. Le hazan de la synagogue prend le sefer Tora et le donne au roch ha-knesset, celui qui est préposé aux besoins de la synagogue ; le roch ha-knesset le donne au segan, et le segan au cohen gadol. Et tout cela pour l'honneur du cohen gadol, afin de montrer qu'il y a de nombreux dignitaires en dessous de lui et qu'il est au-dessus de tous. Il lit Aharei mot, enroule [jusqu'à] Akh be-assor et lit -- puisque le tout relève d'un seul et même sujet et qu'il n'est pas nécessaire de marquer une interruption de la durée que met le targoumane à traduire, il peut enrouler. Il enroule le sefer Tora, le place contre sa poitrine et dit : plus que ce que j'ai lu devant vous est écrit ici -- (70a) à cause du pegam (de l'atteinte à l'honneur) de la Tora, pour qu'on ne pense pas que le sefer Tora est amputé d'une paracha, puisqu'il doit lire par cœur. Et "Ou-ve-assor" qui est dans le Houmach ha-Pekoudim -- c'est-à-dire les korbanot des moussafin, soit la paracha Pinhas -- il le lit par cœur, car il lui est impossible d'y enrouler [le rouleau] par égard pour l'honneur du public : il faudrait interrompre plus longtemps que le temps que met le metourguemane à traduire, et ce n'est pas un honneur pour le public que de le faire attendre. Il ne peut pas non plus apporter un second sefer Tora qui aurait été enroulé depuis la veille, à cause du pegam du premier ; et de plus il lui faudrait alors bénir une seconde fois, ce qui serait une berakha inutile. Et il récite sur elle huit berakhot. Sur la Tora, à la manière dont nous bénissons avant et après. Sur la avoda -- Retse, et il conclut : béni sois-Tu Hachem, [Toi] que seul nous servons. Sur la hodaa -- Modim anahnou lakh. Sur le pardon de la faute -- [Celui] qui pardonne vos fautes. Sur le Mikdach -- béni sois-Tu Hachem qui a choisi le Mikdach. Sur Israël -- béni sois-Tu Hachem qui a choisi Son peuple Israël. Sur les cohanim -- béni sois-Tu Hachem qui a choisi les cohanim. Et sur le reste de la prière -- prière, chant et supplication, car Ton peuple Israël a besoin d'être sauvé : béni sois-Tu Hachem qui entend la prière. S'il lit dans les vêtements de boutz, il sanctifie ses mains et ses pieds, se dévêt, s'immerge (et sanctifie), revêt les vêtements d'or [et sanctifie] pour son bélier et le bélier du peuple. Et s'il a lu dans une istelit lui appartenant, il se trouve qu'il a déjà sanctifié ses mains et ses pieds en ôtant les vêtements de boutz : il n'a plus besoin maintenant que d'une immersion et d'une sanctification, puis il accomplit son bélier et le bélier du peuple. (70a, 71a) Il y a de nombreuses divergences sur l'ordre d'offrande des moussafin écrits dans la paracha Pinhas, à savoir sept agneaux, un taureau en ola et un bouc en hatat. Rabbi Eliezer tient qu'aussitôt après son bélier et le bélier du peuple, il faisait fumer les emourim du taureau et du bouc intérieurs ; ensuite il sanctifie ses mains et ses pieds, s'immerge, sanctifie, revêt les vêtements blancs et fait sortir la kaf (coupe) et la mahta (encensoir) qu'il avait laissées dans le lifnai ve-lifnim (le Saint des Saints) lorsqu'il y avait fait fumer l'encens. Et s'il veut faire faire ces vêtements-là à ses frais et ne pas les prendre du public, il en a le droit, à condition de les remettre au public ; mais pour les autres services il ne lui était pas permis d'agir ainsi. Et ensuite il sanctifie ses mains et ses pieds, [s'immerge], sanctifie, revêt les vêtements d'or et accomplit tous les moussafin, le tamid du soir, l'allumage des lampes et les havitin, selon l'ordre de tous les jours. Et Rabbi Akiva tient que les sept agneaux et le taureau de la ola étaient offerts avec le tamid du matin ; et le bouc offert au-dehors, aussitôt achevée la avoda du jour ; ensuite son bélier et le bélier du peuple ; ensuite la combustion des emourim du taureau et du bouc, lors de la troisième immersion ; ensuite la sortie de la kaf et de la mahta, lors de la quatrième immersion ; ensuite le tamid du soir, l'encens, les lampes et les havitin, selon l'ordre de tous les jours. Et il en est qui disent au nom de Rabbi Akiva que six agneaux et le taureau de la ola étaient offerts avec le tamid du matin, et le dernier restant avec le tamid du soir. Et il en est qui disent l'inverse : un seul était offert avec le tamid du matin, et six agneaux et le taureau de la ola avec le tamid du soir. Le Rambam, de mémoire bénie, a tranché comme Rabbi Akiva ; et la raison penche pour l'un de ces tanaim qui parlent au nom de Rabbi Akiva, à savoir qu'une partie des moussafin se fait le matin et une partie le soir, afin de satisfaire aux deux derachot : satisfaire à ce qui est dit "outre la ola du matin qui, etc." -- d'où il ressort que les moussafin sont offerts avec la ola du matin ; et satisfaire à l'ordre des versets, puisque la avoda est énoncée dans Aharei mot avant les moussafin qui sont dans Pinhas -- d'où il ressort que la avoda du jour précède les moussafin. Et l'on peut dire aussi que les emourim du taureau et du bouc étaient offerts après la sortie de la kaf et de la mahta, afin de réduire l'interruption entre la avoda du jour et la sortie de la kaf et de la mahta : celles-ci en effet sont écrites immédiatement après la avoda du jour, et il aurait convenu de les accomplir aussitôt -- sauf que nous devons faire passer avant son bélier et le bélier du peuple, pour réaliser les cinq immersions et les dix sanctifications que la tradition impose d'accomplir à Yom Kippour. Dès lors, tout ce que nous pouvons retrancher à cette interruption est préférable. Après tout cela (70a), il sanctifiait ses mains et ses pieds, revêtait ses propres vêtements, et les chefs du peuple et les notables l'accompagnaient jusqu'à sa maison. Et il faisait un jour de fête pour tous ceux qui l'aimaient, lorsqu'il était sorti en paix. Que le Miséricordieux rétablisse le service du Beit ha-Mikdach en son lieu, promptement et de nos jours. Que nos yeux voient et que notre cœur se réjouisse dans Sa Tora ; qu'Il illumine nos yeux par Sa Tora et dissipe tous nos doutes.
💡 Explication

La michna décrit une chaîne de transmission à quatre degrés : hazan, roch ha-knesset, segan, cohen gadol. Le Roch, dans son seder, en donne la raison : tout cela relève du kevod cohen gadol -- montrer combien de dignitaires se trouvent sous lui, et qu'il les domine tous.

Puis viennent trois passages. Aharei mot (Vayikra 16) et Akh be-assor (Vayikra 23,26) sont lus dans le rouleau : ils appartiennent au même livre et l'intervalle est court, de sorte qu'on peut enrouler jusque-là sans faire attendre l'assemblée. Mais Ou-ve-assor (Bamidbar 29,7, dans Pinhas) se trouve dans un autre livre : le dérouler prendrait trop de temps. Il est donc récité par cœur.

D'où la déclaration : yoter mi-ma che-karati lifneikhem katouv kan. Le Roch en explique le motif (70a) : éviter le pegam -- l'atteinte à l'honneur de la Tora -- pour qu'on ne soupçonne pas le rouleau d'être amputé d'une paracha.

14
וּמְבָרֵךְ עָלֶיהָ שְׁמֹונֶה בְּרָכוֹת: עַל הַתּוֹרָה, וְעַל הָעֲבוֹדָה, וְעַל הַהוֹדָאָה, וְעַל מְחִילַת הֶעָוֹן, וְעַל הַמִּקְדָּשׁ בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְעַל יִשְׂרָאֵל בִּפְנֵי עַצְמָן, וְעַל יְרוּשָׁלַיִם בִּפְנֵי עַצְמָהּ, וְעַל הַכֹּהֲנִים בִּפְנֵי עַצְמָן, וְעַל שְׁאָר הַתְּפִלָּה.

Et il récite sur elle huit berakhot : sur la Tora, sur la avoda, sur la hodaa (l'action de grâce), sur le pardon de la faute, sur le Mikdach à part, sur Israël à part, sur Jérusalem à part, sur les cohanim à part, et sur le reste de la prière.

📜 Rachi (7)
עַל הַתּוֹרָה בְּרָכָה שֶׁל אַחֲרֶיהָ אֲשֶׁר נָתַן לָנוּ וְכוּ':
"Sur la Tora" -- la berakha qui suit [la lecture] : "qui nous a donné", etc.
וְעַל הָעֲבוֹדָה רְצֵה בְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל וְתִרְצֶה הָעֲבוֹדָה בִּדְבִיר בֵּיתֶךָ וְכוּ' שֶׁאוֹתְךָ לְבַדְּךָ בְּיִרְאָה נַעֲבֹוד:
"Et sur la avoda" -- Retse be-amekha Israël, et agrée le service dans le devir de Ta maison, etc., [jusqu'à] que Toi seul nous servions avec crainte.
וְעַל הַהוֹדָאָה מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ עַד הַטּוֹב לָךְ לְהוֹדוֹת עַל הָעֲבוֹדָה מְבָרֵךְ בִּשְׁבִיל הָעֲבוֹדָה שֶׁעָבַד וְהוֹדָאָה סְמוּכָה לַעֲבוֹדָה דִּכְתִיב זוֹבֵחַ תּוֹדָה יְכַבְּדָנְנִי (תְּהִילִּים נ׳:כ״ג) אַחַר עֲבוֹדָה תּוֹדָה וְהִיא הוֹדָאָה:
"Et sur la hodaa" -- Modim anahnou lakh, jusqu'à : il est bon de Te rendre grâce. Sur la avoda il bénit en raison du service qu'il a accompli ; et la hodaa est adjointe à la avoda, ainsi qu'il est écrit : "celui qui sacrifie une toda M honore" (Tehilim 50,23) -- après la avoda, la toda, c'est-à-dire la hodaa.
עַל מְחִילַת הֶעָוֹן מָחוּל לַעֲוֹנֹותֵינוּ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים הַזֶּה וְכוּ' עַד מֶלֶךְ מוֹחֵל וְסוֹלֵחַ לַעֲוֹנֹותֵינוּ וְכוּ':
"Sur le pardon de la faute" -- pardonne nos fautes en ce jour de Kippour, etc., jusqu'à : Roi qui pardonne et absout nos fautes, etc.
עַל הַמִּקְדָּשׁ מִתְפַּלֵּל עַל הַמִּקְדָּשׁ וְחוֹתֵם בָּרוּךְ שֶׁבָּחַר בַּמִּקְדָּשׁ:
"Sur le Mikdach" -- il prie pour le Mikdach et conclut : béni [sois-Tu] qui a choisi le Mikdach.
וְעַל הַכֹּהֲנִים מִתְפַּלֵּל עַל הַכֹּהֲנִים וְחוֹתֵם בָּרוּךְ שֶׁבָּחַר בְּזַרְעוֹ שֶׁל אַהֲרֹן וְכֵן עַל יִשְׂרָאֵל:
"Et sur les cohanim" -- il prie pour les cohanim et conclut : béni [sois-Tu] qui a choisi la descendance d'Aharon ; et de même pour Israël.
וְעַל שְׁאָר הַתְּפִלָּה מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
"Et sur le reste de la prière" -- la guemara l'explique.
💡 Explication

La michna énonce huit berakhot -- et en énumère neuf. La difficulté est classique et les richonim la résolvent en ne comptant pas l'un des items comme une berakha distincte. On observera ici un fait vérifiable à la lecture même du daf : dans son seder reproduit au segment précédent, le Roch énumère exactement huit items et omet Jérusalem -- Tora, avoda, hodaa, pardon de la faute, Mikdach, Israël, cohanim, reste de la prière.

Rachi fournit l'incipit de chacune. Il justifie aussi l'ordre de deux d'entre elles : la hodaa suit la avoda parce que le verset dit zoveah toda yekhabdaneni (Tehilim 50,23) -- après le sacrifice, la reconnaissance.

15
הָרוֹאֶה כֹּהֵן גָּדוֹל כְּשֶׁהוּא קוֹרֵא — אֵינוֹ רוֹאֶה פַּר וְשָׂעִיר הַנִּשְׂרָפִין, וְהָרוֹאֶה פַּר וְשָׂעִיר הַנִּשְׂרָפִין — אֵינוֹ רוֹאֶה כֹּהֵן גָּדוֹל כְּשֶׁהוּא קוֹרֵא. וְלֹא מִפְּנֵי שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי, אֶלָּא שֶׁהָיְתָה דֶּרֶךְ רְחוֹקָה, וּמְלֶאכֶת שְׁנֵיהֶן שָׁוָה כְּאַחַת.

Celui qui voit le cohen gadol pendant qu'il lit ne voit pas le taureau et le bouc que l'on brûle ; et celui qui voit le taureau et le bouc que l'on brûle ne voit pas le cohen gadol pendant qu'il lit. Non pas qu'il n'en ait pas le droit, mais parce que le chemin était long, et que les deux opérations se font en même temps.

💡 Explication

Remarque de la michna sur la simultanéité des deux scènes. Elle prend soin d'écarter une interprétation halakhique : ce n'est pas un interdit -- lo mipnei che-eino rachai. La raison est purement matérielle : la distance. La lecture a lieu près de la azara, la combustion hors des trois camps, au nord de Jérusalem ; et les deux se déroulent au même moment.

La précision a son intérêt : elle confirme le calendrier établi aux segments précédents -- dès que le bouc a atteint le désert, le cohen gadol peut commencer sa lecture, tandis que le taureau et le bouc partent au beit ha-serefa.

16
גְּמָ׳ מִדְּקָתָנֵי בְּאִצְטְלִית לָבָן מִשֶּׁלּוֹ, מִכְּלָל דִּקְרִיאָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא.

GUEMARA. Du fait qu'il est enseigné "dans une istelit blanche lui appartenant", on déduit que la lecture n'est pas une avoda.

💡 Explication

La guemara ouvre le chapitre par une inférence tirée du détail vestimentaire. Si le cohen gadol peut lire dans une tunique lui appartenant, donc profane, c'est que la lecture n'exige pas les vêtements sacerdotaux -- et donc qu'elle n'est pas une avoda au sens strict.

Le raisonnement s'appuie sur une règle bien établie : un service accompli sans les bigdei kehouna est passoul (invalide). Puisque la michna l'autorise ici, c'est que nous ne sommes pas dans le registre de la avoda.

17
וְקָתָנֵי: אִם רָצָה לִקְרוֹת בְּבִגְדֵי בוּץ — קוֹרֵא, שָׁמְעַת מִינָּהּ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה נִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן! דִּילְמָא שָׁאנֵי קְרִיאָה דְּצֹורֶךְ עֲבוֹדָה הִיא.

Et il est enseigné : "s il veut lire dans les vêtements de boutz, il lit" -- apprends-en que les vêtements de kehouna ont été donnés pour qu'on en tire jouissance ! -- Peut-être la lecture est-elle différente, car elle est un besoin de la avoda.

📜 Rachi (1)
גְּמ' נְתָנוֹ לֵיהָנוֹת נָתַן רְשׁוּת לֵיהָנוֹת בָּהֶן בְּלֹא שְׁעַת עֲבוֹדָה:
GUEMARA. "Ont été donnés pour qu'on en tire jouissance" -- l'autorisation a été donnée d'en tirer jouissance en dehors du temps du service.
💡 Explication

La guemara combine les deux moitiés de la michna pour en faire une preuve. D'un côté, la lecture n'est pas une avoda (segment précédent). De l'autre, le cohen gadol peut la faire en bigdei boutz. Il porte donc les vêtements consacrés pour un acte qui n'est pas un service : c'est bien qu'on peut en tirer hanaa (jouissance, profit personnel) -- et une vieille question serait tranchée.

Le rejet est immédiat : dilma, peut-être. La lecture n'est pas une avoda, mais elle est tsorekh avoda -- un besoin du service. Cette catégorie intermédiaire suffit à justifier le port des vêtements sans rien concéder sur la jouissance personnelle. C'est le mouvement qui va se répéter trois fois jusqu'à la fin de l'amud.

🖼️ Schéma
Bigdei kehouna nitnou lehanot bahen ? Trois tentatives, trois rejets Peut-on tirer un profit personnel des vêtements sacerdotaux hors du service ? Iba-ya lan -- question non tranchée Preuve 1 -- la lecture La michna autorise à lire en boutz. Or la lecture n'est pas une avoda -- puisqu'une tunique profane conviendrait aussi. Donc : on peut en jouir ! Preuve 2 -- manger On enseigne : ils ne dormaient pas en vêtements de sainte. Dormir, non -- mais manger, ils mangeaient bien. Donc : on peut en jouir ! Preuve 3 -- marcher Même michna, autre déduction : dormir, non -- mais marcher, ils marchaient bien, hors de tout service. Donc : on peut en jouir ! Rejet : dilma La lecture est tsorekh avoda -- un besoin du service, même si elle n'en est pas un. Rejet : dilma Manger les kodachim est aussi un besoin du service : les cohanim mangent, les propriétaires expient. Rejet : be-din hou En stricte logique, marcher non plus n'aurait pas dû être permis -- la suite est en 69a. Structure répétée : chaque preuve repose sur une inférence à contrario, et chaque rejet requalifie l'acte en tsorekh avoda.
Trois preuves bâtie sur la même inférence à contrario, trois rejets qui requalifient l'acte en besoin du service.
18
דְּאִיבַּעְיָא לָן: בִּגְדֵי כְּהֻונָּה נִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן, אוֹ לֹא נִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן.

Car la question nous a été posée : les vêtements de kehouna ont-ils été donnés pour qu'on en tire jouissance, ou n'ont-ils pas été donnés pour qu'on en tire jouissance ?

💡 Explication

La guemara formule explicitement la iba-ya, la question restée ouverte, dont la michna semblait offrir la solution. L'enjeu est le statut des bigdei kehouna hors du temps du service : sont-ils comme un objet consacré dont tout usage profane constituerait un détournement, ou l'autorisation de les porter s'étend-elle à l'usage ordinaire ?

La formulation nitnou lehanot bahen -- ont-ils été donnés -- indique la nature de la réponse cherchée : non pas une permission de fait, mais une clause du don initial.

19
תָּא שְׁמַע: לֹא הָיוּ יְשֵׁנִים בְּבִגְדֵי קֹודֶשׁ. שֵׁינָה הוּא דְּלָא, הָא מִיכַל — אָכְלִי! דִּילְמָא שָׁאנֵי אֲכִילָה דְּצֹורֶךְ עֲבוֹדָה הִיא, כִּדְתַנְיָא: ״וְאָכְלוּ אֹותָם אֲשֶׁר כֻּופַּר בָּהֶם״ — מְלַמֵּד שֶׁהַכֹּהֲנִים אוֹכְלִים וּבְעָלִים מִתְכַּפְּרִין.

Viens et entends : "ils ne dormaient pas dans les vêtements de sainteté". C'est dormir qui est interdit -- mais manger, ils mangeaient bien ! -- Peut-être manger est-il différent, car c'est un besoin de la avoda, ainsi qu'il a été enseigné : "et ils mangeront ces choses par lesquelles l'expiation a été faite" -- cela enseigne que les cohanim mangent et que les propriétaires obtiennent l'expiation.

📜 Rachi (1)
שֵׁינָה הוּא דְּלָא שֶׁמָּא יָפִיחַ:
"C est dormir qui est interdit" -- de peur qu'il ne laisse échapper un vent.
💡 Explication

Deuxième tentative, sur le même modèle. Une michna enseigne que les cohanim ne dormaient pas en vêtements de sainteté -- Rachi en donne la raison : de peur qu'ils ne laissent échapper un vent. De cette formulation restrictive on infère à contrario que manger, en revanche, était permis. Or manger n'est pas un service : preuve qu'on peut tirer jouissance des vêtements.

Même rejet, même catégorie : dilma, manger est aussi tsorekh avoda. Et cette fois la guemara le démontre par un verset (Chemot 29,33) : ve-akhelou otam acher koupar bahem -- la consommation des kodachim par les cohanim n'est pas un simple repas, elle participe de l'expiation des propriétaires. C'est donc bien un prolongement du service.

20
שֵׁינָה הוּא דְּלָא, הָא הַלּוּכֵּי — מְהַלְּכֵי! בְּדִין הוּא דְּהַלּוֹכֵי נָמֵי לָא,

C'est dormir qui est interdit -- mais marcher, ils marchaient bien ! -- En stricte logique, marcher non plus [n'aurait pas dû être permis],

💡 Explication

Troisième tentative, tirée de la même michna mais avec un autre terme de comparaison. Si l'interdit ne vise que le sommeil, alors marcher en vêtements de sainteté, hors de tout service, était permis -- et voilà de nouveau une jouissance sans avoda.

Le rejet s'amorce ici sur un registre différent des deux précédents : non plus dilma mais be-din hou de-halokhei nami lo -- en stricte logique, marcher non plus n'aurait pas dû être permis. Autrement dit, la michna n'a pas dressé une liste exhaustive : si elle n'a mentionné que le sommeil, c'est pour une raison particulière, non parce que le reste serait autorisé.

L'amud s'interrompt exactement sur cette amorce. La suite de la réponse, et le sort final de la question, se lisent au début de 69a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).