Yoma 69a -- Les bigdei kehouna ont-ils été donnés pour qu'on en tire profit ? Kilayim, Chimon HaTsaddik et la chaîne du sefer Tora

Yoma 69a

Sougya : Ce amud clôt une question restée ouverte depuis 68b : les vêtements sacerdotaux ont-ils été donnés pour qu'on en tire une jouissance personnelle ? La guemara part de la michna de Tamid qui autorise les cohanim à plier leurs vêtements et à les poser tahat racheihen -- sous leur tête.

Rav Papa désamorce la preuve en corrigeant la lecture : keneged racheihen, à côté de leur tête. La discussion bascule alors sur un tout autre terrain, celui du kilayim, puisque l'avnet est selon un avis tissé de laine et de lin : quatre échappatoires sont testées -- l'avis qui rend l'avnet entièrement de lin, la permission de la hatsaa, la limite du décret rabbinique, l'interposition d'une séparation -- et toutes sont fermées, la dernière par la tradition de la sainte communauté de Jérusalem selon laquelle dix matelas empilés ne changent rien.

Rav Achi sauve pourtant la lecture littérale : les bigdei kehouna sont kachin, raides, ils ne réchauffent pas, et ce que la Tora vise dans le kilayim est le bénéfice de chaleur -- la Tossefot opposera ici Rachi et Rabbenou Tam sur la portée exacte de cette permission. La question de fond est finalement tranchée par une baraita explicite : dans le Temple, pendant le service comme en dehors, le port est permis, mipnei che-bigdei kehouna nitnou lehanot bahen ; en médina il est interdit.

Ce dernier point se heurte au récit du 25 Tevet, jour du mont Guerizim, où Chimon HaTsaddik sort revêtu des bigdei kehouna à la rencontre d'Alexandre de Macédoine, qui se prosterne devant lui et lui livre les Koutim : deux réponses sont données, des vêtements seulement aptes, ou bien et laasot la-Chem heferou toratekha. Le amud se referme sur la michna du chapitre : la chaîne par laquelle le sefer Tora parvient au cohen gadol prouve-t-elle qu'on honore un disciple devant son maître ?

Abaye répond que toute la chaîne ne sert que l'honneur du cohen gadol -- et une dernière difficulté, sur le fait qu'il était assis, ouvre 69b.

Yoma 69a : le fil du daf Une question de fond -- peut-on jouir des bigdei kehouna ? -- tranchée par un détour sur le kilayim, puis par un récit A -- Seg 0 à 1 : sous la tête ou à côté de la tête ? La michna de Tamid dit que les cohanim plient leurs vêtements et les posent tahat racheihen (sous leur tête). Si on les prend comme oreiller, la preuve est faite : on peut en tirer profit. Rav Papa corrige : lire keneged racheihen -- à côté. Rav Mecharchia en tire au passage une halakha pratique : poser ses téfilines à côté de soi pour dormir est admis. B -- Seg 2 à 5 : le levier du kilayim ferme quatre portes Parmi les vêtements il y a l'avnet (ceinture), tissée de laine et de lin : même si la jouissance était permise, le kilayim, lui, reste interdit. Quatre échappatoires testées : avnet sans kilayim -- hatsaa permise -- décret non applique -- séparation intercalée. Toutes fermées. Conclusion provisoire : la michna dit bien keneged racheihen, et elle ne prouve donc rien sur la jouissance. C -- Seg 6 : Rav Achi sauve la lecture littérale On peut maintenir tahat racheihen : les bigdei kehouna sont kachin (raides). Un tissu raide ne réchauffe pas. Appui : le feutre raide de Neresh, permis selon Rav Houna fils de Rabbi Yehochoua. Note : Rachi et Rabbenou Tam divergent sur la portée exacte de cette permission -- voir la Tossefot du segment 6. D -- Seg 7 : la baraita explicite tranche Sortir en bigdei kehouna en médina (hors du Temple) est interdit ; dans le Temple, service ou non, c'est permis. Et la raison est donnée mot pour mot : mipnei che-bigdei kehouna nitnou lehanot bahen. La question de fond est réglée. Chema mina : oui, les vêtements sacerdotaux ont été donnés pour qu'on en tire profit. E -- Seg 8 à 13 : une objection venue de Meguilat Taanit Le 25 Tevet, jour du mont Guerizim : Chimon HaTsaddik sort à la rencontre d'Alexandre revêtu des bigdei kehouna. Donc on sort bien en médina avec eux ? Deux réponses : c'étaient des vêtements seulement aptes, non consacrés ; ou bien il y avait lieu d'appliquer et laasot la-Chem heferou toratekha -- l'heure d'agir pour Dieu. F -- Seg 14 à 15 : retour à la michna, la chaîne du sefer Tora Le rouleau passe de main en main jusqu'au cohen gadol : preuve qu'on honore un disciple devant son maître ? Abaye : non -- toute la chaîne n'existe que pour l'honneur du cohen gadol, qui la reçoit en dernier. Puis la michna dit qu'il se lève : donc il était assis -- et une autre michna semble l'interdire. Suite en 69b.
Le fil du daf en six étapes : de la lecture de la michna de Tamid a la chaîne du sefer Tora.
Les trois manières de rencontrer un kilayim Le daf ne tient que si l'on distingue ces trois régimes -- c'est le cœur du raisonnement des segments 2 à 6 LEVIHA porter le vêtement Statut : interdit par la Tora Verset : lo yaale alekha (Vayikra 19, 19) Raison : hanaat himoum -- le bénéfice de la chaleur. Tissu raide (kachin) ? Rachi : permis, il ne chauffe pas. Rabbenou Tam : interdit quand même -- c'est de-oraita. HAALAA poser le tissu sur soi Statut : interdit par la Tora Assimilé à la leviha dès lors qu'il y a bénéfice de chaleur. Interdit même si la chair ne touche pas le tissu : on ne pose pas une mardaat sur son épaule. Tissu raide (kachin) ? Même partage Rachi / Rabbenou Tam que pour la leviha. HATSAA étendre le tissu sous soi Statut : permis par la Tora aval ata moutar lehatsio tahtekha -- mais... Interdit par les Sages chema tikarekh nima ahat -- de peur qu'un fil s'enroule. Tissu raide (kachin) ? Rabbenou Tam : permis -- le décret rabbinique ne l'atteint pas. La règle de la sainte communauté de Jérusalem (segment 5) : le décret ne souffre pas de contournement Dix matelas empilés l'un sur l'autre, le kilayim tout en dessous : il est encore interdit d'y dormir. Les Sages ont décrété uniformément, sans vérifier si le fil peut réellement atteindre la chair dans ce cas précis. C'est cette règle qui interdit au cohen d'intercaler quelque chose entre sa tête et l'avnet.
Leviha, haalaa, hatsaa : les trois régimes du kilayim, sans lesquels les segments 2 à 6 sont illisibles.
Le 25 Tevet : Chimon HaTsaddik et Alexandre de Macédoine Le récit de Meguilat Taanit, cité parce qu'il montre un cohen gadol en bigdei kehouna hors du Temple 1 -- La dénonciation Les Koutim (Samaritains) demandent à Alexandre la Maison de notre Dieu pour la détruire. Il la leur accorde. On vient prévenir Chimon HaTsaddik. 2 -- La marche de nuit Chimon revêt les bigdei kehouna et s'en enveloppe ; les notables d'Israël l'accompagnent, torches en main. Les deux camps avancent jusqu'à l'aube. 3 -- La rencontre à Antipatris Le soleil se lève, les camps se croisent. Alexandre descend de son char et se prosterne devant Chimon. Son visage me précède à la guerre. 4 -- L'explication Pourquoi êtes-vous venus ? Pour la Maison où l'on prie pour toi et pour ton royaume -- et on veut la détruire. Alexandre : ils vous sont livrés. 5 -- Le mont Guerizim Les Koutim sont traînés jusqu'au mont ; leur sanctuaire est labouré et semé de kirchinin (vesces). Mesure pour mesure : ce qu'ils voulaient faire. 6 -- La question halakhique Il est donc sorti en médina avec eux ? Réponse 1 : vêtements seulement aptes. Réponse 2 : et laasot la-Chem. L'urgence permet de suspendre la règle. Le 25 Tevet fut institué jour de fête : on n'y prononce pas d'oraison funèbre
Le récit du 25 Tevet et la raison pour laquelle la guemara le convoque ici.
1
וְסֵיפָא אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ: פּוֹשְׁטִין וּמְקַפְּלִין וּמַנִּיחִין תַּחַת רָאשֵׁיהֶם.

Et c'est pour la sefa (fin) de cette michna que cela lui était nécessaire : ils enlèvent [leurs vêtements sacerdotaux], les plient et les posent sous leur tête.

📜 Rachi (1)
וְסֵיפָא אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ שִׁינָּה דִּנְקַט מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁמֻּותָּר לִיתְּנָן תַּחַת רָאשֵׁיהֶן וְתוּ לָא אִיכְפַּת לָן אִם יָפִיחַ מֵאַחַר שֶׁפּוֹשְׁטָן:
Le sommeil qu'elle mentionne, c'est parce qu'elle veut nous apprendre qu'il est permis de les poser sous leur tête ; et au-delà cela ne nous importe plus s'il vient à lâcher un vent, puisqu'il les a déjà ôtés.
💡 Explication

Nous sommes dans la suite immédiate de 68b. La guemara vient d'objecter qu'une michna de Tamid interdit de dormir en bigdei kehouna (vêtements sacerdotaux) ; on répond ici que cet enseignement n'a pas été formulé pour lui-même, mais parce qu'il était nécessaire pour la sefa, la clause finale de cette michna.

Rachi explique le mécanisme : si la michna prend la peine de mentionner le sommeil, c'est parce qu'elle veut en venir à ce qui suit -- il est permis de plier les vêtements et de les mettre sous sa tête. Une fois qu'on les a ôtés, on ne se soucie plus de la crainte habituelle (lâcher un vent en les portant).

2
פּוֹשְׁטִין וּמְקַפְּלִין וּמַנִּיחִין אוֹתָן תַּחַת רָאשֵׁיהֶן, שָׁמְעַת מִינָּהּ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה נִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן! אָמַר רַב פָּפָּא: לָא תֵּימָא תַּחַת רָאשֵׁיהֶן, אֶלָּא אֵימָא כְּנֶגֶד רָאשֵׁיהֶן. אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: שָׁמְעַתְּ מִינַּהּ תְּפִילִּין מִן הַצַּד שַׁפִּיר דָּמֵי.

Ils enlèvent, plient et les posent sous leur tête : apprends-en donc que les vêtements sacerdotaux ont été donnés pour qu'on en tire profit ! Rav Papa a dit : ne dis pas sous leur tête, mais dis plutôt à côté de leur tête.

Rav Mecharchia a dit : apprends-en que [poser] les téfilines sur le côté est parfaitement admis.

📜 Rachi (3)
כְּנֶגֶד רָאשֵׁיהֶן אֵצֶל רָאשֵׁיהֶן:
À côté de leur tête.
שְׁמַע מִינֵּיהּ מִדְּמֻותָּר לְהַנִּיחָן אֶצְלוֹ לָא חָיֵישׁ לְשֶׁמָּא יָפִיחַ:
Du fait qu'il est permis de les poser auprès de soi, on voit qu'on ne craint pas qu'il lâche un vent.
תְּפִילִּין מִן הַצַּד לְהַנִּיחָן אֶצְלוֹ כְּשֶׁהוּא יָשֵׁן:
Les poser auprès de soi lorsqu'il dort.
🗂️ Tossefot (1)
בָּא לוֹ. תְּפִילִּין מִן הַצַּד שַׁרְיָין פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וְלָא חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא ייִשַׁן בָּהֶן וְיָפִיחַ אֲבָל בפ"ק דְּתָמִיד (דַּף כז.) מְפָרֵשׁ טַעְמָא אַחֲרִינָא דְּלָא חָיְישִׁינַן דִּילְמָא מִגַּנְדַּר וְנָפֵל עֲלַיְיהוּ וְאִיכָּא בִּזְיוֹן תְּפִילִּין:
Rachi explique : et nous ne craignons pas qu'il s'endorme avec eux et lâche un vent. Mais au premier chapitre de Tamid (27a) une autre raison est donnée : nous ne craignons pas qu'il roule sur eux en dormant, ce qui constituerait un bizayon (mépris) des téfilines.
💡 Explication

La question de fond, ouverte depuis 68b, est celle-ci : bigdei kehouna nitnou lehanot bahen -- les vêtements sacerdotaux ont-ils été donnés pour qu'on en tire une jouissance personnelle, ou seulement pour le service ? Si les cohanim en font un oreiller, la preuve semble faite.

Rav Papa désamorce la preuve par une correction de lecture : tahat racheihen (sous leur tête) doit se comprendre keneged racheihen (à côté de leur tête). On les pose auprès de soi pour les surveiller, on ne dort pas dessus.

Rav Mecharchia récolte au passage un bénéfice halakhique : puisque la michna autorise à garder près de soi des objets sacrés pendant le sommeil, on n'a pas à craindre le pire -- et donc poser ses téfilines à côté de sa tête en dormant est admis.

3
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא דִּכְנֶגֶד רָאשֵׁיהֶן, דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ תַּחַת רָאשֵׁיהֶן, וְתִיפּוֹק לִי מִשּׁוּם כִּלְאַיִם — דְּהָא אִיכָּא אַבְנֵט. וּנְהִי נָמֵי דְּנִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן — הָא מִתְהֲנֵי מִכִּלְאַיִם!

Il est effectivement logique de dire qu'il s'agit de à côté de leur tête. Car si tu pensais sous leur tête -- j'aurais déjà de quoi l'interdire au titre du kilayim (mélange laine-lin), puisqu'il y a parmi eux l'avnet (ceinture) !

Et même en admettant qu'ils ont été donnés pour qu'on en tire profit, voilà qu'il tire profit d'un kilayim !

💡 Explication

La guemara renforce la correction de Rav Papa par un argument indépendant. Parmi les quatre vêtements du cohen ordinaire figure l avnet, la ceinture, tissée selon un avis de laine et de lin : c'est du kilayim, un mélange interdit.

L'argument est en deux temps, et il faut les distinguer. Même si l'on accordait que les vêtements sacerdotaux sont donnés pour qu'on en jouisse -- ce qui lève l'interdit lié à leur sainteté -- il resterait l'interdit de kilayim, qui est d'un tout autre ordre. Dormir sur l'avnet reste donc impossible.

🖼️ Schéma
L'avnet contient-il du kilayim ? Deux positions, deux conséquences Avnet du cohen hedyot porte toute l'année Avis 1 : identique à celui du cohen gadol à Yom Kippour -- donc entièrement de boutz (lin). Pas de laine, donc pas de kilayim du tout. Dormir dessus ne pose aucun problème de kilayim. Avis 2 : différent L'avnet du cohen ordinaire est tissé de laine et de lin : c'est du kilayim véritable. Dormir dessus est alors un problème réel. Le problème de la guemara La michna de Tamid parle de tous les cohanim, sans distinguer les avis : elle doit tenir selon les deux. Selon l'avis 2 elle serait inapplicable -- c'est pourquoi il faut lire keneged racheihen, ou invoquer Rav Achi.
Le nœud du segment : selon l'avis retenu sur l'avnet, la michna de Tamid est ou non applicable.
4
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל זֶה הוּא אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל לֹא זֶה הוּא אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר!

Cela va bien selon celui qui dit : la ceinture du cohen gadol, c'est celle-là même que la ceinture du cohen ordinaire. Mais selon celui qui dit que la ceinture du cohen gadol n'est pas celle du cohen ordinaire -- que peut-on dire ?

📜 Rachi (2)
הַנִּיחָא הַאי דְּלָא חָייֵשׁ לְכִלְאַיִם לְמַאן דְּאָמַר אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁהוּא שֶׁל בּוּץ זֶהוּ אַבְנֵטוֹ שֶׁל הֶדְיוֹט כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה וְאֵין כִּלְאַיִם בְּבִגְדֵי כֹּהֵן הֶדְיוֹט שַׁפִּיר:
Le fait de ne pas craindre le kilayim se comprend bien selon celui qui dit que la ceinture du cohen gadol à Yom Kippour, qui est de boutz (lin), est celle-là même que la ceinture du cohen ordinaire tout au long de l'année : il n'y a alors pas de kilayim dans les vêtements du cohen ordinaire, et tout va bien.
לֹא זֶהוּ וְכוּ' דְּשֶׁל הֶדְיוֹט כָּל הַשָּׁנָה שֶׁל כִּלְאַיִם:
Car celle du cohen ordinaire, toute l'année, est faite de kilayim.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר לֹא זֶהוּ אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט מַאי אִיכָּא לְמֵימַר אע"ג דִּפְלוּגְתָּא דְּתַנָּאֵי הִיא בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף יב.) הוּא רוֹצֶה לְייַשֵּׁב מַתְנִיתִין דפ"ק דְּתָמִיד (דַּף כֹּה:) הַהִיא דִּמְקַפְּלִין וּמַנִּיחִין תַּחַת רָאשֵׁיהֶן אַלִּיבָּא דְּכֻולֵּי עָלְמָא:
Bien qu'il s'agisse d'une controverse de tanaim exposée au premier chapitre (12a), il cherche à expliquer la michna du premier chapitre de Tamid (25b) -- celle qui dit qu'ils plient et posent sous leur tête -- d'une manière qui tienne selon toutes les opinions.
💡 Explication

La guemara précise la portée de son objection. La question de la composition de l'avnet est une mahloket ancienne (Yoma 12a) : pour un avis, l'avnet du cohen ordinaire est identique à celui que le cohen gadol porte à Yom Kippour -- entièrement de boutz (lin), donc sans kilayim ; pour l'autre avis, il est de laine et de lin.

Selon le premier avis, l'objection tombe d'elle-même. Mais la michna de Tamid est énoncée sans réserve : elle doit valoir selon tous les avis. C'est exactement ce que souligne la Tossefot ici.

5
וְכִי תֵּימָא: כִּלְאַיִם בִּלְבִישָׁה וְהַעֲלָאָה — הוּא דַּאֲסִיר, בְּהַצָּעָה שָׁרִי, וְהַתַּנְיָא: ״לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, אֲבָל אַתָּה מֻותָּר לְהַצִּיעוֹ תַּחְתֶּיךָ. אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים: אָסוּר לַעֲשׂוֹת כֵּן, שֶׁמָּא תִּיכָּרֵךְ נִימָא אַחַת עַל בְּשָׂרוֹ.

Et si tu disais : le kilayim n'est interdit que dans la leviha (le port) et la haalaa (le fait de le poser sur soi), mais l'étendre sous soi (hatsaa) est permis -- n'a-t-on pas enseigné : lo yaale alekha (qu'il ne monte pas sur toi), mais tu as le droit de l'étendre sous toi ; toutefois les Sages ont dit : il est interdit d'agir ainsi, de peur qu'un fil ne s'enroule sur sa chair.

📜 Rachi (1)
שָׁרִי אֵין בּוֹ מִשּׁוּם כִּלְאַיִם דְּהַעֲלָאָה דֻּומְיָא דִלְבִישָׁה דְּאִית בֵּהּ הֲנָאַת חִימּוּם הוּא דְּאִיתְּסַר:
Il n'y a pas d'interdit de kilayim, car la haalaa n'est interdite que lorsqu'elle ressemble à la leviha, c'est-à-dire lorsqu'il y a un bénéfice de chaleur.
💡 Explication

Première échappatoire testée : peut-être l'interdit ne vise-t-il que le contact actif -- porter, ou poser sur soi -- alors que s'allonger sur un kilayim serait permis. Le verset semble le dire : lo yaale alekha, ce qui exclut précisément ce qui est au-dessous de soi.

Mais la baraita poursuit : ce qui est permis par la Tora a été interdit par les Sages, chema tikarekh nima ahat al bessaro -- de crainte qu'un seul fil ne remonte et ne s'enroule sur la chair, ramenant le cas à un véritable port. L'échappatoire est donc fermée.

6
וְכִי תֵּימָא דְּמַפְסֵיק לֵיהּ מִידֵּי בֵּינֵי בֵּינֵי — וְהָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר רַבִּי מִשּׁוּם קְהָלָא קַדִּישָׁא שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם: אֲפִילּוּ עֶשֶׂר מַצָּעוֹת זוֹ עַל גַּב זוֹ וְכִלְאַיִם תַּחְתֵּיהֶן — אָסוּר לִישֹׁן עֲלֵיהֶן. אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינָּה: כְּנֶגֶד רָאשֵׁיהֶן, שְׁמַע מִינָּה.

Et si tu disais qu'il interpose quelque chose entre les deux -- Rabbi Chimon ben Pazi n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Rabbi, au nom de la sainte communauté de Jérusalem : même dix matelas l'un sur l'autre avec un kilayim en dessous, il est interdit d'y dormir ? Ne faut-il donc pas en conclure : à côté de leur tête ?

Conclus-en effectivement ainsi.

💡 Explication

Dernière échappatoire : intercaler un écran entre la tête et l'avnet, pour qu'aucun fil ne puisse atteindre la chair. La réponse vient d'une tradition transmise au nom de la kehila kadicha de Jérusalem : dix matelas superposés n'y changent rien.

Le principe à retenir dépasse ce cas : un décret rabbinique s'applique uniformément, sans qu'on vérifie si sa raison est présente dans la situation examinée. Le raisonnement se clôture donc sur chema mina : la michna disait bien keneged racheihen, et elle ne prouve rien quant à la jouissance des vêtements.

🖼️ Schéma
Dix matelas ne suffisent pas : le décret est uniforme Rabbi Chimon ben Pazi au nom de la kehila kadicha de Jérusalem dormeur dix matsaot empilées KILAYIM tout en dessous assour lichon aleihen -- interdit d'y dormir
Le décret ne se contourne pas par une épaisseur : dix matelas ne suffisent pas.
7
רַב אַשִּׁי אָמַר: לְעוֹלָם תַּחַת רָאשֵׁיהֶן, וְהָא קָא מִתְהֲנֵי מִכִּלְאַיִם — בִּגְדֵי כְהֻונָּה קָשִׁין הֵן. כִּי הָא דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: הַאי נַמְטָא גַּמְדָּא דְּנַרֶשׁ — שָׁרְיָא.

Rav Achi a dit : en vérité [la michna parle bien de] sous leur tête. Et quant à l'objection qu'il tire profit d'un kilayim -- les vêtements sacerdotaux sont raides.

Comme ce que dit Rav Houna fils de Rabbi Yehochoua : ce feutre raide de Neresh est permis.

📜 Rachi (3)
קָשִׁים הֵם וְאֵינָן מְחַמְּמִין לְפִיכָךְ אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם כִּלְאַיִם:
Ils ne réchauffent pas, c'est pourquoi il n'y a pas en eux d'interdit de kilayim.
נַמְטָא לְבַד פלטר"א בְּלַעַ"ז:
Du feutre -- feltre en langue vernaculaire.
גָּמְדָא קָשֶׁה:
Raide.
🗂️ Tossefot (1)
קָשִׁין הֵן תֵּימַהּ א"כ מַאי הִיא דְּאָמַר בפ"ק דַּעֲרָכִין (דַּף ג.) הַכֹּל חַייָּבִין בְּכִלְאַיִם כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים וּפָרִיךְ פְּשִׁיטָא וּמְשַׁנֵּי כֹּהֲנִים אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ סד"א הוֹאִיל וְאִישְׁתְּרִי לְגַבַּייְהוּ כִּלְאַיִם בַּעֲבוֹדָה שֶׁלֹּא בְּעִידַּן עֲבוֹדָה נָמֵי לִישְׁתְּרוֹ קמ"ל וְכוּ' וְהַשְׁתָּא כֵּיוָן דְּקָשִׁין הֵן לָא אִישְׁתְּרוֹ כִּלְאַיִם לְגַבַּיְיהוּ וְתֵירֵץ ר"ת דִּלְבִישָׁה וְהַעֲלָאָה דְּהָווּ דְּאוֹרָיְיתָא אֲסִירֵי אֲפִילּוּ בְּקָשִׁין אֲבָל הַצָּעָה דְּמִדְּרַבָּנָן לֹא גָּזְרוּ בְּקָשִׁין וּדְלֹא כפרש"י שֶׁפֵּירֵשׁ קָשִׁין הֵן וּמֻותָּרִין בִּלְבִישָׁה וְהַעֲלָאָה ובספ"ק דְּיוֹם טוֹב (דַּף יד:) דִּתְנַן מְשַׁלְּחִין בי"ט כִּלְאַיִם וּפָרִיךְ כִּלְאַיִם לְמַאי חֲזוּ וּמְשַׁנֵּי בְּקָשִׁין מַיְירֵי נָמֵי בְּהַצָּעָה וְאִם תֹּאמַר וְהַצָּעָה הֵיכִי שָׁרִי וְהָא כֵּיוָן דְּהָווּ כִּלְאַיִם דְּאוֹרָיְיתָא לְעִנְיַן לְבִישָׁה וְהַעֲלָאָה לִיתַּסְרוּ אַפֵּי' לְמָוכְרוֹ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כִּדְתַנְיָא (בְּתוֹסֶפֶת' דְּכִלְאַיִם (פֶּרֶק ה)) הַבֶּגֶד שֶׁאָבַד בּוֹ כִּלְאַיִם הֲרֵי זֶה לֹא יִמְכְּרֶנּוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלֹא יַעֲשֶׂנּוּ מַרְדַּעַת לַחֲמוֹר וְכָל שֶׁכֵּן לְהַצִּיעַ תַּחְתָּיו יֵשׁ לוֹמַר הַהִיא אַיְירֵי דַּווְקָא בְּאָבַד וְחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִקָּרַע בִּגְדוֹ וְיַחֲזֹור וְיִתְפְּרֶנּוּ עַל גַּבֵּי בִּגְדוֹ כִּדְאָמַר בְּמַס' ע"ז (דַּף לב.) גַּבֵּי נוֹדוֹת הָעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים שֶׁאָסוּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן שְׁטִיחִין לַחֲמוֹר שֶׁמָּא יִבָּקַע נוֹדוֹ וְיַחֲזֹור וְיִתְפְּרֶנּוּ עַל גַּב נוֹדוֹ אֲבָל אִם הָיוּ הַכִּלְאַיִם נִיכָּרִים מֻותָּר כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת כִּלְאַיִם (פ"ט מִשְׁנָה ד) תַּכְרִיכֵי הַמֵּת וּמַרְדַּעַת הַחֲמוֹר אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם כִּלְאַיִם וְאִם תֹּאמַר וְהָאָמַר הָכָא אַפֵּי' י' מַצָּעוֹת זוֹ עַל גַּבֵּי זוֹ וְכִלְאַיִם תַּחְתֵּיהֶן אָסוּר לִישַׁן עֲלֵיהֶם וְכֵן קָשֶׁה אַהָא דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת כִּלְאַיִם (פ"ט מִשְׁנָה ב) הַכָּרִים וְהַכְּסָתוֹת. אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם כִּלְאַיִם וי"ל דִּבְמַצָּעוֹת שַׁיָּיךְ כְּרִיכָה לְהָכִי חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא תִּכָּרֵךְ לוֹ נִימָא אֲבָל בְּמַרְדַּעַת הַחֲמוֹר וּבְכָרִים וּכְסָתוֹת לָא שְׁכִיחָא שֶׁתִּיכָּרֵךְ נִימָא וּלְהָכִי לֹא גָּזְרוּ מִיהוּ אִם בְּשָׂרוֹ נוֹגֵעַ בָּהֶן אָסוּר כְּדִתְנָא בְּהֶדְיָא גַּבֵּי כָּרִים וּכְסָתוֹת וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא בְּשָׂרוֹ נוֹגֵעַ בָּהֶן וְהוּא הַדִּין בְּמַרְדַּעַת וּבִלְבִישָׁה וְהַעֲלָאָה אֲסִירֵי בְּכָל עִנְיָן וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין בְּשָׂרוֹ נוֹגֵעַ בָּהֶן כְּדִתְנַן לֹא יִתֵּן אָדָם מַרְדַּעַת שֶׁל כִּלְאַיִם עַל כְּתֵיפוֹ אַפֵּי' לְהוֹצִיא זֶבֶל וּמַה שֶׁהֵשִׁיב ר"י לה"ר שִׁמְעוֹן מינביל"א עַל אוֹתָם קֹושְׁטְ פורפיטיינ"ש שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן כִּלְאֵי בְּגָדִים וּמוֹכִין שֶׁל צֶמֶר אע"פ שֶׁהַבְּגָדִים שֶׁעֲלֵיהֶן הֵן שֶׁל פִּשְׁתָּן יֵשׁ לְהַתִּיר כִּדְאִיתָא בספ"ק דְּבֵיצָה (דַּף טו. וְשָׁם) לְשׁוֹן ר"י:
Question étonnante : s'il en est ainsi, que signifie ce qui est dit au premier chapitre de Arakhin (3a) : tous sont tenus par l'interdit de kilayim, cohanim, leviim et israélites ? La guemara y objecte : c'est évident ! et répond : il fallait le dire pour les cohanim, car on aurait pu penser que, puisque le kilayim leur a été permis pendant le service, il leur serait aussi permis hors du temps du service -- cela nous enseigne qu'il n'en est rien, etc. Or maintenant, puisque ces vêtements sont raides, le kilayim ne leur a jamais été permis du tout ! Rabbenou Tam a répondu : la leviha et la haalaa, qui sont d'ordre toranique, sont interdites même pour un tissu raide ; mais la hatsaa, qui n'est que rabbinique, n'a pas fait l'objet d'un décret pour les tissus raides -- et cela contre l'explication de Rachi, qui a expliqué qu'ils sont raides et donc permis même à la leviha et à la haalaa. Et à la fin du premier chapitre de Yom Tov (Betsa 14b), où l'on enseigne qu'on peut envoyer en cadeau à Yom Tov du kilayim, et où la guemara demande : à quoi un kilayim est-il apte ? et répond qu'il s'agit d'un tissu raide -- là aussi il s'agit de hatsaa. Et si tu demandes : comment la hatsaa serait-elle permise ? Puisque c'est un kilayim toranique quant à la leviha et à la haalaa, il devrait même être interdit de le vendre à un non-Juif, comme il est enseigné (Tossefta Kilayim, ch. 5) : un vêtement dans lequel un fil de kilayim s'est perdu, on ne le vendra pas à un non-Juif et on n'en fera pas une mardaat (couverture) pour l'âne -- et à plus forte raison on ne l'étendra pas sous soi. On peut répondre : ce texte parle précisément du cas où le fil s'est perdu [et n'est plus repérable], et l'on craint qu'il ne déchire son vêtement et ne le recouse ensuite sur son propre vêtement, comme il est dit dans Avoda Zara (32a) à propos des outres des non-Juifs, dont il est interdit de faire des tapis de selle pour l'âne, de peur que son outre ne se fende et qu'il ne la recouse sur son outre. Mais si le kilayim est reconnaissable, c'est permis, comme on l'enseigne dans le traité Kilayim (ch. 9, michna 4) : les linceuls du mort et la mardaat de l'âne ne sont pas soumis à l'interdit de kilayim. Et si tu demandes : mais n'est-il pas dit ici que même dix matelas l'un sur l'autre avec un kilayim en dessous, il est interdit d'y dormir ? Et de même cela fait difficulté sur ce qu'on enseigne dans Kilayim (ch. 9, michna 2) : les coussins et les traversins ne sont pas soumis à l'interdit de kilayim. On peut répondre : pour les matelas, l'enroulement d'un fil est possible, c'est pourquoi on craint qu'un fil ne s'enroule sur lui ; mais pour la mardaat de l'âne, les coussins et les traversins, il n'est pas fréquent qu'un fil s'enroule, et c'est pourquoi on n'a pas décrété. Toutefois, si sa chair les touche, c'est interdit, comme il est enseigné explicitement à propos des coussins et des traversins : à condition que sa chair ne les touche pas -- et il en va de même pour la mardaat. Quant à la leviha et à la haalaa, elles sont interdites en tout état de cause, même si sa chair ne les touche pas, comme on l'enseigne : un homme ne posera pas sur son épaule une mardaat de kilayim, même pour évacuer du fumier. Et ce que le Ri répondit à Rabbi Chimon de Nibelle au sujet de ces vêtements matelassés qui contiennent du kilayim d'étoffes et une bourre de laine : bien que les tissus qui les recouvrent soient de lin, il y a lieu de permettre, comme il ressort de la fin du premier chapitre de Betsa (15a). Ce sont les termes du Ri.
💡 Explication

Rav Achi refuse la correction de Rav Papa et sauve la lecture littérale. Son argument porte sur la nature de l'interdit : ce que la Tora vise dans le kilayim, c'est la hanaat himoum, le bénéfice de chaleur que procure un tissu qui épouse le corps.

Or les bigdei kehouna sont kachin -- raides. Un tissu raide ne se plaque pas sur la peau et ne réchauffe pas ; il n'y a donc pas la jouissance que l'interdit vise. Rav Houna fils de Rabbi Yehochoua avait déjà tranché ainsi pour le namta gamda de Neresh, un feutre raide.

Attention : la Tossefot conteste vivement l'extension que Rachi donne à cette permission. Pour Rabbenou Tam, la raideur ne dispense que du décret rabbinique sur la hatsaa ; le port et la haalaa, interdits par la Tora, le restent même pour un tissu raide.

🖼️ Schéma
La réponse de Rav Achi : ce qui ne réchauffe pas n'est pas un kilayim interdit Tissu souple (rakh) Il épouse le corps, il enveloppe. Il procure donc hanaat himoum -- un vrai bénéfice de chaleur. Interdit de kilayim : oui Tissu raide (kacheh / gamda) Il ne se plaque pas sur la peau. Pas de bénéfice de chaleur, donc pas la hanaa que la Tora vise. Interdit de kilayim : non Les deux applications Les bigdei kehouna sont raides -- le cohen peut donc les mettre sous sa tête sans jouir d'un kilayim. Le namta gamda de Neresh, feutre raide de laine et de lin, est permis pour la même raison. Rachi étend la permission jusqu'au port ; Rabbenou Tam la limite à la hatsaa (voir la Tossefot).
Kacheh contre rakh : la raideur supprime le bénéfice de chaleur, et donc la hanaa visée.
8
תָּא שְׁמַע: בִּגְדֵי כְּהֻונָּה, הַיּוֹצֵא בָּהֶן לַמְּדִינָה — אָסוּר. וּבַמִּקְדָּשׁ, בֵּין בִּשְׁעַת עֲבוֹדָה בֵּין שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת עֲבוֹדָה — מֻותָּר, מִפְּנֵי שֶׁבִּגְדֵי כְהֻונָּה נִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן. שְׁמַע מִינָּה.

Viens et écoute : les vêtements sacerdotaux -- sortir avec eux en médina (hors du Temple) est interdit ; mais dans le Temple, que ce soit pendant le service ou hors du service, c'est permis, parce que les vêtements sacerdotaux ont été donnés pour qu'on en tire profit. Conclus-en [qu'il en est bien ainsi].

📜 Rachi (1)
לַמְּדִינָה אָסוּר שֶׁנּוֹהֵג בָּהּ דֶּרֶךְ חֹול:
Car il s'y conduit d'une façon profane.
🗂️ Tossefot (1)
בִּגְדֵי כְהֻונָּה הַיּוֹצֵא בָּהֶן לַמְּדִינָה אָסוּר וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶרֶק הָאִישׁ מְקַדֵּשׁ (קִדּוּשִׁין דַּף כֹּד.) דְּאַפֵּי' בָּעֲזָרָה אָסוּר לְכַתְּחִילָּה לְלָובְשָׁן שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ עֲבוֹדָה דְּקָאָמַר בִּגְדֵי כְּהֻונָּה אֵין בָּהֶן מְעִילָה לְפִי שֶׁלֹּא נִיתְּנָה תּוֹרָה לְמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת פִּי' שֶׁיּוּכְלוּ לְהִזָּהֵר לַהֲסִירָן מִיָּד אַחַר עֲבוֹדָה וּמַשְׁמַע הָא לְכַתְּחִילָּה לְלָובְשָׁן אָסוּר דְּבָזֶה אֶפְשָׁר לְהִזָּהֵר וא"ת הָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק הָאוֹמֵר בְּקִידּוּשִׁין (דַּף סו.) גַּבֵּי יַנַּאי הַמֶּלֶךְ הָקֵם לָהֶם בַּצִּיץ שֶׁבֵּין עֵינֶיךָ אַלְמָא שֶׁמֻּותָּר לְהַנִּיחוֹ אֲפִילּוּ חוּץ לַמִּקְדָּשׁ וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּמִיָּד נִזְרְקָה בּוֹ מִינוּת דְּהָתָם מַשְׁמַע דְּאַכַּתִּי לֹא נִזְרְקָה בּוֹ מִינוּת עַד בָּתַר הָכִי דְּקָאָמַר וְתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב מַה תְּהֵא עָלֶיהָ וְלֹא אָמַר נָמֵי הַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה וּמִיהוּ לְמָאֵן דְּאָמַר (לְעֵיל יוֹמָא ז:) דַּוְוקָא עוֹדֵהוּ עַל מִצְחוֹ מְרַצֶּה יָכוֹל לְהַנִּיחוֹ כָּל שָׁעָה ואור"ת דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא יָכוֹל לְהַנִּיחוֹ כָּל שָׁעָה מִדִּכְתִיב בֵּיהּ וְהָיָה עַל מִצְחוֹ תָּמִיד (שְׁמוֹת בח) וְאַף עַל גַּב דְּאִיצְטְרִיךְ לִדְרָשָׁא אַחֲרִיתִי לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא (יוֹמָא דַּף ז:) שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִמֶּנּוּ וְשֶׁמָּא יֵשׁ לוֹמַר מִדִּכְתִיב תְּרֵי זִימְנֵי וְהָיָה עַל מֵצַח אַהֲרֹן וְהָיָה עַל מִצְחוֹ נָפְקָא וְיוֹתֵר הָיָה נִרְאֶה לוֹמַר דְּשָׁלָא כַּדִּין עָשָׂה שֶׁהִנִּיחַ הַצִּיץ מִיהוּ הָכָא לָא הֲוָה מָצֵי לְאֹכוּחֵי דְּנִזְרְקָה בּוֹ מִינוּת שֶׁכָּפַר בְּכָל הַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה עַד בָּתַר הָכִי דְּדָיֵיק מִדְּלָא קָאָמַר אֶלָּא תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב מַה תְּהֵא עָלֶיהָ:
Et cela ressort de même du chapitre HaIch Mekadech (Kidouchin 24a) : même dans la azara il est interdit à priori de les revêtir hors du besoin du service. Car il y est dit que les vêtements sacerdotaux ne sont pas soumis à la meila (détournement de biens consacrés), parce que la Tora n'a pas été donnée aux anges du service -- c'est-à-dire qu'on ne saurait exiger des cohanim d'être assez vigilants pour les ôter immédiatement après le service ; ce qui implique qu'à priori il est interdit de les revêtir, car sur ce point-là on peut être vigilant. Et si tu demandes : n'est-il pas dit au chapitre HaOmer de Kidouchin (66a), à propos du roi Yannai : dresse-toi contre eux avec le tsits qui est entre tes yeux -- ce qui montre qu'il est permis de le porter même hors du Temple ? Et l'on ne peut pas dire que l'hérésie s'était déjà infiltrée en lui, car il ressort de là-bas qu'elle ne s'y était pas encore infiltrée jusqu'après cela, lorsqu'il dit : et la Tora écrite, qu'en sera-t-il ? -- sans dire aussi : la Tora orale. Toutefois, selon celui qui dit (plus haut, Yoma 7b) que le tsits n'obtient l'agrément que tant qu'il est sur son front, il peut le porter à toute heure. Et Rabbenou Tam dit que selon toutes les opinions il peut le porter à toute heure, puisqu'il est écrit à son sujet : et il sera sur son front en permanence (Chemot 28) ; et bien que ce verset soit nécessaire à une autre derasha plus haut, au premier chapitre (Yoma 7b) -- qu'il ne détourne pas sa pensée de lui -- on peut peut-être dire que cela se déduit du fait qu'il est écrit deux fois : et il sera sur le front d'Aharon, et il sera sur son front. Il semblerait pourtant plus juste de dire qu'il a agi contre la loi en portant le tsits. Toutefois, ici, on ne pouvait pas encore prouver que l'hérésie s'était infiltrée en lui et qu'il reniait toute la Tora orale : c'est seulement après cela qu'on le déduit, du fait qu'il n'a dit que : la Tora écrite, qu'en sera-t-il ?
💡 Explication

Après l'échec des preuves indirectes, la guemara produit une baraita explicite, et la question de fond est tranchée. Le partage est géographique : ba-mikdach (dans le Temple) tout est permis, ba-médina (au dehors) tout est interdit.

Le mot décisif est la permission hors du service à l'intérieur du Temple : si le cohen peut rester vêtu alors qu'il n'officie pas, c'est bien qu'il n'y a pas de détournement -- et la baraita donne elle-même la raison, mipnei che-bigdei kehouna nitnou lehanot bahen.

🖼️ Schéma
Où peut-on porter les bigdei kehouna ? La baraita du segment 7 BA-MIKDACH -- dans le Temple pendant le service (bichaat avoda) permis hors du service (chelo bichaat avoda) permis BA-MÉDINA -- hors du Temple interdit Rachi : parce qu'on s'y conduit de façon profane (derekh hol). C'est ce point que le récit du 25 Tevet va heurter. Le mot qui tranche la sougya La permission dans le Temple hors du service n'a de sens que si l'on peut tirer profit des vêtements. Et la baraita le dit elle-même : mipnei che-bigdei kehouna nitnou lehanot bahen. Chema mina.
La carte de la baraita : le Temple permet tout, la médina interdit tout.
9
וּבַמְּדִינָה לֹא? וְהַתַּנְיָא: בְּעֶשְׂרִים וַחֲמִשָּׁה [בְּטֵבֵת] יוֹם הַר גְּרִזִים [הוּא], דְּלָא לְמִסְפַּד?

Et en médina ce ne serait pas [permis] ? N'a-t-on pas enseigné : le vingt-cinq [de Tevet] est le jour du mont Guerizim, où l'on ne prononce pas d'oraison funèbre ?

💡 Explication

La guemara ouvre une objection contre le premier terme de la baraita -- l'interdit de sortir en médina. Elle la tire de la Meguilat Taanit, la liste des jours où le deuil public est suspendu parce qu'un salut y a eu lieu.

Le 25 Tevet y figure sous le nom de yom Har Guerizim. Le récit qui suit va montrer un cohen gadol revêtu des bigdei kehouna en dehors du Temple -- d'où la contradiction.

10
יוֹם שֶׁבִּקְּשׁוּ כּוּתִיִּים אֶת בֵּית אֱ-לֹהֵינוּ מֵאֲלֶכְּסַנְדְּרוֹס מוֹקְדוֹן לְהַחְרִיבוֹ, וְנָתְנוּ לָהֶם. בָּאוּ וְהוֹדִיעוּ אֶת שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק. מֶה עָשָׂה? לָבַשׁ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה, וְנִתְעַטֵּף בְּבִגְדֵי כְּהֻונָּה, וּמִיַּקִּירֵי יִשְׂרָאֵל עִמּוֹ, וַאֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר בִּידֵיהֶן. וְכָל הַלַּיְלָה, הַלָּלוּ הוֹלְכִים מִצַּד זֶה, וְהַלָּלוּ הוֹלְכִים מִצַּד זֶה, עַד שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר.

Jour où les Koutim (Samaritains) demandèrent à Alexandre de Macédoine la Maison de notre Dieu pour la détruire, et où il la leur accorda. On vint en informer Chimon HaTsaddik.

Que fit-il ? Il revêtit les vêtements sacerdotaux, s'enveloppa des vêtements sacerdotaux, et les notables d'Israël étaient avec lui, des torches de feu à la main.

Et toute la nuit, ceux-ci marchaient de ce côté-ci et ceux-là de ce côté-là, jusqu'à ce que monte l'aube.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מֶה עָשָׂה שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק? לָבַשׁ בִּגְדֵי כְּהֻנָּה, וְנִתְעַטֵּף בְּבִגְדֵי כְּהֻנָּה. פֵּירוּשׁ בִּגְדֵי כְּהֻנָּה כְּשֶׁהָיָה לוֹבְשָׁם כֹּהֵן גָּדוֹל בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ הָיָה שׁוּרָה עֲלֵיהֶם זִיו שֶׁל אוֹרָה שֶׁכָּל אָדָם הָרוֹאֶה אוֹתָם מַרְגִּישׁ בְּמַרְאֵה עֵינָיו בְּהֶאָרָה זוֹ וּבְוַדַּאי הֶאָרָה זוֹ לֹא תִּהְיֶה עֲלֵיהֶם אֶלָּא רַק בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, אַךְ עַתָּה רָאָה שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק הַשָּׁעָה צְרִיכָה לְכָךְ שֶׁתִּהְיֶה הֶאָרָה זוֹ עֲלֵיהֶם גַּם כְּשֶׁהוּא לוֹבְשָׁם חוּץ לַמִּקְדָּשׁ לְכָךְ בְּצֵאתוֹ בָּהֶם הִמְשִׁיךְ אוֹתָהּ הַהֶאָרָה עַל יְדֵי כַּוָּונוֹת יְדוּעוֹת לוֹ, וְלָזֶה אָמַר לָבַשׁ בִּגְדֵי כְּהֻנָּה הֵם בְּגָדִים הָעִיקָּרִים וְנִתְעַטֵּף בְּבִגְדֵי כְּהֻנָּה קָאֵי עַל אוֹתוֹ זִיו הַהֶאָרָה שֶׁלָּהֶם שֶׁהִמְשִׁיךְ עַל הַבְּגָדִים. וּמַה שֶׁאָמַר וַאֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר בְּיָדָם , נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁתָּפְסוּ בְּיָדָם אֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר זֵכֶר לִזְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁיֵּשׁ לָהֶם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי ו, כג) 'נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר' שֶׁתָּגִין עֲלֵיהֶם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁתָּפְסוּ אֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר בְּיָדָם עָשׂוּ בָּזֶה כַּוָּנָה עַל שֵׁם קָדוֹשׁ הַנִּקְרָא אָדִי " ר רו " ן שֶׁיּוֹצֵא מִפָּסוּק (שְׁמוֹת טו, ו) 'יְמִינְךָ ה' נֶאְדָּרִי בְּכֹחַ' וְכַנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ בְּיִחוּד ל"א יְעֻויַּן שָׁם. וְשֵׁם זֶה יֵשׁ בּוֹ אוֹתִיּוֹת 'אוֹר' וְאוֹתִיּוֹת 'יָד' וְאוֹתִיּוֹת 'נֵר' וְלָכֵן תָּפְסוּ אֲבוּקוֹת אוֹר בְּיָדָם שֶׁיֵּשׁ כָּאן אוֹר וָיָד וְנֵר שֶׁכִּיוְּנוּ בָּזֶה עַל שֵׁם אדי"ר רו"ן הַנִּזְכָּר לִשְׁמִירָתָם. וּמַה שֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין כָּל הַלַּיְלָה כֻּלּוֹ נִרְאֶה כִּיוְּנוּ לֵילֵךְ רַק בַּחֲצִי הַשֵּׁנִי שֶׁנִּקְרָא לַיְלָה שֶׁהוּא עֵת רָצוֹן וְכֵיוָן שֶׁזָּרְחָה חַמָּה פָּגְעוּ זֶה בָּזֶה וּמִן הַשָּׁמַיִם נַעֲשָׂה כָּךְ לְסִימָן טוֹב שֶׁבִּזְרִיחַת הַחַמָּה יִהְיֶה נֵס הַיְּשׁוּעָה עַל דֶּרֶךְ (מַלְאָכִי ג, כ) וְזָרְחָה לָכֶם יִרְאֵי שְׁמִי שֶׁמֶשׁ צְדָקָה וּמַרְפֵּא בִּכְנָפֶיהָ.
Que fit Chimon HaTsaddik ? Il revêtit les vêtements sacerdotaux, et s'enveloppa des vêtements sacerdotaux. Explication : les vêtements sacerdotaux, lorsque le cohen gadol les portait dans le Temple, un ziv chel ora (un éclat de lumière) reposait sur eux, au point que tout homme qui les voyait percevait de ses yeux cette illumination ; et assurément cette illumination ne reposait sur eux que dans le Temple seulement. Or à présent Chimon HaTsaddik vit que l'heure exigeait que cette illumination soit sur eux même lorsqu'il les porterait hors du Temple ; c'est pourquoi, en sortant avec eux, il fit descendre cette illumination au moyen de kavanot (intentions mystiques) qui lui étaient connues. C'est en ce sens qu'il est dit : il revêtit les vêtements sacerdotaux -- ce sont les vêtements proprement dits -- et il s'enveloppa des vêtements sacerdotaux -- cela se rapporte à cet éclat d'illumination qu'il fit descendre sur les vêtements. Et ce qui est dit : des torches de feu à la main -- il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils tinrent en main des torches de lumière en souvenir du mérite de la Tora qui est le leur, selon ce qui est dit (Michle 6, 23) : car la mitsva est une lampe et la Tora une lumière -- afin qu'elle les protège. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'en tenant des torches de lumière à la main ils dirigèrent leur intention vers le Nom saint appelé Adir Ron, qui se tire du verset (Chemot 15, 6) : Ta droite, Éternel, est magnifique en force -- comme il est rapporté dans les paroles de notre maître le Ari zal, dans Chaar Roua h HaKodech, yihoud 31 ; vois-y. Or ce Nom contient les lettres de or (lumière), les lettres de yad (main) et les lettres de ner (lampe) ; c'est pourquoi ils tinrent des torches de lumière à la main, où se trouvent réunis la lumière, la main et la lampe, dirigeant ainsi leur intention vers le Nom Adir Ron mentionné, pour leur protection. Et le fait qu'ils marchèrent toute la nuit : il semble qu'ils eurent l'intention de ne marcher que pendant la seconde moitié, celle qu'on appelle laila, qui est un et ratsone (un temps de faveur). Et puisque le soleil se leva au moment où ils se rencontrèrent, cela fut fait depuis le Ciel comme un signe favorable : que par le lever du soleil advienne le miracle du salut, dans l'esprit de (Malakhi 3, 20) : et pour vous qui craignez Mon Nom se lèvera un soleil de justice, la guérison dans ses rayons.
💡 Explication

Le récit répond à la question que s'est-il passe ce jour-là ? Les Koutim, populations installées en Samarie, obtiennent d'Alexandre l'autorisation de détruire le Temple. Chimon HaTsaddik, cohen gadol, choisit d'aller à sa rencontre.

Le détail que la guemara retiendra est vestimentaire : il revêtit les bigdei kehouna -- hors du Temple. Le Ben Yehoyada lit la répétition (il revêtit, et il s'enveloppa) comme visant deux choses distinctes : les vêtements eux-mêmes, puis le rayonnement qui les accompagne d'ordinaire dans le Temple et que Chimon fit descendre sur eux au-dehors.

11
כֵּיוָן שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר, אָמַר לָהֶם: מִי הַלָּלוּ? אָמְרוּ לוֹ: יְהוּדִים שֶׁמָּרְדוּ בְּךָ. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לְאַנְטִיפַּטְרֵס זָרְחָה חַמָּה וּפָגְעוּ זֶה בָּזֶה. כֵּיוָן שֶׁרָאָה לְשִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק, יָרַד מִמֶּרְכַּבְתּוֹ וְהִשְׁתַּחֲוָה לְפָנָיו. אָמְרוּ לוֹ: מֶלֶךְ גָּדוֹל כְּמוֹתְךָ יִשְׁתַּחֲוֶה לִיהוּדִי זֶה?! אָמַר לָהֶם: דְּמוּת דְּיוֹקְנוֹ שֶׁל זֶה מְנַצַּחַת לְפָנַי בְּבֵית מִלְחַמְתִּי.

Lorsque l'aube se leva, il leur dit : qui sont ceux-là ? Ils lui dirent : des Juifs qui se sont révoltés contre toi.

Quand il parvint à Antipatris, le soleil brilla et ils se rencontrèrent l'un l'autre. Dès qu'il vit Chimon HaTsaddik, il descendit de son char et se prosterna devant lui.

Ils lui dirent : un roi aussi grand que toi se prosterne devant ce Juif ?! Il leur dit : l'image de ses traits est victorieuse devant moi sur mes champs de bataille.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר לָהֶם: מִי הֵם הַלָּלוּ. נִרְאֶה לִי וַדַּאי שֶׁיָּדַע שֶׁהַכּוּתִיִּים הֵם הָיוּ הַמַּלְשִׁינִים אַךְ רָצָה לֵידַע אִם גַּם שָׂרָיו וַעֲבָדָיו יָדָם בַּמַּעַל הַזֶּה לִהְיוֹת בְּקֶשֶׁר הַמַּלְשִׁינוּת עִם הַכּוּתִיִּים כְּדֵי לִמְסֹור גַּם אוֹתָם בְּיָדָם וְהֵשִׁיבוּ רַק הַכּוּתִיִּים הַלָּלוּ הַמַּלְשִׁינִים. וּמַה שֶׁאָמַר נִקְּבוּם בְּעִקְבֵיהֶם נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁעָשׂוּ כֵּן כִּי הֵם עָשׂוּ מַעֲשֶׂה נָחָשׁ וּשְׁלִיטַת הָאָדָם בְּנָחָשׁ הוּא בְּרֹאשׁ הַנָּחָשׁ דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ג, טו) 'הוּא יְשׁוּפְךָ רֹאשׁ' לָכֵן נִקְּבוּם בְּעִקְבֵיהֶם וְתָלוּ הָעֲקָבִים בְּזַנְבוֹת הַסּוּסִים נִמְצָא הָרֹאשׁ שֶׁלָּהֶם הוּא אֲשֶׁר מִתְגַּלְגֵּל וּמִתְרוֹצֵץ בַּקַּרְקַע עַל הָאֲבָנִים, וְהוֹאִיל דְּסִטְרָא אַחֲרָא יְנִיקָתָהּ מִן הַזָּנָב לָכֵן תְּלָאוּם בְּזַנְבוֹת הַסּוּסִים. וְהָא דִּזְרָעוּהוּ כַּרְשִׁינִין לְבַזּוֹתָם דְּנֶחְשָׁבִין לִבְהֵמוֹת. וְעוֹד רָמְזוּ בָּזֶה דְּאוֹיְבֵי יִשְׂרָאֵל כּוֹחָם מִן שְׁתֵּי שיני"ן דְּנָח ש ו ש טַן וְעַל אֵלּוּ כְּתִיב (תְּהִלִּים ג, ח) 'שְׁנֵי רְשָׁעִים שִׁבַּרְתָּ' וְיָדוּעַ כַּר לְשׁוֹן קוֹצֵר כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ הֶעָרוּךְ בְּעֵרֶךְ כַּר, דְּקָצַר רוּחַ תַּרְגּוּמוֹ מַאן דְּכַרְיָה רוּחֵיהּ עַייֵּן שָׁם, וְלָכֵן זְרָעוּהוּ ' כַּרְשִׁינִין ' דְּרָמְזוּ בַּכַּרְשִׁינִין הוּא 'כַּר שִׁינִּין' רוֹצֶה לוֹמַר קָצְרָה יָדָם מִן תִּגְבֹּורֶת הַשִּׁינִּין שֶׁהָיָה לָהֶם מַנַּח ש ו ש טַן וְלָכֵן נֶאֱמַר (תְּהִלִּים קכד, ו) 'בָּרוּךְ ה' שֶׁלֹּא נְתָנָנוּ טֶרֶף לִשְׁנֵיהֶם'.
Il leur dit : qui sont ceux-là ? Il me semble certain qu'il savait déjà que les Koutim étaient les délateurs ; mais il voulait savoir si ses ministres et ses serviteurs avaient eux aussi part à cette trahison, en étant liés au complot de délation avec les Koutim, afin de les livrer eux aussi entre leurs mains -- et ils répondirent : seuls ces Koutim sont les délateurs. Et ce qui est dit : ils leur percèrent les talons -- il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de cet acte est qu'ils avaient agi à la manière du nahach (serpent), et que l'emprise de l'homme sur le serpent se situe à la tête du serpent, comme il est écrit (Berechit 3, 15) : lui t écrasera la tête. C'est pourquoi ils leur percèrent les talons et suspendirent ces talons aux queues des chevaux -- de sorte que c'était leur tête qui roulait et se fracassait au sol sur les pierres. Et puisque la sitra a'hra (le côté impur) tire sa subsistance de la queue, c'est pourquoi ils les suspendirent aux queues des chevaux. Et le fait qu'ils y semèrent des kirchinin (vesces) : c'était pour les avilir, car ces plantes sont tenues pour nourriture de bétail. Ils y firent en outre une allusion : la force des ennemis d'Israël vient des deux chin, celle de nahach et celle de satan, et c'est à leur sujet qu'il est écrit (Tehilim 3, 8) : Tu as brisé les dents (chinei) des méchants. Et l'on sait que kar signifie court, comme l'explique le Aroukh à l'entrée kar : car kotser roua h (souffle court) se traduit man dikharya rou heh -- vois-y. C'est pourquoi ils y semèrent des kirchinin, faisant allusion par kirchinin à kar chinin, c'est-à-dire : leur main s'est raccourcie de la puissance des chinin qu'ils tenaient de nahach et de satan. Et c'est pourquoi il est dit (Tehilim 124, 6) : béni soit l'Éternel qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents.
💡 Explication

Le retournement du récit. Alexandre, qui avait accordé le Temple aux Koutim, se prosterne devant le cohen gadol : le visage qu'il voit devant lui est celui qui, dans ses visions, précède ses victoires.

Le Ben Yehoyada souligne le détail des talons percés au segment suivant et lit ici une enquête délibérée : en demandant qui sont ceux-là ?, Alexandre cherche moins à identifier les Juifs qu'à savoir si ses propres officiers étaient complices.

12
אָמַר לָהֶם: לָמָּה בָּאתֶם? אָמְרוּ: אֶפְשָׁר בַּיִת שֶׁמִּתְפַּלְּלִים בּוֹ עָלֶיךָ וְעַל מַלְכוּתְךָ שֶׁלֹּא תֶּחְרַב, יִתְעוּךְ גּוֹיִם לְהֶחֱרִיבוּ? אָמַר לָהֶם: מִי הַלָּלוּ? אָמְרוּ לוֹ: כּוּתִיִּים הַלָּלוּ, שֶׁעוֹמְדִים לְפָנֶיךָ. אָמַר לָהֶם: הֲרֵי הֵם מְסוּרִין בִּידֵיכֶם.

Il leur dit : pourquoi êtes-vous venus ? Ils dirent : est-il possible qu'une Maison où l'on prie pour toi et pour ton royaume, afin qu'il ne soit pas détruit, des nations t égarent pour la faire détruire ?

Il leur dit : qui sont ceux-là ? Ils lui dirent : ces Koutim qui se tiennent devant toi.

Il leur dit : les voici livrés entre vos mains.

💡 Explication

L'argument des envoyés d'Israël est politique autant que religieux : le Temple est le lieu où l'on prie pour le roi et pour son royaume. Détruire le Temple, c'est détruire ce qui prie pour lui.

La formule hareihem messourin be-yedekhem -- les voici livrés entre vos mains -- ouvre le dénouement du segment suivant.

13
מִיָּד נְקָבוּם בְּעִקְבֵיהֶם וּתְלָאוּם בְּזַנְבֵי סוּסֵיהֶם, וְהָיוּ מְגָרְרִין אוֹתָן עַל הַקּוֹצִים וְעַל הַבַּרְקָנִים, עַד שֶׁהִגִּיעוּ לְהַר גְּרִיזִים. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעוּ לְהַר גְּרִיזִים — חַרְשׁוּהוּ, וּזְרָעוּהוּ כַּרְשִׁינִין, כְּדֶרֶךְ שֶׁבִּקְּשׁוּ לַעֲשׂוֹת לְבֵית אֱ-לֹהֵינוּ. וְאוֹתוֹ הַיּוֹם עֲשָׂאוּהוּ יוֹם טוֹב.

Aussitôt ils leur percèrent les talons, les suspendirent aux queues de leurs chevaux et les traînèrent sur les épines et les chardons jusqu'à ce qu'ils atteignent le mont Guerizim. Arrivés au mont Guerizim, ils le labourèrent et y semèrent des kirchinin (vesces), à la manière même dont ils avaient voulu traiter la Maison de notre Dieu.

Et ce jour-là, ils en firent un jour de fête.

📜 Rachi (1)
הַר גְּרִיזִים מְקוֹם מוֹשָׁבָן שֶׁל כּוּתִים:
Le mont Guerizim : le lieu de résidence des Koutim.
💡 Explication

Le dénouement est construit sur le principe mida keneged mida (mesure pour mesure) : ce que les Koutim voulaient faire au Temple -- l'araser et le rendre à la terre cultivée -- leur est fait à leur propre sanctuaire du mont Guerizim.

Semer des kirchinin, plante fourragère, marque un abaissement supplémentaire. Le Ben Yehoyada y lit une allusion phonétique : kar chinin, les dents raccourcies -- la force du serpent brisée.

14
אִי בָּעֵית אֵימָא: רְאוּיִין לְבִגְדֵי כְּהֻונָּה. וְאִי בָּעֵית אֵימָא: ״עֵת לַעֲשׂוֹת לַה׳ הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ״.

Si tu veux, dis : [ses vêtements] étaient seulement aptes à être des vêtements sacerdotaux. Et si tu veux, dis : il est temps d'agir pour l'Éternel, ils ont annulé Ta Tora.

📜 Rachi (1)
עֵת לַעֲשׂוֹת לָה' כְּשֶׁבָּא עֵת לַעֲשׂוֹת דָּבָר לִשְׁמוֹ שֶׁל מָקוֹם מֻותָּר לְהָפֵר בּוֹ תּוֹרָה:
Il est temps d'agir pour l'Éternel : quand vient le temps d'agir pour le Nom de l'Omniprésent, il est permis d'y annuler [une règle de] la Tora.
💡 Explication

La guemara résout la contradiction par deux voies distinctes, et il vaut la peine de mesurer ce qui les sépare.

Première réponse : les vêtements portés par Chimon HaTsaddik n'étaient pas les vêtements consacrés du Temple, mais des vêtements reouyin -- aptes, faits de la même matière et de la même façon, sans avoir jamais servi au service. Aucun interdit n'est alors transgressé.

Seconde réponse : c'étaient bien les vrais vêtements, et l'interdit à été transgressé -- mais légitimement, au titre de et laasot la-Chem heferou toratekha (Tehilim 119, 126). Quand l'heure exige d'agir pour le Nom, on peut suspendre une règle de la Tora.

15
חַזַּן הַכְּנֶסֶת נוֹטֵל סֵפֶר תּוֹרָה: שְׁמַע מִינַּהּ חוֹלְקִין כָּבוֹד לְתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב! אָמַר אַבַּיֵּי: כֻּולָּהּ מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ דְּכֹהֵן גָּדוֹל הִיא.

Le hazan de la synagogue prend le sefer Tora : apprends-en qu'on accorde un honneur au disciple en présence du maître ! Abaye a dit : tout cela n'est que pour l'honneur du cohen gadol.

📜 Rachi (2)
לְתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב לְרֹאשׁ הַכְּנֶסֶת וְלַסְּגַן בִּפְנֵי כֹּהֵן גָּדוֹל וְאֵינוֹ כִּמְמַעֵט כְּבוֹד הָרַב:
Au chef de la synagogue et au segan en présence du cohen gadol -- et cela ne diminue pas l'honneur du maître.
כֻּולָּהּ מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ דְּכֹהֵן גָּדוֹל מַרְאִין אוֹתוֹ שֶׁיֵּשׁ שְׂרָרוֹת הַרְבֵּה לְמַטָּה מִמֶּנּוּ אֲבָל בְּעָלְמָא אֵין חוֹלְקִין:
On lui montre qu'il y a beaucoup de dignitaires au-dessous de lui ; mais en général on n'accorde pas [cet honneur].
💡 Explication

Retour à la michna du chapitre. Le rouleau passe par une chaîne de dignitaires -- hazan, roch ha-knesset, segan -- avant d'atteindre le cohen gadol. On voudrait en tirer une règle générale : holekin kavod le-talmid bimkom ha-rav, on peut honorer un subordonné devant son supérieur.

Abaye refuse la déduction en renversant la lecture : la chaîne n'honore pas les intermédiaires, elle met en scène le rang du cohen gadol en montrant combien de dignitaires lui sont subordonnés. Il n'y a donc pas de précédent à en tirer.

🖼️ Schéma
La chaîne du sefer Tora : honneur au disciple ou honneur au maître ? Hazan ha-knesset il prend le rouleau Roch ha-knesset chef de la synagogue Segan adjoint du cohen gadol Cohen gadol il lit devant le peuple Lecture proposée On honore le hazan et le segan alors que le maître de tous -- le cohen gadol -- est présent. Réponse d'Abaye Toute la chaîne sert son honneur à lui : elle montre combien de dignitaires se tiennent au-dessous de lui.
La même chaîne, lue dans les deux sens : honneur aux intermédiaires, ou mise en scène du rang du cohen gadol.
16
וְכֹהֵן גָּדוֹל עוֹמֵד. מִכְּלָל שֶׁהוּא יוֹשֵׁב, וְהָא אֲנַן תְּנַן:

Et le cohen gadol se lève : cela implique qu'il était assis. Or n'avons-nous pas enseigné dans une michna :

💡 Explication

Dernier mot du amud, et il ouvre la suite. Si la michna précise que le cohen gadol se lève pour recevoir le rouleau, c'est qu'il était assis jusque-là.

Or une autre michna semble interdire de s'asseoir dans la azara (le parvis) -- privilège réservé aux rois de la maison de David. La contradiction est posée ; sa résolution occupe le début de 69b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).