Yoma 69b -- HaGadol haGuibor vehaNora : ce qu'on peut encore dire de Dieu après la destruction, et la capture du yetser hara

Yoma 69b

Sougya : Ce amud s'ouvre sur une difficulté de lieu héritée de 69a -- comment le cohen gadol pouvait-il être assis, puisque seuls les rois de la maison de David s'asseyent dans la azara ? -- et la résout par la topographie : la lecture avait lieu dans la ezrat nachim. En remontant à la source de cette parole de Rav Hisda, la guemara touche à la baraita du hakhel, laquelle cite Nehemia 8 ; et ce chapitre l'entraîne dans un tout autre monde.

Que veut dire, dans ce texte, l'Éternel haGadol ? Le mot est lu comme un verbe : Ezra L'a magnifié, soit en prononçant le Chem hamefourach -- ce qui ne se fait pas hors du Temple, d'où l'issue de horaat chaa -- soit en instituant une formule de bénédiction.

De là, la guemara passe au grand cri du même chapitre et rapporte le récit le plus célèbre du traité : la génération d'Ezra réclame la fin du yetser hara de l'idolâtrie, renonçant explicitement au salaire qu'on gagne à le combattre ; un billet tombe du ciel portant le mot Emet, dont Rav Hanina tire que le sceau du Saint béni soit-Il est la vérité ; trois jours de jeûne, un lionceau de feu qui sort du Saint des Saints, un cri qui porte à quatre cents parasanges et qu'il faut étouffer dans une marmite de plomb. Grisés, ils demandent aussi le yetser des arayot -- et découvrent en trois jours, faute de trouver un seul œuf du jour dans tout le pays, que ce penchant-là porte la vie du monde : on ne peut ni le tuer, ni obtenir sa moitié, seulement lui crever les yeux.

Le daf revient alors à haGadol par la version d'Erets Israël, et déploie le passage sur les Anche Knesset haGuedola : Moche avait dit haGadol haGuibor vehaNora, Yirmiya a retranché nora en voyant les nations festoyer dans le Heikhal, Daniel a retranché guibor en voyant Ses enfants asservis -- et la Grande Assemblée restaure les deux mots en les redéfinissant, la puissance devenant la maîtrise de Soi et la longanimité, le redoutable devenant la survie improbable d'une seule nation parmi toutes. Rabbi Elazar justifie les prophètes : sachant qu'Il est véridique, ils n'ont pas voulu Lui mentir.

Le amud se ferme sur un tout autre registre, la halakha du dilloug -- peut-on sauter d'un passage à l'autre dans la lecture publique ? Une première réponse mesure le saut au temps du meturgueman, elle est réfutée ; Abaye tranche par le contenu : dans la Tora on ne saute qu'à l'intérieur d'un même sujet, ce qui est exactement le cas d'Aharei mot et de Akh be-assor.

Yoma 69b : le fil du daf Un détail de lieu ouvre un verset de Nehemia, le verset ouvre un récit, le récit ramène à la halakha de la lecture À -- Seg 0 à 1 : où le cohen gadol était-il assis ? On ne s'assoit pas dans la azara : ce privilège est réservé aux rois de la maison de David. Réponse de Rav Hisda : ezrat nachim. La guemara demande alors où cette parole de Rav Hisda fut dite à l'origine : sur la baraita du hakhel, la lecture septennale. Le verset de la baraita cite Nehemia 8 : et il lut devant la place, devant la porte des Eaux. B -- Seg 2 à 4 : que veut dire haGadol ? Le verset suivant est : et Ezra bénit l'Éternel, le grand Dieu. Rav : il L'a magnifié par le Nom explicite. Rav Guidel : min haolam vead haolam. Objection : on ne prononce pas le Nom explicite hors du Temple. Réponse : ce fut une horaat chaa, une mesure d'exception. Le mot magnifier -- guidel -- est le pivot : il commande tout ce qui suit. C -- Seg 5 à 11 : le grand cri et la capture du yetser hara Même chapitre de Nehemia : et ils crièrent d'une grande voix. Que criaient-ils ? La supplique de renoncer au penchant de l'idolâtrie. Un billet tombe du ciel : Emet. Trois jours de jeûne, un lionceau de feu sort du Saint des Saints, on l'enferme dans le plomb. Grisés par le succès, ils demandent aussi le yetser des arayot -- et découvrent qu'on ne peut pas l'abolir sans tuer le monde. On lui crève les yeux : le désir subsiste, mais il ne vise plus les proches parentes. D -- Seg 12 à 15 : pourquoi Grande Assemblée ? Version d'Erets Israël : haGadol veut dire qu'ils ont rétabli haGadol haGuibor vehaNora. D'où le nom d'Anche Knesset haGuedola. Yirmiya avait supprimé nora, Daniel avait supprimé guibor : ce qu'ils voyaient contredisait le mot. Renversement : la longanimité EST la puissance ; la survie d'Israël parmi les nations EST le redoutable. Rabbi Elazar justifie les prophètes : sachant qu'Il est véridique, ils n'ont pas voulu Lui mentir. E -- Seg 16 à 20 : peut-on sauter dans la Tora ? Retour à la michna : le cohen gadol lit Aharei mot puis Akh be-assor -- il a donc sauté. Or Meguila enseigne qu'on ne saute pas dans la Tora. Première réponse : tout dépend de la durée -- si le meturgueman a fini de traduire avant qu'on ait déroulé, c'est un manque de respect pour le public. Réfutée. Abaye tranche autrement : dans la Tora on ne saute que si les deux passages traitent d'un même sujet. Ici les deux passages traitent tous deux de Yom Kippour : le saut est permis. La ligne cachée du daf : la parole juste sur Dieu Comment nommer Dieu quand l'histoire semble Le démentir ? Ezra magnifie, Yirmiya retranche, la Grande Assemblée redéfinit. Et jusqu'au dernier segment : comment lire Sa parole en public sans faire attendre ni perdre l'auditeur.
Le fil du daf en cinq mouvements : de la position assise du cohen gadol jusqu à la règle du saut dans la lecture.
HaGadol haGuibor vehaNora : qui dit quoi, et pourquoi Trois retraits successifs, puis une restauration qui change le sens des mots Qui haGadol haGuibor vehaNora Source Moche La formule complète, fondatrice oui oui oui Devarim 10,17 Yirmiya Des nations festoient dans Son Heikhal : où sont Ses actes redoutables ? oui oui retranche Yirmiya 32,18 Daniel Des nations asservissent Ses enfants : où sont Ses actes de puissance ? oui retranche oui Daniel 9,4 Anche Knesset haGuedola Ils remettent tout -- mais en donnant aux deux mots un sens nouveau. oui oui oui Nehemia 9,32 Le retournement sur guibor La puissance n'est pas de frapper l'ennemi tout de suite. C'est de kovech et yitsro : maîtriser Son propre penchant, et donner erekh apayim -- du délai -- aux méchants. Rachi : toutes ces années d'asservissement, Il patiente. Le retournement sur nora Le redoutable ne se voit plus dans le Temple intact. Il se voit dans un fait improbable : une seule nation subsiste au milieu de toutes celles qui la veulent morte. Rachi : c'est du jour de la destruction qu'on l'apprend.
Les trois attributs, leurs deux retraits et leur restauration -- la clé des segments 12 à 15.
Le récit de la capture du yetser hara, en neuf temps Segments 5 à 11 -- du grand cri de Nehemia 9 aux yeux crevés 1 -- Le cri Baya baya ! C'est lui qui a détruit le Temple, tué les justes, exilé Israël -- et il danse encore parmi nous. 2 -- Le renoncement Tu ne nous l'as donné que pour que nous en tirions salaire ? Ni lui, ni son salaire. 3 -- Le billet Un pitka tombe du ciel : EMET Rachi : Je suis d'accord avec vous. 4 -- Le jeûne Trois jours et trois nuits de taanit -- puis il leur est livré. Le ciel ne cède pas sans prix. 5 -- Le lionceau de feu Il sort du Saint des Saints. Zekharia : voilà le yetser de l'avoda zara -- zot harichaa. 6 -- Le cri et le plomb Un poil arraché : sa voix porte à 400 parsaot. On l'enferme dans une marmite de plomb, qui boit le son. 7 -- On en demande plus Puisque c'est une et ratson, demandons aussi le yetser de la avéra. Il leur est livré. 8 -- L'œuf introuvable Enfermé trois jours : plus un seul œuf du jour dans tout Erets Israël. Le même moteur fait vivre le monde. 9 -- Les yeux crevés Ni le tuer -- le monde meurt. Ni la moitié -- le ciel n'en donne pas. On l'aveugle et on le relâche. Ce que le récit enseigne Le penchant idolâtre pouvait être supprimé : il était pur parasite. Le penchant sexuel, non : il porte la vie. D'où l'aveuglement -- une réduction de portée, pas une suppression : il ne vise plus les proches parentes. Le Ben Yehoyada lit tout ce récit en clé de sod Baya = bi yod-alef : les onze simanim de la ketoret. Emet = Ekye fois Ekye (21 x 21 = 441). Les 72 heures de jeûne = Havaya en milouy youdin. Le plomb, avar, vaut le milouy du Nom Eloha (203) : ce qui protège la nechama. Voir la glose du segment 5.
Le récit de la capture du yetser hara, segment par segment, et la lecture du Ben Yehoyada.
1
אֵין יְשִׁיבָה בָּעֲזָרָה אֶלָּא לְמַלְכֵי בֵּית דָּוִד בִּלְבַד. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיָּבֹא הַמֶּלֶךְ דָּוִד וַיֵּשֶׁב לִפְנֵי ה׳״? כִּדְאָמַר רַב חִסְדָּא — בְּעֶזְרַת נָשִׁים, הָכָא נָמֵי — בְּעֶזְרַת נָשִׁים.

Il n'y a pas de position assise dans la azara (le parvis), sinon pour les rois de la maison de David seulement, ainsi qu'il est dit : Et le roi David vint et s'assit devant l'Éternel ? -- Comme l'a dit Rav Hisda : dans la ezrat nachim (le parvis des femmes) ; ici aussi : dans la ezrat nachim.

📜 Rachi (2)
אֵין יְשִׁיבָה בָּעֲזָרָה דִּכְתִיב לַעֲמֹוד לְשָׁרֵת (דְּבָרִים י״ח:ז׳) הָעֹומְדִים שָׁם לִפְנֵי ה' (שָׁם) וְלֹא מָצִינוּ בָּהּ יְשִׁיבָה:
Car il est écrit laamod lechareit, se tenir debout pour servir (Devarim 18,7), et haomdim cham lifne Hachem, ceux qui se tiennent là devant l'Éternel (ibid.) -- et nous n'avons jamais trouvé qu'on s'y asseye.
אֶלָּא לְמַלְכֵי בֵּית דָּוִד שֶׁנֶּאֱמַר וַיָּבֹא הַמֶּלֶךְ דָּוִד וַיֵּשֶׁב וְגוֹ' כְּשֶׁאָמַר לוֹ נָתָן הַנָּבִיא אַתָּה לֹא תִבְנֶה הַבָּיִת כִּי יִמְלְאוּ יָמֶיךָ וְגוֹ':
Ce fut lorsque Natan le prophète lui dit : ce n'est pas toi qui bâtiras la Maison, car lorsque tes jours seront accomplis, etc.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין יְשִׁיבָה בָּעֲזָרָה פֵּירַשְׁתִּי לְעֵיל בְּפֶרֶק שֵׁנִי (יוֹמָא דַּף כֹּה.) גַּבֵּי זָקָן יוֹשֵׁב בְּמַעֲרָבָהּ:
Je l'ai expliqué plus haut, au deuxième chapitre (Yoma 25a), à propos de l'ancien assis à l'ouest.
💡 Explication

Nous sommes dans le prolongement direct de 69a. La michna avait dit que le cohen gadol se lève pour recevoir le sefer Tora -- donc qu'il était assis. Or une michna enseigne qu'on ne s'assoit pas dans la azara : c'est un privilège réservé aux rois de la maison de David, comme on le voit du verset où David s'assied devant l'Éternel.

La réponse est purement topographique : la lecture n'avait pas lieu dans la azara proprement dite, mais dans la ezrat nachim, le parvis des femmes, où la position assise est permise. Rav Hisda avait déjà résolu de la même façon une difficulté comparable, et la guemara reprend sa solution telle quelle.

🖼️ Schéma
Où a-t-on le droit de s'asseoir ? Les enceintes du Temple La réponse de Rav Hisda tient entièrement à cette géographie Har haBayit -- le mont du Temple Position assise : permise à tous. Rabbi Eliezer ben Yaakov y situe la lecture du hakhel. Ezrat nachim -- le parvis des femmes Position assise : PERMISE. Ce n'est pas la azara au sens strict du terme. C'est ici que Rav Hisda place la lecture du cohen gadol, et celle du hakhel. Azara -- le parvis proprement dit Position assise : INTERDITE. Rachi : la Tora dit laamod lechareit, se tenir debout pour servir, et haomdim cham lifne Hachem, ceux qui se tiennent là devant l'Éternel -- jamais la position assise. Unique exception : les rois de la maison de David Vayavo hamelekh David vayechev lifne Hachem -- lorsque Natan lui annonce qu'il ne bâtira pas le Temple.
Trois enceintes emboîtées, trois régimes différents pour la position assise.
2
וְהֵיכָא אִיתְּמַר דְּרַב חִסְדָּא? אַהָא. מֵיתִיבִי: דְּתַנְיָא, הֵיכָן קוֹרִין בּוֹ — בָּעֲזָרָה, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: בְּהַר הַבַּיִת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּקְרָא בוֹ לִפְנֵי הָרְחוֹב אֲשֶׁר לִפְנֵי שַׁעַר הַמַּיִם״, וְאָמַר רַב חִסְדָּא: בְּעֶזְרַת נָשִׁים.

Et où fut donc énoncée cette parole de Rav Hisda ? Sur ceci.

On objecta, car on a enseigné dans une baraita : Où en faisait-on la lecture ? -- Dans la azara. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : sur le Har haBayit (le mont du Temple), ainsi qu'il est dit : Et il y lut devant la place qui est devant la porte des Eaux.

Et Rav Hisda a dit : dans la ezrat nachim.

💡 Explication

La guemara vient d'utiliser une parole de Rav Hisda ; elle demande maintenant dans quel contexte elle avait été prononcée à l'origine. Réponse : à propos du hakhel, la lecture publique de la Tora par le roi lors de Souccot de l'année suivant la chemita.

La baraita opposait deux avis sur le lieu de cette lecture : la azara pour le premier tana, le Har haBayit pour Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui s'appuie sur le récit d'Ezra lisant devant la place qui est devant la porte des Eaux. Rav Hisda précisait alors que la azara du premier tana désigne en réalité la ezrat nachim. C'est ce même outil qui vient de servir dans le segment précédent.

Le verset invoqué appartient au chapitre 8 de Nehemia -- et c'est lui qui va entraîner la guemara, par association, dans toute la suite du daf.

3
״וַיְבָרֶךְ עֶזְרָא אֶת ה׳ הָאֱ-לֹהִים הַגָּדוֹל״. מַאי ״גָּדוֹל״? אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב: שֶׁגָּדְלוּ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ. רַב גִּידֵּל אָמַר: ״בָּרוּךְ ה׳ אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל מִן הָעוֹלָם וְעַד הָעוֹלָם״.

Et Ezra bénit l'Éternel, le grand Dieu. Que signifie grand ?

Rav Yossef a dit au nom de Rav : il L'a magnifié par le Chem hamefourach (le Nom explicite). Rav Guidel dit : [il institua de dire] Béni soit l'Éternel, Dieu d'Israël, d'éternité en éternité.

📜 Rachi (1)
וִיבָרֵךְ עֶזְרָא וְגוֹ' בְּהַהוּא עִנְיָנָא דְּוַיִּקְרָא לִפְנֵי הָרְחוֹב כְּתִיב בָּרוּךְ ה' אֱ-לֹהִים וְגוֹ' כָּךְ תִּיקְּנוּ בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם לוֹמַר בַּמִּקְדָּשׁ בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית (יג.):
Dans ce même passage où il est écrit et il lut devant la place, il est écrit Béni soit l'Éternel Dieu, etc. Ainsi instituèrent-ils ce jour-là de dire au Temple, à la fin de chaque bénédiction, comme nous le disons au traité Taanit (13a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
'וַיְבָרֶךְ עֶזְרָא אֶת ה' הָאֱלֹקִים הַגָּדוֹל וַיַּעֲנוּ כָל הָעָם אָמֵן אָמֵן' (נְחֶמְיָה ח, ו) מַאי 'הַגָּדוֹל'? .. שֶׁגָּדְלוּ בְּשֵׁם הַמְפָרֵשׁ. הִקְשָׁה הָרִי"ף מַאי קָא בָּעֵי הֲלֹא 'הַגָּדוֹל' הוּא אֶחָד מִשְּׁבָחָיו יִתְבָּרֵךְ וְלָמָּה לֹא שָׁאַל עַל מַה שֶּׁאָמַר מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בַּתּוֹרָה (דְּבָרִים י, יז) 'הָאֵל הַגָּדֵל הַגֶּבֶר וְהַנּוֹרָא'? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסֵפֶר מְבוֹא שְׁעָרִים דְּשֵׁם אֵל הוּא בְּחֶסֶד דִּכְתִיב (תְּהִלִּים נב, ג) 'חֶסֶד אֵל כָּל הַיּוֹם' אַךְ יֵשׁ שֵׁם אֵל בַּיְּצִירָה וַעֲשִׂיָּה שֶׁהוּא אֵל גִּבּוֹר כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (יְשַׁעְיָהוּ ט, ה) 'וַיִּקְרָא שְׁמוֹ פֶּלֶא יוֹעֵץ אֵל גִּבּוֹר אֲבִי עַד שַׂר שָׁלוֹם' וְכַנִּזְכָּר שָׁם בְּשַׁעַר ג' פֶּרֶק י"ו יְעֻויַּן שָׁם. וַאֲנָא עַבְדָּא אָמֵינָא לְכָךְ הַגְּבוּרָה נִקְרָא 'שְׂמֹאל' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'שֵׁם אֵל' רוֹצֶה לוֹמַר גַּם בִּגְבוּרָה יֵשׁ 'שֵׁם אֵל' וְיָדוּעַ שֶׁהַחֶסֶד מְכוֹנָה בְּשֵׁם גְּדוֹלָה כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' כט, יא) 'לְךָ ה' הַגְּדֻלָּה וְהַגְּבוּרָה וְהַתִּפְאֶרֶת וְהַנֵּצַח וְהַהוֹד' וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ אֵל בְּחֶסֶד הַנִּקְרָא גָּדוֹל וְיֵשׁ אֵל בִּגְבוּרָה לְכָךְ פֵּירֵשׁ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בַּתּוֹרָה וְאָמַר 'הָאֵל הַגָּדֵל' אַךְ כָּאן קָאָמַר ' ה' הָאֱלֹקִים הַגָּדוֹל' דְּקָאֵי הַגָּדוֹל עַל שֵׁם הוי"ה שֶׁהוּא שֵׁם הָרַחֲמִים שֶׁאֵין בּוֹ בְּחִינָה שֶׁל דִּין כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ בְּשֵׁם אֵל כְּדֵי שֶׁיִּצְטָרֵךְ לְפָרֵשׁ לוֹמַר הַגָּדוֹל. וּלְכָךְ שָׁאַל מַאי ' הַגָּדוֹל '? וְהֵשִׁיב שֶׁגָּדְלוּ בְּשֵׁם הַמְפָרֵשׁ פֵּירוּשׁ עִיקַּר שֵׁם הַמְפֹורָשׁ הוּא בְּכֹחַ הַנְּקֻודּוֹת שֶׁקּוֹרְאוֹ וּמְכַוֵּין בִּנְקֻודּוֹת הַמְיֻוחָדִים לוֹ, וְיָדוּעַ שֶׁהַנְּקֻודּוֹת הֵם מְגַדְּלִים אֶת הָאוֹתִיּוֹת לְכָךְ אָמַר שֶׁגָּדְלוּ בְּשֵׁם הַמְפָרֵשׁ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי שֶׁגָּדְלוּ בְּשֵׁם הַמְפָרֵשׁ שֶׁצָּרִיךְ לְאָמְרוֹ בִּנְעִימָה אֲרֻוכָּה וּמַאֲרִיךְ הַרְבֵּה בִּקְרִיאָתוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁוּ הַשּׁוֹמְעִין הֲגִייָּתוֹ אֵיךְ הִיא. וּמַה שֶׁעָנוּ אָמֵן אָמֵן ב' פְּעָמִים לְעוֹרֵר בָּזֶה זְכוּת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שֶׁעוֹלֶה ב' פְּעָמִים אָמֵן [אָמֵן91×2=יַעֲקֹב182] גַּם מְכַוְּונִים אַחַת בְּשִׁילּוּב דִּבְרָכוֹת וְאַחַת בְּשִׁילּוּב דְּקַדִּישִׁים.
Et Ezra bénit l'Éternel, le grand Dieu, et tout le peuple répondit Amen, Amen (Nehemia 8,6). Que signifie le grand ? ... Il L'a magnifié par le Nom explicite. Le Rif a objecté : que demande donc la guemara ? Le grand est bien l'une de Ses louanges, béni soit-Il ; et pourquoi n'a-t-elle pas interrogé sur ce que Moche notre maître, la paix sur lui, a dit dans la Tora (Devarim 10,17) : le Dieu grand, puissant et redoutable ? Vois-y. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [de répondre ainsi] : on connaît ce qu'a dit notre maître le Ari zal dans le livre Mevo Chearim, que le Nom E-l relève du 'hessed (la bonté), ainsi qu'il est écrit (Tehilim 52,3) la bonté de Dieu tout le jour ; mais il existe un Nom E-l dans les mondes de Yetsira et de Assia, qui est E-l guibor (Dieu puissant), comme le dit le verset (Yechayahou 9,5) et il appela son nom Merveilleux-Conseiller, Dieu-Puissant, Père-de-l éternité, Prince-de-la-paix, ainsi qu'il est mentionné au Chaar 3, chapitre 16 -- vois-y. Et moi, le serviteur, je dis : c'est pour cela que la guevoura (la rigueur) est appelée semol (gauche), qui sont les lettres de chem E-l, le Nom E-l -- c'est-à-dire que dans la guevoura aussi il y a un Nom E-l. Et l'on sait que le 'hessed est désigné du nom de guedoula (grandeur), comme le dit le verset (Divre haYamim I 29,11) à Toi, Éternel, la grandeur, la puissance, la splendeur, la victoire et la majesté. C'est pourquoi, puisqu'il y a un E-l dans le 'hessed appelé grand et un E-l dans la guevoura, Moche notre maître, la paix sur lui, a précisé dans la Tora en disant le Dieu le grand. Mais ici il est dit l'Éternel, le Dieu, le grand -- où le grand se rapporte au Nom Havaya, qui est le Nom de la miséricorde, où ne se trouve aucun aspect de rigueur comme il y en a dans le Nom E-l : pourquoi faudrait-il alors préciser le grand ? Voilà pourquoi elle demande : que signifie le grand ? Et elle répond : il L'a magnifié par le Nom explicite -- c'est-à-dire que l'essentiel du Nom explicite tient à la force des nekoudot (les voyelles), qu'on le lit et qu'on l'intentionne selon les nekoudot qui lui sont propres ; et l'on sait que les nekoudot font grandir les lettres, c'est pourquoi il dit qu'il L'a magnifié par le Nom explicite. Et il me semble encore : il L'a magnifié par le Nom explicite parce qu'il faut le prononcer sur une mélodie longue, en étirant beaucoup sa lecture, afin que les auditeurs ne perçoivent pas comment se fait son articulation. Et s'ils ont répondu Amen, Amen deux fois, c'est pour éveiller par là le mérite de Yaakov notre père, la paix sur lui, dont la valeur égale deux fois Amen [Amen 91 x 2 = Yaakov 182] ; on intentionne aussi l'un selon la combinaison des berakhot et l'autre selon la combinaison des kadichim.
💡 Explication

La guemara enchaîne sur le verset voisin de celui qu'elle vient de citer. Puisque tous les noms divins sont grands, pourquoi le texte prend-il la peine de dire haGadol ?

Deux lectures, toutes deux fondées sur la racine du mot : gadol est lu comme un verbe, guidel, il a magnifié. Pour Rav, Ezra a magnifié le Nom en le prononçant explicitement -- ce que l'on ne fait qu'au Temple. Pour Rav Guidel, il a institué une formule de conclusion des berakhot, min haolam vead haolam, qui grandit le Nom en le proclamant à la face de l'assemblée.

4
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב דִּימִי: וְדִילְמָא שֶׁגִּידְּלוֹ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ? אֲמַר לֵיהּ: אֵין אוֹמְרִים שֵׁם הַמְפֹורָשׁ בִּגְבוּלִים.

Abaye dit à Rav Dimi : Et peut-être [le sens est-il] qu'il L'a magnifié par le Nom explicite ? Il lui répondit : on ne prononce pas le Nom explicite bagvoulin (dans les provinces, hors du Temple).

📜 Rachi (1)
בְּגִבּוּלִין כָּל חוּץ לָעֲזָרָה קָרֵי גְּבוּלֵין:
Tout ce qui se trouve hors de la azara est appelé guevoulin.
💡 Explication

Abaye demande pourquoi Rav Guidel n'adopte pas la lecture de Rav. La réponse est un principe halakhique ferme : le Chem hamefourach ne se prononce qu'au Temple. Rachi définit le terme guevoulin : tout ce qui se trouve hors de la azara.

Or la lecture d'Ezra décrite dans Nehemia a eu lieu devant la porte des Eaux, hors de la azara. Selon Rav Guidel, elle ne peut donc pas avoir comporte la prononciation du Nom -- d'où son autre explication du mot haGadol.

5
וְלֹא? וְהָכְתִיב: ״וַיַּעֲמֹוד עֶזְרָא הַסֹּופֵר עַל מִגְדַּל עֵץ אֲשֶׁר עָשׂוּ לַדָּבָר״. וְאָמַר רַב גִּידֵּל: שֶׁגָּדְלוּ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ! הוֹרָאַת שָׁעָה הָיְתָה.

Et vraiment pas ? Mais n'est-il pas écrit : Et Ezra le scribe se tint sur une estrade de bois qu'on avait faite pour la circonstance -- et Rav Guidel a dit : il L'a magnifié par le Nom explicite ! -- Ce fut une horaat chaa (une mesure d'exception, valable pour l'heure).

📜 Rachi (1)
לְקַבּוֹלֵי אַגְרָא שֶׁנִּכּוֹף אוֹתוֹ וּנְקַבֵּל שָׂכָר:
Pour recevoir salaire -- c'est-à-dire : que nous le domptions et en recevions une récompense.
💡 Explication

Objection : le texte même atteste qu'Ezra a prononcé le Nom hors du Temple. La guemara ne nie pas le fait ; elle le range dans une catégorie à part, la horaat chaa -- une décision exceptionnelle, liée à une circonstance unique, qui ne fonde aucune règle permanente.

C'est un outil récurrent du Talmud : lorsqu'un précédent contredit une règle établie, on le qualifie de mesure ponctuelle plutôt que de le laisser fissurer la règle. Le contexte historique s'y prête -- le peuple venait de se réengager solennellement dans l'alliance.

6
״וַיִּצְעֲקוּ אֶל ה׳ אֱ-לֹהִים בְּקוֹל גָּדוֹל״. מַאי אֱמֹור? אָמַר רַב, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: בִּיָּיא בִּיָּיא הַייְנוּ הַאי דְּאַחְרְבֵיהּ לְמַקְדְּשָׁא וְקַלְיֵהּ לְהֵיכְלֵיהּ וְקַטְלִינְהוּ לְכֻולְּהוּ צַדִּיקֵי וְאַגְלִינְהוּ לְיִשְׂרָאֵל מֵאַרְעֲהוֹן, וַעֲדַיִין מְרַקֵּד בֵּינָן. כְּלוּם יְהַבְתֵּיהּ לַן אֶלָּא לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ אַגְרָא? לָא אִיהוּ בָּעֵינַן, וְלָא אַגְרֵיהּ בָּעֵינַן!

Et ils crièrent vers l'Éternel leur Dieu d'une voix forte. Que dirent-ils ?

Rav a dit, et certains disent Rabbi Yo'hanan : Baya, baya ! C'est celui-là même qui a détruit le Temple, brûlé le Heikhal, tué tous les justes et exilé Israël de leur terre -- et il danse encore parmi nous !

Ne nous l'as-Tu donné que pour que nous en recevions récompense ? Nous ne voulons ni de lui, ni de sa récompense !

📜 Rachi (2)
בַּייָּא בַּיָּיא לְשׁוֹן זְעָקָה וְקֻובְלָנָא:
Expression de cri et de plainte.
הַאי דְּאַחְרְבֵיהּ לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ מְבַקְּשִׁין רַחֲמִים שֶׁיִּמָּסֵר בְּיָדָם יֵצֶר הָרַע שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים:
Ils demandent miséricorde afin que leur soit livré le yetser hara de l'idolâtrie.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי אֱמֹור? אָמַר רַב, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: "בַּיָּיא בַּייָּא". נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ בְּלָשׁוֹן זֶה שֶׁל צַעֲקָתָם זְכוּת עִנְיָן אֶחָד שֶׁיִּהְיֶה לְעֶזְרָתָם וְהוּא זְכוּת בֵּירוּר י"א סִימָנֵי הַקְּטֹורֶת שֶׁהוּא שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּיּוֹם פַּעַם אַחַת בְּשַׁחֲרִית וּפַעַם אַחַת בֵּין הָעַרְבַּיִם וּבְכָל אַחַת מֵהֶם יֵשׁ שְׁתֵּי בְּחִינוֹת בֵּירוּר י"א אֶחָד בְּסוֹד תִּפְאֶרֶת וּכְנֶגֶד זֶה אֲנַחְנוּ אוֹמְרִים פְּסוּקִים (שְׁמוֹת ל, לד) שֶׁל קַח לְךָ סַמִּים נָטָף וּשְׁחֵלֶת וְחֶלְבְּנָה סַמִּים וּלְבֹנָה זַכָּה בַּד בְּבַד יִהְיֶה וְכוּ' וְאֶחָד בְּסוֹד הַמַּלְכוּת וּכְנֶגֶד זֶה אֲנַחְנוּ אוֹמְרִים בָּרַיְיתָא (כְּרִיתוֹת ו.) שֶׁל הַצֳּרִי וְהַצִּפֹּרֶן הַחֶלְבְּנָה וְהַלְּבוֹנָה מִשְׁקַל שִׁבְעִים שִׁבְעִים מָנֶה וְכוּ' שֶׁהִיא תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה וְלָזֶה אָמַר בַּיָּיא בֵּי י"א בַּייָּא בֵּי י"א. גַּם עוֹד רָמְזוּ בִּלְשׁוֹן צַעֲקָתָם עַל שֵׁם קָדוֹשׁ שֶׁהוּא יְאֵא " י הָרָמוּז בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת (תְּהִלִּים סח, ב) ' י קוּם א לְהַיָּם י פּוּצוּ א וְיִבְיוֹ מִפָּנָיו' וְהוּא רֹאשׁ הַשֵּׁמוֹת וּבוֹ בָּרָא הקב"ה אֶת עוֹלָמוֹ, וּכְמוֹ שְׁאֵיתָא בְּסֵפֶר הַלִּיקּוּטִים בִּתְהִלִּים וְזֶהוּ 'בֵּי י"א בֵּי י"א'. וּמַה שֶׁאָמַר הַיְנוּ הַאי דְּאַחְרְבֵיהּ לְבֵי מַקְדְּשָׁא וְקַלְייֵהּ לְהֵיכְלָא, וְקַטְלִינְהוּ לְצַדִּיקַיָּא , וְאַגְלִינְהוּ לְיִשְׂרָאֵל מִן אַרְעֲהוֹן זִכְרוֹ ד' דְּבָרִים כְּנֶגֶד מַה שֶׁהֶחֱטִיאָם לִפְגֹּום בְּאַרְבַּע אוֹתִיּוֹת שֵׁם אדנ"י. וּמַה שֶׁאָמַר נְפַל לְהוּ פִּיתְקָא מֵרְקִיעָא , דְּכָתוּב בָּהּ : ' אֱמֶת ' ! נִרְאֶה לִי רָמַז לָהֶם כְּמוֹ שֶׁעָשִׂיתִי חֶסֶד בִּבְרִיאַת הָאָדָם לְהַשְׁלִיךְ כַּת שֶׁל אֱמֶת אַרְצָה שֶׁעִרְעֲרָה עַל בְּרִיאַת הָאָדָם כְּדֵי שֶׁיִּרְבּוּ הַמְזַכִּין שֶׁהֵם חֶסֶד וְצֶדֶק וְיִשָּׁאֵר כַּת שָׁלוֹם לְבַדּוֹ, כֵּן אֶעֱשֶׂה חֶסֶד עִמָּכֶם לַעֲשׂוֹת רְצוֹנְכֶם. אוֹ רָמַז לָהֶם בְּתֵיבַת ' אֱמֶת ' עַל שֵׁם ' אֶהְיֶה ' יַעַן כִּי מִסְפַּר אֶהְיֶה פְּעָמִים אֶהְיֶה עוֹלֶה מִסְפַּר 'אֱמֶת' [אֶהְיֶה 21×21= אֱמֶת 441] . וְכָתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל מָצָאתִי כָּתוּב בְּגִנְזֵי הַמְקֻובָּלִים אִם יִתְפַּלֵּל אָדָם לְשָׁם (שְׁמוֹת ג, יד) 'אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה' וְרַק שֶׁיִּהְיֶה טָהוֹר תְּקֻובַּל תְּפִלָּתוֹ וּתְמַלֵּא שְׁאֵלָתוֹ וְלָכֵן רָמְזוּ לָהֶם מִן הַשָּׁמַיִם בְּתֵיבַת 'אֱמֶת' שֶׁהוּא אֶהְיֶה פְּעָמִים אֶהְיֶה שֶׁתְּקֻובַּל תְּפִלָּתָם וְיַעֲשֶׂה בִּקַּשְׁתֶּם. אוֹ יוּבַן רָמְזוּ לָהֶם שֶׁצְּרִיכִין לַעֲשׂוֹת תִּקּוּן לִפְגָם שֶׁל עֲוֹן עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁהוּא כְּכוֹפֵר בְּכָל כ"ב אוֹתִיּוֹת הַתּוֹרָה אֲשֶׁר רֹאשָׁם וְאֶמְצָעָם וְסוֹפָם 'אֱמֶת', וְכֵן עָשׂוּ יָשְׁבוּ בְּתַעֲנִית ג' יָמִים וְג' לֵילוֹת כְּנֶגֶד ג' אוֹתִיּוֹת הַנִּזְכָּר לְתַקֵּן פְּגַם עֲוֹן עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁהָיָה לָרִאשׁוֹנִים גַּם לְתַקֵּן חֵטְא וְעָוֹן וָפֶשַׁע, גַּם לְתַקֵּן פְּגַם מַחְשָׁבָה וְדִיבּוּר וּמַעֲשֶׂה. גַּם צָמוּ ע"ב שָׁעוֹת כְּנֶגֶד שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי יודי"ן [יוֹ"ד ה"י וָי"ו ה"י=72] וְאַחַר שֶׁעָשׂוּ הַתִּיקּוּן הֶרְאוּ לָהֶם מִן הַשָּׁמַיִם דָּבָר אֶחָד שֶׁנִּרְאֶה לְעֵינֵיהֶם שֶׁיֵּצֵא נִיצוֹץ אֵשׁ מִבֵּית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים שֶׁהוּא כְּנֶגֶד הַלֵּב כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בִּירוּשַׁלְמִי. וְאָמַר לוֹ נָבִיא הַיְנוּ הוּא יִצְרָא דַּעֲבוֹדָה זָרָה רוֹצֶה לוֹמַר כְּמוֹ כַּמּוּת נִיצוֹץ זֶה הַקָּטָן כֵּן הוּא כַּמּוּת הַיֵּצֶר וְעִם כָּל זֶה אֵין אָדָם יָכוֹל לוֹ! ' וּבַהֲדֵי דְּתָפְסוּ לֵיהּ ' הוּא לְשׁוֹן מְלִיצָה רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁתָּפְסוּ בְּכַוָּנוֹת שֶׁלָּהֶם כֹּחַ הַחַיּוּת שֶׁלּוֹ לְמַתְּקוֹ וְנִשְׁמַט שִׁיעוּר קָטָן מִיָּדָם כְּפִי שִׁיעוּר שַׁעַר אֶחָד מִשְּׂעָרוֹת הָרֹאשׁ רוֹצֶה לוֹמַר חֵלֶק קָטָן שֶׁלֹּא נִתְבַּטֵּל בְּיָדָם. וּמַה שֶׁאָמַר רְמָא קָלָא אָזַל קָלֵיהּ אַרְבַּע מְאָה פַּרְסֵי לֹא הָיָה כֵּן מַמָּשׁ אֶלָּא כָּךְ בָּא קוֹל לְמִשְׁמַע אָזְנָם שֶׁהִשְׁמִיעוּ אוֹתָם מִן הַשָּׁמַיִם קוֹל גָּדוֹל שִׁיעוּר מַהֲלַךְ ת' פַּרְסֵי לְהוֹרוֹת לָהֶם שֶׁהוּא הַגּוֹרֵם חֻרְבַּן אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁהִיא ת' פַּרְסָה. ' וְאָמְרִי : דִּילְמָא מְרַחֲמִי לֵיהּ ' לָזֶה חֵלֶק הַקָּטָן בְּאוֹמְרוֹ שֶׁהוּא עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּת הַמָּקוֹם כִּמְשַׁל בֶּן הַמֶּלֶךְ וְהַשִּׁפְחָה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ וְאִם כֵּן זֶה הַנִּשְׁאָר יְקַטְרֵג אַחַר כָּךְ וְיִתְגַּבֵּר? וְאָמַר לָהֶם הַנָּבִיא ' שַׁדְיוּהוּ בְּדוּדָא דַּאֲבָרָא ' פֵּירוּשׁ שֶׁיַּעֲשׂוּ כַּוָּנוֹת לְהוֹרִיד זֶה הַחֵלֶק הַנִּשְׁאָר לְנֻוקְבָּא דִּתְהוֹמָא רַבָּא שֶׁלֹּא יוּכַל לְהִתְגַּבֵּר עוֹד ' וְחַפְּיוּהוּ לְפֻומָּא בַּאֲבָרָא, דְּשָׁאֵיב קָלָא ' פֵּירוּשׁ הֶאָרַת שֵׁם אֱלוֹהַּ אֲשֶׁר בְּמִילּוֹאוֹ עוֹלֶה מִסְפַּר אֵבֶר [אָלֶ"ף לָמֶ"ד ו"ו הֵ"א = אֵבֶר 203] וְהוּא הַמֵּגֵין עַל הַנְּשָׁמָה בְּסוֹד (אִיּוֹב ג, כג) 'וַיַּסֵּךְ אֱלוֹהַּ בַּעֲדוֹ' וּשְׁאָר הַמַּאֲמָר מוּבָן מֵאֵילָיו כִּי יֵשׁ בּוֹ דְּבָרִים שֶׁהֵם דִּבְרֵי מְלִיצָה וְאֵינָם כִּפְשׁוּטָן.
Que dirent-ils ? Rav a dit, et certains disent Rabbi Yo'hanan : baya, baya. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont fait allusion, par cette expression de leur cri, au mérite d'une chose qui devait leur venir en aide : le mérite du berour (le tri) des onze simanim (ingrédients) de la ketoret, qui a lieu deux fois par jour -- une fois le matin et une fois entre les deux soirs ; et dans chacune il y a deux aspects du berour des onze, l'un dans le sod du tiferet, et en regard de cela nous disons les versets (Chemot 30,34) prends-toi des aromates, nataf, chehelet et helbena, aromates, et de l'encens pur, à parts égales ce sera, etc. ; et l'autre dans le sod de la malkhout, et en regard de cela nous disons la baraita (Keritot 6a) le tsori, le tsiporen, la helbena et la levona, du poids de soixante-dix mane chacun, etc., qui est la Tora orale. C'est pourquoi il a dit baya, bi yod-alef, baya, bi yod-alef. Ils ont en outre fait allusion, par l'expression de leur cri, à un Nom saint qui est Y-A-A, évoqué dans les initiales de (Tehilim 68,2) Yakoum Elokim Yafoutsou Oyvav mipanav ; il est le premier des Noms, et par lui le Saint béni soit-Il a créé Son monde, comme il est écrit dans le Sefer haLikoutim sur les Tehilim -- et c'est la bi yod-alef, bi yod-alef. Et ce qu'ils ont dit : c'est celui-là qui a détruit la Maison du Temple, brûlé le Heikhal, tué les justes et exilé Israël de leur terre -- ils ont mentionné quatre choses, en regard de ce qu'il les a fait fauter et endommager les quatre lettres du Nom A-D-N-Y. Et ce qui est dit, qu'un billet leur tomba du ciel sur lequel était écrit Emet, me semble leur faire allusion à ceci : de même que J'ai fait bonté lors de la création de l'homme en précipitant à terre le camp de la Vérité qui contestait cette création, afin que se multiplient ceux qui plaident en sa faveur, qui sont 'Hessed et Tsedek, et qu'il ne reste que le camp de la Paix -- de même Je ferai bonté avec vous en accomplissant votre volonté. Ou bien on leur a fait allusion, par le mot Emet, au Nom Ekye, puisque le compte de Ekye fois Ekye donne le compte de Emet [Ekye 21 x 21 = Emet 441]. Et le Gaon Hida zal a écrit : j'ai trouvé écrit dans les trésors des kabbalistes que si un homme prie par le Nom (Chemot 3,14) Ekye acher Ekye, pourvu seulement qu'il soit pur, sa prière sera agréée et sa demande comblée ; c'est pourquoi on leur fit allusion depuis le Ciel par le mot Emet, qui est Ekye fois Ekye, pour dire que leur prière serait agréée et leur requête exaucée. Ou encore on peut comprendre qu'on leur a fait allusion qu'ils devaient opérer un tikoun (une réparation) du dommage de la faute d'idolâtrie, laquelle équivaut à renier les vingt-deux lettres de la Tora, dont le début, le milieu et la fin forment Emet ; et c'est ce qu'ils firent : ils siégèrent en jeûne trois jours et trois nuits, en regard des trois lettres mentionnées, pour réparer le dommage de la faute d'idolâtrie qui fut celle des premières générations, et aussi pour réparer het, avon et pécha, et encore pour réparer le dommage de la pensée, de la parole et de l'acte. Ils jeûnèrent également soixante-douze heures, en regard du Nom Havaya dans son remplissage par des youd [Youd-Hé Vav-Hé = 72]. Et après avoir fait ce tikoun, on leur montra depuis le Ciel une chose qui parut à leurs yeux : une étincelle de feu sortit du Saint des Saints, lequel correspond au cœur, comme il est dit dans le Yerouchalmi. Et le prophète lui dit : c'est là le yetser de l'idolâtrie -- c'est-à-dire : à la mesure de cette petite étincelle est la mesure du yetser, et malgré cela l'homme ne peut en venir à bout ! Et comme ils s'en saisirent est une expression imagée, voulant dire qu'ils saisirent par leurs kavanot la force vitale qui est la sienne pour l'adoucir, et qu'une petite mesure leur échappa des mains, de la mesure d'un seul cheveu de la tête -- c'est-à-dire une petite part qui ne fut pas annulée entre leurs mains. Et ce qui est dit, qu'il éleva la voix et que sa voix porta à quatre cents parasanges, ne fut pas ainsi littéralement : une voix parvint à leurs oreilles, qu'on leur fit entendre depuis le Ciel, une voix immense de la mesure d'un trajet de quatre cents parasanges, pour leur enseigner que c'est lui la cause de la destruction de la terre d'Israël, laquelle est de quatre cents parasanges. Et ils dirent : peut-être aura-t-on pitié de lui -- pour cette petite part, en disant qu'il accomplit la mission de l'Omniprésent, à l'image du fils du roi et de la servante mentionnée dans le saint Zohar ; et s'il en est ainsi, ce qui reste accusera ensuite et prendra le dessus ? Le prophète leur dit : jetez-le dans une marmite de plomb -- c'est-à-dire qu'ils fassent des kavanot pour faire descendre cette part restante dans la noukva de-tehoma raba, afin qu'elle ne puisse plus prendre le dessus ; et scellez-en l'ouverture avec du plomb, car le plomb absorbe la voix -- c'est-à-dire l'illumination du Nom Eloha, dont le remplissage donne le compte de avar, plomb [Alef-Lamed Vav-Hé = avar 203], et c'est lui qui protège la nechama, dans le sod de (Iyov 3,23) et Dieu l'a entouré d'une haie. Et le reste du passage se comprend de soi-même, car il s'y trouve des choses qui relèvent de l'image et ne sont pas à prendre au sens littéral.
💡 Explication

Toujours dans le même chapitre de Nehemia, la guemara passe au grand cri du peuple. Que criaient-ils ? Rachi le dit sans détour : ils demandaient que leur soit livré le yetser hara de l'avoda zara, le penchant pour l'idolâtrie. Baya baya est, selon Rachi, un cri de protestation et de plainte.

L'argument est théologiquement audacieux. La justification classique du yetser hara est qu'il existe pour que l'homme le surmonte et en soit récompense. La génération d'Ezra retourne cet argument : nous renonçons à la récompense, pourvu que l'instrument disparaisse. Le prix à payé -- quatre catastrophes énumérées -- excède de trop loin le bénéfice.

7
נְפַל לְהוּ פִּיתְקָא מֵרְקִיעָא, דַּהֲוָה כְּתַב בָּהּ ״אֱמֶת״.

Un billet leur tomba du ciel, sur lequel était écrit : Emet (Vérité).

📜 Rachi (2)
פִּיתְקָא כְּתָב:
Un écrit.
אֱמֶת כְּלוֹמַר מַסְכִּים אֲנִי עִמָּכֶם:
C'est-à-dire : Je suis d'accord avec vous.
💡 Explication

La réponse du ciel ne passe pas par une voix ni par un prophète, mais par un objet écrit -- un pitka, un billet -- portant un seul mot. Rachi glose : cela veut dire Je suis d'accord avec vous.

8
אָמַר רַב חֲנִינָא: שְׁמַע מִינַּהּ חוֹתָמוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא ״אֱמֶת״.

Rav Hanina dit : apprends-en que le hotam (le sceau) du Saint béni soit-Il est Emet.

💡 Explication

Remarque incidente, greffée sur le détail du billet. Si le ciel répond par ce mot précis, c'est qu'il fonctionne comme une signature : le hotam, le sceau qui authentifie un document. Le mot Emet est ainsi la marque de fabrique divine, ce qui garantit que le billet vient bien de Lui.

La formule est devenue classique : hotamo chel HaKadoch Baroukh Hou émet. On la relie souvent au fait que ses trois lettres -- alef, mem, tav -- sont la première, la médiane et la dernière de l'alphabet.

9
אוֹתִיבוּ בְּתַעֲנִיתָא תְּלָתָא יוֹמִין וּתְלָתָא לֵילָוָאתָא, מְסָרוּהוּ נִיהֲלַיְהוּ. נְפַק אֲתָא כִּי גּוּרְיָא דְּנוּרָא מִבֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים, אֲמַר לְהוּ נָבִיא לְיִשְׂרָאֵל: הַיְינוּ יִצְרָא דַּעֲבוֹדָה זָרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר זֹאת הָרִשְׁעָה״.

Ils siégèrent en jeûne trois jours et trois nuits ; on le leur livra. Il sortit du Saint des Saints comme un lionceau de feu.

Le prophète dit à Israël : c'est là le yetser de l'avoda zara, ainsi qu'il est dit : Et il dit : celle-ci est la méchanceté.

📜 Rachi (1)
אָמַר לְהוּ נָבִיא זְכַרְיָה בֶּן עִדּוֹ:
Le prophète, c'est Zekharia fils d'Ido.
💡 Explication

L'accord du ciel ne dispense pas de l'effort : il faut encore trois jours et trois nuits de taanit pour que la chose soit effectivement remise entre leurs mains.

Deux détails comptent. D'abord le lieu : le penchant idolâtre sort du Saint des Saints -- là où l'on aurait attendu le contraire. Ensuite la forme : un lionceau de feu, une chose visible, saisissable. Rachi identifie le prophète : Zekharia fils d'Ido, dont le chapitre 5 fournit le verset d'appui, zot harichaa.

10
בַּהֲדֵי דְּתַפְסוּהּ לֵיהּ אִשְׁתְּמִיט בִּינִיתָא מִמַּזְּיֵיא וּרְמָא קָלָא, וַאֲזַל קָלֵיהּ אַרְבַּע מְאָה פַּרְסֵי. אָמְרוּ: הֵיכִי נַעֲבִיד? דִּילְמָא חַס וְשָׁלוֹם מְרַחֲמִי עֲלֵיהּ מִן שְׁמַיָּא. אָמַר לְהוּ נָבִיא: שַׁדְיוּהוּ בְּדוּדָא דַּאֲבָרָא, וְחַפְּיוּהוּ לְפֻומֵּיהּ בַּאֲבָרָא, דַּאֲבָרָא מִשְׁאָב שָׁאֵיב קָלָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר זֹאת הָרִשְׁעָה וַיַּשְׁלֵךְ אֹותָהּ אֶל תּוֹךְ הָאֵיפָה וַיַּשְׁלֵךְ אֶת אֶבֶן הָעֹופֶרֶת אֶל פִּיהָ״.

Comme ils s'en saisissaient, un poil de sa crinière se détacha et il poussa un cri, et sa voix porta à quatre cents parasanges. Ils dirent : que faire ?

Peut-être, à Dieu ne plaise, aura-t-on pitié de lui depuis le ciel. Le prophète leur dit : jetez-le dans une marmite de plomb et scellez-en l'ouverture avec du plomb, car le plomb absorbe le son, ainsi qu'il est dit : Et il dit : celle-ci est la méchanceté ; et il la jeta au milieu de l'épha, et il jeta la pierre de plomb sur son ouverture.

📜 Rachi (4)
בִּינִיתָא שֵׂיעָר:
Un poil.
בְּדוּדָא דַּאֲבָרָא בְּסִיר שֶׁל עוֹפֶרֶת:
Dans une marmite de plomb.
זֹאת הָרִשְׁעָה וַיַּשְׁלֵךְ אֹותָהּ אֶל תּוֹךְ הָאֵיפָה (וְיִתֵּן) אֶת אֶבֶן הָעֹופֶרֶת אֶל פִּיהָ:
Celle-ci est la méchanceté -- et il la jeta au milieu de l'épha, [et il posa] la pierre de plomb sur son ouverture.
שָׁאֵיב קָלָא נִכְנַס הַקּוֹל לְתוֹךְ הָעוֹפֶרֶת וְאֵינוֹ יוֹצֵא מִמֶּנּוּ:
La voix entre dans le plomb et n'en sort plus.
💡 Explication

La capture n'est pas simple. Le cri du yetser porte à quatre cents parasanges -- la dimension exacte d'Erets Israël, ce que le Ben Yehoyada relèvera. Et ce cri devient un danger : la plainte pourrait attirer sur lui la miséricorde du ciel et faire annuler le décret.

La solution est technique et concrète : le plomb, matériau qui absorbe le son. Rachi précise le mécanisme -- la voix entre dans le plomb et n'en ressort pas. Tout le passage est construit sur le verset de Zekharia 5, où l'épha scellée d'une pierre de plomb devient la prison de la richaa.

11
אָמְרוּ: הוֹאִיל וְעֵת רָצוֹן הוּא, נִבְעֵי רַחֲמֵי אַיִּצְרָא דַעֲבֵירָה. בְּעוֹ רַחֲמֵי וְאִמְּסַר בִּידַיְיהוּ.

Ils dirent : puisque c'est une et ratson (une heure de faveur), demandons miséricorde au sujet du yetser de la avéra. Ils demandèrent miséricorde, et il leur fut livré.

💡 Explication

Le succès appelle la surenchère. Le raisonnement est celui d'une et ratson, une heure propice : puisque le ciel vient d'accorder l'impossible, autant demander davantage.

Yitsra de-avéra désigne ici le penchant sexuel. La demande est aussitôt accordée -- et c'est précisément ce succès immédiat qui va révéler, au segment suivant, que les deux penchants ne sont pas de même nature.

12
אֲמַר לְהוּ: חֲזוּ, דְּאִי קָטְלִיתוּ לֵיהּ לְהָהוּא, כֻּלֵּי עָלְמָא. חֲבָשׁוּהוּ תְּלָתָא יוֹמֵי, וּבָעוּ בֵּיעֲתָא בַּת יוֹמָא בְּכָל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְלָא אִשְׁתְּכַח. אָמְרִי: הֵיכִי נַעֲבִיד? נִקְטְלֵיהּ — כֻּלֵּי עָלְמָא, נִיבְעֵי רַחֲמֵי אַפַּלְגָא — פַּלְגָא בִּרְקִיעָא לָא יָהֲבִי. כַּחְלִינְהוּ לְעֵינֵיהּ וְשֶׁבְּקוֹהוֹ, וְאַהְנִי דְּלָא מִיגָּרֵי בֵּיהּ לְאִינִישׁ בְּקָרִיבְתֵּהּ.

Il leur dit : voyez, si vous tuez celui-là, le monde s'anéantit. Ils l'enfermèrent trois jours, et l'on chercha un œuf du jour dans toute la terre d'Israël sans en trouver.

Ils dirent : que faire ? Le tuer -- le monde s'anéantit.

Demander miséricorde pour la moitié -- au ciel on n'accorde pas de moitiés. Ils lui crevèrent les yeux et le relâchèrent ; et cela servit en ceci qu'on n'est plus excité à l'égard de ses proches parentes.

📜 Rachi (5)
כָּלְיָא עָלְמָא יִכְלֶה הָעוֹלָם שֶׁלֹּא תְּהֵא פְּרִיָּה וּרְבִיָּה:
Le monde s'anéantirait, car il n'y aurait plus de procréation.
בֵּיעֲתָא בַּת יוֹמָא בֵּיצָה הַנּוֹלָדָהּ בּוֹ בַּיּוֹם לְפִי שֶׁפָּסַק הַחִימּוּם מִן הַמֵּעַיִם וַאֲפִילּוּ אוֹתָן שֶׁעִיבְּרָה הַתַּרְנְגֹולֶת כְּבָר אֵינָן מִתְבַּשְּׁלִין בְּמֵעֶיהָ:
Un œuf pondu le jour même -- parce que la chaleur avait cessé dans les entrailles, et même ceux que la poule avait déjà conçus ne mûrissaient plus en elle.
שֶׁהוּא אֲמִתִּי מַסְכִּים עַל הָאֱמֶת וְשׂוֹנֵא אֶת הַשֶּׁקֶר:
Qu'Il est véridique -- Il adhère à la vérité et hait le mensonge.
לְפַלְּגָא שֶׁיְּהֵא שׁוֹלֵט בָּאָדָם לִיזָּקֵק לְאִשְׁתּוֹ וְלֹא לְאַחֶרֶת:
Pour la moitié -- qu'il domine l'homme pour s'unir à sa femme et non à une autre.
כַּחְלִינְהוּ סִימוּ אֶת עֵינָיו ע"י כְּחוֹל:
Ils lui crevèrent les yeux -- ils l'ont aveuglé au moyen de kohl.
💡 Explication

Le prophète prévient : ce penchant-ci n'est pas un parasite, c'est le moteur de la peria ourevia. La preuve est administrée expérimentalement, et elle est spectaculaire : trois jours d'enfermement, et l'on ne trouve plus un seul œuf pondu du jour dans tout le pays. Rachi explique le détail physiologique -- la chaleur ayant cessé dans les entrailles, même les œufs déjà conçus ne mûrissent plus.

Trois options sont alors pesées. Le tuer : le monde s'éteint. Demander une réduction de moitié -- que le désir ne pousse plus que vers l'épouse légitime, précise Rachi : refusé, car palga birkia lo yahavi, on n'accorde pas de demi-dons au ciel. Reste une troisième voie, ni suppression ni demi-mesure demandée au ciel mais une action portée sur l'organe : on l aveugle.

Le résultat est mesuré avec sobriété : cela a servi en ceci qu'un homme n'est plus attiré par ses proches parentes. Le désir demeure ; il ne voit simplement plus la cible la plus proche.

🖼️ Schéma
Que faire du yetser des arayot ? Trois options, une seule tenable Il est entre leurs mains Preuve de sa force vitale : trois jours sans un œuf Le tuer Le désir disparaît entièrement. Mais avec lui disparaît la peria ourevia -- la reproduction. Kali alma : le monde s'éteint Vérifié expérimentalement, dit la guemara. Demander la moitié Qu'il ne pousse plus que vers l'épouse légitime -- Rachi. Refusé au ciel Palga birkia lo yahavi : on n'accorde pas de demi-dons. Lui crever les yeux Kahalinhou le-enei : on l'aveugle au kohl, puis on le relâche. Solution retenue Il agit encore, mais il ne voit plus qui il vise. Le résultat, mesuré avec précision par la guemara Vaahani delo migari be lienich bikrivateh : cela a servi en ceci qu'un homme n'est plus excité envers ses proches parentes. Ni plus, ni moins. Le désir en général subsiste intact -- seule sa direction la plus contre-nature a été coupée. C'est là différence entre l'idolâtrie, qu'on a pu abolir, et le yetser sexuel, qu'on n'a pu que borner.
Trois options pesées par la guemara, et pourquoi deux d'entre elles sont impraticables.
13
בְּמַעֲרָבָא מַתְנוּ הָכִי: רַב גִּידֵּל אָמַר: ״גָּדוֹל״ — שֶׁגָּדְלוּ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ, וְרַב מַתְנָא אָמַר: ״הָאֵל הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא״.

En Occident (en terre d'Israël) on enseignait ainsi : Rav Guidel dit : grand -- il L'a magnifié par le Nom explicite ; et Rav Matna dit : [ils rétablirent] le Dieu grand, puissant et redoutable.

💡 Explication

Après la longue parenthèse narrative, la guemara revient à la question du segment 2 : que veut dire haGadol ? Elle rapporte la version transmise en Erets Israël, où les positions sont distribuées autrement.

C'est ici qu'apparaît la lecture qui va commander toute la fin de la sougya : haGadol serait une allusion au rétablissement de la formule complète haGadol haGuibor vehaNora, que deux prophètes avaient auparavant amputée.

14
וְהָא דְּרַב מַתְנָא מָטְייָא לִדְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: לָמָּה נִקְרָא שְׁמָן אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה — שֶׁהֶחֱזִירוּ עֲטָרָה לְיָושְׁנָהּ. אֲתָא מֹשֶׁה, אָמַר: ״הָאֵל הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא״. אֲתָא יִרְמְיָה וְאָמַר: גּוֹיִם מְקַרְקְרִין בְּהֵיכָלוֹ, אַיֵּה נוֹרְאוֹתָיו? לֹא אָמַר ״נוֹרָא״. אֲתָא דָּנִיֵּאל אָמַר: גּוֹיִם מִשְׁתַּעְבְּדִים בְּבָנָיו, אַיֵּה גְּבוּרוֹתָיו? לֹא אָמַר ״גִּבּוֹר״.

Et cet enseignement de Rav Matna penche vers celui de Rabbi Yehochoua ben Levi. Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : pourquoi les a-t-on appelés Anche Knesset haGuedola (les hommes de la Grande Assemblée) ?

Parce qu'ils ont rendu la couronne à son état ancien. Moche vint et dit : le Dieu grand, puissant et redoutable.

Vint Yirmiya, qui dit : des nations festoient dans Son Heikhal -- où sont Ses actes redoutables ? -- et il ne dit pas redoutable. Vint Daniel, qui dit : des nations asservissent Ses enfants -- où sont Ses actes de puissance ? -- et il ne dit pas puissant.

📜 Rachi (5)
הָאֵל הַגָּדֹול הַגִּבֹּור וְהַנּוֹרָא אֲשֶׁר לֹא יִשָּׂא פָנִים:
Le Dieu grand, puissant et redoutable -- qui ne fait pas acception de personnes.
עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מְקַרְקְרִים בְּהֵיכָלוֹ שֶׁרָאָה שָׂרֵי נְבוּכַדְנֶצַּר נִכְנָסִין לַהֵיכָל וּמְרִיעִים בּוֹ כְּכָל רְצוֹנָם:
Des idolâtres festoient dans Son Heikhal -- car il vit les officiers de Nevoukhadnetsar entrer dans le Heikhal et y faire du tapage à leur guise.
לֹא אָמַר נוֹרָא בְּפָרָשַׁת הִנֵּה חֲנַמְאֵל כְּתִיב עֹושֶׂה חֶסֶד לַאֲלָפִים וּמְשַׁלֵּם עֲוֹן אָבוֹת אֶל חֵיק בְּנֵיהֶם אַחֲרֵיהֶם הָאֵל הַגָּדוֹל וְהַגִּבּוֹר ה' צְבָאוֹת שְׁמוֹ (יִרְמְיָהוּ ל״ב:י״ח):
Il ne dit pas redoutable -- dans la section Voici Hanamel il est écrit : qui fait grâce à des milliers et paie la faute des pères dans le sein de leurs enfants après eux, le Dieu grand et puissant, l'Éternel Tsevaot est Son Nom (Yirmiya 32,18).
עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מִשְׁתַּעְבְּדִים בְּבָנָיו זֶה שִׁבְעִים שָׁנָה:
Des idolâtres asservissent Ses enfants -- voici soixante-dix ans.
דָּנִיֵּאל לֹא אָמַר גִּבּוֹר בִּתְפִלָּתוֹ בְּסִפְרוֹ (דָּנִיֵּאל ט):
Daniel n'a pas dit puissant -- dans sa prière, dans son livre (Daniel 9).
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה נִקְרָא שְׁמָם: 'אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה'? שֶׁהֶחֱזִירוּ אֶת הָעֲטָרָה לְיָשְׁנָהּ. מַקְשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְקָרְאָם 'כְּנֶסֶת הַגְּבוּרָה' אוֹ 'הַנּוֹרָאָה' כִּי הַחִדּוּשׁ שֶׁעָשׂוּ הוּא בַּתּוֹאֲרִים שֶׁל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם יִקְרָאוּם 'הַגְּבוּרָה' אֵין זֶה חִדּוּשׁ לְגַבֵּי יִרְמְיָה וְאִם יִקְרָאוּם 'הַנּוֹרָאָה' אֵין זֶה חִידּוּשׁ לְגַבֵּי דָּנִיֵּאל, אַךְ קְרָאוּם 'הַגְּדוֹלָה' דְּהֵם עָשׂוּ חִידּוּשׁ בְּתֹואַר הַגָּדוֹל דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אָמַר אַחַר תֹּואַר הַגָּדוֹל שְׁנֵי תּוֹאֲרִים נִמְצָא תֹּואַר הַגָּדוֹל נֶאֱמַר לְמַעְלָה מִשְּׁנֵי תּוֹאֲרִים וַאֲתָא יִרְמְיָה וְחָסֵר תֹּואַר אֶחָד הֲרֵי נִתְמַעֵט ח"ו כָּבוֹד הַגָּדוֹל שֶׁעַתָּה אֵינוֹ נִזְכָּר אֶלָּא לְמַעְלָה מִתֹּואַר אֶחָד, וְכֵן דָּנִיֵּאל שֶׁחָסֵר גַּם כֵּן תֹּואַר אֶחָד וְהִנִּיחַ רַק תֹּואַר אֶחָד אַחַר הַגָּדוֹל גַּם כֵּן נִתְמַעֵט תֹּואַר הַגָּדוֹל וְכַאֲשֶׁר בָּאוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה וְהִזְכִּירוּ שְׁנֵי תּוֹאֲרִים אַחַר תֹּואַר הַגָּדוֹל הֲרֵי הֶחֱזִירוּ תֹּואַר הַגָּדוֹל לְמַעֲלָתוֹ וְלָכֵן עַל זֶה הַחִידּוּשׁ קְרָאוּם 'אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה'. וּמַה שֶׁאָמַר הֶחֱזִירוּ אֶת הָעֲטָרָה לְיָשְׁנָהּ וְלֹא אָמַר 'הֶחֱזִירוֹ הַגְּדוֹלָה'? נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בְּעִנְיַן שְׁלֹשָׁה ההי"ן הַנִּזְכָּרִים בִּשְׁלֹשָׁה תּוֹאֲרִים אֵלּוּ שֶׁהֵם ' ה גָּדוֹל ה גִּבּוֹר ו ה נוֹרָא' הִנֵּה שְׁלֹשָׁה תּוֹאֲרִים אֵלּוּ עַצְמָן הֵם חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] שֶׁל בְּחִינַת וָא"ו דְּשֵׁם ה ו י"ה וְהַשְּׁלֹשָׁה ההי"ן הַנּוֹסָפִין עֲלֵיהֶם הֵם סוֹד הַבִּינָה שֶׁהִיא הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם ה וי"ה שֶׁיּוֹרֶדֶת בְּחֶסֶד הַנִּקְרָא גָּדוֹל וְנַעֲשֶׂה הַגָּדוֹל וְיוֹרֶדֶת בִּגְבוּרָה וְנַעֲשֶׂה הַגִּבּוֹר וְיוֹרֶדֶת בְּתִפְאֶרֶת הַנִּקְרָא נוֹרָא וְנַעֲשֶׂה הַנּוֹרָא, נִמְצָא אֵלּוּ הַשְּׁלֹשָׁה הה"ין הֵם עֲטָרָה לְשָׁלֹשׁ תּוֹאֲרִים שֶׁהֵם 'גָּדוֹל גִּבּוֹר נוֹרָא' שֶׁהֵם חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] דִּבְחִינַת אוֹת וָא"ו דְּשֵׁם ה ו י"ה. וְאָמַרְתִּי בס"ד דְּאֵלּוּ הַשְּׁלֹשָׁה ההי"ן נִרְמָזִים בְּשֵׁם הָאֶחָד וְאַרְבָּעִים מִשֵּׁמוֹת ע"ב שֶׁהוּא הה"ה וְלָכֵן הוּא שֵׁם מ"א כִּי הַבִּינָה נִקְרֵאת 'אִם' בְּסוֹד (מִשְׁלֵי ב, ג) 'אִם לְבֵינָהּ תִּקְרָא' וְלָכֵן יִרְמְיָה שֶׁלֹּא אָמַר הַנּוֹרָא חִיסֵּר חֵלֶק מִן הָעֲטָרָה גַּם כֵּן שֶׁהִיא אוֹת ה' וְכֵן דָּנִיֵּאל שֶׁלֹּא אָמַר הַגִּבּוֹר חִיסֵּר גַּם אֶת הָעֲטָרָה וַאֲתוֹ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה וְאָמְרוּ 'הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא' הֶחֱזִירוּ גַּם הָעֲטָרָה שֶׁהִיא שְׁלֹשָׁה ההי"ן לְיָשְׁנָהּ.
Pourquoi les a-t-on appelés Anche Knesset haGuedola ? Parce qu'ils ont rendu la couronne à son état ancien. On objecte : il aurait fallu les appeler Knesset haGuevoura ou haNoraa, puisque la nouveauté qu'ils ont introduite porte sur les qualificatifs de puissant et de redoutable ! Et il me semble, avec l'aide du Ciel : si on les avait appelés haGuevoura, ce ne serait pas une nouveauté au regard de Yirmiya ; et si on les avait appelés haNoraa, ce ne serait pas une nouveauté au regard de Daniel. Mais on les a appelés haGuedola parce qu'ils ont introduit une nouveauté dans le qualificatif le grand : Moche notre maître, la paix sur lui, a placé après le qualificatif le grand deux autres qualificatifs -- il se trouve donc que le qualificatif le grand était énoncé au-dessus de deux qualificatifs. Vint Yirmiya, qui en retrancha un : voilà que l'honneur du grand se trouva, à Dieu ne plaise, diminué, puisqu'il n'est plus mentionné qu'au-dessus d'un seul qualificatif ; de même Daniel, qui en retrancha également un et ne laissa qu'un seul qualificatif après le grand -- là aussi le qualificatif le grand fut diminué. Et lorsque vinrent les hommes de la Grande Assemblée et mentionnèrent deux qualificatifs après le grand, voilà qu'ils rendirent au qualificatif le grand son rang ; c'est pour cette nouveauté qu'on les appela Anche Knesset haGuedola. Et pourquoi dit-il qu'ils ont rendu la couronne à son état ancien, et non qu'ils ont rendu la grandeur ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [de l'expliquer] d'après ce qu'a écrit notre maître zal dans le Chaar haKavanot au sujet des trois hé mentionnés dans ces trois qualificatifs, qui sont Ha-gadol, Ha-guibor ve-Ha-nora : ces trois qualificatifs eux-mêmes sont le hagat ['hessed, guevoura, tiferet] de l'aspect du vav du Nom Havaya, et les trois hé qui leur sont ajoutés sont le sod de la bina, laquelle est le premier hé du Nom Havaya : elle descend dans le 'hessed appelé grand et il devient le grand, elle descend dans la guevoura et elle devient le puissant, elle descend dans le tiferet appelé redoutable et il devient le redoutable. Il se trouve donc que ces trois hé sont une couronne pour les trois qualificatifs grand, puissant, redoutable, qui sont le hagat de l'aspect de la lettre vav du Nom Havaya. Et j'ai dit, avec l'aide du Ciel, que ces trois hé sont évoqués dans le quarante-et-unième des soixante-douze Noms, qui est Hé-Hé-Hé -- et c'est pourquoi il est le Nom 41, car la bina est appelée em (mère), dans le sod de (Michle 2,3) si tu appelles la bina mère. C'est pourquoi Yirmiya, qui n'a pas dit le redoutable, a retranché aussi une part de la couronne, qui est la lettre hé ; de même Daniel, qui n'a pas dit le puissant, a retranché lui aussi de la couronne. Vinrent alors les hommes de la Grande Assemblée, qui dirent le grand, le puissant et le redoutable : ils ont rendu également la couronne, qui est les trois hé, à son état ancien.
💡 Explication

Le passage le plus célèbre du daf. Il donne l'étymologie du nom Anche Knesset haGuedola : ils ont rendu la couronne à son état ancien.

Le mouvement se lit en trois temps. Moche fixe la formule complète. Yirmiya, témoin des officiers de Nevoukhadnetsar faisant du tapage dans le Heikhal -- c'est la glose de Rachi -- ne peut plus dire nora : il l'omet dans sa prière. Daniel, témoin de soixante-dix ans d'asservissement, ne peut plus dire guibor : il l'omet à son tour.

Le point remarquable est que ce ne sont pas des erreurs. Chacun a supprimé ce que sa génération ne pouvait plus voir. Le problème -- comment ose-t-on modifier une formule de Moche ? -- sera posé explicitement au segment 15.

15
אָתוּ אִינְהוּ וְאָמְרוּ: אַדְּרַבָּה, זוֹ הִיא (גְּבוּרַת) גְּבוּרָתוֹ: שֶׁכּוֹבֵשׁ אֶת יִצְרוֹ — שֶׁנּוֹתֵן אֶרֶךְ אַפַּיִם לָרְשָׁעִים. וְאֵלּוּ הֵן נוֹרְאוֹתָיו — שֶׁאִלְמָלֵא מוֹרָאוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הֵיאַךְ אֻומָּה אַחַת יְכוֹלָה לְהִתְקַיֵּים בֵּין הָאֻומּוֹת?

Eux vinrent et dirent : au contraire, c'est là Sa puissance -- qu'Il maîtrise Son penchant, qu'Il fasse preuve de longanimité envers les méchants. Et voici Ses actes redoutables : sans la crainte du Saint béni soit-Il, comment une nation unique pourrait-elle subsister parmi les nations ?

📜 Rachi (2)
זוֹ הִיא גְּבוּרָתוֹ שֶׁכּוֹבֵשׁ יִצְרוֹ כָּל הַשָּׁנִים הַלָּלוּ שֶׁנִּשְׁתַּעְבְּדוּ בָּהֶן וּמַאֲרִיךְ אַפּוֹ עַל כָּל הַגְּזֵירוֹת שֶׁגּוֹזְרִים עַל בָּנָיו:
C'est là Sa puissance -- qu'Il maîtrise Son penchant durant toutes ces années où ils les ont asservis, et qu'Il patiente sur tous les décrets qu'ils décrètent contre Ses enfants.
וְאֵלּוּ הֵן נוֹרְאוֹתָיו שֶׁאִלְמָלֵא מוֹרָאוֹ וְכוּ' מִן יוֹם הַחֻורְבָּן אַתָּה לָמֵד נוֹרְאוֹתָיו שֶׁכָּל הָאֻומּוֹת נֶאֶסְפוּ לְהַשְׁמִידָם וְנִתְקַיְּימוּ מֵהֶן:
Et voici Ses actes redoutables : sans Sa crainte, etc. -- c'est du jour de la destruction que tu apprends Ses actes redoutables, car toutes les nations se sont rassemblées pour les exterminer, et ils ont subsiste malgré elles.
💡 Explication

Le retournement. Les hommes de la Grande Assemblée ne contestent pas le constat de Yirmiya et de Daniel -- ils changent la définition des mots.

Guevoura : la puissance n'est pas de frapper, c'est kovech et yitsro, maîtriser Son propre penchant, et accorder erekh apayim, du délai, aux méchants. Rachi : toutes ces années d'asservissement, Il patiente sur chaque décret pris contre Ses enfants.

Nora : le redoutable ne se lit plus dans un Temple intact, mais dans un fait statistique anormal -- une seule nation subsiste au milieu de toutes celles qui veulent sa perte. Rachi le dit nettement : c'est du jour de la destruction que tu apprends Ses actes redoutables.

🖼️ Schéma
HaGadol haGuibor vehaNora : qui dit quoi, et pourquoi Trois retraits successifs, puis une restauration qui change le sens des mots Qui haGadol haGuibor vehaNora Source Moche La formule complète, fondatrice oui oui oui Devarim 10,17 Yirmiya Des nations festoient dans Son Heikhal : où sont Ses actes redoutables ? oui oui retranché Yirmiya 32,18 Daniel Des nations asservissent Ses enfants : où sont Ses actes de puissance ? oui retranché oui Daniel 9,4 Anche Knesset haGuedola Ils remettent tout -- mais en donnant aux deux mots un sens nouveau. oui oui oui Nehemia 9,32 Le retournement sur guibor La puissance n'est pas de frapper l'ennemi tout de suite. C'est de kovech et yitsro : maîtriser Son propre penchant, et donner erekh apayim -- du délai -- aux méchants. Rachi : toutes ces années d'asservissement, Il patiente. Le retournement sur nora Le redoutable ne se voit plus dans le Temple intact. Il se voit dans un fait improbable : une seule nation subsiste au milieu de toutes celles qui la veulent morte. Rachi : c'est du jour de la destruction qu'on l'apprend.
Le tableau complet des quatre formulations, et les deux redéfinitions qui permettent la restauration.
16
וְרַבָּנָן: הֵיכִי עָבְדִי הָכִי וְעָקְרִי תַּקַּנְתָּא דְּתַקֵּין מֹשֶׁה? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִתּוֹךְ שֶׁיּוֹדְעִין בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁאֲמִתִּי הוּא, לְפִיכָךְ לֹא כִּיזְּבוּ בּוֹ.

Et les Sages [Yirmiya et Daniel] -- comment ont-ils pu faire ainsi et déraciner une institution instaurée par Moche ? Rabbi Elazar dit : parce qu'ils savaient du Saint béni soit-Il qu'Il est véridique, ils ne Lui ont pas menti.

📜 Rachi (1)
וְרַבָּנָן יִרְמְיָה וְדָנִיֵּאל:
Et les Sages -- Yirmiya et Daniel.
💡 Explication

La question de fond, gardée pour la fin : de quel droit un prophète modifie-t-il une formule établie par Moche ?

La réponse de Rabbi Elazar renverse la charge. Ce n'est pas malgré leur crainte de Dieu qu'ils ont retranché, c'est à cause d'elle. Sachant qu'Il est amiti -- véridique, et haïssant le mensonge, précise Rachi -- ils ne pouvaient pas Lui adresser des mots que leur expérience démentait. Louer par des mots qu'on ne peut plus soutenir serait Lui mentir en face.

C'est la ligne directrice de tout ce mouvement du daf : la parole liturgique doit rester vraie, quitte à être incomplète.

17
וְקוֹרֵא ״אַחֲרֵי מוֹת״ ו״אך בֶּעָשׂוֹר״. וּרְמִינְהִי: מְדַלְּגִין בְּנָבִיא, וְאֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה!

Et il lit Aharei mot et Akh be-assor. Et l'on soulève une contradiction : on saute [des passages] chez les Neviim, mais on ne saute pas dans la Tora !

📜 Rachi (1)
שֶׁהוּא אֲמִתִּי מַסְכִּים עַל הָאֱמֶת וְשׂוֹנֵא אֶת הַשֶּׁקֶר:
Qu'Il est véridique -- Il adhère à la vérité et hait le mensonge.
💡 Explication

Retour à la michna et changement complet de registre : on quitte la aggada pour la halakha de la lecture publique.

La michna dit que le cohen gadol lit Aharei mot (Vayikra 16) puis Akh be-assor (Vayikra 23,26). Les deux passages sont dans le même livre mais ne se suivent pas : il a donc nécessairement sauté. Or une michna de Meguila enseigne exactement le contraire -- on saute chez les Neviim, on ne saute pas dans la Tora.

18
לָא קַשְׁיָא: כָּאן, בִּכְדֵי שֶׁיַּפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן. כָּאן, בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן.

Ce n'est pas difficile : ici -- dans une mesure telle que le meturgueman (le traducteur) achèverait ; là -- dans une mesure telle que le meturgueman n'achèverait pas.

📜 Rachi (1)
כָּאן בִּכְדֵי שֶׁיַּפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן הָא דְּקָתָנֵי אֵין מְדַלְּגִין בַּפָּרָשָׁה הָרְחוֹקָה מִזֶּה שֶׁקֹּודֶם שֶׁגּוֹלֵל סֵפֶר תּוֹרָה עַד מְקוֹם הַדִּילּוּג יַפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן הַמְתַרְגֵּם פָּסוּק שֶׁקָּרָא הַקּוֹרֵא וְנִמְצְאוּ צִבּוּר יוֹשְׁבִין וּמְצַפִּין אֵין זֶה כְּבוֹד צִבּוּר אֲבָל אַךְ בֶּעָשׂוֹר סְמוּכָה הִיא לְאַחֲרֵי מוֹת וְיָכוֹל לִגְלֹול שָׁם קֹודֶם שֶׁיַּפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן:
Ce qui est enseigné, qu'on ne saute pas, vise une section éloignée de celle-ci : avant qu'on ait fini d'enrouler le sefer Tora jusqu'au lieu du saut, le meturgueman aura achevé de traduire le verset que le lecteur a lu, et voilà la communauté assise à attendre -- ce n'est pas là l'honneur du public. Mais Akh be-assor est proche de Aharei mot, et l'on peut y enrouler avant que le meturgueman n'achève.
💡 Explication

Première tentative de conciliation. L'interdiction de sauter ne serait pas absolue : elle dépendrait de la durée du saut, mesurée à une horloge très concrète -- le meturgueman, celui qui traduit chaque verset en araméen pour l'assemblée.

Rachi détaille : si le passage visé est loin, on n'aura pas fini d'enrouler le sefer que le meturgueman aura déjà achevé sa traduction, et la communauté restera assise à attendre -- ce n'est pas le kevod tsibbour, l'honneur du public. Mais Akh be-assor est proche de Aharei mot, et l'on peut y arriver avant que le meturgueman n'ait fini.

🖼️ Schéma
La première réponse : la mesure du meturgueman Le critère n'est pas la distance en versets mais le temps de silence imposé au public Saut court -- permis le lecteur lit le verset le meturgueman traduit -- il parle encore on enroule le sefer L'enroulement finit avant la traduction : aucun blanc, aucun public en attente. Saut long -- interdit le lecteur lit le verset le meturgueman a fini on enroule encore... et encore La communauté reste assise à attendre : ce n'est pas le kevod tsibbour. Pourquoi cette réponse est finalement rejetée La suite de la baraita pose la question ved kama medaleg -- jusqu'où saute-t-on ? -- uniquement pour les Neviim. Signe que pour la Tora la réponse n'est pas une question de durée : c'est klal klal lo, pas du tout. Abaye devra trancher autrement.
Le meturgueman comme unité de mesure du temps de silence -- et pourquoi cette réponse ne tiendra pas.
19
וְהָא עֲלָהּ קָתָנֵי: מְדַלְּגִין בַּנָּבִיא, וְאֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה. וְעַד כַּמָּה מְדַלֵּג — בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן, הָא בְּתוֹרָה — כְּלָל כְּלָל לֹא!

Mais voici ce qui est enseigné à ce sujet : on saute chez les Neviim, et on ne saute pas dans la Tora ; et jusqu'où saute-t-on ? -- dans une mesure telle que le meturgueman n'achève pas. Donc dans la Tora -- pas du tout !

🗂️ Tossefot (1)
וְעַד כַּמָּה הוּא מְדַלֵּג בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן לָא בָּעֵי לְשַׁנּוּיֵי דְּאַתּוֹרָה קָאֵי מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי אֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה הֲדַר קָא מְפָרֵשׁ וְעַד כַּמָּה מֻותָּר לְדַלֵּג בַּתּוֹרָה בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן וְהָא דְּאָסְרוּ בְּרֵישָׁא בִּכְדֵי שֶׁיַּפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן וי"ל דְּאִין הָכִי נָמֵי דַּהֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי הָכִי אֶלָּא אַבַּיֵּי מְתָרֵץ לוֹ הָאֱמֶת כָּאן בְּעִנְיָן אֶחָד כָּאן בִּשְׁנֵי עִנְיָנִין כִּדְתַנְיָא וְכוּ':
Et jusqu'où saute-t-on -- dans une mesure telle que le meturgueman n'achève pas. Il n'a pas voulu répondre que cette clause porte sur la Tora, à savoir : puisqu'il est enseigné qu'on ne saute pas dans la Tora, la baraita reviendrait ensuite préciser jusqu'où il est permis de sauter dans la Tora -- dans une mesure telle que le meturgueman n'achève pas -- ce qui a été interdit dans la recha étant le cas où le meturgueman achève. Et l'on peut dire : en effet, il aurait pu répondre ainsi, mais Abaye lui donne la vraie réponse -- ici dans un seul sujet, là dans deux sujets, comme on l'a enseigné, etc.
💡 Explication

Réfutation par la structure même de la baraita. Celle-ci énonce d'abord la règle -- on saute chez les Neviim, pas dans la Tora -- puis pose la question de la mesure : jusqu'où saute-t-on ? Cette question ne peut porter que sur le cas où l'on saute, c'est-à-dire les Neviim.

Conséquence : pour la Tora, la réponse n'est pas une affaire de durée. C'est klal klal lo, pas du tout -- ce qui détruit la conciliation du segment précédent. La Tossefot explique pourquoi Abaye ne se contente pas de forcer la lecture de la baraita mais donne la vraie réponse.

20
אָמַר אַבַּיֵּי, לָא קַשְׁיָא: כָּאן, בְּעִנְיָן אֶחָד. כָּאן, בִּשְׁנֵי עִנְיָנִין.

Abaye dit : ce n'est pas difficile -- ici, dans un seul et même sujet ; là, dans deux sujets différents.

📜 Rachi (1)
בְּעִנְיָן אֶחָד כְּגוֹן הָכָא שֶׁשְּׁתֵּי הַפָּרָשִׁיּוֹת מִדְבָּרוֹת בְּעִנְיַן יוה"כ מְדַלְּגִינַן וּבִכְדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן וְהָא דְּקָתָנֵי דַּאֲפִילּוּ בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִיק נָמֵי לֹא יְדַלֵּג בִּשְׁנֵי עִנְיָנִים לְפִי שֶׁדִּבְרֵי תּוֹרָה הִיא אַזְהָרוֹת וְעוֹנְשִׁין וּמִצְוֹת וְצָרִיךְ שֶׁיִּכָּנְסוּ בְּלֵב הַשּׁוֹמְעִין וּכְשֶׁאָדָם יוֹצֵא מִשִּׁיטָה לְשִׁיטָה אַחֶרֶת אֵינוֹ נוֹחַ לְהִתְבּוֹנֵן:
Dans un seul sujet -- comme ici, où les deux sections traitent du sujet de Yom Kippour : on saute, et dans une mesure telle que le meturgueman n'achève pas. Et ce qui est enseigné, que même dans une mesure telle qu'il n'achève pas on ne saute pas -- c'est dans deux sujets, parce que les paroles de Tora sont des avertissements, des peines et des mitsvot, et il faut qu'elles entrent dans le cœur des auditeurs ; or quand un homme passe d'un fil à un autre, il ne lui est pas aisé de comprendre.
💡 Explication

La réponse retenue. Le critère n'est plus la durée mais le contenu : dans la Tora, on peut sauter si les deux passages traitent d'un seul et même sujet, jamais s'ils portent sur deux sujets distincts.

Rachi donne la raison, et elle est pédagogique avant d'être cérémonielle : les paroles de Tora sont des avertissements, des peines et des mitsvot, et elles doivent entrer dans le cœur des auditeurs. Quand on fait passer un homme d'un fil de pensée à un autre, il n'arrive plus à suivre. La règle protège l'attention de l'assemblée, pas seulement sa dignité.

Notre michna passe le test : Aharei mot et Akh be-assor traitent tous deux de Yom Kippour.

21
וְהַתַּנְיָא: מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה בְּעִנְיָן אֶחָד, וּבְנָבִיא בִּשְׁנֵי עִנְיָנִין. כָּאן וְכָאן בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִיק הַתֻּורְגְּמָן. וְאֵין מְדַלְּגִין מִנָּבִיא לְנָבִיא. וּבְנָבִיא שֶׁל שְׁנֵים עָשָׂר מְדַלְּגִין,

Car on a enseigné : on saute dans la Tora dans un seul sujet, et chez les Neviim dans deux sujets ; ici et là dans une mesure telle que le meturgueman n'achève pas. Et l'on ne saute pas d'un Navi à un autre Navi ; mais dans le [livre] des Douze prophètes on saute,

📜 Rachi (1)
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא:
Car on a enseigné -- [cette baraita est citée] benihouta, en manière d'appui et non comme objection.
💡 Explication

La baraita qui confirme Abaye, et qui donne l'état complet de la règle. Elle combine les deux critères au lieu de les opposer : le sujet (exigé dans la Tora, pas chez les Neviim) et la durée (exigée dans les deux cas).

Rachi note que la guemara cite cette baraita benihouta -- en manière d'appui, non comme objection.

Deux précisions closent le amud : on ne saute jamais d'un livre prophétique à un autre, mais les Douze prophètes font exception, car ils comptent pour un seul livre. Le amud s'arrête sur une virgule -- la suite, en 70a, ajoutera la condition de ne pas sauter à rebours.

🖼️ Schéma
Le dilloug : quand peut-on sauter un passage à la lecture publique ? État final de la baraita du segment 20 -- deux conditions cumulatives Cas Condition 1 : le sujet Condition 2 : la durée Dans la Tora Un seul sefer, deux passages éloignés l'un de l'autre Un seul et même sujet requis Deux sujets différents : interdit, même si le saut est bref. Requise aussi Le meturgueman ne doit pas avoir fini de traduire. Dans un même Navi Deux passages du même livre prophétique Non requis On saute même entre deux sujets différents. Requise Même limite de durée que pour la Tora. D'un Navi à un autre Navi Par exemple de Yechayahou à Yirmiyahou Interdit dans tous les cas -- même sujet, même saut bref À l'intérieur des Douze Hochea, Yoël, Amos... jusqu'à Malakhi Permis : les Douze comptent pour un seul livre Notre michna : Aharei mot et Akh be-assor traitent tous deux de Yom Kippour, et sont proches -- les deux conditions sont remplies.
L'état final de la halakha du dilloug, avec les deux conditions et les deux cas particuliers.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).